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avec les années, et dès le milieu de 1563, c'est-à-dire au moment de la crise politique que nous avons signalée plus haut, on pouvait prévoir que la dernière heure, l'heure du repos, allait bientôt sonner pour cet infatigable travailleur. Comme le général qui tombe frappé à mort sur le champ de bataille, ce fut en chaire que tomba Calvin. Le 6 février 1564, bien qu'extrémement souffrant, il ne voulut pas se faire remplacer dans ses fonctions de prédicateur. Une toux violente lui coupa la parole: sa bouche se remplit de sang, et il lui fallut se retirer. Cependant la mort devait encore se faire attendre. Incapable pendant plusieurs jours de prendre aucune nourriture, il ne cessa cependant pas de travailler. Dans cette maladie qui fut la dernière, il traduit de latin en français son„Harmonie sur Moise“, revoit la traduction de la Genese, écrit sur le livre de Josué, revoit et corrige la plus grande partie des annotations françaises sur le Nouveau-Testament et ne discontinue pas un instant de veiller aux affaires de l'Eglise. Sentant enfin ses forces s'éteindre et la mort s'approcher, il voulut adresser ses adieux aux Magistrats: il leur fit demander audience. Mais ceux-ci décidèrent que M. Calvin ne quitterait pas sa chambre et que le Conseil se transporterait chez lui. Le 27 ayril, on vit arriver à son humble demeure, les 25 seigneurs de la cité dans toute la pompe des cérémonies publiques, éclatant témoignage du respect dont l'entouraient ses concitoyens. Les registres du conseil ont conservé le résumé des paroles de Calvin. Elles sont modestes et empreintes de cette solennité affectueuse que l'approche de la mort sait donner. Puis, dit son biographe, ayant demandé aux assistants de lui pardonner tous ses défauts, il leur tendit la main. Le lendemain, ce fut aux pasteurs à prendre congé de leur chef. Le 19 mai, l'avant-veille de la Pentecôte(c'était le jour des censures), il prit encore un léger repas avec les pasteurs qui s'étaient réunis chez lui. Enfin, le 27 mai, vers 8 heures du soir, il expira.„Voilà comme, dit Beze, en un mème instant, ce jour-là, le soleil se coucha, et la plus grande lumière qui füt en ce monde pour l'Eglise de Dieu fut retirée au ciel.“
Aucun monument ne marqua sa tombe; on ignore méme le lieu exact où ses restes furent déposés, et à côté de son nom, dans le registre du consistoire, on lit ces simples mots:„Alle à Dieu, le samedi 27.“
Je termine ici, sans aucun commentaire, cette notice biographique que le manque d'espace m'a contraint de réduire à ses éléments historiques les plus importants. Les doctrines du réfor- mateur français sont trop connues pour qu'il füt nécessaire d'en rien dire. Quant à celles de Servet, la discussion à laquelle une exposition détaillée eũt inévitablement entrainé, ne m'a pas paru être à sa place dans le programme d'une école dite réale. D'ailleurs, il est facile de tracer en peu de mots, la caractéristique du fameux hérésiarque. Servet est un chrétien convaincu: le Christ de l'Eeriture fait la base et le centre de toute sa doctrine. II n'a nié nulle part l'immortalité de l'àme, ainsi que l'ont prétendu ses adversaires. Quant à son soi-disant panthéisme, il n'a de commun que le nom avec le panthéisme de l'école matérialiste moderne. Pour Servet, Dieu est un être personnel, indépendant du monde dont il est le maitre absolu, agissant librement, sans éêtre jamais géêné par ce que nous appelons les lois de la nature, et pénétrant toutes les créatures de son esprit et de son amour.—('est ce qui ressort d'une étude attentive et impartiale des œuvres de l'infortuné penseur navarrais.


