AGRICULTURE. CONSOMMATION: DE LA LUZERNE EN VERT, ET 1 TABLEAU D'UN ASSOLEMENT DE DOUZE ANS, par CH. Picrer( décémbre 1810.) Ja rendu compte( p. 49 de ce volume de la production, en 1809, d’une pièce de lu- 4 zerne de dix poses de Genève, soit environ hait arpens de Paris, ancienne mesure. Voici cé que la même pièce a produit cette année. Le 22 mars je la fis plâtrer à la même dose que l’année dernière(V: p. 52.) Le 28 mars, elle avoit six à sept pouces de hauteur moyenne. Le 16 avril, je commencçai à la couper en vert pour nourrir trois chevaux, deux vaches, et donner une fois le jour à quarante brebis, Le 2 mai, elle étoit'si haute et si abon- dante, qu’elle commença à verser. Le 10 mai, la pièce entière étoit versée, et les tiges blanchissoient. Je la fis couper ‘pour foin, et serrai dix voitures et demie de vingt-cinq quintaux. Le 18 mai, j'ôtai une vache, et ajautai vingt brebis. Agriculture, Vol. 15. N°, 2, Déc, 1910. LI Rte LS |\geÿ Acnicusvure. , û. Le é# À x# Le 13 juin, je serrai sept voitures de vingt= y. cinq quintaux. Le 18 juillet, j'ajoutai un quatrième che val pour consommer la luzerne en vert, et je cessai d'en donner aux moutons. Le 10 août, je fis conper pour foin, une partie de la pièce, et j'en serrai quatre voi- tures, dans les jours suivans. Le 28 août, je fs couper pour foin, une ÿoiture et demie., Le 10 septembre, de même, trois voi< fures. À J'ai continué la consommation en vert de quatre chevaux et d’une vache, jusqu’au 22 novembre. À cette époque, il ÿ avoit encore à couper pour la consemmation de cinq à six jours; mais comme il falloit beaucoup de temps à un faucheur pour couper la ration,et beaucoup de temps aussi pour la rassembler, je fis cesser la nourriture en vert à l'écurie, et je mis les moutons dans la luzerne, avec les précautions convenabless Comme les gelées blanches l’avoient flétrie, elle étoit peu dan= gercuse, sur-tout avec le soin de ne laisser les bêtes que quelques instans dans la partie non fauchée, pour les faire passer dans la portion fauchée, et ainsi alternativement. Le côté de la pièce par lcquel on avoit commencé à faucher en vert, et qui avoit été coupé cinq (CONSOMM. DE LA LUZERNE EN VERT, cte.(423Ÿ fois, avoit, au 22 novembre, quatre à cinq pouces de haut. Voici le compte des semaines de consomi mation: 5 Semaines de deux vaches 10 sem.d’une vaches 27 Semaines d’une seule, 27 dites. 13 Semaines de moutons à une fois le jour, esti- mées comme les semai- nes d'une vache complé- tement nourrie’... 13 dites. —— Total 5osem.d’une vachs 43 Semaines de 3 chevaux 39 sem. d’un chevals 19 Semaines de 4 chevaux 76 dites. 115 sem. d’un cheval, bo Semaines d’une vache à G liv. 6 s.( voy. le compte précédent} OL 0 bin 215.6 115 Semaines d’un cheval à 8 liv. A aire cheb ce laruboue nb'obre 940425 650 Quintaux de luzerne sèche à DAMRO Se LL E ni: LP DOS Produit brut L. 2588. 15, Frais à déduire. Le quart de la journée d’un homme LI 2, 24) À GR T EU TUR ES: ñ pour faucher et charrier la lu- Zerne à 10 s. pour 231 jours L. 21h, 10: 234" Charridges: Ge hs se, 1.70 70805 Pour faucher, fanner et serrer 26 voitures de luzerne sèche à G liv., 156.— Pour achat, transport et semaille do plaire 7.1. 708 ls re 30.—— ——— L., 47 4ivabe PIOdUIT Drums à< en Lin SOS 2 Frais à déduire....,. 7/1 Reste en produit net. L. 2114— L'accroissement du. produit net, compara+ tivement à l’année dernièrefn’est que de L. go As: quoique la production du fourrage ait été considérablement augmentée. Cet accrois- sement de produit net seroit de L. 415. 15 s. si j'avois estimé le fourrage sec à 3 Hiv. le quintal,, qu’on peut regarder comme le prix moyen de ce pays-ci.’ À l'évaluation de deux Kvres dix sols le quintal; c’est encôre un pro= duit net de[+»rr: 8 s: par pose(‘de 25600 pieds) sous déduction de l'impôt territérial, ét de l'intérêt du capital de la pièce. J'ai éprouvé, de l'usage de la luzerne en vert pour les chevaux de travail, les vaches gt les moutons, les mêmes avantages que CoNsoMM, DE LA LUZERNE EN VERT ,etc.(425) l’année dernière, Mes chevaux, attelés tous les jours, ont été constamment vigoureux eten bon état; et je n’ai eu aucun accident de gon- flement dans les bêtes À laine. On sait qu'une luzernière bien réussie est d’un rapport très-considérable, et il n’y a rien d’extraordinaire dans le produit de celle dotit je rends compte; mais ce qu’il y a d’inté- ressant dans ce cas ci, pour l’agronome, c’est que, dans mon système d’assolement, les luzernes s’établissent sans frais, et précisé- ment comme les trèfles. L'expérience m'a ap- pris que les luzernières faites sur des défonce- mens profonds et coûteux demandent encore des soins annuels de sarclage pour se conserver exemptes de mauvaises herbes plus de trois ou quatre ans,et que dans certains terrains très-dis- posés à se couvrir de graminées vivaces,les sarcla- ges ne suffisent pas toujours pour maintenir la luzerne nette. Dans les pays où la main- d'œuvre est chère, et où les travaux de Îa vigne appellent les bras au moment où il fau- droit sarcler les luzernes, cette opération, toujours coûteuse et lente, est quelquefois impossible, s’il s’agit de grands espaces. Or comme la[uzerne est de toutes les plantes fourragères la plus productive, il importe de préférer pour sa eulture, le mode qui permet de la cultiver sur de grandes étendues de ter LI 4 (426) AGRICULTURE. rain, et de la faire entrer dans les assole- mens réguliers, en bornant sa durée au nom- bre d'années pendant lesquelles elle donne un plein rapport. On sait que les terrains qui ont été en lus gerne pendant plusieurs années, refusent de mourrir cette plante lorsqu'on y revient trop tôt. Plus long-temps la luzernière a duré, et plus on doit prolonger l'intervalle de temps consacré à d’autres cultures, avant de revenir à la luzerne sur le même terrain. Je pense qu'il est convenable de laisser écouler, avant de resemer de la luzerne, un nornbre d’an- mées double de celui de sa durée. Aïnsi, dans mon assolement, après avoir duré quatre ans, la luzerne ne revient, sur le mêine terrain, qu'à la huitième année. Deux conditions absolument essentielles À la réussite des luzernes et à leur plein rap- port pendant quatre années(1) sont Île dé- foncement à la bèche, et le nettoiement par- fait de la terre. Il faut donc que la récolte céréale, sur laquelle on sème la luzerne soit préparée par uue récolte sarclée, après défon- cement à la bèche. (1) La luzerne peut réussir sur tous les terrains, de- puis les plus graveleux, jusqu'aux plus argileux, pourvu que ses racines n'alleignent pas une couche où les gaux séjourgent. Consomm. DE LA LUZERNE EN VERT, ctc.