MÉMOIRE L'ÉDUCATION DES MÉRINOS. (BL BLI ES D.EG\GLI(I JEN\{l ne\l AE\\! DES 1 ADP QUES| ZU NMOECLIN ns— SAÉRNEL LUE 0 PAR ER er [MPRIMERIE DE MADAME HUZARD (NÉE VALLAT LA CHAPELLE D = 77 c MÉMOIRE SUR L'ÉDUCATION DES MÉRINOS, COMPARÉE A CELLE DES AUTRES RACES DE BÊTES A LAINE, DANS LES DIVERSES SITUATIONS PASTORALES ET AGRICOLES; Par M. DE GASPARIN, De la Société royale et centrale d’ Agriculture. (Ovis).. Eligendum est ad naturam loci:.… Pinguis et campestris situs proceras oves tolérat; gracilis et collinus quadratas; \ sylvestris et montosus exiguas. Pratis à planisque novalibus tectum pecus com- BEN X modissimè pascitur. NS Cozum., lib. VII, cap. 11. A DBALES ZU MOEGLIN A PARIS, CHEZ MADAME HUZARD, LIBRAIRE, RUE DE L'ÉPERON» N°+ 7e AARAAAAPAAPANIS 1823. ancau SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. AY Au SÉANCE GÉNÉRALE DU 30 OCTOBRE 1822. ja EXTRAIT D'un Rapport fait par M. SiLvesTre sur le Prix proposé pour un Mémoire sur l'élève des Ï moutons de race pure d'Espagne, et sur le croisement des races indigènes. La Société d’Encouragement, conformé- ment au désir de M. Terzaux, avait pro- posé au concours une médaille de trois cents francs, dont il avait lui-même fait les fonds, pour l’auteur du mémoire qui établirait d’une manière convenable (vw) quelle est la position dans laquelle doit se trouver un cultivateur pour qu’il soit de son intérêt d'entretenir des troupeaux de race pure d'Espagne, ou d'améliorer des races indigènes par le croisement avec des béliers superfins de mure origine. Le pro- gramme de ce prix indiquait les princi- pales conditions qui devaient fixer l’atten- tion des concurrens, et il était naturel d'attendre que les auteurs; après avoir rendu un compte en détail des résultats de leur propre pratique; indiqueraient les modifications qu’il conviendrait d’adop- ter sur d’autres sols et dans d’autres cli- mats, et enfin qu’ils chercheraient à faire un Manuel qui püt éclairer tous les pro- priétaires français sur ce qu'ils avaient à faire et sur ce qu’ils pouvaient; avec un bénéfice certain; entreprendre en ce genre. Ÿ) Ci) Sept mémoires envoyés à ce sujet ont été classés par numéros, suivant l’ordre de leur arrivée au secrétariat; ils portent chacun une devise et un billet cacheté, qui est indiqué comme devant contenir le | nom de l’auteur du mémoire; les numé- ros 1 et 5 sont signés. Le Comité d’agriculture a examiné ces | diverses pièces avec attention, et a lu la( plupart d’entre elles avec intérèt. Les nu-| méros 2 et 3 sur-tout lui ont paru dignes 1l d’éloges; ils contiennent d’importantes observations sur l’élève des mérinos, des calculs sur les recettes et dépenses, et an- noncent des connaissances variées et ap- profondies sur ce sujet. Votre Conseil d’ad- ministration vous propose d'accorder une médaille d'argent à chacun des concur- Re rens, M. de Gasparin, propriétaire à Orange, département de Vaucluse, au- ( vu) teur du mémoire N°. 2, et M. Perrault de Jotemps, ancien officier de marine, propriétaire à Gex, département de PAïn, auteur du mémoire N°. 5. Adopté en séance générale, le 30 octobre 1822. [l Signé SILVESTRE, rapporteur. AAA AAA EUR MÉMOIRE SUR L'ÉDUCATION DES MÉRINOS, COMPARÉE A CELLE DES AUTRES RACES DE BÊTES A LAINE, DANS LES DIVERSES SITUATIONS PASTORALES ET AGRICOLES. L'uisrorne d’une découverte importante offre presque toujours trois périodes pu or: on la propage avec engouement, on n’en voit que les avantages, et on se les exagère; bientôt on s’aperçoït qu ilya beaucoup à rabattre des es- pérances que l’on avait conçues; on se livré au découragement et l’on abandonne avec irré- flexion ce que l’on avait entrepris avec légèreté; enfin les yeux se dessillent à mesure que le con- cert des prôneurs et des détracteurs cesse de se faire entendre; on juge avec maturité ce que lon avait condamné injustement; on rapproche les données que l’on a obtenues et qui manquaient I (2) \ PA’>-- à la première époque, avec le. sang-froïd qui manquait à la seconde; et la découverte s'établit sur des bases fixes, qui sont celles de la raison et de l’expérience. Aucune de ces vicissitudes n’a manqué aux mérinos; mais aujourd'hui que, grâce à nos épreuves, nous sommes parvenus à la troisième de ces époques, il était digne du citoyen, hono- rable auteur de ce concours, de provoquer les re- cherches des hommes instruits et de les-engager À rassembler en un faisceau les données de leur expérience et de celle de leurs contemporains. Pour seconder ses vues patriotiques, nous croyons qu'il faut examiner en détail, 1°. l’état de l’é- ducation des moutons de race commune en France, les diverses positions agricoles où ils se trouvent et les avantages que l’on en retire; 2°, les produits des mérinos en particulier et les frais qu'ils exigent; 3°, les effets de la substi- tution des mérinos ou des croisemens de mérinos aux races ordinaires dans chacune des circons- tances où elles sont placées. Nous pensons qu’en embrassant dans tous leurs détails les trois divi- sions que nous Yenons d'indiquer, nous trouve- vons sur notre chemin toutes les questions exigées par le programme et que nous devons nous effor- \! cer à résoudre. PE—— (3) PREMIÈRE PARTIE. ÉTAT DÉ L'ÉDUCATION DES MOUTONS DE RACE COMMUNE EN FRANCE. Pour juger les différentes situations dans les- quelles se trouvent les moutons en France, il faut examiner leur position géographique, leur état d'agglomération ou de dissémination sur la sur- face de notre sol, puis de-là nous passerons à examiner leur position agricole dans chacune des régions géographiques qu’ils habitent, CHAPITRE PREMIER. Position géographique dés moutons en France. Tous les départemens de la France possèdent des bêtes à laine, mais, dans les uns, elles ne sont considérées que comme un faible accessoire; tandis que dans d’autres elles-sont la base des spéculations rurales et le. principal des animaux de vente que l’on trouve dans les fermes. Enfin on les trouve associées aux bêtes à cornes et par- tageant avec elles les soins des cultivateurs. Il est presque superflu de les considérer dans leur po- sition subordonnée, où elles sont l’objet du rebut de l'habitant; mais il est intéressant de les exa- 1.. (4) miner là où elles attirent son attention, et de chercher à analyser les causes qui leur donnent l'exclusion dans certains lieux, et qui ailleurs permettent de les associer à d’autres genres de spéculations. Les bêtes à laine sont l’objet presque exclusif des soins des cultivateurs dans la région méditer- ranéenne qui s’étend de la Garonne aux Alpes; et de la Méditerranée à l'Isère, aux monts Coiron dans l'Ardèche, à la Lozère et au Cantal. On leur donne la mêmie importance dans le département du Cher, qui est le centre d’un nouvel arrondissement de moutons, qui s’étend sur les deux rives de la Loire, sur les départemens du Cher, de l’Indre, du Lorret, d'Eure-et-Loire, de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne; mais cette prédominance des moutons s’affaiblit dans les derniers de ces départemens; et les vaches finissent par s’y montrer en nombre proportionné à celui des moutons. Au-delà de la Seine, un nouveau genre d’ex- ploitation où les vaches dépassent la proportion des moutons sans leur faire perdre toute leur im- portance; s'étend sur les départemens de Seine- et-Marne, Seine-et-Oise, Oise, Aisne, Pas-de- Calais et Nord, et se lie à la région précédente: de sorte que l’on pourrait dire que la France F4) n'aurait que deux régions de bêtes à laïne, l’une au midi et l’autre au nord, si, par l’espèce de leurs moutons et le genre de spéculation pour le- quel on les élève, la région de la Loire ne diffe- rait pas entièrement de celle du nord. Quoi qu’il en soit, la réunion de ces masses a déterminé Pétablissement de manufactures de draperies dans chacune de ces régions, où elles sont placées d’une manière symétrique au levant et au cou- chant de leur région respective, Carcassonne ct Vienne faisant les deux ailes de la région médi- terranéenne, Louvier et Sédan celles de la région du nord. Pour nous faire une juste idée des. motifs de cette position géographique des moutons, il faut d'abord convenir d’un fait, c’est que par-tout où les pâturages suffisent pour la nourriture des bêtes à cornes, elles sont admises comme partie principale du cheptel, et les moutons sont exclus ou n’occupent qu’une place secondaire. Ainsi en Angleterre, les clôtures, ayant amélioré les pâ- turages, ont chassé les moutons de toutes les par- ties du territoire où elles ont été introduites(x): de même en France, par-tout où la température (1) Bibliothèque britannique, Agric. ,t. XVI, p. 40 et 156. (6) de l'atmosphère et la nature du sol procurent des herbages assez abondans pour nourrir dés bêtes à cornes, où s’est livré à leur éducation et l’on n’a admis les moutons qu’en deuxième ou troisième ligne. Ce fait ne peut tenir qu’à une de ces deux causes: ou les pays dont les moutons sont exclus ont quelque chose de contraire à leur prospérité et à leur existence, ou bien, en thèse générale, le produit net des moutons est inférieur à celui des bêtes à cornes: or, l’une et l’autre de ces pro- positions est vraie relativement aux diverses lo- calités. ILest certain, d’abord, que les moutons à laine courte craignent beaucoup la pourriture ou ca- chexie, dans tous les lieux où les herbes sont très-aqueuses et abondantes et qu'ainsi ces mou- tonssontexclus par celamême d’une grande partie dela France, dontils n’occupentque la région mé- ditérranéenne et la région à moutons de la Loire: Cette dernière, consistant en terrains calcaires _ arides du Cher et en sables marins entre Loire et Séine, ne fournit qu'uneherbe peu succulente, dont les moutons n’ont à craindre que la rareté; mais hors de ces régions, au nord de la Marne et de la Seine, par exemple, on n’élève que la race à laine longue, qui craint beaucoup moins la ca- }-— (94 chexie, mais qui demande déjà üñe nourriture plus abondante. Mais il est des pays où lFherbe est à-la-fois saine et abondante; et on ne conçoit pas que les moutons n’y fissent quelquefois concurrence aux bêtes à cornes, si leur produit était aussi avanta- geux que le leur. Sans entrer dans des détails qui pourraient être contestés, nous pouvons préjuger qu'une solution aussi générale de la question; prouve suffisamment que partout où les bêtes à cornes peuvent être entretentiès avec assez at bondance, éllés donnent un produit supérieur à éelui des bêtes à laine, et en effet elles n’y sont admises qù’à la suite du gros bétail, pour achever les herbages que celui-ci ne coupe pas assez ras. C’est âinsi que dans d’autres pays les chevaux sont regardés comme ur utile supplément d’un troupeau de bœufs. C’est en effet l'élève dw cheval qui Au presque complétement les moutons de la Bre- tagne, de la Nomüandie, de l’Anjou, du Maine, et celui des mulets du Poïtôu; maïs par-tout où l’engrai des bœufs, où la nourriture des vaches, n’a pas lieu constamment au pâturage, ce n’est pas lé cheval, maïs le inouton qu’on as$ocie aux bêtes à cornes; ce sont eux qui servent à Conisom- mer les herbages peu élevés, les chaumes ét les (8) débris de la nourriture sèche des bœufs, genre d’alimens que les chevaux ne consommeraient A? e pas avec le même avantage, C’est ce dernier cas qui a lieu dans la région des moutons au nord de la Seine. © CHAPITRE II. Position agricole des moutons. Les ressources que l’agriculture de ces diffé- rens pays offrent aux moutons sont aussi variées que les sols et les climats, mais elles peuvent se réduire à quelques circonstances générales; < 10. les moutons passent toute l’année dans un pâturage qui, à toutes les époques, leur offre une nourriture suffisante; 2°. ou bien le pâturage n’est suffisant que pendant une partie de l’année seulement. Dans ce dernier cas, ou bien, 1°. les moutons sont'traités en troupeau permanent et sans:sup- plément de nourriture; ou bien, 2°. on n’entre- üent qu’un troupeau temporaire dans la saison où les pâturages sont suffisans à son entretien; ou bien 3°. on fait transhumer le troupeau dans la partie.de l’année où le paturage est insuffi-| sant; ou bien 4°. enfin, on nourrit, dans cette| | saison de disette, le troupeau avec des fourrages (9) supplémentaires que l’on a cultivés et tenus en ré- serve pour lui. En examinant ces différentes circonstances pas- torales, qu’il me soit permis de sortir des géné- ralités, d'adopter, pour représenter chaque cas, les faits de mon expérience,‘et les résultats que ma posilion de propriétaire dans plusieurs dé- partemens me permet de décrire d’après des données réelles. Il sera toujours facile d’ajouter à ce tableau de nouveaux points de vue; eh! qui pourrait les épuiser tous? maïs au moins je me renfermerai ainsi dans des faïts positifs, et ils seront assez variés pour pouvoir ètre applicables à uñ grand nombre d’autres situations. Anricre 1er.— Pédturage suffisant toute l’année. Quand un terrain est assez fertile et assez frais pour donner toute l’année un pâturage abondant, il est bien à craindre que les moutons n’y soient sujets à la pourriture: aussi élève-t-on rarement des troupeaux permanens de brebis, et se borne- t-on, Si l’herbe vient suffisamment haute et épaisse pour suffire à l’engrai des bœufs, à avoir un troupeau de moutons, qui achèvent de raser les herbages. Dans d’autres cas, comme aux en- à: k virons d'Arras, on associe les moutons aux vaches Re 8 RE PS STE PP (10) nourries à l’établé(1).« On les renouvelle tous » les ans et on les vend séparément én deux ou » trois lots, à mesure qu'ils sont engraissés; le » marchand qui les achète dans cet état pour les » mener aux marchés de Lille ou de Poissy; èm » amèneun plus grand nombre demaigrès, parmi » lesquels le cultivateur en choisit autant qu’il en »’a livré, ét il reçoit quatre, cinq ou six francs » pour chacune». Ces moutons sont de race flandrine, ne sont élevés que pour leur suif, parquent une parte de l’année et consomment les chaumes qui: après les mioissons; sont rèm- plis de trainasse(polygonum aviculare) ei de spergule, qui engraissent très-pomplement le bé- tail; le reste de l’année, ils se nourrissent de re- pousses de fourrages, d’hérbes adventices; etc. Dans ce pays, on entretient environ un mouton par hectare: et-une vache. sur cinq moutons: Dans: les pays du midi, nous ne connaissons rien de pa- reil en grand les cas semblables se féduisent à des coins privilégiés, où effectivernent la forcedela végétation est assez grande pour offrir, toute l’an- uce, un pâturage abondant à quelques moutons- Ces cas sont trop rares pour pouvoir être d’um grand poids dans. notre thèse générale. ().Nowelles Annales d'agric.; t. NIV, p. 37 et suiv: ( 15) Anrice 2.— Pâturage insuffisant une partie de l’année; troupeau permanentsans supplément de nourriture. » Parmi les faits de cette espèce que je connais, je croïsfpouvoir en choisir deux: je ne m’appe- santiraï pas sur le premier, qui west pas tiré de ma pratique, mais de la Relation dé la maladié rouge de Sologne par Flandrin(x). Cet auteur ne nous donne pas les résultats éconamiques de l’é- ducation des bêtes à laine dans ce paÿs 3 mais je crois pouvoir affirmer que les animaux traités avec une alternative d’abondance et de disette ne rapportent aucune rente el ne, sont admis que faute d'autre moyen de se procurer des engrais. C’est au reste ce: que démontrera clairement le second exemple, auquel je puis donner des déve- loppemens que me fournit expérience. En Sologne, les moutons sont conduits, en hiver et au printemps, sur des plaines immen- ses couvertes de bruyère ou dé fougère, où Le sol est des plus arides. Le mouton peut à peine y saisir quelques herbes, et si, dévoré par la faim, il se jette sur la bruyère, cette nourriture parait lui être très-nuisible, et conduit l’animal au dépé- 2 o Fr (1) Znstr. vélér,, 1702-1790, pe 929. or om©+ NÉ sa© # ee Re ne Cas rissement. Ainsi, nourri d'herbes malfaisantes, le mouton devient sujet à ce terrible mal de sang, qui détruit des troupeaux entiers dans cette fatale saison, où l’instinct de l’animal est dompté par sa faim, Enfin.vient la moisson et, conduits sur des champs abondans en herbes, les moutons re- prennent en peu temps de l’embonpoint et se re- mettent de l’état:de maladie auquel les avait ré- duits une nourriture malfaisante. Je prends mon second exemple à Carpentras, département de Vaucluse, situé dans la région mé- diterranée. Son sol est formé d’une couche de terre calcaire graveleuse, sous laquelle, et à peu de profondeur, se trouve une couche d'argile fort épañsse, ou de grès molasse imperméable; il est cultivé en seigle, oliviers’, müriers et vignes. Quand la couche inférieure est un peu éloignée de la surface, le sainfoin vient très-biem; mais ces terrains privilégiés sont rares. Dès que le mois de mars ramène des Jours un peu plus chauds pour nos climats, le terri- toire reverdit et donne quelque pâture aux mou- tons. Vers la fin de mai, la sécheresse des- séchant le sol et arrêtant la végétation, les terres fermes et les jachères se trouvant toutes travail- lées, les troupeaux souffrent beaucoup jusqu’à ( 15 la fin de juin, que les moissons achevées per- mettent enfin aux bergers de les faire entrer sur les chaumes; mais alors, ils sont sujets à la maladie rouge, qui est sans doute causée par la mauvaise nature des herbes qui croissent parmi les blés. La première pluie de septembre re- verdit un peu le terrain, puis les vendanges, en ouvrant aux troupeaux le parcours des vi- gnobles, les mettent dans l’abondance en leur procurant une nourriture saine: c’est le mo- ment où les troupeaux acquièrent le plus d’em- bonpoint et jouissent de la meilleure santé. Cet état dure jusqu'aux premières gelées; quelque- fois la beauté du climat procure aux troupeaux un bon pâturage pendant tout l’hiver; rarement dés froids extraordinaires, ou des pluies prolon- gées; obligent de leur donner un peu de paille au ratelier. Tel est l’état pastoral de ce pays. Sur de tels sols il a fallu d’abord se