Ue des parties les plus difficiles de la grammaire française contre lesquelles les élèves des colléges allemands pèchent le plus souvent, c'est le Subjonctif. Cela tient moins à des difficultés insurmontables pour les jeunes intelligences qu'à la divergence des règles auxquelles les systèmes syntaxiques des langues allemande, latine et française sont assujettis. Le génie de ces langues varie souvent et embarrasse les élèves allemands qui s'appliquent aussi au latin; deſsorte que, dans la lutte avec les obstacles qu'ils rencontrent en traduisant de la langue maternelle en francais, ils se laissent entrainer, d'une part, par la routine acquise dans la diction allemande, d'autre part, par l'empire qu'exerce sur eux la langue latine, qui, étant enseignée en trois fois autant de leçons que le français(à cause de sa haute portée pour la culture de toutes les facultés de l'esprit et pour l'intelligence des lettres ancienne et moderne), se présenté toujours à leur esprit. Je crois donc qu'il m'est pas hors de propos de donner ici un apeyçu des cas on, relativement à P'emploi du Subjonctif, les deux langues coincident, et où elles divergent.
Remarque générale sur le Subjonctif.
Personne n'ignore que les Verbes sont soumis à différentes modifications; qu'ils prennent des inflexions, pour exprimer certains rapports et les points de vues sous lesquels ont peut considérer P'existence de l'action énoncée par le verbe. Ces rapports sont, entre autres, ceux de la réalité, indiqués par IIndicatif; de la possibilité, par le Subjonetif; de la nécessité, par l'Impératif.¹) A l'idée de possibilité se rattache celle d'incertitude. Elle se manifcste tantot dans un souhait ou désir, tantt dans une crainte ou appréhension, tantôt dans une concession, permission, condition, négation, etc.
O(on se garde cependant d'inférer de là que tout Indicatif annonce une réalité objective; et tout Subjonctif, une non-existence. La réalité d'un fait, ainsi que son incer- titude, n'existe souvent que dans la pensée de celui qui parle. En outre, on peut représenter les différentes catégories d'idées, mentionnées ci-dessus, par des mots particuliers. Les langues varient, soit dans l'emploi des modes, soit dans celuit des mots spéciaux, pour indiquer l'une ou l'autre de ces idées. P 4
La dénomination de Subjonctif ou de Conjonetif nous huisse déjà entrevoir la déter- mination et la nature de ce mode. Dans la règle il sert à joindre, moyennant des con- jonctions, une proposition à une autre, de sorte que celle-là est sous la dépendance de celle-ci. Il représente le régime ou le complément d'une phrase, et certaines circonstances relatives au sens général de la proposition principale, en forme de jugement médiat, de
¹) Quelques grammairiens adoptent encore un 4me mode, représentant l'affirmation marquée par le verbe sous une idée accessoire de condition; d'autres gramm. rangent ce mode parmi les temps du Sub- jonctif. Quoique j'aie conservé dans ce traité la dénomination de Conditionnel, j'adhère à Popinion de M. Maetzner, qui, à cause de leur analogie frappante, et pour la forme, et pour l'acception, regarde les deux conditionnels comme des futurs passés. Qu'on compare les deux phrases: 1) II croit que vous ne viendrez pas. 2) II eroyait que vous ne viendriez pas.
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