(427} Les avantages que les Anglais trouvent dans Ja culture des turneps ne sauroient être ob- tenus en France au même degré. La levée de cette plante, très-casuelle en Angleterre, l’est encore plus chez nous. Eile ne peut être cul« tivée avec profit que sur des terrains légers; elle demande d’être préparée par de nombreux labours, et une fumure abondante. Son sar- charge est difficile, et exige beaucoup de bras; sa conservation pendant l'hiver, est fort dou- teuse, si on laisse les racines sur place: les fortes gelées les font pourrir, et la police rurale est en général si mauvaise en France, que les turneps, raves ou navets, qu’on lais- seroit en plain champ pendant l'hiver, seroient volés. Il ne sauroit d’ailleurs être avantageux de leur faire succéder le froment, parce que si on les arrache assez tôt pour cela, ils n'ont pas toute leur grosseur, ils sont difficiles à conserver, et fournissent une grande abondance de nourriture dans un moment où elle a moins de prix, puisque les. pâturages en donnent encore. Enfin, pour employer les turneps de la manière la plus avantageuse, il faut un ensemble de circonstances agricoles, qu'il est difficile de réaliser en France, où la specu- lation d'engraisser des bestiaux n’est ni aussi bonne ni aussi sûre qu’en"Angleterre: tout gela encore, ensupposant que la réussite de cette: Ll4 (428) AGRICULTURE. récolte fût aussi probable qu’elle l’est chez les Anglais, et cela n’est point, à cause de la différence des climats. Les pommes de terre réunissent pour nous infiniment plus d'avantages. On peut les culti- ver sans fumier; elles nettoient aussi bien la terre; leur sarclage n’est point un art difficile, comme pour les turneps; leur réussite est su- jette à, moins de casualités; leur produit est plus considérable en argent; on les arrache assez tôt pour pouvoir semer du froment après. Elles sont d’une conservation facile; et enfin elles servent également de nourriture aux hom- mes et aux animaux. Ce dernier avantage est beaucoup plus grand que cela ne paroît au pre- mier aperçu. J’essaycrai de le faire compren- die tout-a- l'heure, Mon assolement est de douze ans, savoir: 1 Pommes de terre. 2 Froment ou orge fumé. 3 Lrèfle. 4 Froment et raves. 5 Pommes de terre. 6 Froment fumé. F 7,8, 9, et 10, luzerne fumée à la neu- vième année. 31 Froment. 2 Froment et raves. Je dois expliquer d'abord pourquoi j'ai an- CoNsOMM.DE LA LUZERNE EN VERT, etc,(429) nuellement les cinq douzièmes de mes terres arables en céréales, ce qui paroit une propor- tion bien forte. Notre position frontière d’un pays dont les grains ne suffisent pas à nour- rir ses habitans, maintient le prix des blés, dans nos départemens, au-dessus de la moyenne des prix de la France; et bien que le rapoort, dans la proportion de ia semence, ne soit pas ordi- nairement très-considerable sur nos terres, pour le froment, ce grain nous donne plus de profit en argent, que d’autres productions, dont le produit brut seroit plus grand. Or, l'agricalteur doit toujours viser à obtenir de ia terre le plus grand profit en argent, pourvu qu’il la main= tienne nette et en bon état, et dans une dispo- sition de fertilité croissante, Ces conditions se trouvent remplies dans ma rotation. Première année. Dans une exploitation d’une étendue consi- dérable, il pourroit être difficile de disposer d’un assez grand nombre de bras, pour défon- cer à la bèche pendant l’hiver et le priatems, la sixième partie des terres arables. Ce défon- cement entraîne d’ailleurs d'assez grands frais” et des avances si fortes ne sont pas toujours à la portée d’un agriculteur. J’ai levé cette dif. ficulté en encourageant les journaliers et les (430) AGRICULTURE. petits propriétaires de mon voisinage à culti- ver les pommes de terre à moitié fruits, sûr mon terrain. Lorsque je commençai, il y a dix ans, j'ai eu besoin de leur proposer quel- ques encouragemens pour les décider à ce marché, dans lequel je donne la terre non fumée, javance les semences, je les prélève avant le partage, et j'exige du cultivateur un bon labour à la bèche, de treize pouces au moins, une plantation convenablement espa- cée, un sarclage eomplet à la houe à deux poin- tes, et un butage élevé. Tous ces ouvrages se font très-bien. Un prix de vingt-quatre francs que j'avois établi dans le début, a donné une émulation salutaire. Je leur ai conservé ce mo- bite d'activité, quoique leur propre intérêt les ait si bien éclairés sur l'avantage de cultiver avec soin, que ce petit moyen nc soit plus nécessaire. J'ai eo celte année trente-cinq individus oc- cupés de cette culture sur mon terrain, et la distribution des pièces destinées à porter des pommes de terre l'année prochaine, a été faite dès le 15 octobre. Quoique j'aie réduit l’espace de chacun à une pose seulement, j'ai été forcé de refuser du terrain à un grand nom- bre de journaliers qui n'avoient pas, comme ceux que j'ai préférés, le mérite d’avoir très= bica cultivé dans les années précédentes. ConxsOMM.DE LA LUZERNE EN VERT, ete.(431) Lorsque je veux faire succéder de l’osge, je renvoie l’arrachement des racines au mois d’oc- tobre; mais lorsque c’est du froment qui doit suivre, je fais arracher dès la fin d’août. Dans le premier cas, je donne un ouvrier pour cha- que homme fourni par l'entrepreneur: dans le second cas, j'en donne deux, parce qu’alors je fais labourer toute la surface du champ, avec le hoyau à deux pointes, en même temps que l'arrachement s'exécute; afin que la terre soit prête à semer. Si l’on n’est pas contrarié par les pluies, la terre se prépare fort bien pour la semaille, que je fais au semoir. On a soin de commencer l’arrachement par un des côtés du champ. À mesure qu’il se fait, on débar- rasse les tiges des pommes de terre, sème quelquefois le blé dans une partie de et on la pièce, tandis qu'on arrache les pommes de terre dans le reste du champ. Après le prélé- vement des semences, le partage se fait immé- diatement. J'ai ordinairement une portion de mes champs que je destine également aux pom- mes de terre et que je cultive moi-même, en faisant défoncer à la bèche pendant lhi- ver, et en nettoyant et buttant la récolte avec la houe-à cheval. Cette portion, qui donne encore plus de profit net, exige des avances considérables; et je me trouve biea (432) AGRICULTURE. d’cunployer les deux méthodes. Le rapport des pommes de terre, dans l’une et l’autre de ces méthodes n’est assurément pas si considérable que si elles étoient fumées. Le produit ivarie de dix à vingt