créer, par la continuité de la misère, une race qui s’adap- tât à ces dures conditions et qui n’exiget que le minimum de nourriture pour sa subsistance: on est parvenu à avoir des brebis qui pèsent vingi- sept kilogrammes, qui portent des toisons d’un kilogramme èt demi environ. Dans la même po- sition de gêne, Thaër(1477) nous cite des bêtes des Landes qui ont un kilogramme de laine et (9.75 quinze kilogrammes de chair nétte; ce qui revient au même poids que les nôtres pour Vanimal vif. Cependant cette race‘est encore bien forte en comparaison de celle de Suisse, qui ne pèse que dix-huit kilogrammes en moyenne eme J'ai essayé d'importer des animaux plus forts dans cette position, ils y sont tombés dans le ma- rasme; des mérinos n’ont pu y vivre plus d’un an; leur laine tombait par flocons, et ils étaient dans un état de dépérissement si prononcé que je me hâtai de les transporter ailleurs. La race qui s’est formée sur ces côteaux est pe- tite, a la laine irès-fine, ést, pour ainsi dire, infatigable, trouve sa vie dans des terrains presque nus et donne ainsi le moyen d'utiliser ces vastes étendues où l’œil peut à peine distinguer une herbe. La nature s’est pliée aux conditions qu’on lui avait assignées: elle a modifié le mouton, elle a créé. le type qui convient à cette vie pénible. Par-tout où l’on retrouve ces mêmes circonstances dans le midi, on retrouve aussi cette même race; dansles départemens de l'Hérault, de l'Aveyron, elle permet de consommer les chétifs herbages de l’Arzac; mais l’immensité de ees pâturages sup- pléant à leur aridité, de nombreux troupeaux QG) Bibl. britan., Agric., t. XV, p. 18 et suiv. (15) exigeant peu de garde y produisent encore une petite rente(1). J'ai été curieux de savoir ce que le troupeau rapportait de nourriture d’un tel pâturage. J’ai fait peser trois brebis pleines, avant leur sortie, elles donnèrent quatre-vingt-sept kilogrammes; à leur rentrée, le soir; elles n’eurent absolument que le même poids; deux brebis qui avaient des agneaux, ayant été pesées de même, donnt- rent cinquante-cinq kilogrammes avant d’aller au pâturage, et soïxante kilogrammes le soir en re- venant. Il est clair que les premières avaient entièrement digéré, assimilé, excrété une partié de nourriture contenue dans leur estomac égale à celle qu’elles avaient prise, et que les secondes avaient transformé en lait où en matière pour le produire, deux kilogrammes et demi par tête. Surun pareil sol, de plus grosses bêtes ne pour- raient trouver une nourriture plus forte que les petites, l'herbe n’est pas ici à portée pour la manger à pleine bouche, il faut aller à sa recher- che, la cueillir brin à brin; ce terrain ne peut () Girou de Buzaringues,«Essai sur les mérinos, pag. 17-10. | |! | il À] (16) donc entretenir qu'exactement la masse de chair que peut nourrir la quantité moyenne de nour- riture qu’il fournit; au-dessus de cette masse, il y a déficit de nourriture. Or, si d’après de nom- breuses expériences(1), il faut environ quatre livres et demie de bon foin sec pour nourrir pen- dant vingt-quatre heures un quintal de chair, ilest clair que deux kilogrammes et demi d'herbe verte, qui se réduit au moins de moitié(elle est peu aqueuse de sa nature), c’est-à-dire d’un kilo- gramme et un quart, ou deux livres et demie, ne peuvent entretenir que des individus d’un poids de cinquante-cinq livres environ, poids exact de nos moutons. L’absolue nécessité où l’on est de donner une nourriture plus abondante aux mères pendant l'allaitement,‘et la difficulté de se Ja procurer, font que le nombre des brebis est borné à l’éten- due de ces ressources supplémentaires, et que tout le reste du troupeau consiste seulement en mou- tons. Dans cet état de choses, les fermes nourrissent environ deux têtes de bétail par hectare, avec (1) Expériences de Crud, Bibl. britan., Agric., t. XV; et Bibl. britan., t. VIE, p. 446. (17) 4 l’aide des vacans et des montagnes communales qui les avoïsinent; et sur lesquelles il leur est permisde vaguer en payantune légère redevance: ce nombre est à-peu-près celui qui avait été fixé par les parlemens de Bourgogne et de Paris(1). Quoique ces troupeaux profitent du parcours des terres en jachère; il serait injuste de leur attri- buer ici le retard des progrès des bons assolémens; car plusieurs pays voisins qui n’ont pas de mou- tons, ne sont pas plus avancés, et d’ailleurs le parcours n’est ici que facultatif et mutuel. Les véritables causes de ce retard sont les progrès de quelques cultures spéciales, comme la vigne, le mûrier, la garance; ces cultures absorbent la plus grande partie des capitaux, qui pourraient être destinés à d’autres améliorations, et le müû- rier, planté en bordures le long des terres, s’op- pose presque inévitablement à l’accroissement des prairies artificielles là où les terres ne sont pas très-étendues. Cependant, malgré ces cultures industrielles, et malgré le parcours des moutons, les assolemens où l’on fait entrer le sainfoin et la luzerne gagnent du terrain et amèneront sans doute des changemens remarquables dans la mé- (x) Tessier, /nstr, sur les bétes à laine, P: 127. 2 (18) thode de nourrir le: bétail, et on finira par lur donner quelque nourriture supplémentaire dans les saisons de disette. À En attendant, quelle valeur attribuer à cette dépaissance? Elle est bien faible dans ce pays, où elle n’aurait aucune valeur vénale, et un domaine gagneraït bien peu de chose sous le: rapport de la fertilité, à ne point être parcouru par les mou- tons; cependant on y trouverait l’avantage de pouvoir faire les cultures plus à propos, de pou- voir renverser les guérets avant l'hiver, ou même tout de suite après la moisson. Là où huit têtes de bétail s’éntretiennent bien sur un hectare de chaume, on er afferme le pâturage à raison de trenté-deux francs; ici; où quatre bêtes n’y trou- vent qu’une vie chétive; on nerpeut guère en por+ ter la rente qu’au quart de cette valeur, où à-huit francs environ. Pounscfaire, maintenant, une juste idée des résultats économiques de ces éducations, il faut les lierau mode d'exploitation usité dans le pays: les fermes y sont tenues généralement par des métayers; et les profits des troupeaux ÿ sont par- tagésentre le propriétaire, qui fournit le cheptel, etle fermier, qui se charge de toutes les dépenses annuelles: nous’ allons donc dresser ici deux comptes, celui du maître et celui du fermier, (19) d'après les données qui m'ont été fournies par mespropres comptes fidèlement tenus. Compte du propriétaire d'un troupeau de cent moutons, à Cairenne, département de Vaucluse. La valeur des bestiaux étant supposée de dix francs, l'intérêt à six pour cent est de.. 60 fr. La mortalité, en y comprenant les an- nées où le mal de sang sévit; ne peut pas être portée à moins de dix pour cent; et comme le fermier êst chargé de la moitié de l'entretien du troupeau?& Srcérye.n:5o Intérêt de la valeur d’une bergerie qui a coûté douze cents francs, à six pour cent. 72 La moitié de la valeur des chaumes et dépaissances. HOUR. NET CET TD SE 0O La moitié de la valeur decent quintaux de paille consommés dans les jours de pluie, à un franc quarante centimes...: 70 Un quintal de sel,... 135 Produit. La moitié de cent toisons de deux kilo: grammes, à un franc le kilogramme..…. 100 Venté dé moutons mi-gras, un cin- quième de la totalité, à quatorze francs la moitié du propriétaire..,..,..... 4o me——————— (ao) Report.:... a4ofr. Ilreste pour payer la moitié de la valeur de neuf cents quintaux de fumier produit par ce troupeau.,......++.. 000 365 fr. Le fumier revient donc à quarante et un cen- times, ce qui est un prix très-élevé pour le pays et pour l'usage qu’on en fait. La persévérance dans ce système s'explique naturellement, si l’on veut bien remarquer que le propriétaire ne sort que cinquante francs de sa poche pour rempla- cement de moutons morts; qu’il reçoit effective- ment cent quarante francs; que le fonds du trou- peau étant acheté, la bergerie construite par ses prédécesseurs, il ne met pasce genre de dépense en ligne de compte; que d’ailleurs il n’est pas tenu'de.vendre sa paille, et qu'il ne saurait que faire de ses chaumes. Ainsi, bien que les résul- tats ci-dessus soient bien réels, le propriétaire peut croire gagner quatrevingt-dix francs sur son troupeau, et comme ilne trouverait pas de fumier à acheter, et qu’un changement total de système l’entraînerait dans des frais qu’il ne peut pas faire, il est forcé de continuer à suivre la route tra LA\ Pie\+ cée et de se borner à améliorer peu-à-peu sa si- (21) tuation, faute d'énergie ou de fonds pour en sor- tir tout-à-coup. Compte du métayer qui tient un troupeau de cent mou- tons à Caïrenne. Le berger est pris le plus souvent parmi ses en- fans. S'il est obligé d’en nourrir un, il ne passe en compte que ses gages, le méteil et l'huile dont il est obligé d'augmenter sa provision: ces objets se montent rarement à plus de.....+ 190 fr. La moitié de la paille.......«.++ 70 non LRQ Moitié des chaumes etdépaissances.. 100 Un quintal de sel.........4.. 19 Entretien des claies, auges, etc... 6 Tondage...............: 6 435 fr. AL ET A A SE ete MO Reste, pour la valeur de la moitié de ang cents quintaux de fumier. ….... 295fr. Il paie donc soixante-quatre centimes le quin- tal, et comme ilne se vend que trente-cinq centi- mes, il perd vingt-neuf centimes par quintal ou ? un franc trente centimes par tête de mouton. Ce prix pourra paraître excessif; mais repre- (22) nons les articles ci-dessus et nous comprendrons ce qui peut faire illusion à notre fermier sur ce ré- sultat. 1°. Le berger est souvent suppléé par un fils de la ferme, auquel on ne donne point de gages: on ne doit donc compter souvent que sa nourri- ture au plus; ceci est l’état habituel des choses: aimsi voilà cent francs que le métayer ne compte pas AU EL TU dE 20 494 au ion fe. ‘20. Une condition de son bail est de ne point vendre la paille: ainsi il faut qu’elle soit: consommée sur la ferme et il né la passe point en compte: autre ar- ticle a fetranéhért 41043 0400 0 DUlet 30. Il n’imagine-certainement pas de changer ses habitudes de culture, quand même 1l‘se trouverait sans troupeau: ainsi il ne peut pas compter des chau- mes.: autre article à retrancher..... 100 Total à retrancher.,. 270 La dépensese trouve donc réduite à cent soixan- te-cinq francs. Elle se trouve presquecouverte par une récette de cent quarante francs. Son fumier n'est donc représenté que par une faible somme de vingt-cinq francs: aussi ces fermiers nous as- surent tous qu’ils ont le fumier en bénéfice sur leur troupeau. (23) Maisilest si évident que le fumier coûte en défi- nitive quarante etun centimesau maître et soixan- te-quatre au métayér, que s'ils venaient à s’en- tendre l’un et l’autre pour ne plus avowæ de trou- peau ,et qu'ils trouvassent des fumiers à acheter, le premier économiserait sûrement toutes les sommes portées à son compte; savoir, r°. l'intérêt de l'argent du capital du troupeau qu'il vendrait; 20. 0e qu’il dépense annuellement pour couvrir la mortalité et entretenir son cheptel, pour enire- téniret réparer la bergerie, sice n’est pour La cons- traction à neuf; 3°. la valeur du sel; 4°: de plus il estprobable quele simple changement d'époque de ses cultures lui procurerait en quantité eten qua- lité une augmentation de cent francsau moinssur sa récolte de grains; 5°. enfin il vendrait sa païlle au-prix indiqué; 6°. il en serait de même pour son fermier. Je ne doutespas que ce calcul ne fût souvent mis en pratique, s’il était possible d’acheter d’une manière constante neuf cents quintaux de fumier dans le pays dont nous parlons. Mais les ressources en engrais y Sont si faibles relativement à l'étendue du territoire, que chacun garde pré- cieusement pour ses cultures de légumes la petite quantité qu'il en peut récueillir. (24) Anricre 3.— Pérurage d'hiver; troupeau transhuman. Si nos plaines des bords de la Méditerranée; brûlées des feux d’un soleil ardent» w’offrent pen-' dant cinq mois quedes pâturages arides à nos trou- peaux; c’estalors la saison que lesneiges des Al- pes reculent à leur extrême limite, et mettent à découvert ces beaux tapis de verdure émaillés des plus richescouleurs. Nos vallées avaient reçu les troupeaux de l'habitant des Alpes pendant l'hiver; il était venu chercher dans nos climats tempérés des pâturages pour ses troupeaux, c’est maintenant notre tour, et. c’est parmi ses rochers que nous cherchons une végétation salutaire, qui disparaît chez nous pendant l’été. C’est le rappro- chement des lieux où les saisons sont différentes, qui a donné naïssance à la transhumance. En Ca- labre, en Espagne, en Provence, cet usage est né également des besoins réciproques; mais dans les deux premiers pays, il nese maintient que par un outrage perpétuel à la propriété, tandis qu’elle existe et se soutient en Provence, sous la loi com- mune, sans privilége et sans inconvénient. C’est des environs d'Arles que partent ces troupeaux voyageurs. L’ile de Camargue, formée, à l’em- bouchure du Rhône, des alluvions de cefleuve, présente de vastes pâturages formés d’un grand (25) nombre de graminées, de cypéracées, de lotiers et de plusieurs plantes salées, telles que le chénopode maritime, les salicornes, les soudes, les arroches, l'inule, etc. Ce pâturage, abondant, n’est sain que dans les cas où’le Rhône n’a pas versé et déposé son limon à sa surface(car alors il cause d’épou- vantables épizooties de pourriture); il est partagé entre les brebis, Les chevaux et les bœufs; mais les brebis y sont pourtant la principale branche des revenus du fermier. Au levant de la ville d'Arles, se trouve la plaine de la Crau, vaste étendue de cailloux roulés, mêlés d’une petite quantité de terre rougeûtre, et éta- blis sur un poudding impénétrable. Le pâturage que présentent les interstices de ces cailloux(sub quibus gramen exoritur, à quo pecoribus suppedi- tatur ubertas)(1), est d'autant meilleur, que la couche imperméable est plus éloignée de la sur- face. Les herbes que présente le terrain sont sè- ches, maistrès-nourrissantes: ce sont en général différentes petites graminées. Cette plaine est ab- solument aride en été; en hiver, elle est chargée de bétail. Selon lecalcul de Lamanon(2), elle con- tient vingt-sept mille hectares et cinquante-cinq (:) Strabon, lib. 1v. (1) Annales des Voyages, t. WI, P- 301 et 302. (26) mille têtes de bétail, ou environ deux par hec-: tare. Depuis quelque temps, la tendance générale est de forcer cette proportion; mais aussi les ar- rosages dequelques portions environnantes du ca- nal de Craponne ont procuré un peu de luzerne pour les brebis'allaitantes. Le prix de l’hectare de pâturage était, il y quelques années; de cent cinquante francs(en 1810)(1). Tous les troupeaux des environs d'Arles sont composés de femelles et d’agneaux.Chaqueannée; au mois de mai, on vend lés agneaux d’un an, que lon nomme anouges(antenois); les mâles sont achetés parles Languedociens; les habitans de la Haute-Provence et du Dauphiné achètent un mélange des deux sexes. S'il reste quelques mâles invendus; on les jointau troupeau; pour être ex- posés de nouveau en‘vente à la: descente de la montagne. Le dépôt général pour les Alpes a lieu dans les premiers! jours d'avril; la descente est moins régulière; elle à lieu plus ou moins tard; dans le mois de novembre; selon que les neiges sont plus ou moins précoces: tel est le système pastoral des environs d’Arles. On voit que dans la Crau il ne se lie pas au système agricole« Ce (1), Annales d’agric., t. XXXIX, p. 260, ett. XXI, seconde série. p. 2404 (27) sont des troupeaux sans exploitation rurale néces- saire. On a songé à, utiliser les pâturages qui ne pouvaient être amékorés par les eaux de la Du- rance, et sur lesquels aucune culture ne pouvait offrir un profit raisonnable. Il semble qu’en Ca- margue la nourriture des bestiaux soit plus intime- ges 8 sont presque toujours attachés au corps de la ferme. ment liée à l’asriculture, puisque les pâtura £ 2, PUISY P Mais souvent cet avantage n’est qu'appareut, et quand les herbes des pâturages sont jen grande partie des plantes salées, les fumiers contiennent beaucoup plus de sel marin, dont les terresdu pays surabondent déjà. Elles ne peuvent être amen- dées que par des couches de roseaux et d’autres plantes, qui par la nature de leurs fibres n’admet- tentpas le sel dans leur parenchyme. Cet engrais végétal y est donc préféré avec raison à celui des moutons, qui n’est jamais employé dans ce cas qu'avec précaution, et est alors vendu en grande partie aux propriétaires de vignobles du Langue- doc; qui viennent le chercher. Ces faits posés, examinonsles détails économi- ques de ces troupeaux. Dépense d’un troupeau composé de mille brebis, aux environs d'Arles. Cinq bergers, nourriture et gages.. Pâturage en Crau ouen Camargue, (28) Report.... pour l’hiver, à trois francs environ pour ceux qui louent pour plusieurs dnnées£ SLA QUIQUR SD HDASL AUS SOA Pâturage d’été à la montagne, com- pris les frais de route, etc...... 2,000 Perte, un dixième sur la valeur du troupeau, les brebis à dix francs. l’unt dans Pautre /. 4%,..,.. 1%) 2/00 Intérêt de la valeur du troupeau à siX pour cent. 4.» Sn»+°°* 600 Intérêts du capital circulant, à dix DOUX Cents Li pit ii". re eoters 750 Tondage, menus frais, etc..... 150 10,000f7. Produit. Sept cents agneaux à huit francs. b,60ofr. Mille toisons à soixante-cinq francs le quintal(la toison pèse cinq livres): cette laine est très-nette et vaut plus que celle des troupeaux sédentaires. 3,250 Fumier. Six cents quintaux(fu- mier d'hiver et de nuit seulement), à quinze centimes le quintal,, prix moyen du pays, où l'on vient le cher: —— gp (29) Report...: 8,85ofr. cher de’très2loin(1):. 2.17." 750 Quelques fromages(pour mémoire) servent à la nourriture des bergers. 