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Neuvaine
alors comme inondée de délices célestes. Dans les actions, même les plus ordinaires, il était aisé de s'apercevoir qu'il était occupé de toute autre chose que de celles qui tombent sous les sens. Ne pouvant supporter l'impression sensible que l'amour divin faisait sur lui, il était quelquefois obligé d'en tempérer l'ardeur, soit en respirant un air plus frais, soit en s'appliquant sur la poitrine des linges trempés dans l'eau. Ces soins calmaient un peu ce feu qui le consumait, même extérieurement; mais ils n'éteignaient point le foyer qui le produisait. L'amour enfin l'emporta sur la faiblesse de la nature; le frêle tissu d'un corps mortel ne put soutenir longtemps l'ardeur céleste dont le coeur de Stanislas était dévoré.
Réflexion. Quel amour! quelle union avec son Dieu dans un âge encore tendre que les effets en étaient tout à la fois admirables et délicieux! Je n'en suis cependant pas surpris; le Seigneur est plein de douceur pour ceux qui lui sont fidèles; il se plaît à récompenser en Dieu ses serviteurs, et n'attend pas à l'autre vie à leur faire goûter le bonheur qu'il leur a promis. Il est essentiellement notre félicité. La mesure de notre union avec luimême, dès cette vie, est toujours celle de notre bonheur. Ce qui me surprend, c'est que l'expérience des Saints, c'est que notre propre expérience ne nous ouvre pas les yeux pour voir cette vérité lumineuse, et pour nous engager à en faire la règle de notre conduite. Je dis l'expérience des Saints, parce


