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rait affirmer que chaque oeuvre soit tout-Aà-fait de sa propre invention poétique: il a, lui aussi, emprunté, refait, imité 5).
Cependant, bien que tout le monde n'ignore pas ce fait, bien qu'on connaisse les imitations, ces deux génies n'ont rien perdu de leur gloire et de leur grandeur; parmi les ⸗meilleurs noms- les leurs sont cités comme les plus grands. II est évident, que d'avoir emprunté ou imité, cela seul ne fait point encore tort à un auteur 5). On pourrait remonter jusque dans les temps les plus reculés, et on trouverait, que tous ont commis le mêéme crime; T'érence et Plaute, comme ils aut éte imités par les modernes, ont imité de leur part; ils ont zépluché- Ménandre, Rinthon, Sophron, qui s'appuient sur Aristophane, Epicharme et l'ancienne comédie attique. Les pré- décesseurs de celle-ci ne nous sont pas conservés, autrement nous trouverions fort probablement maint passage qui a servi de modèle pour les écrivains postérieurs.
Il ne faut donc pas imputer à péché l'imitation d'un poète;?) il s'agit du com- ment de l'exécution, et ne serait-il pas fort instructif d'examiner comment les poètes ont manié et remanié leurs modèles? Quel choix ont-ils fait? Qu'est-ce qu'ils ont ajouté, retranché ou changé? C'est là l'idée, qui a occupé l'auteur de cette étude et qui l'a porté à entrer dans les détails de ce sujet; mais il y avait encore un autre motif. Une dispute s'est élevée en Allemagne entre les critiques de Shakespeare et de Molière; c'est surtout A. W. de Schlegel qui a contribué à exciter l'esprit de parti en se mettant sans réserve du côté de Sbakespeare et en critiquant de la manière la plus dédaigneuse le comique français. D'autres ont imité son exemple, mais depuis quelque temps il y a bien des voix qui se sont fait entendre pour Molière, de sorte qu'à présent nous avons deux partis opposés qui s'attaquent l'un l'autre detemps en temps et qui montrent un esprit singulièérement aigri. Le conflit n'est pas encore terminé, à ce qu'il parait, les avocats des deux partis n'ont pas encore rononcé à la parole, et— adhuc sub judice lis est. ³)
La grande question est: qui est le plus grand de Molière ou de Shakespeare? Ce dernier, bien entendu, pris comme auteur de comédies seulement; quant à la tra-
*) Voir sur les sources ou Aiedenut a 9 Batbu Collier, SAbseRsn library.— ehler- mayer, Henschel d Simrock, Quellen des Shakespeare in Novellen, Mürchen und Sagen.—
6) Molière dit:„Je prends mon bien oùè je le trouve.“‿. Shakespearc, blamé pour avoir emprunté quelques vers à une tragédie qui avait traité le mèême sujet avant lui, répondit: „Eh bien; ce sont de bons enfants, que j'ai ôtés d'une mauvaise société pour les introduire dans une meilleure.“— Schlegel, cours de litt. II, 2. p. 232.
*) De tels larcins sont permis au génie qui recrée, pour ainsi dire, ce qu'il emprunte.— Taschereau, vie de Molière, Liv. I. p. 9.
⁵) Du coôté de Shakespeare nous trouvons: W. v. Schlegel, Gervinus, v. Schack, v. Eichen- dorff, Kreyssig, Ulrici cte.; les défenseurs de Molière: Lessing, Goethe, Elias Schlegel, Bouterweck, Rammler, Wieland, Heine, Freytag, le comte de Baudissin, Humbert, Paul Lindau etc. Voir Humberl: Molière, Shakespeare u. d. deutsche Kritik p. VI. s.


