mi die in mime de“mblèn M._atiédie de ARE da inadie à te à Me ne. nm: 5 E- 6,»© oo vw): e_ 2)© 0e)»+© 6© ei 06» 6. 6© Loge LES Je à{ L ,; « °« 4 Lie & ” æ us œ Fe. 4 v 5 ee ee se+ e+. e© » NE > \ Pe re fre Je à Ce le Ë se. æ 4 ot»° :# e 12 rs.*u n Ve Le LES » fo° 2 ES L» œ4, S ‘ n »$ } 5” 45 L; e ; ë o, : n œ 4 Lee E Ce ee CH er FÉES CLEAN Se, ee. ns 2 8 ee ÿ eYs/e© * * ARE réa sEE 3 se% F à à>*_ Eu __— j s S js ne D muse" Fons, NL 5e. re” Fe S a D eh RL< sa à cage ne Le 7 Let e l 2 pe Ë à°%! nl ; »ù# 1&,| Ta 1e* £ F% 7» À \ À à| Ph Fu or 4 { ] > 5 {\ vel Lo BA 167 * é i Ÿ} 1| À 3, ®(7 à$ | à L%< ju ns| Ï} \ L {\ a| \ K e: ; P L à (£ és| À«0 À 7e Œ ï æ Le| C7 1 x D 1 Ci” 12 | PU) RARARARARAR # CRÉTÉ h, NE \* AE . 4 5) ET STI LTP. ment CORBEIL, PP V9 Le 44 " 2 RRNS NAN Ÿ LC ÉÉLLOOL =—\ N nan b« QUE CHAPITRE ÉDITEURS DE PAR NOUVELLE ÉDITION CHEZ ET Ci, S AVEC DES RÉFLEXIONS A LA FIN DE CHA JE À SX CZ \ e > re A PRÉFACE Décembre 1824. On ne connaît point l’auteur de l’ImTa- TioN. Les uns l’attribuent à Thomas A-Kem- pis, les autres à l'abbé Gerson; et cette diversité d'opinions a été la source de lon- gues controverses, selon nous assez inuti- les. Mais il n’est point d'objet frivole pour la curiosité humaine. On a fait des recher- ches immenses pour découvrir le nom d’un pauvre solitaire du xm° siècle. Qu'est-il résulté de tant de travaux? Le solitaire est demeuré inconnu, et l’heureuse obscurité où s’écoula sa vie a protégé son humilité contre notre vaine science. Au reste, si l’on se divise sur l’auteur, tout le monde est d’accord sur l'ouvrage, VI PRÉFACE. le plus beau, dit Fontenelle, quisoit sorti de kr la.main des hommes, puisque l'Évangile n'en î vient pas. Il y à, en effet, quelque chose pl de céleste dans la simplicité de ce livre q prodigieux. On croirait presque qu'un de} ces purs esprits qui voient Dieu face à face hl soit venu nous expliquer sa parole et nous 1 révéler ses secrets. On est ému profondé- ï ment à l'aspect de cette douce lumière qui 1 nourrit l’âme et la fortifie, et l'échauffe; sans la troubler. C'est ainsi qu'après avoir: entendu Jésus-Christ lui-même, les disci-: ples d'Emmaüs se disaient l’un à l’autre: L Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au ce- F dans de nous lorsqu'il nous parlait dans le É chemin et nous ouvrait les Écritures? 3 On a dit que l'Imitation était le livre des* parfaits: elle ne laisse pas néanmoins 7 d'être utile à ceux qui commencent. Nulle or part on ne trouvera une plus profonde W connaissance de l’homme, de ses contra-| à dictions, de ses faiblesses, des plus secrets" mouvements de son cœur. Mais l’auteur ne se borne pas à nous montrer nos misè- à res, il en indique le remède, il nous le fait (Ve d'A À KA«\ “Soit sai 2Dangile a de cm de qu'un d 1 face à ln role et nan ù prof. lumière q t l'échaul après art e, les die nn à l'autre slant au de lait dons! tures! à Le Lovre dà néant | | neent, Nb gs prof es conlr plus secret [ais l'autel er n0$ D “nous le #2] PRÉFACE. goûter: et c’est un des caractères qui dis- tinguent les écrivains ascétiques des sim- ples moralistes. Ceux-ci ne savent guère que sonder la plaie de notre nature; ils nous effrayent de nous-mêmes, et affai- blissent l’espérance de tout ce qu'ils ôtent à l’orgueil. Ceux-là, au contraire, ne nous abaissent que pour nousrelever; et, plaçant dans le ciel notre point d'appui, ils nous apprennent à contempler sans décourage- ment, du sein même de notre impuissance, la perfection infinie où les chrétiens sont appelés.”| pes De là ce calme ravissant, cette paix inex- primable qu’on éprouve en lisant leurs écrits avec une foi docile et un humble amour. Il semble que les bruits de la terre s’éteignent autour de nous. Alors, au mi- lieu d’un grand silence, on n'entend plus qu'une seule voix, qui parle du Sauveur Jésus; et nous attire à lui comme par un charme irrésistible. L'âme transportée as- pire au moment où se consommera son union avec le céleste Époux. Et l'esprit et l'épouse disent: Venez! Et que celui qui PRÉFACE. écoute dise: Venez! Oui, je viens, je me hdte de venir. Ainsi soit-u! Venez, Seigneur Jé- sus. Que sont les plaisirs du monde près de ces Joies inénarrables de la foi? Comment peut-on sacrifier le seul vrai bonheur à quelques instants d'ivresse, bientôt suivis de longs regrets et d’un amer dégoût? Oh! Si vous connaîssiez le don de Dieu, si vous saviez quel est celui qui vous appelle, qui vous presse de vous donner à lui, afin de se donner lui-même à vous, avec quelle ardeur vous répondriez aux invitations de son amour! Venez donc et goüûtez combien le Seigneur est doux; venez et vivez. Main- tenant vous ne vivez pas, car ce n’est pas vivre que d’être séparé de Celui qui a dit: Je suis la vérité et la vie. Mais quand vous l'aurez connu, quand votre cœur fatigué se sera délicieusement reposé sur le sien, il ne vous restera que cette parole: Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui. J'ai trouvé celui qu'aime mon dme; je l'ai saisi et ne le laisserai point aller. Et vous qui souffrez, vous que le monde NS, ee à Seine Onde ps} où? Cons Li bonheur Dientôt sui: dégoit?(} Dieu, si vw appelle, a à lui, af , Avec qui invitations à pütez condin L vivez, Mur [ui qu à dl S quand 10h cœur ali ë sur le sé parole: Ji pi. Jai tr A | saist el tel que Le mon PRÉFACE. afflige, venez aussi, venez à Jésus: il bé- nira vos larmes, il les essuiera de sa main compatissante. Son âme est toute tendresse et commisération. Il à porté nos infirmités et connu nos langueurs; il sait ce que c’est que pleurer. L’Imitation ne contient pas seulement des réflexions propres à toucher l'âme, elle est encore remplie d'admirables conseils pour toutes les circonstances de la vie. En quel- que position qu’on se trouve, on ne la lit Jamais sans fruit. M. de la Harpe en est un exemple frappant; écoutons-le parler lui- même: « J’étais dans ma prison, seul, dans une « petite chambre, et profondément triste. «Depuis quelques jours j'avais lu les psau- « mes, l'Évangile et quelques bons livres. « Leur effet avait été rapide, quoique gra- « dué. Déjà j'étais rendu à la foi: je voyais « une lumière nouvelle; mais elle m’épou- « vantait et me consternait, en me montrant « un abime, celui de quarante années d’é- « garement.Je voyais tout le mal et aucun « remède: rien autour de moi qui m'offrit PRÉFACE. « les secours de la religion. D'un autre‘) « côté, ma vie était devant mes yeux telle«| « que je la voyais au flambeau de la vérité«[ « céleste: et de l’autre, la mort, la mort que«d |« j'attendais tous les jours, telle qu'on la«à |« recevait alors. Le prêtre ne paraissait de |«< plus sur l’échafaud pour consoler celui Ut |« qui allait mourir, il n’y montait plus« d |« que pour mourir lui-même. Plein de ces| Mi « désolantes idées, mon cœur était abattu,« « et s’adressait tout bas à Dieu, que Je ve- d « nais de retrouver, et qu’à peine connais- Le « sais-je encore. Je lui disais: Que dois-je êr « faire? Que vais-je devenir? J'avais sur Up Ab«-une table l’Imitation; et l'on m'avait dit l A4)« que dans cet excellent livre je trouverais 4 EY« souvent la réponse à mes pensées. Je. Um | Pan« l'ouvre au hasard et je tombe, en l'ou- lg LES« vranf, sur ces paroles: Me voici, mon fs, pi [L PA« je viens à vous parce que VOUS M avez in- dant | PAG« voqué. Je n’en lus pas davantage: l’im- impr (ll TÉRE« pression subite que j'éprouvai est au- Ita Me)« dessus de toute expression, et ilne m’est ré, NS« pas plus possible de la rendre que de senti He« l'oublier. Je tombai la face contre terre, quil 4 1 a ” u 4 D'un air Jeux fe dela vénti à mort e quon k parassil soler cal ein dec laut aballu , Que jee ne Conndi J'avais su m'avait l à{rouveri pensées, À be,«en ln ici, on fl $ m'aUez le tage: Lk vai est äl: { ilnemt dre quel ontre lei, PRÉFACE. « baigné de larmes, étouffé de sanglots, « Jetant des cris et des paroles entrecou- « pées. Je sentais mon cœur soulagé et « dilaté, mais en même temps comme prêt « à se fendre, Assailli d’une foule d’idées « et de sentiments, je pleurai assez long- « temps, sans qu'il me reste d'ailleurs « d'autre souvenir de cette situation, si ce « n’estque c’est, sans aucune comparaison, « ce que mon cœur à Jamais senti de plus « violent et de plus délicieux; et que ces « mots: Me voici, mon fils! ne cessaient de « retentir dans mon âme, et d’en ébranler « puissamment toutes les facultés.» Que de grâces cachéés renferme un li- vre dont un seul passage, aussi court que simple, a pu toucher de la sorte une âme longtemps endurcie par l’orgueil philoso- phique! Qu'on ne s’y trompe pas cepen- dant: pour produire ces vives et soudaines impressions, et même un effet vraiment sa- lutaire, l'Imitation demande un cœur pré- paré. On peut, jusqu’à un certain point, en sentir le charme, on peut l’admirer sans qu'il résulte de cette stérile admiration au- PRÉFACE. cun changement dans la volonté ni dans la conduite. Rien n’est utile pour le salut que ce qui repose sur l'humilité. Si vous n'êtes pas humble, ou si, au moins, vous ne dé- sirez pas le devenir, la parole de Dieu tom- bera sur votre âme comme la rosée sur un sable aride. Ne croire que soi et n’aimer que soi est le caractère de l’orgueil. Or, privé de foi et d'amour, de quel bien l'homme est-il capable? À quoi lui peuvent servir les instructions les plus solides, les plus pressantes exhortations? Tout se perd dansle vide de son âme, ou se brise contre sa dureté. Humilions-nous, et la foi et l’amour nous seront donnés: humilions-nous, et le salut sera le prix de la victoire que nous remporterons sur l’orgueil. Quand le Sei- gneur voulut montrer, pour ainsi dire, aux yeux de ses disciples la voie du ciel, que fit-11? Jésus, appelant un petit enfant, le plaça au milieu d'eux et dit: En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. QU rOlonté it pour leu Ité, Si von )INS, outy role de in Le la rosée Le SOI ét de l'orgui , de qu quoi lux plus sollà ns? Tout se brisée la foretle 1lions-n0! jctoire ques |, Quand}! r ainsi dr, oie du cl! peit ein it: En tt |s CON nt s enfuil joue dt SE QE PA He LS Cas L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST LIVRE PREMIER AVIS UTILES POUR ENTRER DANS LA VIE INTÉRIEURE ES CHAPITRE PREMIER QU'IL FAUT IMITER JÉSUS-CHRIST ET MÉPRISER TOUTES LES VANITÉS DU MONDE. Mens qui. me suil ne marche pas dans les té- nèbres, dit le Seigneur. Ce sont les paroles de Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout aveur- glement du cœur. Que notre principale étude soit donc de méditer la vie de Jésus-Christ. 2. La doctrine de Jésus-Christ surpasse toute doctrine des saints; et qui posséderait son esprit y trouverait la manne cachée. Mais il MÉAULLE L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. arrive que plusieurs, à force d’entendrel’Evan- gile, n’en sont que peu touchés, parce qu'ils n’ont point l'esprit de Jésus-Christ. Voulez- vous comprendre parfaitement et goûter les paroles de Jésus-Christ: appliquez-vous à con- former toute votre vie à la sienne. 3. Que vous sert de raisonner profondément sur la Trinité, si vous n’êtes pas humbles, et que par là vous déplaisiez à la Trinité? Certes, les discours sublimes ne font pas l’homme juste et saint; mais une vie pure rend cher à Dieu. J'aime mieux sentir la componction que nl d'en avoir la définition. Quand vous sauriez toute la Bible et toutes les sentences des phi- losophes, que vous servirait tout cela sans la grâce et la charité? Vanité des vanités, tout n'est que vanité, hors aïmer Dieu, et le servir lui seul. La souveraine sagesse est de tendre au royaume du Ciel par le mépris du monde. 4. Vanité donc, d’amasser des richesses péris- sables, et d'espérer en elles. Vanité, d’aspirer aux honneurs et de s'élever à ce qu’il y a de plus haut. Vanité, de suivre les désirs de la chair, et de rechercher ce dont il faudra bientôt être ri- goureusement puni. Vanité, de souhaiter une 4 n longue vie, etde ne passe soucier de bien vivre. F0 Vanité, de s'attacher à ce qui passe si vite, et We de ne pas se hâter vers la joie qui ne finit point. endrel Er Parce qui rist, Vouk et goûter h Z-VOUS à le, 'ofondémen humbjes, 4 nité? Carta as l'homme rend cheri OnCtIon qu OUS sauri ces cles ph cela sansk ranités, tou et Le servi t de tendre : du monde LeSSe8 péri é, d'aspint L y à de pli à Ja chair 4 1tOt frere ahaiter ue bien vive à si vite, dl finit po LIVRE I, CHAPITRE 1. 5. Rappelez-vous souvent cette parole du Sage: L'œil n’est pas rassasié de ce qu'il voit, ni l'oreille remplie de ce qu’elle entend. Appli- quez-vous donc à détacher votre cœur de l'amour des choses visibles, pour le porter tout entier vers les invisibles. Car ceux qui suivent l'attrait de leurs sens souillent leur âme, et perdent la grâce de Dieu. RÉFLEXION. Nous n’avons ici-bas qu’un intérêt, celui de notre salut, et nul ne peut être sauvé qu’en Jésus-Christ et par Jésus-Christ; la foi en sa parole, l’obéissance à ses commandements, limitation de ses vertus, voilà la vie, il n’y en a point d'autre: tout le reste est vanité, et j'ai vu, dit le Sage, que l’homme n'a rien de plus de tous les travaux dont il se consume sous Le soleil: richesses, plaisirs, grandeurs, qu’est- ce que cela, lorsqu'on jette le corps dans la fosse, et que l'âme s’en va dans son éter- nité? Pensez-y dès aujourd’hui, dès ce moment mème, car demain peut-être il ne sera plus temps. Travaillez pendant que le jour luit; hâtez-vous d’amasser un trésor qui ne périsse point:{a nuil vient où l'on ne peut rien faire: De stériles désirs ne vous sauveront pas: ce sont des œuvres que Dieu veut. Or done, imi- T:\ “0 : | FE m PA e 17 Æ l £ SE KE LA (3 QE K SE en es! mn.| 78/7+ 2 CA Eu ÿ y, S NC! 7 3® us E A s) 2 S ACT A À SNS A L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. tez Jésus-Christ si vous voulez vivre éternel- lement avec Jésus. CHAPITRE II. AVOIR D HUMBLES SENTIMENTS DE SOI-MÊME. ouT homme désire naturellement de savoir: {ee la science sans la crainte de Dieu, que vaut-elle? Un humble paysan qui sert Dieu est certainement fort au-dessus du philosophe superbe qui, se négligeant lui-même, consi- dère le cours des astres. Celui qui se connaît bien se méprise, et ne se plaît point aux louan- ges des hommes. Quand j'aurais toute la science du monde, si je n’ai pas la charité, à quoi cela me servirait-il devant Dieu, qui me jugera sur mes œuvres? 2. Modérez le désir trop vif de savoir; on ne trouvera là qu'une grande dissipation et une grande illusion. Les savants sont bien aises de paraître et de passer pour habiles. Il y a beaucoup de choses qu’il importe peu ou qu'il n'importe point à l’âme de connaître; et'celui-là est bien insensé qui s'occupe d'autre chose que de ce qui intéresse son salut. La multitude des NV ES@\ Sel (01 JS-CHRIST, alez vivre él SLR, LUE [E \TS DE SOI-ME lement deu | crainte de} a ysan quiet ‘ssus du phil t lui-même, Jelu qui secte ait point au j'aurais(ne ai pas la chi eyant Dieu,(l vif de sarl ande dissipli rants sont Det jour habiles! nporte peut onnaitre;ette e d'autre ch at. La milite LIVRE 1, CHAPITRE II. paroles ne rassasie point l'âme; mais une vie sainte et une conscience pure donnent le repos du cœur et une grande confiance près de Dieu. 3. Plus et mieux vous savez, plus vous serez sévèrement jugé, si vous n’en vivez pas plus saintement. Quelque art et quelque science que vous possédiez, n’en tirez donc point de vanité: craignez plutôt à cause des lumières qui vous ont été données. Si vous croyez beau- coup savoir, et savoir bien, souvenez-vous que c'est peu de chose près de ce que vous igno- rez. Ne vous élevez point en vous-même: avouez plutôt votre ignorance. Comment pouvez-vous songer à vous préférer à quelqu'un, tandis qu'il y en a tant de plus doctes que vous et de plus instruits en la loi de Dieu? Voulez-vous apprendre et savoir quelque chose qui vous serve, aimez à vivre inconnu et à n'être compté pour rien. 4. La science la plus haute et la plus utile est la connaissance exacte et le mépris de soi- même. Ne rien s’attribuer et penser favorable- ment des autres, c'est une grande sagesse et une grande perfection. Quand vous verriez votre frère commettre ouvertement une faute, même une faute très grave, ne pensez pas cependant être meilleur que lui: car vous ignorez combien de temps vous persévérerez Aa: Dee pi L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. dans le bien. Nous sommes tous fragiles; mais croyez que personne n’est plus fragile que vous. REFLEXION. L'orgueil à perdu l’homme, l'humilité le relève et le rétablit en grâce avec Dieu. Son mérite n’est pas dans ce qu’il sait, mais dans ce qu'il fait. La science, sans les œuvres, ne le justifiera point au tribunal suprême; elle aggravera plutôt son jugement. Ce n’est pas que la science n'ait ses avantages, puisqu'elle vient de Dieu; mais elle cache un grand piège et une tentation. Elle enjle, dit l'Apôtre; elle nourrit la superbe, elle inspire une secrète préférence de soi, préférence criminelle et folle en même temps, car la science la plus étendue n’est qu’un autre genre d'ignorance, et la vraie perfection consiste uniquement dans les dispositions du cœur. N'oublions jamais que nous ne sommes rien, que nous ne possé- dons en propre que le péché; que la justice vêéut que nous nous abaïssions au-dessous de toutes les créatures, et que, dans le royaume de Jésus-Christ, les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers. ee ee PO ee Vase ENS ee sk 7> L D}: Le CS en um cm C2 om CS: pe \ les le cé qu lie por {or ne COTES| SN PS eu ARE ous Le e jà| S oœ 4 Ce IR US-CHRisr. (ous fragile plus fra me, l'humil! ce avec D! l'Il sait, mikl ns les œuvs Dal suprène: nent, Ce né 1tages, pui he un grand dit l'Apôtres Spire une w ace crime a sclence y >nre d'ignort uniquemeulé l'oublions ka 1e NOUS Dé Pi s: que ki} ps au-dessi dans le op rond les en lers, LIVRE I, CHAPITRE III. 1 EPL ERCRLE GHAPITRE IIT. DE LA DOCTRINE DE VÉRITÉ. EUREUX Celui que la vérité instruit elle- même, non par des figures et des paroles qui passent, mais en se montrant telle qu'elle est. Notre raison et nos sens voient peu, et nous trompent souvent. À quoi servent ces disputes subtiles sur des choses cachées et. obscures, qu'au jugement de Dieu on ne vous repro- chera point d’avoir ignorées? C’est une grande folie de négliger ce qui est utile et nécessaire, pour s'appliquer curieusement à ce qui nuit. Nous avons des yeux et nous ne voyons point. 2. Que nous importe tout ce qu’on dit sur Jes genres et sur les espèces? Celui à qui parle le Verbe éternel est délivré de bien des opinions. Tout vient de ce Verbe unique: de lui pro- cède toute parole;ilenest le principe, et c’est lui qui parleen dedans de nous. Sans lui nulle intel- ligence, sans lui nul jugement n’est droit. Celui pour qui une seule chose est tout, qui rappelle tout à cette unique chose, et voit tout en elle, ne sera point ébranlé, et son cœur demeurera ë ‘4 ré TT < e Z-) DÉS 2) Nr \ < Le A sé Ps<= e? S L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. dans la paix de Dieu. O Vérité, qui êtes Dieu, faites que je sois avec vous dans un amour éternel! Souvent j’'éprouve un grand ennui à force de lire et d’entendre: en vous est tout ce que je désire, tout ce que je veux. Que tous les docteurs se taisent; que toutes les créatures soient dans le silence devant vous: parlez-moi vous seul. 3. Plus un homme est recueilli en lui-même et dégagé des choses extérieures, plus son esprit s'étend et s'élève sans aucun travail, parce qu’il recoit d’en haut la lumière de l'in- telligence. Une âme pure, simple, ferme dans le bien, n’est jamais dissipée au milieu même des plus nombreuses occupations, parce qu’elle fait tout pour honorer Dieu, et que, tranquille en elle-même, elle tâche de ne se rechercher en rien. Qu'est-ce qui vous fatigue et vous trouble, si ce n’est les affections immortifiées de votre cœur? 4. L'homme bon et vraiment pieux dispose d’abord au dedans de lui tout ce qu’il doit faire au dehors: il ne se laisse point entraîner, dans ses actions, au désir d’une inclination vicieuse, mais il les soumet à la règle d’une droite raison. Qui a un plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se vaincre? C'est là ce qui devrait nous occuper unique- "TS ui êtes Dix $ UD any and ennui; 1 VOUS à ue je veu Que louts nce dev cun travill ière de li ferme dan alieu mème arce qu'ele recherche! ue et VOR nmortiiés uX dispo : qu'il dû entraile inclinatil ègle due | combat à e vaincré! er unique LIVRE I, CHAPITRE I. ment: combattre contre nous-mêmes, deve- nir chaque jour plus forts contre nous, chaque jour faire quelques progrès dans le bien. Toute perfection, dans cette vie, est mêlée de quelque imperfection; et nous ne voyons rien qu'à tra- vers une certaine obscurité. L'humble connais- sance de vous-même est une voie plus sûre pour aller à Dieu que les recherches profondes de la science. Ce n’est pas qu'il faille blâmer la science, ni la simple connaissance d'aucune chose: car elle est bonne en soi et dans l’ordre de Dieu; seulement on doit préfèrer toujours une conscience pure et une vie sainte. Mais parce que plusieurs s'occupent davantage de savoir que de bien vivre, ils s’égarent sou-| vent, et ne retirent que peu ou point de fruit de leur travail. 5. Oh! s'ils avaient autant d’ardeur pour extirper leurs vices et pour cultiver la vertu que pour remuer de vaines questions, on ne verrait pas tant de maux et de scandales dans le peuple, ni tant de relàächement dans les monastères. Certes, au jour du jugement, on ne nous demandera point ce que nous avons lu, mais ce que nous avons fait; ni si nous avons bien parlé, mais si nous avons bien vécu. Dites-moi où sont maintenant ces maîtres et ces docteurs que vous avez connus lorsqu'ils Es) 10 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. vivaient encore et qu’ils fleurissaient dans leur science? D’autres occupent à présent leurs places, et je ne sais s'ils pensent seule- ment à eux. Ils semblaient, pendant leur vie, être quelque chose, et maintenant on n’en parle plus. Oh! que la gloire du monde passe vite! Plût à Dieu que leur vie eût répondu à leur science! Ils auraient lu alors et étudié avec fruit. Qu'il y en a qui se perdent dans le siècle par une vaine science, et par l'oubli du service de Dieu! Et parce qu’ils aiment mieux être grands que d’être humbles, ils s’évanouis- sent dans leurs pensées. Celui-là est vraiment grand, qui a une grande charité. Celui-là est vraiment grand, qui est petit à ses propres| yeux, et pour qui les honneurs du monde ne| sont qu’un pur néant. Celui-là est vraiment sage, qui, pour gagner Jésus-Christ, regarde| comme de la boue toutes les choses de la terre. Celui-là possède la vraie science, qui fait la volonté de Dieu, et renonce à la sienne. RÉFLEXION. Il y a deux doctrines, mais il n’y a qu'une vérité. Il y a deux doctrines, l’une de Dieu, immuable comme lui; l’autre de l’homme, changeante comme lui. La Sagesse incréée, le Verbe divin répand la première dans les Tr JT 4 sin sait RIST, rissaleut à ent à pk pensent v: 1dant leur: énant on! 1 MOnde eût répk Lors et à erdent din par lou aiment ni Ils s'évaun à est vrai 6, Celui-ke à es ph , du mou est Vrai hrist, ra ces«le la tr ce, qui hi à sleuk, |nyaqu l'une de de la gesse IN xière du’ LIVRE!, CHAPITRE NI. âmes préparées à la recevoir, et la lumière qu’elle leur communique est une partie de lui-même, de la vérité substantielle et tou- jours vivante. Offerte à tous, elle est donnée avec plus d’abondance à l'humble de cœur; et comme elle ne vient pas de lui, qu’elle peut à chaque instant lui être retirée, qu'elle ne dépend en aucune facon de l'intelligence qu’elle éclaire, il la possède sans être tenté de vaine complaisance dans sa possession. La doctrine de l’homme, au contraire, flatte son orgueil, parce qu'il en est le père.« Gette idée « m'appartient, j'ai dit cela le premier, on ne « savait rien là-dessus avant moi.» Esprit superbe, voilà ton langage. Mais bientôt on conteste à cette puissante raison ce qui fait 8a joie; on rit de ses idées fausses qu’elle à crues vraies, de ses découvertes imaginaires: le lendemain on n’y pense plus, et le temps emporte jusqu'au nom de l'insensé qui ne vécut que pour être immortel sur la terre.(8 Jésus, daignez mettre en moi votre vérité sainte, et qu’elle me préserve à jamais des égarements de mon propre esprit! L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. OCR ORCH O0 00 GHAPITRE IV. DE LA PRÉVOYANCE DANS LES ACTIONS. . ne faut pas croire à toute parole, ni obéir à tout mouvement intérieur; mais peser chaque chose selon Dieu, avec prudence et avec une longue attention. Hélas! nous croyons et nous disons plus facilement des autres le mal que le bien, tant nous som- mes faibles! Mais les parfaits n'ajoutent pas foi aisément à tout ce qu’ils entendent, parce qu’ils connaissent l’infirmité de l'homme enclin au mal et léger dans ses paroles. 2. C'est une grande sagesse que de ne point agir avec précipitation, et de ne pas s'attacher obstinément à son propre sens. Il est encore de la sagesse de ne pas croire indistinctement tout ce que les hommes disent; et ce qu’on a entendu ou cru, de ne point aller aussitôt le rapporter aux autres. Prenez conseil d’un homme sage et de conscience: et laissez-vous guider par un autre qui vaille mieux que vous, plutôt que de suivre vos propres pen- sées. Une bonne vie rend l’homme sage selon Dieu, et lui donne une grande expérience. FES. PS mn mu ii E, eme EP" CHRIST, LAS à 14 j . ACTION, 1te pari D{érieur 1 avec pruk . Hélas! acileme ut now ajoute lendent, a homme mi n ds 1e de nepi pas s'allui IL est eu distincteus et œæqu aller aux. conseil t laissez mieux propres pé 1e sage til expérieN SU Lin: LIVRE I, CHAPITRE V. 13 Plus on sera humble et soumis à Dieu, plus on aura de sagesse et de paix en toutes choses. RÉFLEXION. Dieu devant être la dernière fin de nos actions comme de nos désirs, il est nécessaire qu’en agissant nous évitions de nous aban- donner aux mouvements précipités de la na- ture, dont le penchant est de tout rapporter à soi. Et comme nul ne se connaît lui-même, et ne peut dès lors être son propre guide, la sagesse veut que nous ne hasardions au- cune démarche de quelque importance avant d’avoir pris conseil, en esprit de soumission et d’humilité. Cette juste défiance de soi pré- vient les chutes, et purifie le cœur. Le conseil vous gardera, dit l’'Écriture, et vous retirera de la voie mauvaise. a SEA D 20 Eee EU ne HD ON OÙ 2 OÙ D A EE D EN ou EE 6 EN pu Es Es us 9 so 68 pi CHAPITRE V. DE LA LECTURE DE L'ÉCRITURE SAINTE. É faut chercher la vérité dans l’Ecriture sainte et non l’éloquence. Toute l’Ecriture doit. être luc dans le même esprit qui la MEAVLLE L’IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. dictée. Nous devons y chercher l'utilité plu- tôt que la délicatesse du langage. Nous devons lire aussi volontiers les livres simples et pieux que les livres profonds et sublimes. Ne vous prévenez point contre l’auteur; mais, Sans vous inquiéter s'il a peu ou beaucoup de science, que le pur amour de la vérité vous porte à le lire. Considérez ce qu’on vous dit, sans rechercher qui le dit. 2. Les hommes passent; mais la vérité du Seigneur demeure éternellement. Dieu nous parle en diverses manières et par des per- sonnes très diverses. Dans la lecture de l’'Écri- ture sainte, souvent notre curiosité nous nuit, voulant examiner et comprendre, lorsqu'il faudrait passer simplement. Si vous voulez en retirer du fruit, lisez avec humilité, avec simplicité, avec foi; et ne cherchez jamais à passer pour habile. Aïmez à interroger; écou- tez en silence les paroles des Saints, et ne méprisez point les sentences des vieillards, car elles ne sont pas proférées en vain. RÉFLEXION. Qu'est-ce que la raison comprend? presque rien: mais la foi embrasse l'infini. Celui qui croit est donc bien au-dessus de celui qui raisonne, et la simplicité du cœur, bien pré- ST, lutilit k ples et Dh y )eautouy L vérit 1 la vérit Dieu par des je ure de Ie Lé nous 1 re, lon imilité, ar hez jan roger dk aints, 4! jeillard à D. nd? prés ii. Cela le celui r, bien jf LIVRE I, CHAPITRE VI, 15 férable à la science, qui nourrit l’orgueil. C’est le désir de savoir qui perdit le premier homme: il cherchait la science, il trouva la mort. Dieu, qui nous parle dans l’Ecriture, n’a pas voulu satisfaire notre vaine curiosité, mais nous éclairer sur nos devoirs, exercer notre foi, purifier et nourrir notre âme par l'amour des vrais biens, qui sont tous renfermés en lui. L'humilité d'esprit est donc la disposition la plus nécessaire pour lire avec fruit les Livres saints, et c'est déjà avoir profité beaucoup que de comprendre combien ils sont au-dessus de notre raison faible et bornée. CHOCO COCO OHOCHORO-OHOCROI-CI-O-OI CHOCO CHAPITRE VI. DES AFFECTIONS DÉRÉGLÉES. Ës que l’homme commence à désirer quel- D que chose désordonnément, aussitôt il devient inquiet en lui-même. Le superbe ct l'avare n’ont jamais de repos, mais le pauvre et l'humble d'esprit vivent dans l'abondance de la paix. L'homme qui n’est pas encore par- faitement mort à lui-même est bien vite tenté, et il succombe dans les plus petites choses. e se e \ mé % EL =Y AE 6 po Near L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST,: Celui dont l'esprit est encore infirme, appe- santi par la chair, et incliné vers les choses sensibles, a grand peine à se détacher entie- rement des désirs terrestres. C’est pourquoi, lorsqu'il se refuse à les satisfaire, souvent il éprouve de la tristesse; et il est disposé à limpatience quand on lui résiste. 2. Que s’il a obtenu ce qu’il convoitait, aussi- tôt le remords de la conscience pèse sur lui, parce qu’il a suivi sa passion, qui ne sert de rien pour la paix qu'il cherchait. C’est en résistant aux passions, et non en leur cédant, qu'on trouve la véritable paix du cœur. Point de paix donc dans le cœur de l’homme charnel, de l’homme livré aux choses extérieures: la paix est le partage de l’homme fervent et spirituel.; RÉFLEXION. Un joug pesant accable les enfants d'Adam, fatigués sans relâche par les convoitises de la nature corrompue. Succombent-ils, la tris- tesse, le trouble, l’amertume, le remords s’em- À parent aussitôt de leur âme.« Superbe encore; « au fond de l’ignominie, inquiet et las de « moi-même, dit saint Augustin en racontant° « les désordres de sa jeunesse, je m’en allais [ A « loin de vous, Ô mon Dieu! à travers des ‘S-CHnr, re infiruy 6 détachor, Se. C'est Lu sfaire SQlr ù il estiu convolal, n, quiney rchait,( n en leur x du cœur! l'homme mme fer enfants 0] onvoitia. jent-ik, à: e remords S Super)# quiet et tin en ral je mue a tram CHAPITRE VII. LIVRE 1, « voies toutes semées de stériles douleurs.» Il en coûte plus à l’homme de céder à ses pen- chants que de les vaincre; et si le combat contre les passions est dur, une paix ineffable en est le fruit. Appelons le Seigneur à notre aide dans ce saint combat; n’en craignons point le travail, il sera court: aujourd’hui, demain; et puis le repos éternel! GHAPITRE VIT. OU IL FAUT FUIR L'ORGUEIL ET LES VAINES ESPÉRANCES. NSENSÉ celui qui met son espérance dans les hommes ou dans quelque créature que ce soit. N'ayez point de honte de servir les autres, et de paraître pauvre en ce monde, pour l'amour de Jésus-Christ. Ne vous appuyez point sur vous-même, et ne vous reposez que sur Dieu seul. Faites ce qui est en vous, et Dieu secondera votre bonne volonté. Ne vous con- fiez point en votre science, ni dans l’habileté d'aucune créature, mais plutôt dans la grâce de Dieu, qui aide Jes humbles et qui humilie les présomptueux. 2. Ne vous glorifiez point dans les richesses, RITES L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. si vous en avez, ni dans vos amis parce qu'ils sont puissants, mais en Dieu, qui donne tout, et qui par dessus tout désire encore se donner lui-même. Ne vous élevez point à cause de la force ou de la beauté de votre corps, qu'une légère infirmité abat et flétrit. N'ayez point de complaisance en vous-même à cause de votre esprit ou de votre habileté, de peur de déplaire à Dieu, de qui vient tout ce que vous avez recu de bon de la nature.| 3. Ne vous estimez pas meilleur que les au- tres, de crainte que peut-être vous ne soyez pire aux yeux de Dieu, qui sait ce qu’il y a dans l’homme. Ne vous enorgueillissez pas de vos bonnes œuvres, car les jugements de Dieu sont autres que ceux des hommes, et ce qui plaît aux hommes souvent lui déplaît. S'il y a quelque bien en vous, croyez qu’il y en a plus dans les autres, afin de conserver l’hu- miiité. Vous ne hasardez rien à vous mettre au-dessous de tous; mais il vous serait très nuisible de vous préférer à un seul. L'homme humble jouit d’une paix inaltérable; la colère et l'envie troublent le cœur du superbe. RÉFLEXION. En considérant la faiblesse de l'homme, la fragilité de sa vie, les souffrances dont il est ÉSUS-Chmpr "08 amis pire lEU, Qui ds l'e encore pi Point à cyy Votre COUR| Létrit, N'y -Même TT. abileté, db je nt tout ce ture, 1eilleur quek Lre vous p: L sait ce ql roueillises ugeme Ommes, et lui déplat| 0yez qui] > CONSErTE. 1 à VOUS VOUS seril n seul, Le érable; he lu superdt de l'hont nces dou! LIVRE I, CHAPITRE VII. assailli de toutes parts, les ténèbres de sa raison, les incertitudes de sa volonté, inclinée au mal dès l’enfance, on s'étonne qu’un seul mouvement d'orgueil puisse s'élever dans une créature si misérable; et cependant l'orgueil est le fond même de notre nature dégradée. Selon la pensée d’un Père,« il nous sépare de « la sagesse; il fait que nous voulons être « nous-mêmes notre bien comme Dieu lui- « même est son bien;» tant il y a de folie dans le crime! C’est alors que l’homme se re- cherche et s’admire dans tout ce qui le dis- tingue des autres et l’agrandit à ses propres yeux, dans les avantages du corps, de l'esprit, de la naissance, de la fortune, de la grâce même, abusant ainsi à la fois des dons du Créateur et du Rédempteur. Oh! que ce dé- sordre est effrayant, et combien nous devons trembler lorsque nous découvrons en nous un sentiment de vaine complaisance, ou qu’il nous arrive de nous préférer à l’un de nos frères! Rappelons-nous souvent le pharisien de(l'Évangile, sa fausse piété, si contente d’elle- mème et si coupable devant Dieu, son mépris pour le publicain qui s’en alla justifié à cause de l’humble aveu de sa misère, et disons au fond du cœur avec celui-ci: Mon Dieu, ayez pitié de moi, pauvre pécheur! mare 2 JA MAS Em ©: Ps L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Ga eg 8 pe 3 po 6 pm po 5 ps 1 gp Em 08 og 1 6 RE 8 D A D NE EE 0 CHAPITRE VIII. ÉVITER LA TROP GRANDE FAMILIARITÉ, ‘ouvrez pas votre cœur à tous indistinc- lement; mais confiez ce qui vous touche à l'homme sage et craignant Dieu. Ayez peu de commerce avec les jeunes gens et les per- sonnes du monde. Ne flattez point les riches, et ne désirez point de paraître devant les grands. Recherchez les humbles, les simples, les personnes de piété et de bonnes mœurs; et ne vous entretenez que de choses édifiantes. N'ayez de familiarité avec aucune femme; mais recommandez à Dieu toutes celles qui sont vertueuses. Ne souhaitez d’être familier qu'avec Dieu et les Anges, et évitez d’être connu des hommes. 2. Il faut avoir de la charité pour tout le monde; mais la familiarité ne convient point. Il arrive que, sans la connaître, on estime une personne sur sa bonne réputation; et, en se montrant, elle détruit l'opinion qu’on avait d'elle. Nous nous imaginons quelquefois plaire aux autres par nos assiduités; et c’est plutôt| alors que nous commencons à leur déplaire| - 7 F ë Te je y TR ÿ à PÉT RCA FS SSS EE RS NC Es A0 ba (ILIARITÉ, ous ind 1 vous lou ns et joint Levi itre der Jones Le ucune RE tes celà t éviter 6 pour convient} on esll tion; éLé où qui elquefos? à Jeur dé LIVRE I, CHAPITRE IX. 21 par les défauts qu'ils découvrent en nous. RÉFLEXION. Il faut se prêter aux hommes, et ne se don- ner qu'à Dieu. Un commerce trop étroit avec la créature partage l'âme et l’affaiblit: elle doit vivre plus haut. Nofre conversation est dans le ciel, dit l'Apôtre. HT OO OO OR CHAPITRE IX. DE L'OBÉISSANCE ET DU RENONCEMENT A SON PROPRE SENS. aps quelque chose de bien grand que de vivre sous un supérieur, dans l’obéissance, et de ne pas dépendre de soi-même. Il est beaucoup plus sûr d’obéir que de commander. Quelques-uns obéissent plutôt par nécessité que par amour; et ceux-là, toujours souf- frants, sont portés au murmure. Jamais ils ne posséderont la liberté d'esprit, à moins qu'ils ne se soumettent de tout leur cœur, à cause de Dieu. Allez où vous voudrez, vous ne trou- verez de repos que dans une humble soumis- sion à la conduite d’un supérieur. Plusieurs, s’imaginant qu'ils seraient meilleurs en d’au- se AG= —— RUE en nENEES d=-2 Ÿ SC 8,€ S\« Æ ns DT 4 NW Cÿ-: AE CP NOLE<. UN. 4 EX AD À À æ KE 2 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. tres lieux, ont été trompés par cette idée de changement. 2, Il est vrai que chacun aime à suivre son propre sens, et a plus d’inclination pour ceux qui pensent comme lui. Mais si Dieu est au milieu de nous, il est quelquefois nécessaire de renoncer à notre sentiment pour le bien de la paix. Quel est l’homme si éclairé, qu'il sache tout parfaitement? Ne vous fiez donc pas trop à votre sentiment; mais écoutez aussi volontiers celui des autres. Si votre sentiment est bon, et qu’à cause de Dieu vous l’abandon- niez pour en suivre un autre, vous en retirerez plus d'avantage. 3. J'ai souvent oui dire qu'il est plus sûr d'écouter et de recevoir un conseil que de le donner. Car il peut arriver que le sentiment de chacun soit bon; mais ne vouloir pas céder aux autres, lorsque l’occasion ou la raison le demande, c’est la marque d’un esprit superbe et opiniatre. RÉFLEXION. Le Christ s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. Qui oserait après cela refuser d’obéir? Nul ordre dans le monde, nulle vie que par l’obéissance: elle est le lien des hommes entre eux et avec leur SFÉÈL. CHAT, ar Cette ne à Sur ation Pour 81 Dieu x fois név it pour à si éclat Vous fl! Ïs écoutes rotre seulh Fous l'ai jus enrelr 1l est pl sell que 1e le sel uloir part pu là ri mé jun r, Qui ordre ls s]ssanCt‘ x etat! LIVRE 1, CHAPITRE IX. auteur, le fondement de la paix et le principe de lharmonie universelle. La famille, la cité, l'Église ou la grande société des intelligences ne subsistent que par elle, et la perfection la plus haute n’est pour les créatures qu’une plus parfaite obéissance; elle seule nous garantit de l’erreur et du péché. Qu'est-ce que l’er- reur? la pensée d’un esprit faillible, qui ne reconnait point de maître et n’obéit qu’à soi. Qu'est-ce que le péché? l'acte d’une volonté corrompue, qui ne reconnaît point de maître et n’obéit qn’à soi. Mais à qui devrons-nous obéir? à un homme comme nous? Non, non, l’homme n’a sur l’homme aucun légitime em- pire; son pouvoir n’est que la force, et, quand il commande en son propre nom, il usurpe insolemment un droit qui ne lui appartient en aucune manière. Dieu est l’unique monar- que, et toute autorité légitime est un écoule- ment, une participation de sa puissance éter- nelle, infinie. Ainsi, comme l'enseigne PApôtre, le pouvoir vient de Dieu, et il est soumis à une règle divine, aussi bien dans l’ordre temporel que dans l’ordre religieux; de sorte qu’en obéis- sant au pontife, au prince, au père, à quicon- que est réellement le ministre de Dieu pour le bien, c’est à Dieu seul qu’on obéit. Heureux celui qui comprend cette céleste doctrine: dé- ee 9 2] | É \\ 24 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. livré de la servitude de l’erreur et des pas- sions, de la servitude de l’homme, il jouit c'e la vraie liberté des enfants de Dieu. CHOCO CCC OO CHAPITRE X. QU'IL FAUT ÉVITER LES ENTRETIENS INUTILES. ] virez, autant que vous pourrez, le tumulte du monde: car il y a du danger à s’en- tretenir des choses du siècle, même avec une intention pure. Bientôt la vanité souille l'âme, et la captive. Je voudrais souvent m'être tu, et ne m'être point trouvé avec des hommes. D'où vient que nous aimons tant à parler et à converser, lorsque si rarement il arrive que nous rentrions dans le silence avec une cons- cience qui ne soit pas blessée? C’est que nous cherchons dans ces entretiens une consolation mutuelle et un soulagement pour notre cœur fatigué de pensées diverses. Nous nous plai- sons à parler, à occuper notre esprit de ce que nous aimons, de ce que nous souhaitons, de ce qui contrarie nos désirs. ?. Mais souvent, hélas! bien vainement; car cette consolation extérieure n'est pas un mé- ve y AC) EL A Ce BIMEAULLS = CHAIST. 2TTOUr et k Lomme|; e Di, CE mt nn URS X “hs urrez, le le lu dangr >, DÉe mit soul. ouvent mt tant à pu jent il ame \S une COR: pour 20 . Nous nl otre exp n vale p'est pl {CA Fi; ins és(72:\ > 7 s RARE? LP—. LIVRE I, CHAPITRE X. diocre obstacle à la consolation que Dieu donne intérieurement. Il faut donc veiller et prier afin que le temps ne se passe pas sans fruit. S'il est permis, s’il convient de parler, parlez de ce qui peut édifier. La mauvaise habitude et le peu de soin de notre avance- ment nous empêchent d'observer notre langue. Cependant de pieuses conférences sur les choses spirituelles, entre les personnes unies selon Dieu et animées du même esprit, servent beaucoup au progrès dans la perfection. * RÉFLEXION. Il est écrit que nous rendrons compte, au jour du jugement, même d’une parole oiseuse. Ne nous étonnons pas de tant de rigueur: tout est sérieux dans la vie humaine, dont chaque moment peut avoir de si formidables conséquences. Ce temps que vous dissipez en des entretiens inutiles vous était donné pour gagner le ciel. Comparez la fin pour laquelle vous l'avez recu avec l’usäge que vous en faites; et cependant que savez-vous s’il vous sera seulement accordé une heure de plus? —-0<50— L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. GP og pe 6 D pu 0 po pu Ga CHAPITRE XI. DES MOYENS D'ACQUÉRIR LA PAIX INTÉRIEURE, ET DU SOIN D'AVANCER DANS LA VERTU, N° pourrions jouir d’une grande paix si Î nous voulions ne nous point occuper de ce que disent et de ce que font les autres, et de ce dont nous ne sommes point chargés. Com- ment peut-il être longtemps en paix celui qui s’embarrasse de soins étrangers, qui cherche à se répandre au dehors, et ne se recueille que peu ou rarement en lui-même? Heureux les simples, parce qu'ils posséderont une grande paix! 2. Comment quelques Saints se sont-ils élevés à un si haut degré de vertu et de con- templation? C’est qu'ils se sont efforcés de mourir à tous les désirs de la terre, et qu'ils ont pu ainsi s'unir à Dieu par le fond le plus intime de leur cœur, et s'occuper librement d'eux-mêmes. Pour nous, nous sommes trop à nos passious, et trop inquiets de ce qui se passe. Rarement nous surmontons parfaite- ment un seul vice; nous n'avons point d’ar- S-Cunist, pe ju | pe Mn ns “VVU Hki AL. VTÉRIEUIE VERT, ne grande, int oceupe int chargk en paire gers, Qué t new j-mnème) » vertu et la terre, 4! ar le fond ceuper be ous SOU iets de nontons JP avons pol aints 8e U LIVRE I, CHAPITRE XI, deur pour faire chaque jour quelque progres, et ainsi nous restons tièdes et froids. 3, Si nous étions tout à fait morts à nous- mêmes, et moins préoccupés au dedans de nous, alors nous pourrions aussi goûter les choses de Dieu, et acquérir quelque expérience de la céleste contemplation. Le plus grand, l’unique obstacle, c’est qu’asservis à nos passions et à nos convoitises, nous ne faisons aucun effort pour entrer dans la voie parfaite des Saints. Et s’il arrive que nous éprouvions quelque légère adversité, nous nous laissons aussitôt abattre, et nous recourons aux consolations humaines. 4. Si, tels que des soldats généreux, nous demeurions fermes dans le combat, nous ver- rions certainement le secours de Dieu descen- dre sur nous du Ciel. Car il est toujours prêt à aider ceux qui résistent et qui espèrent en sa grâce; et c’est lui qui nous donne les occa- sions de combattre, afin de nous rendre victo- rieux. Si nous placons uniquement le progrès de la vie chrétienne dans les observances exté- rieures, notre dévotion sera de peu de durée. Mettons donc la cognée à la racine de l'arbre, afin que, dégagés des passions, nous possé- dions notre àme en paix. 5. Si nous déracinions chaque année un seul L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. vice, bientôt nous serions parfaits. Mais nous sentons souvent au contraire que nous étions meilleurs, et que notre vie était plus pure, l lorsque nous quittàmes le siècle, qu'après plu-.| sieurs années de profession. Nous devrions| croître chaque jour en ferveur et.en vertu, et| maintenant on compte pour beaucoup d’avoir conservé une partie de sa ferveur. Si nous nous faisions d’abord un peu de violence, nous pour- rions tout faire ensuite aisément et avec joie. 6. 11 est dur de renoncer à ses habitudes; mais il est encore plus dur de courber sa propre volonté. Cependant, si vous ne savez pas vous vaincre en des choses légères, com- ment remporterez-vous des victoires plus dif- ficiles? Résistez dès le commencement à votre inclination; rompez sans aucun retard toute habitude mauvaise, de peur que peu à peu elle ne vous engage dans de plus grandes dif- ficultés. Oh! si vous considériez quelle paix pour vous, quelle joie pour les autres, en vi- vant comme vous le devez, vous auriez, je crois, plus d’ardeur pour votre avancement spirituel. RÉFLEXION. Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix, non comme le monde la donne. Quelle 2 / $ D/ Ps US-CHRit. parfaits,}h ire que aix le était ik siècle, ui Ion. Now& veur ekenr ur beaucou Violence, x sément el ep à. ses ll dur de oui {, si vou à ui mencemeli aucun re ur que pl le plus gré dériez qu 1 les aut: oz, VOUS{ll LIVRE I, CHAPITRE XT. aimable douceur, quel touchant amour dans ces paroles de Jésus-Christ, et en même temps quelle instruction profonde! Tous les hommes souhaitent la paix; mais il y a deux paix, la paix de Jésus-Christ et la paix du monde. Le monde dit à l’ambitieux: Le désir des gran- deurs te trouble et t’agite; monte, élève-toi. Il dit à l'avare: L’envie des richesses te dé- vore; amasse, amasse, sans l'arrêter jamais. Il dit au mondain tourmenté de ses convoi- tises: Enivre-toi de tous les plaisirs. IL dit enfin à chaque passion: Jouis, et tu auras la paix. Promesse menteuse! les soucis, la tris- tesse, l'inquiétude, le dégoût, les remords, voilà la paix du monde. Jésus dit: Triomphez de vous-même, combattez vos désirs, domptez vos convoitises, brisez vos passions: et l'âme docile à ses. commandements repose dans un calme ineffable. Les peines de la vie, les souf- frances, les injustices, les persécutions, rien n’altère sa paix; et cette céleste paix, qui sur- passe tout sentiment, l'accompagne au dernier passage, et la suit jusqu’au ciel, où se con- sommera sa félicité. £ 2* < dd Ce © L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. D 8 À po 8 8 8 po 8 po 8 8 po po 8 8 8 oo TOC LHAPTENE AL. DE L'AVANTAGE DE L'ADVERSITÉ. l' nous est bon d’avoir quelquefois des pei- nes et des traverses, parce que souvent elles rappellent l'homme à son cœur, et lui font sentir qu'il est en exil, et qu'il ne doit mettre son espérance en aucune chose du monde. Il nous est bon de souffrir quelquefois des con- tradictions, et qu'on pense mal ou peu favo- rablement de nous, quelque bonnes que soient nos actions et nos intentions. Souvent cela sert à nous rendre humbles, et à nous prémunir contre la vaine gloire. Car nous avons plus d’empressement à chercher Dieu, qui voit le fond du cœur, quand les hommes au dehors nous rabaissent et pensent mal de nous. 2. C’est pourquoi l’homme devrait s’affermir tellement en Dieu, qu'il n’eût pas besoin de chercher tant de consolations humaines. Lors- que, avecune volonté droite, l’homme est trou- blé, tenté, affligé de mauvaises pensées, il re- connaît alors combien Dieu lui est nécessaire, et qu’il n’est capable d’aucun bien sans lui. Alors il s’attriste, il gémit, il prie, à cause des lets Gt oit né | non peut peak pré Avon À qui JOUR jt sal unes LA pe EI à GUN LIVRE I, CHAPITRE XII. maux qu'il souffre. Alors il s'ennuie de vivre plus longtemps, et il souhaite que la mort ar- rive, afin que, délivré de ses liens, il soit avec Jésus-Christ. Alors aussi il comprend bien qu'une sécurité parfaite, une pleine paix ne sont point de ce monde. RÉFLEXION. C'est dans l’adversité que chacun de nous apprend à connaître ce qu’il est réellement. Celui qui n’a rien éprouvé, que sait-il? L’hom- me à qui tout prospère est exposé à un grand danger; il est bien à craindre que son âme ne s'assoupisse d’un sommeil pesant, et qu’à l'heure du réveil on ne lui dise: Souvenez- vous que vous avez reçu vos biens sur la terre. Ici-bas les souffrances sont une grâce de pré- dilection; elles nous exercent à la vertu, elles nous fournissent de nouvelles occasions de mérite, et nous rendent conformes au Fils de Dieu, dont il est écrit: Il a fallu que le Christ souffrit, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire. Vian Se At NE 34 MDN 2 CHAPITRE XIIL. DE LA RÉSISTANCE AUX TENTATIONS. ANT que nous vivons ici-bas, nous ne pouvons T être exempts de tribulations et d'épreu- ves. C’est pourquoi il est écrit au livre de Job: La tentation est la vie de l’homme sur la terre. Chacun devrait done être toujours en garde contre les tentations qui l’assiègent, et veiller et prier pour ne point laisser lieu aux surprises du démon, qui ne dort jamais, et qui tourne de tous côtés, cherchant quelqu'un pour le dévorer. 1 n’est point d'homme si parfait et si saint qui n’ait quelquefois des tentations, et nous ne pouvons en être entièrement al- franchis. 9, Mais, quoique importunes et pénibles, elles ne laissent pas d’être souvent très utiles à l'homme, parce qu’elles l'humilient, le puri- fient et l'instruisent. Tous les Saints ont passé par beaucoup de tentations et de souffrances, et c'est par cette voie qu'ils ont avancé; mais ceux qui n’ont pu soutenir ces épreuves, Dieu les a réprouvés, et ils ont défailli dans la route du salut. Il n’y a point d'ordre si saint, ni de TIONS, US Dpt 18 et di | au Îne homme e tour l'assliel jscer la jan el) ne NU les tent atiéreues s et pb guttrl lient, RE nts ouf Le soul avant! preur/ | dans gi til LIVRE 1, CHAPITRE XIII. lieu si secret où l’on ne trouve des peines et des tentations. 3, L'homme, tant qu'il vit, n’est jamais en- tièrement à l'abri des tentations; car nous en portons le germe en nous, à cause de la con- cupiscence dans laquelle nous sommes nés. L'une succède à l’autre; et nous aurons tou- jours quelque chose à souffrir, parce que nous avons perdu le bien et la félicité primitive. Plusieurs cherchent à fuir pour n'être point tentés, et ils tombent dans des tentations plus dangereuses. Il ne suffit pas de fuir pour vaincre; mais la patience et la véritable humi- lité nous rendent plus forts que tous nos en- nemis. 4, Celui qui, sans arracher la racine du mal, évite seulement les occasions extérieures, avan- cera peu: au contraire, les tentations revien- nent à lui plus promptement et plus violentes. Vous vaincrez plus sûrement peu à peu et par une longue patience, aidé du secours de Dieu, que par une rude et inquiète opiniàtreté. Pre- nez souvent conseil dans la tentation, et ne traitez point durément celui qui est tenté; mais consolez-le comme vous voudriez qu'on vous consolàt vous-même. 8. Le commencement de toutes les tentations est l’inconstance de l'esprit et le peu de con- € a (== D'abx àl Une)h ndon wk ndant y NS el pr 10 ma se fort e deu }. Voie ennemi à LS relié el Dieu pe Anal| DU L'hunl de ob NÉS LIVRE I, CHAPITRE XIV. 91 DE PE ne ON PA D Oo 8 3 ou 8 8 8 oo os oo oo oo 8 9 8 oi oo 9 CHAPITRE XIV. ÉVITER LES JUGEMENTS TÉMÉRAIRES ET NE SE POINT RECHERCHER SOI-MÊME. FNournez les yeux sur vous-même, et gar- :k dez-vous de juger les actions des autres. En jugeant les autres, l’homme se fatigue vai- nement, il se trompe le plus souvent, et com- met beaucoup de fautes; mais, en s’examinant et se jugeant lui-même, il travaille toujours avec fruit. D’ordinaire nous jugeons des choses selon l’inclination de notre cœur, car l'amour- propre altère aisément en nous la droiture du jugement. Si nous n'avions jamais en vue que Dieu seul, nous serions moins troublés quand on résiste à notre sentiment. 2. Mais souvent il y a quelque chose hors de nous, ou de caché en nous, qui nous entraîne. Plusieurs se recherchent secrètement eux- mêmes dans ce qu'ils font, et ils l’ignorent. Ils semblent affermis dans la paix, lorsque tout va selon leurs désirs; mais éprouvent-ils des contradictions, aussitôt ils s’émeuvent et tombent dans la tristesse. La diversité des opinions produit souvent des dissensions entre FAN 2 WE FE. 7 fé L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. les amis, entre les citoyens, et même entre les religieux et les personnes dévotes. 