|,| Fe"ne SR A À Æ. M OUI Û faïr NOTICE HISTORIQUE SUR L'ORIGINE ET LES PROGRÈS ASSOLEMENS RAISONNÉS. SES L= … TEL 167 HE N p, KO ONEC: AINTE ni É A à DE VE à u“dr D£ Arts AU FR FES F y NOTICE HISTORIQUE L'ORIGINE ET LES PROGRÈS ASSOLEMENS RAISONNÉS; DE L'EXAMEN DES MEILLEURS MOYENS DE PERFECTIONNER L'AGRICULTURE FRANÇAISE: INTRODUCTION A4 LA NOUVELLE ÉDITION DU TRAITÉ DES CULTURES ET DES ASSOLEMENS LES PLUS..CONV ENABLES À LA DIVERSITÉ DES SOLS; DES CLIMATS, DES USAGES ET DES DÉBOUCHÉS DE LA FRANCE; Par J. A: Vircror YVART, Æncien cultivateur; membre de l'Instilut; professeur d’économie rurale à l'École royale d’Alfort; membre de La Société royale et centrale d_Agriculture; de l Académie italienne; et d’un grand nombre d'autres Sociétés de Sciences, d’Aris et de Littérature, nationales et éirangères. RE > NN L< \ LTA RÉ PERSAN;: Pie RS A À 1 E À. Je mourrai content lorsque dans la France entière, l’art RS 4 Îy: h s. sas». ETAT D i d’alterner les récoltes sera universel et porté à sa perfection, JDTrer La LV Rozren. /{ A PARIS, MPRIMERIE DE MADAME HUZARD (née VArLAT LA CHAPELLE), Rue de l’Eperon-Saint-André-des-Arts, n°. 7. MARS 18ar. - Fe Tor ee nant Hi æ mi| Extrait du Nouveau Coùrs complet d’ Agriculture théorique et pratique, 2°. édition, publié par J. Deterville, en 1821. SE Ts Rd Sd Sn ER ST NOTICE HISTORIQUE SUR L'ORIGINE ET LES PROGRÈS DES ASSOLEMENS RAISONNÉS. D toutes les opérations agricoles, l’assolement ou la rotation annuelle des divisions établies suc- cessivement sur les terres arables, dans les éx- ploïtations rurales, pour la commodité et le plus grand avantage de la culture, est celle qui exige de la part de l’agriculteur l'attention la plus sé- rieuse et la plus soutenue, les calculs les plus exacts, et la connaissance la plus, approfondie des ressources et des difficultés de son art et de sa position locale. _ En vainil laboure, amende, engraisse, Ense- mence, nettoie, fertilise et dispose ses champs, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, à donner de riches récoltes: ses succès sont toujours incertains ou incomplets, illusoires ou peu dura- 1e ER m SZ. RE Es F ie Ca) bles, si un assolement alterne, conforme aux vrais principes, et approprié sur-tout aux circon- stances heureuses ou désavantageuses dans les- quelles il se trouve, ne fait la base de son écono- mie rurale. Obtenir constamment de la terre les produits les plus abondans et les plus utiles, par les pro- cédés les plus simples, les plus courts et les plus économiques, tel est mcontestablement le but rai- sonnable que doit se proposer tout cultivateur in- telligent et instruit. Ceux qui sont réellement dignes de ce titre, aussi utile qu’il est honorable, ont dû, par con- séquent, chercher, dans tous lestemps, à obtenir des domaines ruraux qu’ils exploitaient, le pro- duit net le plus élevé. Ils ont dà étudier, pour arriver à ce but, non-seulement les moyens de simplifier le plus possible les travaux aratoires, objets fort intéressans sans doute; mais ils ont dû aussi, et par-dessus tout, observer les divers effets produits sur le sol par les différentes plantes sou- mises à la culture, ainsi que par les divers pro- cédés plus ou moins épuisans qui pouvaient mo- difier leur action. Telle a dû être nécessairement, dans toutes les contrées régulièrement cultivées, Porigine des assolemens raisonnés qui ont pu s’y introduire, lorsque des circonstances particulières, à (5) étrangères et accidentelles, ne sont point venues s'opposer impérieusement à leur admission. Nous voyons, en effet, sans avoir besoin d’é- tendre nos recherches au-delà> que cette impor- tante étude avait occupé les agronomes romains les plus instruits, à l’époque où l'agriculture fut portée chez eux, au plus haut degré de perfection auquel elle était susceptible de parvenir alors, avec le très-petit nombre de connaissances posi- tives acquises sur la physiologie végétale, et avec lé nombre également très-circonscrit des plantes introduites dans la grande culture. Nous voyons aussi que leurs auteurs les plus versés en éco- nomie rurale, à qui les ouvrages d’AÆésiode, de Xénophon, de T. héophraste et de Magon n’étaient pas inconnus, possédaient quelques notions assez exactes, qu'ils nous ont transmises, sur les prin- cipes qui doivent présider à l'adoption des meil- leurs assolemens, c’est-à-dire de ceux qui sont les plus propres à maintenir la terre dans l’état in- dispensable pour en obtenir, sans la souller, ni l’épuiser, une succession indéfinie de nouveaux produits avantageux. Nous voyons encore que plu- sieurs de ces notions étaient heureusement répan- dués dans la classe instruite des propriétaires ru raux, et qu'ils ÿy avaient reçours pour l’adminis- tration de leurs propriétés. SLT TA TE em À (4) Nous pourrions accumuler ici un grand nombre de citations, pour prouver que l’agriculture de ces anciens maîtres du monde, qui l’honorèrent pen- dant plusieurs siècles, et qui, du Capitole où ils étaient montés triomphans, retournaient modes- tement dans leurs terres, énorgueillies, suivant Pline, d’être cultivées par leurs mains victorieuses; était plus raisonnée qu’on n€ nous paraît le sup- poser généralement; mais il suffira sans doute, pour notre objet, de rappeler quelques passages bien remarquables de leurs principaux auteurs;, afin de donner une idée satisfaisante de l’étendue et de la justesse de leurs connaissances relative- ment aux assolemens. Virgile, qui, par le choix et l'utilité de la plu- part des préceptes de culture qu’il a sisavamment et si élégamment exposés, à limitation d’Æésiode, dans l’immortel ouvrage classique des Géorgiques, a prouvé, d’après la pratique qu’il avait acquise dans sa Jeunesse, sur le territoire de Mantoue qui l'avait vu naître, qu’il était aussi profond agro- nome que poëte fécond; Virgile recounaît, de la manière la plus expresse, que le véritable repos de la terre consiste dans la variété des productions; et il fait cet aveu remarquable après avoir pro- clamé l'avantage de l’alternat de la culture du froment avec celle de la vesce, du pois et du lu- Ru que lés bons principes d'économie rurale professés par les premiers agronomes de ces contrées: pourraient encore aujourd’hui leur être appli- qués avec beaucoup d'avaniages sur un très- grand nombre de points. Avant de quitter ce sujet, nous devons rappe- ler ici que les savans les plus distingués, parmi les anciens Romains, avaient placé l’agriculture au premier rang, et n'avaient pas dédaigné de s’en occuper, puisque non-seulement nous trou- VOns parmi ceux que nous avons cités celui qu'on a appelé avec raison Le prince des poëtes, Virgile, dont on retrouve encore aujourd’hui l’ancien do: maine rural sous le nom de willa Virgiliana, près de Mantoue; mais il est encore très-remar- quable que celui qu’on à nommé à un aussi Juste Utre Le prince des orateurs, C icéron, qui a traduit l'Économique de Xénophon, qu'il recommandait de consulter jour et nuit, nocturné versate manu, versate diurn&, en faisait aussi ses délices> étlni a également consacré plusieurs pages éloquentes. [ y reconnaît, d’une part, que l’agriculture est mère et nourrice de tous les arts et qu'elle Les fait D Ne ne te Ss 7 (15) fleurir lorsqu'elle fleurit elle-même: Artium cæ: terarum parens et nutrit agricultura; quando benè agitur cum eû, omnes artes vigent; et dé l’autre il déclare hautement que de tous les moyens d'acquérir du bien, rien n’est préférable à l’agriculture, rien n’est plus fécond, plus agréa- ble et plus digne d’un homme hbre: Omnium re: rum ex quibus aliquid acquiritur; nihil est agri- culturà melius, nihil ubérius, nihil dulcius, nihil homine libero dignius. Dans les siècles d’ignorance et de désolation qui accompagnèrent ou suivirent de près la des- truction de l'empire romain, nous ne trouvons aucun monument consolant qui puisse nous at- tester que la science des assolemens ait fait quel- ques progrès; l’art de détruire comprimait trop fortement alors l’art reproducteur, pour qu'il pût se perfectionner. La monstrueuse compilation connue sous la dénomination de Géoponiques grecs; en nous pré: sentant le bizarre assemblage de quelques pra- tiques utiles et d’ané foule de recettes ridicules j n’ajoute rien à nos conhaissances sur ce point im portant. L'agriculture arabe, d’après le monument voa lumineux que. nous en a laissé Ebn-el Awam; traduit en espagnol par Banqueri, lequel nous = u Re PE RES =? ns ons rt r STE sde+ ae 1 RSS SE (26.) donne une idèe de l’agriculture des anciens Maures en Espagne, qui s’honore d’avoir donné le jour à Columelle, n’y ajoute pas davantage. Ce qui nous prouve que chez nous 1l n'existait encore, au neuvième siècle, aucune pratique ou système raisonné sur la rotation des cultures, c’est que nous voyons dans le célèbre capitu- laire de Charlemagne, De villis et curtis imperato- ris, l’assolement triennal prescrit de la manière la plus positive aux administrateurs des domaines ruraux de l’empereur. Plus tard, Pierre de Crescenz, Augustin Gallo et Jean-Baptiste Porta, chez les Italiens; Zsi- dore de Séville et Gabriel Alphonse de Herrera, chez les Espagnols; Conrad Heresbach et Joa- chim Camerarius, chez les Allemands; Fitz-Her- bert et Hugues Platt, chez les Anglais; et chez nous les médecins Charles Étienne et Jean Lié- baut, enire les mains desquels notre débile agri- culture se trouvait alors, se sont presque tous ac- cordés, ainsi que plusieurs modernes qui ne s’en sont point vantés, à copier servilement les an- ciens; et ils n’ont pas déplacé d'une manière bien sensible les antiques limites des COnNaAIS- sances agricoles. Mais nous approchons de cette époque heureuse eù, après un laps de plus de neuf siècles, Ptahe Can) commençant À sortir des épaisses ténébres qui avaient obscurci le plus beau sol et le plus beau climat qui existent peut-être sur la terre, vint pour la seconde fois nous éclairer du flambeau del’expé- rience et de la raison. En 1967, parut pour la premièré fois à Venise le Ricordo dAgricoltura,, ouvrage-trop peu connu et trop peu vanté, sans doute, de Camille’ Tarello, qu'un cultivateur anglais de bonne foi, Mills, appelait, en 1767, le.premier homme de mérite qui eût écrit sur l’art rural. après la renaissance des lettres,‘si l’on en excepte toutefois Pierre de Crescenz, Savant d’une haute extraction, qui avait gouverné long- tomps la république de Bologne, mais dont l’ou- vrage reproduisait en grande partie les anciens géoponiques grecs et latins. Alors régnait en Italie, comme dans le reste de l’Europe, où il s’était répandu et sur une grande partie de laquelle il pèse éncore fortement au jourd’hui, le trop fameux assolement triennal, qui consacre l’année de jachère après deux récol- tes consécutives de céréales, et qu'on désigne maintenant, dans la patrie des agronomes latins, sous la dénomination de sistema barbiano, parce que les chefs de la famille Zarbiani l'avaient in- troduit dans les états romains, vers le treizième ou le quatorzième siècle» avec l’usage des baux 2, ÿ C6 detrois ans seulement, destructifs de toute espèce d’améhoration agricole. Tarello, convaincu des nombreux inconvéniens quirésultent d’un système qui condamne la terre à une stérile inaction, tous les trois ans, après l'avoir inconsidérément souillée et épuisée pen- dant deux autres années, osa proposer, le pre- mier en Europe, la réforme de cet abus révoltant, devenu presque général de son temps. Le trèfle des prés(tri/olium pratense purpu- reum, Lin.) avait à peine été arraché à son état naturel pour être semé artificiellement sur les champs qu’il enrichissait, que notre nouvel agro- nome, qui avait bien observé l’action fertilisante exercée par cette plante sur le sol, sur-tout dans les champs de la Bresse où il était déjà alterné avec le lin, d’une manière fort avantageuse, proposa de l’interce ler judicieusement avec les céréales, en divisant les terres arables en deux parties égales, dont l’une était consacrée à la nourriture des hommes et l’autre à celle des bestiaux; et il appuya son système sur des bases solides et des raisonnemensirrésistibles. Ce nouveau plan de culture, dont l'adoption a enrichi toutes les contrées qui l’ont admis depuis, fut jugé alors si utile par la république de Venise, à laquelle Tarello, né à Lonato, avait dédié le A D — rer ue (19) curieux ouvrage qui le renfermait, que non-seu- lement elle lui accorda le privilége de le vendre lui-même, ce qui était alors une grande faveur; mais elle y ajouta encore l'obligation bizarre imposée à tous ceux qui voudraient en profiter, de payer à l’auteur et à ses fils quatre pièces d’ar- gent(marchetti) par chaque champ de blé, et deux pour tous les champs qu’ils couvriraient d’autres semences d’après son nouveau plan(1). C’est peut-être à cette singulière concession, plutôt qu’à la rudesse du style et à quelques pré- jugés de ce temps, comme l’observe avec raison notre savant ami le professeur d'économie rurale, Filippo Re, qui nous à fourni plusieurs de ces renscignemens; qu'on doit l’oubli dans lequel a été plongé, pendant plus de deux siècles, l’ou- vi'age de celui qu’il regarde comme le véritable réformateur de l'Agriculture italienne, et proba- sblement aussi, ajoute-til, de celle d’autrès nations qui en ont profité sans l’avouer. À la vérité, on a contesté depuis ce mérite à Tarello pour l’attribuer à un autre Italien AA U- QG) Vid. Dizionario ragionato di libri d’Agricoltura, Veterinaria, ed altri rami: d’ economia campestre, di Fi- lippo Re. Venezia, 1809. V.3, p. 96. a* l D—+ L eh; D rm ie EL rene ES en s DE PES - Ge tee 2 RH AIRE AE (20) gustint Gallo, son contemporain; mais sans: aVOIr besoin d'examiner ici cette controverse; qui nous parait peu fondée, puisque le savant professeur de Padoue, Arduino, n'hésite pas à désigner sous le titre de méthode tarelliennele système de culture alterne; et quoi qu'il en soit, ce nest que près d'un siècle après, en 1651, que nous: voyons paraître en Angleterre l’ouvrage remarquable d'un Polonais, Samuel Hartlib. Cet homme célèbre, l'ami de Milton etle grand protecteur des bonnes pratiques de culture en Angleterre; instruit à école de la Hollande et sur-tout à celle de la Flandre, véritable berceau des assolemens les mieux calculés, proposa la réforme de lagricul- ture anglaise; après avoir pris des renseignemens sur la culture de la luzerne.en France, recom- manda fortement l'Agriculture flamande, dontil décrivait les procédés d’assolemens alternes, et nous informa le premier, entre autres vices de l'Agriculture de la Grande-Bretagne; qu’on y mettait jusqu’à douze chevaux à une charrue, qu’on éduquait mal lésbètes à laine, et qu’on attelait alors en Irlande les chevaux par la queue, comme nous ne pouvons douter qu’on le faisait encore à la fin du siècle qui vient de s’écouler, et comme on le fait peut-être même aujourd’hui, quelque DATE rm (21) ridicule que puisse paraître cette bizarre. cou- tume(1). Mais déjà avait paru, en 1600, c’est-à-dire plus d’un demi-siècle auparavant, l'ouvrage im- mortel du grand homme que la France recon- naissante a proclamé le Pére de l’Agriculture française; déjà le digne interprète du premier des arts, le digne conseiller du meilleur des princes, qui appelait, comme Sully, le pâturage et le la- bourage les deux mamelles de l’état, du bon Henri 1v, qui ne pouvait se lasser de lire les écrits de notre premier agronome, etqui ne l'avait pas consulté en vain sur les moyens de rédimer son royaume de l’énorme tribut qu'il payait à l'étranger pour l'introduction de la soie; déjà cet homme célèbre avait illustré son pays par ses utiles travaux; déjà enfin le savant cultivateur, Olivier de Serres, à qui nous sommes redevables de l’heureuse propagation parminous de cet arbre précieux, qui, en nourrissant l’insecte que nous a donné l’Inde, alimente si richement nos manu- factures et notre luxe, avait publié son Théâtre d'Agriculture et Mesnage des champs. I ne faut pas confondre cette production avec: ces mons- trueuses compilations connues sous les noms sé- Gi) Voyez le Voyage d’ Arthur Young en Irlande. (22) duisans de Maisons rustiques, tant de fois repro- duites à la crédulité des habitans des campagnes, depuis Charles Étienne> Qui avait d’abord pu- blié son ouvrage sous le titre de Prædium rusti- cum, et que Jean Liébaut et Liger ont cherché à rajeunir bien des fois avant M. Bastien. Quoique le plus ancien de nos agronomes ne paraisse pas s’éloigner toujours assez de la pra- tique de l’improductive jachère, voulant proba- blement ainsi sacrifier aux préjugés de son siècle, il nous a laissé cependant, dans son grand ou- vrage, des preuves irréfragables de ses connais- sances sur plusieurs points importans de l’article des assolemens. TLantôt il y déclare expressément que la terre se délecte en la mutation des semences; tantôtil y avoue que toutes sortes de blé travaillent la terre, à cause de leur nourriture qu’ils en tirent, mais beaucoup plus ou moins les uns que les autres, pour leurs divers naturels> Y EN ayant mème de si malings, qu’ils en attirent la graisse pour plu- sieurs années; comme, au contraire, de si débon- naires, qu’ils l’engraissent sans autre moyen. Ceux- l@, continue-t-il, sont Les orges, millets et pois chiches, et ceux-ci Les fèves, pois communs, lu- pins, etc. Plus loin, nous le voyons reconnaître et proclamer la propriété améliorante de la cul- QI (23) ture de la fève, considérée comme préparatoire pour celle du froment, propriété dont l’anglo- manie, soit dit en passant, a fait honneur de la découverte aux Anglais,. croyant peut-être en rehausser par là le mérite, et nous ne pouvons résister au besoin dé transcrire 1c1 les propres ex- pressions dontcet agriculteur distingué se sert pour indiquer les bons effets que son expérience lui a fait connaître à cet égard: Les féves, dit-il, en- graissent les terres où elles auront été semées et recueillies, y laissans quelque vertu agréable aux fromens qu’on y faict par après(5) C’est aussi Olivier de Serres qui, en créant le nom des prairies artificielles, a trouvé le mot de l'énigme de la prospérité rurale; d’après la judi- cieuse observation consignée dans l’éloquent éloge que M. le comte François de Neufchäteau a con- sacré à cet illustre propriétaire de la terre du Pra- del, qui, comme il l’observe encore, ne mit la main à la plume qu’aprés l'avoir mise à l’œuvre. C’est également lui qui, après nous avoir dit que le sainfoin, si avantageux pour l’assolement (a) Voyez la nouvelle édition du Théätre d’Agricul- ture et Mesnage des champs; par Olivier de Serres: de S ps;| Pimprimerie et dans la librairie de Madame Auzard, Paris, 1804. Tome 1, p. 127 et suiv., 149, etc., etc. (ad) de nos terres les plus insrates commençait à être P 5, Ç cultivé en Dauphiné, et après nous avoir indiqué le sarrasin, non moins utile dans le’ même bas ne ainsi que le maïs pour d’autres terrés( toutes: plantes précieuses inconnues aux anciéns), nous donne le premier une description de la solanée parmenticre, le plus’ riche présent peut-être qué! le nouveau Monde ait fait à l’ancien> et qu'il dé- sighe-sous le nom de Cartouffle; qu’on à depuis transformé en celui de pommes de terre(r). Nous ne pouvons quitter ce patriarche de notre agriculture, déjà si recommandable par tant de communications du plus haut intérêt, sans faire encore rémarquer que non-seulement il'est entré dans plusieurs détails intéreésans sur la culture du cotonniéer et du pastel, dont le dernier, qui à créé és pays dé Cocasne annonce assez par là j P y 2 D€ P:€ qu'il enrichissait ceux où on le cultivait; non- seuléinent il nous a informés que la canne à sucre, qu'il appelle#ne excellente plante, s'était depuis peu d'années en cà dom estiquée en Provence, où elle apaït été apportée des îles Canaries etde Madère: cé sont ses propres expressions; maisilnous apprend aussi qu’on venait d'introduire en France, de son temps, cette autre plante si précieuse pour le per- (1) Voyez Ofiviér de Serres, p. 518 et XXVIIÿ, Xliv. ( 28) fectionnemént de nos assolemens, sous le triple rapport de son produit en sucre, de sa propriété de préparer la terre pour la culture du froment, etde l’aliment abondant que sesrésidus procurent encore à nos, bestiaux; plante sur laquelle M. le comte Chaptal nous à donné des renseignemens si satisfaisans d’après sa pratique, continuée de- puis long-temps avec le plus brillant succès, et imitée par d’autres agriculteurs français avec un succès non moins encourageant. La betterave, dit-1l, est une espèce de pastenade, laquelle nous est venue d'Italie n’a pas long-temps; et comme sil eût voulu préluder à l'utile découverte de Margraaf, dont M. Achard a tiré à Berlin un si grand parti, que M. Déyeux nous a rappelé ici le premier, il ajoute plus loin ces paroles qui nous paraissent très-remarquables: Le jus qu’elle rend en cuisant est semblable à sirop au sucre(1). Nous devons dire ici que peu d'années avant la publication de l’ouvrage de Tarello, et par con- séquent avant celui d Olivier de Serres, le savant suisse Conrad Gesner, que ses grandes connais- sancés firent surnommer le Pline germanique, pu- bla à Strasbourg un ouvrage latin intitulé, Æorti Germaniæ, dans lequel on trouve des détails fort (1) Zdem, 2, 246. 