9,600 PONS Us id audio pirdie 400 10,000fr. Cette perte n’est qu’apparente; elle porte sur l'intérêt du capital circulant, et la plus grande partie de ce capital n’étant soldée qu’à la fin de l’année, l’intérêt n'avait pas dû être compté sur la totalité. On voit que j'ai fait naître à dessein cette irrégularité, pour la relever. Rien n’est plus instructif en effet que’ d’examiner ainsi en critique les comptes des agronomes; on voit les raisons pour lesquelles une culture, une indus- trie subsistent malgré leschiffres, quand ilsont été mal placés. Le profit est en effet de trois cent cinquante francs ou de trente-cinq centimes par tête. Ainsi l’industrie pastorale d'Arles consiste à obtenir un intérêt de plus de douze pour cent du capital que l’on emploie en troupeaux, et ce pro- (1) Truchet, dans les Annales d’agric., t. XXXIX, p.256. Ses données sont conformes aux nôtres. (60) fit est suffisant pour qu’elle continue à exister, parce, qu’elle tient d’ailleurs à la nature du sol, et que les pâturages de la Crau ne peuvent être consommés que de cette manière. Voyons maintenant ce que l’on peut espérer de l’élèvedes agneaux substitués à leur nourrissage. Pourbien suivre cette opération, on achète des agneaux, on lésenvoie à la montagneaprèslesavoir tondus; onleshiverne dans les pâturages du pays; ils vontune secoride fois à la montagne; passent un second hiver, età la troisième année on les vend après les avoir tondus pour la troisième fois. Nourrissage d’agneaux à Tarascon; troupeau de deux cents a97eauT. Achat de deux cents agneaux, à huit nes. seven d4hr etes 61 MG Montagne, àunfranc soixante-quinze centimes par an, pour deux ans.:.., 700 Hivernage, deux années à trois francs l'an... ss sci ver) e5n5 1% 5145200 Berger, deux années,....++«. 1,000 4,500 Produit. Agnelins, à soixante-quinze centi- MABS E, 22 NUE) CS 150 (3) Report. …. 19ofr, Tonte de lantenois.et de la brebis, à troistframose 214.6 sens do 1125800 Revente, à douze francs....... 2,400 Fumier de l’hiver et de la nuit, deux cents quintaux pour deux ans, à trente centimes, l'élève se faisant dans des pays un peu plus favorisés par la nature de l’engrais que le précédent. 600 4,350 Déntenis sd Énpioueih et 2e Ne 150 4,500 Si j'en juge par la rareté de cette spéculation dans les pays voisins d'Arles, je présume que ce compte doit être exact, et que l’on réalise une perte quand les hivernages reviennent à trois francs par tête de bétail. D’ailleurs nous n’avons pas porté en compte l'intérêt du capital circulant, ni du capital du cheptel. On voit donc qu’il faut des circonstances particulières pourselivrer àcette spéculation, et ces circonstances ne peuvent être autres que de vastes pâturages à moutons, où l’hi- vernage ne coûte pour ainsi dire rien, comme on en. trouve en Languedoc et en Dauphiné. Toutes les fois que les fermiers d’Arles ne trouvant pas la (52) L: vente de leurs agneaux, ont été obligés de les gar- der une année de plus, ils ont éprouvé de grandes | pertes, que ce compte rend bien sensibles. Arricce 4.— Päturages insuffisans; avec Jourrages supplémentaires. Aux environs de Tarascon, depuis la Durance jusqu'aux portes d'Arles, on trouve une industrie || pastorale bien différente. Ici, toutes les terres. sont entièrement en culture, et la plupart des do- maines n’ont d’autres parcours que leurs jachères, et d’autres ressources d'hiver qu’un supplément | abondant en luzerne ou autre fourrage tenu en réserve pour le troupeau. Dans toutes les situa- | tions où le mal de sang ne sévit pas, ce mode, où les troupeaux jouissent d’une grande abondante, È| 6 se soutient bien quant à l’avantage que procurent | Jlestroupeaux; maissous le point de vue agricole, ila F le désavantage de favoriser l'existence dela jachère, | etd’établirunerésistanceinerteaux améliorations. Les troupeaux sont entièrement composés de brebis d’une fortetaille, dontle plus grand nombre | donne deux agneaux en trois ans. Cependant les bêtes trop Jeunes, ou celles qui sont stériles, com- pensent cette fécondité, de sorte que l’on compte annuellement, en moyenne,un nombred’agneaux égal à celui des brebis. Le troupeau se renouvelle (33) par un septième d’agneaux choisis qu'on y fait en- ter annuellement. Le reste des agneaux est en- graissé au lait, de sorte qu’au quinzième jour en- viron, chaque agneau tette deux mères, et qu'au bont d’un mois ou six semaines au plus tard, il est vendu, pesant vingt-cinq à trente livres, sans avoir mangé le moindre brin de fourrage. Ces ex- cellens agneaux de lait sont l’objet d’un com merce avec les villes environnantes de Nimes, Avignon, Marseille, Montpellier, etc. Les provisions du troupeau sont quatre quin- taux de luzerne par brebis-mère, dans toutes les situations où il n’y a pas de pâturage rapproché. Les possessions situées près des Alpes sont fa- vorisées, sous ce rapport, à proportion de leur rapprochement; mais par-tout où éloignement de la montagne est trop considérable, on n'y compte plus: du tout. Outre cet approvisionne- ment en fourrage fin, on compte deux ou trois quintaux de foin grossier où roseaux de marais pour chaque brebis non mère, et en outre, pour les brebis-mères une étendue de terrain semée en orge ou avoine, qu'elles dépaissent deux fois dans l’hivér et au printemps, et qui doit être dans la proportion d’au moins un hectare par cent bêtes. Il faut ajouter à cela des regains de luzerne ou de sainfoin pour les brebis qui agnèlent 3 (34) en automne, ali moins aussi la quantité d’un hectare. Avec ces provisions on peut tenir en- viron quatre brebis par hectare de terre culti- vable dans le domaine. Le compte que nous allons tracer, d’après notre propre expérience et les données positives d’une comptabilité rigoureuse, nous feront apprécier cette intéressante industrie. Dépense pour un troupeau de deux cents béfes à Ta- rascon(Bouches-du-Rhône). Un berger et un jeune berger... 780 fr. Six cent quatre-vingt-huit quin- taux de luzerne pour cent soixante- douze brebis mères, à deuxfrancs..+ 1 376 Quatre-vingt-quatre quintaux de foin grossier pour les brebis non mères, à un franc cinquante centimes.»+». 126 Paille de litière, six cents quintaux, à un franc trente-cinq centimes.++» 810 Pâturage des chaumes, trente-deux francs par hectare et quatre iètes par hebhadéas seal maybe Sato gt 800 Regains de luzerne et dépaissance d'orge à trente-trois francs l’hectare, quatre hectares.++++++*? 152 (35) | Repoñt.sss Livre 4so24fr. | Claies et menus frais, tondage, etc. 4o | Intérêt du capital circulant, à dix | POLE ERREUR ENS NT à 406 | Intérêt du capital du cheptel et assu- rance pour la vie d’un animal, qui a | onze ans de vie moyenne, à quatorze [110 PA AAA PRE see Le ef dE LU 364 4,834 Produits. Cent soixante-douze agneaux de lait? MRC. ee ie on à+. Yi2042 Vingt-huit brebis de réforme à six fr. 148 Deux cents toisons à trois francs... 600 Laine de vingt-huit agneaux, à | soixante-quinze centimes..,+ 4. 21 | Lait d’un troupeau médiocrement bien conduit, à deux francs par tête. 400 Fumier, quatre mille quintaux à trente-cinq centimes.. 4«+.++ 1,400 3,775 Perte..." rainures AU"m0 4,834 Ou, par bête, cinq francs. 7* , (36) Est-ce encore une illusion qui met ce compte en perte? Peut-on appeler intéressante une in- dustrie qui donne un pareil résultat? Que le Lec- teur veuille retrancher du compte des frais huit cent dix francs de paille de litière que le fermier n’a pas la liberté de faire consommer hors de la ferme, et la moitié de la valeur des chaumes, ou quatre cents francs, qui, en cas de vente, en- treraient dans la poche de son maïtre, et il verra si le fermier n’est pas en bénéfice au lieu d’être en perte. On objectera sans doute que la paille est un objet de première nécessité dont le trou- peau ne peut pas se passer; mais j’observerai qu’on y supplée sans frais par des couches de terre dont on garnit la bergerie dans toutes les situations où la paille est rare. Je dois ajouter que le troupeau dont ilest ques- tion dans ce compte est placé dans la position la plus défavorable de toutes, et que ceux qui sont placés prèsides pâturages; et auxquels on ne passe qu’un où deux quintaux de fourrage de supplé- ment, donnent un bénéfice considérable. Anricre 5.— Päturages avec nourriture supplémentaire. Engrais de moutons. On retire un profit, obtenu avec moins detemps, des fourrages supplémentaires, dont on peut dis- (37) poser, quand d’ailleurs on manque de chaume ct de pâturage pour l’engraissement des moutons; et ici je ne parle pas d’un engraissement Com mencé, quin’estjamais payé ce qu’il vaut, parce qu’il a beaucoup de concurrens: je parle d’un en- graissement complet, qui est toujours payé à sa valeur, parce que ceux qui ont les moyens de s’y livrer sont rarés, et que l’aptitude manque sou- vent à ceux qui auraient les avances nécessaires: aussi n'est-il pas rare de voir nos bouchers payer, par amour-propre et comme à l’enchère, un en- grais complet au-dessus même du prix de la viande. Ceux qui se livrent à cette spéculation achètent des moutons mi-gras en. novembre ou fin d’oc- tobre, ces animaux pèsent alors, pris dans nos races du midi, environ cent livres. On les met au pâturage dehors, et si le pâturage ne suffit pas, on leur donne quelque fourrage dedans, de ma- nière à entretenir l’animal dans son poids déjà acquis. Deux mois avant Pâque, on commence la nourriture à l’étable. On donne au bétail quatre repas par jour d’une livre de foin, en totalié quatre livres foin ou luzerne par tête d'animal. Les moutons acquièrent ainsi vingt ou trente li- vres de poids: à cette époque, ils valent vingt- quatre à vingt-huit francs par bête; mais la spé- « j | | | = (38) culation est si sûre, que ceux qui sont connus pour bons engraisseurs recevront sans difficulté dix francs par tête de mouton pour leur engrais, et sans faire aucune avance de capital: c’est sur cette base qu’il convient d'examiner l’économie de cette entreprise. Frais d’un troupeau de cent moutons à l’engrais. Frais de garde des bêtes pendant cinq mois: c’est ordinairement l’affaire d’un valet de ferme intelligent pour la direction, et d’un enfant pour la garde, tout se passant sur des pâturages cir- conan ne tiers Dlelsie le ziofr.»c, Pâturage d’automne, à deux HR Do bus eusire lérie à 200» Quatre quintaux de fourrage par tête de mouton, à deux francs. 800» L Produit. Prix convenu de l’engraisse- mental ete RS Ut THDOO» Neuf cents quintaux de fumier à trente-cinq centimes rs DO D 1,329» Bénéfioëts ft MR TEE NS nou 45 Ou par bête..::..... D'iBC t# (39) Comme dans cette spéculation on ne songe pas à la beauté des toisons, on ne fournit pas de paille et on se contente de garnir de terre sèche le fond de la bergerie. ArrTicre 6.— Troupeaux temporaires. Quand on ne conserve pas de nourriture sup- plémentaire pour les troupeaux; qu’on n’a pas de bons pâturages d’été; qu’on ne se résout pas à voir souffrir un troupeau dans la saison de mi- sère; qu’on n’a pas l’usage d'envoyer les trou- peaux à la montagne; ou enfin quand les pâtu- rages sont malsains dans certaines saisons, on se décide à avoir des troupeaux temporaires. Dans ce cas, ou bien l’on achète des moutons maigres pour les engraisser, ou bien des brebis de ré- forme pour en avoir l’agneau et la laine, les refaire et les vendre ensuite au boucher. Le choix dépend de la saison où l’on se trouve dans l’abon- dance et des débouchés plus ou moins favorables du voisinage. Dans les pays à blé et à vigne, l’abondance commence après la moisson et dure jusqu’au commencement de l’hiver. Là, on achète desmou- tons quelque temps après la tonte, on les en- tretient, l’été, sur leschaumes; on les fait ensuite manger abondamment les pampres des vignes, Re SR Ce rat à TA Re be (40) et on les revend mi-gras à la fin de l'automne: les engraisseurs les achèvent alors par des four- Tag on achète des moutons en automne pour les re- es secs. Ailleurs où il y a des pâturages d'hiver, vendre le printemps suivant après en avoir Ôté la toison, etc. Le profit des troupeaux temporaires dépend entièrement du boucher et du savoir-faire de l'entrepreneur. Ceci est vraiment un commerce de spéculation, et en présente toutes les chances. J'ai vu des personnes y réussir constamment, et d’autres y être toujours malheureuses. La garde de ces troupeaux coûtant environ la différence de la valeur de la vente à celle de l’a- chat, on peut dire qu’en général on retire le fu- mier, c’est-à-dire trois à quatre francs par mou- ton pour prix du pâturage qu’on leur accorde, et qui souvent n'aurait eu aucune valeur mercan- tile sans cette entreprise. Si le pâturage consiste en terres hermes et vagues, c’est un avantage de la position que l’on doit ajouter à la valeur du capital foncier que l’on possède; maïs si le pâturage consiste en jachère, nous avons assez montré le tort que le propriétaire peut recevoir de leur parcours prolongé, pour qu’on juge aisé- ment qu’il n’y a pas même compensation. (LA (41) Anrricre 7.— Observations générales. 1 Reportons un moment nos yeux sur les détails pastoraux que nous venons de parcourir. La brebis transhumane donne un Hé EL DD Er oE USE ES f85"6, Lé mouton à l’engrais, avec sup- plément de fourrage, un profitde.. 1 15 La brebis non transhumane avec supplément de nourriture met en Dente de... re Ne à à D Le mouton mal nourri met en EE CS a: ca ie, ER ES Ÿ 90 P Il est facile de conclure de ces données que toute la nourriture nécessaire au simple entre- tien de la vie de la bête à laine est perdue, parce qu'un si grand nombre de positions offrent cette faible quantité, que, par l'effet de la concur- rence, elle n’a aucune valeur. Il s'ensuit donc que toute position où la nourriture supplémen- taire produite par l’art et coûtant un prix déter- miné sera employée au soutien de la vie des bêtes à laine et non à leur engrais ou à la production du lait des nourrices, l’éleveur sera en perte, et que l’on ne peutse promettre du bénéfice qu’au- tant que le bétail sera nourri presque sans frais pendant toute la période où il ne donne pas im- MP SU RTE ( 42) médiatement de vente. Cette règle ne souflre d'exception que dans le cas où une agriculture très-active paie le fumier à un prix très-élevé: nous parlerons de cette circonstance dans la troi- sième partie. Voilà les faits pour les bêtes du pays, nous al- lons examiner dans la seconde partie si les pro- duits des.mérinos peuvent les modifier en quel- que chose, et dans quels cas peuvent avoir lieu ces modifications. DEUXIÈME PARTIE. “x j PRODUITS DES MÉRINOS EN PARTICULIER; ET FRAIS QU'ILS EXIGENT. Nous venons de parcourir quelques cas de ces nombreuses combinaisons agricoles et pastorales auxquelles se trouvent soumises les bêtes à laine, nous devons examiner maintenant en quoi la race espagnole à laine fine diffère de la race commune sous les rapports de son éducation, des frais qu’elle exige et de ses produits;, nous serons ainsi en état de juger les effets de leur substitution dans l’économie pastorale. 4 Le caractère distinctif de la race mérinos est la: finesse, l'abondance et l’élasticité de sa laine. La finesse seule, en effet, ne suffit pas pour la‘ca- ,, Pas I (45) ractériser, quelques laines de Saxe la surpassent même sur ce point; mais les proportions de laine superfine sont moindres sur l’ensemble de la toi- son, et elle n’a pas d’élasticité. Les autres caractères de cette race sont les sui- vans: les mâles ont des cornes contournées, les brebis sont sans cornes; les os sont gros, l’accroiïs- sement lent, et complet seulement à trois ans: ces animaux ont peu de gaîté et d’instinct; ordinai- rement la laine s’étend sur leur fanon et sur les jambes beaucoup plus bas que dans les autres races, elle couvre aussi souvent les joues. Au coup d'œil, la couleur sale de la laine, causée par l’abondance du suint, différencie le mérinos du mouton ordinaire. Quant aux formes et à la grosseur, il y a de grandes différences entre les troupeaux de mé- rinos; on peut cependant les réduire à deux types principaux, la race trapue et la race légère. La race trapue, qui se trouve dans toute sa beauté et son développement à Rambouillet, est basse sur ses jambes, a le corsage fort, beaucoup de fanon; elle est garnie de laine sur les jambes et sur la face. Le poids de la brebis varie de qua- rante-deux à trente kilogrammes: ce sont les deux extrêmes de poids qui se trouvent à Rambouillet et dans diverses bergeries publiques et particu- lhières où cette race est propagée. né re TT eye EST fz (44) La race légère se remarque à Perpignan; Crois- sy, etc. Sa construction est élancée; elle est haute sur jambes, qui sont dégarnies de laine, | ainsi que le nez. Le troupeau de Croissy offrait {l| le maximum de grosseur et de poids de cette race, | comme celui de Perpignan en offrait le minimum: || ces deux limites étaient à-peu-près les mêmes que 11 pour la variété précédente. Celle-ci paraît plus l propre à la transhumance, aux voyages. Sa laine | est très-fine, mais ses formes sont moins favo- ) rables à l’engraissement. | Mais toutes ces différences n’offrent point de | singularité qui ne se retrouve dans nos races com- munes, si ce n’est la finesse et l’abondance de la laine: c’est donc là l’élément principal à exami- ner, et si, toutes choses étaient égales d’ailleurs, à il suffirait d'établir le plus exactement possible la comparaison du poids et de la valeur des toi- ; sons de mérinos et de bêtes communes, pour en É déduire la différence de la valeur de ces races; mais la race mérinos compense aussi abondance LE et la beauté de sa laine par quelques désavantages qu’il nous faut examiner: nous avons donc une tâche beaucoup moins simple à remplir, et c’est en détail qu’il nous faut examiner ces différentes d. nl..