— — — 4 4— CALENDRIER BON CULTIVATEUR. MANUEL DE L’AGRICULTEUR PRATICIEN,. LS 1301 NRC BI EHEQN RTS D. KÜN LUE, à PA ENENART 2 JA LR re EN NE UUES #* u Les formalités exigées par les lois ayant été rem- lies, lés contrefacteurs seront poursuivis rigoureu-( ‘ement. Tout exemplaire qui ne sera pas signé de la main de M. Guidat, fondé de pouvoir de l’Auteur, era réputé contrefait. [PRIMERIE DE M°*. HUZARD(NÉE VALLAT LA CHAPELLE),— Rue de l’Éperon, n°. 7 CALENDRIER BON CULTIVATEUR, MANUEL DE L’AGRICULTEUR PRATICIEN; PAR C-J.-A. MATHIEU DE DOMBASLE, De la Société royale et centrale d'Agriculture, de la Société d'Encou- ragement pour l’industrie nationale, et de la Société Linnéenpe de Paris; de la Société impériale d'Agriculture de Moscou; de la So- ciété royale académique des Sciences, etc., de Nanci; de la Société centrale d'Agriculture de la même ville; des Sociétés d'Agriculture de Lyon, de Toulouse, de Moulins et de Boulogne-sur-Mer, DIRECTEUR DE L'ÉTABLISSEMENT AGRICOLE EXEMPLAIRE DE ROVILLE. DEUXIÈME ÉDITION. A PARIS, CHEZ MADAME HUZARD, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, RUE DE L'ÉPERON, N°. 7. 1824. + AA) VUMAA NASA AA TABLE DES MATIÈRES: PREMIÈRE PARTIE. JANVIER. Vaches.. D...+-: Heune bétail do LS SR- 7 ne RE ue ni AGO AE SA RSA De ET AG Entretien des clôtures...*°.... Sillons d'écoulement..#. Semer les pavots+...".++‘++ Engraissement du hétail à cornes.r.,: — des cochons. 52 Te A OR MEET FÉVRIER.' Sémé* fes féyeroles nero nr MU.©- ue..« —‘Jés pavots pi." RU ae M Entéctiéfi dés sillqns aéconlemént ee Engtaïssétrien},“dès: imdytons SA nalte ie MARS. Seer Navoint: D SEE — Je trèfle fommun 25 ,s...+. — le trèfle: blanc Ra ET, CAO Med JA Upone tente RE —‘a luzerne meme tient = 1 le Samtioun:(éb ACRR ee Plâtrer les trèfles, sainfoins et luzernes. Semer lesinoisi nu) Aer SU —— Jesivesces.. ire 20 Er lescaroifem Me Di ie E cJEsmpanais MMA Wu de Semis de choux et de rutabagas en pépinières Semer:les betteraves.!."/® ,. 5". . F] TABLE Semer les lentillég; 4*. 7. 4. — des laitues pour les cochons 21 lAICHICOREEL ee cs rie Hetserie blé hr 0), Bêtes à lame.*.*:. Tirer des sillons d'écoulement Fumer les blés par-dessus... Étendre les taupinières... Pâturer les jeunes prés …. Semer la spergule...+*+: Hinerile colza: ,.:. L«bi Sarcler la gaude d'hiver..+.*. Biner les cardères...«++ Vaches caen LTD ST NT Attelages...:...".,- Semer la gaude.....+ — le blé de printemps@+ = Je in... 0 Re Planter les topinambours.: Semer la moutarde noire.««°-. — les graines de prés.: — lapimprenelles.”,".« Len et ee ie Cultures de printemps en temps sec Sémeurs et DE site: onheieliene Plantation de la garance+.++ AVRIL, Semer l'orge..'.+: Planter les pommes deterre..: Semer des vesces+«+.+» —‘des prairies artificielles.+ Nourriture des bêtes à laine..- Wiches(M: Las eheiie re Uiévanse 0. AM ess DES MATIÈRES. üj Satéler les carottes. à:+ ALIMENT D PSM TGS ÉRIES DAVOIS et+ ed à Ut ge OT Tirer les sillons d'écoulement+++:+ 2°...* 82 Étendre les taupiniéresn he ere 12 420 1e id. Hétser Jl'agoine et l'Orne." 0" RSR ter Planternlet#haist 40 PARA GAULHNOT OA HOMME 7183 Lalourer les jachères:t} 4.7.*.:0.,693100) eRRGS Diner Tele. sn ou LS ee RE el GR Sertér la moutarde-blanche:.:.*::!.:,:,-..: 10860 Ie amener. 20(MANIP RD SEL ME ONFGE — des laitues pour les cochons..,... 01 BIRECI ES EVE OlER et RP Ein 0e Sarcler les pépinières de betteraves, rutabagas et ÉD en ee ve ee ls de de id. —.),,...*. 0 — le lin. NN ee ei oelne ce D BINÉMIESTODINAMDQUES. SE A. ire de id. SATCIEDIENDASTELS 2+ ee jee 0e» 95 Plantation‘du houblon:?. ….: id. MAI. Échardonner les blés.,.,... A 07 Hérsenlés pommes detterre. 2.:.-. id. Nourriture des bestiaux au vert ter 00 Les moutons au pàtirage ÉTÉ Noa Semer des rutabagas et choux-navets 107 Transplanter les rutabagas, betteraves et choux 109 Biner les céréales de printemps BRRN de dr Parcage des moutons PR EE Life Cochons autrèfle,.°., AND NS HE P113 Latterie’, 1 2" Re Pole die Ne so DEMO TEE SNL eee ll ete 0 0 NET Fatcheries vescés d'hiver:. 21110 PAPAS id, Planter les haricots: US RS MS 0 do 110 Semer la navette de printemps. 117 iv TABLE Semer le colza de printemps..... Plätrerles vesces.:... Semer:le chanvre.|.+.:éesinuelhtemedientelés ds mmlemillets. 1..." AS Na ei Monte des vaches:. 4..:. 4h 4, era JUIN. Biner les pommes de terre et les autres récoltes: sarclées..:..- 1e Riom at SemELr les AVES... 0 ee eee or Fenaison st. M0... ANSE Fenaison du trèfle, de la luzerne, des vesces. T'onte des moutons ,...:1+-.1.1.. Sémer le sarrasineiif.:.@ à ere Prairies artificielles dans le sarrasin.+++ Sémériles cardères 2 Mel eee Rite ee Ébourgeonner lestcarderes.. he ssl che Couper les sommités des féveroles.…..... Monte des brebis....: 5 de JUILLET. Récolte du colza et de la navette Seémerile colza 100, eine Récoliécale seigle he hotes ne ÉTerser les navetsso ne en ner ae. PATES marOttes nt AL. Here en etes Semer les navets en seconde récolte;::+-:+ Récolter la gaude d'automne ie ee ea he pasiel ec le CR oi Diner les récoltes sarclées+++++: Semer du sarrasin après les vesces.:++:°: AOÛT. La moisson des blés, des orges et des avoines Sémer IA MANCTIE sus)+ ete est es — l'escourgeon, ou orge d'hiver. AC Ed Me trèfle AnCamate ie en PRO Récolterlelin."1200 1 a ere M leGhanvre+ le le delltelne ft Ni 182 w DES MATIÈRES. Semer la spergule........... Récalter les cardères fie be ouaiiil. MÉMLX Id} —— la moutarde noireiu 35 lient HU moitie Yix8f Ales pavots. ,.+. D 9. dRliirod. 4107 201-1905) Semer,la paude … … 16e. thlhiellin 40 14914686) Rouissage du lin et duchanvre+...+. 187 SEPTEMBRE. Semer le froment.+.... 2189 le seible 2.... 411. HS. iiea207 Récolter. les féyeroles’.|...},. 4°.#0r108 Bniernlesioandenesi 4. Len de en cl Lit 200 Semer les vesces d'hiver! … 1141.14.... id. Baireblesitesaims.: L'euro ei. 201 Récolter la graine de trèfle.+....‘ 202 Plänterle colza à Murs) nl e ANG 07 DEMEMINÉPDEAUTÉE NS, fe) lei ere 200 Récolte et conservation des pommes deterre.: 206 Arrachage et conservation des betteraves et des CHOEeS diem). RS Me, As: Me, 1e Dr T2LO) Récolte lémais® 2 1% 4©+ 4. k.: MGR — la gaude de printemps.*“#4.. id. — lanavette d'été, la cameline et la moutarde blanche+. FM ER LC LR'AEtbeNT MS Se sarrasin PME TCS à MN TTL 6 MEN ELA Distillation des pommes de terre..+.. ter. Kécolter lehonblon EL et 0.+, 21. craré OCTOBRE. Nourriture d'hiver ,des bestiaux.. 215 Paille et fomhachésolssns Hoiïisioly>e seu eur‘1517 Racines, Coppées.+,+..@A(LI VA NL AT) Donner au bétail à cornes les pommes de terre enrtes OnGrUeS era 201 nb kr29 6 Jess Bottelerelemfnms#1 0% coms. TNA AT Labours préparatoires. 41. 1% 4.l.'201 Habricanonftduyinmine«é'h 2n2v0m 200 AIMER vi TABLE Amächage de Ja'jgarance.: … …. /simmucin NOVEMBRE. Battage des grains++«.. Conservation des navets et rutabagas 5. ts 4 Saisueriles! sols humides..) Æ#...., Asie va Entretenir les sillons d'écoulement..«+,. Semailles tardives de blé.«.. Me DÉCEMBRE. Entretien des sillons d'ou Eté Gomptabilité ,.inventaire....... sin AMElAse se vw ee se ee MU) à SECONDE PARTIE. DESINSTRUMENS PERFECTIONNÉSD’AGRI- GP BURE ES TE Dee ro Mit RNEE DaMExtmpateur 0 012 0e Lette DHAVYONNEUT#48 olea mime she ot Rinertorr Wae De la petite-herse, triangulaires,,e);,20, le 1e DRM UlEAU Des ts cri ads nt> DISRMOIE ES 40 re A LU De een te DéNThOne A Cheval 0 726 SR Le De la charrue à. deux, versoirs. le 4e le ee De la machine à battre les grains,..+ ,.):. Conservation des instrumens d'agriculture …. Instruction sur la conduite de l’araire ou charrue Simple à 4 574++ RCI De l'introduction des nouveaux instrumens d’agri- culture dans une exploitation rurale«++.., DESMRRIGATIONS ….):::..801q0 Formation desirrigations 4...« 1.. Conduite de l’eau dans les irrigations. DE LA MARNE. Des moyens de la reconnaître et de l’employer à l'amendement desterres:+. DU FUMIER. Des moyens d'en augmenter: la DES MATIÈRES. quantité, de le recueillir et de l’employer de la manrére la plusutile 4).++.) De la meilleure manière de mettre les prés en culture, et de convertir les terres arables en prés: DES ASSOLEMENS.. cite AMÉLIORATION DU BÉTAIL nt CORNES LA RICHESSE DU CULTIVATEUR, ou les Secrets de J.-N. Benoît...+*+: PRIX COURANS des instrumens qui se construi- sent à l'établissement agricole de Roville.. FIN DE LA TABLE. CALENDRIER DU CULTIVATEUR. PREMIÈRE PARTIE. JANVIER. VACHES. br dans ce mois que les vaches commencent ordinairement à vêler dans les grandes marcare- ries. Il est fortimportant de leur donner une bonne nourriture non-seulement du moment du part, comme on le fait communément, mais une couple de mois à l’avance ,; afin d’avoir des veaux mieux constitués, et aussi afin d'augmenter la production du lait pendant le reste de l’hiver et le printemps. En effet, lorsque les bêtes sont maigres et défaites au moment où elles mettent bas, il est très-difficile de les rétablir ensuite, au moyen de la nourriture la plus abondante. Une vache qui était en bon état au moment où elle a mis bas, donnera pendant plu- sieurs mois, à nourriture égale, une fois et demie 1 2 JANVIER. et peut-être deux fois autant de lait, qu’une autre qu’on aura laissé dépérir avant cette époque. Les choux ou Les racines, comme pommes de terre, betteraves, carottes, navets, doivent faire alors une bonne partie de la nourriture des vaches: sans cela, on ne pourra les entretenir qu’avec une très-grande quantité de foin; ce qui, presque dans tous les cas, entraine une dépense énorme, sans jamais entretenir les bêtes en aussi bon état que lorsqu’elles reçoivent une portion de nourriture fraîche. Lorsque les vaches mettent bas, les personnes inexpérimentées sont ordinairement disposées à s’in- quiéter de la lenteur de la sortie du veau, et à vou- loir secourir la mère, en aidant la sortie. Rien n’est plus nuisible que cette pratique, et les propriétaires de bestiaux ne peuvent tropse mettre en garde con- tre les ficheux résultats de l'ignorance des personnes auxquelles Le soin des vaches est confié. Quelque doux et modérés que soient les mouvemens qu’on peut faire pour tirer le veau, il peut en résulter les plus funestes effets pour lui ou pour la mère. Lors- que Le veau est bien placé à sa sortie de la matrice, il faut laisser les choses entièrement à leur cours naturel: lorsqu'il se présente mal, c’est en le re- poussant adroïitement, et non en le tirant, qu’on peut faciliter Le part; mais cette opération ne doit êtretentée que par une personne très-expérimentée; JANVIER. et lorsqu'on n’a pas à sa disposition quelqu'un qui en ait l'habitude, le plus prudent est d’abandonner entièrement l’opération à la nature. On suit, dans divers cantons, différentes mé- thodes pour nourrir les veaux. La plus économique et la meilleure est de ne pas les laïsser téter du tout, en les habituant, dès le moment de leur naïssance, à boire dans un baquet. Les huit ou dix premiers jours, on leur donne du lait fraichement trait; en- suite on le remplace par du lait écrêmé, dans le- quel on ajoute un peu de tourteau de lin réduit en poudre fine, ou de farine de féveroles ou d’orge. Dans quatre litres de lait écrêmé, on délaie peu-à- peu; eten agitant avec une spatule, une once de tourteau de lin pulvérisé ou de farine; on fait chauf- fer à la température du lait qui vient d’être trait, et on le donne au veau. Dans la suite, on aug- mente la dose de farine. JEUNE BITAIL. Il est fortimportant de donner, pendant tout l’hi- ver, aux veaux d'élève de l’année précédente une nourriture abondante et substantielle; car si on les laisse dépérir pendant cette saison, leur croissance est arrêtée, et ils se rétablissent fort difficilement par la nourriture verte de l’été. Si on n’a que peu de foin à leur donner, une grande abondance de racines est nécessaire. n JANVIER. On peut en dire autant des élèves de deux ans; cependant la meilleure nourriture doit toujours être donnée aux élèves les plus jeunes. ATTELAGES. Cette saison est celle où les attelages ont ordi- nairement le moins d'occupation; cependant leur entretien est si coûteux, qu’un bon économe ne doit jamais les laisser oisifs. La conduite des fumiers, de la marne, etc., est à-peu-près la seule occupa- tion relative à la culture des terres, qu’on puisse jeur donner dans ce mois. Les sols légers présen- tent, à cet égard, un avantage considérable sur les terres argileuses, parce que le chariage peut s’y exécuter presque en tout temps. Dans les dernières, on est souvent forcé de faire des dépôts de fumier près des chemins, Le plus à portée possible desterres qui doivent le recevoir: ce double maniement en- traine une dépense de main-d'œuvre assez considé- rable; mais pour peu que les terres soient éloi- gnées, il ne faut pas hésiter à prendre ce parti, afin d’abréger le travail des attelages, dans le temps des travaux les plus urgens. Lorsqu'on fait ainsi des dépôts de fumier tempo- raires, on ne doit pas permettre que les domesti- ques le déposent, sans soin, sur une grande surface; ces tas, quand même ils ne devraient subsister qu’un ou deux mois, doivent être bien retroussés, JANVIER. et aussi bien soignés que ceux de la cour de ferme: sans cela, le fumier perdra une partie considérable de ses sucs les plus précieux, par l'effet des pluies d'hiver et de printemps. BATTEURS. Le battage des grains est alors en pleine activité. Cette opération doit être l’objet d’une surveillance très-assidue de la part du propriétaire, non-seule- ment pour prévenir toute infidélité de la part des batteurs, qui souvent ne deviennent infidèles que par suite des occasions qu’on leur en fournit, maïs aussi pour qu’ils ne laissent pas de grain dans Ja paille: si on n’y prend pas garde, la quantité de grain qu’on perd ainsi, est souvent suffisante pour payer les frais de battage. C’est un très-mauvais système que de dire, dans ce cas, que ce grain pro- fitera aux bestiaux, car la plus grande partie est perdue dans la litière; d’ailleurs, lorsqu'on donne de la paille aux chevaux, on n’entend pas leur don- ner du blé, ce qui deviendrait une nourriture beau- coup trop chère. On ne doit pas oublier aussi que, dans la plupart des circonstances, le meilleur emploi de la paille, dans une exploitation rurale, n’est pas de la faire manger aux bestiaux, ce qui produit très-peu de fumier, mais d’en faire de la litière, en nourrissant copieusement le bétail avec d’autres alimens plus 6 JANVIER. substantiels. On ne doit cependant pas négliger de placer d’abord devant les bêtes la paille qui doit leur servir de litière: on leur fournit ainsi l’occa- sion d’en choisir les parties qu’ils appètent le plus, et de manger au moins une partie des grains qui peuvent y être restés au battage. ENTRETIEN DES CLÔTURES. Ce mois est Le plus convenable pour tondre et ré- parer les haies, ainsi que pour curer les fossés de clôture, dans les sols qui peuvent le supporter. La méthode la plus avantageuse, dans presque toutes les circonstances, est de faire faire ces ouvrages à la tâche, en veillant convenablement à leur bonne exécution. SILLONS D ÉCOULEMENT. A chaque fonte de neige, ou à chaque grande pluie, on ne doit pas manquer d’examiner très en détail lessillons d’écoulement qu’on a dû pratiquer, à l'automne, dans Les blés et autres récoltes hiver- nales. Le défaut de surveillance à cet égard, ou l’é- pargne de quelques heures de travail qui auraient été nécessaires pour les débarrasser de la terre que les pluies y ont entraînée, ou de la neige qui embar- rasse le cours de l’eau, est trop souvent suivi de pertes très- considérables. Ce soin est nécessaire pour toutes les semailles d'automne, mais spéciale- JANVIER. 7 ment pour le colza, qui n’a pas de plus grand en- nemi que le défaut d'écoulement des eaux. On doit étendre ces soins aux sillons d'écoulement des ter- res qui doivent être ensemencées ou cultivées de bonne heure au printemps, sur-tout dans les sols argileux. Le défaut d’attention, à cet égard, peut entraîner un retard de quinze jours ou même un mois, sur l’époque à laquelle ces sortes de terres pourront se laisser cultiver convenablement au printemps. SEMER LES PAVOTS. Le pavot peut quelquefois se semer en ce mois 3 mais comme cette opération a lieu plus fréquem- ment en février, je renvoie ce que jaièendire, au mois suivant. ENGRAISSEMENT DU BÉTAIL À CORNES. Le cultivateur qui se livre à lPengraissement d’hi- ver du bétail, est, dans ce mois, au plus fort de son opération. Cette branche de l’industrie agricole ne peut guère être suivie avec profit que par l’homme qui possède une grande habitude dans les achats et Les ventes de bestiaux; un autre sera souvent trompé par les marchands de bétail près desquels il achète, et par les bouchers, qui, en général, acquièrent une connaissance parfaite du poids d’une bête par l’ins- 8 JANVIER. pection et le tact. Il-y a bien peu de cas où un en- graisseur ne travaille pas avec un grand désavan- tage, sil ne fréquente pas lui-même les foires et marchés, pour acheteret vendre; à moins, toutefois, que cette spéculation ne soit menée assez en grand pour pouvoir payer largement un homme zélé et fidèle, qui possède parfaitement ces connaissances, chose toujours difficile à trouver. Une balance destinée à peser les bestiaux en vie est d’une grande ressource pour celui qui n’a pas une très-longue habitude de juger du poids d’une bête en la fouchant; et le plus habile connaïsseur trou- vera même souvent qu’elle lui est fort utile. La plupart d’entre eux ne conviendront pas de cette vérité, et il est assez naturel, au reste, que lors- qu’un homme a passé une grande partie de sa vie à acquérir une justesse de tact qui lui offre de grands avantages dans les marchés qu’il peut faire, il re- çoive, avec une prévention défavorable, un moyen qui peut, dans beaucoup de cas, suppléer à cette connaissance pratique, et même la rectifier quel- quefois. La balance nécessaire pour cela n’est pas une chose très-coûteuse: elle consiste en une espèce de cage assez grande pour qu’un bœuf puisse y entrer, et fermée par une porte à une de ses extrémités; à l’autre, on place un râtelier, dans lequel on met un peu de foin pour déterminer la bête à y entrer. JANVIER. o Cette cage se suspend à une romaine, et après en avoir faitlatare, on y fait entrer le bœuf, dont on détermine ainsi le poids très-facilement. Cet ins- trument présente aussi l’avantage de pouvoir ac- quérir des connaissances très-précises sur les effets des divers régimes auxquels on peut soumettre les bestiaux, en constatant l’augmentation de poids qu’ils ont acquise pendant un temps donné. Pour déterminer le poids de chair nette d’un bœuf d’après son poids en vie, on se sert; en An- gleterre, de la formule suivante: on prend la moitié du poids de l’animal en vie, on y ajoute les quatre septièmes du tout, on prend la moitié de la somme, et on a le poids, chair nette, c’est-à-dire après en avoir Ôté la tête, Les pieds, les entrailles et le suif. Par exemple, un bœuf pèse, en vie, 700 livres. a moitié nds. 950 livres Les+ du poids total........ 400 Dot"750 La moitié donne......:... 375 livres. Ainsi vingt livres du poids de l’animal en vie en donnent dix, cinq septièmes, chair nette. Dans ce cas-ci, on suppose un bœuf en chair, mais qui n’a pas encore pris de graisse; lorsqu'il est un peu plus gras, les vingt livres en donnent ordinairement onze, et pour les bœufs complétement gras, douze 10 JANVIER. ou douze et demie. Au reste, cette proportion peut varier dans les diverses races de bétail à cornes; les personnes qui voudraient se livrer à cette spécula- tion avec quelque étendue, feront bien d’acquérir des connaissances précises à ce sujet, relativement à la race de bestiaux sur laquelle ils opèrent: c’est le seul moyen de n’être pas à la merci des acheteurs. Une question fort importante, dans une exploita- tion rurale, est de savoir quelle est la manière la plus profitable d'employer le fourrage et les autres alimens destinés aux bestiaux: dans quelques loca- lités, on croit, à cet égard, que les vaches laitières donnent plus de profit que ie bétail à l’engrais; dans d’autres, l’opinion est tout-à-fait opposée. On conçoit que la solution de cette question dépend es- sentiellement des prix relatifs des divers produits dans chaque localité; elle peut dépendre beaucoup aussi de la race du bétail, qui peut être plus ou moins propre à l’engraissement, ou à la production du lait, du beurre ou du fromage. L’engraissément du bétail présente un avantage très- considérable sur l’entretien des vaches lai- tières: c’est qu’on peut, chaque année, proportion- ner Le nombre de bêtes qu’on achète pour l’engrais, à la quantité de fourrage ou d’autre nourriture qu’on a récoltée; tandis qu’on ne pourrait, dans beaucoup de circonstances, sans une grande perte, vendre une partie considérable de ses vaches, dans JANVIER. It une année où Le fourrage aurait manqué. Le capital qu’on emploie à l’achat des bestiaux destinés à être engraissés, rentre aussi dans l’espace de quatre à cinq mois; tandis qu’avec les vaches, il est aliéné presque indéfiniment. On peut compter qu’un bœuf, dans les cinq mois environ que dure son engraissement, consomme au- tant de nourriture qu’une vache dans l’année en- tière; il donne aussi à-peu-près autant de fumier (en supposant la vache nourrie à l’étable pendant toute l’année); et le fumier fourni par le bétail à l’engrais, est sans contredit de meilleure qualité que celui que donnent les bêtes maigres. Beaucoup de nourriture de diverse espèce peut être employée à l’engraissement des bœufs; quel- quefois, mais rarement, l’engraissement d’hiver se fait avec le foin seul: dans ce cas, on calcule ordinairement qu’un bœuf de sept cents à sept cent cinquante livres, auquel on donne quarante livres de bon foin par jour, augmente, chaque jour, de deux livres de viande; il est beaucoup plus économique de remplacer une grande partie du foin par des ra- cines, telles que pommes de terre, betteraves; ru- tabaga, et sur-tout des carottes et des panais. Si, au lieu de quarante livres de foin, un bœuf en re- çoit seulement dix livres avec soixante livres de pommes de terre, il profite à-peu-près également, et cette nourriture est beaucoup plus économique: 12 JANVIER. Les pommes de terre, dans ce cas, doivent toujours être employées cuites. Les tourteaux d'huile, et sur-tout ceux de lin, engraissent aussi très-promptement Le bétail; sou- vent on les pile, et on les mêle à la boisson qu’on donne aux bêtes; d’autres fois, on Les répand sur les racines coupées par tranches. Il est rare que les céréales puissent être em- ployées avec profit à l’engraissement du bétail; mais les féverolès le sont souvent avec beaucoup d’avan- tage; quelquefois on les fait moudre grossièrement, d’autres se contentent de les faire tremper dans l’eau, vingt-quatre heures à l’avance. Les résidus de la distillation des grains ou des pommes de terre, présentent un des moyens les plus économiques d’engraisser le bétail à cornes; on les leur donne ordinairement avant qu’ils soient re- froidis; dans plusieurs exploitations, on les fait même couler dans l’auge en sortant de l’alambic, de sorte que les bêtes sont forcées d'attendre qu’ils soient refroïdis, avant d’y toucher. Il paraît certain qu’en général les alimens chauds favorisent l’en- graissement, de même qu’une température élevée dans l’étable. Un des soins les plus importans pour l’engraisse- ment du bétail, c’est la plus exacte régularité dans les heures où l’on distribue la nourriture; dans beau- coup d’exploitations où l’on entend le mieux cette JANVIER. 13 opération, on pousse l’attention, à cet égard, jusqu’à un point qui paraît minutieux; mais qui contribue beaucoup à la promptitude de l’engraissement. Or- dinairement, on divise la nourriture journalière en trois repas, qu’on distribue chacun en deux fois, à une heure de distance. Le premier se donne à quatre heures du matin, le second à onze heures, et le troisième à sept heures du soir. On a soin de varier l’espèce de nourriture pour chaque repas: ainsi, si l’on a donné le matin des betteraves décou- pées, avec des tourteaux d’huile en poudre, on don- nera, à onze heures, des pommes de terre cuites, et le soir du foin, et toujours de la paille à discré- tion: au reste, le bétail en mange peu lorsqu'il est bien nourri d’ailleurs. Cependant, je crois qu’il est préférable de ne donner que deux repas: l’un à sept heures du ma- tin, et l’autre à trois heures après midi, en tenant l’étable soigneusement fermée dans l’intervalle; les bêtes ont plus de temps pour le repos, qui leur pro- fite autant que la nourriture. J'ai adopté cette mé- thode, et je m’en trouve très-bien. Chaque repas est formé de trois services: d’abord du foin, ensuite des résidus de distillation, et enfin des tourteaux d’huile. Le repas dure deux heures environ. Un autre soin presque aussi important, c’est celui de la propreté: si, dans beaucoup de cas, on né- glige, pour l'entretien des vaches, le pansement de 14 JANVIER. la main, qui cependant leur est toujours très-utile, on ne doit jamais s’en dispenser pour les bêtes à l’engrais; elles doivent étre étrillées et bouchon- nées tous les jours avec autant de soin que les che- vaux. La litière doit toujours être très-abondante et fréquemment renouvelée. La tranquillité des bêtes contribue puissamment aussi à leur prompt engraissement; beaucoup d’ex- cellens engraïsseurs ne laissent jamais entrer d’é- trangers dans leurs étables, Les chiens sur-tout en sont exclus avec le plus grand soin. L’obscurité du local est aussi une circonstance qui influe beaucoup sur la production de la graisse. ENGRAISSEMENT DES COCHONS. Dans Les exploitations rurales où l’on ne spécule pas sur l’éducation ou l’engraissemenit des cochons, il est très-rare qu’on n’en engraisse pas quelques- uns pour l’usage de la maison: si on considère l’en- tretien ou l’engraissement du bétail dans une ferme, sous le rapport de la production du fumier, il n’y en a aucune espèce qui, sous ce rapport, soit plus profitable que les cochons, c’est-à-dire qui, à quan- tité de nourriture égale, produise une plus grande quantité de fumier et d’aussi bonne qualité. Je suppose ici qu’on arrange les choses de manière à ne pas laisser écouler hors des loges l’urine de ces JANVIER. 15 animaux, mais qu’on la fait absorber par une quan- tité suffisante de litière. Les cochons s’engraissent parfaitement au moyen du lait aigre écrêmé, auquel on ajoute seulement, sur la fin de l’engraissement, un peu de farine de pois, de maïs, d'orge, de sarrasin, ou de féve- roles: ces dernières paraissent inférieures sous ce rapport. Lorsqu'on a commencé à les engraïsser avec du lait aigre, on ne doit jamais Le supprimer; car alors, avec toute autre nourriture, ils dimi- nuent au lieu d'augmenter. On engraisse plus fréquemment les cochons avec des racines; Les carottes, les panais et les pommes de terre, sont celles qui profitent le mieux dans ce cas; les pommes de terre doivent toujours être cuites et mêlées à une portion de grains, soit ré- duits en farine, soit cuits avec Les pommes de terre. Les grains se cuisent très-facilement en les faisant tremper dans l’eau pendant vingt-quatre heures, et en les plaçant ensuite, en une couche, au-dessus des pommes de terre, dans le tonneau où on les fait cuire à la vapeur; ce qui est la manière la plus éco- nomique de faire cuire ces racines. On a remarqué que l’engraissement est plus prompt, lorsqu'on fait aigrir la nourriture qu’on donne à ces animaux. En supposant qu’on les en- graisse avec des pommes de terre mêlées à du grain, voici comme on doit s’y prendre pour avoir cons- 16 JANVIER. tamment cette nourriture aigre: on mêle un demi- hectolitre de farine de maïs, de pois, d’orge ou de sarrasin, etc., à un hectolitre de pommes de terre cuites, et écrasées pendant qu’elles sont encore bien chaudes, et sans ajouter d’eau; on y mêle quel- ques livres d’un levain aigre de farine d’orge pré- paré à l’avance; lorsque la fermentation est bien établie, on ajoute encore un hectolitre de pommes de terre cuites et écrasées, et on mêle bien le tout; la masse se gonfle considérablement et devient fort aigre. On la délaie dans de l’eau au moment où on veut la donner aux bêtes; dans le commencement de l’engraïssement, on donne cette nourriture fort claire, et ensuite plus épaisse. On peut préparer cette pâte pour huit ou dix jours au moins; car plus elle est aigre, meilleure elle est. Lorsqu'elle est presque finie, on emploie ce qui reste, pour servir de levain à une nouvelle cuvée. Lorsqu'on fabrique de l’eau-de-vie de grain ou de pomme de terre, on ne peut employer les ré- sidus plus utilement qu’à l’engraissement des co- chons; on les leur donne aussitôt qu’ils sontun peu refroïdis. Les résidus de la distillation des grains n’ont besoin d’aucune addition; mais ceux de la distillation des pommes de terre donneraient un lard mou, si on n’y joignait pas, sur la fin de l’en- graissement, un peu de grain moulu ou cuit. Il faut que les grains soient à bien bas prix, pour JANVIER. 17 qu’il soit profitable de les employer seuls à l’en- graissement des cochons; ilesten général bien plus avantageux de les joindre aux racines. Cependant il peut se rencontrer des circonstances où l'engrais- sement par le moyen des grains seuls, soit encore 8 profitable. On calcule qu’un bon cochonaugmente, en poids, de vingt à vingt-cinq livres par hectolitre de grains, moitié orge et moitié pois, qu'il con- somme. Les grains doivent, dans tous les cas, être donnés, seit détrempés, ou, encore mieux, cuits, soit moulus grossièrement: dans ce dernier cas, on doit encore faire détremper la farine quelque temps d’avance, et éclaircir la pâte avec beaucoup d’eau. Il est encore préférable de faire aigrir cette pâte, comme pour les pommes de terre, Je suis surpris qu’on n’ait pas encore songé à em- ployer; pour l’engraissement des cochons; la gé- latine contenue dans les os. En réduisant les os en poudre, on pourrait facilement extraire une grande partie de leur gélatine, en les mettant dans l’eau qui produit la vapeur destinée à faire cuire les pom- mes de terre: par ce moyen, les seuls frais néces- saires pour obtenir ce bouillon, seraient le broie- ment des os. Depuis plusieurs années, je projette de faire des expériences à ce sujet, mais j'en ai été dé- tourné par d’autres occupations; je les recommande aux personnes qui sont à portée de s’y livrer: je conserve très-peu de doute sur les résultats favora- mn 18 JANVIER. bles qu’on obtiendrait de ce procédé. Le porc est, de tous nos bestiaux, celui auquel une nourriture animale paraît le plus profitable; aussi on voit que les pommes deterre, qui ne contiennent pas Ou très- peu de substance animalisée, ne leur profitent guère, si on n’y joint pas des grains qui contiennent ces principes; et les grains qui en contiennent le plus, sont ceux qui réussissent le mieux pour cela. Le bouillon que je propose ici, serait analogue au lait, et aux lavures de cuisine, qui tiennent des matières animales en solution, et qui conviennent si bien à ces animaux. Il faudrait rechercher, au reste, si ce genre de nourriture ne communiquerait pas une mauvaise qualité à la chair des animaux ou au lard. IL est probable qu'il faudrait prendre quelques précautions pour empêcher que les os concassés ne s’attachent au fond de la chaudière, il suffirait pour cela d’en garnir le fond d’un païllasson assujetti avec des pierres, et sur lequel on placerait les os. Plus les os seront pilés en poudre fine, plus on en extraira de matière nutritive. La meilleure manière de faire consommer ce bouillon, serait, je crois, de le mêler aux pommes de terre cuites, en l’employant en place d’eau pour les délayer. On pourrait probablement, par ce moyen; Se dispenser d'ajouter du grain aux pom- mes de terre. L'engraissement complet d’un cochon exige en- JANVIER. 19 viron quatre mois, on peut engraisser ces animaux avant qu'ils aient atteint toute leur croissance, et dès l’âge de six mois; mais, pour la plupart des ra- ces, il est plus profitable d’attendre à l’âge d’un an. Pour les cochons, de même que pour les animaux de toute espèce, la plus grande propreté, une abon- dante litière renouvelée souvent, et une exactitude ponctuelle dans les heures où on leur distribue la nourriture, sont des circonstances qui contribuent ssentiellement à favoriser l’engraissement: les bêtes connaissent, avec une exactitude étonnante, l’heure où on a coutume de leur apporter à manger; si on manque à l'heure fixe, elles attendent avec impatience, se tourmentent, et perdent plus en une heure de temps, que ne pourra leur profiter le repas qu’on leur fait attendre. Les cochons, ainsi que tous les autres bestiaux à l’engrais, doivent recevoir, à chaque repas, une quantité de nourriture suffisante pour les rassasier complétement, mais de manière qu’ils n’en laissent point. L’engraissement des cochons est plus profitable lorsqu’on le commence sur des bêtes en bonne chair, plutôt que sur des bêtes très-maigres, qui deman- dent un très-long espace de temps pour leur fair prendre de Ja chair, ce qui précède toujours la pro- duction de la graisse. Il est donc fort important de maintenir de longue main en bon état, au mo 20 FÉVRIER. d’une nourriture suffisante, les bêtes qu’on destine à l’engraissement: c’est d’ailleurs un moyen de leur faire prendre bien plus de développement; car un cochon très-bien nourri peut être, à six mois, aussi grand qu’un autre de la même race le seraà unan, s’il a été mal nourri. ANNARAA ARRADANNNAA AMEN FÉVRIER.« SEMER LES FÉVEROLES. Les féveroles semées en ce moissont ordinairement les plus productives, quoiqu’on puisse souvent en retarder la semaille jusqu’en mars. Les terres fortes, argileuses, même les plus tenaces, sontcelles dansles- quelles la culture de cette plante présente le plus d’a- vantages. Dansles sols de cette espèce, elles forment une excellente préparation, et peut-être la meilleure de toutes pour le blé, pourvu que la récolte de fèves ait été entretenue bien nette de mauvaises herbes, soit par deux ou trois binages à la main, soit par le travail de la houe à cheval, en arrachant avec soin les herbes à la main dans les lignes. Les fèves cul- tivées ainsi donnent presque toujours une récolte double de celles qui ont été semées à la volée et abandonnées à elles-mêmes. e La culture en lignes espacées de dix-huit pouces FÉVRIER. 21 ou même davantage, convient parfaitement à cette plante. Comme elle ne craint nullement d’être en- terrée profondément, c’est-à-dire, à trois pouces au moins, même dans les terres les plus argileuses, on peut répandre la semence dans la raie ouverte par la charrue ,*soit à la main, soit avec le semoir, en laissant une raie vide entre deux. On peut aussi planterles fèves au plantoir, sur le dos des bandes de terre retournées par la charrue, en enfonçantle plan- toir de deux poucesau moins. Par ces diverses métho- des, on peut les aligner assez exactement pour per- mettre l’usage dé la houe à cheval entre les lignes, Les fèves réussissent parfaitement bien aussi sur un défrichement de gazon, de trèfle ou d’autres prairies artificielles, le tout sur un seul labour. C’est une des meilleures récoltes, pour la première année, sur des défrichemens de cette espèces Les fèves se cultivent souvent en mélange avec l’avoine; on doit, dans ce cas, semer sous raies, les fèves, le plus tôt possible après l’hiver, sur un labour d'automne, et semer, seulement une quin- zaine de jours après, l’avoine, qu’on enterre à la herse. Si on sème les deux ensemble, les fèves pro- duisent très-peu, parce qu’elles sont étouffées par l’avoine, 22 FÉVRIER. SEMER L'AVOINE. L’avoine peut déjà se semer souvent en février; cependant le temps le plus ordinaire de la semaille est en mars. SEMER LES PAVOTS. Le pavot doit se semer le plus tôt qu’il est pos- sible d’entrer dans les terres. Souvent on peut le faire dès le mois de janvier; maïs en général on ne doiït pas passer celui de février. Les sols légers; sa- blonneux ou graveleux, mais cependant riches et profonds, sont ceux qui conviennent le mieux à cette plante; elle se sème presque toujours sur un labour d'automne. On en cultive deux variétés: dans l’une,"la semence est grise, et les capsules s’entr’ou- vrent'au moment de la maturité; dans l’autre, qui a ses semences blanches, les capsules restent tou- jours fermées. Cette dernière paraît préférable, parce qu’elle n’est pas sujette à laisser répandre ses semences par les grands vents, comme l’autre; ce- pendant, quelques personnes croient qu’elle est moins productive. On les sème ordinairement à la volée, à raison de quatre à cinq livres de graine par hectare. On pourrait aussi les cultiver en lignes, à dix-huit pouces de distance. FÉVRIER. 23 ENTRETIEN DES SILLONS D'ÉCOULEMENT. On doit continuer, en ce mois, la surveillance la plus exacte sur les sillons d'écoulement, afin de les débarrasser de tout ce qui pourrait gêner la circu- lation des eaux. r ENGRAISSEMENT DES MOUTONS. Le cultivateur qui a une ample provision de ra- cines, ne peut, dans beaucoup de circonstances, les employer d’une manière plus profitable qu’à l’engraissement des moutons destinés à être vendus en maïs, avril ou mai; car le prix de ces bêtes grasses ést ordinairement très-élevé dans cette saï- son. Cependant cette spéculation est soumise aux mêmes considérations que j’ai énoncées relative- ment à l’engrais des bœufs, sur les connaissances pratiques relatives aux achats et aux ventes qui sont presque toujours nécessaires pOur assurer les bénéfices d’un engraisseur. Pour les personnes qui ont de grands troupeaux de bêtes à laine, et qui se contentent d’engraisser les moutons qu’elles ont élevés, ou leurs bêtes de réforme, cette considéra- tion devient moins importante: si on court le ris- que, dans ce cas, de vendre avec moins d’avantage que d’autres, on ne risque pas, au moins, d’être trompé doublement, au moment de l’achat et à ce- lui de la vente; ce qui, dans un très-grand nombre 24 MARS. de circonstances, peut réduire à rien Les bénéfices de celui qui veut spéculer sur l’engraissement du bétail. Presque toutes les racines qu’on cultive pour fourrage, conviennent très-bien à l’engraissement des moutons, pourvu qu’on y joigne un peu de foin. On peut ranger ces racines dans l’ordre suivant, relativement à la propriété dont elles jouissent de contribuer à l’engraissement: les panais, les ca- rottes, les pommes de terre, les betteraves, Les ru- tabagas, les navets. On ajoute quelquefois à cette nourriture des tourteaux de lin pilés, dont on sau- poudre les racines coupées par tranches Mou des grains moulus grossièrement. Avec une nourriture abondante, l’engraissement des moutons peut se terminer en deux mois. Il est avantageux, sous le rapport de la quantité de nour- riture qu’on doit y employer, d'accélérer autant qu’on peut l’engraissement, en faisant consommer aux bêtes d'aussi fortes rations qu’elles peuvent le supporter. MARS. SEMER L'AVOINE. C& mois est l’époque la plus commune des se- mailles d’avoine. Il y a, dans la culture de cette MARS. 25 plante, deux erreurs trop ordinaires, qu’on doit éviter. La première est de la placer après une autre récolte de grains, et principalement de blé, ce qui épuise considérablement le sol, et tend à l’empoi- sonner d'herbes nuisibles: c’est presque toujours, ou après unerrécolte sarclée, ou sur le défriche- ment d’une, prairie naturelle ou artificielle, qu'il convient de semer l’avoine;'elle réussit très-bien aussi sur un défrichement de trèfle et sur un seul labour: L'autre erreur est de croire que cette ré- colte ne paie pas aussi bien que celle d’orge les soins qu’on lui donne, et en conséquence, de ne la placer que dans des terres dans lesquelles Porge ne donnerait pas une récolte passable, et de donner à l’avoine beaucoup moins de cultures préparatoires qu’à l'orge. Les prix relatifs de ces deux grains doi- vent seuls diriger le cultivateur sur la préférence qu’il doit donner à l’un ou à l’autre, dans les ter- rains qui sont propres à tous deux; maïs en géné- ral, on doit tenir pour certain que les soins qu’on donne à la récolte d'avoine, par un ou deux labours préparatoires de plus, ainsi que la bonne qualité du sol qu’on y consacre, sont toujours amplement payés par Paugmentation de la récolte. De toutes les céréales, lavoine est celle qui pré- sente le plus de différence dans la quantité de se- mence qu’on emploie dans divers cantons: dans quelques parties de l’Angleterre, on regarde comme 3 26 MARS. avantageux d'employer cinq à six hectolitres, et même plus, de seménce pâr hectare; en France, la quantité la plus ordinaire est de deux à trois hec- tolitres. Outre l’avoine commune on en cultive plusieurs autrés variétés: l’avoine noëre de Hongrie; dont Les grains forment une grappe assez serrée, placée d’un seul côté dé la tige, avait été beaucoup vantée, il y à quelques années; cependant sa culture a été aban- donnée dans beaucoup de localités, parce que son produit, n’est supérieur à celui de l’avoine com- mune, que dans des sols très-riches, et que d’ail- leurs le grain est de qualité inférieure. La blanche de Hongrie est moins difficile sur le sol, très-pro- ductive en paille, et préférée dans plusieurs cir- constances. On cultive, depuis quelques années; dans les dé- partemens du nord-est de la France deux variétés très- hâtivés d'avoine, l’une à grains blancs, et l'autre à grains noirs; elles sont très-rustiques et d'excellente qualité. La noire s’est montrée plus productive dans mes cultures. L’avoine-patate est une variété qu’on cultive de- puis quelque temps en Angleterre, et qui y est fort estimée: le grain est blanc, court et fort pesant; il donne plus de farine que toutes les autres va- riétés. Elle est encore peu répandue en France. L'avoine de Géorgie; nouvéllement introduite, MARS 2 paraît d'excellente qualité, très-hâtive et très-pro- ductive, je n’en ai encore fait que de petits essais. L’avoine est, au reste, la moins délicate des cé- réales sur la nature et la préparation du sol. SEMER LE TRÈFLE ROUGE OU COMMUN. (Trifolium pratense.) Cette plante se sème presque toujours avec les cé- réales de printemps, ou sur Le blé ou Le seigle semé en automne, Dans le premier cas, on doit semer d’abord, sur le labour, l’orge ou l’avoine; ensuite herser pour couvrir le grain, semer le trèfle, et l’enterrer très-légèrement, soit avec une herse de bois, soit avec la herse renversée, soit avec un fa- got d’épines. Dans la plupart des cas, lorsqu'il sur- vient une averse immédiatement après la semaille du trèfle, il n’a pas besoin d’être enterré du tout. Lorsqu’on le sème sur le blé, on ne doit de même le recouvrir que très-légèrement: si la surface est très-meuble, la herse de fer l’enterre souvent trop profondément, il vaut mieux alors passer d’abord la herse, et semer ensuite par un temps pluvieux sans enterrer la semence, ou tout au plus avec la herse de bois. Le trèfle réussit très-bien aussi dans le lin, dans le sarrasin, dans le colza de printemps ou d’hiver. Dans ce dernier cas, si on bine le colza, comme on o D 28 MARS. devrait toujours le faire, on sème le trèfle après le dernier binage. Une excellente manière de cultiver le trèfle, ainsi que la luzerne, est aussi de les semer dans de l’a- voine ou de l'orge destinée à être fauchée en vert. On coupe la céréale deux fois, et on a ensuite Or- dinairement une belle coupe de trèfle à l’automnes Lorsque le sol est en très-bon état, et convient particulièrement au trèfle ,on a à craindre; dansles années humides, que le trèfle semé dans une céréale de printemps ne prenne d’abord trop d’accroisse- ment,etne s'élève beaucoupavant la moisson. Cela présente deux inconvéniens: 1°. la récolte du grain est beaucoup diminuée; 2°, le grain moissonné doit rester beaucoup plus long-temps sur le terrain, pour sa dessication, qui devient fort difficile, si la saison est pluvieuse. Il est vrai que le mélange du trèfle rend la paille excellente, si le tout est rentré bien sec; maison risque de perdre et grain et paille; si la saison est défavorable. Le moyen d'éviter ces inconvéniens est de ne semer le trèfle que quelque temps après que la céréale est levée. Le semeur, pour le trèfle, de même que pour toutes les graines très-fines, doit toujours semer en une allée et une venue Sur la même place, en ré= pandant la moitié de la graine à chaque fois: par ce moyen; la semaille est bien plus égale. rente livres de semence par hectare sont la MARS. 29 quantité qu’on emploie communément; quelques livres de plus valent encore mieux, parce qu'il est important, pour toutes les prairies artificielles, d’avoir des récoltes très-épaisses; j’en mets ordinai- rement quarante. On doit apporter un grand soin au choix de la se- mencede trèfle; la bonnegraineest grosse, bien nour- sie, d’une teinte jaune ou violette bien brillante. La céréale dans laquelle on sème du trèfle ou une autre prairie artificielle, doit être semée plus clair que si on la semait seule, et on doit prendre beaucoup de précaution pour qu’elle ne verse pas; car, dans ce cas, le trèfle est presque toujours perdu. La plupart des terres se lassent assez facilement du trèfle: alors on s'aperçoit qu'il réussit moins bien après que le sol en a porté un certain nombre de fois, à des époques trop rapprochées. IL faut déjà qu’un terrain soit de bonne qualité et bien cultivé; pour pouvoir supporter; pendant vingt ou trente ans, une récolte de trèfle tous les quatre ans. Dans les sols argileux, on a moins à craindre cet in- convénient. Presque tous les sols conviennent au trèfle; on ne peut guère en excepter que les terrains extrême- ment légers et pauvres. Dans les sols argileux, il est nécessaire que la terre soit bien pulvérisée, pour graine aussi fine. assurer la levée d’une g 30 MARS. SEMER LE TRÈFLE BLANC.(Trifolium repens.) Le trèfle blanc ou rampant se sème aussi dans la même saison, et ordinairement dans une récolte de grain, de même que le trèfle rouge. Il est vivace, et convient particulièrement pour le pâturage des moutons. Îl réussit beaucoup mieux que le trèfle rouge dans des terrains très-légers, sablonneux ou calcaires. On l’associe fréquemment aux grami- nées des prairies. Si on le sème seul, on met vingt- cinq à trente livres par hectare. SEMER LA LUPULINE.( Medicago lupulina.) C’est aussi dans ce moiïs que se sème ordinaire- ment le lupuline, appelée souvent mzxette dorée, ou trèfle jaune, à cause de la couleur de sa fleur. Elle est bisannuelle comme le trèfle rouge, et réussit mieux que lui surlesterres sèches et légères, de mé- diocre qualité. On peut la faucher ou la pâturer: on ne court pas autant de dangers pour l’enflure des bestiaux, avec cette plante, qu’avec le trèfle ou la luzerne. Dans un sol très-pauvre, elle n’est propre qu’à être pâturée. Les sols calcaires paraissent con- venir particulièrement à cette plante; elle réussit très-bien dans les argiles marneuses. On la sème, comme le trèfle, dans une récolte de grain, à raison de trente à trente-cinq livres par hectare. MARS. 31 se MER LA LUZERNE.( Wedicago sativa.) Cette plante se sème en mars; OU seulement en avril, si l’on a à craindre les gelées tardives, qui peuvent lui faire beaucoup de tort. De toutes les plantes dont on. peut former une prairie durable, la luzerne est sans contredit la plus productive; mais c’est aussi peut-être celle qui est la plus exigeante sur la nature du terrain où on la place: un sol riche, meuble, profond, et non su jet à retenir l’humidité, même dans ses couches in- férieures, est le seul dans lequel cette culture puisse réussir, au moins d’uné manière durable. En effet, Les racines de la luzerne s’enfoncent annuellement, et pénètrent jusqu’à plusieurs pieds de profondeur; aussitôt qu’elles rencontrent une couche de terre de mauvaise qualité, ou de leau, la plantation non- seulement cesse de croître, mais dépérit. Comme; d’un autre côté ,une luzernière n’est en plein rap- port qu’à sa troisième ou souvent à sa quatrième année, et que cette plante exige une très- bonne préparation du terrain, ce qui rend sa culture fort coûteuse, on voit qu'il est très-important de ne la placer que dans un sol où elle puisse avoir une longue durée. Dans un terrain qui lui convient bien, elle peut subsister dix à quinze ans. Pour la nourriture des bestiaux à l’étable, rien n’est plus utile que quelques arpens d’une bonne luzernière, 32 MARS. placés à proximité des bâtimens de l'exploitation, parce qu’on peut commencer à la faucher, ordinai- rement quinze jours avant le trèfle; elle donne tou- jours trois coupes abondantes, et souvent quatre. Elle se sème, comme le trèfle rouge, dans une récolte de grains, dans un sol parfaitement nettoyé de mauvaises herbes, profondément défoncé, et fortement amendé. Quarante à cinquante livres de graines par hectare, on n’en emploie communé- ment que quarante; mais je connais plusieurs ex- cellens cultivateurs qui regardent comme essentiel d'augmenter cette quantité d’un quart, et la beauté des récoltes qu’ils obtiennent, plaide fortement en faveur de cette pratique, Un hersage énergique en mars doit toujours être exécuté sur les luzernières, ce qui détruit beaucoup de mauvaises herbes, et favorise singulièrement la croissance de la plante. S'il arrivait cependant que, par l’effet d’une saison très-défavorable, la luzerne se fût très-peu enracinée dans l’année de la se- maille, on devrait la ménager dans le hersage du printemps suivant; mais dans toute autre circons- tance, on ne doit pas craindre de déchirer les col- lets des plantes par les dents de la herse; cela leur est au contraire très-utile. MARS. 35 SEMER LE SAINFOIN.( Hedysarum ono- bry chis.) C’est aussi la saison la plus convenable pour la semaille du sainfoin. Tout cultivateur qui à des terres qui conviennent à cette plante, ne peut pas les employer d’une manière plus profitable. Poux le sainfoin, comme pour la luzerne, ce n’est pas seu- lement la couche supérieure du sol qu’il faut con- sidérer, mais sur-tout les couches inférieures. Le sainfoin réussit sur-tout dans les sols dont les cou- ches inférieures sont calcaires, soit marneuses, craïeuses ou graveleuses, soit même composées de pierres calcaires sous une très- légère couche de terre, pourvu que les racines pivotantes du sain- foin puissent s’insinuer entre Îles pierres ou dans leurs fissures. Cependant, je connais quelques exemples de sainfoin qui ont très-bien réussi dans des sables légers, placés près du lit d’une rivière, et qui ne paraissent pas calcaires: il y a encore des expériences à faire sur ce sujet. Le sainfoin, à moins que le sol dans lequel il est placé ne soit très-riche, ne donne ordinairement qu’une coupe; mais, soit en vert, soit en sec, ily a peu de fourrage plus substantiel pour le bétail. On cultive, depuis quelques années, dans plu- sieurs départemens, une variété de cette plante, 34 MARS. dont la végétation est bien plus hâtive, et qu’on appelle, par cette raison, sainfoin à deux coupes. Le sainfoin se sème dans l’avoine ou dans l’orge, à raison de quatre à cinq hectolitres par hectare. La semence, quoique assez grosse, demande à être peu enterrée, Le hersage en mars sur les sainfoins venus est aussi utile que sur la luzerne. PLATRER LES TRÈELES, SAINFOINS ET LUZERNES. C’est ordinairement en mars, quelquefois seule ment en avril, qu'il est le plus avantageux d’ap- pliquer le plâtre à ces trois récoltes, ainsi qu’à la lupuline et au trèfle‘blanc. En général, le moment le plus favorable est celui où la plante a déjà com- mencé sa croissance, et commence à couvrir la terre. On emploie ordinairement autant de plâtre, en me- sure, qu’on mettrait de semence de blé sur la même étendue de terrain. Des expériences faites en 1820 et 1821 par plu- sieurs cultivateurs du département de la Meurthe, et en particulier par M. de Valcourt, agriculteur très-éclairé et excellent observateur, prouvent qu’on peut employer indifféremment le plâtre cru ou calciné, ou les plâtras, pourvu que les uns et les autres soient réduits en poudre également fine. La découverte des effets produits par le plâtre MARS. 35 sur la végétgtion des plantes de la famille des Zégu- mineuses, est une des plus importantes qui aient été faites, dans ces derniers temps, par ses résultats dans l’art des assolemens. En effet, quoique le plâtre appliqué directement sur-les céréales, ousur les récoltes de plusieurs autres familles, ne pa- raisse, dans la plupart des circonstances, exercer auçune influence sur leur végétation; cependant, il est certain que toutes les récoltes, de quelquegenre qu’ellessoient, sônt bien plus productives après un trèfle plâtré, qu'après celui qui ne Va pas été: c’est donc un moyen de fertilité dont aucun cultivateur ne doit se priver, quand mêmeil devrait aller cher- cher le plâtre à vingt lieues. On ne doit pas répandre le plâtre par un tempssec; il faut choisir un temps couvert, ou ne le répan- dre que le soir, oude très-grand matin, ou aprèsune pluie, lorsque les feuilles des plantes sont humides. Quelques faits tendent à prouver que le plâtre produit aussi d’excellens effets sur le chanvre. IL se rencontre quelques sols où le plâtre ne produit aucun effet sensible sur aucune espèce de récolte; mais ce cas est très-rare. SEMER LES POIS.( Pisum sativurt.) Les sols meubles, légers ou de consistance moyenne, conviennent mieux aux pois que les terres argileuses tenaces. C’est une récolte qui épuise peu, 36 MARS. même lorsqu'on en récolte la graine. C’est une cul- ture pour laquelle on fait rarement beaucoup de dépense, soit en engrais, soit en labours; cepen- dant elle paie aussi bien que toute autre les soins qu’on lui donne. Les pois ne doivent pas revenir sur le même sol avant cinq ou six ans. On cultive plusieurs variétés de pois, parmi les- quelles le pois gris ou bisaille, est celle qui s’ac- commode le mieux des terres un peu argileuses et compactes. On sème ordinairement en mars, et on enterre un peu fortement la semence; on sème sou- vent sous raie, par un labour de trois ou quatre pouces de profondeur. L’extirpateur convient très- bien pour enterrer cette semence; lorsque le sol est meuble. On ne peut déterminer exactement la quantité de semence qu'il convient d'employer, et qui varie en raison de la grosseur des grains de chaque va- riété. Cela varie de cent cinquante à deux cents li- tres par hectare, et même davantage. SEMER LES VESces.( Vicia sativa.) C’est dans ce mois qu’on fait ordinairement les premières semailles des vesces. Cette plante, dont l'utilité serait assez bornée, si on ne considérait que ses graines, a acquis une importance majeure par l’usage qu’on en fait, comme fourrage vert, dans la nourriture des bestiaux à l’étable; peu d’autres MARS. 37 plantes peuvent, avec autant d'avantage que celle- ci, remplacer les trèfles qui ont été détruits par l'hiver, accident qui pourrait, sans cela, entrainer les plus graves inconvéniens, dans une exploita- tion rurale où on a adopté l’excellente méthode de la nourriture du bétail à l’étable. Les vesces peu- vent d’ailleurs très-bien former, par elles-mêmes, la base de cette nourriture, depuis Le milieu de mai ou le commencement de juin, époque où on fauche ordinairement les vesces d’hiver, jusque dans le cou- rant d'octobre. Pour cela, on doit en semer de mars en juillet, tous les quinze jours ou trois semaines. Les terres fraiches, un peu argileuses, sont celles qui conviennent le mieux à cette plante. Elle peut, dans beaucoup de cas, remplacer la jachère, comme préparation pour le blé: alors on doit la semer en mars sur un labour, et lui appliquer lengrais qu’on destinait à la jachère; immédiatement après l'avoir coupée, on donnera un second labour, et un troisième avant la semaille du blé. Dans la plupart des cas, cette préparation ñe sera nulle- ment inférieure à une jachère complète. Cela sup- pose, cependant ,que la terre est propre; si elle était empoisonnée de mauvaises herbes, il vaudrait beau- coup mieux employer le printemps et l’été à lui donner plusieurs cultures. La vesce fauchée à l’é- poque de sa floraison, ou peu de temps après, n’est nullement épuisante. 38 MARS. Laquantité de semence est d’environ centsoïxante quinze à deux cents litres par hectare. SEMER LES CAROTTES.( Daucus carota.) On sème assez souvent les carottes en février; cependant mars est la saison la plus commune. Beaucoup de personnes croient que les sols très- légers et sablonneux sont les seuls qui conviennent à cette plante; cependant elle réussit très-bien sur les terres de consistance moyenne, même un peu argileuses, pourvu qu’elles se laïssent bien ameu- blir par les cultures préparatoires, et qu’elles aient du fond. Cette récolte est fort coûteuse, à cause de la difficulté du premier sarclage: aussi ne doit-on la tenter que sur un sol bien nettoyé de mauvaises herbes. D’un autre côté, il y a très-peu de récoltes qui surpassent, ou même qui atteignent la valeur de celle-ci, dans leur application à la nourriture des bestiaux. On peut calculer qu’en général un terrain donné produit, en carottes, une récolte de moitié plus considérable en poids qu’une récolte de pommes de terre, et double en volume. La carotte est un des alimens les plus nutritifs et les plus sains qu’on puisse donner à toute espèce de bétail. Les chevaux de travail s’entretiennent très-bien avec quinze ou vingt livres de carottes par jour, en place de leur ration d'avoine. La carotte a, de plus, l'avantage de se conserver facilement avec toutes ses MARS. 39 qualités, jusqu’au mois d’avril, et même plus loin. Un labour profond, c’est-à-dire de huit ou dix pouces, est absolument nécessaire pour la complète réussite de cette plante; si l’on en donne plusieurs, les suivans peuvent n'être que de quatre ou cinq pouces. On ne fume pas ordinairement pour cette récolte; cependant on peut, par ce moyen, aug- menter beaucoup le produit. Si on emploie du fu- mier, on doit avoir grande attention à ce qu’il soit bien consommé; du fumier pailleux contient ordi- nairement une grande quantité de mauvaises se- mencés, qui augmenteraient beaucoup le travail du sarclage. La surface du sol doit être parfaitement meuble au moment de la semaille; si on sème à la volée, on mettra huit à dix livres de graine par hectare, et on l’enterrera très-peu. On n’emploie souvent que la moitié de cette quantité de semence, et on a encore des récoltes assez épaisses. La culture en lignes à dix-huit pouces de distance convient par- faitement pour cette plante, parce qu’elle diminue beaucouple travail et les frais du sarclage; sionne veut pas, ou ne peut pas nettoyer l’intervalle des lignes à la houe à cheval, on peut le faire très- promptement à la grosse houe à main; il ne reste plus alors qu’à arracher à la main, ou à la petite binette, les herbes dans les lignes. Les carottes se sèment souvent aussi en mars sur 4o MARS. le seigle, le colza d'hiver, ou même sur le,blé, ainsi que dans le lin; elles forment ainsi une se- conde récolte très-précieuse. De quelque manière qu’on sème, on doit froisser avec soin la graine entre les mains, afin de la dé- barrasser de toutes ses barbes; elle se répand, ainsi, bien plus également. SEMER LES PANAIS.( Pastinacca sativa.) Le panais se sème dans le même temps que la carotte, et sa culture est à-peu-près la même. Les sols très-riches, frais et profonds, sont les seuls qui lui conviennent; mais là, cette plante donne peut- être un produit supérieur à toute autre en valeur nutritive pour les bestiaux. Un avantage particu- lier du panais, c’est qu’il ne craint nullement les plus fortes gelées: ainsi on peut le laisser en terre pendant l’hiver, jusqu’au moment de le consommer. Aucune racine n’est plus profitable pour l’engrais des bêtes à cornes ainsi que des cochons, ou pour la nourriture des vaches laitières; elle convient très- bien aussi aux chevaux. On met dix à douze livres de graine par hectare. SEMIS DE CHOUX ET DE RUTABAGAS EN PÉPINIÈRE. C'est en mars qu'il est le plus convenable de se- MARS 4x mer en pépinière les choux et les rutabagas des- tinés à être mis en place en mai OU au commence- ment de juin, pour être consommés avant l'hiver; ceux qu’on ne voudrait consommer qu’au mois de février ou mars suivant, ne doivent êtresemés qu’en avril etmême au commencement demai, pour être transplantés en juin ou au commencement de juillet. Ce mode de culture par le repiquage présente le très-grand avantage de donner plus de temps pour préparer convenablement le solqu’on destine à cette récolte. Dans presque tous les cas, les frais addi- tionnels de repiquage sont compensés et au-delà par l’économie sur les premiers sarclages, qui sont bien moins coûteux dans une pépinière de peu d’é- tendue, que sur toute la surface des plantations. D'ailleurs, comme on peut aïnsi facilement placer la pépinière dans un sol très- riche et fortement amendé, on a bien plus de chances pour sauver le jeune plant des ravages de la puce de terre, qui dé- truit si souvent ces plantes, dans la grande culture. La méthode du repiquage présente cependant un inconvénient assez grave, c’est la nécessité d’arro- ser au moment de la transplantation, si la saison est très-sèche. Dans mon opinion, cette méthode de culture, malgré cet inconvénient, est encore in- finiment préférable aux semis en place. On peut semer la pépinière, soit à la volée, soit en lignes distantes de neuf pouces; dans tous les 4 42 MARS. cas, on doit laïsser le plant très-clair au premier sarclage, afin qu'il puisse prendre beaucoup de force avant d’être transplanté: c’est le meilleur moyen de le mettre en état de résister à la séche- resse après la transplantation. Les choux et le rutabaga présentent une res- source très-précieuse, pour les moutons et les bêtes à cornes, pendant tout l'hiver et jusqu’au mois d’a- vril. J'entends parler principalement ici des grands choux à fourrage, tels que le chou-cavalier, et le chou branchu du Poitou, dont on jouit pendant l'hiver, excepté pendant les fortes gelées. Quant aux rutabagas; on peut en jouir sans interruption de septembre à avril. Ils résistent mieux à l’hiver que les navets; cependant, lorsque la terre n’est pas couverte de neige, ils sont assez facilement détruits, même par des gelées modérées. Dans quelques par- ties de l'Angleterre, les rutabagas se donnent aux chevaux de travail: alors on diminue beaucoup leur ration d’avoine. SEMER LES BETTERAVES.( Peta vulgaris.) Les semis de betteraves en pépinière se font dans la dernière quinzaine de mars ou au commence- ment d’avril, lorsqu'on n’a plus à craindre de fortes gelées; pour les semis en place, il vaut mieux at- tendre la prémière quinzaine d’avril. Ce que j'ai dit sur les motifs qui doivent engager MARS. 13 à donner la préférence à la culture par repiquage pour les choux et les rutabagas, s'applique égale- ment à cette plante. La manière de traiter Les se- mis est aussi la même, si ce n’est que la graine de betterave doit être beaucoup plus enterrée, c’est- à-dire à un pouceau moins. La betterave forme une excellente nourriture pour les moutons et l’engraissement du bétail à cornes, ou pour les bœufs de travail; elle favorise l& production de la graisse plus que celle du lait: aussi, Lorsqu'on en donne aux vaches laitières, elles ne doivent pas former plus du tiers-de leur nourri- ture totale; ce régime les entretient en très- bon état. La betterave formelaussi une bonne nourriture pour leschevaux de travail, quoique inférieure, sous tous les rapports, à la carotte et au panais. Elle se conserve très-facilement jusqu’en mars et avril. On cultive plusieurs variétés de betteraves: celle qui s'emploie le plus communément à la nourri- ture des bestiaux, est la rose longue, connue sous le nom de racine de disette, dont la racine croît en partie hors de terre. La betterave de Silésie, blanche intérieurement et extérieurement, me parait préfe- rable, d’après une longue expérience; elle est aussi rustique, aussi productive, plus sucrée, et de meil- leure qualité pour la nourriture du bétail; elle est moins sensible à la gelée, et craint moins la sé- cheresse, parce que les racines s’enfoncent plus pro- 44 MARS. fondément. Le seul avantage que présente la variété longue commune, c’est que, tenant en terre seule- ment par l’extrémité de sa racine, il faut moins de travail pour l’arracher et la nettoyer. SEMER LES LENTILLES.( Ervum lens.) Cette plante se sème dans la‘ dernière quinzaine de ce mois, ou au commencement d’avril. Les ter- res légères et meubles sont celles qui lui convien- nent le mieux. Indépendamment de sa graine, qui a toujours une assez haute valeur, sa paille forme un fourrage quiéquivaut au moins au meilleur foin. Si on la fauche aussitôt que les siliques sont for- mées, c’est peut-être le plus nourrissant de tous les fourrages, soit en vert, soit en sec. Il ya de l'inconvénient d’en donner trop aux bestiaux, mème en fourrage sec. On met ordinairement cent cinquante litres de graines par hectare: si c’est la petite variété, On peut diminuer cette quantité. La culture en lignes s'applique très-bien à cette plante; dix-huit pouces de distance entre Les lignes, dansun sol très-riche, et douze ou quinze dans un sol médiocre. SEMER DES LAITUES POUR LES COCHONS: Dans les exploitations rurales où on élève beau- coup de cochons, il est d’un grand avantage de se- mer, endiverses fois, en mars; avril et mai, quel- MARS. 45 ques ares de laitue, que ces animaux aiment exces- sivement, et qui contribue beaucoup à les entre- tenir en bonne santé pendant l'été. Un sol très-ri- che, meuble, fortement amendé, et situé près des bâtimens de l'exploitation; est ce qui convient pour cela; on semera, soit à la volée, à raison d’une livre et demie de graine pour dixares, soiten Lignes, à douze ou quinze pouces de distance, à raison d’une livre de graine pour dix ares; dans tous les cas ,; on enterrera très-peu la semence. On: sarclera et bitera soigneusement; car sans ces soins la laitue profite peu. SEMER LA CHICORÉE.( Cicorium intybus.) C’est dans ce mois que se sème communément la chicorée, soit dans une récolte d'orge ou d'avoine, lorsqu'on la destine à la consommation des bes- tiaux, soit seule pour l’usage des fabriques dé café- chicorée. Les terres ärgileuses ou de consistance moyenne; sont célles qui conviennent le mieux à cette plante; il est nécéssaire qu’elles soient très-riches et pro- fondes,‘si on veut avoir des racines d’un gros volume: on ne doit pas alors employer de fumier, l’année de la semaille; un labour profond est aussi nécessaire dans ce cas, que pour la culture de la ca- rotte. La culture en lignes à dix-huit pouces de dis- tancé, est aussi la plus convenable pour l’économie 46 MARS. des frais de sarclage, opération indispensable et qui doit être faite avec beaucoup de soin. Quant à la chicorée dont on veut employer les feuilles à la nourriture des bestiaux, le semis à la volée et un peu dru est le plus convenable. Iln’est pas nécéssaire, dans ce cas-ci, que Le sol soit très-riche, ear cette plante est fort rustique. La chicorée fauchée en vert est une fort bonne nourriture pour Les vaches laitières,etsur-tout pour les cochons; il est convenable cependant de ne pas la donner seule aux vaches.@ette plante a l’avantage de résister aux plus fortes séèheresses. Blle convient bien aussi pour le pâturage des moutons. Dans les semis à la volée, on met vingt-quatre livres de graine par bectare; elle demande à être enterrée peu profondément. La variété qu’on cultive pour la fabrication du café, a la racine plus grosse et plus charnue, à- peu-près comme une carotte blanche. Je me suis assuré qu’elle fournit un fourrage, aussi abondant et d'aussi bonne qualité, que la variété commune. On peut.faucher les feuilles sans nuire aux racines, dans les premiers jours d’octobre, lorsque la végé- tation est arrêtée. HERSER LE BLÉ. Dans ce mois, et même plus tôt, aussitôt que,le sol est bien ressuyé, c’est une excellente opération MARS.&7 que de donner un hersage énergique au blé. L’es- pèce de culture qui en résulte contribue puissam- ment à faciliter la croissance des racinés coronales. Dans la plupart des cas, on distingue bientôt, à la vigueur de leur végétation, les champs qui ont été traités de la sorte. On doit employer, à cette opération, une herse à dents de fer, plus ou moins pesante, selon l’état de la terre, mais toujours assez pour que toute la surface du sol soit bien remuée. On ne doit pas s’inquiéter de ce que la herse arra- che quelques pieds de blé. Quand même on serait dans l’intention de donner plus tard un binage à la main, on ne doit pas né- gliger Le hersage. Pour les blés semés en lignes, la houe à cheval remplace l'opération de la herse d’une manière bien plus avantageuse. BÊTES À LAINE. Ce mois, ainsi que celui d’avril, sont toujours les plus embarrassans pour la nourriture des mou- tons. C’est presque toujours l’époque où les brebis et les agneaux dépérissent d’une manière souvent irréparable, si on n’a pas une provision suffisante de pommes de terre, de betteraves, de carottes, ou de rutabaga, ou de colza, de pimprenelle, etc., semés à l’automne; le colza sur-tout fournit ordi- nairement en mars.un pâturage abondant. 18 MARS. TIRER DES SILLONS D'ÉCOULEMENT. Aussitôt qu’un champ est labouré et semé, Sur- tout dans les terres humides, on ne doit pas man- quer de faire ou de relever avec soin les sillons d’é- coulement. Cette opération peut s’exécuter avec une charrue ordinaire, mais mieux encore avec la charrue à deux versoirs. FUMER LES BLÉS PAR-DESSUS- C’est dans ce mois qu’il convient d'appliquer aux jeunes blés les engrais qu’on veut donner en cou- verture, tels que de riches composts; des tourteaux d'huile en poudre, des touraillons, de la fente de pigeons en poudre, de la suie, de la poudrette, etc. Sionappliquait plus tôt cette espèce d’engrais, qu’on n’emploie qu’en très-petite quantité, et dont les principes sont très-solubles, les pluies les entraine- raient presque en totalité: c’est lorsque la récolte commence à végéter, qu’il est le plus profitable de les employer. Une très-petite quantité d’engrais de cette espèce, bien appliquée, produit ordinairement des effets très-considérables, sur-tout dans les sols légers. C’est un puissant moyen de rétablir une récolte qui a souffert de l’hiver, ou qui n’a pas reçu des engrais en quantité suffisante avant la semaille. MARS. 49 ÉTENDRE LES TAUPINIÈRES, Un cultivateur soigneux ne doit jamais manquer de faire parcourir tous ses prés en mars, pour faire étendre la terre des taupinières. Le travail est fort facile, pour les taupinièresrécentes; pour les vieilles, cela exige plus de peine; mais en faisant ce travail à temps, il ne s’en trouve jamais de vieilles. En général, les taupes ne font du tort dans les prés qu'aux népligens. Les taupinières nombreuses dans un pré non-seulement rendënt le fauchage plus difficile, mais font perdre beaucoup de foin, en empêchant de faucher d’aussi près. Lorsque au con- traire on les étend à mesure qu’elles se forment LE terre neuve qui est ainsi continuellement ramenée à la surface, fait beaucoup de bien à la prairie. e PATURER LES JEUNES PRES. Le bétail, de quelque espèce que ce soit, ne doit jamais entrer dans les jeunes prés pendant l'été de la semaille, ni pendant l’automne et l’hiver qui suivent, à moins que les herbes ne soient déjà très- fortes et bien enracinées; mais dès le moïs de mars suivant, il est très-utile de les faire brouter très- ras par les moutons. Rien ne contribue davantage à épaissir l'herbe pour les années suivantes, en la faisant taller. C’est un des soins les plus im- 5 So MARS. portans dans la formation des prairies composées de graminées. Les brebis et les agneaux y trouvent d’ailleurs une ressource, très-précieuse dans cette saison. SEMER LA SPERGULE.(Spergula arvensis.) Lorsqu’on veut récolter la graine de la spergule, c’est ordinairement en mars qu’on la sème; lagraine en est müre vers la fin de juin. C’est une plante qui convient particulièrement aux sols sablonneux et frais. Cependant je lai vue croître spontanément dans des terres blanches assez argileuses; elle s’y plaisait tellement, qu’elle s'était presqueemparée de tout le sol, et sa végétation était fort vigoureuse. En général, cette plante s’élève peu, et convient mieux pour pâturer que pour faucher; cependant on la fauche souvent aussi. Elle s'emploie principale- ment à la nourriture des vaches laitières, et produit un beurre de qualité très-distinguée. Blle épuise très-peu le sol, même lorsqu'on laisse müûrir ses semences: On sème vingt-quatre livres de graine par hectare. BINER LE COLZA. Les colzas d'auitomneaurontbesoin, dans ce mois, d’un binage, et peut-être de deux. Lorsque le colza a été semé à la volée ,;;onse dispense souvent de ces binages, qu’on ne peut alors exécuter qu’à la houe MARS. 57 à main; cependant l’augmentation sur la récolte les paie toujours richement, sans compter Les effets du nettoiement de la terre pour les récoltes suivantes. Quinze femmes qui entendent bien cette Opération, doivent biner correctement un hectare dans leur journée, à moins que le sol ne soit excessivement sale, ou très-dur. Lorsque Le colza a été semé en lignes au semoir, ou planté après le rayonneur ou derrière la charrue, ces binages s’exécutent bien plus économiquement et d’une manière plus parfaite, au moyen de la houe à cheval, Les lignes étant espacées de dix-huit pouces, un cheval et deux hommes peuvent facile- ment faire un hectare et demi par jour; trois ou quatre femmes seront nécessaires pour suivre l’ins- trument, et arracher à la main les herbes dans les lignes. SARCLER LA GAUDE D'HIVER. La gaude qui a été semée en août doit être sar- clée en mars, cette Opération doit être faite aussitôt que les tiges commencent à monter. Comme alors les plantes sont fortes, on emploie la houe à long man- che, et on laisse les plantes espacées, autant que possible, de cinq à six pouces. Ce sarclage est beau- coup moins coûteux que celui de la gaude semée au printemps; parce que, pour cette dernière, on doit sarcler lorsque la gaude est encore très-petite: c’est 5: 52 MARS. lle principal avantage des semis de gaude avant l’hi1- ver. Vingt à vingt-cinq femmes sarclent ordinaire- ment un hectare de terre, dans cette saison, dans une journée, avec la houe à long manche, à moins que le sol ne soit excessivement sale ou très-dur. S'il repousse encore des herbes après ce sarclage, on les arrache à la main lorsque la gaude a à-peu- près la moitié de sa hauteur. BINER LES CARDÈRES. Les cardères plantées en septembre auront besoin d’un binage en ce mois; ensuite on devra les répé- ter aussi souvent qu'il poussera de mauvaises her- bes, Si on les a plantées en lignes, la houe à cheval convient très-bien pour ces opérations. VACHES. Dans une exploitation bien réglée, la provision de racines, telles que pommes de terre, rutabagas, betteraves, carottes; Ou de choux, doit durer pen- dant tout le mois de mars et d’avril. Il n’est pas avantageux de mettre le bétail en pâture, lorsqu’on le nourrit ainsi pendant l'été, avant le moment où l'herbe est déjà assez grande pour qu'il puisse bien sy nourrir. Si on l’y met trop tôt, le pâturage en souffre et le bétail aussi, parce que la petite quan- tité d'herbe fraiche qu’il pâture; le dégoûte de la nourriture sèche qu’il reçoit à l'étable. Les pâtures J ) © MARS. 5 communes, que chacun exploite à-peu-près comme : L e L; un bien au pillage, Sont peu susceptibles del appli- cation de ce principe. ATTELAGES. À une époque où les travaux sont afssi urgens qu’à celle-ci, un cultivateur diligent doit apporter le plus grand soin à ce que les attelages fassent des journées complètes de travail. Neuf heures d’ou- vrage en deux attelées, en s’y prenant de grand matin, peuvent très-bien être supportées par des chevaux bien entretenus. Deux chevaux attelés à un bon araire ou charrue sans avant-train, doivent toujours, dans ces neuf heures, labourer de qua- rante à soixante ares, selon la nature du sol. Chez moi, une paire de bœufs ne fait jamais moins de trente ares, et souvent cinquante dans tous les la- bours ordinaires. Il y a cependant des cas de labours très-difficiles, dans lesquels les attelages ne peuvent atteindre à cette tâche; mais ces cas sont très-rares, dans des terres bien cultivées. Les carottes sont encore une des meilleures nour- ritures qu’on puisse donner aux chevaux en mars et avril; ces racines les maintiennent en aussi bon état, et aussi vigoureux, que l’avoine. On peut aussi donner moitié ou un quart de la ration d’avoine en nature, et l'équivalent du reste en carottes ou en panais. 54 MARS. SEMER LA GAUDE.( Reseda luteola.) La gaude se sème, soit en août, pour être récol- tée, l’année suivante,en juin ou juillet; soiten mars, pour être récoltée, dans la mêmeannée; en septem- bre. La première méthode est préférable, parce que les sarclages sont plus. faciles et moins coûteux, et parce que la récolte se fait À une époque où il est plus facile de la faire sécher. Cependant j'ai remar- qué que les semailles de printemps sont souvent aussi productives que celles d’automne. On a annoncé que cette plante se contente des ter- rains les plus pauvres; quant à moi, après l’avoir cultivée pendant plusieurs années, j’ai remarqué qu’on ne peut en obtenir des récoltes passables que dans un sol riche et de bonne qualité, Les terres où cette culture m’a réussi le mieux, sont des terres de consistance moyenne, parfaitement ameublies par des cultures préparatoires. Cette plante, dans les commencemens de sa croissance, restant long- temps très-petite, el exigeant, par cette raison, des sarclages très-soignés et très-coûteux, parce que les plants doivent être très-rapprochés, on ne doit jamais la mettre que dans une terre bien propre. On sème quinze livres de graine par hectare, et on ne l’enterre presque pas. MARS, 55 SEMER LE BLE DE PRINTEMPS. Les semailles de blé de printemps se font ordinai- rement en mars, quoiqu’elles réussissent souvent très-bien en avril et même en mai. Le blé de printemps n’est pas une variété parti- culière, c’est simplement le même blé qu’on sème à l'automne, etqui, par une culture continuée pen- dant quelques années, s’est habitué à une végéta- tion plus prompte. Il produit ordinairement moins que le blé d'automne; mais souvent la différence n’est pas considérable, sur-tout sur des terres très- riches et légères, qui lui conviennent spéciale- ment, et souvent mieux qu’au blé d'automne. Le blé de printemps n’est cultivé en grand que dans quelques cantons; mais il mériterait de l’être plus généralement, à cause de la grande ressource qu'il offre pour le remplacement des blés d’au- tomne, lorsqu'il arrive que ceux-ci ont été détruits par l'hiver; du reste, une très-bonne préparation du sol lui est nécessaire. On ne doit, dans aucun . cas, le placer immédiatement après une récolte de blé d'hiver. Il demande d'être semé plus dru que le blé d’au- tomne, Il est avantageux, pour cette récolte, comme en général pour toutes les céréales de printemps, de mettre assez de semence pour que le terrain soit 56 MARS. bien garni, au moyen de la principale tige de chaque grain, et sans compter sur les talles latérales: il arrive souvent, en effet, que lorsque la récolte est claire, ces talles se développent successivement pendant un long espace de temps. Alors on est forcé de faire la récolte lorsque les principaux épis sont mürs, et lorsqu'un grand nombre d’autres sont en- core verts, ce qui occasionne une perte considé- rable. J'ai éprouvé plusieurs fois cet inconvénient sur des orges semées trop clair, et sur du blé de printemps. Aureste, comme les grains de ce blé sont en pé- néral plus petits que ceux du blé d'automne, il west pas nécessaire, pour cela, de semer beaucoup plus er mesure, qu’on ne mettrait de semence de blé d'automne, pour les semailles faites à l’arrière-sai- son. Je crois cependant qu’on ne doit jamais ermñ- ployer, pour le blé de printemps, moins de deux cent cinquante litres par hectare. SEMER LE LIN.