2⁰ les verbes qui changent le radical latin:
a) les dérivés verbaux de ängere, ingere, üngere, qui sont devenus, par le change- ment du g en d devant 7, aindre, eindre, oindre: frangere freindre, plangere plaindre, jungere joindre, pungere poindre*), etc...
b) les verbes dont la consonne médiane du radical disparatt ou change: scri(bere: écrire, du(c)ere: duire, no(c)ere et lu(c)ere: nuire et luire, par changement de conjugaison, con(s)uere: coudre(anciennement cosere, au 8e s. cousre, et puis, par Linter- calation d'une consonne euphonique, cousdre= coudre); nas(c)ere= naitre, anciennement naistre(le t entre l's et l'r est euphonique, comme le d dans coudre**), fa(c)ere(fare dans Sch.): faire, di(c)ere: dire, ri(d)ere: rire, par changement de conjugaison, bi(b)ere: boire, anc. bevre, boivre, le(g)ere: lire,('ancien français possédait lis à côté de lus= legi), pla(c)ere, par le mème changement, plaire; placére et tacére donnèrent, conformément à Paccent latin, les formes anciennes plaisir ou plaisier, taisir ou taisier, comme licére a donné loisir.——
Je ne peux pas examiner tous ces verbes et toutes leurs formes en particulier; obligé de me renfermer dans les strictes limites du présent travail, je passe rapidement sur ce point, me proposant d'en faire une autre fois le sujet d'une étude spéciale. Je me borne d'ajouter encore quelques remarques sur l'accentuation du parfait de ces verbes.
Défendre, tendre, vendre et beaucoup d'autres déplacent au parfait l'accent latin: dé- fendis de deféndi, tendis de teténdi, vendis de véndidi, etc.
Ces formes faussement accentuées sont le produit de l'analogie; defendi aurait donné simplement défend, la même forme qui dérive de defendo[défend(s)]; pour éviter la confusion de ces deux temps, le français emprunta aux verbes en ire des flexions accen- tuées et remplaça ainsi les flexions perdues: défend— is, vend- is, tend-— is.
Ou bien ces formes sont-elles encore le résultat d'un changement de conjugaison pareil à ceux que nous avons déjà observés? défen dis, conduisis dérivent-ils des formes vulgaires telles que defendivi, conducivi? D'apres Schuchardt, le bas latin vulgaire offre deducire, ponire, tradire, etc.(I, 408), et posivi pour posui se trouve dans Plaute.— Je ne veux pas décider ce fait, tout en penchant pour une telle supposition.
La première personne du pluriel[defendimes, rompimes] ne déplace Taccent que quand on la compare au latin classique; le latin vulgaire prononçait defendimus, rupimus, etc.
Ce déplacement de l'accent latin est affirmé par l'ancien français qui montre tenimes, venimes, desimes, fesimes, qui ne peuvent dériver que du lat. tenuimus, venimus, diximus, fecimus.
Le meme changement d'accent eut lieu dans la 3° personne du pluriel; firent, di- rent ne viennent pas du latin classique: fecérunt, dixérunt, mais des formes vul- gaires fécerunt, dixerunt. Cf. là-dessus les exemples cités dans Sch. II, p. 416 et 440, III, p. 294: fécrunt, férunt, fécerunt, etc. Voyez aussi Littré, Histoire de la langue française, II, p. 300 et suiv. On sait du reste que les poëtes latins abrégent toujours re à cette Peronne dans certains parfaits forts; cf. abstülerunt, defüerunt, stéterunt, dans Diez, Gr. II, p. 127.—
*) Dans empreindre de imprimere, dans craindre de tremere, le d, au lieu de représenter un g latin, est épenthétique, comme dans pondre(ponere), geindre(gemere)....
**) pour le même phénomène, voir être= estre, de essere, forme allongée de esse(cf. Sch. II, 392. promitterere, offerrere, inferrere), croitre= croistre de crescere, paitre= paistre de parescere.