pour un, selon la fertilité du terrain et la température de l’année. Quoique Ja terre soit très-nette, la production du blé seroit peu considérable, si on ne le fumoit point. La pomme de terre est épuisante, et si l’on veut avoir de beau froment après, il faut, ou fumer pour ces racines, ou fumer immédiatement après l’arrachement, ou enfin répandre l’engrais pendant l'hiver sur le blé en végétation. C’est la dernière méthode que je préfère, et voici mes raisons. Si je fumoisles pommes de terre,j'abandonne- rois aux entrepreneurs une portion trop considé- rable de profit.Cetteconsidération n’est pas appli- cable à la portion des terrains que je fais cultiver moi-même; mais si le fumier augmente beau- eoup le produit des pommes de terre, celles-ci absorbent une bonne partie de son influence, et quoique le froment puisse être aussi beau que sil étoit fumé par dessus, à coup sûr, le trèfle qui succède ne s'en trouve pas si bien. Or ceux qui ont étudié les assolemens savent que la réussite du trèfle étant d'une souveraine importance au succès complet de la rotation, on ne sauroit préparer ce succès ayec trop de CoNsoMM. DE LA LUZERNE EN VERT, ete. 233 soins et de précautions. Une autre raison qui me paroît fort bonne, pour fumer le blé en hiver, et non pas immédiatement après l’ar< rachement des pommes de terre, c’est que sur de grandes exploitations, il seroit impos- sible de faire le transport des fumiers; de lea répaudre, et de les enterrer par un labour, après l’asrachement des pommes de terre. Les pluies de l’équinoxe, qui sont presque tou jours embarrassantes pour les semailles, for ceroient de renvoyer celles-ci à une époque trop tardive. D'ailleurs, les frais seroient beau coup plus grands, soit parce qu’il y auroit un Jabour de plus, soit parce que Îles chariages se font à moindres frais en hiver que dans le moment des semailles. Enfin, le transport des voitures ou tombereaux de fuomiers sur une’ terre à demi labourée par l’arrachement des pommes de terre, fatigue beaucoup les atte- lages, et pétrit le terrain; pour peu qu’il sait humide. Le fumier est toujours un peu em- barrassant pour le semoir, et enfin, le trèfle à semer au printems., est d’une réussite beau coup plus: sûre dans ma méthode. Seconde année. t À importe que la terre soit bien gelée dans le moment où l’on charie les fumiers. Lors: que la neige est tombée sur une terre déjà ge- (434) AGRICULTURE Jée, et qu'il n’y en a pas une trop grande: quantité, elle n’est point un obstacle à cette opération. Je fume toujours avec du fumier de moutons, et à la quantité de huit voitures de deux forts chevaux par pose. Il importe que le fumier soit bien éparpiilé sur le terrain. parce que s’il reste des petites masses, le blé qui se trouve dessous en est quelquefois étoufré ou brûlé. Dès qu'on peut entrer dans Îles terres sans que les pieds des chevaux y enfoncent trop, c’est-à-dire, en mars ou avril, je fais semer peuf livres de graine de trèfle par pose, puis herser, én garnissant la herse avec des épines. Cette opération à plusieurs bons effets: elle donne une culture au blé et ranime sf vépé= tation;'elle divise, et fait pénétrer le fumier, et assure la levée du trèfle en le couvrant sufs fisammerit de terre. Aux premières pluies chau- des, le trèfle lève, et le progrès de la jeune plante est rapide, parce que les sucs du fu= mier pénètrent peu-à-peu avec les pluies du printems, en même temps que la racine pi- votante du trèfle; trouve une terre remuée à Ja bèche dans toute la profondeur qu’elle doit atteindre, et que Îles radicules latérales se mul tiplient et.se fortifient en s’abreuvant des sucs nourriciers de l’engrais. Dans les années favorables, le trèfle à uæ CowsoMM. DE LA LUZERKNE EN VERT, cf.(4353 pied de hauteur moyenne au moment de la moisson du froment. Dans les années sèches, ct où les, jeunes trèfles se trouvent, en gé< néral manqvés, les miens sont biens garnis et vigoureux à l’époque de la moisson, quoi= que moins élevés, que dans les années plu: vieuses. Aussitôt après la moisson, qui me rend; selon les années, de six à dix pour un, je fais plâtrer le trèfle, à la proportion d’une mesure égale à la quantité du blé semé. Les progrès de ce jeune trèfle sont si rapides, quand une sécheresse opiniâtre ne Îles contra- rie pas, qu'il m'arrive souvent de faire cn septembre ou dansles premiers jours d'octobre, une pleine récolte d’une voiture de vingt-cinq quintaux par pose. Pour moyenne de dix années, je ne compte qu’une demi voiture par pose. Il repousse ordinairement un bon pè= turage d'automne que je destine aux moutons. Leur dent ne fait aucun tort à la plante, ni en automne ni au printems, où il m'est sou« vent arrivé de les faire pâturer avant le plà- trage. Troisième année. Je fais plâtrer les trèfles dès que leur fouille cache la terre. La moyenne des deux pre mières récoltes est d’une voiture de vingt= (436) AGRICULTURE. cinq quintaux par pose, pour chacune. Ta troisième peut être évaluée à la moitié. Dans les années sèches, on ne fait que deux ré- coltes; mais leur abondance est toujours très: superieure à celle des trèfles qui ne sont pas préparés de la mâme manière. Dans le courant de septembre on rompt le trèfle à la charrue, et le semoir la suit pour semer le froment. LI Y Quatrième année. Le froment qui suit le trèfle est ordinai< rement d’une réussite plus sûre, et d'un pro- duit plus abondant que celui qui succède aux pommes de terre; mais il faut se souvenir qu'il s’agit de trèfles pleinement réussis, condition indispensable au succès du froment qui le remplace. Notre climat permet une récolte dérobée de raves, de vesces, ou de blé noir, après ce blé de la quatrième année. Cinquième année. Je reviens aux pommes de terre, prépa= rées À la bèche et cultivées de la même mac nière qu’à la première année. Je n’ai point éprouvé que le retour de cette rarine sur Île même terrain, au bout de quatre ans, nuisit à l'abondance de cette reconde récolte. Le fro- ment CoNSOMM. DE LA LUZERNE EN VERT, etc.