(Linum usitatissimum.) Le lin doit être exclusivement, cultivé dans des sols très-riches et très-meubles. Il y a beaucoup d’inconvéniens à fumer le sol pour cette semaille, à moins que ce ne soit un engrais en poudre, qu’on peut répandre très-également. Le fumier ordinaire ne pourrait jamais être assez également mêlé avec la terre, ce qui causerait une inégalité très-pre]- MARS 57 diciable dans la végétation des plantes. Dans ce cas, les unes prennent le dessus, et jettent les branches latérales lorsqu’elles sont encore fort basses, parce qu’elles ont trop d’air, et les autres sont étouffées par les plus vigoureuses. Une récolte semblable est presque sans valeur, parce que la principale qua- lité d’un beau lin est que chaque brin ait la plus grande longueur de tige possible, sans branches. C’est donc ordinairement dans une terre riche- ment amendée les années précédentes, et bien pro- pre, qu’on sème le lin. Deux ou trois labours pré- paratoires, où un bon labour et deux ou trois cultures à l’extirpateur, sont nécessaires dans ce cas, Après le dernier labour donné en mars, ou le dérnier travail à l’extirpateur, on herse plusieurs fois’, et ensuite on sème et on l’enterre à la herse. Le lin réussit cependant très-bien sur un pré rompu et sur un seul labour, pourvu que le sol ne soit pas trop aride par sa nature, ni trop humide. Cette manière de cultiver le lin est même la plus économique'de toutes, de même que c’est, dans presque tous les cas, la meilleure manière d’em- ployer un pré rompu, la première année de sa cul- ture. Le lin cultivé ainsi donne presque toujours un produit très-abondant en filasse et en graine; dans ce cas, on donne un labour très-soigné, on herse aussitôt, on sème immédiatement, et On couvre d’un L ger trait de herse, 58 MARS. Cette plante réussit bien aussi sur un trèfle rompu et sur un seul labour, pourvu toutefois que le sol soit propre et très-riche. Dans les cantons où l’on cultive beaucoup de lin, on est dans l’usage d’en renouveler la semence tous les deux ou trois ans, par de la graine tirée de Russie, connue dans le commerce sous le nom de graine de lin de Riga. Il est certain que cette graine produit, dans nos climats, un lin qui porte beaucoup moins de semence; mais qui est bien plus élevé, et qui donné une filasse bien plus abondante et de meilleure qualité, que la graine récoltée chez nous, et qu’elle dégénère au bout d’un très-petit nombre d'années. Dans quelques cantons, c’est la semence de la première récolte produite par la graine de Riga, qu’on regarde comme la plus propre à pro- duire de belle filasse. D’habiles agronomes croient que cette différence vient uniquement de ce que, dans nos cultures de lin pour la filasse, les plantes sont trop serrées, et récoltées trop tôt pour que les semences puissent acquérir toute la perfection dont elles sont suscep- tibles. On a conseillé, en conséquence, de cultiver à part Les terrains destinés à produire la graine qu’on doit semer, en y mettant beaucoup moins de semence, et en laissant parfaitement mürir la graine. L'opinion de ces savans me paraît très-fon- dée; mais cette culture de lin uniquement pour sa MARS. 59 graine, et en sacrifiant la filasse, qui dans ce cas n’a que très-peu de valeur, présente un grave incon- vénient, qui a sa source dans l'énorme quantité de L. À graine qu’on est forcé d'employer pour ensemencer une terre à lin cultivée pour la filasse. En effet, on ne récolte ordinairement que trois fois la quantité de graine qu’on a employée pour la semaille, sou- vent deux fois seulement, où même moins. Il fau- drait donc que le cultivateur qui veut semer an- nuellement un hectare de lin, en sacrifiât la moitié, où au moins le tiers, pour se procurer sa provision de graine pour l’année suivante. Quoique j’indique ici le mois de mars comme l’époque de la semaille du lin, on peut aussi le se- mer avec succès er avril et même en mai; mais ces sémaillés sont beaucoup plus casuelles que celles qui se font plus tôt. Les diverses variétés dé lin qu’on a indiquées pa- faissent uniquement dues à la culture; cependant le lin zérard, dont les capsules s’ouvrent très-faci- lement, et dont la filasse est grossière, paraît for- mer une variété distincte. Pour obtenir de belle filasse, on doit mettre trois cent cinquante livres de graine par hectare. Le trèfle réussit très-bien dans le lin, ainsi que les éarottes, qui forment, dans beaucoup de Cas, une seconde récolte très-profitable. D}. J sA 4 de- 2 Pour avoir de beau lin, on ne doit en ressemer, Go MARS. sur le même terrain, qu'après un intervalle de six ans au moins; huit à dix ans valent encore mieux. PLANTER LES TOPINAMPOURS.(/eliantus tuberosus.) M. Yvart est le premier qui ait indiqué, comme avantageuse, la culture de cette plante en plain champ, pour la nourriture des bestiaux; elle pré- sente, sous ce rapport, des avantages qui doivent attirer l'attention des cultivateurs, dans un grand nombre de localités: quoiqu’elle soit beaucoup plus productive dans un sol riche, cependant elle s’ac- commode fort bien de terrains pauvres et sablon- neux; elle ne craint pas les plus fortes gelées, de sorte qu’on peut laisser les tubercules en terre jus- qu’au moment de les consommer. Ils forment une bonne nourriture pour tous les bestiaux, et présen- tent une ressource précieuse pour les moutons, à la fin de l’hiver et au commencement du printemps; cependant il est probable qu’ils sont moins nutri- tifs que les pommes de terre. Les tiges vertes, qui s'élèvent de quatre à douze pieds, et qu’on peut couper lorsque les tubercules sont mûrs, sont mar- gées aussi avec plaisir par les vaches et Les moutons. Si on les laisse sécher sur pied, elles servent très= bien à chauffer le four. La méthode de plantation est la même que pour MARS. 61 les pommes de terre; cependant, comme cette plante ne craint pas les gelées, on peut la planter dès le mois de février; mais celui de mars est l’époque la plus ordinaire. SEMER LA MOUTARDE NOIRE.( Sirapis nigra.) Cette plante exige, pour donner un produit un peu abogdant, un terrain très-riche, très-meuble et une excellente culture préparatoire, Elle s’ac- commode mieux que beaucoup d’autres récoltes, d’un sol très-humide. On la sème ordinairement en mars. C’est une culture qui a le grave inconvénient d’empoisonner la terre de ses semences pour plu- sieurs années, à cause de l’extrème facilité avec la- quelle elle s’égrène, et de la propriété que possè- dent ses semences, de se conserver long-temps sans germer. Il y a maintenant quatre ans( 1820) que j'en ai cultivé sur de très-bonnes terres, dont le produit a été très-satisfaisant, parce que cette graine; qui s'emploie à la fabrication de la moutarde, a un graines à 8 huile. Après la récolte, j’ai cru me débarrasser de prix beaucoup plus élevé que les autres toutes les graines qui étaient tombées à terre, en faisant herser soigneusement le terrain, pour favo- riser leur germination: en effet, la terre était cou- 62 MARS. verte, en automne, d’une quantité incroyable de plantes. Ayant été labourée alors, il s’en est mon- tré encore presque autant au printemps suivant: de sorte qu'après plusieurs cultures, je n’ai pu y met- tre qu’une récolte sarclée. Aujourd’hui, la terre estencore loin d’en être débarrassée. Il est probable qu’une grande partie de ces graines étaient tombées dans des crevasses de la terre, qui étaient fort nom- breuses; cependant il en a germé, depuis, une si énorme quantité, que je suis porté à croire qu’une partie de celles qui étaient tombées sur le sol, ont été enterrées par la herse trop profondément pour pouvoir germer, et ont été ensuite enfouies par le labour. On met dix à douze livres de graïne par hectare. SEMER LES GRAINES DE PRÉ. C’est dans ce mois que se sèment ordinairement les graines de pré dans l’avoine. Lorsqu'on les sème dans le blé, on le fait souvent en février, à moins qu’on ne veuille biner Le blé, soit à la houe à main; soit à la houe à cheval: alors on ne sème la graine de pré qu’au moment du dernier binage. SEMER LA PIMPRENELLE.(Poterium sangui- sorba.) Cette plante se sème de même que les graines de pré; elle réussit assez bien sur de mauvais sols sa- MARS. 63 blonneux ou craïeux, et y procure un pâturage de moutons peu abondant, mais très- précieux par la faculté qu’elle a de résister aux plus grandes sé- cheresses et aux plus grands froids, Il est fort utile de ne pas la faire pâturer à l’automne, mais de ré- server la pousse de cette saison, qui continue de croître pendant l'hiver, pour la faire pâturer au commencement du printemps; elle présente, ainsi, une excellente ressource pour les brebis et les agneaux, dans une saison où il est souvent si dif- ficile de leur donner une nourriture convenable. On met soixante livres de graine par hectare, SEMER LE PASTEL.(/satis lincloria.) Cette plante se cultive, soit pour son usage dans la teinture, Soit comme pâturage pour les moutons. Dans le premier cas, elle exige le sol le plus riche, le plus profond et le plus meuble, si on veut ob- tenir un produit un peu considérable. La meilleure manière de la cultiver dans ce but, est de la semer en rayons, à douze ou quinze pouces de distance, qu’on bine soigneusement pendant la croissance de la plante. Les feuilles se cueillent deux fois, et quel- quefois même trois pendant l’été. J’en ai obtenu, ainsi, plus de trois mille kilogrammes de pastel en coques, par hectare. Au reste, c’est une récolte qui ne peut convenir qu'à un très-petit nombre de cul- tivateurs, quoiqu’elle soit très-lucrative, parce 64 MARS. qu’elle exige des travaux et des soins de fabrication très-minutieux, dans une saison de l'été où l’at- tention du cultivateur doit se porter sur plusieurs autres objets plus importans; j'en ai abandonné la culture, par ce motif. Le pastel, cultivé pour le pâturage des moutons; présente, comme la pimprenelle, le précieux avan- tage d’une végétation très-hâtive au printemps; dès le mois de mars, et souvent même dès février, elle fournit déjà une pâture assez abondante. C’est dans des terrains secs qu’on la sème ordinairement dans ce but, en mars et à la volée. On met qua- rante livres de graine par hectare. CULTURES DE PRINTEMPS EN TEMPS SEC. Un des soins les plus importans que doive prendre un cultivateur, c’est de ne jamais toucher la terre au printemps ou en Été; soit pour les labours, soit pour le travail de l’extirpateur, de la herse, des houes à main ou à cheval, que lorsque le solest par- faitement ressuyé. Une pluie qui vient à tomber immédiatement après une culture quelconque, peut même gâter la terre pour tout Le reste de la saison, de même qu’une culture donnée lorsque la terre est humide; dans ces cas, tout le travail qu’on s’est donné précédemment pour ameublir le sol, peut être perdu dans un instant; il y aura souvent une différence de moitié dans le produit d’un champ MARS. 65 cultivé un jour de beau temps, et dans un état bien ressuyé, et celui du champ voisin, cultivé, deux jours après, par la pluie. Cet avertissement s'adresse à ceux qui cultivent des terres argileuses ou des terres blanches; quant aux sables et aux sols lé- gers, on les cultive à-peu-près quand on veut. Quelques plantes très-rustiques souffrent moins que d’autres des fautes qu’on peut commettre sous ce rapport; cependant elles n’y sont pas du tout in- différentes: telle est l’avoine, et sur-tout les fèves. Au reste, cette dernière plante craint moins que d’autres Les labours en temps humide, parce que, se semant de très-bonne heure, il survient presque toujours, après cettë& époque, des gelées qui ameu- blissent la surface du sol. Ces gelées de printemps sont un aide que doit souvent appeler à son secours le cultivateur de terres argileuses. Pour ces sols, c’est le meilleur de tous les instrumens d’agricul- ture. SEMEURS. Il n’y a pas d’ouvrier plus important, dans une exploitation rurale, qu’un bon semeur; on ne peut, pour ainsi dire, pas le payer trop cher* car, dans presque toutes les circonstances, le produit des ré- coltes dépend essentiellement de son habileté et de son zèle. On ne doit jamais le presser pour accélé- rer sa besogne; car important n’est pas de mettre 6. 66 MARS. beaucoup de semence en terre, maïs de la répandre également, Il n’y à aucune récolte pour laquelle ce soin ne soit très-importantz maïs il en est pour les- quelles c’est la circonstance qui exerce le plus d’in- fluence sur lé succès: par exemple, pour Le lin, il est impossible d'obtenir une belle récolte si la se- maille n’est pas faite très-également, Pour toutes les graines fines, lorsque la quantité de seménce qu’on emploie est assez considérable pour la répandre en deux jefs, c’est-à-dire en pas- sant deux fois sur chaque partie du terrain, On ne doit jamais manquer delle faire; trois valent même mieux que deux. Lorsque la quantité de semence est trop petite pour cela, et qu’on est forcé de la semer d’un seul jet, cela exige le plus grand soin et une habitude consommée, pour la répandre égale- ment. Un cultivatéur ne dévrait pas hésiter à faire venir un semeur de très-loin pour sémer les colzas, düt-il le payer à dix francs par jour, plutôt que de les faire semer par un maladroit. Lorsqu’on sème plusieurs espèces de graïnes sur le même terrain, comme des graines de pré, étc.; on ne doit jamais les méler ensemble, mais les se- mer l’une-après l’autre, parce que toutes les fois que le volume%v:sraineés où même leur pesanteur spécifique W égal, la semaille se fait néces- é Rs\#2 sairement 41 alité, si on les sème à-la-fois. G£, hé On ne d is semer par le vent, si ce n'est MARS. 67 pour Les semences très-pesantes, comme les pois, les fèves, etc., et même le blé et l'orge; l’avoine ne peut déjà plus se semer avec égalité, pour peu que le vent soit fort. Pour toutes les graines fines et lé- gères, l'attention la plus scrupuleuse; à cet égard est de rigueur. PLANTATION DE LA GARANCE. Un terrain sablonneux, très-léger, profond et riche, est le seul qui convienne à la culture de la garance. Il ne suffit pas que le sol soit déjà dans un grand état de fertilité, il faut encore lui consacrer des engrais abondans, tant au moment de la planta- tion, que dans le cours des années suivantes: ainsi on ne doit tenter cette culture que dans une ex- ploitation très-riche en fumier, et où l’on peut eu consacrer une quantité considérable à la garance, sans nuire à l’amendement des autres récoltes. En général, la culture de la garance, dans un sol qui ne lui convient pas très-bien, ou avec une médiocre quantité d'engrais, où avec une culture négligée, donne plutôt de la perte que du profit; tandis que c’est une culture fort lucrative, lorsqu’on réunit toutes les circonstances favorables à sa réus- site; cependant, comme elle exige beaucoup de main-d'œuvre, elle convient sur-tout aux petits propriétaires, qui exécutent ce travail eux-mêmes. Le terrain quia été cultivé en garance estaussi, pour 68 MARS. les récoltes suivantes, dans le plus haut état de ferti- lité possible, à cause des défoncemens que cette culture exige, de la destruction des mauvaises her- bes par les fréquens binages, et de l’abondance des engrais que le sol a reçus. La garance se multiplie par ses graines, ou par des rejetons: ce dernier moyen est beaucoup plus prompt; mais il est peut-être bon de revenir de temps en temps à la multiplication par les graines, afin d’avoir des plantes plus vigoureuses. L'époque de la plantation varie dans divers can- tons, depuis le mois de mars ou même de février, jusqu’au mois de mai. Le terrain doit être préparé par un profond défoncement à bras, ou au moins par le royolement, opération fréquemment prati- quée en Flandre, et qui consiste à faire suivre une charrue, à laquelle on fait prendre le plus de pro- fondeur possible, par un certain nombre d’ouvriers, qui approfondissent encore à la bêche le fond du sillon. Le terrain étant préparé, on le divise en planches alternativement larges et étroites, ordinairement de six et du quatre pieds; on plante dans les planches larges, en lignes distantes de dix-huit pouces à deux pieds. Pendant le reste de la saisop, et pendant les années suivantes, on tient le sol parfaitement net de mauvaises herbes par de fréquens hinages, Lorsque les plantes grandissent, on enlève, à la AVRIL. 69 pelle, de la terre des planches vides, pour chausser la garance, en élevant le sol des planches où elle 8 est plantée. Les années suivantes, on continue la même opération; en couvrant toujours les planches de nouvelle terre mêlée de fumier, en sorte que le terrain présente des planches très-bombées, à côté de fossés profonds. ARAAN wa AVRIL. SEMER L'ORGE. C’est en avril qu’on sème Le plus communément les orges, quoiïqu’on le fasse quelquefois en mars, et qu’on puisse retarder cette semaille, sur-tout pour quelques variétés, jusque dans Le courant de mai. Les variétés d’orge de printemps qu’on cultive le plus communément, sont, la grande orge à deux rangs( Aordeum distichum), la petite orge quadran- gulaire( Aordeum vulgare), Vorge nue à six rangs (zordeum cæleste), l'orge nue à deux rangs(4ordeum audum distichum). La grande or$e à deux rangs, ou orge plate, est celle qui s’accommode le mieux des semailles hâti- ves,‘parce qu’elle souffre le moins des dernières gelées de printemps, et que sa croissance est moins 70 AVRIL. prompte que celle des autres variétés. Son grain est gros, pesant et d’excellente qualité. La petite orge quadrangulaire peut se semer plus tard, sa végétation étant beaucoup plus prompte. Elle s’accommode mieux aussi d’un sol médiocre; mais son produit est en général plus faible, et son grain est moins gros et moins pesant que celui de la grande orge. L’orge nue à six rangs s'était peu répandue jus- qu’à ces dernières années, où elle a été très-vantée sous le nom de 2/6 d'Égypte. Je la crois plus dif- ficile sur la qualité du terrain, que les variétés pré- cédentes; mais son grain a beaucoup plus de valeur, parce qu’il peut très-bien entrer dans la fabrication du pain, auquel il ne donne nullement la saveur particulière au pain d'orge. Son écorce est si fine, que le grain est transparent comme un morceau de gomme, et qu’à la mouture il ne produit presque pas de son. Un quart de farine de cette orge, avec trois quarts de farine de froment, forme un très- bon pain. Comme, d’un autre côté, le produit de sa récolte est plus considérable, à terrain égal, quecelui du blé de printemps, c’est sans contredit une cé- réale fort précieuse. Je la cultive depuis cinq àns, et je n'hésite pas à la regarder comme une récolte qui surpasserait ordinairement en valeur celle du blé d'automne, si elle n’était pas plus casuelle; comme le sont en général les céréales de printemps. AVRIL, 7: Sa végétation est très-hâtive, et j'ai obtenu une très-belle récolte, d’une semaille faite le 2 juin. Les barbes de l’épi tombent au moment de la ma- turité, et sa paille est mangée par les bestiaux aussi volontiers que celle du blé. J’ai cultivé aussi l’orge nue à deux rangs; mais plusieurs inconvéniens m’en ont fait abandonner la culture, et en particulier la faiblesse de la tige, qui soutient mal un épi trop pesant: de sorte qu’une grande partie des épis tombent avant la maturité. Elle talle aussi fort peu, de sorte qu’elle exige une semaille très-épaisse; lorsqu'elle est claire, une grande partie des derniers épis sont encore verts, lorsque ceux des tiges principales arrivent à matu- rité. Sa paille n’a pas plus de valeur que celle de l’orge ordinaire. Du reste, son grain est beaucoup plus gros et a une plus belle apparence que celui de l'orge céleste, et je le crois d’aussi bonne qualité, mais je n’en aï jamais obtenu que des récoltes très- inférieures en quantité. Peut-être, au reste, cela tient-il à la nature du sol, ou à quelque autre circons- tance particulière, car je sais que d’autres cultiva- teurs en sont contens. L’orge, en général, exige un sol riche, léger, ou du moins parfaitement ameubli par les cultures pré- paratoires. Dans un sol un peu argilèux, un labour profond donné en automne, et deuxou trois cultures à l’extirpateur, au printemps, sont la meilleure pré- paration qu’on puisse lui donner. 72 AVRIL. Ce grain demande à être enterré un peu profon- dément; deux ou trois etmêème quatre pouces, dans les sols. très-légers, ne sont pas trop: par cette raison, l’extirpateur convient mieux que la herse pour couvrir la semence. L’orge ne réussit jamais mieux que lorsqu'elle est semée dans un sol bien ressuyé; la semer dans la poussière, est ce qui Lui convient le mieux. Pour la grosse orge plate, ainsi que pour l'orge nue à deux rangs, on emploie deux cent cinquante à trois cents litres de semence par hectare; pour la petite orge quadrangulaire, deux cent vingt-cinq à deux cent cinquante. Pour l'orge céleste, deux cents suffisent, parce que cette variété talle beau- coup et très-promptement. PLANTER LES POMMES DE TERRE. Les pommes de terre se plantent quelquefois en mars; on peut aussi planter la plupart des variétés dans la première quinzaine de mai, et mème assez souvent ce sont ces dernières qui sont les plus pro- ductives; cependant l’époque la plus ordinaire de la plantation est le courant d’avril. De toutes les récoltes sarclées, qu’on peut cul- tiver en remplacement de la jachère, la plus pré- cieuse, sans contredit, est la pomme de terre, parce que non-seulement elle fournit un aliment très- nutritif et très-sain pour tous les bestiaux; mais AVRIL. 75 elle présente aussi une excellente nourriture pour l’homme. Dans un pays où on cultive une grande quantité de pommes de terre pour l’usage des bes- tiaux, les hommes ont toujours une ressource as- surée contre la disette. Depuis quelques années, la culture de cette plante a beaucoup augmenté; ce- pendant elle est encore presque exclusivement entre les mains des manouvriers ou petits propriétaires, qui exécutent eux-mêmesles menues cultures qu’elle exig grande culture champètre, que lorsque les menues e; elle ne peut guère devenir un article de la cultures seront exécutées au moyen de la houeà che- val, qui y remplace un très-grand nombre de bras. C’est ainsi que les améliorations, en agriculture, sont toujours liéesles unes aux autres, et que l'usage de bons instrumens forme, dans la plupart des cas, la base de l’édifice: sans la production d’une grande quantité de fumier, et par conséquent sans l’entre- tien d’un grand nombre de bestiaux à l’éfable, il est impossible d'obtenir des terres tout le produit qu’elles peuvent rendre; sans une culture étendue des prairies artificielles, on ne peut, dans presque tous les cas, entretenir un grand nombre de bes- tiaux; d’un autre côté, on ne peut cultiver beau- coup de prairies artificielles, sans supprimer les jachères: sans cela, il ne resterait pas assez de terre pour les grains; mais il est impossible de supprimer les jachères, sans étendre la culture des récoltes 7 74 AVRIL. sarclées; enfin, il est impossible de cultiver, du moins économiquement, des récoltes sarclées, sans l’emploi de quelques instrumens perfectionnés d’a- griculture. La houeà cheval, en particulier, convient parfaitement à la culture des pommes de terre; dans les cantons où cet instrument est en usage, c’est ordinairement pour cette culture qu’elle y a été in- troduite. On cultive un nombre très= considérable de va- riétés de pommes de terre, et les semis en procurent chaque année de nouvelles. Une nomenclature de ces variétés serait ici sans intérét, parce que les qualités qui font donner la préférence à l’une d’en- tre elles dans un canton, disparaissent souvent dans un autre. J’ai essayé, dans le département que j'ha- bite, quelques-unes des variétés qui sont les plus estimées dans les environs de Paris, et j'ai trouvé qu’elles étaient de beaucoup inférieures à plusieurs de celles qui se cultivent dans le pays. Cependant un cultivateur doit mettre beaucoup de soin dans le choix des variétés qu’il cultive; car il en est quel- ques-unes qui sont souvent du double plus produc- tives que d’autres, où d’une bien meilleure qualité pour la nourriture de l’homme. Certaines variétés réussissent beaucoup mieux que d’autres dans telle ou telle nature de sol; d’ailleurs, l’époque de La ma- turité étant très-différente dans lesdiverses variétés, il est fort important d'employer celles qui convien- AVRIL. LÉ nent le mieux dans chaque circonstance, relative- ment à l’époque où on veut les planter, ou relative- ment à l’époque de l’arrachage, qui doit souvent être avancée, lorsque cette récolte doit être rem- placée par une autre, immédiatement après l’arra- chage. On doit donc apprendre à connaître les propriétés relatives, pour chaque canton et pour chaque si- tuation, des variétés qui se cultivent dans les en- virons, ou de celles qu’on fait venir de loin, en es- sayant d’abord celles-ci sur de petites étendues de terrain; On se dirigera ensuite d’après ces connais- sances. Âu reste, il est fort important de tenir tou- jours les diverses variétés bien séparées dans les cultures, au lieu de les planter pêle-mêle, comme cela se voit trop souvent; un champ semblable est enseigne la plus certaine de la néplisence du cul- tivateur. Toutes les terres, excepté celles qui sont trop argileuses pour se laisser bien ameublir par les la- bours, peuvent être employées utilement à la cul- ture des pommes de terre. Dans les sols légers, un ou deux labours préparatoires suffisent souvent; mais, dans les terres argileuses, un labour avant l'hiver, et deux ou même trois au printemps, sont souvent nécessaires pour mettre le sol dans un état convenable; l’extirpateur peutremplacer fort avan- tageusement un ou deux labours de printemps. 7 E AVRIL. Si on veut cultiver les pommes de terre au moyen de la houe à cheval, il est nécessaire de les planter en lignes également espacées: cela peut s’exécuter en traçant les lignes avec le rayonneur sur la terre bien hersée, et en ouvrant ensuite, Le long de ces lignes, des sillons de quatre à cinq pouces de pro- fondeur, au moyen de la houe à cheval garnie d’un petit soc destiné à cela; on distribue les pommes de terre dans ces sillons, et on recouvre le tout au moyen d’un trait d’extirpateur: j'ai indiqué cette méthode dans une notice que j'ai écrite, il y a quel- qües années. Je me suis convaincu, depuis, qu’on peut aligner parfaitement les pommes de terre, en les plantant derrière la charrue, et cette méthode est de toutes la plus simple, et celle qui doit être préférée dansla plupart des circonstances. Lorsque la charrue prend une bande de onze à douze pouces de largeur, on laisse une raie vide après en avoir planté une; de sorte que les lignes se trouvent espacées de vingt- deux à vingt-quatre pouces: c’est là la moindre distance qu’on doive mettre entre elles. Lorsque la charrue ne prend que neuf pouces de largeur de raie, ce qui est beaucoup préférable, oh doit laisser deux raies vides; les lignes$e trouvent alors éspa- cées de vingt-sept pouces. Cette distance pourra paraître considérable aux personnes qui sont habi- tuées à planter les pommes de terre à doûùze ou AVRIL. 3 quinze pouces de distance; mais si on veut en faire l’expérience, on verra que le produit ne sera pas inférieur, ou au moins qu’il le sera de très-peu; et on aura le très-grand avantage de pouvoir donner au terrain une culture bien plus parfaite, ce qui est très-essentiel dans la culture des pommes de terre, qu’on doit toujours considérer, dans un assolement, comme récolte préparatoire. Pour exécuter cette plantation, on divise le champ, dans sa longueur, en deux ou trois par- ties; dans chacune, on place une ouvrière, qui doit planter l’étendue du sillon qui se trouve dans sa division; pendant que la charrue laboure les sillons où on ne doit pas mettre de semence, les femmes apportent les pommes de terre et les coupent. Elles ne doivent pas les jeter négligemment dans le sil- lon, mais les placer, à la main, contre la bande de terre qui vient d’être retournée, en les appuyant pour les enfoncer un peu, afin que le cheval qui vient dans la raie ne les dérange pas. Dans les sai- sons ou les sols très-humides, on ne doit pas pla- cer la pomme de terre au fond du sillon, mais à une couple de pouces au-dessus, sur le revers de la bande de terre, en l’enfonçant dans la terre de cette bande: par ce moyem, on n’a pas à craindre la pour- riture, qui, dans certaines saisons et certains sols, détruit une grande quantité de pommes de terre, avant qu’elles aient levé. On espace les pommes de 78 AVRIL. terre de huit, dix ou quinze pouces dans la ligne ,se- lon que lesvariétés occupent plus ou moins d’espace; d’autres ouvrières tirent dans le sillon, et y répar- tissent également le fumier qu’on avait préalable- ment étendu sur la surface du sol. Cependant, si on a du fumier en abondance, le sol sera mieux amendé pour Les récoltes suivantes, en fumant toute la sur- face, c’est-à-dire en enterrant le fumier à la char- rue, sans distinction des sillons plantés ou vides. Les grosses pommes de terre se coupent en deux, il est très-rare qu’il convienne de les couper en trois; les moyennes doivent s’employer entières, et on ne doit jamais en employer de petites pour semence, à moins de nécessité. En général, on re- marquera que la récolte sera toujours plus consi- dérable lorsqu'on a planté de gros tubercules ou de gros morceaux. On a souvent proposé, il est vrai, d'employer seulement à la plantation les pelures des pommes de terre, ou même les yeux détachés des tubercules: cela réussit dans une terre de jar- din, et lorsque toutes les circonstances se trouvent réunies pour favoriser la végétation; mais, dans des circonstances moins favorables, unegrande partiedes germes pourrissent Ou se dessèchent; ceux qui pous- sent, ne donnent qu’un petit nombre de tiges grêles, et un produit très-peu considérable en-tubercules. Ce procédé ne doit être recommandé que lorsque la disette en fait une nécessité absolue. AVRIL. 79 Lorsque la plantation est terminée, si on craint la sécheresse, il est fort important de herser parfai- tement la surface du sol. SEMER DES VESCES. Lorsque la nourriture des bestiaux à l’étable roule en tout ou en partie, dans une exploitation rurale, sur les vesces fauchées en vert, on doit en semer encore une ou deux fois en ce mois; car il est fort important que les récoltes se succèdent sans interruption; pour la consommation. SEMER DES PRAIRIES ARTIFICIELLES. Le trèfle rouge et blanc, la lupuline, la luzerne, le sainfoin, les graines de pré, etc., peuvent sou- vent se semer, dans ce mois, avec autant de succes qu’en mars. NOURRITURE DES BÊTES A LAINE, La nourriture des troupeaux de cette espèce cause ordinairement encore plus d’embarras dans le cou- rant d'avril qu’en mars. Des provisions suffisantes pour cette époque, forment la pierre de touche d’un cultivateur prévoyant. Les navets doivent toujours être consommés au plus tard en mars; plus tard, les rutabagas, carottes, pommes de terre et bette- raves, doivent former le supplément de la faible 50 AVRIL. nourriture que les bêtes peuvent déjà trouver au pà- turage: cependant, lorsqu’elles recoivent des ra- cines, une bonne partie de la nourriture doit tou- jours consister en fourrage sec. En Angleterre, c’est un usage assez commun que de réserver le regain d’automne, sans le faucher, pour la nourriture des brebis et des agneaux en avril: c’est une excellente méthode, qui n’est pas assez pratiquée en France. M. Bertier, de Roville, l’a adoptée ayec beaucoup de succès. VACHES. Le bétail à cornes ne doit pas encore aller en pà- ture dans ce mois, par les motifs que j'ai indiqués en mars. Les racines doivent toujours former une bonne partie de sa nourriture. CHEVAUX. Un cultivateur prévoyant doit avoir une provi- sion de carottes suffisante pour la nourriture de ses chevaux pendant tout le mois d'avril, et même une partie de maï. SARCLER LES CAROTTES. Lorsque les carottes ont été semées de très-bonne Re A VU heure, elles ont ordinairement besoin d’être sar- clées dans le courant de ce mois; la règle générale AVRIL. 8: est de donner ce premier sarclage; aussitôt qu'on peut distinguer les jeunes carottes des mauvaises herbes; on ne doit cependant jamais y procéder lorsque la terre est trop humide et s’attache aux pieds des sarcleuses. La méthode la plus conve- nable de beaucoup, lorsqu'on le peut, est de faire exécuter, à la tâche, ce sarclage et les autres du même genre; les ouyriers peuvent gagner ainsi un meilleur salaire, et cependant le propriétaire y trouver encore un grand profit: car, dans les tra- vaux de cette espèce, un ouvrier peut facilement, lorsqu'il est à ses pièces, doubler la quantité d’ou- vrage qu’il ferait à la journée, et cependant le bien faire. Dans cette méthode, la surveillance est bien plus facile que sur des ouvriers à la journée; car il ne s’agit que d'examiner comment l'ouvrage a été exécuté; mais il ne faut jamais manquer de faire recommencer, sans aucune considération, le ter- rain qui a été sarclé avec négligence: par ce moyen; les ouvriers s’habituent bientôt à travailler avec les soins convenables. SARCLER LES PAVOTS. Les pavots doivent aussi, ordinairement, rece- voir le premier sarclage en avril. Tout ce que jai dit sur le sarclage des carottes s'applique égale- ment ici; cependant la précaution de ne pas travail- ler par un temps humide, est de rigueur pour les 82 AVRIL. pavots;, plus encore que pour toute autre espèce de récolte. Lorsqu’on a commis cette faute, les plantes en souffrent ordinairement pendant tout le reste de la saison. Les pavots doivent être espacés à quinze ou dix- huit pouces de distance; mais dans le premier sar- clage, on les laisse beaucoup plus épais, parce qu’un grand nombre peuvent encore périr. On achève de les éclaircir dans le second binage, qui se donne à la houe à long manche, lorsque les feuilles ont deux ou trois pouces de longueur. TIRER LES SILLONS D'ÉCOULEMENT. On doit continuer, pour les semailles faites en avril, le soin que j'ai indiqué en mars, de tirer les sillons d'écoulement aussitôt qu’un champ est semé. ÉTENDRE LES TAUPINIÈRES. Si les taupinières et fourmilières des près n’ont pas été étendues en mars, cette opération doit se faire, au plustard, dansla première quinzaine d’avril. HERSER L'AVOINE ET L'ORGE. Lorsque l’avoine est levée, et sur-tout au mo- ment où elle commence à taller, un hersage plus ou moins profond, selon l’état de la terre, lui fait tou- jours le plus grand bien.{1 y a une circonstance AVRIL. 83 où cette opérationsest capitale, c’est lorsque, dans un sol argileux ou dans une terre blanche, de fortes pluies ont battu la surface du sol: si une séche- resse survient alors, elle formera une croûte dure, impénétrable aux rosées ainsi qu’à toutes les in- fluences de l’atmosphère, et qui d’ailleurs étrangle les jeunes plantes, et arrête ainsi leur croissance. Un hersage donné à propos, lorsque le sol com- mence à se ressuyer et avant que la croûte ne soit formée, présente les résultats les plus favorables, et les champs qui l’ont reçu, souffrent infiniment moins des sécheresses de l'été. Cette opération est également profitable à l'orge; mais elle exige plus de précaution, parce que les jeunes tiges de l’orge sont beaucoup plus cassantes que celles de Pavoine. On ne doit l’exécuter qu’au moment le plus chaud du jour et par un grand s0- leil: alors les plantes,‘un peu flétries, ÿ résistent beaucoup mieux. PLANTER LE MAis.(Zea mais.) Un sol chaud, léger et bien amendé, est celui qui convient le mieux au maïs; on ne le plante guère que sur la fin d’avril ou dans le commence- ment de mai; plus tard, on a à craindre qu’il n’ar- rive pas à maturité, dans nos climats. On le sème quelquefois à la volée, mais cette méthode est dé- cidément vicieuse; le mieux est de le planter ou 64 AVRIL. semer en lignes, à trois pieds de distance; si on em- ploie le semoir, on en met deux ou trois grains par pied de longueur dans la ligne, sauf à retrancher la plus grande partie au moment des binages; on les laisse alors à deux pieds et demi ou trois pieds de distance. Les lignes où on dépose les semences doi- vent être tracées avec le rayonneur, et peu appro- fondies, parce que ce grain pourrit très-facilement; on les recouvre ensuite avec la herse renversée. Lorsqu'on plante au plantoir, on met entre les trous la distance qu’on veut conserver entre les plantes, et on met deux grains dans chacun. Ce que je viens de dire s’applique au grand maïs, qui est le plus fréquemment cultivé; il y en a deux autres variétés plus petites dans toutes leurs parties, beaucoup plus hâtives, et qui doivent se semer ou se planter beaucoup plus rapprochées que le grand. L’une est le maïs quarantain, qui, à raison de la promptitude de sa croissance, peutse cultiver dans des climats où le grand maïs n’arriverait pas à ma- turité: le grain est beaucoup plus petit et moins productif; l’autre estle maës à poulets, plus petit encore, plus hâtif et moins productif que le précé- dent; son grain n’a pas besoin d’être moulu, pour engraisser parfaitement les volailles. Les feuilles qui enveloppent l’épi du maïs s’em- ploient, dans beaucoup d’endroits, pour remplir les paillasses des lits; elles sont infiniment préféra- AVRIL. 85 bles, sous ce rapport, à la paille de blé; elles ont beaucoup plus d’élasticité et une durée presque indéfinie, sans rien perdre de cette qualité. Dans beaucoup de villes, leur prix est assez élevé, et forme un produit accessoire très- important de la culture du maïs. Les intervalles des plantes de maïs peuvent être employés très- avantageusement à y cultiver des pommes de terre et sur-tout des haricots; cepen- dant on perd, dans ce cas, l'avantage de pouvoir cul- tiver aussi facilement le maïs avec la houe à cheval. Tousles bestiaux mangent avec plaisir les feuilles et les tiges de cette plante: aussi la cultive-t-on quelquefois pour cet usage. On doit alors la semer beaucoup plus épais, et enterrer la graine par un fort hersage. LABOURER LES JACHÈRES. Lorsque les jachères n’ont pas été déchaumées avant l’hiver, le premier labour se donne ordinai- rement en avril ou mai, lorsque les semailles et plantations du printemps sont terminées; on donne ensuite, danslecourantde l'été; deuxautres labours au moins. 81 on veut que cette opération atteigne le but qu’on se propose, on doit avoir le plus grand soin de ne jamais laisser venir une herbe à graine dans les terres en jachère: sans cette précaution, on perd une très-grande partie des avantages que présente la jachère; car il est possible, et cela n’est 86 AVRIL. que trop commun, qu’après avoir labouré la terre trois fois dans un été, elle reste plus empoisonnée de mauvaises herbes, qu’elle ne l’était auparavant: il suffit, pour cela, qu’un seul labour ait été trop retardé, et que les semences des herbes nuisibles se soient répandues sur le sol. Au reste, dans les méthodes d’agriculture perfec- tionnée, on ne fait presque plus usage de la jachère complète, c’est-à-dire de celle qui laissele terrain oi- sif pendant tout le printemps et l’été. IL n’y a réelle- ment qu’un très-petit nombre de cas qui puissent exiger l’emploi de ce procédé dans un sol extrême- ment argileux et tenace; dans toutes les autres cir- constances, l’usage desrécoltessarclées, joint à quel- ques demi-jachères, suffit parfaitement pour ameu- blir et nettoyer toutes les espèces de sol. On appelle demi- jachères celles qui n’occupent qu’une partie de la belle saison, et qui se donnent avant ou après une récolte productive: ainsi, lorsqu’on transplante, en mai ou juin, des rutabagas ou des betteraves, on peut, pendant trois mois de printemps, donner une excellente demi-jachère, et après une récolte de na- vette, de colza ou de seigle, qui laisse le terrain libre à la fin de juin ou au commencement de juil- let, on a encore un espace de temps bien suffisant, jusqu’à l’automne, pour donner trois labours. Ces demi-jachères, lorsqu’elles sont bien soignées, pré- parent tout aussi bien le sol, dans la plupart des AVRIL. 87 circonstances, qu’une jachère complète. En effet, les avantages qu’on tire de la jachère sont d’ameu- blir le sol, en exposant successivement toutes ses parties aux influences de l’atmosphère, et de le nettoyer des mauvaises herbes dont il contient les semences ou les racines; mais il n’est pas néces- saire, pour atteindre Pun ou l’autre de ces deux buts, de mettre unlong intervalle entre les labours, l'essentiel est de les donner à propos. Dans Le travail des jachères ou des demi-jachères, l’extirpateur peut remplacer très-économiquement le travail de la charrue pour un ou plusieurs la- bours, mais jamais pour le premier. Comme le tra- vail de cet instrument est beaucoup plus expéditif et moins coûteux que celui de la charrue, on peut, en l’employant et en en alternant l’usage avec des labours à la charrue, multiplier les cultures, et rendre ainsi les effets de la jachère bien plusutiles. Dans les labours d’été des jachères en terres ar- gileuses, il est presque toujours nécessaire de faire suivre chaque labour par un hersage énergique, et lorsqu'il n’est pas suffisant pour briser toutes les mottes, on doit employer le rouleau, dont on al- terne l’usage avec celui de la herse, jusqu’à ce que la terre soit bien pulvérisée. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut faire produire à la jachère tout l’avantage qu’on doit en attendre pour ameublir le sol et le nettoyer des mauvaises herbes, 38 AVRIL. Lorsqu'on doit donner successivement plusieurs labours à un terrain, il est extrêmement important de varier, à chaque fois, la largeur et la profondeur de la tranche. Les premiers labours doivent ordi- nairement être les plus profonds: ainsi, dans le premier labour, on donnera, par exemple, dix ou onze pouces de largeur à la tranche, sur sept ou huit de profondeur; dans le second, neuf pouces de lar- geur sur six; dans le troisième, huit pouces sur quatre ou cinq. Sans cette précaution, qu’on né- glige presque toujours; la charrue est disposée à revenir constamment dans Îles mêmes raies, et on tourne et retourne les bandes de terre sans les di- viser. Trois labours, exécutés de la manière que je l'indique, divisent beaucoup mieux la terre que six, donnés avec la négligence ordinaire. BINER LE BLÉ. Le binage du blé à la houe à main est une ope- ration longue et assez coûteuse; cependant laug- mentation qu’elle procure toujours sur la récolte, paie largement les frais qu’elle entraîne, et le sol reste en bien meilleur état pour les récoltes suivan- tes. Dans le binage du blé semé à la volée, vingt ouvriers font facilement un hectare dans la journée, dans la plupart des circonstances. Comme on donne très- rarement plus d’un bi- nage au blé lorsque cette opération s'exécute à la AVRIL. 89 houe à main, on doit le donner le plus tard qu’il est possible, c’est-à-dire lorsque le blé est sur le pointdecouvrir le terrain; si on le donnait plus tôt, il repousserait encore beaucoup dé mauvaises her- bes; mais, dans le premier cas, elles sont bientôt étouffées par le blé. Les chardons cependant, s'ils ne sont pas arrachés, pourront encore repousser et prendre une végétation vigoureuse: il est donc né- cessaire d’échardonner encore trois semaines ou un mois plus tard, époque où on ne pourrait plus cul- tiver complétement le sol avec la houe à main. Lorsque le blé a été semé en lignes au semoir, les binages se donnent bien plus économiquement ave la houe à cheval à plusieurs socs. SEMER LA MOUTARDE BLANCHE.( Sinapis alba.) Le mois d’avril est l’époque la plus ordinaire des semailles de moutarde blanche, plante à huile, appelée, dans quelques endroits, graine de beurre, graine jaune Où graine rousse; On peut cependant la semer encore dans tout le courant de mai. Elle exige un sol meuble, un peu frais et fertile; cepen- dant elle m’a paru moins difficile sur Le sol, que la moutarde noire; son produit est ordinairement plus considérable. Elle n’a pas, comme cette der- nière, l'inconvénient de remplir la terre de ses graines, parce que ses siliques s’ouvrent beaucoup 8 go AVRIL. plus difficilement. On la sème à la volée, à raison de douze à quinze livres de graine par hectare, et on l’enterre, soit à la herse, soit par un trait léger d’extirpateur. On croit communément que son nom de graine de beurre, ou plante à beurre, vient de ce que, mangée par les vaches, elle procure une grande quantité de beurre; il me semble bien plus proba- ble que ce nom est dû à la couleur de sa graine, qui présente absolument la nuance du beurre. Je n’ai jamais employé cette plante comme fourrage; je crois, au moins, qu’à cause de son extrême âcreté, elle ne devrait pas être donnée en grande quantité au bétail. Des observations faites à l'Ecole royale vétérinaire de Lyon, font présumer que la moutarde sauvage, qu’on donne aussi quelquefois au bétail, peut devenir nuisible lorsqu'elle est mangée seule par les chevaux ou les vaches. SEMER LA CAMELINE.( Myagrum sativum.) C’est encore une graine à huile, qui est très-im- proprement appelée, dans quelques cantons, camo- mille. Blle peut, de même que la moutarde blan- che, être semée en avril ou en mai. Elle exige, de même que les autres plantes oléagineuses, un sol meuble et feftile; mais elle a, sur les autres plan- tes du même genre, le très- grand avantage de n’être point attaquée, dans sa jeunesse, par la puce AVRIL 9: de terre(a/tise), ni, dans un âge plus avancé, par le puceron(aphis): du moins je l’en ai toujours vue exempte lorsque mes semis de moutarde, de colza ou de navette du printemps, placés dans le voisi- nage, étaient dévorés par ces insectes. La graine, étant très-fine, ne doit être que très- peu enterrée; on en met huit à dix livres par hec- tare. L'époque de la maturité de cette graine étant la même que celle de la moutarde blanche, lorsqu'elles ont été semées en même temps, il y a un grand avantage à Les semer ensemble sur le même terrain; le produit est beaucoup plus abondant que si on les avait semées à part, et la graine ne perd rien de sa valeur, pour la fabrication de l’huile. SEMER DES LAITUES POUR LES COCHONS. Dans le mois de mars, j'ai conseillé aux culti- vateurs qui entretiennent beaucoup de cochons, de semer pour eux une petite étendue de terre en lai- tues. On fera bien de continuer ces semis en avril et même en mai, afin d’en avoir, pour la consom- mation, à diverses époques. Celles qui ont été semées en mars doivent être sarclées dans ce mois, et ensuite binées et entrete- nues très-proprement: sans ces soins, les laituès Herr prennent qu’une très-faible croissance. AVRIL. BINER LES FÉVEROLES. Les féveroles auront sans doute besoin d’un bi- nage en avril: comme, dans un bon système de cul- ture, cette plante doit être considérée comme ré- colte préparatoire, on ne doit jamais se dispenser de cette opération, qui est d’ailleurs richement payée par l’abondance de la récolte. Lorsqu’elles ont été plantées ou semées en lignes, on y em- ploiera la houe à cheval, et on arrachera avec soin les herbes dans les lignes. On renouvellera une fois ou deux le travail de la houe à cheval, jusqu’à ce que les fèves soient trop hautes pour permettre d’y entrer avec l'instrument. Soit qu’on doive biner ou non les féveroles, on ne doit pas négliger de les herser fortement avec la herse à dents de fer, aussitôt qu’elles sont levées. On ne doit nullement craindre de blesser les plan- tes; Le hersage le plusénergique est toujours le plus avantageux, et on verra, à la récolte, une diflérence très-considérable entre le champ qui aura éprouvé cette opération, et son voisin, où on laura négli- gée, ou exécutée avec un ménagement déplacé. SARCLER LES PÉPINIÈRES DE BETTERAVES, RUTABAGAS ET CHOUX. Les pépinières de choux, betteraves et rutabagas doivent être sarclées à la main, aussitôt qu’on peut AVRIL. 93 distinguer les jeunes plantes des mauvaises herbes: dans ce premier sarclage, on n’arrachera pas en- core les plantes qui se trouvent trop rapprochées; mais au second sarclage, qui se donnera quinze jours ou un mois plus tard, on éclaircira les plantes de manière qu’on puisse facilement passer deux doigts entre chacune, pour celles qui ont été se- mées en lignes. Lorsqu’elles ont été semées à la vo- lée, on doit Les espacer à trois ou quatre pouces, si on veut avoir de beaux replants. Les betteraves semées en place, sur la fin de mars, devront aussi, probablement, recevoir le premier binage en avril; il est fort important qu’il soit donné le plus tôt possible. SARCLER LA GAUDE DE PRINTEMPS. La gaude semée au commencement de mars, de- vra recevoir le premier sarclage en avril; il doit se donner à la petite binette à main ou avec un cou- teau, de même qu’on sarcle les oignons ou les ca- rottes dans un jardin; on n’éclaircira pas les plan- tes, à moins qu’elles ne soient extrêmement épais- ses. Ce premier binage est fort coûteux, ce qui doit engager à semer la gaude de préférence avant l’hi- ver. Il doit être répété encore une ou deux fois, jusqu’à ce que la gaude soit assez grande pour étouf- fer les mauvaises herbes. AVRIL. SARCLER LE LIN. C’est encore dans ce mois que les premiers lins semés demandent un sarclage. C’est une opération longue et coûteuse lorsque la terre n’est pas très- propre; mais le succès de la récolte en dépend. Il est même souvent nécessaire d’arracher encore une fois Les herbes plus tard, lorsque le lin a déjà cinq à six pouces de hauteur: cela exige de grandes précautions de la part des sarcleuses, pour ne pas briser les tiges du lin avec leurs pieds. C’est à pieds nus que cette opération s'exécute le mieux. Pour ces sarclages, de même que pour tous ceux de cette saison, on doit avoir grand soin d’éviter les temps humides; il est donc fort important de pren- dre à-la-fois un grand nombre d’ouvriers, afin d’ex- pédier promptement la besogne, lorsque le temps est beau et la terre en bon état. BINER LES TOPINAMBOURS. Le premier binage doit se donner aux topinam- bours, aussitôt qu’on s'aperçoit que la terre com- mence à se couvrir de mauvaises herbes; on doit biner aussi souvent que cela est nécessaire pour maintenir la surface du sol propre et meuble. Un fort hersage, au moment où les plantes commen— cent à paraître hors de terre, produit un très-bon effet, AVRIL. 95 Lorsqu’ona planté les topinamboursen lignes, la houe à cheval faitensuitelestroisquarts dela besogne. SARCLER LE PASTEL. Le pastel destiné à l’usage de la teinture doit ordinairement recevoir le premier sarclage en avril. S'il a été semé en lignès, la houe à main à long manche suffira pour l'intervalle entre Les lignes; les lignes seules seront sarclées à la petite binette. La houe à cheval ne peut guère être employée pour ce premier sarclage, parce qu’on serait forcé d’at- tendre trop long-temps, avant que les plantes soient en état de le supporter; elle servira très-bien pour les binages suivans. PLANTATION DU HOUBLON. C’est ordinairement en avril, et souvent aussi en mai, qu’on plante le houblon, en employant des rejetons qu’on détache des vieux pieds. Lorsqu’on fait une nouvelle plantation avec des pieds enra- cinés, qu’on tire d’une ancienne houblonnière qu’on détruit, on plante en automne, et on obtient ordinairement une récolte abondante, dès l’année suivante; tandis que lorsqu'on ne plante que des rejetons, la récolte de la première année est peu considérable. Le houblon exige un sol riche et très-profond, qui ne soit ni très-sablonneux, ni très-argileux, ni 06 AVRIL. trop humide. Une ancienne prairie rompue, ou un terrain qui a été pendant long-temps en jardin ou en verger, lui convient parfaitement. Presque tou- jours, un défoncement à bras, à la profondeur de dix-huit pouces, lui est très-avantageux. La hou- blonnière doit être fumée fréquemment et abon- damment. La distance la plus convenable à mettre entre les pieds de houblon, est de cinq à six pieds en tout sens. La première année, on ne lui donne que de petites perches, mais ensuite Les perches doivent avoir dix-huit à vingt pieds de hauteur, Dans quel- ques cantons, on réunit les pieds par groupes de trois ou quatre, à deux pieds environ de distance; et on donne à chaque groupe trois ou quatre per- ches, un peu inclinées l’une vers l’autre, de sorte que leurs extrémités supérieures se réunissent; mais le plus souvent on place les pieds à une distance égale entre eux, et on donne à chaque pied une perche; qu’on place verticalement, et qu’on enfonce solidement en terre, en faisant d’abord un trou au moyen d’une barre de fer du poids de trente ou quarante livres, dont une extrémité se termine par un renflement pointu, en forme de poie très-allon- gée. Un ouvrier tenant cette barre verticalement, la pointe en bas, la soulève, et la laissant retomber de tout son poids, forme, en quelques coups; le trou dans lequel doit être plagée la perche. MAI. 97 IL est”essentiel que les perches soient écorcées avant d’être employées, ce qui augmente beaucoup leur durée» celles de chêne sont les meilleures. On butte le houblon lorsqu'il est un peu grand, en amoncelant de la terre à son pied, et on tient la houblonnière toujours bien nette de mauvaises herbes. AAA AAA AAA AA MAUR LA RUN PAUL EU VE LUEUR ÉCHARDONNER LES BLÉS. Ce n’est'guère qu’en mai, lorsque le blé est déjà un peu grand et en tuyaux, qu’on peut réussir à y détruire les chardons. Lorsqu’à cette époque on les coupe entre deux terres, ils ne repoussent plus tandis que sion les coupe plus tôt, ils sont bientôt aussi grands qu’ils l’étaient. Cette opération, qu’on ne doit jamais négliger, se fait assez promptement au moyen d’un instrument composé d’une lame plate, étroite et tranchante par son extrémité; l’au- tre forme une douille, qui s’emmanche au bout d’un long bâton. L’ouvrier travaille en poussant l'instrument contre la racine du chardon. HERSER LES POMMES DE TERRE. Les pommes de terre plantées vers le milieu d’a- 9 98 MAÏ. yril, commenceront probablement à sortir de terre dans le commencement de mai. Il est fort impor- tant de leur donner alors un fort hersage, en pas- sant même deux ou trois fois sur la même place, et hersant en long et en travers, si la surface de la terre est un peu dure: par ce moyen, on détruira une grande partie des mauvaises herbes, ce qui pro- duira l’effet d’un premier binage. Le travail de l’extirpateur est encore bien préfé- rable, dans ce cas, à celui.de la herse; on passe l’'ex- tirpateur sur toute la surface du champ, aussitôt qu’on s’aperçoit que les premières pommes de terre commencent à sortir de terre, en l’établissant de manière à prendre un pouce et demi ou deux pouces de profondeur; pourvu qu’on n’atteigne pas Les tu- bercules plantés, cela ne fait aucun tort à la plante, et en détruisant complétement toutes les mauvaises herbes, cela ameublit parfaitement la surface du sol, et prépare de la terre douce pour les binages et buttages qui doivent suivre. Quand lextirpateur ne serait utile qu’à cette opération, ce serait en- core un instrument très-précieux dans une exploi- tation où on cultive beaucoup de pommes dé terre. Cependant il ne faudrait pas employer, ici, des ex- tirpateurs dont les pieds sont tranchans, comme quelques-uns de ceux dont lespieds sont assemblés sur des tiges de fer ,ice qui couperait les tiges naïs- santes de beaucoup de pommes de terre. Celui que MAI. 09 j'y emploie est celui de M, de Fellemberg, dont les pieds en bois sont revétus d’une feuille de fer; ils sont abtus, et déplacent la tige de la pomme de terre, plutôt que de la couper, sur-tout quand ils sont déjà un peu usés, ce qui les rend plus pro- pres à cette opération. NOURRITURE DES BESTIAUX AU VERT. C'est ordinairement dans le courant de mai qu’on peut commencer à mettre le bétail à la nour- riture verte, Le seigle est ordinairement la première plante qu’on peut faucher; mais elle dure peu de temps, parce qu’elle monte promptement en tuyau et devient trop dure; vient ensuite l’escourgeon ou orge d'automne; il reste plus long-temps tendre et propre à faire un bon fourrage; après lui, viennent la luzerne, les vesces d’hiver, et ensuite le trèfle, le sainfoin, les vesces de printemps, etc.: le seigle et l’escourgeon qu’on sème pour être fauchés en vert, ne coûtent que la semence, parce que la terre qui les a produits, peut et doit même être labourée de suite après le fauchage, pour une semaille de printemps. Rien n’est plus important dans une exploitation rurale, que d'adopter la méthode de nourrir le gros bétail à l’étable pendant tout l'été, et par consé- quent d’arranger les choses de manière à avoir suc cessivement et sans interruption des récoltes à fau- 9: 100 MAÏ. cher en vert. Cette importance ne vient pas seule- ment de ce qu’on peut, par cette méthode, nourrir le bétail avec le produit d’une bien moindre éten- due de terrain, que lorsqu’on l’entretient à la pà- ture, mais aussi de ce que les bêtes s’entretiennent en bien meilleur état qu’on ne peut le faire ordi- nairement, en les nourrissant à la päture, et sur- tout à la vaine pâture; et sur-tout de ce que l’en- tretien du bétail à l’étable est, dans presque tous les cas, Le seul moyer d'obtenir une quantité de fumier suffisante pour faire produire à la terre de riches récoltes. Aussi remarque-t-on que cette mé- thode est adoptée exclusivement dans presque tous les cantons où la culture des terres est portée à un haut degré de perfection. ï La distribution de la nourriture verte aux bes- tiaux exige quelques précautions, sans lesquelles il pourrait en résulter de grands inc ’il est question de la luzerne, du trèfle onvéniens; SUT- tout lorsqu et de quelques autres plantes de la même famille. L’enflure ou la météorisation des bêtes à cornes, et d’autres accidens pour les chevaux, peuvent être le résultat de la négligence avec laquelle on leur en laisserait manger à-la-fois une trop grande quantité, sur- tout lorsque ces plantes sont très-jeunes ou mouillées. Dans ce dernier cas, qu’on ne peut pas toujours éviter dans les temps pluvieux, On doit redoubler de soins pour n’en donner au bétail que MAI. rot de très-petites quantités à-la-fois, et, si on le peut, leur faire manger en même temps de la paille, soit en la mélant au fourrage mouillé, soit en la don- nant à part, dans les momens où les bêtes ont le plus d’appétit. Il est nécessaire d’avoir, près de l’étable, un local un peu vaste, où on dépose le fourrage vert lorsqu’il arrive des champs; les voitures doi- vent être déchargées de suite, et le fourrage un peu étendu sans trop l’entasser; sans quoi, il s’échauf- ferait promptement. Avec ces précautions, Les acci- dens sont extrêmement rares; car ils sont toujours la suite de la négligence. Lorsqu'il arrive’ qu’une vache ou un bœuf est enflé, ce qu’on aperçoit bientôt au gonflement de ses flancs, qui résonnent comme un tambour lors- qu’on les frappe, et à la tristesse de l’animal, on doit aussitôt le faire sortir de l’étable, et Le faire courir pendant quelques instans: souvent cela suf- fit pour dissiper tous les symptômes. Si cependant ils deviennent plus alarmans; si l'animal éprouve une forte difficulté de respirer, on ne doit pas tar- der de lui faire prendre les remèdes convenables; une once de salpêtre en poudre, délayé dans un verre d’eau-de-vie, réussit presque toujours; On le fait avaler à l’animal, au moyen d’une bouteille. Je n’ai jamais employé d’autre moyen, et je lai vu produire des effets très-prompts sur des bêtes atta- quées très-gravement, el qui ne pouvaient plus se 102 MAI. soutenir sur leurs jambes. On a indiqué récemment un autre remède, que je n’ai pas encore eu occasion d’essayer; mais qui, par la nature, connue aujour- d’hui, du gaz qui produit l’enflure, doit être d’une grande efficacité: c’est lammoniaque liquide. On en verse une cuillerée à bouche dans une bouteille d’eau, et on la fait avaler à la bête malade, en con- tinuant toujours de la promener; si on reconnaît que ce remède est supérieur à tous les autres, comme je crois bien qu’il doit l'être, chaque culti- vateur fera bien d’avoir toujours chez lui une pe- tite provision d’'ammoniaque liquide, qu’on appelle aussi esprit de sel ammoniac où esprit de corne de cerf; car il serait presque toujours trop tard d’en envoyer chercher quand on er a besoin. Ce liquide, étant très-volatil, ne peut se conserver que dans un flacon parfaitement bien fermé d’un bouchon de cristal, et on ne doit le déboucher que très-rare- ment, et seulement un instant lorsqu’on a besoï# d’en faire usage. Avec ces précautions, il peut se conserver long-temps. S’il arrivait que le mal résistât à ces remèdes, où qu’on ne püût pas les employer à temps, et que l’a- nimal fût près de périr, par l’extrême difficulté de sa respiration, il ne faudrait pas hésiter à faire la ponction, c’est-à-dire à percer la panse dans le flanc gauche, à trois ou quatre doigts des fausses côtes. On emploie ordinairement à cette opération MAI. 103 un érocarft garni d’une canule; lorsqu'on: retire l'instrument, la canule reste dans l’ouverture qu’il a faite, et facilite la sortie du gaz qui causait l’en- flure. Si on n'avait pas de rocarft, on aurait re- cours à un couteau bien pointu, ou à tout autre instrument de ce genre; après avoir fait l’ouver- ture, on y introduirait une canule de bois, ou tout autre instrument ou petit tuyau du même genre; pour que les bords de la plaie, en se refermant;, n’empêchent pas l'issue du gaz. Cette opération gué- ritle mal sur-le-champ et n’est nullement dange- reuse; avec quelques précautions, et sur-tout la diète, la plaie se guérit promptement. Lorsqu’on nourrit les bêtes à cornes au pâturage dans des trèfles ou des luzernes, l’homme qui les garde de- vrait toujours être muni d’un trocart, pour faire cette opération en cas de nécessité; car les progrès du mal sont souvent si prompts, que les secours arriveraient trop tard, s’il fallait les aller chercher un peu loin. Pour la régularité du service, il est nécessaire, dans une exploitation rurale, qu’un individu dé- terminé soit chargé de faucher et d’amener jour- nellement le fourrage vert pour tous les bestiaux; sans cela, il en résulte beaucoup de désordre dans le service: c’est tous les jours un sujet de dispute entre les valets, pour savoir qui n’ira pas; les bêtes manquent souvent de fourrage, et c’est, pour tous, 104 MAL. un prétexte toujours prêt pour perdre beaucoup de temps. Lorsqu'on n’a pas beaucoup de bêtes à nour- rir, on peut distribuer cette besogne à tour de rôle entre les valets, en sorte que chacun en soit chargé pendant une semaine où pendant un mois. Celui qui est de service va au wert aussitôt que les atte- lages quittent le travail: de cette manière, on peut, au moyen d’une surveillance facile, être assuré que les ordres donnés seront bien exécutés, parce que la responsabilité pèse toujours sur un homme en particulier. C’est un principe dont ne doit jamais s’écarter, pour toutes les branches du service, l’homme qui dirige une exploitation: on imagine- rait à peine combien cette attention donne de faci- lité pour établir l’ordre dans tous les détails. Si on nourrit au vert une quarantaine de têtes de gros bétail, le fauchage et la conduite du vert emploient, chaque jour, a-peu-près la demi-jour- née d’un homme: on doit alors en charger un ou- vrier autre que les valets d’attelage, et lui assigner une autre besogne fixe, pour le reste de la journée. Lorsqu'on a huit ou dix vaches, on peut très- bien leur faire conduire le fourrage vert pour tous les bestiaux de l’exploitation. En attelant deux vaches à un petit chariot, et les changeant fréquem- ment, cela fait, pour toutes, un exercice salutaire, et qui ne diminue en rien la quantité de lait qu’elles donnent. MAT. 105 Lorsque les bestiaux quittent une nourriture sèche pour être mis au vert; OR ré doit opérer le changement que successivement, en diminuant, tous les jours, la nourriture sèche pour la remplacer par du fourrage vert. LES MOUTONS AU PATURAGE. C’est aussi dans le courant de mai que les pâtu- rages destinés aux moutons deviennent ordinaire- ment assez abondans pour qu’on puisse cesser de leur distribuer la nourriture d’hiver. Les dangers de l’enflure sont les mêmes que pour le bétail à cornes, lorsqu’on leur fait manger sans précaution de la luzerne, du trèfle, etc., soit qu’on les leur fasse pâturer, soit qu'on les leur donne dans des espèces de râteliers sur le champ même, comme cela se pratique quelquefois, Par cette dernière méthode, il est assez facile de ne leur distribuer ke fourrage qu’en assez petite quantité à-la-fois pour qu’il n’en résulte pas d’inconvéniens. Si on les fait pâturer, on ne doit pas les laisser long-temps dans le champ, mais le faire seulement traverser par le troupeau, en y revenant ensuite selon le besoin. Lorsqu'il survient quelque accident, on ne peut employer, ici, les mêmes moyens qu'avec le bétail à cornes; la ponction, et encore bien moins l’admi- nistration des remèdes intérieurs, ne peuvent s’exé- cuter promptement sur un troupeau entier, ou 106 MAI. même sur une grande partie des bêtes qui le com- posent. Le moyen qu’on emploie communément lorsqu'on se trouve à portée d’une rivière ou d’un étang, est de faire sauter les bêtes à l’eau: cela réussit presque toujours. Les bêtes à laine au pâturage sont exposées en- core à un'autre danger, c’est celui de la pourri- ture Où cachexie aqueuse. Cette maladie attaque Les moutons qui ont été conduits dans des pâturages humides par leur nature, ou même dans des pâtu- rages secs, au moment où l’herbe est mouillée par la pluie ou la rosée. C’est là un des points sur les- quels les propriétaires de troupeaux de cette espèce doïvent exercer la plus sévère surveillance sur les soins de leurs bergers. On ne peut pas toujours se dispenser de laisser sortir les troupeaux lorsque Pherbe est mouillée, sur-tout lorsque les pluies sont longues et continues: dans ce cas, on doit toujours leur donner un peu de nourriture sèche, ne fût-ce que de la paille, avant de les envoyer au pâturage. La négligence des bergers, sous ce rap- port, est très-fréquemment la cause de pertes con- sidérables dans les troupeaux de bêtes blanches, Lorsque la cachexie aqueuse est déclarée, on ne connaît guère de remède certain à y porter. Le vin poivré, indiqué par MM. Huzard et Tessier paraît être le moven le plus utile; mais il faut qu’il soit employé dans le commencement de la maladie. MAT. 107 SEMER LES RUTABAGAS ET CHOUX-NAVETS. J’ai indiqué, dans le mois de mars, les motifs qui me font préférer la méthode de la transplanta- tion aux semis en place; pour le rutabaga où navet de Suède; ils sont les mêmes pour le chou-navet, qui en diffère principalement; parce que sa racine est blanche et allongée, tandis que, dans le rutabaga, elle est arrondie et jaune, ou de couleur de beurre tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, On peut cepen- dant très-bien semer ces plantes à demeure. Lors- qu’on en à formé des semis; la semaille en place présente une ressource; dans le cas où les premiers auraient été détruits par la puce de terre; de même que le plant des pépinières offre la ressource de la transplantation, dans le cas où les semis en place viendraient à manquer. Il n’est pas hors de propos de se ménager ces diverses chances dans la culture dé plantes qui sont si facilement détruites dans leur jeunesse. Les rutabagas et choux-navets s’'accommodent mieux que les navets d’un sol pesant et arpileux; d’un autre côté, ils sont moins difficiles que les choux, sur la fertilité du sol. Cependant, lorsque ces plantes germent dans un sol peu fertile, Le dan- ger de les voir détruites par la puce de terre est si considérable, qu’on ne doit jamais tenter de Les cul- . 108 MAI. tiver dans un sol semblable, autrement que par la transplantation. Lorsqu’on sème en mai, les plantes prennent or- dinairement tout leur développement avant l’hiver, et on peut les consommer en octobre ou novembre; lorsqu’on veut ne les faire consommer qu’à la fin de lPhiver ou en mars, il est préférable de ne semer qu’en juin. Les plantes qui n’ont pas pris tout leur accroissement, résistent mieux aux gelées, et elles continuent de croître pendant l’hiver, excepté par les fortes gelées. Le rutabaga paraît être un peu moins dur aux gelées que le chou-navet; d’un autre côté, sa croiïs- sance est un peu plus prompte, de sorte qu’on peut le semer plus tard; cependant il ne peut pas être semé aussi tard que le navet. On sème, soit à la volée, à raison de quatre à cinq livres de graine par hectare, soit en lignes au semoir, en espaçant les lignes de dix-huit pouces. Cette dernière méthode est beaucoup préférable, parce qu’elle permet l’emploi de la houe à cheval entre les lignes, Au second binage, on éclaircira les plants semés à la volée, en les laissant à quinze ou dix-huit pouces de distance, si le sol est très-riche, et douze ou quinze pouces, s’il l’est moins. Le plant, dans les lignes, sera laissé à douze ou dix-huit pouces de distance, selon la richesse du sol. MaAÏ. 109 TRANSPLANTER LES RUTABAGAS; BETTERAVES ÉT CHOUX: Le plant des pépinières semées en mars pourra être bon à repiquer vers la fin de mai ou dans le cou- rant de juin. Les betteraves donnent rarement une récolte abondante lorsqu’on les transplante après le quinze de juin; mais les autres plantes dont je parle dans cet article, peuvent très-bien se repiquer plus tard. De toutes ces plantes, le chou est celle qui exige le sol le plus riche et le plus frais. Pour les transplantations faites à cette époque; On a eu le temps de préparer complétement le sol par plusieurs labours, ou par un Ou deux labours à la charrue, et autant de cultures à l’extirpateur; ce qui fait une demi-jachère très-efficace, si les cultures ont été données avec soin. Les betteraves, navets de Suède et rutabagas, se- ront plantés en lignes tracées au rayonneur, sut la terre bien hersée, et espacées de dix-huit pouces; on mettra les plants à quinze où dix-huit pouces dans laligne, selon la richesse du sol. Pour les plan- tations un peu tardives, on peut rapprocher un peu davantage les plants. Vingt ouvriers plantent aisé- ment un hectare dans la journée, en se servant du plantoir ordinaire des jardiniers. Pour les choux, on espacera les lignes de deux à trois pieds, avec une distance proportionnée entre les iro MAT. plants dans les lignes, selon la grandeur des espèces. Pour la culture de toutes ces plantes, on suit de- puis quelque temps, en Angleterre, une méthode qui a été imitée par quelques agriculteurs français, et qui présente quelques avantages: après les cul- tures préparatoires, et lorsqu'on veut planter ou semer, on dispose le sol en ados de vingt-quatre à trente pouces de largeur, au moyen d’une charrue à deux versoirs, sans avant-train; en faisant mar- cher un des deux chevaux dans la raie précédente, on fait ces ados avec beaucoup de régularité. On amène ensuite le fumier avec une voiture à deux roues, attelée d’un seul cheval, et dont la voie est de la largeur convenable pour que les deux roues pas- sent exactement dans deux raies, en en laissant une entre elles, dans laquelle marche le cheval. Un ouvrier tire le fumier par-derrière la voiture, et le distribue dans les trois raies. Une seconde charrue, semblable à la première, vient ensuite refendre les ados par le milieu, et recouvre ainsi le fumier, qui se trouve placé sousles nouveaux ados qu’elle forme. Cette charrue est suivie d’un rouleau, qui aplatit légèrement le sommet de ces ados, et c’est au milieu de ce sommet qu’on transplante, ou qu’on sème au semoir, une ligne de plantes, qui prennent une végétation très-vigoureuse, parce qu’ellesse trouvent placées directement au-dessus du fumier. Il est certain qu’on peut, par ce moyen, obtenir MAI. tit des récoltes beaucoup plus considérables, avec une moindre quantité de fumier; mais il est certain aussi que le sol se trouve moins bien amendé pour les récoltes suivantes, parce que la première récolte a absorbé une plus grande quantité d'engrais. Dans le système de culture pratiqué généralement en An- gleterre pour les rutabagas et Les navets({urneps); cela est indifférent, parce que ces récoltes sont or- dinairement consommées sur place par des bêtes à laine qui y restent nuit et jour, ce qui enrichit con- sidérablement le sol, et d’autant plus, quela récolte que Les bêtes consomment, est plus abondante. Dans ce système, l’essentiel pour le cultivateur est d’ob- tenir une belle récolte de racines. Il n’en serait pas tout-à-fait de même, si les racines devaient être en- levées hors du champ pour être consommées ailleurs: dans ce cas, il faut que le premier amendement pro- duise ses effets pendant plusieurs années. Il est extrêmement important, pour ces planta- tions, de choisir un temps de pluie, ou au moins un moment où la terre est encore fraîche, sur-tout lors- qu’on n’a pas l’eau à portée pour arrosér. Si on n’emploie que de gros replants, qu’on saisisse les instans favorables, et que les planteurs travaillent avec soin, en pressant bien la terre contre les raci- nes de chaque plant, il sera très-rare qu’on ait be- soin de recourir aux arrosemens. MAI. BINER LES CÉRÉALES DE PRINTEMPS. Le blé de printemps, l’orge et l’avoine, qui ont été semés en lignes au semoir, doïvent recevoir, dans ce mois, un binage à la houe à cheval. Si on veut faire les choses complétement, on arrachera à la maïn, dans les lignes, les mauvaises herbes que l'instrument n’a pu atteindre. Ce sont des soins qui sont toujours amplement payés par La récolte. PARCAGE DE MOUTONS. C’est ordinairement dans Le courant de mai qu’on commence à faire parquer les moutons. C’est une pratique qui peut être utile dans les sols légers: là, outre l’engrais que laisse Le parc, le sol profite en- core du piétinement des animaux; qui tasse et con- solide la terre. Dans les sols argileux, qui ont toujours besoin d’être ameublis plutôt que-consoli- dés, le parcage peut souvent, au contraire, faire plus de mal que de bien, sur-tout si on le donne lorsque la terre est humide. On doit, en général, faire les parcs plutôt petits que grands, et si on ne veut donner qu’un parcage léger, il vaut mieux donner deux coups de pare dans une nuit, que de donner beaucoup d’étendue au parc. Lorsqu’il est trop étendu, la terre se trouve amendée fort inégalement, parce que les bêtes sont MAI. 113 toujours disposées à se rassembler d’un côté de l’enceinte. On doit toujours faire parquer les terres qui doi- vent être les premières ensemencées; car l’engrais qui résulte du parcage est peu durable, et se laisse facilement entraîner par les pluies. On doit aussi la- bourer toujours immédiatement après le parcage, afin d’enfouir la surface du sol pénétrée de sucs fer- tilisans: sans cette précaution, ceux-ci éprouvent une déperdition considérable, par l’évaporation, et le lavage occasionné par les pluies. Au reste, plusieurs agriculteurs expérimentés, et qui calculent soigneusement les résultats de leurs opérations, prétendent que le parcage entraîne une perte énorme d’engrais, c’est-à-dire que la quantité d'engrais qu’on fait à la bergerie, dans le mème es- pace de temps, fume une bien plus grande étendue de terre que celle qu’on peut amender par le par- cage. Si cette opinion est fondée, comme il y a lieu de le croire, le parcage ne doit être employé que comme ressource temporaire, en cas de disette de paille, ou pour amendement de terrains très-éloi- gnés, ou placés de manière que le transport du fu- mier y serait très-difficile. COCHONS AU TRÈFLE. Le trèfle, la luzerne et Les vesces, conviennent parfaitement pour la nourriture d'été des cochons. 10 ê 114 MAI. Il n’y a pas de ferme où on ne puisse tirer un profit assez considérable de l’éducation de ces animaux; en les nourrissant pendant l'été avec du trèfle, et pendant l’hiver avec les criblures et les ozons de la grange. Îl est probable que c’est là le meilleur parti qu’on puisse tirer de ces déchets des grains. Le profit qu’on peut tirer dé l'éducation des cochons, est plus variable que celui de tous les autres ani- maux qu’on peut entretenir dans une ferme; il y a des années où le prix qu’on peut les vendre est très- bas, et dans d’autres momens il est peut-être deux ou trois fois plus élevé; mais én moyenne, c’est un article au moins aussi profitable, dans la plupart des circonstances, que toute autre espèce de bétail. Le trèfle et la luzerne qu’on leur donne, doivent être fauchés et distribués, soit dans leurs loges, soit dans une cour y attenant. LAITERIE. Je crois devoir indiquer ici une méthode usitée en Hollande pour faire le beurre, afin d’engager quelques cultivateurs à en faire l’essai comparative- ment avec la méthode ordinaire. “orsque les vaches sont traites, on laisse refroi- uir le lait, et ensuite on le met dans des baquets, où on le remue deux ou trois fois par jour avec une svatule de bois, pour empêcher la crême de se se- w MAÏ. 115 parer du lait; on tâche de le remuer ainsi jusqu’à ce qu’il soit assez pris pour que la spatule ne s’en- fonce plus. On met alors le tout dans la baratte, et on le bat pendant une heure; lorsque le beurre commence à se former, on y verse une pinte d’eau froide, ou davantage, selon la quantité du lait, ce qui aide la séparation du beurre d’avec le lait. Lorsque le beurre est sorti de la baratte, on le lave, en le pétrissant pendant long-temps, jusqu’à ce que la dernière eau en sorte parfaitement claire. On assure que, par cette méthode, on obtient plus de beurre de la même quantité de lait, que le beurre est plus ferme et plus doux, et qu’il se con- serve plus long-temps que lorsqu'on sépare la crême du lait. SEMER DES VESCES. On doit encore semer des vesces de printemps une ou deux fois dans le courant de mai, lorsque la nourriture des bestiaux à l’étable est fondée, en tout ou en partie, sur cette récolte; ce qui doit pres- que toujours arriver lorsqu'on n’a pas une grande abondance de trèfle ou de luzerne. FAUCHER LES VESCES D'HIVER. Il arrive quelquefois que Les vesces d’hiver peu- vent être fauchées à la fin de mai; mais le plus sou- vent, c’est seulement dans le commencement de 116 MAI. juin. Lorsqu’on les donne aux vaches, on les coupe lorsqu'elles sont à moitié en fleur; mais pour Les chevaux, il vaut mieux attendre qu’une partie des siliques soient déjà formées. Comme, dans la culture des vesces d’hiver ou de printemps pour fourrage, il est fort important, pour Le succès de la récolte suivante, de labourer la terre immédiatement après que la récolte est en- levée, on doit avoir soin que les hommes qui les fauchent, ne prennent qu’un billon à-la-fois, et aillent de suite jusqu’à l’extrémité, afin qu’on puisse mettre la charrue dans chaque billon aussitôt après le fauchage. Si on n’y apporte pas d’attention, les ouvriers sont disposés à prendre, dans la pièce, un carré irrégulier, en s’avançant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, ce qui ferme pour long-temps l'accès des charrues dans la pièce. Cette observation s'applique également à toutes les récoltes qui sont fauchées pour être consommées en vert, mais SUT- tout à celles qui ne se coupent qu’une fois, et après lesquelles la charrue doit suivre la faux. PLANTER LES HARICOTS. Le courant de mai est l’époque de la plantation des haricots. Les variétés naines sont à-peu-près les seules qui se cultivent en plain champ. Le sol qui leur convient le mieux est une terre meuble, fraiche et fertile. La meilleure manière de les plan- MAI. 117 ter ou plutôt de les semer, dans la culture cham- pêtre, est en rayons espacés de dix-huit pouces, en mettant cinq ou six grains par pied de longueur dans le rayon; le rayonneur et le semoir font très- bien ce travail. Lorsque la saison est humide, et sur-tout dans les terres argileuses, le rayon doit être très-peu profond; car le haricot est très-sujet à pourrir avant de lever. Dans les sols légers et dans une saison sèche, on peut enterrer à un pouce ou deux de profondeur. SEMER LA NAVETTE DE PRINEMPS:( Brassica napus sylyestris.) De toutes les graines à huile qu’on sème au prin- temps, la navette paraît être celle qui peut 6e se- mer le plus tard. J’ai semé dans la même pièce de terre, et en même temps, de la cameline, de la moutarde blanche et de la navette de printemps: c’est cette dernière qui est venue la première à ma- turité; les deux autres ont müri ensemble, dix jours plus tard. Dans le département de la Meuse, où on cultive cette plante en très-grande quantité, on ne la sème ordinairement que dans la dernière quinzaine de juin; maisil faut des sols bien hâtifs, pour qu’une semaille aussi tardive puisse parvenir à maturité, à une époque où les pluies d’automne ne rendent pas la récolte bien difficile, La dernière 118 MAÏ. quinzaine de mai me parait être l’époque la plus convenable pour la semaille. Les terres légères, sablonneuses et sur-tout cal- caires, éont celles qui conviennent le mieux à cette plante; elle se sème à la volée, sur deux ou troïs labours, en mettant dix à douze livres de graïne par hectare. SEMER LE COLZA DE PRINTEMPS(Brassica oleracea arvensis.) Dans les sols argileux et frais, le colza de prin- temps est en générd} plus productif que la navette; cependant c’est toujours une récolte fort casuelle, de même que toutes les graines à huile qu’on sème au printemps. Les terrains très-humides et maré- cageux, pourvu qu’ils soient égouttés, sont ceux où on peut se promettre les récoltes les plus abon- dantes; c’est une des plantes les plus profitables, dans le sol des étangs nouvellement desséchés. J’en ai cependant vu des récoltes fort abondantes, de vingt à vingt-cinq hectolitres par hectare, dans des terres argileuses assez élevées, et qui ne sont pas très-riches; mais ces récoltes sont rares. Le colza de printemps ne peut pas être semé aussi tard que la navette, sa végétation étant moins prompte. Dans une année assez favorable, des col- zas que j'avais semés le 2 juin, n'ont pu arriver assez tôt à maturité pour être récoltés. 119 Le sol doit être bien préparé par deux où trois labours, et on sème à la volée, à raison de douze à quinze livres de graine par hectare, J’ai cultivé le colza aussi en lignes, à dix-huit pouces de distance, eten binant les intervalles avec la houe à cheval; mais j'ai remarqué que les binages produisent des effets bien moins sensibles sur les récoltes qui oc- cupent peu de temps le sol: de sorte que cette opé- ration, que je regarde comme capitale pour le colza et la navette d'hiver; me paraît bien moins essen- tielle pour les variétés de printemps. PLATRER LES VESCES, Le plâtre produit d’aussi bons effets sur les vesces que sur le trèfle, la luzerne et le sainfoin; le mo- ment de l’appliquer, est celui où les plantes com- mencent à couvrir la terre; la manière de le faire est la même que celle que j’ai indiquée en mars, pour le trèfle. SEMER LE CHANVRE.