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Etude sur le Venceslas de Rotrou(1647).
Littérature à consulter:
Jean Rotrou, Oeuvres, Paris, Desoer 1820.
Person, Histoire du Venceslas, Paris, Cerf 1882.
Jarry, Essay sur les oeuvres dramatiques de Jean Rotrou, Paris et Lille.
Faguet, Essai sur la tragédie au 16:me siècle Paris, Hachette.
Roepell-Caro, Geschichte Polens(Heeren& Uckert, Geschichte der europ. Staaten.)
Palacky, Geschichte von Böhmen.
En 1635 Corneille écrivit Médée, entre 1636 et 1640 parurent ses quatre chefs-d'oeuvre, puis vint le déclin. En 1644, dans sa Rodo- gune, il eut comme un regain de génie, mais, là, la décadence ne faisait qu'hésiter un mo- ment, l'Héraclius(1647) le prouva bien.
C'est dans cette mèôme année, 1647, que fut joué pour la première fois le Venceslas de Rotrou.
Rotrou fit en tout 35 pièces, et le Ven- ceslas en est la trente-deuxième. Il entra dans la carrière en 1628 et fut un de ceux qui ne s'opposèrent pas trop au genre com- mode de Le Hardy. Car lui aussi écrivait des drames pour vivre, et, à en croire la tra- dition, vivre en joueur débauché. Heureuse- ment il rencontra Corneille, qui, reconnaissant son rare talent, lui recommanda d'’étudier les anciens; Rotrou le fit et s'en trouva fort bien.
Il est vrai que sa premidère tragédie, Antigone(1638), est passablement éloignée de la pièce de Sophocle qui lui servit de modèle, mais il est à croire que, sans l'étude de l'antique, Rotrou n'eùt jamais pu s'élever jusqu'à écrire son Venceslas, qui, seul sur- vivant de 35 pièces, fait une des gloires de la littérature française.
Le Venceslas n'est pas de Tinvention de Rotrou. Cependant, longtemps on l'a pris pour tel, et ce n'est que bien tard, en 1722, qu'une lettre anonyme à l'adresse des frères Parfaict le dénonça comme étant une„tra- duction d'une pièce de Francisco de Roxas“ sans toutefois indiquer l'original.(cp. Frèͤres Parf., histoire du théùtre français depuis son origine VII p. 180). On apprit depuis que la pièce de Roxas en question était la fa- mosa comedia de: No ay ser Padre, siendo
Rey. Ce drame qui, selon Dohro, est très
inférieur aux autres pièces de Roxas et, pour peu qu'il provienne bien de lui, n'est qu'un premier essai sans valeur, fut oublié presque aussitéôt que publié. Le texte m'en est ina- bordable, de sorte que je ne puis juger de la pièce que par les analyses que m'en four- nissent Person dans son„Histoire du Vences- las“ et Raynouard dans le Journal des Sa- vants(Mai 1823).
L'anonyme qui traitait Rotrou de tradue- teur exagère; un simple rapprochement des deux pièces va le montrer. Voyons d'abord la pièce de Rotrou.
Venceslas, roi de Pologne, renvoie Alex- andre, son fils cadet, et ses gardes, afin d'ètre seul avec Ladislas, son fils ainé. Il a beau- coup à lui dire et apparément des choses sérieuses et désagréables, car, au préalable, il invoque tout bas le ciel de lui ouvrir le coeur de son fils.
Seul avec Ladislas, il lui reproche son inconduite. Lui, fils de roi et appelé à ôtre roi lui-même, n'a, dit-il, de roi„que le désir de P'ètre,“ désir que Ladislas ne se soucie guère de cacher, poussant Tindélicatesse jus- qu'à faire des reproches à son père de ce