(437) ment lui succède encote ,' et est fumé pen+ dant l'hiver. Sixième année. Je sème la luzerne sur le blé, au printems; en poids double de celui du trèfle. On peut voir (page 60 de ce volume) la réponse aux ob jectiqons qu’on seroit tenté de faire contre cette manière de semer. Après la moisson, je plâtre la jeune luzerne, et j'en fais une Coupe en automne, ordinairement plus foible que les premières Coupes du trèfle. Septième année. ni La luzerne, plâtrée au printems, donne année commune quatre coupes, au moins trois; et jusqu’à cinq. Ces coupes n’ont pas encore toute la force qu’elles auront dans l’année suivante. Les repousses de l'arrière- automne Peuvent, sans inconvénient» être pâturées pau les moutons. Huitième année. Plâtrage au printems, comme l’année préi cédente, La production est sensiblement plus forte, On peut comparer les produits dans le tableau de la Page 49, et dans celui qui est en tête de cet article. Les deux années bnt été sensiblement égales en quantité de’ pluie, Agriculture, Vol. 15, N8, 12, Déc. 1810, M m {438) AGRICULTURE. et favorables l’une et l’autre aux prés arti ficiels. Mais à cette seconde année de pleine récolte de la luzerne, les graminées vivaces commencent à Sy introduire. Neuvième année. La luzerne a été fumée pendant l'hiver à buit charettées de deux forts chevaux,par pose- On la plâtre, comme ÿ l'ordinaire, au prin- tems. Quoique l'augmentation des grami= nées vivaces y devienne encore plus rapide par la fumure de lPhiver, les plantes de lu- zernegayant acquis une grande force, la pro- duction totale équivaut d'ordinaire à celle de Yannée précédente ,-en supposant la tempé< rature également favorable. Dixième année. La luzerne, plâtrée au printems, commenca à baisser en produit. Celui-ci est néanmoins encore plus fort que ne pourroit l'être une belle récolte de trèfle. Dans le courant de septembre, je fais rompre la luzernière poux semer du froment fort clair(1). Onzième année. est à craindre que le froment ne sois (1) On peut aussi renvoyer au printems suivant pouz rompre, et semer de l'orge; on y gagne une COUPE de luzernes CoNSOMM. DE LA LUZERNE EN VERT, etc.(439ÿ trop beau, et ne verse. Pour prévenir cet ac= cident, il convient de le faire brouter aux moutons au printems, à plusieurs reprises, s'il se montre trop vigoureux! Un mois après la moisson, le champ est de nouveau labouré Pour.une seconde récolte de froment, est ordinairement Ja précédente, laquelle plus abondante en grain que Douzième année, Après la récolte de froment, laquelle dei mande la même précaution que Ja préc dente Pour prévenir le Versement, on prand une récolte dérobée* Pour profiter de la fer tilité de[a terre, que les deux récoltes cé: réales n’ont point épuisée(1, maïs où les mauvaises herbes commencent à s'établir. et qué a besoin d’un nouveau défoncement à là bèche. Je vais Maintenant présenter le comp dépenses et de la recette de cet assol de douze années point la ressource mes de terre À te des emenf * EN Supposant que l’on n’a e de faire cultiver les pomi Partage, et qu'on soit cblieg de faire es avances du défoncement À l& bèche, et des frais de culture et de récolte, QG) Il m'est arrivé de semer après la luzerne, de l'avoine, Puis deux années dû froment> et aue Îa sex sonde récolte de froment versoit Pour être trop belles Mm 2 (440) AGRICULTURE. Les prix sont calculés sur nos données Îo= cales, et le eompte est fait pour une pose de 25600 pieds de France de surface: chacun peut modifier les calculs d’après sa position. tAssolement de douze ans. Dépenses pour ur pose de terre arable. Première année. Labour à la bèche pendant l'hiver L. 30. Faire les raies à la charrue pour plan-’ ter, 1 de journée de deux hommes, etidun chevaliuis 6 eee x Cinq sacs de 195 liv. poids de marc, de pommes de terre pour semence« 15. Pour planter,une demi journée d'hommé et Z journée de femmes ire Première culture; Ja houe à cheval .(trois poses par Ti Liu HEMSATSNNS S conde-caultuse np ŒIL"+ re? 1. Broisième(rouhtures"là©|? I. Une journée de femmes pour ôter l'herbe près des plantes s«+++ 1. (Arrachement et labour à la houe à deux pointes, dix journées d'hommes et quatre de Temmes ner res Chariage, de quatre voitures de pom- 1 snes der LEUR 2 M ee RTS 3: — 10 TONSOMM.DE LA LUZERKNE EN VERT, etc.(441) Un sac de froment(de 115 livres de marc) pour semence..... L. 20— Un quart de journée de semoir.. 1. 10 Faire les raies d'écoulement sd ALTO Huit voitures de fumier» à huit livres 64.— Transport de Panama nt us dc Pour charger et répandre le fumier 2. 10 Frais de la première année L. 1734 Seconde année. Neuf livres de trèfle à 15 sols Et 3 Hersage+ défjaurmnéensiyiu os 1.— Nettoyer le blé à la main D TUNER. te Moissonner 1! à Journée d'homme et 12 de mien? HS), 7 AS nu ai— Liage' et main- d'œuvre‘de quarante Hétbes ri SU ue HQE Let Chariage et engrangement.... Un sac de plâtre; le charier et le ré péndre:.;:; om de ds re Faucher, fanner, et charier douze quin- taux de et”. 70q" MO ee a Battsge de quarante gerbes de blé. 9.— 2+ (442) AGRICULTURE. Troisième année. Plätrage+ 40e RME re 9.7 Faucher, fanner et charier cinquante quintaux débtretier tnt CAM NZ. ES Labour de-semaille:“."..+++ 12 Un sac de froment pour semence. 20.— D OO D Ce 1.— Semet tu semaine PHARE". 7 Le 19 Faire les raies d'écoulement.++ 1: 10 Quatrième année. Nettoyer le blé:aula. main:.i be toir Moissonner, lier, charier, cngranger quarante gerbes di ts 18140) ANT Battage.«+++-: Les Labour pour une MATE Rs gbee de déuñe ee à la Se vatitv il Fr Herser et semer au semoir.+++. 2% 19 Deux cultures à la houe h cheval: ur Arrachement et transport des raves 6.— —— Cinquième année. Comme la première+++-: Ki FMIT AE Lise re er CoNSOMM.DE LA LUZERNE EN VERT, etc.(443) Sixième année, Comme la seconde, mais 20 livres de graine de luzerne par. pose, soit une augmentation de EL. 8..., L. 45: Septième année. RE UT LR pe 3.— Faucher, fanner, chariér. soixante-dix QU'A de zone NL LS à ie fosse Eee à armes Huitième‘année. Rae A pete UT ne Faucher, fanner, charier soixante-dix quintaux de luzerne Étha#4 216 Gÿ Où peut voir par le compte détaillé en tête de cet article, qué j'äi fait, dans une pièce de dix poses, 950 quintaux de luzérnè,‘cette année, qui est la hui- tème de lassolement de cette pièce: c'est donc 95 quinlaux par pose, mais la température de l’année a £Lé particuliérement favorable. M m 4 (444) AGRICULTURE. L Neuvième année. Huit voitures de fumier, à 8 livres L. 64. ‘Métrage ser soit etes st Faucher, fanner, et charier soixante-dix quintaux de luzerne...+.. 18. mt L, 75, rm mn Dixième année. Pliragés.. 2 à Pod ee L. 3. Faucher, fanner et charier soixante quintanx de luzerne...+. 15. Labour de semaille 5...... 12. Semence du blé, semaille, etc... 24. — L. 54. “or ee PER à Onzième année. Nettoyer le blé à la main...+ L. 1. Moissonner, lier, charier et engranger "re quarante gerbes«.+.++++, 11. Battage. D MA Mie) che ete D Tibour de semaille..+++»»,.° 22: Semence et semaille d'un sr* blé. 24. ConsOMM. DE LA LUZERNE EN VERT, etc.(445) Douzième année. Comme la quatrième année.. 