#"4 | circonstances, avant d'établir un jugement dé- EL finitif, (545) CHAPITRE PREMIER. Valeur des laines. De même que toutes les marchandises, la laine n’a qu’une valeur relative, composée de son abondance et de son emploi. C’est en vain qu’on chercherait à lui trouver une valeur positive en calculant ce qu’il en coûte pour la produire: l’a- cheteur ne s’informe que de la facilité à se la pro- curer, le vendeur, de la possibilité de s’en défaire, et ce n’est qu’avec le temps et par la réduction de la production au niveau de la consommation que les marchandises atteignent leur valeur intrin- sèque, qu’elles dépassent bientôt en plus où en moins. L’art du spéculateur paraît donc consister à connaître parfaitement l'étendue du marché et celle de la production, et à juger d’avance des changemens d’équilibre qui sont prêts à s’opérer. Aucun négociant au monde n’a, à cet égard, des notions entièrement exactes; car la statistique commerciale est encore dans l’enfance comme les autres statistiques, et c’est par le tact commer- cial, l’habitude de voir et de juger d’un ensemble sur des symptômes isolés, qu’on se décide encore aujourd’hui dans les entreprises, comme dans tous les arts conjecturaux qui manquent de données (46.3 exactes, que leur procureront peut-être un*jour la persévérance et l’étude. En attendant, la foule se jette aveuglément dans les débouchés qui s’ou- vrent, sans calculer l’avenir, elle les encombre; beaucoup périssent dans la presse, quelques-uns percent; le plus grand nombre rétrograde, pour se laisser entrainer de nouveau au gré d’un autre courant. Il est sans doute impossible d’estimer exactement la laine fine produite dans le monde, il l’est encore plus de conjecturer l’accroissement que peut prendre cette production. On ne peut juger non plus de l’avenir de la politique; une guerre peut doubler subitement la consommation de la laine, la prolongation de la paix peut la réduire de moitié; mais il est convenable de jeter un coup d’œil sur ceux de ces élémens que nous pouvons aborder, et d’y chercher toutes les don- nées que l’on peut tirer de leur examen, dans l’état actuel de nos connaïssances. ARTICLE 1%.— Besoins de la France.en laine. Le seul moyen qui se présente pour estimer la ‘consommation de la France pacifique en laine, est de prendre dans une condition moyenne une fa- mille composée de cinq personnes, le père, la mère et trois enfans, et d'estimer ce qu’il lui en faut pour son habillement. E (47) Nous entendons par condition moyenne celle d’une famille qui a un revenu annuel de six cents francs, qui est à-peu-près l’aliquote qui lui re- vient du revenu total de la France. Dans cette si- tuation, tous les besoins sont satisfaits, etiln’ya ni luxe ni misère. J’ai cherché avec soin et par des informations exactes ce que coûtait l’habille- ment d’une telle famille. J’ai compensé la partie de la nation qui est dans l’indigence, qui se revêt de dépouilles et traîne d’anciens vêtemens; par la plus grande consommation de la classe aisée. L’habillement d’un homme se compose en drap de cinq quarts de largeur. AL PARU HUNÉ O3 FRANS IAE SRE RE de x auné. Me ie Lol tte x Se de dos ue oO+ 2 aunes— Ge ET mets à cent. La moitié de cette quantité pour chacun des trois enfans... 4 bo Pour femme, jupons et veste TER RU ae à d'a qu 9» 10 bo Il faut ajouter, tous les ans, ün dixième à la consommation (48) Report..... 10 mèt. bo cent. totale pour garde-habits, man- teaux, couvertures, etc.... 1 ob xr môt, 55 cent. Un tel habillement se re- nouvelle complétement tous les quatre ans; ce qui fait par an. 2 mèt. 88 cent. Etpar Individue 244 de 2tes O 58 C’est à-peu-près une demi-aune de drap(Paune vaut un mètre dix-huit centimètres).: Ledrapcroiséde Vienne, départementde l'Isère, qui est maintenant le plus généralement employé dans le canton que j'habite, exige par aune, pour sa fabrication, un kilogramme dix-sept cen- tigrammes de laine commune du pays bien lavée. Je prends une proportion très-favorable à l’en- semble des laines en suint, en supposant qu’elles rendent, l’une dans l’autre, quarante centièmes de laine lavée; ce qui nécessite deux kilogrammes quatre-vingt-douze centigrammes par aune, et par conséquent un kilogramme quarante- cinq centigrammes de laine ensuintpar individu. Cette quantité, multipliée par trente millions, qui estla population actuelle de la France, nous donne un produit de quarante-trois millions de kilogram- mes de laine pour sa consommation annuelle. En | (49) supposant le poids moyen de la toison de deux kilogrammes, ce qui estencore une poportion que je crois trop forte, nous aurons vingt-deux mil- lions de bêtes à laine pour le nombre nécessaire pour fournir à cette consommation. Selon M. Morel de Vindé(x), il faut cinq livres un üers, et selon M. de Polignac(a) six livres de laine de mérinos en suint pour faire une aune de drap fin; mettons trois kilogrammes, qui se réduisent à un kilogramme au lavage. Il paraît que nos différentes fabriques manufacturent près de deux millions d’aunes d’un pareil drap, ce qui nécessite en ce moment un nombre égal de kilo- grammes de laine lavée, résultant de six millions de kilogrammes de laine en suint, produit d’un million cinq cent mille mérinos. Telle serait la limite fatale du nombre de mérinos nécessaire à la France, s’il était vrai qu’un grand nombre des usages de nos laines communes ne pussent être suppléés avec grand avantage parles laïnes fines. Ceci est une erreur encore trop générale; maïs si, au contraire ,ilest vrai que la finesse de la laine entraine toutes les autres qualités, durée, agré- (1) Mém. sur la parité des larnes; etc., p. 28. (a) Rapport sur les mérinos; p. 18*+ 4 Etre 14 Tu (50) ment, légèreté avec la même force; s’il est vrai qu'un tapis de pieds, un manteau, une casaque même de berger soient d’un usage plus agréable* en laine fine qu’en laine grossièré, on verra que l'amélioration des laines pourrait n’avoir d’autres limites que les besoins absolus de la France en laine, si elle n’avait pas des limites relatives au sol et aux circonstances agricoles. Anricre 2.— Productions de la France en laine. En 1808, avec les besoins de nombreuses arméés, nous importions{rois millions de kilo- grammes dé laine fine; savoir, cent cinquante mille kilogrammes d’Espagne et autant de Saxe: il paraît que la France se suffisait à elle- même pour la lainb commune. Supposons que la quan- tité importée en surge représentât six millions de kilogrammes de laine en suint, il s'ensuivrait ue la France récolterait encore trente-sept mil- lions de kilogrammes de laine commune, prove- nant de vingt millions de moutons. Ces calculs cadrent si bien avec les données statistiqués recueillies par M. Chaptal(x),etavec celles de Lavoisier(2); et ces mêmes données; ’ (1) Industrie française; t« Le, p. 179: (2) Résultats, etc. (51) comparées à ce que nous connaissons des dépar- temens qui nous entourent, nous ont paru si exactes, qué nous ne pouvons guère douter des résultats qu’elles nous donnent. Cette quantité peut-elle beaucoup s’accroître? Je ne le pense pas. Les défrichemens des landes la réduiserit chaque année, les prairies artifi- cielles maintiennent à peine l’équilibre en don- nant les moyens de nourrir un peu mieux les animaux; maïs nous voyons que la bonne cul- ture exclut les moutons de tous les lieux qui ne sont pas voisins des pâturages, et qu’on s’y livre à d’autres industries; mais l’accroïssement se rait rapide et immanquable, si les produits des moutons montaient à un prix qui payât les four- rages cultivés. Cette circonstance donnerait une grande impulsion à l'élève des moutons; mais ne peut résulter que d’une culture généralement perfectionnée, même chez les nations voisines, qui détruirait au loin les terres hermes et les pâtu- rages; d’üne consommation de viande plus géné- rale et de l’augmentation de l’aisance, quiengageé- rait les peuples à renouveler plussouvent leursha: bits. Sinous faisions porter cette augmentation sur la laine seulement, nous verrions qu'il faudrait qu'elle se vendit deux francs le kilogramme en suint, pour pouvoir, indemniser le cultivateur 4* (92) de la dépense de l'animal. Dès-lors les fermes se couvriraient de moutons et de brebis, et cette augmentation n'aurait d'autre borne que celle de la production en fourrage de la France et de la concurrence des autres genres d’éducations. Plus de cent vingt millions de bêtes à laine, qui four- niraient six fois la laine nécessaire à l’approvision- nement de notre patrie, ne seraient pas encore le maximum que l’on pourrait atteindre. Malheu- reusement nous sommes fort loin de réaliser cette chimère, et la laine n’est qu’à un franc le kilo- gramme, au lieu de deux francs qu’elle devrait valoir pour couvrir les frais du fermier. ARTICLE 3.— Mérinos en France. La France a importé d’Espagne près de neuf à dix mille mérinos: c’est de ce point qu’elle s’est élevée pour avoir déjà en 1809, selon M. T'es- sier(x), quatre cent mille mérinos et six millions de métis. Les états de la laine superfine produits par département font soupçonner ce nombre d’un peu d’exagération, et si nous n'avions égard qu'aux tableaux de M. Chaptal(2), il ne faudrait le (1) Annales d'agriculture,+. XXXVIT, p. 299. (2) Industrie française,&.\, p. 179. (55) porter qu’à deux cent mille mérinos et un million de métis. Quoi qu’il en soit, nous de- vons chercher à augmenter ce nombre jusqu’au point de satisfaire complétement à nos besoinsen laines fines, et l’état de la France nous laisse beaucoup à désirer à cet égard. Le bas prix des laines a beaucoup ralenti la propagation des mé- rinos, et j’ai lieu de croire que celle de métis a ré- trogradé dans beaucoup de départemens. On sait quelle controverse animée s’éleva, il y aquelques années, au sujet des moyens propres à augmenter ces prix. Les manufacturiers croyaient tout ga- gner en demandant la prohibition de la sortie de la laine mérinos; et ils n’avaient réussi par là qu’à achever la destruction de cette industrie. Les propriétaires de mérinos obtinrent la libre expor- tation, et le prix de leurs laines ne s’éleva pas, c’est qu’il aurait fallu en même temps prohiber l’entrée des laïines étrangères, et alors nos ma- nufactures auraient tombé. Le pouvoir est im- puissant contre les obstacles naturels d’une aussi grande importance, et son intervention ajoute presque toujours aux embarras de la situation, ou fait naître de nouveaux embarras qu’il n’avait pas prévus. Les propriétaires de mérinos doivent at- tendre cette élévation de prix de l’augmentation de Vaisance, qui multipliera la consommation (54) des draps fins; du renouement des liens sociaux; brisés ou suspendus par l’esprit de parti, et dont la cessation a rendu les hommes indifférens sur leur toilette, qui produira le même effet; du déve- loppement de l’industrie, qui créera de nouveaux genres de consommation en harmonie avec les goûtset les besoins du jour. Liberté du conmerce, modération des impôts, tranquillité et sûreté pour tous, c’est de ces sources fécondes que découle- ront tous les biens. Puissions-nous bientôt en goû- ter les heureux effets! Anrricce 4.=— Mérinos à l'étranger. Cependant s’il était possible que les étrangers produisissent constamment la laine de mérinos à un prix inférieur à ce qu’elle nous coûte, il fau- drait désespérer d’atteindre à cette heureuse ba- lance qui peut nous permettre d'accroître le nom-, bre de nos mérinos indigènes. Voyons donc quelle est leur situation à cet égard. Ce que nous avons de plus précis sur l’état du commerce des laines en Angleterre, c’est l’inter- rogatoire fait, à la Chambre des communes, en 1800. Il en résulte que les laines anglaises ne suffisaient pas à la fabrication, et que leur quantité allait en décroissant par l'effet du défri- éhement des communaux, qui tendait, par l’amé- (55) lioration de la culture, à remplacer les moutons par des bœufs et des vaches, et les races de mou- tons à laine superfine par des moutons d’en- grais(1). L'augmentation de la population de ce pays; la grande consommation de la nourriture animale; la facilité qu’il a de s’approvisionner de laine sur le Continent; la diminution générale de la consommation des draps et du prix des laines depuis la paix: tout nous assure que cette ten- dance n’a point changé, et qu’ainsi ce que M. La Borde a pris pour une réussite des mérinos(2), n’est que l’effet d’essais partiels, et n’annonce qu’un succès disputé(3). L'Allemagne nous fournit annuellement une grande quantité de laines fines. La Saxe a mé- tisé presque tous ses troupeaux, et est parvenue à avoir des laines qui n’ont pas véritablement le nerf des laines d’Espagne, mais qui les surpassent en finesse, et qui réunissent d’ailleurs plusieurs qualités très-avantageuses aux fabricans. Ainsi elles sont singulièrement moelleuses, déchirent moins à la filature, exigent moins d'huile, font des draps fins, légers, peu foulés, qui conservent Ga) Bibl. brit, t. XIX, p. 35 et suiv. (2) Esprit d'association, t. 1, p. 296, 2°. édit. (3) Syst. d’agr. d'Holkam, p. 67; et Bibl. universelle agric., t VI, p.29 et suiv. (56) leur aunage à l’apprêt, et sont goûtés pas Les con- sommateurs. Les laines espagnoles et françaises ne pourraient remplacer celles-ci selon l'opinion de beaucoup de fabricans; mais ce genre de con- sommation est nécessairement borné, etceslaines exigent d’être mélangées à des laines plus nerveu- ses. D'ailleurs il ne faut pas renoncer à se procu- rer les mêmes qualités de laines en France, soit par la double tonte, comme on le pratique en Allemagne, et comme on l’a proposé dernière- ment, soit par certains croisemens; et si nous pouvions les créer avec concurrence, il n’est pas douteux que cette industrie, déjà bornée par le voisinage des bêtes à cornes et par la nécessité de seprocurer, dans ce climat, des nourrituressupplé- mentaires d'hiver, ne prendrait pas un fort grand développement. Les nouvelles lois espagnoles, en rendant à chacun le droit de propriété, en dé- truisant Les privilèges de la Mesta, tendront sans doute aussi, mais avec une lenteur proportionnée à l’état de décadence où était tombé ce pays, à réduire le nombre de ses moutons. En général je ne pense pas qu'un accroisse- ment assez fort pour avilir beaucoup le prix des laines-puisse venir en ce moment de l’améliora- tion de l’agriculture; mais il peut n’avoir point de bornes dans un pays à pâturages abondañs, ———_—_———— mL nr HoiMeES s (57) qui aurait peu de population, et où l’on introdui- rait tout-à-coup la race des mérinos. La première industrie d’un pays désert et fertile est l’indus- trie pastorale; elle s’associe fort bien avec l’en- treprise d’ouvrir quelques sillonset de récolter un peu de blé; maïs la culture exige un fonds de po- pulation considérable, et tandis qu’elle s’accroît avec lenteur, les troupeaux s'étendent rapide- ment sur les terres encore vierges, et leur font produire une rente. Quand dans un pays de ce genre le terrain sera naturellement sec, le mou- ton tiendra une grande place dans l’économie: c’est ainsi qu’on le voit se multiplier depuis quel- ques années dans la Nouvelle-Galles et dans la Russie méridionale. Ailleurs, où les pâturages sont humides, comme en Hongrie, on s’adonne à l'éducation des bêtes à cornes et des chevaux. En 1803, le capitaine Arthur annonçait qu’il avait à Botany-Bay quaire mille brebis qui n’a- vaient que des béliers espagnols; il calculait sur un doublement de nombre de trente en trente mois, et il affirmait que dans vingt ans la colo- nie pourrait fournir toute la laine qui s’importe en Angleterre. Voilà quelles étaient alors ses as- sertions et ses espérances(1). Mais en 1811, il (1) Bibl. britan., Agric. jt. X, p: 74. (58) n'avait pas fait les progrès qu'ilavait annoncés. Il n'avait que quatre mille six cents bêtes à laine, et ilparaissait s’être entièrement adonné à laproduc- tion de la viande au préjudice de sa spéculation sur les toisons(r}. Les besoins en subsistances de : cette colonie; les sécheresses, qui rendent son agriculture précaire; son grand éloignement de l’Europe, qui rendrait lestransports des marchan- dises de beaucoup de volume très-coûteux, tout tend à nous convaincre que nos spéculateurs n’au- ront jamais une concurrence bien redoutable à craindre dé ce côté. Il n’en est pas de même de la Russie méridio- nale. La beauté des pâturages, la proximité de l’Europe, le défaut de population du pays, les mains actives entre lesquelles il se‘trouve, la puissance d'administration d’un despotisme éclai- ré; tout nous fait présumer que ce pays tra- vaillera à augmenter ses laines fines; mais il s’y rencontre un obstacle, c’est qu'il possède dans ce moment un nombreux bétail, composé de la grande brebis kirguise à laine grossière et feutrée et à grosse queue, très-estimée des ha- bitans comme fournissant de bonnes fourrures, seul habillement du pays. Mieux vaudrait ne rien (1) Annales des voy:,\. XVIL, p-141.. TFUE VITRES RÉ RS (59) avoir du tout, et ne pas avoir à combattre contre des préventions populaires; mais l’appât du gain prévaudra. La laine de la brebis kirguise ne se vendque trente centimes la livre; la carcasse n’en vaut rien, la queue et la peau sont seules estimées; les préjugés religieux s’opposent à l’introduction d’une meilleure race de moutons à graisse dans cé pays, où les jours maigres sont si nombreux: ainsi je regarde comme très-probable la propaga- tion indéfinie d’une race à laine fine dans ce pays, et elle y aura les chances les plus favorables. La plupart des grandsseigneurs russes se sont procuré des mérinos et lesontintroduits dans leurs domai- nes, les généraux cosaques eux-mêmes, grands propriétaires de troupeaux, ont voulu en amé- liorer la race; Platow avait douze mille moutons et travaillait à leur croisement(1). M. Pictet a introduit près d’Odessa huitcent soixante-dix mé- rinos en 1809; ilen avait treize cent sept, et dix mille sept cent soixante-cing métisen 1818(2). Il nous assurait alorsqu’ilcréaitla laine fineavechuit neuvièmes de bénéfice sur le reste de l’Europe. Qui pourrait résister à une telle concurrence, si elle venait à s'étendre? Cependant la tendance (1) Annales des voy.