RAPPORT SUR L'INSTITUTION ROYALE AGRONOMIQUE DE GRIGNON, Lu à la Société d'Agriculture et des Arts de Seine-et-Oise, dans la Séance publique du 23 juillet 1826, Par M. POLONCEAU, MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ, Ingénieur en chef des ponts et chaussées du département, 1 bre ES à Secrétaire du Conseil d'administration de l'institution Agv Nnoitfit NE MESSIEURS, De tous les arts, l’agricnlture est assurément état dont les perfectionnemens peuvent le plus contribuer à la prospérité de la France et au bien-être de ses habi- tans, parce que c’est de lui que dépendent le bonheur de la majeure partie de sa population, la richesse de l’état, et la sécurité du gouvernement. En effet, l’abon- dance et la bonne qualité des produits de la culture aug- mentent les ressources de la société; elles assurent la subsistance du peuple à des prix modérés, ainsi que l’ai- sance du cultivateur; elles facilitent le paiement des fer- 1826. 2 INSTITUTION AGRONOMIQUE mages et des impôts; enfin, elles contribuent puissamment à la stabilité du crédit public, au maintien de l’ordre, à l'extension des relations commerciales dars l’intérieur et à l'étranger, et à la réduction du numéraire exporté. Ces résultats si importans dépendent de l’application judicieuse des bonnes méthodes éprouvées par l’expé- rience; mais cette application ne peut se généraliser que par l’exemple d’agriculteurs possédant à la fois une bonne instruction jointe à une assez grande expérience et à une fortune suffisante pour les premières avances; ils sonten bien petit nombre en France, et c’est à augmenter cette classe précieuse que doivent tendre les efforts de tous ceux qui désirent la prospérité de notre pays. Pour y parvenir, il faut répandre l'instruction et les goûts agronomiques;, en présentant aux diverses classes de la société la facilité d'acquérir à la fois les connais- sances et la pratique nécessaires pour concourir utile- ment aü succès des perfectionnemens les plus dési- rables. La culture ordinaire ne peut plus donner maintenant de bénéfices importans: beaucoup de cultivateurs, soit faute d’instruction, soit faute des fonds nécessaires pour les améliorations, absorbent sans fruit leur patrimoine et ruinent les terres qui leur sont confiées. â Pour obtenir des avantages réels, il faut établir la cul- ture des plantes sarclées, fabriquer sur place les princi- paux produits dù sol, afin d’en augmenter la valeur, ou faire des élèves de races précieuses; et ces divers perfec- tionnemens exigent tous une véritable instruction. Les propriétaires aisés, auxquels la lecture des bons ouvrages et un examen approfondi des domaines cultivés DE CRIGNON. 9 avec le plus de perfection, ont fait. connaître les meil- leures doctrines ct les pratiques les plus certaines, sem- bleraient être à même d’obtenir de bons résultats; mais ils rencontrent à leur tour de grands obstacles: manquant d'expérience et privés des connaissances positives qui les mettraient à portée de modifier les applications, en rai- son des différences locales, il leur.est souvent impossible d'établir la distinction à faire entre ce que les objections des praticiens peuvent avoir de fondé, et les vieilles er- reurs entretenues par les habitudes et les préjugés. De grandes difficultés proviennent aussi de l’impossi- bilité de trouver des agens secondaires qui s’astreignent à une pratique fidèle des innovations introduites dans l’agriculture perfectionnée. Enfin, rien n’est plus rare que la réunion de l’instruc- tion et de l’expérience, et cette réunion peut seule cons- tituer un bon agriculteur. L’instruction qu’exige une culture raisonnée est fort étendue, parce que les travaux agronomiques sont des applications continuelles de plusieurs sciences et d’un grand nombre d’arts. La nécessité de la réunion de ces connaissances, pour le succès des améliorations, n’est pas encore assez ap- préciée en France, parce que, pour la reconnaître, il faut déjà posséder un certain degré d’instruction et l’ex- périence des difficultés à vaincre: aussi voit-on les peuples qui sont les plus avancés en culture, poursuivre avec le plus d’ardeur les études des sciences et des arts qui s’y rapportent. Il estdigne de remarque que des hommes très- dis- tingués, qui par l'habitude de grandes combinaisons 4 INSTITUTION AGRONOMIQUE devraient être les premiers à reconnaître l’utilité de la science dans la pratique de tous les arts, s’élèvent contre les études théoriques pour