— 6 2 igeiceeeeeiSeeeheeeHeHeHel 2099999990000909909009099990000000000900009000000000000000 NOTICE LIMPORTATION ET LEDUCATION MOUTONS A LONGUE LAINE, 3 SUR LEMPLOI DE LEUR TOISON d 2 988 8. e A LA FILATURE DE MARCOQ. PAR J. CORDIER, MERMBRE DE LA SOCIETEK DE I'AMEKLIORATION DES LAINES PARIS, DE LIMPRIMERIE DE FIRMIN DIDOT, IMPRIMEUR Du ROI, RUE JACOB, N0 24 —— 86 1826. . ⸗e 48 8 9999996900000000900000000000000000000000000000000900000000060000000000090800000000000000000000000000 9 9 2 2 5₰ 32 2 2 2 2 2 2 2 3 2 2 2 2 32 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2Qϑ 2 9 2 2 * 2 5 32 2 2 5 32 2 ₰ 3 2 2 3 3 32 ₰fh 2 2 2 2 32 2 2 52 2. 2 2 „. 2 2 2 2 2 52 ₰ 2A 2 2 5 2 2 92 2 9 2 2 2 2 2 2 2 » 2 2 „ 2 2 ₰ 12 3 53 56 2 3 2 3 8 9599299992990090000990999099999999990909698909999009 dr er Kae 3,0 ,e. e e e e eee 85 Des Sr⸗Ses e ee82e9 e ee e eSee S 8 0 0 & 0 . ℳ To 2 $\w#4 bé NOTICE SUR LIMPORTATION ET L'EDUCATION DES MOUTONS A LONGUE LAINE. L'ouvrage 5e trouve: A PARIS, s Fremux Dior, rue Jacob, n° 24. Carmizzan-Goury, libraire des Ponts-et-Chaussées, quai CHEZ des Augustins. Me Huzar», ruc de l'Éperon, n° 11: Drzaunay, galerie du Palais-Royal. A Lille, chez Vanarere, Grande Place. FES ue us- er== ot re— ent+ me TUE re CA] 4 ‘4 $ - NOTICE SUR \| L'IMPORTATION ET L'ÉDUCATION A DÉS MOUTONS A LONGUE LAINE, (| ET ( fl SUR L'EMPLOI DE LEUR TOISON \E A LA FILATURE DE MARCQ. t Par J. CORDIER, MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ DE L'AMÉLIORATION DES LAIN&S, PARIS. DE L'IMPRIMERIE DE FIRMIN DIDOT, IMPRIMEUR DU ROI, RUE JACOB, N° 24. ananas 1820, 2 A mms di RAR AAA AS RAR ARR AR LR LUE IR LU INTRODUCTION. EE étrangers, nos VOISINS, plus ardents explorateurs de notre pays que nous-mêmes, font les remarques sui- vantes que nous devons méditer: en France, les culti- vateurs ont peu d'instruction et d’aisance; les trou- peaux sont peu nombreux, et la plupart des races abä- tardies; l’État manque d'institutions locales, d’associa- tions utiles. Par l'effet de la centralisation, la capitale attire sans utilité, et frappe de stérilité les capitaux, la puissance, la science et toutes les supériorités; les grands propriétaires dédaignent les champs, et les savants les applications; tout semble accroître de plus en plus le luxe des richesses et de la science à Paris, l'ignorance et la détresse des campagnes; enfin la jeunesse oisive et souveraine, séduite et entraînée par l'influence des hom- mes extraordinaires, peut jeter sans obstacle le pays avec elle dans les chances des innovations. Ils prétendent qu’en Angleterre, les grands proprié- taires, tout à-la-fois agriculteurs, manufacturiers, né- gociants, répandent dans les campagnes où ils rési- dent, l'instruction et les capitaux acquis par le com- merce et les voyages; les savants dirigent leurs recher- a à | l Pi { i] INTRODUCTION. ches vers un but utile, et communiquent des connais- sances positives aux diverses classes de la société; le gouvernement abandonne aux comtés et aux paroisses le soin de ladministration, et aux associations les chances des entreprises publiques et particulières. Ils écrivent que, sous un tel gouvernement, un heu- reux génie peut tout créer; une fâcheuse ambition ne peut rien détruire; la jeunesse, sans pouvoir au-dedans pour innover, tourne au-dehors son activité, étend la gloire et la puissance nationales; l’État compte, pour ainsi dire, autant de vies que de comtés et d'associations, et résiste à toutes les épreuves du temps et des puissances ennemies. On est forcé de convenir qu'en France, nos longs troubles ont bouleversé les institutions comme les fortunes; les rivalités et les haines continuent à être le fléau de la société; on ne voulait admettre aucune supériorité sociale, et l’opinion semble encore s'armer contre tout succès extraordinaire, comme si la pros- périté et les richesses d’une nation pouvaient, dans ces temps, s'établir autrement que par celles des citoyens. Par un mélange extraordinaire d'anciennes idées, on honore encore loisiveté et les fonctions qui permettent de vivre noblement et sans travail. Mais la puissance de la raison dissipe chaque jour les opinions révolutionnaires et les préjugés barbarés: le roi, les princes, ont daigné mettre leurs noms en tête de souscriptions ouvertes pour des établissements agri- coles et manufacturiers, et les ont dotés avec une mu- nificence royale. Les fonctionnaires les plus élevés ont de même demandé à s'inscrire, et, en imitant ces exem” ples augustes, ils en ont donné de très-salutaires. Il n’est INTRODUCTION. il pas maintenant une entreprise importante, une con- cession de canaux, de ponts, de routes, une exploita- tion de mines, où l’on ne voie figurer les membres des chambres, et les plus considérables de l’État ou de la société. Quoique de tels souscripteurs ne prennent que rare- meft une action immédiate dans ladministration des entreprises, ils en étudient le but, les moyens, les dé- tails, et discutent avec sagacité dans les conseils les points importants de la législation qui s’y rattachent. C’est à l'influence de cette nouvelle et heureuse direc- tion des esprits qu’il faut attribuer la lucidité et la pro- fondeur qu’on a remarquées dans les discours prononcés aux chambres sur les questions d’économie politique. . Ces exemples donnés par les personnages les plus au- gustes, les vœux des hommes les plus éclairés, tout semble hâter une nouvelle et heureuse révolution dans l'administration, qui ne eraindra plus de laisser aux as- sociations le soin de rechercher, de découvrir et d’exé- cuter les entreprises utiles. Cependant des obstacles restent à vaincre; quelques personnes, dominées par l'habitude ou par le sentiment de leur nullité, ou par l'attrait du pouvoir, repoussent les améliorations; d’autres très-estimables et de bonne foi admettent et proclament les paradoxes suivants comme des vérités incontestables: Les cultivateurs et fabricants produisent trop; le prix des céréales est trop bas; l'introduction des machines nouvelles est nuisible; les propriétés sont trop divisées, etc. D’au- tre part, les plus profonds génies dont s’honorent nos chambres et nos académies, conviennent que la France manque.encore de talents spéciaux; que sans eux on ne . 1V INTRODUCTION. peut espérer des hommes capables de perfectionner notre législation, de former de grands établissements agricoles et manufacturiers, et d'étendre et même de conserver nos dernières relations de commerce avec les étrangers. Désirant juger ces diverses assertions, et connaître les causes de la prospérité et de la supériorité des fabriques anglaises et de leur agriculture, nous avons visité les principales villes de manufactures de la France, de la Grande-Bretagne, de la Belgique, etc. Nous avons con- staté que nos rivaux emploient des matières premières meilleures et à meilleur marche; des machines plus parfaites pour préparer, filer, tisser, apprêter la laine et le lin; le travail commencé et continué dans un grand établissement sy termine en quelques jours et avec peu de dépenses; la main d'œuvre et les frais de fabrication ont été réduits des dix-neuf vingtièmes; par l'influence de ces améliorations, le commerce de l'Angleterre prend de plus en plus de l’éxtension, et celui des autres états diminue rapidement. On est également étonné de trouver des différences aussi extraordinaires dans les diverses branches de l’a- griculture des deux pays. La France ne possède que 35 millions de moutons, la plupart d’espèces communes; en Angleterre, on en compte 4o millions, de races choi- sies, d’un poids moyen double de ceux de France, d’une valeur triple, sur un sol plus ingrat et d’une étendue moindre des trois cinquièmes. Les Anglais tirent de la Flandre des juments de forte taille, et les paient de quatre à cinq cents francs; ils revendent sur le continent les poulains à des prix: six et huit fois plus élevés. Ils importent de même du dé- partement du Nord des navires chargés de lin, et y ex- tt INTRODUCTION. V portent du fil et des toiles à 5o pour cent au-dessous du cours. Il en est encore ainsi de beaucoup d’autres produits du sol ou des fabriques. En Angleterre, les forêts royales et particulières com- posées de futaies et mélangées de prairies sont trans- formées en parcs superbes, où paissent de nombreux " elles fournissent à la marine royale plus d'arbres et de peaux de daims et de moutons de races précieuses; meilleur bois de construction que des taillis avec futaies, et aux propriétaires des revenus quadruples. En France, les forêts aménagées d’après le système le plus barbare, ne semblent destinées qu’à empêcher la production des beaux arbres, à multiplier les loups pour le plaisir des officiers chargés de les chasser, et à cau- ser la destruction des troupeaux à plusieurs lieues de distance. Frappé des observations précédentes et des réflexions que font naître les tableaux des douanes, où il est con- staté que les importations annuelles en produits que notre sol et les fabriques devraient fournir, s'élèvent à 150 millions, nous avons cherché à montrer par un exemple incontestable, que tout est possible et facile dans le pays le plus favorisé par le sol, le climat, la forme de son gouvernement et le génie de ses habitants; nous nous sommes proposé de créer, à l’aide d’une as- sociation nombreuse’, un établissement national, d’en 1. On compte dans les souscripteurs, des membres des deux chambres et du conseil-d’état, des généraux, des inspecteurs- généraux des finances, de grands propriétaires, des négociants, des officiers supérieurs d'état-major, de l'artillerie, des ingénieurs de divers services, etc., etc. vi INTRODUCTION. assurer le succès matériel et moral par l'illustration, l'in- struction, l'expérience et l'influence des membres. La fabrique de Marcq doit avoir pour résultat de faire prospérer l'agriculture par emploi dun million de livres de laines longues, par l'importation et la créa- tion des races précieuses qui la fournissent; d'étendre le domaine des manufactures par l'introduction des ma- chines nouvelles et par l'instruction théorique et pra- tique d’un grand nombre d'ouvriers, et d’affranchir le royaume d'une contribution considérable payée chaque année à l'étranger, en importations de moutons, de laines longues et d’étoffes de laine. Nous indiquons dans la Notice les ressources qu’of- frent aux cultivateurs les moutons à longue laine; les bénéfices à obtenir par les croisements des béliers anglais avec les brebis de race flamande; les localités conve- nables à cette race, l'emplacement, l’étendue de la fa- brique destinée à l'emploi des toisons. Il nous semble nécessaire de discuter préalablement les objections qu'on ne manque pas de faire lorsque des entreprises fixent Vattention publique par leur étendue ou par leur nou- veauté. D—— INTRODUCTION. vi PREMIÈRE OBJECTION. LES CULTIVATEURS ET FABRICANTS PRODUISENT TROP. Réponse.— La moitié de ia population de l'Europe et de la France est réduite à des vêtements et à des aliments les plus grossiers. Les produits du sol et des fabriques ne sont donc pas trop abondants, puisqu'un grand nombre d'habitants est souvent forcé de s’en pri- ver, les prix étant trop élevés. Si les étoffes de laine se donnaient au quart de la valeur actuelle, 1l faudrait fa- briquer vingt fois plus; la classe malheureuse, à moitié nue, Serait plus sainement vêtue, et les familles riches renouvelleraient plus fréquemment leurs habillements. Souhaiter que les fabriques produisent plus et à meilleur marché, c’est faire des vœux pour le bonheur des hommes et la prospérité de l'État; accroître soi-même cette abondance, c’est contribuer à les réaliser. vii] INTRODUCTION. DEUXIÈME OBJECTION L'INTRODUCTION DES MACHINES NOUVELLES EST NUISIBLE. Réponse.— Il est aussi utile maintenant de rempla- cer la main d’une fileuse, d’un tisserand, par une ma- nivelle, qu'il l'était autrefois de substituer la charrue à la bêche, la herse au rateau, le rabot et le tour à la hache et au couteau, une voile ou une roue à des rames. Il faut de nécessité adopter les améliorations, les encourager, marcher de front avec les peuples les plus avancés, ou courir la chance d’en être de nouveau victime. Les arts mécaniques donnent, dans la paix, le monopole du commerce, par le bas prix et le perfec- tionnement des produits; ils créent des ressources et des relations importantes; dans la guerre, ils procurent les moyens de dompter sur terre comme sur mer des en- nemis plus nombreux, plus braves, mais moins avancés. Lorsque, par l'emploi de nouvelles machines, on par- vient à diminuer considérablemeut la main d'œuvre, le prix des marchandises baisse, et la consommation aug- mente dans le même rapport; ainsi on ne réduit pas le nombre des ouvriers, mais on fabrique beaucoup plus. Admettons d’ailleurs que, par le perfectionnement des métiers, beaucoup de femmes et d'enfants soient forcés Re RP PRE INTRODUCTION. iX de renoncer à la filature, à la main, de la laine; tous s'occuperont, avec plus d'avantage pour leur santé et avec plus de profit, de la culture du chanvre et du lin, et des soins à donner aux troupeaux; ils obtiendront des jour- nées plus fortes et un plus heureux avenir. La produc- tion des matières premières depend nécessairement de la demande, ou des besoins des fabriques, ou du perfec- tionnement des machines; ainsi la prospérité des fabri- ques contribue bien plus encore à enrichir la classe des cultivateurs que celle des artisans. Quelques critiques se plaisent à faire observer que les grandes manufactures où l’on tient enfermé dans un espace étroit beaucoup d'ouvriers, sont funestes à leurs mœurs et à leur santé; mais les personnes plus éclairées conviennent que l'emploi des machines est par cela même très-avantageux, puisqu'il permet de dimi- nuer le nombre des travailleurs dans chaque salle, et de remplacer les hommes par des femmes et de jeunes filles qui préfèrent les occupations sédentaires, et de qui on n’exige d’ailleurs qu’une faible portion de leur force. On doit souhaiter que les machines soïent à tel point perfectionnées, que le nombre d'ouvriers dans chaque atelier se trouve encore beaucoup plus réduit. x INTRODUCTION. TROISIÈME OBJECTION. LES ÉTABLISSEMENTS NOUVEAUX RUINENT LES FONDA- TEURS ET N'ENRICHISSENT QUE LES SECONDS OU TROI- SIÈMES PROPRIÉTAIRES. Réponse.— La création et le succès d’un grand éta- blissement exigent sans doute beaucoup de capacité, une expérience consommée, de la patience, de la persé- vérance dans la formation et la direction des ateliers, et une grande connaissance pratique des diverses parties de l’entreprise. Il est rare qu’un fondateur unique, préoc- cupé d’une pensée dominante, puisse calculer froide- ment et avec une égale capacité les diverses combinaisons à embrasser; qu’il sache résister à un travail opiniâtre, et parvienne toujours à porter remède aux accidents qui manquent rarement d'arriver. Un capitaliste qui veut élever une fabrique, divise, avec raison, ses travaux en divers ateliers de construc- tion et de fabrication, ne se réservant que la branche de sa spécialité; mais il se met dans la dépendance des combinaisons et des calculs souvent erronés des archi- tectes et des mécaniciens, et manque rarement de ruiner sa famille par suite d’une confiance mal placée, ou de quelques accidents, ou d’une maladie. Ces dangers sont évités lorsque les détails de la never stésne INTRODUCTION. xI direction et de la surveillance d’un établissement nou- veau sont distribués entre des associés dévoués qui s’entr'aident, se suppléent, se remplacent; qui se mon- trent aussi empressés à rechercher les leçons de l’expé- rience qu’à étendre le champ des améliorations par des études et des essais. Tout ce qui est obstacle, motif de division et de trouble dans une compagnie formée au hasard, dans l'unique but des profits, est au con- traire cause d'accord, lorsqu'elle se compose d'hommes unis par une longue amitié, par une même éducation généreuse; ici, plus les associés sont nombreux, plus le succès est certain. Si des capitalistes, étrangers aux arts et au commerce, élevaient des fabriques près d’autres manufactures sem- blables et dans un grand état de prospérité, il est hors de doute qu'ils ne sauraient soutenir la concurrence; mais pour fonder un établissement d’après un système et avec des métiers nouveaux, il faut aussi des hommes nouveaux, qu'une longue routine n'arrête pas, mais qui joignent le zèle et l’activité à l'expérience des hommes et des choses: telles sont les qualités qui distinguent les personnes chargées de tous les travaux de construction de Marcq, sous la direction des deux fondateurs. L'opinion de localité, qui ne peut juger par analogie, taxe souvent de témérité les combinaisons hardies, mais réfléchies et certaines. Il est constaté, par exemple, qu'une manufacture ne peut produire à bas prix et pros- pérer qu’en fabriquant beaucoup; il faut donc qu’elle soit montée sur une grande échelle, les frais de sur- veillance et d'administration diminuant à mesure que la puissance des machines augmente. Puisque les fabriques anglaises ont eu jusqu'ici une xi], INTRODUCTION. supériorité incontestable, il nous paraît évident qu'une manufacture établie sur les bords d’un canal et dans les mêmes dimensions, avec des machines, des métiers semblables, des ouvriers aussi exercés, employant des matières indigènes aussi bonnes et à plus bas prix, four- nira des produits aussi parfaits qu'on vendra facile- ment avec profit, malgré la concurrence, sur tous les marchés du globe. +14 ë INTRODUCTION. xl] QUATRIÈME OBJECTION. LES PROPRIÉTÉS SONT TROP DIVISÉES. {—"00—— Reponse.— D'après les recherches que nous avons faites, il nous paraît constaté que les 32,000 propriétaires de France les plus imposés, possèdent plus d’étendue de terrain que les 32,000 propriétaires de la Grande-Breta- gne, et que l'Angleterre entière; ce n’est donc pas la divi- sion des propriétés qui nuit à la prospérité de l’agricul- ture et des manufactures de France, et en retarde les améliorations. Les différences si extraordinaires qu’on remarque entre les campagnes françaises et britanniques doivent être attribuées à la différence d'administration. Les Anglais, souverains dans leurs domaines, les habi- tent par goût, par ambition, par devoir, et sacrifient leurs revenus à les embellir, à perfectionner les races d'animaux domestiques, à importer les arbres précieux. En France, les grandes propriétés, composées en partie de bois aménagés d’après le système le plus bar- bare, sont les plus négligées, les plus improductives; nulle fonction, nulle chance d'utilité, nul attrait de propriété n’attirent les Français dans leurs domaines, où ils ne sont maîtres ni d'exploiter les mines, ni de culti- ver les bois, ni d'ouvrir des chemins indispensables; un simple employé d’une administration est souvent plus puissant que le plus grand propriétaire; les améliora- X1V: INTRODUCTION. tions dépendent souvent d’autorités passagères, étran- gères aux lieux, qui arrêtent ou glacent, par une froide indifférence ou par la haine des supériorités sociales, l'ardeur des propriétaires les plus zélés. Admettons que le propriétaire d’une grande forêt voulût la transformer en parc anglais, il devrait lutter contre les conseils des communes qui refuseraient d’a- bandonner un sentier, et contre l'administration fores- tière qui s’opposerait à l'établissement de pâturages et de chemins spacieux. Fatigué de tant d'obstacles, il ne tarderait pas à renoncer à ses projets d'embellissements et de séjour à la campagne et à vendre ses domaines. Cependant il est constaté qu’une forêt de taillis sous fu- taie ne rend pas le quart des arbres et des revenus que donnerait le même sol s’il était aménagé en hautes fu- taies avec arbres convenablement espacés; dans ce der- nier cas, l'air et la lumière arrivent sur le sol, le fé- condent, et le recouvrent de pâturages excellents pour les races de moutons à laine longue. ——— PR A P INTRODUCTION. XV CINQUIÈME OBJECTION. LES DÉFRICHEMENTS SONT DANGEREUX, ILS EXPOSENT LA { FRANCE À MANQUER DE COMBUSTIBLE. Réponse.