( Cannabis saliva.) C’est ordinairement en mai, et plus souvent à la fin qu’au commencement, qu’on sème le chauvre sur une terre très-riche, bien amendée, et préparée par plusieurs labours, dont le dernier doit ètre très-profond. On regarde comme certain que, pour chaque pouce de profondeur de plus qu’on donne à ce labour, le chanvre prendra un demi-pied de 120 MAI. hauteur de plus. On conçoit qu’il n’est question ici que de terrains qui ont un grand fonds de terre végé- tale; ce sont les seuls qu’on doive consacrer à cette récolte, Le sol des marais égouttés convient parfai- tement à cette plante. On sème deux cent cinquante à trois cents litres par hectare, et on enterre peu la semence. Au moment où le chanvre lève, on doit le faire garder très-exactement, pour en éloigner les InOÏ- neaux, qui en 6ont très-friands, et qui le tirent de terre brin à brin, souvent même plusieurs jours après qu’il est levé. Si le sol convient bien au chan- vre, celui-ci aura bientôt pris le dessus, et ne per- mettra à aucune mauvaise herbe de croître. Au reste, c’est une récolte qui exige trop de main- d'œuvre pour qu’il convienne à un cultivateur de s’y livrer en grand, à moins qu’il ne soit placé con- venablement pour la vendre sur pied à des manou- vriers, qui se chargent des travaux ultérieurs. De cette manière, elle peut être très-profitable à celui qui a des terres qui lui conviennent. M. le baron Crud a bien voulu m'envoyer, à‘1a demande; de la graine du beau chanvre qui se cul- tive dans le Bolonnais. Ses produits ont été infini- ment supérieurs à ceux du chanvre de notre pays. A terrain et culture semblables, sa hauteur a été d’un grand tiers de plus. Je continuerai à le cultiver avec le plus grand soin, en semant, tous les ans, à part MAL. 191 celui que je destinerai à en récolter de la semence, et prenant tous les moyens possibles pour lui con- server sa supériorité. SEMER LE MILLET.( Panicum miliaceum.) Le sol qui convient au millet est à-peu-près le même que celui qui convient au maïs, e’est-à-dire un sol chaud, meuble et riche. Il ne doit être semé non plus que lorsqu'il n’y a plus de gelées à crain- dre, pas avant le 15 avril. On cultive rarement le millet, pour sa graine, dans le nord de la France; mais il est probable qu'on pourrait le cultiver très-avantageusement comme fourrage vert. M. Pictet l’emploie fréquem- ment à cet usage à Genève, et c’est ordinairement avec du millet qu’il sème le trèfle incarnat, qui donne une coupe très-abondante après que le millet a été fauché. Ona introduit depuis quelques années, en France, sous le nom de»0ha, une variété du panicum italicum; qui est cultivée en Hongrie, comme four- rage. Les premiers essais que jai faits sur cette plante, me font croire qu’elle sera très- précieuse sous ce rapport. On la sème, en mai, sur un terrain léger et meuble, en mettant trente à quarante ki- logrammes de graine par hectare. Deux mois après, on obtient une coupe extrêmement abondante d’ex- 11 122 MAI. cellent fourrage, qui peut se consommer en vert ou en sec: Depuis que ceci a été écrit, j'ai cultivé compa- rativement, pour fourrage, Le moha, avec le millet que cultive M. Pictet, et dont il a bien voulu m’en- voyer de la graine. Autant que je puis en juger par un premier essai, ce dernier me paraît plus produc- tif. Je continuerai cette expérience, MONTE DES. VACHES. La durée de la gestation des vaches étant ordi- nairement de neuf mois et quelques jours, c’est en mai qu’on les fait saillir, dans les grandes marca- reries, lorsqu'on veut avoir les veaux en février; mais on ne choisit cette époque qu’à cause de la dif- ficulté qu’on éprouve ordinairement de donner, pendant lPhiver, une nourriture abondante aux vaches qui nourrissent leurs veaux, et afin que les “aches se trouvent dans la plus grande abondance de leur lait au moment de la plus grande force des pâturages. Lorsqu'on nourrit à l’étable, et qu’on a, pour lhiver, une abondante provision de ra- cines, il n’y a aucun inconvénient, et il y a beau- coup d'avantage; dans certains cas, à obtenir les ve soit même à l’automne. Cette dernière époque est ux, soit à une époque moins avancée de l’hiver, bien plus avantageuse, en particulier pour les va- ches dont le lait se vend en nature; parce qu’il a MAI. 123 toujours beaucoup plus de valeur en hiver. Il en est de même lorsque le lait est converti en beurre qu’on vend frais. Avec une bonne nourriture, for- mée en partie de racines, on peut obtenir, pendant tout l'hiver, d’excellent beurre, qui se vend beau- coup plus cher qu’en été. A l’automne, les veaux se vendent toujours aussi à un prix beaucoup plus élevé qu’au printemps. Lorsque les vaches vont au pâturage avec le tau- reau, on n’a pas à craindre que le temps de la cha- leur se passe sans qu’elles soient saillies; mais pour celles qui sont entretenues à l’étable, cela exige beaucoup d'attention de la part de celui qui les soigne. L’époque de la chaleur se reconnaît à la di- minution du lait, aux fréquens mugissemens, à l’état d'inquiétude de la bête, et au gonflement de la vulve. Comme elle dure peu de temps, et sou- vent moins de vingt-quatre heures, on ne doit mettre aucune négligence à donner le taureau aus- sitôt qu’on s’en aperçoit. La chaleur ne revient or- dinairement qu’au bout de vingt jours environ; il y a cependant des vaches chez lesquelles elle re- vient plus souvent, et même quelquefois au bout de sept jours; mais c’est un mauvais signe, et qui indique ou la stérilité, ou une maladie du poumon. 11; JUIN RAR ARARAANAAAIA RAA AAAAA AAAAA AAAUUUA AUI UE JUIN. BINER LES POMMES DE TERRE ET LES AUTRES RÉCOLTES SARCLÉES. Daxs une exploitation où on se livre à la culture des récoltes sarclées, la principale occupation du mois de juin consiste dans les binages et buttages: c’est, de tous les mois de l’année, celui où on sent le mieux les avantages de la culture en lignes et de l'emploi de la houe à cheval, à cause de la facilité qu’on obtient de répéter fréquemment les binages, et de les exécuter promptement de la manière la plus économique. Dans certains sols sujets à souffrir de la séche- resse, quelques personnes craignent de nuire aux récoltes, en favorisant l’évaporation de l'humidité, par l’ameublissement de la surface du.sol. C’est une grave erreur# au contraire; les plantes ne souffrent jamais autant de la sécheresse, que lorsque la sur- face de la terre, battue et durcie, forme une croûte qui interrompt toute communication avet l’atmo- sphère; mais lorsque cette croûte est brisée et ameublie, l'influence des rosées se fait sentir jus- qu'aux racines des plantes, et suffit presque tou- ours pour entretenir leur végétation; une pluie JUIN. 125 légère, dont l’effet se fait à peine sentir sur un sol durci, pénètre au contraire souvent à plusieurs pouces de profondeur, lorsqu'elle trouve une sur- face meuble. Je recommande aux personnes qui dou- teraient de cette vérité, de faire comparativement cet essai sur deux champs voisins, je suis bien as- suré qu’il ne leur restera aucun doute. Par ce motif, des récoltes sarclées réussissent souvent fort bien dans des sols où d’autres plantes qui ne reçoivent pas de éarclages, sont sujettes à périr par la sé- cheresse. Dans les terres argileuses ou les terres blanches, on ne doit pas attendre, pour briser La croûte qui se forme!, qu’elle soit devenue trop épaisse et trop dure. Lorsque cela estarrivé, on ne peut plus que grafter la surface avec la petite herse triangulaire; ce qui, au reste, n’est pas moins très- utile.; Les pommes de terre devront presque toujours être binées deux fois dans le courant de ce mois; ordinairement, c’estaussi le moment du buttage; qui s'exécute bien avec la houe à cheval lorsque les plantes sont plantées en lignes, et encore beau- coup mieux avec la charrue à deux versoirs. En général, le moment de procéder au buttage est celui où les radicules s'étendent pour former les tubercules; si on attend que les tubercules soient formés, sur-tout pour certaines variétés, où ils se forment assez loin de la touffe et à fleur de terre, 126 JUIN. on en détruit beaucoup par le buttage. 11 y a d’au- tres variétés, au contraire, où les tubercules se for- ment plus profondément en terre; d’autres où ils sont rassemblés comme dans une espèce de nid, au pied de la plante. Pour celles-là, on peut retarder davantage le buttage. Mais cette opération est tou- jours nécessaire, non-seulement parce qu’elle aug- mente beaucoup la récolte, en fournissant aux plantes de la terre meuble, dans laquelle elles végè- tent plus vigoureusement, et qui les défend contre les sécheresses; mais parce qu’elle couvre les tu- bercules qui se trouvent à la surface du sol, et qui, sans cela, se trouvent, à la récolte, d’une nuance verte, d’une saveur très- désagréable et de peu de valeur. Toutes les autres plantes qu’on nomme commu- nément récoltes sarclées, et qu’on cultive souvent pour tenir lieu de la jachère, telles que les bette- raves, rutabagas, maïs, féveroles, etc., doivent être tenues parfaitement nettes de mauvaises herbes pendant tout le courant de ce mois et du suivant, et jusqu’à ce qu’elles couvrent entièrement le sol de leurs feuilles, de manière à étouffer toutes les herbes qui pourraient naître encore. Sans ce soin, on perd un des grands avantages de leur culture, qui est de nettoyer la terre pour les récoltes sui- vantes, sans compter une diminution considérable sur le produit de la récolte de l’année. JUIN. 197 Lorsque la surface du sol est dure, la petite herse triangulaire de M. Yvart produit un très- bon effet, et facilite beaucoup l’action de la houe à cheval, qu’on emploie ensuite. SEMER LES NAVETS. Les navets se sèment ordinairement en juin, à moins qu’on ne les sème en seconde récolte: dans ce dernier cas, ils se sèment souvent en juillet et même en août; mais ils ne sont jamais aussi produc- tifs que ceux qu’on sème plus tôt. Les navets sont beaucoup moins fréquemment cultivés en France, si ce n’est dans un petit nombre de cantons, qu’en Angleterre, où on les nomme turneps. Cela est dû principalement à ce que le climat étant plus doux pendant l'hiver en Anpgle- terre, que dans les provinces septentrionales de la France, ils se conservent plus facilement en les laissant en place, et qu’on peut, par la même raison; laisser les bêtes à laine à Pair, jour et nuit, pendant tout l'hiver, pour consommer Les ra- cines sur le terrain; cependant, les gelées y détrui- sent asséz souvent des récoltes entières, Dans la plupart des circonstances, je croïs qu’on peut, en France, remplacer les navets par d’autres racines, dont le succès[est bien moins casuel et la conser- vation plus facile; cependant, dans les terrains très- lé gers, sablonneux'ou calcaires, qui leur convien- 126 JUIN. nent particulièrement, ils offrent l’avantage de pouvoir être semés très-tard. La terre qu’on destine aux navets doit être fu- mée, à moins qu’elle ne soit très-riche, et préparée par deux ou trois laboursoucultures à l’extirpateur. On sème ordinairement à la volée, à raison de six à huit livres de graine par hectare, et on recouvre par un trait de herse, qui ne doit pas enterrer la semence très-profondément. La semaille au semoir, en lignes espacées de dix-huit pouces, et l’emploi de la houe à cheval pour les binages, conviennent parfaitement bien à cette récolte. On cultive plusieurs variétés de navets, qu’on appelle raves dans quelques cantons, et dont les unes, étant beaucoup plus hâtives que les autres, demandent d’être semées plus tard, lorsqu'on les destine à passer l'hiver. FENAISON. C’est ordinairement vers la fin de ce mois qu’on fauche les prairies. J’ai remarqué qu’en général dans les prés qui sont soumis à la vaine pâture après la première coupe, on est disposé à faucher trop tard; on croit gagner en quantité, et on perd beaucoup plus sur la qualité du foin. Le moment de faucher une prairie est celui où les plantes qui y abondent le plus, et qui produisent le meilleur JUIN. 129 fourrage, commencent à être en pleine fleur; lors qu’elles sont à ce point, quelques jours de retard font une différence très-considérable dans la qua- lité du fourrage, car toute plante qui a amené sa graine à maturité, ne produit plus qu’un foin dur, peu savoureux, et peu nourrissant pour le bétail; et les meilleures plantes des prairies, principalement les graminées les plus précieuses, passent, avec une rapidité étonnante, de la floraison à la maturité. On doit apporter une grande attention au travail des faucheurs, pour qu’ils fauchent le plus près de terre qu’il est possible; un pouce de longueur de Pherbe près de terre produit bien plus de foin que plusieurs pouces en haut des tiges, parce que l’herbe y est‘bien plus garnie: c'est pourquoi on éprouve une perte considérable dans le fauchage des prés où Le sol n’est pas bien uni, oùona népligé d'étendre les taupinières et fourmilières, où on a laissé des pierres, etc. La fenaison exige un grand nombre de bras; ici, l’économie de quelques journées serait fort mal en- tendue; il est nécessaire d’avoir, en quelque sorte, une surabondance d'ouvriers, car il arrive très- souvent, dans les saisons où le temps n’est pas fixe- ment au beau, que le salut de là récolte, ou au moins sa bonne qualité, dépend de la prompti- tude avec laquelle se fait la manœuvre, soit pour étendre ét retourner le foin lorsque le soleil se 130 JUIN. montre, soit pour le mettre en tas à l’approche de la pluie. Il est fort important que le foïn soit suf- fisamment sec lorsqu'on le serre, mais il importe beaucoup aussi qu’il ne le soit pas trop: quelques heures d'exposition au grand soleil, lorsque le foin est déjà suffisamment sec, lui ôtent une grande partie de son parfum et de ses‘bonnes qualités. Tant que l’herbe est verte, et pour ainsi dire en- core vivante, les pluies ne lui enlèvent aucun suc et lui font peu de tort; elle peut rester en arzdains pendant huit jours, ou même davantage, avec le soin de retourner seulement les andaïns sans les étendre, si on s’aperçoit que le dessous jaunit: c’est le parti le plus prudent lorsque le temps est à la pluie. Lorsque les andains ont été étendus, et que l’herbe a un commencement de dessication, on doit ap- porter le plus grand soin à éviter qu’elle soit expo- sée à une ondée de pluie, ou à la rosée de la nuit, autrement qu’en tas. On fait les tas très-petits lors- que la dessication commence, et à mesure qu’elle s’avance, on en augmente le volume. A chaque in- tervalle de beau temps, on étend les tas petits et gros; on retourne fréquemment le foin, pour le remettre promptement en tas le soir, ou lorsque la pluie s’annonce. En mettant à cette manœuvre de l'intelligence et beaucoup d’activité, un cultivateur pourra être JUIN. 131 assuré, non pas de faire du foin de première qua- lité dans certaines saisons où la fenaison est con- trariée par des pluies opiniâtres, mais du moins de n’en ayoir jamais de gâté. Son foin pourra être de moins belle apparence, mais il perdra peu, sous le rapport de la qualité nutritive pour le bétail. Lorsque le temps est fixement au beau, l’opéra- tion marche pour ainsi dire seule. Dañs toutes ces opérations, un cultivateur peut bien rarement s’en rapporter aux soins de ses do- mestiques, et rien ne peut ici, comme dans tant d’autres détails de culture, remplacer l'œil du maître. Le travail des attelages et des ouvriers pour ren- trer le foin sec, est peut-être, de tous les travaux agricoles, celui qui exige le plus d'activité pour celui qui a une fenaison‘un peu considérable. Lors- qu’on travaille avec des chariots à quatre chevaux, la manière de faire le plus d'ouvrage possible, est d'employer six chevaux pour trois chariots: l’un se charge attelé de deux chevaux pour le faire avan- cer, à mesure qu’un tas est chargé; l’autre, dételé, se décharge dans la cour de la ferme; le troisième est en route avec quatre chevaux: aussitôt que ce dernier arrive sur le pré, on prend deux de ses chevaux, qu’on joint à ceux qui sont déjà attelés au chariot qui doit se trouver chargé, eton part. Le temps du chargement forme, pour deux chevaux, un 132 JUIN. moment derepos, qu’on a soin de partager entre les in chevaux de l’attelage, dans le courant de la journée. Ces jours-là, et gens et chevaux doivent pren- dre leur repas à Za hussarde; il n’est pas question| de diner, il faut rentrer le foin. En organisant le service avec intelligence, on fait beaucoup d’ou- vrage dans une journée: ce n’est pas l’activité seule qui est nécessaire ici, il faut mettre beaucoup d’at- tention à distribuer les ouvriers qu’on emploie, de la manière la plus convenable; le nombre de ceux qui chargent, qui déchargent, qui retournent Île foin, qui l’amassent en tas; les attelages, tout cela doit être proportionné de manière que rien ne chôme, et qu’un travail ne nuise pas à l’autre. Si on examine la manière dont ces travaux sont exé- cutés dans la plupart des exploitations rurales, on y trouvera bien rarement cet ordre qui peut seul assurer la célérité du service et l’économie de la main-d'œuvre. Il y a des pays où on conserve le foin en meules À exposées à l’air; dans d’autres, on le met dans des granges ou des greniers, ordinairement au- dessus des étables. La première méthode est décidément préférable; non-seulement elle exige beaucoup moins de dépense en bâtimens, mais le foin se con- serve beaucoup mieux et plus long-temps dans des meules bien faites, que dans des bâtimens couverts. Dans les pays où l’une et l’autre méthode sont en JUIN. 133 usage, on sait distinguer, à l’odeur, le foin de meu- les de celui qui a été rentré à couvert; le premier se paie toujours un peu plus cher sur les marchés. On fait les meules rondes ou carrées, ou sous la forme d’un carré long, dont un des petits côtés est tourné du côté d’où vient ordinairement la pluie. Ce que je pourrais dire ici sur la manière de cons- truire les meules, ne pourrait suffire pour mettre le lecteur en état de l’exécuter convenablement; les personnes qui voudraient introduire chez elles cette méthode, ne peuvent mieux faire que de faire venir un homme exercé, des pays où cette méthode est en usage. Soit qu’on mette le foin en meules ou dans des gremiers, il est fort important de presser et tasser la masse bien également, à mesure qu’on la forme. Souvent on fait faire cette opération par des enfans, qui s’en acquittent fort mal; on doit au contraire confier cette besogne à des ouvriers soigneux; le foin entassé subit toujours une fermentation plus ou moins forte, fermentation très-utile pour sa bonne qualité, et qui s’opère très- inégalement lorsque la masse est tassée plus fortement sur quel- ques points que sur d'autres. Si le foin n’est pas très-sec, la moisissure, la pourriture ou l’inflam- mation se manifestent toujours, soit à la surface de la masse, qui, dans les greniers, est ordinairement: mal tassée, soit dans les parties qui n’ont pas été 154 JUIN. assez serrées et où l’air a pu pénétrer; lorsqu’au contraire la masse est tassée bien également, sur- tout si on a soin de la couvrir entièrement d’un lit de paille et de fermer les volets du grenier, pour que l’air n’y joue pas, elle peut bien s’échauffer et suer, mais elle se desséchera bientôt; peut-être le foin brunira-t-il, s’il a été rentré trop humide, mais cela ne lui fera rien perdre de sa qualité; la moisissure ni l’inflammation ne sont pas à craindre si l’air ne peut pénétrer dans la masse. Autrefois, on croyait qu’il était utile de ménager dans les masses de foin des courans d’air, au moyen de lits de fagots, ou d’espèces de cheminées qu’on y pratiquait; mais dans les pays où on apporte le plus de soin à la conservation du fourrage, comme en Belgique, dans le Palatinat, le pays d’Æano- vre, et tout le nord de l'Allemagne, on a reconnu, depuis plus de cinquante ans, que cette opération était fondée sur un faux principe: aussi on a soin d’intercepter le mieux qu’on le peut l'introduction de l'air dans les meules, en tassant très-fortement le pourtour: on préfère, par cette raison, les toits en paille, qui recouvrent immédiatement la masse, aux toits mobiles, qui laissent de l'intervalle au- dessous d’eux. Pour le foin qu’on rentre dans les greniers, on prend des soins dirigés d’après le même principe. Dans plusieurs cantons des mêmes pays, on fait JUIN. 155 même souvent ce qu’on appelle du fozz brun: pour cela, on entasse le foin en meules bien serrées, lors- qu’il n’est qu’à moitié sec; il netarde pas à s’échauf- fer considérablement; toute la meule sue et s’affaisse de manière à se réduire à un volume beaucoup moindre; elle ne tarde pas alors à se dessécher, et le foin se trouve comprimé en une masse brune, dure, et qui ressemble à de la tourbe: on ne peut plus en tirer qu’en le coupant avec des couteaux, des bêches bien tranchantes, ou même des haches. L'opinion d’un grand nombre de cultivateurs est que ce foin brun est plus profitable aux bestiaux que le foin vert; tout le monde est d’accord qu’il vaut mieux pour l’engraissement des bœufs. Sans pousser les choses aussi loin que dans ce dernier procédé, il est certain que la fermentation est toujours utile au foin; elle se manifeste tou- jours, dans les masses de foin nouveau, à un degré plus ou moins fort, excepté peut-être lorsque le foin a été rentré excessivement sec, car aucune fer- mentation ne peut s’opérer sans un peu d'humidité; mais alors le fourrage est d’une qualité inférieure. Les cultivateurs s’apercevraient plus facilement des diverses qualités que prennent leurs fourrages, se- lon le degré de fermentation qu’ils ont éprouvé, s’ils n'avaient pas la mauvaise habitude de le donner à leurs bestiaux sans le botteler, et par conséquent A..£ 7 1 sans connaître jamais la ration qu’on leur donne: 1356 JUIN. s’ils prenaient ce soin, ils seraient à portée de faire des observations très-utiles sur la faculté nutritive des divers fourrages qu’ils emploient, et ils ver- raient que le degré de fermentation qu’ils ontéprou- vé, influe d’une manière sensible sur cette faculté. L'art de diriger cette fermentation est donc une partie importante des connaissances que doit pos- séder un cultivateur; les principes de cet art se bor- nent à rentrer le fourrage au degré de dessication nécessaire pour produire le degré de fermentation qu’on désire, à tasser la masse uniformément dans toutes ses parties et, dans tous les cas, à empêcher autant que possible l’introduction de l’air dans la masse. Les principes que j’énonce ici sont très-différens de ceux qui dirigent presque tous les agriculteurs français; mais je les présente avec confiance, parce que plusieurs observations m’en ont démontré la justesse. FENAISON DU TRÈFLE, DE LA LUZERNE, DES VESCES, ETC. Le moment le plus convenable pour faucher ces plantes: lorsqu'on les destine à faire du fourrage sec, est celui où la plus grande partie des fleurs sont épanouies; si on fauche plus tôt, on perd surla quan- tité, et le séchage est plus difficile; si on attend JUIN. plus tard, les tiges deviennent dures, et le four- 197 rage est de qualité inférieure. Cependant, lorsqu’on destine le foin de vesces à la nourriture des che- vaux, On peutattendre, pour faucher cette plante, qu’une partie des siliques soient déjà formées. Lors- que les vesces se couchent, ce qui arrive assez fré- quemment dans les sols fertiles et dans les années humides, il ne faut pas tarder de les faucher, parce qu’alors les pluies les font bientôt pourrir par-des- sous; ce qui nuit beaucoup à la qualité du fourrage. La conversion de toutes ces plantes en foin, ainsi que des autres plantes du même genre, exige une manœuvre tout-à-fait différente de celle qui con- vient au foin des prairies. Les feuilles des grami- nées et des autres plantes qui sont les plus com- munes dans les prairies, sont longues, et se pelotonnent ensemble, de sorte qu’elles se laissent facilement amasser au râteau: au contraire, celles du trèfle et des autres plantes du même genre sont arrondies, et lorsqu’elles sont séparées des tiges, elles tombent à terre et sont perdues pour le four- rage; cependant les feuilles sont la partie la plus savoureuse et la plus nourrissante de la plante: le traitement qu’on fait éprouver à ces fourrages, doit donc avoir pour but principal de les conserver au tant qu’il est possible. Pour cela, lorsque le trèfle est fauché, on le laisse en andains pendant deux ou trois jours; quand 12 138 JUIN. même il suryiendrait plusieurs jours de pluie, on ne doit pas y toucher, à moins toutefois de fortes aversesquiauraient battu et collé les andains contre la terre: dans ce cas, on les soulèverait légèrement avec le manche du râteau, mais sans les étendre. Lorsque le dessus des andains est sec, on les retourne avec le manche du râteau, toujours sans les étendre; au bout de deux ou trois jours, lorsque tout l’an- dain est sec, on le met en gros tas bien foulés et peignés à l'extérieur, pour que la pluie ne les pé- nètre pas, et qu’il est bon de laisser pendant quel- ques jours avant de les charier. Si on veut mettre le trèfle en tas avant qu’il soit bien sec, on fera d’abord de petits tas, qu’on réunira pour en former de plus gros, à mesure que la dessication s’avance. Ces petits tas se laissent facilement pénétrer par la pluie; lorsqu'ils sont trempés, on les ouvre à la main pour leur donner un peu d’air, et on les re- forme lorsqu'ils sont secs. Dès que le trèfle ap- proche de la dessication, on ne doit jamais le tou- cher que le soir ou le matin, et jamais à la chaleur du jour, parce qu’alors il se brise trop facilement, et on perd beaucoup de feuilles. Ce procédé coûte très-peu de main-d'œuvre, et on obtient un four- rage d’une excellente qualité, à moins que le temps ne soit excessivement pluvieux: c’est celui que j’emploie habituellement. On a recommandé de mettre le trèfle en bottes JUIN. 139 coniques, pour le faire sécher, dans les années très- pluvieuses: pour cela, une femme prend uüné bras- sée d’herbe aussitôt après le fauchage, et en forme une petite botte conique ou en forme de pain de sucre, du poids d'environ cinq à six livres de foin sec; elle la dresse, et assujettit la pointe parle moyen d’un petit lien, qu’elle formeavec quelques-uns des brins les plus longs. Les bottes restent ainsi sans les toucher, jusqu’à ce qu’elles soient sèches. Cepen- dant, 4près de très-fortes pluies, il est bon de les renverser pour Les redresser ensuite, afin de laïsser sécher le terrain sous elles. J’ai essayé cette méthode, qui a fort bien réussi; cependant elle a l’inconvénient d’être fort longue, exigeant souvent quinze jours ou trois semaines pour que le fourrage soit suffisamment sec. IL est vrai que pendant ce temps le foin ne se gâte nulle- ment, même par les plus mauvais temps; mais cela retarde trop le labour lorsqu'on traite ainsi des vesces ou d’autres plantes, après lesquelles on doit labourer de suite; et souvent, par des saisons très- humides, la seconde pousse du trèfle, et sur-tout de la luzerne, séra déjà bien grande, et souffrira beaucoup du transport de la première, lorsqu’on pourra enlever celle-ci. Il y a, pour faire le foin de trèfle, une troisième méthode, qui est généralement en usagé dans plu- sieurs parties de l'A Hemagne, où elle est connue 140 JUIN. sous le nom de méthode de Klapmayer, parce que c’est cet agronome qui l’a indiquée le premier: elle gros tas, dès le lende- main du jour où elle a été fauchée; ainsi on mettra consiste à mettre l’herbe en en tas, dans l’après-midi, toute l’herbe qui a été fau- chée dans la journée de la veille. Les tas doivent être gros, et contenir chacun la charge de plusieurs chariots; on doit les fouler fortement et bien éga- lement dans toutes leurs parties. Ordinairement la fermentation commence à s’y établir peu d’heures après qu’ils ont été formés, et elle augmente rapi- dement. On doit alors observer avec soîn et fré- quemment l’état de la fermentation, et lorsqu’elle est parvenue au point où la chaleur ne permet plus de tenir la main dans le tas, et où il s’en échappe de la vapeur lorsqu’on y fait une ouverture, on dé- monte promptement le tas, et on étend le foin à l'entour. Quelques heures de soleil, ou même de vent, suffisent pour dessécher complétement le foin qui a subi cette fermentation, et pour le mettre en état d’être rentré; les feuilles ne s’en détachent pas facilement. On conçoit qu’on ne doit pas manquer de démonter le tas, aussitôt qu’il est parvenu au de- gré de fermentation convenable; la pluie ne doit pas même faire retarder cette opération, sans la- quelle tout se gâterait; mais aussitôt que le foin est- refroidi, on peut le remettre en Las sans craindre qu’il s’échauffe de nouveau. JUIN. 141 Lorsqu'il fait beaucoup de vent, il arrive sou- vent que dans le côté du tas qui y est exposé, une partie de l'herbe ne prend pas part à la fermenta- tion; cela peut arriver aussi, si on n’a pas foulé la masse bien également. On s’en aperçoit en démon- tant le tas, parce que cette herbe est restée verte, tandis que le reste est devenu brun. Dans ce cas, on met à part celle qui n’a pas fermenté, parce qu’elle ne peut pas sécher aussi promptement que l’autre, et on la remet dans d’autres tas pour la faire fermenter, ou on la fait sécher de toute autre manière. Cette méthode est sans contredit la plus prompte par laquelle on puisse faire sécher le trèfle; car dans trois jours, il peut être fauché et rentré; mais elle est coûteuse, par le grand nombre de bras qu’elle exige pour les divers déplacemens du foin: elle peut être très- précieuse dans une saison plu- vieuse. Le foin préparé par cette méthode est sucré au goût, et pendant la fermentation le tas répand une forte odeur de miel; ce fourrage plaît beaucoup aux bestiaux. Ce que j'ai dit du trèfle dans tout cet article, s'applique également aux vesces; à la luzerne, au sainfoin, à la lupuline et autres plantes du méme genre. Pour la conservation du fourrage produit par ces diverses plantes, soit dans des greniers, soit en 142 JUIN. meules, on peut consulter ce que j’ai dit, dans l’ar- ticle précédent, sur le foin des prairies, et qui peut s’appliquer également à tous ces fourrages. Cepen- dant le foin préparé par la méthode de Klapmayer n’a plus de fermentation à subir dans la masse: ainsi on peut le rentrer sans inconvénient, parfai- tement sec. TONTE DES MOUTONS. Dans beaucoup de pays, l’usage est de laver la laine à dos, avant la tonte. Il serait à désirer qu’on abandonnât cette coutume, qui n’est pas sans in- convéniens pour la santé des animaux, et qui est même peu profitable à l’acheteur; car un lavage aussi imparfait que celui qu’on peut exécuter ainsi, diminuant plus ou moins le poids de la laine, se- lon le plus ou moins de soin qu’on y a mis, on ne sait pas ce qu’on achète; d’ailleurs le suint, dont on enlève une partie par ce lavage, est nécessaire pour faciliter Les lavages subséquens: aussi les laines la- vées à dos sont-elles plus difficiles à laver ensuite complétement, que celles qui ne l’ont pas été. Ce- pendant les cultivateurs peuvent être forcés de con- tinuer cette pratique, dans les cantons où les ache- teurs refuseraient de prendre la laine autrement; elle est d’ailleurs à-peu-près nécessaire dans les bergeries mal soignées, où la toison des animaux est souvent extrêmement sale. JUIN. 143 Le lavage à dos doit toujours s’exécuter quelques jours avant la tonte, afin que la transpiration, qui a pu être arrêtée par cette opération, ait le temps de se rétablir. Presque par-tout, ce lavage s'exécute d’une ma- nière fort incommode pour les ouvriers qui le font, et qui, par cette raison, y donnent peu de soin. On peut l’exécuter très-commodément de la ma- nière suivante: on creuse et élargit le lit d’un ruis- seau, sur la longueur d’une vingtaine de pieds, et en lui donnant sept à huit pieds de largeur; on pave cette partie, et on ferme les deux rives par de petits murs qu’on garnit de claies, si cela est nécessaire, pour empêcher les moutons de sortir de cette espèce de canal. Au milieu de sa longueur, on place, près de chacune des deux rives, un tonneau défoncé ou cuvier, fixé au fond de l’eau; un homme, se plaçant dans chacun de ces cuviers, saisit les moutons, à mesure qu’ils passent entre les deux, et les lave ainsi fort à son aise et les pieds au sec. Entre les deux ouvriers, Le canal est barré par une porte que ces hommes ouvrent.ou ferment à volonté; le canal se trouve ainsi divisé en deux parties: la première, par où les moutons entrent par une pente douce qui se trouve à l'extrémité, doit être assez profonde pour que l’eau passe un peu au-dessus du dos des noutons, et on les y fait entrer lques minutes avant de les faire passer entre les mains des layeurs, 4 JUIN. afin que les ordures de leur toison se détrempent. À mesure qu’ils sont lavés, ils s’échappent par l’autre extrémité du canal, en traversant la seconde partie, qui doit être assez profonde pour qu’ils y na- gent. À l’extrémité, se trouve un parc ou un pâtu- rage bien sec, où les animaux se ressuient au soleil. Dans la tonte, la laine doit être coupée très-près de la peau, et le plus également possible, sans laisser des raies sur le corps de l’animal, comme cela ne se voit que trop souvent; on perd ainsi une quantité assez considérable de laine, et cela nuit à la recrue de la nouvelle. On ne doit pas hésiter à payer plus cher un tondeur habile; les animaux en souffrent moins, et on regagne bien le prix sur la quantité de la laine. Au reste, une bonne tonte dé- pend beaucoup aussi de la bonne construction des ciseaux ou forces avec lesquels elle s’exécute. SEMER LE SARRASIN.(Polygonum fago- pyrum.) Le sarrasin est une récolte précieuse pour les sols pauvres, montagneux et froids; dans plusieurs cantons de cette espèce, c’est la récolte principale. IL présente aussi des avantages qui peuvent le faire admettre dans des sols de meilleure qualité; son grain a autant de valeur que l’orge pour la nour- riture et l’engraissement des cochons; il vaut mieux que l’avoine pour les chevaux. Cette plante, fau- JUIN 145 chée en fleurs, forme un bon fourrage, que les vaches et les chevaux mangent avec plaisir lors- qu’ils y sont habitués. Sous ce rapport, elle est fort précieuse, parce que la promptitude de sa croissance la rend propre à remplacer d’autres plantes à four- rage qui n'auraient pas réussi. C’est une des meil leures récoltes qu’on connaisse pour former un en- grais végétal, en l’enterrant à la charrue lorsqu’elle est en fleur. la Le sarrasin craint excessivement le froid, L moindre gelée le détruit; il ne doit donc pas être semé avant le 15 mai; le plus souvent c’est en juin qu’on le sème, et quelquefois même dans le com- mencement de juillet. On peut le semer encore plus tard, lorsqu'on veut le faucher pour fourrage. En général, deux mois et demi ou trois mois, à dater de la semaille, lui suffisent pour mürir ses graines; »n peut donc facilement le semer en seconde ré- colte, après du seigle, du colza, des vesces, etc., et même après du blé, lorsqu'on veut le faucher en vert ou l’enfouir pour engrais: c’est là sa place la plus convenable dans les bons sols. Cependant, on ne doit jamais oublier que le sarrasin exige un terrain parfaitement ameubli. Si quatre ou cinq la- bours sont nécessaires pour atteindre ce but, on ne doit pas les épargner. Peu de récoltes craignent autant que le sarrasin une semaille trop épaisse; on ne doit pas mettre 13 146 JUIN. plus d’un hectolitre de semence par hectare. Elle demande d’être enterrée très-peu profondément. Il y a une espèce qui craint moins le froid, mais dont le grain est de qualité inférieure; c’est le sar- rasin de T'arfarte. PRAIRIES ARTIFICIELLES DANS LE SARRASIN. Le trèfle, la luzerne, le sainfoin, et probable- ment aussi les autres espèces de prairies artificielles, réussissent parfaitement bien dans le sarrasin, peut-être même mieux que dans toute autre espèce de récolte. Ce motif seul devrait suffire pour enga- ger à cultiver cette plante, même dans les bons sols. Lorsqu'on tient beaucoup à la réussite d’une se- maille de trèfle ou de luzerne, on ne peut mieux faire que de la semer avec du sarrasin. semer Les caRDèREs.( Dipsacus fullonum.) Les cardères, chardons à foulons, chardons à bonnetïers, qu’on destine à être transplantés en sep- temibre, doivent se semer en juin, dans un carré de jardin où autre terre bien riche et bien préparée. Ce mode de culture est infiniment préférable au semis en place. Pour des plantes qui exigent un sol riche, comme la cardère, le colza, c’est une véri- table dilapidation, que d’occuper pendant deux an- nées éntières, pour une seule récolte, un sol sem- JUIN. T4 blable, dont on peut tirer facilement une riche récolte par année, et même souvent deux. Les frais de la transplantation ne sont rien auprès de cette perte, et même ces frais sont amplement compensés par la plus grande facilité de tenir le plant propre dans une pépinière, au lieu de sarcler, la première année, une grande étendue de terrain. Lorsque le plamt est leyé dans la pépinière, on le sarcle proprement, et on espace les plantes à trois pouces environ, afin d'obtenir de gros replants; on tient la pépinière parfaitement propre, jusqu’au moment où les plantes couvrent le terrain de leurs feuikes. ÉBOURGEONNER LES CARDÈRES. Lorsque les cardères plantées en automne mon- trent cinq ou six têtes, il est bon de supprimer celle de la tige principale, qui prend ordinairement plus de grosseur que les autres: le reste en sera plus beau et d’une qualité plus égale. Plus tard, lorsque le nombre de têtes qu’on. veut conserver sur chaque pied se sera développé, on supprimera toutes celles qui se montrent encore. Le nombre qu’on. doit en conserver dépend du but qu’on se propose, de l’état de la terre et de la distance des pieds. Pour Pusage des bonnetiers, on doit cher- cher à avoir de grosses têtes, qu’ils paient ordinai- rement un bon prix; mais pour l'apprêt des draps, 19. 148 JUIN. les têtes moyennes ont à-peu-près autant de valeïr que les grosses. Moins on en laissera sur chaque pied, plus elles deviendront grosses. Dans un soË argileux, mais meuble et extrémement riche, j'ai obtenu, par mille pieds, plus de dix mille têtes, toutes fort belles, et dont plus de moitié étaient propres à l’usage des bonnetiers; Les plants étaient espacés de dix-huit pouces en tous sens. Dans un terrain moins riche, ou si Les pieds étaient plus rap- prochés, on ne devrait laisser que quatre ou,six têtes sur chaque pied. Quinze jours ou treis semaines après ce premier ébourgeonnage, ilest ordinairement nécessaire d’y repasser encore, pour couper les têtes qui ont re- pousse. L COUPER LES SOMMITÉS DES FÉVEROLES. Dans les jardins, on coupe ordinairement les sommités des fèves de marais lorsque ces plantes sont en fleur; cette opération est aussi utile aux féveroles; non-seulement elle noue plus le fruit, et les siliques se nourrissent mieux et mürissent plus tôt, circonstance fort importante lorsqu'on doit semer du froment immédiatement après la récolte, mais c’est un excellent préservatif contre les rava- ses du puceron, qui est le plus dangereux ennemi de cette récolte. Cette opération n’est guère prati- able sur les féveroles semées à la volée, à moins JUIN. 140 qu’on n’en ait qu’une petite quantité; mais lors- qu’elles sont semées en lignes, on peut l’exécuter assez promptement,. Un homme, en passant entre deux lignes, peut pincer de ses deux mains les som- mités à droite et à gauche; mais il ira beaucoup plus vite en se servant adroitement d’une faucille ou d’une serpe légère, avec laquelle il abat les som- mités. Le moment le plus favorable à cette opéra- tion, est celui où les premières siliques sont déjà nouées; car si on la fait plus tôt, il poussera de nou- veaux jets; cependant on ne doit pas la retarder, aussitôt qu’on s'aperçoit de l’apparition du puceron. Après s'être montrés seulement sur les pousses ten- dres des sommités, la multiplication de ces insectes est extrêmement rapide, et en peu de jours toutes les plantes en sont infestées. Les insectes qu’on fait tomber avec les sommités qu’on abat, périssent, et ordinairement la récolte est garantie; on doit donc, à cette époque, visiter exactement, tousles jours, les champs de féveroles, car il n’est pas rare que les ravages de ces insectes diminuent la récolte des trois quarts. MONTE DES BREBIS. Les brebis portent ordinairement cent cinquante- trois jours, et rarement plus de deux ou trois jours de plus ou de moins. Ainsi, si on veut avoir les agneaux en décembre, on doit commencer la monte 150 JUIN. dès la fin de juin ou au commencement de juii- let. Dans les bergeries où la provision d'hiver est peu considérable, on retarde la monte, afin que les agneaux ne viennent qu’en janvier ou février; mais toutes Les fois qu’on a une provision suffisante de nourriture d'hiver, et principalement de racines, il peut être avantageux de devancer cette époque. Les brebis reviennent en chaleur tous les dix- sept jours à-peu-près; mais il paraît qu’elles ne viennent en chaleur que lorsque les béliers sont dans le troupeau: ainsi, si on tient les béliers séparés jusqu’au moment de la monte, comme on devrait toujours le faire, le plus grand nombre des brebis da troupeau ne sont en chaleur que quinze à vingt jours après qu’on a introduit les béliers, Onne doit, en conséquence, mettre d’abord avec les brebis qu’un petit nombre de béliers: sans cela, le nombre des brebis en chaleur étant très-petit dans les pre- miers jours, il en résulterait des combats fréquens entre les béliers. On augmente le nombre de ceux-ci à mesure qu’on s'aperçoit qu’il y a plus de brebis en chaleur, ce qui n’arrive guère avant le quin- zième jour, à dater du commencement de la monte. Cette pratique à l'avantage de présenter aux brebis des béliers frais et dans toute leur vigueur, pendant les cinq ou six jours que dure le fort de la monte. Ensuite, on diminue encore Le nombre des béliers, jusqu’à la fin de la monte, qui doit durer au moins JUILLET. 19£ soixante jours, afin que Les brebis qui n’auraient pas retenu, ou qui n’auraient pas été saillies à leur première ou même à leur seconde chaleur, puissent être saillies une troisième fois. Cent brébis exigent au moins trois béliers, sion ne veut pas fatiguer ceux-ci. On peut les employer, mais avec modération, dès l’âge de dix-huit mois; et il est rare que, passé l’âge de six ou septans;, ils conservent assez de vigueur pour faire le service du troupeau; car il est fort important de n’employer que des béliers assez vigoureux pour ne pas laisser passer l'instant de la chaleur des brebis, qui ne dure que douze ou dix-huit heures, et beaucoup moins dans les seconde et troisième chaleurs. M. Morel de Vindé est Le premier qui ait fait des observations très-exactes sur cet objet, et c'est à lui que j’ai emprumté ce que j'en dis ici. LAN AAD BAR AAA RAR na JUILLET. RÉCOLTE DU COLZA ET DE LA NAVETTE. C’Est ordinairement dans le commencement de juillet, et quelquefois même dès la fin de juin, que la navette et le colza d’hiver arrivent à maturité, la navette presque toujours huit ou dix jours avant le colza. Comme ces plantes s’égrènent avec beau- 152 JUILLET! coup de facilité, ilest nécessaire deles couper avant leur complète maturité. Le moment le plus conve- nable est celui où un tiers environ des siliques com- mencent à jaunir et à devenir transparentes, et où les graines qu’ellescontiennent sont d’un brun foncé, quoique encore tendres. Quoique les grains de toutes les autres siliques soient encore verts, le plus grand nombre arrivent à une parfaite maturité pendant le javelage. Si la maturité est un peu trop avancée au moment où on les faucille, on ne doit couper que le soir ou le matin, à la rosée, ou pendant la nuit, s’il fait clair de lune. Les plantes coupées se met- tent en grosses javelles, et doivent rester ainsi au moins pendant huit ou dix jours, pour que la ma- turité s’achève complétement; il n’y à aucun in- convénient à les laisser pendant quinze jours, etil est bon qu’elles reçoivent quelques pluies, le grain en est mieux nourri. Dans cette position, la récolte n’a à craindre qu’une grêle, qui peut la faire perdre entièrement. Lorsqu'on ne cultive qu’une petite quantité de ces plantes, on les rentre ordinairement pour les battré à la grange; 1l est nécessaire de les transpor- ter au chariot dans des draps, et que le chariot lui- même soit garni de toilé; sans quoi, on perdrait beaucoup de graine. Mais par-tout où on cultive de grandes quantités de colza ou de navette, le battage se fait dans le JUILLET". 153 champ même, sur de grandes bâches en forte toile de chanvre, et par Les pieds des chevaux Après avoir égalisé la place eten avoir Ôté toutes les pierres, on y étend une bâche de quarante ou cinquante pieds en carré, sur laquelle on apporte le colza dans des draps: pour que ce service se fasse lestement, il est bon de se servir de traîneaux ayant à chacun de leurs quatre angles un montant de bois de trois ou quatre pieds de hauteur; les traîneaux sont garnis de draps, et on y dépose les javelles le plus douce- ment qu’on le peut; lorsqu'ils sont pleins, un che- val amène le traîneau près de la bâche, sur laquelle on renverse toute la charge. Lorsqu'elle est cou- verte de colza réparti bien également à deux pieds d'épaisseur environ, et déjà foulé aux pieds des ou- vriers qui l’arrangent, on fait entrer sur la bâche trois chevaux déferrés, ou trois poulins de deux ans, qu’on fait trotter circulairement autour d’un homme qui occupe le centre, et qui les tient par une longe. Lorsqu'ils ont fait quelques tours, on retourne le colza avec des fourches, et on y ramène encore les chevaux. Le battage se fait de cette ma- nière très-promptement. Si on avait une récolte très-considérable, il serait bon d'établir deux bé- ches, afin que l’une se chargeät pendant qu’on bat et décharge l’autre. Lorsque le colza est suffisamment battu, on le secoue avec des fourches, et on achève d'enlever la 154 JUILLET, paille avec des râteaux; on amasse les graines mé- lées aux siliques qui se trouvent sur la bâche, et on peut les transporter ainsi à la maison. Si on veut éviter l’encombrement sur les greniers, on peut nettoyer grossièrement le grain sur place, au moyen de cribles qui le laissent passer, et retiennent la menue paille formée des siliques brisées. Lorsque la graine est transportée sur les greniers, on doit l’étendre en couches minces, et la remuer fréquemment pendant les premiers temps, car elle est sujette à s’échauffer, et alors elle perd beaucoup de sa valeur. Il est bon de ne la nettoyer complé- tement, que lorsqu’elle est parfaitement sèche, ou même lorsqu’on veut la vendre, parce qu’elle se conserve mieux, lorsqu'elle est mêlée d’un peu de menue paille. J’ai eu des récoltes qui ont produit jusqu’à qua- rante hectolitres par hectare; mais on doit considé- rer vingt à vingt-cinq hectolitres comme formant déjà une belle récolte, qu’on obtiendra cependant très-souvent dans un bon sol, et avec une bonne culture. SEMER LE COLZA.( Brassica oleracea cam- pestris.) Un sol riche, meuble, frais, bien amendé, et préparé par plusieurs cultures, est absolument né- cessaire au colza; il ne craint pas une terre un peu JUILLET. 155 argileuse, c’est même celle qui lui convient le mieux; mais c’est à condition qu’elle soit parfai- tement ameublie. Il est indispensable, de plus, que le sol où on le met, puisse, par sa position, être parfaitement égoutté pendant l'hiver; les gelées lui sont ordinairement fatales, lorsqu'il se trouve dans un sol qui retient l’eau. Le colza peut se semer de trois manières: 1°. en place à la volée; 2°. en place en rayons; 3°. en pé- pinières pour être repiqué; on peut même encore semer Les pépinières, soit en rayons, soit à la vo- lée. Le semis en place à la volée, quoiqu'il soit fréquemment en usage, présente deux graves in- convéniens: le premier est que les binages ne peu- vent s’y donner qu’à la houe à main, procédé long et dispendieux, et cependant le colza est une des plantes qui exigent le plus impérieusement des bi- nages, si l’on veut qu’il produise des récoltes abon- dantes; l’autre inconvénient est qu’il ne peut guère se semer ainsi que sur une jachère, en sorte qu’il occupe pendant deux ans un sol riche, dont un cultivateur industrieux doit toujours tirer au moins une récolte par année. On peut bien cependant, à la rigueur, prendre une récolte de vesces fauchées pour fourrage, avant de semer le colza; mais cela devient souvent embarrassant, parce qu’on a peu de temps pour donner les labours et conduire les engrais. 156 JUILLET. Le semis en lignes et en place est préférable, par la facilité qu’il donne de biner à la houe à che- val; mais il ne peut, comme le premier, être exé- cuté que sur une jachère, dans la plupart des cir- constances. Le semis en pépinières pour la transplantation, est le seul pratiqué en Ælandre, où on cultive de très-grandes quantités de colza: c’est aujourd’hui la seule méthode que je pratique, et depuis quel- ques années elle a pris beaucoup d’extension parmi les cultivateurs les plus soigneux du département de la Meurthe. Je n'hésite pas à la regarder comme la méthode la plus parfaite pour la culture de cette plante. Comme la transplantation n’a lieu qu’en septembre ou octobre, on a tout le temps néces- saire pour préparer et amender la terre, après une récolte enlevée au mois de juillet ou d’août. On doit calculer qu’un hectare de pépinière peut fournir du plant pour trois ou quatre hectares, si elle a été semée à la volée, ou en lignes à neuf pou- ces de distance: dans ce dernier cas, on enlève une ligne entière entre deux au moment de la trans- plantation, et on éclaircit les lignes qui restent. Il vaut peut-être mieux, comme cela se fait ordinai- rement en Flandre, arracher la totalité du plant, labourer le terrain et le repiquer de nouveau, ou l’employer à une autre destination. On a de plus beau plant, en semant les pépinières en lignes à JUILLET. 157 dix-huit pouces de distance; mais alors on ne doit pas compter qu’un hectare fournira plus de plant qu’il n’est nécessaire pour en planter trois: dans tous les cas, le terrain qu’on emploie ainsi pour pépinière, est bien plus fortement épuisé par la pro- duction du replant, que celui dans lequel le colza porte sa graine. Il est presque toujours nécessaire de le fumer fortement, aussitôt qu’on a arraché le plant. Les semis en pépinière doivent se faire vers le 15 juillet, plutôt avant qu'après, parce qu’il est fort important d’avoir de gros replant. Par la même raison, on doit laisser le plant très-clair dans la pépinière Lorsqu'on le sarclera, opération qui est presque toujours nécessaire. Lorsqu'on sème en place, l’époque ordinaire est du 15 juillet au 15 août. Le semis en place à la volée exige environ quinze livres de graine par hectare; en lignes à dix-huit pouces de distance, huit ou dix livres; si on veut enlever du plant dans les lignes, on en met douze à quinze livres. Pour semer une pépinière, soit à la volée, soit en lignes à neuf pouces, on met dix- huit à vingt livres de graine. Le colza peut aussi se cultiver très-avantageuse- ment comme fourrage, pour le faire pâturer au mois de mars ou avril. La puce de terre(altise) esi un énnemi redou- 158 JUILLET. table pour le colza au moment où il lève, ainsi que pour les navets, rutabagas, choux, etc.: de tous les moyens qui ont été indiqués jusqu'ici pour ar- rèter les ravages de cet insecte» je n’en connais au- cun auquel on puisse avoir confiance; la seule ma- nière de s’en garantir, est de semer une plus grande étendue de pépinières qu’on n’en a rigoureusement besoin; de semer toujours sur la terre fraîchement cultivée; et, s’il est possible, lorsque le temps est à la pluie; d’enterrer les graines un peu profondé- ment( deux pouces ne sont pas trop pour Le colza); et enfin de ne faire ces semis que dans des sols très- riches ou fortement amendés, de manière que les jeunes plantes: prennent un accroissement très- prompt; car les ravages de la puce de terre ne sont ordinairement dangereux, que jusqu’au mo- ment où les plantes prenneni leur troisième feuille, c’est-à-dire la feuille qui pousse entre les deux co- tylédons, que les cultivateurs appellent ordinaire- ment orer/les. J’ai cependant vu quelquefois ces in- sectes si nombreux, qu’ils dévoraieñt les plantes pourvues de trois ou quatre feuilles; mais cela est extrèmement rare. En général| pour toutes les plantes de cette famille, le cultivateur doit em- ployer tous les moyens qui sont en sOn pouvoir, pour leur procurer une végétation très-active dans leur jeunesse. JUILLET. 159 RÉCOLTER LE SEIGLE. C’est ordinairement dans ce mois que le seigle arrive à maturité. Cette récolte ne présentant rien de particulier, je renvoie ce que j’ai à dire sur les récoltes des céréales à l’article moisson, qui se trouvera dans le mois d’août. HERSER LES NAVETS. Lorsque les navets semés en juin ont cinq à six feuilles, un hersage leur est fort utile. Si on doit les biner ensuite, ce qui est toujours très-avanta- geux, on ne doit pas négliger ce hersage, qui pré- pare très-bien la terre pour Le travail de la houe; et si le défaut de bras empêche de donner ces bi- nages, le hersage y supplée; quoique très-impar- faitement. Les personnes qui ne sont pas habituées à cette opération, craignent ordinairement de-faire du tort aux nayets en hersant trop fortement; mais si on en détruit un petit nombre, cela est infini- ment plus que compensé par l’activité que donne cette opération à la végétation de la récolte. Dans la Flandre, où on en sème beaucoup, les cultiva- teurs disent ordinairement que celui qui herse les navets re doit pas regarder derrière lui. Tout ce que je viens de dire se rapporte aux na- véts semés à la volée: quant à ceux qui ont été se- JUILLET més en lignes, on les bine à la houe à cheval, etsi 160 la surface de la terre est très-dure, la petite herse triangulaire, qui passe entre les lignes, fait un très- bon effet avant ce binage. HERSER LES CAROTTES. Les carottes qui ont été semées dans le seigle, dans le colza ou dans toute autre récolte, doivent aussi recevoir un fort hersage, aussitôt que la pre- mière récolte est enlevée; l’action de la herse leur fait encore bien moins de mal qu’aux navets: aussi on peut la passer plusieurs fois‘en long et en tra- vers, de manière à enlever tous les éteules, et une grande partie des mauvaises herbes. Une huitaine de jours après, lorsque les carottes sont bien re- levées, on donne un binage soigné à la houe à main, en les laissant espacées à huit ou neuf pouces. SEMER LES NAVETS EN SECONDE RÉCOLTE. Aprèsle seigle, le colza, la navette, les vesces et toute autre récolte qui s’enlève dans le courant de juillet, ou même souvent dans le commencement d'août, on peut semer des navets, si la terre est bien meuble. On doit cependant faire attention que les navets, pris ainsi en seconde récolte, épui- sent beaucoup le sol: ainsi on ne doit tenter cette culture que dans une terre suffisamment riche, et JUILLET. 161 dans tous les cas on doit s'attendre à une diminu- tion sur le produit de la récolte de l’année sui- vante, à moins qu’on ne fume de nouveau. Lorsqu’on veut cultiver des navets en seconde récolte, il est extrêmement important de labourer la terre immédiatement après que la première ré- colte est enlevée, afin de profiter de la fratcheur que la terre conserve toujours lorsqu'elle est cou- verte, et qui se perd promptement après l’enlève- ment de la récolte. Lorsque cela est possible, on doit même enlever la récolte à mesure qu’elle est faucillée, pour la faire sécher sur un champ voisin, et labourer immédiatement. Les navets n’exigent pas un labour profond, et dans les sols légers, l’extirpateur peut très-bien rem- placer la charrue. Pour toutes les autres observations, on peut consulter ce que j'ai dit sur la semaille des navets dans le mois de juin. Le hersage et les binages se- ront presque aussi nécessaires aux navets cultivés ainsi en seconde récolte, qu’à ceux qui sont semés en place de jachère. Au reste, quoiqu'il puisse être avantageux, dans beaucoup de circonstances, de prendre, dans la même année, une récolte de navets, de sarrasin, de millet, de carottes, etc., après une récolte qui a laisséle terrain libre de bonne heure dans la sai- son, il faut toujours prendre en considération, pour 14 162 JUILLET. cela, l’état dans lequel se trouve la terre, Si elle nest pas très-riche, et qu’on ne puisse pas lui con- sacrer une surabondance d’engrais, la seconde ré- colte doit toujours être destinée à être enterrée en vert; et si le sol n’est pas bien net de mauvaises herbes, il vaut bien mieux, dans tous les cas, con- sacrer le temps où le terrain est libre, à lui donner des cultures répétées, qu’à produire une seconde ré- colte. En général, la méthode des secondes récoltes, qu’on a appelées aussi récoltes dérobées, ne convient qu’à une agriculture très-active et très-vigoureuse, Sur un terrain mis de longue main en bon état. Si on les applique mal, elles occasionnent bien plus de pertesur les récoltes qui suivent, qu’elles ne pro- duiïsent de bénéfice. RÉCOLTER LA GAUDE. Le moment le plus favorable pour récolter Ja gaude, est celui où les graïnes sont noires dans Îles capsules, à un tiers ou un quart de la hauteur des tiges, en partant du bas,‘et où on cesse de voir des fleurs à la sommité des tiges. À cette époque, les feuilles et les tiges sont encore vertes; mais par l'exposition à l’air pendant la dessication, elles de- viennent d’un beau jaune. Les teinturiers et fabri- cans rebutent ordinairement la paude qui est réstée verte: c’ést un pur préjugé, Car je me suis assuré, par des expériences nombreuses et exactes, que la JUILLET. 165 gaude qui a conservé sa couleur verte en séchant, est tout axissi riche en teinture, et donne d’aussi belles nuances que celle qui est devenue jaune; mais enfin les cultivateurs doivent se conformer à. ce goût, quoique la couleur verte soit l’indication la plus certaine d’une dessication parfaite, c’est- à-dire prompte et opérée par un beau temps. Lors- qu'on ne icraïnt pas de pluie, le plus simple est de déposer la gaude, à mesure qu’on l’arrache, en ja- velles peu épaîsses, qui couvrent tout le sol. Le so- leil, joint à l’action des rosées, a bientôt jauni le dessus des javelles: alors on les retourne, pour laisser sécher et jaunir épalement Îe dessous. Par un beau témps, la dessication complète s’opère or- dinaïrement ainsi en cinq Ou six jours. Lorsque le temps nest pas au beau fixe, on ne doit pas laisser la paude étendue sur terre, Car une seule pluie suffiraït pour la faire brunir etui faire perdre presque toute sa valeur."Si on n’en aq petite quantité, on peut la dresser contre des murs, des haïes ou d’autres appuis, en l’y laissant jus- qu’à ce qu’elle soit suffisamment sèche et jaune Pour des cultures plus étendues! le moyen qui m’a le mieux réussi estle suivant:on prend des baguettes flexibles, uh peu moins grosses que le petit doigt, et lonpues de trois où quatre pieds, on en forme deé couronnes de‘hwit pouces environ de diamètre, en entrélacant la baguette sur eÎle-même; on fait 164 JUILLET. entrer dans chacune de ces couronnes une poignée de gaude, qu’on dresse sur le sol, en écartant les pieds et en plaçant la couronne aux trois quarts à- peu-près de la hauteur des plantes. La poignée ne doit pas être assez forte pour être serrée dans la couronne, autrement la dessication se ferait mal à cet endroit. La dessication est un peu plus lente par cette méthode, qu’en étendant les plantes à terre; mais aussi elles risquent très-peu de chose du mauvais temps; les pluies modérées accélèrent même beaucoup le jaunissement de la gaude, et elle ne s’endommage pas, si ce n’est par des pluies longues et opiniâtres; lorsque le temps est ainsi disposé, de quelque manière qu’on s’y prenne, il est presque impossible de sauver cette récolte. Lorque la gaude est parfaitement sèche, on la lie en bottes de dix livres: on fait cette opération sur des draps, pour recueillir la graine qui tombe, et qui fournit une bonne huile à brûler. RÉCOLTER LE PASTEL, C’est ordinairement en juillet, qu’on fait la pre- mière récolte du pastel destiné aux usages de la teinture. On connaît qu’il est temps de le prendre, lorsque les premières feuilles commencent à prendre une nuance jaune. On les coupe avec des faucilles par un beau temps, et on les laisse exposées au so- leil pendant une demi-journée ou une jéurnée, en JUILLET. 165 les retournant, si la récolte est très-épaisse, afin qu’elles soient toutes bien flétries. Sans cette pré- caution, elles donneraient trop de jus au moulin, ce qui les rendrait très-difficiles à écraser. Lors- qu’elles sont au point convenable, on les transporte au moulin, qui est ordinairement formé d’une meule verticale, tournant sur une meule horizon- tale, de même que ceux où on écrase les graines à huile. On fait mouvoir la meule sur les feuilles de pastel, en les retournant continuellement, jusqu’à ce qu’elles soient réduites en pâte. On place cette pâte sous un hangar exposé à l’air, en en formant un monceau élevé, dont on unit la surface en la battant avec des pelles, et on l’abandonne ainsi à la fermentation, pendant une douzaine de jours, plus ou moins, selon la température de l’atmosphère. Il est difficile de donner une indication certaine sur l’époque où la fermentation est assez avancée; quand on a fait cette opération une seule fois, on reconnait facilement cette époque, à un changement total dans l’odeur qui s’exhale du monceau. Si on a attendu: trop long-temps, il se forme bientôt des vers d’une espèce particulière dans la croûte du tas. On mêle ensemble toutes les parties du tas, et on en forme des pelotes de la grosseur du poinpg, soit en les pressant entre les mains; soit au moyen d’un moule fait exprès. On place ces pelotes sur des claies, dans un lieu où l’air circule librement, mais ;, 166 JUILLET. à l’abri du soleil et de la pluie. Lorsqu’elles sont parfaitement sèches, elles forment ce qu’on appelle le pastel en coques. Dans les pays où on ne cultive pas habituellement le pastel, les cultivateurs pour- ront éprouver beaucoup de difficultés pour se dé- faire de cette marchandise. J'en avais récolté et préparé, en 1818, une quantité assez considérable; mais aucun teinturier ne voulut en faire usage. Un an après, un mégociant se chargea de le vendre comme pastel étranger; tous les teinturiers«en fu- rent aussi contens que du pastel d'Albi, et si j’en avais eu vingt fois davantage, je m’en serais défait facilement. Malgré cela, je m’ai pas repris la culture de cette plante> parce que la préparation en est fort embar- rassante, à une époque où tous les travaux pressent dans une exploitation rurale. On parle souvent de trois ou quatre coupes, ou même davantage dans une année; quant à moi, dans les deux années que j'ai cultivé cette plante, je n’ai pas femarqué qu'il fût possible d’en faire plus dé deux coupes, encore la dernière est-elle peu considérable, Cependant‘elle était placée dans un sol extrêmement xiche. Je crois que:c’est seulement dans les provinces méridionales; qu’on peut espé- rer d’en obtenir davantage. JUILLET. 167 BINER LES RÉCOLTES SARCLÉES. Dans tout le courant de ce mois, on doit avoir l’œil sur toutes les espèces de récoltes sarclées, afin de n’y laïsser croître aucune mauvaise herbe, et de ne pas laïsser la terre se durcir par les séche- resses. La houe à cheval, dans les récoltes plantées ou semées en lignes; ou la houe à main, pour celles qui sont semées à la volée, doit être employée à temps et avec diligence, pour prévenir ces deux inconvéniens. SEMER DU SARRASIN APRÈS LES VESCES. Les vesces qui ont été semées les premières, et qui ont été fauchées pour fourrage, laissent main- tenant le terrain libre, et il reste encore un espace de temps suffisant pour y faire une récolte de sar- rasin; si le terrain est destiné à recevoir à l’automne du blé ou du colza, le sarrasin devra être fauché en vert pour la nourriture des bestiaux, ou, mieux en- core, si le sol n’est pas très-riche, enterré par un seul labour, pour recevoir la semaille ou la plan- tation. Cette méthode d’amender les terres par des récoltes enterrées en vert, présente une ressource très-précieuse pour des terrains éloignés de la ferme; ou situés de manière qu’il serait difficile d’y conduire de l’engrais. AOÛT. AAA AAA AAA RAA AU NU RAR UMR RAR AOÛT. LA MOISSON DES BLÉS, DES ORGES ET DES AVOINES. Les conventions que font les cultivateurs avec Les manouvriers, pour l’exécution des divers travaux de la moisson, varient beaucoup d’un pays à l’autre; je ne dirai rien ici des avantages ou des inconvé- niens qu’elles peuvent présenter; parce que je crois que c’est un article sur lequel chacun est à-peu- près forcé de suivre les usages du pays; on risque- rait trop souvent, en voulant s’en écarter, de se trouver sans ouvriers. Il n’y a d'exception à cette règle, que dans les localités où les manouvriers dé- pendent tellement d'un cultivateur, qu’il peut les forcer à consentir à des conditions qui seront peut- être plus avantageuses pour eux; mais qu'ils rejet- teront infailliblement, par le seul motif qu'ils n’y sont pas habitués, s'ils peuvent trouver de lou- vrage ailleurs. L'usage le plus ordinaire est de couper les cé- réales à la faucille; dans quelques cantons, on coupe, à la faux, les orges et Les avoines, et même on étend quelquefois cette méthode au blé. Ordi- nairement les grains coupés à la faux laissent l’é- AOÛT 169 teule moins longue qu’à la faucille: c’est un ayan- tage assez important, à cause de l’augmentation de paille qui en résulte. Un ouvrier peut faire une bien plus grande étendue de terrain dans sa jour- née, avec la faux qu’avec la faucille; mais aussi des hommes forts et exercés peuvent, seuls, faire ce travail, tandis que les vieillards, les femmes et les jeunes gens, peuvent manier la faucille: aussi le prix qu’on paie ordinairement pour une étendue donnée de terrain, dans l’une ou l’autre de ces deux méthodes, ne présente-t-il pas une très- grande différence. Il est certain qu’un faucheur habile, avec un instrument bien disposé, peut abattre les céréales sans les égrener plus qu'avec la faucille; maïs il faut pour cela que la récolte’ soit à pleine faux, un peu élevée, et nullement versée; dans les autres cas, l’emploi de la faucille est néces- saire. Au total; je ne trouve pas, à l’une ou à l’au- tre de ces deux méthodes, des avantages assez im- portans pour qu’on doive s’écarter de Pusage du pays qu’on habite. L'emploi de la faucille présente le grand avantage de donner de l’occupation à un grand nombre individus; il est certain qu’elle S’applique mieux aussi à toutes les circonstances,€ qu’il faut une grande habileté de la part des fau- cheurs, pour que les épis soient disposés aussi ré- sgulièrement dans la gerbe, qu’ils le sont après le faucillage, ce qui n’est pas sans inconvénient pour 15 170 AOÛT, le battage, sur-tout lorsqu'on emploie la machine à battre. Il est d’usage, dans plusieurs cantons, et dans diverses parties de. l’Europe, de moissonner les grains, et spécialement le froment, quelques jours avant sa parfaite maturité, et lorsque le grain cède encore sous le doigt en le pressant fortement. Cette méthode a été vantée, depuis quelques an- nées, avec enthousiasme. Quoique le grain reste ordinairement alors plus petit, il est possible que, dans certaines circonstances, il y ait à gagner sur la quantité, parce qu'on prévient la perte qui aurait été occasionnée par l’égrenage; cependant, comme on est forcé, dans ce cas, de laisser le froment en javelles pendant plusieurs jours, il court plus de risque du mauvais temps, que s’il-était resté de- bout. En général, on manque encore d'expériences comparatives faites avec soin et smpartialité, pour décider ce point, et dans tous les cas, je pense qu’on doit laisser arriver à une maturité complète les grains que l’on destine à servir de semence. Je ne vois qu’un motif qui doive déterminer à couper, avant leur parfaite maturité, les plantes dont on veut récolter les graines, c’est la crainte qu’elles ne s’égrènent pendant qu’elles sont encore debout, ou au moment où on les coupe. C’est par ce motif qu'il est ordinairement avantageux de couper lavoine un peu sur le vert, sur-tout cer- AOÛT. 171 taines variétés, avec lesquelles on courrait risque de perdre beaucoup de grains par l’effet des grands vents, si onles laissait müûrir parfaitement sur pied. Avec le blé, le seigle ou l’orge, on court moins de dangers de ce genre. L’avoine qui a été ainsi coupée avant sa complète maturité, doit rester pendant une huitaine de jours au moins sur le sol, pour que le grain arrive à sa perfection. IL est bon même qu’elle reçoive, dans cet intervalle, une ou deux ondées; une trop longue exposition à l’air et à la pluie peut seule nuire au grain, et sur-tout à la paille; comme on le voit dans les récoltes de pres- que tous les cultivateurs, qui poussent à l'extrême la pratique du javelage de l’avoine. On pourrait croire que le gonflement que produit sur le grain la pluie qu’il reçoit en cet état, ne doit être que momentané, et qu’en se dességhant, il reviendra au même état où il était auparavant; mais on se tromperait beaucoup; ce n’est pas de l’eau seule qui est entrée dans le grain; les tiges ramol- lies par la pluie ou les rosées; en transmettant cette eau au grain, par l’effét d’un reste de vie qui anime encore la plante, leur transmettent en même temps des principes nutritifs, qui augmentent le poids, ainsi que Le volume du grain. Lorsqu’une récolte est versée, on doit aussi ne pas tarder à la faire couper au premier beau temps, sans quoi les grains courraient risque de germer. 15 172 AOÛT. La moisson est un des travaux rustiques qui exi- gent Le plus d'activité et de célérité, sur-tout dans les années où le temps est pluvieux ou incertain. Le cultivateur qui met de la négligence ou trop peu d’activité à cette partie si importante de ses opé- rations, doit s'attendre à éprouver des pertes con- sidérables. Chaque jour de beau temps doit être employé comme si On comptait avec certitude sur la pluie pour le lendemain, et même pour le soir. Celui qui a toujours ce principe devant les yeux, aura bien rarement quelque perte notable à dé- plorer; car il n’arrive presque jamais, même dans les saisons les moins favorables, qu’il ne se ren- contre, dans le courant de la moisson, quelques journées, ou du moins quelques demi-journées de beau temps, qui, employées avec activité et intel- ligence, permettent de rentrer les récoltes sans ac- cident; mais pour cela, il est nécessaire que le cul- tivateur ait sous la main un grand nombre de bras En commençant sa moisson, il doit toujours cal- culer qu'il peut arriver telle circonstance où il faudra, dans une demi-journée, faire la besogne ordinaire d’une ou deux journées. L’intelligence avec laquelle on distribue les ouvriers aux divers travaux, influe aussi, autant que leur nombre, sur la célérité de l'exécution; il faut à chaque chantier un nombre de bras suffisant pour expédier l’ou- yrage, de manière à ne pas faire attendre un autre \OUT 75 hantier: ainsi, le nombre des ouvriers qui doivent lièr les serbes, charger les voitures, les décharg doit être proportionné, en sorte que tout marche sans confusion, et sans que personne reste un seul instant sans rien faire. Les attelages et les chariots doivent aussi être en nombre suffisant pour que ja- mais les ouvriers ne Les attendent. Ce que j'ai dit, à l’article de la fenaison, sur les moyens d’expédier le plus d'ouvrage possible, avec un nombre déter- miné de chevaux, s'applique également ici, De toutes les céréales, l’orge est celle qui court le plus de danger, lorsqu'il survient de longues pluies pendant qu’elle est en javelles, parce que c’est celle qui germe le plus facilement dans ce cas. C’est donc vers cette récolte qu’on doit diriger ses principaux soins, dans une saison semblable: aus- sitôt que Le dessus des javelles est ressuyé, on doit les retourner, pour empêcher la germination de sc déclarer dans les grains qui touchent la terre. Une méthode très-recommandée dans les années plu- vieuses, est de lier l’orge aussitôt qu’elle est cou- pée, en petites gerbes, en ne faisant le lien que d’une longueur de paille de seigle, et de dresser ces gerbes en écartant un peu le pied. Le lien doit être placé près des épis, à-peu-près aux deux tiers de la hauteur des tiges. Pour ne pas le serrer trop for- tement, l’ouvrier qui lie la gerbe ne la presse pas de son genou, comme on le fait communément, 174 AOÛT. mais la serre seulement entre ses bras. Des gerbes faites ainsi et dressées sur le sol, peuvent y rester long-temps sans souffrir des plus mauvais temps. Cette méthode s'applique également au blé. Quant à l’avoine, c’est le grain qui a le moins à souffrir de l'humidité de la saison, à moins que la récolte ne soit excessivement tardive, comme je l’ai vu en 1017. Les avoines n'ayant pu être coupées cette année, pour la plus grande partie, qu’en oc- tobre et même en novembre, des pluies centi- nuelles, et ensuite des neiges qui sont survenues, ont entraîné des pertes immenses, Dans un cas sem- blable, la conduite qu’on doit tenir est fort em- barrassante; mais je crois qu’on aurait pu en sauver une grande quantité en la mettanten petites serbes, comme je viens de le dire. Ce n’est au reste qu’une présomption; car j’ai perdu mes avoines, cette an- née-là, comme le plus grand nombre des cultiva- teurs du nord-est de la France. Dans beaucoup de pays, on conserve les grains en gerbes dans des granges; dans d’autres, on en fait des meules exposées à l'air. Cette dernière méthode présente des avantages qui devraient la faire adop- ter par-tout. Lorsqu'une meule est bien faite, le grain est entièrement à l'abri des ravages des sou- ris; qui font tant de dégâts dans les granges; il s’y conserve sain pendant beaucoup plus long-temps, et peut sans inconvénient y rester pendant deux an- AOÛT. 179 nées; il court aussi beaucoup moins de risque de s’altérer, lorsque la récolte a été rentrée sans être parfaitement sèche. L’usage de loger les gerbes dans les granges présente cependant l'avantage de les avoir plus sous la main pour le battage, et évite la main-d'œuvre nécessaire pour transporter les gerbes à la grange pour les battre, ce qui ne peut se faire par les mauvais temps; mais aussi la dépense qu’il entraîne pour la construction des bâtimens est très- considérable. Si on pèse exactement les avantages et les inconvéniens de chacune des deux méthodes, on trouvera que la balance penche beaucoup en faveur des meules. Depuis quelques années, on élève en Angleterre la plate-forme en bois sur la- quelle repose la meule, sur six piliers en fonte: de cette manière, le grain est entièrement à l'abri des souris. Tout cultivateur qui aime à se rendre compte à lui-même des résultats de ses opérations, doit tenir une note exacte du nombre des gerbes qu’il a ré- coltées pour chaque espèce de grain, en faisant en sorte que Les gerbes soient aussi égales entre elles qu'il est possible. Par ce moyen, dès qu’il a com- mencé à faire battre, il peut déjà se faire une idée 1pproximative assez exacte du produit de ses ré- coltes, ce qui peut lui être fort utile pour diriger sa conduite. Il est quelques cantons où on charge l’orge et l’a- 176 AOÛT. voime sans Les lier en gerbes; mais c’est un usage qu’on doit laisser aux négligens. SEMER LA NAVETTE.(Brassica napus sybestris.) ] sa navette est moins exigeante que le colza sur la richesse du sol où on la place; elle s’accommode mieux aussi d’un sol léger, sablonneux ou calcaire. Dans un terrain qui n’est pas très-riche, sa réussite est donc plus assurée que celle du colza; mais, dans un très-bon sol, son produit est toujours moindre. Comme on peut la semer plus tard que le colza; c’est-à-dire pendant tout le courant du mois d’août, et même jusqu’au 15 septembre, on a plus de temps pour préparer la terre qu’on lui destine, que pour le colza, lorsqu'on sème celui-ci en place. La terre qu’on destine à la navette doit être pré- parée par deux ou trois labours, et fumée, si elle n’est pas assez riche. On sème à la volée douze à quinze livres de graine par hectare, et on l’en- terre, soit à la herse, soit par un trait d’extirpa- teur, en prenant deux pouces environ de profon- deur. On peut aussi la semer en rayons à dix-huit pouces dedistance: alors la moitié ou les deux tiers de cette quantité de graine sont suffisans. La se- maille à la volée n’a pas autant d’inconvénient pour cette plante que pour le colza, parce qu’elle peut “ se 1 AOUT 177 mieux se passer de binages, qui lui sont cependant fort utiles. SEMER L'ESCOURGEON OU ORGE D HIVER- On ne sème ordinairement l’escourgeon qu’en septembre; mais j’ai remarqué que les semaïilles les plus hâtives sont celles dont le produit est Le plus assuré et Le plus considérable; je crois qu’on ne de- vrait jamais passer la fin d'août. Cette plante exige un terrain beaucoup plus riche que l’orge de printemps; maïs aussi, dans un sol de cette espèce, elle donne un produit plus con- sidérable. Sox grain est petit et de médiocre qua- lité. C’est sur-tout comme plante Gi fourrage que l’escourgeon, est précieux; car sous le rapport'du grain, quoique la récolte soit beaucoup plus abon- dante que celle du blé, elle lui est inférieure en va- leur dans la plupart des circonstances, et un terrain qui peut produire une belle récolte d’escourgeon, peut aussi sans doute produire une belle récolte de blé, à quelques exceptions près. Cette plante est d’ailleurs beaucoup plus facilement détruite par les gelées d’hiver que le blé. Au printemps, elle offre une ressource très-pré- cieuse pour la nourriture des bestiaux au vert, parce qu’elle est toujours bonne à couper une quin- zaine de jours ayant le trèfle, et qu’elle forme une excellente nourriture pour toute espèce de bétail. 