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Du Principe rhythmique de la Langue française.
De tontes les parties de la Grammaire francçaise il n'en est aucune qui, malgré son importauce à bien des égards et en dépit des progrès que la science grammaticale a faits depuis les vingt dernières années, soit restée aussi en arrière du sièele que celle de la Prosodie; tellement qu'il est pardonnable à des milliers de Francçais d'en ignorer 'existence, et aux étrangers de douter que ce terme connu dans toutes les écoles emporte chez les Francais lettrés une idée fixe, reconnue et établie parmi les éerivains de la nation. A peine le croirait-on: de trois cents grammaires consignées dans les catalogues de ce siècle, tant en Allemagne qu'en France et dans les pays circonvoisins, on n'en trouvera peut-ètre pas dix dont les auteurs aient cru devoir vouer quelques pages à ce chapitre indispensable de leur ouvrage, ¹) soit que les auteurs, n'ayant en vue que les classes inférieures de la société et regardant comme objet de luxe tout ce qui surpasse les besoins de l'industrie journalière, aient évité sciemment et par principe d'attirer l'attention de leurs lecteurs sur un chapitre dont J'utilité ne leur semblait que secondaire; soit que, croyant l'art métrique, dont la Prosodie est la base, suffisamment représenté par l'étude des langues de l'antiquité, ils aient craint d'y dépenser leurs veilles en pure perte; soit enfin que la langue elle-méme ait, dans le cours des siècles, par un phénomeène inoui dans les annales de la parole humaine, perdu ce prineipe d'harmonie, inhérant à tout idiôme cultivé.„Que de Traités de Versification, dit M. Dabroca,²) que d'ouvrages sur la langue poëtique se publient, sans qu'il y soit dit un mot de nos longues et de nos brèeves! Cette inattention passe toute croyance. Enſin, l'indifférence pour tout système de prosodie est portée si loin, et nos oreilles sont devenues si étrangères au charme des inflexions prosodiées que nous entendons tous les jours sans répugnance les fautes les plus grossières contre la prosodie mème de la langue latine, dont les lois sont cependant si positives, et dont l'exacte observation rend cette langue si belle et si harmonieuse.“ L'auteur aurait pu ajouter à ces plaintes, sans devoir craindre d'ètre démenti, ni par l'expérience Journalière, ni par les musiciens de l'Opéra comique, qu'une foule de compositions
¹) M. Carpentier, dans son Gradus français, n'a pas mieux fait, ce qui n'empècha pas plusieurs journaux d'annoncer qu'on trouverait dans cet ouvrage la prosodie des mots, leur quantité syllabique. (Journal de Paris, 13 juin 1822.)
¹) Supplément à l'Art de lire à haute voix suivi d'un Traité de la Prosodie de la Langue frangçaise. Paris, Johanneau, 1823.
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