l’agriculture, et qu’au con- traire un grand nombre de simples cultivateurs rnani- festent le plus vif désir de voir organiser cette instruc- tion. Cette opposition vient sans doute de ce que les pre- miers ne s’étant jamais livrés eux-mêmes à des applica- tions, n’ont point été à portée de reconnaître ce qu’elles exigent pour être bien faites; tandis que les seconds, éprouvant chaque jour combien de changemens sont com- mandés par les différences des lieux, des climats et des températures, sentent vivement la nécessité de lPins- traction théorique. En effet, elle seule peut diriger sû- rement les modifications à faire aux méthodes usuelles. Comment, sans géométrie et sans mécanique, diviser exactement des terres, régler des pentes, combiner les transports de la manière la plus avantageuse, juger les défauts et les perfectionnemens des instrumens aratoires? Comment, sans chimie, diriger les opérations dans lesquelles la fermentation joue un rôle important, telles que la formation des engrais, les distillations, et, en général, les fabrications immédiates des produits agri- coles? Pour améliorer les constructions rurales et les che- mins, rechercher, élever, diriger des eaux, ou se déli- vrer de celles qui nuisent, il faut une partie de l’ins- truction spéciale de l’architecte et de l'ingénieur. Des connaissances positives, en histoire naturelle, sont nécessaires à celui qui veut s'occuper avée succès de l’amélioration des races. = DE GRIGNON. 5 La physiologie végétale est indispensable pour éclairer la plupart des cultures, surtout celle des arbres. Enfin, pour bien gouverner un domaine, il faut con- naître la comptabilité, la tenue des livres et la législa- tion rurale. Il n’est cependant pas nécessaire qu’un bon agronome possède les théories complettes des sciences et des arts, dont la culture emprunte les secours; il suffit qu’il ac- quière, dans chaque science et dans chaque art, les con- naissances spéciales susceptibles d’applications directes à ses travaux et au meilleur emploi de ses produits. Pour créer et répandre cette instruction, et pour en prouver l'utilité par l’expérience, il faut une institution dans laquelle on puisse recevoir à la fois les lecons de la théorie et celles de l’application sur le terrain. La plupart des arts ont des écoles spéciales, et l’agri- culture, le premier, le plus utile de tous, ren possède pas encore dans la France, qui est un pays essentiellement agricole. Presque tous les états qui nous environnent possèdent des institutions agronomiques; il suffit de citer les noms de Thaër et de Fellemberg pour rappeler les premiers établissemens de ce genre, créés par ces deux excellens agronomes dans la Prusse et dans la Suisse: il en existe encore de semblables en Saxe, dansle Wurtemberg, dans les Pays-Bas, et même en Russie, et l'expérience à par- tout constaté leurs avantages. Dans la position actuelle de l'Europe, un état ne peut guère rester étranger aux progrès que les arts font chez ses voisins, sans de graves inconvéniens; cependant on ne peut citer encore en France que la ferme-modèle de 6 INSTITUTION AGRONOMIQUE Roville: elle est dirigée par le célèbre Mathieu de Dom- basle, qui a déjà rendu de si grands services à l’agricul- ture par ses excellens ouvrages, et surtout par son exemple; mais son établissement ne renferme pas d’é- coles, et n’a d'utilité directe que pour les contrées qui l’avoisinent. Tous les hommes éclairés sentent combien il serait utile de multiplier des établissemens de ce genre; mais il est assurément bien peu de personnes qui présentent la réunion des connaissances. théoriques et pratiques, et les qualités nécessaires, pour diriger à la fois les travaux des champs et l’enseignement des connaissances variées qu’ils exigent, Il fallait donc songer d’abord à établir une institution centrale propre à former des hommes assez éclairés et assez instruits dans les diverses branches de la culture et dans les fabrications immédiates de leurs produits, pour porter dans les départemens l'exemple et l’enseignement des bonnes méthodes agronomiques. Il est évident que pour atteindre ce but, il faut que l'établissement normal soit placé au milieu de la France et à proximité de la ca- pitale, afin de profiter des secours d'instruction en tout genre qu’elle renferme, et de pouvoir être visité faci- lement par les propriétaires éclairés qui l’habitent, ou qui s’y rendent de tous les points du royaume. C’est dans ces vues, Messieurs, que je m'étais occupé depuis long-temps de ce projet, et que je l’ai müûri de concert avec un homme très-instruit dans la théorie et dans la pratique de l’agriculture.. Nous avons proposé de former cet établissement sur le domaine de Grignon, qui nous a paru réunir les con- DE GRIGNON. 