178 AOÛT. Elle est fauchée d’assez bonne heure pour que le terrain puisse être employé à la plantation des pommes de terre ou à d’autres récoltes: de sorte qu’elle n’occupe le terrain, dans beaucoup de cas, que pendant un temps où il n’aurait rien produit. On sème à la volée deux cent vingt-cinq à deux cent cinquante litres par hectare. SEMER LE TRÈFLE INCARNAT OU FAROUCH. (Trifolium incarnatum.) Le trèfle incarnat se cultive depuis très-long- temps dans les provinces méridionales de la France, comme un fourrage précieux. Depuis quelques an- nées, il a été introduit dans quelques-uns des dé- partemens septentrionaux du royaume, et il y réus- sit bien. Il n’est pas plus sensible aux gelées que le trèfle commun, sur-tout lorsqu'il a été semé d’assez bonne heure pour être bien enraciné avant l’hiver. Il a très-bien résisté, à Roville, à l'hiver très-ri- goureux de 1822 à 1823; tandis que les vesces d’hi- ver et l’escourgeon, que j'avais semés à côté, ontété complétement détruits, Le mois d'août est l’époque qui convient le mieux pour la semaille: elle peut aussi se faire en septembre. La propriété la plus précieuse de ce fourrage est de pouvoir être coupé au printemps, une quinzaine de jours avant le trèfle commun, et ordinairement AOÛT. 179 même avant la luzerne. Elle ne donne qu’une coupe, lorsqu'elle est fauchée en fleurs; mais lors- qu’on la coupe avant l’apparition des premiers bou- tons de fleurs, ce qui peut convenir dans le cas où on a besoin de fourrage de très-bonne heure au printemps, On peut encore en obtenir une seconde coupe: elle est peu difficile sur le choix du terrain. On peut semer cette plante seule, sur un léger labour, après une céréale ou récolte d’un autre genre; j'ai essayé de la mettre avec de l’avoine se- mée clair, et qu’on a fauchée deux fois en vert pour fourrage. Malgré cela, le trèfle incarnat a été étouffé, quoiqu'il ait très-bien levé, et qu'il ait bien réussi dans les champs voisins, où il avait été semé seul. Dans les environs de Genève, M. Pictet le sème ordinairement én juillet ou août, avec du millet qu’il coupe à l’automine pour four- rage, et il récolte Le trèfle incarnat au commence- ment du printemps suivant. On obtient ainsi deux bonnes récoltes de fourrage dans un intervalle où la terre n’eût rien produit; car ces plantes peuvent se semer ainsi après une récolte de navette, de colza, de seigle, d’escourgeon, etc., et le terrain est libre, l’année suivante, assez tôt pour le planter en pommes de terre, en haricots, en betteraves re- piquées, ou même pour y semer de l'orge, etc. Le trèfle incarnat consommé en vert forme un bon fourrage. Cependant je le crois inférieur au 180 AOÛT. trèfle commun; mais à l’époque où on le donne aux bestiaux, ils ne sont pas difficiles sur le fourrage vert. On peut aussi le faire sécher; mais de cette manière 1l est décidément inférieur au trèfle com- mun, à la luzerne, aux vesces, etc. On doit semer par hectare cinquante livres de graine nettoyée: on la sèmeaussi quelquefois dans sa capsule; mais il est difficile alors de la semer égale- ment; et de connaître la quantité de semence qu’on répand. Au reste, je me suis assuré qu’il n’y a au- cuninconvénient de semer une beaucoup plus grande quantité de graine que celle que j'indique ici. RÉCOLTER LE LIN. Le moment de récolter le lin est celui où les feuilles jaunissent le long de la tige; on l’arrache alors, on le lie par poignées qu’on réunit, par pa- quets de trois, par un’seul lien placé près des têtes, et on dresse les paquets sur le sol en écartant les poignées par le pied. J’ai trouvé cette méthode beaucoup préférable à celle de laisser le lin en ja- velles sur le sol, parce que, lorsqu'il survient des pluies, une partie des tiges éprouvent déjà une es- pèce de rouissage, qui fait que, lorsqu’on fait rouir le tout, l’opération marche fort inégalement; en sorte qu’une partie est déjà trop avancée, lorsqu’une autre n’est pas encore assez rouie. Au moment où on arrache le lin, les graines sont AOÛT 181 encore vertes et tendres dans-les capsules; lors- qu’elles sont bien sèches, ce qui arrive ordinaire- ment au bout de huit ou dix jours, on les sépare, soiten battant la tète de chaque poignée sur un bil- lot avec un morceau de bois un peu pesant, soit en la faisant passer entre les dents d’un peigne de bois. La première méthode est beaucoup préférable pour les variétés de lin dont les capsules ne s’ouvrent pas facilement, parce que le peigne détache beau- coup de capsules entières, qui donnent ensuite beaucoup de travail pour les séparer des graines et les briser. Après la séparation des graines, le lin est propre à passer au rouissage. RÉCOLTER LE CHANVRE. Dans quelques pays, on arrache qu on coupe à la faucille le chanvre mâle et femelle avant la ma- turité des graines, et aussitôt que les fleurs mâles ont répandu leur poussière fécondante, qu’on sa- crifie ainsi pour obtenir une filasse de meilleure qualité. Dans d’autres, on les recueille aussi en- semble, maïs seulement après la maturité des grai- nes; la filasse est alors de qualité bien inférieure Enfin, dans beaucoup de cantons, on arrache brin à brin le chanvre mâle, aussitôt que la floraison est passée, et on laisse sur pied la femelle jusqu’à Ja maturité des graines. Chacune de ces méthodes AOÛT. présente des avantages et des inconvéniens; on doit se diriger selon le but principal qu’on a en vue, soit pour recueillir la graine, soit pour obtenir une filasse de bonne qualité. Par la dernière des mé- thodes que j'ai indiquées, on ne sacrifie la qualité de la filasse que sur une moitié de la récolte, et on obtient peut-être une plus grande quantité de graine, que si on eût laissé tous les brins sur pied; mais aussi elle exige beaucoup de main-d'œuvre. Elle convient spécialement aux personnes qui ne cultivent qu’une petite quantité de chanvre, et qui exécutent les travaux eux-mêmes. SEMER LA SPERGULE. Daus les sols sablonneux et frais, la spergule est une des plantes les plus précieuses pour fournir une récolte de fourrage après une récolte de grains. Elle peut se semeren août, et procurer, à l'automne, un excellent pâturage pour les bêtes à cornes; et même quelquefois une récolte propre à être fauchée. Aussitôt que la récolte de grains est enlevée, on donne un, léger labour ou une culture à l’extirpa- teur, et on sème la spergule comme je l’ai indiqué au mois de mars. RÉCOLTER LES CARDÈRES. Chaque tête de cardère ne montre pas ses fleurs routes à-la-fois; celles du sommet sont les pre- AOÛT. 185 mières qui se développent; ensuite il s’en montre une couronne immédiatement au-dessous, ét ainsi successivement jusqu’au bas de la tête. Lorsqué:la dernière couronne est tombée, les têtes ne tardent pas à prendre une teinte blanchâtre, c’est là l’ins- tant le plus favorable pour les couper: La récolte se fait ordinairement en deux ou trois fois| à me- sure que les têtes müûrissent. On les coupe en leur laissant une tige d’environ un pied de longueur, qui sert à Les lier en paquets de vingt-cinq ou cin- quante, qu’on suspend à l’ombre dans un lieu très- aéré, pour les faire sécher. Cependant il paraît que dans le midi de la France, on ne leur laisse pasune tige aussi longue; car les têtes en arrivent ordi- nairement emballées dans des tonneaux, et avec des tiges de deux ou trois pouces seulement de lon- gueur. Je ne sais pas si c’est seulement après la dessication qu’on les coupe à cette longueur, pour la facilité de l'emballage. Les têtes les plus estimées des bonnetiers et des fabricans de drap, sont celles dont la forme est cy- lindrique, ou plutôt légèrement conique et bien proportionnée, et dont les crochets sont roïides, fins et rapprochés. Les bonnetiers, en particulier, recherchent les plus grosses têtes. On ne doit jamais employer pour semence, les graines qui tombent des têtes qui ont été recueil- lies pour l'usage, parce que leur maturité n’est pas 184 AOÛT. é assez avancée. Les personnes qui désirent s’assurer de beaux produits, doivent réserver pour graine, les pieds qui portent les têtes les mieux formées et sur-tout dont les crochets sont les plus fins; on les laisse müûrir complétement sur pied. RÉCOLTER LA MOUTARDE NOIRE li n’y a peut-être aucune récolte qui exige aussi impérieusement que celle-ci, l’aitention la plus exacte pour la couper dans l'instant le plus conve- nable, Aussitôt qu’on s'aperçoit que Les tiges, quoi- que encore vertes, commencent à prendre une teinte iaunâtre, et que les graines contenues dans les si- liques du bas de la plante, commencent à brunir, il est temps d’y mettre la faucille. Si la maturité est un peu trop avancée, on ne doit y toucher qu’à la rosée, et on ne doit pas négliger d’utiliser le temps de la nuit, si le clair de lune le permet. À mesure que les plantes sont coupées, on les dépose le plus doucement qu'il est possible, en grosses javelles, ou, mieux encore, en forme de monceaux coniques de cinq ou six pieds de hauteur, en pla= cant au centre le sommet des tiges, et les racines à l'extérieur. On couvre le iout d’une espèce de chapeau en paille, pour empêcher les fortes pluies d’orage de pénôtrer le tas, et sur-tout pour:empé- cher les dégâts des oiseaux, qui sont très-friands de cette graine. Les plantes, ainsi placées, müris- AOÛT. 185 sent très-bien leurs graines dans l’espace de quinze Jours ou trois semaines» CE elles ne courent aucun danger. Celles qui sont en javelles sont ordinaire- ment bonnes à battre six ou huit jours après qu’elles ont été coupées: on doit saisir avec soin ce mo- ment, les battre dans le champ mème, et ne les transporter que dans des draps. Malgré toutes ces précautions, il s’'échappera toujours beaucoup de graines, qui pourront empoisonner le terrain pour long-temps, sur-tout s’il survient un grand vent pendant que les plantes sont en javelles. Les sili- ques ont tant de disposition à s'ouvrir, que lors- qu’elles se dessèchent au soleil après avoir ét mouillées par la pluie ou par la rosée, elles lais- sent échapper beaucoup de graines, même sans qu’on les touche, et par le temps le plus çalme. Ce sont ces motifs qui me font préférer l’usage des monceaux. RÉCOLTER LES PAVOTS. On n’éprouve nul embarras pour récolter les pa- vots blancs, dont les têtes restent fermées après la maturité; mais les pavots gris, dont la tête s'ouvre à cette époque, exigent beaucoup de précaution, et doivent être coupés aussitôt que les têtes sont jaunes, parce qu’un grand vent pourrait en faire perdre beaucoup. À mesure qu’on récolte les têtes des uns ou des autres, on les met dans des sacs 16 186 AOUT. pour les transporter sur un grenier dont le plan- cher soit bien joint; on les met en couches lesplus minces possible, et on les remue de temps en temps, jusqu’à entière dessication. L'usage le plus ordinaire dans les campagnes, est d’égrener les têtes des pavots une à une, en les secouant sur un linge, après avoir coupé avec un couteau la sommité des têtes de la variété qui ne s'ouvre pas naturellement. C’est un moyen d’oc- cupation pour toute la famille dans les longues soirées de l’hiver. Cependant on peut très-bien briser les têtes au fléau, et la graine se sépare fa- cilement par le ventement: cette méthode est la seule qui convienne, lorsqu'on a une récolte un peu considérable. SEMER LA GAUDE. La gaude destinée à être récoltée dans le mois de juin suivant, doit être semée en août; plus tard, elle se trouverait trop petite pour passer l’hiver, el serait facilement déracinée parles gelées. Comme il n’est pas nécessaire, pour la réussite de cette plante, que le sol soit fraîchement labouré, on peut la semer avec beaucoup d’avantage dans une récolte sur pied, au moment où on lui donne le dernier binage, pourvu que cette récolte n’exige pas qu’on fouille le terrain pour l’enlever: par exemple, dans des haricots ou du maïs. On sème à AOÛT 87 la volée, à raison de quinze livres de graine par hectare. La gaude semée en cette saison exige beaucoup moins de main-d'œuvre de sarclages, que celle qu'on sème au printemps; les mauvaises herbes poussant avec bien moins de igueur en automne; on peut, pourvu que la terre soit un peu propre se dispenser de sarcler jusqu’au printemps; et alors les plantes étant déjà fortes; le sarclage.est bien moins dispendieux, quelorsqu’on est foreé de Vexé cuter dans un moment où on voit à peineles jeunes plantes de gaude,:ce qui arrive pour gelle qui est semée au printemps. ROUISSAGE DU LIN ET DU CHANVRE. Les fibres qui forment la filasse qu’on éxtrait du lin et du chanvre, sont contenues dans l'écorce de ces plantes, où elles sont agglutinées par-une ma- tière gommeuse et résineuse, dont il faut les dé- barrasser, non-seulement pour pouvoir les extraire. mais pour qu’elles acquièrent la souplesse néces- saire aux usages auxquels on les destine. Le moyen qn’on emploie par-tout pour débar- rasser la filasse de cette substance sommo-résineuse, est la décomposition par une espèce de fermenta- tion putride: c’est là le but du rourssage. Le plus souvent, le rouissage s'exécute en pla- çant en masses, dans l’eau courante ou stagnante. 188 AOÛT. le chanvre ou lelin lié par bottes, qu’on maintient plongées dans l’eau, soit au moyen de pierres pe- santes dont on charge le tas, soit par des traverses horizontales qui entrent dans des mortaises prati- tiquées dans de forts pieux placés des deux côtés du tas. Dans quelques cantons, le rouissage s'exécute, pour le lin principalement, en l’étendant sur un pré, où on le retourne fréquemment, jusqu’à ce que les pluies, les rosées, etc., aient achevé la dé- composition putride de la substance gommo=rési- neuse, et que les fibres se détachent facilement. IL y a aussi des cantons où on opère le rouissage en enterrant le chanvre ou le lin dans des fosses qu’on recouvre de terre, et sans l’intermède de l’eau. De quelque manière qu’on exécute le rouissage, le soin le plus essentiel doit être, que la fermenta- tion putride marche bien également dans toutes les tiges, et qu’elle soit arrêtée au moment où la ma- tière gommo-résineuse estentièrement décomposée; car si on ne l’arrête pas à ce point, la fermentation s'exerce sur les fibres elles-mêmes, ce qui Les affai- blit beaucoup. Lorsque les plantes ont été placées sous l’eau; oy doit surveiller l’opération pour s'assurer que Ja fer- mentation s'établit bien également dans toute la masse, et dans le cas contraire, la démonter pour SEPTEMBRE. 189 la construire de nouveau. On extrait de temps en temps un échantillon de l’intérieur de la masse, pour reconnaître l'instant où le rouissage est ter- miné, et alors on ne perd pas de temps pour reti- rer le tout de l’eau, et étendre les poignées sur un pré, ou, mieux encore, les placer debout en lesécar- tant par le pied, afin de les faire sécher prompte- ment. Pour le lin roui sur le pré, on doit avoir le plus grand soin d'étendre les tiges en couches minces et d’une épaisseur bien égale; chaque fois qu’on les retourne, on met le plus grand soin à ne pas entre- mêler les tiges, et à conserver la plus grande éga- lité dans les couches. Sans cela, une partie des tiges sont rouies avant les autres, et pendant qu’on est forcé d’attendre que le rouissage de celles-ci soit terminé, les premières s’affaiblissent et ne donnént plus que des étoupes au peignage. PARA RAR RAR AAA AA AAA AAA AA AA AA LU UV SEPTEMBRE. SEMER LE FROMENT.(Zriticum hibernum.) CEsr ordinairement dans ce mois qu’on com- mence les semailles du froment; on les continue en octobre et même en novembre, et quelquefois encore plus tard, IL y a peu de pratiques en agri- 190 SEPTEMBRE. culture qui présentent moins de certitude que les avantages des semailles hätives ou tardives pour le blé. Quelquefois, et c’est en général Le cas le plus fréquent, les semaïlles hâtives ont l’avantage; mais dans d’autres années, c’est le contraire. Cependant un cultivateur actif ne doit jamais négliger de mettre à profit Les beaux jours du moïs de septem- bre, parce qu’on a souvent beaucoup de peine en- suite de retrouver des temps favorables. Le froment exige un sol qui ait un peu de con- sistance; sa réussite est plus assurée et son produit plus considérable dans les terres argileuses; cepen- dant il ya peu de sols qu’on ne puisse rendre pro- pres à sa culture, en y cultivant auparavant, pen- dant plusieursannées, des prairies artificielles, qui, par l’humus qu’elles laissent dans le terrain, lui donnent un certain degré de consistance. Dans l’ancien système de culture, c’est toujours sur la jachère qu’on sème le blé, et après trois la- bours au moins; dans les terres fortes et argileu- ses, on ne peut, sans négligence, se dispenser de donner à la jachère ce nombre de labours. Depuis qu’on à admis dans la grande wæulture une plus grande variété de récoltes, on a trouvé que, dans la plupart des cas, il est plus économique de sémer le blé, soit sur un trèfle rompu par un seul labour, soit après une récolte de féveroles sarclée,: qui n’exige aussi qu’un labour, ou quelquefois aussi SEPTEMBRE. 191 après du colza, des pavots, du maïs, du sarrasins etc. Lorsqu'on sème sur un trèfle, il est entendu que le trèfle n’était pas empoisonné de chiendent, ou d’autres plantes à racines vivaces: C’est pour cela que, dans un bon système de culture, Le trèfle ne doit subsister qu’un an; car, à la seconde année; ordinairement le trèfle s’éclaircit, et le chiendent, ow les autres plantes à racines vivaces, s'emparent du terrain. Beaucoup d’excellens cultivateurs trou- vent qu’une récolte de féveroles 2st la meilleure de toutes les préparations pour le blé, et qu'après un trèfle, l’avoine est plus profitable. Dans ces systèmes de culture, le terrain n’est jamais fumé immédiatement pour Le blé; mais lorsqu'il succède à des féveroles, le sol doit avoir été fumé pour cette récolte. Si le trèfle a été semé dans une récolte d’orge ou d’avoine succédant im- médiatement à une récolte sarelée et fumée, on peut presque toujours être assuré d’uné belle ré- colte de blé. Dans ces deux cas, on a rarement à craindre un excès de richesse dans le sol, qui donne au blé une disposition à verser; mais lorsqu'on sème sur une jachère fumée, il y aurait beaucoup d’inconvéniens à donner une trop grande quantité de fumier; l'excès en ce genre peut être aussi nui- sible que le défaut contraire. Pour la semaille du blé, on ne doit pas cher- cher à pulvériser complétement la surface du sol, 102 SEPTEMBRE. comme on le fait pour les semailles de printemps; il est avantageux, au contraire, que la surface soit couverte de mottes, pourvu toutefois qu’il y ait as- sez de terre meuble pour couvrir les grains et assu- rer leur germination. Les mottes qui se trouvent à la surface sont utiles sous plusieurs rapports: elles empêchent que la neige soit enlevée en totalité par les vents, de la partie supérieure des billons; et on remarque fréquemment, par cette raison, que les champs dont la surface était très-unie, souf- frent beaucoup plus des gelées de l’hiver, que ceux dont la surface était couverte de mottes. D'ailleurs ces mottes, en se fondant.par l’effet des gelées, pro- curent une espèce de buttage aux plantes, sur-tout si on a soin de faciliter cette opération par un her- sage donné au printemps. Aussitôt qu’une pièce de terre est semée en blé, on doit relever exactement les sillons ou raies d’é- coulement; c’est une opération extrêmement essen- tielle, sur-tout dans les sols argileux et sujets à retenir l’eau. Tous les cultivateurs connaïssent aujourd’hui importance de la préparation qu’on donne aux semences du froment, pour préserver les récoltes de la carie. Le plus souvent, c’est la chaux qu’on emploie à cet effet; quelquefois on lui associe d’au- tres substances, mais elles ne sont nullement né- cessaires; la chaux seule détruit infailliblement les SEPTEMBRE. 195 germes de cette maladie, lorsqu'elle est employée convenablement. Les méthodes employées par les cultivateurs de divers cantons pour le chaulage du blé, varient considérablement; il est fort essentiel d'employer une assez grande quantité de chaux, et que son action soit prolongée pendant un temps suffisant. En employant une quantité de chaux égale en poids au vingtième de celui du blé, on peut être assuré qu’il y en a plus qu’il n’en faut; mais dans quelques cantons on en emploie une beaucoup trop petite quantité. Quelquefois on fait tremper le grain dans l’eau dans laquellé on à fait dissou- dre la chaux, et de manière que l’eau surnage le grain de quelques pouces; c'est la méthode la plus sûre, pourvu qu’on laisse séjourner le grain dans l’eau pendant vingt-quatre heures au moins, et mieux encore pendant trente-six heures, en agitant la: masse de manière que le tout soit bien mé- langé. Après ce temps, on tire le grain du cuvier, et on le met en monceau pour qu’il s’égoutte, en ayant soin de le remuer fréquemment, de peur qu’il ne s’échauffe, Dans d’autres Cantons, on se contente de réduire la chaux en bouillie claire, dont on arrose le tas de blé, en le remuant à la pelle. Ce moyen peut réussir, pourvu qu’on ait soin qu’il n°y ait pas un seul grain qui ne soit couvert de chaux sur toute sa surface, et qu’on laisse agir la chaux pendant A 194 SEPTEMBRE. vingt-quatre heures au moins; mais le premier moyen est beaucoup plus certain. On a recommandé, à diverses époques, quel- ques substances qui produisent le même effet que la chaux, et en les employant en bien moins grande quantité; mais ordinairement ces substances sont de violens poisons, tels sont l’arsenic et le sulfate de cuivre, ou vitriol bleu: c’est la base de quelques poudres dont on fait des secrets, et qu’on propose souvent aux cultivateurs. Les effets de ces substan- ces, pour la destruction de la carie du blé, ne sont pas douteux; mais leur emploi est beaucoup trop dangereux pour qu’on puisse les recommander aux cultivateurs, d'autant plus qu’on peut avec autant de certitude, employer la chaux, qu’on peut se pro- curer par-tout à bas prix. L’utilité du changement des semences pour le blé, est une question qui est loin d’être résolue. Des cultivateurs très-expérimentés, qui sont dans l’usage de semer toujours le blé de leur propre ré- colte, mais en apportant un grand soin à choisir le plus beau et le plus net, regardent comme un pur préjugé» les avantages qu’on prétend trouver à changer de semence, et ils appuient leur opinion sur une longue expérience, et sur la beauté des récoltes qu’ils obtiennent. L'opinion contraire est plus généralement répandue; mais il n’est pas à ma connaissance qu’elle ait jamais été appuyée sur SEPTEMBRE. 195 des faits bien positifs. 11 y a deux circonstances qui peuvent exercer une influence évidente sur les résultats des changemens de semence: d’abord, lorsqu'un cultivateur cherche ses semences hors de chez lui, il choisit toujours ce qu’il y a de plus beau; tandis que dans le cas contraire, il ne peut semer que ce qu'il a, et qu’il est par conséquent beaucoup plus limité dans son choix; ensuite, cha- que espèce de sol favorisant particulièrement la croissance de certaines mauvaises herbes, il est certain que les graines qui peuvent se trouv lées dans le blé, doiv er mé- ent moins Prospérer, lors- qu’on le sème dans un sol diffé rent de celui dans lequel il a cru. Je suis porté à penser que c’est principalement à ces deux causes» qu’on doit attri- buer les avantages qu’on trouve à changer les se- mences. Dans ce cas, il n’y aurait aucun Avantage à les changer, pour le cultivateur qui aurait chez lui du blé bien nourri, et exempt de mauvaises se- mences. On cultive plusieurs variétés de froment, avec Ou sans barbes, à tiges pleines ou creuses CIE grains de diverses nuances. Je n° ai pas de raison de croire que l’une de ces variétés Soit, d’une manière générale, et pour toutes les localités, Préférable aux autres. Îl ne faut pas non plus que chaque cul- üvateur regarde comme certain que celle qu’on Y Convient le A cultive dans son canton> est celle qui 106 SEPTEMBRE. mieux. Ce n’est que par des essais faits en petit, sur les variétés auxquelles on donne la préférence dans d’autres cantons, qu'il pourra connaître les avantages que chacune d’elles présente. Ces essais sont peu coûteux, et n’exigent qu’un peu de soin. Leurs résultats peuvent être très-importans; car, sans augmentation de frais, il est souvent possible d'augmenter assez considérablement les récoltes, en adoptant une variété de blé qui convient mieux au sol. On sème ordinairement à la volée, environ deux cents litres par hectare, et en lignes, à neuf pouces de distance, la moitié de cette quantité. Un des plus habiles agriculteurs anglais, M. Coke, d'Hol- kam, qui est dans l’usage de semer toujours les cé- réales en lignes au semoir, a cependant émis ré- cemment l'opinion qu’on ne doit pas penser à di- minuer la quantité de semence; il en emploie cons- tamment la même quantité que s’il semait à la vo- lée. Au reste, le plus grand nombre des cultiva- teurs de la même nation, ne partagent pas cette opinion» et en général, on ne sème guère, dans toute l'Angleterre, plus de cent litres de blé par hectare, pour les semailles en lignes. Le blé demande d’être recouvert d’un: poucé de terre au moins, deux pouces valent mieux, et si le sol est léger, trois ou même quatre pouces ne sont pas trop. SEPTEMBRE. SEMER LE SEIGLE. Le seigle supporte moins que le blé, les semailles tardivés; aussi on ne sème ordinairement le blé que lorsque la semaille du seigle est terminée. C’est sur-tout dans les sols trop légers ou trop peu fer- tiles pour le blé, qu’on cultive le seigle; Dans les P 14 8 bonnes terres à blé, On ne sème ordinairement du seigle que pour sa paille, qui sert à faire des liens our les gerbes de blé, pour empailler les chaises E 8 71 E, pour faire des paillassons, lier la vigne, et pour quelques autres usages. On prépare ordinairement la terre par deux ou trois labours, et on sème à la volée cent cinquante à deux cents litres par hec- tare. Le semisen ligne lui convient aussi bien qu’au blé: on ne met alors que moitié de la quantité de semence qu’on emploie à la volée. Le seigle présente une ressource précieuse pour la nourriture des bestiaux au vert, parce que c’est le premier fourrage qu’on peut faucher au prin- temps, et comme la terre se trouve débarrassée de très-bonne heure, cette récolte ne coûte que la se- mence qu’on y emploie. On cultive, dans quelques cantons, sous le nom de seigle de La Saint-Jean, une variété qu’on sème dans le mois de juin, pour la couper en fourrage vert à l'automne, ou la faire pâturer pendant l’hi- 198 SEPTEMBRE. ver; ensuite On la laisse monter à graine, et on en obtient de bonnes récoltes. Il est probable que le seigle commun pourrait être traité de même. J'ai fait plusieurs fois faucher en vert, au moment où les épis se montraient, du seigle commun semé à l’automne; il a repoussé ensuite, et a donné des récoltes de grain peu inférieures à celles des champs voisins qui n’avaient pas été coupés. Dans de bons sols, de consistance moyenne, je crois qu’on trou- verait plus d’avantages à cultiver le seigle, qu’on ne le croit communément; les récoltes de seigle y sont beaucoup plus considérables que celles de blé; dans beaucoup de cantons, la paille de seigle a une valeur qui rend cette récolte importante, et le seigle en produit beaucoup plus que le froment. RÉCOLTER LES FÉVEROLES. La récolte des féveroles se fait rarement avant le mois de septembre; il est bon de les faire couper avant la maturité complète des semences, parce que la paille est ainsi de meilleure qualité pour le bétail. C’est une considération fortimportante dans la culture de la féverole; car cette paille, lorsqu'elle est bien récoltée, forme un excellent fourrage pour les chevaux, les vaches et les moutons. Lorsque la récolte était épaisse, Le bétail mange presque toutes les tiges; si elle était plus claire, il laisse les plus fortes, et ny trouve pas moins une nourriture SEPTEMBRE. 199 abondante, et peu inférieure en qualité au foin des prairies naturelles. Les tiges des fèves ont besoin de rester assez long-temps sur la terre, pour se dessécher complé- tement; lorsqu'on veut faire succéder du blé à cette récolte, il est bon, lorsqu’on le peut, de trans- porter les fèves, aussitôt qu’elles sont coupées, sur un champ ou sur un pré voisin, afin de pouvoir la- bourer de suite le terrain. Les féveroles forment une excellente nourriture pour tous les bestiaux; mais, dans la plupart des cas, on ne doit les faire consommer qu'après les avoir détrempées dans l’eau, ou les avoir concas- sées. Aïnsi administrées, elles augmentent beau- coup le lait des vaches, et engraissent parfaitement le bétail à cornes. Elles sont bonnes aussi pour l’engraissement des cochons, quoique inférieures, sous ce rapport, aux pois et au maïs. Pour les bêtes à laine, c’est une des meilleures provendes qu’on puisse leur donner pendant l'hiver. Elles remplacent parfaitement bien l’avoine pour les chevaux, en les faisant concasser et les mélant avec de la paille hachée. Les féveroles ont une faculté nutritive à-peu-près double de celle de l’avoine, c’est-à-dire qu’un hectolitre peut remplacer pres- que deux hectolitres d’avoine. 200 SEPTEMBRE. PLANTER LES CARDÈRES. Le mois de septembre est l’époque la plus con- venable pour la transplantation des cardères; celles qui sont plantées plus tard courent beaucoup plus de risque pendant l’hiver. Un sol riche, profond, fortement amendé, préparé par plusieurs bonnes cultures, et sur-tout parfaitement égoutté, est ce- lui qui convient à cette plante. Le procédé le plus expéditif est de tracer au rayonneur, sur Le terrain bien hersé, des lignes à dix-huit pouces de dis- tance; on plante ensuite avec le plantoir ordinaire des jardiniers, en espaçant également Les plants à dix-huit pouces dans la ligne. Les plants doivent être au moins de la grosseur du petit doigt. SEMER LES VESCES D'HIVER. C’est une plante fort précieuse pour la nourri- ture en vert du bétail à l’étable; elle peut se fau- cher ordinairement avant le trèfle, lorsqu'elle a été semée de très-bonne heure. Elle se sème en septembre, avec la même pré- paration du sol, et les mêmes précautions qui ont été indiquées pour les vesces de printemps. Les hi- vers très-rigoureux lui font souvent beaucoup de tort, lorsqu'elle a été semée trop tard. SEPTEMBRE. FAIRE LES REGAINS. C’est ordinairement dans ce mois, qu’on coupe les regains des prairies naturelles. Le mode de des- sication est le même que pour le foin de première coupe; mais elle est plus lente, parce que la saison est plus avancée, et que l’herbe est plus aqueuse. Il ya beaucoup plus d’inconvénient aussi, pour le regain que pour le foin, de le rentrer avant une dessication complète, parce qu’il est beaucoup plus sujet à s’'échauffer dans la masse. Il est bon, par ce motif, de ne le rentrer, quoique suffisam ment sec, qu'après lavoir laissé pendant quelque temps en gros tas sur le pré. Dans le pays que j'habite, il est assez commun que les cultivateurs fassent le regain à moitié avec les faucheurs; c’est-à-dire que les faucheurs sont chargés de tout le travail de cette fenaison, jusqu’à la mise en tas, inclusivement,‘et qu’ils reçoivent, pour leur salaire, la moitié de la récolte, le propriétaire prenant sur le pré la moitié des tas à son choix. Cette méthode est ordinaire- ment avantageuse aux deux parties: il est rare que le propriétaire n’ait pour sa moitié, autant de fourrage qu’il en aurait eu s’il eût fait faucher à la tâche; car, sur-tout lorsque le regain est court, le faucheur peut facilement en perdre la moitié par sa négligence. Les soins que celui-ci donne à ce travail 202 SEPTEMBRE. et aux autres opérations de la récolte, se trouvent d’un autre côté richement payés pour lui. On fauche souvent encore en septembre une der- nière coupe de trèfle, ou des vesces tardives, et presque toujours une coupe de luzerne. Les obser- vations que jai faites sur la dessication du regain s'appliquent également ici. On peut déjà avoir de la paille de seigle, de blé, ou même d’avoine hà- tive; c’est une excellente opération que d’en mêler, couche par couche, avec les dernières coupes de légumineuses, ou avec le regain, qu’on peut, par ce moyen, rentrer sans inconvénient, avant une parfaite de ssication; ces couches doivent être tas- sées fortement et également, et la masse tenue le plus possible à l’abri du contact de l’air. La paille qu’on emploie ainsi, acquiert une saveur et une qualité nutritive qui la rendent très-précieuse pour le bétail. RÉCOLTER LA GRAINE DE TRÈFLE. C’est toujours sur une seconde coupe de trèfle qu’on récolte la graine. IL est bon de faire la pre- mière coupe de bonne heure dans la saison, afin que la graine n’arrive pas trop tard à maturité. Lorsqu'on s’aperçoit que la plupart des têtes sont mûres, on fauche, et si le temps est beau, on laisse Le trèfle se sécher en andains, en les retournant une fois. Dans les temps pluvieux, il est bon de lier le SEPTEMBRE. 203 trèfle en petites bottes, qu’on‘dresse pour les faire sécher. Au reste, la dessication est bien plus prompte alors, que lorsqu'on le fauche lorsqu'il est en fleur. Dans plusieurs cantons de la Flandre, il est d’usage de cueillir les têtes à la main, pour les transporter dans des sacs à la maison: c’est du moins un moyen de sauver la récolte dans une saison très- peu favorable. On fauche ensuite la paille. Lorsqu’on rentre les têtes avec la paille, on bat aussitôt le tout au fléau, pour séparer les têtes, dont on extrait ensuite la graine à loisir. Cette dernière opération est la plus difficile de toutes, et ne peut s’exécuter que lorsque les têtes ontété com- plétementdesséchées, soit parl’expositionàäun grand soleil sur des draps, soit pendant les fortes gelées d'hiver, soit en les mettant dans un four modéré- ment chauffé. Cette dernière méthode, usitée sou- vent dans le pays que j'habite, est fort dangereuse, parce que, si le degré de chaleur est un peu trop considérable, les graines, ou au moins une bonne partie, perdent leur faculté germinative. Avec un peu d’habitude, on distingue assez facilement la graine qui est dans ce cas, à sa nuance terne et ti- rant un peu sur le brun. Lorsque les têtes ont été parfaitement desséchées par l’un ou l’autre de ces procédés, on peut faire sortir la graine en les battant au fléau; mais c’est une opération longue et coûteuse. Lorsqu’on en a 204 SEPTEMBRE. une grande quantité, on emploie pour cela, soit un moulin à bocard, soit une meule de pierre verticale, comme celle dont se servent les huiliers pour écraser les graines oléagineuses. La graine de trèfle, étant fort dure et très-glissante, ne s'écrase pas, et les capsules se réduisent en poussière. PLANTER LE COLZA. Souvent on ne transplante le colza qu’en octo- bre; cependant, lorsqu’on le peut, il est préférable de le faire en septembre, parce que le plant ayant déjà formé de bonnes racinesavant l'hiver, est bien moins en danger d’être déraciné par les gelées. On ne doit placer cette récolte que dans un ter- rain consistant, très-riche ou abondamment fumé, et préparé par plusieurs bons labours. Les argiles sablonneusesou lesterres argileuses, pourvu qu’elles soient bien ameublies par la culture, sont celles où la réussite de cette plante est le plus assurée, et où elle donne les produits les plus considérables, Elle réussit bien aussi sur un trèfle rompu, pourvu que le sol soït bien riche. Après avoir‘bien hersé la terre, on trace au rayonneur des lignes espacées de dix-huit pouces, et on place le plant dans ces lignes à huit à neuf pouces de distance, On se sert du plantoir ordinaire des jardiniers. Il est fort important de n’employer que de gros replants. SEPTEMBRE. 205 On peut aussi planter derrière la charrue. Des femmes placent le plant le long de la raie ouverte, en le couchant contre la terre labourée, et la raie suivante le recouvre. Avec des raies de neuf pou- ces de largeur, on plante de deux raies l’une. Avec cette méthode, il est encore plus important que le plant soit gros et bien enraciné. On ne doit jamais négliger de tirer des raies d’é- coulement en grand nombre, aussitôt que la plan- tation est finie, et de les entretenir bien nettes pen- dant tout l’hiver; le colza ne craint rien davan- tage qu’un sol pénétré d’eau, lorsque les gelées sur- viennent. SEMER L'ÉPEAUTRE.(Triticum spelta.) L’épeautre est la récolte principale dans quel- ques cantons froids, montagneux et peu fertiles. Il est beaucoup plus rustique que le froment, et craint moins les terrains humides pendant l’hiver. On le sème quelquefois aussi dans des terrains trop riches pour le froment, et où on craindrait que ce dernier ne versât. En général, dans beaucoup de pays, on pré- fère cette récolte au froment, quoiqu’elle soit à-peu- près inconnue dans d’autres. IL se sème en même temps que le froment, et à la quantité d’environ quatre cents litres par hectare, parce que les bâles qui sont adhérentes aux grains, en augmentent beaucoup le volume. 206 SEPTEMBRE. On peut aussi le semer pour être fauché en vert, et il convient parfaitement pour cet usage, à cause de sa rusticité, et aussi parce que son fanage est très-touffu; il est même préférable au seigle, parce qu’on peut le faucher plus long-temps, les épis ne se développant pas aussi vite; mais il est un peu moins hâtif. RÉCOLTE ET CONSERVATION DES POMMES DE TERRE. La récolte des pommes de terre est une des opé- rations les plus coûteuses de leur culture; on ne peut guère ici remplacer le travail des mains. On a bien proposé de les-arracher à la charrue; mais il est très-difficile de le faire sans en perdre une très- grande quantité. Les frais de l’arrachage à la main varient considérablement, selon que la terre est plus ou moins meuble ou argileuse, selon qu’il est fait par un beau ou par un mauvais temps, dans une saison plus où moins avancée, selon que la récolte est plus où moins abondante, les tubercules plus ou moins gros. J’ai vu quelquefois six à sept hectoli- tres de pommes de terres arrachés, triés, nettoyés et chargés, par chaque journée de femme. Dans d’autres circonstances, elles ne faisaient pas la moi- tié de cette quantité. Il est fort important d’expé- dier cette besogne le plus lestement qu'il est pos- sible, aussitôt que les pommes de terre sont SEPTEMBRE. 207 parvenues à leur maturité, pour ne pas se laisser surprendre par les pluies. Comme elle se rencontre ordinairement avec la semaille des blés, il faut que le cultivateur développe, en ce moment, tous ses moyens d’action et toute son activité. S'il peut faire exécuter cet arrachage à /a tâche, il y trouvera beaucoup d'avantage; mais il est nécessaire alors d'exercer une grande surveillance sur les ouvriers, pour qu’ils ne laissent pas de tubercules en terre: car ils peuvent en arracher une bien plus grande quantité dans la journée, s’ils négligent de recher- cher les tubercules qui n’ont pas été amenés par le premier coup d’instrument. Si la terre est labourée immédiatement après larrachage, on peut retrou- ver une partie de ces tubercules, en faisant suivre la charrue par un enfant muni d’un panier, qui les amasse à mesure que la charrue les découvre. Le crochet plat à deux pointes, est le meilleur instrument pour cet arrachage. Un homme ramène à la surface les tubercules de chaque touffe, et des femmes qui suivent, les démêlent, les nettoient, et les mettent dans des paniers, et ensuite dans des sacs, ou sur des voitures disposées pour cela. Si la terre est humide, il est bon de laisser pendant quel- ques heures les pommes de terre sur le sol, avant de les amasser; elles s’y ressuient, et se conservent beaucoup mieux. Lorsqu’on peut loger la récolte de pommes de 208 SEPTEMBRE. terre dans des caves, des celliers, où d’autres lieux à l'abri de la gelée, c’est Le moyen d’en disposer le plus commodément pour la consommation; mais lorsqu'on a une récolte un peu considérable, on est forcé de les conserver: dans des fosses, qui se font de la manière suivante: on ouvre une tranchée d’un pied de profondeur sur cinq pieds de largeur environ, et d’une longueur indéterminée, à-peu- près comme si on voulait faire une couche de jar- din. On amoncèle les pommes de terre dans cette fosse, à la hauteur de quatre pieds environ, en dis- posant les deux côtés en talus, ou en forme de toit; on les couvre ensuite avec la terre qu’on a tirée de la fosse. On! ouvre; des deux côtés de la fosse, dans sa longueur, et à dix-huit pouces en- viron-du pied du tas de pommes de terre, deux 2 fossés de dix-huit pouces de profondeur, sur deux ou trois pieds de largeur, et dont on rejette encore la terre sur le tas, de manière que les pommes de terre en soient recouvertes par-tout de’ dix-huit pouces de terre au moins. On unit la terre sur les deux côtés du talus, et on la bat avec des pelles. On ménage d’espace en espace, sur la crête du tas, des ouvertures ou espèces de soupiraux, qu’on ne ferme que lorsque les fortes gelées commencent. Le tas étant ainsi disposé, il n’est pas possible que l’eau séjourne jamais dans la fosse, puisque les fossés extérieurs sont plus profonds que la fosse; SEPTEMBRE. 209 quelle que soit la nature du sol dans lequel elle est placée, la pomme de terre se conservera bien, pourvu que les fossés aient un écoulement suffisant pour que l’eau ne puisse s’y arrêter. Ordinairement on couvre les pommes de terre d’un lit de paille ayant d’y mettre la terre, afin de les# garantir plus sûrement de la gelée; je n’en ai jamais employé, et je n’ai jamais eu de pommes de terre gelées, même par les froids excessifs de 1819 à 1820, qui ont détruit une grande partie des blés de nos campagnes, et cependant, dans plusieurs endroits, les tas étaient à peine couverts de dix- huit pouces de terre. Il est vrai cependant que j’ai perdu, cette année, une assez grande quantité de pommes de terre; mais c'était par une toute autre cause que la gelée: le mois d’octobre 1819 a été tellement pluvieux, que mes pommes de terre, plantées en terre argileuse, n’ont pu être rentrées que dans un état qui me faisait désespérer de leur conservation; elles étaient comme empâtées d’une boue tenace: dans cet état, elles n’auraient pas pu se conserver mieux, entassées dans des caves ,que dans les fosses où je les ai mises. Malgré cela, elles se sont assez bien conservées dans les fosses qui n’é- taient pas trop larges, et elles ont fini par s’y res- suyer complétement. Mais, dans une fosse qui avait huit pieds de largeur, la pourriture s’y est:mani- festée à tel point, que, dans le mois de janvier, je 18 210 SEPTEMBRE. me suis aperçu que la terre qui couvrait le mon- ceau, prenait de l’affaissement; il gelait trop ri- goureusement pour qu’on pût ouvrir la fosse, et la totalité de ce tas a été perdue. Lorsqu’on rentre des pommes de terre dans cet état, le plus prudent est de ne faire les fosses que de quatre pieds de lar- geur. Au reste, on ne doit négliger aucun soin pour ne rentrer les pommes de terre que bien sèches; car autrement on ne peut guère compter sur leur parfaite conservation, de quelque manière qu’on les loge. ARRACHAÂGE ET CONSERVATION DES BETTE- RAVES ET DES CAROTTES. Ces deux espèces de racines sont moins sensibles à la gelée que les pommes de terre: ainsi c’est tou- jours par cette dernière récolte qu’on doit commen- cer les arrachages; cependant on doit prendre ses mesures pour que les autres soient encore arrachées en bonne saison, quand ce ne serait que pour évi- ter les journées courtes et froides, dans lesquelles les ouvriers font peu de besogne. Ces racines se conservent très-bien par la même méthode que j’ai indiquée pour les pommes de terre. Les carottes, cependant, s’échauffent et se pour- rissent bien plus facilement que les betteraves. Quelques personnes donnent aux vaches les feuilles de betteraves; mais, d’après mes expé- SEPTEMBRE. 211 riences, ainsi que celles d’autres agriculteurs, c’est un aliment si peu nutritif, qu’elles ne valent guère la peine de les recueillir. Il me paraît plus convenable de les laisser sur le sol, en forme d’en- grais. On doit encore bien moins conseiller d’ef- feuiller les betteraves pendant leur croissance, pour en nourrir les bestiaux; c’est un chétif profit, qui entraîne une perte considérable sur le volume des racines. J’ai trouvé qu’un effeuillage, même mo- déré, diminue la récolte dans une proportion très- considérable. RÉCOLTER LE MAIS. Le maïs est ordinairement mür en septembre. Après avoir détaché les épis, la meilleure méthode, dans les climats humides, est de replier en arrière les feuilles qui les recouvrent, afin de mettre les grains à nu, et, réunissant cinq Ou six épis en- semble, de les lier par leurs feuilles, pour les sus- pendre dans un lieu aéré, à l’abri de la pluie. RÉCOLTER LA GAUDE DE PRINTEMPS. Les précautions que j'ai indiquées dans le mois de juin, pour favoriser la dessication de la gaude d'automne, sont plus nécessaires encore pour la gaude de printemps, qui mürit ordinairement en septembre. SEPTEMBRE. RÉCOLTER LA NAVETTE D'ÉTÉ, LA CAMELINF ET LA MOUTARDE BLANCHE. C’est ordinairement en ce mois qu’arrive la ma-| turité de ces plantes. Ce que j'ai dit de la récolte du colza s'applique à celles-ci, à peu de chose près; cependant il est rare qu’on les batte dans le champ, de même que le colza. La moutarde blanche, en particulier, se battrait difficilement aux pieds des chevaux, parce qu’elle ne s’égrène pas facilement.| RÉCOLTER LE SARRASIN.| Le sarrasin, dont les fleurs se développent pen- dant long-temps et successivement, ne mürit pas non plus toutes ses graines à-la-fois. On doit saisir, pour Le couper, l’époque où la plus grande partie de ses graines sont müres. Si on attendait trop long- temps, on en perdrait une grande quantité, parce que les graines tombent très-facilement. DISTILLATION DES POMMES DE TERRE. On peut déjà commencer en septembre la distil- lation des pommes de terre. C’est une opération agricole peu pratiquée encore en France, et qui est cependant d’une très-grande importance pour les cultivateurs. Dans plusieurs parties de l'Allemagne, et dans quelques cantons des départemens du nord- SEPTEMBRE. 213 est du royaume, elle est considérée comme une des bases de l’agriculture; par-tout où on l’essaiera, on en aura bientôt la même opinion. En effet, on ne peut pas appliquer les pommes de terre à la nourriture des bestiaux d’une manière plus profi- table, qu’en les soumettant préalablement aux pro- cédés de la distillation, et on en tire ainsi un pro- duit important en eau-de-vie, en même temps qu’on procure au bétail à cornes et aux cochons une nourriture excellente, qui produit une masse très-considérable d’engrais. Les campagnes de la Lorraine allemande ont entièrement changé de face depuis une vingtaine d’années, que cet usage y à été introduit; le nombre des bestiaux y a dou- bié; les récoltes de toute espècese sont multipliées; la valeur des terres a considérablement augmenté, et on a vu se répandre, parmi les cultivateurs, une aisance qu’ils ne connaissaient pas jusque-là. Dans ces cantons, chaque cultivateur a chez lui un ou plusieurs alambics, pour la fabrication de la quan- tité de pommes de terre que ses bestiaux peuvent consommer chaque jour: c’est là la base de leur nourriture depuis octobre jusqu’en avril. Il serait beaucoup trop long de donner ici la des- cription des procédés de cette distillation, je les ai fait connaître, d’après mon expérience, dans une Instruction publiée par Mme, Huzard, à Paris. SEPTEMBRE. RÉCOLTER LE HOUBLON. On connaît que le houblon a atteint sa maturité, lorsqu'il prend une odeur aromatique agréable, qu’il prend de la consistance, et qu’il brunit, Il est très-important de ne faire cette récolte que par un temps sec, et lorsque Le houblon n’est atteint d’au- cune humidité. Après avoir coupé le houblon par le pied, on arrache les perches, et on les trans- porte, s’il est possible, à moins que le temps ne soit très-beau, sous un hangar, ou dans un autre lieu couvert, pour en faire la cueillette. On place une perche horizontalement, soutenue, par ses deux extrémités, à la hauteur convenable pour que des femmes et des enfans puissent cueillir commodé- ment les cônes. Ce travail se fait ordinairement à la tâche, le propriétaire payant une somme conve- nue par chaque corbeille de houblon cueilli. Le houblon est transporté, soit sur des greniers très-aérés, mais à l’ombre, où on l’étend sur des claies, en couches minces, qu’on remue souvent, soit sur un séchoir d’une construction analogue à celle des tourailles des brasseurs. Dans ce dernier cas, le feu doit être très-doux, et la dessication lente. Lorsque le houblon est bien sec, on le met en balles pour le conserver ou le vendre. OCTOBRE. 215 vu AAAuy TS AAA VUE, OCTOBRE. NOURRITURE D'HIVER DES BESTIAUX. Les dernières coupes du trèfle et de la luzerne, le sarrasin, les vesces, la spergule, etc. 4 peuvent ordinairement entretenir les bestiaux,jusque dans le courant de ce mois. Dès cesmoment, les racines doivent former une partie essentielle de la nourri- ture du bétail à cornes, ainsi que des bêtes à laine. Les bœufs et les vaches peuvent très- bien passer l'hiver en recevant par jour cinq livres de foin, et le reste de la nourriture en racines, telles que bet- teraves; pommes de terre, carottes, raves, navets de Suède ou topinambours. Parmi ces racines, les plus nutritives sont les carottes et les pommes de terre; on peut calculer qu’elles équivalent à moitié de leur poids de foin sec: ainsi, au lieu de vingt li- vres de foin par tête de bétail, on donnera quarante livres de carottes ou de pommes de terre. Les ca- rottes sont, sans contredit, préférables aux pommes de terre pour la santé du bétail, et peut-être même ont-elles l'avantage, à poids égal, sous le rapport de la faculté nutritive; cependant les pommes de terre ne pourraient présenter de l’inconvénient pour la santé des bestiaux, qu’autant qu’on les donne- 210 OCTOBRE. rait crues en trop grande quantité, Les panais peu- vent être assimilés aux carottes. Les betteraves et les rutabagas jouissent de facultés nutritives à-peu- près égales; trois à quatre cents livres de ces raci- nes équivalent à-peu-près à cent livres de foin. Les rayves ou navets sont beaucoup moins nutritifs, il en faut cinq cents livres environ pour former l’é- quivalent de cent livres de foin. Les feuilles de choux sont encore moins nutritives que ces derniers. Quant aux chevaux, je ne puis trop recomman- der, d’après mon expérience, l'emploi des carottes pour leur nourriture; vingt livres de ces racines, avec vingt livres de foin, nourrissent parfaitement un cheval de très-grande taille, sans aucune addi- tion d'avoine. Sous Le rapport de l’embonpoint que ce régime lui procure, de même que sous celui de la vigueur, il ne pourrait pas être mieux nourri avec une très-forte ration d’avoine. J’ai lieu de croire que les panais produiraient le même effet. Quant aux pommes de terre, il n’en est-pas tout- à-fait de même; si on les donnait crues, il y aurait de l'inconvénient à en donner plus de dix livres par jour; en les faisant cuire, cet inconvénient n'existe plus; mais elles procurent plus d’embon- point que de vigueur. Lorsqu’on donne des pommes de terre aux chevaux, je pense qu’on doit leur con- server la moitié de leur ration d’avoine. Les bette- raves forment aussi une bonne nourriture pour les OCTOBRE. 21% chevaux, et dont on fait un grand usage dans le Palatinat du Rhin; mais j'ai remarqué qu’ils ne les mangent pas tous volontiers. Toutes les racines dont j'ai parlé conviennent parfaitement aux bêtes à laine, avec le soin de don- ner toujours une portion de la nourriture en sec. PAILLE ET FOIN HACHÉS. L'usage de hacher la paille qu’on fait consom- mer aux bestiaux, est très-général dans quelques pays: peut-être en a-t-on porté trop loin les avan- tages; cependant il en présente de réels dans quel- ques circonstances. Îl est certain que la paille des céréales, quoique peu nutritive par elle-même, est un aliment fort sain pour tous les bestiaux, et qu’ils la mangent volontiers dans une certaine pro- portion, sans qu’il soit nécessaire de la faire ha- cher: aussi, lorsque les chevaux sont nourris, par exemple, avec du foin, de la paille et de lPavoine, je ne pense pas qu’il soit avantageux de les forcer à manger une plus grande quantité de paille, en la leur présentant hachée; mais il n’en est pas de même ei, en place d’avoine, on veut leur faire con- sommer des grains beaucoup plus nutritifs, tels que des féveroles, de l'orge, du seigle, etc.: dans ce cas, après avoir fait concasser ces grains, il est très-avantageux de les mêler à de la paille hachée Il est très-probable que la pri icipale cause pour la- 19 218 OCTOBRE. quelle l'ayoine est une nourriture si convenable aux chevaux, est que, sous un volume donné, elle ne contient pas une trop grande quantité de prin- cipes nutritifs, ce qui la met en rapport avec les facultés digestives de ces, animaux; on ne peut, sans inconvénient, leur donner des grains qui, sous un volume égal, contiennent une bien plus grande quantité de parties nutritives; mais ces in- convéniens disparaissent, si On mêle ces grains, concassés, à une substance qui, comme la paille hachée, en augmente beaucoup le volume sans y apporter une grande quantité de principes nutri- tifs. Dans ce cas, il est bon d’humecter le mélange: sans cela, les chevaux, en soufflant dans la man- geoire, séparent souvent la paille hachée, qui est beaucoup plus légère, et mangent presque le grain pur. La paille hachée présente aussi de grands avan- tages, lorsqu'on l’associe à des alimens très-aqueux par eux-mêmes; tels que les résidus de la distilla- tion des pommes de terre ou des grains, de même que des racines très-aqueuses. On peut, par ce moyen; augmenter sans inconvénient la quantité de ces substances, qu’on fait consommer aux bes- tiaux- Dans plusieurs cantons; on hache aussi le foin qu'on fait consommer aux bestiaux, soit pour le mélanger à de la paille hachée, qu’on leur fait ainsi OCTOBRE.‘ 219 manger en plus grande quantité, soit pour en pré- parer des espèces de soupes, destinées principale- ment aux vaches laitières ou aux bœufs à l’engrais. C’est ainsi qu’en Flandre, après avoir fait détrem- per dans l’eau des tourteaux d’huile, ou de la fa- rine de céréales, de féveroles, etc,, on y ajoute du foin haché, et on présente Le tout aux vaches, dans un état liquide. Il y a de fortes raisons de croire qu’on augmente la faculté nutritive des alimens, en les donnant sous cette forme. RACINES COUPÉES. Lesracines qu’on donne crues aux bestiaux doi- vent, dans presque tous les cas, être coupées par morceaux ou par tranches; le plus souvent, on se sert, pour les découper, d’un couteau en forme d’S, mais cette méthode est très-longue et très-pénible. On a imaginé depuis peu plusieurs instrumens qui atteignent le même but, avec beaucoup moins de travail. Je crois pouvoir recommander, d’après mon expérience, une machine peu coûteuse, construite par M. Burette, mécanicien à Paris, et qui est dé- crite et figurée dans le Bullerin de la Société d’en- couragement pour l’industrie nationale. Je l’ai fait construire d’après ces dessins, et j’ai trouvé qu’elle atteint parfaitement son but. OCTOBRE. DONNER AU BÉTAIL A CORNES LES POMMES DE TERRE CUITES OÙ CRUES. D'après mes expériences, faites sur des vaches laitières, les pommes de terre cuites favorisent l’en- oraissement du bétail, plus que les pommes de terre crues, et ces dernières donnent plus de lait aux va- ches que les pommes de terre cuites. D’un autre côté, on ne peut donner aux bêtes à cornes, sans inconvénient pour leur santé, une aussi grande quantité de pommes de terre crues que cuites: ces dernières peuvent, sans aucun inconvénient, former la plus grande partie de la nourriture du bétail; mais si on les donne crues en trop grande propor- tion, il peut en résulter des diarrhées et d’autres accidens graves, qui, dans mes expériences, n’ont cependant pas eu de suites funestes, et qui ont cédé au seul changement de régime. BOTTELER LE FOIN. L'usage le plus commun dans les campagnes, est de faire consommer le foin aux bestiaux, en le pre- nant dans la masse, et par conséquent de laisser u hasard ou à la négligence des domestiques la détermination de la ration qu’on donne au bétail. Jai même souvent entendu dire à un grand nombre le cultivateurs, que Le foin bottelé fair moins de OCTOBRE. 291 profit, que lorsqu’on le tire de la masse pour le mettre dans le râtelier. Cela peut être vrai, s’il est question de foin bottelé au moment de la récolte; il est facile de croire que, dans ce cas, la fermenta- tion s'établit moins régulièrement dans la masse, ce qui peut influer sur la qualité du foin; mais la paresse seule peut alléguer un tel prétexte, pour refuser de faire botteler le foin, lorsque la fermen- tation est terminée, c’est-à-dire, lorsqu'on met le bétail à la nourriture d’hiver. Dans une exploita- tion bien réglée, c’est un soin qu’on ne doit jamais négliger. Par ce moyen, non-seulement on acquiert la facilité de rationner le bétail'en:lui assignant, sans dilapidation, la quantité de fourrage qui lui convient; mais on prend une connaissance exacte de la provision de fourrage dont on peut disposer, ce qui permet de diriger:en conséquence la con- sommation. LABOURS PRÉPARATOIRES. Lorsque la semaille des. blés est terminée, on ne doit pas perdre de temps pour donner un la- bour aux terres destinées aux semailles de prin- temps, qui doivent le recevoir avant l’hiver. Cette précaution est sur-tout essentielle dans les sols ar- gileux, parce qu’il arrive souvent que; plus tard, la saison trop pluvieuse empêche d'exécuter ces la- bours. 229 OCTOBRE. Lorsqu'on fait usage de l’extirpateur, lés terres ainsi labourées d'automne, peuvent, avec les plus grands avantages, se passer d’un labour à la charrue au printemps, si elles doivént être énsemencées en février ou mars. Alors une simple culture à l’extir- pateur, qui ne coûte pas la moitié d’un labour à la charrue, met les terres dans un bien meilleur état, que si on les labourait dans cette saison, Ce mode de culture convient parfaitement aux terres fortes et argileuses, aussi bien qu'aux sols légers et sa- blonneux. FABRICATION DU: VIN: Tout ce qui se rapporte à la fermentation‘vi- neuse, est assez bien connu aujourd’hui, pour qu’on puisse établir avec cértitude les principes sur lesquels on doit se dirigér dans la fabrication du vin. Composition du vin.— Les principes constituans du vin sont, 1°, de l’eau, qui en forme la partie la plus considérable; 2°, de Pesprit où alcool, formé par la fermentation; dux dépens de la ma- tière sucrée qui était contenue dans le! raisin? c’est à cette substance’ que le vin doit” à faculté eni= vrante; il est d'autant plus généreux, qu’ilen con: tient une plus grande proportion; 3°: ui peu de matière sucrée non décomposée; 4°. des sels à base de potasse, et sur-tout du tartre, dont l'acidité con- OCTOBRE. 293 tribue à donner au vin une sayeur agréable, lors- qu’il existe dans une proportion convenable; 5°. un arome, qui varie beaucoup selon les localités; 6°. une matière acerbe ou astringente, qui existait princi- palement dans les pepins et les grappes du raisin, et qui, en modifiant la saveur du vin, contribue essentiellement à sa conservation; cette substance joue ici le même rôle que le houblon qu’on ajoute à la bière; 7°. une matière colorante, qui résidait exclusivement dans la pellicule du raisin; 8°. de l'acide carbonique, substance gazeuse, dont la plus grande partie s’est dégagée pendant la fermenta- tion, mais dont une petite quantité reste combinée à la liqueur. Le vin contient aussi, en petite quan- tité, quelques autres substances d’une beaucoup moindre importance. Le ferment, qui existait en très-grande quantité dans le moût, et dont l’action a déterminé la fermentation par laquelle la matière sucrée s’est convertie en alcool, n’existe plus dans le vin qui a achevé sa fermentation, et qui s’est clarifié; ou du moins, il n’y existe plus qu’en très- petite quantité. La bonne qualité du vin, c’est-à-dire sa saveur agréable, et sa faculté de se conserver pendant plus ou moins long-temps, dépend de la juste propor- tion dans laquelle ces diverses substances se trou- vent combinées. Les procédés qu’on suit dans sa préparation, influent essentiellement sur la pro- OCTOBRE. portion dans laquelle quelques-unes de ces subs- tances s’y rencontrent. Les soins du propriétaire, dans cette fabrication, doivent avoir pour but de conserver, autant qu’il est possible, dans le vin; ou même de lui fournir artificiellement, les subs- tances qui sont nécessaires pour lui procurer les qualités particulières qu’il désire lui donner, et de diminuer, aw contraire, celles qui pourraient s’y trouver en excès: c’est sous ce point de vue que je vais considérer en peu de mots les principaux pro- cédés de cette fabrication. ÆEgrappage.— Cette opération tend à diminuer, dans une proportion considérable, le principe acerbe qui se rencontre dans le vin, et qu’il tire en grande partie des grappes, pendant le cuvage, et dans le pressurage; le vin produit par le raisin égrappé; est donc plus délicat, et peut se conserver moins long-temps, parce qu’il contient en beaucoup moins grande proportion le principe conservateur de cette liqueur, et sans lequel elle passe promptement à la fermentation acide, ou à d’autres altératiens. Le principe acerbe n’est pas utile seulement sous ce| rapport: quoiqu'il ait une saveur fort désagréable| lorsqu'il est isolé, cependant c’est un ingrédient es-| sentiel pour donner au vin la saveur qu’on y| recherche; seulement, il ne faut pas que la sa- veur astringente y domine trop, parce qu’elle ne devient agréable que par sa juste combinaison OCTOBRE. 2925 avec celle des autres parties constituantes de cette liqueur. Il est donc impossible de déterminer d’une ma- nière générale s’il est utile ou non d’égrapper. Cela dépend essentiellement de la nature du rai- sin, du terroir, de l’année, ainsi que de la qualité de vin que l’on désire obtenir. Sans égrapper la to- talité de la vendange, il sera souvent très-utile de ne pratiquer cette opération que sur la moitié, le tiers, ou Le quart de la quantité de raisin qu’on met dans une cuve, ou d’égrapper entièrement une cuve, pour en mélanger le vin avec celui des autres cuves, dans une proportion variable, si on désire obtenir des vins de diverses qualités, et potables à diverses époques. Couverture des cuves.— Il est très-essentiel de soustraire à l’action de l’air le chapeau qui s'élève au-dessus du liquide pendant la fermentation. Le contact de l’air fait passer promptement à la fer- mentation acide le vin dont il est imprégné, et dans les saisons très-chaudes, la fermentation pu- tride s’y développe même souvent. C’est par l'effet de l’une et de l’autre de ces deux fermentations, qu’il arrive souvent que la température du chapeau se maintient à un degré beaucoup plus élevé que celle du liquide qui est au-dessous, lorsque la fer- mentation vineuse approche de sa fin. On conçoit facilement que si le chapeau est mêlé dans cet état 226 OCTOBRE. avec le reste de la vendange, il y porte des levains de décomposition qui altèrent la saveur du vin, et qui nuisent à sa conservation. D'un autre côté, lorsque le chapeau est exposé à l'air, il éprouve une évaporation considérable, par l’effet de la chaleur qui sy entretient; ce qui donne lieu à une perte importante sur la quantité du vin. C’est donc avec beaucoup de raison qu’on a re- commandé, depuis long-temps;, de couvrir les cuves avec soin. On a proposé récemment d'adapter aux cuves un appareil destiné à rendre la fermeture encore plus exacte, et en même temps à recueil- lir le liquide spiritueux, qu’on supposait être en- traîné par l’acide carbonique qui se dégage pendant la fermentation. Des expériences très-exactes, dont les résultats ont été à-peu-près uniformes sur tous les points de la France, ont prouvé que la quantité d’alcool qui se perd ainsi, était trop insignifiante, pour qu’on se donnât la peine de la recueillir, et que l’appareil ne présentait aucun avantage réel; mais elles ont demontré en même temps qu’on éprouve une perte de vin considérable, lorsque la vendange fermente dans une cuw2 découverte. Le seul doute qui puisse exister aujourd’hui, re- lativement à la fermeture des cuves, est de savoir s’il importe que la fermeture soit plus ou moins exacte. Dans plusieurs des expériences qui ont été OCTOBRE. 227 faites, on a couvert hermétiquement la cuve avec un couvercle scellé en plâtre, en y ménageant une ouverture, à laquelle était appliqué un tube re- courbé, qui venait plonger dans un baquet d’eau. Iliserait fâcheux que ce degré d’exactitude dans la fermeture fût nécessaire: en. effet, pour que ce tube fût de quelque utilité, il faudrait que les douves de la cuve, dans leur partie supérieure, et les planches qui forment le couvercle, fussent as- sez bien jointes, et que ce dernier fût scellé ou luté avec assez d’exactitude dans tout son pourtour, pour ne donner aucune issue au gaz, ce qu’on peut reconnaître au bouillonnement que le gaz produi- rait dans l’eau, en s’échappant par le tube. Mais il est bien certain qu’il serait extrêmement difficile d'obtenir cet effet, et je ne crains pas d’avancer que sur cent propriétaires ou vignerons qui vou- gr draient suivre ce procédé, il ne s’en trouverait pas un qui pût parvenir à obtenir ce bouillonnement, dans une cuve d’une grande capacité. Cette opé- ration présenterait de grandes difficultés, même à un chimiste habitué aux travaux de ce genre. D'autres personnes ont proposé de couvrir la cuve d’un, couvercle scellé aussi en plâtre ou en terre dans-tout son pourtour, en laissant seulement daus le couvercle une ouverture par où pût s’é- chapper le gaz. Je crois fort inutile de laisser cette ouverture; parce que la fermeture ne sera jamais 228 OCTOBRE. assez exacte pour ne pas laisser au gaz une issue suffisante. Je crois aussi qu'il est parfaitement inu- tile de se donner tout l’embarras qu’entraîne l’opé- ration de sceller le couvercle. En faisant usage d’un couvercle de deux pièces, débordant la cuve de quelques pouces dans tout son pourtour, la simple application du couvercle, en prenant soin de le faire joindre le mieux qu’on le peut, et sans aucun lut, suffit pour maintenir la partie de la cuve qui n’est pas occupée par la vendange, toujours rem- plie par une partie de l’acide carbonique qui se dé- gage, et les petites ouvertures qui se rencontrent nécessairement entre la cuve et le couvercle, ainsi qu’entre les deux parties de ce dernier, remplacent suffisamment, et avec moins de peines et de soïns, ouverture unique qu’on pourrait laisser au cou- vercle, On sait, en effet, que le gaz acide carbonique, étant beaucoup plus pesant que l’air, remplit exac- tement toute la capacité vide de la cuve, avant que la grande abondance qui s’en dégage, en force une partie à se verser au dehors. Ce gaz forme, pour la vendange, la couverture la plus exacte qui puisse la soustraire au contact de l'air. La principale fonc- tion du couvercle doit donc être de garantir le fluide gazeux de tout mouvement de l’air extérieur qui viendrait le déplacer en se mélangeant avec lui, Il remplit également bien cette condition, soit OCTOBRE. 229 que le gaz n’ait qu’une ouverture unique pour s’é- chapper, soit qu’il en ait plusieurs, pourvu que ces dernières ne soient pas trop larges; ce qu’il est facile d’obtenir, en posant avec quelque soin le couvercle sur la cuve. On doit avoir la précaution de ne pas remplir la cuve jusque près de ses bords, afin que le chapeau, en s’élevant par l'effet de la fermentation, laisse Ê toujours un vide de huit ou neuf pouces au moins entre lui et le couvercle, douze ou quinze pouces valent encore mieux: de cette manière, la ven- dange se trouve toujours couverte d’une couche suffisamment épaisse de gaz acide carbonique. On doit aussi avoir soin de soulever le moins souvent possible le couvercle, pendant la fermentation, et lorsqu'on croit devoir le faire pour examiner l’état de la cuve, on doit Le soulever très-lentement, et éviter tous les mouvemens brusques des bras dans l’intérieur de la cuve, qui tendent à déplacer la couche d’acide carbonique qui recouvre la ven- dange. Foulage.— On est dans l'usage, dans plusieurs cantons, de fouler la vendange dans la cuve, soit au moment où on l’emplit, soit dans Le cours de la fermentation. Souvent aussi, on écrase le raisin, à mesure qu’on le met dans la cuve, par divers pro- cédés, dont le plus parfait consiste à faire passer toute la veridange entre deux cylindres destinés à 230 OCTOBRE cet usage. Cette opération équivaut à un foulage complet. IL’est toujours utile d’écraser le raisin lorsqu’on le met dans la cuve, la fermentation marche bien plus régulièrement. Lorsqu'on foule la cuve dans Le cours de la fermentation, on a pour but de donner plus de couleur au vin; maïs on n’atteint ce but que lorsque le foulage a lieu au moment où la fer- mentation est déjà avancée, parce que la partie co- lorante de la pellicule du raisin, étant d’une na- ture résineuse, ne peut se dissoudre que lorsque le vin contient déjà une quantité considérable d’alcool. Au reste, le foulage, pendant la fermentation, présente le grave inconvénient de déranger la cou- che d’acide carbonique qui recouvre la vendange, et d’exposer celle-ci au contact de l'air; d’ailleurs, si le chapeau d’une cuve découverte a déjà con- tracté quelque écidité, on.ne peut que nuire à la masse entière, en l’y mélangeant. Addition de matière sucrée.— Dans les climats froids, et sur-tout dans les années où le raisin n’a pas acquis toute sa maturité, le vin manque gou- jours de spirituosité, parce que la matière sucrée qui forme l’alcool n’était‘pas assez ibondetél: On peut très-bien corriger ce défaut, en ajoutant dans la cuve une certaine quantité de matière su- crée. Si on sait, par exemple, que le moût doit OCTOBRE. 231 porter douze ou treize degrés à l’aréomètre de Baumé, pour produire un vin de bonne qualité, on peut le porter artificiellement à ce degré, en y ajoutant une quantité suffisante de matière sucrée. Au reste, il faut une quantité de sucre assez consi- dérable, pourélever la densité du moût d’un ou deux degrés, et on doit calculer le prix de la matière qu’on ajoute, en Le comparant à l’augmentation de valeur qu’on pourra ainsi procurer au vin. On ne peut guère améliorer sa qualité d’une manière sensible, en ajoutant moins de deux ou trois kilogrammes de matière sucrée par hectolitre. On a quelquefois employé dans cette intention le sucre brut ou cassonnade; mais il est rare que le prix de cette substance puisse permettre de l’em- ployer avec profit. La mélasse produit un effet sem- blable, et coûte beaucoup moinss mais lorsqu'on en emploie une quantité un peu considérable, elle donne au vin une odeur et une saveur désagréables. Le miel peut s’y employer aussi; mais la matière sucrée qui convient le mieux à cette opération, est le sirop de raisin, qu’on peut obtenir aujourd’hui à assez bas prix dans le midi de la France, et qui pourrait servir, avec beaucoup d’avantage, à amé- liorer les vins des provinces du Nord. On peut encore concentrer, par une ébullition prolongée, une portion du moût de la cuve, et la verser ensuite sur la masse; mais.alors on diminue OCTOBRE. considérablement la quantité du vin, parce qu’en 232 supposant un moût pauvre en matière sucrée, il faut en concentrer une grande quantité, et le ré- duire à un très-petit volume, pour produire un ef- fet sensible. D'ailleurs, le procédé est coûteux et embarrassant. Réchauffement de la cuve.— On a proposé sou vent de tirer de la cuve, immédiatement après la vendange; une certaine quantité de moût, pour la faire chauffer dans une chaudière, et la mélanger ensuite à la masse. IL est certain que lorsque les raisins ont été cueillis et entassés par un temps froid, sur-tout lorsqu'ils ne sont pas bien sûrs, la fermentation s'établit très-lentement dans la cuve, et on voit souvent se passer plusieurs jours, avant que la masse ait pu s’échauffer à un degré suffisant pour que la fermentation s’y établisse régulièrement. Quelquefois même, la masse se réchauffe peu pen- dant toute la durée de la fermentation. On a remarqué que lorsque la masse s’échauffe davantage, ce qui accélère la fermentation, on ob- tient toujours un vin de meilleure qualité, et é’est sans doute ce qui à fait juger qu’on pourrait arri- ver au même résultat, en donnant plus d'activité à la fermentation, par un réchauffement artificiel. Mais ici, il ya de l’erreur: le vin a été de bonne qualité alors, parce que le raisin, quoique peut-être OCTOBRE. 255 vendangé par un temps froid, contenait assez de matière sucrée, pour qu'il s’y développât une fer- mentation capable de réchauffer la masse: la cha- leur artificielle pourra bien accélérer la fermenta- tion, mais n’ajoute pas de matière sucrée au moût, et, par conséquent, ne, contribue en rien à-la spiri- tuosité du vin. Pourvu que la cuve soit couverte, la prolongation de la fermentation n’a pas d’inconvé- nient, et le même raisin donnera d’aussi bon vin après une fermentation qui a duré douze jours, que si elle se fût terminée en quatre. Il résulte de là que si la vendange était bien müre, et que le retard dans la fermentation n’ait poux cause que la température froïde du moment de la vendange, on doit peu s'inquiéter de ce retard, et on peut être assuré: que la fermentation elle-même y produira la chaleur nécessaire pour que le vin arrive à toute sa perfection. Si, au contraire, le re- tard dans la fermentation vient de ce que le raisin n'était point münr, ce n’est pas de la chaleur qu’il faut donner à la cuve; mais bien du sucre, sans lequel la chaleur ne peut pas faire de vin, et qui suffit pour produire.la! chaleur. Au reste, dans le cas d’une férmentation lente, il nest que plus important de tenir les cuves cou- vertes. Soustraction d'acide.— Lorsque le raisin n’est pas parvenu à une maturité complète, le vin pèche 20 234 OCTOBRE. toujours par un éxcès de tartre, sel acide à base de potasse. C’est un des défauts les plus ordinaires dans les vihs des cantons septentrionaux. On a pro- posé de sé débarrasser d’une portion de ce tartre surabondant, en faisant chauffer et concentrant une portion du moût, qu’on laisse ensuite refroi- dit; une partie du tartre 8e cristallise, et on peut l’enlevér facilement. La petite quantité de tartre qu’on peut enlever par ce moyen; rend cette opé- ration très-embarrassante, très-coûteuse, et défini- tivement peu efficace. On peut arriver bien plus facilement au même but, en employant ici le procédé dont on se sert dans la fabrication du sirop de raisin, et par le moyen duquel on enlève au moûtla totalité de l’acide qu’il contient, c’est-à-dire, la saturation de l’acide, par le moyen de la craie en poudre. On peut mettre dans la cuve même une quantité déterminée de craie, ou, mieuxencore, soutirér, avant la fermenta- tion, une certaine proportion du motût de la cuve, par exemple, le tiers ou le quart, ou mêmemoins;, saturer complétement Pacide de cette portion, en y mêlant de la craie‘en poudre, jusqu’à ce qu’elle ne produise plus d’effervescence; laisser déposer la craie au fond du cuvier dans lequel on aura fait cette opération, et reporter dans la cuve le moût décanté. I1 n’y a nul doute qu’on ne puisse améliorer; OCTOBRE. 255 par l’un ou l’autre de ces procédés, beaucoup de vins qui sont à peine potables, par l’excès d’acide qu’ils contiennent; maison ne doit les employer qu’avec prudence et résérve, parce que, si l’excès d’acide est nuisible à la qualité du vin, une cer- taine proportiongde gette substance est nécessaire pour lui donner une, saveur agréable. En voulant corriger un moût qui contient trop de tartre, on pourrait bien, faute de s'être arrêté au point juste, produire un vin plat et insipide. Décuvage.— A mesure que la fermentation s’o- père, la pesanteur ou densité du moft diminue graduellement; en sorte que le moût qui portait, par exemple, douze dégrés à l’aréomètre de Baumé, immédiatementaprès la vendange, marque de jouren jourquelques degrés de moins, jusqu’à cequ’ilarrive, au moment de la terminaison de la fermentation, à un terme plus ou moins rapproché du zéro, qui est le degré de densité de l'eau. En même temps, la saveur du moût change considérablèmént aussi: de doux et sucré qu’il était ayant Ja fermentation, il devient de plus en plus vineux, en prenant, outre la saveur alcoolique, une saveur piquante, qu’il doit à l'acide carbonique.. Lorsque la fermentation est complète, le-palaïs ne distingue plus du tout la saveur sucrée. L’élévation du chapeau de la ven- dange est'aussi un indice des progrès de la fermen- tation: 1] s'élève successivement tant qu’elle dure. 236 OCTOBRE. et ne tarde pas à s’abaisser aussitôt qu’elle a cessé. Ce sont ces trois indices qu’on emploie ordinai- rement à déterminer le moment où il est le plus convenable de décuver. Celui qu’on tire de la mar- che de l’aréomètre est le plus commode, et peut- être Le plus sûr. Il est impossible, au reste, de fixer le degré précis de l’aréomètre auquel il convient de décuver, ce qui doit dépendre de plusieurs circons- tances, et en particulier des qualités qu’on veut donner au vin. Dans les cuves couvertes, l'instant du décuvage, pris avant la terminaison de la fermentation, est une circonstance assez indifférente pour la spiri- tuosité du vin; car si on décuve avant que la fer- mentation ne soit terminée; elle s’achèvera tout aussi complétement dans les tonneaux; mais il importe beaucoup de décuvér aussitôt que la fer- mentation est terminée, lorsque les cuves ne sont pas couvertes, parce que, dès ce moment, le vin ne* peut plus que perdre en spirituosité, par l’effet de l’évaporation, et de la fermentation acide qui se ma- nifeste dans le chapeau. Ce danger est beaucoup moins à craindre dans les cuves couvertes: là, on peut retarder le décuvage, sans nuire beaucoup au vin, sous Le rapport de sa spirituosité, Mais! l’époque du exerce aussi une grande influence sur d’autres qualités du vin, c’est- à-dire sur sa couleuretsur la quantité de principe OCTOBRE. acerbe ou astringent qu’il contient. C’est sur-tout 237 lorsque le vin est fait, c’est-à-dire lorsqu'il contient tout l’alcoel qui peuts’y former, qu’il dissout le prin- cipe colorant des pellicules du raisin; et comme on cherche ordinairement à donner au vin le plus de couleur qu’il est possible, le retard dans le décuvage contribue certainement à lui donner cette qualité; maisaussi, en même temps que le vin dissout la ma- tière colorante, il dissout aussile principe astringent des grappes: de sorte qu’en obtenant un vin plus fortement coloré, an l’obtient aussi plus âpre, plus dur ,, d’une plus longue conservation, mais moins agréable, ou du moins exigeant d’être gardé plus long-temps avant d’être consommé. Il résulte de là qu'en égrappant judicieusement une certaine proportion de la vendange, sion craint d’avoir un vin trop dur, et en tenant Les cuves cou- vertes, On peut sans inconvénient retarder le dé- cuvage, et obtenir ainsi la coloration qu’on recher- che. Au reste, il n’y aurait rien à gagner, sous ce rapport, à retarder le décuvage beaucoup au-delà du terme où la fermentation est entièrement ter- minée; et, dans la plupart des cas, c’est vers cette époque qu’il est le plus convenable de décuver, en la devançant néanmoins si on n’a pas égrappé, et qu’on veuille obtenir un vin tendre, aux dépens de Ja coloration. Vin de pressoir,— Le vin qu’on obtient du pres- 238 OCTOBRE. surage est le plus coloré, sur-tout lorsqu'on a dé- cuvé avant la terminaison de la fermentation; ilest aussi Le plus âpre et le plus rude, parce que Le pres- surage exprime des grappes une certaine quantité d’un suc astringent. On le mêle au reste de la cu- vée ou on.le conserve à part, selon la qualité qu’on veut donner à la majeure partie du produit, Si on désire obtenir un vin délicat, et propre à être con- sommé en peu de temps, on se garde bien de l’y mé- ler, sur-toutdans Les vignoblesqui donnent ordinai- rementun vin rude etde longue garde,et lorsqu'on n’a pas égrappé. Îl arrive souvent, au contraire, que le vin de pressoir améliore toute la masse, dans les vignobles où Le vin est naturellement délicat et sus- ceptible de peu de conservation. ARRACHAGE DE LA GARANCE. Que!quefois on arrache la garance dès la seconde année; mais le plus souvent on attend à la troi- sième, et cette méthode est presque toujours plus profitable, Afin de ne perdre aucune racine, on creuse une tranchée aussi profonde que les racines, et on s’a- vance ainsi, en remplissant cette tranchée de la terre qu’on{tire d’une seconde, et en enlevant toutes les racines, de sorte que la surface entière du terrain se trouve défoncée à une grande profondeur. Les racines arrachées ne doivent pas être laissées NOVEMBRE. 