possible et d'en acquérir toujours de nouvelles, sans aucun autre but que celui de la possession, alors Euclion n'est pas un avare; car n'ayant jamais eu des richesses, comment peut-il avoir conçu une passion pour l'or? Tout aussi bien on pourrait pré- tendre qu'il était possible qu'un homme fut dissipateur et dépensier par passion, quand méme il n'aurait jamais eu le sou dans sa poche. Euclion ne connatt ni l'usure, ni l'emploi lucratif de l'argent, donc le désir de vouloir augmenter ses richesses n'entre point à sa petite cervelle. Pauvre homme, il ne demande pas mieux que de conserver ses pièces d'or, qu'il voit étinceler si joliment dans sa marmite. Cest la folie d'un enfant ou d'un sauvage qui n'a jamais vu ce métal reluisant et qui trouve du plaisir à contemp- ler les pièces. Aussi Plaute n'a-t-il pas voulu représenter un avare dans le vieillard Euclion. II n'appelle pas la comédie: Avarusz ou bien Avaritia-, mais tout simple- ment Aulularias, c'est-a-dire la marmite remplie d'or ²⁹). En effet, c'est cette mar- mite qui plane au-dessus de toute la comédie comme un fantôme; c'est le pot autour duquel roule l'action entière dans presque toutes les scènes, c'est encore le pôt qui tour- mente le pauvre vieillard sans cesse. Tout-à-fait accidentellement, ce nous semble, on trouve quelques indications éparses qui touchent à l'avarice ou plutòôt à une habitude de pauvreté, qui exige une certaine économie: c'est quand Euclion revient du marché, ouù il est allé acheter des provisions, et n'apporte que de l'encens et des fleurs, parce que toute autre objet lui a puru trop cher ³⁰). Dans une autre scèéne, Plaute nous représente Euclion mécontent d'un mouton qu'il n'a jamais payé, mais que la libéralité de Mé- gadore lui fait présenter et qu'il trouve trop maigre ³¹).— En comparant à ce vieil- lard de Plaute Harpagon, le personnage principal dans la comédie de Molière, quelle différence énorme y a-t-il? Harpagon est un vrai avare; il est un des bourgeois les plus connus et n'est pas devenu riche par quelque heureux hasard ou par une trou- vaille, il a toujours été riche ou du moins dans l'aisance. Ilarpagon possédait cet argent longtemps avant de l'enfermer dans cette cassette, et c'est seulement hier
²⁰) On a cu tort de donner x cette pièce le litre deare ou de Geichals, comme le font p. e. Happ, dans son histoire du drame grec, p. 317, de même dans sa traduction des comédies de Plaute p. 825, et Schlegel, Vorlesungen über dramatische Kunst und Literatur, II., 1. Abth. p. 237.
3⁰) Luclio: Cara omnia:
Atque co fuerunt cariora, aes non erat.
Abeo iratus illine——
Nune thusculum cmi et hasce coronas floreas. Aulul. II, 8, 5. ss.
3¹) Fuaclio.—— Quo quidem agno, sat scio,
Magis curiosam nusquam esse ullam belluam. Qui ossa atque pellis totus est, it ut cura macet. Aulul. III, 6, 25. ss.