(nouvelles), t. IL, p. 138. (2) Bibl. univ., Agric., t, IL, p. 261 et suiv, (Go) et les circonstances du pays portant les habitans à . suivre de préférence la voie du métissage, il est propable que l'amélioration n’atteindra que len- tement le degré de finesse désirable, et que nous recevrons bien de la laine de la Russie méridio— naleavant d’en recevoir de superfine. La population des États-Unis est croissante, une industrie active la caractérise; mais elle porte dans ses maïns la hache du défrichement de préférence à la houlette du berger: d’ailleurs l'humidité des forêts épaisses s’y oppose aux pro- grès de l’élève des moutons, et les habitans ont unerépugnance très-marquée pour leur viande(r). Rien ne porte à croire que ce pays suffise de long- temps à ses propres besoins. Ainsi l’état général du monde ne nous fait craindre aucune production nouvelle, prochaine, exorbitante de laine superfine, qui puisse faire À s.| tomber subitement le prix de celle qui est pro-| duite:examinons donc quel est ce prix.| ARTICLE 5.— Prix des laines. La valeur des laïines a diminué en Angleterre depuis l’année 1339, c’est un faitque Smith nous| présente avectouslesdéveloppemens convenables. (1) Voyag. de Morris Birbeck. (61) Vingt-h uit livres de laine-achetaient alors douze boisseaux de froment; elles‘n’en achètent plus aujourd’hui que six boisseaux(1). À ne considé- rer que le fait isolé, il semblerait que le rapport de production de la laine. au blé a doublé dans ce pays; mais Smith attribue entièrement ce changement de proportion aux prohibitions de sortie dont sont frappées les laines, et à la libre importation des laines étrangères. Mais ayant procédé au dépouillement de nos anciennes mercuriales communales du dix-sep: tième siècle, qui contiennent souvent le prix de la laine à côté du prix du blé, j'ai pu juger que cet effet n’avait rien de particulier à l’Anpgleterre, et que Le quintal de laine qui achetait dans le midi de la France quatre hectolitres de blé dans le com- mencement de ce siècle n’en achète plus mainte- nant que deux hectolitres trente centilitres. Or, nous savons d’une manière à-peu-près sûre que les troupeaux ont plutôt diminué qu’augmenté dans nos provinces; nous savons de plus positivement que les récoltes de grain s’y sont accrues, d’où il suit que la seule cause à laquelle on puisse attri- buer la baisse de la valeur de la laine, est la di- minution de sa consommation, et probablement (1) Richesse des nations, iv: Pichet ({ Gi) l'introduction de l’usage des étoffes de coton et de soie dans l’usage général. D’après l’ebservation des trente dernières an- nées, il paraît que la laine commune du midi de la France vaut, lavée, environ trois francsle ki- logramme; la laine de mérinos de Rambouillet s’est veéndué, dans la vente 1820, au prix de qua- tre frañcs cinquante centimes en suint, et par con- séquent six franos soixante-quinze centimes lavée; et si l’on compare le prix général des laines com- munes, on trouve que cette année représente assez bien la moyenne, pour croire que ce prix est aussi le prix moyen des laines mérinos superfines. Mais il ne faut pas se faire illusion à cet égard, le plus grand nombre des troupeaux mérimos est très-inférieur à celui de Rambouillet pour la beauté des laines, et une moyenne générale sur le prix des laines mérinos françaises ne nous don- nerait pas au-delà de deux francs cinquante cen- times en suint. Selon M. Morel de Vindé(x)ce prix est une in- justice et même, selon M. de Polignac(3), Vef- fet d’une conspiration des fabricans contre les propriétaires de mérinos. Jé ne puis croire à au- (1) Mém. sur la parité, p. 50. (2) Rapport sur les mérinos, p. 59: 2 ER Rd 2e mg (65) cune coalition dé cette espèce, je présume plutôt que le défaut de lavoirs, d’assortissages doit contribuer beaucoup à cette défaveur. Les fabri- cans, exposés à faire un triage, un lavage auquel peu d’entre eux sont préparés, préfèrent acheter des laines surges espagnoles, et la concurrence se trouve réduite, pour l’achat de nos laines, au pe- tit nombre de fabricans qui ont des ateliers orga- nisés pour procéder à ce lavage. Maintenant si nous comparons les prix payés à la vente de Rambouillet avec ceux que lon a donné des laines superfines espagnoles, nous trouvérons que cet établissement a bien été traité sur le même pied, et que l’acheteur admettait la parité des deux laines. La laine de Rambouillet coûtait en suint deux francs vingt-cinq centimes, il faut tripler ce prix pour avoir la valeur en blanc, ci. OS 720 Ajoutons les deux neuvièmes PR RS SRE I 5o SL 26 01 C’est à-peu-près le prix auquel reviennent les laines superfines espagnoles lavées, cette année, parce que la différence est couverte par les condi- ( 64) iions du commerce; et par les frais de vente de Rambouillet, qui ont été payés par les acheteurs, Il n’en est pastout-à-fait de même dans le midi, ignement des fabriques de drap fin met où l’élo inos dans la nésessité de cé- Les possesseurs de mér der leurs laines à plus bas prix; ou de les envoyer au loin pour être vendues à des prix incertains. Ajoutons que peu de troupeaux ont une laine e de Rambouillet, que son aussi suivie que cell ande partie de bé- troupeau est composé en gr liers et demoutons qui donnent une grande abon- dance de laine superfine, et qu’un troupeau com” posé de brebis en donnerait de la moins belle et en moins grande quantité. Ces considérations prouveront que Ja laine des mérinos français n'é- e de la défaveur que par l'effet de l'isolement de l'embarras qu'un lavage issage pénible donnent aux prouv des propriétaires complet et un assort fabricans, et du défaut général de suite dans les a plupart n’ont pas eu de béliers troupeaux; que 1 mais ont été renouvelés comme au ha- de choix, e le plus grand nombre ne peut sard, ce qui fait qu compter que comme de beaux métis. Dans une position si défavorable sur- tout priétaires du midi, fau t obtenu que la moitié du prix pour ces pro til s'étonner si là plupart n’on de Rambouillét, et y a“til lieu de croiré que; sis cat ( 65) sans de plus grands soins, ils parviendront à ce maximum de valeur de nos laines françaises. Cela est peu croyable. Nous devons conclure de ce qui précède que, pris sur une longue moyenne, le prix de 1820 re- présente en effet la moyenne du prix de la laine, et que par conséquent on ne peut pas compter d'en retirer au-delà de quatre francs cinquante centimes le kilogramme, quand les troupeaux se. ront soignés et composés en grande partie de bé- liers et de moutons; que pour les troupeaux de brebis, quatre francs le kilogramme c’est tout ce que l’on peut attendre; et que pour les troupeaux ‘moins bien suivis, le prix peut être encore bien inférieur, sans aucune injustice de la part des ma- nufacturiers, et parle seul effet de notre position. C’est ainsique, cette même année, lamoyennedes prix payés des laines mérinos dans les troupeaux particuliers, n’à pas été au-delà de trois francs le kilogr.; prix sur lequel porteront nos évaluations. ARTICLE 6.— Poids des laïines. On s’accorde à regarder le poids de quaire kilo- grammes comme le poids moyen des toisons méri- nos de Rambouillet(1). On aurait tort cependant (1) En 1822, une toison dé bélier a pesé onze kilo- grammes dans cet établissément. 5 (66) de vouloir établir sur ce pied le produit d’un trou- peau, l'expérience nous prouve qu’on serait désa- gréablement détrompé si le nombre des brebis était un peu considérable. J’ai donc cru devoir rassembler à cet égard des données exactes, et voici ce que J'ai trouvé. Les troupeaux d’élite de Rambouillet, et de M. Pictet à Lancy, nous don- nent pour moyenne: kil. Bélier... ue Bree c 0) 360 Antenoises.,. 5,49. Ces moyerines seront aussi atteintes par ceux qui, ayant une bonne race, nourriront leurs trou- peaux avec autant de soinet d'’abondanceque dans ces bergeries célèbres, car le poids de la toison dépend beaucoup de la nourriture. Mais avec une race un peu inférieure en choix et un peu moins éloignée, oettemoÿenne déscendun peu;etvoicice. que jel’ai trouvée dans les troupeaux mérinos que particuliers et trai- je connais appartenant à des tés sans lésine, £ kil. Bélier: 21 13,70, Brébis!....) 2,70; Antenoises.,. 410. C’est sur ces bases que nous devons raisonner } (67) quandnous ne voudrons pas prendre des chimères pour des réalités. CHAPITRE II. Défauts des mérinos. D'après çe que nous avons vu dans le chapitre précédent, si toutes les autres qualités des méri- nos étaient égales à celles des races du pays, il suffirait de substituer dans chaque compte la va- leur de leur toison à celle de ces dernières, et on aurait d’un trait de plume les nouveaux résultats que nous cherchons; mais on accuse les mérinos de plusieurs défauts qui feraient éprouver quelque déduction au crédit de nos comptes, et qu’il nous importe d'examiner attentivement. Ces défauts sont, selon les adversaires de cette race, 1°. qu’elle est plus sujette que les autres à certaines mala- dies; 20. que les brebis en sont moins fécondes; 3°. que sa consommation est plus forte; 4°. qu’elle s’engraisse difficilement. Nous allons parcourir successivement ces diverses inculpations. ARTICLE LEP Dispositions des mérinos aux maladies. Nous avons dit, dans le chapitre premier de la première partie, que les bêtes à laine courte et fine étaient beaucoup plus sujettes à la pourriture que celles à laine longue et grossière. Comme 5* ( 68.) possédant au plus haut degré les qualités du pre- mier genre de bêtes à laine, les mérinos ont aussi très-éminemment leurs dispositions à la cachexie. Si l’on cite des lieux aquatiques où leur race a ré- sisté aux influences fâcheuses de la localité, on peut être sûr que ce n’est qu’à l’aide de provende, de fourrage sec et d’autres moyens artificiels qu'ils ont soutenu cette épreuve. Rambouillet, dont la situation serait si pernicieuse sans ces ressources, est là pour confirmer cette opinion. Dans toutes les épizooties de pourriture que j'ai vues, là où les mérinos étaient en pâturage, c’est par eux, c’est par les métis qu'a commencé la maladie, et leur préservation par les fourrages secs n’a rien d’étrange pour qui sait qu’on guérit même certaines cachexies commençantes par la. nourrirure sèche, et sur-tout par la luzerne: Ces considérations donnent l’exclusion absolue‘aux mérinos dans tous les pays où les races indigènes sont quelquefois atteintes de la pourriture, etres- treignent à un. moindre nombre de jours, dans l’année, ceux où ils peuvent profiter des pâtu- rages frais, qui sont supportés par une autre race moins prédisposée à cette fâcheuse maladie. Dans la plupart de nos pays du midi, où nous possé- dons déjà des races à laine fine, la différence est légère; mais dans d’autres climats, il serait pos- (69) sible qu'il fallût ajouter, chaque année, près de deux mois de nourriture à la bergerie, au temps où l’on est obligé d’y tenir les bêtes du pays. Ces données sont si peu fixes et dépendent tellement des circonstances locales, que nousne pouvonsrien établir de précis là-dessus, et que chacun doit faire son compte particulier à cet égard. Il est certain que les agneaux mérinos sont beaucoup plus sujets au tournis que les autres races communes. Dans nos pays méridionaux, nous ne connaissons presque le tournis que par les mérinos, à peine perdons-nous deux agneaux sur cent de cette maladie dans nos races commu- nes; mais la perte des mérinos est bien plus considérable. La perte du troupeau de M. Mo- rel de Vindé a été annuellement de quatre cen- tièmes(1). M. Girou de Buzaringues fixe au qua- druple de la perte des métis, celle de la race méri- nos par cette cause en 1819; dansle département de l'Aveyron, et pour 1820 à près du double(2). Or les bêtes du pays sont encore moins sujettes au tournis que les métis eux-mêmes. Il paraîtrait donc que le risque de la mortalité par le tournis serait habituellement plus du double en sus de la (à) Mém. de la Soc. d’agric. de Paris, 1816, p. 162. (2) Journal des propriétaires ruraux du midi, 1821, p: 118. (70) perte de bêtes du pays, et qu'en ne la portant qu’au double on les traite avec faveur. Ainsi, en supposant une perte moyenne de deux pour cent sur les agneaux du pays, ce serait une perte ad- ditionnelle de deux pour cent à faire supporter aux mérinos dans les pays dù midi. Il paraît que dans le nord cette proportion est beaucoup plus forte, elle va même à cinq pour cent sur les bêtes du pays en Allemagne(1). La gale s’empare de la peau des mérinos avec une ténacité imconcevable, et l’on sait combien de soins exige le traitement de cette maladie, etque de déchet elle cause sur la laine. Des soins ga- rantissent dé sa contagion, et l’empêchent de s’é- tendre; maïs ces soins particuliers sont une des causes qui font rechercher pour les mérinos un berger particulièrement bon; habile et attentif. Je n’ai pas vu de beau troupeau de mérinos sans un tel berger, et on ne l’obtient guère sans qu’il en coûte au moins un dixième en sus des dépenses ordinaires de garde. Le piétain entre aussi pour sa part dans ce sur- croit de frais. Cette cruelle maladie peut être ar- rêtée à temps par le traitement préservatif de M. Morel de Vindé; elle peut être guérie par les (1) Laubender, Æardbuch, t. IV, p. 168. (71) soins d’un bon berger, sans quoi on risquerait de perdre, par cette contagion, le troupeau le plus florissant. On a remarqué cette maladie principa- lement sur les mérinos, sans doute à cause de leurs fréquens voyages et déplacemens dans le temps de leur HE vogue; mais nous avons lieu de croire qu’ils n’y sont pas plus sujets que les races communes dans les pays où la maladie règne endémiquement, etque la contagion la pro- page également sur toutes les races, et mème sur les animaux d’espèces différentes. Aiïnsile tempérament des mérinos et leur disposi- tion à ces maladies donneront lieu, dans le compte des frais, à une augmentation d’un dixième des sages et entretien du berger, et à deux augmen- tations variables: 1°. celle du fourrage nécessaire pour le temps de la nourriture sèche, destinée à les préserver de la cachexie; 20.une perte d’agneaux par le tournis, fixée au double de la perte com- mune sur la race du pays. ARTICLE 2,— Fécondité des brebis mérinos. Nos races du midi sont peu fécondes en com- paraison de celles du nord, et sur-tout de celle appelée flandrine; cependant le nombre des agneaux dépasse toujours d’un tiers et quelque- {ois de moitié celui des brebis soumises à la (72) monte, soit par l'effet des doubles portées, soit par celuides brebis qui portent deux fois dans l’année, quand un troupeau est bien soigné et bien entre- tenu. Les doubles portées peuvent même s’y cal- culer à près d’un huitième, et les bêtes infécon- des, au plus, au trentième. On ne peut point compter sur ces produits avec la race mérinos, et quoiqu'il soit bien connu que la froideur des mâles y est plus grande que dans les autres races, etqu’il en faut toujours un plus grand nombre dans un troupeau, on ne peut cependant jamais compter sur un nombre d’agneaux égal à celui des races communes, même en pourvoyant suffisamment le troupeau de béliers. Mon expérience me ferait porter au sixième du nombre total des brebis qui dépassent un an, celui des bêtes infécondes ou qui avortent. M. Morel de V'indé nous a donné des tableaux rigoureux des montes de son trou- peau, c’est sans contredit les données les plus exactes que nous ayons à cet égard, et dans un iroupeau aussi soigné que le sien, le nombre des brebis infécondes est moindre d’un treizième: ob- servons qu'il ne soumet à la monte que les brebis de trente mois, et il a raison sans doute, s’il s’a- git d'améliorer sa race, mais que par le produit en agneauxilest fortau-dessous de ce que Je suis, en portant au sixième le déficit sur les brebis d’un (73) an. Le nombre des naissances doubles estaussitrès- rare chez lui, comme je puis l’avoir éprouvé moi- même: il est seulement d’un trente-sixième(:). Le nombredes brebis qui portent deux fois dans l’année est aussi très-borné danscette race; le trou- peau que j'observen’en a qu’un fortpetit nombre, malgré son excellente nourriture, et de plus les agneaux venus en été conservent une débilité extrême; que n’ont pas nos agneaux du pays sou- mis au même régime. La lenteur du développement des mérinos est très-sensible:« Ce n’est qu’à trois ans accomplis qu’une bête de cette race a toute sa grosseur, tan- dis que, dans nos races communes, les individus ont souvent atteint tout leur développement à quinze ou dix-huit mois(1)». Les femelles ne prennent le bélier que lorsqu’elles sont antenoi- ses; rarement avant l’âge de dix-huit à vingt mois, et quelquefois seulement à trente mois accomplis. J’ai parlé delafroideur des béliers en comparai- son de ceux des pays voisins: voici un fait que je puis citer. Ayant mis des béliers mérinos dans un troupeau de belles brebis du pays, le nombre des naissances diminua beaucoup cette année-là, et Q) Mém. de la Soc. d’agric. de Paris, 1815, p. 160. (2) Pictet, Faïfs et observations sur Les mérinos SD' 24. (74) l'année. suivante, ayant mis des béliers du pays en concurrence avec eux, il devint évident que ceux-ci se préparaient moins long-temps,étaient plus vifs et faisaient beaucoup plus de monies, quoiqu’ils les fissent à la dérobée; parce qu'ils étaient désarmés et craignaient les cornes des mé- rinos. Ce défaut d'activité est une des causes qui ont borné les«effets du métissage. Les mérinos ont donc un désavantage marqué sous le rapport de la fécondité; quoique mis en parallèleavecunerace naturellement peu féconde. Toutes Les fois qu’il s’agira d’un troupeau de bre- bis, nous pourrons compter avec certitude sur un déficit de naissances d’un sixième au moins, Sur le nombre de brebis qui dépassent un an. Anrrcze 3.