La civilisation gréco-romaine avait rempli sa mission: elle avait préparé le sol à la doctrine chrétienne, conduit les intelligences aux portes de l'Evangile. II n'était pas donné au paganisme de s'élever à la conception de l'unité du genre humain. Ni Platon ni Aristote n'ont pu- concevoir cette grandiose idée que le christianisme a réalisée par l'Eglise. Le seul Zénon, à en juger par les fragments que Plutarque nous a conserves de son livre zsoē otreice a franchi les barrières que le paganisme opposait à tout genre de philosophie, dans cette fameuse prédiction de la destinée des nations qui parait anticiper l'humanité révélée par le christianisme; mais le philosophe stoicien attendait la réalisation de ses réves des progrès de la science qui n'est le partage que du petit nombre. Or, avec cette erreur inhérente à la philosophie paienne il fallait que la société restät dans l'enfance malgré tant d'admirables productions du génie antique.
Rome qui résume en elle toute l'antiquité était devenue chrétienne. L Evangile était préêché sur tous les points de l'Empire, mais il se trouvait impuissant à réformer les àmes déecrépites. La société étail corrompue jusqu'aux entrailles; minée par un égoisme monstrueux, produit de l'esclavage, elle avait vicié le christianisme des le berceau. Les stoiciens et après eux les penseurs chrétiens en avaient beau nier la légitimité: les vérités qui froissent les intérêts des hommes ne touchent que médiocrement leur conscience. II n'y a que les àmes d'élite qui les pratiquent. Or, à Rome, à Carthage ¹), à Athènes, comme à Mayence, à Cologne, à Trèves se manifeste la mème décrépitude, la mêeme inertie morale, signes précurseurs de la mort des nations ²).
La civilisation romaine s'écroule avec tous ses monuments sous les pas des conquérants farouches; le carnage, les dévastations accompagnent leur marche, la mort étend son linceul sur la terre, les ténèbres couvrent l'Europe; mais cette mort ouvre une nouvelle ère à l'humanité et ces ténèbres vont se dissiper sous la double influence de l'Evangile et du génie vierge des races sorties des foréts de la Germanie.
La Gaule devenue romaine de fait et de droit, les désordres qui signalaient l'agonie du pouvoir impérial dans l'Italie elle-même, en avaient fait le centre de résistance et d'action longtemps même avant qu'Odoacre et après lui Théodoric eussent préparé une fin ignoble à'empire ⁵).
1) Hieronymus. Epist. 34 ad Nepot. Epist. 18 ad Eust. IV., 33, 40, 201¹1 Trad. de Chateaubriand et de Villemain. Salvianus. De gubernatione Dei II, 141 sq. 5
2) Salv. De gub. Dei VII, 969.
3) Cette prépondérance de la Gaule, maintenue par la politique de Chlodovech et assurée par les victoires que Charles Martel remporta sur les Maures, explique naturellement une particularité philologique du groupe franco- provençal qui le place à uu rang intermédiaire entre le latin et les langues modernes, elle explique encore la priorité
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