4, L. 43.10 Produit brut d'une pose de terre arable dans l'assolement de douze ans. 1°°. année 70 sacs de pommes de D A Ne ie Led Daioc+ 2°, année 8 sacs de froment à 20 L. 160 13quint. de paille à 2 L. 26\222,— 12 quint. de trèfle à 3 L. 36 5°. annéé 50 quint. dé trèfle à TL...: 150... 4°. année 8 sacs de froment à 20 L. ou ne 5o sacs de raves à 10 sols.. 15 5°. année, comme la première. 4. 210— 6°. année, comme la seconde, mais 4 quint. de fourrage de moins 210— 7°. année 70 quintaux de luzerne à 3 L. 210— Sfadnée der méme. fe, 2 27m 35 ua 9°. année de même,,.. L)— 10°. année 60 quintaux de luzerne. 180— #1. année 6 sacs de froment et 13 quin- taux dé paille 1.:5,- 1,1.) 2 186— a 2e. année froment paille et raves.. 201— L, 2374 Ce (446) AGRICULTURE. Tatal du produit brut pendant i2ansL.2374.— Les frais de culture des douze\ années s'élèvent à... L. 7709.10 31 faut y ajouter l'intérêt des avances, environ,..«« 401— Antérêt des bâtimens de ferme, 95. 19 et dégradation des instru- mens de Jabourage, attela- PES.HEUCe er eee cs. MODO Ampôt territorial..... 56. 4: Produit net d’une pose de terre arable pendant douze ans.... ir 18. 10; Soit par année.«.+-+ 1." 110482 Pour qu'un assolement soit véritablement bien calculé, il faut que des terres arables qui y sont soumises puissent fournir, par la con- sommation de leurs produits, tout l'engrais qui est nécessaire à leur bon entretien, sans qu'on. soit obligé d'avoir recours au fourrage des prés naturels, ou, à des achats de fumier. Voyons si lassolement de douze ans, dont je yiensde rendre compte, remplit cettecendition. D'après les belles expériences directes:de Mr. Crud( voy. p. 17 de ce Vol,}itrois quin- taux de bon foin équivalent en quantité de substance nutritive, à quatre sacs de pommes de terre;‘lorsqu'on nourrit les bestiaux avec ces racines données crues(1)- Cent et dix quin- (tr) On voit par les expériences citées, quil ne con- ConsOMM. DE LA LUZERNE EN VERT, ctc.(447) taux de bon foin, peuvent être considérés comme la nourriture moyenne annuelle d’une tête de gros bétail qui est toujours à l’étable. Chaque bête de forte taille, qui est fournie d’une litière suffisante, fait dans l’année huit voitures de fumier, dont chacune est la charge de deux forts chevaux. Voyons maintenant ce que nous recueillons pendant les douze années, en nourriture pour les animaux, ou en litière, ‘sur la pose. quintaux. En:tfle ét luzerne ii, 41. ne| 34o::(2) Æn pommes de terre 140 quintaux RER A AN 0 ct«05 En raves 40 quintaux équivalens à 30 En pailles 65 quintaux.... 475 quint. C'est donc pour nourrir quatre têtes de gros bétail, et fournir à leur litière pendant une année: ces quatre bêtes font trente-deux voi- tures de fumier. Or, à trois fumures sur les vient pas de donner les pommes de terre crues au bé- tail, pour toute nourriture. Si l’on n’en fait manger qu’une ration par jour avec du fourrage sec, elles n’ont point l’in. convyénient de donner la diarrhée aux bêtes, (2) Quatre-vingt-dix livres de luzerne équivalent en substance nutritive, à un quintal de bon foin,( voyez les expériences de Mr. Crud}. Je ai pas fait valoir cet avan- tage dans le compte des fourrages, parce qu'il'y a une perte en poids dans l'espèce de fermentation que le foin éprouve sur le fenil, (448) AGRICULTURE. dou: ans, ce n’est que vingt-quatre voitures employées. Il paroît donc que pon-seulement on peut se passer de prés naturels, mais qu'il yaun excédant de fourrages et de pailles, ou bien que l’on peut vendre les pommes de terre sans affoiblir les autres productions, ou enfin qu'il conviendroit de modifier l’assolement pour une partie de la ferme, que l’on destineroit à porter des récoltes très- épuisantes ct d'un grand produit, mais qui demandent beaucoup d'engrais, telles que le colza pour graine, le chanvre, le lin, le tabac, le maïs, etc. On sait qu’au-delà d’un certain point de fer: tilité, la terre n’est plus propre à la production des céréales. J’épreuve déjà que le versement des récoltes m’enlève tous les ans une partie des produits, et je serai obligé de réduire la quantité de fumier, ou d’éloigner les fumu- res, ou de modifier mon assolement. C'est un embarras de richesse que l’on peut aisément faire tourner à profit. Ce que le calcul et la théorie indiquent, l'expérience me le prouve. Lorsque j'ai acheté Lancy, la production des fourrages n’avoit pas dépassé, depuis dix ans, la quantité de soixante-dix voitures de vingt-cinq quintaux, “et la moyenne n’atteignoit pas soixante, dont la moitié environ étoit des foins de prés natu- rels,et l’autre moitié des trèfles.Cette quantité est allée en augmentant d'année en année. En ConsOMM. DE LA LUZERNE EX VERT, etc.(449) 1609, je recueillis‘cent dix- sept voitures. J'en avois de reste de 1808. Cette année j'en ai recueilli cent quarante-huit de foin sec, sans compter la consommation en luzerne verte pendant sept mois. I] me restoit quarante voi= tures de foin au mois de mai; ensorte que le 22 novembre dernier,j’avois dans mes granges,cent quatre-vingt-huit voitures de foin en magasin. J’ai recueilli, cette année, trois mille cent et meuf sacs de pommes de terre, sur mon do- maine, dont mille neuf cent cinq, pour ma part, qui équivalent à mille quatre cent vingt- huit quintaux de fourrage, soit à cinquante sept voitures. Ainsi donc, sans compter les topinambous, dont je nourrirai mes troupeaux au printems, pendant six semaines au moins à mais que j'écarte de ce compte parce qu’ils n'entrent point dans mon assolement; sans compter la valeur de 307 quintaux de luzerne consommés en vert, j'ai recueilli trois fois plus de fourrage cette année qu’on n’en recueilloit autrefois dans les bonnes années sur le do- maine, qui passoit cependant pour bien cul- tivé, mais qui étoit soumis à la méthode des jachères. Les prés naturels ont sensiblement augmenté en produit, mais le fourrage qu'ils donnent est absorbé par leur propre fumure, celle des vignes et du jardin potager, ensorte que c’est aux terres arables à produire le fu= (450) AGRICULTURE mier qui doit entretenir et augmenter graduels Jemeut leur fertilité. Vendre les pommes de terre, au lieu de les faire consommer sur le fonds par les bestiaux, est d’abord une ressource facile pour remédier à l'inconvénient de cette surabondance de four- rages et d'engrais. Je dois présenter ici quel- ques observations sur l'importance qu'il y a à faire entrer les pommes deterre dans la rotations comme la récolte préparatoire des céréales. J'ai dit ci-dessus que l'avantage de pouvoir employer la pomme de terre également à nour- rir les hommes et les bestiaux étoit plus grand que cela ne paroit au premier coup-d'œil. Si cette racine ne pouvoit s'appliquer qu'à la pourriture de l’homme, la culture en seroit fort bornée, ou bien elle absorberoït toutes les autres, comme dans le midi de l'Irlande, où la population s'en nourrit presque unique- ment. Dans tous Îles pays, même dans ceux où le froment est sujet à beaucoup de casuali- tés, sa culture offre des avantages qui ne sau- roient être balancés par ceux d’aucune autre plante, soit pour la quantité de substance nu- tritive destinée à l’homme, soit pour la faci= lité du transport et de la conservation. Mais le froment, et les autres céréales enlèvent beaucoup à la terre et lui rendent peu, cn même temps que leur culture la souillent de L CONSOMM. DELA LUZERNE EN VERT, ete.