239 exposées à la pluie; mais on doit les transporter aussitôt dans un lieu sec, aéré et à l’ombre, où on les fait sécher sur des claies. C’est dans cet état de dessication,; et même quelquefois dans leur état frais, que les cultivateurs les vendent aux fabricans de garance, qui leur font subir une nouvelle des- sication dans des fours, pour les réduire ensuite en poudre, au moyen de moulins destinés à cet usage. On. voit par là que si on voulait établir une cul- ture de garance dans un canton où il n’existerait pas d’usines de ce genre, il faudrait se déterminer à en établir une soi-même, ou s’exposer aux inconvé- niens de vendre ses produits à une grande distance. RAA AV LR LAB UV UV LE LEUR A UE LA UV LULU LEE LUE NOVEMBRE. BATTAGE DES GRAINS. C’EST ordinairement dans ce mois qu’on com- mence à battre les grains; comme le bétail mange toujours plus volontiers la paille fraîche, il est bon de ne battre qu’à mesure de la consommation, les grains dont on veut leur faire manger la paille. Au reste, dans une exploitation bien réglée, on doit s'attacher à faire manger par le bétail la plus petite quantité de paille qu’il.est possible; car celle qui est consommée de cette manière, non-seule- NOVEMBRE. ment nourrit peu les bestiaux, mais ne produit 240 qu’une petite quantité de fumier. C’est en nour- rissant le bétail avec des alimens plus nutritifs, et en employant la plus grande partie de la paille comme litière, qu’on peut faire une grande abon- dance de fumier. On ne doit cependant pas négli- ger de mettre à profit les parties nutritives et sa- pides qui peuvent se trouver dans la paille, en présentant devant le bétail celle qui doit lui ser- vir de litière. CONSERVATION DES NAVETS ET RUTABAGAS. Les navets, sur-tout lorsqu'ils ne sont pas trop avancés dans leur végétation, résistent bien aux gelées modérées; cependant, lorsqu'on les emploie à la nourriture d’hiver du bétail, il est nécessaire d’en arracher au moins une partie, pour en avoir sous la main dans les temps de fortes gelées, où il ne serait pas possible de les arracher, ainsi que dans les temps très-humides, où on ne pourraitfèn- trer dans les terres avec des voitures. On ne doit pas se dissimuler même que ceux qu’on laisse dans les champs courent de grands dangers, si l'hiver devient rigoureux. On peut bien, à la rigueur, les conserver par la méthode que j'ai indiquée pour les pommes de terre, betteraves, etc., sur-tout si les fosses sont très-étroites; mais leur conservation y est beau- NOVEMBRE. à coup moins assurée que celle de ces autres racines j et ils courent beaucoup plus de danger de pourri- ture. La meilleure méthode pour les conserver, est de les placer sur terre; après en avoir ôté les feuilles, en lés rangeant les uns auprès des autres, sans les empiler, dans un terrain voisin de la ferme. La moindre couverture de grande paille suffit, ainsi, pour les garantir des dangers de la gelée: Quant aux rutabagas, ils résistent beaucoup mieux aux‘gelées que les navets; cependant les memes motifs que je viens d'indiquer, doivent en- gager à en arracher une partie avant l'hiver. Ils se pourrissent aussi facilement que les navets, si on Les empile; et la meilleure manière de les conser- ver, est celle que je viens d'indiquer pour ces der- nier$ seulement la couverture de paille est moins nécessaire. Si on peut disposer d’une grangé ou d’un autre local couv ert; un peu vaste, mais sec, pour déposer ces deux espèces de racines| sans trop les entasser, est sans contredit un moyen plus certain. SAIGNER LES SOLS HUMIDES. C’est ordinairement dans cëtte saison, qu’on exé- cute les opérations nécessaires pour saïigner et as- sainir les terrains naturellement humides; c’est une amélioration qui, dans beaucoup de cas, aug- 21 242 NOVEMBRE. mente considérablement la valeur. et les produits de certains sols. Les saignées couvertes, assez pro- fondes pour ne pas gêner le travail de la charrue, présentent le meilleur moyen d’atteindre ce but. On peut les faire, soit sous forme de canaux cou- verts, si on peut se procurer économiquement des pierres plates propres à leur construction, soit par des tranchées, au fond desquelles on place des pier- railles, qu’on recouvre d’un lit de mousse ou de paille, et ensuite d’une épaisseur de dix à douze pouces de terre. Lorsqu'on manque de ces maté- riaux, on peut même se contenter de remplir le fond de la tranchée de: fagotage, de paille ou de “haume, et achever de la remplir avec de la terre. Lorsque le fond du sol est ferme, c’est-à-dire, formé d’une terre argileuse, ces dernières espèces de tranchées se conservent fort long-temps, pourvu qu’elles soient assez profondes, et elles restent qu- vertes, long-temps même après que la paille ou les branchages qu’on y a mis sont pourris. On fait souvent aussi des saignées de.cette,es- pèce, en employant des gazons au lieu de pierres. On forme les deux côtés du canal avec des gazons posés de champ; en sorte que le canal, préfond de huit ou dix pouces, soit beaucoup plus large à sa partie supérieure qu’au fond. Ainsi, en lui don- nant deuxpouces de largeur seulement au fond; on lui donnera cinq ou six pouces dans sa partie, supé- NOVEMBRE 243 rieure, et on le recouvrira d’un gazon épais, la surface tournée vers le bas; on recouvrira le tout de dix à douze pouces de terre. Les saignées de ces diverses espèces auront leur écoulement dans un fossé, qu'on curera avec soin, de manière que les eaux aient toujours leur issue libre. ENTRETENIR LES SILLONS D'ÉCOULEMENT. Dans toutes les terres qui ont été plantées ou se- mées en automne, ainsi que dans celles qui ont été läbourées pour être ensemencées au printemps, ot même dans celles qui n’ont pas été labourées; mais qui deivent l’être de bonne heure après l’hiver, si le sol est argileux et propre à retenir les eaux, il est très-essentiel de faire en automne des sillons d'écoulement, qui ne permettent pas à l’eau d’y sé- journer. Je suppose que cette opération à été faite dans chaque pièce, à mesure qu’elle a été ense- mencée ou labourée. Dans ce mois, On doit visiter exactement et fréquemment les sillons de toutes les pièces, afin que rien n’obstrue jamais le cours des eaux, SEMAILLES TARDIVES DE BLE. Quelquefois on sème encore des blés en no- vembre; on y est forcé assez souvent, en particu= 21, 244 NOVEMBRE lier, par la difficulté de labourer les trèfles dans certaines terres arpileuses, tant que la terre n’a pas été pénétrée par les pluies. C’est là Le plus grand inconvénient du mode de culture dans lequel on sème le blé sur le trèfle. Au reste, cet inconvé- nient ne se rencontre que dans des terres d’une na- ture particulière, et après un été très-sec. Cette méthode présente d’ailleurs de si grands avantages, que ce motif n’est pas suffisant pour la faire rejeter. On n’a pas à craindre non plus que les pluies Les plus abondantes de l’automne empêchent la se- maille du blé sur un trèfle; car on peut le labourer par les temps les plus humides, et lorsqu'il serait impossible de mettre la charrue dans des terres qui ont reçu une jachère d’été. Dans tous les cas, on doit augmenter la quan- tité de semence qu’on emploie pour le blé, à pro- portion que la semaille est plus tardive. La quantité de deux cents litres par hectare, que j'ai indiquée en septembre, pour les semailles à la volée, doit être considérée comme une proportion moyenne. Elle serait ordinairement trop considérable pour les premières semailles, et ne le serait pas assez pour les semailles très-tardives. DECEMBRE. AV AA AAA LD PARU AAA LUE LUE VU UE EUR LU LA VUS DÉCEMBRE. ENTRETIEN DES SILLONS D'ÉCOULEMENT. L’eNtTRETtEN des sillons d'écoulement doit être un des principaux soins du cultivateur pendant tout l’hiver. Je répète cette recommandation à chaque mois, parce que c’est un objet qu’on est trop sou- vent disposé à négliger, attendu qu’on ne l’a pas OT) E sous les yeux, dans une saison où l’on s’occupe prin- cipalement des travauxintérieurs de l’exploitation, et qui est cependant de la plus grande importance. 1 5 l Dans les temps de pluie ou de fonte de neige, Où doit visiter exactement et fréquemment tous les champs semés en blé, en colza, ou en autres plantes hivernales, pour procurer toujours un écoulement facile aux eaux. On ne doit pas négliger le même soin dans les terres argileuses, qui doivent être cultivées ou ensemencées de bonne heure au prin- temps; car si l’eau y séjourne pendant l'hiver, cela retardera peut-être de quinze jours, ou même da- vantage, l’époque où la terre se trouvera en bon état de culture. COMPTABILITÉ> INVENTAIRE. Dans toute exploitation agricole un peu&« 246 DÉCEMBRE. dérable, une comptabilité régulière est une con- dition sans laquelle on ne peut espérer de tirer de la culture tout le profit qu’on peut en attendre. C’est une question assez importante que de dé- terminer à quelle époque äl est le plés convenable de fixer l’zzventaire, ou laz:clôture de la compta- bilité de chaque année. Il est certain que cette époque doit varier selon les bases principales de l'exploitation: par exemple, si l’engraissement des bestiaux formait une partie importante de la spé- culation agricole, il serait convenable de prendre, pour l’époque de l’inventaire, celle de la vente des bestiaux, parce que c’est alors qu’il est le plus fa- cile de déterminer le profit ou la perte qu’a entraîné Pexploitation.| Dans les fermes où la culture des grains forme la branche la plus importante de l’exploitation, le 1er, de janvier me paraît être le moment le plus convenable, parce que le cultivateur peut s’occu- per de préparer son inventaire, dans une saïson qui ordinairement lui laisse du loisir pour cela. A cette époque, une partie des grains sont déjà battus, et si on n’a pas négligé de tenir compte, à la moisson, du nombre des gerbes rentrées, on peut alors se faire une idée assez exacte de la quantité de grains qui sera le produit de la récolte. Il en est de même des fourrages, si on a eu soin de les faire botteler, ce qui est toujours nécessaire, soit qu’on les destine DÉCEMBRE. 247 à la vente, soit qu’on les fasse consommer dans l'exploitation. Pour les fourrages qu’on conserve en meules, on ne peut cependant les faire botteler qu’à mesure de la consommation: dans ce cas, on ne peut se rendre un compte exact de leur quantité, qu’en ayant soin de peser chaque voiture, à mesure qu’on les rentre, et en tenant note du poids con- tenu dans chaque meule. Une balance ou romaine convenable pour peser aïnsi les voitures de four- rage vert ou sec, de fumier, etc., ainsi que le gros bétail en vie, estun meuble très-utile dans une ex- ploitation considérable, où on désire se rendre un compte exact du résultat des opérations. Faute d’un instrument semblable, on est forcé de se borner à une évaluation approximative du poids de chaque voiture de fourrage. En faisant l’inventaire, on peut, ou laisser ou- vert le compte de l’année précédente, en y intro- duisant un compte de denrées en magasin, pour porter à son crédit la valeur des produits qui exis- tent encore en nature, à mesure de leur vente ou de leur consommation, ou bien on peut, en faisant l'évaluation, au cours du jour, des denrées qui se trouvent en nature, les portér aussitôt au débit de l’année suivante, et clore ainsi le compte de l’an- née écoulée. Cette dernière méthode me paraît préférable, parce qu’elle évite d’avoir les comptes le deux et même trois années ouverts à-la-fois, En 248 DÉCEMBRE. effet, il peut arriver souvent qu'un motif quelcon- que empêche de vendre, pendant un ou deux ans, quelqu'un des produits d’une récolte; il y aurait beaucoup d’inconvénient de retarder. aussi long- temps la clôture des comptes d’une année. Je suppose qu’on ait récolté en 1821 cent hectolitres de, colza, qui, au 1er, janvier 1822, ne vaut que viugt fräncs l’hectolitre, le cultivateur aime mieux attendre que de vendre à ce prix; cependant la récolte, comptée à ce prix, est le seul produit réel de sa culture de 1021:si, en conservant la denrée, elle acquiert une plus haute valeur, ce n’est plus le bénéfice de la culture, mais celui de la spéculation. Il est done naturel qu’il, porte au crédit de son compte de colza, en 1821, la valeur de sa récolte au taux du jour, en portant la même somme au débit, d’un compte de colza en magasin, qu'il ouvrira dans sa comptabilité de.1822. 11 en fera de même pour tous les produits quelconques des récoltes de 1821, qui existeront en nature au moment de l’inventaire. Quant aux blés semés dans automne précédent, ainsi qu'aux autres cultures hivernales, le plus convenable est de les faire figurer au. débit de leurs comptes respectifs. dans l’année qui commence, pour une somme légale aux frais qu’ils ont occa- sionnés, selon les comptes, qu’on a dû leur ouvrir dans l’année précédente. Il est bien vrai qu’il est possible qu’à l’époque de l'inventaire, quelqu’une de DECEMBRE. 249 ces cultures représente, par l’effet des chances des saisons, une valeur supérieure ou inférieure aux frais qu’elle a occasionnés; maïs il me semble qu’il ne serait pas convenable de faire figurer cette dif- férence sur le compte de l’année écoulée: car, quoi- que les cultures aient été faites dans cette année, c'était réellement pour le compte de l’année sui- vante. Un point assez embarrassant dans une comptabi- lité agricole, dans laquelle on a pour but d’obte- nir la plus grande régularité possible, est de par- tager les frais d’amendement des terres entre les diverses années sur lesquelles cet amendement doit avoir de linfluence. Ici, on sent qu'il est absolu- ment impossible d'obtenir une exactitude rigou- reuse, puisque, quand nous connaîtrions exacte- ment la faculté épuisante absolue de chaque espèce de récolte, les variations des saisons yapporteraient toujours des différences considérables. Sans tendre à un degré de précision qu'il est impossible d’at- teindre dans cette matière, l’essentiel est de se faire une méthode d’une application facile dans la pratique, et qui s'accorde Le mieux possible avec l’observation des faits.-On sent bien que cette mé- thode doit varier pour chaque cultivateur, selon l’assolement qu’il a adopté, et selon la nature de ses terres. Je supposerai, dans un sol de consistance moyenne, un assoléement. de quatre âps; 1°, pom- 250 DÉCEMBRE. mes de terre fumées, 2°. orge, 3°. trèfle, 4°. blé. Je crois que le plus convenable est de charger les pommés de terre de la moitié des frais d’engrais, l'orge d’un quart, et le blé de l’autre quart: le trèfle ne doit pas en supporter, parce qu’il est améliorant par lui-même. Aïnsi on chargera, la première an- née, le compte de pommes de terre de tous les frais d'engrais, c’est-à-dire de la valeur qu’on aura as- signée au fumier, frais de transport, main-d'œuvre pour charger, décharger et étendre, etc. A l’in- ventaire de la première année, on déchargera le compte de pommes de terre d’une somme égale à la moitié de ces frais, qu’on portera au débit du compte de l’orge de l'année suivante. A l’inventaire de la deuxième année, on prendra encore moitié de cette dernière somme, dont on déchargéra le compte d'orge, pour en charger le compte de zrèfle. A la troisième année, on déchargera le compte de trèfle de toute cette somme, pour la porter au débit du compte de b/é. De cette manière, les frais d’en- grais se trouveront répartis sur toute la durée de l’assolement. On conçoit que la marche que je viens d’indiquer est nécessaire, parce qu'il faut que tous les frais figurent constamment sur les comptes. Le compte d’rsérumens d’agricullure se trouvera chargé de toutes les dépenses d'achat où construc- tion de tous Les instrumens qui existent dans l’ex- DÉCEMBRE. 251 ploitation. A chaque inventaire, on les reportera dans les comptes de l’année suivante pour une somme égale. Il est bien vrai que les instrumens, n'étant plus neufs, n’ont plus réellementla même valeur vénale que lorsqu’on les a achetés; cepen- dant il est juste d’agir ainsi, parce que ces instru- mens, n’ayant été achetésque pour l’usage, ont tou- jours, sous ce rapport, la même valeur pour celui qui. s’en sert. Il est entendu que tous les frais de réparations ou d’achat de nouveaux instrumens, pour remplacer ceux qui sont usés, seront portés surun compte particulier d'entretien des instrumens d'agriculture; de manière que ces frais restent à la charge de chaque année de culture. Quant au bétail, comme la valeur de celui qui existe dans une exploitation est susceptible de va- rier considérablement, soit par des différences dans le nombre des bestiaux qu’on entretient chaque , année, soit par des variations dans les prix courans du pays, on doit, à chaque inventaire, faire une estimation, espèce par espèce, de tous Les bestiaux qu’on possède, au taux des prix actuels; pour les porter au crédit des comptes de l’année écoulée et au débit de l’année qui commence. J’ai indiqué le 1er, janvier comme l’époque la plus convenable pour l'inventaire des cultivateurs: je crois en effet que c’est celle qu’il leur convient le mieux de choisir dans la plupart des circons- 252 DECEMBRE. tances, principalement à cause du loisir qu’ils ont dans cette saison pour s’occuper d’une opération aussi importante; cependant cette époque a l’in- convénient d’être peu en rapport avec celle de l’en- trée en jouissance, d’après l’usage suivi pour les baux dans la plus grande partie de la France. Si, par exemple, un cultivateur entre en jouissance de son exploitation au mois d'avril, il faut qu’il tienne un compte intercalaire jusqu’au 1er, janvier sui- vant. Cet inconvénient disparaïîtrait en fixant l’é- poque des inventaires à celle de l’entrée en jouis- sance, par exemple, au 23 avril: cette époque pré- senterait même de plus quelques autres avantages; mais c’est une saison de l’année où les cultivateurs ont tant d'occupation au dehors, qu’il serait trop à craindre que le travail de l’inventaire ne fütnégligé; cependant, dans une exploitation considérable, où on aurait un commis chargé spécialement de la te- nue de la comptabilité, cette dernière époque serait, je crois, la plus convenable dans la plupart des cir- constances. Il pourra paraître singulier à la plu- part des cultivateurs d’entendre parler d’un com- mis chargé de tenir la comptabilité d’une ferme; cependant j'ai l’intime conviction qu'il n’y a pas une exploitation de cinq ou six mille francs de fer- mage annuel, où la tenue d’une comptabilité répgu- lière ne présentât des avantages infiniment supé- rieurs à la dépense qu’entrainerait l’entretien d’un DECEMBRE 255 tommis, quelque cher qu’on püt le payer, et quoi- que, dans une ferme semblable, tout le travail de la comptabilité ne pût l’occuper que quelques heures par jour, excepté à l’époque de l'inventaire. On sent bien que je n’ai pas prétendu donner ici un traité de comptabilité agricole, ce qui exigerait un travail fort étendu. Je n’ai voulu présenter qu’un petit nombre d’observations sur quelques points qui pourraient embarrasser, au moment de la confection de linventaire, les personnes même qui connaissent les principes de la comptabilité. J’ajouterai seulement, pour ceux qui désireraient adopter la méthode d’une tenue de comptes régu- lière dans une exploitation rurale, que je les en- gage à s'arrêter sans hésitation au mode de comp- tabilité appelé comptabilité en parties doubles. Ce genre de comptabilité, adopté aujourd’hui dans toutes les branches de l’administration des revenus de l'État, et qui s'étend tous Les jours davantage dans la tenue des livres des commerçans et des ma- nufacturiers, s’applique, sans aucune difficulté, aux comptes d’une exploitation rurale, de quelque genre qu’elle soit. Il ne présente pas plus de diffi- culté ni plus de travail qu'aucun autre, et c’est le seul qui offre un tableau fidèle de l’ensemble et de tous les détails d’une exploitation. Si je le recom- mande aux personnes qui dirigent elles-mêmes leur exploitation et leur comptabilité, je le regarde 254 DÉCEMBRE. comme bien plus nécessaire encore pour celles qui confient cette direction à des agens responsables. Une comptabilité régulière en parties doubles est, dans ce cas, la plus puissante garantie qu’elles puissent se donner, de l’ordre et de la fidélité de leurs agens. AGNELAGE: C’est sur la fin de ce mois, ou en janvier, que les brebis commencent à mettre bas, dans les bergeries biensoignées. Il n’y a aucun objet, dans une ferme, qui exige plus de soin et d’assuidité que celui-ci. Il dépend des soins du berger de faire réussir un plus ou moins grand nombre d’agneaux; et par consé= quent d'augmenter ou diminuer beaucoup le pro- duit d’un troupeau. Quelque confiance qu’il puisse avoir dans son berger, un fermier ne doit jamais manquer d'exercer, dans cette occasion, une Sur- veillance assidue. Le succès des agneaux dépend beaucoup aussi de la nourriture qu’on donne aux mères. Une nourri- ture fraîche, composée de racines, comme pommes de terre, navets, betteraves, rutabagas, etc., est à-peu-près nécessaire pour Leur procurer une abon- dante quantité de lait. 299 APE UE EU LA LA LUR VUE US EU A US LUN au SECONDE PARTIE. PIÈCES DÉTACHÉES. DES INSTRUMENS PERFECTIONNÉS D’AGRICUÜLTURE. Ls arts de l’industrie se perfectionnent tous les jours. Lorsqu'on à introduit, dans la culture. des terres, la charrue en place de la bêche, la herse en place du râteau, le chariot en place du traîneau, c’étaient là des nouveautés qui ont inspiré sans doute d’abord beaucoup de défiance, et même de répugnance, chez les hommes qui tiennent à leurs anciennes habitudes; mais l’utilité de ces instru- mens a fini par en faire adopter généralement l’u- sage. Aujourd’hui que les arts de la mécanique ont fait de très-grands progrès, on à imaginé de nou- veaux instruméns, qui paraissent tout aussi extra- ordinaires à la plupart des hommes, que le chariot l’a paru à celui qui l’a vu pour la première fois: esi-ce une raison pour refuser de faire usage d’un instrument qui peut exécuter, avec plus d'économie ou:avec plus de perfection, les principales opéra tions.de la culture des terres? DES INSTRUMENS Il y a encore des cantons en Europe où l’usage )£ 256 etc. des chariots est inconnu dans les travaux des champs: tous les transports se font à dos de cheval ou sur des traîneaux. Regarderait-on comme un homme raisonnable l’habitant de ces cantons qui refuserait de faire usage d’un chariot, parce que ce n’est pas la coutume du pays? Il en est absolument de-même pour plusieurs nouveaux instrumens'qui sont en usage déjà, depuis vingt ou trente ans, dans plusieurs parties de l’Europe, où on trouve, dans leur emploi, une économie immense de main-d’œu- vre, ou l’avantage d’exécuter les travaux de la culi- ture avec plus de perfection. Je vais faire connaître l’usage d’un petit nombre de ces instrumens, choisis parmi ceux dont l’uti- lité a été constatée par l’expérience, delà manière la plus certaine, Je le ferai avec d'autant plusde con- fiance ,-que je les emploie moi-même, depuis long- temps, dans des terres d’une nature fort argileuse, où en général l’usage de ces instrumens présente plus de difficulté que dans les terres meubles. Il ne peut entrer dans le plan de cet ouvrage, de donner de ces instrumens des descriptions, qui seraient nécessairement beaucoup trop courtes pour mettre les lecteurs en état de les faire‘exécuter eux-mêmes, je veux seulement indiquer leur usage ainsi que les avantages qu’ils présentent, dans telles ou telles circonstances, aux personnes qui seraient | | | DE L'EXTIRPATEUR. 07 4 disposées à s’en procurer, dansles cantons où on les emploie; lorsqu’on en aura un modèle, chacun les fera facilement exécuter chez soi. DE L'EXTIRPATEUR. L’extirpateurest un instrumentqui présente cinq; sept ou neuf socs ou pieds, disposés sur deux rangs, l’un derrière l’autré, et qui sert à ameublir la sur- face du sol à la profondeur de deux, quatre ou cinq pouces: c’est un des instrumens les plus utiles dont on puisse faire usage dans quelque sol que ce soit, excepté dans les terres excessivement argileuses et tenaces; qu’on ne peut pas, par des labours répé- tés, amener à un degré d’ameublissement suffisant pour que l’extirpateur puisse y pénétrer, cas quiest extrêmement rare, quoique beaucoup de cultiva- teurs prétendent que leurs terres sont de cette na- ture, parce qu’ils ne savent pas les traiter conve- nablement. On en fait de plusieurs genres, qui diffèrent prin- cipalement par la forme des pieds ou socs. Après avoir employé pendant long-temps celui de M. Fel- lenberg, dont les pieds sont en bois, j’ai voulu essayer, l’année dernière, un extirpateur de forme - anglaise, avec des pieds en fer, et je l’ai trouvé, dans l’usage, tellement supérieur à l’autre, que je lai adopté exclusivement. Il donne par-tout une meil- leure culture que le premier, et il peut s’employer 22 258 DE L’'EXTIRPATEUR. dans un grand nombre de circonstances où la mar- che de l’autre serait impossible. L’extirpateur convient beaucoup mieux que la herse pour enterrer les semences des céréales, des pois, vesces, et autres plantes qui demandent d’être un peu fortement couvertes de terre; on sème à la volée, et on passe ensuite l’instrument à la profon- deur de deux ou trois pouces, ce qui détruit en même temps toutes les mauvaises herbes qui ont germé depuis le dernier labour, et donne une bonne culture à la terre. Le même instrument remplace parfaitement la charrue, pour les deuxième et troisième labours, lorsque la terre est suffisamment ameublie. Par exemple, pour semer le blé, lorsqu'on a donné un ou deux labours en été, selon la nature du sol, on passe l’extirpateur quinze jours ou trois semaines avant la semaille, à deux ou trois pouces de pro- fondeur, ce qui détruit toutes les mauvaises graines qui ont germé; lorsqu'on a semé, on enterre en- core la semence par un trait d’extirpateur. Cette méthode présente le grand avantage de ne pas ra- mener de nouvelles graines nuisibles à la surface, comme on le ferait par un labour à la charrue, et aussi le blé est bien moins sujet à être déchaussé par l’hiver, lorsque le fond de la terre est ferme, comme il l’est lorsqu'il n’a pas été retourné depuis quelque temps; tandis que la surface reste parfaite- DE L'EXTIRPATEUR. 25€ ment meuble, pour favoriser la germination du blé. Pour les semailles de printemps, lorsque la terre a reçu un bon labour d’automné ou d’hiver, le tra- vail de l’extirpateur est bien préférable à celui de la charrue, pour la semaille. Pour l’avoine, les ves- ces, etc., qui se sèment en février ou mars, on sème sur le vieux labour, et on couvre à l’extirpa- teur. Pour Vorge et les autres plantes qui se sè- ment plus tard, on donne ün trait d’extirpateur ow même deux èn mars, à quinze jours de distance, et ensuite on enterrée la semence avec le même ins- trument. Cette manière de traiter les semailles de prin= temps, est peut-être une des plus importantes amé- liorations qui aient été apportées, depuis vingt ans, à l’art de cultiver les terres. Non-seulement le tra- vail est moïns coûteux, et peut bien plus facilement être exécuté promptement et en temps convenable, puisque l’extirpateur fait le travail de quatre char- rues; mais Les récoltes qui sont semées ainsi, sont bien moins casuelles ét plus productives qué celles qui ont recu un labour de printemps. La raison de ce fait est facile à concevoir. Ce qu'ont le plus à craindre les semaïilles de printemps, c’est la sé- chéresse des mois d’avril et mai: or, l'humidité de l'hiver se conserve bien mieux dans un sol qui n’a été remué qu’à sa surface, que dans celui quiaété re- tourné dans tonte sa profondeur, à la veille des 260 DE L’'EXTIRPATEUR. hâles desséchans du printemps. D’un autre côté, tousles cultivateurssavent qu’aprèsl’hiver, lesterres les plus argileuses, ameublies par les gelées, pré- sentent une couche superficielle douce comme des cendres; les.mottes que le labour d’automne avait laissées à la surface, se réduisent en poussière au moindre contact. Si, dans cet état, on laboure la terre à la charrue, on perd, pour la semaille, tout le bénéfice de. cet ameublissement; on renferme sous la raie cette couche meuble, qui eût été si pré- cieuse pour faciliter la germination de la semence, et on ramène à la surface des mottes, qu’on peut bien briser et diviser avec beaucoup de travail par des hersages répétés, mais qu’on ne peut jamais ré- duire à cet état pulvérulent, qui est:le plus ayanta- geux pour la germination des graines. Dans la première édition de cet ouvrage, javais indiqué l’extirpateur comme convenant particuliè- rement pour déraciner le chiendent; mais l’expé- rience m'a démontré, depuis, que le moyen le plus efficace et le plus économique de.se débarrasser promptement de cette plante nuisible, consiste à donner à la terre des labours réitérés ex temps sec; quelque abondant que soit le chiendent, il dis- paraît comme par. enchantement. Dans ce cas, on ne doit pas herser après chaque labour, mais seulement la veille du labour, excepté pour Le pre- mier, qui n’a pas besoin de hersage. DU RAYONNEUR. DU RAYONNEUR. Cet instrument ressemble beaucoup à l’extirpa- teur, la seule différence est qu’il n’a qu’un rang de pieds, qui sont espacés à des distances égales, et qu’on peut yarier à volonté. Sa haie, ainsi que celle de lextirpateur, se fixe sur un avant-train ordinaire de charrue, et permet de donner à cet instrument plus ou moins d’entrure. Celui-ci sert à tracer, le long des sillons, des lignes bien pa- rallèles, pour la plantation ou la semaille des plantes qu’on veut cultiver en rayons. Pour la plantation des betteraves, des choux, des rutabagas, etc., il suffit que le Tayonneur marque sur le terrain les lignes dans lesquelles les planteurs placent le plant. Pour les semailles, il faut que les rayons qu’il trace, soient de la profondeur la plus conve- nable pour chaque espèce de graine, qui y est en- suite déposée soit à la main> Soit par le petit se- moir à brouette. Pour les plantations, on peut même, dans les terrains labourés À plat, passer le rayonneur dans deux directions croisées à angle droit; en plaçant une plante à chaque point où deux lignes se croi- sent, elles se trouvent disposées très- régulière- ment en échiquier, ce qui permet de faire travail- ler la houe à cheval entre les lignes, dans les deux directions. 62 LA PETITE HERSE TRIANGULAIRE. La distance la plus convenable à mettre entre les lignes, est de douze à dix-huit pouces pour le colza, ou autres plantes à huile; dix-huit pouces pour les carottes et haricots; et de vingt et un à vingt-sept pouces pour les betteraves, navets et rutabagas. Si le sol n’est pas trop pauvre, il y a toujours beaucoup plus à gagner qu’à perdre à espacer davantage; les racines déviénnent beau- coup plus grosses, et le terraïn est mieux préparé pour les récoltes suivantes, parce que les cultures se donnent avec plus de perfection entre des lignes plus espacées. Pour le blé, lorge ét l’avoiné, neuf pouces sont suffisans; pour les choux, de dix-huit à trente pouces, et même davantagé, se- lon la grosseur de l'espèce. Un cheval suffit pour conduire lé rayonneur. LA PETITE HER$SE TRIANGULAIRE: Cet instrument, vanté depuis long-temps par M. Yvart, et figuré dans le Nouveau cours complet d'agriculture, est très-précieux pour la culture des plantes en lignes. On peut le garnir de dents plus ou moins fortes, selon la nature du sol, et même d'espèces de coutres tranchans; on peut aussi le construire de manière qu’il s'étvré et se ferme à volonté, selon la distance des lignes des plantes. On n’a pas à craindre, avec cet instrument, de couvrir de terre les plantes encore très-jeunes; et DU ROULEAU. 263 on peut par conséquent Pemployer bien plutôt que la houe à cheval. On peut aussi, sans faire de tort aux plantes, donner la culture bien plus près des lignes. Dans les sols sujets à former une croûte à leur surface par les sécheresses, la petite herse produit d’excellens effets en brisant cette croûte, ou même en émiettant la surface, dans des circons- tances où l’emploi de la houe à cheval serait im- possible. Les personnes qui cultivent des plantes en lignes; ne peuvent pas se passer de cet instrument très-simple; très-léger, et très-peu coûteux. DU ROULEAU. L'usage du rouleau est déjà répandu dans beau- coup de cantons; mais, en général, les rouleaux qu’on emploie sont trop longs et trop légers; un rouleau de bois de dix pouces de diamètre et de cinq ou six pieds de longueur ne produit absolu- ment aucun effet sur les terres fortes, et fait peu de chose sur les terres légères. Les rouleaux de pierre sont les meilleurs, pour la plupart des cas; en leur donnant dix pouces de diamètre sur trois pieds de longueur, leur effet est beaucoup plus égal que ce- lui d’un rouleau plus long. Pour qu’un rouleau de bois produise un effet sensible sur des terres qui ne sont pas très-légères, il faut qu’il ait quinze à dix-huit pouces de diamètre, et on ne doit pas lui donner plus de trois pieds de longueur. 204 DU ROULEAU. Dans les terres argileuses, le rouleau convient très-bien pour briser les mottes et ameublir le ter- rain; mais il est nécessaire que cette opération soit faite par un temps suffisamment sec: si la terre s'attache au rouleau, ou si celui-ci ne fait qu’a- platir les mottes trop humides, on fait plus de mal que de bien. Labourer, herser, rouler, herser, for- ment une opération qui ameublit souvent beaucoup mieux ces sortes de terres, que deux ou trois la- bours suivis de hersages sans l'emploi du rou- leau; les mottes sont, par ce moyen, divisées en très-petits morceaux; qui se laissent facilement pé- nétrer par la première pluie; qui n'aurait produit aucun effet sur de grosses mottes. Un hersage donné alors à temps, après la pluie, met la terre dans un état très-satisfaisant. Le travail des ja- chères, dans les terres fortes, ne se fait jamais mieux qu’en alternant les labours, les roulages et les hersages, le tout exécuté dans l'instant le plus convenable; condition de rigueur et qui exige la plus grande attention dans ces sortes de serres. Le rouleau doit, dans tous les cas, être suivi im- médiatement de la herse. C’est beaucoup d’ou- vrage et de soins; Sans doute; mais les sols de cette espèce ne peuvent bien se cultiver qu'avec beaucoup.de travail. Dans les sols légers, sablonneux ou calcaires, l’action du rouleau sur la semaille est toujours ex- DU ROULEAT 165 cellente, et indispensable pour les graines fines, qui demandent à être enterrées très-peu profondément; uon-seulement cela facilite leur germination, en pressant la terre contre la graine, mais cela con- tribue puissamment à entretenir l’humidité du sol Si, après une sécheresse de quelque durée, au mois d'avril ou de mai, On examine comparativement des champs qui ont été roulés, avec ceux qui ne l’ont pas été, on verra que les premiers conser- vent de l'humidité à une légère profondeur: le natin, on voit la surface humectée par la rosée; dans les autres, au contraire, la terre est desséchée à une grande profondeur: si fes plantes r’ont en- core que de faibles racines, elles s’y dessèchent et périssent, tandis qu’elles ne: souffrent pas dans les premiers. S 1 Dans les terres argileuses ou dans les terres blanches, l'emploi du rouleau sur les semailles, exige beaucoup de circonspection: tant que la sé- cheresse dure après la semaille, les plantes qui ont reçu l’action du rouleau, conservent l'avantage sur celles qui ne l’ont pas reçue; mais s’il survient une averse, la surface du sol, tassée par le rouleau, forme ensuite une croûte dure, qui étrangle les plantes et arrête entièrement leur croissance. Il n’y a guère de remède à ce mal, parce que, même pour les plantes qui, dans une autre circonstance 2 ädmettraient l’emploi de la herse après leur levée, 23 266‘ DU SEMOIR. si on veut en faire usage ici, la berse, en soulevant la croûte par plaques, arrache et détruit tout. En général, j'aieu bien plus souvent lieu de me repen- tir que de m’applaudir, d’avoir employé le rouleau sur la semaille, dans des terres de cette espèce, ce qui n'empêche pas que cette pratique ne soit une opération excellente et très-importante, dans les sols légers, sablonneux ou graveleux. DU SEMOIR. Tous les cultivateurs savent bien qu’en semant à la volée, ils mettent bien plus de semence qu'il ne serait nécessaire pour garnir le terrain; mais une partie se trouve enterrée trop profondément, une autre ne l’est pas assez, plusieurs graines se trou- vent trop rapprochées pour pouvoir prospérer;, de sorte que, si on ne mettait que la quantité de se- mence réellement nécessaire pour garnir le sol, il ne se trouverait pas assez garni. D'après ces motifs, on a essayé, dans quelques cantons, de planter le blé à la main: quelque mi- nutieuse que soit cette opération, elle a été exé- cutée pendant long-temps avec succès sur de très- grandes étendues de terrain, et elle est encore en usage dans quelques endroits. Un homme, portant à chaque main un plantoir à deux branches, che- en faisant des trous ronds; distans le long de chaque bande mine à reculons; de deux ou trois pouces; an ner DU SEMOIR. 26 de terre retournée par la charrue; des femmes ou des enfans qui le suivent, mettent dans chaque trou deux ou trois grains, qui sont ensuite recou- verts par la herse. Lorsque cette opéralion est prati- quée avec intelligence, elle est assez expéditive, et l’épargne de la semence, qui est d'environ moitié de celle qu’on emploie à la volée, suffit, lorsque le prix du grain 1fest pas trop bas, pour payer les frais de plantation. On à de plus des récoltes bien plus égales, et qui produisent plus, tant en grain qu’en paille. On a' chérché à produire le même effet, d’une manière plus économique, au moyen d’instrumens qui répandent la semence également, et qui l’en- terrent à une profondeur régulière, etqu’on appelle sernoirs, On en construit de plusieurs espèces, qui exécutent très-bien cette Opération. Les uns sont conduits:par un cheval et deux hommes, et sèment en lignes également espacées, sur une largeur de quatre pieds et même davantage. Les meilleurs de ce genre paraissent être celui de M. Ducket, qui est un des plus estimés en Anpgleterre, et dont on trouvera une description très- détaillée dans la Description des nouveaux instrumens d’agricul- ture les plus utiles, par M. Thaër, dont j'ai donné une traduction en français, et celui de M. de Fel- lenberg, qu’on peut se procurer chez lui, à Hofwil, près Berne, en Suisse. Ces instrumens exigent, poux 29 268 DU SEMOIR. un homme adroit et éxercés; sans les conduire, quoi, on court le risque qu'une ou plusieurs lignes soient mal semées, où même restent sans semence. Ils coûtent de trois à cinq cents francs; mais, dans une exploitation un peu considérable, on peut payer le prix du semoir par l’économie sur la se- mence; dans une seule année. Ils n'emploient que la moitié de la quantité de semence qu’on sème à la volée, et les récoltes sont plus belles. Je n’ai pas fait usage moi-même de cette espèce de semoirs, je connais plusieurs personnes qui les em- ploient, et quien sont très-contentes. D’ailleurs mais ils sont généralement aujourd’hui en usage en An- oleterre et dans quelque o L'autre espèce de semoi parce qu’un homme seul le con- s parties de l'Allemagne. r est celle qu’on appelle semoir à brouette; duit comme une brouette, et ne sème qu'une ligne à-la-fois, dans des rayons tracés auparavant par le rayonneur, ou dans les raies ouvertes par la char- rue. J’emploie cette espèce de semoirs depuis long- temps; et je les recommande avec confiance; parce qu'ils sont très-simples; peu coûteux;, faciles à conduire;€ bien moi esse de ouvrier, qui voit*facilement ns sujets aux inconvéniens de la maladr la graine qu'il répan qui veulent commencer à faire usage du semoir, fe- ront bien d'employer d’abord celui-ci; lorsque jers seront familiarisé d. Je crois que les personnes leurs OUT s avec cet instrur D—— DU SEMOIR. 269 ment, et qu'ils seront convaincus de ses avantages, ils seront plus disposés à faïre la dépense d’un ins- trument plus compliqué.‘Les petits semoirs sont d’ailleurs les seuls qui conviennent pour les se- mailles qui se font en lignes à dix-huit pouces de distance ou davantage, parce qu’un semoir avec un cheval et deux kHommes ne pourrait semer que trois ou quatre lignes au plus, et qu’il est plus économique, dans ce cas, de faire semer une ligne seule par un homme. Un homme, avec un semoir à brouette, peut se- mer environ un hectare et demi dans sa journée, lorsque les lignes sont à dix-huit pouces, ou moitié, si elles ne sont qu’à neuf pouces: ce trayail n’est pas du tout fatigant. IL y a de ces semoirs pour les graines fines, comme le colza, les navets, les rutabagas, etc.; il y en a d’autres pour le blé, l’orge ou l’âvoine; d'autres pour les féveroles, haricots, pois, len- tilles, maïs, etc. On pourra trouver, dans la Des- cription; ete., de M, Thaër, la description des se- moirs de ce genre, qui conviennent parfaitement pour les sraines fines et les grosses semences; quant aux céréales, il n’en décrit pas de cette espèce; mais il est très- facile d'adapter à un semoir à brouette le mécanisme qu’il décrit pour la se- maille des céréales dans les grands semoirs; il n'y Ce :; È À : d’autre différence, si ce n’est qu’on ne mettra à 270 DU SEMOIR. l'arbre qu’une seule /anrerne au lieu de cinq ou six qui existent dans le semoir à cheval. La distance la plus convenable à mettre entre les lignes, dans les semailles au semoir, est de neuf pouces pour le blé, l'orge et l’avoine; d’un pied pour les pois et les lentilles; de dix-huit pouces pour le colza et les autres graines à huile, pour les féveroles, haricots; et de vingt-quatre à vingt-sept pouces pour les betteraves, rutabagas, navets, etc., un peu moins dans les mauvais sols; de dix- huit à trente pouces pour les choux, selon la gros- seur des espèces. Au reste, cela peut varier selon la nature des terrains; dans un sol très-riche, il y a presque toujours plus d'avantage à espacer davan- tage Les lignes, que dans les terrains pauvres. Le plus grand avantage de la culture au semoir n’est pas encore l’économie de la semence, c’est la facilité de donner des binages entre les lignes avec la houe à cheval; et même, pour les binages à la main, ils sont bien plus faciles, moins coûteux et plus parfaits, dans les récoltes semées en lignes, que dans celles qui le sont à la volée: aussi les ré- coltes cultivées en lignes sont en général plus pro- ductives. Une terre meuble par sa nature, ou bien ameu- blie par de bonnes cultures préparatoires, est né- cessaire à l’action de tous les semoirs. DE LA HOUE A CHEVAL. DE LA HOUE A CHEVAL. Tous les jardiniers savent quelle activité les bi- nages donnent à la végétation des plantes qu’ils cultivent, et quelle augmentation il en résulte dans leurs produits. Il n°y a aucun doute que les plantes I y 1 qu’on cultive dans les champs, ne puissent en tirer le même avantage; mais la dépense qu’entraine cette opération, l’avait, pour ainsi dire, bannie de la grande culture. Ce n’est pas que les frais d’un bi- nage à la main, donné au blé en avril, ne soient ri- chement payés par l’ausgmentation de la récolte, PAYS F 8 sans compter l'avantage de la propreté du terrain pour les récoltes suivantes; mais, dans beaucoup de cas, on ne pourrait se procurer des bras en suf- fisance pour exécuter cette opération, dans une vaste exploitation. Les houes à cheval servent à donner cette cul- ture d’une manière fort expéditive et fort économi- que, entre les lignes des plantes semées au semoir ou plantées au rayonneur, ou enfin cultivées en lignes également espacées, par quelque méthode que ce soit. On en construit de plusieurs espèces: les unes, destinées à cultiver les récoltes semées en lignes très-rapprochées, comme les céréales, sont compp- sées de plusieurs socs ou pieds, qui binent plusieurs lignes à-la-fois; les autres ne prennent qu’une seule 252 DE LA HOUE A CHEVAL ligne, et conviennent particulièrement aux cultures dont les lignes sont espacées de dix-huit pouces au moins, comme les pommes de terre, le colza, Les féveroles, les carottes, etc. L'action de ces instru- mens, dans l’intervalle des lignes, est beaucoup plus énergique que celle de la houe à main, parce qu’ils pénètrent plus profondément. Lorsqu'on veut entièrement nettoyer la terre de toutes les mauvaises herbes, comme cela est néces- saire dans la culture des récoltes jachères, telles que Les pommes de terre, betteraves, etc., il faut achever l’ouvrage à la main, entre les plantes, dans les lignes; mais c’est un ouvrage très-peu considé- rable. On peut compter qu’une houe à cheval, em- ployée à cultiver des pommes de terre dans un sol bien préparé, remplace le travail de vingt à trente ouvriers. On trouvera, dans l’ouvrage de M. Thaër, que j'ai déjà cité, des descriptions très- détaillées de houes à cheval de diverses espèces, qui convien- nent soit pour les binages, soït pour les buttages. Les houes à cheval s’attèlent toujours d’un che- val, et sont conduites par deux hommes, dont l’un peut être remplacé par un enfant; cependant si le cheval est bien dressé à cette opération, et habitué à marcher régulièrement entre les lignes, le même homme qui tient le manche de instrument, peut très-bien conduire le cheval, La conduite de cet CHARRUE A DEUX VERSOIRS. 279 instrument ne présente aucune difficulté; j’y ai toujours employé les premiers ouvriers venus, et dans moins d’une demi-journée, ils ont-été en état de le conduire d’une manière satisfaisante. Dans l’été de 1823, j'ai commencé à faire usage d’une houe à cheval d’une nouvelle construction, que j’aireconnue pour infiniment supérieure à celles dont j'avais eu connaissance auparavant; elle se rapproche beaucoup, dams sa forme, de quelques instrumens du même genre, quisont aujourd’hui en usage en Anpleterre. Son grand avantage con- siste en ce qu’elle permet d’approcher de très-près des lignes de plantes, sans lesendommager, et qu’elle peut s'ouvrir ou se resserrer à volonté, de manière à cultiver entre les lignes distantes de quinze à trente pouces. Au moyen d’un changement de garniture, le même instrument peut être employé comme herse triangulaire, s’ouvrant aussi et se fermant à vo- lonté. Toutes mes récoltes sarclées ont été cultivées en 1823, au moyen de cet instrument, avec une faci- lité et une perfection que je n’avais pas encore at- teintes jusque-là. DE LA CHARRUE A DEUX VERSOIRS. Cet instrument, qui est employé dans beaucoup de cantons, n’est pas assez généralement canmu} CHARRUE À DEUX VERSOIRS. il est très-commode pour faire les sillons d’écoule- 2"/ 274 ment, opération si importante pour toutes les se- mailles, et sur-tout dans les terres arpileuses. Je l’emploie aussi, fréquemment, d’une manière très-avantageuse, pour mettre en planches de six ou huit pieds de largeur, en automne, les terres argileuses qui doivent être semées au printemps: pour cela, on laboure chaque planche à la charrue simple, en laissant entre deux une bande non la- bourée, de dix- huit pouces environ de largeur; quand toute la pièce est labourée ainsi, on refend toutes les bandes de terre qu’on a laissées, avec la charrue à deux versoirs, qui en rejette la moitié sur chacune des deux plantes voisines, et qui laisse ainsi une raie parfaitement bien ouverte. Les terres traitées ainsi, quelque argileuses qu’elles soient, pourvu qu’elles aient un peu de pente, sont tou- jours parfaitement bien égouttées pendant tout l’hi- ver, et ordinairement on peut les semer dès le mois de février, tandis que souvent on ne pourrait y en- trer, sans ce mode de labour, avant le mois d'avril. On peut sans doute disposer le terrain de cette ma- nière, sans l’aide de la charrue à deux versoirs; mais elle facilite et abrége beaucoup cette opération. Dans ce cas, cette charrue sans avant-train exige deux chevaux; mais lorsqu'il n’est question que de relever des raies qui ont été obstruées par le her- sage ou des pluies, un cheval suffit. MACHINE À BATTRE LES GRAINS. La charrue à deux versoirs est très-précieuse 279 aussi pour butter les pommes de terre et autres plantes qui demandent un buttage énergique. Cet instrument est, sous ce rapport, infiniment supé- rieur aux buttoirs qu’on adapte aux houes à cheval. DE LA MACHINE À BATTRE LES GRAINS. Le battage au fléau est sujet à de très-grands in- convéniéns: il est très-coûteux, il laisse presque toujours du grain dans la paille, et si on n’exerce as une surveillance très-exacte sur les batteurs , la quantité de grains qu’on perd ainsi peut être a qua graids qu’on perd& P très-considérable; il expose d’ailleurs le proprié- taire à do grands dangers d’incendie, et à des abus de confiance, qu’il est souvent fortdifficile d’éviter; enfin, c’est peut-être Le plus pénible de tous les travaux de l'agriculture. Après beaucoup de tâätonnemens infructueux de la part de plusieurs mécaniciens, un Ecossais, nommé Aeikle, a inventé, il y a environ cinquante ans, une machine qui exécute cette opération par le moyen de la force des chevaux, ou d’un courant d’eau, ou du vent, etc. Cette machine s’est bien- tôt répandue, et aujourd’hui il y a très-peu de fer- mes de quelque importance, en Anpleterre, où on n’en fasse pas usage. 3 Les avantages qu’on trouve à cette machine sont 4 0 1°. qu’elle tire une plus grande quantité de grains 276 MACHINE A BATTRE LES GRAINS. de la paille que le fléau; cette différence est ardi- nairement d’un vingtième pour les pailles battues avec soin au fléau; mais elle est beaucoup plus considérable, si les batteurs y mettent de la népli- gence: avec Ja machine, au contraire, cette négli- gence n’est pas possible; 2°, que les frais sont beau- coup moins considérables. Cela est facile à conce- voir, puisque la machine, conduite par deux che- vaux et servie par trois personnes, fait autant d’ou- vrase que vingt ou trente batteurs; 3°. que l’ou- vrage se faisant en très-peu de temps, la surveil- lance est bien plus facile, et qu’on évite ainsi Les dangers d'incendie pendant la nuit, et de pillage de la part des batteurs; 4°. qué la paille, mieux bri- sée par la machine, et moins chargée de poussière, plaît davantage aux bestiaux. Tous ces avantages sontgarantis parune expérience assezlongueetassez multipliée pour qu’on n’en conserve aucun doute. Depuis l’impression de la première édition de cet ouvrage, j'ai fait construire une machine à battre, que jai employée pour toutes mes récoltes de cette année, et dont je suis parfaitement satis- fait, Avec une force de trois chevaux, elle bat ré- gulièrement par heure quatre-vingts gerbes de fro- ment, qui, lorsque le blé rezd bien, produisent trois hectolitres et demi de grain: pour l’avoine, elle bat six à sept hectolitres par heure. C’est une machine extrêmement importante dans CONSERVATION DES INSTRUMENS. 9277 wne exploitation considérable. La mienne a coûté quinze cents francs, sans y comprendre le manége qui la met en mouvement, et que j'avais aupara- vant. Dans l’exploitation de Roville, cette somme sera remboursée däns deux ans environ, par l’éco- mie qu’elle procure sur le battage. CONSERVATION DES INSTRUMENS D'AGRICULTURE. On met en général trop peu de soin, dans la plupart des exploitations rurales, à la conservation des instrumens d'agriculture; presque par- tout, on voit les charrues, chariots, etc., exposés à l'air, souvent pendant toute l’année. La dépense d’un hangar pour les mettre à couvert, est bien peu de chose, en comparaison de l’économie qui en résulte, sur les dépenses d'entretien et de renou- vellément des instrumens. Ils ne devraient jamais rester exposés aux injures de l’air, toutes les fois qu’on n’en fait pas usage. Il ya aussi une précaution qui contribue infini- ment à leur conservation, c’est de Les faire couvrir d’une peinture solide à Phuile; cette dépense n’est presque rien, et dans presque tous les cas elle dou- ble la durée de l'instrument. Lorsqu'un cultivateur est éloigné des villes où il peut faire exécuter cette peinture, il devrait avoir toujours chez lui un pot de couleur, qu’on trouve presque par-tout à ache- CONDUITE ter toute broyée: alors le premier homme venu peut exécuter cette opération, soit sur les instru- mens neufs, soit sur ceux où la peinture devient trop vieille. On devrait toujours prendre ce soin pour tous les instrumens quelconques qui se trou- vent exposés à l’air, et même pour les chariots; charrettes, etc.; on y trouverait, sur leur entre- tien, une économie fort importante. INSTRUCTION SUR LA CONDUITE DE L'ARAIRE OU CHARRUE SIMPLE. L’araire, ou charrue simple, ou sans avant-train, est seul employé à tous les labours, dans un grand nombre de contrées; dans d’autres, au contraire, il est entièrement inconnu, et la plupart des culti- vateurs de ces cantons ont peine à croire qu’une charrue puisse marcher régulièrement sans avant- train. Depuis quelques années, la charrue simple a été introduite dans plusieurs parties les mieux cultivées de l’Europe, et on a reconnu par-tout qu’elle donnait un labour aussi bon ou meilleur que les charrues à avant-train, et qu’elle exigeait beaucoup moins de force de tirage. Par-tout où elle est en usage depuis long-temps, on n’y attèle jamais que deux chevaux ou deux bœufs, pour les labours ordinaires, même dans les terres les plus fortes et les plus argileuses; cepen- dant, pour un premier labour, dans une terre forte, DE L’ARAIRE, 279 et lorsque le labour doit passer cinq pouces de pro- fondeur, il peut être nécessaire d’atteler trois che- vaux, à moins qu’ils ne soient de forte taille. Dans les terres très-légères, un seul cheval, un seul bœuf, où même souvent une vache laboure fort bien avec une de ces charrues. Dans les cantons où on a l’habitude d'employer quatre ou six chevaux, ou même davantage, at- telés à une charrue à avant-train, et où on a es- sayé la charrue simple, on a reconnu généralement que le même attelage de deux bêtes suffit, dans quelque terre que ce soit, pour donner un excel- lent labour, et faire autant d'ouvrage qu’avec une charrue à avant-train, avec un nombreux attelage. Aussi, par-tout où on a fait ces essais, on s’est em- I} pressé d’adopter l’usage de cette charrue, et elle se répand tous les jours dans les cantons cultivés avec le plus de soin. Dans le département de la Meurthe, où les cultivateurs sont à portée d’ob- server la marche des charrues que j’emploie, et la perfection des labours qu’elles exécutent, l’empres- sement qu’ils mettent à se procurer des charrues semblables, doit faire présumer que l’avant-train ne tardera pas à disparaître entièrement. La charrue simple exige beaucoup moîïns de ré- parations que la charrue à avant-train, lorsqu’elle est solidement construite, avec un versoir en fonte. Elle n’exige qu’un homme pour la conduire; il- 280 CONDUITE est même nécessaire, pour que les sillons soient bien droits, que l’homme qui tient le manche de la charrue conduise aussi les deux chevaux, ce qui est fort facile; de cette manière, les sillons sont bien plus droits qu’on ne peut les faire avec une charrue conduite par un aide marchant à côté des chevaux. La charrue simple peut labourer par des temps très-humides, tandis que les roues de la charrue à avant-train s’embarrassent de terre, etque le grand nombre de chevaux qui y sont attelés, piétinent la terre de la manière la plus fâcheuse, sur-tout dans les terres fortes. Elle peut aussi labourer par de grandes sécheresses, où il serait impossible à Ja charrue à avant-train de piquer en terre. Elle fait des sowrnées beaucoup plus courtes, et laboure les deux extrémités du sillon aussi bien et aussi profondément que tout le reste, ce qu’il est impossible d'obtenir avec la charrue à avant-train, pour peu que la terre soit dure. N’emplovant pas, depuis six ans, d’autres char- rues que des charrues simples, dans un sol fort ar- gileux; et dans un canton où on est dans l’usage d’atteler communément six chevaux à la charrue à avant-train, je puis annoncer; avec confiance, ces avantages, sans craindre d’être contredit par aucun cultivateur possédant une bonne charrue simple, et sachant bien la manier. DE L’ARAIRE. 281 La charrue simple présente cependant un in- convénient qu'il ne faut pas dissimuler: elle est beaucoup plus difficile à construire que la charrue à avant-train, et exige bien plus de précision et d’exactitude dans la. construction de toutes ses par- ties. Une charrue à avant-train, un peu mieux ou un peu plus mal construite, va plus ou moins bien; mais elle va, et exige seulement, si elle est vicieuse, un ôu deux chevaux de plus, ou quelque- fois davantage; mais, avec une charrue simple mal construite, il est impossible d'exécuter un labour passable. C’est, sans doute, cette nécessité d’une plus grande précision dans la construction de cette espèce de charrue, qui a empêché son emploi dans les cantons où la maladresse ou l’ignorance des constructeurs, les empêche de s’assujettir à des règles invariables, et à une construction parfaite- ment uniforme. Il y a un genre de labour pour lequel la charrue simple convient réellement moins que la charrue à avant-train: lorsqu’en rompant un pré, on ne veut écroûter le gazon qu’à un ou deux pouces d’épais- seur, comme cela est préférable pour quelques opé- rations particulières, par exemple, pour l’écobzage, il est fort difficile de maintenir l’égalité du labour à une aussi petite profondeur, avec la charrue sim- ple. Dans tous les autres labours, même pour rom- ins pre un pré, pourvu qu’on veuille prendre au m 4 582 CONDUITE trois ou quatre pouces de profondeur, la charrue simple se conduit avec beaucoup de facilité. Je laisserai chaque cultivateur faire le calcul de l’économie qu’il peut trouver à faire usage des charrues de cette espèce, et je vais donner ici quel- ques directions aux personnes qui, ne connaissant pas leur marche, voudraient en faire l’essai. La charrue simple est bien plus facile à conduire que la charrue à avant-train: elle exige beaucoup moins d’efforts de la part du laboureur; mais elle demande aussi un peu plus d’adresse et d’attention. Les divers mouvemens qu’elle exige sont entiè- rement différens de ceux qu’exige la charrue à avant-train: en effet, lorsqu'on veut faire piquer la charrue simple, on doit soulever le manche, au lieu d'appuyer; pour faire sortir la charrue de terre, ou prendre moins de profondeur, on doit appuyer sur le manche au lieu de le soulever; pour pren- dre plus de largeur de raie, on doit porter le man- che à droite, et à gauche pour en prendre moins. On voit que ces mouvemens sont tout-à-fait l’op- posé de ceux que demande la charrue à avant-train. Lorsqu'on veut faire usage d’une charrue simple, la première chose à faire est de la bien ajuster. On pourra éprouver quelques difficultés pour Les pre- mières fois; mais aussitôt qu’on en aura quelque habitude, on verra qu'il n’y a rien de plus facile. On ne peut apporter trop de soin à cet ajustage; DE L’'ARAIRE. 262 car c’ést de sa précision que dépendent la facilité de la conduite et la régularité du labour. Si la charrue n’est pas bien ajustée, c’est-à-dire, si elle a de la disposition à prendre trop ou trop peu de profondeur, trop ou trop peu de largeur de raie, le conducteur s’en aperçoit bientôt, parce qu’alors il est obligé de faîre continuellement, ou au moins fréquemment, le même mouvement de la main, soit en haut, soit en bas, soit de côté, pour la remettre dans sa direction. On s'en aperçoit bien mieux encore en laissant aller la charrue seule,‘et sans toucher le manche: si elle est mal ajustée, elle s’enfoncera trop, où elle sortira de terre; la largeur de la raie s’augmentera ou dimi- nuera; mais si la charrue est bien ajustée, elle filera régulièrement seule, sans changer de direc- tion, l’espace de vingt, cinquante, et même sou- vent de plusieurs centdines de pas, lorsque le sol est net de pierres et de racines. Elle conservera alors constamment la profondeur pour laquelle on l’a ajustée; car on peut, au moyen du régulateur, ajuster la charrue pour un labour de trois à quatre pouces de profondeur, aussi bien que pour un la- bour de huit à neuf pouces. C’est ce point de régularité dans la marche de la charrue, qu’il est important de chercher à obtenir par le moyen du régulateur; tant qu’on ne l’a pas trouvé, le conducteur se fatigue beaucoup, la force Tee 28/ CONDUITE de tirage est considérablement augmentée, et off ne peut faire qu’un détestable labour; mais lors- qu’on l’a atteint, l’attelage se fatigue beaucoup moins, etle conducteur n’a presque plus rien à faire pour exécuter un labour parfaitement régu- lier; un léger mouvement de la main suffit pour re- mettre la charrue dans sa direction, lorsqu’une pierre, Où une racine, OÙ une veine de terre d’une nature différente, tend à l’en écarter. On a bien- tôt acquis le tact qui rend sensibles à la main tous les obstacies que l’instrument peut rencontrer dans sa marche, et qui apprend à y remédier sur-le- champ, et avant même que sa direction en soit altérée. Au reste, il faut bien s’habituer à ne pas faire d'efforts inutiles, c’est-à-dire à n’en faire aucun, tant que l'instrument suit sa direction, à ne faire qu'un mouvement très-modéré, et d’un seul instant, Lorsque cela est nécessaire pour la lui faire reprendre. Le plus difficile, pour les personnes qui sont accoutumées à labourer avec la charrue à avant- train, est de se déshabituer des efforts qu’on est forcé de faire pour la conduire; ici, au contraire, si on veut faire des efforts semblables, il est im- possible qu’on laboure; il ne faut, pour ainsi dire, que laisser aller la charrue seule, et la remettre dans sa direction, lorsque cela est nécessaire, par de très-légers mouvemens. Aussi, les personnes Le) DE L’'ARAIRE. 285 qui n’ont jamais conduit de charrue, réussissent en général plus promptement à conduire la charrue simple. Un jeune homme de quinze ou seize ans, pourvu qu’il soit intelligent et de bonne volonté, est ordinairement préférable, pour cela, à un vieux laboureur, dont les bras se sont enroiïdis à conduire la charrue à avant-train, et pour qui les efforts qu’il ést habitué à faire, sont devenus une espèce de besoin. Il est toutefois nécessaire que celui qui conduit la charrue sans ayant-train, soit habitué à la conduite des chevaux, et qu’il en soit bien maître. Au reste, la bonne volonté et le désir de réussir, sont toujours la qualité la plus essen- tielle dans l’homme auquel on confie, pour la pre- mière fois, un instrument de ce genre; sans cela, on ne peut espérer aucun succès. IL est nécessaire aussi d’y employer des chevaux sages et dressés à ce travail, c’est-à-dire habitués à suivre la raie; un écart d’un cheval entraine re mangue plus grave avec la charrue simple qu’avec une autre charrue. On ajuste la charrue au moyen du régulateur, pièce ordinairement en fer, qui est adaptée à l’ex- trémité de l’age ou hare. Cette pièce se construit de diverses formes, mais toujours de manière à per- mettre de hausser ou d’abaisser, de porter à droite ou à gauche, le point auquel est accrochée la volée des chevaux, C’est au moyen de ces divers chan- 256 CONDUITE gemens, qu’on donne à la charrue plus où moins d’entrure, plus ou moins de largeur de raie. En règle générale, lorsqu’on élève le point de tirage, c’est-à-dire le point où est accrochée la volée, on donne plus d’entrure à la charrue, et au contraire, lorsqu'on abaisse ce point, on diminue l’entrure. Lorsqu’on porte le point de tirage à droite ou à gauche, on augmente ou on diminue la largeur de raie; On l’augmente en le portant à droite, et on le diminue en le portant à gauche. Au moyen de ces seules règles, il sera facile à chacun de faire usage de toute espèce de régula- teurs. On doit bien s’attendre qu’il faudra s’astrein- dre à quelques tâtonnemens pour la première fois; mais dès qu’on en aura quelque habitude, on verra que cette manœuvre est aussi facile que celle qui est nécessaire pour régler l’ertrure et la rare d’une charrue à avant-train. Je dois répéter encore qu’on ne peut apporter trop d'attention, sur-tout dans les commencemens, à bien ajuster la charrue; c’est dans cet ajustage que consiste presque toute la difficulté qu’on peut éprouver dans l'usage de la charrue simple, etil est impossible qu’elle marche, même médiocrement bien, tant qu’elle n’est pas bien ajustée. Cette charrue ne doit presque jamais, s’atteler de plus de deux chevaux, pour les labours de moins de huit pouces de profondeur; ils doivent toujours DE L’ARAIRE. pour exécuter un labour peu profond. seul, sur la branche longue de la volée, le cheval 287 être attelés de front, et conduits par la même per- sonne, qui tient le manche de la charrue; de cette manière, on peut labourer bien plus régulièrement et tracer des sillons bien plus droits que lorsque les chevaux sont conduits par une seconde personne; dans un sol très- meuble, un cheval est suffisant Si, pour un labour très-difficile, comme pour défricher profondément une luzerne ou un saïn- foin, on était forcé d’atteler un troisième cheval, on devrait le mettre dans la raie, devant le cheval de droite, et attelé sur le collier de ce dernier, et non à un palonnier particulier. Cela s'exécute fa- cilement, au moyen d’une volée de la longueur d’une‘volée ordinaire à deux chevaux, dont les deux côtés sont d’inégale longueur. Au lieu de pla- cer la /amette qui tient l’anneau au milieu, comme dans la volée à deux chevaux, on la place au tiers juste; entre les deux lamettes des extrémités, de sorte que l’une des deux branches de la volée a une longueur double de l’autre; on attèle le cheval de droite à la branche courte, et celui de gauche à la branche longue; comme deux chevaux de file tirent ainsi sur la branche courte, la force est épa- lisée. Ces trois chevaux sont facilement conduits par un seul homme, de mème que sil n’y en avaitque deux; cependanton doit toujours placer CONDUITE le plus faible de attelage, parce que celui qui est en avant perd de la force par cette position. Cette circonstance montre combien on perd sur la force de l’attelage, lorsqu'on attèle à la charrue plusieurs chevaux l’un devant l’autre, ou plusieurs paires de chevaux. Dans quelques cantons, on attèle, dans ce cas, les trois chevaux de front; la méthode que j'indi- que ici, et que j’ai adoptée depuis quelque temps, m’a semblé beaucoup plus commode, parce que, lorsqu'on met trois chevaux de front, si on place celui du milieu dans la raie, celui de droite marche sur la terre labourée, ce qui, dans beaucoup de cas, fait un détestable ouvrage; et si on place celui de droite dans la raie, celui de gauche se trouve très-gèné dans sa marche, pour les dernières raies du billon, étant forcé alors de marcher sur Le billon voisin lorsqu'on ezdosse, ou sur la terre labourée du même billon lorsqu'on ferd; ce cheval est dis- posé alors à se presser contre son voisin, ce qui dé- range souvent la charrue. Lorsqu'on laboure par un temps très-humide cer- taines terres tenaces, qui s’attachent aux instru- mens comme de la poix, on doit mettre les deux ou les trois animaux de file, ef dans La raie. Dans ce cas, un versoir de bois est préférable à celui de fonte, quoique ce dernier présente de grands avantages dans toute autre circonstance. Hors ce DE L’ARAIRE. 289 vas, l’attelage des bêtes de front est bien préfé- rable. Lorsqu'on laboure sur un revers, 1l est absolu- ment nécessaire de tenir la charrue bien d’aplomb; si on Ja laisse s’incliner à gauche, selon la pente du terrain, l’oreille ne rejettera pas bien la terre en haut, et une partie retombera dans la raie. Si on a tenu la charrue inclinée pour une raie, On aura mème de la peine de bien relever la raie suivante. Le laboureur ne doit pas avoir, en conduisant cette charrue, le corps incliné en avant, comme en maniant une charrue à avant-train; 1l doit marcher dans le sillon, le corps droit, tenant le manche de la main gauche, et conservant la droite libre, pour manier Îes guides ou le fouet; il peut, dans cer- tains cas, quitter momentanément le manche, pour employer ses deux mains à la conduite des chevaux. On ne doit pas saisir le man he, en mettant la paume de la main en dessus, comme pour les charrues à avant-train, mais sur le côté, et le pouce en dessus, de manière à pouvoir faire aussi facilement le mouvement de lever le manche que de l’abaisser. La dernière raie d’un billon, soit qu’on le fende, soitqu’on l’ezdosse, est celle qu’il est le plusdiffcile de faire correctement avec la charrue simple, pour les personnes qui n’y sont pas habituées. Il est clair 25 4 CONDUITE que si l’avant-dernière raie, qui est à la gauche du laboureur lorsqu'il trace la dernière, en fendant un billon, ou si la dernière raie du billon voisin, lorsqu'on endosse, est aussi profonde que celle qu’on ouvre, le sep de la charrue glissera dans cette raie voisine, malgré tous les efforts du laboureur, et la dernière se trouvera très-mal renversée. Pour éviter cet inconvénient, il suffit de donner à la dernière raie un peu plus de profondeur qu’à la voisine, ce qu’on a dû déjà prévoir en traçant celle- ci; le sep trouve ainsi un appui sur sa gauche, et cette dernière raie, qui est la plus essentielle pour un bon labour, se fait aussi facilement et aussi correctement que toutes les autres. Pour transporter la charrue aux champs, on la place sur un petit traineau fait exprès pour cela, de sorte qu’elle ne s’use pas, comme cela arrive pour les charrues à avant-train. La plupart des charrues simples n’ont qu’un mancheron: cette disposition déplaît d’abord à presque toutes les personnes qui ne sont pas habi- tuées à les conduire; mais dès qu’on en a pris quel- que habitude, on s’aperçoit que le second man- cheron serait entièrement inutile, si ce n’est peut- être lorsqu’on laboure en travérs sur un revers ra- pide, ou dans un sol qui contient une grande quan- tité de grosses piérres: dans tous les autres cas, un seul mancheron suffit parfaitement, et lorsqu'on DE L'ARAIRE. 391 en met deux, cela favorise l’habitude qu’ont les laboureurs accoutumés à la charrue à avant-train, d'appuyer le poids de leur corps sur la charrue; ce qui augmente beaucoup la difficulté qu’ils éprou- vent à faire usage de la charrue simple, parce qu’il est impossible de la conduire, tant qu’on n’a pas perdu cette habitude. Lorsque la charrue simple a deux mancherons, le laboureur doit donc s’accoutumer à ne se servir habituellement que du mancheron gauche, et à ne considérer l’autre, que comme un aide, pour des cas extraordinaires. De cette manière, il a toujours une main libre pour conduire ses chevaux. Les bœufs conviennent parfaitement auesi pour conduire la charrue simple. Mes domestiques se sont habitués, avec la plus grande facilité, à se conduire seuls et sans aide, avec une paire de bœufs, quoique ce fût une chose sans exemple dans le pays. Le plus grand nombre des charrüues simples per: fectionnées, ne retournent pas la tranché de terre de la même manière que le font ordinairement les charrues à avant-train; au lieu de la retourner à plat, elles l’appuient contre la bande précédente, en laissant une de ses arrêtes en dessus. Beaucoup de bons cultivateurs ont regardé; au premier coup-d’œil, ce labour comme imparfait, et ne l’ont pas trouvéaussi propre que, celui où les 25: 202 DE L'INTRODUCTION tranches de terre sont retournées à plat; cepen- dant, ils ont bientôt senti les motifs qui rendent ces labours préférables: en effet, dans les terres fortes, la herse exerce une action bien plus éner- gique, soit pour ameublir la terre, soit pour en- terrer la semence, sur un labour qui présente à la surface un angle de chaque tranche de terre, que lorsque ses dents ne font que gratter le côté plat de la tranche. D'un autre côté, ce labour expose bien mieux toute la terre labourée à l’influence de Vair, des pluies et des gelées, qu’un labour plat. Il est vrai que lorsqu'on rompt une éteule, un trèfle, etc., on aperçoit ordinairement, après le labour, quelques herbes entre les tranches, dans le fond des sillons ou cannelures que laisse le la- bour à la surface de la terre; mais un trait de herse les recouvre entièrement, lorsque cela est néces- saire, en abattant les arrêtes des tranches. Danstous les cantons où on a apporté quelque attention à ce sujet, on areconnu, par expérience, que ce mode de labour est:celui qui est le plus parfait dans toutes s terres, et dans presque toutes les circonstances. e, F DE L'INTRODUCTION DES NOUVEAUX INSTRU- MENS D AGRICULTURE DANS UNE EXPLOI- TATION RURALE. ‘ Je crois utile de présenter ici quelques réflexions générales sur l'emploi des instrumens d’agriculture DES NOUVEAUX INSTRUÜMENS. 293 perfectionnés, et sur leur introduction dans une exploitation rurale. Lorsque je me suis déterminé à essayer quelques- uns de ces instrumens, c'était avec une certaine défiance. Depuis long-temps, déjà, on citait plu- sieurs cantons en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, où ces instrumens étaient employés, et on vantait les avantages qu’on en retirait; les descrip- tions et les figures de ces instrumens ne manquaient pas, quoique le plus grand nombre de ces descrip- tions fussent très-imparfaites. Cependant#leur usage s’étendait peu; en France, ils étaient restés, à un très-petit nombre d’exceptions près, dans le domaine de lasthéorie. J’avais peine à concevoir que leur propagation fût si lente, s'ils offraient de si grands avantages. J'étais disposé à présumer qu'il se présentait, soït dans leur construction, soit dans leur emploi, quelques difficultés ou quelques inconyéniens qui en avaient circonscrit usage. Dès mes premiers essais, je fus réellement sur- pris de la facilitéravec laquelle je réussis: parmi Les instrumens que j’ai fait construire, il n’en est au- cun qui ait exigé de longs tâtonnemens, pour par- venir à une construction satisfaisante. Leur manie- ment n’a pas présenté plus de difficulté; tous les ouvriers auxquels je les ai confiés, ont appris dans peu d’heures à les conduire, quoique aucun d’eux 294 DE L’'INTRODUCTION n’en eût jamais vu ni manié de semblables, et quoi- que, sous le rapport de l’ignorance et de l'esprit de routine, les ouvriers du pays que j'habite ne le cèdent en rien à ceux de quelque pays que ce soit, J’ai cependant été forcé d'y employer à-peu-près les premiers venus, et en assez grand nombre, car j'ai eu fréquemment en activité, pendant plusieurs années, trois rayonneurs et six houes à cheval, sans compter plusieurs autres instrumens nou- veaux. Je n’ai jamais remarqué, parmi mes ou- vriefs, la moindre trace de cette mauvaise vo- lonté et de ces préventions, dont se plaignent plu- sieurs agriculteurs qui ont voulu faire des essais semblables. Il ne sera pas, je crois, hors de propos, d’indi- quer ici à quoi j'attribue cette circonstance, en présentant mon opinion sur la marche qu'il con- vient de suivre dans un cas semblable. Ce que je vais dire pourra paraître minutieux à quelques per- sonnes; mais ce ne sera pas, jen suis sûr, à celles qui ont eu l’occasion d’observer la puissance de cette résistance passive; que les ouvriers opposent souvent aux innovations agricoles. Lorsqu'un cultivateur est habitué à mettre lui- même la main à l’œuvre, et à conduire ses instru- mens, il ne doit éprouver aucune difficulté pour introduire dans son exploitation ceux dont il a reconnu les ayantages. 11 fera lui-même les essais DES NOUVEAUX INSTRUMENS. nécessaires, et lorsqu'il maniera bien un instru- 205 ment vraiment bon et utile, il pourra compter sur la docilité et la bonne volonté des ouvriers aux- quels il le confiera ensuite. Dans les exploitations où les travaux manuels sont exclusivement réservés à des hommes à gages, cela exige plus de circonspection: si une fois on a laissé s’introduire parmi les ouvriers l’opinion que tel instrument ne vaut rien» que cela n’est bon que dans les livres, que cela ne peut convenir qu’à une autre qualité de terre, etc., on éprouvera ensuite des difficultés, que la persévérance et la volonté la plus ferme ne pourront peut-être surmonter. Des préventions semblables naissent facilement dans l'esprit des ouvriers; et on ne doit jamais oublier que la force de l’autorité ne peut rien pour les dé- truire. Si on met brusquement entre leurs mains un instrument peut-être imparfaitement construit, ou qu'ils ne savent pas ajuster ni manier, ave l’ordre de l’employer, on doit s'attendre que, lorsqu'ils ne pourront vaincre les difficultés qu’ils rencontreront, dans des essais tentés sans aucun désir de réussir, l’innoyation sera réprouvée; et comme ils ne voudront pas se déclarer maladroits, leur amour-propre mettra de très-bonne foi, à la charge de l'instrument, les obstacles qui n’existent que dans leur inexpérience. C’est précisément cet amour-propre, le plus puissant ressort, peut-être, 206 DE L'INTRODUCTION qui puisse agir sur le cœur de Phomme, qu’il faut au contraire appeler à son secours; c’est‘sur lui qu’on doit fonder l’espoir du succès 5 mais il faut que ce soit sans affectation, et sans laisser aperce- voir les moyens qu’on emploie pour le diriger; car l'amour-propre des hommes de cette classe, est plus délicat qu’on ne serait tenté de le croire. IL est toujours imprudent de vanter à l’avance un instrument qu’on veut introduire, et d’annon- cer la résolution de l’adopter, en s'appuyant sur l'usage avantageux qu’on en fait ailleurs; car c'est débuter par choquer cet amour-propre, qui dis- pose tous les hommes en faveur de ce qu’ils savent et de ce qu’ils sont accoutumés à faire. Il vaut bien mieux, en parlant de l'instrument qu’on doit es- sayer, prendre le ton du doute et même de l’incré- dulité, sur les avantages qu’il peut présenter, quand même on en serait convaincu, et paraître y atta- cher peu d’importance; les ouvriers verront alors ces essais avec indifférence, et c’est la disposition la plus favorable qu’on puisse espérer d’eux. Qu’on choisisse parmi eux un homme intelligent et adroit, s’il est possible, mais sur-tout d’un caractère facile à diriger, et qui inspire de la confiance aux autres ouvriers; cet homme sera chargé de manier l’ins- trument dans les premiers essais, sous les yeux du maftre: qu’on lui fasse sentir que c’est à son adresse, qu'il doit la faveur d€ ce choix. On se gardera bien DES NOUVEAUX INSTRUMENS. 207 de faire ces essais avec éclat, en appelant les gens de l’exploitation, encore bienmoins des étrangers: autrement, il est à-peu-près certain que l’arrêt de condamnation sera prononcé avant qu’on ait pu ar- river à un résultat heureux, qu’on ne peut espérer d'obtenir qu'après quelques tâtonnemens. Les pre- mières impressions seront défavorables, et l'effet des premières im pressions sur des hommes peu éclairés ne peut se calculer. Dans les premiers essais, l’ouvrier qui doit con- duire l’instrument, accompagné du maitre seul, ne manquera pas de dire son avis, sur la manière qui lui paraît la plus avantageuse de lajuster, de le conduire, etc.; on l’écoutera avec déférence, on applaudira à ses observations. Il faudra qu’on s’y prenne bien maladroitement, s’il se décourage par les premières difficultés, et si dès la première ou seconde séance, cet homme n’est pas persuadé que c’est à ses efforts et à son talent 3 qu’on doit la plus grande partie du succès de l’ins- trument. Dès qu’on est parvenu à ce point, le pro- cès est gagné. On peut s’en rapporter à lui du soin de faire parade, devant les autres ouvriers, de son adresse à manier l’instrument, et de vanter la per- fection de la culture qu’il exécute, et la célérité du travail. Au retour de l’instrument dans la cour de la ferme, on les verra se grouper autour de lui, l’examiner, et celui-ci leur démontrer l'usage de DE L’'INTRODUCTION chaque pièce, la manière de s’en servir, ete. Bien- 208 tôt personne ne voudra être assez maladroit pour ne pouvoir le manier, et tous brigueront la per- mission de le conduire. Lorsqu'on a adopté avec succès, dans une ex- ploitation, un instrument nouveau, c’est-à-dire lorsque tout le monde y est bien convaincu de ses avantages, on éprouve infiniment plus de facilité pour y en introduire d’autres; quelques succès de ce genre détruisent entièrement la prévention ex- clusive qu’ont en général les ouvriers, pour les ins- trumens du pays. J’ai même remarqué fréquem- ment qu’ils prennent beaucoup de goût à ces sortes d'essais; il n’était question que de changer la direc- tion de leur amour-propre. Une faute grave, que j’ai vu fréquemment com- mettre par les personnes qui désiraient adopter une charrue nouvelle, et spécialement une charrue sans avant-train, consiste à vouloir la mettre, pour le premier essai, dans une terre très-difficile, afin de la mettre à l’épreuve. Allons dans tel champ, dit-on, si elle va la, elle ira par-tout. La consé- quence naturelle, est que la charrue va d’abord fort mal; le conducteur et les bêtes se fatiguent extraordinairement, ce qui a toujours lieu lors- que l’instrument ne marche pas bien; on juge que ce n’est pas assez de deux bêtes, et on en fait venir deux autres, mais cela va encore bien plus mal; il DES NOUVEAUX INSTRUMENS. 