3. On quitte difficilement une vieille habi- tude; et nul ne se laisse volontiers conduire au delà de ce qu’il voit. Si vous vous appuyez sur votre esprit et sur votre pénétration plus que sur la soumission dont Jésus-Christ nous a donné l'exemple, vous serez très peu et très tard éclairé dans la vie spirituelle: car Dieu veut que nous lui soyons parfaitement sou- mis, et que nous nous élevions au-dessus de toute raison par un ardent amour. RÉFLEXION. Il y a en nous une secrète malice qui se complaît à découvrir les imperfections de nos frères: et voilà pourquoi nous sommes si prompts à les juger, oubliant qu’à Dieu seul appartient le jugement des cœurs. Au lieu de scruter si curieusement la conscience d’autrui, descendons dans la nôtre; nous y trouverons assez de motifs d’être indulgents envers le prochain et de trembler pour nous-mêmes. Vous n'êtes chargé que de vous, vous ne ré- pondrez que de vous: Ne jugez donc poini, afin que vous ne soyez point jugé. "CRI, À même a Oes, ne vel: ners y 1S VOU ét Érès peus elle: y tement Our, male qu tion IS 80 rs. Aux nee da ÿ Érours OUR done LIVRE I, CHAPITRE XV. A oO a So po 2 En a BE 8 GC QG D EU ou 2 GC EE QU CHAPITRE XY. DES OEUVRES DE CHARITÉ. | a nulle chose au monde, ni pour l’a- mour d'aucun homme, on ne doit faire le moindre mal, on peut quelquefois cependant, pour rendre un service dans le besoin, différer une bonne œuvre, ou lui en substituer une meilleure, car alors le bien n’est pas détruit, mais il se change en un plus grand. Aucune œuvre extérieure ne sert sans la charité; mais tout ce qui se fait par la charité, quelque petit et quelque vil qu’il soit, produit des fruits abondants. Car Dieu regarde moins à l’action qu'au motif qui fait agir. 2. Celui-là fait beaucoup, qui aime beaucoup. Celui-là fait beaucoup, qui fait bien ce qu'il fait; et il fait bien lorsqu'il subordonne sa volonté à l'utilité publique. Ce qu’on prend pour la charité, souvent n’est que la convoi- tise; car il est rare que l’inclination, la volonté propre, l'espoir de la récompense ou la vue de quelque avantage particulier n’influent pas sur nos actions. 3. Celui qui possède la charité véritable et L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. parfaite ne se recherche en rien; mais son unique désir est que la gloire de Dieu s’opère en toute chose. Il ne porte envie à personne, parce qu’il ne souhaite aucune faveur parti- culière, ne met point sa joie en lui-même, et que, dédaignant tous les autres biens, il ne cherche qu’en Dieu son bonheur. Il n’attribue jamais aucun bien à la créature; il les rap- porte tous à Dieu, de qui ils découlent comme de leur source, et dans la jouissance duquel tous les saints se reposent à jamais comme dans leur fin dernière. Oh! qui aurait une étin- celle de la vraie charité, que toutes les choses de la terre lui paraîtraient vaines! RÉFLEXION. Presque toutes les actions des hommes partent d’un principe vicié, de cette triple concupiscence dont parle saint Jean et contre laquelle la vie chrétienne n’est qu’un perpétuel combat. L'amour déréglé de soi, si difficile à vaincre entièrement, corrompt trop souvent les œuvres même en apparence les plus pures. Que de travaux, que d’aumônes, que de péni- tences dans lesquelles on se confie peut-être, seront stériles pour le ciel! Dieu ne se donne qu'a ceux qui l’aiment, il est le prix de la charité, de cet amour inénarrable, sans bornes e l L tm CS CHR de Di ie à a 1e are: en link ur. ni ure: ik écouleutn HSsante à Jamie aurait up outes li nes! de celte: Jean eu ju un pe oi, st A É trop w les ph} fe pa TTL le pri! Le, sul LIVRE 1, CHAPITRE XVI. et sans mesure, qui, tandis que tout le reste passe, demeure éternellement, dit saint Paul. Amour qui seul faites les Saints, amour qui étes Dieu méme, pénétrez, possédez, trans- formez en vous toutes les puissances de mon âme; soyez ma vie, mon unique vie, et main- tenant et à jamais dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 0-00 CO CHAPITRE XVI. QU'IL FAUT SUPPORTER LES DÉFAUTS D'AUTRUI. (> que l'homme ne peut corriger en soi ou dans les autres, il doit le supporter avec patience, jusqu'à ce que Dieu en ordonne autrement. Songez qu'il est peut-être mieux qu’il en soit ainsi, pour vous éprouver par la patience, sans laquelle nos mérites sont peu de chose. Vous devez cependant prier Dieu de vous aider à vaincre ces obstacles, ou à les supporter avec douceur. 9. Si quelqu'un, averti une ou deux fois, ne se rend point, ne contestez point avec Jui; mais confiez tout à Dieu, qui sait tirer le bien du mal, afin que sa volonté s’accomplisse, ct L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. qu'il soit glorifié dans tous ses serviteurs. Appliquez-vous à supporter patiemment les défauts et les infirmités des autres, quelles qu’elles soient, parce qu’il y a aussi bien des choses en vous que les autres ont à supporter. Si vous ne pouvez vous rendre tel que vous voudriez, comment pourrez-vous faire que les autres soient selon votre gré? Nous aimons que les autres soient exempts de défauts et nous ne corrigeons point les nôtres. 3. Nous voulons qu’on reprenne les autres sévèrement, et nous ne voulons pas être repris nous-mêmes. Nous sommes choqués qu’on leur laisse une trop grande liberté, et nous ne voulons pas qu’on nous refuse rien. Nous voulons qu'on les retienne par des règlements, et nous ne souffrons pas qu’on nous contraigne en la moindre chose. Par là on voit clairement combien il est rare que nous usions de la même mesure pour nous et pour les autres. Si tous étaient parfaits, qu'aurions-nous de leur part à souffrir pour Dieu? 4. Or, Dieu l’a ainsi ordonné, afin que nous apprenions à porter le fardeau les uns des autres: Car chacun à son fardeau; personne n'est sans défauts, nul ne se suffit à soi-même, nul n’est assez sage pour se conduire seul; mais il faut nous supporter, nous consoler, S-CHRI E pallens €S autra Soutiy idre ty VOUS ie ré? Xi pis de di nôtres rene là DS pas choqué Liberts à efuse ri À NOUS CU n voit du US US pour l4 xurIoDH 1? ÿ, af qu eau; F' condur: nous LIVRE I, CHAPITRE XVI, nous aider, nous instruire, nous avertir mu- tuellement. C’est dans l’adversité qu’on voit le mieux ce que chacun a de vertus. Car les occasions ne rendent pas l’homme fragile, mais elles montrent ce qu'il est. RÉFLEXION. Vous ne sauriez, dites-vous, supporter tels et tels défauts; puissant motif de vous humi- lier! Car Dieu, qui est la perfection même, les supporte et de beaucoup plus grands. Ce qui vous rend si susceptible, ce n’est pas le zèle du prochain, mais un amour-propre diffi- cile, irritable, ombrageux.Tournez vos regards sur vous-même, et voyez si vos frères n’ont rien à souffrir de vous. La vraie piété est douce et patiente, parce qu’elle éclaire sur ce que l'on est. Celui qui se sent faible, et qui en gémit, ne se choque pas aisément des fai- blesses des autres; il sait que nous avons tous besoin de support, d’indulgence et de miséri- corde; il excuse, il compatit, il pardonne, et conserve ainsi la paix au dedans de soi et au dehors la charité. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. OO OO EROET oo 8 8 PA CHAPITRE XVI. DE LA VIE RELIGIEUSE. [: faut que vous appreniez à vous briser en beaucoup de choses, si vous voulez conserver la paix et la concorde avec les autres. Ce n'est pas peu de chose de vivre dans un monastère ou dans une congrégation, de n'y être jamais une occasion de plainte, et d'y persévérer fidè- lement jusqu’à la mort. Heureux celui qui, après une vie sainte, y a heureusement con- sommé sa course! Si vous voulez être affermi et croître dans la vertu, regardez-vous comme exilé et comme étranger sur la terre. Il faut, pour l'amour de Jésus-Christ, devenir insensé selon le monde, si vous voulez vivre en reli- g1eUX. 2, L'habit et la tonsure servent peu: ces le changement des mœurs et la mortification entière des passions qui font le vrai religieux. Celui qui cherche autre chose que Dieu seul etle salut de son âme, ne trouvera que tribu- lation et douleur. Celui-là ne saurait non plus demeurer longtemps en paix, qui ne s’efforce point d’être le dernier de tous, et souInis à tous. e+>: k K 4 SRE S CEE Le ÿ Ke s E EN. P DES À e autre| )ersétee EUREUA eg tué YOUR | fer. eveal à ‘ YIE pal rralrl LIVRE I, CHAPITRE XVII. 3, Vous êtes venu pour servir, et non pour dominer: sachez que vous êtes appelé pour souffrir et pour travailler, etnon pour discourir dans une vaine oisiveté.[ei donc les hommes sont éprouvés comme l’or dans la fournaise. Ici nul ne peut vivre, s’il ne veut s’humilier de tout son cœur à cause de Dieu. RÉFLEXION. Qu'est-ce qu’un bon religieux? c’est un chré- tien toujours occupé de tendre à la perfection. La vie religieuse n’est donc qu’une vie, pour ainsi dire, plus chrétienne; et l’'abnégation de soi-même est l’abrégé de tousles devoïrs qu’elle impose. Or ces devoirs sont aussi les nôtres, puisque ce n’est pas seulement à quelques-uns, mais à tous que Jésus-Christ a dit: Soyez par- faits comme votre Père céleste est parfait. Pour remplir cette grande vocation, renonçons à nous-mêmes; unissons-nous pleinement au sacrifice de notre divin Chef; aimons surtout la dépendance, les humiliations, les mépris. Le salut est un édifice qui ne s'élève que sur les ruines de l’orgueil. x: pe A AE mnmmmommnmmmnmnmn 2 LHLHOO EEE RERO CHAPITRE XVIIL. DE L'EXEMPLE DES SAINTS. eue les exemples des saints Pères, en qui reluisait la vraie perfection de la vie reli- gieuse, et vous verrez combien peu est ce que nous faisons, et presque rien. Hélas! qu'est- ce que notre vie comparée à la leur? Les Saints et les amis de Jésus-Christ ont servi Dieu dans la faim et dans la soif, dans le froid et dans la nudité, dans le travail et dans la fatigue, dans les veilles et dans les jeûnes, dans les prières et dans les saintes méditations, dans une infinité de persécutions et d'opprobres. .2. Oh! que de pesantes tribulations ont souf- fertes les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs, les Vierges et tous ceux qui ont voulu suivre les traces de Jésus-Christ!{ls ont haï leur dme en ce-monde, pour la posséder dans l'éternité. Oh! quelle vie de renoncement et d'austérités que celle des Saints dans le désert! quelles lon- gues et dures tentations ils ont essuyées! que de fois ils ont été tourmentés par l'ennemi! que de fréquentes et de ferventes prières ils ont offertes à Dieu! quelles rigoureuses absti- AIT, $ sam lon deb 20 peu À n. Hék! à leur?la À servie Le trail dans h 1éditatin + d'opr nation out vou ardeur pour leur avancement spirituel! quelle forte guerre contre leurs passions! quelle intention pure et droite toujours dirigée vers Dieu! Ils travaillaient pendant le jour, et pas- saient la nuit en prières; et même durant le travail ils ne cessaient point de prier en esprit. 3. Tout leur temps avait un emploi utile. Les heures qu'ils donnaient à Dieu leur sem- ‘ blaïents courtes, et ils trouvaient tant de dou- ceur dans la contemplation qu'ils en oubliaient les besoins du corps. Ils renoncaient aux richesses, aux dignités, aux honneurs, à leurs amis, à leurs parents; ils ne voulaient rien du monde; ils prenaient à peine ce qui était nécessaire pour la vie; s'occuper du corps, même dans la nécessité, leur était une afflic- tion. Ils étaient pauvres des choses de la terre; mais ils étaient riches en grâces et en vertus. Au dehors tout leur manquait; mais Dieu les fortifiait au dedans par sa grâce et par ses con- solations. 4. Ils étaient étrangers au monde, mais unis à Dieu et ses amis familiers. Ils se regardaient comme un purnéant, etle mondeles méprisait; mais ils étaient chéris de Dieu et précieux de- vant lui. Ils vivaient dans une sincère humilité, dans une obéissance simple, dans la charité, PA AA € à L AA: L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. dans la patience, et devenaient ainsi chaque jour plus parfaits et plus agréables à Dieu. Ils ont été donnés en exemple à tous ceux qui professent la vraie religion, et ils doivent nous exciter plus à avancer dans la perfection que la multitude des tièdes ne nous porte au relà- chement. 5. Oh! quelle ferveur en tous les religieux au commencement de leur sainte institution! quelle ardeur pour la prière! quelle émulation de vertu! quelle sévère discipline! que de soumission, que de respect ils montraient tous pour la règle de leur fondateur! Ce qui nous reste d’eux atteste encore la sainteté et la per- fection de ces hommes qui, en combattant généreusement, foulèrent aux pieds le monde. Aujourd’hui l’on compte pour beaucoup qu'un religieux ne viole point sa règle, et qu’il porte patiemment le joug dont il s’est chargé. 0 tiédeur, à négligence de notre état, qui a si vite éteint parminousl’ancienne ferveur! Main- tenant tout fatigue notre làächeté, jusqu'à nous rendre la vie ennuyeuse. Plût à Dieu qu'après avoir vu tant d'exemples d'hommes vraiment pieux, vous ne laissiez pas entièrement s'as- soupir en vous le désir d'avancer dans la vertu! )alent x e à tone bi LOU por tous lv Sainte 1 isciple ls montr leur! x santelié 1x pie r Deautis ] s'est de tre él! ne ferven t à Dieu om T entire cer dus US-Cui LIVRE I, CHAPITRE XIX. RÉFLEXION. A la vue des exemples admirables que nous ont laissés tant de disciples fervents de Jésus- Christ, rougissons de notre làcheté, et ani- mons-nous à marcher courageusement sur leurs traces. Répétons souvent ces paroles d’un Saint: Quoi! je ne pourrais pas ce qu’ont pu tels el tels? Et ajoutous avec l’Apôtre: De moi-même je ne peux rien; mais je puis tout en Celui quime fortifie. Toute notre force con- siste à sentir notre faiblesse et à en connaître le remède, qui est la grâce du Médiateur. D 6 on po og po on oO A 6 ro oo gg pe gg pe CHAPITRE XIX. DES EXERCICES D'UN BON RELIGIEUX. A vie d’un vrai religieux doit être pleine de toutes les vertus, de sorte qu'il soit tel intérieurement qu’il paraît devant les hommes. Et certes il doit être encore bien plus parfait au dedans qu’il ne le semble au dehors, parce que Dieu nous regarde, et que nous devons, partout où nous sommes, le révérer profondé- ment, et marcher en sa présence purs comme te) ete L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. les anges. Nous devons chaque jour renouveler notre résolution, nous exciter à la ferveur, comme si notre conversion commençait au- jourd’hui seulement, et dire: Aidez-moi, Sei- gneur, dans mes saintes résolutions et dans votre service; donnez-moi de bien commencer maintenant, car ce que j'ai fait jusqu'ici n’est rien. 9, La fermeté de notre résolution est la mesure de notre progrès, et une grande dili- gence est nécessaire à celui qui veut avancer. Si celui qui forme les résolutions Les plus fortes se relâche souvent, que sera-ce de celui qui n’en prend que rarement, ou n'en prend que | de faibles? Toutefois nous abandonnons nos |. résolutions de diverses manières, et la moindre omission dans nos exercices a presque toujours quelque suite fâcheuse. Les justes, dans leurs résolutions, comptent bien plus sur la grâce de Dieu que sur leur propre sagesse; ef, quel- que chose qu'ils entreprennent, c’est en lui seul qu’ils mettent leur confiance. Car l’homme propose, mais Dieu dispose, et la voie de l'homme n'est pas en lui. 3. Si nous omettons quelquefois nos exer- cices.ordinaires par quelques motifs pieux où pour l'utilité de nos frères, il nous sera facile ensuite de réparer cette omission. Mais si nous S-CHR, Ue jours ïter ik Ù Con à: Ails solution lait juni résolu Lune sr Qui veut Ù D 80 pa abandon res, elhe presque! plus sr aie) uefois mot} nous e biere LIVRE I, CHAPITRE XIX. oi les abandonnons sans sujet, par ennui ou par négligence, c'est une faute grave et qui nous sera funeste. Faisons tous nos efforts, et nous tomberons encore aisément en beaucoup de fautes. On doit cependant toujours se proposer quelque chose de fixe, surtout à l’égard de ce qui forme le plus grand obstacle à notre avan- cement. Il faut examiner et régler également notre intérieur et notre extérieur, parce que l'un et l’autre servent à nos progrès. 4. Ne pouvez-vous continuellement vous recueillir, recueillez-vous au moins de temps en temps, au moins une fois le jour, le matin ou le soir. Le matin, formez vos résolutions; le soir, examinez votre conduite, ce que vous avez été dans vos paroles, vos actions, vos pen- sées; car peut-être en cela avez-vous souvent offensé Dieu et le prochain. Tel qu’un soldat plein de courage, armez-vous contre les atta- ques du démon. Réprimez l’intempérance, et vous réprimerez plus aisément tous les autres désirs de la chair. Ne soyez jamais oisif; mais lisez, ou écrivez, ou méditez, ou travaillez à quelque chose d’utile à la communauté. Il ne faut cependant s'appliquer qu'avec discrétion aux exercices du corps, et ils ne conviennent pas également à tous. o. Ce qui sort des pratiques communes ne L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. doit point paraître au dehors: il est plus sûr de remplir en secret ses exercices particuliers, Prenez garde cependant de négliger les exer- cices communs pour ceux de votre choix. Mais, après avoir accompli fidèlement et pleinement les devoirs prescrits, s’il vous reste du temps, rendez-vous à vous-même, selon le mouve- ment de votre dévotion. Tous ne sauraient suivre les mêmes exercices: l’un convient mieux à celui-ci, l’autre à celui-là. On aime même à les diversifier selon les temps; il y en a qu'on goûte plus aux jours de fêtes, et d’autres aux jours ordinaires. Les uns nous sont nécessaires au temps de la tentation, les autres au temps de la paix et du repos. Autres sont les pensées qui nous plaisent dans la tris- tesse, ou quand nous éprouvons de la joie en Dieu. 6. Il faut, vers l’époque des grandes fêtes, renouveler nos pieux exercices, et implorer avec plus de ferveur les suffrages des Saints. Proposons-nous de vivre d’une fête à l’autre comme sinous devions alors sortir de ce monde et entrer dans l’éternelle fête. Et pour cela pré- parons-nous avec soin dans ces saints temps, par une vie plus fervente, par une plus sévère observance des règles, comme devant bientôt recevoir de Dieu le prix de notre travail. du rep sent ah. es, el $ granlk ee tir deb pour $ IE ae pi deuil tre tr fi LIVRE 1, CHAPITRE XIX. 1. Et, si ce moment est différé, croyons que nous ne sommes pas encore bien préparés, ni dignes de cette gloire immense qui nous sera découverte en son temps, et redoublons d'efforts pour nous mieux disposer à ce pas- sage. Heureux le serviteur, dit saint Luc, que le Seigneur, quand il viendra, trouvera veil- lant. Je vous dis, en vérité, qu'il l'établira sur tous ses biens. RÉFLEXION. La vie de l’homme sur la terre est un combat perpétuel contre le démon, contre le monde et contre lui-même. Les uns se retirent dans le cloître pour résister plus aisément, les autres demeurent au milieu du siècle; mais tous ne peuvent vaincre que par l'exercice d’une conti- nuelle vigilance. L’habitude du recueillement, l'amour de la retraite, une attention constante sur ses paroles, ses pensées, ses sentiments, la fidélité aux plus légers devoirs et aux plus humbles pratiques, préserventde grandes ten- tations, et attirent les grâces du Ciel. Celui qui néglige les pelites choses tombera peu à peu, dit l'Esprit-Saint. CHAPITRE XX. DE L'AMOUR DE LA SOLITUDE ET DU SILENCE. agées un temps propre à vous occuper de vous-même, et pensez souvent aux bienfaits de Dieu. Laissez là ce qui ne sert qu’à nourrir la curiosité. Lisez plutôt ce qui touche le cœur que ce qui amuse l'esprit. Retranchez les dis- cours superflus, les courses inutiles; fermez l'oreille aux vains bruits du monde, et vous trouverez assez de loisir pour les saintes médi- tations. Les plus grands Saints évitaient, autant qu'il leur était possible, le commerce des hommes, et préféraient vivre en secrel avec Dieu. 2. Un ancien a dit:« Toutes les fois que j'a été dans la compagnie des hommes, j'en suis revenu moins homme que je n'étais.» Cest ce que nous éprouvons souvent lorsque nous nous livrons à de longs entretiens. Il est plus aisé de se taire que de ne point excéder dans ses paroles. Il est plus aisé de se tenir chez soi caché que de de se garder de soi-même suf- fisamment au dehors. Celui done qui aspire à la vie intérieure et spirituelle, doit se retirer CHR, a 4 À T DU Ain VOUS eutauk rt qui ) ranch} inutile mon: int 4 le, le cou IVTe 4: une| n'étin nt lot tiens. le nt extée de st |esoi-ui one qu doit! LIVRE 1, CHAPITRE XX. de la foule avec Jésus. Nul ne se montre sans péril, s’il n’aime à demeurer caché. Nul ne parle avec mesure, s’il ne se tait volontiers. Nul n’est en sûreté dans les premières places, sil n’aime les dernières. Nul ne commande sans danger, s'il n’a pas appris à bien obéir. 3. Nul ne se réjouit avec sécurité, s’il ne pos- sède en lui-même le témoignage d’une bonne conscience. Cependant la confiance des Saints a toujours été pleine de la crainte de Dieu: quel que fût l’éclat de leurs vertus, quelque abondantes que fussent leurs grâces, ils n'en étaient ni moins humbles ni moins vigilants. L'assurance des méchants naît au contraire de lorgueil et de la présomption, et finit par l'aveuglement. Ne vous promettez point de sûreté en cette vie, quoique vous paraissiez être un saint religieux ou un pieux solitaire. 4. Souvent les meilleurs dans l'estime des hommes ont couru les plus grands dangers, à cause de leur trop de confiance. Il est donc utile à plusieurs de n'être pas entièrement délivrés des tentations et de souffrir des attaques fré- quentes, de peur que, tranquilles sur eux- mêmes, ils ne s'élèvent avec orgueil où qu’ils ne se livrent trop aux consolations du dehors. Oh! si l'on ne recherchaït jamais les joies qui passent, si jamais l'on ne s'occupait du monde, L'IMITATION D£ JÉSUS-CHR IST, qu’on posséderait une conscience pure! Oh! qui retrancherait toute sollicitude vaine, ne pensant qu'au salut et à Dieu, et plaçant en lui toute son espérance, de quelle paix et de quel repos il jouirait! 5.Nul n’est digne des consolations célestes, s'il ne s’est exercé longtemps dans la sainte com- ponction. Si vous désirez la vraie componc- tion du cœur, entrez dans votre cellule, et bannissez-en le bruit du monde, selon ce qui est écrit: Méme sur votre couche, que votre cœur soit plein de componction. Vous trouverez dans votre cellule ce que souvent vous pérdrez au dehors. La cellule qu’on quitte peu devient douce; fréquemment délaissée, elle engendre ennui. Si, dès le premier moment où vous sortez du siècle, vous êtes fidèle à la garder, elle vous deviendra comme une amie chère, et sera votre consolation la plus douce. 6. Dans le silence et le repos, l’âme pieuse fait de grands progrès et pénètre ce qu'il ya de caché dans l’Écriture. Là, elle trouve la source des larmes dont eile se lave et se pu- rifie toutes les nuits; et elle s’unit d'autant plus familièrement à son Créateur, qu’elle vit plus éloignée du tumulte du monde. Celui donc qui se sépare de ses connaissances et de ses amis, Dieu s’approchera de lui avec les saints ASE CENTS Ÿ LCR LAN US-Cun SClenes y Licitue, U el ph le pate lation au là y à vrab ty couche. y "ent vous it pa nome à Une lus dou elle tn e Jared quel nee el avec LIVRE 1, CHAPITRE XX. Anges. Il vaut mieux être caché et prendre soin de son âme que de faire des miracles et de s’oublier soi-même. Il est louable dans un religienx de sortir rarement, et de n’aimer ni à voir les hommes ni à être vu d'eux. 1. Pourquoi voulez-vous voir ce qu'il ne vous est point permis d’avoir? Le monde passe et sa concupiscence. Les désirs des sens entraînent cà et là; mais, l'heure passée, que rapportez-vous, qu'une conscience pesante et un cœur dissipé? Parce qu'on est sorti dans la joie, souvent on revient dans la tristesse; et la veille joyeuse du soir attriste le matin. Ainsi, toute joie des sens s’insinue avec dou- ceur; mais à la fin elle blesse et tue. 8. Que pouvez-vous voir ailleurs que vous ne voyiez où vous êtes? Voilà le ciel, la terre, les éléments: or, c’est d’eux que tout est fait. Où que vous alliez, que verrez-vous qui soit stable sous le soleil? Vous croyez peut-être vous rassasier; mais vous n'y parviendrez ja- mais. Quand vous verriez toutes choses à la fois, que serait-ce qu’une vision vaine? Levez les yeux en haut vers Dieu, et priez pour vos péchés et vos négligences. Laissez aux hommes vains les choses vaines: pour vous, ne vous occupez que de ce que Dieu vous commande. Fermez sur vous votre porte, et appelez à L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. vous Jésus, votre bien-aimé. Demeurez avec lui dans votre cellule; car vous ne trouverez nulle part autant de paix. Si vous n’étiez pas sorti, et que vous n'eussiez pas entendu quel- que bruit du monde, vous seriez demeuré dans cette douce paix; mais, parce que vous aimez à entendre des choses nouvelles, il vous faut supporter ensuite le trouble du cœur. RÉFLEXION. Que cherchez-vous dans le monde? le bon- hour? Il n’y est pas. Écoutez ce cri de détresse, cette plainte lamentable qui s'élève de tous les points de la terre et se prolonge de siècle en siècle. C'est la voix du monde. Qu’y cher- chez-vous encore? Des lumières, des secours, des consolations, pour accomplir en paix votre pèlerinage? Le monde est livré à l’esprit de ténèbres, à toutes les convoitises qu'il inspire, à tous les crimes et à tous les maux dont il est le principe; et c’est pourquoi le Prophète sé- criait: Je me suis éloigné, j'ai fui, et j'ai de- meuré dans la solitude. Là, dans le silence des créatures, Dieu parle au cœur, et sa parole est si merveilleuse, si douce et si ravissante, que l'âme ne veut plus entendre que lui, jus- qu'au jour où, tous les voiles étant déchirés, HeAN celle le contemplera face à face. Le christia- A PE es PE re VOS ON Ve RS CINE er AR Den (TN eu ertu ne} Nuvelk 4 ation $ le NL LIVRE 1, CHAPITRE XXI 59 nisme a peuplé le désert de ces âmes choisies qui, se dérobant au monde et foulant aux pieds ses plaisirs, ses honneurs, ses trésors, et la chair, et le sang, nous offrent, dans la pureté de leur vie, une image de la vie des Anges. Cependant les chrétiens ne sont pas tous appelés à ce sublime état de perfection; mais, au milieu du bruit et du tumulte de la société, tous doivent se créer au fond de leur cœur une solitude où ils puissent se retirer pour converser avec Jésus-Christ, et se re- cueillir en sa présence. C’est ainsi que, ra- menés des pensées du temps à la pensée des choses éternelles, ils auront à dégoût celles qui passent, et seront dans le monde comme n'en étant pas: heureux état où s’accomplit pour le fidèle ce que dit l'Apôtre: Notre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. D Oo oo 8 oo oo 8 Ep CHAPITRE XXI. DE LA COMPONCTION DU COEUR. SS' vous voulez faire quelque progrès, con- servez-vous dans la crainte de Dieu, et ne soyez point trop libre; mais soumettez vos L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. sens à une sévère discipline, et ne vous livre pas aux joies insensées. Disposez votre cœur à la componction, et vous trouverez la vraie piété. La componction produit beaucoup de biens, qu'on perd bientôt en s’abandonnant aux vains mouvements de son cœur. Chose étrange, qu'un homme en cette vie puisse se reposer pleinement dans la joie, lorsqu'il con- sidère son exil, et à combien de périls est exposée son âme! 2. À cause de la légèreté de notre cœur et de l'oubli de nos défauts, nous ne sentons pas les maux de notre âme, et souvent nous rions vainement quand nous devrions bien plutôt pleurer. Il n’y a de vraie liberté et de joie solide que dans la crainte de Dieu et la bonne conscience. Heureux qui peut éloigner tout ce qui le distrait et l’arrête, pour se recueillir tout entier dans une sainte componction. Heureux qui rejette tout ce qui peut souiller sa conscience ou l’appesantir. Combattez gé- néreusement: on triomphe d’une habitude par une autre habitude. Si vous savez laisser là les hommes, ils vous laïsseront bientôt faire ce que vous voudrez. 3. N’attirez pas à vous les aflaires d'autrui, et ne vous embarrassez point dans celles des grands. Que votre œil soit ouvert sur vous Gars=” Ra Re== D DL NS = CD LL SD b£ PSE 7 4 V4 xs % TE ai, Me CU po Ne ns, SES DS NE dé CAD Zn+ erte dl eu el} TE cu 1 ps Combi l'une à ere aire ln quil LIVRE I, CHAPITRE XXI. d’abord; et, avant de reprendre vos amis, ayez soin de vous reprendre vous-même. Si vous n’avez point la faveur des hommes, ne vous en attristez point; mais que votre peine soit de ne pas vivre aussi bien et avec autant de vigilance que le devrait un serviteur de Dieu et un bon religieux. Il est souvent plus utile et plus sûr de n'avoir pas beaucoup de consolations en cette vie, et surtout de con- solations sensibles. Cependant, si nous sommes privés des consolations divines, ou si nous ne les éprouvons que rarement, la faute en est à nous, parce que nous ne cherchons point la componction du cœur, et que nous ne reje- tons pas entièrement les vaines consolations du dehors. 4. Reconnaissez que vous êtes indigne des consolations célestes, et que vous méritez plutôt de grandes tribulations. Quand l’homme est pénétré d’une parfaite componction, le monde entier lui est alors amer et insupporta- ble. Le juste trouve toujours assez de sujets de s’affliger et de pleurer; car, en considérant, soit lui-même, soit les autres, il sait que nul ici-bas n’est sans tribulation; et plus il se re- garde attentivement, plus profonde est sa douleur. Le sujet d’une juste affliction et d’une grande tristesse intérieure, ce sont nos €\€ & L'IM{ITATION DE JÉSUS-CHRIST, péchés et nos vices, dans lesquels nous sommes tellement ensevelis, que rarement pouvons- nous contempler les choses du ciel. 5. Si vous pensiez plus souvent à votre mort qu’à la longueur de la vie, nul doute que vous n’auriez plus d’ardeur pour vous corriger. Et si vous réfléchissiez sérieusement aux peines de l'Enfer et du Purgatoire, je crois que vous supporteriez volontiers le travail et la douleur, et que vous ne redouteriez aucune austérité. Mais parce que ces vérités ne pé- nètrent point jusqu’au cœur, et que nous ài- mons encore ce qui nous flatte, nous demeu- rons froids et négligents. 6. Souvent c’est langueur de l’âme, si notre chair misérable se plaint si aisément. Priez donc humblernent le Seigneur qu'il vous donne l'esprit de componction, et dites avec Le Pro- phète: Nourrissez-moi, Seigneur, du pain des larmes; abreuvez-moi du calice des pleurs. RÉFLEXION. La douleur est le fond de la vie humaine. Souffrances du corps, maladies de l'âme, in- quiétudes, afflictions, péché, tel est l'accablant fardeau qu’il nous faut porter depuis notre naissance jusqu’à la tombe; et cependant, à esquek larg! IS > la vbs lande y Para julien redoute ces Vér Pqui lice de r du ŒS) consolantes paroles: OZ CE) ù Re 78 SKIN 8 AC RAS No \ À %, LIVRE I, CIAPITRE XXI, force de travail, l’homme parvient à décou- vrir, au milieu de ses misères, je ne sais quelles joies insensées dont il s’enivre avi- dement. Fuyons ces folles joies du monde: arrètons notre pensée sur le châtiment quiles& doit suivre, sur nos fautes si multipliées; et£ demandons à Dieu, avec la componction du 96 cœur, ce repentir plein d'amour, ces heu- reuses larmes que Jésus a bénies par ces Beaucoup de péchés vous seront remis, parce| que vous avez beaucoup aimé. 4 Po 4 po EE NO EU pe gt À 0 2 po pe po A po 2 og go Ex er EX 3 oc 1 pe CHAPITRE XXII. DE LA CONSIDÉRATION DE LA MISÈRE HUMAINE. N quelque lieu que vous soyez, de quel- que côté que vous vous tourniez, vous serez misérable si vous ne revenez vers Dieu. Pourquoi vous troubler de ce que rien n'arrive comme vous le désirez et comme vous le vou- lez? À qui est-ce que tout succède selon sa volonté? Ni à vous, ni à moi, ni à aucun homme sur la terre. Nul en ce monde, fût-il roi ou pape, n’est exempt d’angoisses et de L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, tribulations. Qui donc à le meilleur sort? Celui, certes, qui sait souffrir quelque chose pour Dieu. 2. Dans leur faiblesse et leur peu de lu- mières, plusieurs disent: Que cet homme à une heureuse vie! qu'il est riche, 6m puissant, élevé! Mais considérez les biens du ciel, et vous verrez que tous ces biens du temps ne sont rien: que, toujours très incer- tains, ils sont plutôt un poids qui fatigue, parce qu'on ne les possède jamais sans dé- fiance et sans crainte. Avoir en abondance les biens du temps, ce n’est pas là le bonheur de l’homme: la médiocrité lui suffit. C’est vrai- ment une grande misère de vivre sur la terre, Plus un homme veut avancer dans les voies spirituelles, plus la vie présente lui devient amère, parce qu'il sent mieux et voit plus clairement l’infirmité de la nature humaine et sa corruption. Manger, boire, veiller, dormir, se reposer, travailler, être assujetti à toutes les nécessités de la nature, c’est vraiment une grande misère et une grande affliction pour l’homme pieux qui voudrait être dégagé de ses liens terrestres, et délivré de tout péché. 3. Car l’homme intérieur est, en ce monde, étrangement appesanti par les nécessités du corps. Et c'est pourquoi le Prophète de- CR AE OS RSS ; ae (l ee© ee _— Femmes} XXE: US-CHaie by mandait, avec d’ardentes prières, d’en être y, affranchi, disant: Seigneur, délivrez-moi de . mes nécessités. Malheur donc à ceux qui ne ihyn connaissent point leur misère! et malheur H encore plus à ceux qui aiment cette misèreet un cette vie périssable! Car il y en a qui l'em- re_brassent si avidement, qu'ayant à peine Je Les a nécessaire en travaillant ou en mendiant, ils our n éprouveraient aucun souci du royaume de ik" Dieu s'ils pouvaient toujours vivre ici-bas. De 4. O cœurs insensés et infidèles, si profon- L pr dément enfoncés dans les choses de la terre, à bi qu'ils ne goûtent rien que ce qui est charnel! Les malheureux! ils sentiront douloureuse- es. ment à la fin combien était vil, combien n’était MN rien ce qu'ils ont aimé. Mais les Saints de M Dieu, tous les fidèles amis de Jésus-Christ ont MN ce qui flatte la chair et ce qui brillé . dans le temps; toute leur espérance, tous ture R leurs désirs aspiraient aux biens éternels. Tout MN leur cœur s'élevait vers les biens invisibles et Su impérissables, de peur que l'amour des choses SMS visibles ne les abaissât vers la terre. ali 5. Ne perdez pas, mon frère, l’espérance M# d'avancer dans la vie spirituelle: vous en avez M encore le temps. Pourquoi remettez-vous tou- Lu jours au lendemain l'accomplissement de vos Pro résolutions? Levez-vous, et commencez à l'ins- L’IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. tant, et dites: Voici le temps d'agir, voicile temps de combattre, voici le temps de me corriger. Quand la vie vous est pesante et amère, c'est alors le temps de méditer. 1! faut passer par le feu et par l'eau avant d'entrer dans le lieu de rafraichissement. Si vous ne vous faites violence, vous ne vaincrez pas le vice. Tant que nous portons ce corps fragile, nous ne pouvons être sans péché, ni sans ennuis et sans douleur. Il nous serait doux de jouir d’un repos exempt de toute misère, mais, en perdant l'innocence par le péché, nous avons perdu la vraie félicité. Il faut donc persévérer dans la patience, et attendre la miséricorde de Dieu, jusqu’à ce que l'iniquité passe, et que ce qui est mortel en vous soit absorbé par la vie, 6. Oh! qu'elle est grande la fragilité qui tou- jours incline l’homme au mal! Vous confessez aujourd'hui vos péchés, et vous y retombezle lendemain. Vous vous proposez d’être sur vos gardes, et une heure après vous agissez comme si vous ne vous étiez rien proposé. Nous avons donc grand sujet de nous humilier, et de ne nous jamais élever en nous-mêmes, étant si fragiles et si inconstants. Nous pouvons perdre en un moment, par notre négligence, ce qu'à peine nous avons acquis par la grâce, avec un long travail. 8 mile| NE ul, ment À: Ce Cam. : US ser ule mi done fragll ! You mer pour CTI DEAN ER LIVRE I, CHAPITRE XXII. 1. Que sera-ce de nous à la fin du jour, si nous sommes si lâches dès le matin? Malheur à nous, si nous voulons goûter le repos, comme si déja nous étions en paix et en assurance, tandis qu'on ne découvre pas dans notre vie une seule trace de vraie sainteté! Nous aurions bien besoin d’être instruits encore, et formés à de nouvelles mœurs comme des novices dociles, pour essayer du moins s’il y aurait en nous quelque espérance de changement et d’un plus grand progrès dans la vertu. RÉFLEXION. L'homme né de la femme vit peu de jours, et il est rassasié d'angoisses. Voilà notre des- tinée telle que le péché l’a faite. Écoutez les gémissements de l'humanité entière, dont Job était la figure:« Périsse le jour où je suis né, et la nuit où il fut dit:« Un homme a été concu! pourquoi ne suis-je pas mort dans le sein de ma mère, ou n’ai-je pas péri en en sortant? Pourquoi m’a-t-elle recu sur ses genoux, et allaité de ses mamelles? Mainte- nant je dormirais en silence, et je repo- serais dans mon sommeil.» Mais déjà sur cette grande misère se levait l’aurore d’une grande espérance:« Je sais que mon Rédemp- « teur est vivant, et que je serai de nouveau m m 2" mm #====# 2 2 3 . RL: 2 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. « revêtu de ma chair, et dans ma chair je verrai « mon Dieu; je le verrai, et mes yeux le con- « templeront.» Dès lors tout change: ces dou- leurs, auparavant sans consolation, unies à celles du Rédempteur, ne sont plus qu'une expiation nécessaire, une épreuve de justice et de miséricorde, une semence d’éternelles joies. Le Christ, en mourant, a ouvert le cielà l'homme déchu, qui, pour unique grâce, de- mandait à la terre un tombeau. ET nous nous plaindrions des souffrances auxquelles Dieu réserve un tel prix! Et le murmure serait sur nos lèvres, lorsque, par les tribulations, Jésus- Christ daigne nous associer au mérite de son sacrifice! C’en est fait, Seigneur, je reconnais mon aveuglement, mon ingratitude, et je ne veux plus désirer ici-bas que d’avoir part à votre passion, afin de participer un jour à votre gloire. re Eee DS me me DE ou Son D me PA CHAPITRE XXIIT, DE LA MÉDITATION DE LA MORT. 4,|”&) RP G ÿ= É 20 S Se SA 1 D pb} AA. EX L 0 à ex A)= }: je) dE PA 2 Se= p sera fait de vous bien vite. ici-bas: voyez donc en quel état vous êtes. L'homme OUT que nu QUE} UE julatis LIVRE I, CHAPITRE XXII. est aujourd'hui, et demain il a disparu; et quand il n’est plus sous les yeux, il passe bien À LT% ÆE vite de lesprit. O stupidité et dureté du cœur à humain, qui ne pense qu'au présent, et ne il prévoit pas l'avenir! Dans toutes vos actions, gs) dans toutes vos pensées, vous devriez être tel fa que vous seriez s’il vous fallait mourir aujour- Ki d'hui. Si vous aviez une bonne conscience, vous craindriez peu la mort. Il vaudrait mieux éviter le péché que fuir la mort. Si aujour- d’hui vous n’êtes pas prêt, comment le serez- vous demain? Demain est un jour incertain: et que savez-vous si vous aurez un lendemain? 2. Que sert de vivre si longtemps, puisque nous nous corrigeons si peu? Ah! une longue vie ne corrige pas toujours; souvent plutôt elle augmente nos crimes. Plût à Dieu que nous eussions bien vécu dans ce monde un seul jour! Plusieurs comptent les années de leur conversion; mais souvent qu’ils sont peu changés, et que ces années ont été stériles! S'il est terrible de mourir, peut-être est-il plus dangereux de vivre si longtemps. Heureux celui à qui l'heure de sa mort est toujours pré- sente, et qui se prépare chaque jour à mourir! Si Vous avez vu jamais un homme mourir, songez que vous aussi vous passerez par cette vole. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, 3. Le matin, pensez que vous n'atteindrez pas le soir; le soir, n’osez pas vous promettre de voir le matin. Soyez donc toujours prêt, et vivez de telle sorte que la mort ne vous sur- prenne jamais. Plusieurs sont enlevés par une mort soudaine et imprévue: car le Fils de l’homme viendra à l'heure qu'on n'y pense pas. Quand viendra cette dernière heure, vous commencerez à Juger tout autrement de votre vie passée, ei vous gémirez ameérement d’avoir été si négligent et si lâche. 4. Qu'heureux et sage est celui qui s’efforce d’être tel dans la vie qu'il souhaite d’être trouvé à la mort! Car rien ne donnera une grande confiance de mourir heureusement que le parfait mépris du monde, le désir ardent d'avancer dans la vertu, l'amour de la régula- rité, le travail de la pénitence, l’abnégation de soi-même et la constance à souffrir toutes sortes d’adversités pour lamour de dJésus- Christ. Vous pouvez faire beaucoup de bien, tandis que vous êtes en santé; mais, malade, je ne sais ce que vous pourrez. Il en est peu quel maladie rende meilleurs, comme il en est peu sanctifient par de fréquents pèlerimages. 5. Ne comptez point sur vos amis ni sur Vos proches, et ne différez point votre salut dans l'avenir, car les hommes vous oublieront plus Y D Es=,© os| cms Vpn sut LIVRE I, CHAPITRE XXII. 71 vite que vous ne pensez. Il vaut mieux y pour- voir de bonne heure et envoyer devant soi un peu de bien que d'espérer dans le secours des autres. Si vous n'avez maintenant aucun souci de vous-même, qui s'inquiétera de vous dans l'avenir? Maintenant le temps est d’un grand prix. Voici maintenant le temps propice, voici le jour du salut. Mais, à douleur! que vous fassiez un si vain usage de ce qui pourrait vous servir à mériter de vivre éternellement. 6. Viendra le temps où vous désirerez un seul jour, une seule heure, pour purifier votre âme, et je ne sais si vous l’obtiendrez. Ah!{ mon frère, de quel péril, de quelle crainte ter-# rible vous pourriez vous délivrer si vous étiez À à présent toujours en crainte et en défiance de la mort! Etudiez-vous maintenant à vivre de telle sorte qu'à l'heure de la mort vous ayez plus sujet de vous réjouir que de craindre. Apprenez maintenant à mourir au monde, afin de commencer alors à vivre avec Jésus-Christ. Apprenez maintenant à tout mépriser, afin de pouvoir alors aller librement à Jésus-Christ. Châtiez maintenant votre corps par la péni- tence, afin que vous puissiez alors avoir une solide confiance. 1. Insensé, sur quoi vous promettez-vous de vivre longtemps, lorsque vous n'avez pas un : Ne L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, seul jour d'assuré? Combien ont été trompés et arrachés subitement de leur corps! Combien de fois avez-vous oui dire: Cet homme a été tué d’un coup d'épée, celui-ci s’est noyé, celui-là s’est brisé en tombant d’un lieu élevé l’un a expiré en mangeant, l'autre en jouant; l’un a péri par le feu, un autre par le fer, un autre par la peste, un autre par la main des voleurs. Et ainsi la fin de tous est la mort, et la vie des hommes passe comme l'ombre. 8. Qui se souviendra de vous après votre mort, et qui priera pour vous? Faites, faites maintenant, mon cher frère, tout ce que vous pouvez, car vous ne savez pas quand vous mourrez, ni ce qui suivra pour vous la mort. Tandis que vous en avez le temps, amassez des richesses immortelles. Ne pensez qu'à votre salut, ne vous occupez que des choses de Dieu. Faites-vous maintenant des amis, en honorant les Saints et en imitant leurs œuvres, afin qu'arrivé au lerme de cette vie, ils vous reçoi- vent dans les tabernacles éternels. 9. Vivez sur la terre comme un voyageur el un étranger à qui les chosés du monde ne sont rien. Conservez votre cœur libre et toujours élevé vers Dieu, parce que vous n'avez point ici-bas de demeure permanente. Que vos gémis- sements, vos larmes, vos prières montent tous e Et© À CHR, ont ét | n, op! il (1 SN d'un lu tre a à par FAT el e lon US ap s? Fall Du te as qu COUR ll ' vou eZ QU HOL el, un Of mode re el us NU Que rt OU LIVRE I, CHAPITRE XXII. les jours vers le ciel, afin que votre âme, après la mort, mérite de passer heureusement à Dieu. RÉFLEXION. Approchez de cette fosse, regardez ces osse- ments blanchis et déjoints: voilà ce qui reste ici-bas d’un homme que vous avez connu peut- être et qui ne pensait pas plus à la mort, il y a peu d'années, que vous n’y pensez aujour- d'hui. Ne fallait-il pas, en effet, qu'il songeât d'abord à sa fortune, à celle des siens, à l’éta- blissement de sa famille? aussi s’en est-il occupé jusqu’au dernier moment. Eh bien! maintenant allez, entrez dans sa maison. Des héritiers indifférente y jouissent des biens qu'il avait amassés, et travaillent eux-mêmes à en amasser de nouveaux: du reste, nul souvenir du mort. Quelque chose de lui subsiste cepen- dant, et la tombe ne le renferme pas tout entier. Il avait une âme, une âme rachetée du sang de Jésus-Christ: où est-elle? À linstant où elle quitta le corps, sa demeure fut fixée, ou dans le ciel sans crainte désormais, ou dans l'enfer sans espérance. Terrible, terrible alter- native! Et à présent plongez-vous dans les soins de la terre, différez votre conversion, dites encore: Il sera temps demain. Insensé! L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. ce temps dont tu abuses creuse ta fosse, ef demain ce sera léternité! 6 9 ou os 6 po ot oi pe 8 8 oo 1 D pp oo 8 ES Ep 8 Le CHAPITRE XXIV. DU JUGEMENT ET DES PEINES DES PÉCHEURS. K° toutes choses regardez la fin, et repor- 1 tez-vous au jour où vous serez là, debout devant le Juge sévère à qui rien n’est caché, qu'on n’apaise point par des présents, qui ne recoit point d’excuses, mais qui jugera selon la justice. Pécheur misérable et insensé! que répondrez-vous à Dieu, qui sait tous vos cri- mes, vous qui tremblez quelquefois à l'aspect d’un homme irrité? Par quel étrange oubli de vous-même vous en allez-vous, sans rien pré- voir, vers ce jour où nul ne pourra être ex- cusé ni défendu par un autre, mais où chacun sera pour soi un fardeau assez pesant? Main- tenant votre travail produit son fruit; vos lar- mes sont agréées, vos gémissements écoutés; votre douleur satisfait à Dieu et purifie votre àme. 2. Il à ici-bas un grand et salutaire purga- toire, l’homme patient qui, en butte aux ou- DES Pin Ka fn, 4 re 1 prés qui un Salt HN queloni étrane pou ez pe ou fr ñ sement et pu LIVRE I, CHAPITRE XXIV. trages, s’afflige plus de la malice d'autrui que de sa propre injure; qui prie sincèrement pour ceux qui le contristent, et leur pardonne du fond du cœur; qui, s’il a peiné les autres, est toujours prêt à demander pardon; qui incline à la compassion plus qu’à la colère; qui se fait violence à lui-même, et s'efforce d’assujettir entièrement la chair à l'esprit. Il vaut mieux se purifier maintenant de ses péchés et re- trancher ses vices, que d'attendre à les expier en l’autre vie. Oh! combien nous nous trom- pons nous-mêmes par l'amour désordonné que nous avons pour notre chair! 3. Que dévorera ce feu, sinon vos péchés? Plus vous vous épargnez vous-même à présent, et plus vous flattez votre chair, plus ensuite votre châtiment sera terrible, et plus vous amassez pour le feu éternel. L'homme sera puni plus rigoureusement dans les choses où il a le plus péché. Là, les paresseux seront percés par des aiguillons ardents et les intem- pérants tourmentés par une faim et une soif extrèmes. Là, les voluptueux et les impudi- ques seront plongés dans une poix brülante et dans un soufre fétide; comme des chiens furieux, les envieux hurleront dans leur dou- leur. 4. Chaque vice aura son tourment propre. hile à HiE à à: L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Là, les superbes seront remplis de confusion, et les avares réduits à la plus misérable indi- gence. Là, une heure sera plus terrible dansle supplice que cent années ici dans la plus dure pénitence. Ici, quelquefois le travail cesse, on se console avec ses amis; là nul repos, nulle consolation pour les damnés. Soyez donc main- tenant plein d’appréhension et de douleur pour vos péchés, afin de partager, au jour du juge- ment, la sécurité des bienheureux. Car Les justes alors s’élèveront avec une grande assu- rance contre ceux qui les auront opprimés el méprisés. Alors se lèvera, pour juger, Celui qui se soumet aujourd'hui humblement aux jugements des hommes. Alors l’humble et le pauvre auront une grande confiance, et de tous côtés l'épouvante environnera le superbe. 5. Alors on verra qu'il fut sage en ce monde, celui qui apprit à être insensé et méprisable pour Jésus-Christ. Alors on s’applaudira des tribulations souffertes avec patience, ef toute iniquilé sera muette. Alors tous les justes se- ront transportés d’allégresse, et tous les im- pies consternés de douleur. Alors la chair affligée se réjouira plus que si elle avait tou- jours été nourrie dans les délices. Alors les vêtements pauvres resplendiront, et les habits somptueux perdront tout leur éclat. Alors là Fra Nr Y 1 LA don | jour à Ie.| ol op r ju mblen: nfaues era apple t to elle art pt etai écht à LIVRE I, CHAPITRE XXIV. plus pauvre petite demeure sera jugée au- dessus du palais tout brillant d’or. Alors une _ patience constamment soutenue sera de plus de secours que toute la puissance du monde; et une obéissance simple, élevée plus haut que toute la prudence du siècle. 6. Alors on trouvera plus de joie dans la pu- reté d’une bonne conscience que dans une docte philosophie. Alors le mépris des richesses aura plus de poids dans la balance que tous les tré- sors de la terre. Alors le souvenir d’une pieuse prière vous sera de plus de consolation que celui d’un repas splendide. Alors vous vous réjouirez plus du silence gardé que des longs entretiens. Alors les œuvres saintes l’empor- teront sur les beaux discours. Alors vous pré- férerez une vie de peine et de travail à tous les plaisirs de la terre. Apprenez done mainte- nant à supporter quelques légères souffrances, afin d’être alors délivré de souffrances plus grandes. Eprouvez ici d'abord ce que vous pourrez dans la suite. Si vous ne pouvez main- tenant souffrir si peu de chose, comment supporterez-vous les tourments éternels? Si maintenant la moindre douleur vous cause tant d’impatience, que sera-ce donc alors des tortures de l'enfer? Il y a, n’en doutez point, deux joies qu'on ne peut réunir: vous ne L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. pouvez goûter ici-bas les délices du monde, et régner ensuite avec Jésus-Christ. 1. Si vous aviez vécu jusqu’à ce jour dans les honneurs et les voluptés, de quoi cel vous servirait-il, s’il vous fallait mourir à Pins- tant? Donc tout est vanité, hors aimer Dieu et le servir lui seul. Car celui qui aime Dieu de tout son cœur ne craint ni la mort, ni le supplice, ni le jugement, ni l'enfer, parce que l'amour parfait nous donne un sûr acces prés de Dieu. Mais celui qui aime encore le péché, il n’est pas surprenant qu'il redoute la mort et le jugement. Cependant, si l'amour ne vous éloigne pas encore du mal, il est bon quau moins la crainte vous retienne. Celui qui est peu touché de la crainte de Dieu ne saurai longtemps persévérer dans le bien; mais tombera bientôt dans les pièges du démon. RÉFLEXION. Dieu est patient, dit saint Augustin, parce qu'il est éternel. Mais, après les jours de pa tience, viendra le jour de la justice; jour d’effroi, jour inévitable, où toute chair com- paraîtra devant le Roi de l’éternité pour ren- dre compte de ses œuvres et de ses pensée même. Transportez-vous en esprit à ce Mmo- ment formidable: voilà que la poussière des CHR, (x, dt our 1 qui N À ut eur je In lr a redoub! l'amour: il eh ne.(Al Dieu le bia es dl LIVRE 1, CHAPITRE XXV. tombeaux s’émeut, et de toutes parts la foule des morts accourt aux pieds du souverain Juge. Là, tous les secrets sont dévoilés, la conscience n'a plus de fénèbres, et chacun attend en si- lence le sort qui lui est destiné pour toujours. Les deux cités se séparent, la grande sentence est prononcée; elle ouvre le paradis aux justes, et tombe sur les pécheurs avec tout le poids d'une éternelle réprobation. Environné des Anges fidèles et de la troupe resplendissante des élus, Jésus-Christ remonte dans sa gloire: Satan saisit sa proie et l’entraîne dans l’abîme; tout est consommé à jamais; il ne reste plus que les joies du ciel et le désespoir de l'enfer. Pendant que vous êtes encore sur la terre, le choix entre ces demeures vous est laissé: choi- sissez donc, mais n'oubliez pas qu'il n’y à point de repentir de l’autre côté de la tombe. CHAPITRE XXV. QU'IL FAUT TRAVAILLER AVEC FERVEUR A L'AMENDEMENT DE SA VIE. OYEZ vigilant et fervent dans le service de N) Dieu, et faites-vous souvent cette demande: Se RAS DE Pourquoi es-tu venu ici, et pourquoi as quitté le siècle? N’était-ce pas afin de vivre pour Dieu, et de devenir un homme spirituel? Embrasez-vous donc du désir d'avancer, parce que vous recevrez bientôt la récompense de vos travaux, et qu'alors il n’y aura plus ni crainte ni douleur. Maintenant un peu de tra- vail, et puis un grand repos: que dis-je? une joie éternelle! Si vous agissez constamment avec ardeur et fidélité, Dieu aussi sera sam doute fidèle et magnifique dans ses récom- penses. Vous devez conserver une ferme espé- rance de parvenir à la gloire; mais il ne faut pas vous livrer à une sécurité trop profonde, de peur de tomber dans le relâchement où dans la présomption. 