QUELOUES REMAROQUES
sur
„Werther, de Goethe et„Ultime Lettere di Jacopo Ortis,, de Foscolo.
Plus de cent ans se sont écoulés depuis le jour ou fut publié le roman de Goethe: „Leiden des jungen Werther's.,
La littérature allemande était alors assez pauvre en ce genre de composition littéraire qui, aujourd'hui, a pris le premier rang, non seulement dans notre littérature, mais encore dans celle de tous les peuples de l'Europe. Cependant, quoique des centaines de romans aient fait leur apparition depuis ce temps, nous croyons que personne ne nous contredira, si nous prétendons que, de tous ces romans, pas un ne fut accueilli par le public avec autant d'en- thousiasme que ce petit livre de Goethe.
Werther fit le tour du monde. II fut traduit dans la plupart des langues européennes et eut un nombre tres considérable d'imitations. Les traductions, les imitations et les com- mentaires formeraient à eux seuls une assez grande bibliothéeque. Ce fut un de ces livres initiateurs qui renferment en germe toute une série de créations analogues.
R'est un fait connu qu'une traduction française de Werther faisait partie de la petite collection de livres que le général Napoléon Bonaparte emporta avec lui en Egypte; et lorsque en 1808, alors empereur, il eut une entrevue avec Goethe à Erfurt, ce roman forma un des sujets principaux de leur entretien.
D'apréès notre opinion ce sont deux circonstances qui expliquent le succes et la vogue que ce roman eut en Allemagne. La premièere est l'influence prépondérante de Rousseau. On. connait le theme favori du citoyen de Geneve, la pensée qu'il a si éloquemment développée dans la Nouvelle Héloise et dans l'Emile:„Tout est bon sortant des mains du créateur, l'homme seul a gaté l'oeuvre de Dieu., La seconde est due à la littérature anglaise, alors tres répandue en Allemagne. On se plongeait dans de vagues tristesses avec Young, l'auteur des Nuits, ou l'on s'égarait dans les plaines vaporeuses de la Calédonie avec Ossian, dont les nuageuses poésies évoquaient le sentiment profond et réveur des races du Nord. De plus, un souffle de mélancolie avait atteint toutes les àmes. On n'entendait parler que de nature, d'amour, de sensibilité. Goethe nous déclare lui-méême que Werther fut une étincelle jetée dans une mine fortement chargée:„C'était l'expression du malaise général, l'explosion fut donc rapide et terrible.,