2 = EE SE SRE TS ( 26) curieux surlesassolemens introduits alors dansles environs de cette ville, sur les champs soumis al- ternativement à la culture des céréales, des plantes d'art et au Jardinage, sur lesquels on parvenait ainsi à ebtenir cinq produits variés, dans l’espace de deux années. Il y indique le froment, l'orge, le chanvre, le lin, la fève, le carthame et le pa- vot, qu'on alternaït judicieusement avec un assez grand nombre de plantes potagères. Nous ver- rons ailleurs que cet alternat s’est encore perfec- tonné depuis et considérablement étendu en Alsace(1). À peu près vers la même époque où Olivier de Serres instruisait et enrichissait sa patrie par son utile exemple et ses savans écrits; à cette épo- que mémorable où, sous les yeux de son souve- rain, il couvrait la terre de Rosny et le jardin royal des Tuileries de quinze à vingt mille mû- ricrs blancs qui n’y existent plus depuis long- temps, et ornait le sol des environs de Béziers des mêmes arbres, qui, après avoir traversé deux siècles, se faisaient remarquer, à la fin du dernier, avec une circonférence de plusieurs mè- tres; vers cette époque où l’agriculture reprit un Qi) Vide Fort Germaniæ Conradi Gesneris. Argen- tinæ, 1901, ps 241. ne (27) peu de faveur, grâce à Sully, qui la reconnais-" sait comme une source de la prospérité publique, comme l'ont fait depuis nos hommes d'état, Ber- tin, Turgot, Malesherbes; un autre génie plus extraordinaire encore peut-être;, parce que son esprit, privé des bienfaits de l'éducation, devait à la nature seule toute son énergie et sa justesse; publiait aussi une vérité bien importante pour la science des assolemens. Cet humble potier de terre, ce simple paysan de l’Agénois, qui, ne sachant, comme il le dit lui-même, ni le grec ni le latin, et n'ayant d'autre livre que le ciel et la terre, ouvrit cepen- dant à Paris les premiers cours de physique, y créa le premier cabinet d'histoire naturelle, y substitua, le premier, les observations et les ex; périences au fatras souventinintelligible de la sco- lastique 3 arracha la chimie aux alchimistes, ainsi qu'à tous les autres charlatans, partisans du grand œuvre; visita la France et l'Allemagne en observateur éclairé; épia sans cesse la nature; déclara par-tout une guerre implacable aux abus et aux préjugés, malgré tous les obstacles que lui présentaient la fatigue, la dépense, la mi- sére, et par-dessus tout une épouse contrariante: Bernard Palissy enfin avait aussi des notions très- justes sur l’objet dont nous nous occupons. Cet homme surprenant,‘à la pénétration du- (26) quel rien n’échappait; qui étonnait et fâchait même plusieurs de ses contemporains par la va- riété et l’étendue de ses connaissances; qui était tout-à-la-fois géomètre, peintre, dessinateur, phy- sicien et agronome; qui nous a donné le plus an: cien traité raisonné que nous ayons sur la marne; giné très- probable de cette substance, ainsi que celle des qui nous a le premier aussi indiqué Pori bancs de coquilles fossiles dites falun, que recèle le sol de la Tourraine et qui servent à le fertili- ser; qui nous a le premier encore indiqué la sonde où tarière, qu'il proposait d’employer à la recher- che de ce précieux amendement; qui nous à transmis également, sur diverses branches de l’agriculture, des préceptes et des détails aussi curieux qu’instructifs: ce véritable savant, loin d’admetire comme indispensable le prétendu re- pos du sol, consacré par la jachère, professait hau- tement au contraire que la terre ne reste iamais oisiue: c’est ainsi qu'il s'exprime dans le second livre de son ouvrage, intitulé: Recepte véritable par laquelle tous les hommes de la France pour- ront apprendre à multiplier et augmenter leurs thrésors(1). Après l'apparition des deux grands hommes (1) Voyez page 526 et suivantes des OEuvres de Ber- nard Palissy, publiées par M. Faujas de Saint- Fond. In-4°. Paris, 1777. cn DT ETLS a«À tn” om RE ( 29) dont la France doit s’énorgueillir, et qui, sem- blables à deux météores bienfaisans, vinrent éclairer leur pays au milieu des épaisses ténèbres qui. le couvraient encore et des guerres civiles qui le désolaient alors, nous nous trouvons forcés de traverser plus d’un siècle, avant de rencon- trer quelque ouvrage qui soit intéressant pour notre objet; car nous ne parlerons pas des poëmes latins de Rapin et de Vaniére, ni de leurs traductions, commentaires et additions; qui ne présentent rien d’utile sous ce rapport. Oui, nous devons le dire, 1l nous faut franchir en entier le siècle de Louis XIV: puisque, comme l’observe avec sa sagacité ordinaire M. le comte François de Neufchâteau,« Ce siècle si fertile en grands monumens et en chefs-d’œuvre de tout genre, loin d’avoir l'avantage qu’eut le siècle d'Auguste de voir naître les Géorgiques, s’est fait remarquer, au contraire, par son indiffé- rence au sujet de l’agriculture. Dans la liste nom- breuse de ses hommes célèbres on trouve des S0- phocle, des Cicéron et des Æorace, on n’y voit point de Columelle; car on ne peut considérer comme un corps de doctrine agraire les écrits de la Quintinye, qui n’a traité que des jardins, ni lé dictionnaire compilé par Chomel, quoique d’ailleurs fort estimable.» (30) À la vérité, sous ce régne si mémorable, comme sous le suivant, les cultivateurs avaient à redouter les nombreux agens subalternes de l'autorité, etsur-tout la surcharge ou plutôt l’ar- bitraire des impositions, et les vexations du mode de perception le plus propre à entraver l’indus- trie agricole. Alors le système exclusifde Colbert, qui prohibaïit la sortie des matières premières; alors l’activité des manufactures et du com-: merce extérieur, absorbaient seuls toutes les pensées, attiraient tous les capitaux et em- ployaient presque tous les bras. Cependant le maréchal de Vauban, lun des grands hommes de guerre et d'état de ce siècle, qui lui dut une partie de son éclat, s’occupait, dans l'ouvrage manuscrit qu'il appelait ses Oisivetés, de la statis- tique de l’élection de Vézelay, la première que l’on ait dressée en France, et qui renferme une foule de données précieuses sur l’agriculture; mais ce ne fut que vers la fin du règne de Louis XV, que l’on s’occupa sérieusement de la véritable source de la richesse des nations. Un des premiers ouvrages qui se présentent à nos recherches, après un laps de temps aussi con- sidérable, c’est, il faut encore l’avouer, celui d’un étranger, qui, dans un Æssai sur l’amélio- ration des terres, publié a Paris en 1700; soutint (31) a cette époque que l’agriculture, du temps de Hexr: 1v, était meilleure que celle du règne de Louis xv, et il ne lui fut pas difficile d’en trou- ver des preuves dans l’ouvrage d'Olivier de Serres(1). Quoique l’Essai de Patullo renferme quelques idées neuves, et quoiqu'il s'attache sur-tout à choisir ses exemples en France, ce qui était très- louable sans doute et bien digne d’être imité lorsque l’on écrit pour des Français, il a le grave inconvénient de ne recommander l'établissement du trèfle, de la luzerne et du sainfoin, qu’après trois récoltes consécutives de céréales. À cette époque cependant avait paru, depuis quelques années, le Traité des prairies artift- cielles, publié par de Lassalle de l'Étang, auteur d'un Manuel d'agriculture, dans lequel il réfu- tait la doctrine de Tull; et cet ouvrage, ayant particulièrement la Champagne en vue, était toutefois applicable à une grande partie du royaume. À ceite époque avaient aussi paru les excellens articles Ferme, Fromenr et Cuzrure DES Terres, dans l'Encyclopédie, et quelques (:) Voyez l Eloge d Olivier de Serres, par M. le comte Francois de Neufchäteau, en tête du Ier. volume du Théâtre d’ Agriculture._ (3) autres articles non moins intéressans de M: Lei roi, et de M. Quesnay, fils du patriarché de là secte des Économistes, dont les erreurs ont-fait trop oublier les bonnes idées et les utiles travaux. À cette époque enfin avait encore paru, en 1750, le Traité dela culture des terres, suivi, quelques années après, par les Elémens d'agriculture, de Duhamel du Monceau, dont tout ami de la science agricole né doit prononcer le nom qu'avec un respect mêlé.d’admiration pour’ la constance du zèle le plus ardent, dirigé vers les progrès de cétte science:: Cet infatigable académicien, qui proposa‘le premier l’intitution si désirée des Écoles d’agri- culture, et qui contribua si püissamment à la création des Sociétés qui s’én occupent; dévoué depuis long-temps par goût à ce genre d’études qu'il associait à beaucoup d’autres;'aidé dans ses recherches par un frère trèsvérsé dans la pratique de l’économie rurale, et qui imprimait lui-même sur le sol ses idées, tandis que l’homme de lettres en transmettait fidèlement sur le papier les résul- tatsaux cultivateurs; ce digne successeur de notre prennier agronome nous fit connaître ses propres expériences. et celles de ses amis, entra dans des détails étendus sur les principaux assolemens usi- tés L diverses parties de la France, et r SÉRIE TERRE (55) nous communiqua plusieurs procédés utiles, sur- tout à l’égard du trèfle, dont Olivier de Serres ne parlait pas, et de quelques autres plantes qui, du temps de ce célèbre agriculteur, n’étaient pas non plus introduites dans les cultures en grand par- venues à sa connaissance. L'agriculture française doit encore à Duhamel, ainsi qu'à son digne collaborateur, Lullin de Chäteau-Vieux, savant Génevois que nous re- trouvons aujourd’hui dans plusieurs membres de son illustre: famille, la propagation de la culture en rayons, si essentielle au nettoiement et à l’a- meublissement de la terre, au moyen du précieux instrument connu sous le nom de cultivateur; mais, malheureusement pour les progrès de la science qu'il affectionnait, la supposilion gratuite dans laquelle il tomba d’après l’anglais Jethro Tulletious ses adhérens, que Ves seuls remuemens de la terre autour des plantes en végétation ed pen- dant l’année de jachère peuvent, en atténuant ses molécules et en les exposant alternativement à l'action bienfaisante des influences météoriques, suppléer efficacement à tout autre moyen de ferti- lisation, lempêcha de contribuer d’une manière plus directe et plus étendue au perfectionnement des assolemens. Vers le même temps, tandis qu’en Italie PAca- 3 (54) démie des Géorgiphiles de Florence couronnait la savante dissertation que Paul Franceschi lu avait adressée sur la question du problème des jachères qu’elle avait mise au concours, et dans laquelle, après avoir prouvé que le repos de la terre, ou plutôt son abandon temporaire, son état d’inculture, n’avait jamais été un précepte de l’agriculture ancienne, comme on l’a supposé trop légèrement, 1l démontrait, par la théorie et l'expérience, que non-seulement cet abandon était 8 sible; tandis que la Société patriotique de Milan énéralement inutile, mais souvent nui- couronnait, de son côté, une autre dissertation non moins savante de Paul Lavezzari, dans la- quelle on trouve l’indication d'excellentes rota- tions de culture qui existaient depuis long-temps dans le Bolonoïis, d’après Filippo Re, ainsi que dans le Lodésan, la Bresse, la Toscane, et sur d’auires points de l'Italie; tandis qu’en Suisse le bon Xliogg, qu’on a surnommé le Socrate rus- tique, donnait d’excellens exemples à son canton et même à l’Europe entière, qui a joui des avan- tages de sa pratique; etque le zélé pasteur d'Orbe, Bertrand, à qui l’on doit plusieurs ouvrages utiles sur l’économie rurale, cherchait à faire valoir tout le mérite de la méthode Turellienne, en consa- ; Fe crant un chapitre de ses Ælémens d'agriculture à (35) fa culture alterne établie avec des pâturages aïti- ficiels; on voyait en France le chevalier Ferrand, qui avait visité la Flandre en observateur attentif et éclairé, publier un Mémoire raisonné sur les avantages de semer Le trefle en Prairies ambilan tes, avec cette excellente devise: L'industrie du culti- vateur multiplie les terres> Sans en augmenter la surface; on voyait Désbiey publier aussi son Mé- moire patriotique sur la meilleitre manicre de tirer Parti des landes de Bordeaux 3 Despommiers mettre au Jour Ÿ’ Art de s'enrichir par la culture du sain- foin; et Caraccioli livrer à la Curiosité publique et à la méditation des savans son Agriculture sim- plfiée selon les régles des anciens, avec un projet pour la faire revivre; Comme étant la plus profitabie et la plus facile. 4 C’est toujours vers la même époque, si célèbre dans les fastes de l'agriculture européenne, que parut le Corps d'observations de[a Société d’agri- culture, du commerce et des arts, établie par les états de Bretagne, dont elle formait le conseils la première de ce genre qui fut créée en France, avant celles de Paris, de Eÿon, de Rouen, de Bordeaux, d'Orléans, de Toulouse et de SOIS- sons, qui furent formées quelque temps après celle de Dublin, là plus ancienne de toutes en Europe, mais dont l’idée avait été suggérée par DO * es " US as re res matin d Es 2 ( 36) un Français, Raoul Spifame, en 1556, sous Henri IL. On remarque dans ce recueil, digne des plus grands éloges, que« l’agriculture était alors PE dans un état de langueur qui frappait les yeux les moins attentifs; que des personnes accoutumées DT€ À observer et à calculer d’après leurs observa- ER EE à or er tions prétendaient que les deux tiers de la Bre- taone étaient incultes, et assuraient que la plu- b 2 q 14 part des terrains cultivés produiraient le double de ce qu'on en retirait, si la culture y était per- fectionnée et protégée... Chacun croit, y ob- serve-t-on avec raison,« que les cultures qu'il a vu pratiquer où qu'il a pratiquées, renferment tout l’art de l’agriculture(erreur qui, soit diten passant, est encore bien commune aujourd’hui): aussi trouve-t-on une multitude de personnes qui pensent de très-bonne: foi n’avoir rien à ap- prendre sur un art si étendu, et même être en “at de donner aux autres d’utiles leçons. Cette À confiance, poursuit-on; quoique très-naturelle, puisqu'elle est presque générale, est blämable, er mere en ce qu’elle nuit aux progrès de l’art; elle em- pèche les lumières de s'étendre. Resserré dans le Pre Te, cercle de ses connaissances, presque personne n@ profite de celles d'autrui.» Les membres de la Société qui publiait d'aussi nc importantes vérités; convaincus que les labou-| | —_— tr CESRe"s. 1= (57)| reurs ont besoin d’être instruits plus encore par des exemples que par des leçons, ne se crurent point dispensés de faire eux-mêmes des expé- riences et des recherches sur les véritables moyens d'améliorer l’agriculture, et ils eurent la satis- faction d’obtenir des succès, en propageant l’a- doption des prairies artificielles, du lin, du chanvre, de la rave, du navet, de la garance, du pastel et de plusieurs autres plantes économiques, qu'ils recommandèrent, par leur exemple autant que par leurs préceptes, d’intercaler Judicieuse- ment avec les céréales, afin d'assurer et d'aug- menter par là leurs produits. On leur doit encore, outre un grand nombre d’autres bienfaits, d’avoir les premiers reconnu, par l’analyse, que les pâturages, ainsi que les prés naturels, renfermaient souvent plus de plantes nuisibles, ou inutiles au moins, que de bonnes pour la nourriture des bestiaux; décou- verte qui les porta à faire des essais fructueux sur la culture séparée de plusieurs des graminées et des légumineuses vivaces les plus recommanda- bles pour cet objet.: Nous ne parlerons point de l’excellent ouvra ge du marquis de Turbilly, qui parut aussi vers la même époque, quoiqu'il ait encore beaucoup de mérite à nos yeux: cet ouvrage indiquant plutôt } Fil | Il N Î k Ne ( 358 les moyens d'opérer les défrichemens, que les rotations de culture les plus convenables pour ti. rer le meilleur parti possible des terres défri- chées. Nous devons cependant dire 1c1 qu'il a le premier publié que« l'institution de diverses so- ciétés d’agriculture dans les provinces du royaume, qui correspondraient avec une principale que lon, placerait à Paris, serait de la plus grande uti- lité;» et nous verrons plus loin combien 1l a con- tribué par là au perfectionnement des assole- mens. C’est encore lui qui, le premier, conçut. l’heureuse idée de donner des médailles aux cul- tivateurs distingués; et en parlant de celle qu'il leur avait destinée sur ses propres fonds: C'est, dit-il, la première médaille qui ait jamais paru en France pour une chose aussi utile, quoiqu’ily en ait beaucoup de frappées dans ce royaume pour des objets la plupart bien moins importans: vérité 1n- contestable qu’on ne saurait trop rappeler. Mais nous ne pouvons passer sous silence la tra- duction française d’un ouvrage anglais, intitulée: Les principes de l’agriculture et de la végétation, ouvrage couronné par la société d'Édimbourg éta- blie pourle perfectionnement des m anufactures et des arts. François Home y appliqua, le premier, à l’agriculture les puissans moyens de la chimie, 2 2! e. e! qu’on avait regardée jusqu'alors comme Jui étant RE (39) étrangére, quoiqu’elle ait avec elle une liaison si étroite. Les importans services qu'elle lui a ren- dus depuis, nous autorisent à en attendre et à en exiger même de nouveaux, et l’auteur a consi- gné dans cet ouvrage curieux plusieurs vérités neuves qui ont un rapport très-direct avec notre objet. Nous devons encore mentionner ici un autre ouvrage traduit en français sur les versions latine et allemande du savant Vallerius, qui, en sui- vant, dans son Agriculture réduite à ses vrais prin- cipes, le sentier que Æ/ome avait frayé, vint en- core éclairer cet art du flambeau de la chimie, que tant d’autres savans nationaux ou étrangers lui ont appliqué depuis avec un si grand succès. Il a également étendu le cercle étroit des connaïis- sances utiles à la science des assolemens, et il nous porte naturellement à indiquer#8 les ou- vrages de Xirwan, de Giobert, de Fourcroy, de Dundonald, de Chaptal, de Davy et de son sa- vant critique Mathieu de Dombasle, lesquels n'ont pas peu contribué au perfectionnement de l’économie rurale. Pourquoi ne dirions-nous pas aussi un mot des Voyages d’un philosophe, publiés en 1764, dans lesquels le célèbre Poivre, en nous cominuniquant ses observations sur les mœurs et les arts des ee ä 7 1 2 RNA A— —=—; ' a ne agree NE re Î ESS ( 49) peuples de l'Afrique, de l’Asie et de l'Amérique, sur lesquels M. de Æumboldt à publié depuis de si savantes recherches, nous donne des détails fort intéressans sur l’agriculture de la Chine, qui a fait de cet art, comme l’on sait, une institution politique et religieuse, très-propre à en étendre et à en perfectionner la pratique? « Un laboureur chinois, dit-il, ne pourrait s’empècher de rire, si on lui disait que la terre a besoin de repos à certain temps fixe; il dirait certainement que nous sommes loin du but... Et que ne dirait-1l pas s’il voyait nos landes, une partie de nos terres en friches, et Le reste mal tra- vaillé? » Les terres chmoises en général, continue- t-il, ne sont pas de meilleufe qualité que les nôtres... Toutes ces terres rapportent annuelle- ment, même dans les provinces du nord, une et deux fois l’année, quelques-unes même einq fois en deux années dans les provinces méridionales, sans jamais se reposer depuis plusieurs milliers d'années qu'elles sont mises en valeur.» On voit égalementdansles Mémoires des missio- naires, dans lAistoire du Japon, de Kæmpfer; ainsi que dans le Voyage au Japon, de Thumbers, «que les Chinois et les Japonais ne laissent Jamais inculte un seul coin de terrecultivable, et qu'ils (4) n’y laissent pas croître non plus une seule herbe parasite;» ce qui n’est pas moins digne de re- marque et ce qu’il serait encore bien important de voir s’établir parmi nous;, comme nous le dé- montrerons dans un travail ex professo terminé depuis long-temps, que nous publierons incessam- ment sur cet intéressant objet, beaucoup trop né- gligé en France et sur d’autres points de l'Europe. Nous trouvons encore dans lÆssai historique, géographique etpolitique sur l'Indostan, par M. Le- goux de Flaix, ancien officier du génie, que« de vastes plaines fournissent dans ce pays, sans crainte de les voir s’épuiser et presque sans frais gri- coles, des fruits exquis et de nombreuses et abon- de culture, par la supériorité des méthodes a dantes récoltes. Celles du midi en donnent trois par an; le Maissour, le Tanjaour et le district de Mangalar en fournissent jusqu’à quatre:» * Nous voyons également M. Reynier, l’un de nos savans qui ont été chargés d'explorer lE- gypte et d'en étudier les mœurs et:les usages, nous dire, dans ses Considérations générales sur l’agriculture de ce pays, insérées dans le 10°. vo- lume de nos Annales d'agriculture:« Les Egyp- tiens ne laissent jamais reposer leurs terres, mais ils connaissent la nécessité d’alterner les cultures: cependant leurs combinaisons dans ee genre se. rs ne Tr ER te LR a DE — 2 (42) bornent aux plus simples élémens. De deux an- nées l’une, 1ls sèment du blé, l’année suivante c'est de l'orge, des fèves ou des lentilles, et c’est la plus ou moins grande inondation qui leur dicte la préférence. Les années de mauvaise inondation où la terre devient plus vite sèche, ils sèment de l'orge, dont la végétation exige moins d’eau; les années de plus grande inondation, ils donnent la préférence aux fèves et aux lentilles. Chaque an- née, ils réservent une certaine étendue de terres pour la culture des prairies artificielles, quoiqu'ils en aient bien moins besoin que nous d’après leur système général de culture. Rarement, nous dit encore plus loin M. Rey- nier, J'ai vu mêler deux cultures ensemble: si je ne me trompe, c'était un précepte de religion de l'Orient, dont l’effet existe encore. Je n’ai ob- servé qu’un seul mélange, et sa combinaison m’a paru ingénieuse: c’est celle des pois chiches avec le safranum(carthamus tinctorius., L.). Cette dernière plante doit être semée très-clair, et le pois chiche parvient au moment de sa récolte, lorsque le safranum commence seulement à pous- ser sa tige et a besoin de tout l’espace pour se dé- velopper.» Malheureusement, à l’époque où l'écrit philo- sophique de Poivre parut, un fâcheux concours 6 4%) de circonstances, indépendamment du défaut de connaissances solides sur la véritable administra- tion des terres pour prévenir leur épuisement, forca beaucoup de propriétaires à les abandonner à l’inculture la plus complète, afin de s’exempter d’en payer les contributions: ce qui engagea le gouvernement à publier, en 1766, la fameuse déclaration qui exemptait, pendant quinze ans, de toutes dîmes et impositions les terrains qui se- raient défrichés à l’avenir, et l’on s’occupa bien plus alors à épuiser la terre par des récoltes suc- cessives de céréales, qu’à lassoler convenable- ment. Mais nous allons voir qu’on ne tarda pas à sentir la nécessité de se livrer enfin sérieusement à ce nouveau genre d'amélioration, sans lequel 1} est impossible d'obtenir nulle part des succès réels et durables. Nous n’avons pu présenter jusqu’à présent que quelques faits détachés, que quelques notions éparses cà et là sur la science des assolemens. Le corps de doctrine de cette science n'existait pas encore; il n’avait pas même été ébauché, et le nom qui devait exprimer la succession raisonnée des cultures n’était pas créé dans la langue fran- çaise. Ce ne fut qu’en 1774 que M. le marquis Costa, l’un des principaux et des plus éclairés pro- priétaires ruraux de la Savoie, membre des socté- (4TY tés économiques de Chambéry et de Berne, publia son Zssai sur l’amélioration de l’agriculture dans les pays montueux, et en particulier dans la Savoie, avec des recherches sur les principes et les moyens propres à y augmenter la population, la vivifica- tion et le bien-être des peuples., C'est dans cet ouvrage trop peu répandu, d’un grand mérite à nos yeux, écrit avec les vues les plus philantropiques, et