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8 HISTOIRE NATURERLLE

Jai dit plus haut que le bout de la trompe est formé d'une substance solide, et qu'il n'est susceptible d'aucun mouvement qui lui soit propré. Ce qui m'en a persuadé, c'est que j'ai vu plusieurs fois la portion de b nourriture qui sy étoit engagée s'en détacher avant que la trompe ne füt rentrée dans le bec. II m'a paru que, si Poiseau avoit eu la faculté d'ouvrir et de comprimer cette partie de sa trompe, il auroit saisi les corps plus adroitement, sans éêtre obligé d'appuyer à plusieurs reprises sur les morceaux, pour en enlever machinalement quelqu'un au moyen du vide pratiqué à son extrémité.

Jai observé aussi quelquefois que le morceau qui s'étoit engagé au bout de la trompe, se détachant tout seul, avant qu'il ne le füt par le contact de la petite saillie du palais, tomboit dans le bec; ce qui obligeoit l'oiseau de baisser soudain la téte et de la secouer, pour le faire retomber par terre et le reprendre ensuite à la manieère accou- tumée. Cette observation m'a prouvéè que la trompe ne peut tenir lieu de langue à cet oiseau, ni en faire J'office.

Elle ne peut non plus lui servir à modifier sa voix. Tous les sons qu'il émet partent directement du gosier, ce qui les rend mono- tones et désagréables. Loiseau ne pousse de temps à autre qu'un croassement rauque, que nous pouvons imiter facilement en ouvrant fortement la bouche, et prononçant de la gorge le mot ghrrãa.

Jai tenté vainement pendant deux mois de faire articuler à un de ces Aras à trompe quelques mots faciles, comme Ara, oui, Jaco, ete.; il n'a jamais paru porter la moindre attention à mes lecons. Différent en cela des autres Perroquets, qui tous marquent plus ou moins de satisfaction quand on leur parle, ou mèême quand on les regarde, celui-ci est grave, dédaigneux, et semble se soucier peu d'ètre caressé. Tous ceux de ces Aras que j'ai vus n'ont donné à leur mattre aucune marque d'attachement ni de prédilection.

Une très-grosse téte, surmontée d'une belle huppe mobile, et armée d'un bec formidable, qui est toujours ouvert; un corps massif et des mouvemens lourds; une trompe qu'on voit toujours en mou- vement, soit qu'elle porte ou non la nourriture; tous ces caractères réunis donnent à ces oiseaux une physionomie étrangère, qui contraste non-seulement avec celle de tous les autres Aras, mais encore avec celle de tous les Perroquets connus.

Un autre caractère qui leur est propre, c'est d'avoir une partie de la jambe dénuée de plumes, comme les oiseaux de rivage. Du reste, ils ont les doigts posés deux par devant et deux par derrière, comme