— Les mines de charbon reconnues dans la faible portion du royaume jusqu'ici sondée, peuvent suffire à une consommation de huit siècles; ainsi la France ne saurait périr faute de combustible, dans le cas même où la plupart des forêts seraient défrichées, ou de nouvelles mines ne seraient pas découvertes. La production en bois, comme en céréales, croit ou diminue selon les demandes et les prix; et il est plus facile de planter et de cultiver des arbres, que du blé et des pommes de terre. Si, par des défrichements exa- gérés, le prix du bois s'élevait, le terrain ainsi cultivé donnerait plus de bénéfices que des plantations de ta- bac et de colza; la proportion des semis d'arbres augmenterait de manière à réduire les bénéfices au taux des revenus des champs de céréales. On dira qu'on ne saurait obtenir ainsi que du bois de corde et de charbon; que des siècles sont nécessaires à la production des arbres de futaie. Mais si des arbres de service donnaient plus de profits que les taillis et que les céréales, on se hâterait de transformer les taillis en XVI INTRODUCTION. futaies; on conserverait les anciens, les modernes et les baliveaux; on essarterait les bois de manière à faire disparaître les arbrisseaux et bois taillis qui retardent la pousse de la futaie; enfin on planterait les bords des champs, les champs mêmes en chênes, sapins, frè- nes, etc. Il paraït bien constaté que la liberté donnée aux pro- priétaires d’abattre ou de planter, comme en Angle- terre, en Belgique et en Suisse, amène nécessairement le système le plus avantageux au public comme aux pro- priétaires; leurs interêts se trouvant toujours liés et soli- daires. Nous avons dû soulever la question du défrichement, pour appeler une enquête et fixer l'attention des hommes qui dirigent l'opinion par la puissance de leurs talents et de leur position. Le sort des propriétaires et culti- vateurs dans quatre-vingts. départements dépend de la solution adoptée; il faut renoncer à la multiplication des troupeaux des races précieuses de moutons, au dé- veloppement des manufactures et du commerce, à nous affranchir de l'étranger en remplaçant le coton par la laine et le lin, ou se hâter de donner plein pouvoir aux propriétaires d'ouvrir de vastes et nombreuses allées dans leurs forêts, de les transformer en parcs où les moutons trouveront en toute saison et sans danger d'excellents pâturages et de l'ombre sous les futaies: ce système étant le seul qui puisse permettre de détruire les loups, et de laisser les troupeaux, les nuits et toute l’année, dans les pâturages. INTRODUCTION. XVI] CAUSES DES AMÉLIORATIONS AGRICOLES, ET PARTICU- LIÈREMENT DES RACES DE MOUTONS. Une nation ne devient pas tout-à-coup riche et puis- sante, uniquement favorisée par le hasard; les mêmes conditions semblent indispensables à la prospérité des peuples et à celle des particuliers: chez les uns comme chez les autres, le travail crée les richesses; l'instruction en augmente la valeur; l'économie en est inséparable; la liberté le fait aimer, en décuple les effets, par la prévoyance et la confiance qu’elle donne. Mais un seul homme, quelque supérieur qu'il soit, n'imprime à ses conceptions qu'une existence éphé- mère: un accident, une maladie le surprend au milieu de ses projets les mieux calculés, et les fait échouer. 11 n’est donné qu'aux associations nombreuses et choisies de dominer le temps et les obstacles, d'assurer la sta- bilité à ses œuvres, et d'imprimer aux générations une marche assurée et invariable. C’est à des associations de propriétaires que la Grande- Bretagne doit les progrès de l’agriculture et le perfec- tionnement des races de moutons et des arts industriels qui ont porté cet empire à un si haut degré de puis- sance et de prospérité. Les pairs d'Angleterre, les hommes les plus éminents b x vil] INTRODUCTION. par leurs lumières, leurs hautes fonctions, leurs ri- chesses, réunis en sociétés libres, rassemblent chaque année dans leurs terres et à leur table les propriétaires, fermiers, garcons de ferme les plus habiles, proposent et distribuent des prix que les personnages les plus con- sidérables ne dédaignent pas de disputer. Il est nécessaire de faire connaître aux pays où de semblables usages seraient utiles, qu’à une de ces réu- nions solennelles tenue au château de lord Somerville, ce pair d'Angleterre, président de la société d’agricul- ture, après avoir donné, une coupe d'argent au berger le plus intelligent et le plus soigneux du comté, en offrit une semblable au duc de Bedfort, le plus riche particulier d'Angleterre et d'Europe, pour avoir en- graissé le plus beau cochon. Admirons le caractère du noble lord qui le rendait supérieur et indifférent au ridicule que les hommes su- perficiels déversaient, dans les premiers temps, sur ces institutions. La pensée que de pareils encouragements devaient bientôt contribuer à la puissance nationale, satisfaisait son ame généreuse et l’élevait au-dessus des atteintes de l'envie ou des vaines déclamations de la frivolité. Une longue persévérance, des réunions fréquentes des grands propriétaires, et les prix décernés solennellement par eux dans leurs terres, ont rapidement perfectionné toutes les branches de l’agriculture et des manufactures, dont les progrès datent de ces institutions libres: c’est à ces mêmes causes qu'il faut attribuer le perfectionne- ment des races précieuses de moutons, qui ont doublé Je revenu territorial de la Grande-Bretagne. En Espagne, la race mérinos n’a été créée et perfec- INTRODUCTION. xIX tionnée que par l'influence d’une administration éclai- rée, puissante et vigilante. Chaque troupeau, com- posé de 10,000 bêtes, est confié à un berger en chef, ayant sous ses ordres 5o bergers, chargés chacun de 200 bêtes. On exige du berger en chef du zèle, de l’activité, ct toute les connaissances nécessaires à ses fonctions; on lui accorde un pouvoir étendu et des appointements considérables. Sans eesse à cheval, il visite les pâtu- rages, surveille constamment les bergers, veille à la po- lice, et fait exécuter avec exactitude les réglements rela- tifs aux voyages lointains des moutons, et à leur séjour dans les divers royaumes de l'Espagne. En Allemagne, et particulièrement dans les royaumes de Wurtemberg, de Saxe, des Pays-Bas, et dans les pays où la classe des cultivateurs est éclairée, aisée et heuréuse, on remarque des institutions et des aSSOCIA- tions analogues. Des princes, des souverains même, ont établi dans leurs terres des écoles gratuites, où ils con- fient aux plus savants professeurs l'instruction des élèves pris dans les familles de cultivateurs; ils visitent fré- quemment les fermes modèles, se plaisent à distribuer eux-mêmes des récompenses aux plus dignes, et contri- buent puissamment à rendre les agriculteurs plus in- struits, plus heureux et plus dévoués au gouvernement. Puisque le tableau des douanes montre que nous sommes tributaires des états limitrophes moins favorablement si- tués, nous devons lattribuer à notre indifférence pour les connaissances positives et utiles, au luxe de la science qui séduit la jeunesse, et l’éloigne des applications aux arts, d’une vie occupée et du séjour à la campagne. | Î f È { \ XX INTRODUCTION. S'il est vrai que les états qui devancent les autres dans les arts utiles, ont obtenu leurs succès par l'instruction et par les associations, nous devons marcher au même but par les mêmes voies. Depuis quelques années, l'esprit d'association, que favorisent le gouvernement, l'instruction et la paix, prédomine de plus en plus en France et gagne toutes les classes; il les réunit et éteint la haine des partis. Sa Majesté, en fondant l'établissement agricole de Grignon et la filature de la Savonnerie, contribuera beaucoup à l’étendre, à lhonorer, à le nationaliser. M. Polonceau, ingénieur en chef, directeur des ponts- et-chaussées, mon ancien ami, qui conçut et présenta le projet de la ferme-modèle de Grignon, a rendu par- là un nouveau et très-grand service aux arts et à l’a- griculture. C’est aussi à lui que l'on doit la race pré- cieuse des chèvres croisées d’Angora et de Cachemire, dont le duvet long, brillant et soyeux, est très-supérieur au cachemire. Par un sentiment de patriotisme, cet ingénieur a refusé de vendre au dehors, à des prix éle- vés, des bêtes de cette race, dont il est seul possesseur, et qu'il veut conserver à la France. Beaucoup de personnes ont rivalisé de zèle pour introduire en France les races de moutons à longue laine qui nous manquent. Les bulletins de la Société de l'amélioration des laines, faisant mention des tenta- tives faites, des succès obtenus, des noms des proprié- aires, et de l'emplacement des bergeries, il serait inutile de les rappeler dans cette notice. Nous pouvons assurer, d’après les renseignements que nous avons recueillis, que les vœux que nous avons INTRODUCTION. XXI faits d’être bientôt affranchis des importations étrangères en moutons à laine longue, ne tarderont pas à se réa- liser. Ce résultat sera dû à l'influence de la Société de l'amélioration des laines, qui a déja rendu de grands services, et surtout aux encouragements donnés par S. M., qui a fondé avec une munificence auguste et éclairée des fermes-modèles et de grandes manufactures. { | k Ï| xxi] INTRODUCTION. DE LEXPLOITATION DES GRANDES PROPRIÉTÉS EN FRANCE, RELATIVEMENT AUX MOUTONS. ee GE—— Les fermiers, la plupart économes et laborieux, ne retirent cependant que de faibles bénéfices des terres, prés et bois qu’ils louent ,en raison du bas prix des céréales et des bestiaux. Lorsque de grands propriétaires font valoir, ils obtiennent, il est vrai, la part du fer- mier; mais ils éprouvent des pertes sur les travaux qui, étant à leur compte et à la journée, s’exécutent plus lentement, plus mal ou plus chèrement. Les domesti- ques mal surveillés, n'ayant nul intérêt dans l’exploita- tion, travaillent le moins possible, mangent le plus possible, selon la remarque de l’auteur de la Richesse des nations, et dépensent en fourrage, deux fois la quan tité nécessaire à la nourriture des bestiaux. Un grand propriétaire ne peut entrer en rivalité avec les cultivateurs pour la fabrication des céréales et des fourrages artificiels; il doit adopter un genre d’exploi- tation qui, exigeant de instruction et de fortes avan- ces, empêche toute concurrence. L'éducation de races choisies d'animaux domestiques promet et procure les plus grands bénéfices; le transport sur les marchés éloignés n’exige que peu de frais, mal- gré le mauvais état des routes; la vente en est certaine et le paiement immédiat, INLRODUCTION. XXII} Les moutons à longue laine peuvent prospérer dans toutes les localités, en ajoutant dans les pays secs et arides le supplément de nourriture nécessaire: ils don- neront, pendant bien des années, des bénéfices doubles de ceux retirés même des mérinos. Il ne faut qu’un faible capital pour créer, en peu d'années, un beau troupeau de cette race, dont la toison, plus lourde et de quälité recherchée, se vend vingt francs, au lieu de douze francs, prix de celle des plus beaux métis et de la plupart des mérinos. La réussite d’un troupeau de race précieuse ne de- mande que des fourrages abondants, un berger intel- ligent et un propriétaire éclairé. La surveillance en est facile, et les bénéfices dépassent ceux obtenus par toute autre entreprise agricole. On remarque que, sur cent nouvelles fortunes con- sidérables qui se créent, quatre-vingt-dix sont acquises par les manufactures et le commerce: à peine dix sont obtenues par l’agriculture, et toujours par l'éducation des troupeaux. On observe de même que la culture n’est perfectionnée que dans les pays de fabrique; les pro- priétaires, la plupart négociants, exploitent leurs terres comme leurs ateliers, en avançant beaucoup de fonds, en choisissant les cultures et les plantes qui exigent le plus de travaux et de dépenses; ce que peu de fermiers peuvent tenter. Les consommateurs étant d’ailleurs près des producteurs, les propriétaires du sol ajoutent à la rente la valeur des frais de transport qui sont éco- nomises. En comparant les prix des fermages payés par arpent dans les six départements les plus riches du royaume et dans les autres, on reconnaît que la plupart des pra xxIV INTRODUCTION. priétaires de quatre-vingts départements pourraient doubler leurs revenus par des améliorations faciles, promptes et certaines, et qui n'exigent d'autre avance qu'une année de revenus. Nous considérons comme les plus essentielles, 1° lou- verture de nombreuses et très-larges allées dans les bois des particuliers, pour assurer la destruction des loups, et accroître et garantir de tout danger les pâturages des moutons; 2° la transformation des forêts en pares avec futaies et prairies; 3°la clôture, par des fossés et des haies, de toutes les propriétés même boisées; 4° la sup- pression de la vaine pâture; 5° l'irrigation, soit natu- relle, soit artificielle, au moyen des chutes d’eau; 6° l’é- ducation des races précieuses, et particulièrement des moutons à longue laine; 7° l'introduction de fabriques simples qui occupent les hommes pendant plusieurs mois, et les femmes et les enfants la plus grande partie de l’an- née. Par ce mélange d’occupations agricoles et manufac- turières, la population des campagnes, obtenant chaque année des produits plus que doubles, paiera des fer- mages plus élevés, et jouira d’une aisance jusqu'ici inconnue. Un grand propriétaire doit donc chercher à enrichir les cultivateurs par un sentiment de généro- sité, où même par calcul, pour accroître ses revenus et sa fortune. Telles sont encore la puissance de l'habitude, la timi- dité de l’inexpérience, la modicité des revenus, et la multiplicité des besoins factices, que peu de propriétai- res se montreront même assez confiants pour se met- tre à la tête des nouvelles entreprises, les seules cepen- dant profitables. 11 faut, pour vaincre cette inertie, INTRODUCTION. XXV organiser des associations composées de capitalistes, de négociants, de fonctionnaires et de propriétaires et faire concourir au but les spécialités et les capacités diver- ses: les premiers succès obtenus rendront tous les au- tres essais faciles. L'exemple donné à la fabrique de Marcq doit avoir de influence sur la prospérité publique; on jugera, par les résultats de cette entreprise, que tout est facile à une association nombreuse réunissant toutes les spé- cialités, où chacun est conduit à être utile, et où personne ne peut se rendre indispensable. Bientôt on formera des compagnies semblables pour des établissements agricoles et manufacturiers dans les départements isolés et mal- heureux; les habitants des campagnes seront, dans peu d'années, plus occupés, mieux récompensés, plus in- struits, par l’influence de ces associations; et c’est alors seulement que l’on reconnaîtra que le sol français re- célait dans son sein des richesses inépuisables, mieux assurées et plus précieuses que les mines d'Amérique et que les colonies de l’Asie. Pris 2H aa NOTICE SUR L'IMPORTATION ET L'ÉDUCATION DES MOUTONS A LONGUE LAINE, ET SUR L'EMPLOI DE LEUR TOISON:; SAISANT SUITE AU MÉMOIRE SUR L'AGRICULTURE DE LA FLANDRE, = ss e———— S: le sol et le climat modifient les plantes, les animaux, l’homme même; si leur action prolongée contribue à multiplier les espèces et à créer les va- riétés sans nombre qui forment une chaine admi- rable de tous les êtres de la nature, cette influence inévitable doit agir plus fortement sur l'animal le plus assoupli par une longue domesticité, le plus faible et le plus soumis au régime qu’on lui impose. Le mouton: que l’on retrouve avec l’homme dans les latitudes les plus opposées, reçoit plus que lui l'empreinte des localités; sa taille grandit, s’arrondit 1. Le mot mouton sera pris, selon l'usage, dans son acception générique, comprenant les béliers, brebis, antenois, agneaux, I TT CRIE 2 NOTICE ou diminue; sa laine devient longue ou courte, grossière ou fine, rude ou douce, blanche ou jaune, brillante ou terne, etc., selon que le pays est abon- dant ou stérile, élevé ou bas, humide ou sec, etc. Chaque pâturage ayant, pour ainsi dire, une com- binaison de terres, une exposition et des productions particulières, les troupeaux conservés plusieurs gé- nérations, sur la même ferme, perdraient les qua- lités acquises ailleurs, en acquerraient de nouvelles et formeraient une espèce à part. Ainsi, sans le mé- lange continuel des troupeaux, il y aurait presque autant de variétés de moutons que de pâturages; et chacune serait déterminée par la nature des her- bages, l'air, la lumière, la température, etc. Mais les croisements naturels des divers moutons d'Europe, et ceux combinés avec les races impor- tées d'Afrique et d'Asie, ont tellement multiplié et différencié les espèces, qu'il est difficile de distin- guer, à l'inspection de chacune, la part contribu- ve des types caractéristiques employés pour la produire. Au milieu de ces jeux inépuisables que le natu- raliste cherche à expliquer, il est des causes plus influentes que l’observateur le moins exercé peut constater, et dont la connaissance suffit à l’agri- culteur pour doubler en quelques années, et sans de grandes avances, les produits de ses troupeaux: nous parlerons des faits généraux les mieux cons- tatés. Les moutons des montagnes arides du Nord sont petits, nerveux et ont des os saillants; ceux des hautes montagnes où les pâturages sont abon- SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. S dants, comme dans les Alpes et les Pyrénées, ont une charpente élevée, osseuse, très-forte; ils sont musculeux, vigoureux, s’engraissent tard, difficile- ment, en consommant beaucoup de nourriture; leur laine est, en général, longue, droite, brillante, jaune et grossière. Dans les plaines basses, les formes sont plus arrondies, les os plus petits; l'engraisse- ment commence plus tôt, s'obtient plus vite et à moins de frais. Plus les pâturages sont abondants, plus la laine est longue et grossière; plus ils sont secs et arides, plus elle devient courte et fine; plus ils sont humides sans être marécageux, plus elle est brillante; plus le climat est sombre et pluvieux, plus elle est blanche et douce. Quelques savants pré- tendent même que la latitude à une grande in- fluence sur la laine", qui se raccourcit et s’affine en allant du Nord au Midi. Cette puissance irrésistible de la nature, qui im- prime à la longue, sur chaque race, le cachet du* lieu où elle a séjourné, loin d'etre une fatalité dé- courageante, devient pour l’agronome observateur une source intarissable de richesses. 