— Consommation de la race mérinos. Il y a deux points différens à examiner dans la consommation d’une race: 1°. la nourriture dont elle a besoin pour soutenir son existence et ne pas dépérir; 2°. le degré d'intelligence et d’acti- vité dont elle est pourvue pour se la procurer. Ainsi deux armées qui reçoivent chacune leur ration vivent de la même masse de subsistances; mais si les distributions régulières viennent à manquer, l’armée la plus intelligente, la plus active trouve sa subsistance dans les ressources A (75) cachées du pays; l’autre, qui manque de ces qua- lités, méurt de faim, ouest obligée de se retirer. cés dans cette der- Les mérinos peuvent être rang nière catégorie. Le troupeau de Rambouillet consomme par jour un kilogramme de luzerne et un quart de ki- logramme d’avoine par tête(1). Selon les for- mules de Thaër(1516), quinze livres de foin équi- valent à cinq livres quarante onces d’avoine pour les facultés nutritives: il en résulte qu'un quart de kilogramme d’avoine vaut soixante-dix gram- mes de foin et cinquante-six grammes de luzerne; la nourriture des mérinos de Rambouillet s'élève grammes de 8 luzerne par jour, plus encore de la bâle de blé donc à un kilogramme cinquante-six que nous consentons à ne regarder que comme un lest. Les brebis de Rambouillet sont du poids moyen de quarante-deux kilogrammes; mais on entretient beaucoup de béliers, que nous compen- serons par les antenois et les agneaux: c’est donc trente-sept grammes de luzerne par kilogramme du poids de l’animal(2). Mais cette même race, ces mérinos si exigeans () Bb. britan., Agric. ,t. VI, p.29: (2) M. Tessier accorde deux livres foin et‘une livre grains, ou six gros; ce qui rentre dans ces proportions. (76) changent-ils de volume? descendent-ils au poids moyen de trente kilogrammes? M. Collegno les entretient avec trente onces de foin(neuf cent dix-huit grammes), qui, par sa qualité, équi- vaut, il est vrai, à la luzerne; ce qui nous donne à-peu-près la même quantité relative de nourri- ture ou trente et un grammes par kilogramme du poids de l’animal(1). Les moutons du pays exigent-ils une nourTi- ture moindre pour entretenir une masse égale? M. Crud a fait des expériences très-soignées sur la consommation des brebis de Suisse du poids moyen de dix-sept kilogrammes cinq grammes. C’est une race petite, forte, qui passe pour être dure et sobre; elle a exigé, pour se maintenir sans diminution, sept cent quatre-vingt-quatorze grammes de luzerne(une livre dix onces); ce qui donne quarante-six grammes de luzerne par. kilogramme de poids(2): cette race si chétive ne mange donc moins que d’une manière absolue, mais elle mange plus, relativement à son poids. Voilà les données exactes, qui sont parfaite- ment confirmées par tous les aperçus que j'ai pu me procurer, par toutes les données intuitives @) Bibl. Britan., Agric.,t. VII, p. 274. (2) Idem; t. XV, p. 17: PE ENTE" (mi que J'ai pu recueillir par moi-même ainsi que par mes bergers. Mais nos races, si voraces au râtelier, se nour- rissent très-bien sur des pâturages très-maigres; elles n’ont plus besoin de provende dès qu’elles peuvent sortir; le mérinos qui les suit sur ces pâturages maigrit aussitôt qu’on lui retranche la 5 nourriture supplémentaire. J’ai toujours vu que quand les mauvais temps nous forcent à garder le troupeau plusieurs jours dedans, les’ mérinos en- graissent avec les fourrages les plus grossiers, avec le roseau(arundo phragmites), avec la paille; et les bêtes du pays souffrent. Mais le troupeau retrouve-t-il ses pâturages arides, aussitôt les bêtes du pays reprennent leur embonpoint, et les mérinos perdent le leur. Le mérinos craint en outre excessivement deux circonstances qui se rencontrent toujours dans nos pâturages d’été, la chaleur et la poussière. Pen- dant les grandes chaleurs, le mérinos cesse de manger, le matin, avant le reste du troupeau, et 1l commence plus tard le soir. Sa transpiration est plus abondante; et il maigrit sensiblement. Nous conclurons de ces observations qu’il est nécessaire d'augmenter le compte des mérinos d’une plus grande quantité de nourriture supplé- mentaire, que je ne crois pas pouvoir porter à (7) moins de cinq cents grammes de luzerne par Jour, ou l’équivalent en bâle de paille ou foin grossier pendant les mois où l’on ne donne rien dedans aux bêtes du pays, c’est-à-dire pendant les trois mois de l’été au moins, dans tous les pays où les pâturages ordinaires: sont tels qu’on n’y puisse entretenir plus de deux brebis par hectare. Par-tout où les pâturages sont abondans, ou bien quand la brebis peut paître à pleine bouche dans des prés ou des prairies artificielles, lemé- rinos se nourrit aussi bien que les bêtes du pays, et dans ce cas on peut éviter de donner de‘la nourriture supplémentaire. AnrTicre 4.— Faculté pour l’engraissement. IL est si bien constaté que la finesse et la bonté de la chair du mouton sont proportionnées. à la finesse de la laine, que l’on pouvait juger d’a- vance que le mérinos auraït da chair la plus dé- licate quand il: serait traité comme les autres moutons. Le préjugé contraire pouvait tenir àice que l’on n’a tué pendant long-temps que de vieux mâles devenus inutiles à la reproduction; comme celd a lieu aussi en Espagné:(x); mais dèsique le bas-prix des béliers a permis d’en châtrer de bonme EL (1) Tasteyrie, Hist. de l'introduct., p.66. (79) heure et de les élever comme moutons, on a pu se convaincre que le mérinos avait une chair su- périeure à celle de toutes les autres races: on s’est alors retranché sur la difficulté à prendre graisse qu’on leur a supposée. Il est vrai que leur forme est très-éloignée de celle des animaux re- connus pour avoir éminemment cette qualité. Leurs os sont gros; leur coupe tranchante, ainsi que l’échine; mais on en rencontre aussi qui ont le râble large et la cuisse développée, et l’on en trouverait davantage encore si l’on pratiquait sur eux la castration dés le premier âge, et qu’ainsi l’ossification n’eût pas le temps de prendre des formes aussi mâles. Mais laissant à part ces idées théoriques, examinons les faits de pratique qui nous ont été transmis. En 1800, ,on mit à engrais à Rambouillet trois moutons mérinos pesantensemble;cent,vingt et un kilogrammes cinq grammes.On les nourrit de luzérne et de son, et à la fin on supprima le son pour le remplacer par de l'orge et de l’avoine. Au bout de deux mois, leur poids fut-de-ceni soixante-trois kilogrammes; ilssavaient donc 0Q= 5 quarante et un kilogrammes cinq grammes de chair| ou: treize kilogranimes quaire-vingt- sept grammes chacun, Laissons de côté pour un moment.ce qu'il en peutavoir coûté pour amener ( 80) ce résultat, et ne nous occupons que de la possi- Dilité de l’obtenir. En 1788, Cretté Palluel mit à l’engrais des moutons du pays pris parmi les races de Beauce, de Champagne et Picardie. Je passe sous si- lence ses essais variés, pour m’en tenir à celui qui se. rapproche le plus de l’expérience de Ram- bouillet. Un lot de quatre moutons fut nourri avec des grains, avoine, pois, etc.: ce fut celui qui se développa le plus, et préférablement aux lots nourris de racines. On leur donnait des ali- mens à différentes reprises, mais à discrétion. L'augmentation du premier mois fut de dix- neuf kilogrammes cinq grammes; celle du deuxième mois, de neuf kilogrammes vingt-cinq grammes; celle du troisième mois de cinq kilo- grammes, cinq grammes et celle du quatrième mois, de deux kilogrammes. Ainsi pendant les deux premiers mois; durée de l’engrais de Ram- bouillet, l’augmentation fut de trente-huit kilo- grammes soixante-quinze grammes, ou de neuf kilogrammes soixante cinq-grammes par tête. Cet accroissement aurait donc été bien inférieur à celui de la race mérinos. j La proportion dela viande nette, aux dépouilles, est; dira-t-on', inférieure dans le mérinos, il faut aussiexaminer cette assertion. Leur rapport fut, ( 81) dans les moutons de Rambouillet, de cinquante six centièmes; dans le mouton champenois, nu- méro quinze, de Cretté Palluel, de soixante-douze centièmes; il fut de soixante-douze centièmes dans un mouton de Norfoclk, mis en expérience(1); les fameux moutons de Dishley rendent soixante- quinze centièmes; les métis engraissés par M. Pic- tet ne rendirent que dans la proportion des mé- rinos de Rambouillet cinquante-deux centiè— mes(2). Il y a donc un désavantage évident dans le mouton mérinos sous le rapport de la chair; mâis ce rapport change entièrement, si l’on re- marque que la tare du mérinos renferme une toi- son de trois kilogrammes solxante-cinq gram- mes, qui équivaut à une douzaine de livres de viande, et qu’en ajoutant ces douze livres au numérateur du rapport, nous aurons soixante- huit centièmes pour l'expression du rapport de la viande du mérinos au poids total. La laine du mouton champenois, au contraire, n'étant que de la valeur de la chair, ne fait pas. charger la proportion; mais aussi il paraît que de deux moutons gras, tondus, le mérinos a vrai- ment un grand désavantage, et comme les pro- QG) Bi61. britan., AE t. V, p. 148.) (2) Idem, t. VIII, p. 34. TR es (82) ; priétaires entendent trop bien leur intérêt pour les vendre en cet état, on s'explique facilement les préjugés des bouchers contre cette race. La forte proportion de viande‘des moutons champenois doit nous prouver au reste que nous avons des races qui, avec un peu de soin, parvien- draient à la proportion.de la race de Dishley, et que si l’on choisissait bien les béliers, les brebis; que les mères fussent bien nourries, les agneaux bien venans, et châtrés de bonneheure ,on n’au- rait rien à envier aux Anglais. Si j'avais Sur nos moutons à laine fine les mê- mes données que sur ceux de Champagne, il est probable que nous trouverions que nos races du Berri et de la Provence se rapprochent beaucoup du mérinos quant au rapport du poids total à ce- ” Jui de la viande. fl restait à essayer la rapidité avec laquelle ces animaux prenaient la graisse comparativement avec les autres racës: voici, à cet égard, une ex- périence que nous avons faite. Sept antenois ont été mis à l’engrais avec ca- rottes, betteraves, et foin à discrétion, cette nour- riture leur était distribuée en plusieurs repas; quatre de ces bêtes étaient provençales, deux étaient métisdelapremière génération etuneétait (85) mérinos pur: en un mois ils ont gagné, tous en 97- Fe semble, 2Z- de leur poids, ou quinze grammes, 70 9 i qu'il suit: Bêtes du pays, n°.1.,,.. DS= ON ER LL PAS«7— 0,15 DD, e.. à:— 0,08 np ie.te 26= 6)t6 Mélioises poney. Je 0=HIo;p2 D... 37— 0,23 pue 17 0 PO PT PAR AMEN PSE On voit ici la grande variété qui existe entré les individus, et que le mérinos et un des métis sont parvenus au plus grand embonpoint. Det outes ces données nous pouvons conclure que les bêtes à laine fine ont une moindre propor- tion de viande nette; que les mérinos s’engrais- sentaussi rapidement queles bêtes de quelquerace qu’elles soient, qu’ils acquièrent proportionnelle ment un aussi grand volume; et qu'à tout pren- dre un mérinos gras vaut un de nos moutons de race fine, mais qu’il est inférieuraux moutons des races du Nord dans la proportion de seize cen- tièmes, en le supposant dépouillé de sa toison: de sorte qu’en le considérant avec le bénéfice que donne sa toison, il estaussi avantageux d’engrais- ser un mérinos que les races les plus favorisées du côté de la graisse, et plus que les races 4 laine 6* (843 fine du pays. Il est vrai de dire encore que sa peau est moins appréciée par les tanneurs, à cause de sa grande finesse. CHAPITRE III. Valeur des mérinos. Sr nous cherchons à conclure la valeur des mé- rinos de toutes ces données, nous rencontrerons quelque difficulié. Faut-il la déterminer rigou- reusement, en supposant que les mérinos n’aient aucune vogue particulière, en ne consultant que leur produit, en supposant que la demande en soit toujours remplie par la reproduction? Alors, sans doute, nous nous éloignerons beaucoup des prix de faveur qu'ont obtenus les premiers spécu- lateurs qui ont calculé sur l'engouement de la mode, sur l’irréflexion, sur la concurrence, etqui ont réussi d’une manière si brillante, comme tous ceux qui exploitent, les premiers,/une affaire de vogue. Nous nous éloignerons même beaucoup des prix de vente actuels de Rambouillet, où la con- currence des riches capitalistes à fantaisies, et la beauté supérieure de la marchandise, ont déter- miné aux prix de marché si éloignés de celui des ventes particulières. Nous désirons et nous croyons que ces prix de (85) vente se soutiendront, à cause de l'excellence de ce troupeau, de son voisinage de Paris, et du petit nombre d'individus qu'il peut fournir. Nous croyons que plusieurs autres troupeaux qui par- ticipent à tous ces avantages obtiendront aussi les mêmes faveurs:eh! plût à Dieu que toutés les fan- taisies de nos riches eussent un résultat aussiutile que l’entretien et l’amélioration de cette belle race! Mais laissant de côté tous ces cas particu- liers, examinons ce qui peut atteindre la vente des troupeaux de mérinos moins favorisée par la'lo- calité. Pendant que le prix moyen de Rambouillet s’é- lève à cinq cents francs(1), et que le bélier le plus cher a été adjugé à mille cinq centsfrancs(2), nous recevons dans nos provinces desoffres pour choisir, sur des troupeaux superfins, à trente francs les bé- liers et de vingt à trente francs les brebis. L’habile agronome qui fait ces offres a été réduit, par défaut d'acheteurs, à procéder à la castration d’une par- tie de ses béliers. # Cherchons done, indépendamment de toutes circonstance, le prix intrinsèque du mérinos. Je prend pour base la valeur moyenne de nos brebis (1) Nouvelles Annales d'apric., t. X, p. 409. (2) Il en a été adjugé un, en 1821,à 3,117 fr. 5o c. a———— ( 86.) du pays d’un poids égal au sien, telles qu'on les trouve, dans les environs de Tarascon, et que jé fixe à treize francs. Un troupeau se trouvant composé d’un tren- tième de béliers, un septième d’antenoises sur une brebis, un troupeau de trente brebis sera com posé de. Un bélier; dont la toison pèsera trois kilogrammes soixante“dix grammes, àtrois francs..,.«.. 11fr.10 c. Ftoisons d’antenoises, qui pèse- ront quatre kilogrammes dix gram. et ensemble dix-sept kilogrammes F soixante-trois gram., ci...... 52 89 Trente toisons de brebis, quatre- vingt-un kilogrammes, ci..... 243» Lotaksst 1504000 Divisant cettesomme par 45, nombre des toisons, il nous vient huit francs soixante-neuf centimes pour prix de la toison moyenne. Si de ce pri® nous retranchons aussi d’une toison du pays; qui est de trois francs, il nous reste cinq. francs soixante-neuf centimes à l'avantage des mérinos. Cet avantage est compensé par les inconvé- niens suivars: Re or CERETNX (87) Supplément de garde..... 0 fr. 4o c. 2°, Perte par le fournis| Lire à 16 30, Déficit de naissances,.««. 1 16 4. Nourriture supplémentaire RU LE NOR PRE DR EN ET 3 fr. 52 c. Ce qui réduit l’avantage du mérinos à deux francs dix-sept centimes. Une rente de cette somme sur une bête qui a onzeans de vie moyenne représente lé capital de neuf fois la valeur de la rente: c’est donc, dans notre cas ,’un capital de vingt francs cinquante-trois centimes qui représente cet avan- tage; ce qui, ajouté à treize francs, valeur de la brebis du pays, nous donne trente-trois francs cinquante-trois centimes pour valeur de la brebis mérinos, d’une race dont le poids de la toison soit d’ environ trois kilogrammes et demi. Ce prix nous donne LPRETRNTS francs environ pour le prix du bélier. T'el me paraît être le prix réel du mérinos, la laine fine se vendant trois francs le kiiogramme; si elle venait à baisser, ou que la fan du trou- peau ne fût pas telle que la lainevalûtun tel prix, il faudrait refaire ces calculs sur ces nouvelles ba- ses, et l’on parviendrait aisément apprécier la va- (88) leur des bêtes dont on voudrait faire connaître le prix. Ce prix serait le prix courant si la vente était assurée, et c’est ce qui aurait toujours lieu si toutes les positions convenaient aux mérinos; mais nous verrons. bientôt combien il s’en faut que cette hypothèse soit réalisée, et que, dans le plus grand nombre de cas, la valeur vénale de l’animal n’est passupérieure à celle des autres animauxde son poids, destinés à la boucherie. Après avoir ainsi dépouillé notre matière de toutes les illusions qui pouvaient nousinduire en erreur, il est temps de placer le mérinos dans les diverses circonstances agfcoles que nous avons décrites, et de juger comment il soutiendra la concurrence des bêtes du pays dans ces diverses positions. / TROISIÈME PARTIE. CONVENANCES AGRICOLES DES MÉRINOS. Quaxp lesmérinos ont été introduits en France, un grand mouvement s’opéraitdans les esprits, en agriculture comme en politique: on cherchait par-tout de nouvelles voies de prospérité, etl’An- gleterre eut souvent l’honneur de nous fournir des modèles dans les deux genres. Le trait prin- cipal de l’agriculture de cette île, l'abondance des (8) pâturages et des prairies, fut proposé à limitation des cultivateurs français, et les prairies artifi- cielles devinrent le texte de nos écrivains et le but de nos agronomes: c'était, en effet, le moyen de se procurer ces engrais abondans sans lesquels il ne peut exister d'agriculture vigoureuse. Peut- être ces conseils furent-ils jetés dans un moule trop uniforme; peut-être n’indiqua-t-on pas tou- jours la route préférable dans nos contrées du midi; peut-être méconnut-on la puissance de notre riche climat, et la valeur des cultures in- dustrielles qui s’y sont naturalisées: maïs au moins ne pouvait-on pas s’égarer beaucoup en suivant la route qui venait d’être tracée, et la France lui doit de grands progrès vers la prospérité. Mais ce n’était pas toufd'accroître les prairies artificielles, il fallait en consommer les pro- duits, et les faire consom avantageusement:1l fallait donc chercher de nouvelles voies, de nou- veaux moyens de consommation. Presque par- tout le bétail ne vivait que des ressources natu- relles du pays, et presque par-tout, au lieu de chercher à améliorer sa position et à la tirer de sa détresse pour en augmenter le produit, les pro- priétaires, remplis de préjugés défavorables au bé- tail qu’ils possédaient déjà, et qui ne leur donnait presque aucune rente, cherchèrent à sortir tout- (90) àa-coup de l’ornière, et trouvèrent plus aisé de changer toutes les habitudes de leur pays, que d'y opérer des améliorations progressives. Les can« tons où l’on avait déjà de bonnes races de bestiaux- et un bon mode d'éducation persévérèrent dans leurs anciens usages; les spéculateurs des pays où les bestiaux n'étaient pas comptés comme pro- duits, suivirent presque tous, au contraire, une direction opposée à celle qui était suivie autour d'eux; et tous ne rencontrèrentipas tout d’un coup celle qui leur aurait été la plus avantageuse. Tous les esprits étaient occupés de ces nou- veautés agricoles; on tâtonnait de toutes parts, de toutes parts on cherchait le genre de bestiaux qui pouvait offrir un produit avantageux, et per: mettre de réaliser ces nouvelles récoltes de four- rage qui croissaient outes parts quand les mérinos furent intro Ms en France. On crut alors le problème résolu. Les cent bouchesde la Renom- mée furent occupées à prôner les nouvelles entre- prises; et bientôtilsentrèrentcomme partie obligée dans toutes les exploitations où l’on se piquait de suivre les progrès de l’art agricole. Ainsi les mé- rinos ne furent pas précisément la cause du grand mouvement en faveur des prairies artificielles; mais ils aidèrent, ils encouragèrent cette œuvre. et tant que leur haut prix se soutint, ils contri- (91) buërent à engager de nouveaux cultivateurs dans cette route d’améhoration agricole ,; dont, à leut chute même, si désastreuse d’ailleurs, ils ne de- vaient pas sortir entièrement. Voilà les faits telsque je croisles avoir obser- vés. Voyons maïhtenant si, revenus de ce premier engouement, nous pourrons élever avantageuse- ment les mérinos en France, et pour cela par- courons les divers genres d'éducation auxquels sont soumis nos moutons de race commune, et après avoirapprécié l’effetque produirait dans ces différentes positions la substitution des mérinos, voyons s’il ne serait pas possible de tracer une nouvelle route qui permit d’en attendre un profit raisonnable et sûr. CHAPITRE PREMIER. Mérinos dans les positions agricoles connues. AnTiGLe 1er.