qui annonce dans som auteur cette heureuse réunion si rare des princi- pales connaissances théoriques et pratiques en économie rurale, que nous découvrons, entre autres matières de la plus grande utilité, traitées avec beaucoup de sagacité, un chapitre particu- lier et fort étendu sur les assolemens. Nous le regardons comme le premier traité qui ait été publié en français sur cette importante matière, quoiqu’un homme de beaucoup de mérite ait à tort annoncé le contraire, en fixant à une époque postérieure l’existence des ouvrages dans lesquels on s'est spécialement occupé de cet objet. Son estimable auteur, qui nous paraît aussi avoir adopté le premier le mot assolement, que nous n'avons trouvé dans aucune publication an- térieure à la sienne, annonce avec étonnement, dès son début« que ce mot et ce qu'il exprime est une nouveauté pour la plupart des cultiva- EEE ne Dr++ Tr= EDR ee PRÉ Pa (45) ieurs; qu'on imagine par-tout qu'il n’y a qu'une facon d’assoler les terres, et que celle qui est en usage dans le lieu où l’on est est l'unique.» La tâche que nous avons cru devoir nous 1m- poser de faire précéder notre travail sur la science qui nous occupe; par des renseignemens histori- ques que nous regardons comme irès-propres à faire sentir de plus en plus Putilité générale des bons assolemens, et à rectifier, s’il est possible, l’idée fausse et trop accréditée que partagent en- core aujourd’hui un grand nombre de personnes, sur le mode de leur introduction en France, en les regardant comme une production d’outre mer; dont les Anglais nous auraient gratifiés; cette tâche exige que nous donnions ici un précis des motifs qui déterminèrent M. le marquis Costa à traiter ce sujet avec beaucoup de développement; nous devons aussi donner une idée du plan de culture qu’il adopta, conformément à ses princi- pes et avec un succès très-prononcé, sur ses do- maines, dont il dirigeait lui-même l'exploitation, comme il est facile de le reconnaitre. L’agriculture de la Savoie, pour laquelle il écrivait particulièrement et où se trouvaient les propriétés qu’il cultivait, était alors très-défec- tueuse, quoique cette contrée ft environnée de pays qui, bien que placés dans des situations re- EE. Re ('46:) marquables par une grande analogie avec la sienne, comme la Suisse et le Piémont, étaient beaucoup plus heureuses qu’elle sous ce rapport. La lecture de quelques Mémoires publiés sur la rotation des cultures, par diverses sociétés agricoles de France, de Suisse, de Suède et d'Angleterre, qui toutes étaient pénétrées des graves inconvéniens des assolemens les plus USI- tés; mais par-dessus tout les utiles renseigne- 5 mens qu'il découvrit dans la précieuse et rare collection des Mémoires de la société économique de Berne, qui renfermait selon lui ce qu'il y avait alors de plus complet sur cet article, quoi- "A! LA HEREN que cela füt encore peu étendu, lui suggérèrent A Le l'idée de iraïter en grand, pour l’avantage de sa patrie, un sujet qu'il appelle avec raison /a ma- tière la plus essentielle des travaux rustiques, et par laquelle il importe de mettre d’abord la main à l’œuvre. < Convaincu, dit-il ensuite, par sa propre ex- périence, que cet article de l’agriculture était évi- demment dans le plus mauvais état en Savoie, que c'était en même temps celui qui était le plus susceptible de changemens avantageux, et que le vice principal était la mauvaise succession des la- bours, des semailles, des récoltes et des jachè- res; sachant d’ailleurs que les méthodes d’assoler bd: es ( 47) les terres peuvent varier à l’infini, et qu’il y en a sans contredit de bien meilleures les unes que les autres; sentant aussi combien il est néces- saire de prendre des mesures sages et efficaces pour que l'amélioration, une fois bien établie, non-seulementse maintienne, mais aille toujours en se perfectionnant par le cours naturel des rè- gles établies, il adopta dans ses cultures une con- duite qui, en en doublant les produits, püt amé- liorer le fonds d’année en année.» Afin de convaincre plus aisément ses compa- triotes des grands avantages de sa nouvelle mé- thode, il fit le calcul des produits des deux asso- mens les plus usités dans son pays, ainsi que des travaux et des avances qu’ils occasionnaient, et de leur influence sur l’état du sol, comparés avec les produits et tous les résultats avantageux que donnaient les travaux et les avances de cette mé- thode: ce rapprochement lui présenta un con- traste frappant sur divers points que tout culti- vateur doit toujours prendre dans la plus haute considération.: Le premier de ces assolemens, qui était qua- driennal, avait pour principe, dit:l, de semer successivement autant de grains que la terre peut en nourrir pendant un nombre d'années déter- æminé, après avoir été fumée, et de recommen- } sci———— Pr e EEE = PR Sa RS.—. er— ES premiers Re 1 |°] Et ee ( 45) cer ensuite par l’engrais, pour réparer ses pertes. Le second, qui était biennal, consistait dans une suite nombreuse de labours sans récoltes pen- dant une année, pour réparer l'épuisement de la terre après la production du froment, qui reve- nait ensuite, puis les labours et la jachère, et ainsi de suite.« Toutes ces soles, observe-t-1l en- core, sont d’un si petit produit en blé et en four- rage, que tout s’en ressent, les laboureurs, les propriétaires, les bestiaux, et qu’il faudrait avoir des campagnes immenses pour avoir un revenu un peu considérable.» Il basa essentiellement son nouvel assolement sur cinq principes résultant des connaissances ac- quises alors, et établies, 1°. sur la nécessité de ne pas épuiser le sol par des rotations de cultures vicieuses; 2°. sur l'avantage que présentent les prairiesartificiellespourréparer le mal occasionné par les céréales; 5°. sur l'utilité d’engraisser à- la-fois peu de terres, mais suffisamment; 40. sur la préférence à accorder aux productions recon- nues pour être les plus avantageuses à chaque lo- calité; 5°. sur l’urgence du nettoïement complet des terres cultivées. Par l’emploi de ces divers moyens, au lieu de nombreux labours et de ché: tifs produits obtenus à grands frais en détériorant la terre, il démontra ce qu’il avait avancé, qu'en (49) l'améliorant au contraire de plus en plus, il dou- blait les produits en diminuant les dépenses, et en pourvoyant amplement en quanité et en qua- lité à la subsistance des hommes et à celle des bestiaux. Nous terminerons ce léger aperçu du plan de culture de M. le marquis Costa et desses heureux résultats, en observant que ne voulant rien inno- ver dans les principaux genres de productions usi- iées dans son pays, afin d’éprouver moins de diffi- cultés etd’obtenir plus de succès, il crut devoir se borner prudemment à la seule introduction du trè- fle, qui convenait parfaitement à sesterres et qu'il intercalait, d’après ses conriaissances et les décou- vertes faites jusqu’alors, avec le froment> l'orge, l’avoine, la rave, la vesce et le sarrasin, qui entraient dans le cours ordinaire des récoltes de ce pays. Remarquons ici, en passant, qu'en 1776, c’est-à-dire deux ans après la publication de l’ou- vrage aussi curieux qu'utile de cet agronome, il se forma à Paris une agrégation d'hommes ins- truits et zélés sous le nom de Société libre d’ému- lation, laquelle se signala d’abord par la propo- sition d’un prix de 1000 fr. pour la solution de cetie question: Quels sont les mno1yens de rendre fructifante l’année de repos accordée aux terres à 2 à j (à ES ESS a sotiadie xs en- (50) grains par plusieurs cultivateurs, sous le nom de jachères ou guérets. Mais cette généreuse et pa- triotique proposition n’eut aucune suite, parce que les esprits et les capitaux étaient encore alors peu dirigés vers les enir eprises rurales rai- sonnées. Nous venons de voir un des principaux pro- priétaires de la Savoie éclairer et enrichir sa LE trie paï son exemple et par ses écrits, en$’enri- chissant lui-même: nous allons voir maintenant un savant Italien, prenant la nature pour guide; nous donner en français, quelques années après; ses Réflexions sur l’état actuel de l’agriculture; ou Exposition du véritable plan pour cultiver ses terres avec Le plus 8 oran avantage- Cet ouvrage» qui JaTrut à Paris sans nom 2 d'auteur, en 1780, et qu'on sait être le fruit des recherches et des méditations de M. Jean Fabbroni, ancien secrétaire de la société: des Géorgiphiles de Florence, est digne de faire époque dans les annales de l’agriculture euro- péenne. Son auteur reconnait que« T agriculture, qui devrait être autre chose que la marche de la ne la main obéissante de nature secondée par l'homme, fut enveloppée dans les ténèbres des préjugés et de l'erreur, parce que l’égarement | (51) d'opinion et de fait ,. introduit par l’autorité d'hommes adroits et éloquens, fut d’abord sou- ténu par l’ignorance et la légèreté de leurs con- temporains, qui étaient eux-mêmes trop épris de la nouveauté, et fut depuis consacré par l’écoule- ment des siècles et par la postérité, toujours prête à respecter ce qui porte avec soi le caractère imposant de vétusté.» Il reconnait aussi que«cet art, exercé jadis par la meilleure partie des hommes, ét aban- donné ensuite à la classe la plus superstitieuse de la société, est devenu dans ses mains infiniment plus embarrassé, plus pénible et souvent plus nuisible; qu’on voit le cultivateur moderne flotter au gré de l'ignorance et des préjugés; que n'ayant point d'appui fixe ni de force contre l’in- certitude, il travaille par routine et par imita- tion,.et que son travail n'étant pas dirigé par la raison sûre et constante, c’est-à-dire par la na- ture, il suit une marche faible, à laquelle sou- vent tout s'oppose, tout est contraire, le sol, le climat, les saisons, les élémens.» Après nous avoir donné des détails fort instruc- tifs sur les moyens de nutrition dont les végétaux sontpourvus, etsur la propriété très-épuisante dont jouissent les céréales; il s'élève avec force contre le système séducteur de Zull, qui avait fait tant de /*X =: RER) re ME enter se RS C0; Æ J RE SERRE" Re (52) prosélytes, et qui tendait à consacrer la multipli- cité des labours comme le véritable et Punique moyen d'améliorer la terre; il s’étaie, pour le ré- futer, d'observations concluantes, prises dans la nature même, ainsi que d'expériences confir- matives non moins décisives. Il met en opposition les résultats des opérations spontanées de la na- ture avec ceux des opérations qui sont dirigées par la main de l’homme; 1l les compare entre elles, et ce parallèle lui fait naître des idées qu’il appuie autant qu'il le peut de l'observation et de l'expérience. Il reconnait encore que le véritable moyen de la nature pour former le terreau, qu’il regarde comme la base de la fertilité, consiste dans la mul- tüplication et la reproduction non interrompues des végétaux, dont les débris forment cet humus si essentiel à la végétation, et 1l déclare que le cultivateur doit imiter en cela la nature par tous les moyens possibles. Il en conclut que« les repos sont fondés sur de faux principes; qu’ils sont contraires à notre but et même dangereux, et que pour tirer tout le parti possible de nos terres, il faut y cultiver beau- coup de plantes, y faire autant de récoltes qu'on le peut, y associer les grands végétaux aux petits, ÿ former le plus possible du terreau, et que c’est (53) le vrai moyen d’économiser les labours et les en- grais.» Les idées de M. Fabbroni furent accueillies par un de nos plus grands maïtres en économie ru- rale, comme nous allons le voir. Nous arrivons au monument le plus complet de la science rurale qu'aucun agronome ait tenté d'élever, dans le siècle dernier, à la gloire du premier des arts et à l’instruction des hommes in- telligens qui s’honorent de le professer. Vers la fin de ce siècle si fertile en grands événemens, Aozier, ancien directeur de l'École vétérinaire de Lyon, et principal rédacteur du premier Journal de physique, fort d’une réputa- tion acquise par une étude approfondie dessciences exactes, concut la belle idée d'élever en France les opérations agricoles à la hauteur des COnnaAIs- sances et des découvertes qui avaient illustré son siècle, en publiant son Cours complet d’Agricul- ture théorique, pratique, économique, et de mé- decine rurale et vétérinaire, suivi d’une méthode pour étudier l’ Agriculture par principes. Dans la rédaction de ce savant et volumineux ouvrage, il entreprit la grande et noble tâche de soumettre toutes ces opérations à la lumière du raisonne- ment, à la rigueur du calcul et souvent aussi au creuset de l'expérience. en Se nn=" (54) Dans le nombre considérable d'articles qui dé- cèlent autant le zèle que les profondes connaïis- sances de l’agriculteur de Beziers, ainsi que les talens des savans collaborateurs qu'il avait eu l'avantage de s'associer, nous remarquons parti- culièrement les articles ALTERNER, CULTURE et JACHÈRE, dans lesquels, après avoir analysé les divers systèmes proposés par les principaux au- ieurs qui l’avaient précédé dans cette utile car- rière; après s'être arrêté complaisamment sur les réflexions lumineuses de M. Fabbroni, il expose les principes d’après lesquels il Lui semble qu’on peut se diriger pour la culture des terres, et il ré- pète souvent aux cultivateurs: Alternez vos cul- tures, c’est le meilleur conseil qu’on puisse vous donner. Cependant, il faut l’avouer, nous ne irouvons ses principes ni assez éclairés n1 assez confirmés par des exemples, qu'il faut toujours, autant que possible, placer en agriculture à côté des pré- ceptes, et il nous paraît aussi, COMME nous es- saierons de le démontrer ailleurs, trop accorder, pour l'épuisement relatif du sol, à la différence qui existe dans la forme des racines des plantes soumises à la culture. Nous verrons encore plus loin comment un de: ses savans continuateurs répara l’omission des ar- —.—— DDR Be (55) ücles importans ASSOLEMENT€t SUCCESSION DE CULTURES, qui manqualent aux prenuers volumes ‘de son ouvrage. Néanmoins, quoique la révoltante partialite d’un morose agriculteur anglais ait cherché à ravaler le mérite incontestable de ARozier comme agronome, ainsi qu'elle avait déjà essayé de ter- nir la réputation Justement acquise par Dauben- ton pour l'éducation et le perfectionnement des bêtes à laine, et de contester encore les avantages des sociétés d'agriculture, qui ont tant contribué à améliorer notre économie rurale, nous nous plaisons à reconnaitre, malgré les assertions d'Arthur Young, qu'il a puissamment coopéré par ses exemples et ses écrits au perfectionnement de la science des assolemens, celui qui, en rédi- geant l’article TRÈFLE, c’est-à-dire au moment où, sans pouvoir le soupçonner, il était près de terminer si malheureusement son utile carrière, tracait sur le papier ces paroles remarquables gravées dans son cœur: Je mourrai content lors- que dans la France entière lart d'alierner les récoltes sera universel et porté à sa perfection. Rozier périt, peu de tempsaprès, d’un éclat de bombe, à Lyon, lors du siége de cette ville, aussi malheureuse alors qu’elle est célèbre depuis long- (56) temps dans les fastes de l’industrie européenne. À lepoque où cet homme distingué, qu'on ne peut bien juger qu’en se reportant au momentoù il avait entrepris une tâche aussi belle, mais peut- être trop vaste pour ses connaissances pratiques 5 appelait ainsi par ses vœux, par ses écrits et par son encourageant exemple, la régénération qu'il désirait voir s’opérer promptement dans notre agriculture, d’autres hommes d’un grand mérite tendaient eu même but par les mêmes moyens. Deux savans non moins recommandables par l'étendue, la variété et sur-tout par l'utilité de leurs connaissances appliquées spécialement à nos premiers besoins, MM. Tessier et Parmentier, qu’il suffit de nommer, fournissaient, chacun de son côté, des matériaux pour l'édifice qui devait s'élever en faveur des assolemens raisonnés: le premier en nous faisant connaître, à l’article ar- TERNER> inséré dans l'Encyclopédie méthodique, les’assolemens variés qu’on pratiquait alors dans un grand nombre de nos anciennes provinces, et en les accompagnant de réflexions et du résultat de sesexpériences; le second, en nous démontrant par les faits, sautant que par le raisonnement, l'importance de la pomme de terre et du maïs, considérés sous ce rapport, dans les traités cou- ronnés qu'il publiait sur la culture de ces deux (57e) plantes et de plusieurs autres auxquelles il a at- taché son nom d’une manière si honorable. Notre malheureux ami Gilbert, ancien profes- seur à l’école royale d'économie rurale et vétéri- naire d’Alfort, nouvel argonaute, mort en Es- pagne à la recherche de la véritable toison d’or, victime de son zèle pour les progrès de la science agricole et de la propagation de la race précieuse des mérinos, fixait aussi l'attention des cultiva- teurs sur les grands avantages de l’alternat des cultures, avec cette éloquence persuasive qui lui était si naturelle, et qui rendait si intéressantes ses Recherches sur les prairies artifi cielles,ouvrage par lequel il avait mérité etobtenu plusieurs cou- ronnes, dues à son profond savoir, ainsi que ses palmes académiques. Un autre agriculteur, avantageusement connu par ses Mémoires sur l'administration forestière et sur les qualités individuelles des bois indigènes ou qui sont acchimatés en France, lesquels font suite aux utiles travaux commencés à ce sujet par Duhamel et Buffon; Varennes de Fenille, que nous eûmes la douleur de voir terminer une carrière honorable par une mort qui n'aurait ja- mais dû être que la punition du crime, insérait dans le recueil de ses Observations, expériences 2.. n. A et mémoires sur l’agriculture, des réflexions très- Does" scitttait Lt DDR SEE un APRATEE (58) sensées sur les abus introduits dans la culture des terres du département de Ain, où il faisait va- loir par lui-même ses propriétés rurales, et il y indiquait les moyens tirés de son expérience pour faire disparaître ces abus, ainsi que les jachères, par de bons assolemens. Il existait alors, comme nous le verrons plus loin, peu de départemens qui ne présentassent quelque exemple aussi encourageant. L'un des fondateurs de la Société d'agriculture de Paris et l’un de ses premiers membres, le ver- tueux Lamoignon de Malesherbes, qui ne sépara jamais la patrie de son roi, pour lequel il s’est si glorieusement sacrifié, et qui est aussi recom- mandable aux amis du premier des arts qu’à ceux des vertus publiques et privées; après avoir vu essayer avec succès près de son domaine la sup- pression des jachères, publia aussi, vers le même temps, à diverses époques de sa vie pleine de bien- faits, plusieurs productions agricoles d’un très- grand mérite, permi lesquelles nous distinguons un excellent Mémoire sur les moyens d'accélérer les progrès de l’économie rurale en France, et les Idées d’un agriculteur patriote sur les défriche- mens. La Société royale d'agriculture de Paris cou- ronna, en 1709, l'ouvrage de M. Henuret de ‘ or ee ro ( 59) Chambaud sur cette question qu’elle avait pro- posée en 1787: Quelles sont les plantes qu’on peut cultiver avec le plus d’avantage dans les terres q w'on ne laisse jamais en jachéres, et quel est l'ordre sui- vant lequel elles doivent être cultivées? Ce mé- moire était appuyé sur de nombreuses expériences concluantes, tirées de la pratique de l’auteur, comme l’annonçait sa devise: Artem experientia fecit, exemplo monstrante viam.Nous devons aJou- ter qu’elle mentionna honorablement deux autres mémoires, au nombre desquels était celui que nous lui avions adressé sous cette devise: Rec- tèque mutatis requiescunt fœtibus arva; et Si NOUS ne nous rendimes pas à l’invitation qu’elle nous adressa alors publiquement et itérativement de nous faire connaître, afin de lui fournir l’occasion de publier notre travail, c’est que ne le jugeant pas nous-mêmes suffisamment perfectionné dits, nous voulions nous occuper à l’enrichir de nou- veaux faits, comme nous nous sommes efforcés de le faire depuis par de nouvelles recherches et sur- tout par notre propre expérience. Alors parut aussi, dans la généralité de Paris, l'institution des Comices agricoles, qui vient heu- reusement d’être rétablie sur toute la France, et dont l’idée avait été suggérée par la prenuère as- semblée provinciale de la généralité de la Haute- — li Te a LE—_————_—_— > = | LES | ë (60) Guyenne, qui avait formé des associations a gi- coles, dans lesquelles on devait s’occuper, entre autres choses, de la meilleure manière d’assoler et de distribuer les terres. Enfin, tandis qu’à Berlin l’Académie dessciences proposait, vers la même époque, un prix sur la question De la possibilité de l'adoption de l’asso- lement alterne avec pa lurage; En An gleterre, Pin- fatigable Arthur Young et son digne compétiteur Marshall, par leurs voyages, leurs essais et leurs savans écrits, s’efforçaient de combattre, avec la Société d'agriculture de Path et plusieurs autres, ce qu'ils appelaient le ruineux système des ja- chères absolues et périodiques. Cependant il manquait encore à la science agri- cole un ouvrage qui fût complet, sur la meilleure manière d’alterner les récoltes, et qui püt servir dde assuré à la masse des cultivateurs éclai- rés: tous ceux qui s’occupaient spécialement du perfectionnement de notre agriculture en sentaient le besoin. M. le comte François de Neufchâteau, dans son Æssai sur la nécessité et les moyens de faire entrer l’agriculture dans l'instruction publique, et M. Sylvestre, dans l’ Essai, non moins patriotique, sur les moyens de perfectionner les arts économiques en France, sollicitaient la rédaction d’un ouvrage Le Le (GE dans lequel une saine théorie serait assise sur des faits authentiques sur ce point comme sur plu- sieurs autres. La Société d'agriculture du département de la Seine, aujourd’hui Société royale et centrale, dé- sirant ajouter un nouveau service à ceux qu'elle avait déjà rendus aux cultivateurs français, pro- posa aux agronomes, en 1800, la solution de cette grande question: Quelle est la meilleure manière d’alterner les récoltes, à l'usage du plus grand nombre des cultivateurs, à l'effet de diminuer au- tant qu’il est possible les jachères, suivant la dif- férente nature des terres? Cette Société eut la satisfaction de voir un grand nombre de concurrens répondre à l'appel qu’elle avait fait aux amis du premier des arts; elle re- marqua un mémoire espagnol qui présentait le tableau des rotations de culture pratiquées en Ga- lice, dans une exploitation sur laquelle on obte- nait constamment trois récoltes en deux années, en conservant toujours la terre en bon état, sans avoir jamais recours à la jachère; mais elle dis- tingua, parmi les ouvrages qui lui furent adressés à cette occasion, cebui qui avait pour titre: Traité des assolemens, ou de l'art d’établir les rotations des récoltes; par M. Charles Pictet de Genève, ayant pour épigraphe cette pensée féconde de Gil- Ro TT Has (62) bert: La production mème devient la source de la reproduction. Nous devons rappeler 1ei une circonstance qui donna naissance’au nouveau travail que nous nous vimes en quelque sorte obligés d'entreprendre sur les assolemens, depuis cette époque. La Société qui avait ouvert un si beau concours, et à laquelle nous âvions l’honneur d’appartenir, noûs ayantnomimes l’un des commissaires destinés à examiner les ouvrages envoyés à ce concours, nous fûmes chargés de la rédaction du rapport qu’elle adopta à ce suJet. Nous ne pouvons nous dispenser de transcrire ici une partie de ce rapport, consigné en entier dans les Annales de l'Agriculture française( t. 9, page 339), parce qu'en faisant connaître notre opinion sur louvrage de M. Pictet, il indique les moüfs qui nous déterminèrent par la suite à mar- cher sur les traces de cet excellent agriculteur. Nous nous y exprimions ainsi: « L'ouvrage de M. Pictet nous'a paru être ce- lui d’un homme très-instruit et très-versé dans la x A LT HE? AS PE 9 1 connaissance des détails d’une culture raisonnée; ,;.