1. Plusieurs écrivains célèbres ont soutenu que la latitude ne modifiait pas la laine, puisque celle des mérinos se maintenait très-fine sous tous les degrés; cependant on ne saurait discon- venir qu'il y a presque autant de variétés de laines mérinos que de troupeaux. Si l’on n’est arrivé à obtenir le perfectionnement des laines de cette race que par deux cents générations succes- sives, il est à présumer qu’elle ne peut dégénérer que dans une longue suite d'années, quelque certaine que soit Paction du gclimat et du sol. RE SD Re … 7. — RES 4 NOTICE Il sait que le caractère particulier de chaque race n’a été produit que par une longue suite de géné- rations et ne peut s’effacer que lentement; que le mâle a une influence plus grande que la femelle dans les croisements; que l'abondance et la bonne na- ture des herbages donnent des toisons plus douces et une laine plus longue, plus nourrie et meilleure pour un grand nombre d’usages. Après avoir recherché quelle espèce de moutons doit donner le plus de bénéfices dans sa localité, il achètera à bas prix les brebis indigènes qui s’en rapprochent le plus, et se procurera le bélier qui doit créer le type adopté. En continuant de choisir pendant quelques années les plus belles brebis et le bélier le plus parfait, il parviendra, par une per- sévérance éclairée, à créer une variété d’un grand prix, en raison de la beauté des formes, de la fa- cilité à s'engraisser, et de la longueur et de la finesse de la laine. Quelques agriculteurs, en s’éclairant réciproque- ment, et en rendant compte de leurs succés, pour- ront, dans un quart de siècle, par de si louables efforts et par l’influence de leur exemple, doubler les produits des moutons du royaume, et assurer la prospérité d’un grand nombre de manufactures né- cessaires à la France. Tel est le but que s’est pro- posé la Société de l'amélioration des laines, et qu’elle parviendra à remplir. Comme membre de cette Société, je ferai con- naître les tentatives que j'ai faites pour importer et multiplier la race de moutons à laine longue, et SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 5 pour établir une manufacture où l’emploi de ces laines doit en encourager la production. J'examinerai d’abord l’état des moutons et des fa- briques de laines, les causes qui s'opposent au dé- veloppement de cette branche de l’industrie agricole et manufacturière, et les mesures à prendre, par le gouvérnement, pour exciter et seconder les ef- forts des particuliers. D. 6 NOTICE DU NOMBRE ET DE LA VALEUR DES MOUTONS EN FRANCE, DES IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS PAR ANNÉE, DES MOUTONS, DE LA LAINE BRUTE, FILÉE OU TISSÉE. TRUE@ Sur une superfeie de 2 millions d'hectares, on ne compte en France que 35 millions de mou- tons d’une valeur moyenne de 12 francs; en total des Sacs Se TOME ER NEReRE /420,000,000fr. d’un revenu annuel brut de 15 fr. DATIMETE, Ensemble ce cLene et 525,000,000 d'un bénéfice net évalué par an à 3 fr. par tête, on en total, à.... En Angleterre, y compris l'E- cosse sans l'Irlande, dont la super- ficie n’est que de 21 millions d'hectares, le nombre des mou- tons est de 41 millions, la valeur moyenne est estimée 25 fr.; et COILOTALS EEE A ee Me re 1,025,000,000 fr. Le revenu annuel brut par tête ESE de 52 fr,, en somme.,....2. 1,912,000,000 Le bénéfice annuel net par tête est de B fr.$ en total Ge 4 150 1. 328,000,000 fr. Sinous comparons les états d'importations et d’ex- portations des deux pays, nous trouvons des résultats plus extraordinaires encore. L’Angleterre qui ne reçoit de l'étranger qu’une faible partie des laines employées exporte pour une somme de 5oo mil- lions d’étoffes de laine, dont la matière première, achetée dans les campagnes, procure d'énormes re- venus aux propriétaires et fermiers de ce royaume SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 7 Cependant la France, d’une étendue plus grande des trois cinquièmes, qui possède des pâturages plus abondants et plus convenables aux races précieuses, loin d’approvisionner les marchés étrangers du pro- duit de ses troupeaux et de ses fabriques, devient chaque année tributaire, pour des sommes très- élevées, des états voisins, moins avancés dans les arts, et tous moins heureusement situés sous le rapport de l'agriculture et des manufactures. Le tableau suivant doit être médité par tous ceux qui s'occupent de cette branche importante de lé- conomie politique. IMPORTATIONS EN 1822'.; INDICATIONS 7| | DE QUELQUES ARTICLES IMPORTÉS MONTANT ir No QUANTITÉS. des VALEURS. Animaux vivants: moutons méri- nombre. fr. MOSS APTEAUX.+. 2 l)4.. 194,242 k,467,196 Peaux brutes de moutons et GET CE PE SOS EPENNE ESS 280,006 844,000 Laines surfines, fines, communes.| 9,127,656<| 24,306,826 Suif....................... 2,841,818 2,073,454 Colle-forte. 7127429941 9287: 322,69 516,311 RCE PEUR DEU PE Ve ELEC CP TÉLÉS 130,000 36,000 issus delaine#24 11 69,949 575,000 Autres tissus mélés de laines.... 11,000 457,000 Montant des importations... 33,275,780 sam 1. Cet extrait est tiré du tableau des années 1822 et 1823, le seul que nous ayons eu à notre disposition. 8 NOTICE Aux sommes données par les douanes, il faut ajouter la différence entre le prix réel et celui dé- claré, les frais de transport, de commission, les pertes, l'intérêt des fonds avancés, et surtout Ja valeur des marchandises introduites par fraude, malgré l’extrème vigilance et sévérité des douanes. Nous portons en conséquence au double, ou à 67 millions, la valeur réelle des moutons, du lainage, des fils et tissus de laine, importés régulièrement en France; et au triple, ou à 100 millions, en y com- prenant les schals, tapis, draps, poils de chèvre, flanelle et autres tissus étrangers dont l'introduction est défendue et qui se vendent cependant publique- ment dans toutes les grandes villes du royaume. Pour s'affranchir de cette contribution presque égale à la moitié de l'impôt foncier, il suffirait d’aug- menter le nombre des moutons de 5,000,000, en choisissant les races les plus convenables aux besoins de nos fabriques. La France alors n'aurait encore que 40,000,000 de moutons, comme l'Angleterre, ou les deux cin- quièmes seulement du nombre des troupeaux de ce pays, relativement à l'étendue, qui est pour les deux royaumes dans le rapport de deux à cinq. S'affranchir de l'importation des produits et mar- chandises que pourraient fournir notre sol et nos fa- briques, ne serait qu’un premier et faible succès: il est temps que la France se rappelle son ancienne prospérité, qu’elle reprenne par l'étendue de son commerce avec les puissances du globe, le premier rang que de longues guerres lui avaient fait perdre. l'out semble lui en faire une loi, lui en indiquer les ee= SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 9 movens et en assurer le succés. Nous bornerons notre examen à l’objet qui nous occupe. L'extrait suivant du tableau des importations en lin et chanvre, bruts, filés ou tissés, en troupeaux, céréales, etc., doit déterminer la France à augmenter le nombre des moutons, sans lesquels on ne peut obtenir fan bon système de culture, ni les produits qui nous manquent. Suit le tableau. x: sa:—— 10 NOTICE Filaments, fils et tissus. IMPORTATIONS En 1822. INDICATIONS RSR DE QUELQUES ARTICLES IMPORTÉS MONTANT QUANTITÉS. des EN FRANCE. VALEURS. Matières animales. Animaux vivants: bœufs, va- bou fr. CESSE HÉNISSES CALE EEE kb,075,.| 7,370,8b Viandes salées, fraîches...... 355,398 238,298 Peaux brutes de bœufs, vaches.| h,482,217 Éromanes EN CEREPEPR EST EE 3,147,466 3,747,406 BEUNNES Fe Peel TEEN 811,301 730,743 Drelllons three CPE CPENTEE 104,934 80,986 Os, sabots, cornes, sang, etc., debétul ic. reine 569,483 136,317 16,795,675 Matières végétales. hect. Froment,seigleetautres céréales. 100,505 635,182 Riz d'Italie et d'Amérique..... 6,531,404 2,130,9b0 Pommes de terre et légumes SECS Et VELIS CHR Lee PE 1,981,777 185,604 Gruaux, pâtes d'Italie....... 375,046 189,811 Huiles d’olive et autres....... 32,091,307 49,654,626 Graines de lin, colzat, etc... 1,454,504 485,156 kil. Fil ni{ Lin et chanvre...... 8,217,922 5,576,007 Mn ca Coton er he"LCL 22,575,412| D2,650,829 Fil{ Delin et de chanvre.| 7:435,972 FÉRRGRE lGordages LeLRLLLte 770,386 400,269 Ti De lin et de chanvre.| 37,884,761 DS À EI 0 0 ae. 71927 79,864 104,027,686 Récapitulation. Matières animales........... Ù 16,795,875 Matières| Céréales, huiles.....| 53,281,349| 5, 3 35 végétales.| Filaments, tissus....| 104,281,349 qi De Total de la valeur des articles ci-dessus importés.| 174,104,910 SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. II Les observations faites sur le premier tableau s'appliquent également à celui-ci. Les douanes por- tent en compte le prix déclaré, qui est ordinairement d’un tiers ou de moitié au-dessous de celui du com- merce; il faut donc ajouter au montant ci-dessus, la différence entre le prix de douane et la valeur réelle, les frais de transport, de commission, l’in- térét des fonds, qui s'élèvent ensemble au-delà des évaluations. La perte, pour la France, n’est donc pas seulement de 174, mais de 348 millions, sommes qu'il faut payer chaque année en vins, ou en tous autres produits du sol, qui se vendraient également au dehors et à des prix aussi élevés, dans le cas même où nous retirerions de notre sol les produits indiqués plus haut, que nous importons à grands frais de l'étranger. Admettons que, par l'influence des associations en- couragées par le gouvernement, la France augmente le nombre de ses moutons de 20 millions, tous de races choisies. Son revenu brut annuel aurait un accrois- sement de 20 millions par 25 fr., produit moyen de chaque bête, ou de.......... Et le revenu net annuel de 10 fr. par tête, ou de............... 200,000,000 Ces 20 millions de moutons donneraient aux cul- tivateurs assez d'engrais pour produire non-seule- ment le lin et le chanvre maintenant importés à grands frais, mais des quantités doubles ou triples de ces matières, qui seraient travaillées dans nos fabriques. En tirant ainsi parti de nos richesses na- tionales, nous rendrions tributaires les nations qui savent exploiter notre imprévoyance. ————————= mr 12 NOTICE . On ne saurait se défendre d’un sentiment pénible, en examinant le tableau des douanes: chaque ligne semble accuser notre indifférence, et fait pressentir que les améliorations récentes ne sont pas connues ou mises en pratique dans la plupart des départe- ments. Les troupeaux de moutons, par exemple, formés au hasard, sans distinction de races et d’espèces, sont abandonnés à des fermiers ou bergers igno- rants, qui les laissent, en été, sur des pâturages arides; en hiver, dans des étables où l'air et la lu- mière ne peuvent pénétrer, où le fumier séjourne six mois, et où ils ne reçoivent qu’une nourriture sèche, de mauvaise nature, et en petite quantité. Les maladies, la gale, abâtardissent les races, al- térent la laine, et font périr un grand nombre de bêtes: les troupeaux souvent renouvelés, et tou- Jours sans choix, ne donnent que de trés-faibles produits et souvent même occasionnent des pertes. Si on excepte les troupeaux de mérinos et de métis tenus avec soin dans les arrondissements voi- sins de Paris, el chez quelques grands propriétaires ou fermiers de l’intérieur du royaume, le reste est en général dans un état presque constant d’appau- vrissement et de maladie; la laine tombe avant le temps, les agneaux périssent par suite de l’état de maigreur des mères, et le nombre des moutons con- tinue à rester bien au-dessous des besoins de l'agri- culture et des manufactures. On estime que sur une ferme exploitée avec in- telligence, un cultivateur aisé, et habitué à suivre les bons systèmes d’assolements, peut nourrir un SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 13 mouton par arpent de terre, sans que les produits de sa ferme soient diminués; c’est-à-dire que le mouton donne dans le parc, ou à l'étable, l'engrais néces- saire à la production de sa nourriture; il reste donc de bénéfice la valeur de l'agneau et de la laine, après avoir prélevé les frais de bergeries, de bergers, et les pertes par maladie ou réforme. Nous calculerons, par la règle précédente, le nombre des moutons que la France nourrirait en suivant un bon système d’assolement. On compte en France: En terres labourables.......... 25,000,000 hect. FC LD OO RL A ARE EUR 3,908,000 RO OeS OC POUTL mue à, 4,025,000 Le ed ER ROLE PR ET CPE 359,000 lerres vaines et vagues, bruyeres. LL de PONT ee) EE SNS CES 196,000 Total, non compris les bois... 38,128,000 hect. Les 38,128,000 hectares font en arpents forestiers...:..)..12.:1: 76,256,000 arp. La France pourrait donc nourrir 76,256,000 mil- hons de moutons, et produire lamême quantité de blé, d'orge, et des autres céréales vendue chaque année; ce nombre est encore de 24 millions au-dessous du nombre proportionnel des moutons de l'Angleterre, où une bonne partie du sol est consacrée aux pâtu- rages et à la nourriture des bêtes à laine. Dans les observations précédentes, nous avons 14 NOTICE montré qu’une augmentation de 25,000,000 de mou- tons faisant un total de 6o millions, suffirait pour nous affranchir des importations étrangères en laï- nes, lins, viandes, etc. Ainsi, avec 76 millions, le commerce et l’agriculture de France acquerraient une prospérité inconnue jusqu'ici. SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 19 NÉCESSITÉ D'EMPLOYER LES NOUVELLES MACHINES A FILER ET A TISSER. ———"“ñ Dans le milieu du-dernier siècle, on filait par- tout le coton à la main, chèrement, très-mal et en petite quantité: au moyen de mull-jennys, ou de métiers continus, une jeune fille fait mieux et sans fatigue le travail de cent ouvrières: dés-lors toute filature de coton à la main a dù cesser, en raison de la différence des quantités, de la qualité et des prix des produits. On a inventé pour la filature de la laine, du lin, du chanvre, des machines également ingénieuses. Des résultats aussi extraordinaires que pour le co- ton paraissent possibles, sont certains et même pro- chains. Une jeune fille de douze ans, à l’aide des nouveaux métiers, fera autant de travail que cent femmes dans la force de l’âge, filant au rouet et à la quenouille encore en usage dans les=? de la France et de l'Europe. Si un ouvrier, dans un cas, produit cent fois plus d'ouvrage que dans l'autre, les mêmes dif- férences n’auront-elles pas lieu entre deux grandes nations, dont l’une continuerait à suivre les an- ciennes méthodes, et dont l’autre emploierait les métiers nouveaux les plus parfaits? N’est-il pas évi- dent que la premiere nation serait successivement 16 NOTICE évincée des marchés étrangers, aussitôt que la se- conde offrirait les mêmes marchandises à des prix beaucoup plus bas? En comparant les fils et tissus faits à la main ou à la mécanique, on reconnait la supériorité des nou- veaux procédés. Le travail de l’ouvrier qui file ou tisse est successivement lent et précipité et toujours | inégal; sa main agit différemment le matin ou le soir, avant ou après les repas: tout est cause d’im- perfection. L'emploi des chevaux comme moteur, donne également lieu à beaucoup de variations et de pertes; tandis que les métiers mus par la vapeur, marchant régulièrement, constamment, à très-peu de frais, donnent plus de produits dans un même temps, un ouvrage plus parfait et une grande éco- nomie. Dans le travail de l’homme, on lui doit sa jour- née, lors même qu’on n’emploie qu'une faible portion de sa force ou de son intelligence; le reste, souvent les>, est perdu sans retour. Dans les machines, on divise la puissance, à volonté, en fractions déterminées par l'effet; on ne paie que la portion dépensée: souvent la force d’un cheval de vapeur, convena- blement distribuée, et appliquée à des métiers, produit, dans vingt-quatre heures, autant d'ouvrage que cent bons ouvriers, et ne coute pas autant que la journée d’un seul. Tels sont maintenant le degré d'avancement des arts mécaniques, le bas prix et la perfection des tissus, la surabondance des produits anglais, qu'il faut de nécessité adopter les nouveaux procédés pour filer et tisser la laine, le lin, le chan- vre et la soie. SUR LES MOUTONS À LONGUE LAINE. 17 Si on pouvait 5e séparer entièrement des autres nations, il semblerait peut-être indifférent de con- server les anciennes méthodes, ou d’adopter les nouvelles; puisque les fabriques de nos voisins n'auraient aucune action sur les nôtres: mais un isolement complet est impossible; le personnel des douanes, füt-il décuple, n'empècherait pas la filtra- tion des marchandises offertes à des prix très-bas. D'ailleurs, au-dedans comme au-dehors, tout nous porte à donner un grand développement à nos fabriques: une partie des habitants manque de bas, de vêtements chauds, et les autres ne sau- raient les renouveler aussi souvent qu'il serait né- cessaire pour la conservation de leur santé et pour la prospérité de l’agriculture. En encourageant les progrès des arts industriels on arriverait bientôt à fa- briquer plus, mieux, et à meilleur marché; à pro- duire avec nos laines et nos lins des étoffes plus belles, ou plus solides, plus saines que celles de coton; et à nous affranchir d’un impôt annuel de plus de cent cinquante millions payés au commerce étranger. RSS 18 NOTICE DES LAINES PEIGNÉES ET CARDÉES. On divise les laines, relativemént à la filature et au tissage ,en deux classes: les laines longues, douces, bonnes pour le peigne et qu'on destine à la bonne- terie, aux schals, bas, tricots, mérinos, flanelles, etc.; et les laines courtes, frisées, élastiques, préparées à la carde et qu'on emploie à la draperie et aux tissus foulés et feutrés. Les machines à préparer, à filer et à tisser la laine cardée, en usage en France depuis quinze ans, ont été de plus en. plus perfectionnées: bientôt on arrivera à fabriquer des draps ét tissus de laine, meil- leurs et à aussi bon marché que ceux analogues de l'étranger: ce résultat sera obtenu aussitôt que nous aurons assez de moutons de diverses races pour produire de la laine aussi bonne et à aussi bas prix que la laine vendue sur les marchés de l'Europe. La laine longue au contraire est encore généra- lement travaillée à la main: elle est importée pré- parée et peignée à Tourcoing; de là expédiée dans les environs d'Amiens, de Beauvais, où elle est filée et distribuée aux ouvriers qui l'emploient à divers tissus. Les frais de transport, d'assurance, de commis- sion, d'intérêt, de main d'œuvre, augmentent la valeur de la laine longue filée, contribuent à réduire la consommation des étoffes fabriquées en France, et à encourager par la fraude l'importation des pro- RE er SUR LES MOUTONS À LONGUE LAINE. 