2. Un homme qui flottait souvent, plen d’anxiétés, entre la crainte et l'espérance, étant un jour accablé de tristesse, entra dans une église, et, se prosternant devant un autel pour prier, il disait et redisait en lui-même: Oh: si je savais que je dusse persévérer! Aussitil ilentendit intérieurement cette divine parole: Si vous le saviez, que voudriez-vous faire! Faites maintenant ce que vous feriez alors, el vous jouirez de la paix. Consolé à l'instant même et fortifié, il s’abandonna sans réserve à la volonté de Dieu, et ses agitations ces CH, € por Pas di ous d'au im nt un LL aie dans w rune e: IL lé(np » pelle — 1 jt sul AL ant un! n lui tte 1driert us oui on LIVRE 1, CHAPITRE XXV. sèrent. Il ne voulut plus rechercher avec cu- riosité ce qui lui arriverait dans l'avenir; mais KA il s'appliqua uniquement à connaître la vo-(GS lonté de Dieu, et ce qui lui plaît davantage, SS) afin de commencer et d'achever tout ce qui SPA est bien. RDS 3. Espérez en Dieu, dit le Prophète, ef faites le bien; habilez en paix la terre, et vous serez nourri de ses richesses. Une chose refroidit en quelques-uns l’ardeur d'avancer et de se cor- riger: la crainte des difficultés, et le travail du combat. En effet, ceux-là devancent les au- tres dans la vertu, qui s'efforcent avec le plus de courage de se vaincre eux-mêmes dans ce qui leur est le plus pénible et qui contrarie le plus leurs penchants. Car l’homme fait d’au- tant plus de progrès et mérite d'autant plus de graces, qu’il se surmonte lui-même et se mortifie davantage. 4. Il est vrai que tous n’ont pas également à combattre pour se vaincre et mourir à eux- mêmes. Cependant un homme animé d’un zèle ardent avancera bien plus, même avec de nom- breuses passions, qu’un autre à cet égard mieux disposé, mais tiède pour la vertu. Deux choses aident surtout à opérer un grand amende- ment: s'arracher avec violence à ce que la na- ture dégradée convoite, et travailler ardem- 82 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. ment à acquérir la vertu dont on a le plus grand besoin. Attachez-vous aussi particulière- ment à éviter et à vaincre les défauts qui vous déplaisent le plus dans les autres. 5. Profitez de tout pour votre avancement, Si vous voyez de bons exemples, ou si vous les entendez raconter, animez-vous à les imiter. Que si vous apercevez quelque chose de ré- préhensible, prenez garde de commettre là même faute, ou, si vous l'avez quelquefois commise, tâchez de vous corriger prompte- ment. Comme votre œil observe les autres, les autres vous observent aussi. Qu'il est conso- lant et doux de voir des religieux zélés, pieux, fervents, fidèles observateurs de la règle! Qu'il est triste, au contraire, et pénible d’en voir qu ne vivent pas dans l'ordre, et qui ne remplis- sent pas les engagements auxquels ils ont été appelés! Qu'on se nuit à soi-même en négli- geant les devoirs de sa vocation, et en détour- nant son cœur à des choses dont on n’est point chargé! 6. Souvenez-vous de ce que vous avez pro- mis, et que Jésus-Christ crucifié vous soit tou- jours présent. Vous avez bien sujet de rougir, en considérant la vie de Jésus-Christ, d’avoir jusqu'ici fait si peu d'efforts pour y conformer la vôtre, quoique vous soyez depuis si long- é, Fo q S-CHRI: TN que dv de(QU au qu Ori Qui deux rh t que -èDe! on, 4 fé voi sujet ur Ft | dep 1 US temps entré dans la voie de Dieu. Un religieux qui s'exerce à méditer sérieusement, et avec piété, la vie très sainte et la Passion du Sau- veur, y trouvera en abondance tout ce qui lui est utile et nécessaire; et il n’a pas besoin de chercher hors de Jésus quelque chose de méil- leur. Ah! si Jésus crucifié entrait dans notre cœur, que nous serions bientôt suffisamment instruits! 1. Un religieux fervent recoit bien ce qu’on lui commande, et s’y soumet sans peine. Un religieux tiède et reläché souffre tribulation sur tribulation, et ne trouve de tous côtés que la gêne, parce qu’il est privé des consolations intérieures, et qu’il lui est interdit d’en cher- cher au dehors. Un religieux qui s’affranchil de sa règle est exposé à des chutes terribles. Celui qui cherche une vie moins contrainte et moins austère sera toujours dans l'angoisse; car toujours quelque chose lui déplaira. 8. Comment font tant d’autres religieux qui observent, dans les cloîtres, une si étroite dis- cipline? Ils sortent rarement, ils vivent retirés, ils sont nourris très pauvrement et grossière- ment vêtus; ils travaillent beaucoup, parlent peu, veillent longtemps, se lèvent matin, font de longues prières, de fréquentes lectures, et observent en tout une exacte discipline. Con- LIVRE I, CHAPITRE XXV. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. sidérezles Chartreux, les religieux de Citeaux, et les autres religieux et religieuses de diffé- rents ordres, qui se lèvent toutes les nuits pour chanter les louanges de Dieu. Il serait donc bien honteux que la paresse vous tint encore éloigné d’un saint exercice, lorsque déjà tant de religieux commencent à célébrer le Seigneur. 9..0h! si vous n’aviez autre chose à faire qu'à louer de cœur et de bouche, perpétuelle- ment, le Seigneur notre Dieu! si jamais vous n’aviez besoin de manger, de boire, de dor-| mir, et que vous pussiez ne pas interrompre un seul moment ces louanges ni les autres exercices spirituels! vous seriez alors beau- coup plus heureux qu’à présent, assujetti comme vous l'êtes au corps et à toutes ses nécessités. Plût à Dieu que nous fussions affran- chis de ces nécessités, et que nous n’eussions à songer qu'à la nourriture de notre àme, que nous goûtons, hélas! si rarement! 10. Quand un homme en est venu à ne cher- cher sa consolation dans aucune créature, c'es alors qu’il commence à goûter Dieu parfaite- ment, et qu'il est, quoi qu'il arrive, toujours satisfait. Alors il ne se réjouit d'aucune pros périté, et aucun revers ne le contriste; mas il s'abandonne tout entier, avec une pleine con- SU relire 0! toute, É exe ent; | autre cb )ouche, 14 présell )OUs ÉUNIE que DOI! de Dole: eme: jter Di ‘arm it dau vecu LIVRE!, CHAPITRE XXV. fiance, à Dieu, qui lui est tout en toutes choses, pour qui rien he périt, rien ne meurt, pour qui; au contraire, tout vit, et à qui tout obéit sans délai.; 11. Souvenez-vous toujours que votre fin approche, et que le temps perdu ne revient point. Les vertus ne s'acquièrent qu'avec beau- coup de soins et des efforts constants. Dès que vous commencerez à entrer dans la tiédeur, vous tomberez dans le trouble. Mais, si vous persévérez dans la ferveur, vous trouverez une grande paix, et vous sentirez votre travail plus léger, à cause de la grâce de Dieu et de l'amour de la vertu. L'homme fervent et zélé est prêt à tout. Il est plus pénible de résister aux vices et aux passions que de supporter les fatigues du corps. Celui qui n'évite pas les peliles fautes tombera peu à peu dans les gran- des. Vous vous réjouirez toujours le soir, quand vous aurez employé le jour avec fruit. Veillez sur vous, excitez-vous, avertissez-vous: et, quoi qu'il en soit des autres, ne vous négli- gez pas vous-même. Vous ne ferez de progrès qu'autant que vous vous ferez de violence. RÉFLEXION. Etes-voussincèrement résolu à vous sauver? en avez-vous fa volonté ferme? Alors prépa- L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. rez-vous au travail, au combat; car le salut est à ce prix: La voie qui conduit à la perte est large; mais qu’élroite, dit l'Evangile, est celle qui conduit à la vie! Sans doute l’onction de la grâce adoucit, pour le fidèle, ce travail, ce combat; au milieu des fatigues et des sout- frances, il jouit d’une paix céleste que le pécheur ne connaît point. Cependant il à besoin de continuels efforts pour triompher de lui-même, pour vaincre ses désirs, ses pas- sions, et le monde, et le prince de ce monde. Qui a fait les Saints, sinon cette lutte coura- geuse et persévérante? Les uns ont été tour- mentés, ne voulant pas racheter leur vie, afn d'en trouver une meilleure dans la résurrection. Les autres ont souffert les moqueries, les fouets, les chaines et les prisons; ils ont été lapidés, scrés, éprouvées en toute manière; ils sont morts par le tranchant du glaive; vagabonds, couverts de peaux de brebis et de peaux de chèvres, oppres- sés par le besoin, l’affliction, l'angoisse, ils ont erré dans les déserts et dans les montagnes, el dans les antres, et dans les cavernes de la terre; eux dont le monde n’était pas digne. Enveloppés donc d'une si grande nuée de témoins, déga- geons-nous de tout ce qui nous appesantit, et du péché qui nous environne, et courons par la patience au combat qui nous est proposé; les LIVRE I, CHAPITRE XXV. 87 baton és:: ni 1 regards fixés sur Jésus, l’auteur et le consom- nuit JE mateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui MR était préparée, a souffert la croix, en méprisant l'ignominie; et maintenant il est assis à la droite | px N du trône de Dieu. algues 4 cheter ln dis FIN DU PREMIER LIVRE, } lil US ONLtl LIVRE DEUXIÈME INSTRUCTION POUR AVANCER DANS LA VIE INTÉRIEURE. CHAPITRE PREMIER, DE LA CONVERSION INTÉRIEURE. E royaume de Dieu est au dedans de vous, dit le Seigneur. Revenez à Dieu de tout votre cœur, laissez là ce misérable monde, et votre àäme trouvera le repos. Apprenez à mépriser les choses extérieures, et à vous donner aux intérieures, et vous verrez le royaume de Dieu venir en vous. Car le royaume de Dieu est paix el joie dans l'Esprit-Saint, ce qui n'est pas donné aux impies. Jésus-Christ viendra à vous, et il vous remplira de ses consolations, si vous lui préparez au dedans de vous une demeure digne de lui. Toute sa gloire et toute sa beauté H est intérieure; c'est dans le secret du cœur À qu'il se plaît. Il visite souvent l’homme inté- rieur, et ses entretiens sont doux, ses conso- KO ET 3 me +:(en à Ye n À © Foller RS ÈS SR SJ NT NN N RSS AN NS K NN LIVRE If, CHAPITRE I. lations ravissantes; sa paix est inépuisable, et sa familiarité incompréhensible. 2, Ame fidèle, hätez-vous donc de préparer votre cœur pour l'Epoux, afin qu'il daigne venir habiter en vous. Car il a dit: Si quel- qu'un m'aime, il gardera ma parole, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. Laissez donc Jésus entrer en vous, et n'y laissez entrer que lui. Lorsque vous possé- derez Jésus, vous serez riche, et lui seul vous suffit. Il veillera pour vous, il prendra de vous un soin fidèle en toutes choses, de sorte que vous n'aurez plus besoin de rien attendre des hommes. Car les hommes changent vite, etvous manquent tout d'un coup; mais Jésus-Christ demeure éternellement: inébranlable dans sa constance, il est près de vous jusqu’à la fin. 3. On ne doit guère compter sur un homme fragile et mortel, encore bien qu'il vous soit utile, et que vous soyez chers l’un à l’autre; et il n’y a pas lieu de s’attrister beaucoup, si quelquefois il vous traverse et s'élève contre vous. Ceux qui sont aujourd'hui pour vous pourront demain être contre vous, et récipro- quement: les hommes changent comme le vent. Mettez en Dieu toute votre confiance; qu'il soit votre crainte et votre amour: il répondra pour vous, et il fera ce qui est le meil- L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. leur. Vous n'avez point ici de demeure stable: en quelque lieu que vous soyez, vous êtes étranger et voyageur; et vous n'aurez jamais de repos que vous ne soyez intimement unià Jésus-Christ. 4. Que cherchez-vous autour de vous?(Ce n’est pas ici le lieu de votre repos. Votre demeure doit être dans le ciel, et vous ne devez regarder toutes les choses de la terre que comme en passant. Tout passe, et vous passez avec tout le reste. Prenez garde de vous attacher à quoi que ce soit, de peur d’en deve- nir l’esclave et de vous perdre. Que sans cesse votre pensée monte vers Le Très-Haut, et votre prière vers Jésus-Christ. Si vous ne savez pas encore vous élever aux contemplations céles- tes, reposez-vous dans la Passion du Sauveur, et aimez à demeurer dans ses plaies sacrées, Car si vous vous réfugiez avec amour dans ces plaies et ces précieux stigmates, vous sentirez une grande force au temps de la tribulation; vous vous inquiéterez peu du mépris des hommes, et vous supporterez aisément les paroles médisantes. 5. Jésus-Christ a été aussi méprisé des hom- mes en ce monde, et dans les plus extrèmes angoisses, abandonné des siens, de ses amis, de ses proches, au milieu des opprobres. Jésus US-Q| LIVRE IX, CHAPITRE I. : Christ a voulu souffrir et être méprisé, et 0e vous 0sez vous plaindre de quelque chose! a Jésus-Christ à eu des ennemis et des détrac- * teurs, et vous voudriez n'avoir que des amis - et des bienfaiteurs! Comment votre patience Ib-t-elle d'être couronnée, s'il ne vous Me. arrive rien de pénible? Si vous ne voulez rien souffrir, comment serez-vous ami de Jésus- ME Christ? Souffrez avec Jésus-Christ et pour MW Jésus-Christ, si vous voulez régner avec Jésus- pen 6. Si une seule fois vous étiez entré bien li avant dans le cœur de Jésus, et que vous eus- MN siez ressenti quelque mouvement de son NM amour, que vous auriez peu de souci de ce qui Nu peut vous contrarier ou vous plaire! Vous vous réjouiriez d'un outrage recu, parce que Ni l'amour de Jésus apprend à l’homme à se tu mépriser lui-même. Celui qui aime Jésus et la Ni vérité, un homme vraiment intérieur ct ht dégagé de toute affection déréglée, peut libre- Hi ment s'approcher de Dieu, cf, s’élevant en hu esprit au-dessus de soi-même, se reposer en lui par une jouissance anticipée. j né 1. Celui qui estime les choses suivant ce ju quelles sont, et non d’après les discours et jh l'opinion des hommes, est vraiment sage; et «ol c'est Dieu qui l’instruit plus que les hommes. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Celui qui vit au dedans de lui-même, et qui s'inquiète peu des choses du dehors, tous les lieux lui sont bons, et tous les temps, pour remplir ses pieux exercices. Un homme inté- rieur se recueille bien vite, parce qu'il ne se répand jamais tout entier au dehors. Les tra- vaux extérieurs, les occupations nécessaires en certains temps, ne le troublent point; mais il se prête aux choses, selon qu’elles arrivent. Celui qui a établi l’ordre au dedans de soi ne se tourmente guère de ce qu'il y a de bien ou de mal dans les autres. On n’a de distractions et d'obstacles qu'autant que l’on s'en crée soi- même. 8. Si vous étiez ce que vous devez être. entièrement libre et détaché, tout contribue- rait à votre bien et à votre avancement. Mais beaucoup de choses vous déplaisent, et sou- vent vous troublent, parce que vous n'êtes pas encore tout à fait mort à vous-même et séparé des choses de la terre. Rien n'embarrasse et ne souille tant le cœur de l’homme que l'amour impur des créatures. Si vous rejetez lies consolations du dehors, vous pourrez con- templer les choses du ciel, et goûter souvent les joies intérieures. 2 A9 74€ | ("TE Ces lb Que tonte ue vous à aché, lol e que FÜR VOU-U Rien ne êf, 1 RU LIVRE I, CHAPITRE IL. RÉFLEXION. L'âme chrétienne, détachée du monde, n'a 7 qu’un désir pour le temps comme pour l'éter- AK nité: d’être unie à Jésus, de cette union inef- È& fable dont la divine peinture nous ravit dans k le Cantique mystérieux de l'amour: Mon bien- aime est à moi, et je suis à lui; il repose entre les[&& lis, jusqu'à ce que l'aurore se lève et que les RS DZ ombres déclinent. Hélas! que cherchez-vous au| dehors? Rentrez, rentrez en vous-même, pré- gl parez au céleste Epoux une demeure digne ÿ de lui, et il viendra, et il sy reposera, car ses délices sont d’habiter dans le cœur qui l'appelle. Alors, seul avec Jésus, loin des bruits de la terre, dans le silence des créatures, il| vous parlera comme un ami parle à son ami,| et, transporté de l'entendre, vous ne voudrez M plus à jamais écouter que lui. ES CHAPITRE IT. QU'IL FAUT S'ABANDONNER A DIEU EN ESPRIT D HUMILITÉ.; NQUIÉTEZ-VOUS peu qui est pour vous où Con- fé tre vous; mais prenez soin que Dieu soit Fa avec vous en tout ce que vous faites. Ayez la RSS >) 9# LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Ë( conscience pure, et Dieu prendra votre défense.\ Toute la malice des hommes ne saurait nuire[ à celui que Dieu veut protéger. Si vous savez#! vous taire et souffrir, Dieu, sans doute, vous#} assistera. Il sait le temps et la manière de vous| délivrer; abandonnez-vous donc à lui. C’est\ de Dieu que vient le secours, c'est lui qui il délivre de la confusion. Il est souvent très utile,) pour nous retenir dans une plus grande humi- il lité, que les autres soient instruits de nos défauts, et qu'ils nous les reprochent. L 2. Quand un homme s'humilie de ses défauts, H il apaise aisément les autres, et se réconcilie l sans peine ceux qui sont irrités contre lui. il Dieu protège l’humble et le délivre; il aime ï l’'humble et le console; il s'incline vers l’humble(l et lui prodigue ses grâces, et, après d'abais- 1] sement, 1l l’élève dans la gloire. Il révèle à humble ses secrets; il l'invite et l’attire dou- cement à lui. Quelque affront qu’il recoive, l’homme vit encore en paix, parce qu’il s'appuie sur Dieu, et non sur le monde. Ne pensez pas avoir fait de progrès, si vous ne vous croyez au-dessous de tous les autres. NN) ds | RÉFLEXION.| . Que vous importent les discours et les pen- sées des hommes? Ce ne seront point eux qu CHAR, drarib er, Un Hill done ik IS, CN souveglt inslruh proche le des délire line ven el, ap loire, Le pot qui areequ d our ont pol LIVRE If, CHAPITRE III. vous jugeront. S'ils vous accusent à tort, celui qui voit le fond des consciences vous a déjà justifié. S'ils vous reprochent des fautesréelles, n’êtes-vous pas heureux d’être averti, heureux de souffrir une humiliation salutaire? Ce qui vous trouble, c’est l’orgueil, qui ne saurait supporter d’être repris. L'humble ne s'irrite point, ne s’émeut point, lors même que la pas- sion le condamne injustement. Plein du senti- ment de sa misère, on ne saurait jamais tant l'abaisser qu’il ne s’abaisse dans son cœur encore davantage. Voulez-vous que rien n’al- tère le calme de votre àme, abandonnez-vous à Dieu en toutes choses; et dans les peines, les contrariétés, les traverses, dites avec Jésus- Christ: Oui, mon Père, parce qu'il vous a rlu ainsi. D oo 8 GHAPITRE III. DE L'HOMME PACIFIQUE. FAR TRE premièrement dans la paix, et alors vous pourrez la donner aux au- tres. Le pacifique est plus utile que le savant. Un homme passionné change le bien en mal, et LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. croit le mal aisément. L'homme paisible ethon ramène tout au bien. Celui qui est affermi dans la paix ne pense mal de personne; mais l’homme inquiet et mécontent est agité de divers SOUp- cons: iln’a jamais de repos, et n’en laisse point aux autres. Il dit souvent ce qu’il ne faudrait point dire, et ne fait pas ce qu'il faudrait faire, Attentif au devoir des autres, il néglige ses propres devoirs. Ayez donc premièrement du zèle pour vous-même, et vous pourrez ensuite avec justice l’étendre sur le prochain. 2. Vous savez bien colorer et excuser vos fautes, et vous ne voulez pas recevoir les excuses des autres. Il serait plus juste de vous accuser vous-même, et d’excuser votre frère. Si vous voulez qu’on vous supporte, supportez aussi les autres. Voyez combien vous êtes loin encore de la vraie charité et de l'humilité, qui jamais ne s'irrite et ne s’indigne que contre elle-même! Ce n’est pas une grande chose de bien vivre avec les hommes doux et bons, car cela plaît naturellement à tous; chacun aime son repos, et s’affectionne à ceux qui partagent ses sentiments. Mais vivre en paix avec des hommes durs, pervers, sans règle, ou qui nous contrarient, c’est une grande grâce, une vertu courageuse et digne d’être louée. 3. Il y en a qui sont en paix avec eux-mêmes = ONC Drome IC pré «} p ni FR pre } ñ . CE EXCUMET $ SUpOt (1 él de Ill pes(UT à cul ps rl re lu jai que LIVRE I, CHAPITRE NII. et avec les autres. Et il y en a qui n’ont point la paix, et qui troublent celle d'autrui: ils sont à charge aux autres et plus à charge à eux- mêmes. Il y en a enfin quise maintiennent dans lapaix,etquis’efforcent delarendre auxautres. Au reste, toute notre paix, dans cette misérable vie, consiste plus dans une souffrance humble que dans l’'exemption de la souffrance. Qui sait le mieux souffrir possédera la plus grande paix. Celui-là est vainqueur de soi et maître du monde, ami de Jésus-Christ et héritier du ciel. RÉFLEXION. Bienheureux les pacifiques, parce qu’ils seront appelés les enfants de Dieu. Comprenez la gran- deur de ce nom et l'instruction profonde qu'il renferme. La paix, c’est l’ordre parfait; et le trouble, les dissensions, les discordes, la guerre ne sont entrés dans le monde que par la vio- lation de l’ordre ou par le péché. Aïnsi, point de paix où règne le péché; point de paix dans l'homme dont les pensées, les affections, les volontés ne sont pas en tout conformes à l’ordre ou à la vérité et à la volonté de Dieu; point de paix dans la société dont les doctrines et les lois s’écartent de la loi et des doctrinesrévélées de Dieu: et quiconque, homme ou peuple, brise L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. cette loi, nie ces doctrines, ne fût-ce qu’en un seul point, cet homme, ce peuple rebelle à Dieu, subit à l'instant le châtiment de son crime. Un malaise inconnu s'empare de lui: je ne sais quelle force désordonnée le pousse et le repousse en tous sens, et nulle part ilne trouve de repos: comme Caïn, après son meurtre, il a peur. Non, la paix n’est en effet que pour les enfants de Dieu; ïls la goûtent en eux- mêmes, et la répandent sur les autres; elle coule, pour ainsi dire, de leur cœur, comme ces fleuves qui arrosaient l’heureux séjour de notre premier père, au temps de son inno- cence. Et quand viendra la dernière heure, ce sera encore la paix; car Le royaume de Dieu est justice el paix. Enfants de Dieu, entrez dans le royaume qui vous a élé préparé dès le commen- cement du monde! LS a EE 8 po 5 po 8 0 9 oo EE op 1 Ep ag pe LE CHAPITRE IV, DE LA PURETÉ D ESPRIT ET DE LA DROITURE D'INTENTION. Le. s'élèveau-dessus de la terre sur deux S ailes, la simplicité et la purété. La sim- plicité doit être dans l'intention, et la pureté E JNtim Inès qe, (e Pi me ent be: are bi LR de leur We nt lheurxr U qu b : ds de Dieu, a préparé nm) RE LA DRUTEH) LIVRE II, CHAPITRE IV. dans l'affection. La simplicité cherche Dieu; la . pureté le trouve etle goûte. Nulle bonne œuvre ne vous sera difficile si vous êtes libre, au de- dans, de toute affection déréglée. Si vous ne voulez que ce que Dieu veut et ce qui est utile au prochain, vous jouirez de la liberté intérieure. Si votre cœur était droit, alors toute créature vous serait un miroir de vie et un livre rempli de saintes instructions. Il n’est point de créature si petite et si vilequine pré- sente quelque image de la bonté de Dieu. 2. Si vous aviez en vous assez d’innocence et de pureté, vous verriez tout sans obstacle. Un cœur pur pénètre le ciel et l’enfer. Chacun Be des choses du dehors selon ce qu’il est au dedans de lui-même. S'il est quelque joie dans le monde, le cœur pur la possède. Et s'il y a des angoisses et des tribulations, avant tout elles sont connues de la mauvaise conscience. Comme le fer mis au feu perd sa rouille et devient tout étincelant, ainsi celui qui se donne sans réserve à Dieu se dépouille de salangueur et se change en un homme nouveau. 3. Quand l’homme commence à tomber dans la tiédeur, alors il craint le moindre travail, et recoit avidement les consolations du dehors. Mais quand il commence à se vaincre parfai- tement et à marcher avec courage dans la voie L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. 100 de Dieu, alors il compte pour rien ce qui lui était le plus pénible. RÉFLEXION. Quand Jésus-Christ voulut proposer un modèle à ses disciples, le choisit-il parmi les hommes distingués par la science ou par la supériorité de leur esprit? Non; 2 appela un petit enfant, le plaça au milieu d'eux, et dit: En vérité je vous le dis, si vous ne vous conver- lissez el ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. Or, que voyons-nous dans l’enfance? la sim- plicité, la pureté. Elle croit, elle aime, elle agit, sans aucun retour sur elle-même, par un premier mouvement du cœur; et voilà ce qui plaît à Dieu. Il ne demande ni de longues prières, ni d’éloquents discours, ni les médi- tations profondes, mais une volonté droite et un amour plein de candeur. N’avoir en tout de désirs que les siens, s’oublier entièrement soi-même, se soumettre aux volontés de l’ado- rable Providence, sans chercher à les scruter; quoi de plus pur que cet abandon, que cette simple obéissance? Aussi la récompense en sera-t-elle grande: Heureux, est-il dit, ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. ad Ge US De CRD AE RTS Po A Dour eur. At LIVRE If, CHAPITRE V. HART CHAPITRE V. DE LA CONSIDÉRATION DE SOI-MÊME. ous ne devons pas trop compter sur nous- mêmes, parce que souvent la grâce et le jugement nous manquent. Nous n'avons en nous que peu de lumière, et ce peu, il est aisé de le perdre par négligence. Souvent nous ne nous apercevons pas combien nous sommes aveugles au dedans de nous. À de mauvaises actions souvent nous donnons de pires excuses. Quelquefois nous sommes mus par la passion, et nous croyons que c'est par le zèle. Nous relevons de petites fautes dans les autres, et nous nous en permettons de plus grandes. Nous sentons bien vite et nous pesons ce que nous souffrons des autres, mais tout ce qu’ils ont à souffrir de nous, nous n’y songeons point. Qui se jugerait équitablement soi-même, sentirait qu’il n’a le droit de juger personne sévèrement. 2. L'homme intérieur préfère le soin de soi- même à tout autre soin; et lorsqu'on est attentif à soi, on se tait aisément sur les autres. Vous ne serez jamais un homme intérieur et L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. vraiment pieux, si vous ne gardez le silence sur ce qui vous est étranger, et si vous ne vous occupez principalement de vous-même.&i vous n'avez que Dieu et vous-même en vue, vous serez peu touché de ce que vous aper- cevrez au dehors. Où êtes-vous quand vous n'êtes pas présent à vous-même? Et que vous revieut-il d’avoir tout parcouru, et de vous être oublié? Si vous voulez posséder la paix et être véritablement uni à Dieu, il faut laisser là tout le reste, et ne penser qu'a vous seul. 3. Vous ferez de grands progrès si vous vous dégagez de tous les soins du temps. Vous serez, au contraire, fatigué bien vite si vous comptez pour quelque chose ce qui n’est que de ce monde. Qu'il n’y ait rien de grand à vos yeux, d’élevé, de doux, d’aimable, que Dieu seul, ou ce qui vient de Dieu. Regardez comme une pure vanité toute consolation qui repose sur la créature. L'âme qui aime Dieu méprise tout ce qui est au-dessous de Dieu. Dieu seul, éternel, immense, et remplissant tout, est la consolation de l’âme et la vraie joie du cœur. RÉFLEXION. Quand vous sauriez ce qu'il y a de bon et de mauvais dans chaque homme, sans en excepter NE TE . Le Ie d'autrui. Laissez donc là une sollicitude dont LIVRE I, CHAPITRE V. 103 un seul, à quoi cela vous servirait-il, si vous vous ignorez vous-même? On ne vous interro- gera point, au dernier jour, sur la conscience presque toujours l’orgueil et la malignité sont le principe, et occupez-vous d’un soin plus agréable à Dieu et plus utile pour vous. La grande, la vraie science est de se connaître soi-même: ce doit être notre étude de tous les instants. Alors on apprénd à se mépriser, à gémir sur la plaie de son cœur, sur l’amour- propre effréné qui nous domine, sur les se- crètes convoitises qui nous tourmentent, et l'on s’écrie comme l’Apôtre: Qui me délivrera de ce corps de mort? Heureuse, heureuse déli- vrance! Mais que trouverons-nous après, si nous avons été fidèles? Dieu, uniquement Dieu, et en lui toutes choses, toute consolation, tout bien. O mon âme! puisqu'il en est ainsi, com- mence dès ce moment même à te dégager du poids qui t’affaisse, de la terre et des créa- tures, pour ne{attacher qu’à Dieu seul. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. LE 8 ou 0 CHAPITRE VI. DE LA JOIE D'UNE BONNE CONSCIENCE. FT A gloire de l'homme de bien est le tlémoi- L gnage de sa conscience. Ayez la conscience pure, et vous posséderez toujours la joie. La bonne conscience peut supporter beaucoup de choses, et elle est pleine de joie dans les adver- sités. La mauvaise conscience est toujours inquiète et troublée. Vous jouirez d’un repos ravissant, si votre cœur ne vous reproche rien. Ne vous réjouissez que d’avoir fait le bien. Les méchants n’ont jamais de véritable 4. joie, ils ne possèdent point la paix intérieure, parce qu'il n'y a point de paix pour l’impie, dit le Seigneur. Et s'ils disent: Nous sommes dans la paix, les maux ne viendront pas sur nous; el qui oserait nous nuire? ne les croyez pas: car la colère de Dieu se lèvera soudain, et leurs œuvres seront réduites à rien, et leurs pensées périront. 2. Se faire un sujet de gloire de la tribula- tion n’est pas difficile à celui qui aime: car se glorifier ainsi, c’est se glorifier dans la croix de Jésus-Christ. La gloire que les hommes = DR PRES- DSi Tite Hat AT ju LIVRE II, CHAPITRE VI. donnent et recoivent est courte. La tristesse accompagne toujours la gloire du monde. La gloire des bons est dans leur conscience, et non dans la bouche des hommes. L’allégresse des justes est de Dieu et en Dieu, et leur joie vient de la vérité. Celui qui désire l& gloire véritable et éternelle dédaigne la gloire du temps. Et celui qui recherche la gloire du temps, et ne la méprise pas de toute son âme, montre qu'il aime peu la gloire éternelle. Il jouit d’une grande tranquillité de cœur celui que n’émeut ni la louange ni le blâme. 3. Il sera aisément en paix et content, celui dont la conscience est pure. Vous n'êtes pas plus saint parce qu’on vous loue, ni plus im- parfait parce qu'on vous blâme. Vous êtes ce que vous êtes, et tout ce qu’on pourra dire ne vous fera pas plus grand que vous ne l’êtes aux yeux de Dieu. Si vous considérez bien ce que vous êtes en vous-même, vous vous em- barrasserez peu de ce que les hommes disent de vous. L’homme voit le visage, mais Dieu voit le cœur. L'homme regarde les actions, mais Dieu pèse l'intention. Faire toujours bien et s’estimer peu, c’est le signe d’une âme humble. Ne vouloir de consolation d'aucune créature, c’est la marque d’une grande pureté et d’une grande confiance intérieure. ESS SPAS &sAñas. ie 7 de) 7€ L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. &. Quand on ne cherche au dehors aucun témoignage en sa faveur, il est manifeste qu’on s'est entièrement remis à Dieu. Car ce n’est pas celut qui se recommande lui-même qui est approuvé, dit saint Paul, mais celui que Dieu recommande. Avoir toujours Dieu présent au dedans de soi, et ne tenir à rien au dehors, c'est l’état de l'homme intérieur. RÉFLEXION. . Nul repos pour celui qui ne le trouve pas en s01. Le cœur inquiet qui cherche au dehors dans les créatures la paix dont il est privé intérieurement, se fait une grande illusion; elle n'est pas là. Pourquoi vous tromper vous- même? La mer soulevée par les tempêtes n’est pas plus agitée que le monde; et vous lui dites: Apaise mon trouble! Il n’y a de calme que dans le sein de Dieu; il n’y a de joie que dans la conscience pure. Les plaisirs distraient, les passions enivrent un moment; mais, ce moment passé, que reste-t-il? Et encore que d'ennuisouvent et que d’amertume pendant sa durée! Vous représentez-vous, au contraire, une félicité comparable à celle qui accompagne l'innocence; quelque chose qui, dès ici-bas, ressemble plus au ciel que l’état d’une âme détachée de la terre, et tranquille LIVRE 11, CHAPITRE VII, sous la main.de Dieu, qu’elle possède déjà par l'espérance et par l’amour? Eh bien donc! que cet état devienne le vôtre; venez et goûtez combien le Seigneur est doux; faites un effort, veuillez seulement: Celui qui donne le bon vouloir vous donnera aussi de l’accom- pur. -0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0H0-0-0H0-0-0-0-0-00-0-0-0-0-0- CHAPITRE VIL. AUX QU IL FAUT AIMER JÉSUS-CHRIST PAR DESSUS TOUTES CHOSES. EUREUX Celui qui comprend ce que c’est que d'aimer Jésus, et de se mépriser soi- même à cause de Jésus! Il faut que notre amour pour lui nous détache de tout autre amour, parce que Jésus veut être aimé seul par-dessus toutes choses. L’amour de la créa- ture est trompeur et passe bientôt; l'amour un de Jésus est stable et fidèle. Celui qui s'attache jh à la créature tombera comme elle etavec elle; mi celui qui s'attache à Jésus sera pour jamais nl affermi. Aimez et conservez pour ami Celui , vous quittera point alors que tous vous 14 abandonneront, et qui, quand viendra votre LE : | fin, ne vous laissera point périr. Que vous Île L'INMITATION DE JÉSUS-C&RIST, vouliez ou non, il vous faudra un jour être séparé de tout. 2. Vivant et mourant, tenez-vous donc près de Jésus, et confiez-vous à la fidélité de Celui qui seul peut vous secourir lorsque tout vous manquera. Tel est votre bien-aimé, qu’il ne veut point de partage; il veut posséder seul votre cœur, et y régner comme un roi sur le trône qui est à lui. Si vous saviez bannir de votre âme toutes les créatures, Jésus se plairait à demeurer en vous. Vous trouverez avoir perdu presque tout ce que vous aurez établi sur les hommes, et non sur Jésus. Ne vous appuyez point sur un roseau qu'agite le vent, et n'y mettez pas votre confiance, car toute chair est comme l'herbe, et sa gloire passe comme la fleur des champs. Vous serez trompé souvent, si vous jugez des hommes d’après ce qui paraît au dehors; au lieu des avantages et du soulagement que vous cherchez en eux, vous n'éprouverez presque toujours que du préjudice. Cherchez Jésus en tout, et en tout vous trouverez Jésus. Si vous vous cherchez vous-même, vous vous trouverez aussi, mais pour votre perte. Car l’homme qui ne cherche pas Jésus se nuit plus à lui-même que tous ses ennemis et que le monde entier. AXE. K fau 1! vol, ;| Lai! que ri \n qu À A QUE A À NE re LIVRE JI, CHAPITRE VII. RÉFLEXION. Entrainés par le charme de sentir, ainsi que parle Bossuet, nous cherchons notre bien dans les créatures, qui nous échappent et s'éva- nouissent comme des ombres. Nous voulons aimer et être aimés; et nous nous éloignons de la source du véritable amour, de l’amour infini. Comprenons enfin combien il est in- sensé d’attacher notre cœur à ce qui passe, et combien sont vaines ces amitiés de la terre qui s'en vont avec les années et les intéréts. Aimons Jésus sans partage; aimons-le comme il nous aime et comme il veut être aimé. La mesure de notre amour pour lui, dit saint Bernard, est de l’aimer sans mesure. Malheur à qui lui préfère quelque chose! ses désirs sont sur la route du néant. LRO HEC- CHAPITRE VIIL DE LA FAMILIARITÉ QUE L'AMOUR ÉTABLIT ENTRE JÉSUS ET L’AME FIDÈLE. UAND Jésus est présent, tout est doux et rien ne semble difficile; mais quand Jésus se 110 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. retire, tout fatigue. Quand Jésus ne parle pas au dedans, nulle consolation n’a de prix; mais si Jésus dit une seule parole, on est merveil- leusement consolé. Marie-Madeleine ne se leva-t-elle pas aussitôt du lieu où elle pleurait, lorsque Marthe lui dit: Le Maitre est là, et il vous appelle? Heureux moment, où Jésus appelle des larmes à la joie de l'esprit! Com- bien, sans Jésus, n’êtes-vous pas aride et insen- sible! Et quelle vanité, quelle folie, si vous désirez autre chose que Jésus-Christ! Ne serait-ce pas une plus grande perte que si vous aviez perdu le monde entier? 2. Que peut vous donner le monde sans Jésus? Etre sans Jésus, c’est un insupportable enfer; être avec Jésus, c’est un paradis de délices. Si Jésus est avec vous, nul ennemi ne pourra vous nuire. Qui trouve Jésus trouve un trésor immense, ou plutôt un bien au- dessus de tout bien. Qui perd Jésus, perd plus et beaucoup plus que s’il perdait le monde entier. Vivre sans Jésus, c’est le comble de l'indigence; être uni à Jésus, c’est posséder des richesses infinies. 3. C’est un grand art que de savoir con- verser avec Jésus, et une grande prudence que de savoir le retenir près de soi. Soyez humble et pacifique, et Jésus sera avec vous. 1e ve) c'est u, YOUR, 1° froure À perd Ji Jésus à que d ” sd À que NI: LIVRE II, CHAPITRE VIE. Que votre vie soit pieuse et calme et Jésus demeurera près de vous. Vous éloignerez bientôt Jésus, et vous perdrez sa grâce, si vous voulez vous répandre au dehors. Et si vous l’éloignez et le perdez, qui sera votre re- fuge, et quel autre ami chercherez-vous? Vous ne sauriez vivre heureux sans ami; et si Jésus We n’est pas pour vous un ami au-dessus de tous les autres, n’attendez que tristesse et désola- tion. Qu'insensé vous êtes si vous mettez en quelque autre votre confiance ou votre joie! Il vaudrait mieux avoir le monde entier contre vous que d’être dans la disgrâce de Jésus. Qu'il vous soit donc plus cher que tout ce qui vous est cher.: 4. Aimez tous les autres pour Jésus, et Jésus pour lui-même. Lui seul doit être aimé uni- quement, parce qu’il est le seul ami bon, fidèle, entre tous les amis. Aimez en lui et à cause de lui vos amis et vos ennemis, et priez-le pour tous, afin que tous le connaissent et l’aiment. Ne souhaitez jamais d'obtenir aucune préfé- rence dans l'estime ou l’amour des hommes: car cela n'appartient qu’à Dieu,qui n’a point d’égal. Ne désirez point que quelqu'un s'occupe de vous dans son cœur, et ne soyez vous-même préoccupé de l’amour de personne; mais que Jésus soit en vous et en tout hornme de bien. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. 8. Soyez pur et libre au dedans, sans aucune attache à la créature. Il vous faut être dépouillé de tout, et offrir à Dieu un cœur pur, si vous voulez être libre et goûter combien le Sei- gneur est doux. Et certes, jamais vous n'y parviendrez, si sa grâce ne vous prévient et ne vous attire; de sorte qu'ayant exclu et banni tout le reste, vous soyez seul uni à li seul. Car, lorsque la grâce de Dieu visite l'homme, alors il peut tout; et quand elle se retire, alors il est pauvre et infirme, et ne semble réservé qu'aux châtiments. En cet état même, il ne doit ni se laisser abattre ni déses- pérer; mais il doit se soumettre avec calme à la volonté de Dieu, et souffrir, pour l'amour de Jésus-Christ, tout ce qui lui arrive, car l'été succède à l'hiver, après la nuit revient le jour, et après la tempête une grande séré- nité. RÉFLEXION. L'amour a fait descendre le Fils de Dieu sur la terre: l'amour nous élève jusqu’à lui. Alors il s'établit entre notre âme et Jésus comme une union ravissante; alors s’accomplit cette promesse: Je ne vous laisserai pas 01- phelins, je viendrai à vous. Venez donc, ô mon Jésus, venez briser les derniers liens qui mat- SUUL } Non da Mapfas CET 1m Ci, ' QUS Us 6 | Li IdISer dl LUI _ pas, qu'il ne peut même comprendre, mais LIVRE II, CHAPITRE IX. tachent aux créatures et retardent l’heureux A| moment où je ne vivrai plus que pour vous. EEK Faites que, m'oubliant moi-même, je ne voie, Gas je ne désire que vous seul, et me repose sur RS) votre sein comme le disciple bien-aimé, dans A4 cette paix délicieuse que le monde ne donne aussi que ses orages ne sauraient troubler. CP 0 a oO 0 0 8 pa 0 LE ep 2 CHAPITRE IX. DE LA PRIVATION DE TOUTE CONSOLATION. JL n'est pas difficile de mépriser les conso- lations humaines, quand on jouit des con- solations divines. Mais il est grand et très grand de consentir à être privé tout à la fois des consolations des hommes et de celles de Dieu, de supporter volontairement pour sa gloire cet exil du cœur, de ne se rechercher en rien, et de ne faire aucun retour sur ses propres mérites. Qu’y a-t-il d'étonnant si vous êtes rempli d’allégresse et de ferveur lorsque la gràce descend en vous? C’est pour tous l'heure désirable. 11 avance aisément et avec joie, celui que la grâce soulève, Comment 2 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. sentirait-il son fardeau, quand il est porté par le Tout-Puissant et conduit par le Guide suprème? -2. Toujours nous cherchons quelque soula- gement, et difficilement l’homme se dépouille de lui-même. Fidèle à son évèque, le saint martyr Laurent vainquit le siècle, parce qu'il méprisa tout ce que le monde offre de sédui- sant, et qu'il souffrit en paix, pour l’amour de Jésus-Christ, d'être séparé du souverain prêtre de Dieu, de Sixte, qu'il aimait avec une vive tendresse. Par l’amour du Créateur, surmontant l'amour de l’homme, aux conso- lations humaines il préféra le bon plaisir di- vin. Et vous aussi, apprenez donc à quitter, pour l'amour de Dieu, l’ami le plus cher et le plus intime. Et ne murmurez point,. s’il ar- rive que votre ami vous abandonne, sachant qu'après tout il faut bien un jour se séparer de tous. 3. Ce n’est passans combattre beaucoup et longtemps en lui-même que l’homme apprend à se vaincre pleinement, et à reporter en Dieu toutes ses affections. Lorsqu'il s'appuie sur lui-même, il se laisse aisément aller aux consolations humaines. Mais celui qui a vrai- ment l’amour de Jésus-Christ, et le zèle de la vertu, ne cède point à l'attrait des consola- FES 1° CON: | jurà LIVRE II, CHAPITRE IX. tions, et ne cherche point les douceurs sen- sibles: il désire plutôt de fortes épreuves, et de souffrir de durs travaux pour Jésus- Christ. 4. Quand donc Dieu vous accorde quelque consolation spirituelle, recevez-la avec actions de grâces; mais reconnaissez-y le don de Dieu, et non votre propre mérite. Ne vous en élevez pas, n'en ayez point trop de joie, n’en con- cevez pas une vaine présomption. Que cette gràce, au contraire, vous rende plus humble, plus vigilant, plus timide dans toutes vos actions: car ce moment passera et sera suivi de la tentation. Quand la consolation vous est| ôtée, ne vous découragez pas aussitôt; mais attendez avec humilité et avec patience que Dieu vous visite de nouveau: car il est tout- puissant pour vous consoler encore plus. Cela n’est ni nouveau ni étrange pour ceux qui ont l'expérience des voies de Dieu: les grands Saints et les anciens Prophètes ont souvent éprouvé ces vicissitudes.:| 5. Un d’eux, sentant la présence de la grâce, s'écriait: J'ai dit dans mon abondance: Je ne serai jamais ébranlé! Mais la grâce s'étant retirée, il ajoutait: Vous avez détourne de moi votre face, et j'ai été rempli de trouble. Dans ce inouble, cependant, il ne désespère point; L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. #4 mais il prie le Seigneur avec plus d'instance, fn disant: Seigneur, je crierai vers vous, et j'im- plorerai mon Dieu. Enfin il recueille le fruit de sa prière, et il témoigne qu'il a été exaucé: Le Seigneur m'a écouté, et il a eu pitié de moi: le Seigneur s'est fait mon appui. Mais comment? Vous avez, dit-il, changé mes gémissements en chants d'allégresse, et vous m'avez environnéde Joie. Or, puisque Dieu en use ainsi avec les plus grands Saints, nous ne devons pas pérdre courage, pauvres infirmes que nous sommes, si quelquefois nous éprouvons de la ferveur et quelquefois du refroidissement: car l’es- prit de Dieu vient et se retire comme il lui plaît; ce qui faisait dire au bienheureux Job: Vous visitez l’homme dès le matin, et aussitôt vous l’éprouvez. 6. En quoi donc espérer et en quoi mettre ma confiance, si ce n’est uniquement dans la grande miséricorde de mon Dieu et dans l'at- tente de la grâce céleste? Car, soit que j'aie près de moi des hommes vertueux, des reli- gieux fervents, des amis fidèles; soit que je lise de saints livres et d’éloquents traités: soit que j'entende le doux chant des hymnes, tout cela aide peu et ne touche guère quand la gräce se retire, et que je suis délaissé dans ma propre indigence. Alors il n’est point de LIVRE Il, CHAPITRE IX. 117 meilleur remède qu’une humble patience, et l'abandon de soi-même à la volonté de Dieu. 1. Je n'ai jamais rencontré d'homme si pieux et si parfait, qui n’ait éprouvé quelque- fois cette privation de la grâce et une di- minution de ferveur. Nul Saint n’a été ravi si haut ni si rempli de lumière, qu'il n'ait été tenté avant ou après. Car il n’est pas digne d’être élevé jusqu’à la contemplation de Dieu, celui qui n’a pas souffert pour Dieu quelque tribulation. La tentation annonce d'ordinaire la consolation qui doit suivre. Car la consolation céleste est promise à ceux qu'a éprouvés la tentation. Celui qui vaincra, dit le Seigneur, je lui donnerai à manger du fruit de l'arbre de vie. 8. La consolation divine est donnée, afin que l’homme ait plus de force pour soutenir l'adversité. La tentation vient après, afin qu'il ne s’enorgueillisse pas du bien. Car Sa- tan ne dort point, et la chair n’est pas encore morte: c'est pourquoi ne cessez de vous préparer au combat, parce qu’à droite et à gauche sont des ennemis qui ne se reposent jamais. AN mi no-| © LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. RÉFLEXION. Bien que l'humanité sainte du Sauveur ne cessät de jouir, par son intime union avéc le Verbe divin, d'une paix et d’une joie inal- térables, il ne laissait pas de ressentir sou- vent, dans la partie inférieure de l’âme, les afflictions et les douleurs devenues lapanage de notre nature depuis le péché. Qui ma présentes à lesprit ces grandes paroles: Mon äme est triste jusqu'à la mort! Mon Père! mon Père! pourquoi m'avez-vous délaissé? Ainsi l'âme chrétienne, sans perdre sa paix, est éprouvée aussi par la tristesse et les tribula- tions intérieures. Si elle goûtait toujours la consolation, il serait à. craindre qu’elle ne tombât peu à peu dans le relâchement; et qu'aurait-elle d’ailleurs à offrir à son bien- aimé? La vertu seperfectionne dans l'infirmuté. C'est l'Apôtre qui nous l’apprend, et il ajoute aussitôt: Je me glorifierai donc dans mes 1n- firmités, afin que la vertu de Jésus-Christ ha- bite en moi. Cette espèce d'abandon, cet exil du cœur nous rappelle vivement notre misère que nous oublions trop facilement, exerce notre foi, notre amour, et nous maintient dans l'humilité. Gardez-vous donc, en ces moments où Jésus paraît se retirer de vous, KIQA, le À at 4e b | lo tot | JU Le LIVRE II, CHAPITRE X. de fléchir sous le poids de l'épreuve, et de vous laisser aller au découragement.« Un des « grands secours, dit un pieux auteur, pour «bien porter sa croix, est d’en ôter l’inquié- «tude, et de rendre cette peine tranquille «par une totale conformité à la divine vo- « lonté.» Au lieu de gémir et de vous trou- bler, réjouissez-vous plutôt; car il est écrit: Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent dans l'allégresse. Ils allaient et pleuraient en répandant des semences; ils reviendront pleins de joie, portant des gerbes dans leurs mains. ALCOHOL CHOEEE- CHAPITRE X. DE LA RECONNAISSANCE POUR LA GRACE DE DIEU. D. cherchez-vous le repos, lorsque vous êtes né pour le travail? Disposez-vous à la patience plutôt qu'aux consolations, et à porter la croix plutôt qu'à goûter la joie. Quel est l'homme du siècle qui ne recût vo- lontiers les joies et les consolations spirituelles, s’il pouvait en jouir toujours? Car les conso- lations spirituelles surpassent toutes les délices du monde et toutes les voluptés de la chair. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Toutes les délices du monde sont ou honteuses ou vaines; les délices spirituelles sont seules douces et chastes, nées des vertus et répan- dues par Dieu dans les cœurs purs. Mais nul ne peut jouir toujours à son gré des conso- lations divines, parce que la tentation ne cesse jamais longtemps. 2. Une fausse liberté d'esprit et une grande confiance en soi-même forment un grand obstacie aux visites d’en haut. Dieu accorde à l’homme un grand bien en lui donnant la grâce de la consolation; mais l’homme fait un grand mal quand il ne remercie pas Dieu de ce don, et ne le lui rapporte pas tout en- tier. Si la grâce ne coule point abondamment sur nous, c'est que nous sommes ingrats en- vers son auteur, et que nous ne remontons point à sa source première. Car la grâce n’est jamais refusée à celui. qui la recoit avec gra- titude, et Dieu, ordinairement, donne à l'humble ce qu’il Ôte au superbe. 3. Je ne veux point de la consolation qui m'ôte la componction; je n’aspire point à la contemplation qui conduit à l'orgueil. Car tout ce qui est élevé n’est pas saint; tout ce qui est doux n’est pas bon; tout désir n’est pas pur; tout ce qui est cher à l'homme n’est pas agréable à Dieu. J'aime une grâce qui me il pi il n’osera s’attribuer aucun bien; maïs plutôt il LIVRE I, CHAPITRE X. rende plus humble, plus vigilant, plus prêt à me renoncer moi-même. L'homme instruit par le don de la grâce, et par sa privation, confessera son indigence et sa nudité. Donnez à Dieu ce qui est à Dieu; et ce qui est de vous, ne l’imputez qu’à vous. Rendez gloire à Dieu de ses grâces, et reconnaissez que, n'ayant rien à vous que le péché, rien ne vous est dû que la peine du péché.| 4. Meltez-vous toujours à la dernière place, et la première vous sera donnée; car ce qui est le plus élevé s'appuie sur ce qui est le plus bas. Les plus grands Saints aux yeux de Dieu, sont les plus petits à leurs propres yeux; et plus leur vocation est sublime, plus ils sont humbles dans leur cœur. Pleins de la vérité et de la gloire céleste, ils ne sont pas avides d'une gloire vaine. Fondés et affermis en Dieu, ils ne sauraient s'élever en eux-mêmes. Rap- portant à Dieu tout ce qu'ils ont recu de bien, ils ne recherchent point la gloire que donnent les hommes, et ne veulent que celle qui vient de Dieu seul: leur unique but, leur désir unique, est qu'il soit glorifié en lui-même et dans tous les Saints, par-dessus toutes choses. 5. Soyez donc reconnaissant des moindres grâces, et vous mériterez d’en recevoir de L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. plus grandes. Que le plus léger don, la plus petite faveur, aient pour vous autant de prix que le don le plus excellent et la faveur Ja plus singulière. Si vous considérez la grandeur de celui qui donne, rien de ce qu’il donne ne vous paraîtra petit ni méprisable: car peut-il être quelque chose de tel dans ce qui vient d'un Dieu infini? Vous envoie-t-il des peines et des châtiments, recevez-les encore avec joie: car c’est toujours pour notre salut qu'il fait ou quil permet tout ce qui nous arrive, Voulez-vous conserver la grâce de Dieu, soyez reconnaissant lorsqu'il vous la donne, patient lorsqu'il vous l’ôte. Priez pour qu’elle vous soit rendue, et soyez humble et vigilant pour ne pas la perdre. RÉFLEXION. L'homme est si pauvre, qu’il n’a pas même une bonne pensée, un bon désir qui ne lui vienne d'en haut. De lui-même il ne peut rien, pas même souhaiter d’être affranchi de sa misère, qu’il ne connaît que par une lu- mière surnaturelle.. Si la divine miséricorde ne le prévenait, il languirait dans une éter- nelle impuissance de tout bien. Plus la grace donc lui est donnée avec abondance, plus ila raison de s’humilier en voyant ce qu'il serait us let TOI pour I 7 DA à saint Paul: quand je me sens faible, c'est LIVRE II, CHAPITRE X. sans elle, ce qu’il est par son propre fonds. Créature insensée, qui t’enorgueillis des dons de Dieu, qu'as-tu que lu n'aies reçu, et si lu l'as reçu, pourquoi Le glorifier comme si tu ne l'avais pas reçu? I] faut que l’orgueil plie sous cette parole, et que l’homme tout entier s’'a- néantisse en présence de Celui qui seul le retire de l’abîme où le péché l'avait précipité. Il ne se relève qu’en s’abaissant; ce qui faisait dire alors que je suis fort. Je vous comprends, Ô grand Apôtre! ce sentiment qui vous humilie appelle la grâce promise aux humbles, et par elle vous êtes revêtu de la force de Dieu même. Que ne devons-nous point à ce Dieu de bonté, et que lui rendrons-nous pour tant de bienfaits? Hélas! dans notre indigence, nous n'avons à lui offrir que notre cœur, et c'est aussi tout ce qu’il demande de sa pauvre créature. Que ce cœur au moins lui appar- tienne sans réserve; que rien ne le partage; À qu'il ne veuille, qu’il ne goûte que Dieu, ne À vive que de son amour; et qu’ainsi commence sur la terre cette union ravissante qui sera plus tard notre éternelle félicité!| L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. TT GHAPITRE XL DU PETIT NOMBRE DE CEUX QUI AIMENT LA CROIX DE JÉSUS-CHRIST. L y en a beaucoup qui désirent le céleste. | royaume de Jésus, mais peu consentent à porter sa Croix. Beaucoup souhaitent ses con- solations, mais peu aiment ses souffrances. Il trouve beaucoup de compagnons de sa table, mais peu de son abstinence. Tous veulent partager sa joie, mais peu veulent souffrir quelque chose pour lui. Plusieurs suivent Jésus jusqu’à la fraction du pain, mais peu jusqu’à boire le calice de sa Passion. Plusieurs admirent ses miracles, mais peu goûtent l'i- gnominie de sa Croix. Plusieurs aiment Jesus, pendant qu’il ne leur arrive aucune adversité. Plusieurs le louent et le bénissent, tandis qu'ils recoivent ses consolations. Mais si Jésus se cache et les délaisse un moment, ils tom- bent dans le murmure ou dans un excessif abattement. 2. Mais ceux qui aiment Jésus pour Jésus, et non pour eux-mêmes, le bénissent dans toutes les tribulations et dans l'angoisse du Un Hi JR ns LIVRE IT, CHAPITRE XI. cœur, comme dans les consolations les plus douces. Et quand ïl ne voudrait jamais les consoler, toujours cependant ils le loueraient, toujours ils lui rendraient grâces. 