299 faudra un rare bonheur pour que la charrue sorte saine et sauve de cette terrible épreuve; siun con- ducteur inexpérimenté, habitué à lever les man- cherons, pour faire sortir la charrue de terre, s’ou- blie un instant, et vient à commettre cette faute dans un moment où elle prend trop de profon- deur, l’instrument se plante, et quelque solide qu’il soit, on peut parier quatre contre un qu'il sera brisé par l'effort des quatré bêtes, qui, alors, porte à faux. I est bien certain, du moins, que tousdes assistans sortiront de là, entièrement dé- goûtés de la charrue sans avant-train. Les personnes auxquelles j’ai adressé le reproche de s’y être prises de cette manière, m'ont répondu souvent: äl faut cependant bien qu’une bonne charrue aille par-tout...:... Sans doute; mais il n’est pas nécessaire qu’un ouvrier fasse son appren- tissage dans la terre la plus difficile. Si on n’eût pas mis, à obtenir un succès dont on était impa- tient, un empressement aussi mal calculé; si on eût commencé par les terrains les plus faciles, et qu’on eût gradué la difficulté, à mesure que le la- boureur acquérait l'habitude de manier, et sur- tout de régler l'instrument, on aurait vu que, peu de jours plus tard, on aurait labouré, sans diffi- culté, cette même terre, où on avait jugé le travail impossible. Au reste, on ne doit pas s’attendre que la pro- 500 DE L’'INTRODUCTION, etc. pagation des nouveaux instrumens d'agriculture soit jamais bien prompte; j'ai reconnu par expé- rience qu’on se trompe fortement, lorsqu'on tire de cette lenteur des inductions contre l'utilité de ces instrumens, ou contre la facilité de leur usage. Les instrumens que j’emploie depuis plu- sieurs années, ont attiré l'attention de tous Les cul- tivateurs de mon voisinage; ils sont venus fré- quemment observer leur travail; tous ont applaudi à la perfection des cultures, et aux moyens par les- quels on supplée à un grand nombre de bras; il n’est pas, à ma connaissance, qu'aucun d'eux ait élevé une objection grave contre l’emploi de ces instrumens; plusieurs d’entre eux m'ont quelque- fois demandé à les emprunter pour s’en servir mO- mentanément, et en.ont été très-contens; mais aucun, dans la classe des cultivateurs de profes- sion, ne s’est jusqu'ici déterminé à s’en procurer de semblables, excepté des charrues simples, qui, de- puis une année, sur-tout, se répandent avec rapi- dité. C’est un fait de plus à ajouter à ceux qui mon- trent avec quelle lenteur se propagent les amélio- rations en agriculture, Cependant, avec le temps, il est impossible qu’un procédé véritablement utile ne se répande pas. DES IRRIGATIONS 301 EMA AAA LR VUE UE VAE MAR AAA AR AR BAUER LUE LA AAA AAA DES IRRIGATIONS. De toutes les améliorations par le moyen des- quelles on peut augmenter, d’une manière dura- ble, les produits du sol, il n’y ena peut-être au- cune plusimportante que Pirrigation; et cependant, c’est une pratique qui est jusqu’aujourd’hui con- nue dans un petit nombre de départemens de la France. Ailleurs, on rencontre, à chaque pas, des prairies situées, soit le long d’une rivière, soit à proximité d’un ruisseau QUI, presque sans aucune dépense, pourrait en doubler les produits, et les propriétaires ne paraissent pas même soupconner Putilité qu'ils pourraient en tirer. IL n'y à peut- être pas d’exemple plus frappant que celui-là, de la lenteur avec laquelle se propagent les pratiques agricoles les plus évidemment utiles Il est certain aussi que, parmi tous les procédés de l’agriculture; il n’en est aucun sur lequel il soit plus difficile de donner, par écrit, des préceptes applicables à la pratique, que les irrigations. Dans mille cas qui se présentent, il ne s’en trouve pas deux de semblables; et, seulement pour offrir les principes généraux, avec quelques détails, deux volumes comme celui-ci, seraient à peine suffisans. Je vais cependant m’elforcer de présenter, avec le plus de clarté, possible, les principales considéra- tions qui se, rapportent à ce sujet. Je n’ai nulle- 302 FORMATION ment la prétention de mettre les personnes qui me liront, en état de former des irrigations sans crainte de se tromper; mais j'ai lieu de croire qu’au moyen des indications suivantes, un homme intel- ligent, qui a du Loisir et du goüt pour les occupa- tions de ce genre, pourra faire lui-même son ap- prentissage, sans avoir à craindre de commencer par des fautes trop graves. Quant aux personnes qui désireraient étendre promptement cette amélioration sur de vastes ter- rains, OU qui ne pourraient consacrer beaucoup de temps à pratiquer et à observer, je n'hésite pas à leur conseiller de faire venir, des pays où l’irriga- tion est un usage général, un homme exercé et habile, qui lèvera bientôt une foule de difficultés. FORMATION DES IRRIGATIONS. On a rarement à choisir l’eau qu’on destine aux irrigations; cependant les diverses eaux présén- tent, à cet égard, de grandes différences dans leurs etfets. Les eaux de certains ruisseaux, ou de cer- taines rivières, qui charient une matière limoneuse, procurent toujours une grande fertilité au sol sur lequel on les emploie. Les eaux de source, quoique très-limpides, contiennent toujours une certaine quantité de terre calcaire en dissolution; lors- qu’elles sortent d’un coteau formé de pierres cal- caires ou de marne, ces eaux sont excellentes, et DES IRRIGATIONS 303 d’autant meilleures qu’on les emploie plus près de leur source. Les moins bonnes de toutes les eaux j sont celles qui sortent immédiatement des monta- gnes composées de grès, de granit, ôu d’autres pierres de ce genre, qui ne contiennent pas de chaux. Au reste, ces eaux même, lorsqu’elles ont coulé quelque temps à la surface du sol, Convien- nent très-bien aux irrigations. Avant d’entreprendre aucune opération relative Virrigation, le premier pas à faire, est de pro- céder à un nivellement exact du terrain qu’on pré- sume pouvoir y être soumis. Ce nivellement doit commencer au point le plus élevé où on peut pren- dre l’eau, dans la rivière ou ruisseau qui doit la fournir; de là, avec un bon niveau, on trace, en s’écartant de la rive, la ligne de parfait niveau, et ensuite, à côté de celle-ci, et en ménageant une pente suffisante, la ligne le long de laquelle on peut ouvrir le canal de dérivation. Cette ligne ne sera presque jamais droite, mais devra suivre toutes les sinuosités du terrain, de manière À conserver tou- jours son niveau. Une pente de deux à quatre pou- ces par cent toises de longueur, est suffisante poui faire mouvoir l’eau; pourvu que le canal aït une largeur et une profondeur suffisantes. On doit, dans l’opération, planter des piquets solides, de distance en distance, le long de ces deux lignes, et il est bon de séides toujours son opération, en 304 FORMATION faisant un second nivellement, en revenant du point le plus bas de la ligne qu’on a tracée, jusqu’à la prise d’eau. Tout le terrain qui se trouve au-dessous de la ligne ainsi tracée, peut être soumis à l’irrisalion; ap On s’apercevra presque toujours, par cette pre- mière opération, qu'on peut conduire l’eau, en supposant qu'on en ait un volume suffisant, jus- qu’à des terrains où on n'aurait pas supposé, à la simple inspection, qu’on püt le faire. Après avoir tracé ainsi la ligne du canal princi- pal s jusqu’au point où on peut ou veut conduire l’eau, on peut déjà se former une idée approxima- tive de la dépense qu’entrainera l’opération. Pour de très-petits cours d’eau, et lorsque le terrain qu’on veut arroser se trouve près de leurs rives, la dépense n’est presque rien; mais lorsqu'il est ques- tion de construire des vannes én travers d’un cours d’eau considérable, pour le maintenir à un niveau constant ou en élever le niveau, ou seulement d'établir des écluses, comme cela est presque tou- jours nécessaire à la prise d’eau, à moins qu’il ne soit question d’un très-petit ruisseau; de construire un canal de dérivation d’une étendue considérable: alors les dépenses peuvent facilement dépasser les limites que s’était tracées celui qui veut faire l’en- treprise; et quelque importante que doive être l’a- mélioration, on ne doit l’entreprendre qu'avec DES IRRIGATIONS. beaucoup de circonspection. Je ne parle ici que des 305 cas où on peut conduire l’eau sur le terrain, sans avoir recours à des machines, quoique la dépense d’une machine puisse devenir profitable dans beau- coup de cas. Lorsqu'on connaît le point le plus élevé d’une pièce de terre, auquel on puisse amener l’eau, on doit chercher à connaître avec exactitude toutes ses pentes, et déterminer le point le plus bas par lequel on pourra donner issue aux eaux après l’ir- rigation. On ne doit jamais perdre de vue qu'il est tout aussi important, dans ces sortes d’opérations, de procurer aux eaux un écoulement prompt et fa- cile, que de les conduire sur le terrain. L’irrigateur doit être, dans tous les instans, maître absolu de l’eau il doit pouvoir la conduire à volonté dans chaque partie du terrain, et l’évacuer prompte- ment, et pour ainsi dire, instantanément, de sorte qu’à son commandement, il ne reste pas d’eau stag- nante dans aucune partie de la pièce. Sans cette précaution, on peut faire plus de mal que de bien, en amenant de l’eau sur le sol. L’eau, après avoir produit son effet dans une pièce de terre, pourra peut-être encore être con- duite dans une autre, située au-dessous. Si la pente est considérable, on pourra employer l’eau à une nouvelle irrigation, immédiatement à son issue de la première pièce; mais si Le sol est presque plat, 26 306 FORMATION il faudra la conduire à quelque distance, afin de gagner une pente suffisante, pour que l'irrigation de la seconde pièce n'empêche pas le desséche- ment complet de la première. Dans la conduite des eaux pour l'irrigation, on doit avoir toujours pour principe, de ménager, au- tant que possible, la pente, en maintenant tou- jours l’eau à la plus grande hauteur qu’on le peut. Pour cela, on ne donne, à tous les canaux dans lesquels on la fait circuler, que la pente nécessaire pour la faire arriver au but. C’est là que se rencon- tre la plus grande difficulté, pour l’homme qui n’a pas une longue habitude de ces opérations. On doit aussi ménager l’eau autant que possible, en n’en em- ployant chaque fois, que la quantité nécessaire pour baigner, mais abondamment, la partie du terrain où on la verse. Lorsqu’on a la possibilité, près d’un grand cours d’eau, d’arroser une grande étendue de terrain, dans lequel il se rencontre des sols de diverses na- tures, la première question est de savoir par quel terrain on commencera l’amélioration. Je suppose ici qu’il n’est question qué de prairies, ou de ter- rains qu’on veut mettre en praifies, parce que c’est aux terrains de cette nature, que l'irrigation s’ap- plique le plus fréquemment, quoiqu’elle puisse s’ap- pliquer aussi à beaucoup d’autres cultures. ILestassez naturel, dans ce cas, pour un homme qui n’a pas DES IRRIGATIONS. 307 beaucoup d’expérience, de vouloir procurer le bé- néfice de l'irrigation, aux terrains qu’il affectionne le plus: par exemple, à des prairies plates et de bonne qualité, situées dans le voisinage du cours d’eau; mais, dans beaucoup de circonstances, ce serait une lourde faute: tel terrain sablonneux ou graveleux, aride par sa nature, et d’un produit presque nul, pourra, peut-être, au moyen de l’ir- rigation, être porté à un produit égal à celui des meilleurs prés arrosés; Le revenu de ce sol sera porté à vingt fois, cinquante fois peut-être, ce qu'il était avant l’améliorations tandis que, dans une bonne prairie, un peu fraîche par sa nature, l’ir- rigation ne produira jamais une amélioration aussi importante. Dans un sol couvert de bruyère, et d’un produit très-chétif, l’introduction seule de l’eau fera dis- paraîtra complétement la bruyère, et amènera le sol à un degré de fertilité étonnant, en y faisant croître, comme par enchantement, des herbes de bonne qualité. H y a aussi une espèce de sol auquel on peut appliquer l'irrigation avec plus de succès peut-être qu’à tout autre, si çe n’est ceux dont je viens de parler: ce sont les sols marécageux en pente, après qu’ils ont été complétement desséchés, comme il est toujours nécessairé de le faire pour les mettre en valeur. Ordinairement, les sols de cette nature FORMATION sont exposés à souffrir extrêmement de la séche- 308 resse; en y amenant de l’eau, on peut les porter à un état de fertilité, incroyable pour les personnes qui les avaient vus dans leur premier état. Dans beaucoup de cas, il sera donc bien plus profitable de conduire l’eau un peu plus loin, pour aller chercher, sur les pentes voisines, des terrains de ces espèces; et si le volume de l’eau est suffisant, elle pourra, après avoir arrosé ces terrains, re- venir arroser la prairie située sur la rive du cours d’eau. L'eau étant amenée sur le terrain qu’on a choisi pour le soumettre à l'irrigation, il est prudent, à moins qu’on n’ait à sa disposition un très-grand volume d’eau, de commencer l’amélioration par une étendue de terrain peu considérable: l’expé- rience d’une année ou deux, montrera quelle éten- due on peut soumettre à l'irrigation, d’après la quantite d’eau que fournit le ruisseau, aux époques les plus sèches de l’année. Cependant, quand on ne pourrait fournir à l’arrosement des prairies que pendant l’hiver, ce serdit toujours une améliora- tion fort importante, et qui mériterait bien d’être entreprise; on peut aussi toujours dans€e cas, profiter, pour tremper la prairie à ford, des ondées de l’été, qui, sans cela, n’auraient pas été suffi- santes pour y produire un effet sensible. Pour répandre l’eau sur la surface du sol, or DES IRRIGATIONS. 309 ouvre des rigoles d'irrigation, qui se rétrécissent à mesure qu’elles se prolongent, et qui, selon la dis- position du terrain, prennent l’eau, soit dans ie canal principal, soit dans une maffresse rigole, qu’on dirige de manière à fournir de l’eau à toutes les rigoles d'irrigation. Ces rigoles d'irrigation doi- vent être presque de niveau, et n'avoir qu’une pente suffisante pour que l’eau parvienne à leur extrémité, en se maintenant, dans toute leur éten- due, presqu’au niveau de la surface du sol. Si le terrain n’est pas plat, elles doivent en suivre toutes les sinuosités, de manière à conserver toujours leur niveau. Les rigoles d'irrigation sont très-étroites, pour ménager, autant que possible, la surface du ter- rain; on les ouvre au moyen d’un instrument en forme de hache, avec lequel on coupe le gazon des deux.côtés, et on l’enlève avec un autre instrument en forme de pelle. Quelques mottes de gazon ser- vent à arrêter l’eau, soit dans la maîtresse rigole, pour la forcer à entrer dans la rigole d'irrigation où on desire la mettre, soit dans les rigoles d’irri- gation, pour forcer l’eau à se répandre à la surface du sol, dans l’endroit où on le désire. Ordinairement, l’eau qui, après avoir été four- nie par une 7gole d'irrigation, a arrosé une cer- taine étendue du terrain situé au-dessous de cette rigole, est recueillie dans une autre, qui sert elle- 10 FORMATION DES IRRIGATIONS. même de rigole d'irrigation, pour le terrain situé au-dessous d’elle; et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’eau soit arrivée au point le plus bas de la prairie. Dans cette disposition, chaque rigole d'irrigation sert de rigole de desséchement, pour le terrain si- tué au-dessus d’elle. D’autres fois, les rigoles de desséchement forment un système particulier, et indépendant des rigoles d'irrigation; elles doivent alors être disposées de manière à réunir toutes les eaux des rigoles d'irrigation qui leur correspon- dent, aussitôt qu’elles ont produit leur effet, et sur-tout de manière qu’ilne puisse jamais séjourner d’eau stagnante dans aucune partie de la prairie. La distance qu’on doit laisser entre ces diverses rigoles, dépend de la nature du sol, ainsi que de la pente du terrain. Les rigoles doivent être assez rapprochées, pour que l’eau répandue à la surface du sol, soit toujours recueillie dans une nouvelle rigole, avant qu’elle ait pu se répandre inégale- ment à la surface. Dans les sols argileux, les ri- goles doivent être beaucoup plus rapprochées que dans les sols sablonneux, qui se laissent facilement pénétrer par Peau. Lorsque la pente du terrain est rapide, Les rigoles doivent aussi être plus rappro- chées que dans les terrains presque plats, parce que, dans ces derniers, l’eau est bien plus disposée à se répandre avec égalité sur la surface du sol. Tout ce que je viens de dire se rapporte au mode id CONDUITE DE L'EAU, etc. 3x1 d'irrigation le plus fréquemment en usage pour les prairies. Il y a aussi d’autres procédés, bien moins fréquemment employés, et dont je ne dirai rien par cette raison: ce sont les irrigations par infrl- tration et par submersion. DE LA CONDUITE DE L'EAU DANS LES IRRIGATIONS. Les premières irrigations dés prairies, se don- nent toujours avant l’hiver. À cette époque, on n’a presque jamais à craindre de donner une trop grande abondance d’eau, et on peut, sans inconvé- nient, la prolonger pendantune quinzaine de jours, Pendant l'hiver, on recommence encore l’arro- sement à diverses reprises, en laïssant quelques jours d'intervalle, et en baïgnant complétement le terrain. Ces arrosemens d’hiver assurent toujours à l'herbe une végétation riche et hâtive au prin- temps. La gelée ne fait aucun tort aux prairies, tant que l’eau y circule; mais des gelées, même modérées en feraient beaucoup, si elles surve- naient immédiatement après que l’eau en est ôtée, et avant que la surface de la prairie füt bien res- suyée. Lorsqu'on craint de la gelée pour la nuit, et qu’on veut cesser l'irrigation, on doit donc ôter l’éau de bonne heure dans la journée, afin que la prairie aït le temps de se bien ressuyer. Au printemps, lorsque la végétation s'annonce, 8x2 CONDUITE DE L'EAU, etc. on ne donne plus l’eau que pendant trois ou quatre jours au plus, et à mesure que la température s’é- chauffe, on en diminue la durée, jusqu’à la ré- duire à une seule nuit. On ne doit jamais remettre l’eau, que lorsque le sol est parfaitement ressuyé; en mettant l’eau pendant la nuit dans la prairie, on la garantit des effets des gelées de printemps, qui font souvent beaucoup de mal à l’herbe. On continue ainsi jusqu’à la fenaison, en évitant d’arroser dans le jour, pendant les chaleurs, et en bornant alors l'irrigation à une seule nuit, qu’on renouvelle la quatrième ou la cinquième nuit dans les sols sablonneux, et plus tard, dans ceux qui retiennent l’eau plus long-temps. Après la fenai- son, on peut mettre l’eau pendant quelques jours, et ensuite recommencer à n’arroser que les nuits seulement. En général, à toutes les époques de l'irrigation, on a un indice certain qu'on a laissé l’eau trop long-temps sur le terrain; il est donné par une espèce d’écume blanche, qu’on aperçoit sur le ter- rain arrosé, et qui se forme plus ou moins promp- tement, selon la chaleur de la saison. Lorsqu’on voit paraître cette écume, on peut être assuré que l'herbe a déjà éprouvé du dommage, parelé trop long séjour de l’eau. On doit donc avoir toujours soin d’ôter l’eau, avant qu’il se forme aucune trace de cette écume. DE LA MARNE. 513 AR AAA UN AAA AAA LL AAA AAA WU AAA MUR DE LA MARNE. DES MOYENS DE LA RECONNAÎTRE ET DE L'EM— PLOYER A L'AMENDEMENT DES TERRES. Dans quelques pays, /4 marne est considérée comme un des plus précieux moyens de fertiliser les terres; on n’épargne pas des dépenses, souvent x très-considérables, pour extraire et conduire cet amendement sur le sol; dans d’autres, le plus grand nombre des cultivateurs ne connaissent pas même le nom de cette substance. Il serait naturel de croire, d’après cela, que la marne est un trésor que la nature n’a accordé qu’à quelques cantons pri- vilégiés; cependant il est certain que la marne existe presque par-tout, car on en trouve dans pres- que toutes les localités où on se donne la peine de la chercher. L’ignorance sur les moyens de la re- connaître ou de l’employer, est donc la seule cause qui en restreint l’usage à quelques cantons. Depuis une trentaine d’années, on lPemploie avec les plus grands succès dans-plusieurs Pays où on ne soup connaît pas même qu’elle existât. Cette extension d’une des pratiques les plus utiles de lagriculture, est due aux progrès de la chimie, qui fournit au- jourd’hui des moyens certains de reconnaître la marne; de distinguer ses diverses variétés, et de déterminer dans quels sols chacune d’elles peut être 27 514 DE LA MARNE. employée avec succès. Les connaissances relatives aux propriétés de la marne, et à son emploi dans la culture des terres, forment certainement la bran- che dans laquelle la chimie a rendu jusqu'ici le plus de services à l’agriculture. Les personnes qui ont employé ou vu employer cet amendement, sont ordinairement disposées à ne regarder comme 7arne que ce qui ressemble à celle dont elles ont vu faire usage; c’est une erreur très-grave, car rien n’est plus variable que laspect de la marne. Relativement à la couleur, on en voit de grises, de blanches, de verdâtres, de violettes, de bleues, de noires et de toutes les nuances entre ces couleurs; La couleur est uniforme, ou veinée de diverses nuances: les unes sont à grain fin, d’au- tres présentent une pâte grossière; quelques-unes sont feuilletées, comme les schistes à ardoises, tandis que d’autres forment une masse compacte. On y remarque souvent des débris de coquilla- ges; mais d’autres fois on n’y en voit aucune trace; enfin, les unes sont tellement, tendres et friables, qu’elles s’écrasent facilement entre les doigts, tandis que d’autres sont presque aussi dures que la pierre. Cette extrême diversité des caractères extérieurs de la marne, est une des principales causes qui en ont empêché l'usage dans un grand nombre de lo- calités; car il est absolument impossible de la re- DE LA MARNE. 319 connaître, si On n’a pas recours à quelques procédés chimiques. Au reste, les moyens de reconnaître ces propriétés sont tellement simples, qu’il n’est aucun cultivateur qui ne puisse, sans posséder au- cune connaissance en chimie, reconnaître d’une manière certaine, si telle ou telle terre est de la marne, et si elle est propre à être employée comme amendement dans les terres qu’il cultive. Ce que je vais en dire suffira, je l'espère, pour mettre tout homme en état d'acquérir, sur les marnes qui peu- vent se trouver dans son voisinage, toutes les con- naissances dont il peutavoir besoin dans la pratique. La marne est un composé de carbonate de chaux, d'argile et de sable, dans diverses proportions. C’est au carbonate de chaux que sont dus principalement ses effets dans l'amendement des terres: ainsi, on peut dire qu’en général, les marnes les plus riches 3 sont celles qui contienneft cette substance en plus grande proportion. Un des principaux caractères de la marne, est la propriété qu’elle à de se déliter dans l’eau et d'y tomber en bouillie, ainsi que de tomber en poudre lorsqu'elle est exposée pendant quelque temps à Pair, Ainsi, la première chose quon'doit faire lérsqu’on soupçonne qu’une terre est de la marne, est d’en faire sécher un morceau, soit devant le feu, soit sur un poêle, sans cependant lui faire prendre un trop fort degré de chaleur; on en met 27 316 DE LA MARNE, ensuite, dans un verre, un petit morceau gros comme une noisette, ou un peu plus, et on verse dans le verre assez d’eau pour que le morceau y baigne à moitié ou aux trois quarts. Quelques espèces de marne absorbent très-rapidement l’eau, et en peu d’instans, tombent en bouillie au fond du verre, d’autres ne produisent cet effet que plus lentement; mais toutes se délitent ainsi dans l’eau, sans qu’on les touche, en sorte que toute substance qui ne produit pas cet effet, n’est pas de la marne. Sou- vent, les marnes en pierres ne se délitent que très- lentement et successivement: la première fois qu’on les humecte, le morceau se divise seulement en plusieurs parties; si on le laisse ensuite se sécher, et qu’on l’humecte de nouveau, chacune des parties se divise encore, et ainsi successivement; jusqu’à ce que le morceau qui paraissait une pierre, se ré- duise en poudre fine, De l'argile, traitée ainsi, ab- sorbe aussi l’eau et s’y détrempe; mais elle ne tombe pas en bouillie, et ne se réduit en pâte qu’en la pétrissant. Il y a cependant quelques ar- giles très- maigres qui se délitent à- peu-près comme la marne: ainsi on ne peut être assuré qu’une terre est de la marne, parce qu’elle présente ce caractère. Pour s’en assurer positivement, on verse dans le verre quelques gouttes d’eau forte (acide nitrique), et on agite l’eau avec une ba- guette de verre ou de bois; mais non de métal; la DE LA MARNE. marne produit alors une vive effervescence, c’est- à-dire‘un bouillonnement, qui amène à la surface de l’eau une grandp quantité d’écume. On peut être assuré que toute terre qui; après s'être délitée dans l’eau, comme je l’ai dit, produit cette vive effervescence avec lacide, est bien de la marne. Certaines subtances qui ne sont pas de la marne, peuvent présenter l’un ou l’autre de ces caractères+ ainsi les pierres calcaires et les craies font aussi une vive effervescence avec les acides; mais elles ne se délitent pas dans l’eau ni à l'air. Quelques argiles se délitent dans l’eau, mais ne font pas effervescence avec les acides; mais la réu- nion de ces deux caractères ne se rencontre que dans la marne, et S'y rencontre toujours. On conçoit bien que je n’entends parler ici que des terres vierges, qui se trouvent au-dessous du sol cultivé, et qui n’ont jamais été remuées et mé- langées par La main de l’homme; car la terre végé- tale des champs ou des jardins, qui y est formée d’un mélange de diverses substances qui y ont été apportées par les procédés de la culture, pourrait souvent présenter ces, deux caractères, sans être cependant de la marne. Si on n’avait pas d’acide nitrique à sa disposition, on pourrait aussi employer à cette expérience du vinaigre, pourvu qu'il füttrès-fort. Dans ce cas, au lieu de le verser dans le verre après que la terre 315 DE LA MARNE. s’est délitée dans l’eau, on la ferait déliter dans le vinaigre, au lieu d’eau. On observerait alors une effervescence à-peu-près aussi vive qu'avec l’acide nitrique. Il ne suffit pas encore de savoir qu’on a de la marne: pour l’employer utilement, il faut savoir distinguer ses diverses qualités, car toute espèce de marne ne convient pas à toute espèce de terre, Toutes les marnes ne contiennent pas la même quantité de carbonate de chaux: c’est cette diffé- rence de proportions qui constitue les diverses qualités de marne, relativément: à l’agriculture; car le carbonate de chaux est la seule partie par laquelle la marne agit chimiquement pour amélio- rer les terres. On appelle marnes proprement dites celles qui con- tiennent environ moitié de leur poids de carbonate de chaux, c’est-à-dire de quarante à soixante parties sur cent: celles qui en contiennent üne moins grande quantité, comme de vingt à quarante pour cent, lorsque le reste est de l’argile mêlée d’un peu de sable, s'appellent marnes argileuses; lorsqu’au contraire c’est le carbonate de chaux qui domine, comme lorsqu'il forme soixante à quatre-vingt-dix pour cent du tout, on les appelle marnes calcaires. Lorsqu’elle contient moins de vingt pour cent de carbonate de chaux, elle prend le nom d'argile mar- TEUSE: DE LA MARNE. 319 Les moyens par lesquels on peut connaître exac= tement la proportion de carbonate de chaux qui existe dans une marne, sont très-simples, et à la portée de tout cultivateur. On pèse exactement cent parties de la marne qu’on veut essayer, après l'avoir fait parfaitement dessécher: par exemple, cent grains ou cent décigrammes,. On les met dans un verre à boire ordinaire, avec un peu d’eau pour les faire déliter; on y verseensuite quelques gouttes d'eau forte, on agite avec une baguette de verre ou de bois, et on attend que l’effervescence soit pas- sée. Alors on verse encore quelqus gouttes d’acice, et on continue ainsi d’en verser, jusqu’à ce que les dernières gouttes ne produisent plus aucune effer- vescence; mais on n’en verse toujours que peu à chaque fois, parce que, sans cela, les écumes pour- raiènt monter trop, et sortir du verre. Lorsque l'acide qu’on'ajoute ne produit plus au- cune effervescence en agitant avec la baguette, on peut être assuré que tout le carbonate de chaux est dissous. On emplit alors le verre avec de l’eau or- dinaire bien claire, on agite toute la masse avec la baguette et on laisse déposer: lorsque la terre est bien déposée au fond du verre, et que l’eau est bien claire, on la verse doucement et avec précaution, pour ne pas entrainer de terre avec elle; on verse encore de nouvelle eau dans le verre, et on continue ainsi trois ou quatre fois, en emplissant,le verre 520 DE LA MARNE. d’eau à chaque fois, et en le vidant avec beaucoup de précaution, lorsque la terre est bien déposée. Ces divers lavages entraînent tout le sel qui a été formé par la décom position du carbonate de chaux, et ce qui reste au fond du verre, n’est plus que l'argile et le sable qui existaient dans la marne. Four s'assurer si tout le sel a été bien dissous et enlevé par l’eau, on met sur la langue quelques D gue que!q gouttes du dernier lavage, et si on s’aperçoit qu’elle a encore une saveur âcre ou acide, on continue les lavages, jusqu’à ce que l’eau qui en sort n’ait plus aucune saveur. Alors, on jette dans une sou- coupe la terre qui est au fond du verre, on rince celui-ci avec un peu d’eau, pour ne perdre aucune partie de terre, et on la laisse bien déposer dans la seucoupe; on l’incline ensuite légèrement pour ver- ser l’eau claire qui surnage la terre, et on la fait bien sécher; après quoi, on détache avec soin la terre de la soucoupe, et on la pèse exactement. La dimi- nution de poids que la terre a éprouvée, indique la quantité de carbonate de chaux qui y existait, et qui a dû être en totalité dissoute par l’acide, et en- levée par les lavages. Ainsi, si les cent grains se trouvent réduits à vingt-cinq, on en conclura que la marne contient soixante-quinze pour cent de carbonate de chaux; de sorte que c’est une zarne calcarre. Pour.faire cette expérience commodément; il DE LA MARNE. 3zr faut mettre l’acide dans un flacon dont le goulot a un bord plat, comme l’ont ordinairement ceux qui se ferment avec un bouchon de verre: sans cela, il serait impossible de verser l’acide goutte à goutte, sans en répandre sur le dehors du flacon, ou sur les mains ou les habits de celui qui opère. Le vinaigre ne pourrait pas servir à cette expé- rience; mais on peut y employer, au lieu d’acide zitrique, de l’esprit de sel( acide muriatique ou ky- drochlorique). Il y a encore une manière beaucoup plus prompte d’essayer les marnes: en l’employant, on peut, en très-peu de temps, reconnaître les qualités de plu- sieurs espèces de marne; mais elle exige plus d’exac- tittde que celle que je viens d'indiquer, et sur- tout, une balance plus sensible. Pour comprendre le procédé que jé vais décrire, il suffit de savoir que le carbonate de chaux est composé de chaux et d’acide carbonique. Cette dernière substance, lors- qu’elle est isolée, est gazeuse ou aériforme, c’est- à-dire qu’elle présente la même apparence que l’air que nous respirons; mais, dans le carbonate de chaux, elle existe dans un état de condensation, et sous forme solide; c’est cette substance qui, en se dégageant, au moment où elle prend l’état ga- zeux, produit l’effervescence qu’on observe lors- qu’on verse de l’acide nitrique sur du carbonate de chaux. Le carbonate de chaux est toujours composé 522 DE LA MARNE. des mêmes proportions de chaux et d’acide carbo- nique; il contient environ quarante pour cent d’a- cide; le reste est de la chaux et un peu d’eau. Il résulte de là que le carbonate de chaux diminue de quarante pour cent de son poids, lorsqu'on en chasse l’acide carbonique, soit par le moyen de la chaleur, comme Jorsqu’on fait la chaux avec la pierre calcaire, qui est aussi du carboriate de chaux, soit par Le moyen d’un acide plus fort que l'acide carbonique, comme l'acide itrigue ou muria= tique. Cette diminution de poids qu’éprouve le car- bonate de chaux, nous fournit un moyen de con- naître combien il en existe dans la marne, en observant le poids qu’elle perd par l’action de L’a- cide nitrique. Pour faire cette expérience, voici comme on doit s’y prendre: On se procurera un petit flacon à goulot plat, à-peu-près de la contenance d’un petit verre à hi- queur, et on l’emplira, aux deux tiers ou aux trois quarts, d'acide nitrique ou muriatique. On pesera, avec beaucoup d’exactitude, cent grains de marne bien sèche, qu’on fera déliter dans un verre ordi- naire, en y ajoutant de l’eau commune, à-peu-près à la hauteur d’un travers de doigt; on mettra sur le plateau d’une balance très-sensible ce verre avec ce qu’il contient, et on laissera dedans la baguette de verre ou de bois, avec laquelle on doit remuer la matière; on mettra, sur le même plateau; le DE LA MARNE. 323 petit flacon d’acide, et ensuite, sur l’autre plateau, des poids ou toute autre chose, pour établir parfai- tement l’équilibre, comme 8i on voulait faire /a tare de ce qui se trouve*sur le premier plateau. Lorsque la balance sera bien en équilibre, on prendra le verre et le flacon, et on versera dans le verre quelques gouttes d’acide du flacon, en en ajoutänt successivement peu-à-peu, et remuant à chäquè fois, comme je lai dit plus haut. Lorsqu’on verra que les dernières gouttes d’acide ne produi- sent plus d’effervescence en remuant avec la ba- guette, on soufflera assez fortement avec la bouche dans le verre; pour en chasser tout l’acide car- boniquegazeux qui peut y rester, parce que ce gaz, étant beaucoup pluspesant que l’air, y resterait sans cela; on remettra leverre avec la baguette et le petit flacon sur le même plateau de la balance, et on ajou- tera sur ce plateau des poids en quantité suffisante pour rétablir parfaitement l’équilibre. On conçoit que les poids qu’on aura ajoutés ainsi, indiquent, avec précision, la diminution de poids qu’a éprouvée la matière qui est dans le verre: en effet, quoiqu’une partie de l’acide qui était dans le flacon soit maintenant dans le verre, cela ne change rien à /a fare; puisque le verre et le flacon sont sur le même plateau de la balance; la dimi- nution de poids ne peut être produite que par le dégagement de l’acide carbonique qui a été chassé 324 DE LA MARNE. par l’acide nitrique. Lorsqu’on connaît la quantité d’acide carbonique, on connaît facilement la quan- tité de carbonate de chaux, puisqu'on sait que cette dernière substance contient à-peu-près qua- rante pour cent de son poids d’acide carbonique. Les personnes qui savent faire une règle de trois fe- ront facilement ce petit calcul; quant à celles qui n’en ont pas l’habitude, elles y arriveront avec au- tant d’exactitude, ez doublant le ombre de grains qu'on a été obligé d'ajouter pour rétablir l’équi- libre, et y ajoutant la moitié de ce méme nombre; le total indiquera le nombre de grains de carbo- nate de chaux qui existait dans les cent grains de marne. Aiünsi, en supposant qu'il a fallu mettre dix- huit grains sur le plateau, à côté du verre et du fla- con, pour rétablir l'équilibre après le dégagement de l'acide carbonique, c’est-à-dire qu’il y ait dix- huit grains d’acide carbonique dégagés et chassés, on dira: le double de dix-huit est trente-six, en y ajoutant neuf, moitié de dix-huit, cela donne qua- rante-cinq pour la quantité de grains de carbo- nate de chaux qui existait dans les cent grains de marne qu’on a essayés; c’est donc une"”7arne pro- prement dite, puisqu'elle contient à-peu-près la moitié de son poids de carbonate de chaux. Cette méthode est très-simple et à la portée de . 2, toute personne qui voudra y apporter un peu d’at- DE LA MARNE. 325 tentuon, et qui a une bonne balance. Quelques mi- nutes suffisent pour faire cette expérience, de sorte qu'en une demi-heure on peut essayer quatre ou cinq espèces de marne. Lorsqu’on a employé l’une ou l’autre des deux méthodes que je viens d’indiquer pour connnaître la quantité de carbonate de chaux qui existe dans une marne, on doit examiner le dépôt de terre qui reste, pour voir s’il est argileux ou sablonneux. Pour cela, après l’avoir bien lavé à plusieurs eaux, comme je l’ai indiqué dans le premier pro- cédé, on le fait sécher, et, en le maniant entre les doigts, et en l’humectant d’un peu d’eau, on voit facilement s’il est composé en plus grande partie de sable ou d’argile. Je recommande aux personnes qui se livrent à des expériences de cette espèce; de tenir note, aussitôt après chaque expérience, des diverses pro- priétés de chaque espèce de marne; ces notes con- tiendront le lieu où chacune a été trouvée; la pro- fondeur à laquelle elle a été extraite, sa couleur et ses autresapparences extérieures, la quantité de carbonate de chaux qu’elle contient, la nature ar- gileuse ou sablonneuse du dépôt. Si on n’a pas cette précaution, on perd facilement tout le profit de ces recherches, parce que la mémoire ne peut con- server long-temps tous ces détails, sur-tout lors- u’on veut répéter ces expériences sur plusieurs q 320 DE LA MARNE. espèces de marnes, ce qui est presque toujoufs nécessaire, pour rechercher celle qui a les qualités les plus convenables pour chaque espèce de terrain. Lorsqu'on connaît la nature des marnes qu’on a à sa portée, il est facile de déterminer à quelle espèce de terrain chacune peut convenir. La marne qui contient à-peu-près moitié de son poids de carbonate de chaux, peut s'appliquer avec avan- tage à toute espèce de sols; indépendamment de l’action chimique que produit le carbonate de chaux, elle ameublit les terrains argileux, par la propriété qu’elle a de se. déliter facilement, et donne plus de consistance aux terrains sablon- neux, si c’est de l’argile qui y accompagne le car- bonate de chaux. Ce sont ces dernières espèces d'améliorations qu’on appelle l’action mécanique produite par la marne, et qui sont indépendantes de son action chimique, qui est produite unique- ment par le carbonate de chaux qu’elle contient. La marne calcaire, qui contient delsoixante à quatre-vingt-dix pour cent de carbonate de chaux, convient spécialement aux sols argileux; à cause du grand‘ameublissement qu’elle y produit; on peut l’employer aussi sur les sols sablonneux, mais en petite quantité, et elle ne contribue pas'à leur donner plus de consistance, comme celles qui con- tiennent une plus grande proportion d’argile. Les marnes argileusés, qui contiennent de vingt DE LA MARNE, à quarante pour cent de carbonate de chaux, sont 7 celles qui améliorent de la manière la plus durable les terrains sablonneux; on peut même y employer,! avec grand avantage, les aroiles marneuses qui ne contiennent que douze ou quinze pour cent de car- bonate de chaux: alors il faut en mettre une grande quantité; mais le terrain se trouve amélioré pour toujours, par l’effet de la consistance que lui pro- cure l’argile. On ne doit jamais donner de marne à un terrain déjà marneux par lui-même; car si le carbonate de chaux dans le sol contribue beaucoup à sa ferti- lité, il ne faut pas qu’il y en ait trop. Dans le voi- sinage des couches de marne, ou dans les cantons craïeux, il se trouve souvent des terrains br#lans, d’un très-faible produit, parce qu’ils contiennent trop de carbonate de chaux. Marner ces terrains, ce serait augmenter le mal; c’est une grande abon- dance de fumier qu’il leur faut. En général, lors- que la terre cultivée d’un champ contient dix pour cent, ou plus, de carbonate de chaux, je ne crois pas qu’on puisse lui appliquer de la marne avec avantage. On s’assurera de la quantité de carbo- nate de chaux qui existe dans la terre des champs, par les mêmes moyens que j'ai indiqués pour la marne. Dans la plupart des cas, il suffit de dé- layer un peu de la terre du champ dans une petite quantité d’eau, et dans un verre; on y versera 5928 DE LA MARNE. quelques gouttes d’acide nitrique, et s’il ne se produit pas d’effervescence, on peut être sûr qu’elle ne contient pas de carbonate de chaux, où au moins qu’il n’y existe qu’en très-petite quantité. On peut alors marner en toute assurance. La quantité de marne qu’on emploie sur une certaine étendue de terrain varie infiniment, selon la nature du sol et de la marne, et aussi selon la durée qu’on veut donner à l’amélioration du ter- rain. Lorsqu'on emploie de la marne calcaire sur un sol argileux ou de consistance moyenne, On en met ordinairement de cent à cent vingt voitures à quatre chevaux par hectare. Plus la marne est calcaire, moins on doit en mettre; quelquefois on n’en met que soixante à quatre-vingts voitures. Lorsque c’est un terrain sablonneux qu’on veut amender avec de la marne argileuse, on en met souvent une bien plus grande quantité, et jusqu’à quatre ou cinq cents voitures; on peut cependant en mettre beaucoup moins, alors l’amendement est moins durable. L’effet du marnage se fait sen- tir ordinairement pendant dix, vingt et même trente ans, selon la quantité qu’on a employée. La grande quantité de marne qu’il faut em- ployer, rend le marnage une opération fort dis- pendieuse; cependant par-tout où on en connaît les effets, on fait volontiers cette dépense. Dans plu- sieurs localités, on est forcé d’aller chercher la DE LA MARNE, 329 marne jusqu’à deux lieues, de sorte que les voitures ue peuvent faire qu’un ou au plus deux voyages par jour, et cependant on l’emploie avec profit. 11 est fort important, comme on voit, de tâcher de se procurer la marne à proximité des terrains qu’on veut amender; on en trouvera presque dans toutes les localités, si on se donne la peine de la cher- cher. C’est sur-tout sur les bords escarpés des ra- vins, des chemins creux, dans la terre qu’on tire des fossés, des fondations, des puits, qu’il est le plus facile de découvrir les bancs de marne; un excellent moyen aussi de se livrer à cette recher- cherche, est d’y employer la sozde ou farière de terre. Un de ces instrumens, suffisant pour pénétrer à huit ou dix pieds de profondeur, n’est, pas très- coûteux, et est utile à un cultivateur dans bien des circonstances: non-seulement il sert à décou- vrir la marne; maïs, par son. moyen, on acquiert en quelques instans la connaïssance de la nature des couches dé terre qui existent sous le sol des champs, ce qui présente souvent de grandes res- sources pour leur amélioration. La marne est infertile par elle-même, quoi- qu’elle soit très-propre à rendre fertiles les ter- rains d’une autre nature, lorsqu’on l’y mêle- en quantité wodérée; c’est une circonstance qui peut encore, dans beaucoup de cas, aider à la faire connaître: ainsi, lorsque le banc de marne se pré- 26 530 DE LA MARNE. sente à la surface du sol, il n’y croit aucune plante, Certaines plantes se plaisent de préférence sur les sols qui recouvrent les bancs dé marne: ainsi; lorsque quelques espèces de sauge, le tussilage ou pas-däne, les‘ronces croissent abondamment et vigoureusement dans un sol, on peut présumer qu’on ÿ trouvera de la marne en y creusant. La marne se trouve soit en bancs ou couches, soit en rogrons isolés, dans des terres d’autre na- ture. Quelquefois les bancs n’ont que quelques pieds d'épaisseur; d’autres fois, leur épaisseur est de plusieurs toises. Il arrive souvent que, dans un banc de marne, les diverses parties ne sont pas de même qualité; en général, on la trouve plus cal- caire à mesure qu’on s’enfonce plus profondément. Ainsi, si le haut de la couche n’était pas assez cal- caire, c’est-à-dire ne contenait pas assez de car- bonate de chaux, on ferait bien d’approfondir les fouilles; il est probable qu’on en trouvera de meil- leure qualité. Je répéterai encore ici qu’on ne doit nullement s’arrêter à l’apparence d’une terre, pour juger si elle est ou n’est pas de la marne, ou si elle est de bonne ou de mauvaise qualité; car rien n’est plus variable que les apparences des marnes, et très- souvent deux espèces, qui sont de même qualité, ne se ressemblent en aucune façon. Quant à la manière d’employer la marne à l’a- DE LA MARNE. 351 mendement des terres, on le fait ordinairement sur une jachère; on conduit la marne sur les champs avant de les labourer, soit en automne, soit dans le courant de l’hiver, et on l’y dépose en petits tas. Les marnes dures, qui se délitent difficilement, doivent y être conduites plutôt que celles qui n’ont besoin que de peu de temps pour se déliter. Au printemps, lorsque la marne est bien délitée, on étend les tas le plus également possible sur la sur- face de la terre, et on herse à plusieurs reprises, pour mêler la marne en poudre à la terre; s’il restait encore quelques morceaux que la herse ne pût réduire en poudre, on la ferait suivre par le rouleau, et on réitérerait ces opérations jusqu’à cè qu'il ne restât plus aucun morceau gros ou petit. On donne alors un labour très-peu profond, et on en donne encore, dans le courant de l'été, deux ou trois autres plus profonds, afin de bien incorporer la marne avec le sol. On peut ensuite y semer du blé ou toute autre chose, La marne produit or- dinairement peu d'effet, la première année qui suit celle où on l’a appliquée; quelquefois même ce n’est qu’à la troisième année que son effet est complet. L’extirpateur est très- propre à mélanger la marne avec la surface du sol, sans l’entamer trop profondément; lorsque la marne a été bien divisée par plusieurs hersages successifs, aidés de l’action 339, DE LA MARNE. du rouleau, si cela est nécessaire, on la mélange plus intimement avec la terre> au moyen d’un ou deux traits d’extirpateur. Si le sol est trop. dur pour permettre l’emploi de cet instrument, on donne d’abord un léger labour, après lequel l’ex- tirpateur travaille avec succès; on laboure ensuite plus profondément, et on peut semer. Cette mé- thode étant beaucoup plus expéditive que l’emploi de la charrue seule, elle peut dispenser de la ja- chère, et permettre d’ensemencer en orge, ou de planter en pomme de terre, un terrain marné pen- dant l’automne précédent. La plus grande faute qu’on puisse commettre en enployant la marre, est de croire qu’elle peut rem- placer le fumier; la marne estur amendement, ce n’est pas un ezgrais. On appelle amendement tout ce qui contribue à rendre la terre fertile, mais sans lui fournir les principes qui forment la nourriture des plantes, principes qui sont contenus dans le fumier et les autres” ezgrais proprement dits: ainsi les labours sont des amendemens, ainsi que le plätre sur les trèfles, ainsi que l’opération par la- quelle on saigne une terre trop humide, etc. Il ne vient à l’idée de personne que ces amendemens dis- pensent de fumer les terres; il en est de méme de la marne. C’est un moyen de faire produire, par le fumier qu’on donnera aux terres, de plus abon- dantes récoltes; mais il faut bien se garder de DE LA MARNE. 333 croire qu’on n’aura pas besoin de fumer les terres marnées. On peut comparer les effets de la marne sur la végétation des plantes, à ceux du sel dans la nourriture des hommes et des animaux; le sel ne njurrit pas, mais il facilite la digestion, et rend ainsi les véritables alimens auxquels il est joint plus nutritifs. Dans quelques cantons où on avait commis cette faute, parce qu’on n’était pas habitué à l'emploi de la marne, on s’est aperçu qu'après‘avoir obtenu des terres marnées plu- sieurs riches récoltes, ces terres s’appauvrissaient sensiblement; on en a accusé la marne, et on a dit que la marne enrichit les pères et appauvrit les enfans. Ce n’était pas la faute de la marne, mais bien du mauvais usage qu’on en avait fait. Lorsque la terre qu’on marne est encore en bon état de fertilité, on peut se dispenser de mettre du fumier la première, et même la seconde année; mais ensuite il ne faut pas manquer de fumer, aus- sitôt qu’on s'aperçoit que les récoltes diminuent, et, si on le peut, on ne doit pas même attendre cette marque d’appauvrissement. C’est sur-tout aux sols sablonneux, qu’il ne faut pas laisser at- tendre le fumier après le marnage. Lorsqu'on marne une terre déjà épuisée, ou pauvre par sa nature, elle doit être fumée en même temps que marnée, et ensuite entretenue dans le meilleur état de fertilité possible par des engrais, toutes les fois 334, DE LA MARNE. que le besoin s’en fait sentir. Avec ces soins, On obtiendra des terrains marnés des récoltes beau- coup plus considérables qu’on n’aurait pu le faire sans la marne. Dans beaucoup de cas, on peut obtenir, par l’emploi de la chaux calcinée, des effets sembla- bles à ceux de la marne. Ils sont moins durables; mais cette pratique peut être plus économique lorsqu’on n’a pas de marne à proximité. On emploie la chaux en beaucoup moins grande quantité que la marne; quelquefois on n’en met que cinquante à soixante-dix hectolitres par hectare; mais souvent on en emploie beaucoup davantage, sur-tout sur de nouveaux défrichemens. On dis- pose la chaux vive sur le terrain en petits mon- ceaux, qu’on recouvre de terre, et qu’on laïsse ainsi, jusqu’à ce que la chaux soit complétement éteinte et réduite en poudre. On la répand alors bien également à la pelle sur toute Fa surface du sol; on la mélange avec la terre, par plusieurs her- sages et par un léger labour, en ayant soin de l’en- terrer très-peu profondément; ensuite on donne des labours plus profonds. L’attention que j'ai recommandée, de rendre promptement et fréquemment des engrais aux sols marnés, est encore plus rigoureusement nécessaire avec la chaux, DU FUMIER. AAA ALU UE AA Au ABUS DU FUMIER. DES MOYENS D'EN AUGMENTER LA QUANTITÉ, DE LE RECUEILLIR ET DE L'EMPLOYER DE LA MANIÈRE LA PLUS UTILE. Les engrais doivent être considérés comme la base de la culture des terres. Il serait aussi possible d’entretenir des troupeaux sans leur donner à man- ger, que de cultivér des terres sans leur rendre; par des engrais, la substance nutritive que leur enlèvent les récoltes qu’elles produisent chaque année. Si on excepte quelques circonstances, où un cultivateur placé près d’une ville, peut s’y pro- curer des engrais de diverses espèces, on peut dire qu’en général on ne peut compter, dans une ex- ploitation rurale, que sur le fumier produit par les bestiaux qu’on y entretient. C’est donc un objet de la plus haute importance, que de prendre les moyens d’obtenir du bétail la plus grande quantité de fumier possible, et de l’employer de la manière la plus utile, On ne peut pas avoir trop de fumier dans une ferme, et ilest bien rare qu’on en ait as- sez; pour un hectare de terre dont le produit a été diminué, parce qu’il a été trop fumé, on en comp terait des millions qui ne produisent, tous les ans, qu’une très-petite partie de ce qu’ils devraient 336 DU FUMIER. produire, par le défaut d’une quantité suffisante d’engrais. Les trois points les plus essentiels pour obtenir d’un nombre donné de bêtes à cornes, de chevaux ou de cochons, la plus grande quantité de fumier possible, sont, 1°, de les nourrir très-copieuse- ment, car la quantité de fumier que produit le bétail est toujours en proportion de la nourriture qu’il reçoit; 2°. de leur fournir constamment une litière abondante, de sorte qu'aucune portion des urines ne se perde; 3°. de les nourrir, toute l’année, à l’étable. Dans le plus grand nombre des exploitations où *les bestiaux sont nourris à la pâture pendant l'été, et où la paille forme une partie considérable de la nourriture d'hiver, je ne crois pas qu’on tire an- nuellement quatre voitures de fumier par tête de gros bétail, tandis qu’on peut en tirer dix, et même davantage, de bien meilleur fumier, par une nourriture copieuse donnée à l’étable. Il y a, dans cette augmentation, de quoi doubler, dans pres- que toutes les circonstances, le produit de toutes les récoltes de l'exploitation, et par conséquent augmenter le produit net dans une bien plus grande proportion, puisque les frais de culture sont les mêmes pour une terre richement amendée, ou pour une terre pauvre. La proportion des fourrages artificiels se trouvera augmentée de même, par DU FUMIER. l'effet de l'amélioration des terres de l'exploitation, 337 ce qui permettra non-seulement de nourrir copieu- sement le même nombre de bestiaux, mais d’en entretenir davantage. C’est sous ce point de vue qu’on doit considérer la nourriture à l’étable, si on veut apprécier toute l’importance de cette méthode, sur la prospérité d’une exploitation agricole. D'un autre côté, l'augmentation de nourriture qu’on fait consommer par le bétail, pour en obte- nir une plus grande abondance d'engrais, n’est ja- mais onéreuse,; parce que l’ausmentation des au- tres produits, comme le lait, la graisse, la laine; ou Le travail pour les bêtes de trait, paie toujours largement cette augmentation de dépense: en ef- fet, il n’y a pas de bestiaux, de quelque espèce qu’ils soient, qui donnént moins de profit, que des bestiaux maigrement nourris. On pourrait cepen- dant ici pécher aussi par l’excès, mais il est bien facile de s’en garantir. Les moyens qu’on emploie pour recueillir le fu- mier, influent aussi beaucoup sur sa quantité. Dans plusieurs cantons où l’agriculture est portée à un haut point de perfection, on recueille à part le fumier et les urines; cela a lieu principalèment lorsque les bestiaux recoivent une nourriture qui produit une très-grande quantité d’urine, comme des fourrages verts, et sur-tout des résidus de dis- üllation de grains ou de pommes de terre. Dans 29 8 DU FUMIER ces cantons, on estime qu'on peut amender, avec rine qu’on recueille ainsi, une aussi grande éten- due de terre, qu'avec le fümier des mêmes bes- iaux 3 mais l'amendement produit par l'urine est beaucoup moins durable que celui qui est produit par le fumier; on n'évalue cet amendement qu’au auart de celui du fumier. Il en résulte que cette séparation des urines ne serait profitable, que dens le cas où on ne pourrait faire un quart en sus umier, en faisant absorber! toute l’urine par une quantité suffisante de: litière il ne me parait guère douteux que l’augmentation de fumier, dans ce-cas, ne soit au, moins dans cette proportion: ainsi, le principal avantage de la séparation des urines est qu’elle permet d’économiser une partie de la litières et l'emploi de,cet engrais liquide est certainement plus embärrassant et plus coûteux que celui du famier.Cependant l'application de l’urine, qu’on mêle avec une quantité égale d’eau, et qu’on n’emploie jamais que lorsqu’elle a fermenté com- plétement, c’est-à-dire au bout de deux ou trO1s mois, présente quelques avantages particuliers dans les sols très-légers, sablonneux.ou calcaires, auxquels les engrais liquides, en général, con- viennent particulièrement: comme les effets de cet engrais sont très-prompts, on, peut l’employer à produire; dans l’année même, une quantité consi- dérable de fourrage, dont on peut obtenir, déjà DU FUMIER 33a quelques mois après, des engrais en abondance. Il placer dans l'imierieur.du tas une petite quantité des mêmes substances, 344 DU FUMIER. lant bien au fumier, ce qui augmentera d'autant la masse, Îl est bon de recouvrir le tout, lorsque le tas est fini, de branchages d’épines, pour empêcher que les poules, en grattant jettent à bas du tas une quantité souvent considérable de fumier, qu’on relève rarement, et qui estainsi perdu. On peut aussi augmenter la quantité de fumier en mêlant au tas de grandes herbes, qu’on coupe le long des chemins, des fossés, des haies, etc.; mais ceci exige l’attention la plus scrupuleuse de ne jamais attendre, pour Les couper, le moment où elles portent leurs graines, et même, pour beau- coup d’entre elles, il n’y a pas de sûreté à les cou- per quand elles sont en fleurs; car si on les laisse quelques jours sur le terrain, les graines peuvent venir en état de germer. Sans les plus extrêmes précautions sous ce rapport, on pourra faire beau- coup plus de mal que de bien; à la vérité, la fer- mentation du fumier détruira un grand nombre de ces graines; mais il yen a beaucoup qui y ré- sistent, et il y a toujours bien assez de mauvaises herbes dans les terres, sans y conduire leurs graines volontairement. J’ai dû mettre en garde les culti- vateurs contre cette faute, parce que jai eu lieu de me repentir vivement de l’avoir commise. Si le tas de fumier n’est pas trop étendu pour sa hauteur, et qu’il ne reçoive pas d’autres eaux que les pluies qui tombent sur lui, il n’arrivera DU FUMIER. 345 presque jamais qu’il contienne un excès nuisible d’humidité; mais dans les longues sécheresses, il peut arriver qu’il se dessèche trop pour que la fer- mentation s’y opère bien: dans ce cas, le fumier prend le blanc, et perd beaucoup de sa valeur; cela n’est guère à craindre que dans le cas où il serait formé, pour la plus grande partie, de fumier de cheval, qui est plus sec, par sa nature, que celui du bétail à cornes, et qui d’ailleurs, par la grande chaleur qu’il développe pendant sa fermentation, fait évaporer promptement l’humidité. On doit ob- server de temps en temps l’état de l’intérieur du tas, et si on s’aperçoit qu'il manque d’humidité, il est absolument indispensable de verser de l’eau dessus d’une manière quelconque., en la faisant pénétrer dans toutes les parties du tas, au moyen d’un pieu qu’on y enfonce, et qu’on retire ensuite, pour y former des trous par où l’eau s’insinue. Lorsqu'on à un colombier dans l’exploitation, on ne doit jamais mêler aux autres fumiers celui qu’on en tire; on doit faire sécher la co/ombine, si elle n’est pas bien sèche lorsqu'on la recueille, la réduire ensuite en poudre, au moyen du fléau ou de toute autre manière, et la répandre à la main, sur Les récoltes en végétation, ou avec les semences au mois de mars ou d’avril, sans l’enterrer. De cette manière, elle produit bien plus d’effet qu’en la mêlant aux autres fumiers, 546 DU FUMIER. Le fumier de bergerie se mêle rarement aussi aux autres fumiers, parce que, lorsqu'on vide: la grande quantité pour pouvoir le mêler convenablement bergerie, on en obtient à-la-fois une trop avec le reste du tas. On en fait un tas à part, qu’on traite! avec Le même soin que je viens d’in- diquer. Le produit des vidanges des latrines de l’exploi- tation ne doit pas non plus être mêlé aux-autres fumiers; c’est un engrais très-puissant; qu’on 1e doit jamais négliger de recueillir. La manière: la plus commode pour lPutiliser, est de le mettre à l’état liquide, dans une fosse de trois ou quatre pieds de profondeur, qu’on emplit seulement: à moitié; on dépose sur le bord de cette fosse, de la terre bien meuble ou de la marne bien sèche, et on la jette sur les matières, par pelletées, qu’on éparpille le plus possible; la terre gagne bientôt le fond, et on en ajoute jusqu’à ce que la masse soit bien ferme, Au bout de quelque temps, on y ide le tout, et on en fait un tas sur Le bordide la fosse; on lemploie lorsqu'il est suffisamment ress 1YÉ pour le répandre facilement. On ne doit jamais mêler à ces matières, des gazons ou des herbes, parce que les substances végétales s’y décomposenit très-difficilement; au bout de plus d’un an, j'ai retrouvé dans du compost de cette espèce; les her- bes qu’on y avait mises, aussi entières qu'au pre- IER. DU FUMIE, mier moment, ce qui gène beaucoup pour répandre l’engrais également. Tous ces soins, pour recueillir et. conserver convenablement les engrais, ne sont nullement dispendieux; ils n’exigent que de la vigilance et de l’attention. Mais quand ils entraîneraient quel- ques dépenses, ce ne sera pas un motif de s’en dis- penser, pour le cultivateur qui connaît la valeur des engrais dans la culture des terres. Aucune dé- pense ne peut être mieux placée. Quant à la manière d'employer le fumier, l’u- sage le plus commun est de ne le transporter sur les terres que lorsqu'il est bien consommé, c’est- à-dire, lorsqu'il est réduit à Pétai d’une susbtance onctueuse, qui se coupe facilement à la bêche, ou, comme disent les cultivateurs, d’un beurre noir. Cette méthode a l’avantage de détruire une grande partie des semences d'herbes nuisibles qui se trou- vent toujours dans le fumier, malgré tous les soins possibles, et qui y ontété apportées, soit par la li- tière, soit par les excrémens du bétail. On peut cependant, dans beaucoup de cas, l’em- ployer très-avantageusement frais, et en sortant de létable; souvent même, employé ainsi, il produit des effets aussi prompts et plus d urables. Dans les méthodes perfectionnées d’agricul ture, où on n’ap- plique le fumier qu'aux récoltes sarclées, l’incon- vénient des mauvaises semences est bien moins im- 348 DU FUMIER. portant, parce que les menues cultures empêchent qu’elles nuisent à la première récolte, et en dé- truisent une grande quantité; et les labours qu’on donne avant la seconde récolte, achèvent de les détruire. Dans les terres argileuses, le fumier en- terré ainsi frais, par un seul labour, produit de très-bons effets, et c’est la méthode qu’on doit toujours suivre pour les pommes de terre, dans quelque sol que ce soit. On peut, ou enterrer Le fumier par des labours, ou le répandre par-dessus les semailles ou les ré- coltes en végétation. Sur la jachère, c’est tou- jours de la première manière qu’on l’applique, et, en général, c’est celle qui convient le mieux dans la plupart des cas, pour les sols argileux. Alors, si on donne un second labour après celui qui a enterré le fumier, soit frais et pailleux, soit con- sommé, il est toujours nécessaire d’en donner en- core au moins un troisième; car le second labour ramène à la surface beaucoup de fumier, et l’amen- dement serait très-inégal; ce n’est guère que le troisième labour qui le mêle bien à la terre. Dans les sols légers, sablonneux ou calcaires, le fumier frais ou consommé produit en général bien plus d'effet, lorsqu’on l’applique sur le sol au lieu de l’enterrer. On peut le répandre, soit au moment de la semaille, soit sur la récolte en vé- gétation, soit même pendant l’hiver, sur une terre DU FUMIER. 349 qui doit être labourée au printemps, pourvu toute- fois que le sol ne soit pas en pente, de manière que les pluies puissent entraîner les sucs du fumier hors du champ. Quoique cette méthode d'appliquer le fumier soit en opposition avec la théorie, qui fait supposer qu’on perd, dans ce cas, une grande quantité de principes volatils qu’on regarde comme très-précieux, cependant l'expérience se prononce si fortement en sa faveur, pour la nature de terre que j'indique, qu’on ne doit pas hésiter de la suivre, lorsque cela est possible. Cette dernière méthode est la seule applicable aux prés et prairies artificielles; la saison la plus favorable pour y conduire le fumier, est la fin de l'hiver ou le commencement du printemps. Lorsque l'herbe commence à grandir, si c’est du fumier pailleux qu’on a employé, il est bon de ramasser les pailles au râteau ou à la herse, et de les mettre en tas hors du pré; on peut employer utilement cette grande paille à la culture des pommes de terre. Les engrais qui s’emploient en poudre et en pe- tite quantité, comme le compost de matière fécale que jai indiqué tout à l'heure, le fumier de pigeons, etc., doivent toujours s’employer en les répandant très-également sur les semailles ou les récoltes en végétation, et sans les enterrer, ou du moins très- peu. Ils produisent ainsi beaucoup plus d’effet que si on les enterrait à la charrue. 350 I u( lu 1 11 f.“or€ 1 hi AÉEX 0Tsqu on cont uit du fumier; on doit mettre DU FUMIER. une grande attention à ce que le nombre d'ouvriers qui charge tance où on conduit, de jamais oisifs, et que pas: attelage. Le fumier qui arrive soit destiné à être ente nt les voitures soitproportionné à la dis- manière qu'ils ne restent les attelages n’attendent Deux chariots sont nécessaires pour chaque sur les terres, soit qu’il rré ou non, doit être ré= pandu de suite très-également; et sans qu'il reste de morceaux ou de paquets; les tas qu’on forme en déchargeant les voitures : HE doivent jamais passer la nuit sur le champ, si on veut que la fumure soit bien égale, ce qui est un des points les plus impor- tans de l'application des engrais. Lorsqu'on enterre à! leux, il est presque charrue par des femme avec des râteaux, Le fum l'y distribuent bien égale s'amasse souvent devant la charrue, ensuite par paquets à charrue du fumier pail- nécéssaire de faire suivre la s, qui tirent dans les raies, ier répandu sur la terre, et ment; sans cela, le fumier et s’enterre Si-on cultive des terres de plusieurs qualités ,on peut séparer les fumiers pèces de bestiaux, afin à cornes dans les sols che bêtes à laïine et dés chev et argileuses. provenant des diverses es- d'employer celui des bêtes uds et légers, et celui des raux, dans les terres froides DELA MEILLEURE MANIÈRE DE METTRE LES PRES EN CULTURE> ET DE CONVERTIR LES TERRES A RABLES EN PRÉS. Le défrichement des prairies, pour les converti en terres arables, est une des opérations les plus importantes. de l’agriculture; car, dans beaucoup de cas, on peut en tirer ainsi un produit bien plus considérable qu’en les laissant en prés. En les gou- vernant convenablement; on peut, si on veut, les laisser en terres arables, les maintenir toujours dans le même état de fertilité que dans:les pre- mières années du défrichement, et si, au bout de quelques années, on:veut les remettre en prés, on peut souvent les rendre plus productives qu’élles étaient auparavant. Si, au contraire, on les traite d’une manière peu judicieuse dans les premières années après le dé- frichement, si on abuse de leur fertilité pour en obtenir!des récoltes qui les épuisent, on les réduit; en peu d'années, à l’état d’une térre médiocre» ei on dissipe ainsi un-trésor dont on, aurait pu jouir pendant très-long-temps. C’est parce que les fer- miers sont en général trop disposés à suivre cette mauvaise méthode, que Les propriétaires permettent rarement qu’ils rompent les prés qui sont attachés à leurs fermes. Ceite-prohibition de. leur part est 352 PRÈS EN CULTURE donc presque toujours fort sage; cependant elle est souvent nuisible, car il y a beaucoup de prés qui, en cette nature, sont d’un très-petit produit, parce qu’ils sont infectés par la mousse, par de mauvaises espèces de plantes, ou pour d’autres causes, et dont on pourrait doubler ou tripler la valeur par une culture bien entendue. D'habiles cultivateurs sont d’avis qu’on ne de- vrait laisser en prés permanens, que ceux qui sont susceptibles d'irrigation; et que tous les autres devraient être, de temps en temps, mis en culture pour quelques années, et ensuite remis en prairie. Cependant je crois que c’est pousser trop loin la conséquence d’un excellent principe; je pense qu’il ne faut pas, sans beaucoup de réflexions, rompre un pré qui est en bon rapport, quoique, dans beau- coup de circonstances, on puisse, sans en diminuer la valeur, en tirer, en le cultivant pendant quel- ques années, un produit beaucoup plus considé- rable, qu’en lé laissant en pré. Mais pour ceux qui sont d’un chétif produit, quoique situés dans un sol fertile, ce qui se rencontre très-fréquemment, les avantages du défrichement sont immenses. Lorsqu'un pré est sujet au séjour des eaux, ce qu’on connaît facilement par la mauvaise nature des herbes qui y croissent, la première chose à faire, avant de le rompre, est de Pégoutter parfai- tement par des saignées ouvertes ou souterraines» ET TERRES EN PRÉS. 34 selon les localités. Sans cela, on ne peut jamais a espérer d’en faire ni un bon pré, ni une terre arable d’un bon produit. Les récoltes qu’il convient le mieux de mettre, la première année, sur un pré rompu, sont celles qui peuvent se semer ou se planter sur un seul labour: car si, après l’avoir rompu, on veut lui donner un second labour, on ramènera les gazons à la surface, ce qui mettra dans la nécessité de donner plu- sieurs autres labours, et très-souvent de lui faire faire une année de jachère avant de l’ensemencer: ce procédé augmente considérablement les frais, et si on ne prend pas ce parti, il restera à la surface beaucoup de gazons roulans, qui reprendront ra- cine, et gêneront pendant long-temps les opéra- tions de la culture. On a souvent conseillé, dans ce cas, de donner, pour la seconde fois, un labour croisé; lorsque jai voulu le faire, j’en ai éprouvé les plus mau- vais résultats; les 6azons; se trouvant coupés en carrés réguliers, restent toujours en grand nombre à la surface, dans les labours suivans; si On en enterre quelques-uns, c’estenen ramenant d’autres au-dessus, qui embarrassent considérablement dans les cultures suivantes. Si cependant on voulait absolument mettre, la première année, une récolte qui ne püt pas réussir sur un labour, il faudrait, avant lhiver, donner 30 354 PRÈS EN CULTURE un labour très-peu profond, de deux ou trois pouces au plus; au printemps, où en donnerait un second de six pouces au moins: de cette manière, on ra- mènerait bien moins de gazons à la superficie. Mais le plus économique de beaucoup, est d’ensemencer ou de planter la première récolte sur un seul labour. I ya plusieurs plantes qui réussissent parfaite- ment de cette manière: tels sont /e Zn, la pomme de terre, les féveroles, l’avoine. Le lin est sans contredit la plus riche récolte qu'on puisse faire sur un pré rompu. Je n’ai ja- mais vu de plus beaux lins que ceux que j'ai culti- vés ainsi sur un seul labour de cinq à six pouces de profondeur, donné en mars, et ensemencé de suite. Les gazons se pourrissent parfaitement sous cette récolte, et la terre est très-bien préparée pour les récoltes suivantes. Les pommes de: terre donnent ordinairement une récolte abondante, lorsqu'on les plante sur un pré ainsi rompu. On ne doit pas les enterrer à la charruëe däns‘ce cas, mais les planter à la bèche ou à la houe, sur un seul labour à la charrue, donné à six ou huit pouces de profondeur. On ne doit pas compter, cette année, sur la houe à cheval pour les binages, à cause des gazons, qui; dans presque tous les cas, nuisent à la marche de cet instrument. Il vaut mieux les cultiver à la houe à main. ET TERRES EN PRÉS. 355 l'ous les cultivateurs savent que /’avoine; semé sur un seul labour dans un pré rompu, donne or- dinairement une récolte énorme. Le labour n’a pas besoin d’être approfondi à plus de cinq à six pouces. Les féveroles donnent aussi, dans ce cas, un pro- duit très-abondant. Comme la semence de cette plante demande à être enterrée profondément, il faut la planter au plantoir, si on ne peut, avec la herse, les enterrer à deux pouces au moins, ce qui arrive souvent sur les gazons. Trois ou qüatre pouces de profondeur conviennent encore mieux à cette semence. La seconde année doit, dans tous les cas, être destinée à une récolte sarclée, soit à la maïn, soit à la houe à cheval, afin d’achever de détruire tou- tes Les herbes du pré, qui pourraient repousser. Si le terrain est pauvre, que le gazon soit peu ancien, et de péu d'épaisseur, et qu’on veuille le remettre en nature de pré, on ne doit pas prendre plus de trois récoltes, avant de semer les graines de pré’, à moins qu’on ne lui rende du fumier à la 5e. ou 4€. année, cequi serait.és alement néces- saire si on veut Le laissér en nature de terre arable. On peut suivre alors l’un des assolemens sui- vans: 1re, année, D 2e, Navets, 356 3. Orge avec graines de pré: Ou bien, 1e, année, pommes de terre, 2€. Pommes de terre, 3e. Orge avec graines de pré: Ou encore, 1°. année, avoine, 2e, Navets, 3e. Orge avec graines de pré: Ou, 17e. année, pommes de terre, 2€. Navets, 3e. Orge, 4. Pommes de terre fumées, 5e. Orge avec graines de pré: Ou encore, 17e, année, avoine, 2e, pommes de terre fumées, 3e. Orge avec trèfle, 4e. Trèfle, 5e. Seigle ou blé, PRÈS EN CULTURE 6°. Pommes de terre ou navets fumés, 7e. Orge avec graines de pré. Dans un sol plus fertile et de consistance moyenne, On peut faire: ire, année, lin, 2e. Pommes de terre, navets ou betteraves 3e. Carottes, ET TERRES EN PRES. 4. Orge avec graines de pré: Ou, 1re. année, lin, 1 a I 2e. Pommes de terre, navets ou betteraves, 3e. Orge, 4. Trèfle, 5e. Blé, 6e. Pommes de terre, ou navets fumés: 7°. Orge avec graines de pré: Ou, 17e, année, avoine, 2e, Pommes de terre, navets ou betteraves; 3e. Fèves binées, 4. Blé avec graines de pré. Dans un sol très-riche, frais et profond, et sur un gazon très-ancien, on peut suivre les cours suivans! 1e, année, lin ou fèves, 2e. Choux, betteraves ou rutabagas, 3°. Orge, 4e. Trèîle, 5e. Blé, 6e. Vesces ou fèves, 7e. Blé, 8e. Betteraves fumées, 9°: Orge avec graines de pré: Ou,| 1re, année, avoine, 58 PRÈS EN CULTURE »e, Betteraves, 3e. Blé. 4e. Fèves binées, 5e, Blé avec graines de pré: Ou, 1e, année, lin, se, Colza en lignes, biné soigneusement; 3°. Blé, 4e. Fèves binées, 5e. Blé avec graines de pré. Par des assolemens de ce genre; On peut tirer, pendant quelques années, d’un pré rompu,‘Un produit double, dans beaucoup de circonstances, de celui qu'on aurait pu en tirer en nature de pré. Le dernier cours que j'ai indiqué, est.entre autres un des plus lucratifs auxquels on puisse prétendre dans la culture champêtre; et cependant,: bean- coup de vieux prés rompus peuvent le supporier sans éprouver un trop grand épuisement: En gé- néral, on doit déterminer le nombre ,et l'espèce de récoltes qu’on peut tirer d’un terrain de cette espèce» d’après l’épaisseur de la couche de gazon q u’on a renversée; Ce gazon forme un engrais très- , plus ou moins durable, selon sa masse puissant C’est: un trésor. et aussi selon la nature de la texre: dont il faut jouir, mais dont on ne doit pas abu- ser; si on laisse arriver le moment de l'épuisement, on a tué la poule aux œufs d’or. 1 ne reste plus ET TERRES EN PRÉS. 359 qu’un terrain qu’on ne peut plus mettre en pré, ni cultiver avec profit à la charrue; car un terrain pauvre ou épuisé paie bien rarement les frais de culture. Après avoir culüivé pendant quelques années un pré rompu, on peut, au lieu de le remettre en nature de pré, comme je l'ai indiqué dans les asso- lemens que j'ai proposés, Le soumettre à un asso- lement réglé, comme une terre arable de bonne qualité: dans ce cas, on doit avoir pour but cons- tant, de conserver la terre dans le même état de fertilité qu’elle avait dans les premières années du défrichement. On y réussira par des amendemens répétés, et par une succession judicieuse de ré- coltes. L’écobuage est encore une méthode qu’on em- ploie dans beaucoup de cantons, pour rompre une ancienne prairie; ou pour mettre en culture ur terrain en friche couvert de gazons. Cette méthode consiste à écroûter la surface du sol, au printem/ ou en été, afin d’en brûler les gazons. Cet écroû- tage doit être fait à la profondeur d’un, deux ou trois pouces au plus, selon que le gazon est pl ou moins épais; cette opération se fait, soit ave une charrue destinée à cet usage, soit avec un ins- trument à main, qu’onnomme écobze. On retourn ent°4 16 écobze. On retourne les gazons une ou deux fois, et lorsqu'ils sont bien 360 PRÈS EN CULTURE soin, en forme de fourneaux, en ménageant, au centre, un vide dans lequel on met un peu de fa- gotage ou autre combustible, on y met le feu, et on a soin d’ajouter de nouveaux gazons sur les parties par où on s’aperçoit que la flamme s'échappe, afin que la combustion soit bien étouffée. On les laisse ainsi brûler lentement, et au bout de quel- ques jours, on répand sur toute la surface du sol les cendres, ou plutôt la matière charbonneuse et terreuse qui forme les monceaux. On l’enterre de suite par un léger labour, et on y sème ou plante la récolte qu’on destine au terrain. Les pommes de terre, les navets, la navette, le colza, les vesces ou l’avoine, sont les récoltes qu’il est le plus con- venable de prendre immédiatement après l’éco- buage, dans la plupart des circonstances. Îl est très- avantageux de fumer le terrain pour la seconde récolte, lorsque la première n’a pas été consommée en vert. L’écobuage est pratiqué dans un grand nombre de cantons, et l’abus qu’on fait de cette pratique, peut motiver la réprobation dont elle a été frap- pée par plusieurs agronomes fort instruits. Cepen- dant il faut distinguer une méthode bonne en elle- même, ou du moins qu’on peut appliquer avec avantage dans un grand nombre de circonstances, de l’usage vicieux qu’on peut en faire. L’écobuage est, dans beaucoup de circonstances, un moyen ET TERRES EN PRÈS. 36 de tirer du sol des récoltes bien plus abondantes qu'il ne serait possible de le faire par toute autre méthode; mais aussi un sol écobué présente beau- coup plus de facilité au cultivateur avide ou igno- rant; pour l’épuiser promptement par une succes- sion peu judicieuse de récoltes épuisantes. Après l’écobuage, on doit mettre encore bien plus de soin, qu'après toûte autre méthode de rompre ur pré, à adopter un assolement peu épuisant, à rendre promptement de l’engrais au sol, à le remettreen prairie au bout d’un petit nombre d'années, ou à entretenir la fertilité par des amendemens abon- dans, si on veut le laisser en culture, On doit considérer, si je puis m’exprimer ainsi, un terrain écobué, comme un cheval très-ardent, dont peut facilement abuser un voiturier mæf habile, mais dont on peut tirer d’excellens services, au moyen des ménagemens convenables. Les sols tourbeux sont ceux où l’écobuage pré- sente le plus haut degré d'utilité. IL est beaucoup de sols d8 cette nature qui ne pourraient être mis en culture d’une manière profitable, par toute autre méthode qu’avec des procédés très-longs et très- dispendieux, et qui, au moyen de l’écobuage) peu- vent être portés immédiatement à un degré de fer- tilité étonnant. Il en est à peu-près de même de beaucoup de terrains froids, situés dans des marais desséchés. 362 PRÉS EN CULTURE Tous les prés ou pâturages situés en solarpileux, ou même de consistance moyenne, peuvent aussi être traités avantageusement par le procédé de l’é- cobuage; il convient aussi aux sols calcaires ou craïeux. En Angleterre, on considère l’écobuage comme le meilleur procédé possible, pour rompre un vieux sainfoin. En général, les terrains sablon- neux, ou dont la nature approche du sable, sont les seuls où ce procédé ne puisse être suivi d'effets avantageux; mais il ne peut être exécuté dans au- cun cas, que lorsque les racines fibreuses des plantes sont nombreuses, et entrelacées dans le sol, de manière à former un tissu serré. Mettre en nature de pré une terre arable, est unc opération très-rare dans l’agriculture française, et véritablement‘elle s'exécute ordinairement d’une manière si barbare, si lente et si peu économique, qu’on ne doit pas être surpris qu’on ne soit pas tenté d’y revenir plus fréquemment. C’est aussi une des principales raisons pour lesquelles on craint tant de rompre un pré naturel, malgré l’immense profit qu’on peut en tirer. Abandonner à elle-même une terre épuisée et empoisonnée de mauvaises plantes, peut bien être un moyen de la remettre en pré; mais c’est un moyen qui entraine la perte totale ou presque totale du produit de la terre, pendant trois, six où même dix ans, qui s’écoulent ordinai- rement avant qu’on ait un pré passable. Y répandre ET TERRES EN PRÉS. 363 à la pelle, de dessus un chariot, des ramassures de greniers à foin, décorées du nom de semences de Join, est encore un moyen d'augmenter le nombre des plantes qui y croîtront; mais le hasard déci- dera si ces plantes seront appropriées au terrain, de bonne ou de mauvaise qualité, etc. D'ailleurs, quand elles seraient d’excellente qualité, si le sol est pauvre, On n’aura pendant long-temps qu’un pauvre pré. Il y a cependant quelques terres qui se couvrent naturellement et promptement de très-bonnes her- bes, et qui sont toujours, par cette raison, de fort mauvaises terres pour la production des grains. Pour celles-là, il ne faut pas d’art pour les re- mettre en pré: le seul soin qu’on doit avoir est qu’elles se trouvent en bon état de fertilité; mais ce cas est extrêmement rare, et, dans toute autre circonstance, voici comme on doit s’y prendre pour créer un pyé qui, à sa première, où au plus à sa se- conde année; soit en plein rapport, ce qui est pos- sible, dans quelque sol que ce soit. Le premier soin nécessaire, dans ce cas Est d’a- mener le sol, par des engrais, au meilleur état de fertilité possible, et de Le nettoyer parfaitement des plantes nuisibles; sans cela, il n°y à aucun Succès à espérer. Cette condition n’est pas onéreuse à rem- plir, puisque, dans presque tous les cas > On peut y parvenir par la culture de récoltes Préparatoires, eue 564 PRÈS EN CULTURÉ qui paient bien elles-mêmes les engrais et Les soins qu’on leur consacre. C’est toujours dans la récolte de grains qui suit immédiatement une récolte sar- clée et fumée, qu’on doit semer la nouvelle prairie. Si la culture qui a précédé la récolte sarclée a été bien dirigée, de manière à ne pas trop épuiser le terrain, età ne pas le laisser empoisonné d’herbes nuisibles, le succès est à-peu-près infaillible; on aura, dans peu de temps, une aussi bonne prairie que la situation du terrain peut le permettre. On peut semer la graine de pré, soit à l’automne, soit au printemps; dans le plus grand nombre de cir- constances, je crois que le moment le plus favo- rable est au mois de mars ou d’avril, avec l’avoine ou l’orge, etc., ou en février ou mars, sur un blé d'hiver, en enterrant très-peu la semence, dans tous les cas. Le choix des espèces de graines qu’on doit em- ployer, et la manière de se les procurer, forment; sans contredit, le point le plus embarrassant de cette opération, pour la plupart des cultivateurs. Le nombre des espèces de plantes qui croissent dans les bons prés est très-considérable, même en ne faisant attention qu'aux gr aminées, qui en com- posent pour ainsi dire le fond, et on ne trouve dans le commerce, que les semences d’un très-petit nombre de ces espèces, encore sont-elles très-rare- ment pures. Les limites de cet ouvrage ne permet- ET TERRES EN PRES. 365 tent pas de donner ici la noménclature de toutes les plantes qui peuvent entrer dans la composition des prairies, en indiquant les circonstances dans les- quelles chacune d’elles peut convenir; les personnes qui‘ désireraient prendre une connaissance plus ap- profondie de cette matière, peuvent consulter les excellens développemens qui ont été donnés sur ce sujet, comme sur beaucoup d’autres, par M. Yvart, dans le Nouveau cours complet d’agriculture, art. Succession de culture. D'un autre côté, comme une simple nomenclature de toutes.ces espèces ne serait d’aucune utilité, et ne ferait qu’embarrasser ceux qui voudraient en faire usage, je-me contenterai de dire ici que Les graminées qu’on sème le plus fré- quemment à part, pour former des prés, sont l’zvraze vivace où ray-grass, et le fromental ou avoine éle- vée. On peut facilement s’en procurer des semences par le commerce, et elles réussissent bien toutes deux, dans tous les sols qui ne sont pas excessive- ment secs ou marécageux. On emploie quatre-vingts à cent livres de graine de 7ay-grass bien propre par hectare, ou deux cent cinquante livres environ de graine de fromental. Comme ces deux plantes sont fort hâtives, on peut très-bien les mélanger; alors on prendra moitié de chacune des quantités de graine que je viens d’indiquer. On peut y joindre six à dix livres de graine de trèfle blanc, si la prairie est destinée à être pâturée, ou autant de trèfle rouge, 366 PRÉS EN CULTURE si elle doit être fauchée: dans ce cas, on retran- chera une quantité proportionnée des semences de graminées: Il y a encore quelques autres graminées qui ont été vantées à diverses époques, comme pouvant for- mer de bonnes prairies, mais qui sont bien plus ra- rement cultivées, du moins en France, que les deux dont je viens de parler, quoiqu’elles soient très- communes dans nos meilleurs prés naturels: tels sont le dactyle pelotonné, la fléole des prés( timo- thy-grass des Anglais), quelques parwrins; le vul- pén des prés, etc. Il est certain que, lorsqu'il est question de former un pré qui est destiné à subsister pendant long- temps, un mélange de plusieurs espèces est préfé- rable à une espèce seule, quelque bien appropriée qu’elle soit à la nature du terrain; car le sol se lasse de produire toujours la même plante, et semble se rafraîchir par la variété des productions. Le parti le plus sage que puisse prendre un culti- vateur, pour déterminer les espèces de plantes dont il doit former une prairie de cette espèce, est d’ob- server quelles sont les plantes qui réussissent le mieux, et qui donnent le meilleur fourrage; dans de bons prés de la même nature de terre, et dans la même position, que le terrain qu'il veut convertir en prairie; s’il ne connaît pas les noms botaniques ? de ces plantes, il n’y a pas de ville où il ne puisse ET TERRES EN PRÉS.