19 duits étrangers qui s'offrent à moitié prix au-delà des frontières. Non-seulement la filature de laine longue ou pei- gnée est trés en arrière de celle du coton et de la laine cardée; mais, ce qui est à peine croyable, c’est que la France ne possède encore que quelques mou- tons des races qui fournissent la laine longue; notre commerce se trouve forcé d'importer à grands frais cette laine de l'Angleterre, de la Hollande et de Al lemagne, lorsqu'il serait facile de laffranchir en moins de dix ans de cette contribution volontaire. On fait, 1l est vrai, quelquefois usage de la laine mé- rinos au lieu de la laine longue de Hollande et d’An- gleterre; mais la filature en est plus difficile et plus chère, et les produits obtenus ne remplacent pas les autres. La laine mérinos étant frisée et élastique, ne convient qu'à la carde ou à la draperie; elle ne de- vient bonne pour le peigne, qu’en perdant ses qualités par des préparations qui exigent des frais, et font perdre du poids et de la valeur à la laine. Pour la draperie on préfère une laine courte, élastique, nerveuse et fine; les draps sont plus feu- trés, mieux fournis et plus beaux. Pour les tricots et la bonneterie, une laine lon- gue, blanche, douce, droite est meilleure; les tissus sont blancs, moelleux, unis et ras. Chaque brin de laine étant formé d’une suite de tuyaux embriqués avec rebords échancrés et saillants comme la paille; en agitant un poil dans les doigts, il marche du côté de la racine. D’après cette con- texture, lorsque des brins de laine sont froissés ou battus comme au foulon, tous marchent, se lient 2» \ä Er de moment er u Rem ne PR AT= re RE— ee 20 NOTICE et se drapent ou se feutrent. C’est sur cette pro- priété de la laine qu'est fondée la préparation des draps et des chapeaux de feutre. On conçoit que plus les brins sont courts, moins ils se trouvent liés et retenus dans le fil et l'étoffe, plus ils ont de facilité à marcher ou à feutrer; plus ’étoffe devient serrée et imperméable, plus aussi il y a économie dans la fabrication; la tondeuse en- lève moins de brins, et l’étoffe est plus légère, plus belle et coûte moins. Dans les étoffes de tricots et la bonneterie, la laine peignée reste droite; les brins placés dans leur longueur sont liés de manière à ne pouvoir marcher ni se feutrer comme dans les étoffes de laine cardée. Les métiers destinés à préparer les laines peignées et cardées sont établis d’après des principes diffé- rents. Dans le premier cas, on cherche à dresser les brins, à les appliquer dans leur longueur, à les maintenir invariables: dans l’autre cas, on les croise pour les retenir, et on cherche à faire sortir les extrémités pour recouvrir la trame et la chaine: SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 21 DES MOUTONS A LONGUE LAINE. Les animaux sauvages ont en général le poil court, droit, brillant et plus ou moins coloré, rude, ou soyeux selon le climat, les habitudes, et leurs gîtes en plein air ou souterrains. Ainsi les moutons ont une laine plus blanche et plus douce dans les con- trées où le climat est couvert et humide, comme le nord de la France, l'Angleterre et la Belgique, et dans ceux où on les tient long-temps enfermés dans les bergeries. La longueur de la laine doit être attribuée à l’in- fluence d’une longue domesticité, de la tonte an- nuelle, et d’une nourriture fraiche et abondante. Ces conjectures sont confirmées par la comparai- son des moutons domestiques avec les moutons sauvages qui peuplent les vastes chaînes de mon- tagnes traversant le centre de l'Asie, et s'étendant de la Tartarie à la Chine et aux Indes. Le mouton sauvage(ovis fera) est couvert en été d’un poil court et lisse, et en hiver d’un duvet ou laine fine, douce et blanche. Ses formes élancées comme celles du daim, la rapidité de sa course, et de fortes cornes, lui permettent d'échapper au dan- ger, ou de se défendre contre les animaux car- nassiers. La variété des moutons sans cornes à laine longue, sans poil ou jarre, à jambes courtes, avec un vaste 22 NOTICE coffre, un dos large et des os peu saillants, nous pa- rait celle qui s'éloigne davantage de la race primi- tive et qui promet en France le plus de bénéfices. En effet, les cornes nécessaires au mouton sauvage ne sont que nuisibles; elles occasionnent des acci- dents et absorbent sans profit une partie de la nour- riture; 1l faut donc choisir de préférence les races sans cornes. Plus la laine est longue, plus en gé- néral la toison à de poids, et plus les revenus sont considérables, car le rapport de la valeur dela laine à la chair est en France par livre comme 8 est à#. Pour obtenir les variétés les plus utiles, examinons les principaux types qui ont servi à créer les espèces à longue laine: Les moutons sont divisés par les naturalistes en un grand nombre de variétés, et classés d’après le nombre des cornes, la forme et la couleur de la tête, la grosseur de la queue, la longueur, la finesse, et les diverses autres qualités de la laine. On distin- gue principalement les races d'Afrique, d'Arabie, de Crète, des Indes, de Norwège, d’Espagne, etc. La race d'Afrique d’un poil ras ne fournit de lame que par la crinière; la race d'Arabie dont la queue est large et lourde ne donne qu’un laimage commun et coloré; celle‘de Crète, dont les cornes: sont droites, est couverte d’une laine ondulée, particulie- rement bonne pour les pelisses et les fourrures; celle de Norwège porte une laine jaune, soyeuse, mais jarreuse. Trois races seulement ou variétés sont remarqua- bles par la finesse où la longueur de la lane, et doivent être employées à créer les troupeaux qui * SN es= 7" 2"=_——» SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 23 manquent à la France, savoir: la race des Indes, celle de Nubie, celle d'Espagne. La race des Indes, importée en Europe par les Hollandais, fut d’abord élevée dans le Texel et dans les environs de Lille; elle a servi à former, par des croisements, celle connue sous le nom de race flan- drine ou du Texel. En Hollande, les cultivateurs ont eu soin de la perfectionner par le choix successif de béliers, et ont obtenu une laine plus longue, plus fine, plus douce et plus blanche que celle primitive. Dans la Flandre française on ne s’est pas occupé de l'amélioration de ces bêtes; la laine est plus grosse et moins longue. Cette race qui est sans cornes se distingue par un coffre vaste et allongé, une santé vigoureuse et une grande fécondité; mais elle est en général trop forte, trop haute sur jambes; et comme elle exige une nourriture ou des pâturages très-abondants, elle ne peut convenir que dans des localités ana- logues. Les moutons de Nubie: dont la laine est très- 1. Madame la comtesse du Cayla possède à son château de St-Ouen les plus beaux béliers de Nubie, importés en Europe, et des métis obtenus par leur croisement avec des brebis mé- rinos, dislheys, hollandaises et artésiennes. Des agronomes et manufacturiers éclairés attendent les plus heureux résultats de ces variétés nouvelles et remarquables par la force et la taille des bêtes, la beauté de la laine et le poids des toisons. M. de Rainneville a tenté les mêmes croissements avec le même succès dans sa terre d’Allonville, presque consacrée à l'éducation des moutons, et qu’il a disposée dans ce but avec une rare saga- cité. Il est parvenu à tirer le meilleur parti d’un terrain crayeux auparavant aride; mais il réside huit mois chaque année dans sa D Ur eengne qe 0 D rt PER: ne Le: TER 24 NOTICE longue, grossière et si mêlée, qu’on ne peut la filer, donnent par des croisements avec la race flandrine ou du Texel, des métis ayant une laine longue et brillante, la plus convenable pour un grand nombre ’étoffes. La laine des métis mérino-nubiens est tres-belle et très-précieuse pour la carde ou la draperie; mais elle est trop frisée pour les tricots et les poils de chevre; elle laisse d’ailleurs un déchet de 20 me lorsqu'on la prépare par le peigne. En croisant les brebis mérinos avec des béliers de l'Inde, de Hollande et de Nubie, on obtient des variétés ayant tout à la fois une laine longue, bril- lante et fine; qualités qui en doublent la valeur. Telle serait la marche à suivre si déja nos voisins n'étaient pas arrivés aux plus heureux résultats après des essais long-temps continuss. Les Anglais qui passent leur jeunesse à explorer le monde, et l’âge mür à la campagne, ont tenté le perfectionnement des races de moutons avec une persévérance éclairée. Habiles à profiter des succès obtenus par les autres peuples, ils ont importé les animaux des races de Hollande, des Indes et d’Es- pagne, et sont parvenus à former des variétés du plus grand prix, dont chacune a son caractère dis- ‘ünctif, des qualités particulières, et pour dénomina- ton celle du comté ou du propriétaire créateur. On en distingue six races principales dont le ta- bleau comparatif suivant fera connaître le poids d’un quartier, le poids et la valeur des toisons. terre, et dirige lui-même les améliorations; circonstances sans lesquelles nul succès n’est possible en agriculture. SUR LES MOUTONS À LONGUE LAINE. 29 INDICATIONS MOYENNE PAIX POIDS AGE où DES RACES DE MOUTONS A LAINE| du poids de la d’un l’on tueles LONGUE. des toisons.| toison. quartier.| moutons. 1 Race de Disihey ou New- Leicester...... ïliv.r/2| 8fr.4| 23 2 2— de Lincolnshire.-|10 11 23 3 3— de Tees-Water....| 8 9 27 1/2| 2 &— de Dortmorenath..|9 7{4 7 1/2| 21/2 5— d'Exmoor........ 5‘1/2| 4 16| 15 2 1/2 6::= d'Heathyir.rs 4 30/4 EG 14 Htx/2 Les lois anglaises relatives aux douanes, qui ont été modifiées en 1825, ayant été rendues dans l'in- térêt des manufacturiers et des négociants, au dé- triment des propriétaires du sol, le prix des laines se maintenait au-dessous du cours naturel, relative- ment aux impôts, par suite de la liberté illimitée ac- cordée à l'importation des laines étrangères, et de la défense, sous les peines les plus sévères, de l’ex- portation des laines indigènes. Les agronomes, par ce motif, ont dù chercher à obtenir des laines qui n’existaient pas ailleurs, et des espèces de moutons s’engraissant le plus vite et au plus bas prix. Les essais en ce genre furent continués avec tant d’habileté et de succès, qu'on est arrivé à donner aux nouvelles races les qualités considérées comme les plus précieuses. Ainsi la race de Dislhey, ou de 26 NOTICE New- Leicester, qui est sans cornes, ayant un dos large, un coffre vaste et arrondi, des jambes basses, des os petits, se distingue par une grande propension à prendre la graisse de bonne heure. Les dislheys tirés de la race de Lincolnshire ont été successivement perfectionnés par le choix des béliers pris dans cette même race. On est même ar- rivé à outrer à ce point la qualité de s’engraisser plus facilement et plus vite, à donner une si forte proportion de chair et de graisse, qu’à peine les os délicats de ces animaux ont la force de les porter; mais cette facilité de prendre la graisse, et l'inconvénient de conserver le même sang, ont di- minué la faculté productive des brebis, dont un sixième reste stérile chaque année. Les races à laine longue, d’une taille plus forte, habituées à une nourriture abondante, ne peuvent prospérer que dans les bons pâturages; elles résis- tent à l'humidité, se conservent en santé même dans les prairies‘basses, où les moutons plus petits et plus délicats, et les mérinos surtout, prendraient rapidement la pourriture. Cependant, on peut maintenir les dislheys en bon état, même dans lés pays secs et peu fertiles, si on leur donne chaque jour le supplément de nour- riture nécessaire. Des moutons de cette race que j'ai tirés d’Angle- terre en 1822, ont successivement séjourné dans l'arrondissement de Dunkerque, où les pâturages sont humides‘et abondants, et sur le sol sec et crayeux près d'Amiens, et se sont également main- SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 27 tenus en bonne santé; mais la dépense est très- différente!dans les: deux localités: dans le premier cas, elle donne de grands bénéfices; dans le se- cond, elle dépasse les produits: On ne doit élever des moutons de forte taille à laine longue que dans les terrains fertiles et bien cultivés où les fourrages sont à bas prix, ou dans les terrains boisés, bas, argileux, marécageux, funestes aux autres races de moutons. Après les fortes sécheresses ou de grandes pluies, les agneaux des brebis à petite taille périssent en tombant dans les larges crevasses des sols argileux, ou dans les fossés pleins d’eau; les moutons, d’ail- leurs, prennent en peu de mois la pourriture. Ainsi les moutons à longue laine doivent être préférés dans certaines localités, non- seulement parce que leur laine manque à la France, mais parce qu'ils se conservent en santé dans les contrées hu- mides où les autres espèces prendraient la pour- riture. Les moutons à longue laine donneront des béné- fices doubles de ceux obtenus par les mérinos, jus- qu'à ce que les troupeaux introduits fournissent au-delà de la quantité de laine longue que nous im- portons chaque année. Nous conseillons, d’après notre expérience, aux agriculteurs qui possèdent un sol riche, profond, argileux, des propriétés humides ou des forêts, de se procurer, soit par importation, soit par les croise- ments, une race de moutons ayant un coffre vaste, une laine longue, fine, douce, et toutes les formes 28 NOTICE qui indiquent la tendance à prendre la graisse: en prévenant toutefois que les prairies basses ne sont ni nécessaires ni les plus convenables aux dislheys et moutons à laine longue; mais cette race étant moins exposée à prendre la pourriture, donne la possibilité de tirer parti de terrains nuisibles aux autres espèces, et d'augmenter aussi l'étendue des pâturages à consacrer aux moutons. SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 29 DU CHOIX À FAIRE POUR OBTENIR EN PEU DE TEMPS, FT AVEC LE MOINS DE DÉPENSES, UNE EXCELLENTE RACE DE MOUTONS À LONGUE LAINE. Le Quelque précieuses que soient les races perfec- tionnées par le duc de Bedfort, Backwell, Cook, on doit se garder d'introduire en France, à grands frais et sans choisir les localités convenables, les races de Dislhey, de Lincolnshire, de Leicester, de Tees-Water. Ces moutons habitués au climat tem- péré d'Angleterre, moins chaud en été, moins froid en hiver que celui de France, à rester constam- ment en plein air dans des pâturages étendus et abondants, ne tarderaient pas à dégénérer, si on ne leur donnait pas des soins particuliers. Les frais d'achat, de transport, s’élèveraient d’ailleurs au- * delà des sommes que la plupart des propriétaires veulent sacrifier aux améliorations agricoles. On ne peut donc compter sur une importation assez con- sidérable de ces races pour fournir la laine né- cessaire à nos fabriques et affranchir bientôt le royaume des tributs payés à l'étranger. D’après les essais que nous avons faits, il nous a paru que la belle race de la Frise ou du Texel, suc- cessivement améliorée par le choix des bêtes, ayant une laine aussi longue, plus douce et plus blanche que le laine anglaise, devait étre généra- lement préférée; en y mélant du sang mérinos ou 30 NOTICE de dislhey, on formerait des races précieuses par la douceur, la finesse, la longueur de la laine et le poids des toisons. On fera choix des brebis métis ou mérinos qui réunissent à la laine la plus longue, les formes les lus convenables pour la localité; et les plus beaux béliers de Hollande, ayant une laine d'un pied, ou treize pouces de longueur. Les métis seraient, de nouveau, croisés par des béliers du Texel, afin de donner à la race le type de celle de Hollande, qui est sans cornes, à coffre large, d’une santé vigou- reuse ét disposée à prendre la graisse à deux ou trois ans. Des essais analogues seraient faits avec des brebis, mérinos et métis, et des béliers dis- lheys, pour créer les races les plus convenables aux contrées où les pâturages sont abondants, et où l’on cherche autant la facilité à l’engraissement que la longueur de la laine. Ges résultats seront plus rapidement obtenus, si on importe des troupeaux entiers des plus belles brebis hollandaises et des béliers à longue laine d’An- gleterre. Les diverses combinaisons de croisements de ces races avec celles de France, donneront des espèces nouvelles, ayant les qualités qui manquent aux moutons mérinos où indigènes. Si ces divers métis, tous à laine longue et de di- mensions plus fortes que les plus grands mérinos, étaient laissés sur des pâturages maigres et secs, leur laine perdrait d’année en année la longueur, le brillant et la douceur qui distinguent les toisons de ces races primitives; l'abondance et la nature des pâturages ayant une influence rapide sur le poids SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 31 des toisons et les qualités de la laine, comme sur les dimensions des animaux. Ces effets se remarquent sur les mérinos comme sur ces autres races; la laine s’allonge’ ou se rac- courcit, devient grosse ou fine, sèche ou moelleuse, selon que les pâturages sont plus où moins abon- dants ou stériles, humides ou secs. Une herbe courte, sèche et mince peut affiner la laine, mais c’est aux dépens de la quantité des pro- duits et de la beauté des formes, et souvent de la santé des animaux. Quelle que soit la race de moutons qu’on préfére, et soit que l’on cherche à obtenir beaucoup de laine ou de graisse, le cultivateur doit toujours donner à ses troupeaux une nourriture choisie et abondante en toute saison: les bénéfices en laines, en bêtes grasses, en agneaux, seront relatifs à la bonté des pâturages et aux soins donnés. L'expérience montre que les races précieuses se dégradent; que celles communes s’améliorent en raison du régime suivi et de la qualité de la nourriture. 39 NOTICE CRÉATION ET PRODUITS D'UN TROUPEAU DE MOUTONS A LAINE LONGUE. Le compte sera établi d’après les dépenses faites et les marchés que j'ai passés en Flandre, où j'élève des troupeaux de diverses races. Je suis convenu avec des fermiers du département du Nord, qu'ils nourriraient abondamment, à l’étable endant l'hiver, dans les pâturages en été, des béliers et brebis de forte taille, de race flamande, anglaise et hollandaise, à raison de vingt francs par an, par tête de brebis, y compris l'agneau, et par tête de bélier; le nombre des béliers étant du vingtième des brebis. Les brebis hollandaises donnent souvent deux agneaux par an; mais ne comptons qu'un. Cent brebis à laine longue de choix, coûtent à raison de 80 fr. l’une, terme moyen...:: 8,000 fr. Cinq béliers à 100 A ns à 4 EE: Capital avancé.. Ti a Dépenses annuelles, 105 bêtes à 20 fr. 2,100 Intérêts des fonds à 10 p.%,» à raison des chances de pertes du capital par les maladies CS PE tn 850 Total de la dépense.........: 2,990 SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINI 3 10) toisons, pesant terme moyen 3 iv: font: 840 liv. 4 2560 12°. M LOO TE:| 4: s 100! 100 agneaux! à 20 M nn 0! 