— Päturages suffisans toute l’année. Les pays où le pâturage est assez gras pour suf: fire toute l’année aux besoins des moutons, sont malheureusement aussi ceux où ils sont sujets à la pourriture, et où par conséquent on ne se livre qu’à leur engraissement, ét même en choisissant des aces à laine grossière, moins sujettes à la caè chexie: les mérinos sont donc exclus de ces loca- (92) lités, à moins qu'on ne leur donne en même temps une forte ration en nourriture sèche; cé qui ne peut convenir que dans des cas rares dont nous parlerons dans l’article huit de ce chapitre. Nous pensons donc que c’est avec beaucoup de réserve que l’on doit penser à établir des méri- nos dans ces situations privilégiées. Au reste leur produit brut y serait bien plus avantageux que celui des animaux à suif, qui n’y rendent que quinze francs environ. En effet on aurait la toi- san 4 6h Liber seit LAEUS M ONE RIRE Cinq sixièmes d’agneaux sevrés, ANT AN CS 202 PEUR NS" 15» 25 279 On croit que l’on paieraït ainsi largementle pâ- turage, si la vente des agneaux vendus comme méri- nosétaittoujours assurée; mais nous allons bientôt voir que cette vente est bornée, à cause du petit nombre des positions qui conviennent réellement aux mérinos, et que si l'agneau ne valait, par exemple, que dix francs, on aurait seulement vingt francs vingt-septcentimes, et seulementcinq francs vingt-sept centimes pour payer un surcroît de pâturage, qui ne pourrait être que considé- rable. (93) AnrTicLe 2.— Péturages insuffisans sans supplément de nourriture. Nous avons vu qu’une race propre au pays; élevée dans la disette qu’elle doit supporter, peut seule vivre dans cette position. Les mérinos y per- dent leur laine, deviennent faibles, souffrans; les brebis avortent: ainsi ils sont la une véritable source de perte, au lieu de présenter des bénéfices. Anricze 3.— Pâturage d'hiver. Troupeau transhuman. Cette position paraît convenir particulièrement aux mérinos, etilssesont propagés sur divers points de la Crau d’Arles par leurs descemdans directs ou leurs croisemens, en offrant même des béné- fices; mais une circonstance a arrêté l’accroisse- mentändéfini de leur propagation, c’est que les pâturages de la Crau ne sont pas assez riches pour eux, et qu'ils ne s’y soutiennent bien l’hiver qu’au moyen d’une nourriture supplémentaire qui y est rare, ou en choisissant des portions de pâturage particulièrement gras, et par conséquent plus coûteuses. Ainsi la vente des agneaux se trouvant bornée, on a été forcé de les châtrer et de les vendre au boucher au prix des bêtes du pays. Si l’on considère ensuite que la Provence n’est (94) pas un pays de fourrage; que les sécheresses le font monter quelquefois au prix de dix francs le cent de kilogrammes, et que rarement il des- cend à quatre francs, de sorte que le prix moyen en est au moins de six francs, on vérra le petit bénéfice que peut donner un bétail qui exige, au moins pendant cent quatre-vingt jours, un demi- kilogramme de nourriture supplémentaire, pour exister dans cet état de santé où le profit est pos- sible. Ces quatre-vingt-dix kilogrammes de four- rage vaudraient au moins cinq francs quarante centimes, ce quidépasse l'avantage que l’on pour- rait se promettre de la préférence donnée aux mé- rinos, si l’omait abstraction de la plus-value des agneaux. Faut-il donc s’étonner des pertes dont se plai- gnent' tous ceux qui se sont livrés à cette spécu- lation dans ce pays, et du découragement quia saisi tous ceux qui auraient pu les imiter. Recon- naissons que la prudence seule à mis un terme à cette propagation, et que ce n’est que d’une pro- duction plus étendue et plus constante de four- rage, etsur-tout de l’accroissementdes arrosages, qui permettent de compter sur des récoltes sans craindre la sécheresse de nos climats, que l’on pourra attendre des progrès de la race mérinos dans cette contrée. (95) Je ne connais pas les autres localités où les moutons transhument, il paraît qu’en Espagne les pâturages d’hiver sont très-abondans, et que les mérinos n’y exigent point de nourriture sup- plémentaire. Dans toutes les positions en général, le prix moyen du fourrage peut seul décider de la convenance qu'il y aurait à préférer les mérinos à la race du pays. AnTicre 4. Pâturages insuffisans avec des fourrages supplémentaires. Dans les positions"que nous avons décrites à l’article 5 de la deuxième partie, on pourra éle- ver des mérinos par-tout où l’on entretient con- venablement des brebis d’un poids égal, y com- pris de part et d’autre la toison; mais nous avons fait entendre que:le défaut d’instinct des mérinos exigerait un supplément particulier toutes les fois que le troupeau serait conduit sur un pâtu- rage peu fourni d'herbes, quelque succulentes qu’elles fussent d’ailleurs. Le compte de dépense pour deux cents brebis du pays se modifiera donc de la manière suivante par des mérinos, et l’ex- périence acquise que nous avons en ce moment même sous les yeux nous le prouve. . (-96) Compte pour deux cents brebis mérinos à Tarascon. Garde ETS Per re pr? Quatre cent quarante quintaux de luzerne, à deux fr. cinquante centimes. Cinq cents quintaux de foin gros- sier, à un franc cinquante centimes... Palledelitierere 1.022 Pâturage des chaumes.... Menus HTALS, es 26118 NS Intérêt du capital circulant.. 850 fr. 1,100 780 810 800 40 485 4,835 Nous avons omis à dessein de faire entrer dans ce compte l’intérêt du capital du cheptel, à cause de l’incertitude qui règne sur la valeur des mérinos, que l’on peut presque toujours acquérir à un prix inférieur à leur prix intrinsèque. Produit. Deux cents toisons, à huit francs soixante- méURLENHMmESS 0e De he+ oo+ À 1370080 Laine d'agneau.... ,........ 140 Quatre mille quintaux de fumier.. 1,400 ] EXT RE Di URE 9 MR SAS cine ce 4oo 3,670 (97) Report..... 3,67ofr. Reste qui doit être couvert par la valeur des agneaux...,+.,::.. 1,165 Somme égale.s.., 14,835 Or, sur les deux cents brebis il se trouve un septième de bêtes jeunes: elles se réduisent donc à cent soixante-douze; donc un sixième reste in- fécond, ce qui fait seulement cent quarante- quatre agneaux que l’on peut espérer; vendus à sept francs, prix des agneaux du pays, ils nous donnent une somme de...... 1,008 fr.»c. dont il faut retrancher deux cen- tièmes de perte par le tournis... 20 16 & Le———————…— Reste pour valeur des agneaux... 987. 84 Maintenant, si l’on veut bien se rappeler le , PP déficit que présentai®le compte des bêtes du pays, on voudra bien le compenser par celui que nous présente le compte actuel: nous avions pour perte (première.partie, chapitre IV, ar- ucle"Dar vies 6e fui see 205 1 find Nous avons pour perte dans le compte:actuél. hu 31e 25.tiobh 13269:oity Reste pour déficit, outre les mé- PORN 2 14 01 om Se Preis qe 204‘» 7 (98) Report...... 2o4fr.»c. qui, retranchés du produit des asTeaie: 8.00 0 0e 987 84 © nous donnent, pour le produit net d’un troupeau de deux cents brebis mérinos, dans les mêmes circons- tances que les brebis du pays... 773 84 re a MSP AR à 3 86 qui, multipliés par 9, pour avoir le capital as- suré, comme dans la partie précédente, sur une tûte qui a onze ans de vie moyenne; nous don- nenttrente-deux francs quatre-vingt-quatorze cen- times pour valeur de la jeune brebis mérinos.: cette valeur est sensiblement la même que nous avions obtenue par la considération de la valeur de la brebis du pays. Nous y arrivons maintenant par le simple calcul des frais et des produits; ce qui prouve que nous ne not$sommes pas écartés de la bonne route en fixant à trente-trois francs environ la valeur de la brebis mérinos: De ce qui précède nous tirons la conséquence que la brebis mérinos peut exister et payer tous les frais qu’elle occasionne dans la position que nous avons décrite, et en- général dans toutes celles où l’on élève avee avantage des, brebis de son poids. On se donnemême;, enla préférant, une (99) chance avantageuse ,gnais sur laquelle il ne faut pas trop compter, dans la vente des agneaux âu- dessus du prix des agneaux du pays. Ainsi le choix de la rate mérinos devient avan- tageuæ par-touf où les pâturages, ne donnant pas lieu à la cacheæie, sont sufjisans pour nourrir, sans La laisser dépérir, une brebis mérinos du poids de la brebis commune; l’une et l'autre pesées avant la tonte; et où la nourriture supplémentaire est suffi sante pour les temps de l'allaitement et de l'été, et ne revient pas à plus de deux francs cinquante centimes les cinquante kilogrammes, la laine étant à cent cinquante francs.; Nous avons vu ci-dessus que l’éducation du mérinos devient impraticable. sous des conditions plus rigoureuses. AnticLe 5.—]WMoutons mérinos. Nous venons de considérer dans les articles pré- cédens un troupeau de brebis mérinos, et nous avons vu quelles étaient les conditions qu’elles exigeaient: 1l convient maintenant d’examiner si un autre mode de composition du troupeau ne serait pas plus avantageux, et si, au lieu de vendre, dès la première année, les agneaux à sept francs, il ne serait pas préférable de les éle- ver pour les engraisser ensuite. ER ( 100) Il est clair d’abord que dion ne peut se livrer à cette branche d'industrie qu’en possédant un troupeau de mères; car on ne trouverait pas à acheter à un prix égal À celui des bêtes du pays un assez grand nombre de mérinos sevrés pour que cela pût être regardé comme une spéculation. Supposons donc que l’on ait un troupeau*de cent mères qui donnent chaque année soixante- dix agneaux: le recrutement annuel d’un sep- tième exigera annuellement quinze agneaux fe- melles ou mâles, et on pourra disposer de cin- quante-cinq agneaux par année; on les gardera quatre ans, âge auquel l’engraissement est le plus avantageux, et l’on aura un troupeau d'environ deux cents moutons, défalcation faite de la mor- talité. Ces moutons coûtent comme il suit: Valeur de deux cent dix agneaux sevrés, à Huitfrniol ie NL on SORA Intérêt de la valeur pendant quatre ans, à sixfour cent...... 452 80 Pâturage des chaumes pendant quatre ans, ainsi que‘ce qui suit. 3,200» Deux quintaux de fourrage gros- sier ou paille, l’hiver, par an; à un franc cinquante centimes... 2,400 re » 7712 80 ( 107)’ Report....... 7,712f. 80 c. Paille pour litière....,.. 3,200» Mall ohieeice die» ee 00e t Menmsifrai® 494 aurstus.r. 40» Intérêt du capital circulant à dix pour cents,: 4...#1. se.+ 1,084» 14,536 8o Plus, pour engrais de deux cents moutons à dix francs..««.««« 2,000> 16,536 80 Si les herbages sont bons et valent ce qu’on leur impute ici, les toisons rendront ce qui suit: Cinquante toisons d’agneaux‘à DR Re du 5 4 De dt. FOOÉL.» ci Cent cinquante toisons de mou- 1ons à 07126 Élancs., 2 je à à«#10 1,090.» 1,720» Et pour quatre ans........ 7,000» Revente de deux cents moutons gras à vingt-quatre francs....,. 4,800» Fumier, seize mille quintaux, à trente-cinq centimes....,... 5,600» 17,400» Bénéfice: 1.."96%} 20 ( 102) On voit donc que cette spéculation est plus avantageuse encore que d'augmenter Hors de me- sure untroupeau de brebis toutes les fois que les asneaux ne se vendent pas à un très-bon prix; car remarquons que€e compte se solde en béné- fice, quoïque nous ayons compté la paille et les pâturages à leur valeur, ce que nous n'avions pas obtenu dans le compte des brebis. Ainsi quand on aura des pâturages abondans, et que l’on ne sera pas obligé de nourrir à l’étable, l’en- tretien des moutons dispensant de donner du four- rage fin qu'il faut nécessairement consacrer aux mères nourrices, entraînant ainsi à moins de frais de garde, et donnant de plus belles toisons, com- pensera tout ceque l’on pourrait retirer du produit desagneaux.C’estce mélange desdeuxspéculations qui peut seul soutenir les troupeaux de mérinos; c'est lui quidonnera de belles laines que les brebis mères ont si rarement; mais si l’on est obligé de faire consommer à l’étable ou aupâturage des four- rages fins, 1l n’est pas douteux que l’on se trouvera de nouveau en déficit, et que l’on ne pourra pas soutenir la spéculation, Un troupeau de moutons ne doit consommer de tels fourrages que pendant le tempsde l’engraissement. Voilà donc encore de nouvelles limites placées surlaroutede l’améliora- tion, Eh quoi! il est done absolument impossible ee 4 G105) de faire produire à un troupeau la valeur de sa nourriture cultivée; il n’existe donc que parce qu’il a une nourriture spontanée au-dessus de sa. valeur réelle, et qui ne peut être récoltée quepar lui? Cette vérité ressort de nouveau ici comme à la fin de la première partie. Le mouton n'existe en France que par cette circonstance seule; mais d'un autre côté les nombreux pâturages à mou- tons qui existent dans notre pays et dans ceux qui nous environnent, sont aussi des circonstances qui agissent réciproquement sur le prix des mou- tons. Si ces pâturages cessaient d'exister, il fau- drait, pour avoir de la laine, nourrir des moutons avec des fourrages cultivés, et alors le prix de cette substance s’éleverait au point de payer la valeur de la nourriture, et c’est parce que les pâturages à vaches sont plus riches et plus rares, et presque d'une valeurégale à celle des fourrages cultivés, que les bêtes à cornes paient presque intégrale- mentila valeurdeleur nourriture parleur produit. Mais nousn’avons pas prétendureprésenter dans unsi petit pomnbre-de formules toutes les manières possibles d'exploiter un troupeau de mérinos, et nous ne devons pas quitter notre sujet sans passer enrevue plusieurs modes diversquiont successive- ment attiré l'attention des propriétaires de trou- peaux. IA ( 104} AnrTicce 7.— Chéprel. Les hommes riches ont en général une éduca- tion si éloignée de la vie active et pénible d’un vé-. ritable fermier; ils ont le plus souvent si peu d'idées d’une véritable comptabilité agricole, de l’esprit d'ordre, de détail, d'examen, qui, réunies à des con- naissances positives de l’art agricole, leur seraient nécessaires pour entreprendre une exploitation agricole, qu’il n’est pas étonnant que si peu d’entre eux aient réussi dans ce projet, ou au moins qu’ils y aient persévéré. On part trop souvent de données inexactes; on s’exagère trop certains avantages; onromptles pro- portions de l’ensemble; on compte surdesressour- ceschimériques, et l’on arrive à desrésultats bien différens de ce que l’on s’était promis.La dure réa- lité faitévanouirlesillusions.M. de Polignacatraité dans un de ses Mémoires(x) un tableau frappant et vrai de ces vicissitudes; mais en abandonnant une direction peu compatible avec leurs habitu- des et leurs connaissances, bien. peu de ceux qui se trouvaient engagés dans la voie ont pris le parti de tenter la voie mitoyenne qu’il a choisie, et de (à) Rapport sur les mérings, p. 5 et suiv.; et 2°. Rap- port, p: 69. < pu x ( tax) conserver encore, en le donnant à cheptel, ce troupeau qui avait éié la cause première de tant d’inquiétudes. Le cheptel légal, tel qu’il est tracé par le Code civil(art. 1804 et suiv.), est un bail à mi-fruit, et il est douteux que dans beaucoup de pays les fermiers trouvassentavantageux dé prendre des mérinos à cette condition, tant le préjugé centre cette race est fort: d’ailleurs, les placemens à cheptel de la race même du pays sont rares par-tout. Ce n’est donc point ce cheptel qui convient au propriétaire, mais bien un placement de moutons à prix d'argent, une pension qu'ils paient par tête. Nous avons vu( article 5) que le fermier dé- pense pour un troupeau de brebis mérinos de deux eentshéten lie et LE is 4m8bh feu lea Sur quoi il reçoit en fumier. 1,600» Reste en dépenses.... 2,989» Ou par tête de brebis,. 