3. Oh! que ne peut l'amour de Jésus, fuand il est pur et sans aucun mélange d’amour ni d'intérêt propre! Ne sont-ce pas des merce- naires, ceux qui cherchent toujours des conso- lations? Ne prouvent-ils pas qu’ils s'aiment eux-mêmes plus que Jésus-Christ, ceux qui pensent toujours à leur gain et à leurs avan- tages? Où trouvera-t-on quelqu'un qui veuille servir Dieu pour Dieu seul?: 4, Rarement on rencontre un homme assez avancé dans les voies spirituelles pour être dépouillé de tout. Car le véritable pauvre d'esprit, détaché de toute créature, qui le trouvera? Il faut le chercher bien loin, et jus- qu'aux extrémités de la terre. Si l’homme donne tout ce qu'il possède, ce n’est encore rien. S'il fait une grande pénitence, c'est peu encore.: Et s’il embrasse toutes les sciences, il est en- core loin. Et s’il a une grande vertu et'une piété fervente, il lui manque encore beaucoup, il lui manque une chose souveramement né- cessaire. Qu'est-ce donc? C’est qu'après avoir= tout quitté, il se quitte aussi lui-même, et Ra se dépouille entièrement de l’amour de soi.{k ‘L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. C'est, enfin, qu'après avoir fait tout ce qu'il sait devoir faire, il pense encore n’avoir rien fait. 5. Qu'il estime peu ce qu'on pourrait regar- der comme quelque chose de grand, et qu’en toute sincérité 11 confesse qu'il est un serviteur inutile, selon la parole de la Vérité: Quand vous aurez fail tout ce qui vous est commandé, dites: Nous sommes des serviteurs inutiles. Alors il sera vraiment pauvre et séparé de tout en esprit, et il pourra dire avec le Pro- phète: Oui, je suis pauvre et seul dans ke monde. Nul cependant n’est plus riche, plus puissant, plus libre que celui qui sait quitter tout, et soi-même, et se mettre au dernier rang.; RÉFLEXION. Il faut aimer Dieu pour Dieu même, et non pas à cause«le la joie que l’on goûte à le servir: Car, s’il nous retirait ses consolations, que deviendrait cet amour mercenaire? Celui qui se cherche encore en quelque chose, ne sait. point aimer. Regardez votre modèle, contemplez Jésus, il ne s’est recherché en rien: Christus non sibi placuit. Il a tout sa- crifié pour vous, son repos, sa vie, sa volonté même: Non pas ce que je veux, disait-il, mas 10 Voir: Ke bn pau ra Ües Ok qu us Croix, jusqu’au délaissement de son Père: LIVRE Il, CHAPITRE XII, ce que vous voulez. Il a tout souffert, jusqu’à la Mon Dieu! pourquoi m'avez-vous abandonné? Entrons, à son exemple, dans cet esprit de sacrifice; et, détachés désormais de tout in- térêt propre, acceptons avec une égale séré- nité les biens et les maux, les peines et les joies, en sorte que, n'ayant de pensées, de désirs que ceux de Jésus, nous soyons con- sommés avec lui dans cette unilé parfaite que, près de quitter ce monde, il demandait pour nous à son Père, comme le dernier et le plus grand de ses dons. CHAPITRE XIL DE LA SAINTE VOIE DE LA CROIX. per parole semble dure à plusieurs: Re- noncez à vous-même, prenez votre Croix et suivez Jésus. Mais il sera bien plus dur, au dernier jour, d'entendre cette parole: Retirez- vous de moi, maudits, allez au feu éternel! Ceux qui écoutent maintenant volontiers la parole qui commande de porter la Croix, et qui y obéissent, ne craindront point alors d'entendre L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. l'arrêt d’une éternelle condamnation. Ce signe de la Croix sera dans le ciel, lorsque le Soi. gneur viendra pour juger. Alors tous les dis- ciples de la Croix qui auront imité, pendant leur vie, Jésus crucifié, s’approcheront avec une grande confiance de Jésus-Christ juge, 2. Pourquoi donc craignez-vous de porter la Croix par laquelle on arrive au royaume du ciel? Dans la Croix est le salut, dans la Croix la vie, dans la Croix la protection contre nos ennemis. C’est de la Croix que découlent les suavités célestes. Dans la Croix est la force de âme, dans la Croix la joie de l’esprit, la con- sommation de la vertu, la perfection de la sainteté. Il n’y a de salut pour l’âme ni d'es- pérance de vie éternelle que dans la Croix. Prenez donc votre Croix, et suivez Jésus, et vous parviendrez à l’éternelle vie. Il vous a précédé portant sa Croix, et il est mort pour vous sur la Croix, afin que vous aussi vous portiez votre Croix, et que vous aspiriez à mourir sur la Croix, Car, si vous mourez avec lui, vous vivrez aussi avec lui; et si vous par- tagez ses souffrances, vous partagerez sa gloire. 3. Ainsi tout est dans là Croix, et tout con- siste à mourir. Il n’est point d’autre voie qui conduise à la vie et à la véritable paix du cœur que la voie de la Croix et d’une morti- LIVRE Il, CHAPITRE XH. fication continuelle. Allez où vous voudrez, cherchez tout ce que vous voudrez, et vous ne trouverez pas au-dessus une voie plus élevée, au-dessous une voie plus sûre que la voie de la sainte Croix. Disposez de tout selon vos vues, réglez tout selon vos désirs, et tou- jours vous trouverez qu'il vous faut souffrir quelque chose, que vous le vouliez ou non: et ainsi vous trouverez toujours la Croix. Car ou vous sentirez de la douleur dans le corps, ou vous éprouverez de l’amertume dans l’âme. 4. Tantôt vous serez délaissé de Dieu, tantôt exercé par le prochain, et, ce qui est plus encore, vous serez souvent à charge à vous- même. Vous ne trouverez à vos peines aucun remède, aucun soulagement; mais il vous faudra souffrir aussi longtemps que Dieu le voudra. Car Dieu veut que vous appreniez à souffrir sans consolation, et que vous vous soumettiez à lui sans réserve, et que vous deveniez plus humble par la tribulation. Nul na si avant dans son cœur la Passion de Jésus-Christ que celui qui a souffert quelque chose de semblable. La Croix est donc tou- jours préparée; elle vous attend partout. Vous ne pouvez la fuir quelque part que vous alliez, puisque partout où vous irez vous vous porterez et vous trouverez toujours vous- L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. même. Élevez-vous, abaissez-vous, sortez de vous-même, rentrez-y: toujours vous trou- verez la Croix; et il faut que partout vous preniez patience, si vous voulez posséder la paix intérieure et mériter la couronne im- mortelle. 5. Si vous portez de bon cœur la Croix, elle- même vous portera, et vous conduira au terme désiré, où vous cesserez de souffrir: mais ce ne sera pas en ce monde. Si vous la portez à regret, vous en augmentez le poids, vous rendez votre fardeau plus dur; et ce- pendant il vous faut la porter. Si vous rejetez une Croix, vous en trouverez certainement une autre, et peut-être plus pesante. 6. Croyez-vous échapper à ce que nul homme n'a pu éviter! Quel Saint a été en ce monde sans Croix et sans tribulation? Jésus-Christ lui-même, notre Seigneur, n'a pas été une seule heure, dans toute sa vie, sans éprouver quelques souffrances: Il fallait, dit-il, que le Christ souffrit, et qu'il ressuscilät d’entre les morts, et qu’il enträt ainsi dans sa gloire. Gom- ment donc cherchez-vous une autre voie que la voie royale de la sainte Croix? 1. Toute la vie de Jésus-Christ n’a été qu'une Croix et un long martyre: et vous cherchez le repos et la joie! Vous vous trompez, ne = ant M À jo à MUR {né due pri LIVRE IT, CIJAPITRE XII. doutez pas, vous vous trompez lamentable- ment, si vous cherchez autre chose que des afflictions à souffrir; car toute cette vie mor- telle est pleine de misères et environnée de Croix. Et plus un homme aura fait de progrès dans les voies spirituelles, plus ses Croix sou- vent seront pesantes, parce que l’amour lui rend son exil plus douloureux. 8. Cependant celui que Dieu éprouve par tant de peines n’est pas sans consolations qui les adoucissent, parce qu’il sent s’accroître les fruits de sa patience à porter sa Croix. Car, lorsqu'il s'incline volontairement sous elle, l’affliction qui l’accablait se change tout entière en une douce confiance qui le console. Et plus la chair est affligée, brisée, plus l’es- prit est fortifié intérieurement par la grâce. Quelquefois même le désir de souffrir, pour ètre conforme à Jésus crucifié, lui inspire tant de force, qu'il ne voudrait pas être exempt de tribulations et de douleur, parce qu'il se croit d'autant plus agréable à Dieu qu'il souffre pour lui davantage. Ce n'est point là la vertu de l’homme, mais ja grâce de Jésus-Christ, qui opère si puissamment dans une chair infirme, que tout ce qu’elle abhorre et fuit naturellement, elle l’'embrasse et l'aime par la ferveur de l'esprit. PEAUULE L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. 9. Il n’est pas selon l’homme de porter la Croix, d'aimer la Croix, de châtier le COrpS, de le réduire en servitude, de fuir les hon- neurs, de souffrir volontiers les outrages, de se mépriser soi-même et de souhaiter d'être méprisé, de supporter les afflictions et les pertes, et de ne désirer aucune prospérité dans ce monde. Si vous ne regardez que vous, vous ne pouvez rien de tout cela. Mais si vous vous confiez dans le Seigneur, la force vous sera donnée d’en haut, et vous aurez pouvoir sur la chair et le monde. Vous ne craindre pas même le démon, votre ennemi, si vous êtes armé de la foi et marqué de la Croix de Jésus-Christ. 10. Disposez-vous donc, comme un bon et fidèle serviteur de Jésus-Christ, à porter cou- rageusement la Croix de votre Maître, crucifié par amour pour vous. Préparez-vous à souf- frir mille adversités, mille traverses dans cette misérable vie: car voilà partout ce qui vous attend, ce que vous trouverez partout, en quelque lieu que vous vous cachiez. Il faut quil en soit ainsi; et à cette foule de maux et de douleurs il n’y a d'autre remède que de vous supporter vous-même. Buvez avec joie le ca- lice du Sauveur, si son amour vous est cher et si vous désirez avoir part à sa gloire. Lais- aucune proportion avec la gloire future, et ne LIVRE If, CHAPITRE XII. sez Dieu disposer de ses consolations: qu'il les répande comme il lui plaira. Pour vous, choisissez les souffrances, et regardez-les comme des consolations d'un grand prix: car doutes les souffrances du temps n'ont sauraient vous la mériter, quand seul vous les supporteriez toutes. 11. Lorsque vous en serez venu à trouver la souffrance douce, et à l'aimer pour Jésus- Christ, alors estimez-vous heureux, parce que vous avez trouvé le Paradis sur la terre. Mais tandis que la souffrance vous sera amère, et que vous la fuirez, vous vivrez dans le trou- ble; et la tribulation que vous fuirez vous suivra partout. 12. Si vous vous appliquez à être ce que vous devez être, à souffrir et à mourir, bien- tôt vos peines s’adouciront, et vous aurez la paix. Quand vous auriez été ravi, avec Paul, jusqu'au troisième ciel, vous ne seriez pas pour cela assuré de ne rien souffrir. Je lui montrerai, dit Jésus, combien il faut qu’il souffre pour mon nom. Il ne vous reste donc qu'à souffrir si vous voulez aimer Jésus et le servir constamment! 13. PIût à Dieu que vous fussiez digne de souffrir quelque chose pour le nom de Jésus! SE SENTE : EX 2 pi@) L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, Quelle gloire vous serait réservée! quelle joie parmi tous les Saints! quelle édification pour le prochain! Car tous recommandent la pa- tience, quoique peu cependant veuillent souf- frir. Avec quelle joie vous devriez souffrir quelque chose pour Jésus, lorsque tant d'au- tres souffrent beaucoup plus pour le monde! 14. Sachez, et croyez fermement, que votre vie doit être une mort continuelle; et que plus on meurt à soi-même, plus on commence à vivre pour Dieu. Nul n’est propre à com- prendre les choses du ciel, s’il ne se soumet à supporter les adversités pour Jésus-Christ. Rien n’est plus agréable à Dieu, rien ne vous est plus salutaire en ce monde que de soudrir avec joie pour Jésus-Christ, et si vous aviez à choisir, vous devriez plutôt souhaiter d'être affligé pour lui que d’être comblé de consola- tions, parce que vous seriez alors plus sem- blable à Jésus-Christ et plus conforme à tous les Saints. Car notre mérite et notre progrès dans la perfection ne consistent point dans la douceur et l'abondance des consolations, mais plutôt dans la force de supporter de grandes tribulations et de pesantes épreuves. 15. S'il y avait eu, pour l’homme, quel- que chose de meilleur et de plus utile que de souffrir, Jésus-Christ nous l'aurait appris par RS- pl LIVRE I, CHAPITRE XH. 135 ses paroles et par son exemple. Or, manifes- tement il exhorte à porter la Croix, et les dis- ciples qui le suivaient, et tous ceux qui vou- draient le suivre, disant: Si quelqu'un veut marcher sur mes pas, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa Croix et qu'il me suive. Après donc avoir tout lu et tout examiné, concluons enfin qu'ii nous faut passer par beaucoup de tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu. RÉFLEXION. La doctrine de la Croix, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils, est ce que les hommes comprennent le moins. Qu'un Dieu soit mort pour les sauver, leur raison s’abais- sera devant ce mystère; mais qu’ils doivent s'associer à cet étonnant sacrifice en mourant à eux-mêmes, à leurs passions, à leurs vo- lontés, à leurs désirs, voilà ce qui les révolte, et leur fait dire comme les Capharnaïtes: Cette parole est dure, et qui peut l'entendre? Il faut bien pourtant que nous l’entendions, car notre salut dépend de là. Le ciel était sé- paré de la terre, la Croix les a réunis; et c'est du pied de la Croix que part tout ce qui va jusqu’au ciel. Pressons-nous donc contre la Croix; qu’elle soit ici-bas notre consolation, L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. comme elle est notre force. Lorsque, dans sa bonté, Dieu nous envoie quelque épreuve, disons avec saint André: O douce Croix! si longtemps désirée, et préparée maintenant pour cette âme qui la souhaitait ardemment! Tous les Saints ont senti ce désir, tous ont tenu ce langage. Soujfrir ou mourir, répétait souvent sainte Thérèse; et dans la souffrance elle trouvait plus de paix et de bonheur que n’en goûteront jamais ceux que le monde appelle heureux. Une seule larme versée aux pieds| de Jésus est plus délicieuse mille fois que tous les plaisirs du siècle. FIN DU DEUXIÈME LIVRE. = 4) eh: 1 LIVRE TROISIÈME DE LA VIE INTÉRIEURE. UHAPITRE PREMIER. DES ENTRETIENS INTÉRIEURS DE JÉSUS-CHRIST AVEC L'AME FIDÈLE. ’écouteraice que le Seigneur Dieu dit en moi. Heureuse l'âme qui entend le Seigneur lui parler intérieurement, et qui recoit de sa bouche la parole de consolation! Heureuses les oreilles toujours attentives à recueillir ce souffle divin, et sourdes aux bruits du monde! Heureuses encore une fois les oreilles qui écoutent, non la voix qui retentit au dehors, mais la vérité qui enseigne au dedans! Heu- reux les yeux qui, fermés aux choses exté- rieures, ne contemplent que les intérieures! Heureux ceux qui pénètrent les mystères que le cœur recèle, et qui, par des exercices de chaque jour, tâchent de se préparer de plus en plus à comprendre les secrets du ciel! L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Heureux ceux dont la joie est de s’occuper de Dieu, et qui se dégagent de tous les embarras du siècle! Considère ces choses, Ô mon âme! et ferme la porte de tes sens, afin que tu puisses entendre ce que le Seigneur ton Dieu dit en toi. 2. Voici ce que dit ton bien-aimé: Je suis votre salut, votre paix et votre vie. Demeu- rez près de moi, et vous trouverez la paix, Laissez là tout ce qui passe; ne cherchez que ce qui est éternel. Que sont toutes les choses du temps, que des séductions vaines? et de quoi vous serviront toutes les créatures, si vous êtes abandonné du Créateur? Renoncez donc à tout, et occupez-vous de plaire à votre Créateur et de lui être fidèle, afin de parve- nir à la vraie béatitude. RÉFLEXION. Écoutons la Sagesse incréée: Mes délices, dit-elle, sont d’étre avec les enfants des hommes. Mais la plupart des hommes, ne comprenant pas son langage, ou craignant de l’entendre, s’éloignent d’elle pour s’entretenir avec les créatures. Elle est venue dans le monde, et le monde ne l’a point connue. C'est pourquoi l'Apôtre nous défend d'aimer le monde, ni rien de ce qui est dans le monde, parce qu'il appar- 11. ne LIVRE II, CHAPITRE Il. 139 lient tout entier à l'esprit de malice. Si donc nous voulons attirer en nous l'Esprit de Dieu, cet Esprit dont l'onction enseigne toutes choses, séparons-nous du monde; renoncons à ses maximes, à ses plaisirs, à ses sociétés tumul- tueuses. Jésus ne se trouve qu’au désert; sa voix ne retentit pas dans les lieux publics, au milieu des assemblées du siècle; mais lorsqu'il a résolu de répandre ses faveurs sur l’âme fidèle, 27 la conduit dans la solitude, et là il parle à son cœur. Comment peindre les délices de ce céleste entretien? Qui les a goûtées une fois, ne peut plus supporter les entretiens des hommes. O Jésus! parlez à mon cœur, je veux désormais n’écouter que votre voix, dans le silence de toutes les créatures. ne eg 8 po po A ot a pr po pe 2 mg 3 og 2 go np Eu CHAPITRE IL LA VÉRITÉ PARLE AU DEDANS DE NOUS SANS AUCUN BRUIT DE PAROLES. écoute. Je suis votre serviteur: donnez-moti l'intelligence, afin que je sache vos témoignages. Inclinez mon cœur aux paroles de votre bouche; .. Seigneur, parce que votre serviteur PELLE L'IMITATION DE J ÉSUS-CHRIST, qu’elles tombent sur lui comme une douce ro- sée. Les enfants d'Israël disaient autrefois à Moïse: Parlez-nous, et nous vous écouterons: mais que le Seigneur ne nous parle point, de peur que nous ne mourions. Ce n'est pas là, Seigneur, ce n’est pas là ma prière, mais, au contraire, je vous implore, comme le prophète Samuel, avec un humble désir, disant: parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute. Que Moïse ne me parle point, ni aucun des pro- phètes; mais vous plutôt, parlez, Seigneur, mon Dieu, vous la lumière de tous les pro- phètes, et l'esprit qui les inspirait. Sans eux. vous pouvez seul pénétrer toute mon âme de votre vérité; et, sans vous, ils ne pourraient rien. 2. Ils peuvent prononcer des paroles, mais non les rendre efficaces. Leur langage est sublime; mais si vous vous taisez, il n’échauffe point le cœur. Ils exposent la lettre, mais vous en découvrez le sens. Ils proposent les mystères, mais vous rompez le sceau qui en dérobait l'intelligence. Ils publient vos com- mandements, mais vous aidez à les accomplir. Ils montrent la voie, mais vous donnez des forces pour marcher. lis n'agissent qu’au dehors, mais vous éclairez et instruisez les cœurs. Îs arrosent extérieurement, mais vous EH RE dy Ni QT UE put One) lp | au | il us di | IN pets @dl LIVRE III, CHAPITRE 11. donnez la fécondité. Leurs paroles frappent l'oreille, mais vous ouvrez l'intelligence. 3. Que Moïse donc ne me parle point; mais vous, Seigneur mon Dieu, éternelle vérité! parlez-moi, de peur que je ne meure, et que je n’écoute sans fruit, si, averti seulement au dehors, je ne suis point intérieurement embrasé; de peur que je ne trouve ma con- damnation dans votre parole, entendue sans être accomplie, connue sans être aimée, crue sans être observée. Parlez-moi donc, Seigneur. parce que votre serviteur écoule: vous avez les paroles de la vie éternelle. Parlez-moi pour consoler un peu mon âme, pour w’apprendre à réformer ma vie; parlez-moi pour la louange, la gloire, l'honneur éternel de votre nom. RÉFLEXION. Il y à une voix qui nous parle intérieure- ment et comme dans le fond de l’âme, lorsque, fermant l'oreille au bruit des créatures, nous ne voulons plus écouter que Dieu seul, et que nous l’appelons en nous de toute l’ardeur de nos désirs. C'est cette voix qui, loin des hommes, ravissait au désert les Paul, les An- toine, les Pacôme, et leur révélait sans obs- curité les secrets de la science divine. C'est cette voix qui instruit les saints, les enflamme, L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. les console et les enivre, pour ainsi dire, de sa céleste douceur. Moïse et les prophètes étaient voilés pour les disciples d'Emmaïüs: Jésus vient, et à sa voix, les ombres qui offus- quaient leur intelligence se dissipent; quelque chose d’inconnu se remue en eux, de sorte qu'ils se disaient l'un à l’autre: Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au dedans de nous, lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et nous ouvrail les Écritures? Et nous, pauvres infor- tunés que le tumulte du monde distrait encore, que ferons-nous? Ne voulons-nous point aussi entendre Jésus? Comme les deux disciples, nous sommes en voyage, nous nous en allons vers l'éternité. Jésus, dans son amour, s’ap- proche de nous; ilse fait, en quelque sorte, le compagnon de notre route: mais nous trou: vant si peu attentifs, il se retire, et nous mar- chons seuls. Effrayante solitude! Ah! prenons garde que la nuit ne nous surprenne près du terme! Hätons-nous de rappeler le divin Guide, et disons-lui de toute notre âme: Seigneur, demeurez avec nous, car le soir se fait, et déjà le jour baisse. l} HQ num [N pit DO) s(ur! ll qu mi LIVRE II, CHAPITRE I. 8 8 on 8 og 1 3 A À po RE 6 8 8 pu po EE 8 op CHAPITRE IIL. QU'IL FAUT ÉCOUTER LA PAROLE DE DIEU AVEC HUMILITÉ, ET QUE PLUSIEURS NE LA REGOIVENT PAS COMME ILS LE DEVRAIENT. Ésus-CHrisT. Mon fils, écoutez mes paroles, EE pleines de douceur, et qui surpas- sent toute la science des philosophes et des sages du monde. Mes paroles sont esprit et vie, et l'on n’en doit pas juger par le sens humain. Il ne faut pas en tirer une vaine complai- sance, mais les écouter en silence, et les rece- voir avec une humilité profonde et un ardent amour. 2. Le Finèue. Et j'ai dit: Heureux celui que vous instruisez, Seigneur, et à qui vous ensei- gnez votre loi, afin de lui adoucir les jours mauvais et de ne pas le laisser sans consolation sur la terre. 3. J.-C. C’est moi qui ai, dès le commence- ment, instruit les prophètes, dit le Seigneur; et jusqu’à présent même, je ne cesse point de parler à tous; mais plusieurs sont endurcis et sourds à ma voix. Le plus grand nombre écoute le monde de préférence à Dieu: ils aiment DU EN: à SOC EU SNS Ve 4-7$ À\© F ae Ve L'IMITATION DE JÉSUS-CIIRIST, mieux suivre les désirs de la chair que d'obéir à la volonté divine. Le monde promet peu de avec une grande ardeur: je promets des biens immenses, éternels, et le cœur des hommes reste froid. Qui me sert et m’'obéit en toutes choses, avec autant de soin qu’on sert le monde etles maîtres du monde? Rougis, Sidon, dit la mer, et si tu en demandes la cause, écoute, voici pourquoi: Pour un petit avantage, on entre- prend une longue route; et pour la vie éter- nelle, à peine en trouve-t-on qui veuillent faire un pas. On recherche le plus vil gain: où plaide honteusement quelquefois pour une pièce de monnaie; sur une légère promesse et pour une chose de rien, on ne craint pas de se fatiguer le jour et la nuit. Mais, Ô honte! pour un bien immuable, pour une récompense infinie, pour un honneur suprême et une gloire sans fin, on ne saurait se résoudre à la moindre fatigue. 4. Serviteur paresseux et toujours murmu- rant, rougis donc de ce qu'il y ait des hommes plus ardents à leur perte que tu ne l'es à te sauver, et pour qui la vanité a plus d’attrait que n’en a pour toi la vérité. Et cependant ils sont souvent abusés par leurs espérances; tandis que ma promesse ne trompe point,€t S EMEAULLE= chose, et des choses qui passent, et on le sert. QjUUR: it WE à pl ju} LIVRE III, CHAPITRE HI. que jamais je ne me refuse à celui qui se con- fie en moi. Ce que j'ai promis, je le donnerai; dé ce que j'ai dit, je l’accomplirai, si toutefois l'on(@S# demeure avec fidélité dans mon amour jus- qu'à la fin. C'est moi qui récompense les bons, et qui éprouve fortement les justes. s. Gravez mes paroles dans votre cœur, et méditez-les profondément: car, à l'heure de la tentation, elles vous seront très nécessaires. Ce que vous n’entendez pas en le lisant, vous le comprendrez au jour de ma visite. J'ai cou- tume de visiter mes élus de deux manières: par la tentation et par la consolation. Et tous les jours je leur donne deux lecons: l’une, en les reprenant de leurs défauts; l’autre, en les exhortant à avancer dans la vertu. Celui qui reçoit ma parole, et qui la méprise, sera jugé par elle au dernier jour. PRIÈRE pour demander à Dieu la grâce de la dévotion.: 6. LE F. Seigneur, mon Dieu, vous êtes tout mon bien: et qui suis-je pour oser vous par- ler? Je suis le plus pauvre de vos serviteurs, et un abject ver de terre, beaucoup plus pauvre et plus méprisable que je ne sais et que je n'ose dire. Souvenez-vous cependant, LA en L/N. 1 &\ CT ON |> À“a L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Seigneur, que je ne suis rien, que je n'ai rien, que je ne puis rien. Vous êtes seul bon, juste et saint; vous pouvez tout, vous donnez tout, vous remplissez tout, hors le pécheur que vous laissez vide. Souvenez-vous de vos miséricordes, et remplissez mon cœur de votre grâce, vous qui ne voulez point qu'aucun de vos ouvrages demeure vide, 7. Comment puis-je, en cette misérable vie, porter le poids de moi-même, si votre misé- ricorde et votre grâce ne me fortifient? Ne détournez pas de moi votre visage; ne diffé- rez pas à me visiter, ne me retirez point votre consolation, de peur que, privée de vous, mon âme ne devienne comme une terre sans eau. Seigneur, apprenez-moi à faire votre volonté; apprenez-moi à vivre d’une vie humble et digne de vous. Car vous êtes ma sagesse, vous me connaissez dans la vérité, et vous m'avez connu avant que je fusse au monde,et avant même que le monde fût. RÉFLEXION. Rien de plus rare qu’un désir sincère du salut; et c’est ce qui doit nous faire trembler, car notre sort à chacun sera ce que nous l’au- rons fait: Dieu nous aide, il vient par sa grâce au secours du libre arbitre, mais il ne le con- ee ax : FI rl ie 1e Um LIVRE III, CHAPITRE III. traint pas. Or, que voyons-nous? quel spec- tacle nous offre le monde? Nous ne parlons point ici de l'impie résolu à se perdre, et déjà marqué du sceau de la réprobation: nous par- lons de ceux qui se disent, qui se croient les disciples de Jésus-Christ. Dans la spéculation, ces chrétiens veulent se sauver; mais ils veu- lent en même temps, ils veulent surtout pos- séder les biens et goûter les jouissances de la terre. Ils donneront à Dieu, en passant, quel- ques prières obligées; ils s’informeront de sa loi pour connaître ce qu’elle commande stric- tement, puis, tranquilles de ce côté, ils se jetteront à la poursuite des honneurs, des richesses, des plaisirs qu’ils nomment légi- times, ou ils s’endormiront dans une vie de mollesse permise à leurs yeux, parce qu’elle ne viole en apparence aucun précepte formel. Mais, dans tout cela, où est la foi qui doit ré- gler toutes nos actions sur la vue de léter- nité? Où est l’amour perpétuellement occupé de son objet, l’amour avide de sacrifices? Où est la pénitence? Où est la croix! O Dieu! Et c’est là désirer le salut! N’est-il donc pas écrit que qui cherche à sauver sa vie la per- dra? Que chacun se juge sur cette parole avant le jour terrible où le Seigneur lui-même le jugera. LS MEAULLE L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. CHAPITRE IV. QU'IL FAUT MARCHER EN PRÉSENCE DE DIEU DANS IA VÉRITÉ ET L'HUMILITÉ. Ésus-Cuarisr. Mon fils, marchez devant moi dans la vérité, et cherchez-moi toujours dans la simplicité de votre cœur. Celui qui marche devant moi dans la vérité ne craindra nulle attaque; la vérité le délivrera des calomnies et des séductions des méchants. Si la vérité vous délivre, vous serez vraiment libre, et peu vous importeront les vains discours des hommes. 2.. LE Fipèze. Seigneur, il est vrai: quil me soit fait, de grâce, selon votre parole. Que votre vérité m'instruise, qu’elle me con- serve jusqu'à la fin dans la voie du salut. Qu'elle me délivre de tout désir mauvais, de toute affection déréglée, et je marcherai de- vant vous dans une grande liberté de cœur. 3. J.-C. La vérité, c’est moi: Je vous en- seignerai ce qui est bon, ce qui m'est agréable. Rappelez-vous vos péchés avec une grande douleur et un profond regret; et ne pensez jamais être quelque chose, à cause du bien ÉMEAULA. LIVRE Il, CHAPITRE IV. 149 que vous faites. Car, dans la vérité, vous n'êtes qu'un pécheur, sujet à beaucoup de passions et engagé dans leurs liens. De vous- même, vous tendez toujours au néant; un rien vous ébranle, un rien vous abat, un rien vous trouble et vous décourage. Qu’avez-vous donc dont vous puissiez vous glorifier? et que de motifs, au contraire, pour vous mé- priser vous-même! car vous êtes beaucoup plus infirme que vous ne sauriez le com- prendre. 4. Que rien de ce que vous faites ne vous paraisse donc quelque chose de grand. Mais plutôt qu'à vos yeux rien ne soit grand, précieux, admirable, élevé, digne d’être es- timé, loué, recherché, que ce qui est éternel. Aïmez, par-dessus toutes choses, l’éternelle vérité, et n'ayez jamais que du mépris pour votre extrême bassesse. N’appréhendez rien tant, ne blâmez et ne fuyez rien tant que vos péchés et vos vices: ils doivent vous affliger plus que toutes les pertes du monde. Il y en à qui ne marchent pas devant moi avec un cœur sincère; mais, guidés par une certaine curiosité présomptueuse, ils veulent décou- vrir mes secrets et pénétrer les profondeurs de Dieu, tandis qu'ils négligent de s'occuper d'eux-mêmes et de leur salut. Ceux-là tombent L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, souvent, à cause de leur orgueil et de leur curiosité, en de grandes tentations et de grandes fautes, parce que je me sépare d'eux. 5. Craignez les jugements de Dieu; redoutez la colère du Tout-Puissant; ne scrutez point les œuvres du Très-Haut; mais sondez vos iniquités, le mal que tant de fois vous avez commis, le bien que vous avez négligé. Plu- sieurs mettent toute leur dévotion en des livres, d'autres en des images, d’autres en des signes et des marques extérieures. Quel- ques-uns m'ont souvent dans la bouche, mais peu dans le cœur. Il en est d’autres qui, éclairés et purifiés intérieurement, ne cessent d’aspirer aux biens éternels, ont à dégoût les entretiens de la terre, et ne s’assujet- tissent qu’à regret aux nécessités de la na- ture. Ceux-là entendent ce que l'Esprit de vérité dit en eux. Car il leur apprend à mépriser ce qui passe, à aimer ce qui dure éternellement, à oublier le monde, et à dé- sirer le ciel le jour et la nuit. RÉFLEXION. Je suis le Dieu tout-puissant: marchez en ma présence, et soyez parfait. Ainsi parlait le Seigneur au Père des croyants, el ce com- À Dh qe gt a LIVRE JII, CHAPITRE IV. mandement s'adresse avec encore plus de force aux chrétiens, qui ont contemplé, dans le Fils de l'Homme, le modèle de toute per- fection. Aussi leur est-il dit: Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. Etonnant précepte, qui, relevant notre incompréhen- sible bassesse, nous apprend ce qu’est l’homme racheté, ce qu'est le chrétien aux yeux de Dieu. Maïs comment, faibles créatures cour- bées sous le poids de la chair, approcherons- nous de cette perfection souveraine à la- quelle il nous est ordonné de tendre sans cesse? Ecoutez Jésus-Christ: Je suis la voie, la vérité et la vie. Il est la voie qui conduit à Dieu même; il est la vie promise à ceux qui marchent dans la vérité, qui font la vérité, selon le mot profond de l’Apôtre. Donc, tout en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Unies aux siennes, nos pensées, nos affections, nos œuvres se divinisent: et comme la perfec- tion du Fils est la perfection même du Père, par notre union avec le Fils, qui commence sur la terre et se consommera dans le ciel, nous devenons parfaits comme le Père est parfait. Ainsi s’accomplit la prière du Christ: Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un Î@ comme nous sommes un! Sanctifiez-les dans la L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. vérilé; je me sanctifie pour eux moi-méme, afin qu'ils soient sanctifiés dans la vérité. Mais cette grande union, qui nous élève jus- qu'à participer aux mérites infinis du Ré- dempteur, ne s'effectue, ne l’oublions pas. qu’en proportion du sacrifice que nous fai- sons de nous-mêmes. Notre humilité en est la mesure: elle est le fruit du renoncement propre, du détachement, de l’abaissement qui nous anéantit devant Dieu. Là où l'amour corrompu de soi, là où la nature vit encore, l'union avec Jésus-Christ n’est pas complète. Il faut mourir à soi-même, à ses désirs, à ses goûts, à sa volonté, à sa raison aveugle, pour être un avec le Fils, comme il est wn avec son Père, pour être sanctifié dans la vérité. Heu- reuse mort qui nous met en possession de la véritable vie, de Dieu même et de sa sainteté, de sa vérité éternelle! NS ec PE pr NE 8 8 Po 8 8 8 or a pr 9 oo Ep 7 4 CHAPITRE V. DES MERVEILLEUX EFFETS DE L'AMOUR DIVIN. Fr€ Finèce. Je vous bénis, Père céleste, Père de Jésus-Christ mon Seigneur, parce que vous avez daigné vous souvenir de moi une Lt ue 1: PL la wi LIVRE If, CHAPITRE V. 153 pauvre créature. O Père des miséricordes, et Dieu de toute consolation, je vous rends grâces de ce que, tout indigne que j'en suis, vous voulez bien cependant quelquefois me con- soler! Je vous bénis à jamais, et je vous glorifie avec votre Fils unique et l'Esprit con- solateur, dans les siècles des siècles. O Sei- gneur, mon Dieu, saint objet de mon amour! quand vous descendrez dans mon cœur, toutes mes entrailles tressailliront de joie. Vous êtes ma gloire et la joie de mon cœur. Vous êtes mon espérance et mon refuge au jour de la tribulation. 2. Mais, parce que mon amour est encore faible et ma vertu chancelante, j'ai besoin d'être fortifié et consolé par vous: visitez- moi donc souvent, et dirigez-moi par vos divines instructions. Délivrez-moi des pas- sions mauvaises, et retranchez de mon cœur toutes ses affections déréglées, afin que, guéri et purifié intérieurement, je devienne propre à vous aimer, fort pour souffrir, ferme pour persévérer. 3. C'est quelque chose de grand que la- mour, et un bien au-dessus de tous les biens. Seul, il rend léger ce qui est pesant, et fait qu'on supporte avec une àme égale toutes les vicissitudes de la vie. Il porte son far- MEAULLE Lim à«hi L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. deau sans en sentir le poids, et rend dow ce qu'il y à de plus amer. L'amour de Jésus est généreux; il fait entreprendre de grandes choses, et il excite toujours à ce qu'il yade plus parfait. L’amour aspire à s'élever, et ne se laisse arrêter par rien de terrestre. L'a- mour veut être libre et dégagé de toute affection du monde, afin que ses regards pénètrent jusqu’à Dieu sans obstacle, afin qu'il ne soit ni retardé par les biens, ni abattu par les maux du temps. Rien n'est plus doux que l’amour, rien n'est plus fort, plus élevé, plus étendu, plus délicieux: il n’est rien de plus parfait ni de meilleur au ciel et sur la terre, parce que l’amour est né de Dieu, et qu’il ne peut se reposer qu'en Dieu, au-dessus de toutes les créatures. 4. Celui qui aime, court, vole; il est dans la joie, il est libre et rien ne l’arrête. Il donne tout pour posséder tout; et il possède touten toutes choses, parce qu'au-dessus de toutes choses il se repose dans le seul Étre souve- rain, de qui tout bien procède et découle. Il ne regarde pas aux dons, mais il s'élève au-dessus de tous les biens, jusqu’à Celui qui donne. L'amour souvent ne connaît point de mesure; mais, comme l’eau qui bouillonne, il déborde de toutes parts. Rien ne lui pèse, LIVRE III, CHAPITRE V. rien ne lui coûte; il tente plus qu'il ne peut; jamais il ne prétexte l'impossibilité, parce qu’il se croit tout possible et tout permis. Et: à cause de cela il peut tout, et il accomplit beaucoup de choses qui fatiguent et qui épuisent vainement celui qui n'aime point. 5. L'amour veille sans cesse; dans le som- meil même il ne dort point. Aucune fatigue ne le lasse, aucuns liens ne l’appesantissent, aucunes frayeurs ne le troublent; mais, tel qu'une flamme vive et pénétrante, il s’élance vers le ciel, et s'ouvre un sûr passage à tra- vers tous les obstacles. Si quelqu'un aime, il entend ce que dit cette voix. L’ardeur même d’une âme embrasée s'élève jusqu’à Dieu comme un grand cri: Mon Dieu! mon amour! vous êtes tout à moi, et je suis tout à vous. 6. Dilatez-moi dans l’amour, afin que j'ap- prenne à goûter au fond de mon cœur com- bien ilest doux d’aimer et de se fondre et de se perdre dans l'amour. Que lamour me ravisse et m'élève au-dessus de moi-même par la vivacité de ses transports. Que je chante le cantique de l'amour, que je vous suive, Ô mon bien-aimé, jusque dans les hau- teurs de votre gloire; que toutes les forces de mon âme s’épuisent à vous louer, et qu’elle défaille de joie et d'amour. Que je L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. vous aime plus que moi, que je ne m'aime moi-même que pour vous, et que j'aime en vous tous ceux qui vous aiment véritable- ment, ainsi que l’ordonne la loi de l'amour, que nous découvrons dans votre lumière, 1. L'amour est prompt, sincère, pieux, doux, prudent, fort, patient, fidèle, constant. magnanime, et il ne se recherche jamais: car, dès qu’on commence à se rechercher soi-même, à l'instant on cesse d'aimer. L'a- mour est circonspect, humble et droit, sans mollesse, sans légèreté; il ne s'occupe point de choses vaines: il est sobre, chaste, ferme, tranquille, et toujours attentif à veiller sur les sens. L'amour est obéissant et soumis aux supérieurs: il est vil et méprisable à ses yeux. Dévoué à Dieu sans réserve, et tou- jours plein de reconnaissance, il ne cesse point de se confier en lui, d'espérer en lui, lors même qu'il semble en être délaissé, parce qu'on ne vit point sans douleur dans l'amour. 8. Qui n’est pas prêt à tout souffrir et à s’abandonner entièrement à la volonté de son bien-aimé, ne sait pas ce que c’est que d'aimer. Il faut que celui qui aime embrasse avec joie tout ce qu'il y a de plus dur et de plus amer, pour son bien-aimé, et qu'aucune traverse ne le détache de lui. ee LIVRE HI, CHAPITRE V. 157 \hn (qu RÉFLEXION. n Dieu est amour, el celui qui demeure dans ne l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui. Mais NN l'amour a ses temps d’épreuve, comme ses à temps de jouissance; et cette vie tout entière tk ne doit être qu’un continuel exercice d'amour, ou la consommation d’un grand sacrifice, dont | une vie éternelle ou un amour immuable sera Ma Je prix. Tous les caractères de la charité. MA, détaillés par saint Paul, nous rappellent l'idée M de sacrifice; et l'amour infini lui-même n’a M puse manifester pleinement à nous que par Mb un sacrifice infini. Dieu a tant aimé le monde, th qu'il a donné son Fils unique; et notre amour mé pour Dieu ne peut non plus se manifester que WW par un sacrifice, non pas égal, il est impos- h, mais semblable parle don de tout notre xt être ou une parfaite obéissance de notre es- Is, prit, de notre cœur et de nos sens, à la volonté M de celui qui nous a{ant aimés. C'est alors que jui'accomplit cette union ineffable que Jésus- hu Christ, à sa dernière heure, conjurait son Père que d'opérer entre lui et la créature rachetée. x Pendant que la nature vit encore en nous, jt quelque chose nous sépare de Dieu et de Jésus; alt et l'amour de Jésus nous presse d'achever le sacrifice, et de prononcer cette parole der- L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. nière, que le monde ne comprend pas, mais qui réjouit le ciel: Tout est consommé. ALLO CCC CHERE ER CE CR ER ER CREER Eee CHAPITRE VI DE L'ÉPREUVE DU VÉRITABLE AMOUR. Ésus-Carisr. Mon fils, votre amour n’est en- de ni assez fort ni assez éclairé.— Le FinèLe. Pourquoi, Seigneur?— J.-C. Parce qu'à la moindre contrariété vous laissez là l’œuvre commencée, et que vous recherchez trop avidement les consolations. Celui qui aime fortement demeure ferme dans la ten- tation, et ne cède point aux suggestions arti- ficieuses de l'ennemi. Dans le mauvais comme dans le bon succès, son cœur est également à moi. 2. Celui dont l'amour est éclairé considère moins le don de celui qui aime que l'amour de celui qui donne. L’atfection le touche plus que le bienfait, et il préfère son bien-aimé à tout ce qu'il recoit de lui. Celui qui m'aime d’un amour généreux ne se repose pas dans mes dons, mais en moi par-dessus tous mes dons. Ne croyez pas tout perdu cependant, Ve RO USE AT NN NE, Se PRE OV NE ne ae ER AS LC or EE” LE (LE A ann! ez éd er TURN tions, pue wat écir qe qu LIVRE IIT, CHAPITRE VI. s'il vous arrive de sentir, pour moi ou pour mes Saints, moins d’amour que vous ne vou- driez. Cet amour tendre et doux que vous éprouvez quelquefois est l'effet de la présence de la grâce, et une sorte d’avant-goût de la patrie céleste; il n’y faut pas chercher trop d'appui, parce qu'il passe comme il est venu. Mais combattre les mouvements déréglés de l'ame et mépriser les sollicitations du démon, c'est un grand sujet de mérite, et la marque d’une solide vertu. 3. Ne vous troublez donc point des fan- tômes, quels qu'ils soient, qui obsèdent votre imagination. Conservez une résolution ferme, et une intention droite devant Dieu. Ce n’est point une illusion, si quelquefois vous êtes soudain ravi en extase, et qu'aussitôt vous retombiez dans les pensées misérables qui occupent d'ordinaire votre cœur. Car vous souffrez alors plus que vous n’agissez; et tant qu’elles vous déplaisent et que vous y résis- tez, c'est un mérite et non pas une chute. 4. Sachez que l'antique ennemi s'efforce d’étouffer vos bons désirs, et de vous éloigner de tout pieux exercice, du culte des Saints, de la méditation de mes douleurs et de ma mort, du souvenir si utile de vos péchés, de l'attention à veiller sur votre cœur et du ferme L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. propos d'avancer dans la vertu. Il vous sug- gère mille pensées mauvaises, pour vous cau- ser du trouble et de l'ennui, pour vous dé- tourner de la prière et des lectures saintes. Une humble confession lui déplaït, et, sil pouvait, il vous éloignerait tout à fait de la communion. Ne le croyez point, et n’ayez de lui aucune appréhension, quoiqu'il vous tende souvent des pièges pour vous surprendre. Rejetez sur lui seul les pensées criminelles ct honteuses qu’il vous inspire. Dites-lui: Va, esprit immonde; rougis, malheureux; il faut que tu sois étrangement pervers pour me tenir un pareil langage. Retire-toi de moi, détestable séducteur; tu n'auras jamais en moi aucune part: mais Jésus sera près de moi comme un guerrier formidable, et tu demeu- reras confondu. J'aime mieux mourir et souffrir tous les tourments que de consentir à ce que tu me proposes. Tais-loi donc, ne me parle plus; je ne t’écouterai pas davantage, quoi que tu fasses pour m'inquiéter. Le Sei- gneur est ma lumière et mon salut: qui crain- drai-je? Quand une armée se rangerait en ba- Laille contre moi, mon cœur ne craindrail pas. Le Seigneur est mon aide et mon Rédempteur. 5. Combattez comme un généreux soldat: et si quelquefois vous succombez par fragilité, a el. ququh al ire, le per Retir lble dt II L que d LIVRE Il, CHAPITRE VI. reprenez un courage plus grand, dans l’espé- rance d’être soutenu par une grâce plus forte; et gardez-vous surtout de la vaine complai- sance et de l’orgueil. C’est ainsi que plusieurs s'égarent et tombent dans un äveuglement presque incurable. Que la chute de ces su- perbes qui présumaient follement d’eux- mêmes, vous soit une lecon continuelle de vigilance et d’humilité. RÉFLEXION. Tous ceux qui disent: Seigneur, Seigneur! n'entreront pas dans le royaume des cieux: mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est au ciel, celui-là entrera dans le royaume des cieux: c'est par les œuvres que se connaît le véritable amour. Toujours prompt à obéir, jamais il ne se relàche, il ne se décourage jamais. Dans l’amertume et dans la joie, dans la consolation et dans la souffrance, il loue, il bénit également celui qui frappe et qui guérit, selon ses divins conseils, impénétrables à la créature. La ten- tation vient-elle l'éprouver, il combat, il résiste avec paix, parce qu'il ne compte point sur ses propres forces, et n'attend la victoire que du secours d'en haut. S'il succombe quelquefois, ilse relève aussitôt sanstrouble, humilié, mais non abattu. Son repentir, quoique profond, L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, est calme, parce qu'il est exempt de l'irrita- tion de l’orgueil. Ses fautes l’affligent, et ne l'étonnent point. Il connaît sa fragilité, et il en gémit, plein de confiance en la grâce qui le soutiendra, s'il lui est fidèle. Détaché de la terre et de ses vanités qu'on appelle des biens, que veut-il? Ce que Dieu veut: il n'a point d'autre volonté, ni d'autre désir. Quand le bien-aimé se retire et se dérobe à ses trans- ports, loin de murmurer et loin de se plaindre, il s'avoue indigne de le posséder, et la priva- tion, qui le purifie, enflamme encore son ar- deur. O Jésus, qu'elles sont merveilleuses les voies par où vous conduisez les âmes qui vous aiment, qui ont soif de vous! Tantôt vous les inondez de votre joie, tantôt vous les délaissez dans les larmes: maintenant vous les préve- IR nez, et puis ellessemblent vous appeler en van, NN ï é.. e. ra s FES#4 comme l'épouse du divin Cantique. Epreuves #4 de tendresse et de miséricorde! Ainsi épurées, € ces âmes élues peu à peu se dégagent de leurs liens; elles s’élancent vers vous, et un dernier effort d'amour les porte au pied du trône où vous vous montrez sans voile. Alors la jouis- 4 sance, alors l’allégresse et l’éternel rassasie- ment: Satiabor cum apparuerit! Evous hi meilleur pour vous et plus sûr de tenir cette parler peu, et de ne pas vous exagérer sa gran- sh à hits à mins à Mit À is« Lfn A coiln À coifn À cit à Alf À se CHAPITRE VII. QU'IL FAUT CACHER HUMBLEMENT LES GRACES QUE DIEU NOUS FAIT. D Mon fils, lorsque la grâce vous inspire des mouvements de piété, il est grâce cachée, de ne vous en point élever, d’en deur; mais plutôt de vous mépriser vous- même, et de craindre une faveur dont vous étiez indigne. Il ne faut pas s'attacher trop à un sentiment qui bientôt peut se changer en un sentiment contraire. Quand la grâce vous est donnée, songez combien vous êtes pauvre et misérable sans la grâce. Le progrès de la vie spirituelle ne consiste pas seulement à jouir des consolations de la grâce, mais à en supporter la privation avec humilité, avec ab- négation, avec patience; de sorte qu'alors on ne se relàche point dans l'exercice de la prière, et qu'on n’abandonne aucune de ses pratiques accoutumées. Faites, au contraire, tout ce qui est en vous le mieux que vous pourrez, selon LS MEAULLS L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. vos lumières; etne vous négligez pas entière- Le ment vous-même, à cause de la sécheresse et il de l’angoisse que vous sentez en votre âme. A 2. Car il y en a beaucoup qui, au temps de li l'épreuve, tombent aussitôt dans l’impatience I" ou le découragement. Cependant la voie de ln l’homme n’est pas toujours en son pouvoir. C'est bi à Dieu de consoler, et de donner quand il veut, x| autant qu'il veut, et à qui il veut, comme il ir lui plaît, et non davantage. Des indiscrets se AT sont perdus par la grâce même de la dévotion, lu parce qu'ils ont voulu faire plus qu'ils ne pôu- nr vaient, ne mesurant pcint leur faiblesse, mais nn suivant plutôt l’impétuosité de leur cœur que bu le jugement de la raison. Et parce qu'ils ont he aspiré, dans leur présomption, à un état plus be élevé que celui où Dieu les voulait, ils ont;be promptement perdu la grâce. Ils avaient placé" leur demeure dans le ciel, et tout à coup on les a vus pauvres et délaissés dans leur misère, afin que, par l’humiliation et le dénuement, ils 1 e v 4 apprissent à ne plus tenter de s’élever sur nt leurs propres ailes, mais à se réfugier sous les* miennes. Ceux qui sont encore nouveaux el A sans expérience dansles voies de Dieu peuvent| aisément s’égarer et se briser sur les écueils, s'ils ne se laissent conduire par des personnes prudentes. SO ji px à dela Et pt} te dé x de yr ar À par da Oral Li ue LIVRE I, CHAPITRE VII 3. Que s'ils veulent suivre leur sentiment plutôt que de croire à l'expérience des autres, le résultat leur en sera funeste, si toutefois ils s'obstinent dans leur propre sens. Rare- ment ceux qui sont sages à leurs yeux se lais- sent humblement conduire par les autres. Il vaut mieux être humble avec un esprit et des lumières bornées, que de posséder des trésors de science et de se complaire en soi-même.| Il vaut mieux pour vous avoir peu, que beau- coup dont vous pourriez vous enorgueillir. Gelui-là manque de prudence qui se livre tout entier à la joie, oubliant son indigence passée, et cette chaste crainte du Seigneur, qui appré- hende de perdre la grâce recue. C’est aussi manquer de vertu que de se laisser aller à un découragement excessif au temps de l’adver- sité et de l'épreuve, et d’avoir des pensées et des sentiments indignes de la confiance qu'on me doit. 4. Celui qui, durant la paix, a trop de sécu- rité, se trouve souvent, pendant la guerre, le plus timide et le plus lâche. Si, ne présumant jamais de vous-même, vous saviez demeurer toujours humble, modérer et régler les mou- vements de votre esprit, vous ne tomberiez pas si vite dans le péril et dans le péché. C’est une pralique sage que de penser, durant la fer- AOL EN AN RE PNA LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. veur, à ce qu'on sera dans la privation de la lumière. Et quand vous en êtes, en effét, privé, songez qu'elle peut revenir, et que je ne vous l'ai retirée pour un temps qu'en vue de ma gloire, et pour exciter votre vigilance. Sou- vent une telle épreuve vous est plus utile que si tout vous succédait constamment selon vos désirs. Car, pour juger du mérite, on ne doit pas regarder si quelqu'un à beaucoup de vi- 4% sions ou de consolations, ou s’il est habile dans l'Écriture sainte, ou s’il occupe un rang élevé: mais s’il est affermi dans la véritable humilité, et rempli de la charité divine; s'il cherche en tout et toujours uniquement la gloire de Dieu; s’il est bien convaincu de son néant; s'il a pour lui-même un mépris sincère, et s’il se réjouit plus d’être méprisé des autres et humilié par eux que d’en être honoré. RÉFLEXION. Reconnaître sa misère et.ne la jamais per- dre de vue; s'abandonner sans réserve entre les mains de Dieu, avec une foi vive ef un obéissant amour: voilà toute la vie spirituelle, dont l'humilité est le premier fondement. Celui qui se dit au fond de son âme: Je ne suis rien que la faiblesse et l’indigence même, ne cherche pas d'appui en soi, et met en LIVRE Ill, CHAPITRE VIH 167 Jésus sa seule espérance. Il suit avec simpli- cité les mouvements de la grâce, ne s'élève point dans la ferveur, ne s’abat point dans la sécheresse; toujours satisfait, pourvu que la volonté divine s’accomplisse en lui. L’orgueil, qui souvent se cache sous le voile de ce qu'il y à de plus saint, ne le séduit pas par le vain désir d'un état en apparence plus parfait, auquel il n’est point appelé. Fidèle et tran- quille dans sa voie, il dit à Dieu: Donnez-mot la sagesse qui assiste près de votre trône, et ne me rejelez pas du nombre de vos enfants; car Bb je suis votre serviteur et le fils de votre ser- laglir vante, un homme infirme, de peu de durée, et né qui n'a point l'intelligence de votre jugement et ets de vos lois. Qu'il aïlle en paix celui dont le nb cœur prie ainsi, désire ainsi: Dieu le regarde avec complaisance, et sa bénédiction repo- sera sur Jui. TA bi CHAPITRE VIEIL le QUIL FAUT S'ANÉANTIR SOI-MÊME DEVANT DIEU. TE y Ë L E FInèLe. Je parlerai au Seigneur mon Dieu, bien que je ne sois que cendre et poussière. Si je me crois quelque chose de plus, voilà L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. que vous vous élevez contre moi; et mes ini- quités rendent un témoignage vrai, et que je ne puis contredire. Mais si je m'abaisse, si je m'anéantis, si je me dépouille de toute estime pour moi-même, et que je rentre dans la poussière dont j'ai été formé, votre grâce s’approchera de moi, et votre lumière sera près de mon cœur; alors tout sentiment d'es- time, même le plus léger que je pourrais concevoir de moi, disparaîtra pour jamais dans l'abîme de mon néant. Là, vous me montrez à moi-même, vous me faites voir ce que je suis, ce que j'ai été, jusqu'où je suis descendu: car je ne suis rien, et je ne le sa- vais pas. Si vous me laissez à moi-même, que suis-je? rien qu'infirmité; mais dès que vous jetez un regard sur moi, à l'instant je deviens fort, et je suis rempli d’une joie nouvelle. Et certes, cela me confond d’étonnement que vous me releviez ainsi tout d'un coup, et me preniez avec tant de bonté entre vos bras, moi toujours entraîné par mon propre poids vers la terre. 2. C'est votre amour qui opère cette mer- veille, qui me prévient gratuitement, qui ne se lasse point de me secourir dans mes né- cessités, qui me préserve des plus grands périls, et, à vrai dire, me délivre de maux SP À DS TAC Ÿ RE LIVRE HI, CHAPITRE VII. innombrables. Car je me suis perdu en m'ai- mant d'un amour déréglé; mais en ne cher- chant que vous, en n’aimant que vous, je vous ai trouvé, et je me suis retrouvé moi-même, et l'amour m'a fait rentrer plus avant dans mon néant. O Dieu plein de tendresse! voris faites pour moi beaucoup plus que je ne mé- rite, ou plus que je n’oserais espérer et de- mander. 