* il est écrit avec beaucoup d'ordre, dé clarté et de sis‘ 4 L précision. » L'auteur, après avoir traîté d’une manitre très-lumineuse et très-instructive de la théorie œ ( 65) des labours et de l’usage des jachères, examine 5 J, le trop fameux système d’alterner les champsentre P} Ï les plantes à racines fibreuses et les plantes à ra- P F cines pivotantes; et il prouve, par d’excellens rai- sonnemens étayés de faits coneluans, la futilité de ce système, qui n’est réellement que spécieux, et qui ne peut soutenir un examen approfondi, lors- 2 NET li L£.. qu on veut le généraliser, comme on la fait Jus- qu’à présent. Il est fâcheux d’être obli gé d'ajouter qu'après avoir détruit le prestige d’une erreuraussi séduisante, cherchant à expliquer ce qui est peut- ètre encore un secretde la nature, à cetteerreurilen substitue une autre, qui, pour être plus ancienne, n'en est pas moins dangereuse dans ses consé- quences; et1ln’hésite point à établir d’unemamière positive que si l’on ne peut, comme ille prouve soli: dement, attribuer uniquement à la forme des ra- cines les avantages incontestables résultans de l’al- ternat de la culiure des plantes fromentacées, légumineuses, fourrageuses et potagères, il faut nécessairement avoir recours à la supposition de sucs nourriciers de plusieurs sortes, ou susceptibles d’être diversement modifiés, qui alimentent les plantes denature différente, lorsqu'elles éprouvent une végétation également forte dans un terrain où elles se succèdent. » Cette supposition de sucs de diverses natures GP men d EF oi Ro a RES TE 1 | Ps ( 64) répandus dans le sein de la terre, et que chaque sorte de plantes s’approprierait, nous parait en- tièréement gratuite. On se rappellera sans doute que cette opinion, professée par les anciens agro- nomes, a été complétement détruite par Priesiley, de Saussure, Hales, Fabbroni, Sennebier, Ro- zier, et par d’autres savans qui, à l’aide des dé- couvertes chimiques et physiologiques modernes, ont démontré de la manière la plus satisfaisante combien elle était peu fondée. L'ouvrage même que nous analysons fournit contre cette opinion plusieurs preuves solides; il a échappé à la saga- cité de l’auteur de s’en apercevoir. » Il part de cette supposition pour établir sa théorie des assolemens, qu’il divise en assolemens de terres légères et en assolemens de terres argi- leuses. Il termine son ouvrage par présenter quel- ques considérations sur les moyens d'introduire en France de bons assolemens. » L'auteur a suivi, il est vrai, dans l’exposé de ses assolemens, un plan très-recommandable, sur- tout dans un ouvrage d'agriculture, où le précepte gagne toujours beaucoup à être à côté de l'exemple. Il a appuyé le plus grand nombre de ses raisonnemens de faits qui mettent presque par-tout sa théorie en rapport avec la pratique; mais, par un oubli difficile à expliquer, 1l ne s’est * (65) point assez pénélré de cette linportante vérité, que son ouvrage devant être Spécialement destiné à éclairer et à guider les cultivateurs français, une de ses obligations les plus essentielles était de leur rappeler et de les engager à imiter ce qui se passe dans leur propre pays, cettemndication devant né- cessairementproduire sur eux un effet plus prompt et plus assuré que des exemples étrangers. Presque tous ceux qu'il rapporte sont extraits des{n- nales d'agriculture d'Arthur Y. oung, des Mé- motres de la Société de Bath, ou d'autres ouvrages anglais estimables. Ces exemples sont très-con- cluans sans doute, sur-tout pour les départemens septentrionaux de la France, dont le climat a plus d'analogie avec celui de l'Angleterre; mais lors- qu'il nous rappelle lui-même(ce sont ses propres expressions)« Que nous voyons dans certaines par- ties dw territoire français d'excellentes pratiques d’assolemens qui y subsistent de temps immémo- rial, sans que l’on se soit avisé de les imiter ail- leurs; que le département du Nord et celui du Pas-de-Calais, ainsi que plusieurs parties de la Flandre, sont en possession d’assolemens excel- lens que Pon a toujours crus seulement apph- cables au sol privilégié de ces contrées; que les dé- partemens du Haut et du Bas-Rhin sont également remarquables par des assolemens quien ont banni 5 S: area paper TES ER er ds ES (66) achères; enfin que les départemens de la les} Haute.- Garonne et du Lot sont dans une excel- lente culture, quine laisse aucun repos à la terre:» des. Français, apprenant avec un orgueil bien naturel qu'ils sont en possession de pratiques qu'il serait si utile de pubher et de propager par tous les moyens possibles, peuvent-ils ne pas désirer ardemment de connaître toutes leurs richesses et d’en tirer parti, avant de recourir à des secours étrangers? et ne devions-nous pas être surpris; d’après cela, de ne trouver qu’une simple indi- cation là où LA détails les plus circonstanciés de- venaient indispensables? « Il nous semble que dans un ouvrage destiné à éclairer la nation française sur les meilleurs modes d’assolemens qui peuvent convenir à Sa position sous Le rapport de son sol, de son climat, de ses habitudes, de ses besoins, dé ses débou- chés et d’autres circonstances importantes, l’au- teur n’eût pas dû se borner. à offrir pour exemples, des assolemens pris chez.une nation qui, de son propre aveu; les avait empruntés d’une contrée jadis partie intégrante denotre territoire, puisque c’est aux Flamands-au’est due l'invention des cours réguhers. Un assez grand nombre de dé- partemens étant de temps immémoriaken posses- sion d’assolemens excellens;, c’est La sur-tout qu’il (67) eût fallu puiser des exemples, qui feront incon- testablement plus d'effet sur les cultivateurs français qui les ignorent, que des exemples étran- gers, contre lesquels on est toujours disposé à élever une foule d’objections souvent fondées, qui naissent de la différence de situations, de tempé- ratures, d’usages, etc.» Au reste, après avoir soumis à M. Pictet lui- même quelques autres observations critiques, que nous avait suggérées le désir de rendre son travail plus complet, nous terminions notre rapport en rappelant à la Société que l’auteur de cet ouvrage nous paraissait avoir traité la question proposée, de manière à laisser une impression très-favorable sur ses connaissances théoriques et pratiques en agriculture; nous avouâmes avec plaisir qu’il avait enrichi son travail d’un grand nombre d’ob- servations précieuses, qui décelaient un observa- teur éclairé, un cultivateur prudent et réfléchi, etun ami zélé de Ja France, à liquelle il appar- tenait alors. Nous ajouteronsici que si cetouvrage ne fut pas couronné, c’est uniquement parce quil avait été publié avec le nom de l’auteur, avant le jugement de la Société. Nous espérions, et nous devons le dire, que l'appel que nous faisions en quelque sorte à M. Pictet lui-même, ainsi qu'à tous les cultiva. BE* D me TETE C6? teurs instruits, à qui nous soumettions nos obser- vations avec la plus entière confiance, par la publicité donnée au rapport dont nous venons de citer un extrait, produirait l’effet que nous en attendions, et nous nous flattions que nous au- rions bientôt la satisfaction de voir paraître un nouvel ouvrage, qui renfermerait ce qui nous pa- raissait manquer à celui que nous avions été char- gés d'analyser. Notre attente ayant été trompée à cet égard, et nous étanttrouvés appelés, peu de temps après, à la chaire d’économie rurale, vacante à l’école d’Alfort depuis la mort de Daubenton, nous re- gardèmes dès-lors comme un devoir pour nous la gricul- teur plus instruit se chargeât, et nous essayâmes, tâche dont nous avions désiré que quelque a pour linstruction de nos élèves, pour la nôtre même, ainsi que pour l'avantage des proprié- taires ruraux, de présenter une sorte de tableau des assolemens de la France les plus conformes aux principes que nous crûmes devoir d’abord établir sur cet objet. Telle fut l’origine, que nous avons pensé qu’il était nécessaire de faire connaître, de notre second travail sur une partie aussi importante de l’éco- nomie rurale. Mais avant de passer à l'exposé du plan que s+ (69) nous nous sommes tracé pour rendre le moinsim- parfait possible ce travail, qui a été honoré de l'approbation de l’Institut, avant que nous eus- sions l'avantage de lui appartenir, nous devons encore dire un mot des nouveaux motifs qui nous confirmèrent de plus en plus dans le dessein de l’entreprendre, et qui nous en facilitèrent même les moyens. Quelques années après la publication de lou- vrage de M. Pictet, deux de nos premiers agro- nomes, qui s'étaient chargés avec d’autres de compléter le travail classique que la fin malheu- reuse de Aozier l'avait empêché d'achever, vin- rent encore, en augmentant la masse des maté- rlaux que nous étions parvenus à nous procurer par nos observations, nos méditations, nos lec- tures, et sur-tout par nos nombreux voyages et notre longue pratique, nous aider de leurs lu- mieres et de leur expérience. Le premier, M. André Thouin, par son£ssai sur l'exposition et la division méthodique de l’éco- nomie rurale, sur la manière d'étudier cette science par principes, et sur les moyens de l'étendre et de la perfectionner, ainsi que par ses savans ar- ticles sur la culture et les usages économiques de plusieurs plantes fourrageuses, textiles, tincto- Î Î À f ë k $ 2 RE te TEE rm } FA l LE FR EN e NI (@ Vs riales et oléifères, nous fournit des matériaux précieux pour notre objet. Le second, M. Bosc, en réparant par l’article OUCCESSION: DE CULTURES, l’omission difficile à concevoir du mot AssoLEMENT dans le premier volume de Rozier, nous procura également la connaissance de faits essentiels et de réflexions judicieuses dont nous dûmes profiter. Forts de tous ces moyens, à l’aide desquels nous pouvions en quelque sorte nous dissimuler à nous-mêmes natre faiblesse pour traiter un aussi grand sujet, et la rendre moins sensible à ceux pour qui nous écrivions, nous poursuivimes noire entreprise avec ardeur;, et elle tirait heu- reusement à sa fin, lorsqu'un incident que nous ne pouvons passer sous silence, vint fournir un nouvel aliment à nos recherches, à notre ins- éructüon et à notre reconnaIssance. M. le comte de Pére, si avantageusement connu par ses améliorations agricoles, comme sous d’autres rapporis non moins honorables, eut la bonté de nous offrir un exemplaire de son Manuel d'agriculture pratique, dans lequel nous Wrouvâmes, entre autres choses également recom- iandables, une /nstruction sur culture sans j&- srand nombre chère où continue, appliquée à un g ê (HR. de végétaux et précédée de règles de conduite pour l’agriculteur. Nous y découvrimes avec le plus grand plaisir une nombreuse série de faits qui confirmaient pleinement nos principes; et cet important objet ayant également éveillé l’at- tention d’un grand nombre d'hommes instruits; sur divers points de la France et chez nos vol- sins, nous eûmes aussi la satisfaction de voir pa- raitre à des époques plus ou moins rapprochées de celle où nous écrivions, plusieurs autres ou- vrages qui tendaient au même but, et qui étaient bien propres à encourager le zèle qui nous portait à termirer notre travail général. Les principaux de ces ouvrages sont: 10. Les travaux éminemment utiles à la science agricole, de notre excellent cultivateur Cretté de Palluel, premier introducteur parmi nous de la culture en grand de la chicorée sauvage; premier indicateur de plusieurs autres plantes utiles; et qui, dans un mémoire très-instructif, inséré en 1709 parmi ceux de l’ancienne Société royale d'agriculture de Paris, nous donne des détails intéressans sur la suppression des jachères, qu'il avait réalisée avec un plein succès dans une ex- ploitation rurale de plus de six cents arpens. 2°. Un Mémoire sur les moyens de parvenir à la plus grande perfection de la culture et de læ ET— £, 7. dl anti REC HR 1 (72) ,». 7\ à! 1 H Slppréssion des jachères, publié par le général de division Belair, au commencement de la révo- lution.; 5°. Les Réflexions de M. le comte Dedelay d’Agier sur les grands avantages des prairies ar- tificielles. 4°. L’exposé de nouveaux cours de moissons proposés d’après la pratique de MM. Delporte, dans la Description topographique du Boulonnais. 5°. Le Mémoire publié par M. Delpierre jeune sur les Mens d'amener graduellement et sans secousse la suppression de la vaine pâture et des jachères par de bons assolemens. 6°. Un autre Mémoire sur la suppression des Jachères par la culture alterne, la à l'assemblée géncrale de la Société d'agriculture de la Haute- Marne, en 1802, par M. Laurent. 7°. Un troisième Mémoire sur l’amélioration de l'agr iculture par la sumpression des jachère À, traduit de l'allemand en 1802, et commenté par M. de Commerel, qui y a ajouté l'extrait d’un Némoire de AM. Benoist, cultivateur, sur les ja- chères, et un autre extrait analysé du Mémoire couronne de M, Menuret. 80, Un Æssai sur les engrais, l’assolement, etc., publié en 1802 par Marc Leavenwortk, cultiva- teur prés Poissy. Le RE.\ 4 Fe CE) 9°. L'ouvrage intitulé De l’état de la culture en france et de l'amélioration dont elle est SUSCEP- tible, publié en 1802 par M. D. de Pradi. 10°. Les comptes rendus, à diverses époques, à la Société d'agriculture de la Seine, par MM. Wal let, Sageret et Frémin, qui, en exposant les importantes améliorations résultées de l'adoption d’assolemens raisonnés sur leurs exploitations ru- rales, démontrent de la manière la plus convain- cante léurs grands avantages pour la quantité et la qualité des produits en tous genres, en suppri- mant les Jachères. 11°. Le Traité des prairies artificielles, publié en 1606 par M. Zullin, l'un des descendans du célèbre Eullin de Châteauvieux. 129, La Notice publiée en 1807 par M. Legris- la-Salle, sur la culture et l’assolement du do- maine de Tustal, situé dans l’entre-deux-mers près de Bordeaux. 199. La Description d’une ferme bien assolée, située en la commune de Sainte- Croix- lez- Bruges, par M. l'an der Fosse. 14°. Les Notes sur l’abolition des jachères et les avantages de la culture flamande, que nous a adressées M. Aondez, proprictaire cultivateur, par lesquelles il nous communique ses succès en- courageans, confirmés par une pratique de qua Re PE enr annee er .+ AE à PT PRES«Tr er AE ré EME E PRET PPT IEEE De msn LE RE (74) rante- six années, dans la plaine de Fleurus. 15°. Des renseignemens très-étendus et très- instructifs sur la culture en grand, en plein champ, de la carotte et du parais, publiés en 1804, par M. le comte françois de Neufchäteau, et Art de multiplier les grains, publié par cet ami zélé de l’agriculiure, en 1809. 16°. Le mémoire de M. Jumilhac, couronné par la Société d'agriculture de Paris, dans lequel il rend compte des succès qu'il avait obtenus en supprimant la jachère, au moyen d’un assole- ment raisonné, sur le sol ingrat du département de la Dordogne, où il avait à lutter contre l’igno- rance, les préjugés, et l’âprêté du climat; ce qu’il fit de la mamière la plus satisfaisante. 170. Le Cours de culture raisonnée, inséré par Jean-Baptiste Gagliardo, en 1809, dans lou- vrage périodique q u’1l publiait à Naples(1). 180, Le Mémoire de M. Rosnay de Villiers; propriétaire cultivateur à Monthérolier, arrondis- sement de Neufchâtel, département de la Seine- Inférieure, couronué par la Société d'agriculture du département de la Seine en 1807, et dont nous devons consigner ici les beaux résultats. QG) Vid. Bibliotheca di Campagna, etc. di Gio.-Bap tista Gagliardo. Napoli, 1609, t. 3, pe 139- | a SI Un LA + }.° L'aséolement dé son canton consistait dans la culture successive du froment et de l’avoine, pré- cédée de la jachère. Quoiqu’on ensemençât an- nuellement une grande étendue de terres en orains, on en récoltait généralement peu, faute Le LE? ? d eng le manque absolu de prairies artificielles et de rais; et les engrais étaient rares, parce que cultures supplétives était un obstacie à l’augmen- tation des bestiaux. M. Æosnay substitua, avec. le plus grand succès, à cette mauvaise routine un assolement raisonné, établi sur les meilleurs prin- cipes, d’après lesquels la culture des grains est constamment précédée de celle des plantes four- rageuses, interposées dans un tel ordre qu'il en résulte la diminution des dépenses, d’une part, l’augmentation de la nourriture, de l’autre, et, par une conséquence nécessaire, plus de bestiaux, plus d'engrais et plus de grains, de bénéfices et de produits en tous genres, comme ses caleuls le démontrent de la manière la plus satisfaisante. M. Rosnay Et plus encoré: ayant convaincu le plus grand nombre des cultivateurs ses voisins de la supériorité de cet assolement sur l’ancien, obligé de louer à quatre fermiers 420 hectares dè sa propriété, il leur fit souscrire dans leurs baux et exécuter une clause qui, dérogeant à l’ancien usage, les astreignatt à ensemencer; chaque an- ER ntm ne ER me EN mr LL. ÿ xl lÈ Ù Ï || f À k| A! k| E| (76) née, la totalité de l'exploitation, en substituant son assolement à l’ancien. 19°. Le Mémoire, également couronné par la même Société, de M. Féra de Rouville, dont nous devons aussi faire connaître les succès. Il avait à lutter, pour l’introduction d’un nouveaw plan de culture dans sa propriété, contre les cir- constances les plus défavorables. Son exploitation, établie sur le sol le plus ingrat, se trouvait-mor- celée en soixante-dix-neuf pièces de peu d’éten- due, intercalées avec celles de ses voisins, tous partisans déclarés des jachères, et ennemis de toute innovation.| Malgré cet obstacle, il parvint à supprimer en- tièrement la jachère sur toutes les parties de sa propriété susceptibles d’être constamment culti- vées, en établissant l’assolement, sinon le meil- leur en soi, du moins le plus convenable à la posi- tion difficile dans laquelle il se trouvait. Les fourrages et les grains partageaient son exploita- ton à-peu-près par moitié; par ce moyen, il a plus que doublé le nombre de ses bestiaux. Le sainfoin étant presque la seule prairie artificielle admissible sur un sol aussi peu fertile que le sien, il s’attacha à augmenter le produit de cette plante précieuse, par l'emploi judicieux du plâtre calciné. parvint à démontrer aux culiivateurs | | IS Cr) de son canton prévenus contre cet emploi, que le plâtre, loin de nuire, comme ils le préten- daient, à la récolte du froment qu’on cultivait après le sainfoin, favorisait au contraire sa végé- tation. Enfin le témoignage authentique des au- torités locales prouve que Les fromens semés sans jachère par M. de Rouville, étaient plus beaux que ceux semés par ses voisins sur un sol:sem- blable, après l’année de jachère. 