$ 367 trouver quelqu'un en état de les lui indiquer; il pourra alors se procurer dans le commerce un mé- lange de trois ou quatre espèces; et former ains: son pré à-peu-près à coup sûre Il peut aussi se procurer ces semences dans de bons prés, d’une nature de terre et d’une situation analogues à celles du terrain auquel il Les destine Pour cela, il observera avec soin l’époque de la ma- turité des meilleures espèces, et fera faucher, ou, mieux encore, couper à la faucille l’herbe du pre, au moment où ces graines sont sur le point de mü- rir; car les meilleures espèces de graines de prés s’égrenant avec une très-grande facilité, si on at- tend quelques jours trop tard pour les couper, où ,si on les secoue trop fortement pour les couper ou pour les faire sécher, on les perd presque toutes. Les diverses plantes qui forment les prés, müû- rissent à des époques fort différentes: plusieurs sont déjà souvent müûres dans le commencement de juin, d’autres, un mois après, ou même plus tard; de sorte que, si on ne fait pas attention à cette cir- constance, on peut recueillir dans un pré des es- pèces de plantes toutes différentes de celles qu’on veut multiplier. Si on voulait obtenir un mélange d'espèces semblable à celui du pré dont on ré- colte la semence, il serait nécessaire de le diviser en trois ou quatre parties, et de Le faucher successi- vement, à l’époque de la maturité de chaque espèce 368. PRÉS EN CULTURE En récoltant des graines de prés avec ces soins, en les criblant et vannant bien, et séparant encore, par ces moyens, les mauvaises graines qui en sont susceptibles, on peut obtenir des semences propres à former d'excellentes prairies, et toutes diffé- rentes de la graine de foin qu’on amasse sur les greniers, qui contient ordinairement plus de mau- vaises semences que de bonnes, parce que la plu- part des meilleures espèces de graminées de prai- ries sont celles dont la graine müûrit la première et tombe avec le plus de facilité, de sorte qu’elle se perd presque toujours dans le fanage de foin. On peut aussi faire amasser par des enfans ou des femmes, le long des haies, des chemins, dans les taillis, etc., les semences des plantes qu’on veut multiplier, et qu’on leur indique avec soin: c’est un moyen de les avoir très-propres, et, dans beaucoup de circonstances, on peut les obtenir ainsi à peu de frais. De quelque manière qu’on se soit procuré.la se- mence de prés, on doit la semer avec autant de soin et d’attention, pour la répandre bien égale- ment et pour l’enterrer convenablement, que si c'était de la graine de colza ou de trèfle, et non pas la jeter au hasard avec négligence, comme on le fait communément. On ne peut déterminer la quantité de semence qu’il faut employer; cela dé- pend du plus ou moins de finesse des espèces de IT TERRES EN PRÉS. 369 graines qu’on sème; au reste; il vaut toujours mieux en mettre trop que trop peu: Avec ces soins, on est à-peu-prèé sûr d’avoir, dès l’année suivante, une prairie garnie. Soit qu'on la destine à être pâturée ou fauchée, on fera bien de la faire päturer par les moutons; la première année, c’est-à-dire celle qui suit celle de la se- maille; il ne faut pas craindre qu’ils y fassent du tort, au contraire, rien ne contribue plus à faire taller les graminées et à épaissir l'herbe, que de la faire brouter bien ras par les moutons. Si on les y mettait l’année de la semaille, on détruirait tout; mais l’année suivante, les plantes sont assez fortes pour n'être plus arrachées, et alors plus elles sont broutées près du collet, plus elles re- poussent de tiges. On doit considérer cette pra- tique comme le meilleur moyen de former de bonnes prairies. Les années suivantes, on la fau- chera ou on la pâturera, selon les convenañces de exploitation. J’ajouterai ici que, lorsqu'on forme une prairie destinée à être fauchée, il est fort important de ne mettre ensemble que des herbes dont l’époque de maturité est à-peu-près la même, et de les faucher plutôt sur le vert, lorsqu’elles sont en fleurs, que d'attendre plus tard. Plusieurs graminées qui for- ment un fourrage excellent lorsqu’on les fauche à cette époque, ne font plus qu'un foin dur et insi- 370 DES ASSOLEMENS. pide, si on les laisse trop mürir. C’est pour cela que le fromental, le ray-grass, le dactyle pelo- sonné, etc., qui sont très-communs dans nos prai- ries, y sont souvent peu estimés; il y a déjà long- temps que l’époque où ils auraient pu former un fourrage de première qualité est passée, lorsque beaucoup d’autres plantes qui forment les prairies sont bonnes à couper. Lorsqu'un pré est destiné à être pâturé, on doit, au contraire, choisir les plantes qui doivent le com- poser, de manière que leur croissance arrive à di- verses époques, afin qu’il présente, en tout temps, de la nourriture au bétail: ainsi, on mélera les plantes de printemps avec celles d'été, celles qui résistent aux sécheresses, avec celles qui ne pous- sent guère que par l’effet des pluies du printemps et de l’automne. ROAAAR AAA RAARAARAN NPA AAA AAA RAD ANRANAAIR DES ASSOLEMENS. Ir n’y a guère plus de cinquante ans qu’on a reconnu les avantages d’une bonne succession de ré- coltes. On a vu que certaines plantes, soit à cause du mode de culture qu’elles exigent, soit par l'effet de la manière dont elles se nourrissent dans la terre, réussissent mieux ou plus mal, selon qu’elles suc- cèdent à telle ou telle autre plante. De là est né DES ASSOLEMENS. 37x V’art des assolemens. Les connaissances qu’on à acquises dans cet art, ont permis, dans la plupart des circonstances, de charger la terre d’une suite de récoltes non interrompue, et par conséquent; de supprimer les jachères où versaines; Sans nuire à la fertilité du sol, et au contraire, en l’amélio- rant continuellement. Il est facile de juger par là que les connaissances relatives à cette branche de l’agriculture doivent être rangées au nombre des plus importantes, parmi toutes celles qu’embrasse l’art de cultiver la terre. Cependant ces connais- sances sont encore peu répandues; mais comme elles ont fait la richesse de tous les cantons où on a appris à en connaître l'importance, il est pro- bable qu’elles se répandront de jour en jour davantage. La première question qui se présente, relative- ment aux assolemens, est de savoir s’il est possible d'entretenir la terre en bon état de culture, en supprimant complétement les jachères. On: doit répondge oui ou non, selon les circonstances. Le défaut de moyens pécuniaires des cultivateurs est, dans beaucoup de cas, un des principaux obstacles à la suppression des jachères: le grand avantage d’un bon assolement est de produire en abondance des récoltes destinées aux bestiaux, parce que ce n’est qu’ainsi qu’on peut fumer copieusement la terre et augmenter sa fertilité. Mais il faut, pour 372 DES ASSOLEMENS. jouir de cet avantage, que le cultivateur puisse acheter ces bestiaux, qu’il ait le moyen de les loger, etc. D’un autre côté, on ne peut supprimer les jachères sans cultiver beaucoup de plantes sar- clées, qui exigent des frais de main-d'œuvre con- sidérables. Tout cela fait que le capital destiné à l’exploitation d’une ferme, doit être beaucoup plus considérable, lorsqu'on veut la cultiver sans ja- chère, que lorsqu'on y suit l’ancien système. Il est certain que celui qui consacre à la culture perfec- tionnée le capital nécessaire, en tire des bénéfices très-considérabless mais enfin, il faut avoir ce capital. D’après ce motif, Le changement de l’an- cien système de culture ne pourra être que graduel, dans la plupart des circonstances, où les cultiva. teurs ne sont pas assez riches pour adopter d'emblée une meilleure méthode. En élevant quelques têtes de bétail de plus, un cultivateur introduira un meilleur assolement sur une pièce de terre de son exploitation, qu’il pourra ainsi amender plus co- pieusement, sans nuire à ses autres terrés; Le bé- néfice qu'il en tirera, lui permettra d’étendre pro- gressivement cette amélioration à tout son domaine, Dès qu’il en aura fait l’expérience sur une seule pièce de terre, il n°’y a pas de danger qu’il s’arrête; les avantages en sont trop évidens, pour qu’ils ne le frappent pas vivement; il verra bientôt que c’est un moyen de tripler ou quadrupler sa fortune: c’est DES ASSOLEMENS. 573 une marche qui sera lente; mais cette lenteur est inévitable, si ce n’est pour les personnes qui sont en état de consacrer immédiatement à leur exploi- tation le capital nécessaire pour y adopter un bon assolement. Il est certain que si, sans y consacrer les avances nécessaires, un cultivateur se mettait en tête de supprimer ses jachères, il ruinerait infaiiblement ses terres, ettendrait ainsi à déprécier une méthode excellente en elle-même, mais qu’on ne doit pas adopter sans réflexion. Une autre difficulté très-grave, qui se rencontre à l'adoption d’un assolement qui supprime les ja- chères, c’est la grande division des propriétés, jointe au droit de vaine pâture. Heureux celui qui possède un domaine bien réuni! S’il y#ntroduit un bon assolement, où la terre est constamment char- gée de récoltes ou en état de labour, la législation actuelle est suffisante pour qu’il puisse se sous- traire au fléau de la vaine pâture; mais cela est bien plus difficile pour les pièces de terre morce- lées parmi un finage. Là, aucune récolte ne peut être en sûreté, au milieu des terres en jachère, ou des éteules; du moins il en est ainsi, d’après la manière dont la police rurale est faite dans les neuf dixièmes de la France; c’est un genre de difficulté qu’on peut espérer de voir cesser bientôt, car il est bien connu, et signalé par tout ce que le royaume 374 DES ASSOLEMENS. possède d'hommes éclairés. En attendant, un bon système d’assolement ne peut guère être adopté dans une commune, que lorsque les habitans, con- vaincus de ses avantages par une pratique suivie dans quelques pièces de terre closes, ou de grande étendue, ou situées près des habitations, convien- dront entre eux de supprimer la vaine pâture dans la commune; ce qui leur permettra à tous de s’en- richir. Je dis à tous, car je n’en excepte pas même les pauvres habitans qui ne possèdent pas un pouce de terre: pour ceux-là, la facilité de se procurer du travail, dans un système de culture qui exige im- périeusement beaucoup de main-d'œuvre, sera une fortune, si on la compare à l’avantage d’avoir une vache misérablement nourrie à la vaine pâture. Ils n’en auraient pas moins une vache; le moindre coin de terre qu’ils loueraient au fermier qui les emploie; pour le prix d’une ou deux semaines de leur travail, leur fournira de quoi là nourrir bien mieux qu’elle ne l'était au troupeau commun, car ce petit champ, cultivé par les mains de sa famille, et affranchi de la vaine pâture, aura pour lui, quoique situé au milieu du finage, à-peu-près toute la valeur d’un jardin clos. Qu’on examine les communes où la vaine pâture se trouve suppri- mée, soit par la législation, soit par le consente- ment des habitans, soit par toute autre cause, on verra qu’il n’est aucune classe pour laquelle cette DES ASSOLEMI suppression ne soit devenue une source d’aisance ou de richesse. Nous avons fait en France, depuis trente ans, un grand pas vers l'introduction des bons assole- mens: c’est l’adoption de la culture du trèfle, car, dans le plus grand nombre de circonstances, le trèfle doit être considéré comme un des principaux pivots d’un bon assolement. Sans doute, on ne cul- tive en trèfle qu’une très-petite partie de l’étendue de terre qu’on dévrait y consacrer; mais enfin, on reconnaît presque par-tout les avantages de cette culture, et si les obstacles qui s'opposent à son extension étaient levés, elle augmenterait considé- rablement. Cependant l'adoption de la culture du trèfle ou d’autres plantes à fourrage de cette espèce, n’amè- nera jamais, seule, une grande amélioration; dans tout bon assolement, elle doit nécessairement être combinée avec la culture des plantes sarclées 3 c'est là un autre pivot sur lequel doit rouler tout bon assolemeït. En effet, si après avoir récolté deux années de suite du grain gur un champ, on y fait une récolte de trèfle, et qu’on veuille y mettre en- suite du blé, et puis de l’avoine, etc., on se four- voie dans une fausse route, qui entrainera les in- convéniens les plus graves: la terre s’empoisonne tellement d'herbes nuisibles, que les récoltes de grain ne donnent plus qu’un chétif produit; il faut 376 DES ASSOLEMENS. en revenir à la jachère, et souvent une année de jachère n’est plus alors suffisante pour mettre le sol dans un état de culture passable. C’est parce qu'on à commis souvent cette faute, dans des cantons où on a voulu essayer la culture du trèfle, qu’on ac- cuse souvent cette plante de salir la terre, en favo- risant la propagation des mauvaises herbes. Ce n’est pas tout de faire une chose bonne en elle-même à :] faut encore la bien faire, si on veut réussir. Les bons effets produits par la jachère, comme préparation aux récoltes qui suivent, sont de deux sortes: d’abord elle ameublit le sol, et en expose successivement toutes les parties au contact de l’at- mosphère, ce qui produit un amendement réel; ensuite elle nettoie la terre des mauvaises herbes, ce qui est un autre genre d'amélioration au moins aussi important. 11 faut donc que le système qu’on met à la place de la jachère, produise les mêmes effets, d’une manière au moins aussi complète. La destruction des mauvaises herbes s'opère par le moyen des binages, soit à la main, soit à la houe à cheval, entre les lignes des récoltes sarclées, d’une manière aussi parfaite qu’on peut le faire par la jachère la plus soignée. Je n’excepte ici que les terres argileuses les plus compactes et les plus te- naces, qu'il est difficile souvent d’ameublir assez pour faciliter l’action des houes, soit à main, soit à cheval. Pour ces terres, la jachère revenant tous DES ASSOLEMENS. 377 les 6, 8 ou g ans, est peut-être un mal nécessaire; mais c’est un cas qui se rencontre très-rarement; lorsqu'on sait prendre les instans favorables pour les cultures. Quant aux avantages de l'exposition des diverses parties du sol à l’action de l’atmo- sphère, ils sont produits par l’action des instru- mens employés aux cultures des récoltes sarclées, au moins aussi bieu que par la jachère, dans toutes les terres où ces instrumens peuvent agir conve- nablement, c’est-à-dire, dans Îes neuf dixièmes des terres, car je n’en excepte, comme je viens de le dire, que les sols de la nature la plus compacte, qui même, par une culture soignée, et par une grande abondance d'engrais, peuvent facilement être amenés, en quelques années, à un état d’a- meublissement suffisant pour se laisser manier par les instrumens de menues cultures. IL n’y a donc pas de sol qu’on ne puisse, avec des avances suf- fisantes en engrais et en main-d'œuvre, entretenir en parfait état de culture, en y supprimant les ja- chères, et én le couvrant, tous les ans, sans inter- ruption, de récoltes appropriées à la nature de la terre. L'expérience nous a appris que toutes les plantes n’épuisent pas également le sol; il en est même qui l’améliorent: c’est ainsi que le trèfle, la lu- zerne, le sainfoin, etc., laissent la terre dans un état plus fertile qu’elle n’était ayant leur culture; 352 578 DES ASSOLEMENS. il en est de même de toutes les plantes vivaces des prairies, lorsqu'on les fauche ou qu’on les fait pà- turer avant la maturation de leurs semences. Les céréales, c’est-à-dire, le blé, l’orge, Le seigle et autres de la même famille, doivent être consi- dérées comme très-épuisantes; lorsque leur graine vient à maturité; le blé est, parmi ces plantes, celle qui épuise Le plus le sol. Parmi Les récoltes ra- cines, la pomme de terre est probablement la plus épuisante; viennent ensuite le chou-navet, le ru- tabaga, le navet; la betterave et la carotte parais- sent celles qui enlèvent le moins de substance nu- iritive au sol; lorsqu’en les arrachant, on laisse Les feuilles sur la terre, il est même probable qu’elles ne sont pas épuisantes. Les graines à huile, les di- verses variétés de choux, sont au nombre des ré- coltes les plus épuisantes; cependant en Flandre, où les cultivateurs ont acquis une grandé expé- rience de la culture du colza, ils regardent cette récolte comme très-peu épuisante, lorsqu'elle est transplantée, bien binée, et récoltée à graine. Les pois, vesces, fèves et quelquesautres légumineuses, lorsqu'on récolte la graine, sont beaucoup moins épuisantes que les céréales; lorsqu'on les coupe vers la floraison, il est douteux qu’elles enlèvent rien au sol. On a reconnu que chaque espèce de plante épuise beaucoup plus le sol, lorsqu'on laisse venir ses DES ASSOLEMENS. 430 graines à maturité, que lorsqu’on les fauche vers la floraison; il est probable que, pour toutes les plantes qu’on fauche, l'épuisement du sol est d’au- tant moins considérable, qu’elles ont été coupées à une époque moins avancée de leur croissance. Dans un bon assolement, on doit faire succéder les plantes améliorantes à celles qui sont épuisantes, de manière à conserver le sol dans, un bon état de fertilité. Cependant, l’application de ce principe est subordonnée à la quantité d’engrais dont on peut disposer, en sorte que sion fume fréquemment et copieusement, il n’est pas nécessaire de revenir aussi souvent aux plantes améliorantes. Il a été reconnu d’une manière incontestable, que la même espèce de plante n’aime pas à revenir plusieurs fois de suite sur Le même sol, et que les récoltes sont bien plus abondantes sur le même terrain, lorsqu'on y cultive successivement des plantes d’espèces différentes. Cette propriété des plantes est variable dans diverses espèces; et elle est indépendante de leur faculté épuisante; car le trèfle, Qui est améliorant, prépare très-mal la terre pour une récolte de trèfle ,et même, à moins d’une excellente culture, la terre se lasse du trèfle, s’il revient tous les trois et même tous les quatre ans, et sur-tout dans les sols légers. Le sainfoin, la lu- zerne, qui occupent le sol pendant huit ou dix ans, et même davantage, ne doivent être ensuite culti: 580 DES ASSOLEMENS. vés dans le même terrain, qu’après un laps de temps à-peu-près égal, Les récoltes de lin diminuent con- sidérablement, si on le remet dans le même sol avant six ans au moins; il en est à-peu-près de même des pois. D’un autre côté, d’autres plantes souffrent plus volontiers de revenir souvent sur le même terrain; c’est ainsi que le chanvre, quoiqu'il soit fort épuisant, peut se cultiver plusieurs années de suite, en fumant suffisamment. Les fèves, les carottes peuvent aussi sans inconvénient revenir à des époques rapprochées; il paraît même que les récoltes de pommes de terre ne diminuent pas beau- coup, en les mettant plusieurs années de suite dans le même terrain, si on lui rend de l’enprais. Les céréales exigent impérieusement d’être intercalées avec d’autres récoltes, si on veut que leur produit ne diminue pas beaucoup. Ce principe est vrai non-seulement pour chaque espèce de plante en particulier; mais pour les plantes de la même famille: ainsi si on met de l’a- voine ou de l’orge après du blé, la récolte sera beaucoup moins considérable que si on avait placé entre deux, une récolte nôn épuisante;, comme par exemple des vesces fauchées pour fourrage ou des féveroles. On remarque que certaines plantes réussissent mieux, ou plus mal, après telle ou telle autre ré- colte; c’est ainsi que le trèfle, les fèves, forment DES ASSOLEMENS. 38: une très-bonne préparation pour le blé, tandis que l'orge ou l’avoine réussissent mieux que le blé, après une récolte de pommes de terre. Sur un gazon rompu&t non encore consommé, l’avoine réussit beaucoup:mieux que le blé ou l'orge. Le trèfle est une des plañtes les plus précieuses pour un bon assolernent, non-seulement parce que c’est une récolte aéliorante, qui fournit un four- rage abondant et d'excellente qualité, soît en vert, soit en sec, mais aussi parce que sa culture est très- économique. Il se sème dans une céréale, ou dans du lin, du colza, etc., sans exiger de labour; en le rompant par un seul labour, la terre est très-bien préparée pour le blé: voilà donc deux récoltes pré- cieuses obtenues avec un seul labour. Pour obtenir cet avantage, il faut que le trèfle soit bien garni, et cultivé dans une terre suffisamment nette de mau- vaises herbes: pour cela, la meilleure méthode est de le mettre toujours dans la récolte de céréales qui suit immédiatement une récolte sarclée et fumée. Il est façile, d’après ce que je viens de dire, d’in- diquer les principes généraux qu’on doit suivre dans un assolement sans fachère. On peut les ré- duire aux suivans: 1°. On doit intercaler les récoltes épuisanties et les récoltes améliorantes, de mänière à entretenir le sol dans le meilleur état de fertilité possible. : PS É É; 2°. Les récoltes sarçlées doivent revenir assez 382 DES ASSOLEMENS. souvent pour maintenir le terrain bien net de plantes nuisibles. Dans la plupart des circonstances, l'intervalle de quatre ans est le plus long qu’on puisse mettre entre les récoltes sarclées, qu’on à appelées souvent récoltes jachères; parce qu’en effet elles en tiennent lieu. 3°, Le fumier doit toujours être appliqué à la récolte sarclée, parce que les cultures qu’elle re- çoit, détruisent les mauvaises herbes dont Le fumier a apporté les semences, ou dont il a favorisé le développement. 4°. Cette récolte doit recevoir des cultures fré- quentes à la houe à main; ou à la houe à cheval, de manière qu’il n’y vienne pas une seule mauvaise herbe à graines. 5°, On doit éloigner, autant que possible, les récoltes du même genre; on ne doit jamais, en particulier, placer deux années de suite, deux récoltes de céréales. 6°. Le trèfle, la luzerne, le sainfoin, et, en gé- néral, les plantes à fourrage destinées à être fau- chées ou pâturées, doivent toujours se placer dans la récolte äle céréale qui suit immédiatement la récolte sarclée et fumée. 7°. Qn doit faire choix; pour l’assolement d’un terrain, des plantes qui.conviennent le mieux à la nature du sol, et elles doivent être placées dans un ordre convenable, pour que les cultures prépa: DES ASSOLEMENS. 383 ratoires que chacune d’elles exige, puissent se donner avec facilité. 8°. L’assolement quon adopte, doit produire assez de fourrages pour nourrir un, nombre de bes- tiaux suffisant, pour fournir la quantité d’engrais que l’assolement lui-méme exige. On peut cepen- dant s’écarter de cette règle, lorsqu'on a d’autres ressources pour la nourriture des bestiaux, dans les prairies naturelles, etc. 9°.Le meilleur assolement est celui qui donne le produit net des frais le plus considérable; car, en définitive, le projet doit toujours être le but de l’a- griculture. Mais, il faut qu’un bon assolement donne ce profit, sans épuiser le sol, et au con- traire, en le maintenant en état constant d’amé- lioration. Ces principes généraux seraient, en quelque sorte, suffisans pour que chacun pût les appliquer, en faisant le choix d’un cours de récoltes appro- priées à la nature de son terrain; cependant, je crois dgvoir présenter ici quelques exemples de di- vers cours, qui peuvent être le plu& généralement avantageux. On appelle cours de récolte et aussi-assolement Ou rofafion, une série successive de récôbktes qu’on suit pendant un certain nombre d’années, après lesquelles on le recommence dans le même ordre. Il y à des cours plus ou moins longs: comme or- 584 DES ASSOLEMENS. dinairement on ne met d’engrais que la première année du cours, il en résulte que les plus longs sont ceux où l’on emploie le moins de fumier, et que les plus courts sont ceux où, toutes choses égales d’ailleurs, la terre est conservée dans Le plus haut état de fertilité. Il y a cependant des assole- mens où l’on fume plusieurs fois dans le cours. Les assolemens les plus courts, sont ceux qui convien- nent le mieux aux sols légers, où il y a de l’avan- tage à fumer souvent, et moins fortement à chaque fois, que dans les sols argileux., Dans un sol léger et sablonneux, on peut faire les cours suivans: 1re, année, pommes de terre ou navets, avec fumier, 2e, Orge, 3e. Trèfle. A la troisième année du second cours, on rem- placerait le trèfle par de la spergule ou du sarra- sin, parce que le trèfle ne peut revenir pendant long-temps, tous les trois ans sur le même terrain, sur-tout sur ceux de cette nature. Ou bien, dans un sol très-pauvre, 17e année, pommes de terre ou navets fumés, 2e, Sarrasin coupé pour fourrage, ou spergule; 3e. Seigle: Ou, ire, année, pommes de terre ou navets fumés; DES ASSOLEMENS. 2e. Orge, ou seigle de printemps, ou sarrasin, 385 3e. Lupuline, Un assolement de quatre ans serait déjà trop long dans un sol de cette nature, où les effets de l’engrais disparaissent très-promptement; cepen- dant, dans quelques cantons les mieux cultivés de l'Angleterre, on suit, depuis très-long-temps, avec succès, le cours suivant, dans des sols sa- blonneux très-légers, et originairement pauvres. 1e, année, navets fumés, 2€. Orge, 3e. Trèfle, 4e. Blé. Au moyen de ce cours, on obtient de: bonnes récoltes de blé de terrains qui, autremént, ne pourraient produire que du seigle; mais c’est en faisant consommer sur. place les navets, par des moutons qui y restent nuit et jour, ce qui fournit au. sol un engrais très-puissant. La terre est donc réellement fumée deux fois dans le cours de cétte rotationk‘une fois pour les navets et une fois pour l'orge. Ce système ne serait pas applicable ailleurs: où on ne pourrait, sans inconvénient, tenir nuit et jour les moutons aux champs pendant l’hiver à et. où la conservation des navets peudant cette sai- Son; serait trop casuelle; on pourrait produire Le même effet par un coup de parc sur le trèfle, avant de Le rompre pour le blé. 33 386 DÉS ASSOLEMENS.| Dans les sols de consistance moyenne, on peut| faire un cours de quatre ou cinq ans, comme il| suit: 1°. année, pommes de terre, betteraves, ruta- bagas, où choux, avec fumier, 2e, Orge ou avoine, 3°. Trèfle; 4°. Blé ou colza d’hiver: Ou, dans un bon sol,| 1e, année, betteraves fümées, arrachées en sep- tembre, 2e. Colza d'hiver repiqué, avec trèfle, 3°, Trèfle, 4e. Blé: Ou 1r°, année, pommes de terre, betteraves, ruta- bagas ou choux; avec fumier, 2. Orge, avoine, blé de mars ou colza de printémps, dans lequel le trèfle réussit très- bien, 3°. Trèfle; 4e. Blé, 5°. Vesces pour fourrage: Ou, dans un sol très-riche, yre, année, pommes de terre, betteraves#pruta- bagas ow choux, avec fumier,| 2e. Orge ou avoine, ou blé de mars,| 3°. Trèfle,| DES‘ASSOTEMENS. 387 4°. Colza repiqué, 5°. Blé. Ce cours est très-lucratif; mais à moins que le sol ne soit très-riche, il exigerait une. demi-fumure pour le colza. Dans les sols argileux,.on peut faire les:cours suivans de quatre et cinq ans. ire, année, betteraves, rutabagas ou choux fumés., 2e. Avoine, 3°. Trèfle, 4e. Blé ou colza d’hiver: Ou, ire. année, féveroles en. lignes et fumées, 2e. Blé, 3°. Trèfle, 4e. Blé ou colza d’hiver., ou avoine: Ou, ire. année, betteraves, rutabagas ou choux fumés., 2€. Avolue, ou graines à. huile de printemps, 3°. Fèves en lignes, 4e. Blé: Ou, ire, année, betteraves, rutabagas ou choux fumés., 2e. Avoine, 3°, Trèfle, 33. 388 DES ASSOLEMENS. 4e. Blé ou fèves, 5e, Vesces pour fourrage; ou blé après des fèves: Ou bien encore, dans un sol très-riche, ou avec grande abondance d’engrais; yre, année, féveroles en lignes, fumées, 2e. Blé, 3e, Trèfle, 4e. Colza d'hiver, fumé, si la terre n’est pas très-riche, 5e. Blé. Dans la plupart de ces assolemens, le blé ne revient qu’une fois tous les quatre ou cinq ans. Il ne faut pas croire pour cela qu’on en récoltera moins qu’en le faisant revenir tous les trois ans, comme dans l’assolement triennal commun; le meilleur moyen de récolter beaucoup de blé, n’est pas d’en semer beaucoup, c’est de ne le mettre jamais que dans des terres très-bien préparées et amendées. La luzerne et le saënfoin ne peuvent entrer dans des assolemens aussi courts que ceux que je viens d'indiquer. Si on veut cultiver ces plantes, ce qui, dans beaucoup de circonstances; présentale moyen de tirer de la terre le plus grand profit net pos- sible, on peut suivre les assolemens suivans: Dans un sol léger et calcaire, convenable au sainfoin; DES ASSOLEMENS. 389 1e, année, avoine sur le défrichement du sain- foin, 2t. Pommes de terre ou navets, avec fumier, 3e. Orge, 4. Trèfle, 5e. Blé ou avoine, 6°. Pommes de terre ou navets, avec fumier, 7e. Orge avec sainfoin pour six ou sept ans. Dans une terre végétale profonde, qui convient à la /uzerne, on peut faire, après avoir fumé la luzerne dans une des dernières années de sa durée, ou immédiatement avant le défrichement, 1e, année, colza d’hiver en lignes et biné, sur le défrichement, et une bonne demi-jachère d’été après la récolte du colza, 2e. Blé, 3e. Trèfle, 4e. Blé ouavoïine, 5e. Pommes de terre ou betteraves, rutabagas ou choux, avec fumier, 6e. Avpine ou orge, avec /uzerne pour six ou sept ans, ou même davantage. Pour les assolemens qui conviennent aux prés rompus, voyez l’article De la manière de convertir les prés en terres arables, et celles-ci en prés. Les assolemens présentent une circonstance re- marquable, c’est la différence du profit qu'on tire du fumier, selon qu’on l’applique à un bon ou à un 390 DES. ASSOLEMENS. mauvais cours: dei récoltes. La valeur réelle du fumier, pour le cultivateur, est celle de l’aug- mentation de-récoltes qu’illui procurera, pendant l’espace de temps où son effet sera sensible dans le sol; il est impossible de prévoir, d’une manière certaine, l'augmentation de récolte qui sera pro- duite‘par l’application d’une certaine quantité de fumier dans un sol donné, parce que les variations des saisons y apportent une très-grande différence; cependant; un cultivateur expérimenté peut la cal- culer, pour le terrain qu’il cultive, d’une manière qui s’approchera. beaucoup de la vérité, en pre- nant un; terme-moyen de plusieurs années favora- bles ou, défavorables à chaque espèce de récolte. C’est ainsi que je vais essayer de calculer le pro- duit du fumier, dans deux assolemens différens. Je suppose une terre médiocre, de consistance moyenne, qui na pas été fumée depuissix ans: Si elle est soumise à l’assolement triennal avec ja- chère, et qu’on recommence le cours: sans fumier, les produits ne seront pas, en moyenne, au-dessus des quantités suivantes, par hectare. Blé, 12 hectolitres, au prix moyen de 15fr...' 18of, Orge, 18‘hectolitres, à 6fr............ 108 Totaz du produit brut de 3 années.. 268 tr. Si au lieu de recommencer le cours,sans fumier, on donne une.forte fumure, par exemple, quarante- huit voitures à quatre chevaux de fumier par hec- DES ASSOLEMENS. 391 tare, les produits seront probablement comme il suit: Blé;'21 hectolitres, à 125 fm die laser 2501 925ft Orge, 27 hectolitres, à 6 fr..:....... 162 Totaz du produit brut de 3 années. 477r. En déduisant le produit ci-dessus.. 288 RASE PSE Resre pour le produit du fumier.. 189fx. Le fumier ne sera pas entièrement épuisé alors; en supposant qu'il reste däns la terre l’équivalent de douze voitures de fumier,, les trente-six voitures qui ont été consommées par les deux récoltes, au- raient donc produit cent quatre-vingt-neuf francs; ce qui fait un peu plus de cinq francs par voiture. Les frais nécessaires pour.conduire et répandre le fumier, devant être calculés, dans la plupart des cas, à au moins deux francs par voiture, la valeur réelle du fumier, dans la cour de ferme, ne serait donc, dans cet assolement, qu’un peu plus de trois francs la voiture. Si on adoptait, pour le même sol dont je viens de parler, l’assolement de quatre ans: pommes de terre, oïge; trèfle, blé, les produits bruts qu’on pourrait en.obtenir sans fumier, seraient probable- ment comme il suit: 1e, Pommes de terre, 189 hectolitres, à. x fr. 20 c,: 216fr. 2 Or, 10 bectolitres astra el CD 3e. Trèfle;, 4,000 kilogrammes, à 40 fr. 4e. Blé, 12 hectolitres, à: 15/fn. Hn Te 1 100 9 108"97 01200; Tomas: du produitbrut de 4 années... G64fr. 392 DES ASSOLEMENS. Si on mettait, Comme ci-déssus, quarante-huit voiturès de fumier à la première année, les pro- duits seraient probablement: 15° Pommes de terre, 300 hectolitres; à 1 fr. 20c. 36o fr. 2e. Orge, 27 hectolitres ,.à,6 fr...: 102 3e, Trèfle, 6,500 kilog., à 40 fr. les 1000 kilog... 260 4e. Blé, 21 hectolitres, à 15 fr........... 315 TorAz du produit brut de{ années...« 1,097 A déduire le produit ci-dessus:!....: 664. — Resre, pour le produit du fumier...: 343 Au bout de ces quatre ans, On peut supposer qu’il restera encore dans le sol l’équivalent de douze voitures de fumier; car si, d’une part, il y a eu trois récoltes épuisantes, de l’autre, la terre a été améliorée par la récolte de trèfle. Dans ce cas, les trente-six voitures de fumier qui ont été con- sommées dans les quatre années, ont produit quatre cent trente-trois francs, c’est-à-dire, un peu plus de douze francs par voiture; en déduisant deux francs par voiture pour le transport, main-d'œuvre pour étendre, le fumier se trouvera payé trois fois plus haut que dans le premier assolement. Ce n’est pas sans raison que le fumier est tou- jours à bas prix dans les cantons où on suit l’as- solement triennal avec jachère, il y a très-peu de circonstances où un cultivateur puisse, dans ce cas, trouver son compte à l’acheter à quatre ou cinq francs la voiture, tandis qu'avec un meilleur asso- DES ASSOLEMENS. lement, il trouvera presque toujours beaucoup 393 d'avantage à l’acheter à ce prix, et même plus cher. Aussi, par-tout où on suit de bons assole- mens, le prix du fumier est fort élevé. Plusieurs personnes contesteront peut-être quel- ques-unes des bases de mes calculs, soit pour la quantité des produits, soit pour les prix; chacun peut les refaire selon Les circonstances dans les- quelles il se trouve: on trouvera certainement tou- jours que le fumier rapporte un bien plus grand produit en argent, dans le second assolement que dans le premier. Dans ces calculs, je n’ai pas dû tenir compte des frais de culture, parce qu’ils sont les mêmes pour un sol maigre et pauvre, ou pour un sol bien amendé. Si on était curieux de connaître le béné- fice net annuel, dans les deux assolemens que j'ai supposés, on trouverait qu’il y a moins de labours pour le second que pour le premier, puisqu’en supposant, dans le premier, trois labours pour le blé et deux pour l'orge, c’est cinq labours pour deux récoltes; et dans le second, deux labours pour les pommes de terre, deux pour l’orge, et un pour le blé sur le trèfle, ne font que cinq labours pour quatre récoltes. Dans le second assolement, les frais qu’on devrait ajouter sont: cent cinquante francs environ par hectare pour les menues cul- tures des pommes de terre, et quarante ou cin- 394. AMÉLIORATION quante francs pour le fauchage et rentrée du trèfle. On verra que, dans le dernier, le bénéfice net annuel de la terre est environ trois fois plus con- sidérable que dans le premier. Je n’ai compté les pommes de terre qu’à un franc vingt centimes l’hectolitre, quoique le prix de vente soit presque toujours et par-tout plus élevé; parce que j’ai supposé qu’on les emploierait, dans l'exploitation, à la nourriture des bestiaux. Je ne crois pas qu’il y ait de localité où on ne puisse les employer ainsi, à ce prix, avec un grand profit. AAA ANR UV AA AA A AAA AR AU AMÉLIORATION DU BÉTAIL A CORNES. Ox s’est. beaucoup, occupé, depuis, quelque temps, en France, de l'amélioration de quelques races de bestiaux. Beaucoup. de propriétaires, ont apporté des soins qui méritent les plus, grands élages, à remplacer les bêtes à laine communes de plusieurs parties du royaume, par une race qui se distingue par la finesse, autantque par l’abondan ce de sa toison, ou à améliorer les races, indigènes par le croisement. Quoiqu'il reste encore quelques points à éclaircir, sur quelques. circonstances, qui se rapportent à l’amélioration de la race des mé- DU BÉTAIL À CORNES. 345 rinos, cependant les succès qu’on a déjà obtenus dans ce genre, sont immenses; et l’attention qu’ap- portent à cet objet un grand nombre d’hommes éclairés, ne laisse. pas de doute que cette espèce d'animaux si utiles, ne parvienne successivement chez nous, au plus haut degré d’amélioration dont elle est susceptible, sozs lerapport de la production de La laine. L'espèce du cheval a été aussi l’objet de beau- coup de recherches et d'améliorations réelles. Les qualités qu’on doit rechercher dans cet animal sont si bien connues, les résultats des croisemens ont été le sujet de tant d’observations, que, malgré quelques fautes qui ont été commises dans cegenre, il n’y à nul doute que les races de nos chevaux ne s’'améliorent graduellement, entre les mains des hommes qui voudront y apporter les soins, l’atten- tion et la persévérance qu’exige une amélioration de ce genre. Quant aux races du bétail à cornes, om s’est occupé aussi de leur amélioration; mais il me semble qu’en, général, la direction qu’on donne aux soins qu’on y apporte, ne peut raisonnablement faire espérer, des résultats satisfaisans; c’est pour cela que j'ai cru devoir placer ici quelques obser- vations, sur ce sujet en particulier. Presque, toutes les personnes qui s’occupent de cette amélioration, sont disposées à donner beau- 396 AMÉLIORATION coup trop d'importance à la taille des animaux, ou à une beauté arbitraire dans leurs formes. Cette erreur a fait commettre des fautes très-graves dans l’éducation du bétail à cornes: on a cru souvent, dans des cantons où la race du bétail de cette es- pèce est petite et chétive, qu’on devait, pour l'améliorer, y introduire la race de Suisse, de Flandre, de Normandie, ou d’autres races remar- quables par le volume des individus. Quelquefois on a fait venir de ces pays des animaux mâles et femelles, afin de transplanter la race pure; d’autres fois, on s’est contenté de se procurer des taureaux; pour améliorer la race indigène par les croisemens. Presque jamais on n’a obtenu un succès durable, et il était facile de le prévoir: par-tout où la race des bêtes à cornes est petite et chétive, cela est dû principalement au défaut d’une nourriture suffi- sante dans toutes les saisons. Si, dans un canton semblable, on veut relever la race par des croise- mens avec des individus d’une race supérieure en volume, et par conséquent mieux nourrie dans le pays d’où on la tire, et qu’en même temps on laisse la race croisée assujettie au même répime que la race du pays, on obtiendra des produits qui ne tarderont pas à dégénérer, et qui se trouveront peut-être bientôt au-dessous même de la race in- digène, parce qu’ils participeront à la nature d’une race plus exigeante sur Les soins et la nourriture. DU BÉTAIL A CORNES. 397 Ce sera bien pis encore, si, sans rien changer au régime des bêtes du pays, on veut les remplacer par les produits purs d’une race originaire d’un canton où la nourriture des bêtes est plus abon- dante ou plus substantielle. La race importée ne tardera pas alors à dépérir, de même qu’une plante qu’on tire d’un sol humide et excessivement fer- tile, pour la transplanter dans un local sec et aride. Si en important une race étrangère, par exemple, la race de Suisse, qui est celle sur laquelle se por- tent le plus souvent les vues des améliorateurs, on se détermine à lui consacrer plus de soins et une nourriture plus abondante qu’à la race indigène, ce qui est Le cas pour la plupart des personnes qui veulent se livrer à ce genre d'amélioration, il ne faut pas croire encore qu’on trouvera toujours dans le pays des ressources suffisantes, non-seulement pour la maïntenir dans son état de perfection, mais même pour la garantir d’un dépérissement complet. Je cônnais, dans le département de la Meurthe et dans les départemens voisins, plusieurs proprié- taires qui, après avoir fait des dépenses considé- rables pour former de superbes marcaireries de vaches de Suisse, n’ont pu les sauver d’une des- truction totale, causée par la mauvaise qualité des fourrages récoltés en 18173 tandis que les bêtes de la race du pays se sont remises promptement des 1 398 AMÉLIORATION suites de la mauvaise nourriture qu’ellés‘avaient reçue dans cette année. Les premières avaient ce- pendant reçu des:soins extraordinaires, et‘une nourriture beaucoup supérieure en quantité et'en qualité à celle qui avait été le partage des bêtes de race commune, chez l'immense majorité des culti- vateurs du pays. D'ailleurs, lorsqu'on se détermine à consacrer aux bestiaux des soins particuliers, et une nour- riture plus abondante, on doit, dans le parallèle qu’on établit entre les diverses races de bêtes à cornes qu’on peut choisir, faire entrer la race du pays; non pas médiocre, chétive et de peu de pro- duit, comme on la rencontre chez le commun des cultiväteurs, mais telle qu’elle pourra bientôt se montrer, en lui consacrant une partie seule- ment de l’excédant de nourriture qu’il faudra don- ner à une race étrangère. Il n’y a pas de canton, quelque chétive qu’y soit la race des bêtes à cornes, où on ne rencontre chez quelques personnes plus soigneuses, des bêtes de la même race, maïs dans un état d'amélioration qui la rend à peine recon- naïissable; c’est presque toujous là l’effet d’une seule cause, la distribution d’une nourriture plus abondante et de meilleure qualité. Le premier soin de l’homme qui veut se livrer à quelques améliorations dans ce genre, devrait être de rechercher par l'observation, s’il ne peut pas ob- DU BÉTAIL A CORNES. 309 tenir le genre de perfectionnement qu’il doit-.dési- rer pour le but qu’il a en vue, sans aller chercher au loin ces types-améliorateurs. S'il peut pour- suivre avec succès l’amélioration sur cette base, il se procurera un avantage immense, celui d’avoir une race déjà acclimatée, et exempte des chances que court toujours une race importée, sur-tout lorsqu’elle vient d’un canton où la grande taille des individus prouve qu’elle y a reçu, pendant une longue suite de générations, une nourriture non-seulement abondante, mais d’une qualité par- ticulièrement substantielle. Dans l'éducation du bétail à cornes, on peut avoir trois buts entièrement distincts: les bêtes qu’on élève doivent former des vaches destinées à la laiterie, ou des animaux de travail, ou enfin des bêtes destinées à l’engraissement, pour la boucherie. Quoiqu'il arrive souvent que la même race d’ani- maux est employée à plusieurs de ces destinations, cependant, dans l’amélioration, on doit avoir tou- jours en vue le but principal, parce qu’une race qui possède des qualités supérieures pour l’un de ces emplois, peut fort bien convenir très-imparfai- tement à un autre. Dans les vaches laitières, la qualité qui doit mafcher en première ligne, est, qu’elles donnent ün lait abondant, riche en beurre ou en fromage, selon la destination de la laiterie. Il ne faut pas 400 AMÉLIORATION croire cependant, comme on le juge trop souvent; que la meilleure vache est celle qui produit la plus grande quantité de lait, de beurre ou de fromage; il faut y mettre une condition de plus, c’est qu’elle donne un produit plus considérable, à zourriture égale, en qualité et en quantité. L'homme qui fait consommer une quantité déterminée de foin, de racines, etc.; par vingt vaches de grande taille, pourrait également la faire consommer par trente ou quarante bêtes plus petites. Si, dans ce dernier cas, le produit de l’année est plus considérable en lait, beurre oufromage, la race qui la procure doit, sans aucun doute, avoir la préférence. En compa- rant de cette manière les produits de diverses races de vaches, on verra que, bien souvent, la balance ne penche pas en faveur des vaches de grande taille, d’un gros volume, et dont chacune en particulier donne un produit journalier considérable, qui sé- duit au premier aperçu. Il n’est pas à ma connais- sance, qu’il ait encore été fait des expériences comparatives; dirigées vers le but que j'indique ici; ce serait un sujet de recherches bien intéressant, pour l'homme qui aurait les moyens et le loisir de s’y livrer; mais:] faudrait se déterminer à ÿ appor- ter une grande dose de persévérance. Dans toutes les races, on remarque des différen- ces énormes, d’un individu à l’autre, sous Le rap- port de l'abondance et de la qualité du lait, sans DU BÉTAIL A CORNES. 4or que la consommation en alimens soit sensiblement différente. Un des moyens d'amélioration les plus certains et Les plus efficaces, est de chercher à pro- pager et à fixer les qualités des individus les plus remarquables en ce genre, en formant de leurs productions une sous-race particulière, dans la- quelle ces qualités deviendront constantes. IL ne suffit pas pour cela, de n’éleyer que les génisses pro- venant des meilleures vaches; le choix du taureau exerce aussi beaucoup d'influence sur les produits. On doit donc s’attacher à n’employer à la monte des vaches dont on veut propager la race, que des taureaux provenant eux-mêmes des bêtes les plus distinguées, sous le rapport de la production du lait. Un taureau qui, dans le cours de trois ou quatre générations, proviendrait, dans les lignes paternelle et maternelle, de vaches remarquables par cette qualité, serait un animal inappréciable pour l’homme qui voudrait se livrer à ce genre d’a- mélioration; quand ce seraït la bête la moins dis- tinguée par sa taille et par la beauté de ses formes s on ne devrait pas hésiter à la payer dix fois la va- leur d’un taureau ordinaire. En effet, si, dans la propagation des chevaux de race, on apporte autant d’attention à la généalogie de l'individu destiné à la reproduction, qu’à ses formes particulières, cette attention est encore bien plus importante dans le choix d’un taureau, puisque nous possédons en- 402 AMÉLIORATION core très-peu de connaissances sur les formes par- ticulières dans l'individu, les plus propres à donner à ses produits les qualités qu’on doit rechercher dans une vache laitière; et qu’il est bien certain d’un autre côté, que, dans la propagation des ani- maux, les qualités individuelles des ascendans ,, se reproduisent tout aussi souvent que celles du père et de la mère. Quelques personnes recommandent de ne laisser saillir les génisses, que lorsqu’etles ont acquis tout le développement dont elles sont susceptibles, c’est-à-dire vers l’âge de trois ans. Je conçois que ce devrait être un point fort important, pour celui qui s’attacherait à obtenir une race de grande taille. Les gémisses entrent en chaleur bien avant d’avoir pris toute leur croissance, et il est certain qu’elles prennent plus de taille, lorsau’on les force à retar- der cette première portée; il est certain aüssi que les animaux qu’elles mettront au monde dans la suite, partiçiperont à cette qualité, et que ce moyen peut être employé efficacement pour relever une race. Mais en appréciant à sa juste valeur l’avan- tage d’une forte taille daus les vaches laitières, on trouvera que cette pratique présenterait bien plus d’inconvéniens que d'utilité; car, en aÿant soin de ne pas élever le premier veau d’une vache qui a portésfort jeune, la bête, mi ses productions pos- térieures, n’en seront päs moins bonnes laitières DU BÉTAIL:A;CORNES. 403 pour, cela, et à la taille près, cela ne diminue en rien les qualités de la race. Presque par-tout, l’époque, du premier accou- plementestiabandonné à la nature, et, l’expérience démontre quella pratique contraire présente,le très- grave inconvénient de condamner, à une stérilité perpétuelle, un grand nombre des génisses dont. on a laissé passer les premières chaleurs sans, les faire saillir, D'ailleurs, cette pratiqueserait très-peu éco- nomique; car si une vache faisant$on premierveau à trente mois, a/ coûté, cent francs à celui qui la élevée, elle lui en coûtera bien près.de deux cents, dans le cas où elle ne mettrait bas qu’à quatre ans:; car, indépendamment du retard: de jouissance, qui est une perte réelle,:et. de: la prolongation des chances d’accidens, qui ne sont couyertésrparau- cun produit,,la génisse consommera: dans sa qua- trième année, au moins autant dalimens, qu’ilen a fallu, pour l’élever jusqu’à: l’âge de; 30: mois:-Si la bête ést.yendue,, il faudra donc que l’éleveur-en trouve, uayprix double, pour. étrecindemnisé:de ce retard set sil la conserie il devra; pendant toute la vie dela vache, la considérer, dans:le compte de la martairerie,; comme lui-ayant coûté un prix d’a- chatdouhle}: 55 Quant à l'amélioration des races de: bêtes à cor- nes destinées-principalemenit à.fournir des animaux de travail, c'est icisqu’on pourrait le, plusraison- 404 AMÉLIORATION nablement faire entrer éomme une considération importante, la taille des animaux destinés à la re- production, et leur structure extérieure, parce que c’est sur-tout sous le rapport de la force des animaux, qu’il est facile de trouver des indices, du moins très-probables, dans les formes les plus ap- parentes du corps et des membres. Cependant, ici, comme dans ce qui a rapport aux vaches laitières, le produit en travail ne doit pas être acheté par une consommation dispropor- tionnée, ét souvent des bœufs de moindre taille pourront produire; relativement à la quantité d’a- limens qu’ils consomment, une quantité proportion- nelle de travail plus considérable, que les bœufs d’une race beaucoup plus grande. Cependant’, quelques considérations particulières peuvent déterminer le’cultivateur à employer des bœufs de forte taille, quand même leur travail ne serait pas rigoureusement économique; SOUS le rapport de la consommation: par exemple, pour les bœufs’'employés: aux labours avec un araire!, ou charrue sans avant-train; il importe beaucoup que l'opération puisse s'exécuter avec une seule paire d'animaux; parce que cela dispense le labou- xeur d’avoir besoin d’un aide, et que le travail'est bien plus régulier; lorsque le sol est'assez argileux pour exiger une paire de bœufs de forte taille, ce serait une économie fort mal entendue, de vouloir DU BÉTAIL À CORNES. 405 les rémplacer par trois ou quatre bœufs d’une plus petite race, quoique celle-ci fût peut être plus éco- nomique, pour d’autres travaux. Dans les races destinées à l’engraissement, on doit rechercher des qualités et des formes toutes différentes de celles qui constituent la perfection dans les animaux qui ont une autre destination. On rencontre par-tout des hommes qui se livrent à l’en- graissement, et qui connaissent assez bien tous les signes extérieurs qui, dans chaque race, indiquent qu’une bête prendra facilement la graisse; mais on ne s’est guère occupé, en France, de l’art de per- pétuer cette qualité, et de la rendre constante dans une race, en employant exclusivement à la propa- gation les individus les plus remarquables par les signes caractéristiques d’une bonne bête d’en- grais. C’est pour cela qu’on remarque, dans chaque race, tant de différence sous ce rapport, entre un individu et un autre; au lieu de se prévaloir des variétés précieuses que la nature fait naître acci- dentellément dans une race, on leslaisse s’éteindre, par des accouplemens que Le hasard seul détermine, ou par des croïisemens avec des races étrangères, dans lesquelles on'ne considère que le mérite de la taille. Une grande taille et un volume considérable; ne sont pas un défaut dans une bête d’engrâis; mais ce n’est pas non plus une qualité à laquelle il 406 AMÉLIORATION faille attacher plus. d'importance qu’elle n’en mé- rite. Le point de la question est de savoir, si vingt milliers de foin, de racines, etc., seront employés avec plus de profit à l’engraissèment d’une race, qu’à celui d’une autre, c’est-à-dire, si une quantité déterminée d’alimens produira plus de.suif, plus de viande, ou de la viande d’une meilleure qualité. Trop souvent, là petite vanité de conduire sur Le marché un lot de bœufs énormes, qui fixeront l’at- tention des curieux, ou de faire voir une étable garnie de bêtes d’une taille très-distinguée, fait commettre aux éleveurs et aux engraisseurs, des fautes très-nuisibles à leurs intérêts; il est bien certain, cependant, que deux.bœufs de six cents ont presque toujours plus de valeur qu’un bœufde douze cents, en supposant un égal degré d’engrais- sement; souvent, Les deux bœufs de six cents au- ront.été amenés à ce point, avec moins de fourrage; et presque toujours, als auront, pu être portés lau même degré de graisse, avec des.alimens d’une qualité inférieure à ceux qui.sont nécessairés pour l’engraissement d’un très-gros bœuf;et en moins. de temps: aussi, l'éducation ou l’engraissement de ces derniers, ne peut être profitable que dans les cantons où la nourriture est non-seulement très-abondaïite, mais d’une excellente qualité. j Indépendamiment. dela faculté: de ,s’engraisser promptement, et avec la:moindre quantité possible DU BÉTAIL A CORNES. 407 d’alimens, on doit rechercher encore d’autres qua- lités Mans les bêtes d’engrais: dans une race des- tinée spécialement à la boucherie, il est fort im- portant que les bêtes acquièrent, Le plustôt possible, toute leur croissance, et la faculté de s’engraisser aisément. On remarque, sous ce rapport comme soûs tant d’autres, des différences très-considéra- bles entre les diverses races, et même entre les individus d’une même race, En Angleterre, on est parvenu, par des accouplemens judicieux, à créer une race spécialement destinée à l’engraissement, et dont les individus peuvent être livrés à la bou cherie, parfaitement gras, à l’âge de trois ans. Quelle énorme différence, dans les profits que, Pé- leveur et l’engraisseur peuvent retirer d’une race semblable, comparés à ceux que peut produire une race qui ne peut prendre la graisse qu’à l’âge de cinq, six ou sept ans! Aussi les premiers posses- seurs de cette race, y ont-ils trouvé la source de fortunes rapides, les individus propres à la propa- ger, se vendant ou se louant à des prix excessive- ment élevés. Les diverses races présentent de grandes, diffé- rences aussi, sous le rapport de la qualité de la viande: dans les unes, elle est formée de fibres grossières, filandreuses et insipides; la graisse est distribuée par masses, tandis que la viande reste maigre; dans les autres, la viande est succulente, 408 AMÉLIORATION d’un grain fin, et la graisse est entremêlée dans les chairs, de manière à donner à la viande une sa- veur délicieuse. On trouve aussi, entre les diverses races, des différences remarquables, dans la pro- portion qui existe entre les parties de l’animal qui sont les plus précieuses, et celles qui ont moins de valeur: par exemple entre Les os, la tête, ou les autres parties qui ne peuvent se vendre qu’à très- bas prix, et le suif, ou la viande des parties de l’a- nimal qui sont les plus recherchées des consom- mateurs.: Les personnes qui veulent se livrer à l’améliora- tion d’une race destinée à l’engraissement, doïvent apporter une grande attention à ces différences, afin de perpétuer et d’accroitre les bonnes qualités dans les races qui en sont déjà pourvues, et de corriger leurs défauts par des accouplemens judi- cieux. Il paraît bien probable qu’on ne parviendra ja- mais à créer une race qui réunisse toutes les qua- lités qu’on doit désirer pour ces trois emplois, pas plus qu’on n’obtiendra une race de chevaux égale- ment propres à la selle, et au service du roulage. Dans l’enfance de l’industrie agricole, on a pu se contenter, pour tous les usages, de la même race de bétail, sans s’inquiéter des défauts qu'elle pré- sentait, dans l’un ou l’autre des genres de service qu’on en attendait; mais la perfection à laquelle DU BÉTAIL A CORNES. 10 on doit tendre, dans l’amélioration des races de ces animaux, consiste à bien reconnaître les signes extérieurs qui, dans chaque race, ou dans le croi- sement de deux races entre elles, indiquent les qualités de chaque individu, relativement à l’em- ploi auquel il est le plus propre, et à perpétuer ces qualités, de manière à former des sous-races distinctes, et constantes dans leurs propriétés par- ticulières. Il n’y a nul doute qu’un homme persé- vérant dans ses vues, et doué d’un esprit obser- vateur, ne parvint, dans l’espace de quelques générations, à former, dans la même race, plu- sieurs sous-races qui se distingueraient par des qualités toutes particulières, et qui présenteraient de grands avantages pour un emploi déterminé. E’emploi des races des bêtes à cornes à une destination spéciale, ne sera sans doute jamais entièrement exclusif, excepté pour les vaches laitières; dont la race peut fort bien ne pas être employée à autre chose, en consacrant à la bou- cherie Îles veaux mâles qui ne sont pas nécessaires à la reproduction; mais les bœufs de travail de- vront toujours être engraissés, lorsqu'ils arrive- ront à un certain âge; et on doit tirer parti de l’excédant du lait des vaches destinées à reproduire des bêtes d’engraisou des bêtes de trait, à moins qu’on ne destine spécialement aussi à un travail modéré les vaches portières de cette dernière race. Mais cela 35 kio AMÉLIORATION n'empêche pas que chaque race ne doive posséder les qualités qui la rendent la plus précieuse pour l'usage principal auquel elle est destinée. Plusieurs des races qui existent en France se font déjà dis- tinguer par des qualités qui les rendent particuliè- ment propres à l’un ou à l’autre de ces usages; mais ces races sont cantonnées, tandis que chaque pays devrait posséder des races distinctes, propres aux différens usages qui peuvent y être réclamés par l’industrie agricole. Rien ne peut contribuer davantage à porter au plus haut point possible les profits des éleveurs, des engraisseurs, aussi bien que de ceux qui emploient les bêtes à cornes à la laiterie, ou aux travaux des champs, que de s’attacher à perfectionner ces races, en dirigeant les améliorations vers un but déter- miné, appliquant ainsi à cette branche de l’industrie agricole le grand principe qui à si puissamment contribué aux progrès de tous les arts industriels et de toutes les connaissances humaines, la divi- sion du travail, le classement des recherches et des expériences; ce qui permet à chaque individu, de concentrer sur un point déterminé toutes les lu- mières et les facultés que la nature lui a données en partage. On aurait mal compris ce que j'ai voulu dire dans tout ceci, sion croyait que je réprouve toute introduction de race étrangère aux Cantons qu’on DU BÉTAIL À CORNES. 453 habite, pour l’amélioration de la race indigène. Je pense seulement que presque par-tout, le pre- mier moyen qu’on doit tenter pour améliorer une race chétive, est de lui consacrer plus de soïns, et upe nourriture plus abondante et de meilleure dualité; l’introduction de la culture des prairies artificielles opérera toujours, seule, des miracles, sous ce rapport. Si on croit devoir recourir à une race étrangère, pour se procurer les qualités qu’on recherche dans l’amélioration, on ne doit le faire qu'avec circonspection et jugement, et en portant exclusivement son attention sur les qualités utiles de la race qu’on veut employer à l’amélioration, sans aucune considération de la taille ou de la beauté, si ce n’est lorsque telle ou telle forme est un indice reconnu par l'expérience, d’une qualité précieuse, pour Le but qu’on se propose. Je régarde même comme certain, qu’on aura souvent à s’applaudir à la longue, d’avoir tenté l'amélioration, par le moyen d’une race égale en taille, ou même plus petite que la race indigène, plutôt que par une race beaucoup plus élevée, parce que la première ne peut que gagner en taille, par l’effet d’une nourriture plus abondante, tan- dis qu’il ne serait pas certain qu’on pourrait em- pêcher l’autre de dégénérer, et de perdre peut- être les qualités qui l’ont fait rechercher, Dans un cheval, la figure, la beauté des formes SR 412 AMÉLIORATION entrent pour beaucoup dans la valeur de l’ani- mal: d’ailleurs, ce qu’on appelle beauté, dans cette classe d'animaux, consiste dans la propor- tion de formes, qui, réellement, exerce le plus sou- vent la plus puissante influence sur les qualités les plus précieuses du cheval. Il est donc naturel qu’on cherche à reproduire ces formes; mais il n’en est pas ainsi dans les bêtes à cornes. Ce qu’on appelle presque par-tout beauté, n’a aucun rapport avec les principales qualités économiques qu’on doit rechercher dans les animaux de cette espèce; presque toutes les formes qu’on indique générale- ment comme constituant la perfection d’un tau- reau ou d’une vache, sont des données de pure qu'il faut laisser apprécier aux per- ans le luxe de l’agriculture. convention; sonnes qui se jettent d Les véritables beautés des bêtes de cette espèce sont, d’abord, les formes, qui sont un indice de la santé de l’animal; ensuite, celles que l'expérience fait reconnaître pour les marques de telle ou telle qualité économique. Ces beautés-là se rencontrent dans les plus petites races, et dans celles qu’on re- éralement comme les plus laides, aussi races qui se distinguent par les garde gén bien que dans les formes les plus flatteuses à l'œil. ger par 1x combien est fausse la di- On peut ju fection que donnent beaucoup ration du bétail à cornes; direction qui, de personnes à VPamélio DU BEÉTAIL A CORNES. 4135 au reste, est favorisée et trop souvent provoquée; par les prix ou les primes, que des administrations ou des sociétés savantes proposent souvent à celui qui introduira des animaux de telle race étrangère, uniquement en considération de la beauté de cette Yace; à celui qui présentera le plus beau taureau; la plus belle génisse, elc.: comme si celui qui élève des bêtes à cornes devait avoir pour but spécial de s'attacher à la race qui pourra décorer le plus agréablement un paysage, ou fournir des modèles au dessinateur qui recherchera les formes les plus gracieuses. Il peut cependant arriver qu’un éleveur de bêtes à cornes trouve un bénéfice réel à s’attacher à la beauté des formes, parce que ses élèves en auront plus de valeur sur les marchés. Ce n’est pas alors l’éleveur quise trompe, ce sont les acheteurs; mais au lieu de donner plus de force à cette erreur par leur assentiment, Les sociétés savantes devraient employer tous les moyens qui sont en leur pou- voir ,tbour éclairer les cultivateurs sur leurs véri- tables intérêts. LA RICHESSE DU CULTIVATEUR. OU LES SECRETS DE JEAN-NICOLAS BENOIT, PAR A. L. I existe dans le village de R..., dans l’ancienne provincede Lorraine, un homme qui, par sa longue expérience dans la culture des terres, et par des idées, que quelques personnes trouveront peut-être singulières, mais qu’il a puisées dans une pratique constamment heureuse, me paraît mériter d’atti- rer un moment l’aitention des cultivateurs qui cherchent à tirer le meilleur parti possible de leurs terres. HISTOIRE DE BENOÏT, Jean-Nicolas Benoit, né de parens très-pauvres, É: 7: dans ce même village, ayant perdu son père et sa ï LES SECRETS DE J.-N. BENOIT. 415 mère, partiten 1776, à l’âge de vingtans, avec un seigneur flamand, qui l’emmena comme domesti- que. Son maitre s’aperçut bientôt que ce jeune homme avait un goût très-vif pour la culture de la terre, et il le plaça chez un de ses fermiers dans les environs de Bruxelles. Benoît fut d’abord très- surpris de trouver dans ce pays; un genre de cul- ture entièrement différent de celui qu'il avait vu pratiquer chez lui; cependant, il sentit bientôt combien l’occasion était favorable pour s’instruire dans un art qu’il aimait avec passion, et il se livra avec ardeur à observer et étudier tous les procédés qui sont en usage dans ce pays, le mieux cultivé de l’Europe. « SON MARIAGE. Au bout de quatre ans, le désir qu'il avait de s’instruire dans les méthodes de cultures de divers pays, le détermina à parcourir plusieurs cantons de l’Allemagne. Il s'arrêta, deux ans après, dans le Palatihat du Rhin, et il y resta quatre ans. IL avait le projet de visiter aussi l'Angleterre, parce qu’il avait entendu dire que plusieurs parties de ce royaume sont cultivées avec une grande perfection; mais ayant fait connaissance d’une fille qui était en service chez le même maître que lui, il se déter- mina à l’épouser. Cette fille venait d’hériter d’un de ses oncles, qui lui avait laissé une maison et 416 LES SECRETS quelques terres, dans un village du pays de Hano- vre. Îls partirent ensemble pour aller cultiver leur petit bien. Benoît, devenu propriétaire à l’âge de trente ans, avait profité de tous les exemples qu’il avait eus sous les yeux dans les pays qu’il avait parcourus; comme il était d’ailleurs actif, adroit etintelligent, il ne se trompa pas sur celles de ces pratiques qui pouvaient être appliquées avec avantage à ses terres. Après avoir étudié leur nature pendant quelques mois, après avoir observé la manière dont on les cultivait, les prix des diverses denrées dans le pays, il se détermina sur le plan qu’il avait à suivre. Une petite maison, douze morsen de terre, fai- sant à-peu-près quatorze jours(1) de Lorraine, et quatre morgen de prés, composaïent toute la for- tune de sa femme. Les terres étaient bonnes; mais le genre de culture du pays était détestable, et par conséquent les habitans très-pauvres, et le prix des terres bien peu élevé. Benoît avait peine à con- cevoir qu’on püt tirer si peu de produits de terres de cette qualité, et il se promettait bien de suivre un autre chemin. Cependant, pour adopter un (1) Un jour de terre, ancienne mesure de Lorraine, se compose de vingt ares quarante-trois centiares. Le résal de blé, mesure de Nancy, est égäl à environ cent-vingt litres, un hectolitre et un cinquième. DE J.-N. BENOIT. 417 meilleur genre de culture; il lui fallait des bestiaux; et les six ou sept cents francs qu’il avait amassés» ainsi que sa femme;, par leur économie, suffisaient à-peine pour se mettre bien médiocrement en mé- nage, acheter quelques semences, quelques usten- silès de culture, etc. Il commença par prendre un parti assez extraordinaire; il vendit deux morgen de ses meilleurs prés, que désirait acheter un des particuliers les plus aisés de l'endroit, et il en des- tina le prix à acheter quatre vaches. Dieu sait si tout le monde riait de cet arrangement: vendre des prés pour acheter des vaches! Mais Benoît savait bien comment on nourrit des vaches sans prés, et il était bien sûr que les siennes ne mourraient pas de faim. La première année; il ne sema en b/é que deux jours de terre, qu’il jugea suffisans pour sa provi- sion; au printemps, il sema de la graine de érèfle sur son blé. Il sema en diverses fois trois jours de terre en avoine avec du trèfle; il faucha son avoine Ün vert deux fois, pour nourrir ses vaches à l'écurie; et son trèfle lui donna déjà à Pautomne une coupe passable, tandis qu’il aurait à peine couvert la terre, s’il avait laissé müûrir son avoine. Voulant essayer si la /uzerne réussirait bien dans ses terres, il en sema aussi un jour avec de l’avoine qu’il coupa encore en vert; la luzerne, à l’automne, était déjà haute de près d’un pied. 418 LES SECRETS Il planta quatre jours de pommes de terre et deux jours de grands choux-cavaliers> dont il avait ap- porté la graine avec lui, et qu'il donna à ses vaches dans les mois d’octobre et novembre, ainsi qu’en mars et en avril suivans. [l sema deux jours de terre en vesces, qu’il fau- cha et fit sécher lorsqu’elles furent en fleurs; et comme c'était une terre très-légère, il la laboura aussitôt et y sema des navets> Qui lui donnèrent une superbe récolte. Comme la femme de Benoft était forte et aussi laborieuse que lui> Presque tout cela fut labouré à la bêche, et biné de leurs propres mains. Ils fu- rent cependant obligés de se faire aider par un petit nombre de journaliers, dans le plus fort des ou- vrages, et de faire labourer trois ou quatre jours de terre à la charrue, par un cultivateur*leur voi- sin, qui aurait bien parié, en les voyant commen- cer ainsi, que, dans peu d’années, tout leur bien serait vendu, un champ après l’autre. Aulieu d’envoyer ses vaches au pâturage, comme c'était l'usage dans le pays, Benoît Les fit rester à l’étable; et, au moyen de son avoine verte, dont tout le monde se moquait, de son trèfle, de sa lu- zerne et de ses choux; au moyen de son foin de vesces, de ses pommes de terre, de ses navets, pendant l'hiver, il se trouva qu’il aurait presque . Z% pu se passer du foin des deux morgen de prés qu il DE J.-N. BENOIT. 419 avait conservés. Ses vaches, grassement nourries» lui donnaient deux fois autant de lait que les meil- leures vaches du village, qui allaient en pâture. Sa femme allait tous les jours vendre son lait à la ville, et, au bout de l’année, il se trouva qu'il en avait vendu pour treize cents francs. Il avait dé- pensé à-peu-près cinq cents francs, tant pour quel- ques frais de culture, que pour quelques objets de consommation nécessaires dans son ménage, et pour acheter un peu de paille, qui lui était né- cessaire cette année, à cause de la petite quantité de grain qu'il avait semée, de sorte qu’il lui res- tait à-peu-près huit cents francs. Il aurait bien pu employer cet argent à acheter des terres, car il y en avait alors à vendre à très- bon marché, et qui lui auraient bien convenu; mais il s’en garda bien: car, il s'était imposé la loi de ne jamais acheter de terre que lorsque celles qu'il avait seraient parfaitement amendées; et lorsqu’il aurait du fumier en suffisance pour en amende de nouvelles; il savait bien qu’un jour de terre bien amendé er vaut deux, et que les terres sans fumier ne paient pas les frais de cul- ture. Au reste, comme ses vaches restaient tou- jours à l’étable, et qu’elles étaient fortement nour- ries, elles lui donnaient une énorme quantité de fumier, et, dès cette année; il avait déjà pu amen- der presque la moitié de ses terres, Benoff ne vou- 420 LES SECRETS lut pas non plus employer son argent à acheter d’autre bétail, parce qu’il n’était pas sûr de ré- colter de quoi en bien nourrir plus qu’il n’en avait; d’ailleurs, il élevait les quatre veaux qu’il avait eus, parmi lesquels il était bien fàché qu’il n’y eût qu’une génisse. Comme il ne voulait cependant pas enterrer son argent, et que la vente de son lait lui en procurait tous les jours, il se détermina à l’employerd’une manière qui excita encore la risée de ses voisins. Son étable ne pouvait contenir que huit bêtes: c’é- tait plus qu’il n’en avait besoin pour le présent; mais, 27 avart ses vues, et cette année avait suffi pour lui prouver que le plan qu’il avait adopté était bon; il fit doubler son étable, et, en même temps, il fit construire un réservoir, dans lequel il recueil- lait l’urine de ses vaches, comme il avait vu pra- tiquer dans le Palatinat. Par ce moyen, sans dimi- nuer la masse de ses fumiers, il fut en état d’amender, dès l’année suivante, quatre jours de terre, avec cet excellent engrais liquide. Benoît suivit, l’année suivante, à-peu-près le même système de culture; mais comme il conti- nuait à élever presque tous ses veaux, son bétail devint plus nombreux; comme toutes ses terres étaient bien amendées, il employa ses économies à en acheter de nouvelles, dont il doublait toujours la valeur, par la manière dont il les amendait. DE J.-N. BENOIT. 427 Au bout de quatre ans, il avait déjà assez de terres pour penser à avoir lui-même une charrue; car, illui en coûtait beaucoup, tous les ans, pour faire labourer ses terres par les cultivateurs; et, d’ailleurs, les labours n'étaient jamais si bien faits, ni faits si à propos que s’il avait pu les faire lui- même. Dans ce pays, l'usage était de labourer avec des charrues à avant-train, auxquelles on attelait six owhuit chevaux. Benoît avait trop long-temps labouré lui-même en Flandre, pour ne pas savoir qu’ayec une bonne charrue sans avant-train, atte- lée de deux chevaux ou de deux bœufs, il pourrait faire tout autant d'ouvrage et de meilleur ouvrage: La plupart des terres de son village étaient fortes, à la vérité; mais il en avait labouré d’aussi fortes, sans y employer un plus fort attelage. La difficulté était de se procurer des charrues de cette espèce; il savait que son ancien maître de Flandre avait tou- jours eu beaucoup de bontés pour lui; il se hasarda à lui écrire pour le prier de lui envoyer une char- rue, quil reçut en effet; en lui en envoyant le prix, il en demanda une seconde;, que son ancien maître lui envoya encore,€n le félicitant sur les heureux résultats qu’il avait obtenus de son industrie. Benoit dressa deux jeunes bœufs qu’il avait éle- véss et, avec cet attelage, il expédiait autant de besogne que les meilleurs laboureurs des environs avec leurs six chevaux. Cette fois, on le regardait LES SECRETS faire et on ne se moqua pas de lui; l’opinion avait Â22 déjà bien changé sur‘son compte; quelques-uns de ses voisins commençaient même à soupçonner qu’il pouvait bien en savoir plus qu'eux, et que ce qu’ils avaient vu faire par leurs pères, n’était peut- être pas toujours ce qu’il y avait de mieux à faire. D'ailleurs, Benoît était d’un si bon caractère, si complaisant pour ses voisins, d’une probité si bien reconnue, qu’il n’avait pas tardé à se faire aimer de tout le monde. On examinait tout ce qu’il fai- sait, et On était assez disposé à limiter sur quel- ques points. Cependant pourrait-on croire que; pendant trois ans entiers, tous les habitans du village le virent labourer avec sa charrue, attelée de deux bêtes, avant qu’aucun d’eux se déterminât à se procurer une charrue semblable? À la fin, un jeune homme de ses voisins en fit faire une, et s’en trouva bien; au bout de quelques années, il n’y avait plus d’autre charrue à deux lieues à la ronde. Les profits de Benoît s’accroissaient tous les ans, à mesure que ses terres et son bétail s’augmen- taient; il était d’une extrême économie, ainsi que sa femme; de sorte que chaque année il achetait de nouvelles terres. Depuis long-tempsäl n’ache- tait plus de paille, parce que ses terres étaient divisées en saisons régulières, dans lesquelles il cultivait du grain en quantité suffisante pour Jui DE J,.-N. BENOIT. 433 procurer toute celle dont il avait besoin, De la manière qu’il amendait ses champs, il est facile de concevoir qu’il récoltait plus de grains et de paille que tous ses voisins. Au bout de vingt ans d'établissement, sa maison étaitsconsidérablement augmentée; il avait habi- tuellement trente vaches et six bœufs de labour, sans compter les bœufs qu’il achetait chaque au- tomne, pour les engraïsser, et augmenter ainsi la masse de ses fumiers. Il avait alors trois cents jours de terre, qui étaient devenus la fleur du finage. Mais il ne trouvait plus alors à en acheter à si bon marché qu’au commencement; leur prix avait plus que doublé, parce que chacun avait fini par l’imi- ter. Il jouissait ainsi de la satisfaction non-seule- ment de s’être enrichi, mais d’avoir amené chez tous les habitans, une aisance qui leur était incon- nue jusque-là. Il leur avait appris à bien cultiver et à plâtrer le trèfle; à entretenir un grand nombre de bestiaux, en cultivant, pour les nourrir, beau- coup de) plantes qu’ils ne connaissaient pas, ou qu’ils ne cultivaient auparavant qu’en très-petite quantité, comme les porimes de terre; il leur avait appris de plus à économiser la moitié de leurs frais de culture, en diminuant considérablement le nombre de leurs bêtes d’attelage. IL n’en faut pas tant pour changer totalement la face d’un canton, et faire succéder la richesse à la misère. Aussi à 424 LES SECRETS plusieurs lieues à la ronde, Benoît était béni et respecté. SON RETOUR EN FRANCE. J'ai raconté jusqu’ici les prospérités de Benoît; pourquoi faut-il que je parle maintenant de ses malheurs? Il avait eu de sa femme un fils et une fille. La dernière, mariée à un homme qui la ren- dait heureuse, mourut à sa seconde couche, en laissant une petite fille, que Benoît prit chez lui pour l’élever, et qui devint l’objet de toute sa ten- dresse. Son fils fut forcé d’embrasser l’état mili- taire, et fut tué dans les guerres de la révolution 3 son père en fut d’autant plus inconsolable, que C'était en combattant contre la France, qu’il avait perdu la vie. Sa petite-fille, son unique espoir, mourut de la petite vérole, à l’âge de dix-huit ans. Sa femme ne put résister à tant d’infortunes, et laissa le malheureux Benoît entièrement isolé sur la terre. Accablé de tous ces malheurs, le pays où il les avait éprouvés lui devint insupportable; il se détermina à vendre tout ce qu’il avait, et à re- venir dans son pays natal, pour achever ses jours dans la société de quelques parens qu'il y avait laissés. Il ya maintenant quatre ans que Benoît, revenu en France, s’est fixé à R...., où il est né.Ily a acheté une jolie petite maison el un vaste jardin. DE J.-N. BENOIT. 425 Trop âgé pour reprendre l’état de laboureur, il cultive cependant lui-même son jardin, car, avec l'habitude qu’il a du travail, il lui serait impossible de rester oisif. J'habite dans le voisinage de ce brave homme, et jamais je n’éprouve plus de plaisir que lorsque je m’entretiens avec lui. Il a aujourd’hui soixante- quatre ans; mais il jouit d’une santé parfaite, qu’il doit à une vie constamment laborieuse; à peine ses cheveux sont-ils gris; et il conserve une vivacité qui ferait croire qu’il n’a que vingt ans. C’est un petit homme; assez maigre; mais dont la physio- nomie est remarquable par le feu du génie qui étincelle dans ses yeux, et par un air de franchise qui prévient en sa faveur aussitôt qu’on le voit. IL a conservé toute la simplicité du costume et des mœurs des cultivateurs du pays qu’il a habité si long-temps; mais dans ses vêtemens, dans son ameublement, dans toute son habitation, respire la propreté la plus soignée. Il parle très-peu, lorsqu'il se trouve avec des étrangers; mais dans.ses entretiens avec Les hommes qu’il voit habituellement, il devient très-commu- nicatif. On voit sur-tout qu’il éprouve un vifplaisir à parler d'agriculture; alors il parle beaucoup et long-temps. Cependant on ne se lasse guère de l'entendre, parce qu’il sait beaucoup, qu’il ne parle que de ce qu’il sait bien, et que toutes ses 36 426 LES SECRETS paroles portent le caractère de ce bon sens naturel et de ce jugement exquis et sûr, qui ont dirigé toutes les actions de sa vie. On sent, en l’écoutant, que c’est un de ces hommes qui, sans avoir reçu d’autre éducation que celle qu’ils se sont procurée eux-mêmes, s'élèvent, par la force de leur esprit et de leur jugement, à un degré de lumières et de connaissances, bien rare dans tous les états de la vie. Dans quelque état que füt né Benoît, il aurait faitwun des hommes les plus distingués de la pro- fession qu’il aurait embrassée. Il a habité pendant trente ans un pays où le culte catholique n’est pas exercé, et où il n’existe pas de pasteur; cependant il n’a rien perdu de son attachement à sa religion, et par sa piété franche et douce, il fait aujourd’hui le modèle du canton. Quoiqu'il jouisse d’une grande aisance, puisqu'il a vendu des biens en Allemagne pour plus de quatre- vingt mille francs, il a conservé, pour toutes ses dépenses particulières, cette stricte économie et cet esprit d’ordre qui ont tant contribué à élever sa fortune. Quelques personnes trouveraient peut- être même qu’il pousse cette économie un peu trop loin. Cependant il donne beaucoup à ses parens, et même à quelques étrangers, mais c’est à condi- tion qu'ils sont actifs, laborieux et probes; les paresseux et les négligens ne sont pas bien venus près de lui: il dit souvent qu’il ne peut mieux DE J.-N. BENOIT. 427 faire que d’imiter la Providence, qui ne distribue ses dons qu’à ceux qui s’en rendent dignes par leur travail. Des malheurs survenus à un homme indus- trieux et rangé, sont un titre qui donne des droits certains à sa générosité. C’est ainsi qu’il a sauvé d’une ruine complète un père de famille de son voi- sinage, qui, par suite de pertes énormes qu’il avait éprouvées dans les invasions, était à la veille d’être dépouillé de tout ce qu’il possédait, par les pour- suites du propriétaire de sa ferme. Benoît le con- naissait à peine, mais il a un tact sûr pour juger les hommes; il n’hésita pas à lui avancer une forte somme, et il n’a pas eu lieu de s’en repentir; car la plus grande partie lui est déjà remboursée, et l’état prospère qu’ont repris les affaires de l’homme qu’il a ainsi aidé, est un gage certain pour ce qui lui reste dû. Il s’est acquis un ami, qui ne peut parler de lui sans verser des larmes d’attendris- sement. LE COUSIN. Allant un jour chez Benoît, pour le consulter sur quelques améliorations d'agriculture que je dé- sirais faire exécuter, je le trouvai avec un de ses cousins qui habite une commune voisine, où il possède une maison commode, et où il cultive quarante jours de terre à la saison, sur Le sien. Ce cousin est un homme de quarante-deux ans, d’une 428 LES SECRETS constitution très-robuste, mais d’un caractère un peu lourd; ila, dans le pays, la réputation d’un tra- vailleur infatigable, qui fait tout son ouvrage lui- même, et avec qui les journaliers n’ont pas dix écus à gagner dans une année. Sa charrue est tou- jours attelée de six excellens chevaux, parce qu’il en prend un soin particulier; ilne vend jamais ni foin ni paille, ses labours sont toujours exécutés régulièrement dans la saison exigée par lacoutume, et jamaisil ne dessaisonnerait un jour de terre; il ménage sa terre comme ses chevaux, et croirait la ruiner s’il semait quelque chose dans les versaines; aussi passe-t-il pour un excellent cultivateur. Sa femme d’ailleurs est un modèle d'économie. Mal- gré cela, il a béaucoup de peine à fournir à la dé- pense de son traïn et de son ménage; il avait voulu faire prendre un autre état à un de ses fils, parce qu'il trouve que celui de cultivateur n’est pas as- sez lucratif; mais il a reconnu qu’il lui en coftait trop cher pour entretenir ce jeune homme hors de chez lui, et il a été forcé d’y renoncer, parce qu'il n'aurait pu subvenir à cette dépense, sans vendre une partie de son bien. Je lui ai entendu dire plu- sieurs fois, qu'il ne conçoit pas comment un fer- mier qui est obligé de payer un canon; peut se ;:: Dont ra tirer d’affaire; que, pour lui, quoiqu'il n'ait pas de canon à payer; lorsqu'il survient une mauvaise campagne; Ce qui n’arrive que trop souvent aux DE F.