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Lorsque César ouvrit la campagne des Gaules, la race indigène qui n'était pas un peuple historique malgré la marche victorieuse des hordes qu'elle avait envoyées en Italie, en Grèce, dans l' Asie-Mineure, se trouvait en décadence. Les druides avaient fait des Gaulois des guerriers prodigieux, ils n'avaient pas eu la prétention de les humaniser, d'en faire des citoyens. Partageant avec les nobles la possession exclusive du gouvernement et des richesses, ces castes accablaient par des charges publiques énormes les classes inférieures qui, forcées de vendre leur liberté, se trouvaient dans une condition voisine de l'esclavage¹). Sans l'intervention romaine la Gaule, travaillée par l' esprit de discorde qui divisait les familles comme les peuples*), serait devenue la proie de l'anarchie et de la dissolution²). César trouva méême des alliés parmi les Gaulois qu'il combattait*), il y eut des défections dans P'insurrection de'héroique Vercingétorixs) et la jalousie des tribus fit avorter le soulèvement général que les druides avaient préparé après la mort de Vitelliusé). Pour que la race indigène püt accomplir sa destinée, il fallut que Rome l'initiät à l'idée de l'unité et du droit et qu'elle se retrempt enfin au contact des peuples germains.
En moins de dix ans le génie de César avait soumis irrévocablement les Gaulois et la vieille querelle du Capitole se trouva vidée: la Gaule blessée à mort gisait aux pieds de Rome. Cette guerre des Gaules, une des plus terribles de l'antiquité, ressemble à une guerre d'extermination. Rien ne donne une idée plus vraie de cette lutte à mort que la manière dont Plutarque(Caes. 15) résume les exploits de César dans la Gaule: II prit d'assaut plus de huit cents villes, soumit plus de trois cents nations, combattit en différents temps contre trois millions d'ennemis dont un million fut tué et un million réduit en captivité!?)
La sécheresse du ton de l'historien philosophe a quelque chose de révoltant pour nous qui sommes nourris des idées qu christianisme; P'antiquité juge autrement. Malgré sa civilisation, Poeuvre de destruction est pour elle une action licite et ses historiens n'en font pas un objet de reproche.
Une fois la conquéête de la Gaule chevelue achevée, l'administration de César fut douce et humaine: il n'y établit pas même une colonie et s'attacha les hommes influents, les familles nobles et considérées en les comblant le titres et d'honneurs. Pour récompenser la légion gauloise de 1'Alouettes) de la bravoure qu'elle avait montrée à Pharsale et à Alexandrie, il la naturalisa en masse; il fit plus: il appela des Gaulois de la Narbonnaise dans le sénat et accorda des droits de cité romaine dans la Gaule chevelue. Cicéron jeta de hauts cris et les continuateurs da la politique pompéienne crièrent à la barbarie. Dans le triomphe que César ne pouvait refuser à ses légions, les soldats qui marchaient derrière le char du triomphateur chantaient entre autres aménités ⁵) d'une nature plus personnelle ces vers satiriques:
¹) Caesar B. G. VI, 13.
²) Caesar B. G. VI, 11.
¹) Cfr. Henri Martin, Histoire de France I, pp. 132, 133.
⁴) Caesar B. G. VI. 12.
³) Caesar B. G. VII, 63. Ab hoc concilio Remi, Lingones..... abfuerunt... quod amicitiam Romanorum se- quebantur. VII, 64. Nihilo minus clandestinis nuntiis legationibusque Allobrogas sollicitat, quorum mentes nondum ab superiore bello resedisse sperabat(Sc. Vercingetorix), mais ils restèrent neutres(op. cit. 65).
) Tacite. Hist. IV, 54, 69..
²) Cfr. Drumann, Geschichte Roms III, 230.
³) Sueton. C. J. Caesar XXIV.
²¹) Id. op. cit. XLIX.