2°, Le travail de M. Bonneau, propriétaire cultivateur à Saint-Lactencin, arrondissement de Châteauroux, département de l’Indre, dont nous exposerons encore les améliorations. Les prairies artificielles étaient à peine connues dans ce département, et les jachères y étaient observées avec rigueur: d’où il résultait une dé- gradation affreuse dans les races des bestiaux, l’appauvrissement du sol, des récoltes de blé qui ne produisaient; année commune, que quatre grains pour un; enfin une extrême misère des colons où métayers, dont un grand nombre se ruinaient en prétendant que leur méthode était la seule bonne et convenable. M, Bonneau, con- vaincu que l’exemple obtenait seul le droit de persuader, se décida à diriger l'exploitation de la plus forte partie de sa propriété, en en abandon- nant à ses colons une portion de 150 hectares pour (78) Jui servir ainsi qu'à eux dé terme de comparaison pour l’avenir. Quoique des circonstances locales, des considérations particulières, et le mauvais état de la terre, épuisée depuis long-temps parle ruineux système descolons, empèchassent M. Bon- neau d'introduire constamment et par-tout l’asso- lement le plus conforme aux vrais principes; ce- pendant, par une extension sagement calculée de la culture des prairies artificielles, des racines et des plantes légumineuses, il parvint à aug- menter le produit des grains qu’il avait spéciale- ment en vue, en augmentant les bestiaux par les fourrages, et.les engrais par les bestiaux; et il ré- sulta de la comparaison faite de son produit en grainsavec celui de ses colons, que, sans Jachère, il enrécoltait davantage sur une étendue de 9 hec- ares, qu'ils n’en obtenaient, après la jachère, sur une étendue de 13 hectares de meilleure qua- lhté. Il parvint ainsi à tripler le revenu net de sa propriété, en la faisant valoir par lui-même, exemple qu’on ne sauraïttrop mettre sous les yeux des propriétaires ruraux, qui seuls peuvent amé- livrer notre agriculture.et leur sort tout-à-la-foisi Enfin un autre Mémoire encore couronné, de M. Gaujac, propriétaire cultivateur à Dagny, département de Seine-et-Marne, qui, ayant fail l'acquisition d’un domaine de 180 hectares envi- (79) ron de terres fort médiocres, se trouva entouré de voisins grands partisans de la jachère. Après avoir enrichi cette propriété par de nombreuses plantations d'arbres forestiers et fruitiers, 1l di- visa la partie cultivable en quatre sections à-peu- près égales, dont deux furent constamment cult- vées en grains, et les deux autres en prairies ar- tificielles, en racines ét en plantes légumineuses. Par cet assolement raisonné, étant parvenu à supprimer entièrement les jachères, il se trouva en peu de temps en état de nourrir de beaux et nombreux troupeaux, et d'obtenir une masse d'engrais d’excellente qualité, avec laquelle il récolta, sans jachère, deux fois plus de grains que ses voisins après la jachère, dans des circonstances parfaitement égales d’ailleurs pour l'étendue et la qualité du terrain. D'un autre côté, nous ne pouvions nous dispen- ser de remarquer que les nombreuses Sociétés d’a- griculture établies sur divers points de la France, semblaient rivaliser de zèle pour propager parmi pos cultivateurs les-connaissances relatives à cet objet fécond d’intérêt public et particulier. Celle du département de l'Ain, fortement imbue des principes que la fin malheureuse de’arenne de Fenille, Vun de sçs fondateurs, l’avait empêché de réaliser comme il le désirait, promit, la pre- | (9. {1 bi (8) mière après celle de Paris, des prix d’encourage- ment à ceux des propriétaires ruraux qui auraient mis en pratique avec succès quelque nouvel asso- lement avantageux, en modifiant ceux qui étaient usités dans leurs cantons. Cette Société a demandé depuis, par un programme, si le mode d’assole- ment le plus communément usité pour les étangs est susceptible d'amélioration sous le rapport des produits alternatifs en poissons et en céréales, ou en fourrages quelconques. Peu de temps après, celle de Montauban promit également des récom- penses à ceux qui lui indiqueraient les meilleurs assolémens pour le département de‘Tarn-et-Ga- ronne, et un grand nombre d’autres Sociétés s’em- pressèrent d’imiter d'aussi utiles exemples, non- seulement en France, mais à l'étranger; ce qui produisit les plus heureux résultats. Nous signalons spécialement parmi celles qui selsont occupées parmi nous de cet important ob- jet, et qui se multiplient heureusement depuis quelque temps, celle de Versailles, qui, en1800, demandait, par son progamme, quelles sont les cultures intermédiaires des terres à blé les plus con- venables aux diversesqualités de celles du départe- ment de Seine-et-Oise, et qui a depuis inséré dans ses mémoires d’excellens articles fournis par plu- “sieurs de'ses membres sur cet objet, d’après les (8) résultats de leur pratique; celle de] a Haute: Saône > ui, en 1803, proposa l'adoption de l’as- solement quadriennal, après s'être livrée À quel- ques essais comparatifs à cet égard; celles des Hautes-Alpes, qui couronna, en 180%, le Mé- moire de M. Serres de la Roche-des- Arnauds sur le meilleur moyen d’assolement à lütroduire dans ce département; celle de Cambrai, qui à aussi couronné un Mémoire de MW. Drapi la suppression des jachères; celle de Din quelle 1l fut fait en 1817 un excelle les assolemens, P er sur ant, à Ja- nt TaPpport sur ar un de ses membres les plus instruits dans la pratique de l’agriculture » et qui vient de promettre des primes d’enconragement aux cultivateurs qui mettront en expérience les commencemens d’un cours déterminé, en indi- quant l’assolement quadriennal; celle de Rouen, qui vient aussi d'insérer dans son A4 morial ins= tructif d'agriculture et d'industrie, un très-bon travail de M. Lemarié fils sur la rotation des cul- tures, qu'il a adoptée avec un plein succès, en réformant l’ancienne routine; celle de Provins, qui‘Vient encore d'annoncer qu’elle accordera des méd alles d’or aux culiivateurs qui auront le plus diminué leurs jachères; celle du départe- ment de l’Eure, qui promet aussi des prix aux cultivateurs qui auront le plus utilisé ces mêmes 6 ( 82) jachères; celle de Lyon qui, par son dérnier pro- gramme; à proposé deux questions importantes, relatives au perfectionnement de première sur le mode de nutrition des végétaux; et la seconde sur l’alternat comparatif des pommes terre et du trèfle avec le froment; enfin celle de Boulogne-sur-Mer, qui» depuis sa création; fixe si agréablement et si utilement notre atten- tion, et qui vient également de proposer des ré- r Mémoire sur le produit des terres de et de celles s assolemens: la compenses pour le meilleu net; comparé pendant un ternaire; méme qualité tenues en jachéres, où la méthode des jachères a été abandonnée. Nous dirons aussi à cet égard que dernière- ment encore, la Société d'agriculture, sciences et du département de PAube vient de publier ramme; par lequel elle propose un grand un prog prix de 1500 francs à l’agriculteur de ce départe- ment qui aura introduit le meill sur une étendue de 121 hectares au moins de terres labourables soumises au cours triennal, et des primes d'encouragement à ceux qui auront le plus approché de la perfecuon demandée. Ce pro- gramme est accompagné ité d'un bon assolement, dans la- arts eur assolement d’une courte justruction sur la néces quelle nous avons vu avec peine que le rédacteur, à limitation de quelques autres écrivains, 4 choisi (95) es exemples chez nos voisins, tandis qu'il eût été facile et plus convenable, comme nous le prouve- rons plus loin par de nouveaux faits, d'en trouver d’aussi concluans ét d’aussi encourageans dans notre patrie: et nous transcrirons ici à ce sujet les réflexions très-senséesque M. le comte François de Neufchâteau a insérées daus son travail, publié en 1811, Sur l'influence que la Société d'agriculture du département de la Seine a exercée sur l’améliora- tion de l'agriculture.« L'ouvrage de M. Yoart sur dasuccession des culiuresaliernatives estun monu< ment précieux des succès extraordinaires obtenus en ce genre pard'agriculture française. Par là nous avons mieux connu ce dont se vantent nos rivaux; par là nous avons pu mieux apprécier nos res- sources. Une nation ne doit point s’exagérer ce qu'elle vaut; mais elle doit aussi savoir ce qu’elle peut et ne doit pas se rabaisser elle-même.» Depuis la publication de la première édition de notre travail, plusieurs auteurs recommandables nous ont encore fourni de nouveaux renseione- mens plus où moins précieux sur l’inépuisable matière des assolemens raisonnés, et nous dis- tinguous particulièrement parmi eux les agro- nomes SUIVANS: 1°. Notre intime ami, M. Emmanuel Fellem- berg, qui, dans ses Vues relatives à l'agriculture G* (54) de la Suisse, et aux moyens de la perfectionner; ouvrage traduit en 1808 par M. Charles Pictet, et que M. Fellemberg nous remit peu de temps après, lorsque nous eûmes l'avantage de visiter sa terre classique d’'Hofwyl, s’est occupé particu- liérement des rotations de culture, qu’il a per- fectionncesavec tant d’art et de,science sur son do- maine. 2°, Notre savant compatriote, M. le baron Du- mont de Courset, qui, dans une seconde édition de son Potaniste cultivateur, publiée en 1011, s’est également occupé, comme il l'avait déjà fait dansses Mémoires sur l'agriculturædu Boulonnaiïs, des assolemens, qu’il a aussi perfectionnés sur sa Ï belle propriété rurale. 70, M. Faure de Briançon, auteur du Berger des Alpes et d’un bon ouvrage sur les prairies artt- ficielles, qui, dans la position la plus défavorable pour le climat, est parvenu à substituer au rui- neux système des jachères, l’assolement Le plus avantageux, en intercalant judicieusement la pomme de terre, l’avoine, le trèfle, ou le sain- foin, ou la luzerne, et le froment ou le seigle. 40, M. Thaër, qui à consacré aux assolemens plusieurs chapitres du 1°. volume de ses Prin- cipes raisonnés d'agriculture; publiés en 1011. 5°. M. le vicomte Æéricart de Thury, qui, dans 1$ (85) une Description minéralogique du département de l’Isère, imprimée en 1812, dans laquelle il parle, en habile séologue et en agriculteur instruit, du plâtre et de la marre, nous a donné des rensei- gnemens intéressans sur quelques-uns des meil- leurs assolemens introduits dans ce département. 6°. M. Quenin, auteur d’un Mémoire sur Les prairies artificielles, couronné par la Société des amis des sciences, des lettres, de l’agriculture et des arts, établie à Aix, et qui, dans un nouveau Mémoire, couronné par la Société d'agriculture du département de la Seine en 1810, et fiséré dans sa Collection en 1813, nous a donné les dé- tails d’une succession de cultures'qu'il avait éta- blie sur sa ferme dans le département des Bouches- du-Fhône,« laguelle était réolée de manicre que laterre ne passait pas un instant sans être occupée; qu elle produisait et quatre année Œi MOLRS quatre récoltes, souvent cing et même six.» 7°. M.Schwertz, qui, dans les savantes descrip- tions de l’agriculture de la Belgique etde Alsace, a fait ressortir tous les avantages qui résultaient des meilleures rotations introduites dans ces con- trées. 8°. M. Lullin, qui a consigné dans ses inté- ressantes Lettres sur l’Italie, comme M. Sinonde dansson Ouvrage sur la Toscane, un grand nombre ï | | LR (656) P]: 2 AE PEL d'excellentes pratiques agricoles usitées dans cette riche partie de l’Europe. 9°. M. Carbonnet, propriétaire cultivateur d’un des domaines les plus considérables du départe- ment de la Marne, aujourd’hui correspondant du Conseil d'agriculture, et dont le Mémoire, cou- ronné en 1813 par la Société du département de la Seine, annonce qu’il s’est particulièrement at- taché à réformer les assolemens de ses fermiers d'après nos principes, et qu’il y a réussi, même 2/ Fe ET) sur les terres les plus ingrates de sa propriété» Les donfle sol est sableux, ou crayeux, où mareCca- geux, sur lesquelles il a introduit les plantes olét- fères. En intercalant judicieusement ces plantes, ainsi que la pomme de terre, la carotte, la bet- terave, le chanvre, le sarrasin et le topinambour avec les céréales, il a amélioré sa terre et a beau- coup augmenté ses produits. Convaincu qu’en agriculture comme en toute autre entreprise, les termes de comparaison sont toujours de la plus grande utilité pour asseoir un jugement sain sur Le[æ le résultat des essais auxquels on se livre, cet agriculteur n’a pas négligé d'observer et de noter C[e toutes les différences sensibles que lui présentaient les récoltes de deux terrains dans la même posi- tion, sur l’un desquels la jachère avait été main- tenue l’année précédente, tandis qu’elle avait été \ (87) remplacée sur l’autre pardes culturesam cliorantes; etil s’est convaincu, par cette comparaison, de la grande supériorité que le nouveau mode avait sur l’ancien, sous les rapports importans de la netteté et de l'abondance des récoltes. Son exemple a pro- duit aussi l’heureux effet de déterminer ses voi- sins à l’imiter. 10°. M.le marquis de la Boëssière, propriétaire cultivateur à Malleville, près Ploërmel, dépar- tement du Morbihan, dont la même Société a aussi couronné le Mémoire et les succès, consignés dans sa Collection, lequel, après avoir visité en obser- vateur instruit plusieurs états de l’Europe, a cru devoir fixer son utile et honorable retraite dans un des départemens de la France lés moins avancés en agriculture, sur une propriété d’un sol me- diocre, exclusivement affectée avant lui à la pro- duction du seigle, de Pavoine et du sarrasin, qui se succédaient invariablement depuis un terps immémorial. Il s’est prudemment attaché d’abord à concentrer sur une faible surface tous ses proJels et ses moyens d'amélioration, en les étendant pro- gressivement ensuite en raison de ses succès. Ses essais ont aussi toujours été comparalifs: 1l s’est imposé la loi sage de ne diminuer en rien sur son exploitation le produit ordinaire en grains, et s’il à diminué la surface du terrain qu’on y employait RATE AS ee Dé ee pue SR (88) habituellement, ce n’a été qu'après avoir acquis la certitude que la supériorité de culture balan- çait avec avantage ce retranchement. Il s’est ap- pliqué conséquemment à multiplier les prairies ar- tificielles dans une proportion convenable pour ob- tenir l’effet désiré. Ayantreconnu, par denombreuses expériences, diversifiées de toutesles manières, qu'il fallait re- noncer au sainfoin et à la luzerne dans la contrée qu'il habitait, il a dirigé ses vues vers Le trèfle; et désirantaugmenter autant que possible le nombre de ses bestiaux, afin d'accroître la masse de ses engrais, et par une suite nécessaire ses produits en grains; désirant sur-tout procurer à ses ani- maux, pendant toute l’année, une suffisante pro- vision de nourriture verte, objet de la plus haute importance dans toutes les entreprises de ce genre, 1l a porté son attention sur les cultures interca- laires et successives, 1°. de la pomme de terre, dont il est parvenu à obtenir jusqu’à 100,000 kilo- grammes; 2°. de l’ajonc, qui, avec.ce précieux tubercule, faisait la base de la nourriture verte d'hiver pour ses bestiaux; 3°. du colza en fleur, quiremplaçait de bonne heure ces plantes au prin- temps; 4°. de diverses variétés de raves et de na- vets employés de la même manière, et qui succé- daient au colza; 5°, de rutabagas ou navets de PCR ( 89) Suède, qui venaient ensuite, et qui, avec le vert des céréales mêlé à celui de la vesce, suffisaient amplement à ses bestiaux jusqu’à l’époque du fau- chage des prairies, épogue si impatiemment dé- sirée par tous les cultivateurs routiniers et impré- voyans; qui ne savent pas ürer un parti avanta- geux de leurs jachères. La betterave, Le sarrasin, le chou pancalier et le chanvre, entraient aussi dans le plan de ses cul- turesintercalées avec les céréales, et il avait cons- tamment en vue, en les adoptant, d’engraisser et de sarcler son terrain, comme il nous l’a pprend. C’est à quoi il s’appliquait sur-tout dans ses défri- chemens, pour lesquels il avait imaginé un ins- trument propre à nettoyer et à ameublir la terre à une grande profondeur, d’une manière expé- 5 ditive et économique, mieux qu'avec la bêche, et en convertissant les herbes nuisibles en engrais très-utile. Quoique toute l'exploitation de M. de la Boës- sière fùt devenue une véritable /erme expérimen- tale, il y établit cependant une réserve particulière d’un champ de 4 hectares, désigné sous la déno- mination de champ de Omnium, destiné à des expériences de tous genres, à toutes les cultures plus recherchées de plantes exotiques et autres, (9%) notamment à celle de la rhubarbe, qu'il cultivait en grand. Les fermiers qui exploitaient ce bien avant que le propriétaire y entreptif les grandes amélora- tions dont nous venoris de donner une faible idée, étaient réputés bons cultivateurs; et cependant le produit en grains de 16 hectares et demi, cultivés pareux, n’a jamais approché, dans les meilleures années, de celui qu'ont fourni, dans les moindres, 11 hectares seulement, cultivés d’après le nou- veau mode d’assolement; enfin, les années com- munes de ces fermiets ne produisaient guère que la moitié de ce qu’elles produisent depuis sur ce même terrain diminué d’un tiers, c’est-à-dire que les produits ont à-peu-près triplé à terrain égal; et il est bien essentiel de remarquer encore que le froment a pourtant été substitué au seigle. Ces fermiers n’entretenaient sur la totalité de l'exploitation qu'environ trente têtes de bétail, et ce nombre a été plus que doublé par le pro- priétaire, y compris tn troupeau de bêtes à laine améliorées." Be nombre des individus qui onttrouvé sur cette exploitation une occupation honnête et lucrative dans des travaux d'amélioration de divers genres, a été sextuplé au moins depuis la nouvelle admi- RE eg , (91) N EUR. D et les bénéf S letras ee ES il mistration, et les bénéfices, qui ont ele consacres à des améliorations toujours croissantes, se sonk jue élevés à une somine très-satisfaisante, bien cons- la- latée par le registre rural par lequel M. de là ! DD_.\° 3 1 2 à! l'E PR , Boëssière termine son mémoire. Ces bénéfices ile réels, joints à la satisfaction d’avoir puissamment rés contribué à l’approvisionnement des marchés dans Re Ge: 2 un temps de disette, ainsi qu à l'entretien d’un , grand nombre d'ouvriers, constituent une masse ,.: 2 “ d avantages bien propres à exciter les proprié- je taires ruraux à diriger leurs capitaux vers de pa- : reilles entreprises. à de a e., e :« On ne sait pas, comme l’observe avec raison M. de la Boësserie, tout ce que peut produire la a 3. s 5=$. terre lorsqu'elle est bien traitée. C'est une mine N' 2 5 à; Le d'un rapport incalcuBble, s’écrie-t-1l au milieu Ie 1 NE Ter ul©; x] à 2 | de ses succès, avec l’enthousiasme qu'ils doivent (A..., 0 D À | lui inspirer. Il ne faut que savoir exploiter; ê Pi Gal das Re homme foule aux pieds tous Les jours des trésors ?°>.: qu'il n’a pas besoin d’alier chercher au-delà des ==.. pur! mers. Une portion considérable de la société 1e: Fe er éprouve des besoins et vit dans les privations, et il ne faudrait que se baisser vers cette mère hbe- ie EL s». rale, et l'aider dans son désir de produire, pour Ve 5“510|:: en faire sortir l’abondance et les Jouissances. Avec $ Ù; 1: RE e les secours de l’homme bien dirigés, elle ne craim- drait jamais une surcharge de population, et son PE Eee ne Ta AU RS ne me = (92) sein nourrirait et entretiendrait dans l’aisante dix fois celle qui la couvre. Puissent tous les regards se diriger vers elle, et toutes les protections, toutes les lumières y voir un digne et vaste champ où exercer leur puissance!» 11°. M. le baron Picot de la Peyrouse, proprié- taire cultivateur dans le canton de Montastruc, dé- partement de la Haute-Garonne, qui, dans la 70- pographie rurale de ce canton, présentant le tableau des améliorations introduites dans sonagriculture, ouvrage également couronné par la Société poyale et centrale en 1814, et inséré dañs sa Collection, nous apprend que« dans ce canton, dont l’asso- lément le plus général consistait dans un alternat indéfini de récoltes et de jachères, les prairies ar- üficielles, dont un tiers de ses terres labourables était habituellement couvert, éloignaient le retour des céréales, au moins jusqu’à la troisième, sou- vent à la quatrième, quelquefois à la cinquième année, et que cependant ses récoltes, bien loin d’avoir diminué en quantité, étaient augmentces dans une forte proportion. Et il ajoute:« par la culture étendue de la pomme de terre, sans me priver d'aucune espèce de récolte, je trouve sur les stériles jachères de l’ancien alternat une res- ee.]‘’ source inépuisable pour soutenir en bon état une grande quantité de bestiaux.» (95) 12°, M. le chevalier Demaisons, propriétaire cultivateur à Menil-Glaise, canton d’Écouché, ar- rondissement d’Argentan, département de Orne, qui reçut aussi une médaille d’or de la même 5o- ciété, pour avoir supprimé la jachère en cultivant encore la pomme de terre avec un plein succés, et en substituant en outre à l’assolement triennal une rotation raisonnée de cinq années, dans l’in- tention bien louable de prouver àses voisins, parun exemple frappant, l’inutilité dela jachère absolue. 13°. M. le vicomte Morel de Vindé, qui, dans la Notice sommaire, publiée en 1816, sur les ac- solemens qu’il avait adoptés depuis douze ans à la Celle-Saint-Cloud, près Versailles, sur des terres de moyenne qualité, sablonneuses et pierreuses;, mais assez fraîches parce que la couche de glaise est près de la superficie du sol, nous démontre qu’en y adoptant un grand. assolement consistant en une rotation de six années, et un petit assc- lement particulier, dont la rotation embrassait ‘sept années, il est parvenu à nourrir de nom- breux troupeaux de mérinos, et à augmenter tous les produits de sa terre, en Paméliorant chaque année de plus en plus. 14°. M. Aubry-Patas, qui, dans un rapport très-détaillé fait à la Société d'agriculture d’Indre- et-Loire. en 1817, indique, d’après son expé- > F3 que» ( 94) rience, les divers plans d’assolement les plus con- venables aux différentes natures de terre de ce département.| 15°. M. le comte de Cassini, qui, sous lingé- nieuse allégorie des Entretiens d'un propriétaire avec son fermier sur l'avantage de la suppression des jachères, publiés aussi en 1817, a prouvé qu'il était un véritable ami du laboureur, comme il dé- montre, par sa pratique raisonnée, qu'il est un savant agriculteur. 16°. M. Charles Pictet, qui a-enrichi la Bi- bliothèque britannique de plusieurs articles nou- veaux sur différentes rotations de cultures avan- lageuses, notamment pour le trèfle incarnat, sur lequel il a eu la bonté de nous adresser directe- ment des renseignemens précieux, que nous fe- rops valoir à cet article. 17°. MM. Zrochugàa Belle-Ile-en-mer, dé- partement du Morbihan; Barmond, près Sisteron, département des Basses- Alpes; et César Roger, près Sant- Dizier, département de la Haute- Marne. 1ls nous ont encore fourni de nouvelles preuves de la possibilité de supprimer les jachères avec le plus grand avantage, au moyen d’assole- mens raisonnés, admis sur des terres de qualités très- variées et généralement peu fertiles, dans les mémoires couronnés en 1918 par la Société (95) royale et centrale, laquelle laisse toujours ouvert son concours pour l’abolition des jachères, qui lui a déjà fourni l’occasion d'encourager un grand nombre de cultivateurs. 18°. M. le baron Dewal de Baronville, qui, dans un travail très-instructif, sur lequel la même société nous a chargés de lui faire, en 1819, un rapport qu’elle a publié, rend compte de ses heu- reux résultats, ainsi que de ceux de son fermier, pour la suppression de la jachère sur ses pro- priétés. 19°. M. le comte Louis de Villeneuve, l'un des cultivateurs les plus distingués de nos provinces méridionales, qui, dans un Æssai d'un manuel d'agriculture, imprimé en 1819 par ordre de la Société de Toulouse, rend aussi compte du sys- tème de culture qu’il a suivi pendant dix-neuf ans dans le domaine de Haute-Rive, commune de Castres, département du Tarn. 20°. M. Crud, le savant traducteur de 7'haër, qui a publié en 1820, dans son Économie de l’agriculture, des détails fort intéressans sur les assolemens, d’après sa pratique aussi éclairée qu’elle est étendue et variée. 219. M. de l’Épinois, correspondant du Con- seil d'agriculture, qui, en faisant paraître lan. née dernière, le Petit cours d'agriculture, a rendu ee justice à nos principes, après les avoir confirmés par son heureuse pratique sur son domaine dé Haute-Fosse, dans le département de Seine-et- Marne. 229. M. Mathieu, médecin vétérinaire à Épi- nal, et l’un de nos élèves les plus instruits, qui vient de publier, cette année, un Voyage agri- cole dans les Vosges, où il s’occupe essentiellement des assolemens. 