-N. BENOIT. 429 cultivateurs, ila toutes les peines du monde à gagner le bout de l’année. Benoît estime beaucoup ce cousin, parce que c’est un homme vraiment très-laborieux, et, de plus, un très-honnête homme; mais il lui fait sou- vent la guerre sur son scrupuleux respect pour la coutume; il lui disait dernièrement qu’il ressemble à un élégant de la ville qui ne se déterminerait pour rien au monde à porter un chapeau à bords larges, qui garantirajent ses épaules de la pluie et son visage du soleil, parce que c’est la coutume, ou la mode, de les porter à bords étroits. Cependant-le cousingvient souvent voir Benoît; il lui demande de Juf communiquer les secrets au moyen desquels il a pu faire sa fortune en culti- vant la terre. Benoît ne conserve de secrets pour personne; il lui donne des conseils fondés sur sa longue expérience; le cousin ne peut s'empêcher quelquefois de les approuver, et cependant il n’a pas eu encore le courage d’essayer aucune amélioration dans sa culture. Il y a deux ans qu’il avait envie de semer fix jours de carottes, parce que Benoit lui avait dit que c'était une excellente nourriture pour les chevaux, et que, dans le pays qu’il a habité, on leur en donne pendant tout l’hiver avec du foin, et sans ayoine, même dans le temps des forts ouvrages, ce qui les tient gras et vigoureux; mais lorsqu'il en parla à sa femme, qui tient la bourse, elle Lui dé- 430 LES SECRETS clara qu’il pourrait semer, biner et arracher ses carottes lui-même, mais qu’il n’aurait pas un sou pour payer des journaliers; et il n’en sema point. Cette année-là, le fourrage fut très-rare, l’avoine donna peu et devint très-chère; le cousin ne put en vendre un grain, parce qu’il avait peu de foin à donner à ses chevaux. Il vit pendant tout hiver un cultivateur voisin de Benoît, qui avait eu le bon esprit de semer des carottes d’après son conseil, entretenir ses chevaux sans avoine, et la vendre à un prix très-élevé; à la sortie de l'hiver, ses che- vaux étaient gras et luisans comme des taupes; le cousin aurait bien maudit sa femme, s’il eût osé. Lorsque j’arrivai chez Benoît, je trouvai ces deux hommes s’entretenant d’agriculture; je té- moignai le désir de ne pas interrompre une con- versation qui m'intéressait vivement. Je vais la rapporter ici, avec le plus d’exactitude que je Le pourrai; je désire qu’on la lise avec autant de plai- sir que j’en ai éprouvé à l’entendre. Le cousin. Lorsque vous êtes arrivé dans le pays de votre femme, quel genre de culture y suivait-on? Benoft. On n’y cultivait que du grain, blé, avoine et sur-tout beaucoup d’orge, parce qu’on consomme dans le pays une énorme quantité de bière. La terre était en versaine régulièrement tous les trois ans; on semait bien quelque peu de trèfle, maïs on ne savait pas le cultiver: on le se- DE J.-N. BENOIT. 431 mait toujours dans l’orge ou dans l’avoine, après du blé, ce qui est la plus mauvaise place où on puisse le mettre. De cette manière, il faut que la terre soit bien bonne, et les circonstances bien fa- vorables, pour que le trèfle réussisse, et il donne rarement des récoltes complètes; d’ailleurs on ne savait pas l’'amender avec du plâtre; on ne savait pas non plus le sécher; on le fanait comme le foin des prairies, et il arrivait que lorsque le temps était mauvais, on le perdaitentièrement, ou on le rentrait à moitié pourri; tandis que s’il faisait sec, toutes les feuilles restaient sur le terrain, et on ne rentrait que les tiges, qui ressemblaient à des brins de balais. Aussi on y faisait peu de cas du foin de trèfle, au lieu que lorsqu'il est bien fait, les bes- tiaux le préfèrent au meilleur foin de prairie. Le bétail y était peu nombreux, et très-mal entretenu; le pâturage pendant l’été, et la paille pendant l’hi- ver, formaient à-peu-près sa seule nourriture; aussi pour peu que la saison fût sèche, les vaches étaient dans un état déplorable. Au bout de quelques années, voulant engager un cultivateur de mes voisins à cultiver du trèfle, je lui fis voir que lorsque son blé lui coûtait six francs le scheffel(mesure du pays), le mien, que je semais toujours sur le trèfle, ne me coûtait pas trois francs. Le cousin. Comment pouviez-vous donc savoir 432 LES SECRETS ce que vous coûtait votre blé? Quant à moi, je se- rais bien embarrassé si on me demandait ce que me coûte le résal de blé ou d’avoine que je récolte. COMPTES DE CULTURE. Benoît. X] n’y a cependant rien desi facile: pour le savoir, il ne s’agit que dele calculer. J'avais été en service pendant plusieurs années chez un excel- lent cultivateur des environs de Manheïm: cet homme avait l’habitude de tenir ses comptes de culture très-régulièrement, et il m’employait quelquefois pour les écrire; javais bien compris sa méthode, qui était en effet très-claire et très- simple: lorsque je cultivai pour moi-même, je commençai aussitôt à tenir mes comptes de la même manière. Si vous compreniez l'allemand, je vous montrerais tous mes comptes de culture de trente années; vous verriez que, chaque année, je savais exactement ceque m’avaient coûté mon blé, mon orge, mes pommes de terres, mes vaches, etc,; et que je savais de même ce que j'avais gagné ou perdu sur chaque article. Le cousin. Comment voulez-vous donc qu’un cultivateur qui a des occupations continuelles, puisse trouver le temps d’écrire tous ces livres? Benoît. I] ne faut pas croire que cela exige beau- coup de temps. J'avais toujours dans ma poche un calepin avec un crayon; j'y écrivais quelques notes, DE J.-N. BENOIT. 433 soit aux champs, soit au marché; tous les soirs, avant de me coucher, je mettais ces notes en ordre sur un cahier particulier; il était bien rare que cet ouvrage exigeât un quart d’heure, et ce temps n’é- tait pas le plus mal employé de la journée. Le ditanche, j’employais le temps que la plupart de mes confrères passaient à boire, à dresser mes comptes d’après ces notes: c'était l’affaire d’une demi-heure ou d’une heure au plus. Au bout de l’année, je n’avais besoin que de deux addi- tions, pour savoir avec exactitude ce que chat que récolte m'avait coûté et rapporté, ainsi que mes vaches, mes bœufs de labour, mes bœufs à l’engrais, etc. Le cousin. Je ne comprends pas du tout com- ment on dresse ces comptes, cela‘doit être bien difficile. Benoît. Tout est difficile pour l’homme qui ne sait pas comment s’y prendre; il est bien sûr que celui qui voudrait entreprendre de tenirdes comptes semblables, sans avoir appris la méthode, éprou- verait beaucoup de difficulté et de peine, et peut- être encore se tromperait souvent; mais je puis vous assurer que lorsqu'on sait une fois s’y pren- dre, elle est fort facile et exige très-peu de travail. Ces comptes sont à-peu-près semblables à ceux que les commerçans et les manufacturiers tiennent pour leurs opérations; ils sont tout aussi utiles dans l’a- 37 434 LES SECRETS griculture; car un cultivateur n’est autre chose qu’un fabricant de blé, d'orge, de viande, de beurre, etc. Une comptabilité par dépense et pro- duit, s'applique tout aussi bien à cet objet qu’à une fabrique de drap ou de papier. J’ai connu en Allemagne un grand nombre de cultivateurs qui tenaient leurs comptes tout aussi en règle, que ceux de quelque manufacture que ce soit. Un homme intelligent, qui aurait appris la manière de tenir les comptes de commerce, trouverait bien facile- ment les moyens de l'appliquer aux opérations de culture. Il est très-ficheux qu’on ne trouve dans la campagne aucune ressource pour s’instruire sur cet objet. Au reste, si vous voulez m’envoyer votre fils tous les dimanches, je vous promets que dans ,je lui apprendrai à tenir ces comptes; peu de temps et je suis sûr qu'il prendra car il est intelligent, bientôt du goût à cette besogne. Le cousin. Je suis bien sûr que le gaillard ne demandera pas mieux, et puisque vous voulez bien prendre cette peine; je vous en aurai la plus sin- Vous croyez donc que la tenue de cère obligation. lement d’un grand avantage? ces comptes est réel Benoît. Je ne comprends pas est possible de s’en passer. Sans cela, à peine un t de l’année, s’il a perdu mème comment il cultivateur sait-il, au bou il ne sait pas quels sont le ; lui ont donné le plus de bé- ou: gagné; s articles de son exploitation qu DE J.-N. BENOIT. 435 néfice; dans tous les détails d’un train, il est pos- sible que quelques articles soient lucratifs, tandis que d’autres présentent de la perte: comment vou- lez-vous que cet homme change ou corrige ces der- niers, s’il ne les connaît pas? Je suppose, par exemple, qu’il nourrit des vaches, des bêtes à laine; qu’il engraisse des bœufs, des moutons: comment peut-il savoir quel est celui de ces arti- cles qui lui présente le plus de bénéfice, s’il ne tient pas des comptes semblables? Cependant, il est très-important pour lui de le savoir, sa.-for- tune tient peut-être à cela. Comment voulez-vous qu’il sache aussi s’il a plus de bénéfice à mettre son lait en beurre ou en fromage? Il en est de même pour chaque espèce de récolte qu’il cultive: s’il veut essayer de cultiver des pommes de terre dans ses champs, ce n’est qu’au moyen de ces comptes qu’il pourra savoir si elles lui ont autant rapporté qu’elles lui ontcoûté. Je sais bien qu’à la longue, à‘force de faire toujours la même chose, on finit par connaître si elle est avantageuse ou non; mais, pour acquérir cette connaissance ,.dix ans se sont passés, et, pendant ce temps, on s’est ruiné; ou on, a laissé échapper de grands bénéfices qu’on aurait.faits, si, dès la première année, on eût pu se faire une idée nette dela dépense et du produit, Le cousin. Je conçois bien, maintenant, que cela peut être fort utile, 2 97: 436 LES SECRETS Benoît. Ajoutez à cela l'agrément et la satis- faction qu’on éprouve de pouvoir se rendre compte à soi-même, aussi souvent qu’on le désire, de toutes ses opérations, et dans tous leurs détails. Comme cela encourage au travail! Combien d’in- quiétudes on évite, en vOY les profits qu'on tire de chaque opé- s bien sûr qu’un cultivateur qui aura ptes semblables, ne quit- ant clairement, à cha- que instant; ration! Je sui commencé à tenir des com tera jamais cette méthode, et qu’il trouvera que c'est une occupation aussi agréable qu’elle estavan- tageuse. BLÉ SEMÉ SUR LE TRÈFLE. Le cousin. Nous avez dit, tout à l'heure, que le blé que vous semiez sur le trèfle, ne coûtait que la moitié de celui qu’on sème sur les versaines: j'avoue que c'est une chose qui me semble bien extraordinaire; je voudrais bien po dre vos comptes de culture; pour connaîtr uvoir compren- e la cause de cette différence. Benoît. Je vais vou e mots, Car cela est très-sim & sur la versaine, on doit porter en dé- pense du blé deux années de rente de la terre. Le cousin. Pourquoi cela? Ce n’est pas là une dépense: moi; par exemple, qui cultive des terres ent, je ne paie rien pour cela. s faire comprendre cela en ple: lorsqu'on peu d cultive le bl qui m’appartienn « DE J.-N. BENOIT. 437 Benoft. Mais vos terres ne vous ont-elles rien coûté à acheter? Votre argent ne doit-il pas vous rapporter sa rente tous les ans? Ne pourriez-vous pas les louer? Il faut donc que les récoltes que vous en tirez vous paient cette rente, de même qu'un manufacturier compte en dépense tous les ans, les intérêts du capital qu’il a employé en bâ- timens, machines, etc.; et vous ne POUVEZ compter de bénéfice que lorsque cette rente est payée. Quelle que soit la récolte que vous cultiviez, le premier article de la dépense doit être la rente de la terre que vous y consacrez; et si cette récolte occupe la terre pendant deux ans, vous devez compter pour sa dépense, deux années de rente de la terre. En estimant votre rente seulement à six francs le jour, cela fait douze francs en dépense pour le blé. En outre, votre versaine exige trois labours. Je les compte à cinq francs chacun, parce que je crois qu’ils vous coûtent au moins cela. Cela fait quinze franc4, et, avec les douze francs de rente de la terre, vingt-sept francs; de sorte que si votre jour de terre vous rend deux réseaux ,.le. résal vous coûte treize francs cinquante centimes. Je ne compte pas ici les autres frais, faucillage, voiture, bat- tage, etc., parce que Je suppose qu'ils sont payés par la valeur de la paille; d’ailleurs, ils sont les mêmes dans l’une et dans l’autre culture. 438 EES SECRETS Si, au contraire, vous semez votre blé sur du trèflé, il ne vous coûte que la rente de la terre d’une année, puisque la rente de l’autre année doit être portée sur la dépense du trèfle: vous n’avez besoïn, d’ailleurs, que d’un labour; ainsi, vous n'aurez, pour ces deux articles de dépenses, que onze francs, Où par résal de blé, cinq francs cin- quante centimes. Vous voyez bien que le blé ne coûte pas moitié dans ce dernier cas. Encore, j'ai supposé que Le Elé senié sur le trèfle ne vous ren- drait que deux réseaux, de même que celui qui est semé sur la versaine, tandis qu’il vous rendra cer- tainement davantage. Je n’ai pas compté non plus la valeur du fumier, pour ne pas compliquer le cal- cul; maïs en tenant des comptes de culture régu- Liers, vous verriez que le blé consomme bien moins de fumier, en le semant sur le trèfle, qu’en le se- mant sut la versaine. PRIX DES LABOURS. Le cousin. Vous comptez les labours comme si je les faisais exécuter à prix d'argent; maïs ce sont mes chevaux qui les font; ils me coûtent betucouÿ moins. Benoît. Avez-vous jamais essayé de calculer, au moins én gros, ce que vous coûtent annuellement vos chevaux, afin de vous faire uné’idée du prix auquel vous reviennent les divers travaux qu’ils exécutent? DE J.-N. BENOIT. 459 Le cousin. Non, certes. Nous prenons le foin et l’avoine chez nous; nous ne comptons guère comme dépense réelle que celle du maréchal. Benoît. Mais ce foin, cette avoine, cette paille que vous prenez chez vous, est-ce qu’ils n’ont pas uné valeur réelle? Est-ce que vous ne pourriez pas les vendre ou les employer à nourrir des vaches ou des bêtes à laine, à engraisser des bestiaux, ce qui vous rapporterait en profit au moins la valeur du fourrage, en vous produisant autant de fumier que vos chevaux? Lorsque vous faites pâturer quelques- uns de vos prés, la dépense ne vous paraît presque rien, parce qu’il ne s’agit que d’y lâcher les che- vaux; cependant elle est bien vraiment égale à la valeur du foin ou du regain que vous auriez pu récolter sur ces prés. Que vous achetiez un mille de foin à vingt-cinq francs, pour nourrir vos bêtes, ou que vous consommiez un mille de foin récolté chez vous, et que vous pourriez vendre le même prix, c’est absolument la même chose: aussi, dans des comptes réguliers, on doit compter en dé- pense, au prix du marché, toutes Les denrées qu’on fait consommer chez soi. Essayez, quelque jour, de calculer de cette ma- nière la dépense de vos chevaux; ajoutez à leur nourriture en foin, paille, avoine, pâture, l'intérêt du prix d’achat à quinze pour cent au moins, parce qu’un cheval vieillit tous les aus. 440 LES SECRETS Le cousin. Je n’achète guère de chevaux, je les élève ordinairement chez moi. Benoit. Vous n’en devez pas moins calculer la valeur; comme si vous les achetiez; car il en coûte pour les élever. Si vous comptiez exactement la va- leur de tout ce qu’ils ont consommé avant d'être en état de travailler, peut-être trouveriez-vous qu’ils vous coûtent bien autant que si vous les achetiez.- Comptez aussi, dans leur entretien, les frais de ma- réchal, de bourrelier, de vétérinaire, ajoutez-y une certaine somme annuelle, pour couvrir les chances de pertes par maladie ou accident. Je crois pouvoir vous annoncer d’avance, que vous trou- verez que vous n’avez pas de cheval qui ne vous coûte environ trois cent cinquante francs par an. Lorsque vous connaîtrez ainsi la dépense totale de vos chevaux, vous pourrez calculer à quel prix vous reviennent les labours et les autres ouvrages aux- quels vous les employez. Vous verrez si j'ai estimé les labours trop haut, en les évaluant à cinq francs le jour de terre pour chaque labour. Le cousin. Trois cent cinquante francs par che- val! Comment! j'ai dix chevaux, ils me coûteraient tous les ans trois mille cinq cents francs! Mais si je louais toutes mes terres, je ne pourrais pas en tirer la moitié de cette somme. Benoît. Ce n’est pas ma faute; faites vous-même ce compte, et vous verrez s’il se trouve bien éloi- LE mer RAR eee me© 75 À cri DE J.-N. BENOIT. gné du mien. Vous saurez alors ce que vous coû- A: tent réellement les labours, et vous serez en état de juger de quel avantage il est de chercher un mode de culture qui permette d’en diminuer le nombre sans cependant nuire au produit des rés coltes. SUPPRESSION DES VERSAINES. Le cousin. Pour semer toujours le blé sur du trèfle, il faudrait ne pas faire du tout de versaine. Je vous ai entendu dire plusieurs fois que, dans le pays où vous étiez, vous n’en faisiez pas; je conçois bien que cela est fortavantageux, quand on le peut. Mais croyez-vous donc que cela serait possible dans ce pays-ci? Benoît. Je ne répondrai pas à cette question, je veux que vous y répondiez vous-même. Écou- tez-moi: Je suppose que dans vos terres, vous choisissiez uue pièce de dix jours, de qualité moyenne, mais d’un terrain pas trop fort. Je suppose que vous lui donniez un premier labour de bonne heure au prin- temps; que vous y conduisiez ensuite dix bonnes voitures de fumier par jour de terre; que vous donniez un second labour; que vous la plantiez en pommes de terre, et que vous les fassiez cultiver et biner bien proprement: croyez-vous que vous auriez une belle récolte? 442 LES SECRETS Le cousin. Avec deux labours et dix voitures de fumier par jour de terre, je crois bien que j'aurais une belle récolte! il faudrait que l’année fût bien mauvaise pour ne pas faire ainsi cinquante sacs de pommes de terre par jour de terre. Benoît. Au printemps suivant, donnez encore deux labours à cette terre, et semez-y de l’avoine ou de l'orge, avec du trèfle. Combien pensez-vous que vous ré colteriez d’avoine? Le cousin. Dans nos terres, qui ne sont fumées que tous les six ans au plus, et seulement à cinq ou six voitures par jour de terre, on ne peut guère compter, bon an mal an, que deux réseaux d’avoine par jour; mais ici, après une fumure comme nous lui en avons donné l’année précédente, on pourrait compter au moins sur trois réseaux. Benoît. Ce n’est pas seulement le fumier qui se- rait cause que vous auriez une bonne récolte; mais c’est que votre terre est propre après les pommes de terre. C’est par cette raison aussi que, la troi- sième année, vous aurez de beau trèfle, tandis que, lorsque vous semez le trèfle dans l’avoine, sur un terrain qui vient déjà de porter du blé, la terre est empoisonnée de mauvaises herbes par ces deux récoltes de grains qui se suivent, et la récolte du trèfle est alors très-casuelle. Essayez de cultiver du trèfle, comme je vous le dis, et vous en verrez la différence. DE J.-N. BENOIT. 443 Je suppose que votre trèfle aura été plâtré au printemps. À lautomne, vous semez votre blé sur un seul labour; je vous garantis une récolte de blé plus nette de mauvaises herbes qu’il ne vous est possible de l’obtenir sur votre versaine, et un pro- duit n blé au moins de moîtié en sus; car votre terre se souvient encore des dix voitures de fumier qu’elle a reçues; et d’ailleurs il n’y a pas de meil- leure préparation pour le blé qu’un beau trèfle. Mais, pour cela il faut que le trèfle soit beau, car s’il est clair, si la mauvaise herbe a pu s’y jeter, vous n’aurez que du blé chétif. Parla méthode que je vous indique, il faudrait un accident bien extraordinaire, pour que vous n’eussiez pas un trèfle bien garni, et propre comme un carré d'oignons. Le cousin. En effet, quoique je ne sème pas, tous les ans, beaucoup de trèfle, j’ai remarqué que lors- qu’il n’est pas bien garni et bien propre, le blé que je semais après était fort médiocre. Benoÿt. Maintenant, je suppose qu’après le blé vous recommenciez à conduire sur votre terre dix bonnes voitures de fumier par jour, pour y planter des pommes de terre, comme la première fois, et ensuite reprendrel’orge, le trèfle, le blé, en con- tinuant de fumer toujours de même tous les quatre ans: croyez-vous que cette pièce de terre pourrait se passer de faire versaine? 444 LES SECRETS Le cousin. Parbleu! je le crois bien; vous ne ménagez pas le fumier. Si je m’avisais de faire cet essai, il faudrait employer dans cette pièce de terre tout le fumier que je fais dans l’année, et laisser tout le reste de mes terres en friche. Benoît. Ce n’est pas ainsi que je l’entends; ce que vous faites pour cette pièce de terre, pourquoi ne le feriez-vous pas pour toutes les autres? Divi- sez-moi toutes vos terres en quatre saisons, et suivez cet assolement, en amendant, chaque année, une saison, à dix voitures de fumier par jour de terre. Le cousin. Eh! où diable prendrais-je les mon- tagnes de fumier quil me faudrait pour cela? Benoft. Comment! vous avez, tous les ans, un quart de vos terres en pommes de terre, un autre quart en trèfle, c’est-à-dire, la moitié de vos terres en récoltes propres à la nourriture des bestiaux, et vous seriez embarrassé de faire assez de fumier pour cela! Quand je n’aurais pas un pouce de pré, mais seulement cinq ou six jours de luzerne pour couper en vert, je voudrais, avec vos terres, faire plus de fumier qu’il n’en faut pour lesamender ainsi. Le cousin. Je conçois bien qu’avec ces récoltes de trèfle et de pommes de terre, je pourrais nour- rir beaucoup de bestiaux; mais ces bestiaux il fau- drait les avoir; et je n’ai ni de l'argent pour les acheter, ni des étables pour les loger. DE J.-N. BENOIT. 445 Benoft. Ah! pour le coup, vous avez mis le doigt sur le mal. Il ne faut plus dire que vos terres ne peuvent pas se passer de versaines; il faut dire que vous n'êtes pas assez riche pour les cultiver sans versaines. Îl est bien sûr que ce genre de cultäre exige plus d’avances, non-seulement pour Pachat d’un plus grand nombre de bestiaux et pour la construction des étables qui doivent les loger, mais aussi à cause des frais considérables de main- d'œuvre qu’exigent les récoltes sarclées, sans les- quelles la terre ne peut se passer de versaines. Le cousin. de vois bien que cela ne peut con- venir que dans les pays où les cultivateurs sont plus riches que chez nous. Benoît. Dites plutôt dans les pays où les oulti- tivateurs savent mieux employer leur fortune que vous. Le mal est que vous avez trop de terres, et que vous ne conservez pas assez d’argent pour les bien cultiver. Dans ce pays-ci, je remarque que lorsqu'un homme serait en état de bien cultiver trois cnts jours de terre, il prend une ferme de mille jours: vous dites alors qu’il n’est pas assez riche pour cultiver sa ferme sans versaines; moi je dis que ce n’est pas lui qui est trop petit, maïs sa ferme qui est trop grande. On ne paraît pas savoir ici qu’il faut toujours qu’un fermier soit plus fort que sa ferme. Il en est de même de ceux qui cultivent leur 446 LES SECRETS propre bien; ils mettent tout leur avoir à acheter des terres, et ne songent pas à conserver l’argent qui leur serait nécessaire pour en tirer le meilleur parti. On reste pauvre, et par conséquent les terres sont mal cultivées. Vous remarquerez par-tout la justesse de ce proverbe en usage en Allemagne: Pauvre agriculteur, pauvre agriculture. Vous voyez bien que la pauvreté du cultivateur n’est que relative, et qu’il ne doit jamais dire qu’il n’est pas assez riche pour cultiver ses terres; il n’est question pour établir l’équilibre, que de diminuer la quantité des terres qu’il cultive. Le cousin. Je sens bien que si je vendais la moi- tié ou un quart de mes terres, pour en employer le prix à-acheter des bestiaux, à construire desétables, à faire les avances d’une culture plus dispendieuse, jé pourrais peut-être tirer plus de profit de chacun des jours de terre qui me resteraient; mais d’un autre côté, j'aurais moins de terres, de sorte qu’au bout du compte, mon profit total n’en, serait guère plus considérable, Benoît. Nous croyez peut-être que cela:se bor- nerait à une fort légère augmentation sur le pro- duit de chaque jour deterre: pour vous détromper, faisons;le calcul approximatif de ce que vous rap- portent aujourd’hui vos terres, et comparons-le à ce que vous pourriez en tirer, si vous suiviez l’as- solement de, quatre ans que je viens de vous indi- DE J.-N. BENOIT. 447 quer, et qui est à-peu-près celui que j’ai suivi pen- dant vingt ans. Pour évaluer ce que la terre rapporte dans un assolement quelconque, il ne faut pas considérer une saison en particulier; il faut embrasser toutes les saisons dont se compose l’assolement. Ainsi, avec votre assolement de trois ans, il faut calculer quels sont les frais qu’exigent trois jours de terre; l’un en blé, l’autre en avoine, et l’autre en ver- saines; il faut calculer ensuite le produit que vous rendent en masse ces trois jours de terre, année commune. En déduisant les frais de ce produit brut, vous aurez le profit net de ces trois jours de terre. En en prenant /e fiers, vous saurez ce que vous rap- porte de profit le jour de terre, dans cet assolement. Essayons de faire ce calcul. Comme vous ne tenez pas de comptabilité régulière, nous ne pouvons avoir ici que des données approximatives;:mais l'habitude que j'ai de cette comptabilité, et les ob- servations que j'ai faites chez vous depuis plusieurs annéesÿ me donnent la certitude de m’éloigner très- peu de la vérité. La rente de vos 3 jours de terre, à 6 fr. chacun, fait 18fr. Ges 3 jours de terre reçoivent ordinairement 4; la- bours; 3 pour la yersaine et 1 pour l’avoine. Je les compterai à 5 fr. chacun, parce que, comme je vous l'ai dit, je crois qu’ils vous coûtent au moins cela. Cela fait donc pour les 4 labours 20 Toraz des frais 448 LES SECRETS La récolte de ces trois jours de terre sera à-peu-près, bon an mal an, de deux réseaux de blé et deux réseaux d'avoine. En comptant le blé au prix moyen de 18 fr,, et l’avoine à 8 fr., le produit brut sera de...... 5afr. Si nous déduisons les frais de.. ,..... 38 me Il restera{en pront nee ee rer air, Ceci est le produit de trois jours de terre: ainsi, chaque jour de terre vous donne par an à-peu-près un profit du tiers de cette somme, c’est-à-dire, d'environ quatre francs soixante centimes. Ce compte est établi fort grossièrement, car il y a beaucoup de frais qui devraient y figurer, et dont je ne parle pas; je suppose qu’ils sont couverts par la valeur de la paille, Mais je suis bien sûr que si vous établissiez votre compte avec exactitude, vous trouveriez que le résultat s’éloignerait très-peu du mien. Supposons, maintenant, que vous adoptiez un as- solement de quatre ans, comme je viens de vous l’in- diquer, vos frais pour quatre jours de terre seraient à-peu-près comme il suit: Larentegies jours, a Gr....1. 4.. 1\a4dit. 5 labours, dont 2 pour les pommes de terre, 2 pour l’ayoine, et 1 pour le blé semé sur le trèfle 25 Frais pour planter, cultiver et arracher 1 jour de pommesdetéries 21.0. 2110 este Cie OO Frais de récolté du trèfle.... ee 1 0 ToTar des frais. à 0 cel AMODIÉE > Re DE J.-N. BENOIT. 449 Le produit de ces quatre jours de terre sera pro- bablement ainsi qu’il suit: 50 sacs de pommes de terre; à 1 fr. 50 cent. 75 fr. 3Wréseaux d'avoine, à 8fr. Jensen.© 124 2,000 livres de trèfle, à 2ofr.:.....,..+. 40 ; AE E 3/réseaux deblé, à 18 fm4 ce ele ee» 24 — HOoTAr ie 4 109 fr. En déduisant les frais de Resre en profit net pour 4 jours deterre.. 108 fr. Ce qui fait, par jour de terre, vingt-sept francs, au lieu de quatre francs soixante centimes que vous tirez actuellement. J’ai supposé que vos terres, cultivées de cette manière, rendraient, par jour, trois réseaux de blé ou trois réseaux d’avoine, au lieu de deux que vous en tirez actuellement. Il n’y a pas de doute que cêtte évaluation ne soit plutôt trop faible que trop forte; vous n’en disconviendrez pas, si vous vous rappelez la manière dont j'ai supposé que ces terres seraient cultivées et amendées. Cependant, en ad- mettant même le cas, où vos récoltes de blé et d'avoine ne seraient pas plus fortes qu’à présent, vous trouveriez encore une énorme différence dans les résultats. Dans ce cas, les produits, au lieu d’être de 193 fr., seraient seulement de.. 167 fr. En déduisant les frais, comme plus haut... 85 Resterait en bénéfice... 82 fr. 36 450 LES SECRETS C'est-à-dire, encore vingt francs Cinquante cen- times par jour de terre. Ainsi, votre profit, dans ce cas, serait encore, plus de gwarre fois plus consi- dérable qu’aujourd’hui.: dé sorte qu’en réduisant a moitié la quantité de terres que vous cultivez ac- tuellement, votre profit annuel sérait encore plus que doublé. Poux ne pas compliquer la question, je n’ai pas parlé, dans tous ces comptes, de là valeur du fumier qu’on met sur les terres, quoique ce doive être un article important des comptes de culture réguliers. Vous remarquerez, au reste, que, dans ma suppo- sition; vous feriez toujours chez vous tout le. fu- mier dont vous auriez besoin. Le cousin. de conçois bien à-peu-près, yos comptes; mais, je m'aperçois que les principaux produits de votre culture perfectionnée; sont les pommes de terre.et le trèfle. Cependant, vous sup- posez que je les ferai consommer par mes bestiaux; ce n’est donc pas un produit destiné.à la vente, et sur lequel je puisse compter poux faire de l'argent, comme sur le blé que je conduis au marché? Benoît. Noïlà précisément le vice de raisoune- ment le plus pernicieux pourun cultivateur:Jecon- viens que les produits destinés à la nourriture des bestiaux ne rapportent pas directement de l’argent, comme les denrées qu’on conduit au marché; mais DE J.-N. BENOIT. 451 ils en rapportent avec autant de certitude: car le lait, le beurre, le fromage, la laine, le lard, la viande grasse, sont d’une vente aussi assurée que les grains, Au prix où je compte ici Les pommes de terre et le trèfle, il faudrait être bien maladroit pour ne pas en tirer l’équivalent en produits des animaux qu’ils auront nourris, et vous aurez de plus tout Le fumier que vous ferez avec ces animaux. En général, dans toute culture bien entendue; on doit avoir pour principe de faire consommer par des animaux, dans la ferme, la plus grande partie qu’on peut, du produit des terres; car cette partie produit de deux manières, c’est-à-dire, en argent et en fumier; tandis que les récoltes qu’on porte directement au marché, rapportent bien de l'argent, mais sont perdues pour l'amendement des terres. Il n’y a pas de bonne culture là où on ne fait pas de grands profits sur des bestiaux. Le cousin. Vous me conseilleriez donc de vendre quelques-unes de mes terres pour acheter des bes- tiaux, ét fournir aux avances de culture de celles qui me resteraient? Ma femme n’entendra jamais cela. Benoft. Il est certain que, par ce moyen, vous pourriez entretenir une culture bien plus riche et bien plus active, et en tirer un profit trois ou quatre fois plus considérable que celui que vous tirez aujourd’hui. 452 LES SECRETS Le cousin. Nous avons des terres trop fortes pour pouvoir y cultiver des pommes de terre; nous en avons aussi où le trèfle ne réussirait pas. Pour celles-là, on ne pourrait pas y appliquer votre méthode. Benoît. Dans les terres trop fortes pour les pommes de terre, n’avez-vous pas les betteraves, les rutabagas, les choux de diverses espèces, les féveroles, etc.? Toutes ces récoltes, pourvu qu’on les sarcle et bine proprement, remplaceront par- faitement les pommes de terre; le sainfoin, la lupuline, les vesces, le raygrass et plusieurs autres plantes à fourrage, peuvent remplacer le trèfle dans les terres qui ne lui conviendraient pas. Il ne faut pas croire que l’assolement de quatre ans que je vous ai indiqué, soit le seul qu’on puisse suivre; ce n’était qu’un exemple par lequel je vou- lais vous faire voir qu’avec une culture vigoureuse et des récoltes sarclées, on peut fort bien se passer de versaines. Du reste il y a bien des combinaisons, par lesquelles qn peut amener successivement les plantes les plus convenables, dans un assolement plus ou moins long. C’est à chaque cultivateur à choisir les récoltes qui conviennent le mieux à la nature de son terrain, et qui peuvent lui rapporter le plus de profit, en les combinant de manière à ne pas trop épuiser sa terre, et à avoir toujours une forte partie de ses récoltes destinées à la nout- DE J.-N. BENOIT. 453 riture des bestiaux; car c’est là l’âme de la culture. Pour régler son assolement, il doit avoir égard à la faculté plus ou moins épuisante dé chaque ré- colte, afin de ne pas mettre à la suite l’une de l’au- tre plusieurs récoltes très-épuisantes. Dans le choix d’un assolement, il y a quelques principes généraux dont on ne-doit jamais s’écar- ter, parce que l’expérience a appris qu’ils doivent s'appliquer aux terres de, toute nature. Tels sont ceux-ci: 1°. ne jamais placer deux récoltes de grains immédiatement l’une après l’autre; car rien ne salit plus là terre de mauvaises herbes, et ne l’épuise davantage. 2°. Ne jamais semer les prairies artificielles, c’est-à-dire, le trèfle, Le sainfoin, la luzerne, etc., que sur la récolte de grains qui vient immédiate- ment après la récolte sarclée et fumée. 3°. Revenir aux récoltes sarclées aussi souvent qu’il est nécessaire pour entretenir le terrain bien net de mauvaises herbes. 4°. Cultiver toujours moitié environ des terres en plantes destinées à la nourriture des bestiaux, et les faire consommer dans la ferme. En suivant ces principes, ne craignez pas de supprimer la versaine, dans quelque terre que ce soit. Mais si vous ne pouvez pas, ou si vous ne voulez pas régler ainsi vos cultures, il faut con- server la versaine, et vous contenter d’un très-ché- 454 LES SECRETS tif produit; car, en supprimant la versaine, sans adopter un mode de culture convenable, vous rui- neriez promptement vos terres, bien loin d’en tirer du bénéfice. Le cousin. Je partage bien votre avis pour la culture de la pomme de terre, je crois que nous n’en cultivons pas assez; maïs c’est que les cultures en sont si chères! D'ailleurs, si on en cultivait une grande quantité, on ne trouverait souvent pas d’ou- vriers en suffisance. DISTILLATION DES POMMES DE TERRE. Benoît. Vous estimeriez encore bien davantage la pomme de terre, si vous saviez en tirer parti comme on le fait dans le pays que j'ai habité pen- dant long-temps. Là, chaque cultivateur convertit en eau-de-vie ses pommes de terre, et nourrit ses bestiaux avec les résidus. L’expérience apprend que ces résidus sont tout aussi nourrissans que les pommes de terre entières. Jugez, d’après cela, du bénéfice qui en résulte pour le cultivateur: il tire d’abord la valeur de ses pommes terre en eau-de- vie, et ordinairement avec un bénéfice de fabri- cation assez important; il en trouve une seconde fois La valeur dans le lait, le beurre, le fromage, la viande grasse, qui sont le produit des bestiaux qu’il en a nourris; et, à côté de cëla, il se procure une masse énorme d’éngrais, qui lui assure les DE J.-N. BENOIT. 455 plus belles récoltes pour les années suivantes. n’y a guère qu’une vingtaine d’années que cet usage de distiller les pommes de terre s’est introduit dans le canton que j'habitais; en moins de dixans,ilà enrichi tout le pays. HOUE A CHEVAL: Quant aux frais de culture des pommes de terre, j'avoue qu’ils sont considérables; cependant, on peut les diminuer beaucoup en faisant donner les menues cultures et le buftage, au moyen d’un ins- trument conduit par un cheval. Il y a douze ans que j’entendis parler pour la première fois de cet instrument, dont on faisait usage dans les environs de Brunswick; je me décidai sur-le-champ à aller moi-même observer ses effets; j’en fus si content, que j'en rapportai un avec moi, et je m’en suis toujours servi depuis. L'emploi de cet instrument exige que les pommes de terre soient plantées en rangées bien alignées, ce qui phut se faire très-facilement en les plantant à la charrue. Lorsque les pommes de têrre com- mencent à sortir de terre, on passe fortement une herse de fer pesante sur toute la surface du champ, pour détruire toutes les mauvaises herbes qui com- mencent à germer. Il ne faut pas craindre que cela fasse dù tort aux pommes de terre. Lorsque les plantes vnt cinq ou six pouces de hauteur, on 456 LES SECRETS passe la houe à cheval entre les lignes, ce qui donne une bien meilleure culture qu’on ne pour- rait le faire à la main. Quelque temps après, on re- commence cette opération; et enfin on butte les pommes de terre, au moyen d’un soc garni de deux ailes, qu’on adapte au même instrument. De cette manière, il ne faut qu’un très-petit nombre de journées d'ouvriers, pour détruire les mauvaises herbes qui se trouvent entre les plantes, dans les lignes, et que l’instrument n’a pu atteindre. Comme d’ailleurs, cet instrument, attelé d’un che- val, cultive environ six jours de terre dans une journée, cette culture est très-économique. J’ai toujours calculé qu’elle diminuait de beaucoup plus de moitié les frais de mes cultures de pommes de terre. Ajoutez à cela que l’ouvrage se faisant très- promptement, cela donne la facilité de l’exécuter toujours dans l'instant Le plus favorable. Vous sa- vez sans doute, comme moi, de quelle importance cela est pour là culture des récoltes sarclées. Le cousin. Cet instrument doit être en effet fort économique. IL conviendrait probablement aussi pour cultiver les betteraves, dont vous faites tant de cas pour la nourriture des vaches et l’engraisse- ment des bœufs. Benoït. Sans doute; il convient parfaitement pour la culture de toutes les récoltes qui peuvent se planter ou se semer en lignes. Je ne cultivais pas DE J.-N. BENOIT. 457 autrement mes betteraves, non plus que mes choux, mes haricots, et sur-tout mes féveroles, que je mettais très-souvent dans les terres fortes, comme récolte sarclée. En cultivant ainsi cette dernière plante, pourvu qu’on ait soin de la nettoyer par- faitement de mauvaises herbes, on en tire presque toujours une récolte double de celle qu’on peut ob- tenir d’une semaille à la volée; et c’est une des meilleures préparations qu’on puisse donner à la terre pour une récolte de grains, parce que cette plante épuise beaucoup moins le sol que la pomme de terre, Le cousin. Est-ce que vous croyez que la houe à cheval réussirait également dans nos terres? Benoît. Pourquoi n’y réussirait-elle pas? Croyez- vous donc que vos terres sont différentes de celles de tout le reste du monde? Chaque fois qu’on parle à certains cultivateurs de procédés ou de méthodes qui sont en usage dans d’autres pays, leur réponse est toujours prête: la différence des terres, la diffé- rence des climats; c’est là pour eux une raison suf- fisante pour ne rien essayer des choses les plus utiles, qui se font à quarante ou cinquante lieues d'eux. J’ai beaucoup voyagé, et. j'ai vu des terres de toutes Les espèces; je vous déclare que, sans sortir de trois où quatre communes voisines de la vôtre, vous pouvez trouver des terres de la même nature 39 458 LES SECRETS que toutes celles que vous pourriez rencontrer dans une grande partie de l’Europe, depuis le sol le plus sablonneux ou le plus pierreux, jusqu’à la terre argileuse la plus compacte. Pourquoi ne pourrait- on donc pas pratiquer ici La plus grande partie des méthodes qui sont avantageuses ailleurs? Serait-ce à cause de la différence de chaleur ou d'humidité du climat? Je conçois bien que la raison serait bonne, s’il était question de transporter chez nous des méthodes dont on fait usage en Afrique, ou même dans le midi de la France; maïs je ne vous parle que de pays dont la température est assez semblable à celle du nôtre, pour que cela ne doive apporter que très- peu de différence dans les pro- cédés de culture. Je ne prétends pas, au reste, que toutes Les méthodes qui sont avantageuses dans ces pays-là, doivent être adoptées ici indifféremment et sans examen; mais il est absurde de repousser un procédé utile, par la seule raison qu’il vient de vingt, quarante, Ou même cent lieues, lorsque le climat est à-peu-près le même que lé nôtre. Se faire un prétexte pour ne pas l'essayer, en se fondant va- guement sur la différence des terres et des climats, c’est la ressource de la paresse et de l’insouciance. Pour en revenir à la houe à cheval, vous n’avez e on ne püt vous rendre aucune terre dans laquell autant de sérvices que dans les cantons où elle est en usage. On sen sert très-bien, même dans les DE J.-N. BENOIT. 45û terres argileuses, pourvu qu’elles soient bien ameu- blies par une bonne culture préparatoire, ce qui est toujours nécessaire pour les récoltes sarclées. Un sol pierreux permet également bien l’emploi de la houe à cheval, pourvu cependant que les pierres ne soient pas trop grosses. CHARRUE SANS AVANT-TRAIN. Le cousin. Je crois cependant que vos terres étaient en général beaucoup plus meubles que les nôtres; car je vous ai entendu dire que vous labou- riez toujours avec deux bœufs. Cela serait impos- sible chez nous; car j'ai souvent bien de la peine de faire mes labours avec six bons chevaux. Benoft. Pourquoi voulez-vous croire que cette impossibilité vient de la nature de votre terre, plu- tôt que de la forme de votre charrue? Quelle raison avez-vous de croire que votre charrue est la meiïl- leure qu’on puisse employer, ou qu'avec une autre on ne pourrait pas faire avec deux bêtes ce que vous ffites avec six? Le cousin. I] me semble que depuis le temps qu’on laboure dans nos terres, on a dû trouver la forme de charrue qui y convient le mieux. Benoft. Pour la trouver, il aurait fallu la cher- cher; si tout le monde a toujours fait comme vous, c’est-à-dire, refusé d’essayer aucun changement, 39. 460 LES SECRETS vous conviendrez que ce n’était pas le moyen d’ar- river à ce qu’il y a de mieux. Votre charrue a un défaut capital, qui double et triple souvent le nombre des bêtes qu’il est néces- saire d’y atteler. Ce défaut, c’est qu’elle a un avant-train, c’est-à-dire, des rouelles. Le cousin. Comment serait-il possible que l’a- vant-train pût augmenter à ce point la résistance de la charrue? Il me semble, au contraire, qu’il de- vrâit la diminuer. D'ailleurs, il doit être bien dif- ficile, avec une charrue sans avant-train; de faire un labour régulier et d’une profondeur bien égale. Benoît. Je ne suis pas mécanicien, je ne pour- rais pas vous dire d’une manière bien précise pour- quoi l’avant-train augmente le tirage d’une char- rues; mais ce que j'ai vu dans les pays que j’ai par- courus, ne me laisse pas le moindre doute à ce sujet. J'ai vu beaucoup de cantons où on n’emploie pas d’autres charrues que des charrues sans avant- train: là, on laboure toujours avec deux bêtes, même dans les terres les plus fortes; il est vrai que; dans ce dérnier cas, il faut que les chevaux de forte taille, si on veut faire un labour nd. Dans les terres légères, un seul soient un peu profo cheval, où souvent même une vache, comme je l'ai vu faire quelquefois en Flandre, suffit pour donner.un labour de trois ou quatre pouces de pro- fondeur. DE J.-N. BENOIT. 4Gr Dans d’autres pays, comme ici, on n’a pas même l’idée qu’une charrue puisse marcher sans avant- train; on regarde les roues comme aussi néces- saires à une charrue qu’à une charrette. Dans ces pays-là, les charrues sont constamment attelées de quatre, six ou huit chevaux, dans les terres qui ne sont pas plus fortes que celles qu’on laboure ail- leurs avec deux chevaux attelés à une charrue sans avant-train. J’ai bien vu, il est vrai, des cantons en très-petit nombre, où on laboure souvent avec une charrue à avant-train attelée de deux chevaux; mais c’est dans des terres tellement légères, qu’une vache les labourerait avec une bonne charrue sans avant-train. L'observation de tous ces faits m’a convaincu depuis long-temps qu’il y a dans l’avant-train une cause qui rend le labourage plus difficile. J'ai manié d’ailleurs pendant quarante ans des charrues de toutes les espèces, et dans des terres de toutes les natures; l'expérience m’a convaincu de l’augmen- tatio de force de tirage qui est occasionnée par l’avant-train, de manière que je regarde ce fait comme aussi bien démontré que quelque vérité que ce soit. Le cousin. Cela me parait fort singulier. Cela fe- rait une grande économie pour nous, si nous pou- vions faire, avec deux chevaux, l'ouvrage que nous faisons avec six, 462 LES SECRETS Benoïft. L'économie vous paraîtrait bien plus considérable encore, si vous étiez habitué à calcu- ler exactement la dépense que vous occasionnent vos chevaux. Je vous ai dit tout-à-l’heure que vous n’avez pas un cheval dont l'entretien ne vous coûte par an environ trois cent cinquante francs. Si; Sur vos dix chevaux, vous pouviez seulement en sup- primer quatre, ce serait une économie de quatorze cents francs; c’est plus du double de ce que vous tirez annuellement de profit net de vos terres. Le cousin. Cela est bien vrai; il faudra que j’en parle à ma femme: si elle y consent, j'aurai recours à votre complaisance, pour vous prier de me faire venir une charrue sans avant-train. Benoît. Je le ferais bien volontiers; mais puisque vous me parlez de le demander à votre femme, la charrue sera encore long-temps avant de venir. Le cousin. I] me paraît que vous la connaissez bien; c’est une bien brave femme; mais il est sûr qu’il est difficile de faire entrer dans sa tête des idées nouvelles. Elle m’a souvent bien chicané, lorsque j'ai voulu suivre quelques-uns de vos con- seils; mais, patience, je crois que nous serons bientôt les plus forts: mon ainé devient grand, il va avoir dix-huit ans; il a beaucoup de confiance en vous, et il prend toujours mon parti, lorsque je veux engager sa mère à faire quelque essai d’après vos conseils. DE J.-N. BENOIT. 463 Benoft. Puisque c’est sur Jean-Jean qu’il fautque nous comptions pour cela, je vais faire venir une charrue sans avant-train et une houe à cheval 5 c’est un cadeau que je veux lui faire pour ses étrennes. Le cousin. Oh! pour le coup, je crois que sa mère ne serait pas bien venue à vouloir l’empêcher de manier ces instrumens. Je vous réponds qu'il va être aussi fier en les conduisant, qu’un colonel à la tête de son régiment. DÉPENSE DES ATTELAGES. Je voudrais bien que cela pût nous permettre de diminuer le nombre de nos chevaux; car, quoique je n’en aie pas calculé exactement la dépense, je sens bien comme vous que ce sont eux qui nous ruinent, Si je vendais, tous les ans, le foin de mes vingt-cinq fauchées de pré, j'en tirerais presque toujours plus d'argent que je n’en tire de mes terres, et cependant presque tout ce foin mest nécessaire pour nourrir les chevaux qui cultivent ces terres; de softe que les terres ne rapportent vraiment rien; elles ne sont que le canal par où passe le produit des prés avant d’entrer dans la poche, et encore bien souvent leur produit est diminué en passant par ce canal. C’est une réflexion que j’ai-bien souvent faite en moi-même; mais je n'ose pas my arrêter, car il en résulterait qu’il y aurait vraiment plus de pro- ft à abandonner la culture des terres. 464 LES SECRETS Au reste, je ne suis pas Le seul qui soit dans ce cas; On pourrait en dire presque autant de toutes les fermes de ce pays: Vous connaissez la belle ferme de M. P... à B....: son fermier exploite dix mille jours de terre et quatre cents fauchées de prés; il rend dix mille francs de canon; il nya pas d’année qu’il ne récolte du foin, au prix cou- rant, pour dix ou douze mille francs: il y a des années où on pourrait en tirer vingt ou vingt-cinq mille francs, si on le vendait tout; mais le fermier est obligé d’entretenir soixante chevaux pour la culture de ses terres, avec une trentaine de va- ches, cela consomme presque tout son foin, etila souvent bien de la peine à payer son canon, quoi- que ce soit un bon cultivateur; et qui travaille comme un esclave, Cette fermé-là a une plus grande proportion de prés, par rapport aux terres, que beaucoup d’au- tres; mais, en général, il n’y a guère de ferme dans le département, où la valeur du foin qu’on récolte sur les prés, ne monte à-peu-près aussi haut que le loyer total des terres et des prés. Dites-moi donc quel profit rapportent les terres? Benoft. Je suis fort aise que vous ayez fait vous- ’, er même cette réflexion; c’est une remarque que j'ai faite aussi, lorsque je suis revenu dans ce pays-ci, 0. A 1 A et qui m'aurait frappé d’étonnement, de même que vous, si je n’avais pas vu la même chose dans bien DE J.-N. BENOIT. 465 d’autres pays. En général, il en est à-peu-près de même dans tous les cantons mal cultivés. Vous sentez bien qu’un tel état de choses accuse un vice capital dans la culture des terres; car si cette cul- ture ne rapporte pas de profit, elle est mauvaise par gela même. Au reste, je suis bien éloigné de dire, comme vous, qu’il faut écarter cette idée. Lorsqu'on reconnait un mal semblable, il faut au contraire s’yarrèter, l’approfondir, en chercher les causes, et tâcher d'y découvrir un remède. Une des principales causes de ce mal, c’est, comme vou$ venez de le dire, le grand nombre de chevaux que vous entretenez pour la culture des terres; c’est là le chancre qui ronge la fortune de tous vos culti- vateurs; tout passe à l’entretien des chevaux, et au bout de l'année, il ne reste plus de profit. C’est cela que je voulais vous faire sentir, lorsque je vous faisais voir tout-à-l’heure combien sont con- sidérables les frais d’entretien de chaque cheval. L’étendue de prés dont vos attelages consomment la récolte, doit vous faire juger si mon évaluation était exagérée, lorsque j’en portais l’entretien à trois cent cinquante francs par tête. I faut distinguer le bétail en deux espèces: bétail de rente et bétail de travail; plus on entretient de bétail de la première espèce dans une exploitation, plus on en tire de profit. Au contraire, tout ce qu’on entretient de bêtes de travail, de plus qu’il 466 LES SECRETS m'est nécessaire pour exécuter les ouvrages conve- nables, est une perte nelle, parce que c’est autant de bétail de rente qu’on peut entretenir de moins. Prenons pour exemple le fermier de B...,. dont vous me parliez tout-à-l’heure, et dont j'ai ob- servé l'exploitation dans tous ses détails: il entre- tient soixante chevaux et trente vaches; donnez à cet homme des charrues qui n’exigent que le tirage de deux chevaux au lieu de six, le voilà qui, avec trente chevaux, se trouvera mieux attelé qu'il ne l’est aujourd’hui avec soixante. Mais l’économie de trente chevaux n’est pas une bagatelle; il faut y joindre celle de quatre ou cinq garçons, puis- qu’un seul homme suffit toujours pour conduire une charrue attelée de deux chevaux. Calculez cette économie, et vous conviendrez que ce peut être à la bonne ou mauvaise construction seule de sa charrue, que tient la richesse ou la pauvreté d’un cultivateur. Il y à encore une autre cause qui augmente la dé- pense de vos attelages presque autant que la mau- vaise construction de vos charrues, c’est l’usage où vous êtes de nourrir vos chevaux pendant tout l'été à la pâture. NOURRITURE DES CHEVAUX À LA PATURE. Le cousin. La pâture! mais nous regardons bien cela comme la plus grande économie que nous puis- Dr DE J.-N. BENOIT. 467 sions faire: où en serions-nous s’il nous fallait nourrir, tout l'été, nos chevaux à l’écurie? C’est bien alors qu’ils nous ruineraient tout-à-fait, Benoît. Vous croyez donc que la pâture ne coûle rien? Nous allons un peu compter ensemble, et vous gerrez si cet usage est aussi économique qu’il est commode pour les paresseux. Continuons de prendre pour exemple le fermier de B....: au printemps, il commence par aban- donner à ses chevaux quarante fauchées de prés environ, cela le mène jusqu’à la fenaison; alors il a les prés: après la première coupe, ensuite les éteules après la moisson; et enfin, on leur aban- donne deux cents fauchées au moins des meilleurs prés, qu’on a tenus en réserve pour y laisser croître un beau regain: voilà ses soixante chevaux nourris jusque dans le mois de novembre. Comp- tons maintenant ce que lui a coûté cette nourriture. Pendant le temps que les chevaux vont en pâture, ils ne peuvent faire, par jour, qu’une attelée au lieu de deux, parce qu’il leur faut bien plus de temps pour se nourrir aux champs, que lorsqu'ils man- gent au râtelier. D'ailleurs, la fatigue qu’ils se don- nent en allant chercher leur nourriture, est autant de diminué sur le travail qu’ils peuvent faire. L’at- telée qu’on leur fait faire est, il est vrai, un peu plus longue que lorsqu'ils doivent en faire une se- conde; mais on ne peut estimer à moins d’un tiers 468 LES SECRETS la diminution du travail des chevaux, lorsqu'ils vont en pâture. N Le cousin. Je compte comme cela aussi; quand nos chevaux vont en pâture, on ne les attèle que six ou sept heures par jour, au lieu de dix; ils font environ les deux tiers d'ouvrage d’une journée complète. Benoît. S'il y a un tiers de diminution sur l’ou- vrage, il faut donc entretenir un plus grand nombre de chevaux pour faire le même travail, d'autant plus que cette diminution a lieu pendant toute la belle saison, qui est celle des plus forts ouvrages. Le fermier dont nous parlons cultive avec six char- rues, il est donc clair qu’il ne lui en faudrait que quatre pour faire autant d'ouvrage, si ses chevaux n’allaient pas en pâture. Il en est de même de tous ses autres travaux; de sorte que s’il nourrissait à l’écurie, il économiserait l’entretien de vingt che- vaux pendant toute l’année; car les chevaux qu'il est forcé d’entretenir de trop pendant l'été, il faut bien les nourrir pendant l’hiver. D'un autre côté, les chevaux, lorsqu'ils vont en pèture, ne font presque pas de fumier, car ils ne séjournent presque pas à l'écurie; et cependant le fumier est, après le travail, le seul profit qu’on tire des chevaux. Voici donc, en récapitulation, ce que coûte à ce fermier la nourriture de ses chevaux en pâture: DE J.-N. BENOIT. 169 1°. les frais d’entretien de vingt chevaux de trop pendant toute l’année; 20. la moitié de tout son fumier qui est perdue; 30. tout le regain qu’il pour- rait faire sur ses meilleurs prés; 4°. le produit des quarante fauchées de prés qu’il fait pâturer au prin- temps. Calculez bien la valeur de tout cela; et si vous#avez ce que vaut le fumier, vous conviendrez que cette nourriture à la pâture lui coûte de dix à douze mille francs. Mais s’il voulait nourrir ses chevaux à l'écurie, voyons ce qu’il lui en coûterait: quarante chevaux suffiraient alors pour faire tout son ouvrage, parce que n’allant pas en pâture, ils emploieraient tout leur temps au travail; quarante ou cinquante jours de terre semés en lüzerne, en trefle, en vesces, etc., seraient suffisans pour les nourrir depuis le mois de mai jusqu’à l’entrée de l'hiver, beaucoup mieux qu'ils ne peuvent l'être à la pâture. Ces terres, avec les frais de culture qu’elles exigeraient, seraient amplement compensées par la récolte des quarante fauchées de prés, qui ne seraient plus nécessaires pour le pâturage du printemps; tout le reste des frais et pertes qu’entraine la pâture, serait en pur bénéfice: il faucherait son regain, il épargnerait la nourriture d’hiver de vingt chevaux, et il ferait bien plus de fumier avec quarante, qu’il n’en faisait avec soixante. En supposant même qu’il y eût chez lui des pà- LES SECRETS turages communaux, comme il y en a dans beau- coup de villages, cela changerait peu dé chose à l’état de la question. La nourriture des bêtes de travail au pâturage présente de si graves incon- véniens, que ce serait encore le moyen le moins économique de les entretenir, quand même on pourrait se procurer pour rien de bons pâturages pendant toute la saison; mais vous savez, aussi bien que moi, ce que c’est que la pâture des communaux, ainsi que la vaine pâture des prés et des terres; la plus grande partie du temps, c’est un moyen d’em- pêcher les bêtes de mourir de faim, plutôt qu’un moyen de les nourrir. Il faut très-souvent que les cultivateurs un peu soigneux donnent à leurs bêtes un supplément de nourriture au râtelier; sans cela, elles ne seraient pas en état de leur rendre un ser- vice passable. Alors tout est perte; car, en éprou- vant les inconvéniens qu’entraîne la pâture, il faut encore entamer pendant l'été la provision de l'hiver, ou se décider à voir dépérir ses bêtes. Nourrir les bêtes de travail pendant tout l’été en vert au râtelier, avec des fourrages cultivés exprès pour cela, c’est là la méthode que j’ai vu pratiquer dans tous les pays où la culture est portée à quelque degré de perfection. Là, on trouve beau- coup de béfail de rente et des attelages peu nom- breux; là aussi, on trouve de belles récoltes, et par conséquent l’aisance parmi les habitans de la cam- DE J.-N. BENOÏT. 47i pagne, parce qu’on y fait beaucoup de fumier. Dans tous les pays de vaine pâture; jai vu au contraire un nombre excessif de bêtes d’attelage, qui ruinent ceux qui les entretiennent; du bétail chétif, des récoltes plus chétives encore, et la misère chez les cultivateurs, quoiqu’ils exploitent souvént des terres de bien meilleure qualité que les premiers. Je vous ai fait voir tout-à-l’heure que le fermier de B.... pourrait diminuer d’un tiers le nombre de ses chevaux, en les nourrissant à l'écurie, au lieu de les envoyer en pâture; remarquez que c’est en supposant qu’il continuerait à se servir de sa char- rue, qui exige six chevaux. Mais si, en renonçant à la vaine pâture, il voulait encore renoncer à sa charrue, pour en prendre une qui püût travailler avec deux chevaux, il est certain qu’avec vingt ou vingt-cinq bètes au plus, son attelage serait bien plus fort qu'il ne l’est maintenant avec soixante. Jugez quelle différence apporterait dans le produit de sa ferme l’économie de l'entretien de trente- cinq chevaux et de six garçons au moins! Lorsque je vous parlais de l’augmentation de pro- duits qu’on peut obtenir de la terre, en adoptant un assolement plus convenable, et en supprimant les versaines, je vous disais que céla ne pouvait se faire qu’en augmentant le capital destiné à l’exploi- tation; mais ici l’économie qu’on peut faire 3 par la 472 LES SECRETS diminution du nombre des bêtes de travail, n’exige aucune avance; elle est toute, au contraire, en di- minution de dépense. Vous avez dix chevaux; il ne s'agirait que d’en changer cinq ou.six contre des vaches, qui ne sont pas aussi chères que les che- vaux; de semer quelques jours de luzerne, de trèfle ou de vesces pour faucher en vert; d’avoir, au lieu d’une grosse charrue à avant-train, une charrue simple, légère, qui ne vous coûterait pas davan- tage, et qui serait sujette à bien moins de répara- tions. Iln’ya rien dans tout cela que vous ne puis- siez faire dès l’année prochaine, si vous le vouliez; et cela seul triplerait le revenu net de votre exploi- tation. Si vous ajoutiez à cela l'augmentation de produits qu’on peut obtenir des terres par un meil- leur assolement et en supprimant les versaines, vous ne vous étonnerez plus qu’il y ait des pays où on tire un profit dix fois plus considérable que vous ne le faites, de terres qui ne valent pas les vôtres. C’est en pratiquant ces principes, que j'ai fait ma petite fortune; ils sont applicables à la culture de ce pays-ci, tout aussi bien qu’à celle du pays que jhabitais. Le cousin. Je sens qu’il y a matière à beaucoup de réflexions dans tout cela; mais aussi il est bien mode de lâcher ses bêtes aux champs; et de ne com plus s’embarrasser de leur nourriture. Au lieu de la. il faudrait faucher du fourrage tous les jours, ) ce DE J.-N. BENOIT. 475 l’amener, Le distribuer aux bêtes, nettoyer l’écu- rie trois fois plus souvent, sans compter les soins qu’il faudrait se donner d’avance, pour faire venir ces fourrages. Benoft. Ah! vous y êtes: voilà les véritables causes qui entretiennent ce détestable usage. Mais aus, je ne parle que pour l’homme laborieux, actif, qui ne craint pas de se donner des soins; quant au paresseux, il peut faire comme il voudra: la vaine pâture et la misère, voilà son lot, qu’il le garde. Au reste, remarquez que s’il y a ici augmen- tation de soins, il n’y a pas d'augmentation de dé- penses. Le garcon qui garde vos chevaux aux champs pendant douze ou quinze heures tous les jours, suffira pour faire tous ces ouvrages; seule- ment il s’habituera au travail, au lieu de fréquen- ter l’école de la fainéantise. Quant au travail d’une heure d’un cheval, qui sera nécessaire pour ame- ner la nourriture de douze ou quinze bêtes, c’est un objet de trop peu de valeur pour entreen con- sidération.‘Frès-souvent ce sera une promenade pour n cheval convalescent, ou une jument qui a fait poulain, qui, sans cela, ne serait pas sortie de Pécurie. Le cousin. Si vous condamnez la pâture pour les bètes de travail, il n’en est pas sans doute de même des vaches; pour celles-là, on n’a pas à craindre de,perdre leur temps ou leur travail. 40 LES SECRETS 474 NOURRITURE DES VACHES A LA PATURE. Benoît. La vaine pâture pour les vaches est tout aussi ruineuse que pour les chevaux. Que deman- dez-vous à vos vaches? Du lait et du fumier: eh bien! il y a autant à perdre sur leur lait en les envoyant en päture, que sur le travail de vos chevaux. Si vous aviez entretenu des vaches en les nourrissant, tout l’éié, aurâtelier avec de la luzerne, un mélange d'avoine et de trèfle, ou d’avoine et de vesces, etc., vous sauriez qu’une vache ainsi nourrie donne plus de-lait que deux qui sont en- tretenues à la vaine pâture, ou dans des pâtis com- munaux. La perte sur le fumier estau moins aussi considérable; et aux yeux d’un véritable cultiva- teur, c’est là, peut-être, la perte la plus funeste, parce qu’elle gréle d'avance toutes vos récoltes des années suivantes. D'ailleurs, lorsque vous voulez vous défaire d’une bête trop vieille ou mauvaise laitière, vous en trou- vez toujours un bon prix, si elle est en bon état; mais lorsqu’elle:est maigre, il faut presque la don- ner, Lorsque je parle de vaches en bon état, je n’entends pas parler de bêtes qui ne sont pas tout- à-fait étiques, comme on le comprend ordinaire- ment dans les pays où elles sont nourries, l'été, à la vaine pâture, et l’hiver à la paille, je veux parler de bêtes demi-grasses, et propres à entrer à la a 7 DE J.-N. BENOIT. boucherie, sans faire honte au boucher qui les tue. C’est dans cet état qu’on doit entretenir constam- ment les vaches, si on veut en tirer tout ce qu’elles peuvent rendre, tant en lait qu’en fumier. Non seulement vous aurez alors le double au moins de lait et de fumier, mais ce fumier sera d’une bien autre qualité; vous devez sayoir la différence qu’il y a entre le fumier produit par des bêtes grasses, ou par des bêtes maigres: une voiture du premier, vaut mieux qu’une voiture et demie du second, Au moyen de la nourriture en vert au râtelier, il n’y a rien de plus facile que d'entretenir eonstamment vos vaches dans cet état. Mais, pour vous procurer ces avantages, que vous faut-il? De même que pour vos chevaux, un peu plus de peine et de soins, et par chaque tête de bétail, environ un jour de terre semé en prai- ries artificielles. Calculez bien, et vous verrez que de toutes les terres de votre exploitation, äl n’en est point qui vous produise autant de profit que celles que vous consacrerez à cela. Touie monde est disposé à convenir que la vaine pâture est Le fléau de la calture des terres, parce qu’elle est la source d’une foule de dégâts, qui em- pèchent chaque propriétaire de cultiver sur ses champs les récoltes qui lui présenteraient le plus d'avantages; mais il faut qu’on sache aussi qu’elle n’est d'aucune utilité pour les bestiaux, et qu’on LES SECRETS peut les entretenir d’une manière bien plus profi- table et plus économique. Le cousin. Ce que vous me dites là me rappelle un fait auquel j'avais fait peu d’attention dans le le temps. Un oncle de ma femme, qui habite la commune de S......., à douze lieues d'ici, et qui a passé quelques jours chez nous, l’hiver dernier, me racontait que, dans son village, il n’était plus question de vaine pâture depuis dix ans. D’après le conseil du maire de la commune, dans lequel les habitans ont beaucoup de confiance, ils se sont décidés à renvoyer leur pâtre, et chacun nourrit ses bestiaux à l’écurie, avec du trèfle vert, du sain- foin, de la luzerne, etc.; il disait qu’ils s’en trou- vent fort bien. Ce qui m’a le plus étonné, c’est qu’il assure que les habitans les plus pauvres sont eux- mêmes fort satisfaits aujourd’hui de cet arrange- ment, quoique, dans le commencement, ils en eussent témoigné beaucoup de mécontentement. Celui qui n’a que deux ou trois jours de terre, les cultive, en pleine campagne, comme s'ils étaient dans un enclos, parce qu’il ne craint pas les dé- gâts des bestiaux; il les ensemence tous les ans; il y cultive non-seulement des fourrages pour sa vache, maïs des légumes de toute espèce, de sorte qu’ils en vendent beaucoup aux villages voisins. Celui qui n’a pas de terre du tout, en loue quel- ques jours près des cultivateurs pour lesquels il DE J.-N. BENOIT. 477 travaille; on les lui loue à bon compte et avec plaisir, parce qu'il les amende fortement et les cul- tive avec soin, de sorte qu’au bout de quelques anrites ces terres se trouvent fortement améliorées. 11 me disait que les pauvres trouvent que la vache qu’ils nourrissent ainsi, leur fait bien plus de profit que lorsqu'ils l’envoyaient à la pâture. Selon lui, le nombre des bestiaux est considérablement aug- menté dans la commune, depuis qu’on suit cette méthode, et la race paraît totalement changée. Les vaches, quiauparavant étaient fort chétives, comme dans tous les environs, sont aujourd’hui, dit-il, presque aussi fortes que des vaches de Suisse, etles chevaux de même. Il prétendait que tout cela avait considérablement enrichi la commune. Benoft. Cela ne m’étonne pas du tout; il en est absolument de même dans tous les cantons où on a adopté cette méthode. Le cousin. Comment est-il possible que des vaches se portent bien, étant renfermées, toute l’année, dans l’étable? Béñoft. Ce que j’ai vu dans une grande partie de la Belgique et dans bien d’autres pays, prouve que, sans sortir de l’étable, les vaches peuvent très-bien se porter. Souvent, dans ces pays-là, elles ne sor- tent pas même pour boire; car on leur apporte leur boisson dans l’étable. Elles ne passent guère la porte qu’une fois par an, pour aller au taureau; malgré 478 LES SECRETS cela, elles se portent très-bien. Il est vrai que les étables sont vastes et bien aérées: sans cela, les bêtes seraient bientôt malades, Cependant, je suis convaincu qu’un peu d’exer- cice leur est utile; aussi, au lieu de faire boire mes vaches à la fontaine du village, qui était à ma porte, je Les envoyais deux fois par jour à un ruisseau qui était à la distance d'environ un demi On pourra récolter, sur tout le reste du territoire de la commune, de quoi leur fournir en fourrages artificiels> en racines, etc., une nourriture aussi saine qu’abondante, La vaine pâture, qui fournit aux moutons une chétive nourriture pendant l’été, les condamne à une nourriture aussi misérable pendant l’hiver, parce qu’elle empêche la culture des récoltes qui leur procureraient une provision abondante pour cette saison; de sorte que, par-tout où les bêtes à laine sont ainsi entretenues, elles ne peuvent exis- ter qu’en petit nombre et mal nourries. Sans la vaine pâlure, au contraire, on n’éprouve aucune difficulté pour leur procurer une nourriture d’hiver aussi abondante qu’on le veut, en fourrages secs, en racines, etc.; et même, pour l'été, on peut fa- cilement cultiver des récoltes qui forment un sup- plément à la pâture, dans Le cas où les terrains qu’on peut y consacrer, ne seraient pas suffisans pour nourrir les bêtes. En effet, s’il est vrai qu’on ne pourrait élever des bêtes à laine sans Les faire sortir de la bergerie, il est certain que, lorsqu’elles ont pris une partie de leur nourriture dans un pâturage, où elles ont pu DE J.-N. BENOIT. 489 prendre l’exercice qui est nécessaire à leur santé, rien n’empêche qu’on leur donne le surplus, soit à la bergerie, soit dans des parcs mobiles, établis à portée des terres sur lesquelles on récolte cette nourriture. Il y a certaines plantes, comme le trèfle et.la luzerne, qu’on ne pourrait donner en vert de cette manière qu’avec beaucoup de précaution, à cause des dangers de l’enflure; avec des soins, on peut cependant les leur faire manger aussi bien qu’aux vaches, pour lesquelles elles ont le même danger. Je l’ai vu pratiquer, sans qu’il en résultât aucun inconvénient. D'ailleurs, il ya tant de plantes avec lesquelles on ne courrait pas ce risque, et qu’on pourrait cultiver pour cet usage! Le plus grand inconvénient de cette manière de nourrir les moutons, ce sont les frais qu’entraînent le fauchage et le transport des récoltes vertes, lors- qu’on ne peut pas Les faire consommer dans le champ même; ce qui, au reste, est presque toujours facile. Mais si on compare cette dépense aux avantages qui résulteraient de cette méthode, non-seulement pour l'amélioration de la culture des terres, mais aussi pour le profit qu’on peut retirer des bêtes à laine, on verra qu’il n’y a pas à hésiter un instant. Tel propriétaire, qui possède quelques grandes pièces de terres propres à être converties en prai- ries artificielles destinées à être pâturées, qui en- tretient misérablement aujourd’hui, par la vaine 490 LES SECRETS pâture, trois ou quatre cents bêtes à laine, peut, par cette méthode, en nourrir quatre fois plus; et chaque bête lui donnera un produit bien plus con- sidérable, parce qu’il en est des moutons comme de toute autre espèce de bétail: leur produit est en proportion de la nourriture qu’ils reçoivent. D’ailleurs, il pourra, par ce moyen, entretenir des bêtes à laine fine, qui donnent bien plus de profit que les races communes, et qui peuvent bien difficilement se nourrir à la vaine pâture. Enfin Paugmentation de produits qu’il pourra tirer de toutes ses terres, par l’effet d’une meilleure culture, qu’il peut introduire, à la suite de la suppression de la vaine pâture, sera vingt fois plus considérable que la dépense qu’entrainera cette méthode, pour la nourriture de ses troupeaux. Il est bien certain que, par ce moyen, on pour- rait produire, en France; une quantité de laine in- finiment plus considérable que celle qu’on produit aujourd’hui. Quant aux communes qui ne possèdent pas de pâturages, où toutes les terres sont divisées en très-petites portions; où les fermes ne présen- tent pas de pièces assez étendues pour pouvoir les consacrer à la pâture des bêtes à laine, ce n’est pas là qu’il faut en élever; car là, on ne pourrait le faire que par le moyen de la vaine pâture, et par- tout où un troupeau de moutons est entretenu par ce moyen, il y est plus funeste que la grêle, ou un DE J.-N. BENOIT. 491 régiment de cosaques; chaque livre de laine qu’on tond sur le dos de ces moutons, coûte cent francs à la commune qui les entretient; l’anéantissement des produits de cent jours de terre, la misère de vingt familles, voilà le prix de chaque pièce de drép qu’on fabrique avec cette laine. La conversation en était là, lorsque le cousin s’aperçut que la nuit s’approchait; il partit, en disant qu’il allait être bien grondé de sa femme, pour être rentré si tard. Quant à moi, je me retirai chez moi pour trans- crire cette conversation, pendant qu’elle était en- core bien présente à ma mémoire. Si j’y ai changé quelques mots, je suis bien sûr at moins d’en avoir scrupuleusement conservé le sens. Avant de la pu- blier, je V’ai fait voir à Benoît, qui m'a indiqué quelques changemens à y faire. Il était d’abord fort mécontent de l’idée que j'avais eue de la faire im- primer; je lui ai fait comprendre cependant que cela pourrait être utile, en répandant la connais- sance des procédés de culture qui lui avaient si bien réussi. Il a exigé, toutefois, que je ne fisse pas connaître le nom de la commune qu’il habite, craignant que cela ne lui attirât des visites, qui l’auraient gêné dans la retraite qui est conforme à ses goûts. C’est par ce motif, que je ne mets pas le lecteur à portée de faire une connaïsssance plus particulière avec ce brave homme. PRIX COURANS PRIX COURANS DES INSTRUMENS QUI SE CONSTRUISENT A A L'ÉTABLISSEMENT AGRICOLE DE ROVILLE. La charrue simple, avec versoir en fonte.. La même, avec versoir en bois....: 42 La charrue à deux versoirs mobiles en bois, pour butter les pommes de terre, et tirer les raies d'écoulement..... 65 4 Le traîneau pour conduire les charrues AURICRAMPE ee AS ie- 6 A L’extirpateur à cinq pieds en fer S'en Le même, à trois pieds...+.… 65 Le rayonneur à neuf pieds en bois... 68 La houe à cheval, s’ouvrant et se fermant à volonté, faisant aussi fonction de Hersettrianeulaire.. 20-100 Ce 65 Tous les instrumens sont construits très-solide- ment et peints à l’huile. Les travaux de la fabrique ont été tellement pressés jusqu'ici, par les demandes nombreuses d’instrumens, et sur-tout de charrues, qu’on n’a pu s’occuper encore de faire couler en fonte les versoirs de la charrue à butter. DES INSTRUMENS. 493 Il a été impossible aussi au directeur de l’établis- sement de se livrer, jusqu'ici, à des expériences suivies, sur l'emploi des semoirs, de sorte que la construction de ces instrumens dans la fabrique, éprouvera encore quelques retards. Les personnes qui désireraient des semoirs, voudront bien se rappeler que l’instrument destiné à semer des raves, colza et autres graines fines, est d’une construction tout-à-fait différente du semoir destiné aux cé- réales, pois, fèves, etc. Je présume que le premier de cesinstrumens coûtera trente à quarante francs, et le second de quarante-cinq à cinquante-cinq francs. IL n’est question ici que de semoirs à brouettes, destinés à semer une seule ligne à-la-fois, et à être conduits par un seul homme. Les demandes doivent être adréssées à M. de Dombasle, directeur de l'Établissement agricole, à Roville, par Nancy. On est prié d’affranchir les lettres. Îl n’est pas nécessaire d’envoyer le prix des instrumens; on le fera suivre en remboursement au voiturier. Les expéditions seront faites, sans aucune con- sidération, dans l’ordre de l’inscription des de- mandes. Rovyille, le 10 juilet 1824. A EXTRAIT DU CATALOGUE DES LIVRES SUR L'ART VÉTÉRINAIRE L'AGRICULTURE, L'ÉCONOMIE RURALE ET DO- MESTIQUE, LA BOTANIQUE, L’HISTOIRE NATU- RELLE, etc. ARR LA EUR composantla librairiede Mme. Huzaro(née Varrar LA CxapreLte), rue de PEperon, n°. 7. ANNALES agricoles de Roville ou Mélanges d'agriculture, d'économie rurale et de législation agricole; par C.-J.-4. Mathieu de Dombasle. 1'°. livraison. Paris, 1824, in-80., fig. 6 fr. ety fr. 50 cent. DESCRIPTION des nouveaux instrumens d'agriculture les plusutiles; par 4. Thaër. Trad. de l'allemand par C.-T.-4. Mathieu de Dombasle; avec 26 pl. gravées par Leblanc. aris, 1821, in-4. MST OIC CL IOr. INSTRUCTION théorique et pratique sur la fabrication des eaux-de-vie de grains et de pommes de terre; par M. Mathieu de Dombasle. Paris, 1820, in-8., fig. 2f.et 2f,35c. ANNALES de l’agriculture française, contenant des ob- servations et des mémoires sur toutes les parties de l’agri- culture, rédigées par MM. Tessier et Bose, 2°. série (1818 à 1823), 24 volumes in-8°. 120 fr. 11 paraît un cahier de neuf feuilles par mois. La souscription pour l’année est de 25 f. franc de port, et pour létranger 30 f. La PREMIÈRE SÉRIE, composée de vo v. iu-8.(an IV à 1817), avec fig. et tableaux. 300 f. Les années séparées se vendent chacune 20 et 25 f. APERÇU général des forêts; par Ch. d’Ourches(conte- nant l'aménagement et l'exploitation des bois et forêts, avec une technologie forestière). Paris, 1805, 2 vol. in-8. ornés de 39 planches. 12 fr. et 15 fr. franc de port. ART de faire le vin et de distiller les eaux-de-vie; par A. B***, Paris, 1820, in-8., fig. 2 fr.et2fr. 50 c. ART de faire Le vin; par Fabbroni, ouvrage couronné par V'Académie royale de Florence. Trad. de lital. par Baud. Paris, 1801, in-8. 31r. et 4fr. ART de multiplier les grains, ou Tableau des expériences qui ont eu pour objet d'améliorer la culture des plantes céréales, d’en choïsir les espèces et d’en augmenter le produit; par M. François de Neufchâteau. Paris, 1809, 2 vol. in-12.; 6 fr. et 8 fr. CHIMIE APPLIQUÉE A L'AGRICULTURE; par M. le comte Chaptal, pair de France, membre de l’Institut, etc. Paris, 1823, 2 vol. in-8. 12 fr. et 19fr. ESSAI sur les engrais et les autres substances dont on fait usage en Italie pour améliorer les terres, et sur la ma- nière de les employer; par Philippe Ré;#txad. de Pital. par M. Dupont. P.,1813, in-8., fig. 3f.5oc. et4f.25 c. ESQUISSE de nosographie vétérinaire; par J.-B. Huzard fils, 2°. édition. Paris, 1820, in-8.( Cet ouvrage est un abrégé de médecine vétérinaire.) 5f.et6f.25c. EXTRAIT de l'instruction pour les bergers et les pro- priétaires de troupeaux, ou Gatéchisme des bergers, par Daubenton. 5e. édition, augmentée d’une 15°. leçon sur les mérinos, d'une planche indiquant l’âge des bêtes à laine, et de notes par J.-B. Huzard fils. Paris, 1822, in-12. 1{. 50 cret2f. GUIDE(le) des propriétaires et jardiniers, pour le choix, la plantation et la culture des arbres, ou Précis de toutes les connaissances nécessaires pour planter et tailler les arbres fruitiers et autres, etc.; par$. Beaunier. Paris, 1821, in-8. 3 f. 5oïc. et 4 f. 25 c. INSTRUCTION pour les bergers et pour les propriétaires de troupeaux, avec d’autres ouvrages sur les moutons et surles laines; par Daubenton, avec notes par J.-B. Hu zard. 5e. édition. Paris, 1820, in-8., avec 25 pl. 7f. etof. INSTRUCTION sur la manière de conduire et gouverner les vaches laitières; par Chabertet Huzard. 3°.édit., aug. Paris, 1807, in-8. 1 f. 25 c. et a f. 50 c. INSTRUCTION sur les soins à donner aux chevaux pour les conserver en santé sur les routes, etc., et remédier aux accidens qui pourraient leur arriver; par J.-B. Hu- zard. Nouv. édit.,aug.P.,18:17,in-8. 1f.5oc.etrf.75c. INSTRUCTIONS et observations sur les maladies des animaux domestiques avec les moyens de les guérir, de les conserver en santé, de les multiplier, de les élever avec avantage, etc.; on y a joint l'analyse des ouvrages anciens et modernes écrits sur cette science; par Chabert, Flandrin et Huzard. Paris, 6 v. in-8., fig. og te Chaque volume se vend séparément#£. 50 c.et6 f MANUEL de la fille de basse-cour, nouv. édit. aug., in-12. rf, 25 c. et1 f. 50 c. MEMOIRE. eur l'éducation des mérinos, comparée à celle des autres races de bêtes à laine, dans les diverses situa- tions pastorales et agricoles; par M. de Gasparin. Paris, 1823, in-8. 25f.60tc..et 3,f MEMOIRES sur l'éducation, les maladies, l’engrais et l'emploi du porc; par Ærik Viborg et Young, in-8., fig. 4f.et5f. MONITEUR(le) rural, ou Traité élémentaire de l’agri- Culture en France; par Deschartres, Paris, 1811, in-8, avec tableaux. Gf.etyf. 75c- POMMIER(du), du poirier et du cormier, considérés dans leur histoire, leur physiologie; et.les divers nsages de leurs fruits, de leurs cidres, de leurs eaux-de-vie, etc., par L. Duboïs.P.,1814,2 v.in-12, fig. 3f. 5oc. et 4 f. 75 c. RAPPORT sur l'emploi du plâtre en agriculture, fait au Conseil royal d'agriculture, séance du 2e avril 1822; par M. Bosc, l’un de sesmembres. P., 1823, in-8. 2f.5oet3f, THÉATRE d'agriculture et Mesnage des champs d'Olivier de Serre, seigneur du Pradel, dans lequel est représenté tout ce qui est requis et néce aire pour bien dresser, gouverner, enrichir et embellir la maïson rustique. Nou- velle édition conforme au texte, augmentée de notes et d’un vocabulaire; publiée par la Société d'Agriculture du département de:la Seine. Paris, 1804 et 1606; 2 vol. in-4. avec 15 plancheset vignettes. 36 f, TRAITE de la grande culture des terres, ouvrage utile à tous les cultivateurs et aux personnes qui voudraient faire valoir de grandes exploitations; par /soré, cultivateur- ropriétaire. 1802, 2 vol. in-12. 21%et4£ TRAÎTE général de l'irrigation, contenant diverses mé- thodes d’arroser les prés.et jardins, etc.; avec 8 planches représentant diverses machines pour élever et Conduire Veau; par MW. Tatham; trad. de l’anolais. Paris, 1805, ‘in-8. 5f.et6f. TRAITÉ général des prairies et de Jeurs irrigâtions; ss Ch, d'Ourches. 2. édition. Paris, 1806, in-8., ig. ED cietiSN bic. TRAITÉ complet théorique et pratique sur les abeilles; “par M. Féburier. Cet ouvrage, approuvé dans la séance de l’Institut de France, du 22 janvier 1810, contient l’his- toire naturelle des abeilles, la culture de ces insectes applicable à toutes les espèces de ruches et à toutes les températures de la France. Paris, 1810, in-8., fig. 5 f. et6 f. 5o c. TRÉSOR(le) du cultivateur, ou le moyen d'augmenter les richesses du laboureur en améliorant la culture des terres et plusieurs branches d'économie rurale; etc.; par Lemercier. Paris, 1819, in-12. 1if, 25 cet 1 000 VOYAGE en Espagne dans les années 1816, 1817, 1818 et 1819, ou Recherches sur les arrosages, sur les lois et coutumes qui les régissent, sur les Lois domaniales et mu- nicipales, considérées comme un pnissant moyen de perfectionner l’agriculture française; par M. Jaubert de Passa, Ornéde six cartes. P,1323,2 v. in-8. 15 f. eti8f. O1L⁴ e1HeAdH ⸗ed