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cOôté, mais Schlegel parle d'un véritable amour que l'Avare éprouve pour Mariane; est-ce là vraiment de l'amour?— ⸗II veut épouser Mariane⸗, dit-il. La belle raison! Mariane est pauvre, c'est vrai, mais Frosine, ne croit-elle pas nécessaire de calculer devant Harpagon les avantages que celui-ci aurait en épousant Mariane; ne dit-elle pas que c'est une fille qui apporte douze mille livres de rente-, qu'elle est accou- tumée à vivre de salade, de lait, de fromage et de pommes, et à laquelle il ne faudra ni table bien servie ni consommés exquis?- ³⁵) Harpagon de son côté ne fait autre chose que marchander, compter, calculer; sans doute, il préfèrerait à cette jeune fille la plus vieille femme à moins qu'elle apportât quelques dizaines de mille franes de rente; mais quelle femme riche voudra épouser un vieux ladre comme lui?— Nous ne trouvons pas dans tout cela que Molière ait représenté Harpagon amoureux; aussi, lorsqu'il apprend que son fils aime Mariane, n'en parait-il point jaloux, et quand il lui faut choisir entre Mariane et la cassette, il n'hésite pas un moment d'accepter la cassette et de renoncer au mariage.— Est-ce qu'on appellerait cela de l'amour? Que l'on compare avec la description que donne Harpagon de Mariane, celle de son fils Cléante ³⁶), et on verra de suite de quel côté est l'amour et où se trouve le calcul et, si l'on veut, la sensualité.—
Les autres défauts qu'on a voulu trouver dans l'Avare de Molière, concernent la- disposition des scènes et l'arrangement de l'action en général; mais Schlegel dit en- core que dans Plaute ⸗-tout est simple et naturel; le dénoũment se fait facilement, toutes les scènes ne servent qu'à mener le vieillard avare par une série de nouvelles angoisses, où se développe(1!) sa malheureuse passion- ³⁷). Nous avons déjà dit plus haut que nous ne saurions trouver une passion dans le vieillard Euclion, encore moins un développement⸗ d'une passion, vu qu'il faut du temps et une habitude pour qu'une passion s'enracine et se développe dans un homme; car celui qui met son pre- mier enjeu ne peut pas encore avoir une passion pour le jeu.— Quant à la zsim- plicité⸗ et la suite naturelle⸗ de l'action, qui seraient les qualités éminentes de la pièce de Plaute et qui manqueraient à l'Avare de Molière, nous n'avons qu'à remar- quer que c'est là un reproche d'une élasticité singulière: la simplicité touche à la monotonie, et tel appellerait une chose monotone qu'un autre trouverait simple et naturelle. Les noms ne prouvant rien, il faudrait des preuves plus réelles; seulement
35) Avare, acte II, sc. 6.
3³⁶6) Cléante: Une jeune personne, qui semble être faite pour donner de l'amour à tous ceux qui la voient. La nature, ma soeur, n'a rien formé de plus aimable; et je me sentis trans- porté dès le moment que je la vis.... Elle se prend d'un air le plus charmant du monde aux choses qu'elle fait; et l'on voit priller mille grâces en toutes ses actions, une douceur pleine d'attraits etc. Avare, acte I, sc. 2.
³⁷) Cours de littérature II, s. p. 238.