7 ditions les plus importantes pour le succès de l’entre- prise; cette propriété, située à 4 lieues à l’ouest de Versailles, au-delà de Villepreux, se compose de 1100 arpens, dont 700 sont clos de rs; elle renferme de vastes bâtimens propres aux écoles, deux fermes, des terrains dont la pente, la nature et les expositions sont bien variées, et des eaux abondantes avec de belles chutes. L'accomplissement de ce projet présentait, malgré son utilité incontestable, de grandes difficultés, et ne pou- vait êlre assuré que par l'approbation et la protection du Roi; pour l’en rendre plus digne, nous avons réclamé, ayant de le présenter, les conseils et l’appui d’une réu- nion d'hommes animés d’un véritable zèle. pour la pros- périté de notre pays, et distingués par leur mérite per- sonnel et par leurs lumières, autant que par leur rang social. Un projet de société pour la création d’une institution centrale agronomique, au moyen de 500 actions de 1,200 fr. chacune, a été préparé dans cette réunion; et, appuyé de l’honorable recommandation de ses membres, il a été communiqué à son Excellence Monseigneur le duc de Doudeauville, avec prière de le mettre sous les yeux du Roi. Ce ministre éclairé, animé du zèle le plus vrai pour la gloire du Souverain et pour l’honneur de la France, a accueilli ce projet avec la plus grande faveur, et s’est empressé de le présenter à Sa Majesté, en solli- citant son auguste protection. Le Roi, persuadé que l’agriculture est le premier et le plus sûr élément de la prospérité des peuples, et vou- lant tout ce qui peut contribuer au bonheur et à la gloire 8 INSTITUTION AGRONOMIQUE de la France, à accueilli très-favorablement cette de- mande, et a ordonné que la propriété de Grignon fût achetée, en son nom, pour être attachée à son domaine et consacrée à l'institution centrale agronomique par une concession de 40 années. De plus, Sa Majesté voulant manifester hautement l'intérêt qu’elle prend au succès d’une institution destinée à répandre l'instruction et l’aisance dans la classe agri- cole, a daigné se placer à la tête de la société, en s’ins- crivant pour 400 actions; mais en même temps, dési- rant assurer le succès de l’entreprise, elle a, par un acte de munificence vraiment royale, abandonné le produit entier de ses actions à l’établissement, en faveur des avan- tages publics qu’il doit produire. L'association s'étant formée immédiatement sous ces honorables auspices, Son Altesse Royale Monseigneur le Dauphin a bien voulu assurer également sa protection à cette institution nationate, ét s'inscrire sur la listé des souscripteurs; leurs Altesses Royales Madame la Dau- phine', et Madame, Duchesse de Berry, ont aussi daigné s'inscrire sur cette liste. La première moitié du fonds social de 600,000 fr. est consacrée aux améliorations de la culture du domaine et à des créations d’usines; la déuxième à l’instruction théo- rique. Les 250 actions émises d’abord, ayant été sous- crites en très-peu de jours, une assemblée générale des actionnaires souscripteurs a été formée, et a nommé le conseil d'administration; il est composé de dix mem- bres. Ce conseil a choisi dans son sein un président titu- laire, un secrétaire et un trésorier; Son Excellence Île ministre de la maison du Roi en est le président hono- raire. DE GRIGNON. 9 Ce conseil est chargé de l’administration générale de l’insütution; il choisit le directeur, et soumet ce choix à l'agrément du Roi; il nomme aussi l’économe et les pro- fesseurs sur la présentation du directeur. Le conseil a confié les fonctions de Directeur à M. Bella, ancien officier très-distingué, qui avait coopéré à la ré- daction du projet, et dans lequel il a reconnu la réunion peu commune des qualités, de l’expérience et du zèle nécessaires pour bien remplir une charge si difficile et si importante. Cette nomination assure le succès de l’en- treprise, qui dépend essentiellement de la capacité et du caractère du chef de l'établissement. Le Roi a agréé et confirmé cette nomination. La société n’entrant en jouissance de la ferme de Gri- gnon qu’au mois d’octobre prochain, le conseil d’admi- nistration à autorisé M. Bella à faire immédiatement uu voyage pour visiter