2,000| Bénéfice, l'intérêt des fonds payé... 1,150 ce qui donne le septième du Capitale" Comme mes importations de moutons ne datent que de trois ans, et que je les at plusieurs fois changés de place, le compte des produits ne pré- sente que des probabilités; mais les dépenses pour l'achat des bêtes, la nourriture pendant l’année, et la valeur de la toison, peuvent être considérées comme déterminées pour les localités analogues. Beaucoup de fermiers m'ont offert de s'engager par des marchés à longs termes, aux conditions ci-dessus, à nourrir largement et complétement, pendant un an, chaque brebis avec son agneau, à raison de vingt francs par brebis; d'autre part, la fabrique de Marcq en Barrœuil près de Lille, prend toutes les laines longues de semblable qualité, à raison de 2 fr. lavées à dos, ou à raison de 2 fr. 5o c. lavées à l'établissement, et fait des marchés pour plusieurs années, à la condition que le tarif des douanes sur les importations de laine longue et de moutons ne sera pas modifié. Le poids des toisons de ces races peut varier, en raison de la nourriture et des pâturages, de 10 à 12 livres dans les riches contrées, jusqu’à 5 et 6 livres dans les pays maigres; mais dans ces dernières loca- à o 1. Les brebis hollandaises donnent souvent deux agneaux pat in; nous n'en comptons qu'un, pour tenir compte des pertes en igneaux et brebi: 34: NOTICE lités on ne paie la nourriture qu'à raison de jo où 12 fr. au plus, par tête de brebis avec l'agneau. Pour tenir compte des chances de perte des agneaux et antenois, on ne porte qu'un agneau par brebis; et chaque agneau n'est évalué que 20 fr., quoiqu’on ait la certitude de les vendre à cet âge 30 et 40 f. Tout donne lieu de croire que dans les nouveaux maïchés les fermiers consentiront à être responsables de la moitié des pertes des brebis et agneaux: cette condition paraît indispensable pour les intéresser à la prospérité des troupeaux. IL est bien constaté qu’on ne saurait faire aucune entreprise agricole aussi productive que celle-ci, et que les bénéfices resteront les mêmes jusqu'à ce que la France, qui manque entièrement de laine longue, en produise assez pour la consommation des fabriques, dont le nombre augmente d’année en année. Si on formait des troupeaux de la race pure de dislheys, il faudrait un capital considérable en raison du haut prix de ces bêtes, de la difficulté et des frais d'importation, et des intérêts. Ces bénéfices seraient beaucoup moindres; les dislheys ne donnant ni plus de laine, ni de la laine de meilleure qualité, et d’un prix plus élevé que celle des bêtes choisies de Hollande. Supposons qu'on ait importé un même nombre de Dislhey, New-Leicester ou de Tees-Water. Cent brebis à 260 fr.-...:..:-.--.: 25,000 fr. Cinq béliers à Boo tr. Here r ar 3,000 Capital avancé.....: LA A AUS nas 28,000 fr. ———— 5 5 k SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE, 35 Dépenses annuelles. rOHrDéteS 4200 172. 2,0... Vi 2,100 fr. Intérêts des fonds à 10 p.°,,, à raison des chances de perte du capital par des MORAL OUR PUAUDI BIC: P EI 2,800 Total tbe ainr A,900 Revenus. 10 toisons pesant 8 liv., l’une, terme moyen, font 840 liv. à 2 fr. 50 c. une tb t A OU AL CAU CA: 2,100 fr. À .: 9,100 100 agneaux à 30 f. l’un, font. 3,000 d Bénéticé, l'intérêt payé....!.. 200 ce qui donne un cent-quarantième du.. UN dl bi il du Ces résultats font connaître qu'il faudrait beau- coup de temps et de capitaux pour obtenir les quan ütés de moutons et de laines qui nous manquent et qui sont importées chaque année. On est ainsi conduit à procéder par les croise- ments des béliers étrangers avec des brebis France, afin d'obtenir en moins de temps et de avec moins de dépenses les races à laine longue qui nous manquent. Nous supposerons qu’une association de proprié- taires et de capitalistes, voulant affranchir royaume d’un impôt de plus de cent millions, À l'étranger, ait réuni un Capital de deu le payé x millions 2 J, 36 NOTICE et demi, destiné à l'établissement de troupeaux de moutons à laine longue: on propose d'en faire l'emploi suivant. Il sera importé, la première année, de Hollande, en bêtes de choix: 1,000 béliers à laine longue évalués, moyenne- ment, à 100 fr. l'un; ensemble...... 100,000 fr. 1,000 agneaux mâles, idem, de 6 mois D ob À. lan, ÉONL/ ce LL rcer 25,000 ».000 brebis, idem, de 2 ans à 80 fr. l'une, font.................. 160,000 ,000 agnelles, idem, de 6 mois à 20fr. 40,000 500 béliers Dislhey, idem, à 5oo fr. 100,000 200 agneaux mâles, édem, à 125 fr. 25,000 hoo brebis, idem, à 200 MTL ere 100,000 hoo agnelles, idem, deGmoisà 1oofr. 40,000 On achètera en France des mérinos et métis, dont la toison et les formes se rapprocheront le plus des races à créer; leur nom- bre est fixé à raison de trente brebis par bélier. 11 faudra donc pour 1,200 bé- liers de Dislhey et hollandais... 36,000 brebis, lesquelles à raison de 1bf. l’une, terme moyen, font.... 540,000 36.000 agnelles de 6 mois, à raison def. , 5? lune: font+ Ne PURE 180,000 79200 Capital primitif avancé.. 1,330,000 fr. ns me mm SUR LES MOUTONS À LONGUE LAINE:) Dépenses annuelles. Les brebis mérinos et métis et celles des diverses races françaises étant beaucoup moins fortes que les bêtes de races à longue laine et de Hollande et d’An- gleterre, on ne doit estimer les frais annuels de nourriture et d'entretien d'une brebis, l'agneau compris, qu'à 16 fr. Un bélier paie comme une brebis et son agneau. Deux agneaux où agne les de six mois comptent pour une brebis. Le nombre des béliers et brebis d'Angleterre et de Hollande n'étant que le dixième de celui des moutons de France, le prix de nourriture et d'entretien sera aussi passé a 16 fr. par an. D'aprés ces bases on aura en nombre: 000 béliers et brebis hollan- HSE C2 2: rade#1 114,000 3,000 agneaux el agnelles, comptés pour............ 1,500 600 bélers et brebis anglaises. 600 6oo agneaux et agnelles, pour. 300 36,000 brebis mérinos et métis. 36,000 30,000 agneaux comptés pour. 18,000 Total à compter........ 59,400 Nous estimons la perte des bêtes à 3 p.°/, par an; le nombre ci-dessus sera donc réduit en brebis ou béliers de....... r,782 Il restera.......... 57,618 38 NOTICE Lesquels à raison de 16 fr., font...... 021,888 fr. Intérêt du capital employé, 10 p."fs en raison des chances de pertes Dar MAlAMESS PIC LE 00: à 2 133,000 Intérêt des avances à faire pour la nourriture; moitié de la somme à 5 p.45 ORNE AR AE 23,0/2 Total des dépenses annuelles. 1,077,930 fr. Revenus. 58,300 toisons, en portant celles de deux agneaux ou agnelles pour une toi- son de brebis, à raison de 5 livres par bête; et au prix de 2 fr. la livre, la- vée à dos(le marché à ce taux étant offert pour plu- sieurs années), font.... 583,000 fr. Agneaux de l’année; quoique les pertes soient compen- sées par les agneaux dou- bles, nous ne comptérons cependant que 30,000 agneaux au lieu de 36,000 de race croisée, évalués à 20 fr. l’un, ci ensemble... 600,000 38,000 agneaux et agnelles devenus antenois et ante- À reporter.... 1,183,000f. 1,077,93of. SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 39 Report.....: 1,183,000 1,077,930 f. noises, et ayant gagné une valeur de 10 fr. par} Bénéfice, la première année......... 485,070 Le capital avancé pour achat étant de.. 1,330,000 fr. Les frais de nourriture et d’entretien et les intérêts, de.......:..4.... 1,077,930 Eniolalde.:...: 02. 2,407,930 fr. a SENS Le bénéfice net, les intérêts payés, sera par an de 20 p. 100. Avant de reprendre les éléments des calculs pré- cédents et de répondre aux objections qu'on pour- rait faire, nous indiquerons les garanties qui sont offertes.| Les directeurs de la filature de laine peignée de Marcq en Barœuil s'engagent à prendre pendant six ans, et à raison de 2 fr. la livre, toutes les laines longues provenant des croisements des béliers an- glais ou hollandais avec des brebis mérinos et mé- tis, à la condition que le tarif et les lois de douanes ne seront pas modifiés pendant cette période. Ce prix sera plus élevé, lorsqu'on fournira des laines bien lavées, qui seront dégagées des substances terreuses et du suint. Des propriétaires et fermiers offrent de nourrir et d'entretenir des troupeaux composés de béliers 110) NOTICE hollandais et anglais, de-brebis agnelles mérinos et métis aux conditions et prix fixés plus haut. Mais on conseille aux propriétaires de troupeaux de ne les confier qu'aux cultivateurs ayant un intérêt de moitié ou au moins d’un quart dans les chances de bénéfices ou de pertes. On retiendrait sur les pre- mières ventes de béliers et de laine une somme des- tinée à servir de garantie aux propriétaires. On pourrait aussi stipuler que l'entretien d’une brebis qui perdrait son agneau ou n’en donnerait pas, ne serait évalué qu'à raison de 10 fr. par an; et même qu'on ne devrait aucune indemnité de nourriture et d'entretien pour les bêtes mortes dans le courant de l’année; ces conditions ou d’autres analogues obligeraient les fermiers à donner tous leurs soins à l'éducation de ces races précieuses. D’après. ces arrangements, le capital primitif à fournir par la société se trouverait très-réduit, et on aurait toute garantie du succès de l’entreprise. Les troupeaux ainsi établis augmenteraient rapi- dement, d’après une loi de progression, que nous déterminerons, en évaluant la perte des antenoïises et bêtes formées à 3 pour 100 par an, et celle des agneaux à 10 pour 100. Les troupeaux formés du 1° mars au 31 août, seront ainsi COMPOsÉS: Brebts‘portières A 21EME ONUNS 706 AÉNENES PURE RENE SE 38,000 Béliers 22415242#10 DS NN ES 1,200 AGNeaUX Le. cerner... 1,200 Total LL er 79,200 79,200 SUR LES MOUTONS 4& LONGUE LAINE. At Report.... Nombre de bêtes à la fin de La r°° an- née, déduction faite de toute chance de perte. M a usphasse lei petit 110,350 Nombre de bêtes à la fin de la 2° année... 172,090 — à la fin de la 3° Zdem.. 244,660 — à la fin de la 4° 1dem.. 349,840 En cherchant la loi d’accroissement de ces nom- bres, on trouve que ia raison de la progression est 0,4206: ainsi, en multipliant successivement le nombre des moutons à la fin d’une année par ce rapport, ou ses puissances, on obtiendra successi- vement le nombre de moutons à la 5°, la 6°, etc., année. À la fin de la 10° année, le nombre des bêtes sera de 2,469,235. . Chaque année, les troupeaux importés d’An- gleterre et de Hollande fourniront des béliers pour remplacer les anciens et croiser les antenoises métis; afin de ne laisser à la race nouvelle qu'un quart de sang mérinos ou même un huitième. Nous n'avons pas tenu compte de la valeur des béliers inutiles qui devront être vendus chaque an- née. Le prix de ces béliers donnera le moyen de remplacer par de jeunes agnelles choisies, les bêtes perdues par maladies ou celles de réforme, sans aug- menter le capital primitif et sans arrêter la progres- sion de l'accroissement du troupeau. L'administration de l'association, conduite avec économie etintelligence, parviendra facilement à cou- vrir la totalité des frais de nourriture et d'entretien par la vente des toisons. /2 NOTICE En effet, chaque bête métis donnant dix livres de laine, la valeur moyenne d'une toison sera au moins de vingt francs; et on a l’assurance de trouver dans les départements intérieurs des fermiers qui s’engageront à nourrir les bêtes et l’agneau à raison de 15 fr. par an. Ajoutons encore 5 fr. pour toute chance et frais extraordinaires, la dépense totale sera de 20 fr., comme la valeur des laines, de la brebis et de l’agneau. L'accroissement en nombre et en valeur des troupeaux représentera donc le capital et le bé- néfice. Nous tâcherons d’évaluer lavoir de l’associa- uon après dix ans. Le capital primitif est porté à fr. Il s’élèvera après dix ans, avec les intérêts composés, comptés à raison dé 6/p/ DD, 4 PRET 2,384,000 Comparons cette somme à la valeur du troupeau. Après cette période, toutes les bêtes seront, ou de races anglaises ou hollandaises, ou de métis de mé- rinos et bêtes indigènes, croisés avec des béliers de race anglaise ou hollandaise; chaque bête donnant une toison d’une valeur de 20 fr. par an, ne saurait être estimée moins de 60 fr. les brebis portières et les béliers, et de ro fr. les agneaux et agnelles. On aura, d’après cette évaluation: 19. 1,728,235 brebis portières ou béliers et antenois à 60 fr... fr. 2°. 741,000 agneaux à 10 fr... 7:410,000 FOtalUL I EURO. QUE ASE 111,104,100 SUR LES MOUTONS À LONGUE LAINE. 43 Le produit en laine sera, à rai- son de dix livres, lavée à dos, de. 17,282,235 1. Et la valeur à raison de 2 fr. la PT NC Et. ie PLU AA CRSESS SPaDE TO{r. Ainsi, en supposant qu'à cette époque, notre consommation intérieure en mou- tons, laines, étoffes de laine, ne füt pas augmentée, les troupeaux ainsi formés nous affranchiraient des importations actuelles qui sont de 200,000 moutons, de 18 millions de livres de laine, évalués ensemble par les douanes à 30 millions. Quelque prodigieux et miraculeux que soient ces résultats, ils sont loin de ce qui a été tenté et ob- tenu en Angleterre, où le nombre des moutons est, sur une étendue des deux tiers de la France, de cinq millions plus considérable; où chaque bête a ‘un poids moyen plus que double, et se vend à un prix ordinairement triple. Pour réaliser de semblables améliorations, il ne manque en France ni de capitaux, ni de proprié- taires ou fermiers pour prendre des cheptels, ni de moyens, d'employer les laines: il ne faut qu’une as- sociation de propriétaires et capitalistes éclairés et persévérants, formée pour atteindre ce but. Nous indiquerons les bases de la Société à établir, en faisant remarquer toutefois que des résultats ana- logues peuvent être obtenus par de grands proprié- taires ou capitalistes; ou par des cultivateurs intelli- gents, ayant assez de terrains et d’aisance pour élever des troupeaux de trois à quatre cents bêtes. 14 NOTICE BASES DU CONTRAT DE SOCIÉTÉ A PASSER ENTRE DES PROPRIÉTAIRES OÙ CAPITALISTES, ET DES FERMIERS POUR ÉLEVER DES TROUPEAUX A LAINE LONGUE. EC— Nous pensons que l’association doit être établie sur des bases larges et simples, en choisissant les cultüivateurs les plus estimés, en faisant concourir au succes le zèle de l'intérêt particulier et le désir d'ob- tenir la considération publique. Des propriétaires et capitalistes formeront le ca- pital nécessaire à l'achat des bêtes, et nommeront, parmi les hommes les plus capables de l'association, des administrateurs chargés d'agir et de tout régler Ces commissaires distribueront les troupeaux pai lots composés chacun de 120 brebis mérinos ou mé- us, de 4 béliers et 2 agneaux de race hollandaise, d'un bélier et d’un agneau de race anglaise, en tout 128 bêtes.[ls exigeront de chaque agriculteur, ayant un cheptel, une caution ou un cautionnement fourni par un actionnaire, ou par toute autre personne solvable. Le prix du troupeau sera porté au compte du fermier, qui entrera pour moitié où au moins pour le quart dans les chances de bénéfices et de pertes, et qui consentira à être responsable des pertes au-delà des limites fixées, moyennant une indemnité convenue D... 1! sera alloué pour la nourritureniu troupeatt unie SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. A5 somme fixée par bélier et par brebis, l'agneau com- pris; et on déduira le prix convenu pour la perte, par une cause quelconque, d’un bélier, d’une bre- bis ou d’un agneau. On considérera comme perte d’agneaux la différence en moins entre le nombre des brebis portières et celui des agneaux, et comme bénéfice la différence en plus qui sera payée à un taux par tête également réglé. Le détenteur ne pourra avoir à son compte au cun autre troupeau, et il lui sera interdit de vendre directement lui-même, d'acheter, d'échanger; les commissaires ayant seuls le pouvoir de décider tout ce qui est relatif aux achats et ventes. A l’époque de la tonte, des inspecteurs pris parmi les actionnaires assisteront, ou se feront représenter à celle opération dans les fermes; et les toisons seront numérotées, pesées etimmédiatement expédiées dans les magasins de la société, ou dans les fabriques dési onées. Ils feront de même les réformes des troupeaux, les ventes et les remplacements nécessaires. Les inspecteurs d’un arrondissement seront choi- sis dans les associés résidant dans la contrée, et se réuniront au nombre au moins de trois, pour faire les réformes, ventes et achats. Ils auront le droit de reprendre les troupeaux mal tenus, de les don- ner à d’autres fermiers, d'augmenter ou d’en réduire lé nombre; et seront tenus de faire un rapport à l'assemblée générale annuelle, sur chaque établisse- ment agricole. Des primes seront distribuées aux cultivateurs qui auront conservé le plus grand nombre d’a gneaux, élevé les plus beaux, ou obtenu les métis « A6 NOTICE les plus précieux par la beauté des formes, la lon- gueur et la finesse de la laine. Le journal de la Société publiera annuellement les noms des propriétaires les plus éclairés etles plus soigneux; la liste des prix proposés et les docu- ments recueillis sur les variétés de races obtenues par les croisements; enfin les comptes rendus des dépenses, achats et revenus de la Société. SUR LES- MOUTONS A LONGUE LAINE. Â SI 2 DES LOCALITÉS CONVENABLES À L ÉDUCATION DES MOU- TONS À LAINE LONGUE. —_—————#0—— Cette race, en général la plus forte, a besoin de bons pâturages et de_ supplément de nourriture à l'étable; car la grosseur, de ces bêtes, l'abondance et la longueur de leur lame, sont principalement dues à la fertilité des pâturages. Ces moutons réussiront bien et donneront de grands bénéfices dans les contrées d’un acces diffi- cile, où le sol et les produits ont peu de valeur, où l'on peut se procurer des pâturages abondants et à bas prix. Le voisinage de la mer et les grands marais of- fréent des ressources dont on ne tire maintenant qu’un faible parti; parce que les moutons ordinaires qu’on y laisserait prendraient bientôt la pourriture. Quoique les moutons à laine longue, en général d'une forte taille, soient plus robustes et prospèrent sur un sol même humide et funeste à des bêtes plus délicates, 1l est essentiel de prévenir qu’on ne doit pas imprudemment les exposer à toute heure, en toute saison et sans précaution, sur des terrains marécageux. Il paraît bien constaté que la pourriture, et les diverses maladies de foie, sont occasionnées par l’in- fluence de la rosée et des pâturages humides en automne. On ne doit donc envoyer les troupeaux 18 NOTICE au paturage dans les prés bas ou marécageux qu'au printemps et en été; et en toute saison, après la rosée. et lorsqu'ils ont passé sur des terrains secs, ou fait un premier repas à l’étable. Nous recommandons, comme localités les plus favorables à l'établissement des troupeaux à laine longue, les fermes attenant à de grandes forêts des particuliers.| Quelque sévère que soit l'ancien code forestier, ou que puisse être le nouveau, il est impossible de supposer qu'on songe à empêcher un propriétaire de bois de les percer par tel nombre de routes qu'il juge convenable; de leur donner les directions, les dimensions de son choix; d'employer à tel usage qu'il préfére les nombreuses et larges allées de ses forêts. En ouvrant en divers sens des routes de 30 et 4o mètres de largeur en ligne droite dans les bois en plaine, des chemins en pentes douces dans ceux en montagnes, les propriétaires des forêts obtiendront à la fois de plus beaux bois, de bons pâturages, et la possibilité de détruire les loups qui désolent les contrées boisées. Nous avons indiqué l'efficacité, la nécessité et la légalité de cet aménagement, dans le Mémoire sui Yagriculture de la Flandre. Quelles que soient la position, la qualité des pà- turages, on peut nourrir avec profit des races à longue laine, partout où les fourrages sont assurés, abondants et à bas prix. On remplace, dans les con- trées peu fertiles ou dans les années mauvaises, par des distributions à l’étable, ce qui peut manquer en SUR LES MOUTONS À LONGUE LAINE. 