23°. M. Turck, unfautre de nos élèves, très- zélé pour la propagation des bonnes pratiques agricoles, neveu du savant agriculteur Bertier de Roville, et qui nous a communiqué les résultats avantageux qu'il est parvenu à obtenir, par une judicieuse rotation de cultures, sur son domaine de Sainte-Geneviève, près Nanci, sur un sol ex- traordinairement ingrat sous plusieurs rapports. 249. Notre estimable confrère, M. ilmorin, qui nous a fourni, avec l’empressement qu’il met toujours à seconder les vues utiles, des renseigne- mens précieux pour notre objet, que ses relaiions étendues avec nos agriculteurs Les plus distingués lui ont procurés, et que sa pratique éclairée lui a. également fait connaitre. Tous ces agriculteurs ont enrichi la science ru- rale de faits bien précieux. Nous nous sommes aussi livrés nous-mêmes à un assez grand nombre (97) d'essais, et ils nous ont procuré de nouvelles connaissances, que nous nous faisons un devoir de communiquer aux persounes en état de les apprécier. Maintenant que nous croyons avoir bien dé- montré toute l'importance de l’objet qui nous oc- cupe, par le grand nombre d'hommes de mérite qui, sur différens points et à diverses époques, ont cru devoir en faire le sujet de leurs recherches, de leurs méditations, de leurs expérieuces et de leurs écrits, nous devons passer à quelques considérations générales sur lutilité des bons as- solemens, et examiner quels sont les principaux moyens d’en étendre la pratique parmi nous, avant d'exposer et de développer successivement nos principes sur cet intéressant objet. ( 98) La Considerations générales sur l’utilite des bons as- solemens et sur les meilleurs moyens de perfec- tionner notre agriculture en les propageant en France. Plusieurs motifs d’un grandintérêt se réunissent en ce moment pour élever prompiement, dans toute la France, la science des assolemens au plus haut degré de perfection. Nous voyons, d’une part, les heureux moyens de communication et de transport que les nouvelles routes et les nou- veaux canaux ont multipliés sur un grand nombre de points» permettre presque par-iout, en pro- curant des véhicules avantageux aux produits des cultures, l’introduction de celles qui n’enrichis- saient autrefois que quelques cantons favorisés; et nous devons espérer que, d'après le rapport fait au roi par S. Ex. le ministre de l’intérieur et par M. le directeur des ponis-et-chaussés, ainsi que d’après les excellentes observations de M. le baron Chassiron, l’ancien projet de navigation intérieure va enfin se réaliser pour accroître nos ressources. D’une autre part, la propagation de la race des mérinos, en exigeant pour devenir aussi rapide qu’assurée, l'admission des prairies artificielles, sans lesquellesilne peut y avoir chez ( 99) nous d'économie rurale essentiellement bonne, et avec lesquelles il ne peut non plus y en avoir de biëen mauvaise; en exigeant encore, pour assu- rer une bonne nourriture verte aux troupeaux en hiver, la culture des plantes dont la racine fait le principal produit, doit nécessairement étendre le nombre, trop circonscrit presque par-tout, des végétaux soumis aux grandes cultures. Enfin l’ac- croissement rapide de la population, et la possibi- Hté bien reconnue aujourd’hui d'obtenir du solet du climat de ce royaume une parte des produc- tions dont une terre étrangère le rendait autrefois entièrement tributaire, permettent aussi intro: duction, sur plusieurs points, de la culture des plantes alimentaires, textiles, tincioriales, oléi- fères et médicinales, qui peuvent fournir Les ma- tières premières que réclame la prospérité de nos manufacturés et de nos arts, sansnuiré en aucune manière au produit des céréales, qu'elles doivent, au contraire, assurer et augmenter par de bons assolemens, comme nous le démontrerons. Ainsi, cetté nation donttant d'intrépides guer- rleTS, nouveaux Céncinnatus, sont passés du champ de Mars dans celui de Cérès, en déposant glorieusement le fer de l'épée pour prendre celui de la charrue; cétte mation qui ne renferme pas aujourd’hui, comme on la proclamé dernières # V4 ( 100) ment à la tribune de nos députés, un seul ha- meau où le champ paternel ne soit fécondé par le guerrier qui l'avait quitté pour le champ d’hon- neur; cette nation dont l’agriculture doit désor- mais réparer les pertes immenses qu'éprouvera Jong-temps encore son commerce maritime, et dont le perfectionnement de l’économie rurale a accru prodigieusement la valeur des domaines ruraux depuis trente ans; cette nation commence à sentir assez généralement la nécessité et les avantages d’accroitre considérablement la masse de ses richesses territoriales, en couvrant, chaque année, sans interruption, la totalité de notre sol de quelque produciion avantageuse, au lieu de le laisser se détériorer souvent par cette oisiveté périodique qu'on qualifie siimproprement du nom de repos. Ainsi, les bons esprits avouent unanime- ment par-tout que la destruction de la jachère est la plus grande et la plus désirable de toutes les amélioratious agricoles. On commence aussi à se pénétrer de cette importante vérité que sans un assolement judicieusement adapté aux CirCons- tances locales dans lesquelles on se trouve, il ne peut y avoir d'agriculture solide et réellement florissante nulle part. On peut avancer maintenant, sans craindre d’être blâmé, que le premier des arts ne doit plus a a ne (16%} être exclusivement, comme autrefois, le partage des derniers des hommes en connaissances utiles et en idées libérales; et l’on reconnait encore avec un des meilleurs écrivains de ce siècle, que celui qui parvient à faire croître deux épis de blé ou deux brins d’herbe là où il n’en croissait qu’un auparavant; est plus utile à l'humanité et rend un service plus essentiel à son pays, que tous les po- litiques du monde entier réunis. Avouons donc que s’il est une vérité bien re- connue aujourd’hui, c’est que notre agriculture ne peut être promptement et solidement élevée par-iout au degré d'amélioration qu’elle est sus- ceptible d'atteindre, que par le perfectionne- ment des assolemens et des procédés de culture. Cet art, qu'on a regardé à Juste titre comme la base la plus solide de la prospérité des empires et le plus ferme appui de leurs forces, parce qu'il devient réellement le principe de vie de tous les états, en assurant une nombreuse et vigou- reuse population, en conservant la pureté de ses mœurs, en maintenant par là son indépendance et en fournissant abondamment aux manufac- tures, au commerce et à tous les arts industriels, des alimens tirés de leur propre sol; cet art par excellence ne peut être appuyé solidement que sur de bons assolemens. $ 102} ( Mais, 1l faut le dire hautement, faute de connaître les vrais principes qui doivent présider aux rotations de culture qui excluent la jachère, on est souvent forcé de revenir honteusement à cette pratique, après avoir donné aux routiniers l'exemple scandaleux sur lequel ils s’appuient pour rester dans l’ornière. où ils se traînent, c'est-à-dire l'exemple d’une culture dispen- dieuse et malpropre, plus avide que raisonnée, dont le resuliat inévitable est l'épuisement de la terre et la ruine des nouveaux cultivateurs qui l'ont mal traitée, Afin d'éviter à l’avenir d'aussi graves inconvé- niens aux nouveaux propriétaires ruraux qui se sont tant multipliés depuis notre révolution, qui éprouvent journellement Le besoin d’être:di- rigés dans leurs utiles travaux, et qui pourraient marcher, faute de guide convenable, sur. les traces de ces hommes inconsidérés; afin de con- vaincre aussi les incrédules que. notre art à, comme tous les autres, des règles qu'on ne peut méconnaître sans courir le risque de compro- mettre le succès des entreprises agricoles; nous avons réduit à un petit nombre de principes ceux dont la connaissance nous a paru nécessaire pour l'adoption de nouveaux plans de culture rai- sonnée, et nous avons ensuite adapté ces prin- ( 103) cipes à chacun des végétaux qui entrent dans le domaine de nos exploitations rurales, e” nous rappelant avec M. le comte François de Neuf- château qu'appliquer le travail des hommes à la culture de la terre d’une manière qui stimule et récompense ce travail dans le même temps qu’elle augmente la fertilité, c’est résoudre un double problème, c’est servir à la fois l’'agricul- ture et la patrie. Qu'il nous soit permis d'entrer ici dans quel- ques détails à cet égard, afin de faire.bien con- naître la marche que nous avons suivie dans l'exécution de notre plan. Nous avons eu occasion de remarquer, et d’autres sans doute ont fait la même remarque, qu’on était souvent plus embarrassé après le lec- ture de différens ouvrages d'agriculture qui trai- taient le même sujet, qu’on ne l'était auparavant, parce que la plupart des auteurs, jugeant d'après ce qu'ils ont vu ou cru voir, et trop souvent aussi d’après ce qu’ils ont lu seulement; veulent éri- ger en règles générales de simples observations particulières, quelquefois même très-douteuses; ét nous nous sommes attachés à éviter une sem- blabie conduite, en ne donnant pour règles que des choses qui nous ont paru bien avérées et (104:) dont nous avions le plus souvent constaté la soli- dité par notre propre expérience. Cependant nos principes, que nous avons étayés de faits authentiques, toutes les fois qu'ils nous ont paru nécessaires; les conséquences qui en découlent et les nouveaux plans de culture qui s ensuivent, seront, nous ne le dissimulons pas; des sujets de défiance pour un grand nombre de cultivateurs. Mais, nous devons l’avouer ici, la répugnance que la plupart d’entre eux mani- festent lorsqu’il s’agit de tenter les choses nou- velles qu’on leur offre comme utiles, nous paraît devoir être attribuée bien moins souvent à l’em- pire de l'habitude qu’à la funeste exagération des promesses mensongères qu'on leur a faites en maintes circonstances, en les engageant à sortir de leur routine; et cette précieuse classe de l’état a été si fréquemment la dupe des nouvelles pra- tiques qu’on lui a vantées avec tant d’emphase et ‘le charlatanisme, qu’on ne peut réellement être étonné qu'elle se tienne fortement sûr ses gardes, lorsmême qu’on lui propose des choses véritable- ment utiles. Néanmoins si la prudence conseille aux culti- vateurs une juste retenue à l'égard des choses douteuses ou exagérées qu’on leur indique, leur | | ( 505) intéret doit les porter vers la pratique de celles dont une longue et constante expérience a suffi- samment démontré l'utilité; ils doivent enfin re- connaître avec un de nos écrivains en économie rurale, que des opinions vulgaires; transmises presque toujours par les préjugés à la paresse, et par l'ignorance à la crédulité, ne sont pas des opinions proprement dites, et qu’elles doivent toujours céder à la réflexion et à la comparaison des faits: car, comme l’observe avec raison M. Pictet, ceux qui ont réfléchi sur ces objets, savent très-bien que l’agriculture d'un pays se compose d’un assemblage de pratiques, sur les- quelles la nature des choses a sans doute eu quelque influence, mais dont le hasard sur-tout a décidé. Prétendre qu'il y a toujours quelque bonne raison de tel ou-tel usage agricole dans chaque canton, et parür de-là pour proscrire toute idée nouvelle, est une manière de raisonner qui condamne ceux qui cultvent la terre, à se mou- voir toujours dans le même cercle d'erreurs. Ce qui est bon ou mauvais en agriculture; ne pouvant jamais l’être que relativement, comme en toute autre chose, chacun bläme ou approuve certaines méthodes d’après ses rapports avec elles. C’est ce qui fait que cet art ou pluiôtcette science, qui paraît si facile à ceux quine l’étudient pas, ( 106) parce que la présomption, compagne de l’igno- rance, croit savoir d'autant plus qu’elle ignore davantage, paraît au contraire si difficile à ceux qui en font leur unique et constante étude, parce que les doutes naissent toujours en raison directe du savoir de celui qui les éprouve. D'ailleurs, dans aucune partie peut-être des sciences exactes, la manie de vouloir tout géné- raliser n’est plus nuisible qu’en économie rurale. Les nuances des divers sols, amendemens et en- grais, sont si variées, que lanalogie et la théo- rie peuvent quelquefois induire en erreur le pra- ticien même le plus éclairé. Il n’est pas toujours convenable de conclure d’un cas pour un autre, que l’on présume être semblable; il convient de se prémunir contre les erreurs de l’analogie etles promesses de la théorie; et la prudence conseille d’ailleurs d'essayer d’abord en petit l'application des règles générales, et de les soumettre aïnsi à son Jugement et à sa pratique. Le succès des entreprises en ce genre. dépend tellement aussi de l'influence atmosphérique, et d’autres circonstancesaccidentelles que l’on ne peut prévoir ni prévenir, que le résultat de deux ex- périences semblables, entreprises à des époques différentes y peut'à peine être Jamais exactement D:/, ES le même. Ainsi, une bonne récolte n’annonce me ({ 107) pastoujours d’une manière certaineun cultivateur habile; et la beauté, ainsi que la bonté des pro- ductions, ne répondent pas toujours non plus aux soins qu'il prend pour les obtenir: d’où l’on voit que le succès est nécessairement subordonné en partie à des causes occultes qu'il est impossible ou au moins très-difficile de deviner dans l’état actuel de nos connaissances; et ce succès résulte souvent encore d’un concours heureux de circonstances. C’est ce qui avait fait dire aux anciens que l’année influait plus que la terre sur la production des fruits: Annus fructificat, non terra. Nous n'avons jamais oublié dans le cours de noire ouvrage, el nous désirons que tous, ceux qui se disposent à soumettre à l’essai quelques- uns des plans de culture quenous leur recomman- dons le plus fortement d’après notre expérience, aientaussitoujours présente à l’esprit cette grande et importante vérité: Les règles les plus positives en agriculture sont plus ou moins susceptibles dans leurapplication, de modifications déterminées par les circonstances locales. La différence des climats, des:sols, des expositions, des besoins, des usages, des habitudes et des débouchés, doit souvent en nécessiter de grandes; et loin de croire avec quelques écrivains qu’il faille toujours faire 3° Re:£ per ICI rigoureusement les circonsiances aux memes EE A us= Re— ( 108) règles, nous pensons bien fermement, au con- traire, que le grand art consiste à modifier con- venablement ces règles d’après les circonstances, et à observer, aider et imiter la nature, simple dans sa marche et dans ses moyens, au lieu de sant à reconnaître que l'expérience seule a le droit de nous guider. s’obstiner à la contrarier inutilement, en se refu-| Nous avons donc eu l’intention d'indiquer ce qu'il convenait, selon nous, de faire le plus gé- néralement, et ce que l’on pouvait, dans quel- ques cas, ne pas faire, sans cesser pour cela d’être bon cultivateur; mais nous n'avons jamais eu la prétention de vouloir appliquer nos principes à tous les cas, d’une manière absolue et exclusive; } tous les cas d’ailleurs ne pouvant être prévus et (|| déterminés, et l'expérience aidée de l’intelli-| » gence apprenant beaucoup plus que les précep- A tes à adapter judicieusement les règles aux cas 114 qui se présentent. | Nous sommes d’ailleurs bien convaincus depuis | 2 t! 2 111 long-temps qu'un système général de culture, 114| tel que l’on a cherché plusieurs fois à l’établir en L. 0. C2 | théorie, est une chose impossible en pratique; et (. ë=- E| il est aussi absurde en agriculture de vouloir || tout soumettre à un régime unique et exclusif,| 1. | l que de chercher à tout varier sans moiif plausible,| ( 209) et à tout admettre sans nécessité et sans restric- tion. Nous pensons aussi que s'il est vrai, comme le dit un vieil adage, qu'expérience passe science; ets’ilest vrai encore, comme le dit Voltaire, que les bonnes expériences de physique sont celles de la culture de la terre, ilne l’est pas moins qu'il n'y a en économie rurale d'expériences réellement instructives et décisives, que celles qui sont stric- tement comparatives, répétées et variées; l’in- fluence si directe st si forte de la constitution at- mosphérique plus ou moins avantageuse, in- fluence que nous ne saurions trop rappeler, à laquelle seule on devrait quelquefois rapporter entièrement des résultats que l’on attribue sou- yentà touteautre cause, supposée ou très-éloignée, doit toujours être prise dans la plus grande con- sidération, comme nous l’avons fait dans nos re- cherches et dans nos efforts pour découvrir la vérité, Nous dirons ici, à ce sujet, que lorsqu'on veut essayer une nouvelle espèce ou variété de plante peu connue, on place souvent la petite quantité de graine qu’on en reçoit, dans des circonstances favorables, qui ordinairement déterminent seules les résultats avantageux que l’on admire, et que l’on vante ensuite au public trop crédule, sans ( 420) réfléchir que les plantes connues di même génre, cultivées en grand depuis long-temps avec succès, placées dans lès mêmes circonstances; eussent donné des résultats équivalens et peut- être su- périeurs. Il est donc indispensable pour obtenir des résultats certains, réellement utiles; de placer toujours, comme nous le faisons constañiment dans notre champ d’essais coiparatifs, les espèces et lès variétés bien connues> à côté des nouvelles espèces ou variétés, et dans lés mêmes circons- tances, afin de pouvoir les apprécier convenable ment sous tous leurs rapports Hportans, Nous dirons encore que les citadins qui pren nent le parti de se retirer à la campagne pour s’y livrer aux travaux agricoles, s’Imaginent gé- néralement que rien n’est si facile que de culti: ver la terre, parce qu'ils la voient cultivée par des hommes grossiers et qui leur paraissent ignorans: Hnbus de la lecture de quelques-uns de ces ou- vrages plus séduisans par le titre que réellément utiles par le fond, et qu’une pure spéculation mer- cantile a trop souvent mis au jour; séduits par les promesses mensongères de produits eKagérés; et par laréticence que l’on aigrandsoin d'observer sur les dépenses qu’ils éxigent; ils se hâtent de bou- leverser tout le système rural du canton qui va bientôt dévenir témoin de leur ignoréncé et de Ga* (-a14) leurs fautes; ils prononcent anathème à d'anciens usages qu'ils n’ont pu étudier, qu'ils refusent d'apprécier À leur juste valeur, quoiqu’ils aient reçu la sanction du temps, et quoiqu’ils soient cependant quelquefois les seuls qui conviennent réellement aux localités qui en jouissent. Impa- tiens de réaliser leurs chimères, et se dissimulant ä eux-mêmes leur défaut d'instruction positive, comme ils voudraient pouvoir le cacher à ceux qui les entourent et les observent; négligeant de sou: mettre leurs entreprises à de mûres réflexions et à des calculs solides, ils agissent avec autant de précipitation que d’irréflexion; ils ne tardent pas à éprouver des mécomptes et des dégoûts, et à devenir la fable dé ceux qu’ils avaient la préten- tion d’endoctriner. Ajoutons que ce fâcheux ré: sultat est d'autant plus accéléré, que, n'ayant aucune notion de pratique, ils sont obligés de confier leurs intérêts les plus chers à des merce- _naiïres qui; loin de leur indiquer et de suivre eux- mêmes les voies les plus courtes;les plus simples et les meilleures pour arriver au but désiré, s’en écartent au contraire tant qu'ils peuvent, par in- térêt personnel, et les précipitent dans la ruiné. Ces nouveaux Triptolème parviennent par là à discréditer pour long-temps, dans l'esprit des cul- tivateurs, des pratiques bonnes en elles-mêmes, ({ dx2:9 mais mal conçues et mal exécutées; et c’est ainsi queJja bonté d’un procédé nouveau estsouventcom- promise par la manière avec laquelle on procède à son exécution. Disons aussi-que tandis que quelques instans suffisent souvent pour voir éclore les découvertes les plus précieuses et les plus réeiles en physique, en chimie, en. médecine, en histoire naturelle, il faut généralement plusieurs années pour bien constater la réalité de la plus simple découverte en économie rurale; circonstance qui en retarde nécessairement les progrès, et qui, au lieu de ralentir le zèle des agriculteurs, doit au coniraire| l’exciter et sur-tout l’entretenir. Il convient donc, lorsque l’on désire réformer d'anciens assolemens, de ne pas chercher à y ar- river par une transition brusque-et irréfléchie, de ménager autant qu'on le peut les vieilles habi- tudes et même les préjugés, et de se rappeler que le passage à une nouvelle rotation de culture exige nécessairement d’abord plus de bras, plus de ca- pitaux, et une attention plus soutenue. Il faut encore-examiner si la nature et la situa- tion des terres n’exigent pas que l’on adopte plu- sieurs modes d’assolement sur la même exploi- tation, comme nous avons vu M. Morel de Vinde le faire avec avantage sur la sienne, ainsi que 6 116) M. de Lépinois et d’autres agriculteurs insiruits, et comme nous l'avons pratiqué nous-mêmes ave succès sur la nôtre. Il ne faut pas oublier non plus qu'un grand nombre de causes qu'il est généralement impos- sible de saisir et d'apprécier, doivent rendre lé- conome rural très- réservé sur les conséquences qu'il tire des résultats aperçus; car, quoique l’a- griculture ne puisse se fonder solidement que sur des expériences, qui seules peuvent la porter à sa perfection, le raisonnement doit toujours les ac- *compagner, pour qu'elles ne nous égarent pas, comme cela est trop souvent arrivé, Au reste, ce qui fait, selon nous, que nos pra- liciens et nos théoriciens manifestent réciproque ment un mépris quelquefois si prononcé les uns pour les autres, c’est qu'il manque ordinairement aux uns ce que les autres possèdent exclusive- ment, etque le complément de l’artetde la science ne se trouve réellement que dans heureuse et si rare réunion de la pratique qui agit et de la théorie qui éclaire. De l’absence de cette réunion et des différentes manières de voir qui en sont souvent les suites, naissent ces diverses opinions auxquelles on s’at- tache; que l’on soutient si opinidirément, et qu'il est si dangereux quelquefois de-heurter, relative- 8 ( 1149 ment aux points qui ne paraissent pas encore suf- fisamment éclaircis. Nous devons dire, à cet égard, qu’il existe aussi une intolérance agricole tout aussi exclusive que ceile qu’on a signalée depuis long-temps en ma- 1 s Ï 5 P tière de religionet de politique, etajouter que plu- sieurs agronomes, fort instruits d’ailleurs et très- recommandables sous plusieurs rapports, enne- mis jurés des innovations, qu'ils apprécient mal, blâment et désapprouvent, d’une manière absolue irès-prononcée, ce qui leur déplait ou ne leur convient pas. Ils ne veulent juger que d’après leurs seuls essais, souvent fort incomplets, et s- d’après des aperçus superficiels, ne faisant aucun cas des expériences des autres, ne consentant à leur faire aucune concession, et ne voulant pas voir que ce qui peut ne pas convenir à certaines positions et à telle localité, peut très-bien aussi devenir fort avantageux dans d’autres circons- RER en nu Ut tances opposées aux premières, et qu'il est d’au- een tant moins sage de conclure sans réserve et sans an! restriction du particulier au général, qu'il est ip ne LE He ae plusieurs fois arrivé que ce qui n'avait d'abord ,| LE paru être que d’une utilité très-indirecte et éloi- |} À è gnée en économie rurale, est devenu ensuite d’une | QUE LI utilité directe et rapprochée. Ainsi, tel proprié-| taire rural qui a recueilli de grands avantages he ( 315) d'un procédé excellent dans quelques cas, mais qui a été reconnu nuisible dans d’autres, par un grand nombre d'expériences bien faites et de faits authentiques incontestables, veut absolu- ment qu'on le regarde comme très-avantageux dans tous les cas; tel autre agriculteur croit de- voir condamner, comme mauvaises, cértaines pratiques anciennes ou modernes qui ne lui con- viennent pas, et proscrire certaines plantes que d'autres ont, par contre, beaucoup trop préconi- sces, tandis qu’il en indique avec éloge quelques- unes qui ne les valent certainement pas; un troi- sième, après des essais insuffisans, blâme l’asso- lement alterne, comme s’il ny avait qu’une seule manière d’alterner les récoltes, et comme si celle qu'il indique pour terme de comparaison était réellement la meilleure. Il consent cependant à réduire les jachères de moitié sur les terres mé- diocres, en les supprimant entièrement sur celles ë prouve, pour celte parie de la France, la culture qui sont bonnes. Tel agriculteur du midi désap- de plusieurs plantes économiques qui ont cepen- dant été recommandées par d’autres agriculteurs voisins, également zélés et instruits, d’après les heureux résultats d’une longue expérience réflé- chie; et, comme le dit J'haer,« on se dispute ë SJ.