3. Soyez béni, mon Dieu, de ce que, tout indigne que je suis de recevoir de vous aucune grâce, cependant votre bonté géné- reuse et infinie ne cesse de faire du bien même aux ingrats, et à ceux qui se sont le plus éloignés de vous. Ramenez-nous à vous, afin que nous soyons reconnaissants, humbles, fervents, parce que vous êtes notre salut, notre vertu et notre force. RÉFLEXION. Dieu se montre, dans l’Ecriture, plein d'une immense compassion pour les fautes, si on peut le dire, purement humaines; mais il est sans pitié pour l’orgueil, principe de tout mul, pour l'orgueil qui est le crime propre de l'Ange rebelle, et qui s'attaque directement au souverain Être. Il a dit: Je suis Jéhova, c’est mon nom; je ne donnerai point ma gloire à L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. un autre. Or, tout orgueil tend, par essence, à s'égaler à Dieu, à se faire Dieu; désordre tel, que non seulement on n’en conçoit pas de plus grand, mais qu’on hésiterait à le croire possible, s’il n'était sans cesse présent sous nos yeux, et si l’on n’en sentait pas le germe en soi-même. Aussi voyez comme Dieu le fou- droie: et d'abord cette ironie qui glace l'âme d'un effroi surnaturel: Voilà qu'Adam est devenu comme l’un de nous, Adam jeté nu. avec son péché, sur une terre maudite! Adam qui venait d'entendre cette parole: fu mour- ras de mort! Ses enfants linitent son crime, leur orgueil s'élève sans mesure. Alors l’Es- prit divin: Cominent es-lu tombé, toi qui te le- vais comme l'astre du matin, qui disais en ton cœur: Je monterai dans les cieux, je poserui mon trône au-dessus des étoiles el je serai sem- blable au Très-Haut. Voilà que tu seras train aux enfers, dans la profondeur du lac: on se baissera pour te voir. Lisez, dans l'Évangile, les effroyables malédictions prononcées contre les Pharisiens superbes, tandis que celui qui s’abaisse est à l’instant justifié. Une femme pleure aux pieds de Jésus; elle s’humilie de ses fautes, elle n'ose presque en solliciter le pardon, son silence seul supplie. Le Sauveur ému la console: Beaucoup de péchés lui sont ME EN| A LIVRE HI, CHAPITRE IX. 171 remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Mais l'orgueil n'aime point: c’est encore là un de ses caractères, et comme le type infernal. Il est le père de la haine, de l'envie, de la vio- lence, de la fausse sécurité et de l’endurcisse- ment. Sorti de l’abîme, il s'y replonge: le reste est le mystère de l'éternelle justice. O Dieu, ayez pitié de votre pauvre créature! Le front dans la poussière, je m'anéantis de- vant vous. Je sens, je confesse ma misère, ma Corruption profonde, ma désolante im- puissance et tout ce qui à jamais me sépare- rait de vous si votre grande miséricorde ne venait à mon secours par le don gratuit de la grace. Daignez, daignez la répandre en mon ame. Ne m'abandonnez pas, Seigneur; sauvez- moi, ou je vais périr. O Dieu, ayez pitié de votre pauvre créature! ou 8 A 8 8 8 8 on EX EE CHAPITRE IX. QUIL FAUT RAPPORTER TOUT À DIEU COMME À NOTRE DERNIÈRE FIN. M ox fils, je dois être votre fin suprème et dernière, si véritablement vous désirez être heureux. Cette vue purifiera vos affec- L'INMITATION DE JÉSUS-CHRIST. tions, qui s'abaissent trop souvent jusqu'à vous et aux créatures. Car, si vous vous re- cherchez en quelque chose, aussitôt vous tom- bez dans la langueur et la sécheresse. Rap- portez donc principalement tout à moi, parce que c’est moi qui vous ai tout donné. Consi- dérez chaque bien comme découlant du sou- verain bien; et songez que dès lors ils doi- vent tous remonter à moi comme à leur origine. ?. En moi, comme dans une source intaris- sable, le petit et le grand, le pauvre et le riche, puisent l'eau vive, et ceux qui me ser- vent volontairement et de cœur recevront grâce sur grâce. Mais celui qui cherchera sa gloire hors de moi, ou sa jouissance dans un autre bien que moi, sa joie ne sera ni vraie ni solide, et son cœur, toujours à la gêne, toujours à l'étroit, ne trouvera que des an- goisses. Ne vous attribuez donc aucun bien, et n'attribuez à nul homme sa vertu; mais rendez tout à Dieu, sans qui l’homme na rien. C’est moi qui vous ai tout donné, et je veux que vous vous donniez à moi tout entier: j'exige avec une extrême rigueur les actions de gràces qui me sont dues. 3. Ceci est la vérité qui dissipe la vanité de la gloire. Là où pénètre la grâce céleste et 51 4 SR HS ATEN NS d le ar cœur uit 1 AL js À ra(u ne al si A il ut di du jspel' it CHAPITRE IX. la vraie charité, il n’y a plus de place pour l’'amour-propre, ni pour l'envie qui torture le cœur. Car l'amour divin subjugue tout et agrandit toutes les forces de l'äme. Si vous écoutez la sagesse, vous ne vous réjouirez qu'en moi, vous n’espérerez qu’en moi, parce que nul n’est bon que Dieu seul, à qui, en tout et. par dessus tout, est due à jamais la louange et la bénédiction. LIVRE II, RÉFLEXION. Tout bien découle de Dieu, qui est le bien suprême, et tout ce qu'il fait est bon, parce qu'il le tire de lui. I] n'y a dans le monde d'autre mal que le péché, car la peine du péché n’est pas un mal, puisque, suppor- tée patiemment, elle l’expie, et que toujours elle rétablit l’ordre que le péché avait trou- blé. Ainsi nous tenons de Dieu la vie, l’intel- ligence, l'amour, qui doit remonter perpé- tuellement vers sa source, et de nous-mêmes nous ne pouvons rien, pas même dire: Mon père! car nous ne savons pas prier, et c’est l'Es- prit qui demande en nous avec des gémissements ineffables. L'unique chose qui nous appar- tienne, c'est le péché; il est le fruit de notre volonté libre, et son salaire est la mort. Ële- vons-nous tant que nous voudrons dans notre pensée, voilà ce que nous sommes; nous n'avons rien de plus que ce que Dieu nous donne dans sa bonté et sa miséricorde toute gratuite. Donc à nous le mépris, la confusion. la honte, en nous trouvant si misérables: et à Dieu la bénédiction, l'honneur, la gloire, la puissance, comme les Saints le chantent dans le ciel, au pied du trône de l’Agneau. CUS DU D A Ds ES 8 8 8 8 os oo os is CHAPITRE X. QU'IL EST DOUX DE SERVIR DIEU ET DE MÉPRISER LE MONDE. E FinÈèLe. Je vous parlerai encore, Seigneur, Let je ne me tairai point. Je dirai à mon Dieu, mon Seigneuur et mon roi, assis dans les hauteurs des cieux: Oh! quelle abondance de douceurs vous avez réservée pour ceux qui vous craignent! Et qu'est-ce donc pour ceux qui vous aiment, pour ceux qui vous servent de tout leur cœur? Elles sont vraiment inef- fables, les délices dont vous inondez ceux qui vous aiment, quand leur âme vous contemple. Vous m'avez montré principalement en ceci toute la tendresse de votre amour: je n'étais pas, et vous m'avez créé; j’errais loin de vous, neo: pl ri onde NL (eue Qu.} jt LIVRE IH, CHAPITRE X. 1 7 vous m'avez ramené pour vous servir, et vous m'avez commandé de vous aimer. 2. O source d'amour éternel, que dirai-je de vous? Comment pourrai-je vous oublier, vous qui avez daigné vous souvenir de moi, lorsque, déjà épuisé, consumé, je penchais vers la mort? Votre miséricorde envers votre ser- viteur à passé toute espérance; et vous avez répandu sur lui votre grâce et votre amour, bien au delà de tout ce qu'il pouvait mériter. Que vous rendrai-je pour une teile faveur? car il n'est pas donné à tous de tout quitter, de renoncer au siècle pour embrasser la vie religieuse. Est-ce faire beaucoup que de vous servir, Vous que doivent servir toutes les créatures? Cela doit me sembler peu de chose; mais ce qui me paraît grand et mer- veilleux, c'est que vous daigniez agréer le service d’une créature si pauvre et si misé- rable, et l'admettre parmi les serviteurs que vous aimez.| 3. Tout ce que j'ai, tout ce que je puis con- sacrer à votre service est à vous. Et néan- moins, prenant pour ainsi dire ma place, vous me servez plus que moi-même je ne vous sers. Voilà que le ciel et la terre, que vous avez créés pour le service de l’homme, sont devant vous, et chaque jour ils exécutent tout { CS de XI SN ) fs a CH |] | LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. ce que vous leur avez commandé. C'est peu encore; vous avez préparé pour l’homme Je ministère même des Anges. Mais ce qui sur- passe tout, vous avez daigné le servir vous- même, et vous avez promis de vous donner à lui. 4, Que vous rendrai-je pour tant de biens? Ah! si je pouvais vous servir tous les jours de ma vie! si je pouvais même un seul jour vous servir dignement! Il est bien vrai que vous êtes digne d’être servi universellement, digne de tout honneur et d’une louange éter- nelle. Vous êtes vraiment mon Seigneur, et je suis votre pauvre serviteur, qui dois vous servir de toutes mes forces, et ne me lasser jamais de vous louer. Je le veux ainsi, je le désire ainsi: daignez suppléer vous-même à tout ce qui me manque. 5. Cest un grand honneur, une grande gloire de vous servir et de mépriser tout à cause de vous. Car ils recevront des grâces abondantes, ceux qui se courbent volontaire- ment sous votre joug très saint. Ils seront abreuvés de la délectable consolation de l'Es- prit-Saint, ceux qui, pour votre amour, auront rejeté tous les plaisirs des sens. Ils jouiront d'une grande liberté d'esprit, ceux qui, pour la gloire de votre nom, seront entrés dans la ue ir D+ {le LIEN pe lus on Ve eue TUE: Il, Ut: ï DIN vont li pal: ps œuf te LIVRE III, CHAPITRE X. voie étroite, et auront renoncé à toutes les sollicitudes du monde. 6. O aimable et douce servitude de Dieu, dans laquelle l'homme retrouve la vraie liberté et la sainteté! O saint assujettissement de la vie religieuse, qui rend l’homme agréa- ble à Dieu, égal aux Anges, terrible aux démons, respectable à tous les fidèles! O0 esclavage digne à jamais d’être désiré, em- brassé, puisqu'il nous mérite le souverain bien, et nous assure une joie éternelle! RÉFLEXION. Le monde est tellement fasciné par les pas- sions, qu'il ne peut rien comprendre à la félicité des enfants de Dieu. Quelquefois il les plaint, comme le monde sait plaindre, en jetant sur eux un regard de mépris: quel- quefois il les contemple avec une sorte d'étonnement stupide. Il n’a nulle idée de ce qui se passe dans l’âme unie à son Créateur, nulle idée des consolations et du calme déli- cieux dont elle jouit. Saint Paul s’écriant: Je surabonde de joie au milieu de mes tribulations, lui est un mystère inexplicable; jamais il ne concevra cette joie pure, qui est justice et paix dans le Saint-Esprit. Quel est donc le partage du serviteur du monde? un immense ennui RE MEAULLE L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. parsemé de quelques rares plaisirs; et quand 1: Dieu ne l’abandonne pas entièrement, le re- J reg, mords. Creusez dans son cœur, vous n'y“} à Se trouverez que cela. Le remords est sa Justice, 1 A et l'ennui sa paix. Ames chrétiennes, âmes il des détachées, qui avez renoncé au monde et à el PER tout ce qui est du monde, plaignez à votre fl ; tour les infortunés chargés encore de ses il pesantes chaînes; mais plaignez-les en vous ll humiliant aux pieds de Celui qui vous a déli- ul vrés, et dont la grâce, qui ne vous était pas y| due, vous met en possession des seuls biens il véritables. Gardez avec soin ce bon trésor que M vous à confié le Père des lumières, de qui dé- 1 coule tout don parfait, et demandez-lui avec La hr amour qu'après avoir commencé votre joie Lu fl sur la terre, il la consomme un jour dans les: CIeUX. il LDC CCC-DCHCHE ub CHAPITRE XL QU'IL FAUT EXAMINER-ET MODÉRER LES DÉSIRS DU;| COŒUR. À ÉSUSs-CHrisT. Mon fils, il faut que vous appre- k du beaucoup de choses que vous ne savez Uh pas encore assez. ü Sy, -—# Es ÊLe + ver: qui AIN but man: Dee un jt RE que e VORE LIVRE III, CHAPITRE XI.[ 2. Le Finèze. Et quoi, Seigneur? 3. JéÉsus-Cristr. Vous devez soumettre en- tièrement vos désirs à ma volonté, ne point vous amer vous-même, et ne rechercher en tout que ce qui me plaît. Souvent vos désirs s'enflamment, et vous emportent impétueu- sement: mais considérez si cette ardeur a ma gloire pour motif, ou votre intérêt propre. Si cest moi que vous avez en vue, vous serez content quoi que j’ordonne; mais si quelque secrète recherche de vous-même se cache au fond de votre cœur, voilà ce qui vous abat et vous trouble. 4. Prenez donc garde à ne vous pas trop attacher à des désirs sur lesquels vous ne m'avez point consulté, de peur qu'ensuite vous ne veniez à vous répentir, ou que vous n'éprouviez du dégoût pour ce qui vous avait plu d'abord, et que vous aviez cru le meil- leur. Car tout mouvement qui paraît bon ne doit pas être aussitôt suivi, de même qu'on ne doit non plus céder sur-le-champ à ses ré- pugnances. Quelquefois il est à propos de modérer le zèle le plus saint et les meilleurs désirs, de peur qu’ils ne préoccupent et ne distraient votre esprit, ou qu'en les suivant indiscrètement vous ne causiez du scandale aux autres, ou qu’enfin l'opposition que vous | MAUUE L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, y trouverez ne vous jette vous-même dans le trouble et dans l'abattement. 5. Il faut aussi quelquefois user de violence et résister aux convoitises des sens, avec une grande force, sans prendre garde à ce que veut la chair et à ce qu'elle ne veut pas, et travailler surtout à la soumettre à l'esprit malgré elle. Il faut la châtier et l’asservir, jusqu'à ce que, prête à tout, elle ait appris à se contenter de peu, à aimer les choses les plus simples, et à ne jamais se plaindre de rien. RÉFLEXION. Nous avons un grand combat à soutenir: contre notre esprit, qui nous égare, séduit par de fausses lueurs et par une funeste cu- riosité; contre nos désirs, qui nous troublent; contre nos sens, dont les convoitises souillent lâmeetla rourbent vers la terre. Lamentable condition de l’homme déchu! Mais Dieu ne l'a point abandonné: il peut vaincre s’il veut. La foi réprime l'inquiétude maladive de l'es- prit, et le fixe dans la vérité. Une entière sou- mission à la volonté divine produit la paix du cœur, en étouffant les vains désirs et ceux même qui trompent la piété par une appa- rence de bien. Enfin nous triomphons des ÿ( RE- Fe+$ LIVRE Il, CHAPITRE XII. sens par la prière, l'humilité, la pénitence, en chätiant le corps rebelle, et le réduisant en servitude. C'est dans cette guerre de chaque moment que le chrétien se perfectionne, et c'est en combattant avec fidélité qu'il peut dire comme l’Apôtre: Je ne pense point étre encore arrivé où j'aspire; mais oubliant ce qui est en arrière, et m'étendant à ce qui est devant, je cours au terme de la carrière pour saisir le priæ que Dieu nous a destiné, la félicité céleste à laquelle il nous a appelés par Jésus-Christ. CHAPITRE XIL QU'IL FAUT S'EXERCER A LA PATIENCE ET LUTTER CONTRE SES PASSIONS. E FibËLe. Seigneur, mon Dieu, je vois com- bien la patience m'est nécessaire; car cette vie est pleine de contradictions. Elle ne peut jamais être exempte de douleur et de guerre, quoi que je fasse pour avoir la paix. 2. Jésus-Carisr. Il en est ainsi, mon fils; mais je ne veux pas que vous cherchiez une paix telle que vous n'ayez ni tentations à vaincre ni contrariétés à souffrir. Croyez, au 182 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. contraire, avoir trouvé la paix, lorsque vous serez exercé par beaucoup de tribulations, et éprouvé par béaucoup de traverses. Si vous dites que vous ne pouvez supporter tant de souffrances, comment supporterez-vous le feu du purgatoire? Afin donc d'éviter des supplices éternels, efforcez-vous d’endurér pour Dieu, avec patience, les maux présents. Pensez-vous que les hommes du siècle m’aient rien ou que peu de choses à souffrir? C’est ce que vous ne trouverez pas, même en ceux qui semblent environnés de plus de délices.| 3. Mais ils ont, dites-vous, des plaisirs en abondance; ils suivent toutes leurs volontés, et ainsi ils sentent peu le poids de leurs maux. Soit, je veux qu'ils aient tout ce qu’ils désirent; combien cela durera-t-il? Voilà que les riches du siècle s’'évanouiront comme la fumée, et il ne restera pas même un souvenir de leurs joies passées. Et, durant leur vie même, ils ne s'y reposent pas sans amertume, sans ennui et sans crainte. Car souvent, là même où ils se promettaient la joie, ils rencontrent le chàti- ment et la douleur, et avec justice, puisqu'il est juste que amertume et l’ignominie accom- pagnent les plaisirs qu'ils cherchent dans le désordre. 4, Oh! que tous ces plaisirs sont courts! qu'ils sont faux, criminels, honteux! Et cepen- dant ces malheureux, enivrés et aveuglés, ne| le comprennent point, mais, semblables à des animaux sans raison, ils exposent leur àme à| la mort, pour quélques jouissances misérables} dans une vie qui va finir. Pour vous, mon fils, ne suivez pas vos convoitises, et détachez-| vous de votre volonté. Mettez vos délices dans le| Seigneur, et il vous accordera ce que votre cœur demande. Si vous voulez goûter une vé- ritable joie et des consolations abondantes, méprisez toutes les choses du monde, repous- sez toutes les joies terrestres, et je vous béni- rai, je verserai sur vous mes inépuisables consolations. Plus vous renoncerez à celles que donnent les créatures, plus les miennes seront douces et puissantes. Mais vous ne les goûte- rez point sans avoir auparavant ressenti quel- que tristesse, sans avoir travaillé, combattu. Une mauvaise habitude vous arrètera; mais vous la vaincrez par une meilleure. La chair murmurera; mais elle sera contenue par la ferveur de lesprit. L’antique serpent vous sollicitera, vous exercera, mais vous le mettrez en fuite par la prière et, en vous occupant surtout d’un travail utile, vous lui fermerez l'entrée de votre âme. à f A: Pa! 7“&: LÉ RÉFLEXION. Toute chair a péché, toute chair doit souf- frir: c’est la loi présente de l'humanité; loi de justice, car Dieu ne serait pas Dieu si le désordre restait impuni; loi d'amour, car la souffrance, acceptée et unie aux souffrances du Sauveur, guérit l'âme et la rétablit dans l’état primitif d'innocence. De quoi donc vous plai- gnez-vous quand cette loi divine s’accomplit à votre égard? Est-ce de ce que la miséricorde prend soin de vous régénérer? Est-ce d’être semblable à Jésus-Christ, qui a voulu, qui a dé, selon les paroles de l'Evangéliste, souffrir pour vous racheter: Etil commença à leur enseigner comment il fallait que le Fils de l’homme souf- [rit beaucoup de douleurs, qu'il füt éprouvé par les anciens, les souverains pontifes et les scribes, et mis à mort? Voilà la grande expla- tion; mais, pour qu’elle nous soit appliquée, il est nécessaire que nous la rendions propre en y joignant la nôtre. Le mystère du salut se consomme en chacun de nous sur la Croix; et la Croix est l'unique félicité de la terre, car il n y en a point d'autre que la parfaite soumis- sion à l’ordre, d'où naît le calme de la cons- cience et la paix du cœur. Le monde vous éblouit par ses joies apparentes, mais pensez- ed. l AUTUE NT ue rtf H A 1 S SU de hr LIVRE III, CHAPITRE XII. vous donc que ses sectateurs, même les plus favorisés, n’aiént rien à souffrir? Tourmentés de leurs convoitises, qui s’accroissent avec la jouissance, en vites-vous jamais un seul con- tent? De nouveaux désirs les dévorent sans cesse, Et n’ont-ils pas, d’ailleurs, autant que les autres, et plus que les autres, à supporter les maux de la vie, les soucis, les peines, les in- quiétudes, et la foule innombrable des mala- dies, filles des vices et des troubles secrets de lame? Après cela la fin; la justice inexo- rable exige sa dette; ce riche de la terre est jeté nu dans la prison: en vérité, je vous le dis, n'en sortira pas qu'il n'ait payé Jus- qu'à la dernière obole. Réjouissez-vous donc, vous que le Seigneur purifie, délivre dès ici- bas; accomplissez avec amour le sacrifice de justice. Plusieurs disent: Qui nous montrera les biens? Seigneur, la lumière de votre face a clé marquée sur nous: vous avez donné la paix à mon cœur. C'est pourquoi je mendormirai dans la paix, et je reposerai, parce que vous m'avez, 6 mon Dieu, affermi dans l'espérance. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. O8 EE og oo 8 oo ot or po mg pi 8 po 6 po gs 8 po 8 ou 8 ps A 2 TOC CHAPITRE XIIL QU'IL FAUT OBÉIR HUMBLEMENT A L'EXEMPLE DE JÉSUS-CHRIST, Ésus-Carisr. Mon fils, celui qui cherche à se : A à l’obéissance se soustrait à la grace, et celui qui veut posséder seul quelque chose perd ce qui est à tous. Quand on ne se soumet pas volontairement et de bon cœur à son supérieur, c’est une marque que la chair n'est pas encore pleinement assujettie, mais que souvent elle murmure et se révolte. Apprenez donc à obéir avec promptitude à vos supt- rieurs, si vous désirez dompter votre chair. Car l'ennemi du dehors est bien plus vite vaincu quand l’homme n’a pas la guerre au dedans de soi. L’ennemi le plus terrible et le plus dangereux pour votre âme, c'est vous, lorsque vous êtes divisé en vous-même. Il faut que vous appreniez à vous mépriser sin- cèrement, si vous voulez triompher de la chair et du sang. L'amour désordonné que vous avez encore pour vous-même, voilà ce qui vous fait craindre de vous abandonner sans réserve à la volonté des autres. AHHE LIVRE III, CHAPITRE XHI, 2. Est-ce donc cependant un si grand effort que toi, poussière et néant, tu te soumettes à l’homme à cause de Dieu; lorsque moi, le Tout- Puissant, moi, le Très-Haut, qui ai tout fait de rien, je me suis soumis humblement à l'homme à cause de toi? Je me suis fait le plus humble et le dernier de tous, afin que mon humilité t'apprit à vaincre ton orgueil. Poussière, ap- À prends à obéir; apprends à t’humilier, terre et limon, à t’abaisser sous les pieds de tout le monde.Apprends à briser ta volonté, et à ne refuser aucune dépendance. 3. Enflamme-toi de zèle contre toi-même, et ne souffre pas que le moindre orgueil vive en toi; mais fais-toi si petit, et mets-toi si bas, que tout le monde puisse marcher sur toi et te fouler aux pieds comme la boue des places.| publiques. Fils du néant, qu'as-tu à te plain- dre? Pécheur couvert d'ignominie, qu’'as-tu à répondre, quelque reproche qu’on t’adresse, toi qui as tant de fois offensé Dieu, tant de fois mérité l'enfer? Mais ma bonté t'a épargné, parce que ton àme a été précieuse devant moi: je ne t'ai point délaissé, afin que tu connusses mon amour, et que mes bienfaits ne cessassent jamais d’être présents à ton cœur; afin que tu fusses toujours prêt à te soumettre, à t’'humi- lier, et à souffrir les mépris avec patience. L'IMITATION DE JÉSUS- CHRIST. RÉFLEXION. Il n'existe qu'une volonté qui ait le droit essentiel et absolu d’être obéie, la volonté de l'Étre éternel qui a tout créé et qui conserve tout, et de là l'admirable prière du Prophète Roi: Enseignez-moi, Seigneur, à faire votre volonté, parce que vous étles mon Dieu. Cette volonté souveraine a des ministres pour rap- peler ses ordonnances et en maintenir lexé- cuton dans la famille, dans l'État, dans l’Église: et l'obéissance leur est due, parce qu'ils repré- sentent Dieu chacun dans son ordre, selon les degrés d’une sublime hiérarchie, qui remonte du père au roi, du roi au pontife, du pontife à Jésus-Christ, de Jésus-Christ à celui qui l'a . envoyé, et de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom, c'est-à-dire son auto- rité. Ainsi le devoir n’est autre chose que le commandement divin, et la vertu n’est que l’obéissance à ce commandement. Tout péché, au contraire, n’est, comme le premier, qu’une désobéissance, une révolte; et l’homme est concu dans la révolte, puisqu'il est conçu dans le péché; d'où cette belle et profonde expression du Psalmiste: Le pécheur est rebelle dès le sein de sa mère, et livré au mal dans ses entrailles. Aussi le sacrifice qui a Ce ul à ni, | vert pre | D.-d ss LIVRE I, CHAPITRE XII expié le péché et réparé la nature humaine consista-t-il essentiellement, suivant la doc- trine du grand Apôtre, dans une obéissance infinie: Le Christ s'est rendu obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la Croix. Et nous, misé- rables créatures, rachetées par cette prodi gieuse obéissance, nous refuserions d’obéir! Nous opposerions notre volonté à la volonté du Tout-Puissant, par cet épouvantable orgueil qui a créé l'enfer, où, dans les ténèbres, dans| le supplice, dans la rage et le désespoir, dans lignominie de l'esclavage le plus abject et le plus hideux, l'ange prévaricateur et ses com- plices répéteront éternellement: Je n’obéirai point: Non serviam! O Dieu, préservez-moi d'un orgueil aussi insensé, aussi criminel! Que votre grâce m'apprenne à me soumettre et à vous et à tous ceux que vous avez préposés sur moi! Je suis étranger sur la terre; ne me cachez point vos commandements. Mon âme, à toule heure, en appelle le désir. Enseignez- moi, Seigneur, à faire votre volonté, parce que vous éles mon Dieu! MEAULLE LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. CHAPITRE XIV. QU'IL FAUT CONSIDÉRER LES SECRETS JUGEMENTS DE DIEU POUR NE PAS S'ENORGUEILLIR DU BIEN QU'ON FAIT. : FinèLe. Vous faites tonner sur moi vos jugements, Seigneur, et tous mes os ont tremblé d’épouvante, et mon âme est dans une profonde terreur. Interdit, effrayé, je consi- dère que les cieux ne sont pas purs à vos yeux. Si vous avez trouvé le mal dans vos Anges, et si vous ne les avez pas épargnés, que sera-ce de moi? Les étoiles sont tombées du ciel: moi, poussière, que dois-je donc attendre? Des hommes dont les œuvres paraissaient louables sont tombés aussi bas qu’on puisse tomber, et j'ai vu ceux qui se nourrissaient du pain des Anges faire leurs délices de la pâture des pourceaux. 2. Il n’est donc point de sainteté, Seigneur, si vous retirez votre main. Point de sagesse qui soit utile, si vous ne la dirigez plus. Poimt de force qui soit de secours, si vous cessez de la soutenir. Point de chasteté assurée, si vous n’en prenez la défense. Point de vigilance qui nous serve, si vous ne veillez vous-même pour il EN an jt ef, li intel à Pod ré ENS Ni LIVRE Il, CHAPITRE XIV. 191 nous. Laissés à nous-mêmes, nous enfoncons dans les flots et nous périssons: venez-vous à nous, nous nous relevons et nous vivons. Car nous sommes Chancelants, mais vous nous af- fermissez; nous sommes tièdes, mais vous nous enflammez. 3. Oh! que je dois avoir d'humbles et basses pensées de moi-même! que je dois estimer peu ce qui paraît de bien en moi! Oh! que je dois m'abaisser profondément, Seigneur, de- vant vos jugements impénétrables, où je me perds comme dans un abîme, et vois que je ne suis rien que néant et un pur néant! O poids immense, Ô mer sans rivages, où je ne retrouve rien de moi, où je disparais comme le rien au milieu du tout! Où donc l'orgueil se cachera-t-il! où la confiance en sa propre vertu? Toute vanité s'éteint dans la profondeur de vos jugements sur moi. 4. Qu'est-ce que toute chair devant vous? L’argile s’élèvera-t-elle contre celui qui l’a for- mée? Comment celui dont le cœur est vrai- ment soumis à Dieu pourrait-il s’enfler d'une louange vaine? Le monde entier ne saurait inspirer d’orgueil à celui que la vérité a sou- is à son empire; et jamais il ne sera ému des applaudissements des hommes, celui donttoute l'espérance est affermie en Dieu. Car ceux L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. qui parlent ne sont rien; ils s'évanouiront avec le bruit de leurs paroles: mais La vérité du Seigneur demeure éternellement. RÉFLEXION. Une des plus dangereuses tentations et des plus déliées est celle de l’orgueil dans le bien. Pour peu qu’elle se reläche de sa vigilance, l'âme que la grâce avait élevée au-dessus de la nature et de sa corruption, glisse impercep- tiblement et retombe en elle-même. On s'est garanti de certaines fautes, on a pratiqué cer- taines vertus; l’amour-propre s'arrête à cette pensée, et s’y repose avec complaisance. On se regarde, on est content de soi, on se pré- fère peut-être à tel ou tel autre, et l’on en vient jusqu'à s’attribuer secrètement les dons de Dieu, un des crimes qui offensent le plus ce Dieu jaloux el vengeur, qui ne donnera sa gloire à nul autre, el qui résiste aux super- bes. Que fait-il cependant? il se retire, il dé- laisse cet insensé qui comptait sur ses forces, il abandonne à son orgueil. Alors arrivent ces chutes terribles qui étonnent et consternent, ces chutes inattendues, effrayants exemples des jugements divins. Malheur à qui s'appuie sur sa propre justice! la ruine l'attend. Je ne sens, disait l’Apôtre, rien en moi qui m'accuse; k Q Vin IN di ti one el ds ln Là pr AL ant 1 ten fran LIVRE III, CHAPITRE XV. mais je ne suis pas pour cela justifié, car celui qui me juge, c'est le Seigneur. Et le Prophète- Roi: Purifiez-moi de mes fautes cachées, ou- bliez celles que j'ignore, et pardonnez-moi celles d'autrui: prière admirable, qui rappelle à l'homme cette funeste communication du mal, en vertu de laquelle il est, hélas! si peu de péchés purement personnels. Donc nul refuge, nulle assurance que dans l'humilité, dans l’aveu sincère, dans la conviction et le sentiment tou- jours présent de notre profonde misère, joint à la confiance en Dieu seul. Prosternés à ses pieds, disons-lui avec le Psalmiste: Ma honte est sans cesse devant moi, et la confusion a couvert mon visage: Seigneur, vous ne mépri- serez point un cœur contrit et humilié! TCC-OC-C-C-C-COOCH OO CO-OOO CO CHAPITRE XV. DE CE QUE NOUS DEVONS DIRE ET FAIRE QUAND IL S'ÉLÈVE QUELQUE DÉSIR EN NOUS. À deg Mon fils, dites en toutes choses: Seigneur, qu'il soit ainsi, si c’est votre vo- lonté. Seigneur, que cela se fasse en votre nom; si vous devez en être honoré. Si vous voyez L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. que cela me soit bon, si vous jugez que cela me soit utile, alors donnez-le-moi, afin que j'en use pour votre gloire. Mais si vous savez que cela mé nuira, ou ne servira point au sa- lut de mon àme, éloignez de moi ce désir. Car tout désir n’est pas de l’Esprit-Saint, même lorsqu'il paraît bon et juste à l’homme. Il est difficile de discerner avec certitude si c'est l'esprit bon ou mauvais qui vous porte à dé- sirer ceci ou cela, ou même votre esprit pro- pre. Il s’est trouvé à la fin que plusieurs étaient dans l'illusion, quisemblaient d’abord être con- duits par le bon esprit. 2. Ainsi tout ce qui se présente de désirable à votre esprit, vous devez le désirer toujours et le demander avec une grande humilité de cœur, et surtout avec une pleine résignation, vous abandonnant à moi sans réserve, et di- sant: Seigneur, vous savez ce qui est le mieux; que ceci ou cela se fasse comme vous le vou- drez. Donnez ce que vous voulez, autant que vous le voulez et quand vous le voulez. Faites de moi ce qui vous plaira, selon ce que vous savez être bon, et pour votre plus grande gloire. Placez-moi où vous voudrez, et dis- posez absolument de moi en toutes choses. Je suis dans votre main, tournez-moi et retour- nez-moi en tous sens, à votre gré. Voilà que Pire. LR è TE net quel ue fre voue LIVRE I, CHAPITRE XV. 195 je suis prêt à vous servir en tout; car je ne désire point vivre pour moi, mais pour vous R&& seul; heureux si je le pouvais dignement et parfaitement. PRIÈRE pour demander à Dieu la grâce d'accomplir sa volonté. Le FibËLe. Accordez-moi, Ô bon Jésus, votre grâce; qu’elle soit en moi, qu’elle agisse avec moi, et qu'elle demeure avec moi jusqu’à la fin. Faites que je désire et veuille toujours ce qui vous est le plus agréable, et ce que vous aimez le plus. Que votre volonté soit la mienne; et que ma volonté suive toujours la vôtre, et jamais ne s’en écarte en rien. Qu’uni à Vous, je ne veuille ni ne puisse vouloir que ce que vous voulez; et qu'il en soit ainsi de ce que vous ne voulez pas. Donnez-moi de mourir à tout ce qui est du monde, et d'aimer à être oublié et méprisé du siècle à cause de vous. Faites que je repose en vous par-dessus tout ce qu'on peut désirer, et que mon cœur ne cherche sa paix qu’en vous. Vous êtes la véri- table paix du cœur, son unique repos: hors de vous, tout pèse et inquiète. Dans cette paix, c'est-à-dire en vous seul, éternel et souverain Dieu, je dormirai et je me reposerai. Ainsi soit-il. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, Le (l RÉFLEXION. Jamais satisfait pleinement de ce qu'il est et l, de ce qu’il possède, fatigué du vide de son"À cœur, toujours inquiet, toujours aspirant à je il ne sais quel bien qui le fuit toujours, l’homme WE n'a pas un moment de vrai repos, et sa vie jh s'écoule dans les désirs. Ce n’est pas seulement kN une grande misère, mais encore un grand LL à danger; car la racine de tous les maux est la convoilise, el plusieurs, en s’y livrant, ont perdu la foi, et se sont engagés dans une multitude de douleurs. L’imagination, qui, en cet état, se porte avec force vers tout ce qui l’attire, obs-( curcit la raison, ébranle et entraîne la volonté même; et ainsi l’on doit s'attacher soigneuse- PUS ment à la réprimer, lors même que les objets L it Swi qui l’occupent paraîtraient exempts de toute 1 Mr espèce de mal, et qu'on croirait ne chercher dl. Aa dans ses rêves qu’un soulagement permis et\ A (ve ail une distraction innocente. La piété elle-même: fn EE 31 s'égare aisément, si elle n’est en garde contre dl a) les désirs en apparence les plus saints. Nous A D és ne savons ni ce qui nous est bon, ni ce qui nous‘ln NAN est nuisible. Tantôt nous souhaiterons d’être L es) délivrés d’une croix nécessaire peut-être à: Fa SNA notre salut; tantôt, dans un mouvement indis- il FE NY cret de ferveur, nous en souhaiterons une if Es% ON quid ralel: cheri em nel Ji url! a mit à cnitn À«hiés à its À Ai LIVRE IT, CHAPITRE XVI. autre sous laquelle nos forces succomberaient, si elle nous était imposée. Que faire donc? Demander à Dieu que sa volonté se fasse en nous et hors de nous, y conformer la nôtre entiè- rement, et renfermer en elle tous nos désirs. Nous ne retrouverons de paix et de sécurité que dans ce parfait abandon entre les mains de notre Père: Mon Père, non pas ce que je veux, mais Ce que vous voulez. LEO HER CHAPITRE X VI. QU'ON NE DOIT CHERCHER QU'EN DIEU LA VRAIE CONSOLATION. Le: Finèze. Tout ce que je puis désirer ou imaginer pour ma consolation, je ne l’'at- tends point ici, mais dans l’avenir. Quand je posséderais seultousles biens du monde, quand je jouirais seul de toutes ses délices, il est certain que tout cela ne durerait pas long- temps. Ainsi, mon âme, tu ne peux trouver de soulagement véritable et de joie sans mélange qu'en Dieu, qui console les pauvres et relève les humbles. Attends un peu, mon âme, at- tends la divine promesse, et tu posséderas dans le ciel tous les biens en abondance. Situ LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. recherches trop avidement les biens présents, tu perdras les biens éternels et célestes. Use des uns et désire les autres. Aucun bien tem- porel ne saurait te rassasier, parce que tu n'as point été créée pour en jouir. 2. Quand tu posséderais tous les biens créés, ils ne pourraient te rendre ni heureuse ni contente: en Dieu, qui a tout créé, en lui seul est ta félicité et tout ton bonheur; bonheur non pas tel que sele figurent et que le souhai- tent les amis insensés du monde, mais tel que l’attendent les vrais serviteurs de Jésus-Christ, et tel que le goûtent quelquefois par avance les âmes pieuses et les cœurs purs, dont l’en- trelien est dans le ciel. Toute consolation hu- maine est vide et dure peu. La vraie, la douce consolation est celle que la vérité fait sentir intérieurement. L'homme pieux porte avec lui partout Jésus, son consolateur, et lui dit: Sei- gneur Jésus, soyez près de moi en tout temps et en tout lieu. Que ma consolation soit d'être volontiers privé de toute consolation humaine. Et si la vôtre me manque aussi, que votre vo- lonté et cette juste épreuve me soient une consolation au-dessus de toutes les autres. ww Car vous ne serez pas toujours irrilé, el vos me- Ni naces ne seront point éternelles. AE 2 RE. LIVRE II, CHAPITRE XVI. RÉFLEXION. Toute créature gémit, dit l'Apôtre; et, de siècle en siècle, le monde entier le redit après lui. Que cherchez-vous donc dans les créatu- res? que leur demandez-vous, et que peuvent- elles vous donner? Toujours agitées, pleines de troubles, ainsi que vous elles souhaitent le repos, et ne le trouvent point. Comment la paix vous viendrait-elle du sein même de l'angoisse et des orages perpétuellement sou- levés par les passions? Cessez de vous abuser, cessez de dire aux tempêtes: Calmez-moi. Le calme est en Dieu, et n’est que là; en lui seul est le repos, la paix, la joie, la consolation. Tournez-vous donc vers le Seigneur votre Dieu, et renoncez à tout le reste: alors, seulement alors, vous commencerez à jouir de la vraie félicité.« Rien, non, rien n’est comparable au « bonheur de celui qui, méprisant les sens, « détaché de la chair et du monde, ne tient « plus aux choses humaines que par les seuls « liens de la nécessité, converse uniquement «avec Dieu et avec lui-même, et, s’élevant «au-dessus des objets sensibles, ne vit que « des divines clartés qu’il conserve en soi « toujours pures, toujours brillantes, sans au- eun mélange des ombres de la terre et des = = L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. « vains fantômes errant ici-bas autour de « nous; qui, réfléchissant, comme un miroir « céleste, Dieu et ses éblouissantes perfec- « tions, sans cesse ajoute à la lumière une « lumière plus vive, jusqu’au moment où, la « vérité dissipant tous les nuages, il arrive à «[a source même de toute lumière, à l'éter- « nelle fontaine de splendeur, fin bienheureuse « de son être, et son immortel ravisse- « ment.» TOO HO 00-0-5 CHAPITRE X VIT. QU'IL FAUT REMETTRE À DIEU LE SOIN DE CE QUI NOUS REGARDE. ÉSUS-CHrisr. Mon fils, laissez-moi agir avec so comme il me plaît, car je sais ce qui vous est bon. Vos pensées sont celles de l'homme, et vos sentiments sont, en beau- coup de choses, conformes aux penchants de son cœur. 2. Le FinèLe. Il est vrai, Seigneur; vous prenez de moi beaucoup plus de soin que je n'en puis prendre moi-même. Il est menacé d’une prompte chute, celui qui ne s'appuie LIVRE IN, CHAPITRE XVII. pas uniquement sur vous. Pourvu, Seigneur, que ma volonté demeure droite et qu'elle soit affermie en vous, faites de moi tout ce qu'il vous plaira: car tout ce que vous ferez de moi ne peut être que bon. Si vous voulez que je sois dans les ténèbres, soyez béni: et si vous voulez que je sois dans la lumière, soyez encore béni. Si vous daïgnez me con- soler,. soyez béni; et si vous voulez que jéprouve des tribulations, soyez également toujours béni. 3. J.-C. Mon fils, c'est ainsi que vous devez être, si vous ne voulez pas vous séparer de moi. Il faut que vous soyez préparé à la souf- france autant qu'à la joie; au dénuement et à là pauvreté, autant qu'aux richesses et à l'abondance.| 4. Le F. Seigneur, je souffrirai volontiers pour vous tout ce que vous voudrez qui vienne sur moi. Je veux recevoir indifférem- ment, de votre main, le bien et le mal, les douceurs et les amertumes, la joie et la tris- tesse, et vous rendre grâces de tout ce qui marrivera. Préservez-moi à jamais de tout péché, et je ne craindrai ni la mort ni l'enfer. Pourvu que vous ne me rejetiez pas, et que vous ne m'effaciez pas du livre de vie, au- cune tribulation ne peut me nuire. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. RÉFLEXION. On ne saurait trop le répéter, la vie chré- tienne consiste uniquement à vouloir ce que Dieu veut, et à ne vouloir que ce qu'il veut. Presque toujours nos désirs nous trompent, par une suite de notre ignorance et de notre corruption. Mais Dieu sait tout ce qui nous est caché; il connaît les secrètes dispositions de notre cœur, la mesure de sa faiblesse, les épreuves auxquelles il est bon que nous soyons soumis, les secours nécessaires pour les supporter, car ine permettra pas que nous soyons tentés au delà de nos forces: sa sagesse est infinie, et il nous a aimés jusqu'à donner pour nous son Fils unique. Quelle confiance, quelle paix ne devons-nous pas trouver dans cette pensée! Quoi de plus doux que de s'a- bandonner sans réserve à celui qui a tout fait pour sa pauvre créature, que de se perdre en lui par l'union intime de notre volonté à la sienne, ne nous réservant rien que l'action de grâces et l'amour; de sorte que notre âme, notre être entier s’exhale en quelque sorte, dans cette parole qui comprend tout: Mon Seigneur et mon Dieu!: i ne Hat Sr LIVRE HI, CHAPITRE XVIII. 203 GHAPITRE XVIIL QUIL FAUT SOUFFRIR AVEC CONSTANCE LES MISÈRES DE CETTE VIE, À L'EXEMPLE DE JÉSUS-CHRIST. D Mon fils, je suis descendu. du ciel pour votre salut; je me suis chargé de Mf vos misères, afin de vous former, par mon inf exemple, à la patience, et de vous apprendre He à supporter les maux de cette vie sans mur- fn: murer. Car, depuis l'heure de ma naissance à ju jusqu'à ma mort sur la Croix, je n'ai jamais Qu: été sans douleur. J’ai vécu dans une extrème qu indigence des choses de ce monde; j'ai en- ju tendu souvent bien des plaintes de moi; j'ai pin souffert avec douceur les affronts et les ou- sue trages: je n'ai recueilli sur la terre, pour ju Mes bienfaits, que de l'ingratitude; pour mes +, que des blasphèmes; pour ma doc- trine, que des censures. que po:; kr 2. Le FIDÈLE. Puisque vous avez montré, ra Seigneur, tant de patience durant votre vie, accomplissant par là, d’une manière parfaite, ce que votre Père demandait de vous, il est bien juste que moi, pauvre pécheur, je souffre L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. patiemment ma misère selon votre volonté, et que je porte pour mon salut, aussi long- temps que vous le voudrez, le poids de cette vie corruptible. Car, bien que là vie présente soit pleine de douleurs, elle devient cepen- dant, par votre grâce, une source abondante de mérites, et votre exemple, suivi par vos Saints, la rend supportable et précieuse, même aux faibles. Elle est aussi beaucoup plus rem- plie de consolation que dans l’ancienne loi, quand les portes du ciel étaient encore fer- mées, que la voie du ciel semblait plus obs- cure, et que si peu s’occupaient de chercher le royaume de Dieu. Les justes mêmes, à qui le salut était réservé, ne pouvaient entrer dans le royaume céleste qu'après la consom- mation de vos souffrances et le tribut sacré de votre mort. 3. Oh! quelles grâces ne dois-je pas vous rendre de ce que vous avez daigné me mon- trer, et à tous les fidèles, la voie droite et sûre qui conduit à votre royaume éternel! Car votre vie est notre voie; et, par une sainte patience, nous marchons vers vous qui êtes notre couronne. Si vous ne nous aviez pré- cédés et instruits, qui songerait à vous suivre? Hélas! combien resteraient en arrière, et bien loin, s'ils n'avaient sous les yeux vos sacrés NE 5 el le br AU) ae 4 porn ( kb! au \ pr mn Fu 4 jeux là > F] ds LIVRE I, CHAPITRE XVIHL 205 exemples! Après tant de miracles et d’ins- tructions, nous sommes encore tièdes! que serait-ce si tant de lumière ne nous guidait sur vos traces? RÉFLEXION. La vie de l’homme sur la terre est pleine de douleur, de misère, de souffrances; qui ne le sait? Nous sommes visiblement punis, et, comme la justice qui nous châtie est toute- puissante, nul moyen d’échaper au châtiment. Or, en cet état, la sagesse humaine n’a vu que le choix entre deux partis: ou de se rai- dir contre la nature et de nier le supplice, ou d'y chercher une distraction dans la vo- lupté. Elle à demandé le bonheur à l’orgueil et aux sens, et, trompée dans ses espérances, elle s'est voilé la tête, en disant: il n’y a point de remède. Le monde en était là, quand tout à coup une voix s'élève: Heureux ceux qui pleurent! Les peuples écoutent et s’étonnent: quelque chose de nouveau se remue en eux; ils comprennent, ils goûtent la joie des larmes, et, du haut de la croix où l’Homme de dou- leurs est attaché, un fleuve inépuisable de consolations inconnues coule sur le genre hu- main. La vie a perdu sa tristesse depuis que, baigné d'une sueur de sang, et dans les transes L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. de l'agonie, Jésus s’est écrié: Mon dme est triste jusqu'à la mort. Elle n’a plus assez de(fr souffrances pour le repentir qui les cherche, fl pour l'amour qui les désire et qui s'y com- if plait. Qu'est-ce donc que cette merveille? 0| ji Fils du Dieu vivant, c'est que votre lumiére à& éclairé le monde, et que votre grâce l'a tou-(il ché; c'est que l’homme, sorti de sa voie, l'a iÎl retrouvée en vous, qui éles la voie, la vérité h] et la vie; c'est qu'il a concu qu'après le péché[D le seul bien qui reste est l’expiation, et il a Ke dit en regardant la Croix: Ou souffrir ou mourir! Victime sainte, Agneau de Dieu, qui ütez le péché du monde, donnez-moi de sout-| ul frir avec vous, et de mourir en unissant mes 1h dernières souffrances à celles qui nous ont ch rouvert le ciel, que le péché nous avait fermé. Mr a 0 oo oo 9 8 qu 9 8 8 oo 8 oo 8 8 8 89 ee EU EU j il CHAPITRE XIX. le \ DE LA SOUFFRANCE DES INJURES ET DE LA VÉRITABLE lt PATIENCE. LE Ue Ésus-Curistr. Pourquoi ces paroles, mon fils? be d cessez de vous plaindre, en considérant mes ln souffrances et celles des Saints. Vous n'avez LR bé) li Se 4 y es ln , LORD De ” cela d’un tel homme; ce sont des offenses LIVRE IIT, CHAPITRE XIX, pas encore résisté jusqu'au sang. Ce que vous souffrez est peu en comparaison de ce qu'ont souffert tant d’autres, qui ont été éprouvés et exercés par de si fortes tentations, par des tribulations si pesantes. Rappelez donc à votre esprit les peines extrêmes des autres, afin d'en supporter paisiblement de plus lé- gères. Que si elles né vous paraissent pas légères, prenez garde que cela ne vienne de votre impatience. Cependant, grandes ou petites, efforcez-vous de les souffrir patiem- ment. 2. Plus vous vous disposez à souffrir, plus vous montrez de sagesse et acquérez de mé- rites. La ferme résolution et l'habitude de souffrir vous rendront même la souffrance moins dure. Ne dites pas: Je ne puis supporter qu'on n’endure point; il m'a fait un très grand tort; et il me reproche des choses auxquelles je n'ai jamais pensé: mais d’un autre je le souffrirai avec moins de peine, et comme je croirai devoir le souffrir. Ce discours est in- sensé: car, au lieu de considérer la vertu de patience, et ce qui doit la couronner, c’est regarder seulement à l’injure et à la personne de qui on l’a reçue. 3. Celui-là n’a pas la vraie patience qui ne LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. veut souffrir qu'autant qu'il lui plaît, et de qui il lui plaît. L'homme vraiment patient n'examine point qui l’éprouve, si c’est son d supérieur, son égal ou son inférieur, un fl homme de bien ou un méchant. Mais, indi 4h férent sur les créatures, il recoit de la main 1 de Dieu, avec reconnaissance, et aussi sou- l vent qu'il le veut, tout ce qui lui arrive de À contraire, et l'estime un grand gain. Car Dieu Il ne laissera sans récompense aucune peine,(li même la plus légère, qu'on aura soufferte dl pour lui. jh 4. Soyez donc prêt au combat, si vous vou-| BR lez remporter la victoire. On ne peut obte- fl nir sans combat la couronne de la patience; 4h et refuser de combattre, c'est refuser d’être il couronné. Si vous désirez la couronne, com- Li battez courageusement, souffrez avec patience.: fa On ne parvient pas au repos sans travail, ni I: sans combat à la victoire. fa LE FibÈLe. Seigneur, que ce qui paraît im-| possible à la nature me devienne possible ill par votre gràce! J'ai, vous le savez, peu de M force pour souffrir; la moindre adversité n m'abat aussitôt. Faites que j'aime, que je| désire d’être exercé, affligé pour votre nom: car subir l’injure et souffrir pour vous est très salutaire à mon âme. OUT à cul à te là qui où im nb Qu T1) IUHL LIVRE III, CHAPITRE XIX. RÉFLEXION. Si nous avons souvent à souffrir du pro- chain, il n’a pas moins à souffrir de nous; et c'est pourquoi l'Apôtre dit: Portez le fardeau les uns des autres, el ainsi vous accomplirez la loi de Jésus-Christ. Mais je vous entends, il y a des choses qu'il est dur, dites-vous, et diffi- cile de supporter. Eh bien! votre mérite en sera plus grand. La grâce ne nous est donnée que pour cela, pour que vous fassiez avec elle ce qui serait impossible à la nature seule. D'ailleurs que vous arrive-t-il que Dieu n'ait prévu, que Dieu n'ait voulu? La patience n'est donc qu’une soumission douce et calme à ce qu'il ordonne, et sans elle nous vivons dans un trouble perpétuel; car qui a résisté à Dieu, et a eu la paix? Et combien ne faut-il pas qu'il soit lui-même patient avec vous! Descendez dans votre conscience, et. répon- dez. N’a-t-il rien à supporter de vous, rien à vous pardonner? Oui, le Seigneur est pa- lient et rempli de miséricorde. Soyons donc aussi patients envers tous. L'homme patient vaut mieux que l’homme fort, et celui qui do- mine son âme, mieux que celui qui réduit des villes. Je me suis tu, disait David en prophé- tisant les souffrances du Christ, Je me suis lu, 210 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. et je n'ai point ouvert la bouche; et un autre 1. prophète: Il s'est Lu comme l'agneau devant 1! celui qui le tond. Qui oserait après cela 1 murmurer, sirriter, rendre offense pour if offense? O Jésus! soyez notre modèle. Vous sil nous avez appris à dire à Dieu: Remettez-nous if nos dettes, comme nous les remettons à ceux if qui nous doivent. Voilà ce que nous deman- hu dons chaque jour, ce que chaque jour nous al promettons; et malheur à celui dont la prière li sera trouvée menteuse. Lo bi OO OO OO COCO CHAPITRE, XX. DE L'AVEU DE SON INFIRMITÉ ET DES MISÈRES DE CETTE VIE. E FinèLe. Je confesserai contre moi mon in- justice: je vous confesserai, Seigneur, mon infirmité. Souvent un rien m'’abat et me jette dans la tristesse. Je me propose d'agir avec force; mais, à la moindre tentation qui sur- vient, je tombe dans une grande angoisse. Souvent c’est la plus petite chose et la plus méprisable qui me cause une violente tenta- tion. Et quand je ne sens rien en moi-même, et que je me crois en süreté, je me{rouve PSE x nn Ant ge ri dvi p Ti jus jh LIVRE III, CHAPITRE XX, 211 quelquefois presque abattu par un léger souffle. 2. Voyez done, Seigneur, mon impuissance et ma fragilité, que tout manifeste à vos yeux. Ayez pitié de moi, ef retirez-moi de la boue, de crainte que je n'y demeure à jamais enfoncé. Ce qui souvent fait ma peine et ma confusion devant vous, c’est de tomber si ai- sément, et d’être si faible contre mes passions. Bien qu'elles ne parviennent pas à m’arracher un plein consentement, leurs sollicitations me fatiguent et me pèsent, et ce m'est un grand ennui de vivre ainsi toujours en guerre. Je connais surtout en ceci mon infirmité, que les plus horribles imaginations s'emparent de mon esprit bien plus facilement qu’elles n’en sortent.:; 3.. Puissant Dieu d'Israël, défenseur des âmes fidèles, daignez jeter un regard sur votre serviteur affligé et dans le travail, et soyez près de lui pour l'aider en tout ce qu’il en- ireprendra. Remplissez-moi d’une force toute céleste, de peur que le vieil homme, et cette chair de péché qui n'est pas encore entière- ment soumise à l'esprit, ne prévale et ne do- mine; elle contre qui nous devons combattre jusqu'au dernier soupir, dans cette vie chargée GE) de tant de misères. Hélas! qu'est-ce que cette L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. vie, assiégée de toutes parts de tribulations fr et de peines, environnée de pièges et d'enne- dl mis? Est-on délivré d’une affliction ou d’une jh tentation, une autre lui succède; et l'on com- 11 bat même encore la première, que d’autres 4h surviennent inopinément.