(45 1) mauvaises herbes: La pomme de terre, Sielle est uniquement destinée à l'homme, rend peu d'engrais et épuise le terrain. Elle est d’on transport difficile, d’un volume embarrassant, ét d’une conservation impossible au-delà de buit à neuf mois. Comme récolte accessoire au froment, mais seulement destinée à l’homme, sa culture est donc nécessairement très-bornée, Elle peut acquérir un peu plus d’étendue dans le voisinage des grandes villes; mais encore si on doubloit seulement la produétion ordinaire, le marché en seroit surchargé, et le produit ne payeroit plus les frais. La pomme de terre, considérée exclusivement comme nourriture de l’homme, ne peut donc centrer dans les assole mens, lorsqu'il s'agit de grandes exploitations. Mais si on la cultive pour les bestiaux, il D'y a d’autres limites à l’étendue de terrain qu’on lui destine annuellement, que celles qui dé- pendent de l'étendue de la ferme elle-même. Comme c’est la récolte qui doit nettoyer le sol des mauvaises herbes; et le renouveler par un défoncement, il faut qu'elle revienne assez fréquemment pour remplir ces deux objets. On augmente le nombre des bestiaux à pro- portion que les récoltes des pommes de terre sont plus considérables.; Ainsi liée à la production des céréales ct des Foins artificiels, la pomme de terre est une source d’abondance et de richesse pour l’agriculteur, et (452) AGRICULTURE. un préservatif assuré contre les disettes, Non- seulement sa réussite est beaucoup moins ca- suelle que celle du froment, mais ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’en général, elle réussit mieux quand les biés manquent. La même température du printems et de l’été qui nuit le plus à la production des grains, c’est- à-dire, la fréquence et la longueur des pluies, sert le mieux la production des pommes de terre. Les paysans ont un proverbe fondé sur l'expérience:« année de foin, disent ils, année »dce rien.» Les années de foin, qui sont aussi celles des pommes de terre, sont les années PA pluvieuses, dans lesquelles les blés sont peu grenés. Si la culture des pommes de terre étoit gé= néralement établie sur un quart, un cinquiè- me, ou un sixième des terres! arables, les di- settes ne seroient point à craindre. Au mo- ment où la rareté du blé commenceroit à se faire sentir, les racines destinées aux bestiaux seroient appliquées à l’homme, elles devien- n droient un régulateur des prix, et une res- À source contre Île besoin. En attendant cette révolution dans notre culture nationale, que le temps aménera peut- être graduellement, c’est un sujet intéressant de spéculation agricole pour les propriétaires et les fermiers, que la culture des pommes de terre CoNSOMM. DE LA LUZERNE EN VERT, cte.(453) terre à moitié fruits. Celui qui fait faire des travaux à la journée a sans cesse à combattre l’inertie des ouvriers. La résistance sourde qu’oppose la paresse, fatigue, à la longue, la surveillance; et il en résulte des non-valeurs n des pertes de temps, qui, au bout de l’année, font un déficit considérable dans les recettes. Si l’on fait travailler à tâche, l’entrepreneur tend sans cesse à échapper au contrôle qu’on établit sur lui pour le forcer à bien exécuter ce qu’il a entrepris. Dans l’un et dans l’autre cas s les intérêts du maître et du salarié sont diver= gens,et c’est un sentiment habituellement péniblé pour le premier, lorsqu'il surveille les travaux dé sa ferme. Dans la c ulture à moitié fruits les in- térêts du propriétaire et de l'entrepreneur coins cident toujours. Celui-ci travaille avec.un sen- timent de propriété et d'espérance qui double ses forces et son activité. Il emploie tous ses momens; il se fait aider de ses enfans; il pro+ fite des heures qui sans cela seroient perdues, des jours d'hiver, des temps de chommage; où il prendroit des habitudes de paresse et d’ivron gnerie, s’il n’avoit pas ce stimulant au-travail,| Comme aucune récolte, p us que la pomme de terre, ne paie le:travail dans la proportion exacte de ce qu’on lui en donne, les entrepre= neurs à moitié fruits-sont encouragés par leur propre intérêt, à cultiver très-bien, c’est: Agriculture, Vol. 15. N°. 12. Déc. 18104 Nn (54 AGRICULTURE. dire à labourer profondément, à détruire com= plétement les qauvaises herbes, à butter les plantes très- haut; exposant ainsi beaucoup de«surface aux influences atmosphériques, et transportant aux champs la cültüre des jar dins, au très- grand bénéfice du propriétaire. Si l’on considère de quel avantage: il es£ pour l’indigent de s'assurer ainsi pär son tra- vail une nourriture d'hiver sainé et abon— dante, pour Ini et sa famille, on admire une culture qui a ce résultat heureux, en même temps que celui d'encourager merveilleusement les habitudes laboricuses, c’est-à-dire, lés ha- bitudes morales, dans la classe des non-pro- priétaires(r): J'observe autour de moi ces salu taires effets, avec‘une satisfaction qui ne sau- roit être comprise que pat ceux qui ont été souvent déçus dans leùr desir de faire du bien à ceux qui les entourent. Donner de l'argent ou des subsistances aux indigens, c’est quelquefois leur tendre un piège, c’est en dormir leur activité, e’est avilir feur earac- tère, Matrer leur imprévoyance, et les ac— coutumér à une ressource qui ne saurait s9 ténouveler indéfiniment. Leur fournir du tras vail à là journée,‘ou à tâche, est sans doute un grand service à leur rendre; mais il faut (x) Le pauvre désœuvré est presque nécessairement vicieux. Donnez lui un stimu'ant au travail dans un intérêt de propriété il devient l'allié de tous les amis de l'ordre, CoNSOMM. DE LA LUZERNE EN VERT, ete.