\ 79- quelquefois avec un zèle qui ressemble à 1 esprit S* Sa RER A smmine A TORRES Re PRIRENT =—:== ee Re me mme apr mme er (66:) de secte.» Mais hâtons-nous d’avouer cependant que, nonobstant les contradictions que nous si- gnalons, et plusieurs autres que nous pourrions noter ici; malgré l'attachement obstiné qu’un bien petit nombre d'écrivains manifestent encore pour la jachère absolue et pour la routine dans toute son intégrité, leur empire se rétrécit considéra- blement par-tout, chaque année; les assolemens les mieux raisonnés se multiplient de la manière la plus satisfaisante; les meilleures pratiques agri- coles en tout genre se propagent; et les progrès du premier des arts suivent de près ceux des con- naissances les plus utiles. Dans l’étude des sciences naturelles, les doutes germent souvent sous les efforts de l’homme qui cherche à les dissiper, et ils se multiplient même quelquefois par le seul résultat des recherches qu’il fait pour les éloigner; mais il doit, en ce cas, les avouer avec franchise, et nous nous sommes tou- jours empressés d'observer religieusement cette loi, que tout agriculteur de bonne foi doit s’im- poser rigoureusement. Fidèles à ce principe, nous avons soigneuse- ment écarté de notre travail ces espèces de recettes ou données fixes, qui plaisent beaucoup à la pa- resse, mais qui ne peuvent jamais satisfaire le jugement. Nous n'avons par conséquent pas cru he rs ie te re er Éd a rt tt vi ( 227) devoir suivre le sentier battu par la plupart des écrivains agronomiques, relativement à la déter- mination précise de la quantité de semence et du nombre de labours et autres opérations aratoires nécessaires pour telle ou telle autre plante, et pour telle ou telle autre nature de terre. Il est toujours très-dangereux, selon nous, de vouloir déterminer les choses qui ne sont pas sus- ceptübles de l’être rigoureusement; et les objets dont nous venons de parler, ainsi que plusieurs autres de même essence, nous ont paru trop va- riables pour être soumis à des données positives et invariables. Toute précision à cet égard doit pa- raître ridicule au véritable praticien, puisqu'il s’agit d'objets qui sont inévitablement subordon- nés à la diversité infinie des localités, et sur-tout à celle des sols, des climats, des époques, et des objets également très-variables qu’on. peut avoir en vue. Nous avons eu plusieurs fois l’occasion d’insis- ter, dans le coursde notre ouvrage, sur l’inutilité et le danger même de ces fixations bannales, qu’on 5 rencontre si souvent dans les livres, n’ayant Jja- mais craint de répéter les vérités utiles qui sont encore peu connues. Nous n'avons pas cru, non plus, devoir y insé- rer ces tableaux comparatifs de dépenses et de ge om: ft 8) produits qu’on trouve encore très-souvent dans les ouvrages économiques. Ces calculs complaisans, dans lesquels les chiffres, toujours dociles, vien- nent se placer à souhait sous la plume du rédac- ieur, nous ont toujours paru n'avoir que l’appa- rence séduisante de l'utilité, et non la réalité à comme on le suppose. Il suffit, en effet, de ré- fléchir un peu sur la mobilité naturelle des élé- mens qu’on doit nécessairement y faire entrer, pour sentir combien ils doivent varier, non- seulement d’un lieu à un autre, non-seule- ment d'année en année, mais même chaque| année dans le même lieu, où les prix de la main| d'œuvre et des denrées subissent souvent des va- rations imprévues et incalculables. Chacun doit donc faire et renouveler pour soi, d'a orès Les. don- F D nées locales et momentanées, ces calculs très- utiles pour l’éclairer, qu’un bon économe ne doit| jamais négliger pour sa comptabilité agricole,| sans laquelle il court souvent à sa ruine sans s’en| apercevoir, par la raison qu'il se trompe sur ses bénéfices comme sur ses pertes, faute de données ositives sur chaque objet d’avance et de roduit: P 1 J Ï; mais ils ne doivent Jamais être publiés comme des bases fixes et générales, sur lesquelles on puisse asseoir solidement telle ou telle autre culture. C’est sur-tout dans les ouvrages anglais qu’on _ GE mer ré EEE dti (119) rencontre fréquemment ces comptes séduisans inventés pour faire ressortir tous les avantages des nouveaux systèmes, et que le savant Adam Dick- son reproche amérement à ses compatriotes, en assurant avéc raison que rien n’est plus propre a tromper le cultivateur, et qu’au heu de perfec- tionner la culture, cela y nuit beaucoup au con- traire; car les personnes qui ont été induites ainst en erreur, ou se dégoûtent entièrement de l’a- griculture, ou bien rejettent sans examen tout ce qui a l’apparence de la nouveauté(1). Dans le choix des faits instructifs de pratique; quenous nous sommes efforcés d’accumuler, parce qu’en agriculture c'est par des faits qu'il faut éta- blir ce qu’on avance, parce que ce sont bien moins les règles que les faits positifs qui nous manquent, et parce que les derniers servent puissamment à consolider les premières; nous nous sommes essentiellement attachés à faire connaître les meilleurs procédés d’assolement usi- tés sur divers points de la France, et à indiquer les situations où.les cultures dont’ nous recom- mandons l’adoption nous ont paru susceptibles de prospérer, d’après les probabilités tirées de leur nature et de l'expérience, nous écartant en- Ga) Voyez Adam Dickson, De l’agriculture des Ro- nains, chap. 6, v. L ; p- 0; Éxxsor) core en cela des écrivains qui ont eru devoir nous proposer exclusivement pour modèles des exem- ples tirés de l'étranger. Quoique nous sachions très-bien que l'intérêt des objets qui fixent notre attention, croisse sou- vent en raison directe de l'éloignement des lieux d’où on les tire, parce que l'esprit humain, avide du merveilleux, est naturellement disposé à juger favorablement les objets que la distance l'empêche de bien voir et de bien saisir, tandis qu’il dédaigne souvent les moyens d'instruction qu'il a sous les yeux, ce qui fait qu'en agriculture, comme en beaucoup d’autres genres de connais- sances, nous sommes en général mieux instruits et plus enthousiasmés sur-tout de ce qui se passe ailleurs que chez nous-mêmes; nousn’en pensons pas moins que nous devons chercher à récolter sur notre propre sol, avant d’aller glaner sur ce- lui des autres. Il nous a toujours paru fort bizarre qu'on se fût plus attaché à nous faire connaître certaines pratiques d'économie rurale qui s’obser- vent chez l'étranger, qu’à nous donner une idée exacte et complète de toutes les bonnes méthodes, qui sont beaucoup plus multipliées qu'on ne le pense généralement, sur la totalité de la surface très-variée du territoire français. De tous les pays qu’on a le plus offerts à notre Ds Xe. teret SOU- eux un, DOSE ace will (art }© à. admiration sous les rapports agricoles, comine sous bien d’autres, l'Angleterre est sans contre- dit celui qui a été place en première ligne. Sans doute ce pays à beauconp perfectionné son éCcono- mie rurale dans le siècle dernier, grâce au orand Le Le nombre de propriétaires ruraux, riches en facultés intellec tuelles et pécuniaires, qui ont mis la main \,” rase s 2 A es à l'œuvre, et 1l méritait pour cela d’être cité avec éloge: ge: traiter > cependant, quoiqu il ne convienne pas de ici à fond la question relative au droit réel ou supposé qu'il peut avoir à cette primauté(ques- tion que nous avons d’ailleurs eu occasion d’agiter - déjà et d’éclaircir dans un autre travail}, la na- j-. é.. 51° ture mêmédu su}et que nous traitons aujourd nul os! 2»/ comporte quelques détails sur l’état actuel de son agrict ture. Dans quel ouvrage français du siècle dernier ne trouve-t-on pas que les jachères sontinconnues en An gleterre, et que les assolemens y sont par- tout les plus avantageux possible? Pour essayer Le À de détruire ces grandes erreurs, que nulle échos ont répétées et répètent encore tous les jours d’après quelque enthousiaste anglomane, nous ne nous étayerons pas des connaissances person- nelles qu'un séjour de plus de quatre années dans ce pays, et des voyages assez étendus sur plusie urs points et à diverses époques, nous onË (2229 procurées sur l’exacte vérité à cet égard; nous n’emprunterons même pas le témoignage au- 3[e thentique et 1rrécusable de plusieurs écrivains anglais de bonne foi qui, contredisant compléte- ment ce que d’autres, moins impartiaux, sont venus nous dire ici, avouent franchement que leur agriculture est encore bien loin de ce degré de perfection auquel on a supposé si gratuitement qu’elle était parvenue: nous nous bornerons à citer deux passages bien remarquables des écrits de deux hommes très-connus) Qui se sont peut- être le plus attachés à nous communiquer ce que Pagriculture de l'Angleterre pouvait présenter e Oo d’intéressant, A coup sûr, ces témoïlgnages ne pourront paraître suspects à personne, de la part d'écrivains qui rendent autant de Justice à l’An- gleterre sur ce point. Le Le premier, M. de Pradt, dans son Etat de la culture en France, après s'être étendu complai- samment sur les améliorations que l’agriculture ..,!) A? anglaise avait éprouvées, ne peut s’empêcher d’a- vouer que« 1l est loin de regarder ni de donner l’Anpleterre tout entière comme un jardin; qu’il sait qu'elle a ses côtés faibles en culture, comme en toute chose; qu’il sait que ses cultivateurs ont aussi leurs pré] ugés, leurs routines et leurs enté- temens; qu’il sait que son territoire a aussi ses LT (129} bruyères, ses marais, ses déserts; que ses ani- maux comptent aussi des espèces inférieures; qu’il sait tout cela, et qu'il est bien loin de trans- former chaque fermier, chaque gentleman en Co- lumelle, et d’en faire autant de Triptolème; que ce sont autant d’excès incompatibles avec la vé- rité.» Ajoutons qu'il reconnait plus loin que«{a masse des cultivateurs y suit presque aussi routi- nicrement que par-tout ailleurs la marche qu’elle trouve établie.» Le second, M. Pictet, dans la préface de son Court d'agriculture anglaise, après nous avoir également entretenus des progrès de cette agri- culture, avoue avec la même franchise que« l’An- pleterre offre encore, dans plusieurs de ses pro- vinces, l’exemple d’une culture imparfaite et barbare; de vastes communaux presque inutiles; des marais pestilentiels susceptibles de desséche- ment; desinstramensoratoires d’une construction défectueuse et d’un emploi ruineux; des races de bestiaux dégénérées; une perte évidente de temps et de force dans l’application des bras, ou des animaux de travail; une persévérance opiniâtre dans la triste méthode des jachères; enfin des asso- lemens qui ruinent le sol, le fermier, le proprié- taire, et qui ne sont pas M Ême surpassés en absur- ( 124 3 dite par ceux des départemens et des cantons de la France où la culture est la plus vicieuse.» Quelque surprise que doivent occasionner ces renselgnemens, auxquels nous n’avons rien chan- gé, à ceux qui sont habitués à juger bien diffé- remment de l’agriculture anglaise, soit en l’exa- minant avec une prévention favorable, soit en s’en rapportant aux écrits mensongers de ceux qui n'ont jamais pu la bien connaître et qui ont été séduits par les efforts, très-louables sans doute, de plusieurs grands propriétaires, imités avec suc- cès par d’autres cultivateurs aussi zélés qu’ins- iruits, nous pouvons assurer qu'ils sont de la plus exacte vérité, et que ce pays si vanté a, commé tout autre, ses charlatans et ses routiniers en agriculture> et que notre propre pays nous offre aussi ce que nous aimons à trouver ailleurs. Cependant, il suffit souvent pour nos anglo- manes de donner, même à un mauvañs ouvrage, un iravestissement anglais, pour Le leur faire re- chercher avidement, et nous devons en consigner ici un exemple remarquable.« Je connais, nous dit l’auteur aussi patriote qu’érudit de la Biblio- graphie agronomique, un livre composé en France, mort dès le berceau, et qui, au moyen d’une phy- sionomie anglaise, a obtenu une résurrection com- es nn Gaz) plète et un succès presque incroyable. L'histoire de ce livre prétendu traduit de l’anglais, sera quelque jour fort curieuse.» Ne pourrions-nous pas dire avec Ovide à ces enthousiastes qui ne trouvent rien de bon chez eux, tandis qu’ils ad- mirent tout ce qui vientdu dehors, que leur propre sol leur présente ce qu’ils cherchent sur des terres étrangères: ......... Peregrina quid æquora tentas? Quod queris tua terra dabit. Quoi qu'il en soit, si la France nous présente aussi un trop grand nombre d'exemples de cul- tures défectueuses, nous pouvons encore attester, d’après les recherches multipliées que nous ont déterminés à faire plusieurs missions dont le gou- vernement nous a chargés, à différentes époques, sur divers points de la France et de l’Italie, ainsi qu'un grand nombre de voyages que nous avons entrepris depuis, dans la majeure partie de nos départemens, et qui avaient l’agriculture pour objet, que notre pays présente à l'observateur at- tentif et éclairé une masse précieuse de méthodes utiles, de procédés excellens trop peu connus, sur divers points d'économie rurale, et que nous nous proposons de publier successivement, dès que nous aurons complété nos Recherches sur la statistique agricole de la France. RTE =— I— ( 126) En attendant, nous devons prévenir les parti- sans de l’agriculture anglaise, qu’elle embrasse nécessairement un petitnombre d'objets de grande culture, à cause de la température de son climat, presque par-tout uniforme; tandis que les grandes variations qu'offrent le climat et le sol de la France, ainsi que là variété de ses besoins, de son industrie, de ses ressources et de ses débou- chés, rendent nécessairement aussi ses objets et ses procédés de culture beaucoup plus nombreux, et présentent un champ plus vaste et des leçons réellement plus utiles pour nos assolemens. C’est donc là, ainsi que dans les portions du continent qui nous environnent, dont le sol et le climat ont Le plus d’analogie avec notre territoire$ auquel elles ont plus d’une fois été réunies, que nous nous, sommes essentiellement attachés 4 choisir nos exemples, comme devant produire de plus heureux effets, parce qu'ils sont plus ap- propriés aux habitudes et aux besoins de la nation française; et toute théorie, pour être solide, de- vant être basée sur des faits bien constatés et réduits à leur juste valeur, nous avons rapproché le plus possible ces deux moyens d'instruction: de sorte que si Les conséquences que nous avons ti- rées de quelques faits se trouvaient faussement appliquées, 1l serait facile de les rectifier. (127) Après avoir essayé de démontrer, par l’exposé et le développement de nos principes, la possibi- lité, les avantages et les moyens d'obtenir de la terre, en la maintenant dans un état progressif d'amélioration, une succession non interrompue de divers produitsutiles à lanourriturede l’homme, à celle de ses bestiaux et aux arts économiques, nous avons également essayé de prouver, par le raisonnement et par le fait, l’inutilité générale de la jachère absolue; et ici nous n’avons pas craint de multiplier lesexemples, que nous avons choisis sur un grand nombre de localités très-op- posées pour le sol et le climat, afin de pouvoir vonvaincre les plus incrédules sur ce point im- portant. Nous espérons avoir démontré, d’une manière satisfaisante, que c’est bien moins parce que la jachère, telle que nous l’indiquons ici, est réel- ment utile, que parce qu’on s’y est pris très-mal- adroitement pour la supprimer dans un grand nombre de cas, et parce qu’on a voulu trop exi- ger d’abord du sol, avant de l’avoir suffisamment amélioré et purgé sur-tout des germes et, des ra- cines vivaces et traçantes des plantes les plus nuisibles, que plusieurs auteurs et un assez bon nombre de cultivateursla regardent comme étant généralement indispensable pour assurer d’abon- (21807 dantes récoltes. Nous croyons pou voir assurer d'a- vance que si un propriétaire rural instruit peutencore conserver la jachère morte; comme une exception utile dans quelques casrares, sur une exploitation champêtre bien administrée, il ne doit l'admettre dans aucun cas comme un principe absolu d'agri- culture perfectionnée. Passant ensuite à la pratique proprement dite, nous avons fait une application particulière des principes que nous avions émis, à chacun des vé- gétaux jusqu’à présentintroduits sur le sol arable de la France, et là encore nous nous sommes at- tachés à placer l’exemple à côté du précepte, toutes les fois que cela a éié nécessaire et pos- sible. Nous devons dire ici que, quoique nous ayons dû traiter de toutes les cultures en grand qui ont été essayées avec plusou moins de succèssur notre territoire, notre expérience nous à cependant convaincus depuis long-temps qu’il convient en général de réduire le plus possible les principaux objets de ces cultures à ceux qui sont bien recon- nus pour être les plus profitables, afin de n'être pas distraits par un multitude d’objets de peu d'importance, qui font perdre beaucoup detemps, qui exigent de vastes emplacemens, des atten- tions minutieuses pour leur conservation et leur ( 120) débouché, et qui empêchent de donner aux pre- miers tous les soins convenables; mais il peut devenir avantageux d’avoir, près du manoir, à limitation de M. le marquis de la Boëssière, ce qu’il appelle{e champ de l’omnium, où l’on doit essayer, sur une échelle de peu d’étendue d’a- “bord, toutes les nouvelles plantes recommandées, qui promettent de donner des résultats avanta- geux pour Les circonstances locales dans lesquelles on se trouve placé. Un des plus grands obstacles aux progrès de notre agriculture, après la brièveté et la teneur des baux, qui s’opposent directement à toute espèce de perfectionnement dans les assolemens, et après la coupable indifférence d’un très-grand nombre de propriétaires ruraux pour améliorer par eux-mêmes leurs domaines avec des plans de culture raisonnés, consiste, selon nous, dans le préjugé si enraciné pour la classe nombreuse des routiniers, qui les porte à croire que l’ancien sys- ième, qui s’est transmis intact de père en fils depuis un temps immémorial, étant parvénu au maximum de perfectionnement, quoiqu'il les ruine souvent, il n’y a absolument plus rien à innover, non-seulement dans Le mode, mais sur- tout dans l'introduction des nouveaux objets de culture. L'usage est réellement leur dieu Terme, 9 ( 130) comme on l’a dit; et ils objectent unanimement, toutes les fois qu’on leur propose d'essayer une nouvelle plante qui a enrichi les cantons qui l’ont adoptée, que leur sol et leur climat s’ÿ refusent. Où en serions nous encore cependant, si des cultivateurs aussi zélés qu’intelligens, si des pro- priétaires instruits n'avaient pas transporté dans nos champs cultivés, soit de nos jardins, soit de nos prairies naturelles, et même de nos friches, soit de l’étranger, le trèfle, le sainfoin, la lupu- line, le sarrasin, la gaude; la spergule, le maïs, la pomme de terre, la patate, le topinambour, le tournesol, le pastel, le carthame; lacaméline, la chicorée sauvage, le houblon:, lé pavot, la ca- rotte, le chou, le panais; la betterave, la soude, la cardère, la garance, le tabac, le genêt, Pa- jonc, le cotonnier; et plusieurs autres espèces ét variétes précieuses de plantes inconnues dans les cultures en plein champ des premiers temps de notre êre; et qui ont été des sources fécondes de richesses, par-tout où elles ont partagé avec lés céréales le droit qu’elles ont incontestablèement d'occuper alternativement le sol avec elles? Nous nous sommes donc imposé le devoir de faire connaître les avantages que chacune de ces plantes et quelques autres présentaient pour n6$ eullures; nous avons sur-tout insisté sur le mé- CTI) rite que plusieurs d’entre elles possèdent à un haut degré pour nos assolemens, en indiquant les meilleurs moyens d’en tirer le parti le plus avantageux sousce rapport, comme sous celui de l'emploi de leurs divers produits; et nous les avons rangées avec les céréales sous trois grandes divisions subdivisées en sections, afin d'indiquer d’une manière plus méthodique et plus facile à retenir, la nature des terres qui nous a paru leur convenir le plus généralement, sans cependant prétendre la leur assigner d’une manière positive et exclusive, comme nous avons remarqué que cela avait été fait par un trop grand nombre d’é- crivains