| 4. Comment peut-on aimer une vie remplie de tant d'amertumes, sujette à tant de maux et de calamités? Comment peut-on mème y appeler vie ce qui engendre tant de douleurs fu et tant de morts? Et cependant on l'aime, et«lu plusieurs y cherchent leur félicité. On repro- 4h che souvent au monde d’être trompeur et vain; 1! et toutefois on le quitte difficilement, parce À: qu'on est encore dominé par les convoitises hi de la chair. Certaines choses nous inclinent 1. à aimer le monde, d’autres à le mépriser. Le ll désir de la chair, le désir des yeux et l’orgueil| de la vie inspirent l'amour du monde; mais 11 les peines et les misères qui les suivent jus Mi}r tement produisent la haine et le dégoût du 11 monde. ch 5. Mais, hélas! le plaisir mauvais triomphe A de l’âme livrée au monde: elle se repose avec délices dans l'esclavage des sens, parce qu'elle ne connaît pas et n'a pas goûté les suavités célestes, ni le charme intérieur de la vertu. Mais ceux qui, méprisant le monde parfaite- ct: we et 1: re tu p fl Qi ur du } pe dt LL eur nl x oo( Ke rent qu RE LIVRE III, CHAPITRE XX. ment, s'efforcent de vivre pour Dieu sous une sainte discipline, n’ignorent point les divines douceurs promises au vrai renoncement, et voient avec clarté combien le monde, abusé par des illusions diverses, s’égare dangereu- sement. RÉFLEXION. Que sont les épreuves qui nous viennent du dehors, comparées à celles que nous trouvons au dedans de nous-mêmes? On résiste aux premières avec toutes ses forces; elles sont divisées dans les secondes, et les puissances de l’âme se combattent mutuellement; com- bat terrible, que saint Paul a peint en quel- ques traïts: Je ne fais pas le bien que je veux; et le mal que je ne veux pas, je le fais. Je me réjouis dans la loi de Dieu, selon l’homme in- lérieur, et je vois dans mes membres une autre loi, qui répugne à la loi de mon esprit et me caplive sous la loi du péché, qui est dans mes membres. Voilà ce qui désole les âmes fidèles, umiliées de cette guerre honteuse, et sans cesse tremblant de succomber; voilà ce qui faisait dire à l’Apôtre: Qui me délivrera du corps de cette mort? et aussitôt il ajoute: La grâce de Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur. Jetons-nous donc entre ses bras divins, er L68 214 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. qu'avec un amour inexprimable il étend pour| nous recevoir; approchons-nous de son cœur sacré, d'où émane perpétuellement une vertu redoutable aux puissances du mal; ne comp- tons quesur lui, n’espérons qu’en lui; écrions- nous du fond de nos entrailles: Délivrez-moi, 41} Seigneur; placez-moi près de vous, et qu’en-| suite la main de qui que ce soit se lève contre A moi. Le Seigneur est mon appui, mon refuge, Ë mon libéraleur; il est mon Dieu et mon aide, et j'espérerai en lui; il est mon protecteur, il est la force qui fait mon salut. Je l’invoquerai dans mes louanges, el je serai délivré de mes ennemis. CHOCO ORCH COCO fl CHAPITRE XXI.|! QU'IL FAUT ÉTABLIR SON REPOS EN DIEU PLUTOT QUE pi DANS TOUS LES AUTRES BIENS.(ht E Finèce. En tout, et par-dessus toui, ronde en Dieu, Ô mon âme, parce qu'il est le repos éternel des Saints. Aimable et doux Jésus, donnez-moi de me reposer en vous plus qu’en toutes les créatures; plus que dans la santé, la beauté, les honneurs et la ER po Mo 4 EE KE l du) LIVRE II, CHAPITRE XXI. gloire; plus que dans toute puissance et dans toute dignité; plus que dans la science, l’es- prit, les richesses, Les arts; plus que dans les plaisirs et la joie, la renommée et la louange, les consolations et les douceurs, l'espérance et les promesses; plus qu’en tout mérite et en tout désir; plus même que dans vos dons et toutes les récompenses que vous pouvez nous prodiguer; plus que dans l’allégresse et tous les transports que l’âme peut concevoir et sentir; plus enfin que dans les Anges et dans les Archanges, et dans toute l'armée des. cieux; plus qu'en toutes les choses visibles et invisibles, plus qu’en tout ce qui n’est pas vous, Ô mon Dieu! 2. Car vous êtes seul infiniment bon, seul très haut, très puissant; vous suffisez seul, parce que seul vous possédez et vous donnez tout; vous seul nous consolez par vos dou- ceurs inexprimables; seul vous êtes toute beauté, tout amour; votre gloire s'élève au- dessus de toute gloire, votre grandeur au- dessus de toute grandeur; la perfection de tous les biens ensemble est en vous, Seigneur, mon Dieu, y a toujours été, y sera toujours. Ainsi, tout ce que vous me donnez hors de vous, tout ce que vous me découvrez de vous- même, tout ce que vous m'en promettez, est £ seen ÈS trop peu et ne me suffit pas, si je ne vous Vois, si je ne vous possède pleinement. Car mon cœur ne peut avoir de vrai repos, ni être en- tièrement rassasié, jusqu'à ce que, s’élevant au-dessus de tous vos dons et de toute créa- turé, il se repose uniquement en vous. 3. Tendre époux de mon âme, pur objet de son amour, Ô mon Jésus, roi de toutes les créatures! qui me délivrera de mesliens, qui me donnera des ailes pour voler vers vous et me reposer en vous? Oh! quand serai-je assez dégagé de la terre pour voir, Seigneur mon Dieu, et pour goûter combien vous êtes doux! Quand serai-je tellement absorbé en vous, tellement pénétré de votre amour, que je ne me sente plus moi-même, et que je ne vive plus que de vous, dans cette union ineffable et au-dessus des sens, que tous ne connaissent pas! Maintenant je ne sais que gémir, et je porte avec douleur ma misère. Car, en cette vallée de larmes, il se rencontre bien des maux qui me troublent, m'affligent, et cou- vrent mon âme comme d’un nuage. Souvent ils me fatiguent et me retardent: ils s’empa- rent de moi; ils m’'arrêtent, et, m'ôtant près de vous un libre accès, ils me privent de ces délicieux embrassements dont jouissent tou- jours et sans obstacles les célestes esprits. DR— D ms. CE= EE Ce ge de——É.-à GET D à; #3 A à de Volt ve Look à aa! É que ront À gel pui et: ep t ju LIN Soyez touché de mes soupirs et de ma déso- lation sur la terre. 4. O Jésus! splendeur de l'éternelle gloire, consolateur de l’âme exilée! ma bouche est muette devant vous, et mon silence vous parle. Jusqu'à quand mon Seigneur tardera-t-il de venir? Qu'il vienne à ce pauvre qui est à lui, et qu'il lui rende la joie. Qu'il étende la main pour relever un malheureux plongé dans l’an- goisse. Venez, venez: car, sans vous, tous les jours, toutes les heures s'écoulent dans la tris- tesse, parce que vous êtes seul ma joie, et que vous pouvez seul remplir le vide de mon cœur. Je suis oppressé de misère, et comme un pri- sonnier chargé de fers, jusqu’à ce que me ra- nimant par la lumière de votre présence, vous me rendiez la liberté, et jetiez sur moi un re- gard d'amour. os. Que d’autres cherchent, au lieu de vous, tout ce qu’ils voudront; pour moi, rien ne me plaît ni ne me plaira jamais que vous, Ô mon Dieu, mon espérance, mon salut éternel! Je ne me tairai point, je ne cesserai point de prier jusqu'à ce que votre grâce revienne, et que vous me parliez intérieurement. 6. J.-C. Me voici: je viens à vous, parce que vous m'avez invoqué. Vos larmes et le désir de votre âme, le brisement de votre 218 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. cœur humilié, m'ont fléchi et ramené à vous. 1 1. Le F. Et j'ai dit: Seigneur, je vous aiap. Ml pelé, et j'ai désiré jouir de vous, prêt à rejeter 1 pour vous tout le reste. Et c’est vous qui m'a- fl. vez excité le premier à vous chercher. Soyez 1; donc béni, Seigneur, d’avoir usé de cette bonté ll envers votre serviteur, selon votre infinie mi- 1: séricorde. Que peut-il vous dire encore? et que lui reste-t-il qu’à s'humilier profondément fl en votre présence, plein du souvenir de son ll néant et de son iniquité? Car il n’est rien de 1l semblable à vous dans tout ce que le ciel etla Le pl terre renferment de plus merveilleux. Vos if œuvres sont parfaites, vos jugements véritables, L' el l'univers est régi par votre providence. Ê| Louange donc et gloire à vous, à Sagesse du 1 | Pêre! Que mon âme, que ma bouche, que toutes“fe } les créatures ensemble vous louent et vous ù bénissent à jamais! uk {| D RÉFLEXION. À mesure que l’âme fidèle se dégage de la terre et d'elle-même, toutes ses pensées, tous ses désirs s'élèvent et viennent se confondre en celui qu’elle aime uniquement. Alors elle gémit des liens qui l’appesantissent et la re- tiennent encore ici-bas. Pressée d’un amour qui croît sans cesse, elle voudrait briser son h ES es PE 752 4 LS ue Le IQ€ HEXKE 7e&: d 6760 TA S é PA TE Ne M ue et t À rl dhils M ile 2 cite À iv Miss À chi à dits À colis À ce LIVRE III, CHAPITRE XXI. enveloppe mortelle, et s'élancer dans le sein de l'Étre infini auquel elle aspire, et s’y plon- ger, et s'y perdre éternellement. Qui me don- nera des ailes comme à la colombe, et je volerai et je me reposerai! Nul repos en effet pour elle, jusqu'à ce qu'elle soit pleinement unie à l’ob- jet de ses ardeurs, jusqu’à ce qu’elle puisse dire, dans les transports, dans l'ivresse divine de sa joie, dans la jouissance, la possession à jamais immuable du céleste Epoux: Mon bien- aimé est à moi, et je suis à lui. Oh! quand luira cet heureux jour, jour de la délivrance et de l’allégresse sans fin? Quand cessera le temps de l'exil, le temps de l’espérance et des lar- mes? Quand verrons-nous décliner les ombres qui dérobent à nos regards le bien-aimé? Comme le cerf alléré désire l’eau des fontaines, ainsi mon äme vous désire, 0 mon Dieu! Mon âme a eu soif du Dieu fort, du Dieu vivant: oh! quand viendrai-je et paraïlrai-je en présence de mon Dieu? D on 8 po on po 8 8 on 8 mo pi So 8 8 8 oo 8 À D EE CHAPITRE XXII. DU SOUVENIR DES BIENFAITS DE DIEU. E FIDÈLE. Seigneur, ouvrez mon cœur à votre loi; et enseignez-moi à marcher dans la voie de vos commandements. Faites que je connaisse votre volonté, et que je rappelle dans mon souvenir, avec un grand respect et une sé- rieuse attention, tous vos bienfaits, afin de vous en rendre de dignes actions de grâces. Je sais cependant, et je confesse que je ne puis reconnaître dignement la moindre de vos fa- veurs. Je suis au-dessous de tous les biens que vous m'avez accordés; et quand je considère votre élévation infinie, mon esprit s’abime dans votre grandeur. 2. Tout ce que nous avons en nous, dans n0- tre corps, dans notre âme, tout ce que nous possédons et au dedans et au dehors, dans l'or- dre de la grâce ou de la nature, c’est vous qui nous l’avez donné; et vos bienfaits nous rap- pellent sans cesse votre bonté, votre ten- dresse, l'immense libéralité dont vous usez envers nous, vous de qui nous viennent tous NU} pe et clé dr} LIVRE INT, CHAPITRE XXII. les biens. Car tout vient de vous, quoique l’un recoive plus, l’autre moins; et sans vous nous serions à jamais privés de tout bien. Celui qui a recu davantage ne peut se glorifier de son mérite, ni s'élever au-dessus des autres, ni insulter à celui qui à moins recu; car celui-là est le meilleur et le plus grand, qui s’attribue le moins, et qui rend grâces avec le plus de ferveur et d'humilité. Et celui qui se croit le plus vil et le plus indigne de tous, est le plus propre à recevoir de grands dons.: 3. Celui qui a moins recu ne doit ni s’affli- ger, ni se plaindre, ni concevoir de l'envie contre ceux qui ont recu davantage; mais plu- tôt ne regarder que vous, et louer de toute son âme votre bonté, toujours prête à répan- dre ses dons si abondamment, si gratuite- ment, sans acception de personne. Tout vient de vous, et ainsi vous devez être loué de tout. Vous savez ce qu'il convient de donner à cha- cun, pourquoi celui-ci recoit plus, cet autre moins; ce n’est pas à nous qu'appartient ce discernement, mais à vous, qui pesez tous les mérites. 4. Cest pourquoi, Seigneur mon Dieu, je regarde comme une grâce singulière que vous m'ayez accordé peu de ces dons qui paraissent au dehors, et qui attirent les louanges et l'ad- PS L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, miration des hommes. Et certes, en considé- rant son indigence et son abjection, loin d'en être abattu, loin d’en concevoir aucune peine, aucune tristesse, on doit plutôt sentir une ‘douce consolation, une grande joie: car vous avez choisi, mon Dieu, pour vos amis et vos serviteurs, les pauvres, les humbles, ceux que le monde méprise. Tels étaient vos Apôtres mêmes, que vous avez établis princes sur toute la terre. Ils ont passé dans ce monde sans se plaindre, purs de tout artifice et de la pensée même du mal, si simples et si humbles, qu'ils se réjouissaient de souffrir les outrages pour votre nom, et qu'ils embrassaient avec amour tout ce que le monde abhorre. Rien ne doit causer tant de joie à celui qui vous aime et qui connaît le prix de vos bienfaits, que l'ac- complissement de votre volonté et de vos des- seins éternels sur lui. Il doit y trouver un con- tentement, une consolation telle, qu’il consente aussi volontiers d’être le plus petit que d’au- tres désirent avec ardeur être les plus grands; qu'il soit aussi tranquille, aussi satisfait dans la dernière place que dans la première;€ que, toujours prêt à souffrir le mépris, les re- buts, il s'estime aussi heureux d’être sans nom, sans réputation, que les autres de jouir des honneurs et des grandeurs du monde. Car LIVRE UT, CHAPITRE XXIT, votre volonté et le zèle de votre gloire doivent ètre pour lui au-dessus de tout, et lui plaire et le consoler plus que tous les dons que vous lui avez faits et que vous pouvez lui faire en- core. RÉFLEXION. Profitons de la grâce qui nous est donnée, ds sans rechercher si les autres en ont recu une Le mesure plus grande. Dieu se communique li comme il lui plaît, ilest le maître de ses dons, ak et que sommes-nous pour lui en demander L compte? Bénissons-le de ceux qu'il nous ac- Li corde dans sa bonté toute gratuite, et bénis- re le sons-le encore de ceux qu'il nous refuse, nous LE reconnaissant indignes du moindre de ses 2 bienfaits. Si vous êtes humble, vous n’aspi- Hal rerez point à des faveurs extraordinaires; et fu si vons manquez d'humilité, ces faveurs, loin pq de vous être utiles, ne serviraient peut-être pal qu'à vous perdre, en nourrissant en vous la le vaine complaisance et l’orgueil. Une vive gra- qui titude envers le Seigneur, une soumission par- pré faite à ses volontés, la fidélité dans la voie où M. il vous conduit, voilà ce que vous devez dési- x di rer. Avec cela vous reposerez en paix, parce qu que vous reposerez en Dieu, et qu’en lui vous (trouverez le secours contre les tentations, la L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. paix dans les souffrances, la consolation dans les misères et les peines de la vie, et enfin l'amour qui rend tout léger. Oh! que nous penserions peu à souhaiter un état plus élévé, ou plus doux, si nous aimions véritablement! Mais nous ne savons point aimer. Gémissons au moins de notre tiédeur, et supplions le divin Maître d’échauffer, d’embraser notre cœur languissant, afin que nous puissions dire avec l’'Apôtre: Qui me séparera de l'amour du Christ? la tribulation? l'angoisse? la faim? la nudité? le péril? la persécution? le glaive? Mais nous triomphons de toutes ces choses à cause de celui qui nous a aimés. Car je suis certain que ni la mort, ni la vie, nt les anges, ni les principaulés, ni les vertus, ni le présent, ni l'avenir, ni la force, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune créature ne pourra me séparer de la charité de Dieu, laquelle est dans le Christ Jésus notre Seigneur. 1 7 0: 7 LIVRE II[, CHAPITRE XXII. COCO DOC OC O-0-O-0- D OO 0-00 0-00 CHAPITRE XXIIL D3 QUATRE CHOSES IMPORTANTES POUR CONSERVER LA PAIX. ésus-Carisr. Mon fils, je vous enseignerai GS) J maintenant la voie de la paix et de la vraie liberté. FE+ 2. Le FipèLe. Faites, Seigneur, ce que vous dites: car il m'est doux de vous entendre. 3. J.-C. Appliquez-vous, mon fils, à faire plutôt la volonté d'autrui que la vôtre. Choisissez toujours plutôt d’avoir moins que plus. Cherchez toujours la dernière place, et à être au-dessous de tous. Désirez toujours et priez que la volonté de Dieu s’accomplisse parfaitement en vous. Celui qui agit ainsi est dans la voie de la paix et du repos. 4. Le F. Seigneur, ces courts préceptes ren- ferment une grande perfection. Ils contien- nent peu de paroles, mais elles sont pleines de sens et abondantes en fruits. Si j étais fidèle à les observer, je ne tomberais pas si aisé- ment dans le trouble. Car toutes Les fois qu'il L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. m'arrive de perdre le calme et la paix, je re- connais que je me suis écarté de ces maximes. Mais vous qui pouvez tout, et qui désirez tou- jours le progrès des âmes, augmentez en moi votre grâce, afin qu’en obéissant à ce que vous commandez, je puisse accomplir mon salut, 4 PRIERE pour obtenir d'être délivré des mauvaises pensées. 5. Seigneur, mon Dieu, ne vous éloignez pas de moi. Mon Dieu, hâtez-vous de me secourir: car une foule de pensées diverses m'ont as-| sailli, et de grandes terreurs agitent mon âme.| Comment traverserai-je tant d’ennemis sans recevoir de blessures? comment les renver- serai-je? Je marcherai devant vous, dit le Sei- gneur, el 7j abattrai les puissants de la terre.| J'ouvrirai les portes de la prison, et je vous| montrerai les issues les plus secrètes. Faites, Seigneur, selon votre parole; et que toutes les pensées mauvaises fuient devant vous. l Mon unique espérance, ma seule consolation dans les maux qui me pressent, est de me ré- fagier vers vous, de me confier en vous, de| vous invoquer du fond de mon cœur et d'at- tendre avec patience votre secours.! RO S TS NI Ne FINI ue té pl A et l jo 0 eq LIVRE I, CHAPITRE XXII. PRIÈRE pour demander à Dieu la lumière, 6. Eclairez-moi intérieurement, Ô bon Jésus! Faites luire votre lumière dans mon cœur, et dissipez toutes ses ténèbres. Arrêtez mon es- tations qui me pressent. Déployez pour moi votre bras, et domptez ces bêtes furieuses, ces convoitises dévorantes, afin que je trouve la paix dans votre force, et que sans cesse vos louanges retentissent dans votre sanctuaire, dans une conscience pure. Commandez aux veuts et aux tempêtes, dites à la mer: Apaise- loi; à l'aquilon: Ne souffle point; et il se fera un grand calme. 1. Envoyez votre lumière et votre vérité, pour qu'elles luisent sur la terre: car je ne suis qu'une terre stérile et ténébreuse, jusqu'à ce que vous m éclairiez. Répandez votre grâce d'en haut; versez sur mon cœur la rosée cé- leste; épanchez sur cette terre aride les eaux fécondes de la piété, afin qu’elle produise des De?) fruits bons et salutaires. Relevez mon âme AREA abattue sous le poids de ses péchés; transpor- lez tous mes désirs au ciel, afin qu'ayant trempé mes lèvres à la source des biens éter- #EARAT nels,je ne puisse plus sans dégoût penser aux choses de la terre. 8. Enlevez-moi, détachez-moi de toutes les fugitives consolations des créatures: car nul objet créé ne peut satisfaire ni rassasier plei- nement mon cœur. Unissez-moi à vous par lindissoluble lien de l'amour: car vous suffi- sez seul à celui qui vous aime, et tout le reste sans vous n’est rien. REFLEXION. Des prophètes se sont levés en Israël qui pro- phétisent à Jérusalem des visions de paix; et il n'y a point de paix, dit le Seigneur Dieu. Et le monde aussi prophétise des visions de paix à ses sectateurs; mais cette paix qu’il met dans les plaisirs, dans le contentement de l'orgueil et de toutes les passions, ne se montre de loin que pour titomper ceux qui la poursuivent, el quand ils se croient près de la saisir, tout à coup elle s’évanouit comme le songe d'un homme qui s'éveille. La paix véritable nest, au contraire, que le calme d’une conscience pure: elle consiste à retrancher les désirs, et non pas à les satisfaire. Est-il un lieu caché, un emploi obscur, une place, un rang mépri- sable aux yeux du monde, elle est là surtout. Plus le cœur s’humilie, plus elle est douce de sante LIVRE III, CHAPITRE XXIV. 2929 et profonde. Qu'est-ce, en effet, qui pourrait troubler celui qui ne souhaite rien et ne s'at- tribue rien? Il n’a guère à craindre qu'on lui envie l’abaissement où il se complaît. Mais que de grandeur dans cet abaissement cherché, voulu de toute l'âme! Les anges le contemplent avec respect, et Dieu le bénit du sein de sa gloire. Seigneur, venez à mon aide; terrassez en moi l'orgueil, et j'aurai la paix; faites que, pénétré des sentiments qui animent le Roi- Prophète, il me soit donné de dire comme lui: J'ai choisi d'être abject dans la maison de mon Dieu, plutôt que d’habiter sous les tentes des pécheurs: Elegi abjectus esse! CREOCOO OO OC OO CCC CCE CHAPITRE XXIV. QU'IL NE FAUT POINT S'ENQUÉRIR CURIEUSEMENT DE LA CONDUITE DES AUTRES, ÉSUS-Curisr. Mon fils, réprimez en vous la D etne vous troublez point de vaines sollicitudes. Que vous importe ceci ou cela? Suivez-moi. Que vous fait ce qu'est celui-ci, comment parle ou agit celui-là? Vous m'avez point à répondre des autres, mais vous répon- L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, drez pour vous-même: de quoi donc vous in- il quiétez-vous? Voilà que je connais tous les di hommes; je vois tout ce qui se passe sous le à soleil; je sais ce qu'il en est de chacun, ce qu'il iN pense, ce qu'il veut et où tendent ses vues. nl C'est donc à moi qu’on doit tout abandonner. vf Pour vous, demeurez en paix, et laissez ceux if quis’agitent s’agiter tant qu'ils voudront. Tout x fn ce qu'ils feront, tout ce qu'ils diront, viendra x Du sur eux; Car ils ne peuvent me tromper.| 2. Ne poursuivez pas cette ombre qu'on: Es appelle un grand nom; ne désirez ni de nombreuses liaisons, ni lPamitié particulière d'aucun homme. Car tout cela dissipe l'esprit, et obscurcit étrangement le cœur. Je me plai- 1” rais à vous faire entendre ma parole, et à vous révéler mes secrets, si vous étiez, quand je viens à vous, toujours attentif et prêt à mou- 4 vrir la porte de votre cœur. Songez à l'avenir,| veillez, priez sans cesse, et humiliez-vous en| toutes choses. RÉFLEXION. Pourquoi ouvrez-vous un œil envieux sur| les actions de vos frères? Qui vous a chargé de lh scruter leur conscience et leurs œuvres? Lais- M} sez, laissez à Dieu un soin qu'il se réserve, el songez à répondre pour vous. On se trompe Dis a Dies à hit à caitn À hits à mi! lé À ire à ci “ON, LIVRE II, CHAPITRE XXV. 231 No,: Bey presque toujours en jugeant les autres, et l'on . se prépare à soi-même un jugement plus Fa sévère, en usurpant un droit qu on n'a pas, et ” en blessant, par des soupcons malins et témcé- raires, l'amour dû au prochain. La charité est indulgente, elle ne pense point le mal. Présumez d'autrui tout ce qui est bon, pardonnez pour qu'on vous pardonne, et ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugé. Go 8 8 og 1 po 0 2 on 8 og a 6 a 0 po 2 ge ED 4 LE CHAPITRE one ms EN QUOI CONSISTENT LA VRAIE PAIX ET LE VÉRITABLE Dar PROGRÈS DE L’AME. ci Ésus-Curisr. Mon fils, j'ai dit: Je vous laisse mt AJ la paix, je vous donne ma paix, non conime ts le monde la donne. Tous désirent la paix; mais tous ne cherchent pas ce qui procure une paix véritable. Ma paix est avec ceux qui sont doux ethumbles de cœur. Votre paix sera dans ut une grande patience. Si vous m'écoutez, et si nl vous obéissez à ma parole, vous jouirez d'une q profonde paix. lv 2. LE Finèce. Seigneur, que ferai-je donc? 3. J.-C. En toutes choses, veillez à ce que L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. vous faites et à ce que vous dites. N'ayez d'autre intention que de plaire à moi seul. Ne désirez, ne recherchez rien hors de moi. Ne jugez point témérairement des paroles ou des actions des autres: ne vous ingérez point de ce qui n’est point commis à votre charge; alors vous serez peu ou rarement troublé. Maïs ne sentir jamais aucun trouble, n'éprouver aucune peine du cœur, aucune souffrance du corps, cela n'est pas de la vie présente; c'est l’état de l'éternel repos. Ne croyez donc pas avoir trouvé la vé- ritable paix lorsqu'il ne vous arrive aucune contrariété; ni que tout soit bien quand vous n'essuyez d'opposition de personne; ni que votre bonheur soit parfait lorsque tout réussit selon vos désirs. Gardez-vous aussi de concevoir une haute idée de vous-même, et d'imaginer que Dieu vous chérit particulièrement si vous sentez votre cœur remplid'une piété tendre et douce: car ce n’est pas en cela qu'onreconnaîit celui qui aime vraiment la vertu, ni en cela que consiste le progrès de l’homme etsa perfection. 4. Le F. En quoi donc, Seigneur? 5. J.-C. À vous offrir de tout votre cœur à la volonté divine; à ne vous rechercher en au- cune chose, ni petite, ni grande, ni dans le temps, ni dans l'éternité: de sorte que, regar- dant du même œil et pesant dans la même ol| 0, oub tb ' al: ibn og une laque ent pets je nu ele randk l LIVRE II, CHAPITRE XXV. balance les biens et les maux, vous m'en ren- diez également grâces. Et ce n’est pas tout: il faut encore que vous soyez si ferme, si constant dans l'espérance, que, privé intérieu- rement de toute consolation, vous prépariez votre cœur à de plus dures épreuves, sans jamais vous justifier vous-même, comme si vous ne méritiez pas de tant souffrir; mais reconnaissant, au contraire, ma justice, et louant ma sainteté dans tout ce que j'ordonne. Alors vous marcherez dans la voie droite, dans la véritable voie de la paix; et vous pourrez avec assurance espérer de revoir mon visage dans l’allégresse. Que si vous parvenez à un parfait mépris de vous-même, je vous le dis, vous jouirez d’une paix aussi profonde qu'il est possible en cette vie d’exil. RÉFLEXION. On ne saurait trop répéter à l’homme que sa grandeur, sa sécurité, sa paix consistent a se re- noncer, à se mépriser lui-même, à s’'anéantir devant Dieu, à ne vouloir en toutes choses et à ne désirer que l’accomplissement de sa vo- lonté sainte, sans aucun retour d'intérêt propre, dans un abandon sans réserve à ce qu’il lui plaît d'ordonner de nous. I faut se détacher même de ses dons, pour s'unir à lui d’une manière plus L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. intime et plus pure. La ferveur sensible, les consolations, les ravissantes douceurs de l'a- mour nous sont données et nous sont retirées selon des dessins que nous ignorons; elles pas- sent, et tout ce qui passe produit le trouble, si l’on s’y attache. Dieu seul donc: n’aimons que Dieu seul, ne souhaitons que Dieu seul: aimons-le pour lui-même, dans la tristésse comme dans la joie, dans l’amertume comme dans la jouissance. Oui, je vous aimerai, Sei- gneur, je vous bénirai en tout lemps: vous êtes vous-même notre paix, et dans cette paix je dormirai el je me reposerai. SR Mo ou 8 a or po po 8 po og oo pr oo ou CHAPITRE XXVE, DE LA LIBERTÉ DU COUR, QUI S'ACQUIERT PLUTOT PAR LA PRIÈRE QUE PAR LA LECTURE. £ Finèe. Seigneur, c'est une.haute perfec- tion de ne jamais détourner des choses du ciel les regards de son cœur, de passer au mi- lieu des soins du monde sans se préoccuper d'aucun soin, non par indolence, mais par le privilège d'une âme libre, qu'aucune affection déréglée n’attache à la créature. LIVRE HI, CHAPITRE XXVI. 235 2. Je vous en conjure, Ô Dieu de bonté! délivrez-moi des soins de cette vie, de peur qu'ils ne retardent ma course; des nécessités du corps, de peur que la volupté ne me sé- duise; de tout ce qui arrête et trouble l’âäme, de peur que Pafiliction ne me brise et ne w’abatte. Je ne parle point des choses que la vanité humaine recherche avec tant d’ardeur; mais de ces misères qui, par une suite de la malédiction commune à tous les enfants d'Adam, tourmentent et appesantissent l'âme de votre serviteur, et l’empêchent de jouir, autant qu'il voudrait, de la liberté de l'esprit. 3. O mon Dieu, douceur ineffable, changez pour moi en amertume toute consolation de la chair, qui me détourne de l'amour des biens éternels, et m'attire et me fascine par le charme funeste du plaisir présent! Que je ne sois pas, mon Dieu, vaincu par la chair et le sang, trompé par le monde et sa gloire qui passe; que je ne succombe point aux ruses du démon. Donnez-moi la force pour résister, la patience pour souffrir, la cons- tance pour persévérer, Donnez-moi, au lieu de toutes les consolations du monde, la dé- licieuse onction de votre esprit; et au lieu de amour terrestre, pénétrez-moi de l'amour de votre nom. | MENLE| L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. 4. Le boire, le manger, le vêtement, et les à autres choses nécessaires pour soutenir le 1 corps, sont à charge à une àme fervente.# Faites que j’use de ces soulagements avec vi modération, et que je ne les recherche point JL avec trop de désir. Les rejeter tous, cela n’est pas permis, parce qu'il faut soutenir la nature: mais votre loi sainte défend de re- chercher tout ce qui est au delà du besoin et ne sert qu'à flatter les sens; autrement la" chair se révolterait contre l'esprit. Que votre main, Seigneur, me conduise entre ces deux E extrèmes, afin qu'instruit par vous je me À préserve de tout excès. À RÉFLEXION. bp !, nn En voyant combien les hommes sont en- foncés dans la vie présente, l'importance qu'ils 4 attachent à tout ce qui s'y rapporte, le désir À qui les consume d’amasser des biens et de ñ s’en assurer la perpétuelle jouissance, croi- Le rait-on jamais qu'ils soient persuadés que Ps cette vie doive finir, et finir sitôt? Dans leurs# longues prévoyances, ils n’oublient rien que 4 Péternité: elle seule ne les touche en aucune 4 manière, ou les touche si faiblement qu'à[ peine y songent-ils de loin en loin et avec L ennui, dans les courts intervalles des plai- LIVRE If, CHAPITRE XXVI. ML sirs ou des affaires. Profonde pitié! et que pin: l'exemple qu'ils ont recu du Sauveur est dif- férent! Il a passé sur la terre comme un homme errant, comme un voyageur qui se dé- tourne pour se reposer un peu. Voilà notre modèle. L'homme qui se met en voyage int n'emporte que ce qui lui est nécessaire pour nt la route; ainsi, dans notre voyage vers le He ciel, nous devons n’user des choses d’ici-bas que pour la simple nécessité, et ne voir dans ce qui est au delà qu'un fardeau souvent .… dangereux, et au moins toujours inutile. Que N. faut-il à celui qui passe? Le voyageur altéré : approche ses lèvres de la fontaine, et étanche sa soif de l'eau la plus proche; il s'assied contre le premier arbre qu’il rencontre sur le al bord du chemin; et puis, ayant repris ses nn forces, il recommence à marcher. Une seule ne pensée l’occupe, celle d'achever promptement sa course. Ira-t-il attacher son âme aux objets divers qui frappent ses regards à mesure . qu'à avance, et se tourmenter de mille soins MN. pour se former un établissement stable dans sit le pays qu'il traverse, et qu'il ne reverra ni jamais? Or, nous sommes tous ce voyageur. Mi, Que m'importe la terre, à mon Dieu! Que 5, m'importe ce lieu étranger d'où je sortirai CL dans un moment? Je vais à la maison de mon L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Père; le reste ne m'est rien. Le travail, k fatigue, qu'est-ce que cela, pourvu que j'ar- rive au terme où aspirent tous mes vœux? Mon âme a défailli de désir, mon cœur et ma chair ont tressailli de joie dans l'attente du Dieu vivant. Vos autels, Dieu des vertus, mon Roi et mon Dieu! vos autels!.…. Heureux ceux qui habitent dans la maison du Seigneur! LH ER RO HO CHAPITRE XXVII. QUE L'AMOUR DE SOI EST LE PLUS GRAND OBSTACLE QUI EMPÈÊCHE L'HOMME DE PARVENIR AU SOUVERAIN BIEN. Ésus-Curisr. Il faut, mon fils, que vous : donniez tout entier pour posséder tout, et que rien en vous ne soit à vous-même. Sachez que l'amour de vous-même vous nuit plus qu'aucune chose du monde. On tient à chaque chose plus ou moins selon la nature de l'affection et de l'amour qu’on a pour elle. Si votre amour est pur, simple et bien réglé, vous ne serez esclave d'aucune chose. Ne désirez point ce qu'il ne vous est pas permis d’avoir, renoncez à ce qui occupe trop votre äme et la prive de sa liberté. Il est étrange LIVRE II, CHAPITRE XXVII. que vous ne vous abandonniez pas à moi du fond du cœur, avec tout ce que vous pouvez désirer ou posséder. 2. Pourquoi vous consumer d'une vaine tristesse? pourquoi vous fatiguer de soins| superflus? Demeurez soumis à ma volonté,| et rien ne pourra vous nuire. Si vous cher- chez ceci ou cela, si vous voulez être ici ou là, sans autre objet que de vous satisfaire et de vivre plus selon votre gré, vous n'aurez jamais de repos, et jamais vous ne serez libre d'inquiétude, parce qu’en tout vous trouverez quelque chose qui vous blesse, et partout quelqu'un qui vous contrarie. 3. À quoi sert donc de posséder et d’accu- muler beaucoup de choses au dehors? Ce qui sert, c'est de les mépriser, et de les déraciner de son cœur. Et n’entendez pas ceci unique- ment de l'argent et des richesses, mais encore de la poursuite des honneurs et du désir des vaines louanges, toutes choses qui passent avec le monde. Nul lieu n’est un sûr refuge, si l’on manque de l'esprit de ferveur: et cette paix qu'on cherche au dehors ne durera guère, si le cœur est privé de son véritable appui, c’est-à-dire si vous ne vous appuyez pas sur moi. Vous changerez et ne serez pas mieux. Car, entraîné par l’occasion qui naîtra, L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. vous trouverez ce que vous aurez fui, et pis encore. PRIÈRE pour obtenir la pureté du cœur et la sagesse céleste, 4. Le Fibèze. Soutenez-moi, Seigneur, par| la grâce de l'Esprit saint. Fortifiez-moi intc-| rieurement de votre vertu, afin que je ban- nisse de mon cœur toutes les sollicitudes vaines qui le tourmentent, et que je ne sois emporté par le désir d'aucune chose ou pré- cieuse ou méprisable; mais plutôt, qu'appré- ciant toutes choses ce qu’elles sont, je voie qu'elles passent, et que je passerai aussi avec elles. Car il n'y a rien de stable sous le soleil; el tout est vanité el affliction d'esprit. Oh! qu'il est sage celui qui juge ainsi! 5. Donnez-moi, Seigneur, la sagesse céleste, afin que j'apprenne à vous chercher et à vous trouver, à vous goûter et à vous aimer par- dessus tout, et à ne compter tout le reste que pour ce quil est, selon l’ordre de votre sagesse. Donnez-moi la prudence pour m'éloi- gner de ceux qui me flattent, et la patience pour supporter ceux qui s'élèvent contre moi. Car c’est une grande sagesse de ne se point laisser agiter à tout vent de paroles, LÉ QUE LMEASLLS le SOL Ë} Lu LIVRE IN, CHAPITRE XXVII. 241 et de ne point prèter l'oreille aux perfides discours des flatteurs. C’est ainsi qu on avance sûrement dans la voie où l’on est entré. RÉFLEXION. Si peu que l’homme se recherche lui-même, ilbsséloigne de Dieu; mais à l'instant le trouble naît en lui; car, ou il n'atteint pas l'objet de ses désirs, ou il s’en dégoûte aus- sitôt, toujours tourmenté, soit par ses con- voitises, soit par le remords et l'ennui. Il a voulu être riche, puissant, posséder des titres, des honneurs, toutes choses qui ne Sobtiennent guère que par de durs travaux. et qui rarement se rencontrent avec une conscience pure: n'importe, le voilà élevé au faite des prospérités humaines, rien ne lui manque de ce qu’il enviait: demandez-lui s’il est Satisfait, il ne sortira que des plaintes, des cris d’angoisses et de douleur, de la bouche de cet heureux du monde. Et mainte- nant, selon la forte expression de l'Apôtre, el, maintenant, 6 riches, pleurez et poussez des hurlements dans les misères qui fondront Sur vous. Vous avez vécu sur la terre dans les délices et les voluptés, vous vous étes engraissés pour le jour du sacrifice. Ainsi, d'un côté, les biens d’ici-bas, ces biens convoités si ar- L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. demment, fatiguent l'âme sans la rassasier; et de l’autre, à moins d’une grâce peu com- mune, comme Jésus-Christ lui-même nous l'apprend, ils la précipitent dans la perte, Au contraire, celui qui s’est renoncé com- plètement, celui pour qui Dieu seul est tout, jouit d’une paix inaltérable. La souffrance même lui est douce, parce qu’elle accroit son espérance, purifie son amour, et que l’affliction d’un moment enfantera une joie éternelle. Per- sévérez donc dans la palience jusqu’à l'avène- ment du Seigneur. Dans l'espoir de recueillir le fruit précieux de la terre, le laboureur attend paliemment les pluies de la première et de l'arrière-saison; el vous aussi soyez donc pa- lients, car l'avènement du Seigneur approche. D 0 À 8 po jo pp pd 0) En CHAPITRE XXVIIL QU'IL FAUT MÉPRISER LES JUGEMENTS HUMAINS. ÉSUS-CHrisT. Mon fils, ne vous offensez J point si quelques-uns pensent mal de vous, et en disent des choses qu’il vous soit pénible d'entendre. Vous devez penser encore plus mal de vous-même,et croire que personne n’est plus LIVRE IN, CHAPITRE XXVIII. imparfait que vous. Si vous êtes retiré en vous- même, que vous importeront des paroles qui se dissipent en l'air? Ce n’est pas une prudence médiocre que de savoir se taire au temps mau- vais, et de se tourner vers moi intérieurement, sans se troubler des jugements humains. 2. Que votre paix ne dépende point des discours des hommes; car, qu'ils jugent de vous bien ou mal, vous n’en demeurez pas moins ce que vous êtes. Où est la véritable paix et la gloire véritable? n'est-ce pas en moi? Celui qui ne désire point de plaire aux hommes, et qui ne craint point de leur dé- plaire, jouira d’une grande paix. De l'amour déréglé et des vaines craintes naissent l'in- quiétude du cœur et la dissipation des sens. RÉFLEXION. Quelques-uns s'inquiètent plus des juge- ments des hommes que de celui de Dieu. Etrange folie! Quand nous paraîtrons au tri- bunal suprême, que nous importera le blâme ou l'estime des créatures? Nous ne serons ni condamnés ni absous sur leurs vaines pensées. C'est la vérité qui nous jugera, et sa sentence sera éternelle. Tel qui, pendant sa vie, fut enivré de louanges, s’en ira expier ses crimes cachés, là où sont les pleurs et les grincements LMEAULLF L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. de dents, el le ver qui ne meurt point. Tel autre qui vécut accablé de mépris et d'ou- trages, entendra cette parole: Venez, vous qui étes le béni de mon Père; possédez le royaume qui vous est préparé dès le commencement du monde; car les jugements de Dieu ne sont point comme nos jugements, ni sa justice comme notre justice: Il sonde l’abime et le cœur de l’homme. N'ayez donc que lui seul en vue, et soyez indifférent à tout le reste. À quoi sert ce que nous laissons à l'entrée du tombeau? les éloges recherchés souillent la conscience et tuent le mérite du bien qu’on a fait pour lesob- tenir. Prenez garde à ne pas faire vos bonnes œuvres devant les hommes, pour étre vu d'eux: autrement vous n'aurez point de récompense de votre Père qui est dans les cieux. Quand donc vous faites l’aumône, ne sonnez point de la trom: pette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les carrefours, afin d'élre honorés des hommes. En vérité je vous le dis. ils ont reçu leur récompense. Pour vous, quand vous faites l’aumône, que votre main gauche ne sache pas ce que fait la droite, afin que votre aumône soit dans le secret; el votre Père, qui voit dans le secret, vous la ren- dra. Et quand vous priez, ne soyez point comme les hypocrites, qui aiment à prier de- LIVRE HIT, CHAPITRE XXIX. bout dans les synagogues et dans les angles des places publiques, afin d'étre vus des hommes. En vérilé je vous le dis, ils ont recu leur ré- compense. Pour vous, lorsque vous prierez, entrez dans le lieu de la maison le plus reculé, el, après avoir fermé la porte, priez votre Père dans le secret: et votre Père, qui voit dans le secret, vous le rendra. on 8 oo oo 8 8 8 on oo 8 oo EN ET UN I CHAPITRE XXIX. COMMENT IL FAUT INVOQUER ET BÉNIR DIEU DANS L'AFFLICTION. E FIDÈLE. Que votre nom soit béni à jamais, LiSeigneur, qui avez voulu m'éprouver par cette peine et cette tentation. Puisque je ne saurais léviter, qu'ai-je à faire que de me réfugier vers vous, pour que vous me secou- riez, et qu'elle me devienne utile? Seigneur, voilà que je suis dans la tribulation; mon cœur malade est tourmenté par la passion qui le presse. Ef maintenant que dirai-je? 0 Père plein de tendresse! les angoisses m'ont environné. Délivrez-moti de cette heure. Mais cette heure est venue pour que vous fassiez TS fENI LE L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. éclater votre gloire, en me délivrant après m'avoir humilié profondément. Daignez, Sei- gneur, me secourir: Car, pauvre créature que je suis, que puis-je faire, et où irai-je sans vous? Seigneur, donnez-moi la patience encore celte fois. Soutenez-moi, mon Dieu. et je ne craindrai point, quelque pesante que soit cette épreuve. 2. Et maintenant que dirai-je encore? Sei- gneur, que votre volonté se fasse. J'ai bien mérité de sentir le poids de la tribulation. Il faut donc que je le supporte: faites, mon Dieu, que ce soit avec patience, jusqu’à ce que la tempête passe, et que le calme revienne. Votre main toute-puissante peut éloigner de moi cette tentation, eten modérer la violence, afin que je ne succombe pas entièrement, comme vous l'avez déjà tant de fois fait pour moi, à mon Dieu, ma miséricorde! Et autant ce changement m'est difficile, autant il vous l'est peu: c’est l’œuvre de la droite du Très-Haut. RÉFLEXION. Le premier mouvement de l'âme éprouvée par la tentation doit être de s’humilier, de re- connaître son impuissance; et aussitôt de re- courir avec une vive foi à Celui qui seul est sa force: Seigneur, sauvez-moi, car je vais ainsi abonde par Jésus-Christ notre consolation. périr; et Dieu se hâtera de venir au secours de cette pauvre âme; il étendra, pour la secou- rir, Sa main toute-puissante; i{ commanderäa aux vents el à la mer, et il se fera un grand calme. Ainsi encore, lorsque le cœur est brisé d’affliction, oppressé d'angoisse, que fera-t-il? Il se jettera dans le sein de Dieu le Père, de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Père de miséri- corde et Dieu. de toute consolation, qui nous console dans nos épreuves: car, de méme que les souffrances de Jésus-Christ abondent en nous, Alors si notre âme, comme celle de Jésus, est triste jusqu'à la mort, si nous disons comme lui: Mon Père, que ce calice s'éloigne de moi! comme lui aussi nous ajouterons: Non pas ce que je veux, mais ce que vous voulez! oo 8 on 8 oo 0 0 oo 8 on 9 8 8 oi 8 TE CHAPITRE XXX. QU'IL FAUT IMPLORER LE SECOURS DE DIEU, ET ATTENDRE AVEC CONFIANCE LE RETOUR DE SA GRACE. EE Mon fils, je suis le Seigneur; c'est moi qui fortifie au jour de la tribula- lion. Venez à moi quand vous souffrirez. Ce L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. qui surtout éloigne de vous les consolations célestes, c’est que vous recourez trop tard à la prière. Car, avant de me prier avec ins- tance, vous cherchez au dehors du soulage- ment el une multitude de consolations. Mais tout cela vous sert peu, et il vous faut enfin reconnaître que c'est moi seul qui délivre ceux qui espèrent en moi; et que hors de moi il n'est point de secours efficace, point de conseil utile, point de remède durable. Mais à pré- sent que vous commencez à respirer après la tempête, ranimez-vous à la lumière de mes miséricordes: car je suis près de vous, dit le Seigneur, pour vous rendre tout ce que vous avez perdu, et beaucoup plus encore. 2. Y a-l-il rien qui me soit difficile? ou serai- je semblable à ceux qui disent et ne font pas? Où est votre foi? Demeurez ferme et persé- vérez. Ne vous lassez point, prenez courage; la consolation viendra en son temps. Attendez- moi, attendez: je viendrai et je vous quérirai. Ce qui vous agite est une tentation, et ce qui vous effraye, une crainte vaine. Que vous re- vient-il de ces soucis d’un avenir incertain, si- non tristesse sur tristesse? À chaque jour suffit son mal. Quoi de plus insensé, de plus vain, que de se réjouir ou de s’affliger de choses futures qui n'arriveront peut-être jamais? LIVRE IN, CHAPITRE XXX. 249 3. C’est une suite de la misère humaine d'être le jouet de ces imaginations, et la marque d’une âme encore faible de céder si aisément aux suggestions de l'ennemi. Car peu lui importe de nous séduire et de nous tromper par des objets réels où par de fausses images, et de nous vaincre par l'amour des biens présents ou par la crainte des maux à venir. Que votre cœur donc ne se trouble point et ne craigne point. Croyez en moi et confiez- vous en ma miséricorde. Quand vous croyez être loin de moi, souvent c’est alors que je suis le plus près de vous. Lorsque vous croyez tout perdu, ce n’est souvent que l’oc- casion d’un plus grand mérite. Tout n’est pas perdu quand le succès ne répond pas à vos désirs. Vous ne devez pas juger selon le sen- timent présent ni vous abandonner à aucune aftiction, qu'elle qu'en soit la cause, et vous y enfoncer, comme s’il ne vous restait nulle espérance d'en sortir. 4. Ne pensez pas que je vous aie tout à fait délaissé lorsque je vous afflige pour un temps, ou que je vous retire mes consolations: car c'est ainsi qu'on parvient au royaume des cieux. Et certes, il vaut mieux pour vous, et pour tous mes serviteurs, être exercés par des traverses, que de n’éprouver jamais au- cune contrariété. Je connais le secret de votre cœur, et je sais qu'il est utile pour votre salut que vous soyez quelquefois dans la sé- cheresse, de crainte qu’une ferveur continue| ne vous porte à la présomption, et que, par une vaine complaisance en vous-même, vous ne vous imaginiez être ce que vous n'êtes pas. Ce que j'ai donné, je puis l’ôter et le rendre quand il me plaît. 1] >. Ce que je donne est toujours à moi: ce|| que je reprends n’est point à vous: car c’est de moi que découle tout bien et tout don par- fait. Si je vous envoie quelque peine ou| quelque contradiction, n’en murmurez pas, et ik que votre cœur ne se laisse point abattre: car 1] je puis, en un moment, vous délivrer de ce if fardeau et changer votre tristesse en joie, Et 1] lorsque j'en use ainsi avec vous, je suis juste À et digne de toute louange. Si vous jugez selon ik la sagesse et la vérité, vous ne devez jamais| vousaffliger avec tant d’excès dans l’adversité, mais plutôt vous en réjouir et m'en rendre he gràces, Et même ce doit être votre unique joie j _que.je vous frappe sans vous épargner. Comme mon Père m'a aimé, el moi aussi je vous aime, A ai-je dit à.mes disciples en les envoyant, non k pour goûter les joies du monde, mais pour soutenir de grands combats; non pour pos- , LIVRE IIT, CHAPITRE XXX. séder les honneurs, mais pour souffrir les mépris; non pour vivre dans l’oisiveté, mais dans le travail; non pour se reposer, mais pour porter beaucoup de fruits par la patience. Souvenez-vous, mon fils, de ces paroles. RÉFLEXION. Bien que les hommes sachent que la vie pré- sente n’est qu'un état de passage, néanmoins il y à en eux un penchant extraordinaire à se concentrer dans cette vie si courte, et à ne juger des choses que par leur rapport avec elle. Ils veulent invinciblement être heureux, mais ils veulent l'être dès ici-bas; ils cherchent sur la terre un bonheur qui n’y est point, qui n'y peut pas être, et en cela ils se trompent misérablement. Les uns le placent dans les plaisirs et les biens du monde, et, après s’être fatigués à leur poursuite, is voient que toul est vanité et ajjtiction d'esprit, et que l'homme n'a rien de plus de tous les travaux dont il se consume sous le soleil. Les autres, convaincus du néant de ces biens, se tournent vers Dieu; Mais ils veulent aussi que le désir de félicité qui les tourmente soit satisfait dès à présent, toujours prêts à s'inquiéter et à se plaindre quand Dieu leur retire les gräces sensibles, ou qu'il les éprouve par les souffrances et la ee MEAULLE tentation. Ils ne comprennent pas que la na- ture humaine est malade, et incapable en cet état de tout bonheur réel; que les épreuves dont ils se plaignent sont les remèdes néces- saires que le céleste Médecin des âmes em- ploie, dans sa bonté, pour les guérir, et que toute notre espérance sur la terre, toute notre paix consiste à nous abandonner entièrement à lui avec une confiance pleine d'amour. Et voilà pourquoi le Roi-Prophète revient si sou- vent à cette prière: Ayez pitié de moi, Soi- gneur, parce que je suis malade; quérissez-moi, car le mal a pénétré jusqu'à mes os: quérissez mon dme, Vous qui guérissez toutes nos infir- mités. Donc, pendant cette vie, la résignation, la patience, une tranquille soumission de la volonté, au milieu des ténèbres de l'esprit et de l’amertume du cœur; et après, et bientôt, dans la véritable vie, le repos imperturbable, la joie immortelle, et la félicité de Dieu même, qu'il vous sera donné de voir tel qu’il est, face à face. LIVRE HI, CHAPITRE XXXI.. 253. HORREUR CO GC CO CCC CHAPITRE XXXI. QU IL FAUT OUBLIER TOUTES LES CRÉATURES POUR TROUVER LE CRÉATEUR. E FIbèLe. Seigneur, j'ai besoin d'une grace er grande, s'il me faut parvenir à cet état où nulle créature ne sera un lien pour moi. Car tant que quelque chose m'arrèête, je ne puis voler librement vers vous. Il aspirait à cette liberté celui qui disait: Qui me don- nera des ailes comme à la colombe? et je vole- rai, el je me reposerai. Quel repos plus pro- fond que le repos de l’homme qui n’a que vous en vue? et quoi de plus libre que celui qui ne désire rien sur la terre? Il faut donc s'élever au-dessus de toutes les créatures, se détacher parfaitement de soi-même, sortir de son es- prit, monter plus haut, et là reconnaitre que c'est vous qui avez tout fait, et que rien n’est semblable à vous. Tandis qu’on tient encore à quelque créature, on ne saurait s'occuper librement des choses de Dieu. Et c’est pour- quoi l’on trouve peu de contemplatifs, parce que peu savent se séparer entièrement des créatures et des choses périssables. VE AN Ce) LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Des …. I faut pour cela une grâce puissante qui Ja soulève l’âme et la ravisse au-dessus d’elle- même. Et tant que l’homme n'est pas élevé ainsi en esprit, détaché de toute créature, et parfaitement uni à Dieu, tout ce qu'il sait et tout ce qu'il a est de bien peu de prix. Il sera longtemps faible et incliné vers la terre celui qui estime quelque chose hors de l’unique, de l'immense, de l'éternel bien. Tout ce qui n'est pas Dieu n’est rien, et ne doit être compté pour rien. Il y à une grande différence entre la sagesse d’un homme que la piété éclaire et la science qu'un docteur acquiert par l'étude. La science qui vient d'en haut, et que Dieu lui-même répand dans l’âme, est bien supé- rieure à celle où l’homme parvient laborieu- sement par les efforts de son esprit. 3. Plusieurs désirent s'élever à la contem- plation; mais ce qu'il faut pour cela, ils ne le veulent point faire. Le grand obstacle est qu'on s'arrête à ce qu’il y a d'extérieur et de sen- sible, et que l’on s'occupe peu de se mortifier véritablement. Je ne sais ce que c’est, ni quel esprit nous conduit, ni ce que nous préten- dons, nous qu’on regarde comme des hommes tout spirituels, de poursuivre avec tant de travail et de souci des choses viles et passa- gères, lorsque si rarement nous nous recueil- CH é LIVRE II, CHAPITRE XXXI. 55 ñ ÉÆ- À lons pour penser, sans aucune distraction, à IH! x: spl NN, otre état intérieur. AR 4. Hélas! à peine sommes-nous rentrés en de nous-mêmes, que nous nous hâtons d’en sor- Li tir, sans jamais sérieusement examiner nos Ne œuvres. Nous ne considérons point jusqu'où MD} descendent nos affections, et nous ne gémis- MW sons point de ce que tout en nous est impur. let Toute chair avait corrompu sa vaie; et c'est Le pourquoi le déluge suivit. Quand donc nos PME affections intérieures sont corrompues, elles pH corrompent nécessairement nos actions, et M é dévoilent ainsi toute la faiblesse de notre M âme. Les fruits d’une bonne vie ne croissent NM que dans un cœur pur. el à 5. On demande d’un homme, qu’a-t-il fait? du Mais s’il l’a fait par vertu, c’est à quoi l’on ‘W+ regarde bien moins. On veut savoir s’il a du Wine courage, des richesses, de la beauté, de la MMS science, s’il écrit ou s’il chante bien, s’il est Mt. habile dans sa profession; mais on ne s'in- ms quiète guère s’il est humble, doux, patient, “Ni pieux, intérieur. La nature ne considère que ie le dehors de l'homme; la grâce pénètre au ur. dedans. Celle-là se trompe souvent; celle-ci we espère en Dieu pour n'être pas trompée. DRE ES ue L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. RÉFLEXION.(fl Jusqu'à ce que notre vie soit, comme parle 1° l'Apôtre, cachée en Dieu avec Jésus-Christ, i* nous ne lui appartenons qu'imparfaitement: dl: nous ne sommes pas w#n avec le Fils et avec le Père, nous ne sommes pas consommés dans l'unité; il y a quelque chose entre nous et Dieu: c’est que nous tenons encore à nous- mêmes et aux créatures; notre amour est divisé; tantôt il s’élance vers le ciel, et tantôt il rampe sur la terre. Pour vivre de la vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu, il faut rom- pre les derniers liens qui nous attachent au monde. Alors, séparée de tout ce qui passe, enveloppée, pour ainsi dire, de l'Étre divin, plongée dans sa lumière, l'âme ne voit que lui, ue se sent qu’en lui, ne vit que de sa vé- rité et de son amour, qu'il lui communique par des voies inexplicables et merveilleuses. Unie intimement au Fils, et par le Fils au Père, Jésus-Christ, son modèle et son époux, la rend de plus en plus conforme à lui-même. Ce qu’il a éprouvé, il veut qu'elle l'éprouve aussi, qu’elle le reproduise, en quelque sorte, dans ses divers états, avec le même esprit d'obéissance parfaite qui le dirigeait dans l'accomplissement de sa divine mission. Quel- Lai à tm le ind (I LIVRE IT, CHAPITRE XXXI. quefois il la conduit sur le Thabor, comme pour lui montrer les biens promis à sa fidé- lité; plus souvent il la guide au jardin des Oliviers, au Prétoire, sur le Golgotha, où doit se consommer Île sacrifice: et, soit qu'il l'é- claire et la console, soit qu’il paraisse la dé- laisser, tout coopère à sa perfection, parce qu'elle aime, et que jamais elle ne se lasse d'aimer, dans l’'amertume comme dans la joie, le Dieu qui l'appelle à la sainteté. Elle se re- pose, pleine de calme, dans la volonté de ce grand Dieu. Mais l'âme qui ne s’est pas encore complètement dégagée des choses de la terre est toujours agitée, inquiète; elle marche dans l'obscurité, et mille soins la tourmentent. Hâtons-nous donc de briser nos chaînes, ne cherchons que Jésus, ne désirons que lui: À qui irions-nous? Il«a les paroles de la vie élernelle. Quittons tout pour le suivre, et laissons les morts ensevelir: leurs morts. Lis.