49 certaines saisons aux pâturages. Si, tous frais de nour- riture, d'entretien, de bergers payés, une brebis du poids de cinquante livres environ, et son agneau, ne coûtent que 16 fr., on ne doit pas hésiter à éle- ver des moutons à longue laine. Les bénéfices an- nuels qu’on en retirera dépasseront ceux que l’on obtiendrait par tout autre emploi des pâturages et des récoltes. LS D— E 5o NOTICE DES ASSOLEMENTS ET DES IRRIGATIONS FAVORABLES A L'ÉDUCATION DES MOUTONS. La force et la santé des agneaux dépendent en partie de la bonté et de l'abondance du lait de la mère, ou de la quantité et de la qualité des aliments qu'elle reçoit. Dans la plupart des fermes, le culti- vateur livré à une invariable routine et à l'impré- voyance de la misère, sème de l'orge après le blé, et laisse reposer ou plutôt infecter la terre de mau- vaises herbes. En hiver il ne peut donner à ses troupeaux que des fourrages secs, souvent en quan- tité insuffisante. Toutes les races d'animaux domes- tiques s’abâtardissent en de telles mains; les brebis souvent maigres et maladives, perdent leur laine et leurs agneaux qu’elles ne peuvent allaiter. Il est indispensable de remplacer les jachères par des fourrages verts, et par des plantes légumineuses, qui, distribués en hiver aux troupeaux, leur con- servent la force et la santé, et donnent aux mères un lait épais et abondant. Ces méthodes, recom- mandées par les agronomes, ne sont suivies que par un petit nombre de fermiers. Ils est dans quelques localités une autre ressource plus efficace encore qui n’exige que de l'intelligence et procure de plus grands résultats; on ne conçoit en France les avantages des irrigations que dans les - SUR LES MOUTONS À LONGUE LAINE. by pays de montagnes, et on ne fait usage des eaux, pour fertiliser le sol, qu'au printemps et en été. Des expériences anciennes renouvelées récemment dans diverses contrées ont montré les bénéfices extraor- dinaires que procurent les irrigations d'automne et d'hiver bien conduites. Lorsqu'un sol bas est voisin d’un ruisseau ou d’une rivière, on doit chercher les moyens d'y ame- ner de l’eau et de tenir le terrain inondé par des eaux courantes dans les mois de septembre et octobre. On a remarqué que les pluies périodiques et abondantes de lautomne tombant sur un sol dé- pouillé et nu, entraînent les sucs et engrais des ter- rains en pente, et fécondent les terres inférieures où elles séjournent. On peut remplacer par l’art ces effets naturels et conduire par des rigoles les eaux des ruisseaux sur les sols bas. En couvrant fréquemment en hiver la superficie des prairies par une lame d’eau courante, on se procure, dans les premiers jours du printemps et un mois ou deux avant toute végétation, une herbe tendre, succulente, qui fournit aux brebis d’excel- lent lait, et aux agneaux une première nourriture qui les développe rapidement. Ces pâturages précoces ont la même influence sur les vaches, les veaux et les cochons, et les en- graissent rapidement dans une saison où la nour- riture verte est tres-rare. Les bénéfices à obtenir par ces prairies précoces - sont si considérables qu'ils paient largement les dé- penses des travaux faits, soit pour disposer le ter- rain en pentes régulières, soit pour diriger les eaux ñ 52 NOTICE avec leur pente naturelle, soit même pour les élever avec des machines. Depuis long-temps on s’est occupé en Angleterre et en Écosse des dispositions les plus convenables à donner aux terrains pour rendre les irrigations plus efficaces, et on a dépensé dans ce but et avec profit jusqu’à 3 et 4,000 fr. par hectare, c'est-à-dire beaucoup plus que la valeur vénale du sol. Dans nos montagnes, on se borne à conduire les eaux prises dans les parties supérieures; à les diri- ger dans un canal de niveau d’où elles sont aban- données à elles-mêmes; mais une taupinière, le moindre mouvement de terrain détourne le courant qui descend avec rapidité, Île lave au lieu de l’en- graisser, Où ne s'étend que sur une faible partie du sol. La distribution des eaux exige beaucoup d’ha- bileté et d'expérience pour former les surfaces du sol et déterminer les dimensions des planches et les pentes des rigoles. Il est avantageux de partager le terrain par des canaux ou rigoles parallèles avec pentes douces, dis- tantes entre elles de quinze pieds environ. Les eaux s'échappent lentement et régulièrement sur toute l'étendue. Aucune amélioration agricole ne donne d'aussi grands bénéfices; car il n’en est pas qui contribuent autant à la prospérité des troupeaux, sans lesquels on ne peut obtenir de grands produits du sol. Il serait impossible d’assigner pour la dépense et la conduite des irrigations de ce genre, des règles gé- nérales; chaque localité en nécessite de particulières que l'art et l'expérience peuvent seuls déterminer. SUR LES MOUTONS À LONGUE LAINE. 53 Il est nécessaire encore d'ajouter à l'avantage de la méthode d'arrosage que si les pà turages naturel- lement humides et marécageux sont funestes, les prairies du printemps rendues précoces par l'influence des irrigations d'automne, quelque humide que soit le sol, ne sont jamais dangereuses. Les prairies humides occasionnent en automne la pourriture ou la lésion du foie, par des limaçons qui recouvrent alors les plantes; l'hiver les ayant fait tomber, le danger ne pourrait exister au printemps que dans les contrées où 1l ne gele pas. Les bénéfices que donnent les prairies arrosées en automne paraissent assez grands pour employer les chutes des rivières à élever les eaux au-dessus du niveau des prairies voisines, et sacrifier des usines aux améliorations de ce genre, beaucoup plus pro- ductives que des moulins dans certaines localités. ER D 54 NOTICE OBSTACLES QUI SOPPOSENT À LA MULTIPLICATION DES RACES PRÉCIEUSES, 0 G—— La plupart des grandes propriétés sont vendues, partagées, et arrivent nécessairement à ceux qui peu- vent en donner le plus haut prix, aux cultuivateurs; par malheur les habitants des campagnes, isolés par le mauvais état des routes, peu éclairés, redoutent les innovations. Le perfectionnement des races ne sau- rait être heureusement obtenu que par de grands propriétaires résidant dans leurs domaines; mais le nombre diminue d'année en année, parce que le système intérieur d'administration semble plutôt les éloigner de leurs terres que de les convier à la campagne. Les forêts de l’état, des communes ou des parti- culiers contenant ensemble 6,536,000 hectares, pré- sentent sur quelques points des masses continues de cinquante mille arpents. Sur toute cette super- ficie on ne compte que 400,000 arpents de futaies; le reste est aménagé en taillis ou avec tallis sous futaies. La conservation relativement aux délits est bien surveillée; mais nul moyen efficace n’est employé, n’est même possible, pour détruire les loups. Le nombre en est si considérable qu'ils désolent les contrées des environs, détruisent les troupeaux de SUR LES MOUTONS À LONGUE LAINE. 59 moutons, attaquent les vaches, les chevaux, les hommes mêmes. Quelle prévoyance est permise au cultivateur éta- bli dans le rayon d'exploitation de ces loups, c’est- à-dire à dix lieues aux environs de ces forêts? Doit- il importer à grand frais des troupeaux de race précieuse, lorsque dans une seule nuit et en plein jour il peut les perdre, et avec eux ses économies de beaucoup d’années, et ses espérances? Il est bien constaté que des bois aménagés comme le prescrivent nos codes, ne donnent que de faibles revenus. Le système forestier atteste l’état de barba- rie des premiers siècles: les arbres, comme les au- tres plantes, exigent de la culture, des soins annuels, des assolements bien entendus ou le renouvelle- ment des espèces. Les plus grands bénéfices sont obtenus par des plantations, des élagages, en fai- sant pénétrer l'air, la lumière, l’eau surtout dans les localités qui le permettent. Des prairies plantées de beaux arbres bien soignés, fournissent au com- merce, à la marine et aux propriétaires plus de ressources que les bois aménagés d’après le système ordonné par nos codes; système le plus vicieux possible. Mais à ne considérer les forêts que sous le point de vue qui nous occupe, il faut ou renoncer aux améliorations des races de moutons dans tous les départements boisés, ou aviser aux moyens de dé- truire les loups. En ordonnant dans les bois de l’état l'ouverture de routes de cent pieds de largeur, en assez grand nombre pour réduire chaque bouquet à 25 hectares, a 56 NOTICE et en affermant les pâturages des allées, à la con- dition d’entretenir les fossés et clôtures, et de tuer ou d’empoisonner les loups de la forêt; on retirerait de plus grands revenus, et on arriverait bientôt à se garantir du plus grand fléau qui désole les agri- culteurs propriétaires de troupeaux précieux. Il serait, à plus forte raison, nécessaire de laisser aux propriétaires des forêts en plaine, toute liberté d’en disposer à leur gré. Seuls ils connaissent, dans chaque localité, aménagement ou la culture la plus convenable à donner; et le plus ignorant ne pour- rait inventer une méthode plus ruineuse pour le pu- blic que le système prescrit par le code forestier, La race des bêtes à laine longue prospérerait dans les pâturages établis dans les forêts, au moyen de nombreuses et larges avenues qui laisseraient un libre cours à l'air et à la lumière. Les herbes des allées que l'ombre des arbres rend aqueuses ne conviendraient pas aux mérinos, beaucoup, plus délicats et plus sujets à la pourriture. Les craintes sur le déboisement de la France sont maintenant jugées, et il serait aussi facile de montrer l'utilité de réduire les grandes forêts, que la nécessité de planter les bords des champs et toutes les montagnes fortement inclinés, en arbres de futaie convenablement espacés. Nous approchons d’une époque où les bois taillis ne rendront qu’un intérêt PRRRTRMREEE très-faible du capital d'acquisition; le charbon de terre devant remplacer le bois dans toutes les forges, fonderies, manufactures qui en font une grande con- sommation, SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 57 DES DROITS DE DOUANES IMPOSÉS SUR LES MOUTONS ET SUR LES LAINES. Le tarif des droits à prélever sur l'importation des moutons, des laines, des étoffes, donne lieu, comme tous les autres articles de douanes, aux as- sertions les plus opposées; les agriculteurs deman- dent la prohibition des moutons et des laines de l'étranger; les fabricants réclament la franchise pour les laines, la prohibition des étoffes; les con- sommateurs veulent une liberté absolue, ou du moins la réduction des droits. Des enquêtes générales où les divers intérêts et toutes les capacités seraient consultés comme en Angleterre, pourraient seules faire apprécier le mé- rite des oppositions et des réclamations en sens di- VeES: Nous essaierons de résoudre la question des douanes relativement à l'agriculture. Les plaintes des propriétaires fonciers ont fait augmenter successivement les droits d'importation sur les produits étrangers; mais les prix de ces pro- duits ont aussitôt et d'autant baissé dans ces con- trées, qui ont besoin d'exporter: ainsi les mêmes quantités de productions étrangères sont annuelle- ment introduites. Les changements de tarif n'ont donc amené d'autre résultat que de grever[a con- 58 NOTICE sommation en augmentant la recette des douanes; l'agriculture n’a nullement gagné par ces change- ments. Par réciprocité, les nations voisines, mécontentes, ont augmenté leurs tarifs sur les vins et autres marchandises; en sorte que la mesure provoquée par les agriculteurs ne leur a été d’aucune utilité, mais est devenue très-funeste aux pays vignobles. La législation sur les grains paraît plus extraor- dinaire encore; en effet, il n’est permis d'exporter que lorsque les prix sont au-dessous du minimum fixé, et on ne peut importer que lorsque les prix sont au-dessus du maximum déterminé: d’où il ré- sulte que la France n’achète les grains qu'à des taux trés-élevés, qu’elle ne les vend qu’à des prix très-bas, et que les sommes dépensées dans une seule année de disette en importations de blé sont plus considérables que celles retirées par dix années d'exportation. Les magasins des villes d’entrepôts, comme Mar- seille, se remplissent de blés achetés dans le Levant au plus vil prix, et tous ces blés sont jetés subite- ment dans l’intérieur aussitôt que la limite de l'im- portation est passée; les départements du Midi qui cultivent peu de céréales sont ainsi encombrés pour plusieurs années; et les départements de l'Est et de l'Ouest qui ont un excès de produits, n’ont plus la possibilité de vendre et éprouvent des pertes in- calculables. Si le gouvernement est tenu d'assurer la subsis- tance des villes, il doit aussi protéger le cultivateur, sur lequel il prélève une partie de ses récoltes, non SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. 59 en nature, ce qui serait plus juste, mais en argent, à quelque prix que soient les céréales. En admet- tant l'importation des productions étrangères d’une valeur souvent moitié moindre, on met l'agriculteur dans la nécessité de venüre à un prix égal ou même inférieur à celui de fabrication: on consomme sa ruine. Il semble nécessaire, avant de fixer un tarif pour l'importation des céréales, de comparer les prix du blé dans les divers états, d'examiner la situation géographique et politique des contrées étrangères qui nous fournissent le blé au plus bas prix. Le tableau suivant nous servira à motiver notre opinion. État du prix moyen de l'hectolitre de froment sur les principaux marchés, en décembre 1824. Angleterre"0. 27 66| Toscane......,...-. 14 04 Anvers es ent. 11090 1/Sicle. cree 15 o1 Amsterdam... 11 93| Santander ,......... 10 76 StCÉEI G) 0) ARNO Npo eo d'été vec 14 69 Hambourg:::-..... 8 81| New-York......... 12 23 Dantacke tr." 10 03| France, prix moyen.. 16 08 Odess 00e SCGR METIER SE 18 17 Éneste 10 95| Douai.,.......-... 15 62 Naples..---.......- 11 11| Valenciennes........ 17» Civita-Vecchia...... D A l'inspection de ces données, on reconnait que si la France et l'Angleterre surtout, admettaient le commerce libre du blé, les agriculteurs de ces royaumes seraient ruinés. Le cultivateur qui produit le blé paie en France ei PA po à D me co M 4e 60 NOTICE les impôts directs mis sur le sol, sur sa maison, sur le sel; il paie la rente du propriétaire du terrain, et les impositions indirectes qui pèsent sur les journa- liers et ouvriers qu'il emploie. Il faut donc que le prix du blé et autres produits vendus rembourse ces diverses sommes et suffise à l'entretien de sa fa- mille. Les impôts et la rente du terrain ne sont pas rem- boursés annuellement par les productions du sol; quelques champs, par une déplorable méthode, res- tent en Jachère et exigent des travaux sans donner de récoltes; d’autres ne fournissent que la nourri- ture nécessaire aux troupeaux et à la famille. Ce n'est en général que par la récolte du blé que les fermiers, dans les pays pauvres, retirent le montant du fermage et des autres dépenses courantes. Si, tout compte fait, et y compris les frais de transports par des chemins difficiles pour arriver au marché, chaque hectolitre revient au cultivateur à 12 KB 9 on ne peut admettre aucun blé étranger, sans 1nposer la même somme à l'importation. En Angleterre les impôts sont plus élevés qu'en France; aussi le blé est beaucoup plus cher et lim- portation est toujours prohibée, à l'exception des temps de disette. Nous voyons qu'à Hambourg le prix du blé est de 8 fr. 81 c., et à Odessa de 8 fr. 66 c.; il est facile de se rendre compte des causes qui déterminent ce bon marché relativement aux prix des autres marchés. Le blé de Hambourg vient de la Pologne, où les paysans sont serfs et coûtent peu à entretenir. La terre n’est pas imposée, et Le seigneur qui possède SUR LES MOUTONS A LONGUE LAINE. Gr des domaines très-étendus, se contente d’un faible revenu; le blé se fabrique donc à bien meilleur marché qu’en France. A Odessa, le blé est à plus bas prix encore; la terre plus féconde sous une latitude plus élevée ne paie ni rentes n1 impôts; les cultivateurs accoutumés à une nourriture grossière ne recoivent aucune ré- tribution et dépensent peu en frais d'habitation et d’habillement sous le_ciel le plus beau. La France placée dans des circonstances si con- traires, ne peut admettre la liberté de commerce; aussi a-t-on remarqué que le tarif trop bas des droits mis à l'importation a déja causé des pertes incalcu- lables à l’agriculteur, et, pour ainsi dire, la ruine de plusieurs départements. Il faut de toute nécessité réduire en France comme en Angleterre les impôts qui pèsent sur le sol, ou augmenter les droits d’im- portation, et n’admettre le blé étranger que lorsque le prix en France est beaucoup plus élevé que le maximum actuel déterminé par la loi. Quant aux droits d'exportation, à moins de guerre ou de’circonstances extraordinaires, qui d’ailleurs ne peuvent agir sur tout le monde à la fois, la France doit désespérer de vendre du blé ou d’autres cé- réales au dehors, parce que le blé français trouvera sur tous les marchés ceux venant de Pologne, d’O- dessa, des États-Unis, dont le sol n’étant pas imposé, doit fournir des produits à beaucoup meilleur marché. Ii est nécessaire sans doute de prévenir les di- settes et d'assurer l'importation du blé, lorsque la récolte a manqué; mais n'est-il pas à craindre qu’au heu de combler seulement le déficit, on n'importe 62 NOTICE beaucoup au-delà des besoins, et que les blés tirés des pays exempts d'impôts, donnés à des prix plus bas que les frais de production en France, n’oCca- sionnent de nouveau la ruine des cultivateurs? Ne serait-il pas possible d’obliger chaque ville à traiter, comme la capitale, avec des fermiers ou né- gociants pour assurer en tout temps les approvision- nements nécessaires à la consommation du peuple pendant une année. Des commissaires s’assureraient chaque mois de l'existence des magasins, de la qua- lité du blé, de leur renouvellement. On achèterait dans les années d’abondance, on vendrait dans les années de disette, en renouvelani chaque année une partie des approvisionnements, on maintiendrait ainsi un prix plus uniforme. Au reste, les progrès de l’agriculture éloignent le retour des disettes, parce que la variété des pro- duits qui mürissent à des époques différentes assure la réussite de plusieurs. Les pommes de terre plus généralement cultivées sont moins exposées aux in- tempéries et fournissent chaque année une nourri- ture abondante et saine. Les gelées, les pluies ou la sécheresse en réduisent plus ou moins l’'abon- dance, mais ne sauraient pas en arrêter la produc- tion, qui pourrait suffire pendant huit mois, chaque année, à la population entière. Les observations précédentes s'appliquent égale- ment à la législation sur le tarif des droits d'impor- tation sur les moutons et les laines. Chaque mouton doit rembourser, par la toison et les agneaux, le montant des impôts établis sur la nourriture qu'on lui a donnée, sur le sel qu’on lui distribue, sur SUR LES MOUTONS À LONGUE LAINE. 