14 92 Nous avons vu{article 6) que deux cents mou- tons coûtent en quatre ans, sans Kengraisemens quatorze mille cinq cent trente- six francs: d’où déduisant seze cent quatre- vingt francs| pour prix d’achat, il reste douze mille huit cent cinquante- six francs; et déduisant encore cinq mille six cents francs pour fumier, il reste sept mille deux cent ( 106) cinquante-six francs, ou par an dix-huit cent quatorze francs, et par mouton neuf francs sept centimes. Telles sont les bases équitables sur lesquelles on peut traiter; mais comme, pour les brebis sur- tout, il est probable que la quantité de fourrage fin sera réduite, on peut compter aussi sur une réduction dans les produits, et par conséquent le prix du cheptel peut, sans injustice, être porté seulement à douze ou treize francs. M. de Polignac fut plus généreux; il donna vingt francs par tête de brebis, et il est impossible qu'il ne s’en soit pas repenti, attendu le peu de va- leur des laines et des agneaux depuis cette époque. On peut voir d’ailleurs dans ses mémoires les ex- cellentes précautions dont il s’est environné; tout est pensé sagement et très-bien combiné, hors Particle du prix de la pension. Il est certain que, dans le midi, il eût trouvé à placer ses brebis à douze francs et les moutons à neuf francs sans dif- ficulté; mais il a éprouvé de grands obstacles, en traitant dans un pays à vaches et à chevaux, où il n’y a pas de pâturage sans valeur. M. Morel de Vindé a été plus heureux(1), et dans le dépar- tement de la Marne, il a trouvé à placer$es brebis :(x) Soc. d’agr. de Paris, 1816, p. 166. ( 107) à six francs, outre un frañic de prime par livre de laineexcédant six livres par toison. C’est un pays à parcours et à pâturages à moutons. La bonté de cette spéculation dépend donc du prix d#'cheptel et des conditions qu’on a soin d’y mettre. Nous venons de voir quel prix on ne peut dépasser sans imprudence. Les conditions prin- cipales ne peuvent être meilleures que celles de M. de Polignac, qui sont: 1°. la réserve de tous les produits au propriétaire, le fumier excepté; 2°. le preneur chargé de tous les frais sans excep- tions 3°. la représentation des peaux des animaux morts; 4°. la pertede la pension de tous les animaux morts au-dessisde cinq pour cent; 5°. l’obli gation de prévenir le propriétaire des maladies épizoo- tiques, sous peine de la perte de la valeur des bêtes; 6°. le preneur répond des effets de la gale; 7°. défense de pâturer dans les prairies naturelles et lieux aquatiques désignés dans le bail; 8°. une différence de prix pour les bêtes qui n’ont pas fait d’agneaux. Moyennant ces précautions; le propriétaire doit recevoir, OR A NS DEP EE JAN, ES A Cinq sixièmes d'agneaux'sevrés à RARES 0% RCD PE EEP OUR FT 66 Recette,. ( 108) Ilpaié’de pension,#0 9 1018 fi Sie. Intérêt de la valeur des mérinos. 3 66. ... RS AE 4 66 \ :[ne Ë On voit que les comptes se balancent d’assez $ près pour ne pas laisser de doute que ce ne soient ici les véritables élémens de cette spéculation. AnrTicce 6.— Nourriture à l’étable. La nourriture à l’étable avec des fourrages cul- tivés ne peut avoir lieu toute l’année au prix ac- tuel des produits animaux, sans causer une grande perte à celui qui l’entreprendrait. Une brebis mérinos tenue de cette manière consommerait environ dix quintaux de bon fourrage: or il'est. une correspondance entre le prix du fourrage et celui du fumier, qui nous donne les formules sui- vantes, dans le détail desquelles nous n’entrerons pas, nous bornant à affirmer qu’elles sont tirées d’une longue pratique, éclairée par une compta- bilité sévère. Le travail de préparation, le fauchage, fannage, et la vente d’une terre convenable à la luzerne dans nos pays, montent en moyenne à une quan- tité fixe de douze cent quarante francs pendant les cinq ans que nous supposons que dure la lu- ( 109) zernière. Il faut ajouter à cette somme la moitié de la valeur de douze cent quintaux de fumier pour obtenir un produit de huit cent quintaux de luzerne en cinq ans. Je dis seulement la moitié de la valeur, parce que l’autre moitié reste en terre pour profiter R récoltes qui doivent sui- vre celle de luzerne. Ainsi le fumier valant trente-cinq centimes, le quintal, nous avons le compte suivant: LA D nu Dm UT'ralo fr. Pen 7 oc do 210 1450 Ce qui divisé, par huit cents quintaux de four- rage, nous donne un franc quatre-vingt-un cen- times pour valeur du quintal de luzerne récoltée. Dans ce cas, la brebis consomme dix quintaux de luzerne ci..«+.. 18fr. 10 C. nan us à dé 16» Loan 27 fr. 60 c. a RES I CR-, 7 Frais divérs/9 4, 2%» Plus, pour-intérêt du capital cir- cul aueurartes de 0 6 à 201026 Intérêt de la valeur... …... 3 66 — an ( 2r0} Recette. Laine et agneau comme ci-dessus à Farticle sixième..4.: 0... 1. 16f. 350 LAIT AE PRO NS SI Une brebis, tenue de cette maniëre fait près de trente-deux qntaux de fumier, à trente-cinq centimes... II 20 8,55 Pertepar bête..,... 5 47 F" 34 20 Voilà ce que l’on doit attendre quand le fu- mier est au prix moyen auquel on le vend en France. Mais, supposons qu'il se vendit.commu- nément au prix auquel on l’achète souvent dans les pays à assolemens riches, en Alsace, en Flan- dre, à Avignon, où l’on en donne souvent svixante centimes du quintal, nous avons alors les résul- tats suivans: Paidi fites. me oo» eve tie\ TRE 1: La moité de. la valeur de douze cents quintaux de, fumier à soixante centines.++ ere Me»»© 360 ;, r,600 La luzerne revient à deux francs le quintal. (ar) Les frais d’une brebis sont donc les suivans: Nourriture, dix quin- taux de luzerne.+... 2ofr.»c. Bitiéres 0 Te: 6» 29 fr. 5o€. Ge PLU Lisa Ba | Frais divers.... 4. À© | Intérêt du capital circulant.... 2 95 Intérêt dela valeur, 4,..+ 3:66 | 30 21 Recette, comme ci- DÉS 6,© 0 17. 35 c. Trente-deux quintaux 367 55 de fumier, à soixante CEDHIMIES. ee oh 4+ 10:= 20 | Bénéfice par bête.....» 44 Il est donc clair qu'avec cette circonstance du l haut prix du fumier et de l'abondance que l'animal | en fournit, la spéculation est lucrative: on élève. | alors les animaux pour le famier. Mais dans un cas pareil, il est difficile de croire qu’un bœuf à l’engrais, une vache qui paie déjà sa nourriture sous des circonstances plus défavorables, et qui produisent également à l'étable une plus grande abondance de fumier, ne fussent pas plus avan- tageux que la brebis.+ TR } ( 15h 3 : Ces deux exemples prouvent aux plus aveuglés l'influence que peutavoirune agriculture soignée, opulente, sur l'éducation du bétail. On ñe trouvé un tel prix du fumier que là où l’on donne la plus grande activité à la consommation des engrais, pour les cultures des plantes qui l’absorbent pres- que entièrement dans la période de leur végéta- tion: car ce n’est que là que l’on apprécie ses ef- fets et qu’on est en état de le payer ce qu’il vaut. Que si au contraire le fumier est appliqué seule- ment aux céréales qui, à chaque récolte, ne s’em- parent que de la moitié des engrais que contient le sol, on doit ne trouver de l’engrais qu'environ la moitié de son prix, sur-tout si une jachère in- termittente éloigne encore les époques de la repro- duction. Sous les circonstances du haut prix des engrais que nous avons indiquées, la nourriture des mé- rinos à l’étable est si bien possible, que mon frère ‘la continue depuis six ans, quoique combattu par les circonstances défavorables à la vente des laines et des agneaux, etque sans la baisse des garances, qui a diminué la valeur des fumiers, il est proba- ble que son compte ne se serait pas soldé à perte, comme 1l doit le faire cette année. Puisque J'ai parlé de cet exemple domestique, qu’il me soit permis d’ajo iter ici quelques obser- ) 54 À(5) vatiqns prises de cette exploitation. La luzerne gertg'et sèche est décidément la meilleure nourri- 4 fure‘pour les brebis; les racines et sur-tout les carot tés, intercalées pendant l’hiver, font prospérer les mères et les agneaux. La santé des mérinos ne souffre pas du tout de cette séquestration absolue; les agneaux sont exempts du tournis quand les mères ne vont pas aux champs; mais quand la nourriture verte manque pendant l’été, on voit les jeunes agneaux nés dans cette saison périr de diarrhée, à cause des qualités trop stimulantes du lait de leurs mères. On y remédie en rendant le fourrage vertou, à défaut, en donnant des pom- mes de terre cuites aux mères! Ainsi la nourriture absolue des mérinos à l’étable est une expérience faite en grand avec succès toutes les fois que le produit de leur fumier suffit pour payer les frais de leur nourriture. ARTICLE 7.— Des métis. L'opération de métiser un troupeau pouvait convenir au propriétaire placé de manière à avoir un troupeau de mérinos, quand ceux-ci étaient fort chers et que la mise hors d’un énorme capital ne pouvait pas être compensée de long-temps par les produitsordinaires. Ceux quiprévoyaientalors, dans un avenir prochain, la diminution de ces prix 8 ( 114) excessifs, ne voulurent pas hasarder une opération très-chanceuse, et se bornèrent à faire des aus Quelques-uns ajoutèrent des brebis mérinos à leur troupeau de brebis communes, dans l’espoir de remplacer peu-à-peu ces dernières par des brebis à laine fine; mais tontes ces opérations n’ont pas tenu contre la baisse des laines et contre d’autres inconvéniens dont nous parlerons. Je puis même dire que le métisage a rétrogradé depuis le bas prix des béliers fins, et que cette lente opération ne peut plus convenir aujourd’hui à personne. En eflet, supposons qu'un particulier veuille changer aujourd’hui son troupeau de brebis du pays contre un troupeau de mérinos, il effectuera cette mutation pour un troupeau de cent brebis avec moins de deux mille francs. Celui qui voudra métiser son troupeau doit s'attendre à ne le voir renouvelé complétement en bêtes de la cinquième etde la sixième génération, que nous voulons bien supposer égales aux mé- rinos, que vers la quatorzième année depuis Le commencement de l'opération(1). Que de chances pour qu’elle ne s’altère jamais! Que de soins; que de risques, pour n’avoir, au bout du compte, (1) Morel de Vindé, Troupeau de progression, An- nules d'agric., t. XXXIV, p- Li D RE ie ( 115) qu'un troupeau de métis! Quelle défaveur ne reste pas attachée à ce nom, soit dans la vente des laines, soit dans celle des agneaux! Mais al- lons plus loin, et examinons les détails de ce mé- tisage. Quatre béliers, nécessaires à cent brebis, exi- gent un renouvellement annuel d’un bélier, car il les faut jeunes, et ils ne se revendent ensuite qu’en les engraissant; d’ailleurs; tous les mâles de cette race peu ardente ne réussissent pas éga: lement bien. Pour avancer rapidement dans l’opé- ration du croisement, ilfaut ensuite garder, chaque année, la totalité des femelles, etquand on n’exerce pas de choix sur les agneaux, on risque d’en con- server de très-faibles et de très-défectueux. De plus, ona un déficit considérable sur lesnaissances, parce que letroupeau setrouvecomposé d’un grand nombre de bêtes au-dessous d’un an; ce qui nous donne les frais suivans: Un bélier, moins le prix de revente...:3o fr. Un quart de déficit dans les naissances, au lieu d’un huitième qu’on éprouve an- nuellement, la différence d’un huitième LS D CICN MAR AS OS at ce 189 210 Il est donc clair que l’on paie une rente de a (226 5) deux cent dix-neuf francs, outre tous les incon- véniens dont j'ai parlé, pour l'intérêt du capital de deux mille francs que l’on veut épargner; c’est- à-dire que l’on paie onze pour cent de ce capi- tal, et que l’on risque de manquer son opération pour n'avoir, au bout du compte, en cas de réus- site, qu’un troupeau défectueux de métis. Il est donc évident qu’au prix actuel où l’on peut obtenir les mérinos, on ne peut plus entre- prendre le métisage d’un troupeau; et cela est d'autant plus fâcheux, que cette opération était le crand débouché des béliers et l’encouragement 5 le plus direct à Ja perfection des troupeaux méri- nos, qui doivent aujourd’hui se soutenir par eux- mêmes et par l'excellence de leur laine. Le haut prix-des laines, la permanence de ces prix, qui feraient hausser celui des mérinos, pour- raient seuls faire revivre le croisement; mais dans l’état actuel des choses il n’y a pas à balancer, et l’on doit préférer l’achat direct d’un troupeau de mérinos. CONCLUSION. L’accroissement des mérinos en France n’est donc pas indéfini, ilest borné par plusieurs cir- constances: 1, la prééminence des bêtes à cornes (117) sur tous les pâturages où l’on peut les nourrir, avec abondance; 2°. la prééminence des bêtes à laine communes par-tout où l’on n’entretient pas en embonpoint des brebis de soixante livres, poids de la petite race de mérinos, ou de quatre-vingts livres, poids de la grande race de Rambouillet; 30. il est aussi borné par la facilité de se procurer des fourrages supplémentaires, pour l'hiver et l'été, à des prix relatifs à la valeur de la laine et des agneaux, ou par la facilité de les faire trans- humer dans des pâturages abondans, en été; 4°. par l’état agricole du pays, qui paie plus ou moins bien les engrais animaux; 5°. par la situa- tion du pays, qui expose plus ou moins le bétail à la cachexie. Au- dedans des limites que nous venons de tracer, le mérinos paie sa rente avec plus d'avantage que les bêtes du pays, et offre un moyen sûr d'augmenter le produit que l’on tire d’un iroupeau: en dehors de ces limites, il n’est qu’an sujet de perte, de mécompie et de chagrin” pour le propriétaire qui veut aller directement contre les lois de la nécessité. Ainsi, quoique les positions naturelles des mé- rinos soient dès à présent bien définies, il est aisé de prévoir que les progrès de l’agriculture peuvent les multiplier et les étendre beaucoup; et que ne doit-on pas attendre du mouvement général des ( 118) esprits vers les choses utiles, et de sentimens pa- triotiques pareils à ceux qui ont dicté le sujet de ce concours? Au moment de finir, un de mes amis à qui je lis ce que je viens de faire, m’assure que je me suis mépris complétement sur le but de la Société; que l’on désire une apologie des mérinos propre à en encourager la multiplication, etnon pasun exa- men sévère où quelquefois j’ai mêlé des vérilés dures à de justeséloges; maisle caractère honorable du fondateur du prix et celui de mes juges me ras- surent complétement sur cette crainte. Si J'ai dit la vérité, ils sauront assez l’apprécier, et la fai- blesse seule de mes mémoires pourrait me nuire dans leur esprit: ils sauront assez alors combien il est dangereux d’encourager les choses impos- sibles, que l’on y perd l’autorité du conseil, et que l’on effraie tous les témoins du désastre, ceux-mêmes qui diffèrent totalement de circons- tances avec ceux qui ont échoué. Si au contraire je me suis mépris, certes je désire bien vivement que l'ouvrage couronné puisse m'éclairer sur mes méprises; qu'il me prouve clairement que la propagation des mérinos n’a point de bornes en France; que leurs produits marchent avant ceux = maps (119) des bêtes à cornes; que par-tout cette race peut être introduite avec succès, et chasser devant elle les races communes, et qu’enfin c’est par non- chalance, par défaut de calcul, par opiniâtreté que tant de nos concitoyens, ordinairement si éveillés sur leurs intérêts, ont repoussé les mé- rinos après les avoir essayés, expérimentés, pris et repris. Cette opinion était celle que l’on a cher- ché à propager lors de l’introduction des mérinos en France, et mon propre intérêt me fait vive- ment désirer qu’elle soit établie assez péremptoi- rement pour nous donner l’espérance que bientôt nous vendrons bien nos agneaux, êt que nos craintes n’ont été causées que par une baïsse acci- dentelle qui n’a rien de permanent. FIN. | | | » anne («ar) APAAANAAE AAA A TABLE. Extrait d’un rapport fait par M. Silvestre sur' le prix proposé pour un Mémoire sur l’élôve des moutons de race pure d’Espagne, et sur le croi- sement des races indigènes. MÉmMorRE sur L'ÉDUCATION DES MÉRINOS, COMPA- RÉE À CELLE DES AUTRES RACES DE BÊTES A LAINE, DANS LES DIVERSES SITUATIONS PASTORALES ET AGHICOLESS 2 UN AP EE PREMIÈRE PARTIE.— Érar pe L'ÉDUCATION DES MOUTONS DE RACE COMMUNE EN FRANCE.. CHAPITRE Ile.— Position géographique des MOUtONS en Frances::+. 042. M0 CHAP. IT.— Position agricole des moutons. — ART. 1er. Pâturage suffisant toute l’année. — ART. 2. Pâturage insuffisant une partie de l’an- née; troupeau permanent sans supplément de nourriture.., . ce ne Me. CHE —— Compte du propriétaire de cent moutons à Cairenne, département de Vaucluse.— Produit. —— Compte du métayer qui tient un troupeau de cenémoutons à Cairenne..:...:.:. — Ânr. 3. Pâturage d’hiver; troupeau t ——Dépense d’un troupeau composé de mille bre- bis, aux environs d’Arles. —— Nourrissage d’agneaux à Tarascon; troupeau de deux cents agneaux n'es Su de — ART. 4. Pâturages insuffisans, avec fourrages supplémentaires. ee ARR€ ES —— Dépense pour un troupeau de deux cents bêtes à Tarascon(Bouches-du-Rhône). se — ART, 5. Pâturages avec nourriture supplémen- taire. Engrais de moutons —— Frais d’un troupeau de cent moutons à l’en- grais. A — ART. 6. Troupeaux temporaires. — ArT. 7. Observations générales. ranshuman, PARA AA AAA AAA AA AAA AAA AAA LA Page 11 24 Cie) DEUXIEME PARTIE.— PropuiTs DES MÉRINoOsS EN PARTICULIER; ET FRAIS QU'ILS EXIGENT..« CHAPITRE Ier.— Valeur des laines.. — AnrT.uer, Besoins de la France en laine.. — Ant. 2. Productions de ia France en laine. Arr, 3. MérinosienErance.si#. ie. 2. 2 — Art. 4. Mérinos à l'étranger... — ART. 5. Prix des laines. — AnrT. 6. Poids des laines... AE CHAP.II— Défauts des mérinos... — Arr. 1er. Dispositions des mérinos aux EME — Arr. 2. Fécondité des brebis mérinos, — Arr. 3. Consommation de la race mérinos. — Arr. 4. Faculté pour l’engraissement..... CHAPATIT="WValeur des mertmos. 0... TROISIEME PARTIE.—ConNveNANCESs AGRICOLES DES MÉRINOS.... ë È CHAPITRE ler. Mérinos au de positions agri- coles connues...+ IE — Arr. rer. Pâturages AE RE foie An MEE; — ART. 2. Pâturages insuffisans sans supplément de nourriture,.. Re ADR — Arr. 3. Pâturages Die Troupeau Dane An 20 M A(è — ART. 4. Pâturages iasuffisans ame0 des fourrages supplémentaires. Sn re rech à —— Compte pour deux cent brebis mérinos à La TASCONS AU Le On RE ES de NAS RE) CNE te — Ant. 5. Moutons mérinos.... — Arr. 6. Cheptel..:. à é — ART. 7. Nour à Vétable\ = Arr, 6, Desmétis:.0.1i. GONCEUSION..:... Fin de la Table. ERRATA. Page 104, Arricte 7, sez ARTICLE 6. — 108, ARTICLE 6,— ARTICLE 7. ae) ARTICLE 7,= ARTICLE 8. —— — OLH S1EABA