* A Er 8 1 Rp 8 7 Eu ed ne CHAPITRE XXXIL. DE L'ABNÉGATION DE SOI-MÊME. ésus-Curisr. Mon fils, vous ne pouvez jouir d’une liberté parfaite si vous ne vous re- noncez entièrement. Ils vivent en servitude tous ceux qui s'aiment et qui veulent être à eux-mêmes. On les voit, avides, curieux, in- if ht 1 Joux ie OUT quiets, cherchant toujours ce qui flatte leurs L sens et non ce qui me plaît, se repaître d’illu- À En sions, et former mille projets qui se dissipent. 1 Car tout ce qui ne vient pas de Dieu périra.| L Retenez bien cette courte et profonde parole: M, L. Quittez tout, et vous trouverez tout. Renoncez j Lin à vos désirs, et vous goûterez le repos. Médi-.|| tez ce précepte; et quand vous l'aurez aecom-| h pli, vous saurez tout.‘ h 2. LE FIDÈLE. Seigneur, ce n’est pas l'œuvre d d'un jour ni un jeu d'enfant: cette courte maxime renferme toute la perfection reli- gieuse. 3. J.-C. Mon fils, vous ne devez point vous rebuter ni perdre courage, lorsqu'on vous montre la voie des parfaits, mais plutôt vous | ‘|((' XL, ki Qi Lux qui qu LIVRE I, CHAPITRE XXXH. cllorcer de parvenir à cet état sublime, ou au moins y aspirer de tous vos désirs. Ah! s’il en élait ainsi de vous! si vous en étiez venu jusqu'à ne plus vous aimer vous-même, sou- mis à MOi sans réserve, et au supérieur que je vous ai donné! Alors j'arrêterais sur vous mes regards avec complaisance, et tous vos jours passeraient dans la paix et dans la joie. Il vous reste encore bien des choses à quitter; et, à moins que vous n’y renonciez entière- ment pour moi, vous n'obtiendrez point ce que vous demandez. Écoutez mes conseils, et, pour acquérir de vraies richesses, achetez- moi de l'or éprouvé par le feu, c'est-à-dire la sagesse céleste, qui foule aux pieds toutes les choses d'ici-bas. Qu'elle vous soit plus chère que la sagesse du siècle et que tout ce qui plaît aux hommes ou vous plaît en vous- même. 4. Je vous le dis, échangez ce qu'il y à de grand et de précieux dans les choses humaines contre une chose vile. Car on regarde comme petite et vile et l’on oublie presque entière- ment cette sagesse du ciel, la seule vraie, qui ne s'élève point en elle-même, et qui ne cherche point à être admirée sur la terre. Plu- sieurs ont ses louanges à la bouche, mais ils Séloignent d'elle par leur vie. C’est cependant L'MITATION DE JÉSUS-CHRIST. cette perle précieuse qui est cachée an plus#4 grand nombre. A RÉFLEXION.. T Qu'est-ce que l’homme livré à lui-même, à ie son esprit dépourvu de règle, à ses désirs, à 4 ses penchants? Esclave des erreurs diverses qui 4} le séduisenttour à tour, esclave de ses convoi- if tises et des objets de ses convoitises, est-il une servitude plus profonde que la sienne? Et voilà, Joe à mon Dieu, l’état de toute créature qui refuse de se soumettre entièrement à vous. Pour être| libre, il faut obéir. La parfaite liberté n’est que l'accomplissement parfait des précepteset des fn conseils évangéliques, et tous les préceptes et 11 tous les conseils se réduisent au renoncement de soi-même: car, en renoncant à sa raison| IS propre, on possède, dans sa plénitude et sans A4 aucun mélange, la vérité de Dieu; en renoncant 1: à l'amour de soi, corrompu en Adam, l’amourde Dieu et du prochain à cause de Dieu, lequel 4h est le sommaire de la loi, demeure seul au fond du cœur; en renoncant à sa volonté, l'on n’agit plus que d’après la volonté de Dieu, qui est l'ordre par excellence. Et l’homme alors est libre comme Dieu même, dont il devient la fidèle image; il est libre, car cette abnéga-: tion absolue de lui-même l’affranchit du double Mr M, LIVRE I, CHAPITRE XXXII. esclavage de l'erreur et des passions. Nous avons élé, dit saint Paul, délivrés par Jésus- Christ, el appelés par lui à la liberté, c'est-à- dire à la connaissance de la loi évangélique, loi parfaite de liberté, qui, après avoir délivré ceux qui s’y attachent fidèlement de la servi- tude de la corruption, les conduit enfin. à la li- berté de la gloire promise aux enfants de Dieu. D 1 A Ro oo SE D oO D 2 D 2e EN 1 CHAPITRE XXXIII. DE L'INCONSTANCE DU COŒUR., ET QUE NOUS DEVONS TOUT RAPPORTER A DIEU COMME A NOTRE DERNIÈRE FIN: ésus-Carisr. Mon fils, ne vous reposez point Le ce que vous sentez en vous: maintenant vous êtes affecté d'une certaine manière, vous le serez d'une autre le moment d’après. Tant que vous vivrez, vous serez sujet au change- ment, même malgré vous: tour à tour triste et gai, tranquille et inquiet, fervent et tiède; tantôt actif, tantôt paresseux; tantôt grave, tantôt léger. Mais l’homme sage et instruit dans les voies spirituelles s'élève au-dessus de ces vicissitudes. Il ne considère point ce qu'il éprouve en soi, ni de quel côté l’incline le vent BEST 262? L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST,: de l'inconstance; mais il arrête toute son atten.{L tion sur la fin bienheureuse à laquelle il doit ju tendre. C'est ainsi qu’au milieu de tant de mou- M vements divers, fixant sur moi ses regards, il ut demeure inébranlable et toujours le même.«pi Plus l'œil de l’âme est pur et son intention je droite, moins on est agité par les tempêtes. 11 Mais cet œil s’obscurcit en plusieurs, parce 11 qu'il se tourne vers chaque objet agréable Am qui se présente. Car il est rare de trouver fu quelqu'un tout à fait exempt de la honteuse fur recherche de soi-même. Aïnsi autrefois les Juifs ln vinrent à Béthanie chez Marthe et Marie, non M pour Jésus seul, mais pour voir Lazare. Il;[rang faut donc purifier l'intention, afin que, simple Jah et droite, elle se dirige constamment vers moi, ln sans s'arrêter jamais aux objets inférieurs,: ln * lébr RÉFLEXION. L'esprit de l’homme va et vient sans scre-“YF poser jamais, et le cœur est emporté par la même inconstance. Or, ces changements qui(I surviennent en nous, quelquefois malgré nous,| sont ou des tentations que l’on doit combattre, Au ou des misères qu'il faut supporter, ou des Ah épreuves auxquelles on doit se soumettre 4 humblement. Et c’est pourquoi il est néces- saire de travailler sans relâche à purifier notre D jet LIVRE II, CHAPITRE XXXIV. 263 volonté, qui seule dépend de nous; autrement nous tomberons bien vite ou dans le péché, ou dans le trouble, ou dans les deux à la fois. Celui qui veut sincèrement être à Dieu, et n'être qu'à lui, ne craint pas les attaques de l'enfer, parce qu'il sait qu'il est invincible en Celui qui le fortifie. Il ne s'irrite point contre lui-même, il voit en paix ses infirmités, il s'en glorifie comme l’Apôtre, parce qu’elles perfec- tionnent la vertu, et ajoutent au prix de la victoire. Que si Dieu l’éprouve, il s’humilie, il se reconnaît indigne de ses consolations, et il embrasse avec amour la croix qui lui est pré- sentée. Tranquille sur cette croix, dans la tris- tesse, dans la souffrance et l’abandonnement, il n'a que cette parole, et elle lui suffit: J'ai espéré en vous, Seigneur, el je ne serai point confondu éternellement. CHAPITRE XXXIV. QU'ON NE SAURAIT GOUTER QUE DIEU SEUL, HT QUON LE GOUTE EN TOUTES CHOSES QUAND ON L'AIME VÉRITABLEMENT. 14e Fine. Voilà mon Dieu et mon tout! Que voudrais-je de plus, et quelle plus grande } FE A é% mn. 2e” LD ENT a A L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, félicité puis-je désirer? O ravissante parole! mais pour celui qui aime Jésus, et non pas le monde, ni rien de ce qui est du monde. Mon Dieu et mon tout! c’est assez dire à qui l’en- tend, et le redire sans cesse est doux à celui qui aime. Vous présent, tout est délectable: en votre absence, tout devient amer. Vous donnez au cœur le répos, et une. profonde paix, et une joie inénarrable. Vous faites que, content de tout, on vous bénit de tout. Au contraire, rien sans vous ne peut plaire long- temps, et rien n’a d’attrait ni de douceur sans l'impression de votre grâce et l’onction de votre sagesse. 2. Que ne goûtera‘point celui qui vous goûte? et que trouvera d’agréable celui qui ne vous goûte point? Les sages du monde, qui n'ont de goût que pour les voluptés de la chair, A s’'évanouissent dans leur sagesse: car on ne SAUT trouve là qu’un vide immense, que la mort.“M Mais ceux qui, pour vous suivre, méprisent le monde et mortifient la chair, se montrent vraiment sages: car ils quittent le mensonge pour la vérité, et la chair pour l'esprit. Ceux- là savent goûter Dieu; et tout ce qu'ils trou- vent de bon dans les créatures ils le rappor- tent à la louange du Créateur. Rien pourtant LT ne se ressemble moins que le goût du Créateur| LIVRE III, CHAPITRE XXXIV. et celui de la créature, du temps et de l'éter-| nité, de la lumière incréée et de celle qui n’en est qu'un faible reflet. 3. O lumière éternelle, infiniment élevée au-dessus de toute lumière créée, qu’un de vos rayons, tel que la foudre, parte’ d’en haut et pénètre jusqu’au fond le plus intime de mon cœur! Purifiez, dilatez, éclairez, vivifiez mon ame et toutes ses puissances, pour qu'elle s'unisse à vous dans des transports de joie. Oh! quand viendra cette heure heureuse, cette he heure désirable où vous me rassasierez de votre in. présence, où vous me serez tout en toutes choses! Jusque-là je n'aurai point de joie par- faite. Hélas! le vieil homme vit encore en ie moi; il nest pas tout crucifié,il n’est pas le mort entièrement. Ses convoitises combattent encore fortement contre l’esprit;.il excite en moi des guerres intestines, et ne souffre point que l'âme règne en paix. Mais vous qui com- mandez à la mer el qui calmez le mouvement | des flots, levez-vous, secourez-moi. Dissipez les dis nalions qui.veulent la guerre, et brisez-les dans votre puissance. Faites, je vous conjure, éclater vos merveilles, et signalez la gloire de votre bras: car je n'ai point d'autre espérance ni d'autre refuge que vous, à mon Dieu! 47 4 % " 4> 8° A do Cr 1 Ce v L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. RÉFLEXION. Il est étrange que, connaissant Dieu, toute notre àâme ne soit pas absorbée dans son amour; qu'elle s'arrête encore aux créatures, au lieu de se plonger et de se perdre dans la source de tout bien. Qu'est-ce que le bonheur, sinon l'amour? Et qu'est-ce que le bonheur infini, sinon un amour sans bornes? Il faut donc à notre cœur un objet infini, il faut Dieu: rien de créé ne saurait le satisfaire jamais. Que me veut le monde? Qu'ai-je besoin de lui Que peut-il me donner? Mon cœur est plus grand que tous ses biens, et Dieu seul est plus grand que mon cœur. Dieu seul donc, Dieu seul, maintenant et toujours, éternellement Dieu seul! LEO OI OH 0-00 GHAPITER XAXV QU'ON EST TOUJOURS, DURANT CETTE VIE, EXPOSÉ À LA TENTATION. | Fe Mon fils, vous n'aurez jamais de sécurité dans cette vie; mais, tant que vous vivrez, les armes spirituelles vous seront ro ji ET ji in(h AI Wu Eur LIVRE I, CHAPITRE XXXV. 261 toujours nécessaires. Vous êtes environné d'ennemis; ils vous attaquent à droite et à ll gauche. Si vous ne vous couvrez donc de tous Mk cotés du bouclier de la patience, vous ne Ms serez pas longtemps sans blessure. Si, de plus, Me votre cœur ne se fixe pas irrévocablement en We moi, avec la ferme volonté de tout souffrir Wie pour mon amour, vous ne soutiendrez jamais MM la violence de ce combat, et vous n’obtiendrez Me point la palme des bienheureux. Il faut donc NN passer courageusement à travers tous les obstacles, etlever un bras puissant contre tout Wie cequis’oppose à vous. Car la manne est donnée uv aux victorieux, et une grande misère est le Min partage du lâche. pr 2, Si vous cherchez le repos en cette’ vie, I comment parviendrez-vous au repos éternel? Ne vous préparez pas à beaucoup de repos, #4 mais à beaucoup de patience. Cherchez la vé- ritable paix, non sur la terre, mais dans le , ciel; non dans les hommes ni dans aucune f 1e créature, mais en Dieu seul. Vous devez sup- porter tout avec joie pour l'amour de Dieu: DE Le travaux, les douleurs, les tentations, les persécutions, les angoisses, les besoins, les mi infirmités, les injures, les médisances, les re- jt proches, les humiliations, les affronts, les corrections, les mépris. C’est là ce qui exerce L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST,: à la vertu, ce qui éprouve le nouveau soldat de Jésus-Christ, ce qui forme la couronne cé- leste. Pour un court travail, je donnerai une récompense éternelle, et une gloire infinie pour une humiliation passagère. 3. Pensez-vous que vous aurez toujours, selon votre désir, les consolations spirituelles? 1 Mes Saints n’en ont pas joui constamment;£ mais ils ont eu beaucoup de peines, des ten- pu tations diverses, de grandes désolations. Et, se confiant plus en Dieu qu’en eux-mêmes, ils se sont soutenus par la patience au milieu de toutes ces épreuves, sachant que les souffrances% du temps n'ont nulle proportion avec la gloire à future qui doi en étre le prix. Voulez-vous dif avoir, dès le premier moment, ce que tant lu d’autres ont à peine obtenu après beaucoup fr de larmes et d'immenses travaux? Attendez Li le Seigneur, combattez avec courage, soyez LL ferme, ne craignez point, ne reculez point, be mais exposez généreusement votre vie pour br la gloire de Dieu. Je vous récompenserai plei- ütk nement, el je serat avec vous dans toutes vos hui tribulations. 1 «Ten RÉFLEXION. Wii Gardez-vous d'attendre ici-bas un repos qui.‘JM n'y est point; on ne peut gagner le ciel LIVRE III, CHAPITRE XXXV. 269 Lu qu'avec beaucoup de travail, et, pendant que y vous serez sur la terre, vous aurez toujours à ur combattre. Ne vous lassez donc point; renou- ind velez en vous l'esprit intérieur; recourez à Dieu, qui seul vous soutient; humiliez-vous en sa présence, veillez et priez, afin que vous tt n'entriez point en tentation; je vous le répète, IN veillez et priez continuellement: demeurez I À fermes dans la foi, agissez avec courage et soyez tin. forts. Il y en a qui, après avoir lutté généreu- sement, fléchissent tout à coup, tombent dans l'abattement, et abandonnent lächement la victoire: c'est qu'ayant compté sur eux-mêmes, Dieu les délaisse, en punition de leur orgueil. Il ne suffit pas de résister un jour, deux jours; il faut combattre sans reläche jusqu’au bout. Qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. Et ne dites point: Cette guerre est bien longue! Rien n’est long de ce qui finit: vous touchez au terme; car le temps est court, el la fiqure de ce monde passe. Encore un mo- ù ment, dit le Sauveur, et le monde ne me verra | plus; mais vous me verrez parce que je vis, et que vous vivez en moi. Et l'esprit et l'épouse disent: Venez. Et que celui qui entend, dise: Venez. Voilà que je viens. Ainsi soit-il. Venez, Seigneur Jésus. % A ee de Se, é ER 7 L [I 1 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, 8 D D 8 OO ee EN CR TH CHAPITRE XXX VI. CONTRE LES VAINS JUGEMENTS DES HOMMES. Ésus-Carisr. Mon fils, ne cherchez qu'en Dieu le repos de votre cœur, et ne craignez point les jugements des hommes, quand votre conscience vous rend témoignage de votre innocence et de votre piété. Il est bon, il est heureux de souffrir ainsi; et ce ne sera point une chose pénible pour le cœur humble qui se confie en Dieu plus qu’en lui-même. On parle tant, qu'on doit ajouter peu de foi à ce quise pl dit. Comment, d’ailleurs, contenter tout le% monde? cela ne se peut. Bien que Paul s’ef- lin forcât de plaire à tous dans le Seigneur, et# L: TU qu’il se fit tout à tous, il ne laissait pas d'étre fort indifférent aux jugements des hommes. 2. Il à fait tout ce qui était en lui pour l'édification et le salut des autres; mais il n’a pu empêcher qu’ils ne l’aient quelquefois con- damné ou méprisé. C’est pourquoi il a remis tout à Dieu, qui connaît tout; et il n’a opposé que lhumilité et la patience aux reproches injustes, aux faux soupcons et aux mensonges de ceux qui se livraient, dans leurs discours, MEAURSE LIVRE IT, CHAPITRE XXXVI. à tout ce que leur suggérait la passion. Il s’est cependant justifié quelquefois, de peur que son silence ne causàt du scandale aux faibles. 3. Qu’avez-vous à craindre d’un homme mor- tel?11 est aujourd’hui, et demain il aura dis- paru. Craignez Dieu, et vous ne redouterez rien des hommes. Que peut contre vous un homme par des paroles et des outrages? Il se nuit plus qu’à vous, et, quel qu'il soit, il n’évi- tera pas le jugement de Dieu. Ayez Dieu tou- jours présent, et laissez là les contestations et les plaintes. Que si vous paraissez suc- comber maintenant, et souffrir une confusion que vous ne méritez pas, n’en muürmurez point, et ne diminuez pas votre couronne par votre impatience. Levez plutôt vos regards au ciel, vers moi, qui suis assez puissant pour vous délivrer de l’opprobre et de l'injure, et pour rendre à chacun selon ses œuvres. RÉFLEXION. Pourquoi vous inquiéter des jugements des hommes, et que vous font leurs vaines pen- sées?[ls ne voient tout au plus que les dehors: leur œil ne pénètre point au fond de l’âme, là où sont cachés le bien et le mal. Ne vous affligez donc point s'ils vous condamnent, et ne vous élevez point s'ils vous louent. Mais æ, À Y Les 4+ 2 NEIL] ° fe... [ 1 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. FIè prosternez-vous devant Dieu, et dites-lui: Si vous scrutez, Seigneur, nos iniquilés, qui sou- tiendra votreregard? Quelques-uns s'exagèrent l'importance de ce qu'ils appellent leur répu- tation, et dans l’excessive chaleur avec laquelle ils la défendent, il y a souvent plus d'amour- propre que de zèle véritable. Jésus-Christ chargé d’outrages nous a donné un autre dl exemple: 27 s'est tu et n’a point ouvert la tn bouche. Tous les saints ont été, comme lui, rl persécutés et calomniés. Quand on a fait ce Ds qui dépendait de soi pour ne pas scandaliser ses frères, la conscience doit être tranquille: il ne reste plus qu’à demeurer en paix dans L lhumiliation. Dieu sait tout, et cela suffit." J'estime, écrivait saint Paul aux Corinthiens, Lr' j'estime que ce m'est peu de chose d'élre jugé vil par vous, Où par aucun tribunal humain; je k ne me juge pas moi-même; Celui qui me juge, c'est le Seigneur. Ne jugez donc point avant le lemps, jusqu'à ce que le Seigneur vienne: il éclairera ce qui est caché dans les ténèbres, il manifestera les conseils des cœurs, et alors chacun recevra de Dieu la louange qu’il mérite. ll IA] ire VE Car vous recevrez une gràce plus abondante CHAPITRE XXXVIL QU'IL FAUT RENONCER ENTIÈREMENT A SOI-MÊME POUR OBTENIR LA LIBERTÉ DU CŒUR. ésus-CarisT. Mon fils, quittez-vous, et vous me trouverez. N'ayez rien à vous, pas même votre volonté, vous y gagnerez constamment. dès que vous aurez renoncé à vous-même sans retour. 2. Le Finèze. Seigneur, en quoi dois-je mé renoncer, et combien de fois? 3. J.-C. Toujours et à toute heure, dans les plus petites choses comme dans les plus grandes. Je n’excepte rien, et j’exige de vous un dépouillement sans réserve. Comment pourrez-vous être à moi, et comment pour- rai-je être à vous, si vous n'êtes libre au dedans et au dehors de toute volonté propre? Plus vous vous hâterez d'accomplir ce renon- cement, plus vous aurez de paix; et plus il sera parfait et sincère, plus vous me serez agréable, et plus vous obtiendrez de moi. 4. Il y en a qui renoncent à eux-mêmes, mais avec quelque réserve; et parce qu'ils 274 L'INITATION DE JÉSUS-CIIRIST. n'ont pas en Dieu une pleine confiance, ils veulent encore s’occuper de ce qui les touche. Quelques-uns offrent tout, d’abord; mais, la tentation survenant, ils reprennent ce qu'il: avaient donné, et c’est pourquoi ils ne font presque aucun progrès dans la vertu. Ni les uns ni les autres ne parviendront jamais à Ja vraie liberté d’un cœur pur; jamais ils ne seront admis à ma douce familiarité qu'après un entier abandon et un continuel sacrifice d'eux-mêmes, sans lequel on ne peut ni jouir de moi ni s’unir à moi. 5. Je vous l'ai dit bien des fois, et je vousle redis encore: Quittez-vous, renoncez à vous, et vous jouirez d’une grande paix intérieure. Donnez tout pour trouver tout, ne recherchez, ne redemandez rien: demeurez fermement attaché à moi seul, et vous me posséderez. Votre cœur sera libre et dégagé des ténèbres qui l’obscurcissent. Que vos efforts, vos prières, vos désirs n'aient qu'un seul objet: d'être dépouillé de tout intérêt propre, de suivre nu Jésus-Christ nu, de mourir à vous-même, afin de vivre pour moi éternellement. Alors s'éva- noviront toutes les pensées vaines, les pénibles inquiétudes, les soins superflus. Pal$ rene x LIVRE II, CHAPITRE XXXVII. 215 RÉFLEXION. Vous l'avez dit, à mon Jésus: Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-méme, qu'il porte sa Croix et qu'il me suive; et encore: Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut étre mon disciple. I n’y a donc point à hésiter; il faut choisir entre le monde et vous: on ne saurail servir deux mailres, et vous ne voulez point de partage. Se recher- cher, c'est s'éloigner de vous. Là où il reste encore quelque attache aux choses de la terre, quelque volonté propre, quelque secrète com- plaisance dans les dons soit de la nature, soit de la grâce, vous ne régnez pas pleinement, Seigneur, et votre amour est en souffrance. Hélas! comment peut-on, après avoir goûté la joie de votre union, refuser de s'unir plus intimement à vous? O faiblesse et folie incompréhensibles du cœur humain! Est-il donc, à mon Dieu, si difficile de reconnaître le néant de tout ce qui n’est pas vous, l’in- constance de notre volonté, l'incertitude de nos projets, la vanité de nos désirs, et de lais- ser là je ne sais quels biens stériles et misé- rables, une heure avant que la mort nous en dépouille sans retour? Quelles seront nos pen- sées à ce moment où toutes les illusions s'é- 5 5 STE RERURLE \ L4 “ "1 > L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. vanouissent? Que nous feront les choses du temps, lorsque le temps finira pour nous? C'en est fait, Seigneur, je suis résolu à consommer le sacrifice que vous exigez de ceux qui veulent vous appartenir. Qu’on ne me parle plus du monde ni de moi-même: j'ai rompu mes der- niers liens; je suis mort, je.ne vis désormais que de la vie de Jésus-Christ en moi; ce corps est comme le suaire qui m’enveloppe; me voilà étendu dans le tombeau, enseveli avec Jésus-Christ en Dieu. Amen: qu’il soit ainsi! GS 0 pe 6 0 PB LE a a CE oO M po pr go 8 on 2 op 8 pa RD ED EE ie CHAPITRE XXXVIIT. COMMENT IL FAUT SE CONDUIRE DANS LES CHOSES EXTÉRIEURES ET RECOURIR A DIEU DANS LES PÉRILS. Ésus-Caristr. Mon fils, en tous Heux, dans e) tout ce que vous faites, en tout ce qui vous occupe au dehors, vous devez vous efforcer de demeurer libre intérieurement et maitre de vous-même, de sorte que tout vous soit assujetti, et que vous ne le soyez à rien. Ayez sur vos actions un empire absolu; soyez-en le maître, et non pas l’esclave. Tel qu'un vrai Israélite, affranchi de toute servitude, entrez LIVRE HI, CHAPITRE XXXVII. dans le partage et dans la liberté des enfants de Dieu, qui, élevés au-dessus des choses présentes, contemplent celles de l'éternité; qui donnent à peine un regard à ce qui passe, et ne détachent jamais leurs yeux de ce qui durera toujours; qui, supérieurs aux biens du temps, ne cèdent point à leur attrait, mais plutôt les forcent de servir au bien, selon l'ordre établi par Dieu, le régulateur suprême, qui n'a rien laissé de désordonné dans ses œuvres. 2. Si, dans tous les événements, vous ne vous arrêtez point aux apparences, et n’en croyez point les yeux de la chair sur ce que vous voyez et entendez; si vous entrez d’a- bord, comme Moïse, dans le tabernacle pour consulter le Seigneur, vous recevrez quelque-. fois sa divine réponse, et vous reviendrez instruit de beaucoup de choses sur le présent et l'avenir. Car c'était toujours dans le taber- nacle que Moïse allait chercher l’éclaircisse- ment de ses difficultés et de ses doutes; et la prière était son unique recours contre la malice et les pièges des hommes. Ainsi vous devez vous réfugier dans le secret de votre cœur, pour implorer le secours de Dieu avec plus d'instance. Nous lisons que Josué et les enfants d'Israël furent trompés par les Gabaonites, VD) Pay "Ra 218 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. + ® K parce qu'ils n'avaient point auparavant consulté w le Seigneur, et que, trop crédules à leurs flatteuses paroles, ils se laissèrent séduire par We une fausse pitié. ji RÉFLEXION. TI La plupart des hommes, dominés par les(D premières impressions, agissent sans consul- ter Dieu, et passent leur vie à se repentir le soir de ce qu'ils ont fait le matin. On doit tra- vailler continuellement à vaincre une faiblesse si déplorable, en s’efforcant de résister aux mouvements soudains qui s'élèvent en nous. Celui qui n’est pas maître de soi court un grand péril; il est à chaque instant près de FR tomber, il faut s'exercer à vouloir, à dompter ji l'imagination qui emporte l'âme, à soumettre hi le cœur et ses désirs à une règle inflexible. hi Mais que ferons-nous, pauvres infirmeés, si“il nous ne sommes aidés, secourus? De nous-“ll mêmes nous ne pouvons rien. Le Seigneur est“| notre seule force: implorons-le donc avec“ll confiance, implorons-le sans cesse: la prière Hu de l’humble pénètre le ciel. Levons les yeux sur“Mk la montagne, d'où nous viendra le secours. Sei-"| gneur, Dieu de mon salut, j'ai crié devant vous"WI le jour el la nuit: ce pauvre a crié, et le Sei- th gneur l'a exaucé, et il l'a sauvé de toutes ses AM 1% v it: el 4 ll ral ir L vil del LIVRE IN, CHAPITRE XXXIX. tribulations. Béni soit le Seigneur, parce qu’il a entendu la voix de ma prière! Le Seigneur est mon aide et mon. protecteur; mon cœur a espéré en lui, et il m'a secouru, et ma chair a refleuri, el du fond de ma volonté je le louerai. Tous mes os diront: Seigneur, qui est semblable à vous? D oo 8 og 2 08 oo pe io 0 gt oo 8 po om A pa iQ€ EE 5 CHAPITRE XXXIX. QU'IL FAUT ÉVITER L'EMPRESSEMENT DANS LES AFFAIRES, D Mon fils, remettez-moi toujours vos intérêts; j'en disposerai selon ce qui sera le mieux, au temps convenable. Attendez ce que j'ordonnerai, et vous y trouverez un grand avantage. 2, Le FInèLe. Seigneur, je vous remets tout avec beaucoup de joie: car j’avance bien peu quand je n’ai que mes propres lumières. Oh! que ne puis-je, oubliant l’avenir, m’aban- donner, dès ce moment, sans réserve à votre volonté souveraine! 3. J.-C. Mon fils, souvent l'homme poursuit avec ardeur une chose qu'il désire; l'a-t-il obtenue, il commence à s’en dégoûler, parce 280 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. qu'iln’y a rien de durable dans ses affections, et qu’elles l’entraînent incessamment d’un ob-. jet à un autre.Ce n’est donc pas peu de se re- noncer soi-même dans les plus petites choses. 4. Le vrai progrès de l’homme est l’abnéga- tion de soi-même; et l’homme qui ne tient plus à soi est libre et en assurance. Cependant l'ancien ennemi, qui s'oppose à tout bien, ne cesse pas de le tenter; il lui dresse nuit et jour des embüûches, et s'efforce de le sur- prendre pour le faire tomber dans ses pièges. Veillez el priez, dit le Seigneur, afin que vous n'entriez point en tentation. RÉFLEXION. I y à dans les affaires un danger terrible pour l’âme, lorsqu'elle ne veille pas sur elle- même attentivement. Nous ne parlons point des tentations de l'intérêt, si vives pourtant, si multipliées, et qui finissent ordinairement br par affaiblir au moins la conscience. Alors k même qu’elles ne produisent pas ce triste 1 effet, elles dessèchent le cœur, préoccupent in : jesprit, le détournent de Dieu et de la grande Qi “W) pensée du salut. Il ya toujours quelque chose! qui presse, qu’on ne peut laisser en retard; et, sous ce prétexte, sans dessein formé, par le seul entraînement des occupations qu’on el: hs‘0 ci: il eut ul Ask (ep ju ee 1 il a qu ent| JUIL ch rl il 1 ex LIVRE JII, CHAPITRE XXXIX. _sest faites, on abandonne peu à peu les exer- cices qui nourrissent la piété, les lectures saintes, là prière, les devoirs indispensables de la religion; et ainsi la vie s'écoule pleine de projets, de soucis, de travaux, dans l'oubli de la seule chose nécessaire. Les maladies mème ne réveillent pas: aucun avertissement n'est écouté, Enfin la mort vient, saisit cet homme, le présente au Juge qui l’interroge: Qu'as-tu fait du temps que je t'ai accordé? L'infortuné voit d’un coup d'œil trente, qua- rante, soixante années consumées tout entières dans. les soins de la terre, et il ne voit que cela. Son âme, il n’y a point songé. Il est tard en ce moment pour commencer à s'occuper d'elle, et son sort est fixé irrévocablement. Ah! pensez avant tout à ce qui ne doit jamais finir. Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné Par surcroît. Eteindre en soi le désir de ce qui passe, se confier en la Providence, ne vouloir que ce qu’elle veut, comme elle le veut, et quand elle le veut, c’est la voie de la paix et le seul fondement solide d'espérance à là dernière heure. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. DOC OO ER CCC 9 CHAPITRE XL. QUE L'HOMME N’A RIEN DE BON DE LUI-MÊME ET NE PEUT SE GLORIFIER DE RIEN. L. FinèLe. Seigneur, qu'est-ce que l'homme, pour que vous vous souveniez de lui? Et qu'est-ce que le fils de l'homme, pour que vous le visitiez? Par où l'homme a-t-il pu mériter votre grâce? De quoi, Seigneur, puis-je me plaindre si vous me déiaissez? et qu'ai-je à dire si vous ne faites pas ce que je demande? Je ne puis, certes, penser et dire avec vérité que ceci: Seigneur, je ne suis rien, je ne peux rien; de moi-même je n'ai rien de bon, je sens ma faiblesse en tout, et tout m'incline vers le néant. Si vous ne m'’aidez et ne me fortifiez intérieurement, aussitôt je tombe dans la tiédeur et le relàächement. 2, Mais vous, Seigneur, vous étes toujours le méme, et vous demeurez éternellement bon, juste et saint, faisant tout avec bonté, avec justice, avec sainteté, et disposant tout avec sagesse. Pour moi, qui ai plus de penchant à éloigner du bien qu'à m'en approcher, je ne demeure pas longtemps dans un même nr ue ln ‘ pub 0 ÉIVRE HI, CHAPITRE XL. état, et je change sept fois le jour. Cependant je suis moins faible dès que vous le voulez, dès que vous me tendez une main secourable: car vous pouvez seul, sans l’aide de personne, me secourir et m'affermir de telle sorte, que je ne sois plus sujet à tous ces changements, et que mon cœur se tourne vers vous seul et s'y repose à jamais. 3. Si donc je savais rejeter toute consola- tion humaine, soit pour acquérir la ferveur, soit à cause de la nécessité qui me presse de vous Chercher, ne trouvant point d'homme qui me console, alors je pourrais tout espérer de votre grâce, et me réjouir de nouveau dans les consolations que je recevrais de vous. 4. Grâces vous soient rendues, à vous de qui découle tout ce qui m'arrive de bien. Pour moi, je ne suis devant vous que vanité et néant, qu'un homme inconstant et fragile. De quoi donc puis-je me glorifier? Comment puis-je désirer qu’on m'estime? Serait-ce à cause de mon néant? mais quoi de plus in- sensé! Certes, la vaine gloire est la plus grande des vanités et un mal terrible, puisqu'elle nous éloigne de la véritable gloire, et nous dépouille de la grâce céleste. Car dès que l’homme se complaît en lui-même, il com- mence à vous déplaire; et lorsqu'il aspire aux L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. louanges humaines, il perd la vraie vertu. 5. La vraie gloire et la joie sainte est de se glorifier en vous, et non pas en soi; de se ré- jouir de votre grandeur, et non de sa propre vertu; de ne trouver de plaisir en nulle créa- ture qu’à cause de vous. Que votre nom soit loué, et non le mien; qu’on exalte vos œuvres, et non les miennes; que votre saint nom soit béni, et qu'il ne me revienne rien des louan- ges des hommes. Vous êtes ma gloire et la joie de mon cœur. En vous je me glorifierai, je me réjouirai sans cesse en vous, et non pas en moi, si ce n'est dans mes infirmités. 6. Que les Juifs recherchent la gloire qu'on reçoit les uns des autres: pour moi, je nere- chercheraïi que celle qui vient de Dieu seul. Car toute gloire humaïne, tout honneur du temps, toute grandeur de ce monde, comparée à votre gloire éternelle, est folie et vanité. O ma vérité et ma miséricorde, Ô mon Dieu! Trinité bienheureuse! à vous seule louange, honneur, gloire, puissance dans les siècles des siècles, RÉFLEXION. Si je descends en moi-même et que je m'in- terroge sur ce que je suis, que trouvé-je, Ô mon Dieu|! Une raison incertaine toujours près de s’égarer, d’inconstantes affections, un mé- EMEAUELE INT à q Mk TS st ER Ke Vas By LIVRE II, CHAPITRE XL... 285 lange inexplicable d’espérances et de craintes vaines, des inclinations viciées, une foule innombrable de désirs qui sans cesse m'agi- tent et me tourmentent, quelquefois une joie fugitive, habituellement un profond ennui, je ne sais quel instinct du ciel et toutes les passions de la terre, une volonté infirme qui tout ensemble veut et ne veut pas, un grand orgueil dans une grande misère: voilà mon état tel que le péché l’a fait, et je sens de plus en moi l'impuissance de relever une nature si profondément déchue. Il a fallu que Dieu même vint soulever ce poids immense de dégradation: sans un Rédempteur divin, l'éternité entière aurait passé sur les ruines: de l’homme. Il à paru, ce Rédempteur, il a ur dit: Me voici! et son sang a satisfait à la su- tie prêème Justice, et sa gräce a réparé le désordre | de l'intelligence et le désordre du cœur: elle a rétabli l’image de Dieu dans sa créature tombée. Incompréhensible mystère d'amour! et comment répondre à un tel bienfait? Re- | connaissons au moins notre faiblesse et notre | indigence; ne nous attribuons aucun des biens ‘qui nous sont donnés gratuitement; rendons là gloire à qui elle appartient, et entrons de toutes les puissances de notre être dans les sentiments du Prophète: Seigneur, mon Dieu, 286 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. je vous ai invoqué, el vous m'avez quéri. Vous IE avez reliré mon âme d° l'enfer, el vous m'avez il séparé de ceux qui descendent dans le lac. 11 Chantez le Seigneur, vous qui éles ses saints,{1 el célébrez la mémoire de sa sainteté! es 2-0-C- CCC OCTO O-CO0-0--0-0-0-000-0-00- CHAPITRE XLI. DU MÉPRIS DE TOUS LES HONNEURS DU TEMPS. Ésus-CHrisT. Mon fils, n’enviez point les au- tres, si vous les voyez honorés et élevés tandis qu’on vous méprise et qu'on vous hu- milie. Élevez votre cœur au ciel vers moi, et vous ne vous affligerez point d'être méprisé des hommes sur la terre. 2. Le FInèze. Seigneur, nous sommes aveu- gles, et la vanité nous séduit bien vite. Sije me considère attentivement, je reconnais qu'aucune créature ne m'a jamais fait d'in- justice, et qu'ainsi je n’ai nul sujet de me plain- dre de vous. Après vous avoir tant offensé, et si grièvement, il est juste que toute créature s’arme contre moi. La honte et le mépris,” voilà donc ce qui m'est dû; età vous la louange, l'honneur et la gloire. Et si je me dispose à û IN h Ï le Î | | \ (al À De si Cp LIVRE IN, CHAPITRE XLI. 287 souffrir avec joie, à désirer même d’être mé- prisé, abandonné de toutes les créatures et compté pour rien, je ne puis ni posséder au dedans de moi une paix solide ni recevoir la lumière spirituelle, ni être uni parfaitement à vous. RÉFLEXION. Celui qui s’examine devant Dieu, à la lu- mière de la vérité, se méprise souverainement, parce qu'il ne trouve en soi, sans la grâce, qu'un fonds immense de corruption: et dès lors, loin de rechercher l’estime, les respects, les honneurs, il se réfugie dans son abjection comme dans le seul asile contre l'orgueil, la plus grande de ses misères. Si on l’abaisse, si on le dédaigne, il ne se plaint ni ne s’irrite; il reconnaît qu’on lui fait justice, et l’on ne saurait tant l'humilier qu'il ne s’humilie en- core davantage intérieurement: car, en tout, c'est Dieu qu’il regarde, etnon pas les hommes. I dit comme Job: Si je veux me Juslifier, ma bouche me condamnera; et si elle entreprend de montrer mon innocence, elle ne prouvera que mOn crime. Puis, dans l'amertume de son Cœur, appelant la miséricorde, il invoque le Père céleste qui a pitié de sa pauvre créature. J'aipéché: que ferai-je, 6 Sauveur des hommes? TE LR de NA NT ENCC -n Foie ee L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Pourquoi avez-vous mis la querre entre vous et moi, et suis-je devenu à charge à moi-même? Pourquoi n’ôlez-vous pas mon péché, et n’ejfa- cez-vous pas mon iniquité? Voilà que je dormi- rai dans la poussière, et quand vous me cher- cherez le matin, je ne serai plus. Heureux celui qui s’accuse, car il obtiendra le pardon! heureux celui qui choisit la dernière place, car on lui dira: Montez plus haut! oo A ou 1 8 OC Si D 8 op Ep A 6 ER NE Ne à CHAPITRE XLIL QUIL NE FAUT PAS QUE NOTRE PAIX DÉPENDE DES HOMMES. ÉSUS-CHRIST. Si vous faites dépendre votre paix de quelque personne, à cause de l’ha- bitude de vivre avec elle et de la conformité de vos sentiments, vous serez dans l'inquié- tude et le trouble. Mais si vous cherchez votre appui dans la Vérité immuable et toujours vivante, vous ne serez point accablé de tris- tesse quand un ami s'éloigne ou meurt. Toute amitié doit être fondée sur moi; et c’est pour moi que vous devez aimer tous ceux qui vous paraissent aimables et qui vous sont les plus LIVRE JII, CHAPITRE XLI. chers en cette vie. Sans moi l'amitié est stérile et dure peu, et toute affection dont je ne suis pas le lien n’est ni véritable ni pure. Vous devez être mort à ces affections humaines, jusqu'à souhaiter de n'avoir, s’il se pouvait, aucun; Commerce avec les hommes. Plus l’homme s'éloigne des consolations de la terre, plus il s'approche de Dieu. Et il s'élève d’au- tant plus vers Dieu qu'il descend plus pro- fondément en lui-même, et qu’il est plus vil à ses propres yeux. 2. Celui qui s’attribue quelque bien em- pêche que la grâce de Dieu ne descende en lui, parce que la grâce de l’Esprit-Saint cherche toujours les cœurs humbles. Si vous saviez vous anéantir parfaitement, et bannir de votre cœur tout amour de la créature, alors, venant à vous, je vous inonderais de ma grâce. Quand vous regardez la créature, vous perdez de vue le Créateur. Apprenez à vous vaincre en tout à cause de lui, et vous pourrez alors parvenir à le connaître. Le plus petit objet désiré, aimé avec excès, souille l’âme et la sépare du sou- verain bien. RÉFLEXION. La religion sanctifie tout, et ne détruit rien, hors le péché; elle n’interdit pas les affections L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. naturelles; au contraire, il y en à qu'elle commande expressément, et le précepte de l'amour mutuel est un de ceux que l'Evangile inculque avec le plus de soin. Aimons-nous les uns les autres, répète sans cesse l'apôtre saint Jean. Celui qui n'aime point demeure dans La mort; il: ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour. Et, dans la nuit de la Cène, ne voyons- nous pas reposer sur le cœur de Jésus le dis- ciple qu'il aimait? Mais nos affections, pour être pures, doivent avoir leur principe en Dieu, et leur règle dans sa volonté. Alors ce ne sont plus des sentiments de la terre, qui, en passant, agitent et troublent l’âme; c'est quelque chose de l'éternité, comme elle inva- riable et calme comme elle. Défiez-vous des attachements qui altèrent la paix du cœur. Nulle créature ne doit être aimée qu'avec une soumission parfaite aux ordres de la Provi- dence. Toujours nous devons être prêts à supporter sans plainte ce qui afflige le plus la nature, l'absence, la séparation, la mort même, nous souvenant de ce que dit l’Apôtre: Nous ne voulons pas, mes frères, que vous soyez dans l'ignorance touchant ceux qui dorment, afin que vous ne vous attristiez pas comme les autres hommes, qui n’ont point d'espérance. Car si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, LIVRE INT, CHAPITRE XLIII. ainsi Dieu amènera avec Jésus ceux Qui se se- ront endormis en lui. Nous vous disons ceci d'après la parole du Seigneur: nous qui vivons, qui sommes réservés pour son avénement, nous ne préviendrons point ceux qui sont déjà dans le sommeil. Car, au commandement de l'Ar- change, à sa voix, au son de la trompette de Dieu, le Seigneur lui-méme descendra du ciel elles morts qui reposent dans le Christ se lève- ront les premiers. Ensuite, nous qui vivons et qui serons demeurés jusqu'alors, nous seruns enlevés avec eux dans(es nuées, au devant du Christ, au milieu des airs; el ainsi nous serons à jamais avec le Seigneur. Consolez-vous les uns les autres dans ces paroles. TO O-C-0-0-0-0-0-0-0-0 D BEN EE GHAPTTRE XLIIE CONTRE LA VAINE SCIENCE DU SIÈCLE. D er Mon fils, ne vous laissez pas émouvoir au charme et à la beauté des dis- cours des hommes; car le royaume de Dieu ne consiste pas dans les discours, mais dans les œuvres. Soyez attentif à mes paroles, qui enflamment je cœur, éclairent, attendrissent L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. l'âme, et la remplissent de consolation. Ne lisez jamais pour paraître plus savant ou plus sage, Étudiez-vous à mortifier vos vices; cela vous servira plus que la connaissance des questions les plus difficiles. 2. Après avoir beaucoup lu et beaucoup appris, il en faut toujours revenir à l’unique principe de toutes choses. C’est moi qui donne à l’homme la science, et qui éclaire lintelli- gence des petits enfants, plus que l'homme ne le pourrait par aucun enseignement. Celui à quije parle est bientôt instruit,et fait de grands progrès dans la vie de l'esprit. Malheur à ceux qui interrogent les hommes sur toutes sortes de questions curieuses, et qui s'inquiètent peu d'apprendre à me servir! Viendra le jour où Jésus-Christ, le Maître des maîtres, le Seigneur des anges, apparaîtra, pour demander compte à chacun de ce qu'il sait, c’est-à-dire pour examiner les consciences. Et alors, la lampe à la main, il scrutera Jérusalem: les secrets des ténèbres seront dévoilés, et toute langue se taira. 3. C’est moi qui, en un moment, élève l'âme humble et la fais pénétrer plus avant dans la vérité éternelle que ne le pourrait celui qui aurait étudié dix années dans les écoles. Jd'en- seigne sans bruit de paroles, sans embarras KE À ip LIVRE Il, CHAPITRE XLI. d'opinions, sans faste, sans arguments, sans disputes. J'apprends à mépriser les biens de la terre, à dédaigner ce qui passe, à rechercher et à goûter ce qui est éternel, à fuir les hon- neurs, à souffrir les scandales, à mettre en moi toute son espérance, à ne désirer rien hors de moi, et à m'aimer ardemment et par- dessus tout. 4. Quelques-uns, en m'aimant ainsi, ont appris des choses toutes divines, dont ils par- lient d'une manière admirable. Ils ont fait plus de progrès en quittant tout que par une pro- fonde étude. Mais je dis aux uns des choses plus générales; aux autres, de plus particu- lières. J’apparais à quelques-uns doucement voilé sous des ombres et des figures; je révèle à d'autres mes mystères au milieu d’une vive splendeur. Les livres parlent à tous le même langage; mais il ne produit pas sur tous les mêmes impressions, parce que moi seul j’en- seigne la vérité au dedans, je scrute les cœurs, je pénètre les pensées, j'excite à agir, et je distribue mes dons à chacun selon qu'il me plaît. RÉFLEXION. Plusieurs se fatiguent et se tourmentent j Pour acquérir la science, el j'ai vu, dit le Sage, S{l ji a à) Re A RÈESN@ @ CS L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. que cela aussi était vanité, travail et affliction d'esprit. À quoi vous servira de connaître les choses de ce monde, quand ce monde même aura passé? Au dernier jour, on ne vous de- mandera pas Ce que vous avez su, mais ce que vous avez fait; et il n'y a plus de science dans les enfers, vers lesquels vous vous hâtez. Cessez un vain labeur. Qui que vous soyez, vous n’a- vez que trop cultivé l'arbre dont les fruits donnent la mort. Laissez la science qui nourrit l'orgueil,{a science qui enfle, pour vous occu- per uniquement d'acquérir celle qui fait les humbles et les saints, la charité qui édifie. Apprenez à vous humilier, à connaître votre néant et votre corruption. Alors Dieu viendra vers vous; il vous éclairera de sa lumière, il vous enseignera, dans le secret du cœur, cette science merveilleuse dont Jésus a dit: Je vous bénis, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre; parce que vous avez caché ces choses aux sages el aux prudents el les avez révélées aux petits. le Co Lou Ne LIVRE IN, CHAPITRE XLIV. D ox 8 a on og po oo À po D 08 GE 8 oo 88 po po 88 nn ER m5 2 CHAPITRE XLIV. QU'IL NE FAUT POINT S EMBARRASSER DANS LES CHOSES EXTÉRIEURES Ésus-CHristT. Mon fils, il faut que vous vous teniez dans FPignorance de beaucoup de choses, que vous soyez comme mort au monde, et que le monde soit mort pour vous. Il faut aussi fermer l'oreille à bien des discours, et penser plutôt à vous conserver en paix. Il vaut mieux détourner les yeux de ce qui dé- plait, et laisser chacun dans son sentiment, que de s'arrêter à contester. Si vous prenez soin d'avoir Dieu pour vous, et que son juge- ment vous soit toujours présent, vous suppor- terez sans peine d’être vaincu. 2. Le FdÈLE. Hélas! Seigneur, où en sommes- nous venus? On pleure une perte temporelle, on court, on se fatigue pour le moindre gain; et l'on oublie les pertes de l'âme, ou l’on ne sen souvient qu'à peine et bien tard. On est attentif à ce qui ne sert que peu ou point du tout, et l’on passe avec négligence sur ce qui est souverainement nécessaire; parce que l'homme se répand tout entier au dehors, et 7. 296: L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. que, s'il ne rentre promptement en Jui-même, il demeure avec joie enseveli dans les choses extérieures. RÉFLEXION. Si vous saviez mourir demain, que vous importeraient les choses de la terre, ce qui se fait, ce qui se dit autour de vous? Eh bien! vous mourrez demain; car la vie est à peine d’un jour. Soyez donc dès ce moment tel que vous voudriez avoir été quand l’éternité s’ou- vrira devant vous. Ni la science, ni la richesse, ni rien de ce qui est du monde, ne vous ser- vira au jugement de Dieu: vous n’y porterez que vos œuvres. 1 y avait un homme riche dont les terres avaient produit une moisson extraordinaire; et il pensait en lui-méme, di- sant: Que ferai-je? car je n'ai point de lieu où recueillir tous ces fruits. Et il dit: Voici ce que je ferai: j'abattrai mes greniers, et j'en bâtirai de plus grands, et j'y amasserai toute ma ré- colte el tous mes biens; et je dirai à mon âme: Mon äme, lu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose-loi, mange, bois, fais bonne chère. Mais Dieu lui dit: Insensé, cette nuit méme on te redemandera ton âme; el pour qui sera ce que tu as amassé? Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-méme, el qui n'est pas riche devant Dieu. fi 1 Al Ho 1H ji jt he ll | (ag bi lan “CR, dx | Di,| Li non aucune perplexité? Mais celui, mon Dieu, qui LIVRE IIT, CHAPITRE XLV. CO C-CHOHOO-C Cr CCC CHOMOOO-COCOO- COCO CHAPITRE XL. QU'IL NE FAUT PAS CROIRE TOUT LE MONDE, ET QU IL EST DIFFICILE DE GARDER UNE SAGE MESURE DANS$SES PAROLES. E FibèLEe. Secourez-moi, Seigneur, dans la tribulation:. car le salut ne vient pas de l’homme. Combien de fois ai-je en vain cherché la fidélité où je croyais la trouver? combien de fois l’ai-je trouvée où je l’attendais le moins? Vanité donc d'espérer dans les hommes; mais vous êtes, mon Dieu, le salut des justes. Soyez béni, Seigneur, en tout ce qui nous arrive. 2. Nous sommes faibles et changeants: un rien nous séduit et nous ébranle. Quel est l'homme. si vigilant et si réservé qu'il ne tombe jamais dans aucune surprise, ni dans se confie en vous, et qui vous cherche dans la simplicité de son cœur, ne chancelle pas si aisément. Et s’il éprouve quelque affliction, s'il est engagé en quelque embarras, vous l’en tirez bientôt, ou vous le consolez; car vous n'abandonnez‘pas pour toujours celui qui es- père en vous. Quoi de plus rare qu'un ami ne TRS CPE NS 5 LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST, fidèle, qui ne s'éloigne point quand l’infortune accable son ami? Seigneur, vous êtes seul constamment fidèle, et nul ami n’est COMpPa- rable à vous. 3. Oh! que de sagesse dans ce que disait cette sainte âme: Mon cœur est affermi et fondé À en Jésus-Christ! S'il en était ainsi de moi, je à serais moins troublé par la crainte des hommes, ii et moins ému de leurs paroles malignes. Qui il peut prévoir, qui peut détourner tous les maux jh à venir? Si ceux qu'on a prévus souvent x blessent encore, que sera-ce donc de ceux qui nous frappent inopinément? Pourquoi, malheureux que je suis, n’ai-je pas pris de plus sûres précautions pour moi-même? Pourquoi aussi ai-je eu tant de crédulité pour les autres? Mais nous sommes des hommes, et rien autre chose que des hommes fragiles, quoique plusieurs nous croient et nous appellent des anges. À qui croirai-je, Seigneur, à qui, sice n'est à vous? Vous êtes la vérité qui ne trompe point et qu’on ne peut tromper. Au contraire, tout homme est menteur, faible, inconstant, fragile, surtout dans ses paroles; de sorte qu'on doit à peine croire d’abord ce qui paraît le plus vrai dans ce qu'il dit. 4. Que vous nous avez sagement avertis de nous défier des hommes; que l’homme a pour à: RL: A Pile eh Vtt 4 ie var ra LIVRE III, CHAPITRE XLV. ennemis ceux de sa propre maison; et que si quelqu'un dit: Le Christ est ici, ou: Il est là, il ne faut pas le croire! Une dure expérience m'a éclairé: heureux si elle sert à me rendre moins insensé et plus vigilant! Soyez discret, me dit quelqu'un, soyez discret: ce que je vous dis n’est que pour vous. Et pendant que je me tais et que je crois la chose secrète, il ne peut lui-même garder le silence qu'il m'a demandé; mais, dans l’instant, il me trahit, se trahit lui-même et s’en va. Eloignez de moi, Seigneur, ces confidences trompeuses; ne permettez pas que je tombe entre les mains de ces hommes indiscrets, ou que je leur res- semble. Mettez dans ma bouche des paroles invariables et vraies, et que ma langue soit étrangère à tout artifice. Ce que je ne peux souffrir en autrui, je dois m'en préserver avec soin. 9. Oh! qu'il est bon, qu’il est nécessaire pour la paix, de se taire sur les autres, de ne pas tout croire indifféremment, ni tout redire sans réflexion, de se découvrir à peu de per- sonnes, de vous chercher toujours pour témoin de son cœur, de ne pas se laïsser emporter à tout vent de paroles, mais de désirer que tout en nous et hors de nous Saccomplisse selon qu'il plaît à votre volonté! 7. PP OTRS SO LST EVS NES. 2 Re KO CRE NA Ra Ge\ EN > 300 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Que c'est encore un sûr moyen pour conserver il la grâce céleste, de fuir ce qui a de l'éclat aux“[ yeux des hommes, de ne point rechercher ce Lt qui semble attirer leur admiration, mais de ji travailler ardemment à acquérir ce qui pro- pl duit la ferveur et corr ge la vie! À combien d d'hommes a été funeste une vertu connue et 18 louée trop tôt! Que de fruits, au contraire,# d’autres ont tirés d’une grâce conservée en L silence durant cette vie fragile, qui n’est h qu'une tentation et une guerre continuelles! I RÉFLEXION. L Ne vous appuyez pas sur les hommes, car lu ils vous manqueront tôt ou tard. L'homme est} faible, indiscret, inconstant, léger, enclin à ea tout rapporter à soi. Le moindre caprice“l l'éloigne, le moindre intérêt suffit pour le transformer en ennemi. Alors il se montre tel qu'il est. Il vous aimait, mais pour lui-même, pour tirer parti de vous au besoin. Fuyez, fuyez ces faux amis du monde. Celui-ci vous trahit, cet autre vous délaisse. Arrive-t-il des un circonstances qui vous forcent de recourir à N eux,{ous commencent à s'excuser. Le premier dit: J'ai acheté une terre; il faut nécessaire- M ment que j'aille la voir: je vous supplie de m'excuser. Un autre dit: J'ai acheté cinq paires 2, fa RAI PRE See: CET A Ç 2,0 cit 8 if» à ctife à ctifn. 4«if 8 clé à if à in. ci LIVRE I, CHAPITRE XLVI. de bœufs, et je vais les éprouver: je vous supplie de m'excuser. Un autre dit: J'ai épousé une femme, et c'est pourquoi je ne puis aller. Voilà les amitiés humaines. Vous seul, mon Dieu, vous seul n'’abandonnez point ceux qui vous aiment, ceux qui espèrent en vous; toujours vous êtes près d'eux pour les soutenir et les consoler. Jamais vous ne vous lassez d’en- tendre leurs gémissements, d'écouter leurs plantes, de recueillir leurs larmes. Rien n’est au-dessous de votre tendresse: cet homme abject aux yeux des hommes, ce pauvre rebuté de toutes parts, vous l'assistez, mon Dieu, sur le lit de sa douleur, et votre main retourne son ht pour y reposer ses infirmilés: puis, quand $a tache est accomplie, à la fin du jour, vous le recevez dans l’éternelle paix. op 8 8 D 8 8 8 8 oo 8 8 8 1 om 8 EP CHAPITRE XLVI. QUIL FAUT METTRE SA CONFIANCE EN DIEU LORSQU ON EST ASSAILLI DE PAROLES INJURIEUSES. D Mon fils, demeurez ferme, et espérez en moi. Qu'est-ce, après tout, que des paroles? un vain bruit. Elles frappent l'air, L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. mais ne brisent point la pierre. Si vous êtes coupable, songez que votre désir doit être de vous corriger. Si votre conscience ne vous reproche rien, pensez que vous devez souffrir avec joie cette légère peine pour Dieu. C'est bien ce qu’il y a de moindre, que de temps en temps vous supportiez quelques paroles, vous qui ne pouvez encore soutenir de plus rudes épreuves. Et pourquoi de si petites choses vont-elles jusqu'à votre cœur, si ce n’est que vous êtes encore charnel et trop occupé des jugements des hommes? Vous craignez le mé- pris, et à cause de cela vous ne voulez pas ètre repris de vos fautes, et vous cherchez des excuses pour les couvrir. 