les établissemens agronomiques qui existent dans les états voisins de la France, et particu- lièrement l'institution de Môglin, fondée, il y à environ 10 ans, par Sa Majesté le roi de Prusse, et dirigée par le premier agronome de l’Europe, le célèbre Thaër, près duquel M. Bella à eu l’avantage de recevoir les premières instructions agronomiques pendant deux ans de séjour dans le Hanovre en 1802 et 1803. Ce voyage doit procurer des avantages réels à l’insti- tution française par les observations précieuses que son directeur recucillera sur la culture, sur les écoles, sur les meilleurs instrumens, sur les animaux de races pré- cieuses; et surtout sur les divers modes d'administration suivis dans les institutions agronomiques. Marchant ainsi éclairés par la connaissance et par l'expérience de ce qui 10 INSTITUTION AGRONOMIQUE a été fait de mieux dans ce genre, nous serons moins exposés aux mécomptes et aux: rectifications qu'il est si difficile d'éviter dans les établissemens nouveaux. L'institution projetée sera composée d’une ferme-mo- dèle, quise développera successivement, et qui est des- tinée à présenter, lorsqu’elle sera complète; les disposi- tions les plus avantageuses à l’ordre et à l’économie, et l'application des meilleures méthodes de culture; on y établira ensuite des usines destinées aux fabrications im- médiates de ses produits, telles que les distillations, l’ex- traction des huiles, les moutures, etc.; pour l’instruc- tion des élèves, on adaptera à ces usines des moteurs variés, tels que l’eau, la vapeur et le vent. On placera dans cette ferme des animaux des meilleures races; ils y seront élevés, nourris et soignés de la ma- nière la plus convenable à l’accroissement de leur utilité. Les engrais seront l’objet de soins particuliers. Un vaste jardin et des pépinières présenteront les bons exemples de l’horticulture; l'établissement contiendra aussi des ateliers pour la fabrication des instrumens et des équipages de culture perfectionnés. On constatera chaque jour le ré- sultat des travaux par une comptabilité régulière, propre à prévenir tout mécompte et à présenter constamment en parallèle les causes et leurs effets; enfin, tout ysera con- duit avec l’esprit d'ordre et d'économie qui doit présider à toute opération de culture, et qui seul peut en assurer le succès. Lorsque les améliorations agriculturales commenceront à se développer, et qu’il y aura un nombre suffisant de demandes pour l’admission des jeunes gens, on organi- sera successivement les écoles. La première sera un col- lége dans lequel on recevra des élèves âgés de 15 ans au moins, qui voudront acquérir les connaissances néces- DE GRIGNON. 11 saires pour cultiver eux-mêmes, ou pour gouverner ct diriger de grandes exploitations rurales; ils suivront des cours théoriques, et en feront des applications immé- diates et journalières sur le terrain et dans les ateliers; ils seront exercés à manier eux-mêmes les instrumens, et on les chargera tour-à-tour de la conduite des travaux de toute nature(1). Les cours théoriques dureront deux années; ils com- prendront, en études de sciences: 1° Les mathématiques élémentaires et leurs applica- tions à la mécanique, à l’hydraulique, au levé des plans, aux nivellemens, etc.; 2° La physique et la chimie élémentaires, avec leurs procédés et leurs méthodes, pour reconnaître la nature des terres, des eaux et des substances végétales, et la meilleure composition des engrais; pour diriger les fer- mentations et distillations, et pour employer économi- quement la chaleur; 3° La botanique élémentaire et la physiologie végétale, avec leurs applications à la culture, et l’étude des insectes utiles ou nuisibles; 4" La minéralogie et la géologie élémentaires appli- quées aux exploitations, aux sondages et aux recherches des eaux souterraines, etc.; 5° L’hygiène; 6° La législation rurale; 7° La comptabilité en parties doubles. (1) Le prix de la pension des élèves sera déterminé par le con-' seil d'administration; l'instruction et la nourriture seront uni- formes pour tous les élèves du collége; ceux qui désireront des chambres séparées, ou des avantages particuliers, paieront des supplémens qui seront fixés pour ces divers objets. INSTITUTION AGRONOMIQUE On donnera en outre aux élèves des lecons théori- ques et pratiques sur les arts suivans: 1° La théorie générale de la culture et les différens ser- vices des fermes; 2° L'architecture rurale, comprenant les fabrications des