en économie rurale. Un autre obstacle qui s’oppose encore de la manière la plus forte au perfectionnement des as- solemens sur un grand nombre de points, c’est la funeste erreur, partagée par une masse impo- sante de personnes, même éclairées, que la sube sistance du peuple, consistant essentiellement dans le produit des céréales, il est indispensable, pour augmenter ce produit, de revenir très-souvent à leur culture. Cette maxime, aussi préjudiciable à l’intérêt de l’état et à celui des cultivateurs: qu'elle est séduisante en apparence, s’évanouit entièrement lorsqu'on la soumet, comme on le doit, à la rigueur du calcul, au lieu de l’appuyer, 9 (5192°) comme on le fait, de raisonnemens captieux; et nous nous sommes encore imposé la loi de la combattre par des faits irrésistibles tirés de notre propre pratique et de celle des De culti- vateurs de la France. Ils démontrent qu’en res- treignant la culture des grains plus qu’on ne l’ad- met généralement en théorie comme en pratique, et en l’intercalant convenablement avec des cul- tures améliorantes, qui fournissent d’ailleurs d’abondans supplémens pour la nourriture de l’homme, ainsi que pour celle des bestiaux et pour la formation des engr ais, On augmente in- failliblement les produits en tous genres, en mé- nageant tout-à-la-fois la terre, la semence, le cultivateur et ses bestiaux. Disons à cet égard que le célèbre de Lagrange, dans son Essai d’arithmétique politique sur les premiers besoins de l’intérieur de la France, le- quel vient d’être imprimé dernièrement avec un extrait De la richesse territoriale de la France, par Lavoisier, qui avait trouvé que la consomma- tion journalière de la viande n’était que d'environ une once et demie dans les campagnes; après nous avoir dit que« pour augmenter le bien-être des Français, il faudrait pouvoir augmenter la con- sommation de la viande, même aux dépens de celle du blé; que la culture des prairies artifi- (5735!) cielles est peut-être le seul moyen de parvenir à un but aussi désirable; qu’elle est d'autant plus précieuse, qu'elle peut accroître à-la-fois celui des bestiaux et celui du blé;«conclut par assurer d’a- près les résultats de sesrecherches et de ses calculs, « que la France, dans l’étatot est son agriculture, fournit assez de grains pour la consommation de ses habitans; mais qu’en bestiaux elle n’en four- nit qu'un peu plus de la moitié de ce qui serait nécessaire pour que chaque habitant eût une ra- tion proportionnelle à celle des soldats.» M. le comte Chaptal reconnait aussi, vi£, pe 197 de l'Industrie française, en parlant des progrès de l’agriculture et de la doctrine des assolemens, que« l’art de l’agriculteur consiste à multiplier les bestiaux, et qu'à l'exception de deux à trois provinces, ils ne sont assez nombreux nulle part.» Ajoutons à ces données cellesque vient de nousfoux- nir M. Benoiston de Château-Neuf, dans ses Re- cherches sur les consommations de tout genre de la ville de Paris: C’est une triste vérité; ditAl, que que s'il ya toujours dans la consommation Jour- nalière en pain de cette immense ville une part si modique qu’elle soit pourchacun de ses nombreux habitans, plus de la moitié d’entre eux est condam- née à se passer de viande la plus grande partie de l'année.» Qu'on juge d'aprés cela de ce qu doit ( 154) avoir lieu à cet égard sur le reste de la France et sur-lout au sein de noscampagnes les plus reculées! Ajoutons encore que M. le chevalier Perret, ad- minisirateur et écrivain éclairé, signale dans son Mémoire sur le mode d'administration Le plus con- venable à la France pour se garantir de da disette des grains, la multiplication du bétail, ainsi que la propagation des végétaux auxiliaires des cé- réales, parmi les moyens les plus efficaces pour f| préveuir ce fléau. Convenons donc que l’ancien proverbe: Qui à du foin à du pain, nous pré- sente une vérité d’un grand sens, malgré son ap- parente bizarrerie; et reconnaissons également que l’alternat des cultures céréales avec les prai- ries et avec celles des plantes propres à augmen- ter le nombre de nos bestiaux, a aussi le grand mérite de paralyser l’exercice désastreux du droit de parcours et de la vaine pâture, ainsi que ce-" lui des troupeaux communs, restes barbares de nos anciennes coutumes féodales. Nous aurons d’ailleurs occasion de rapporter, dans le développement de nos principes, un grand nombre d'exemples très-remarquables des avan- tages qui résultent pour l'augmentation des pro- duits des céréales, de leur alternat avec d’autres cultures améliorantes; et nous avons déjà traité Get objet dans notre Zxcursion agronomique en DS ( 136) Auvergne, imprimée dernièrement par ordre du gouvernement. Nous devons ici prévenir les personnes qui li- ront notre ouvrage, que nous l’avons particuliè- rement destiné à l'usage des propriétaires ruraux, ainsi qu’à celui des fermiers intelligens et ins- truits, que d'anciens préjugés et de vieilles habi- tudes n’aveuglent pas sur leurs véritables intérêts, et qui ne se retranchent pas dans l’observation rigoureuse des pratiques qu'aucun raisonnement ne fait ordinairement embrasser, et qu'aucun rai- sonnement ne peut non plus faire abandonner. Nous avouerons franchemement que nous n’a- vons pas eu spécialement en vue, dans ce travail, cette classe aussi précieuse à l’état qu’elle est nombreuse et laborieuse, qu’on désigne com- munément sous le nom de Zaboureurs, nom qui indique très-expressément l’objet de prédi- lection dont elle s’est toujours essentiellement occupée, mais quine constitue réellement qu'une des parties de l’art agricole. Cette classe respectable, ou ne sait pas(il faut l'avouer), ou ne veut pas, ou ne peut pas bre, faute d'instruction ou de bonne volonté, ou du loisir nécessaire pour le faire avec discernement et avec fruit. Pour peu qu’on soit habitué à vivre au milieu d’elle comme nous, on sait à n’en pou- a—— ( 136) voir douter, qu’elle ne lit pas, ou qu'elle lit peu, ou qu'elle lit sans fruit; mais elle voit tout aussi bien qu’une autre, sinon mieux: elle ne croit 1éme qu'à ce qu’elle voit. C’est bien: moins par des livres, quoique très-courts et très-simples, commes les nouvelles formes d’almanachs; de ca- téchismes, de tableaux, d'abrégés,’annuaires, de journaux, de bibliothèques rurales et de calen- driers géorgiques, multipliés sous toutes les formes depuis Palladius qui en a, le premier, donné l'exemple, Jusqu'à nos jours, et qu’on a constam- mentessayés en vain pour elle, qu’il faut, selon nous, s’efforcer d'ajouter à son instruction, que par la force irrésistible des bons exemples mis sous ses yeux, que nous regardons commeles seuls moyens, réellement. prompts et bien efficaces: de l’éclarer et de l’entraîner par la conviction de ses propres intérêts. C’est donc bien moins sur le papier que sur le sol qu’il faut lui. tracer et renouveler sans cesse des règles de conduite qui puissent améliorer sa culture et son sort; puisque, indépendamment des motifs précités, on, ne peut raisonnablement en- gager à tenter des essais, toujours douteux et toujours coûteux, des personnes qui ne peuvent rien hasarder, ét qui, étant d’ailleurs avares de leur temps et de tous leurs moyens; ne pêtuvent ( 137) aon plus sacrifier la certitude d’un bien présumé à la possibilité d’un mieux inconnu, plus ou moins incertain, et ne sont que trop souvent encore for- cées de se laisser diriger par les besoins impé- rieux du moment présent. En effet, pour convaincre le laboureur, 1l ne faut pas d'instructions orales ou écrites, mais 1l faut exécuter long-temps sous ses yeux et avec succès les méthodes réformatrices; car il ne con- naît guère que le mécanisme de Part, et il tient à sa routine, parce qu’il redoute avec raison les mécomptes qui le ruineraient. Sa cupidité mal entendue ou son indigence craint les avances; sa méfiance habituelle répugne au changement; et} ilimite dans sa marche uniforme le pas tranquille et lent des animaux qui ouvrent devant Jui la terre. Accoutumé dès l’enfance aux pratiques qu'il tient de ses ancêtres, il n’en connait et n’en veut pas adopter d’autres, à moins que ses yeux ne lui en fassent voir irrésistiblement tous Îles avantages. Démontrons-lui évidemment, non par des écrits ni des discours, maïs par des faits im- contestables, la supériorité de nos nouvelles mé- thodes sur la sienne, et il finira par les adopter. C’est la seule manière de lutter avec avantage contre sa répugnance à changer quelque chose à l’ensemble de sés habitudes. Nos bonnes pratiques ( 465) étant le fruit de l'expérience, de la réflexion et du temps, l’homme grossier, dont la main trace péni- blementun sillon, ne quittera Jamais de lui-même le sentier battu, pour se livrer à leur recherche ou à leur pratique. Incapable de cette tension d'esprit qu'exigent de nouvelles combinaisons; timide par ignorance et par intérêt, il n’osera se frayer des routes nouvelles. Le loisir, d’ailleurs, est néces- saire pour inventer, et il n’en a pas plus que de capitaux disponibles,« Sa routine, comme l’a dit avec tant de vérité Le président de la Société d’a- griculture deTrévoux, M. Perrier, n’est que le résultat nécessaire et forcé de sa position, Souvent témoin, quelquefois victime d'opérations hasar- dées par un zèle sans expérience ou dirigées par l’opiniâtreté d’un faux-savoir, il se roidit toujours contre toutes les innovations dont il devra suppor- ter les chances; il’adoptera jamais de nouvelles méthodes par la seule force de la persuasion, et1l faut pour qu’il s'y livre, qu’exécutées sous ses yeux, les avantages lui en paraissent décidément infaillibles.» Nous ajouterons à ces vérités que c'est sur-tout à lui que sont applicables ces paroles royales qui ont retenti dans toute l'Europe: 4 côté de l’avantage d’améliorer se trouve le danger d’in- 1100ET. C’est conséquemment par l'entremise indispen- PR (Q ( 159) sable des propriétaires cultivateurs, riches de ca- pitaux, d'instructionetde zèle, dont lesprit libre, pénétrant et dépouillé de cette foule de préjugés qui ont établi leur empire bien plus solidement au sein des campagnes qu’au milieu des cités, est avide de découvertes utiles vers lesquelles 1l aime à se diriger, qu’il faut chercher à répandre l'instruction sur cette précieuse partie du peuple agricole; et c’est ainsi qu’il faut l’éengager à s’é- carter insensiblement du sentier étroit que l’ha- bitude lui a creusé, en stimulant son attention par la vue séduisante d’objets matériéls.et lucra- tifs, et en se rappelant que la leçon de l'exemple est plus persuasive pour-elle que les meilleurs traités. Ces:propriétairesne pourront se refuser, comme ceux qui,ne sont souvent que. de simples usufrui- tiers temporaires à‘titre plus ou moins onéreux, àtenter l’adoption.de nouvelles méthodessur leurs domaines, et ils ne les déclareront pas ixrévoca- blement mauvaises, par la seule raison qu’elles ne sont pas en usage dans leur canton..Ils savent, comme nous; que l’art de cultiver la terre estsans bornes comme sa fécondité, et.c'est à, eux qu'en France, en Italie, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre,.et.dans toutes les contrées ou l’éco- EE us TES a TEA STE s- ="—— Se EE Te ( 140) momie rurale a fait quelques progrès, on doit l'introduction des végétaux qui, en amenant une ‘heureuse révolution dans la culture, y ont fait taître de nouvelles richesses. C’est sur eux, enfin, que nous comptons presque exclusivement pour la prompte et solidé améhoration de nos assole- mens, sur toutes les parties du territoire français ‘qui ne jouissent pas encore complétement de ce bienfait; etils y ajouteront beaucoup en publiant les heureux résultats de leurs recherches, de leurs efforts, et même leurs fautes; car, il faut encore l'avouer, la plupart des découvertes en économie ruralé ne franchissent jamais le lieu qui les a vues naître, faute de communications nécessaires entre tous les hommes éclairés qui s’y livrent avec succès. L’aveu d’une faute éclaire souvent aussi plus qu’une découverte; et rien ne nuit davantage .aux bonnes pratiques que d’én outrer le mérite. Il nous reste maintenant à donner quelques dé- - ails sur le plan que nousavons adopté dans notre ‘travail spécial sur la succession des cultures. La description, les dénominations botaniques et triviales, ainsi que les principaux‘détails de culture, de conservation et d'emploi, des plantes 4 dont nous nous sommes occupés+ nous ayant paru - nécessaires à la parfaite intelligence de objet que . EX A 2 ( 141) nous avions plus.particulièrementen vue; et four- nissant d’ailleurs des données très-utiles pour cet objet; cette circonstance a rendu en quelque sorte notre travail un Zraité général des cultures admises en grand sur les exploitations rurales de la France, puisque l’assolement renferme presque toute l’agriculture pratique, comme l’a reconnu avec raison Lamerville; et elle. nous a fourni l’occasion de rectifier plusieurs idées fausses, ou hasardées, ou exagérées, en traitant la plupart des articles, d’une manière entièrement neuve pour la pratique. Nous nous sommes sur-tout attachés à réduire à leur véritable valeur ces produits merveilleux, ces qualités surnaturelles, ces panégyriques ou- trés, ces recettes banales et empiriques, annon- cés, proclamés et divulgués avec tant d’emphase à l'égard d’un grand nombre de plantes. On ne saurait être trop en garde, selon nous, contre cette prétendue aptitude de certaines plantes pré- comisées à croître indifféremment sur tous les sols, dans tous les climats, à toutes les expositions, et à donner, dans tous les cas, des produits égale: ment avantageux. C’est le protocole ordinaire de tous les charlatans qui se sont érigés en apôtres de nouvelles plantes, que leur profonde ignorance, (142) et plus souvent encore leur sordide intérêt les engageaient à prôner; et c’est ce que nous avons plus particulièrement remarqué à l'égard des plantes dont lhistorique nous est parvenu d’ou- tremer: car, il ne faut point se le Missimuler; notre esprit, généralement crédnle pour tout ce ui nous vient de étranger, saisit souvent avec q, une confiance sans bornes toutes les fables quinous arrivent à cet égard de l'Angleterre; ce que dé- montre évidemment l’histoireridicule de plusieurs graminées vivaces, ainsi que celle de la pimpre- nelle, du plantain, de l'espèce d’agrostide dési- gnce depuis peu sous le nom hibernien de fiorin, qu'on a francisé, et de quelques autres qui ont eu d’abord parmi nous comme chez nos voisins I 2 D une réputation éphémère extraordinaire fallu réduire ensuite à sa juste valeur. Les prairies naturelles et artificielles étant au- jourd’hui, comme du temps de Caton l’ancien, la pierre fondamentale de lagriculture, nous avons donné beaucoup d'extension rie, Que nous avons traité dans détail sous tous ses rapports im > qu'il a, à l’article prai- le plus grand F 2 portans. Nous avons regardé cette pièce glorieuse du domaine, pour nous servir de l’énergique expression d Oli- livier de Serres, comme la base la plus solide des ( 145) asselemens raisonnés, et nous avons traité avec tout le développement qu’elles comportaient cha- cune des plantes qui nous ont paru les plus re- commandables pour cet objet. Nous pensons cependant que les différentes espèces et variétés de trèfle, de luzerne et de sainfoin, qui peuvent s'appliquer avantageusement, l’une ou l’autre, à toutes les nuances de sol connues, méritent la préférence, dans un grand nombre dé cas, sur toutes celles qui peuvent entrér en concurrence avec elles pour les prairies artificielles, et nous les avons particulièrement distinguées et traitées avec une sorte de prédilection. L’imperfection ét quelquefois même le manque absolu des instrumens aratoires nécessaires à une bonne culture; étant un des côtés les plus faibles de notre économie rurale, tandis que l’agricul- ture anglaise péche par un excès contraire; et, d’un autre côté, la rareté des bras étant une des objections les plus ordinaires et les plus spécieuses qu’on élève contre le perfectionnement de l’agri- culture par l'introduction dans nos champs de vé- gétaux qui exigent des binages, des sarclages, des houages et des butiages pour prospérer; nous n'avons pu nous dispenser de terminer notre tra- vail par la figure et l'explication de quelques-uns ( 144) de ces instrumens que nous regardons comme in- dispensables pour parfaire, de la manière la plus prompte, la plus facile et la plus économique, sans avoir recours aux opérations manuelles, toujours longues, pénibles et coûteuses, les cul- tures qui ont essentiellement besoin d’être binées, sarclées, houées et buttées. Nous y en avons joint quelques autres également fort utiles, ainsi qu’un modèle très-simple de meule à courant d’air ou ventilateur, si utile pour le perfectionnement du foin; et nous ne saurions trop fortement recom- mander aux agriculteurs qui ne les connaissent pas, ou qui ne les emploient pas, ce qui revient au même, l’adoption de ces divers moyens peu dispendieux; car s’il est aussi embarrassant que ridicule d’entasser sur son domaine, comme nous Vavons vu, une collection de nouveaux instru- mens ruraux aussi chers qu’ils sont compliqués, et qu’on laisse souvent se détériorer sous des han- gars, après avoir reconnu leur peu de solidité et d'utilité, il n’est pas moins nuisible au succès des exploitations bien dirigées, de manquer des instru- mens les plus simples, les plus commodes et.les plus économiques, dont un grand nombre de cultures très-productives ne peuvent absolument se passer: ( 145.) Nous terminerons cet exposé que nous avons cru devoir tracer des motifs et du plan de notre travail, en observant que lorsqu’on.est convaincu, comme nous le sommes, de son ignorance sur un grand nombre de points importans de l’art et de la science agricoles, sur lesquels cependant nous voyons tous les Jours des personnes qui se sont sans doute bien moins occupées de leur étude, que nous l'avons fait depuis long-temps par état et par goût, nous inonder de préceptes dont la pratique est loin de confirmer la justesse, ïl faut s’armer d’un certain courage pour paraître s’ériger en maître sur des matières aussi délicates et si peu étudiées généralement. Mais le senti- ment du devoir à dû l'emporter en nous sur celui de notre faiblesse, et nous nous sommes crus obli. gés de publier le résultat de nos recherches, de nos expériences et de nos méditations sur un sujeb qui nous paraît avoir la plus grande influence sur la prospérité agricole et nationale, et sur lequel les éloges flatteurs donnés par nos agronomes les plus éclairés à notre premier travail, nous ont en- couragés à nous étendre de nouveau. Nous sommes bien loin de supposer que nous avons tout dit sur ce sujet, ni toujours bien vu; nous sommes trop intimement persuadés de notre insuffisance pour compléter un pareil travail, et 10 ( 146) nous savons trop bien aussi que l'erreur est un écueilinévitable pour l’espècehumaine; mais nous espérons qu'en payant notre dette comme agricul- teur et comme citoyen, nous éveillerons l’atten- tion des cultivateurs instruits qui, en apportant à cet objet le tribut de leurs lumières, consolideront de plus en plus lédifice auquel nous avons tra- vaillé avec l’ardent désir de faire une chose utile. Les précieuses données de la pratique ont Jus- qu'à présent manqué trop souvent aux talens qui se sont voués à l’art d'écrire sur les diverses bran- ches de l’économie rurale; tandis que les prati- ciens qui ont le plus faitont ordinairement le moins écrit; et nous espérons aussi qu’un nouvel état de choses sur ce point, en réformant les anciens abus, élevera bientôt l’art et la science au plus haut point de perfection qu’ils puissent atteindre. Si plus de quarante années d’une pratique très- active dans l’exercice de l’art auquel nous nous plaisons à avouer que nous sommes entièrement redevables de l'honorable considération et de tous les avantages dont nous jouissons, nous donnent quelque droit à la confiance et à l’indulgence de la classe nombreuse des propriétaires ruraux qui commencent à se livrer à l’amélioration de leurs propriétés, et pour lesquels nous avons particu- Mérement écrit; ce puissant encouragement nous ll lu LAS 101 L gricul l'atten- ortant à hderont NS fra- : utile, at] U$= en qui s bran- - Moins at de abus, $ haut Us 1e tres- ous ment Le tous pnnent nce de ux qui e leurs artiu- f nous DELA TE ( 147) portera à leur offrir successivement le résultat de nos connaissances sur chacune des parties de la science que nous professons, en leur disant avec Horace: Adoptez nos moyens, s1 vous les trouvez bons 4 Ou rectifiez-les par de meilleurs encore. Ooooce Si quid novistf rectius istis, Candidus imperti, si non, his utere mecum. ETES ge.= PR a— + es eifors « ment 40 ré-trendi elon leur! Lester, ilse du peple| Les testame à Rome to an rapport Nqui n'avol tester. Lsoc Grèce, d rentes, 5'à esLaTeRs. A peu] Bultes 5 0t ndispensé appliquer he — Éament pe ance, Sur O1x sur La hent. ne Di, etles mille Ja n moyen (1)Pate Æ TUTEL DES ROMAINS. 167 ses enfans, demeurera constant(1). C'toit assu- rément accorder à tous les citoyens un pouvoir tres-étendu; et pouvant disposer de leurs biens, selon leur volonté, il m'étoit pas naturel que, pour tester, ils eussent recours aux comices, au suffrage du penple et au collége des pontifes Dès-lors dono les testamens, ainsi proprement nommés, se firent à Rome comme à Achènes; car les loix de Solon, au rapport de Plutarque, permettoient aux pères qui n'avoient point d'enfans, la libre faculté de tester. Isocrate dit même que les peuples de la 1.„ r.7 Grèͤce, d'ailleurs de mcœurs et de coutumes diffé- Plutarch. in Solon. P.· 9⁰0. Isocrat. in rentes, s'accordoient sur la validité et la force des AüEgenitico- testamens. A peu près dans le mme temps, les juriscon- sultes s'occupoient de farmalites et de formules indispensables pour procéder en justice. Pour en appliquer aux testamens, ils imaginèrent le tes- tament per æs et libram, par le poids et la ba- lance. Suivant les principes du droit romain, les loix sur la succession de citoyens morts sans testa- ment, ne pouvant ètre abrogées que par une autre doi, et les décemvirs ayant acoordé à tout père de famille la liberté entière de tester, il falloit trouver un moyen de conserver un rapport au moins ap- (I)PATERFAMILIAS UTT LEGASSIT SUPER FAMILIE PECD- NITE TUTELEVE SUE REI, ITA JUS ESToO. 11. Inst. testam. din.§. 1. de or- 8 L 1n 1nn eahh 1 nan dedalen rlach tRashn ssnägeäennl anggg En Oem 1 2 3 4 5 6 1 8 9 10 11 12 13 14 Grey 4— Black. — ——