(455) des combinaisons bien justes pour qu'un pro- Priétaire, dont les moyens sont bornés, puisse Soutenir des avances plus fortes que celles qu’exige la. culture ordinaire: du pays. Dans la méthode que je conseille d’après une ex+ périence, de dix ans, le prbpriétaire n'avance Presque æien., ses terres sont défoncées; bien cultivées, et il a une.demi récolte qu'il: n'a chète que par les journées d'arrachement. En SUPposant que les riches propriétaires Pussent occuper: tous les indigens de leur paroisse Par des travaux À tâchre ct à Îla Journée, dans toutes les‘saisons, il. reste Contre cette manière d'employer les pau vres, les objections que j'ai indiquées Ci dessus. D'ailleurs quelle différence quant à l'effet moral! Le Manouvrier:qui‘travaille À la journée n'a aucun avenir assuré; il ge fait une habitude de l’im prévoyance 3 st Je prix des journéesest. Gevé» il boit un ipeu plus-le dimanthe, ou fait ce que les ouvriérs appel lent Le lundi, c'est-à-dire» qu'il s'énivré.deux jours de suite. Lorsqu'il travaille 4 tâche, 1 s’exténue:de Peine pour 8s8ner beaucoup; il reçoit son argent tout à=la-fois; il se croit; riche, il Le dépense P'omptement,‘et souvent en débauches, Enfin s'il travaille} 14 jouré née, c’est d’une manière machinale:, triste; découragée“avec le‘desir constant d’épargnés Nn 2 (456) AGRICULTURE. sa peine, c'est-à-dire ,; le vœu injuste d’être payé d'une journée qu'il ne gagne pas com: plétement. S'il travaille à tâche, son esprit est toujours tendu pour échapper aux obli= gations de son contract, en faisant médio- crement où mal, cé quil s’est engagé à bien faire. Tels sont les inconvéniens moraux nécessairement dépendans d’une relation dans laquelle les intérêts ne sont pas confondus. Tous les‘avantages contraires sont attachés au pacte de la culture à moitié fruits. La distribution de déux mille quintaux de pom- mes: de terre sorties! de mes champs, dans unejannée de cherté, de grains comme celle-ci, pour: la part seule: des entrepreneurs, c’est à-dire, de.soixante quintaux dans chacune desliirente cinq familles, n’est peut-être pas ici le" plus'grand bienfait de cette’ culture. Chaque chef dé famille:a travaillé avec un sentiment doux de: propriété: et d'espérance: Sa femme etes enfans, depuis les plus grands jus— qu'aux plus jeunes, l’ont; aidé.‘Il.a calculé d'avance sa part de la récolté; tranquille suc la: provision de sa famille, il a vu sans cf- froi l'hiver s'approcher; et le prix des blés séjever de mois, en mois. Il profite mainte= nant. de tous les beaux jours pour bécher le terrain qui lui promet la même sécurité con- gre Ja disette pour l’année. prochaine... Chacun peut faire le compte du profit que ConsoMM. DE LA LUZERNE EN VERT, etc.(45 7) me donnent cette année mes pommes de terre, Une somme de sept à huit mille francs en recelte, sur les deux tiers de laquelle il n'y a presque pas de frais à défalquer(1) ,-est assurément un beau résultat pécuniaire; mais le sentiment d’avoir prévenu ou soulagé la misère, d’avoir contribué à donner aux in- digens des habitudes de travail, d’ordre et de prévoyance, de les, avoir rendus plus heu- reux dans leurs travaux, d’avoir assuré la pre- wision d'hiver des femmes et des enfaus, d’ob- tenir les vœux et les bénédictions:de:ceux que J'emploic de cette manière, ce sentiment, dis+ je, est tout. autrement satisfaisant, et doux. C'est ici le dieu. de répeter une vérité que j'ai, indiquée quelquefois däns le, cours de cet ouvrage, et qui peut être mieux comprise à la suite.des faits dont je viens de.tracer le tas bleau, c’est que toute l'agriculture est!Cans l'art des assolemens.. Tant qu'eti ne considère les avantages et les inconvéniens de la culture d’une plante que d’une manière isolée ,. c'est à-dire, indépendante des années qui précèdent et qui suivent, on ne-sauroit en avoir qu'une idée partielle ou fausse. Les diverses produc- tions ne peuvent être appréciées que par leurs QG} Le: prix actuel( 10 décembre) des pommes de terre est de 4 L. 10 sols. le sac;‘et il est bien probable qu'elles seront plus chères au printems. Leur vente est très-facile, et je n’en ferai pas manger une seule aux besliaux, (458) AGRICULTURE. rapports avec celles qui les ont préparées et qui leur succéderont. Vanter, par exemple, les ressources des pommes de terre, sans expli4 quer qu'elle épuise le térrain, si les bestiaux ne les consomment pas sur le fonds qui les a produites,c’est induire en erreur des gens qui né manqueront pas d'en dire du mal,et d'en aban- donner ou d’en restréindré la culture, lorsqu'ils auront:vu que les blés qui leur succèdent sont chétifs, et de peu de rapport. Vanter le trèflé comme le grand améliorateur des terres, sans indiquer toutes les précautions qu'il faut prent dre pour assurer sa pleine réussite, c’est pré parer des mécomptes aa cultivateur qui le sé= ancra sur des terres sales ou maïgrès, et qui aura de mauvais blé après un trèfle misérable. Vanter la luzerne ou le sainfoin, sans indiquer la marche économique qui peut faire tirer de ces deux plantes le plus grand parti, en les faisant précéder et suivre de‘productions bien combinées, c’est laïsser ignorer à ceux qui cul- tiveront ces fourrages, une grande partie des avantages qu'ils réunissent. Enfin, chaque pro: duction ayant une valeur indirecte, médiäté, où rclative,plus importante encore au propriétaire, au fermier et à la communauté que la valeur im- médiate de cette même production, il faut appré- cier les deux genres de mérite pour asseoir des cal: culs avantageux.C’est vers la combinaison laplus profitable de la succession des récoltes que doit ConNsOMM. DE LA LUZERNE EN VERT, elc.(45 9) principalement se porter l’attention de l'agricul… teur.[] doit étudier avec soin les Prüivipes de là science, puis observer les ciréonstänées relati à ves à la nature de ses terres, à son climat, À ses débouchés, au genre de bestiaux qu'il lui est le plus avantageux de nourrir, au prix des journées et du travail de la charrue, à la dise tance des villes, au genre de population dont il est entouré: il doit observer la culture de ses voisins, profiter de leurs fautes, ne rien négliger énfin pour lier fortement toutes les parties de son Système de rotation, afin que le mouvement une fois donné, le succès amène le succès, que abondance d'une année garan- tisse l'abondance des années qui suivront, et que la terre augmente de valeur À mesure que Sa rente devient plus forte. Il est fäcile d’avoir de belles récoltes en fai Sant dé grands sacrifices. En donnant quatré labours de jachère et en achetant des fumiers, on peut obtenir des blés aussi beaux que ceux qui succèdent à un trèfle pleinement réussi; Mais c’est une agriculture ruineuse: c’est un semblant de succès que démentent et le compte de