chaux, cimens et mortiers, les constructions rurales dans des systèmes d'économie et de perfectionnement, les établissemens des chemins et aquéducs, la conduite et la conservation des eaux; 9° La topographie et le nivellement; 4° Le dessin des bâtimens et des plans; 5° L'art forestier; 6° L’horticulture; 7° L’art vétérinaire; 8° L'économie domestique. Pour être admis dans les collèges, il faudra, outre la garantie d’une bonne moralité, faire preuve d’une ins truction élémentaire suffisante pour pouvoir suivre les cours avec fruit. Un programme sera publié lorsque le conseil d'administration aura déterminé l’ouverture des collèges. Bien que l’on ne puisse organiser immédiatement l’ins- truction théorique, on pourra admettre dès l’origine quelques élèves qui désireraient, en attendant le déve- loppement de l'institution, suivre les premiers travaux d'amélioration à exécuter sur le domaine, et qui seront fort instructifs; ces élèves auront, dès l’ouverture des cours, l’avantage de connaissances acquises dans la pra- tique, et seront très-utiles pour guider les nouveaux élèves dans les applications sur le terrain. On pourra commencer les cours de géométrie, de chimie et d’horticulture, dès qu'il y aura un nombre d'élèves suffisant; les autres cours s’établiront succes- DE GRIGNOX. 13 sivement à mesure de l’augmentation des inscriptions. La deuxième école, sera celle des élèves destinés aux emplois immédiats de la culture; elle se composera d’en- fans sans fortune et d’orphelins, âgés de huit aus au moins, et de douze ans au plus. Ils recevront l'instruction religieuse et primaire; con- duits par des chefs de travail éprouvés, ils seront em- ployés aux travaux de la culture des fermes et des jardins et à la conduite des troupeaux ,. de manière à en former, suivant leurs goûts et leur aptitude, des laboureurs, des valets de ferme expérimentés, des jardiniers instruits ou de bons bergers. Une partie de ces élèves sera reçue gra- tuitement; les autres paieront une pension modique, qui sera déterminée par le conseil d'administration; tous re- cevront, à leur sortie de l’école, une gratification pro- portionnée à l’utilité de leurs travaux. L'institution royale agronomique de Grignon remplira, pour l’agriculture et pour les arts industriels qui s’y rat- tachent, un but semblable à celui que la célèbre école polytechnique et les écoles d’application, qui en dérivent, ont atteini avec tant de succès pour les diverses carrières des services publics; elle présentera à la jeunesse qui s’élève, avide d'instruction, des études attrayantes par leur variété, et dont l'utilité leur sera démontrée chaque jour sur le terrain. Les élèves y passeront, loin de la corruption des villes, dans une vie active et partagée entre l’étude et les tra- vaux intérieurs, l’époque dangereuse du premier déve- loppement des passions. Élevés dans les meilleurs principes de religion ettde morale, ces jeunes gens prendront à Grignon le goût de la campagne, si favorable aux mœurs, et celui des oc- cupations paisibles de la vie agricole, qui, remplissant 14 INSTITUTION AGRONOMIQUE DE GRIGNON. l’âme d’impressions douces et généreuses, sont le meilleur| préservatif contre l’effervescence et l'esprit d'inquiétude, si funestes à la jeunesse: puis, sortant munis d’une ins- truction étendue, positive et applicable en tous lieux, ils deviendront des citoyens vraiment utiles à leur pays; estimés et recherchés partout, ils seront également pro- pres, soit à gouverner sagement leurs domaines, soit à diriger, avec de véritables bénéfices, de grandes exploi- tations rurales ou des défrichemens de terrains incultes, soit à conduire des ateliers pour des fabrications indus- trielles, soit enfin à professer eux-mêmes dans les fermes- modèles des départemens. Répandue dans la société, cette jeunesse, étrangère aux intrigues et aux irritations sociales, se fera remarquer par la simplicité des goûts et par la noblesse de caractère,. apanage ordinaire de l’homme instruit et de bonnes mœurs, qui se livre aux occupations de la campagne; on la verra, pénétrée de reconnaissance pour le Souverain et pour l’association philantropique auxquels elle devra le bienfait de cette éducation, s’acquitter d’unedette sidouce, en élevant dans l'opinion l'institution qui laura formée, et honorer l’agriculture par la sagesse de sa conduite et par le mérite de ses travaux. VERSAILLES, IMPRIMERIE DAUMONT,; avenue de Saint-Cloud, n° 5. Seeee 8 — 7& 3 OLR eHeAdaed 4 4