63 l’étable où il est renfermé, sur le berger qui le con- duit. Il doit, en outre, payer la rente du sol avan- cée par le fermier; le reste de la valeur du mouton est l'équivalent des soins du fermier. Mais le cultivateur français qui conduit son trou- peau ouses laines aux marchés ne pourrait les livrer au même prix que ceux de la Suisse et de l’Alle- magne où l'impôt sur la terre et sur le sel est très- faible; et que les propriétaires de troupeaux de Cri- mée, où les moutons sont abandonnés toute l’année sans abri, sans berger, sur des pâturages fertiles non imposés. En Crimée, à l’époque de la tonte, on conduit les troupeaux sur les bords de la mer; on en tue une partie pour enlever la peau et la laine. La chair qui n'a nulle valeur est jetée à la mer. Des bancs d’es- turgeons sont attirés et pêchés; on enlève les œufs et quelques parties précieuses de ces poissons; le reste est de même rejeté à la mer, la chair du mou- ton et du poisson n'ayant aucune valeur dans ce pays si fertile et si peu habité. Les laines de Crimée transportées en Italie et à Marseille ne valent pas au-delà de 9 sous la livre, malgré la difficulté actuelle et momentanée des communications. Si on les admettait en concurrence avec celles de la France, le prix de celles-ci tombe- rait au-dessous de la valeur nécessaire pour payer l'impôt et la rente du sol; les cultivateurs français devraient renoncer à élever des moutons et ne pour- raient payer les prix de fermage. Il faut donc par le tarif des douanes faire peser sur les productions 64 NOTICE importées la totalité des impôts prélevés sur celles indigènes. On ne conçoit pas pourquoi les lois sur les impor- tations et les exportations sont proposées par l’ad- ministration des douanes, qui est étrangère à tous les intérêts que cette. législation touche. Les pro- priétaires, fabricants, agriculteurs et consomma- teurs paraissent seuls aptes à éclairer les questions d’une si haute importance, qui ne peuvent être con- venablement résolues qu'après avoir été profondé- ment méditées, publiquement et long-temps discu- tées par tous les hommes versés dans l'étude de lé- conomie politique. Mais cette science si importante par son influence sur le bonheur et la puissance des nations, reste pour ainsi dire étrangère, et n’a été encore ni classée ni admise dans nos académies. SUR LA FILATURE DE MARCQ. 65 DE L'EMPLOI DES LAINES LONGUES À LA FILATURE DE MARCQ. > a— Les laines longues dont la France manque totale- ment sont tirées de la Hollande, particulièrement de la Frise et de la Nort-Hollande. On en distingue de diverses qualités; les plus estimées sont l’extra- blanche, la superfine, la fine. Dans les assortiments on admet pour un quart les laines de bêtes grasses tuées pour la boucherie. Cette laine qui est considé- rée comme la plus mauvaise en France, parce qu’on la sépare du cuir au moyen de la chaux qui l’at- tere, est réputée de qualité supérieure en Hollande, où l’on se borne à échauffer les cuirs dans une étuve pour la détacher où l’arracher sans l’altérer. Cette laine dite des bouchers est plus pleine, plus nerveuse, plus douce, comme provenant d'animaux mieux nourris et plus gras. Les laines longues de Hollande arrivent à Tour- coing, où elles sont préparées pour être filées. Toutes ces opérations se font à la main sans emploi de ma- chines. Les laines sont lavées avec soin dans de l’eau de mares ou de pluie, séchées sur l’herbe, et portées dans les magasins. Là des ouvriers coupent les pointes des mèches qui restent collées par le crottin et le suint, et séparent ces déchets qu'on passe à la carde. D’autres ouvriers trient les laines mèche par 5 66 NOTICE mèche, et en font cinq tas de qualités différentes, savoir: 1° l’extra-blanche; 2° la superfine; 3° la fine; 4° la grosse; et 5° l’extra-grosse. Les laines ainsi pré- parées sont lavées une seconde fois dans des lessives alcalines chaudes; on en fait des cordons qu'on tord pour égoutter. Les peigneurs prennent ces cor- dons encore humides, les ouvrent, les passent dans les triples dents d’un peigne successivement présenté sur un brasier ardent, et trempé dans une jatte pleine de beurre. Le peigneur enlève les flocons de laine, les nœuds, la poussière et tous les corps étran- gers; il dispose les brins dans leur longueur et opère une première préparation ou filature. Les poignées, qu'on nomme peignons, d’un mètre de longueur, du poids d’une livre environ, grosses dans le milieu, effilées dans les bouts, sont expédiées sous cette forme aux négociants de Reims, de Beauvais, d'Amiens, qui les font filer dans les campagnes environnantes. Jusqu'ici ces laines étaient filées à la main, pas- saient par vingt personnes et parcouraient plusieurs fois les mêmes routes dans plusieurs départements avant d'arriver du producteur au consommateur. Ayant reconnu qu'en Angleterre le peignage et la filature de la laine longue se font plus vite, beaucoup mieux et à meilleur marché avec des ma- chines, et que c'est en partie par l’économie que donnent ces procédés que l'Angleterre s’est empa- rée du monopole du commerce des étoffes de laine; j'ai proposé à un de mes amis d'élever une grande filature de laine, et d'y employer les ma- chines et les procédés les plus perfectionnés. SUR LA FILATURE DE MARCQ. 67 EMPLACEMENT DE LA FABRIQUE. © Nous ayons choisi, pour l'emplacement, les bords d'un canal navigable et d’une grande route pavée, le voisinage d'une ville impartante et commercante, une contrée où toute la population est manufac- turière, et voisine de l'Angleterre et de la Belgique, enfin un point intermédiaire entre Lille, Gand et Anvers, et surtout entre Lille, Tourcoing et Rou- baix. Par cette position, les fondations à peine com- mencées, l'établissement a été connu. Les transports du charbon, des matières pre- mières, des marchandises fabriquées, se feront au plus bas prix; on obtiendra aux meilleures condi- tions les meilleurs ouvriers; on ne paiera aucun droit d'octroi. Ces divers avantages augmenteront de plus d’un quart les bénéfices nets, et empêche- ront long-temps toute concurrence. Pr D 68 NOTICE DES MACHINES EMPLOYÉES ET DES PRODUITS FABRIQUÉS. | Les machines à tisser la laine longue pour les- quelles nous avons obtenu un brevet d'importation, remplissent parfaitement le but qu'on voulait at- teindre; elles donnent à volonté des fils plus ou moins gros, plus ou moins tordus, et les qualités diverses demandées par les fabricants; elles procu- rent une économie de plus de moitié sur les pré- parations et la filature. Nous avons également des brevets pour la ma- chine à peigner la laine et pour celle à flamber les fils et étoffes. La première réduit la main d'œuvre et les déchets, et permet de fournir toutes les laines employées par les métiers à filer. La seconde enlève les duvets intérieurs et saillants des étoffes; elle donne aux poils de chèvre, bombosines, et aux tissus de coton le brillant de la soie, le poli du lin, et double la valeur de ces tissus. Cette préparation se fait au moyen d'une pompe aspirante qui oblige la flamme du gaz de passer à travers l’étoffe; elle est plus complète que le grillage, qui ne détruit que le duvet saillant et manque rarement d’altérer le tissu. D'autres machines seront employées à tisser et à fabriquer des étoffes mérinos, des flanelles, des bombosines, poils de chèvre, et autres tissus faits avec la laine longue. L'établissement sera éclairé au gaz, au moyen des SUR LA FILATURE DE MARCQ. 69 appareils les plus perfectionnés. On se servira de la vapeur pour chauffer les divers ateliers et particu- lièrement ceux du lavage des laines et de teinture. La filature, où l’on emploiera deux pompes à va- peur de la force ensemble de 5o chevaux, est dis- posée pour préparer et filer mille kilogrammes de laine par jour. Ces mêmes moteurs serviront au tis- sage des fils de laine, ou seuls ou croisés avec du lin ou de la soie. Toutes les laines filées qui ne seront pas de- mandées par le commerce, seront employées à la fa- brication de tapis ras, de bas, de flanelles(1). Mais il est probable que les administrateurs n'auront pas à s'occuper long-temps de ces fabrications; il ne peut manquer de s'élever à Lille et dans les villes voi- sines un grand nombre d'ateliers destinés à tisser les étoffes de poil de chèvre. L'établissement de Marcq se bornera dans ce cas à filer la laine. (1) L'usage si général et si nuisible à notre agriculture des étoffes de coton, doit être uniquement attribué au bas prix de ces tissus, ou plutôt au perfectionnement des machines et au bon marché de la filature et du tissage du coton. La laine brute et le lin sont à aussi bas prix que le coton, et seront bientôt filés, tissés et vendus au même taux. Alors les étoffes de laine et de lin devront être généralement préférées. La laine ne conduit pas la chaleur, elle n’absorbe pas l'humidité; qualités qui rendent les habillements de laine plus sains que ceux de coton, et doivent les faire préférer. Le lin ne S’altère pas, comme le coton, par l’action de l’eau, de l'air et de la lumière, et il dure quatre fois plus. Par ces diverses considérations, il est à souhaiter que bientôt la laine et le lin remplacent généralement le coton. La population des villes serait plus sainement et plus élégamment vêtue, et celle des campagnes jouirait d’une aisance jusqu'ici inconnue. poto Sox. are ES— e 70 NOTICE FILATURE A FACON. L'administration de Marcq recevra des laines lon- gues ou mérinos des propriétaires de troupeaux, ou des marchands de laines et des fabricants; les fera laver, peigner et filer à des prix et dans un temps déterminés. Les diverses opérations seront confiées à des em- ployés intelligents, et à un contrôle qui assurera les intérêts des correspondants. On déduira des frais de facon, la valeur des laines de déchet que donnent le peigne et la filature. SUR LA FILATURE DE MARCQ. 73 DE L'ACHAT DES LAINES LONGUES POUR LA FILATURE DE MARCQ. ———> 9 ée——— En fondant l'établissement de Marcq, on s'est proposé d'encourager l'introduction des moutons à longue laine qui nous manquent; d'importer les ma- chines à préparer, peigner, filer et tisser cette laine, tres-supérieure pour divers usages; de diminuer en peu d'années de plusieurs millions le montant des importations en moutons, laines et tissus de laine; et de contribuer par cette grande entreprise aux pro- grès de l’agriculture et des manufactures. Pour atteindre ce but, on a divisé le capital de la filature en beaucoup d'actions, afin d'associer un plus grand nombre de personnes, d'étendre l'instruction par l'attrait de la nouveauté et de l'intérêt, et d'as- surer le succès par l'étendue et la variété des lu- mieres des co-associés. La création des troupeaux de moutons à longue laine est maintenant l'amélioration la plus nécessaire à notre agriculture et à nos fabriques; mais les es- sais étaient retardés par la crainte manifestée par les proprictaires de ne pouvoir vendre leurs laines; il était nécessaire d'ouvrir un vaste marché où toutes les laines de cette qualité seraient reçues et estimées par des experts exercés et irréprochables, et payées dans un délai court sans chance de perte. 72 NOTICE Les propriétaires de troupeaux sont maintenant forcés de passer par l'intermédiaire de plusieurs courtiers et marchands qui s'interposent entre le vendeur et le fabricant; ils doivent quelquefois con- server leur laine plusieurs années et la livrer à des prix fort au-dessous du cours, par défaut de con- currence ou par suite de laltération causée par l'humidité et les insectes. Comme beaucoup de propriétaires et marchands salissent les laines à vendre, en y mélant des corps étrangers qui en augmentent le poids d’un quart, de moitié, du double même, il en résulte que le prix de la laine dans le commerce est fort au-dessous de la valeur réelle, et que les propriétaires de bonne foi sont ainsi victimes des mélanges faits par quel- ques cultivateurs ou marchands avides. À la fabrique de Marcq, ces inconvénients seront évités; chaque lot envoyé sera immédiatement lavé à fond, pesé, estimé par les arbitres jurés et payés comptant ou à courts termes; ainsi personne n'aura intérêt à envoyer des laines terreuses et sales, et chacun devra au contraire les laver avec soin pour diminuer les frais de transport. Les opérations et les estimations seront faites sous la surveillance des agents de la compagnie désignés par les administrateurs, dont les noms garantiront la bonté des choix des employés et la sévérité dans les opérations et vérifications. Les propriétaires qui enverront des laines, rece- vront en échange des bons sur le trésor ou sur les receveurs-généraux de leurs départements, ou, s'ils le préfèrent, des produits de leurs toisons en laines SUR LA FILATURE DE MARCQ. 73 peignées, filées ou tissées, à des prix fixés pour les négociants en correspondance avec l'établissement. Le tarif de la valeur des laines longues sera réglé d’après le prix des laines de même qualité, impor- tées de Hollande et d'Angleterre. Il sera fixé tous les trois mois, et envoyé aux propriétaires en relation avec l'association de Marcq. Comme l'établissement emploiera, avant la fin de 1826, de 300 à oo livres de laine par jour, et en 1827, de 1,000 à 1,500 livres, il pourra, pen- dant bien des années, acheter toutes les laines lon- gues que la France produira. Il sera proposé à l’assemblée des actionnaires d’allouer une prime, fixée par eux,aux propriétaires de troupeaux appartenant en tout ou en partie à un actionnaire, ou à des personnes ayant un ac- tionnaire pour caution, qui fourniront de la lame longue indigène, ou en plus grande quantité, ou la plus belle; un jury serait choisi parmi les personnes les plus expérimentées de la contrée pour juger les laines et décerner les prix. 74 NOTICE DESCRIPTION DES BATIMENTS DE LA FILATURE DE MARCQ. Les bâtiments formeront un carré ayant 300 pieds de côté, une largeur de 30 pieds, et plusieurs étages d’une hauteur variable selon l'usage auquel ils sont destinés. Dans le milieu de la cour sera élevé le bà- üment principal destiné à la filature; il aura 180 pieds de longueur, 42 de largeur et trois étages. La face nord-ouest du carré, longeant la grande route de Lille à Menin et Gand, est destinée au lo- gement du directeur fabricant et des ouvriers; celle nord-est, parallèle au canal de Roubaix, est em- ployée sur une moitié aux ateliers de menuiserie, serrurerie, à la forge, aux tours, et sur l’autre moi- tié aux magasins de laines et au lavage et peignage; la face sud-ouest servira de magasin de laine et aux ateliers de préparation, et surtout aux entrepôts de laine peignée, filée et tissée; la face sud-est doit être employée au lavage de la laine, au séchage et à la teinture.( Voir la planche, fig. 2, 3 et 4.) La grande filature placée au centre des bâtiments communiquera avec les magasins au moyen de deux ponts couverts qui permettront de porter la laine peignée et celle filée des magasins à la filature, et de la filature dans les entrepôts, sans descendre dans les cours. SUR LA FILATURE DE MARCQ. 75 Les machines à vapeur feront mouvoir non-seu- lement les métiers à filer et à tisser, mais les divers tours des serruriers et menuisiers, et toutes les ma- chines destinées à préparer et peigner la laine. On pense que la filature sera en pleine activité le 15 novembre; que le 1° avril, on filera 800 li- vres de laines par jour, et le 1° octobre 1827, de 1,500 à 2,000 livres par jour. LOG— Mb uni 76 RÉSUMÉ. RÉSUMÉ. La France, sous le climat le plus varié et le plus heureux, avec un sol très- fertile, est cependant tributaire de tous les états voisins; elle importe de l'étranger du blé, des bestiaux, et surtout des moutons, et des étoffes de laine dont elle devrait ap- provisionner une partie de l’Europe, si les diverses branches de agriculture et des manufactures pre- naient une extension convenable. La race de mérinos naturalisée en France dans le dernier siècle, long-temps dédaignée, s’est ré- pandue tout-à-coup avec autant de rapidité et d’irré- flexion qu'une mode. Cette race précieuse ne fournit qu'une sorte de laine qui est, à la vérité, très-fine, élastique, mais spécialement bonne à la carde et aux étoffes qui doivent être plus ou moins drapées et feutrées. Les tapis, les tricots, la bonneterie, la flanelle, les bombosines, les poils de chèvre, exigent une laine longue, droite, douce, soyeuse, moelleuse, blanche et brillante, qui est fournie par la race in- dienne, modifiée en Hollande et en Angleterre par des croisements dirigés avec habileté. Les variétés principales de moutons à laine longue sont nommées du Texel, Dishley, ou New-Leicester, Tees-Water. On propose de former des troupeaux de laines RÉSUMÉ. 70 longues par des croisements de béliers hollandais et anglais avec des brebis mérinos et métis de France se rapprochant le plus de la race à créer. En mêlant le sang anglais et hollandais des races à laine longue avec les brebis mérinos de France, on obtiendra une race sans cornes, comme le bé- her; ayant la laine plus douce, plus fine, plus serrée que celles des races anglaises et hollandaises, plus longue que celle des mérinos; des os plus petits et une plus grande facilité à s'engraisser que ces der- niers. Par ces dispositions et sans courir de chance de perte, une compagnie de propriétaires et de capita- listes associés dans le but d'importer les races étrangères et de perfecuonner celles de France, parviendrait, en moins de dix ans et avec un capital de 1,300,000 fr., à former des troupeaux deux fois plus nombreux que ceux de la Hollande, à livrer à nos fabriques deux fois plus de laine et de meilleure qualité que celle importée annuellement à grands frais de: Hollande, d'Allemagne et d’Es- pagne. Le succès paraïtra infaillible aux agronomes qui s'occupent de cette branche d'industrie| puisque la race à longue laine réussit en Hollande, le pays qui convient le moins aux moutons; on peut donc, avec des soins et de l’habileté, ürer parti, dans le même but, de toutes localités, et élever avec profit des moutons à longue laine sur toutes les fermes de France. Les Hollandais, aprés avoir conquis leur sol sur la mer, soumettent à une terre humide, à un climat 58 RÉSUMÉ. 4 pluvieux, les plantes et les animaux des monta- gnes, et font également prospérer les mélezes et les moutons dans leurs terres basses et toujours sa- turées d’eau. De puissants motifs doivent nous déterminer à profiter de l'expérience acquise par l'Angleterre et la Hollande, et des leçons données par le tableau de nos douanes. Nous devons chercher à nous af- franchir de l'étranger, que nous enrichissons par des importations ruineuses de produits naturels à notre sol; nous devons procurer un travail continu et bien récompensé, des vêtements peu coûteux et sains à la population d’une partie du royaume, pres- que nue et dans la détresse. En augmentant de plusieurs millions le nombre de moutons, la terre mieux fumée, plus féconde, donnera plus abondamment du lin, du chanvre et les autres produits que nous importons à grands frais et pour des sommes plus élevées que la moitié de l'impôt foncier. Nous fournirons alors, à nos fa- briques, des laines et autres matières premières en abondance, à bon marché: dans peu d'années, les étoffes de laine remplaceront généralement celles de coton, qui n’ont ni la force ni la durée des toiles de lin, ni l'élégance ni les qualités sanitaires des étoffes de laine. Pour contribuer autant qu'il était en mon pou- voir à un but si utile, j'ai importé des moutons hollandais et anglais à longue lame, et entrepris une série de croisements dont les premiers résultats font espérer les races les plus convenables et les plus productives dans un grand nombre de localités. RÉSUMÉ. 