caisse, et le bilan annuel du fermier. Ce n'est que par l’ensemble de l’assolement de celui-ci qu’on peut juger son habileté, et au Burer ses profits avec quelque certitude, Je suis très-éloigné de vanter mon assole< ment d'une manière exclusive, et de le res F (460) A GRICULTURE. commander comme la rotation uniyerselle; mais là où le climat, le sol, et les circons- tances le comportent, il est, je crois, un des plus productifs de denrées, d'argent et d’en- grais que l’on puisse adopter. La quantité du produit brut est extrêmement considérable, eË c’est là principalement ce qui intéresse la com: munauté. Deux récoltes de pommes de terre, cinq récoltes de froment ou d'orge, trois cou: pes de trèfle, seize coupes de luxerne, deux demi coupes de trèfle et luzerne, et deux ré- coltes dérobées, forment une masse énorme de denrées qui sortent de la terre dans les douze ans(1). Le compte détaillé que j'ai donné prouve que la somme des dépenses ne s'élève pas au tiers du produit brut. Le bénéfice pécu- niaire pour l'agriculteur est déjà très-grand tel queje le présente: avec un peu d'industrie, il peut l’augmenter encore. S'il choisit son bétail avec soin, s’il fait manger ses fourrages à des trou« peaux de la race d'Espagne: si, au lieu de faire consommer ses pommes de terre. à des animaux (1) J'aurois pû faire remarquer que l'emploi de la lu gerne en vert, pour les chevaux, rend l’avoine inutile penr dant les six mois des plus forts travaux. Dans une bonne partie des départemens de la France. on consacre un tiers des terres arables, à l'avoine, pour nourrir des chevaux qui labourent pour faire croître de l’avoine. Un bon as- solement-réduit Le nombre des chevaux, et augmente cer qui des homméss CoNSOMM. DE LA LUZERNE EN VERT, etc.(461Y animaux qui lui rendroient peu, il[es em ploie à augmenter la masse de ses bêtes à laine et de ses toisons superfines; si, au lieu de fan ner toutes ses Îuzernes et ses trèfles, il em fait consommer en vert ce que comportent ses moyens de loger des animaux précieux; si, au lieu d’avoir des attelages de charrue qu meroient une partie de l’année, avec Ses Voisins pour des labours qui ne re Viennent que rarement(1), il augmente beau coup les bénéfices de son agriculture. J’ai die cACOré que mon assolement est un des plus productifs d'engrais que l’on puisse adopter: et cependant le tableau que je présente ne sup- pose la production de l'engrais que d’après les formules connues pour les bêtes à cornes. Les moutons sont des machines À fumier plug i chom< 1l s'arrange (1) On peut remarquer que 12 francs pour le labour d’une pose est un prix très-éleyvé, J? assolement en ayant égard à d'un attelage et des valets de ch et depuis plusieurs années, a terres arables, je n'ai point ai combiné mon la cherté de l'entretiers arrue, dané notre pays: vec cent vingt poses de de charrue À moi. J'ar rive jusqu'à la onzième année de avec un seul labour à dérobées peuvent se prép toujours le choix entre le Voisins, mon assolementg la charrue, car les récoltes arer par le scarificateur, J’aë s meilleures charrues de mes lorsqu'il s'agit de rompre les tréfles et les lu zernes. Si je reviens à avoir une charrue, elle sers meilleure que celle /du pays; elle sera conduite sans aide, et Peut-être traîhée par des vaches, Agriculture, Vol, 15, Ne. 12. Déc. 1816, pe EL (462) AGRICULTURE. avantageuses que le gros bétail. Il est facile de l’augmenter en quantité par un dépôt de terre renouvelé plusieurs fois l’année dans les bergeries. Le résultat final de cette grande pro duction d'engrais est l'amélioration graduelle du domaine, autrement dit, augmentation de la richesse foncière. Aïnsi, la communauté, le propriétaire et le sol, ou si l’on veut,lanation, le fermier et le propriétaire, trouvent égale= ment leur compte à cette combinaison. Tels doivent être les résultats de tout assolement bien calculé. L'art de l’agriculteur s’ennoblit, lorsqu'il se lie ainsi aux grands intérêts de Téconomie politique; lorsqu’au lieu de tourner sans cesse dans le cercle étroit des profits mes- quins, au lieu d’avoir pour encouragement le gain pécuniaire d’une seule année, isolé. de toute autre considération, il embrasse des combinaisons de bienfaisance, de richesse na- tiouale, d'amélioration croissante dans ia va leur des capitaux, et d'augmentation graduelle de population, puisqu'enfin la masse des sub- Sistances est toujours[a mesure certaine du nombre des hommes. Ce n’est que de cette manière que l'agriculteur peut s'associer, dans ses humbies travaux, aux vues les plus relevées de l’homme d’état, et seconder les vœux des amis de l'humanité pour l'amélioration du sort des indigens laborieux. Came meme) OL CENTER + _ ( 463) TABLE DES ARTICLES DU 15 VOLUME, de la Division, intitulée, AcRric ULTURE E SSAT sur la question: Quel est le meilleur asso- lement ete.»+ 4. L RAMIAIS EN 510 Pa 4 Analyse de quelques expériences faites à Genthod, près de Geénéve+.:: mit des Le le de OT Détails sur la Consommation de[a luzerne en vert, Ban GR Pictets 4 nu Pt imemusie» 49 Améliorations dans les propriétés du Duc de Buc- cleugh. Te ai. dre Vas ir en SN id io: à 14 62 Lettre à Mr. Ch. Pictet> Sur la culture du coton. 75 Mémoire du Dr. Part 400++++ GE Essai sur les terres incultes, par J. Bilingsley++ 102 Idem.( Deuxième EXT) Ne te E MR A 123 Idem.( Troisième LIT.) ea à a ot Si 199 Observations concernant la variété d’herbe pour le fourrage, noramé en Irlande Fiorin» par le Dr. W. Richardson LA A ME VE CO A EEE DA A at à 170 Sur la culture du chanvre, par Mr. Hutchinson.. 193 Mémoire sur la rouille des blés> par Mr, Thomäs Davis Me Hernmssheun HR RAT Le++« 197 Système d'agriculture; elc. Par sir John Sinclair+ 208 Conduite d’une grande ferme, etc. Par T. Grey++ 21 7 Exposé de diverses mesures de: la Société de Bath, relativement à une ferme d'expériences+«+ 233 Analyse chimique des terres, par C. Boyd.... 249 Idem.( Second ira re eee de ne+ 269 464 TABLE DES ARTICLES, Manière de fournir du lait aux pauvres, par Th. Das. e-.r.esss e« e+ Pas268 Sur la culture et l'emploi du maïs, par le Dr. Jean Dur*"ee nan sed. 100m Idem.( Second eætrait.)«..+ 30g Idem.( Troisième extrait.}+‘++.... 1.. 356 Idem.( Quatrième extrait.)+.+. à+ à.+395 Agriculture dans le midi de l'Irlande+++.«. 337. Agriculture de l'Ecosse améliorée| par William Tennant FO AAIS Ps Ra Sur l'enlévement des fleurs, par Charles Findlater. 415 Consommation de la luzerné en vert, et tableau d'un! assolement de douze ans, par Ch. Pictet+++ 42% Fin de la Table du x5°. Vol. de la partie, intitulée« AGRICULTURE