79 En même temps une association nombreuse, choisie dans les classes les plus éclairées de la so- ciété, a établi une fabrique pour la filature et le tis- sage des laines longues. L'emploi considérable de ces laines dans cette fabrique contribuera à la pros- périté des établissements agricoles où l’on élèvera des moutons de cette race, et à la création de nom- breux ateliers de tissage, par l'attrait de profits cer- tains et plus élevés. Dans la fabrique de Marcq, les laines longues seront préparées, peignées, filées et tissées au moyen de machines qui économiseront le temps et les mains d'œuvre. Les premiers succès nous don- nent la garantie que les espérances conçues seront réalisées. En indiquant les avantages à retirer des moutons à longue laine, nous n'avons pas proposé l’exclu- sion des autres races; nous jJugeons seulement celles-ci plus avantageuses et les seules admissibles dans certaines localités. La race south-down à laine courte, tassée, élas- tique, fine, ayant des formes élégantes et tous les caractères qui annoncent la force, la santé et la facilité de s'engraisser, doit être préférée dans les Pays secs, élevés et montueux. Elle se nourrit bien et réussit sur des pâturages où des moutons de plus haute taille resteraient dans un état stationnaire et de dépérissement. Quoique les south-down pèsent souvent autant et même plus que ceux de plus grande taille de dishley; ils paraissent moins lourds en raison des belles proportions qui distinguent cette race. 80 RÉSUMÉ. Quelques richesses que promettent à la France l'importation et l'éducation de ces races, on ne doit pas se dissimuler que beaucoup de causes s’op- posent à la réussite de cette amélioration nationale. 1° La culture des terres est abandonnée à des fer- miers sans avance, sans instruction, n'ayant ni la chance ni l'espoir d’un heureux avenir. 2° Les grands propriétaires et capitalistes qui seuls pourraient tenter et obtenir le perfectionne- ment de l’agriculture et particulièrement des races d'animaux domestiques, résident dans les villes; ils confient leurs domaines à des gérants et les vendent après avoir renoncé au séjour de la campagne dont ils sont pour ainsi dire repoussés; l'administration ne leur laisse aucune fonction utile à remplir, et les impôts de toute nature qui pèsent sur le sol ré- duisent le revenu d’un capital placé en terres à moins de moitié de l’intérêt donné par les mêmes sommes mises en rentes de l’état. 3° La plupart des départements sont couverts de forêts aménagées conformément aux réglements des temps barbares, où la science de l'agriculture et toutes celles naturelles qui s'y rattachent étaient encore inconnues. Le système ordonné par les ré- glements qui défend de cultiver les arbres, d’en lalterner l’essence, de choisir les espèces les plus convenables, les plus profitables dans chaque loca- lité, Ôte tout espoir d'améliorations agricoles. Les arbres ont besoin, comme les céréales, d’être soi- gnés, essartés, labourés; il faut les semer ou les planter, les éclaircir, enlever les plants tortueux et ceux de mauvaise essence, n'admettre que des ar- RÉSUMÉ. 81 bres de futaie suffisamment espacés, et établir sur toute la surface des prairies ou pâturages. En transformant ainsi les forêts, dans les pays de plaine, en futaie sans taillis, on obtiendrait des ar- bres plus beaux, de meilleure qualité, en plus grand nombre, et des produits en herbages qui dépasse- raient ceux donnés par les taillis sans futaies. Si an laissait en France, comme en Angleterre et en Belgique, aux propriétaires de forêts, la liberté illimitée d’en disposer à leur gré, de les aménager à leur choix, d'ouvrir à volonté dans leurs forêts des routes spacieuses, d'établir des pâturages sous les arbres de haute futaie, convenablement espacés, le royaume pourrait augmenter de dix millions le nom- bre des moutons de race précieuse par l’accroisse- ment des pâturages, et par la facilité de détruire les loups, qui rendent maintenant toute spéculation de ce genre imprudente et impossible. Les améliorations proposées dans cette notice, et les moyens indiqués pour ÿ parvenir, ne paraîtront pas dune exécution difficile; puisque les mêmes résultats ont déja été obtenus en Écosse dans les circonstances les plus défavorables. L'Écosse, sous le ciel le plus âpre, avec un sol montueux et aride, était encore dans le milieu du dernier siècle étrangère aux arts et aux manufac- tures, et pour ainsi dire séparée par ses habitudes, comme par ses hautes montagnes, des pays civilisés. La population sans instruction, habituée aux ali- ments les plus grossiers, à peine vêtue, formait avec celle de l'Angleterre les contrastes les plus affli- geants. Les propriétaires de l'Écosse les plus in- 6 LD) RÉSUMÉ, fluents par les talents, les richesses, et surtout par les services rendus à l’état, formèrent une association dans le but de perfectionner l’agriculture et les ma- nufactures, et de rendre par l'instruction le peuple meilleur et plus heureux; ils établirent des écoles, des bibliothèques publiques, des ateliers, sous la di- rection des plus habiles professeurs; ils importèrent les machines les plus parfaites, les races d'animaux domestiques les plus précieuses, et sont parvenus à dépasser leurs voisins de l'Angleterre dans toutes les branches de l’industrie. Maintenant l'Écosse est en possession de fournir à la Grande-Bretagne les mécaniciens les plus habiles, des modèles dans les applications des arts à l’agriculture et aux manu- factures; elle offre sur tous les points, au voyageur étonné, je spectacle de l’aisance, de la prospérité et du bonheur. La France, au milieu des ressources variées et in- épüisables que la nature lui a prodiguées, pourrait- elle consentir à rester long-temps encore tributaire des nations voisines les moins favorisées; à importer chaque année pour cent cinquante millions de hou- blon, de blé, lin, laines, moutons et autres produits, qu’elie devrait au contraire exporter comme excé- dant de sa consommation? Voudrait-elle plus long- temps eurichir, par son imprévoyance, la popula- tion de l'Allemagne, de la Suisse, de la Belgique, de l'Angleterre, lorsque la moitié de celle du royaume manque des objets les plus nécessaires et vit au mi- lieu des privations? Se bornerait-elle à conserver la supériorité qu'elle s'est acquise dans les lettres et les beaux-arts, et à rester spectatrice des efforts in- FES RÉSUMÉ. 83 croyables tentés avec succès par la Grande-Bretagne pour instruire et enrichir les dernières classes du peuple, et étendre de plus en plus sa puissance sur le globe? Au milieu du mouvement général qui pousse les hommes à un meilleur avenir, et que favorise la paix, il est certain que l'indifférence et l'inactivité d’une nation assureraient le triomphe des puissances rivales; il faut, ou avancer, ou se soumettre à la vo- lonté des plus habiles et au hasard des évènements. Mais tel ne sera pas le sort de la France: chaque année constate les progrès de la civilisation et le triomphe des lumières sur l'ignorance. Les pré- jugés les plus funestes disparaissent; des sentiments élevés prédominent; et la mode même se plie à la raison, en adoptant les inspirations généreuses des plus augustes personnages et en suivant la marche tracée par eux. S. M., en encourageant les associations utiles par des dons ou des souscriptions, les a rendues natio- nales, et a plus fait pour la prospérité du royaume qu’en retranchant plusieurs millions du budget. Les hommes les plus élevés, les plus honorables, s'in- scrivent dans toutes les entreprises utiles à l'état, et s'inquiètent moins des intérêts à retirer que des avantages à espérer pour le public; ils assistent aux réunions où se trouvent des hommes placés dans les diverses positions de la vie, ayant toutes les nuan- ces d’opinions; les plus habiles apportent leurs lu- mières; les plus dignes, la puissance de la raison et de la considération; tous sortent satisfaits, meilleurs 04 RÉSUMÉ. et plus Français, de ces assemblées libres où se per- dent les anciennes animosités. Nous proposons de former une société ayant pour but, soit directement, soit par des encouragements, d'affranchir l’état des importations en moutons, lai- nes, étoffes de laine, etc., et nous sommes heureux d'annoncer que les personnes les plus honorables ont offert d'entrer dans cette association. RÉSUMÉ. 85 NOTE SUR LES MOUTONS SOUTH-DOWN. Nous avons proposé de former des troupeaux de moutons à laines longues, sans attribuer à ces races des qualités supérieures à celles des mérinos et au- tres. La laine longue nous manque; nous en impor- tons, ainsi que des moutons de la Hollande, pour des sommes très-élevées; mais on agirait imprudemment en remplaçant généralement, par cette race, les trou- peaux bien choisis de mérinos de sang pur et de métis très-perfectionnés. L’Angleterre possède une race à laine courte que la plupart des fermiers estiment plus que celles de Dishley et New-Leicester, et même de Norfolk. Ces moutons ont en effet des qualités rares qui doivent les faire rechercher en France. Le south-down est sans cornes, bas sur jambes; il a le coffre vaste, le devant très-ouvert, les pieds et l'extrémité de la tête noirs ou tigrés; il est vigou- reux, robuste; il résiste également bien au froid, à la chaleur, à l'humidité;s’accommode de toute nourri- ture, et s’engraisse facilement même sur des pâtu- rages aigres et de mauvaise nature: la laine est courte. fine, tassée, frisée, nerveuse, et préférée à toutes les autres pour la carde et la draperie; la chair est délicate, très-estimée. Dans les pâturages, le south-down est paisible; il mange ou se repose, 86 NOTE et gâte peu l'herbe. Il ne cherche pas à sortir des parcs et enclos, où il se laisse difficilement saisir. La race south-down est considérée comme celle qui gagne le plus en chair et en graisse dans un temps et avec une quantité donnés de nourriture. Ainsi elle réunit la beauté des formes à la bonté de la chair et à la supériorité de la laine destinée à la carde. Quelques propriétaires cependant, estimant plus la race dishley, ont fait, avec les partisans des south-down, des paris considérables qui ont donné lieu à des recherches et des expériences instructives que tous les cultivateurs ont intérêt à connaître. Les faits suivants sont constatés par les hommes les plus considérables et les plus honorables de l’An- gleterre. Le duc de Bedfort, voulant s'assurer quelle race supportait le mieux le froid et la faim, mit en ex- périence, le 30 novembre, sept moutons des quatre principales races anglaises. Ces moutons furent enfermés le 30 novembre, et laissés tout l'hiver dans un enclos, où on ne leur donna que du foin, et en petite quantité, qu'on jetait sur la neige. Le 28 avril suivant, ils furent pesés de nouveau, et on trouva les nombres ci-après: 7moutons South-Down pesaientle 30 oct. 799 8, le 7 avr. 748 2 7 id. de New-Leicester.... id...... 887 5,id.... 815 9 7 id. de Colteswold....... idiiise* 1106 2, id... 1007 14 7 id. de Wiltshire......... ide ue DTA id... O7 Ces résultats font connaître que les moutons south- pe à SUR LES MOUTONS SOUTH-DOWN. 87 down sont plus robustes, puisqu'ils ont moins perdu et ont mieux résisté au froid et à la faim. On mit trois moutons de chaque race aux tur- neps, le 1° novembre; on leur donna du foin en pe- tite quantité, et on les pesa le 7 avril. Les trois moutons de South-Down, pesant... 355, ont gagné 38 Héttde Deicesten! À Hi 0: FAN ON pan 408, ont perdu 8 Ceux de Colteswold.......: EN D'OR e EU 309, ont gagné 11 Cane nNulESITe. ART 0. Li oct 5or, dé 87 On a cru reconnaitre que les moutons de Lei- cester avaient la pourriture; ainsi il ne faut pas te- nir compte des résultats obtenus pour cette race. Un mouton de chaque race fut tué, et on trouva que, sur un poids de 136 liv. 14 onces en vie, les quatre quartiers du south-down pesaient 83 livres, et que le rapport de la viande aux os et débris était plus grand que pour les autres. Les nourrisseurs les plus habiles pensent que la bonne qualité de la viande et de la laine dépendent également de la santé des moutons. Ils savent recon- naître à l’examen d’une toison, si le mouton a souf- fert, et en déterminent même l’époque de l’année; la laine qui touche alors le corps est jaune, sèche, sans nerf et sans force; les brins tirés par leurs ex- trémités se cassent tous au même point. L'animal qui s’engraisse produit une laine plus moelleuse et plus nerveuse; et toujours la laine des moutons gras est supérieure à celle des moutons maigres de même race. Les moutons south-down ont été soumis à un 38 NOTE grand nombre d'expériences. On à trouvé qu’un mou- ton south-down, entretenu sur une montagne jus- qu’à l’âge de deux ans, sans provision d'hiver, avait parfaitement résisté au froid; que son poids en vie était de 121 liv. 14 onces, et celui de la viande et du suif de 77 livres. Le poids dun autre south-down en vie a été trouvé de 163 livres: et celui de la viande et du suif de 117 livres. Il a été constaté que les moutons south-down sont, de toutes les races, ceux qui perdent le moins, relativement, lorsqu'on les fait jeuner vingt-quatre heures; ce qui donne droit de présumer qu'ils prennent moins d'aliments, ont moins besoin de nourriture et consomment moins. Les south-down étant, de tous les moutons de l'Europe, les plus vigoureux, les plus bas sur jam- bes, relativement à leur grosseur, sont aussi ceux qui conviennent le mieux dans les contrées élevées de la France, sur les pentes crayeuses et rapides, comme en Angleterre où on les préfère. Quoique l'excellente race de south-down se con- serve mieux en santé sur des pâturages arides, ce n'est pas un motif pour les mal nourrir: le poids des toisons et de la viande, la qualité de la chair et la santé des bêtes dépendent entièrement de la qualité et de la quantité des aliments donnés. Ainsi, mieux on nourrira les south-down, et plus on ob- tiendra de bénéfice. J'ai importé d'Angleterre, et je conserve depuis trois ans, des moutons south-down qui ont parfai- tement réussi dans les pâturages les plus différents. no SUR LES MOUTONS SOUTH-DOWN. 89 ils s’entretiennent en bon état, et s’'engraissent au milieu d’un troupeau de mérinos moins bien portant; et cependant les localités où j'ai dû les entretenir sont sans contredit les moins favorables: dans l’une, le sol est trop bas, trop couvert, trop humide pour cette race qui a besoin d’air, d'espace, et de vivre dans les parcs, même en hiver; dans l’autre, le ter- rain, presque crayeux, est trop aride. D’après les documents recueillis, il paraît con- staté que les moutons south-down, conservés purs ou croisés, donneraient trois fois plus de bénéfice que les moutons communs, et deux fois plus que les mérinos, parce que les moutons mérinos et indige- nes s’engraissent moins vite, et fournissent moins de viande et de laine avec la même quantité de four- rage. Quoique la race south- down soit très-répandue en Angleterre, les prix de vente et de location des animaux de choix sont encore très-élevés. On doit par ce motif chercher à répandre cette race en France, au moyen des croisements des béliers south- down et des brebis mérinos. Les résultats que nous avons obtenus sont très-satisfaisants. Nous en ren- drons compte après les avoir plusieurs fois re- nouvelés. \ EXPLICATION DE LA PLANCHE. La figure première indique l'emplacement de la fabrique de Marcq sur les bords du canal de Rou- baix et de la route royale de Lille à Anvers. Le canal de Roubaix s’embranche près de la fa- brique sur celui de la Deule, qui tombe dans la Lys, et communique par elle avec des canaux et ports de l'arrondissement de Dunkerque. La Deule s’'unit aussi à la Scarpe et au canal de la Sensée, et par ces rivières à l’Escaut et à tous les canaux intérieurs de la France, de la Belgique et de la Hollande. Les figures 2, 3 et 4 représentent le plan, l’éléva- tion, la perspective de la filature. Les échelles serviront à donner connaissance des détails qu’on se propose de publier plus tard. Les façades sur la rue et sur le canal sont ache- vées; le rez-de-chaussée et la grande fabrique inté- rieure sontavancés. Une première machine à vapeur de la force de vingt chevaux fait aller les premiers métiers. Les constructions seront achevées à la fin de 1826. TABLE DES MATIÈRES. —— sr"—— Éxenonuerion..#....... M... 5e 1e) 2m BA PaR M Première objection. Les cultivateurs et les fabricants produi- sent trop. Deuxième eco. L'introduction‘des machines nouvelles ésbnuisible ls 444004. HO E OC ST RES la 21 1 2; Troisième objection. Les établissements nouveaux ruinent les fondateurs, et n’enrichissent que les seconds ou troisième propriétaires l.....--.:......-...:--... ù Quatrième objection. Les propriétés sont trop divisées!.... Cinquième objection. Les défrichements sont dangereux et ex- posent la France à manquer de combustible!-.......-.. Causes des améliorations agricoles, et a des TACen deMOUTONS:- 2.--e---: Ne PURE à De l'exportation des grandes propriétés en France, relative- nent AUMMOULONS 2. ee ce eee he eee shoes tee se she À+ 9» Notice sur les moutons à longue laine et sur la filature de MAG OC A 0 Re 0 Du nombre et de la valeuñdes moutons en France........ 6 Nécessité d'employer les nouvelies machines à filer et à tisser. 15 Des laines peignées et GE SNS PRÉARRURRS AR SIRSs Me Se 18 Des moutons à longue laine.................:*........ 22 Des choix à faire pour obtenir en peu de temps et avec le moins de dépense une excellente race de moutons à longue Lame a ne ee DS Ne co ie ee ce ele ic à 2 ele 29 Création et produit d’un troupeau de moutons à longue laine. 32 Bases du contrat de société à passer entre des propriétaires ou Gi. OSE et des fermiers, pour élever des troupeaux de moutons à longue laines......... OO RENE. de h4 92 TABLE DES MATIÈRES. | Des localités convenables à l'éducation des moutons à longue Des assolements et des irrigations favorables à l'éducation des Mmohtons JAP ELAT ER DA Meet:--reec 5o Obstacles qui s'opposent à la multiplication des races pré- Beuses:."2er CCE TOUS. dd 54 Des droits de douanes imposés sur les moutons et sur les Ë lines seche bee RER EN PONT CELA OCR b7 || De lémploidesdaines longues.-:©..-#44......4..1.. 65 | De l'achat des laines longues..…."..........#2,..h1u.p. 71 lé 4 Description des bâtiments de la filature de Marcq.......... 74 | Résumé::::: M: de do vas- 2 Sté daas dent JE 76 Noté sur lës moutons South-Down...........,......... 85 FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES. FILATURE DE MARCQ EN BARŒUL, PRÈS d em PERSPECTIVE. | Î a L000000000000 l'amannes À mao À 2e| — 10000qonq ue % |:4 # ÉLÉVATION DE LA FAÇADE PRINCIPALE SUR LA GRANDE ROUTE DE LILLE À ANVERS. Echelle de 4o Metres. L T 209876543210 Roubaix PLAN DE LA FILATURE | Echelle de 100 Métres| à 0 20 Go 40 5o 60 Wa Bo go 10 ” Lille à Anvers; CN TO RUN EN NS ON ESS ar pre, 2 2x— EXTRAIT DE LA CARTE DES ENVIRONS DE LILLE ES des Malades j\ à 4 LILLE. Grave par Alès, Rue du Foin S'Jacques N°6, Lars. * E& à K à- ï 5 7 2% A- ue:— EU rs 3 Fe À é gs 88 a 2₰ e eeer de 9 “ .336686368698690066566666666668656666065 3660566860068063 4 96 0 8 0 ₰½ 0 0 8 0 0 H 0 8 0 9 0 0 8 0 0 8 0 8 8 0 8 0 8 80 8 8 8 5. 8 § 9 8 § 0 0 8 S 0 8 9 0 8 8 0 2 8 9 80 8. 5 0 80 9 . O 8 8 9 4 8 0 6 0 0 0 0 0 5 8 0 4 8 8 „ 8 0 „. 0 9 * 8 58 8 „ O F ¼ 0 8 5₰ 0Q 00666000000000000006000000000000000060600606060006009000606060006600000000606000006 eoeneeceeerceeeeeceeercergegegegoceegeceoeoeoeeoeoeee NOTICE SUR rION ET LEPDUGATION „. 7. 1 . DES. 7 *. S A 10NGUE LAINE, ET MPLOI DE LEUR TOISON LA FILATURE DE MARCO. PAR J. CORDIER, LA sOCIETE DE L'AMKLIORATION DES LAINES. pARIS, PRIMERIE DE FIRMIN DIDOT, MEUR DU ROI, RUE JACOE, NO 24. —— 1826. 0009000000009999999098908089896999999909 4 ſe ſ Centimetres