2. Scrutez mieux votre cœur, et vous re- connaîtrez que le monde vit encore en vous, et le vain désir de plaire aux hommes. Car votre répugnance à être abaïissé, confondu par vos faiblesses, prouve que vous n'avez pas une humilité sincère, que vous n'êtes pas véritablement mort au monde, et que le monde n'est pas crucifié pour vous. Ecoutez ma parole, et vous vous inquiéterez peu de toutes les paroles des hommes. Quand on dirait contre vous tout ce que peut inventer la plus noire malice, en quoi cela vous nuiraïit-il, si vous le laissez passer comme la paille que le vent IN, \ y { if EE 1 ra\ ! D Dur eg la À LIVRE Il, CHAPITRE XLVI. 803 emporte? En perdriez-vous un seul cheveu? 3. Celui dont le cœur n’est pas renfermé en lui-même, et qui n'a pas Dieu toujours présent, s'émeut aisément d'une parole de blâme. Mais celui qui se confie en moi, et qui ne Sappuie pas sur son propre jugement, ne craindra rien des hommes. Car c’est moi qui connais et qui juge ce qui est secret; je sais la vérité de toute chose, qui a fait l’injure et qui la souffre. Cette parole, elle est venue de moi; cet événement, je l'ai permis, afin que ce qu'il y a de caché dans beaucoup de cœurs fut révélé. Je jugerai l’'innocent et le coupable; mais, par un secret jugement, j'ai voulu auparavant éprouver l’un et l’autre. 4. Le témoignage des hommes trompe souvent; mais mon jugement est vrai: il sub- sistera et ne sera point ébranlé. Le plus sou- vent il est caché, et peu de personnes le découvrent en chaque chose: cependant il nerre jamais, et ne peut errer, quoiqu'il ne paraisse pas toujours juste aux yeux des in- sensés. C’est donc à moi qu’il faut remettre le jugement de tout, sans jamais s’en rap- porter à son propre sens. Le juste ne sera point troublé, quoi qu’il lui arrive par l’ordre de Dieu. Il lui importera peu qu’on l’accuse injustement. Et si d’autres le défendent et Ê af) OR<Æ L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. réussissent à le justifier, il n’en concevra pas non plus une vaine joie. Car il se souvient que c’est moi qui sonde les cœurs et Les reins, et que je ne juge point sur les dehors et les apparences humaines. Ce qui paraît louable au jugement des hommes, souvent est cri- minel à mes yeux. 5. LE FnÈèce. Seigneur mon Dieu, Juge in- finiment juste, fort et patient, qui connaissez la fragilité de l'homme et son penchant au mal, soyez ma force et toute ma confiance: car ma conscience ne me suffit pas. Vous connaissez Ce que je ne connais point; ainsi j'ai dû m'abaisser sous tous les reproches, et les supporter avec douceur. Pardonnez-moi dans votre bonté, toutes les fois que je n'ai pas agi de la sorte, et donnez-moi plus abon- »). damment la grâce qui apprend à souffrir. Car je dois compter bien plus sur votre grande miséricorde pour obtenir le pardon, que sur ma vertu apparente pour justifier ce que ma conscience recèle. Quoique je ne me reproche rien, je ne suis cependant pas justifié. pour cela: parce que, sans votre miséricorde, nul homme vivant ne sera juste devant vous. LU LIVRE Ill, CHAPITRE XLVI. 305 RÉFLEXION. Vous serez heureux quand on vous maudira, et qu'on vous persécutera, et qu'on dira fausse- ment toute sorte de mal contre vous: réjouissez- vous alors, el soyez ravi de joie, parce que votre récompense est grande dans les cieux. Combien cependant, malgré cette parole, ne nous trou- blons-nous pas des discours des hommes et de leurs jugements! Nous ne pouvons sup- porter qu'on nous abaisse; nous voulons à tout prix être loués, estimés. Séduits par un vain fantôme de réputation, nous oublions Dieu et ses enseignements, et les biens qu'il promet aux humbles. Etrange effet de l’orgueil toujours vivant au fond de notre misérable cœur! Que vous importe l'outrage, l’injure, la calomnie? D'où vient qu’elle excite en vous une peine si amère, un si vif ressentiment? Graignez-vous donc d’avoir trop de moyens d'expiation, trop d'espérance de miséricorde? — Mais on vous accuse à tort.— Aimeriez-vous mieux que ce fût avec justice? Si vous n'avez pas Commis la faute qu’on vous reproche, que d'autres vous avez commises qu’on ne vous reproche point! Descendez dans votre conscience, vous y entendrez une voix plus sévère que celles qui s'élèvent contre vous. D je LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Celles-ci se tairont; mais l’autre parlera devant le Juge en présence duquel tout à l'heure vous comparaîtrez, loin des bruits de la terre, dans le silence de l'éternité. Pensez à ce moment formidable, et vous vous inquiéterez peu de ce que les hommes disent de vous. CHAPITRE XL VII. QU'IL FAUT ÊTRE PRÊT À SOUFFRIR POUR LA VIE ÉTER- NELLE TOUT CE QUIL Y À DE PLUS PÉNIBLE. Ésus-Cnrisr. Mon fils, que les travaux que J vousavez entrepris pour moine brisent pas votre courage, et que les afflictions ne vous abattent pas entièrement; mais qu’en toutce qui arrive, ma promesse vous console et vous fortifie. Je suis assez puissant pour vous ré- compenser au delà de toutes bornes et de toute mesure. Vous ne serez pas longtemps ici dans le travail, ni toujours chargé de dou- leurs. Attendez un peu, et vous verrez promp- tement la fin de vos maux. Une heure viendra où le travail et le trouble cesseront. Tout ce qui passe avec le temps est peu de chose et ne dure guère. 0:72.6. 64109 A EL LIVRE III, CHAPITRE XLVII. à 2. Faites ce que vous avez à faire; travaillez lNh fidèlement à ma vigne, et je serai moi-même [ votre récompense. Ecrivez, lisez, chantez mes tra à louanges, gémissez, gardez le silence, priez, th souffrez courageusement l’adversité: la vie Ÿ éternelle est digne de tous ces combats, et de plus grands encore. 1! y a un jour connu du dt) Seigneur, où la paix viendra; et& n’y aura plus de jour ni de nuit comme sur cette terre, mais une lumière perpétuelle, une splendeur infinie, une paix,inaltérable, un repos assuré. Vous ne direz plus alors: Qui me délivrera NL de ce corps de mort? Vous ne vous écrierez plus: Malheur à moi, parce que mon exil a été Han prolongé! car la mort sera détruite, et le salut Dr sera éternel: plus d’angoisses, une joie ravis- x sante, une société de gloire et de honheur. tLl 8. Oh! si vous aviez vu, dans le ciel, les un couronnes immortelles des Saints, de quel nd glorieux éclat resplendissent ces hommes que A à le monde méprisait et regardait comme in- dignes de vivre! aussitôt, certes, vous vous rébl prosterneriez jusque dans la poussière, et vous ra aimeriez mieux être au-dessous de tous qu'au- mi dessus d’un seul. Vous ne désireriez point les dE jours heureux de cette vie; mais plutôt vous (du vous réjouiriez de souffrir pour Dieu, et vous regarderiez comme le plus grand gain d’être ».&,6 A 7.2: À NL A se À » L L nl L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. compté pour rien parmi les horhmes. Oh!&i vous goûtiez ces vérités, si elles pénétraient jusqu’au fond de votre cœur, comment ose-| riez-vous vous plaindre, même une seule fois?| Est-il rien de pénible qu'on ne doive suppor- ter pour la vie éternelle! Ce n’est pas peu que de gagner ou de perdre le royaume de Dieu. Levez donc les yeux au ciel. Me voilà, et avec moi tous mes Saints: ils ont soutenu dans ce monde un grand combat; et maintenant ils se réjouissent, maintenant 1ls sont conso- lés et à l'abri de toute crainte, maintenant ils se reposent, et ils demeureront à jamais avec moi dans le royaume de mon Père. RÉFLEXION. k Quand la vie nous paraît pesante, quand al nous sommes près de succomber à la tristesse mu de l'exil, levons les yeux et contemplons l’au- il rore de notre délivrance; car cette enveloppe sl mortelle s'en va se détruisant, mais l'homme Vi intérieur se renouvelle de jour en jour. At-( tendons, souffrons en paix; l'heure du repos pi approche. Les légères tribulations de cette vie d’un moment, nous élevant sans mesure, produi- sent en nous un poids éternel de gloire. Qu'im- porte un peu de fatigue, un peu de travail sur la terre? Nous passons, et n'avons point A dif» à cie à if 4 if 4 ii (ke ed | D SES LIVRE If, CHAPITRE XLVIL 309 ici de cité permanente. Jésus est allé devant pour nous préparer une demeure en la maison de son Père; el puis il viendra, et il nous pren- dra avec lui, afin que là où il est, nous y soyons aussi. O Jésus, 6 mon Sauveur! mon däme langquit après vous, elle vous désire comme le cerf altéré désire l’eau des fontaines. Venez. ne tardez pas: loin de vous, nous sommes assis dans l'ombre de la mort. Hàtez-vous, Seigneur; faites luire sur nous la lumière de votre face, et qu’elle nous guide à la céleste Jérusaiem, au pied du trône de l’Agneau. Là, dans le ravissement de l'amour, dans l’inmortelle extase de la joie, les chœurs des Bienheureux mêlés aux chœurs des Anges célèbrent le Dieu trois fois saint. Et moi, Seigneur, sur le bord des fleuves de Babylone, j'ai pleuré en me res- souvenant de Sion. Console-toi, mon âme, prête, prête l'oreille: n'entends-tu pas dans le lointain comme le premier murmure qui an- nonce l’arrivée de l'Époux? Encore un moment, el Lu le verras; encore un moment, et rien ja- mais ne pourra te séparer ile Jui! L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. CHAPITRE XELVIIT. DE L'ÉTERNITÉ BIENHEUREUSE ET DES MISÈRES DE CETTE VIE. E FIbÈLE. O bienheureuse demeure de la cité L céleste! jour éclatant de l'éternité, que la nuit n’obscurcit jamais, et que la Vérité sou- veraine éclaire perpétuellement de ses rayons: jour immuable de joie et de repos, que nulle vicissitude ne trouble! Oh! que ce jour n'a-t- il lui déjà sur les ruines du temps, et de tout ce qui passe avec le temps! Il luit pour les Saints dans son éternelle splendeur: mais nous, voyageurs sur la terre, nous ne le voyons que de loin, comme à travers un voile. 2. Les citoyens du ciel en connaissent les délices; mais les fils d'Éve, encore exilés, gt- missent sur l’amertume et l'ennui de la vie présente. Les jours d'ici-bas sont courts et mauvais, pleins de douleurs et d’angoisses. L'homme y est souillé de beaucoup de péchés, engagé dans beaucoup de passions, agité par mille craintes, embarrassé de mille soins, emporté cà et là par la curiosité, séduit par une foule de chimères, environné d'erreurs, LIVRE III, CHAPITRE XLVIII. brisé de travaux, accablé de tentations, énervé de délices, tourmenté par la pauvreté. 3. Oh! quand viendra la fin de ces maux? quand serai-je délivré de la misérable ser- vitude des vices? quand me souviendrai-je, Seigneur, de vous seul? quand goûterai-je en vous une pleine joie? Quand, dégagé de toute entrave, jouirai-je d’une vraie liberté, désor- mais exempt de toute peine et du corps et de l'esprit? Quand posséderai-je une paix solide, assurée, inaltérable, paix au dedans et au de- hors, paix affermie de toutes parts? O bon Jésus! quand me sera-t-il donné de vous voir, de contempler la gloire de votre règne? quand me serez-vaus tout en toute chose? Quand serai-je avec vous dans le royaume que vous avez préparé de toute éternité à vos élus? J'ai été délaissé, pauvre, exilé, en une terre enne- mie, où il y a guerre continuelle et de grandes infortunes. 4. Consolez mon exil, adoucissez l'angoisse de mon cœur; car il soupire après vous de toute l'ardeur de ses désirs. Tout ce que le monde m'offre ici-bas pour me consoler, me pèse. Je voudrais m'unir intimement à vous, etjene puis atteindre à cette ineffable union. Je voudrais m’attacher aux choses du ciel, et mes passions immortifiées me replongent dans HR D Se Le ter js DRRN\Pe. PAS 7; 6: QT AS OUR:> te AO, Gal 312© L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. celles de la terre. Mon âme aspire à s'élever au-dessus de tout, et la chair me rabaisse au- dessous, malgré mes efforts. Ainsi, homme misérable, j'ai sans cesse la guerre au dedans de moï, et je me suis à charge à moi-même, l’esprit voulant s'élever toujours, et la chair toujours descendre. 9. Oh! combien je souffre en moi lorsque, méditant les choses du ciel, celles de la terre viennent en foule se présenter à ma pensée durant la prière! Mon Dieu, ne vous éloignez pas de moi, et n’abandonnez point votre serviteur dans votre colère. Faites briller votre foudre, et dissipez ces visions de la chair: lancez vos flèches, et mettez en fuite ces fantômes de l'ennemi. Rappelez à vous tous mes sens; faites que j'oublie toutes les choses du monde, et que je rejette promptement, avec mépris, ces K criminelles images. Eternelle Vérité, prètez- Me moi votre secours, afin que nulle chose vaine RCE ne me touche. Venez en moi, céleste douceur, NS et que tout ce qui n’est pas pur s'évanouisse M4 devant vous. Pardonnez-moi aussi, et usez de miséricorde, toutes les fois que, dans la prière, je m'occupe d'autre chose que de vous. Car je confesse sincèrement que la distraction m'est habituelle. Dans le mouvement ou dans le repos, bien souvent je ne suis point où est vi+ ie V it Vite Vi LIVRE II, CHAPITRE. XLVIIL. mon Corps, mais plutôt où mon esprit m'em- porte. Je suis là où est ma pensée, et ma pensée est d'ordinaire où est ce que j'aime. Ce qui me plaît naturellement ou par habitude, voilà. ce qui d’abord se présente à elle. 6. Et c'est pour cela, Ô Vérité, que vous avez dit expressément: Où est votre trésor, là est aussi votre cœur. Si j aime le ciel, je pense volontiers aux choses du ciel. Si j'aime le monde, je me réjouis des prospérités du monde, et je m'attriste de ses adversités. Si j'aime la chair, je me représente souvent ce qui est de la chair. Si j'aime l'esprit, ma joie est de penser aux choses spirituelles. Car il m'est doux de parler et d'entendre parler de tout ce que j'aime, et j’en emporte avec moi le souvenir dans ma retraite. Mais heureux l'homme, à mon Dieu, qui, à cause de vous, bannit de son cœur toutes les créatures: qui fait violence à la nature, et crucifie, par la ferveur de l'esprit, les convoitises de la chair, afin de vous offrir, du fond d’une conscience où règne la paix, une prière pure,:el que: dégagé au dedans et au dehors de tout ce qui esi terrestre, il puisse se mêler aux chœurs des Anges! L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. RÉFLEXION. tentations, l’invincible désir d’une félicité que sans cesse à cette grande éternité où la foi nous promet, dans la possession de Dieu même, le repos, la paix, le bien parfait, infini, auquel nous aspirons de toutes les puissances de notre âme. Et voilà pourquoi les saints gémissent si amèrement sous le poids des liens qui les retiennent encore sur la terre; voilà pourquoi lApôtre s’écriait: Je désire que mon corps se dissolve, afin d'élre avec Jésus- Christ. Alors plus de crainte, plus de larmes, plus de combat, mais un éternel triomphe et une joie éternelle. Si un faible reflet de la Vé- rité souveraine ravit déjà notre intelligence, que sera-ce quand nous la contemplerons dans son plein éclat? Et si, dès à présent, il est si doux d'aimer, que sera-ce quand nous nous abreuverons à la source même de la- mour? Oh! oui, Seigneur, je désire la disso- lution de mon corps, afin d’être avec vous! Cette espérance seule me console; elle est toute ma vie. Qu'est-ce pour moi quele monde, et que peut-il me donner? J'ai séjourné parmi les habitants de Cédar,et mon âme a été étran- Les maladies, les peines, les souffrances, les rien ne nous offre ici-bas, tout nous rappelle PT F LIVRE IT, CHAPITRE XLIX. gère au milieu deux. Votre royaume, mon Dieu, votre royaume! je n’ai point d'autre patrie. Daignez y rappeler ce pauvre exilé, et il célébrera éternellement vos miséricordes. RD REP RPCEPE EE LPC EPER-CR- ÉCOULÉ CEE ÉRCPE EC ET CHAPITRE XLIX. DU DÉSIR DE LA VIE ÉTERNELLE, ET DES GRANDS BIENS PROMIS A CEUX QUI COMBATTENT COURAGEUSEMENT. Ésus-CHrisT, Mon fils, lorsque le désir de l'éternelle béatitude vous est donné d’en haut, et que vous aspirez à sortir de la prison du corps pour contempler ma lumière sans ombre et sans vicissitude, dilatez votre cœur, et recevez avec amour cette sainte inspira- tion. Rendez grâces de toute votre âme à la bonté céleste, qui vous prodigue ainsi ses fa- veurs, qui vous visite avec tendresse, vous excite, vous presse et vous soulève puissam- ment, de peur que votre poids ne vous incline vers la terre. Car rien de cela n'est le fruit de vos pensées ou de vos efforts, mais une grâce de Dieu qui a daigné jeter sur vous un regard, afin que, croissant dans la vertu et dans l’hu- milité, vous vous prépariez à de nouveaux S: N? Cet RENE 7 = ll M) 316 LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. combats, et que tout votre cœur s'attache à moi avec la volonté ferme de me servir. 2. Quelque ardent que soit le feu, la flamme cependant ne monte point sans fumée. Ainsi quelques-uns, quoique embrasés du désir des # Q r...| ÿ| choses célestes, ne sont point néanmoins entiè-# rement dégagés des affections et des tenta- J}, tions de la chair. Et c’est pourquoi ils n’ont pas en vue la seule gloire de Dieu dansce qu'ils VE. demandent avec tant d'instance. Tel est sou- vent votre désir, que vous croyez si vif et si pur. Car rien n’est pur ni parfait de ce qui est mêlé d'intérêt propre. 3. Demandez, non ce qui vous est doux, non& ce qui vous offre quelque avantage, mais ce qui m’honore et me plait: car, si vous jugez selon la justice, vous devez, docile à mes ordres, les préférer à vos désirs et à tout ce qu’on pa peut désirer. Je connais votre désir; j'ai en- tendu vos gémissements. Vous voudriez jouir M déja de la liberté glorieuse des enfants de Dieu: déjà la demeure éternelle, la céleste Mi patrie où la joie ne tarit jamais, ravit votre"M pensée. Mais l'heure n’est pas.encore venue, ll vous êtes encore dans un autre temps, temps A de guerre, temps de travail et d'épreuves. Il Vous désirez être rassasié du souverain bien; mais cela ne se peut maintenant. C’est moi LIVRE II, CHAPITRE XLIX. qui suis le bien suprême: attendez-moi, dit le Seigneur, jusqu'à ce que vienne le royaume de Dieu. lu 4. Il faut que vous soyez encore éprouvé 1 sur la terre, et exercé de bien des manières. Lo De temps en temps vous recevrez des conso- th lations, mais jamais assez abondantes pour qui rassasier vos désirs. Ranimez donc votre force de elvotre courage, pour accomplir et pour souf- Tux frir ce qui répugne à la nature. I! faut que qu vous vous revétiez de l'homme nouveau, que ii vous vous changiez en un autre homme. Il faut que souvent vous fassiez ce que vous 7 ne voulez pas, et que vous renonciez à ce que he 0 vous voulez. Ce que les autres souhaitent é réussira; mille obstacles s’opposeront à ce dl que vous souhaitez. On écoutera ce que disent nel lés autres; ce que vous direz sera compté srl pour rien. Ils demanderont, et ïls obtien- nl dront; vous demanderez et on vous refu- NT o. On parlera d'eux, on les exaltera; et per- sonne ne parlera de vous. On leur confiera nr tel ou tel emploi; et l'on ne vous jugera propre A à rien. Quelquefois la nature s’en affligera, et ln ce sera beaucoup si vous le supportez en si- lence. C’est dans ces épreuves et une infinité d'autres semblables que d'ordinaire on recon- à| aa A2 LT RE SOTETE L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. nait combien un fidèle serviteur de Dieu sait se renoncer etse briser à tout. Il n’est presque rien qui vous fasse sentir autant le besoin de mourir à vous-même que de voir et de souffrir ce qui répugne à votre volonté, surtout Lors- qu'on vous commande des choses inutiles ou déraisonnables. Et, parce qu’assujetti à un su- périeur, vous n’osez résister à son autorité, il vous semble dur d’être en tout conduit par un autre, et de n'agir jamais selon votre propre sens. 6. Mais pensez, mon fils, au fruit de ces tra- vaux, à leur prompte fin, à leur récompense trop grande; et, loin de les porter avec douleur, vous y trouverez une puissante consolation. Car, pour avoir renoncé maintenant à quelques vai- nes convoitises, vous ferez éternellement votre volonté dans le ciel. Là, tous vos vœux seront accomplis, tous vos désirs satisfaits. Là, tous les biens s’offriront à vous, sans que vous ayez à craindre de les perdre. Là, votre volonté ne ces- sant jamais d’être unie à la mienne, vous ne souhaiterez rien hors de moi, rien qui vous soit propre. Là, personne ne vous résistera, per- sonne ne se plaindra de vous, personne ne vous suscitera de contrariétés ni d'obstacles; mais tout ce qui peut être désiré étant présent à la fois, votre âme, rassasiée pleinement, n’em- 0 Kb el | RMEAULE | AI ininte CA dou LIVRE IN, CHAPITRE XLIX, brassera qu'à peine cette immense félicité, Là, je donnerai la gloire pour les opprobres souf- ferts, la joie pour les larmes, pour la dernière place un trône dans mon royaume éternel. Là, éclateront les fruits de l'obéissance: la péni- tence se réjouira de ses travaux, et l’humble dépendance sera glorieusement couronnée. . 1. Maintenant donc, inclinez-vous humble- ment sous la main de tous, et ne regardez point qui à dit ou ordonné cela. Mais si quel- qu'un demande ou souhaite quelque chose de vous, qui que ce soit, ou votre supérieur, ou votre inférieur, ou votre égal, loin d’en être blessé, ayez soin de l’accomplir avec une affec- ton sincère. Que l’un recherche ceci, un autre cela; que celui-là se glorifie d’une chose, ce- lui-ci d’une autre, et qu'il en recoive mille louanges; pour vous, ne mettez votre joie que dans le mépris de vous-même, dans ma volonté et ma gloire. Vous ne devez rien dé- sirer, sinon que, soit par la vie, soit par la mort, Dieu soit toujours glorifié en vous. RÉFLEXION. On ne saurait trop le redire, le premier et le dernier précepte, celui qui les comprend tous, est l’entier renoncement de soi-même et la conformité parfaite de notre volonté à celle de L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Dieu. Ainsi, bien qu'il nous soit permis et ji même commandé d'aspirer à la béatitude cé- ïk leste, et de gémir sur la longueur de notre exil, néanmoins nous devons le supporter avec une grande patience et nous complaire dans les épreuves que la Providence nous envoie, parce qu'elles sont tout ensemble utiles à notre salut, et l’un des nioyens que Dieu a choisis ul pour satisfaire sa justice, et pour manifester L en nous sa miséricorde et sa gloire. Pécheurs,- nous devons participer aux souffrances de. Celui qui nous a rachetés; disciples de Jésus,“h nous devons marcher à la suite de notre Û maître et de notre modèle en portant la croix, F et, comme lui, épuiser le calice d’amertume. M Nul n est couronné s’il n’a combattu. Heureux| donc l’homme quiendure la tentation! parce que, M après avoir été éprouvé, ü recevra La couronne de vie que Dieu a promise à teux qui l'aiment. 0h Attendons le moment qu'il à marqué, et pour- l suivons en paix notre pelerinage. Tout ce qui h! finit est court, et rien n’est pénible à celui qui JM espère. Que cètte pensée ranime notre lan-| gueur, quand nous nous sentons abattus. Il « Au milieu de ce grand naufrage du monde, H « dit saint Chrysostome, une main propice h « nous jette d'en haut le câble de l’espérance, « qui peu à peu retire des flots des misères LIVRE III, CHAPITRE L. «humaines. et soulève jusqu’au ciel ceux qui «Sy attachent fortement.» 8 A 8 1 8 DE 0 8 8 7 0 8 on 8 GE 8e EN CHAPITRE L. COMMENT UN HOMME DANS L'AFFLICTION DOIT S ABANDONNER ENTRE LES MAINS DE DIEU. E FinèLe. Seigneur mon Dieu, Père saint, Loyer béni maintenant et dans toute l’é- ternité, pärce qu’il a été fait comme vous l'avez voulu, et ce que vous faites est bon. Que votre serviteur se réjouisse, non en lui- même ni en nul autre, mais en vous seul, parce que vous seul êtes la véritable joie: vous êtes, Seigneur, mon espérance, ma cou- ronne, ma joie, ma gloire. Qu'y a-t-il en votre serviteur qu'il n'ait reçu de vous, et sans l'avoir mérité? Tout est à vous; vous avez tout fait, tout donné. Je suis pauvre, et dans les travaux dès mon enfance. Quelquefois mon âme est triste jusqu'aux larmes; et quelquefois elle se iouble en elle-même, à cause des passions qui la pressent. 2. Je désire la joie de la paix, j'aspire à la paix de vos enfants, que vous nourrissez dans L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. votre lumière et vos consolations. Si vous me donnez la paix, si vous versez en moi votre joie sainte, l’âme de votre serviteur sera comme remplie d’une douce rmélodie; et, ravi d'amour, il chantera vos louanges. Mais si vous vous retirez, comme vous le faites souvent, il ne pourra courir dans la voie de vos com- mandements; alors il ne lui reste qu’à tomber à genoux et se frapper la poitrine, parce qu'il n'en est plus pour lui comme aupara- vant, lorsque votre lumière resplendissait sur sa tête, et qu'à l’ombre de vos ailes il trouvait un abri contre les tentations. 3. Père juste et toujours digne de louange, l'heure est venue où votre serviteur doit être éprouvé. Père aimable, il est juste que votre serviteur souffre maintenant quelque chose pour vous. Père à jamais adorable, l'heure que vous avez prévue de toute éter- nité est venue, où il faut que votre serviteur succombe pour un peu de temps au dehors, sans cesser de vivre toujours intérieurement en vous. Il faut que, pour un peu de temps, il soit abaïissé, humilié, anéanti devant les hommes, brisé de souffrances, accablé de lan- gueurs, afin de se relever avec vous à l'aurore d'un jour nouveau, et d’être environné de splendeur dans le ciel. Père saint, vous l'avez AR EH ADI MAT. et al ul n ei À chi LIVRE II, CHAPITRE L. ainsi ordonné, ainsi voulu; et ce que vous avez commandé s’est accompli. 4, Car c’est la grâce que vous faites à ceux que vous aimez, de souffrir en ce monde pour votre amour, et d’être affligés autant de fois et par qui que ce soit que vous le permettiez. Rien ne se fait sur la terre sans raison, sans dessein et sans l’ordre de votre Providence. Ce m'est un bien, Seigneur, que vous m'ayez humilié, afin que je m'instruise de votre jus- tice, et que je bannisse de mon cœur tout orgueil et toute présomption. Il m'est utile d'avoir été couvert de confusion, afin que je cherche à me consoler plutôt en vous que dans les hommes. Par là, j'ai appris encore à redouter vos jugements impénétrables, selon lesquels vous affligez et le juste et l’impie, mais toujours avec équité et avec justice. 5. Je vous rends grâces de ce que vous ne mavez point épargné les maux, et de ce qu'au contraire vous m'avez sévèrement frap- pé, me chargeant de douleurs, et m’accablant d’angoisses au dedans et au dehors. De tout ce qui est sous le ciel, il n’est rien qui me console; je n’espère qu’en vous, Ô mon Dieu, céleste médecin des âmes, qui blessez et qui Quérissez, qui conduisez jusqu'aux enfers et qui en ramenez. Vous me quidez par vos ensei- Le FF. dm,© 4 Y r AAA 7 22 Ÿ N Éæ| ù< 7£ Ÿ SX L VOX ADD ETS À, e) 4 (S @ ONE ARS se NGRES NT VA ae NT VO LU ee 4 x SX D AQUA I a ECS e) L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. gnements, el votre verge même m'instruira. 6. Père uniquement aimé, voilà que je suis entre vos mains, je m'incline sous la verge qui me corrige. Frappez, frappez encore, afin que je réforme, selon votre gré, tout ce qu’il y a d’imparfait en moi. Faites de moi, comme vous le savez si bien faire, un disciple hum- ble et pieux, toujours prêt à vous obéir au moindre signe. Je m'abandonne, moi et tout ce qui est à moi, à votre correction. Il vauf mieux être châtié en ce monde qu’en l’autre. Vous savez tout, vous pénétrez tout, et rien ne vous est caché dans la conscience&e l'homme. Vous connaissez les chosés futures avant qu'elles arrivent, et il n’est pas besoin que personne vous instruise ou vous avertisse de ce qui se passe sur la terre. Vous savez ce qui est utile à mon avancement, et com- bien la tribulation sert à consumer la rouille des vices. Disposez de moi selon votre bon plaisir, et ne me délaissez point à cause de ma vie toute de péché, que personne ne con- naît mieux que vous. 1. Faites, Seigneur, que je sache ce que je dois savoir, que j'aime ce que je dois aimer, que je loue ce qui vous est agréable, que j'estime ce qui est précieux devant vous, et que je méprise ce qui est vil à vos regards. OO GIE CILD UN CEST Lt | Qi, W ut LIVRE JII, CHAPITRE L. 329 Ne permettez pas que 7e juge d'après ce que l'œil aperçoit au dehors, ni que je forme mes sentiments sur les discours insensés des hommes; mais faites que je porte un jugement vrai des choses sensibles et des spirituelles, et surtout que je cherche à connaître votre volonté. 8. Souvent les hommes se trompent en ne jugeant que sur le témoignage des sens. Les amateurs du siècle se trompent aussi en n’ai- mant que les choses visibles. Un homme en vaut-il mieux parce qu’un autre homme l’es- time grand? Quand un homme en exalte un autre, c'est un menteur qui trompe un men- teur, un superbe qui trompe un superbe, un aveugle qui trompe un aveugle,un malade qui trompe un malade; et les vaines louanges sont une véritable confusion pour quiles recoit. Car «ce qu'un homme est à vos yeux, Seigneur, « voilà ce qu'il est réellement, et rien de plus», dit l’humble saint Francois. RÉFLEXION. Dieu permet que notre âme soit quelquefois comme abandonnée. Nulle consolation, nulle lumière; mais de toutes parts des épreuves, des tentations, des angoisses: elle se croit près d’y succomber, parce qu’elle n’apercoit plus le bras qui la soutient. Que faire alors? L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. dire comme Jésus: Mon Dieu, mon Dieu, pour- quoi m'avez-vous délaissé? et cependant de- meurer en paix dans la souffrance et dans les ténèbres, jusqu’à ce que les ombres déclinent, et que nous découvrions l'aurore d’un nouveau jour. Get état est le plus grand exercice de la foi; c'est pour l’âme une image de la mort: froide, sans mouvement, insensible en appa- rence, elle est comme enfermée dans le tom- beau, et ne tient plus, ce semble, à Dieu que par une volonté languissante, dont elle n’est pas même assurée. Oh! que de grâces sont le fruit de cette agonie supportée avec une humble patience! Oh! que de péchés rachète cette passion! C’est alors que s’achève en nous le mystère du salut, et que nous devenons véritablement conformes à Jésus, pourvu qu'avec une foi sincère, inébranlable, nous ne cessions de répéter cette parole de résigna- tion: Oui, mon Père, j'accepte ce calice: je veux l'épuiser jusqu’à la lie; oui, mon Père, parce qu'il vous a plu ainsi. 2_cies à im.6 site à ir£ if. LIVRE IT, CHAPITRE LH. CHAPITRE LI. IT QUIL FAUT S'OCCUPER D'OEUVRES EXTÉRIEURES, QUAND y L'AME EST FATIGUÉE DES EXERCICES SPIRITUELS. Deus Ésus-CHRIST. Mon fils, vous ne sauriez sentir ll toujours une égale ardeur pour la vertu, ni il vous maintenir sans relâche dans un haut de- ti gré de contemplation; mais il est nécessaire, nn à cause du vice de votre origine, que vous vn descendiez quelquefois à des choses plus di basses, et que vous portiez, malgré vous et bn avec ennui, le poids de cette vie corruptible. Tant que vous traînerez ce corps mortel, vous éprouverez un grand dégoût et l'angoisse du cœur. Il vous faut donc, pendant que vous 4 vivez dans la chair, gémir souvent du poids si de la chair, et de ne pouvoir continuellement vous appliquer aux exercices spirituels et à la contemplation divine. 2. Cherchez alors un refuge dans d’humbles occupations extérieures, et dans les bonnes œuvres une distraction qui vous ranime: attendez avec une ferme confiance mon re- tour et la grâce d’en haut; souffrez patiem- ment votre exil et la sécheresse du cœur, jus- MEAULLES L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. qu'à ce que je vous visite de nouveau et que je vous délivre de toutes vos peines. Car je reviendrai, et je vous ferai oublier vos tra- vaux et jouir du repos intérieur. J'ouvrirai devant vous le champ des Ecritures, afin que ju votre cœur, dilaté d'amour, vous presse de qu courir dans la voie de mes commandements. Ft vous direz: Les souffrances du temps n'ont L point de proportion avec la gloire future qui ne sera manifestée en nous. Li RÉFLEXION. Contempler Dieu et l'aimer, le contempler et L l'aimer encore, voilà le ciel. L'âme, ici-bas, eu en recoit quelquefois un avant-goût. Alors, élevée au-dessus d'elle-même, elle se sent pleine d'ardeur, et, enivrée de joie, elle dit: Il nous est bon d’étre ici. Mais bientôt arrive le temps de l'épreuve: il faut descendre du Thabor, et marcher dans le chemin de la Croix. Heureuse l'âme qui, dans le dénuement, l’ari- dité, les souffrances, demeure en paix, sans se laisser abattre et sans murmurer; qui, fidèle à Jésus mourant, le suit avec courage sur le Calvaire; et, après avoir partagé le banquet de l'Epoux, prête à partager son sacrifice, s’écrie comme un des Apôtres: Et nous aussi, allons etmourons avec lui! N LL DA 27 SE Œ DREAULE LIVRE III, CHAPITRE LI. IE " CHAPITRE LIL Nil QUE L'HOMME NE DOIT PAS SE JUGER DIGNE DES CONSO- LATIONS DE DIEU, MAIS PLUTOT DE CHATIMENT. Pal em E FIDÈLE. Seigneur, je ne mérite point que Jr| ss me consoliez et que vous me visitiez: ainsi vous en usez avec moi justement, lors- que vous me laissez pauvre et désolé. Quand je répandrais des larmes aussi abondantes que MM les eaux de la mer, je ne serais pas encore MU digne de vos consolations. Rien ne m'est dû où| que la verge et le châtiment; car je vous ai le vi souvent et grièvement offensé, et mes péchés e db sont sans nombre. Après donc un strict exa- dl men, je Me reconnais indigne de la moindre Vi con$olation. Mais vous, à Dieu tendre et clé- k ment! qui ne voulez pas que vos ouvrages ne] périssent, pour faire éclater les richesses de its votre bonté en des vases de miséricorde, vous qi D daignez consoler votre serviteur au delà de ce qi qu'il mérite, et d’une manière toute divine. ni Car vos consolations ne sont point comme les nl vaines paroles des hommes. il À 2. Qu’ai-je fait, Seigneur, pour que vous {M me donniez quelque part aux consolations du lai ICONE L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. ciel? Je n'ai point de souvenir d'avoir fait aucun bien; toujours, au contraire, je fus enclin au vice, et lent à me corriger, Il est vrai, et je ne puis le nier. Si je parlais autre- ment, vous vous élèveriez contre moi, et per- sonne ne me défendrait. Qu'ai-je mérité pour mes péchés, sinon l'enfer et le feu éternel? Je le confesse avec sincérité: je ne suis digne que d’opprobre et de mépris; je ne mérite point d’être compté parmi ceux qui sont à vous. Et, bien qu’il me soit douloureux de l'entendre, je rendrai cependant contre moi témoignage à la vérité, je m’accuserai de mes péchés, afin d'obtenir de vous plus aisément miséricorde, 3. Que dirai-je, couvert, comme je le suis, de crimes et de confusion? Je n'ai à dire que ce seul mot: J'ai péché, Seigneur, j'ai péché: ayez pitié de moi, pardonnez-moi. Laissez-moi un peu de temps pour exhaler ma douleur, avant que je m'en aille dans la terre de lénèbres que recouvre lombre de la mort. Que demandez- vous d’un coupable, d’un misérable pécheur, sinon que, brisé de regrets, il s’humilie de ses péchés? La véritable contrition et l’humi- liation du cœur produisent l'espérance du pardon, calment la conscience troublée, répa- rent la grace perdue, protègent l’homme con- lt, À E dl rate ue path 6 a d ere ln| 1e ik kude IQ ou ou er in LE ue LIVRE III, CHAPITRE LIL, tre la colère à venir; et c’est alors que se rapprochent et se réconcilient dans un saïnt baiser Dieu et l’âme pénitente.! 4. Cette humble douleur des péchés vous est, Seigneur, un sacrifice agréable, et d’une odeur plus douce que celle de l’encens. C'est le délicieux parfum que vous permîtes de répandre sur vos pieds sacrés: car vous ne méprisez jamais un cœur contrit et humilié. La est le refuge contre la fureur de l'en- nemi; là le pécheur se réforme, et se purifie de toutes les souillures qu'il a contractées au dehors. RÉFLEXION. Quelques-uns recherchent avec un désir trop vif les consolations célestes, et tombent dans l'abattement dès qu’elles leur sont re- ürées. Mais ces gràces que Dieu accorde, ou comme récompense aux âmes embrasées d'une ferveur extraordinaire, ou comme en- couragement aux àmes faibles encore, pour les aider à supporter le travail de la péni- tence, ne nous sont dues en nulle manitre: et toujours faut-il porter en nous la morti- fication de Jésus, afin que la vie de Jésus soit manifestée en nous. Où serait l’expiation, où serait le mérite, si nous n'avions rien à souf- - à A A:} &,chifs à,€ AS L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, frir, ou si nos souffrances étaient constam-; ment accompagnées de l’onction divine qui i les tempère, et quelquefois les rend plus douces qu'aucune joie du monde? De nous- l mêmes, pécheurs misérables, nous n'avons droit qu'au supplice, et nous voudrions jouir ici-bas de la félicité du ciel! Bénissons plutôt 4 la miséricorde qui aux peines de l'éternité 3 substitue les épreuves du temps; bénissons ui le Dieu qui ne se souvient, durant notre 4 passage sur la terre, de ce que nous devons M à sa justice que pour l'oublier ensuite à ja- M mais; et disons-lui du fond de notre cœur‘à brisé, mais plein de reconnaissance et d'a- M mour: Lavez-moi de plus en plus de mon d iniquilé, Seigneur, et purifiez-moi de mon pé-. M ché: car je connais mon iniquité, et mon pé- ché est devant moi toujours.(Al =D CCC OCHO-D-O-CHO-C-D-OCHO OH 00-00-0000 aq l CHAPITRE LIT. QUE LA GRACE NE FRUCTIFIE POINT EN CEUX QUI ONT LE GOUT DES CHOSES DE LA TERRE. Ésus-Curisr. Mon fils, ma grâce est d'un d grand prix, et ne souffre point le mé- * connaît point la liberté de l'homme intérieur. ns D. fn cite à ctife.4 if. 1 2 4 ifr.a tif. ci LIVRE I, CHAPITRE LUI. lange des choses étrangères, ni des conso- lations terrestres. Il faut donc écarter tout ce qui l’arrête, si vous désirez qu’elle se répande en vous. Retirez-vous dans un lieu secret, aimez à demeurer seul avec vous- même,ne recherchez l'entretien de personne; mais que votre âme s’épanche devant Dieu en de ferventes prières, afin de conserver la componction et une conscience pure. Comptez pour rien le monde entier, et occupez-vous de Dieu plutôt que des œuvres extérieures. Car votre cœur ne peut être à moi, et se plaire en même temps à ce qui passe. Il faut vous séparer de vos connaissances et de vos amis, et sevrer votre âme de toute conso- lation terrestre. C'est ainsi que le bienheu. reux apôtre Pierre conjure les fidèles servi- 1894 teurs de Jésus-Christ de se regarder ici-bas. comme des étrangers et des voyageurs. 2. Oh! qu'il aura de confiance, à l’heure de la mort, celui que nul attachement ne re- tient en ce monde! Mais un esprit encore malade ne comprend pas que le cœur soit ainsi détaché de tout, et l'homme charnel ne Cependant, pour devenir vraiment spirituel, il faut renoncer à ses proches comme aux étrangers, et ne se garder de personne plus 4 FIST NAS 2 RS IS O /. Re ne a RE // @. FAR K if 2 YA LEA PACA PAC k >&,c à| 4 A: 4 nd: 14 bé L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. que de soi-même. Si vous parvenez à vous vaincre parfaitement, vous vaincrez aisément tout le reste. La parfaite victoire est de triompher de soi-même. Celui qui se tient tellement assujetti que les sens obéissent à la raison, et que la raison m'obéisse en tout, est véritablement vainqueur de lui-même et maître du monde. 3. Si vous aspirez à cette haute perfection, il faut commencer avec courage et mettre la cognée à la racine de l'arbre, pour arracher et détruire jusqu'aux restes les plus cachés de l’amour déréglé de vous-même, et des biens sensibles et particuliers. De cet amour _désordonné que l’homme a pour lui-même, naissent presque tous les vices qu'il doit vaincre et déraciner; et, dès qu'il l'aura subjugué pleinement, il jouira d'un calme et d'une paix profonde. Mais parce qu'il en est peu qui travaillent à mourir parfaitement à eux-mêmes et à sortir d'eux-mêmes entière- ment, ils demeurent comme ensevelis dans la chair, et ne peuvent s'élever au-dessus des sens. Celui qui veut me suivre librement, il faut qu'il mortifie toutes ses inclinations dé- réglées, et qu'il ne s'attache à nulle créature par un amour de convoitise ou particulier. Qt| LIVRE INT, CHAPITRE LIII. RÉFLEXION. Personne ne peut servir deux maitres: car, ou il aimera l'un et haïra l'autre, ou il s’atta- chera à l'un et méprisera l'autre. Nous ne pou- vons servir à la fois Dieu et le monde; et la vie chrétienne consiste à s'affranchir de l’es- clavage du monde, pour acquérir la liberté des enfants de Dieu. Or, la grâce combat en nous pour Dieu, contre la nature corrompue qui nous entraîne vers le monde: combat terrible dont on ne sort vainqueur qu'en mourant à soi-même, à ses pensées, à ses goûts, à ses inclinations; et la mort corporelle, qui termine à jamais la lutte entre la nature et la grâce, est la dernière victoire du chré- tien; ce qui faisait dire à l'apôtre saint Paul: Qui me délivrera de ce corps de mort? Exer- cons-nous done à mourir: détachons-nous en- tièrement de la terre et de toutes les choses de la terre; détachons-nous de nous-mêmes, et ne vivons plus qu’en Dieu, de Dieu et pour Dieu. Que cherchons-nous hors de lui? ne renferme-t-il pas tous les biens? Oh! quand nous sera-t-il donné de le voir{el qu'il est, lace à face; de nous rassasier de son étre, de sa glhire infinie! Hätons de nos vœux ce moment qui fixera notre éternité; et, dans lardeur L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. de nos désirs, écrions-nous avec le Prophète: Malheur à moi, parce que mon exil a été pro- longé! J'ai habité avec les peuples de Cédar. et mon dme a élé étrangère au milieu d'eux. CCE D oo OU EM M mm CHAPITRE LIV. DES DIVERS MOUVEMENTS DE LA NATURE ET DE LA GRACE. ÉSUs-Carisr. Mon fils, observez avec soin e) les mouvements de la nature et de la grâce: Car, quoique très opposés, la diffé- rence en est quelquefois si imperceptible qu'à peine un homme éclairé dans la vie spi- rituelle en peut faire le discernement. Tous les hommes ont le désir du bien et tendent à quélque bien dans leurs paroles et dans leurs actions; c’est pourquoi plusieurs sont trompés dans cette apparence de bien. 2. La nature est pleine d'artifice, elle attire, elle surprend, elle séduit, et n’a jamais d'autre fin qu’elle-même. La grâce, au contraire, agit avec simplicité, et fuit jusqu’à la moindre apparence du mal: elle ne tend point de pièges, et fait tout pour Dieu seul, en qui elle se repose comme en sa fin. LIVRE LH, CHAPITRE LIV. 3. La nature répugne à mourir; elle ne veut point être contrainte, ni vaincue, ni as- sujettie, ni se soumettre volontairement. Mais la grâce porte à se mortifier soi-même, résiste à la sensualité, recherche l’assujettis- sement, aspire à être vaincue, et ne veut pas jouir de sa liberté; elle aime la dépendance, ne désire dominer personne, mais vivre, de- meurer, être toujours sous la mainde Dieu: et, à cause de Dieu, elle est prête à s’abaisser humblement au-dessous de toute créature. 4. La nature travaille pour son intérêt propre, et calcule le gain qu’elle peut retirer des autres. La grâce ne considère point ce qui lui est avantageux, mais ce qui peut être utile à plusieurs 9. La nature aime à recevoir les respects et les honneurs. La grâce renvoie fidèlement à Dieu tout honneur et toute gloire. 6. La nature craint la confusion et le mé- pris. La grâce se réjouit de souffrir des ou- trages pour le nom de Jésus. 1. La nature aime l’oisiveté et le repos du corps. La grâce ne peut être oisive, et se fait une joie du travail. 8. La nature recherche les choses curieuses et belles, et repousse avec horreur ce qui est vil et grossier. La grâce se complaît dans les RES» ee STE RITES SSf } \s À TR RQ: re) « nd RUN COL SL EE RS EMEAULEE A) 098 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. 70 choses simples et humbles; elle ne dédaigne sl point ce qu'il y à de plus rude, et ne refuse st *) point de se vêtir de haïllons. bà 9. La nature convoite les biens du temps; li ‘à celle se réjouit d’un gain terrestre, s'afflige il Y d’une perte, et s'irrite d’une légère injure. pi La grâce n'aspire qu'aux biens éternels, et ne dl s'attache point à ceux du temps; elle ne 6e il trouble d'aucune perte, et ne s’offense point nl des paroles les plus dures, parce qu’elle a mis il son trésor et sa joie dans le ciel, où rien ne xl périt. qi 10. La nature est avide, et recoit plus vo- ki lontiers qu'elle ne donne; elle aime*ce qui lui ki est propre et particulier. La grâce est géné- T reuse et ne se réserve rien: elle évite la sin- kn gularité, se contente de peu, et croit qu’il est 7 plus heureux de donner que de recevoir. ur 11. La nature se porte vers les créatures, ri la chair, les vanités; elle est bien aise de se jt; produire. La gräce élève à Dieu, excite à la 7 vertu, renonce aux créatures, fuit le monde, hu hait les désirs de la chair, ne se répand point in] au dehors, et rougit de paraître devant les+ hommes." 12. La nature se réjouit d’avoir quelque 1 consolation extérieure qui flatte le penchant(1 des sens. La grâce ne cherche de consolation by (| | on| LIVRE III, CHAPITRE LIV. qu'en Dieu seul; et, s’élevant au-dessus des choses visibles, elle met toutes ses délices dans le souverain bien. 13. La nature agit en tout pour le gain et pour son avantage propre; elle ne sait rien faire gratuitement; mais, en obligeant, elle espère obtenir quelque chose d'égal ou de meilleur, des faveurs ou des louanges; et elle veut qu'on tienne pour beaucoup tout ce qu'eile fait et tout ce qu’elle donne. La grâce ne veut rien de temporei; elle ne demande d'autre récompense que Dieu seul, et ne désire des choses qu temps, même les plus nécessaires, que ce qui peut lui servir pour acquérir les biens éternels. 14. La nature se complaît dans le grand nombre des amis et des parents; elle se glo- rifie d'un rang élevé, d’une naissance illustre; elle sourit aux puissants, flatte les riches, et applaudit à ceux qui lui ressemblent. La grâce aime ses ennemis mêmes, et ne s’enorgueillit point du nombre de ses amis; elle ne compte pour rien la noblesse et les ancêtres, à moins qu'ils ne se soient distingués par la vertu; elle favorise plutôt le pauvre que le riche, tompatit plus à linnocent qu’au puissant, recherche l’homme vrai, fuit le menteur, et ne cesse d'exhorter les bons à s’efforcer de devenir L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, meilleurs, afin de se rendre semblables au Fik de Dieu par leurs vertus.| 15. La nature est prompte à se plaindre de ce qui lui manque et de ce qui la blesse. La gràace supporte avec constance la pauvreté. 16. La nature rapporte tout à elle-même, combat, discute pour ses intérêts. La grâce ramène tout à Dieu, de qui tout émane origi- nairement; elle ne s’attribue aucun bien, ne présume point d'elle-même avec arrogance, ne conteste point, ne préfère point son opi- nion à celle des autres; mais elle soumet toutes ses pensées et tous ses sentiments à léternelle sagesse et au jugement de Dieu. 17. La nature est curieuse de secrets et de nouvelles; elle veut se montrer et voir, et examiner par elle-même; elle désire d’être connue, et de s’attirer la louange et l’admira- tion. La grâce ne s’occupe point de nouvelles, ni de ce qui nourrit la curiosité; car tout cela n’est que la renaissance d’une vieille corrup- tion, puisqu'il n’y a rien de nouveau ni de stable sur la terre. Elle enseigne à réprimer les sens, à fuir la vaine complaisance et l’osten- tation, à cacher humblement ce qui mérite l'éloge et l'estime, et à ne chercher en ce qu'on sait et en toute chose, que ce qui peut être utile, en l’honneur et la gloire de Dieu. Elle put| er À le À| L all| D à M| all! qi| LL ri| LIVRE HI, CHAPITRE LIV. ne veut point qu'on loue ni elle ni ses œuvres, mais elle désire que Dieu soit béni dans les dons qu'il répand par pur amour. 18. Cette grâce est une lumière surnaturelle, un don spécial de Dieu; c’est proprement le sceau des élus et le gage du salut éternel. De la terre, où son cœur gisait, elle élève l’homme jusqu'à l'amour des biens célestes, et le rend spirituel, de charnel qu'il était. Plus donc la nature est affaiblie et vaincue, plus la grâce se répand avec abondance; et chaque jour, par de nouvelles effusions, elle rétablit, au dedans de l’homme, l’image de Dieu. RÉFLEXION. Selon la doctrine du grand Apôtre, nous avons en nous deux lois opposées: la loi de la chair, qui nous asservit au péché, et la loi de l'esprit, qui nous retient dans l’ordre par le secours de la grâce que Jésus-Christ nous a méritée. Partagés entre ces deux lois, entre la chair et l'esprit qui se combattent sans cesse, nous sommes ici-bas comme flottant entre le bien et le mal, entre Dieu et le monde, poussés vers l’un par la nature, attirés vers l’autre par la grâce qui n’abandonne jamais entièrement les plus grands pécheurs, de même que la con- Cupiscence ne cesse jamais de solliciter les RSS LD Q MEAULLE plus justes. Que deviendra notre pauvre âme en proie à cette guerre terrible? Combien doit-elle trembler sur les suites d’un tel com- bat! Et c'est pourquoi, dit saint Paul, toute 44 CEVN< 74 RE{ SC ps si S SS NO? créalure gémit, et est comme dans le travail de PRE l'enfantement: el NOUS AUSSI qui avons reçu les ASE) prémices de l espril, nous gémissons en nous- ma, 76mes, allendant l'adoption des enfants de Dieu et la délivrance de notre corps. Heureux jour! et quand viendra-t-il? Quand goûterons- nous la délicieuse paix d’un amour immuable? J'ai désiré la dissolution de ma chair, afin d’étre avec Jésus-Christ. Mon âme a soif du Dieu fort, du Dieu vivant. Quand viendrai-je et paraitrai- Je devant la face de mon Dieu? LCR LE CCC OO OT LRAPCEUTCR CHAPITRE LV. DE LA CORRUPTION DE LA NATURE, ET DE L'EFFICACE DE LA GRACE DIVINE. E FinèLe. Seigneur, mon Dieu, qui m'avez L créé à votre image et à votre ressemblance, accordez-moi cette grâce dont vous m'avez montré l'excellence et la nécessité pour le salut, afin que je puisse vaincre ma nature ST corrompue, qui m’entraîne au péché et dans la perdition. Car je sens en ma chair la loi du péché qui contredit la loi de l'esprit, et m'as- servit aux sens pour que je leur obéisse en esclave; et je ne puis résister aux passions qu'ils soulèvent en moi, si vous ne me secou- rez, en ranimant mon cœur par l’effusion de votre sainte grâce. 2, Votre gräce, et une grâce très grande, est nécessaire pour vaincre la nature inclinée au mal dès l'enfance. Car, déchue en Adam, notre premier père, et dépravée par le péché, cette tache passe dans tous les hommes, et ils en portent la peine: de sorte que cette nature même, que vous avez créée dans la justice et dans la droitüre, ne rappelle plus que la fai- blesse et le dérèglement d’une nature cor- rompue, parce que, laissée à elle-même, son propre mouvement ne la porte qu'au mal et vers les choses de la terre. Le peu de force qui lui est resté est comme une étincelle cachée sous la cendre. C’est cette raison natu- relle, environnée de profondes ténèbres, sa- chant encore discerner le bien du mal, le vrai du faux, mais impuissante à accomplir ce qu’elle approuve, parce qu'elle ne possède pas la pleine lumière de la vérité, et que toutes& ses affections sont malades.| e SET ENT RTE L'IMITATION DE JÉSUS-CIRIST. 3. De là vient, mon Dieu, que je me réjouis en votre loi, selon l'homme intérieur, reconnais- sant que vos commandements sont bons, justes nent du péché. Mais, dans ma chair je suis asservi à la loi du péché, obéissant plutôt aux sens qu’à la raison, voulant le bien, et n'ayant pas la force de l'accomplir. C'est pourquoi souvent je forme de bonnes résolutions; mais la grâce, qui aide ma faiblesse, venant àä|man- quer, au moindre obstacle je cède et je tombe. Je découvre la voie de la perfection, et je vois clairement ce que je dois faire. Mais, accablé du poids de ma corruption, je ne m'é- lève à rien de parfait. 4. Oh! que votre grâce, Seigneur, m'est nécessaire, pour commencer le bien, le conti- \ nuer et l’achever! Car sans elle je ne puis rien | faire; mais je puis tout en vous, quand votre à grâce me fortifie. O gràce vraiment céleste, sans laquelle nos mérites et les dons de la nature ne sont rien! Les arts, les richesses, la beauté, la force, le génie, l’éloquence, n'ont aucun prix, Seigneur, à vos yeux, sans la grâce. Car les dons de la nature sont com- muns aux bons et aux méchants; mais la grâce ou la charité est le don propre des élus; elle est le signe auquel on reconnaît ceux qui sont LRÉREIREHHA et saints, qu'ils condamnent tout mal, et détour- LIVRE III, CHAPITRE LV. dignes de la vie éternelle. Telle est l'excel- lence de cette grâce, que ni le don de prophé- tie, ni le pouvoir d'opérer des miracles, ni la plus haute contemplation, ne doivent être comptés pour quelque chose sans elle. Ni la foi même, nt l'espérance, ni les autres vertus ne vous sont agréables sans la grâce et la charité. 5. O bienheureuse grâce, qui rendez riche en vertus le pauvre d'esprit, et celui qui pos- sède de grands biens humble de cœur! Venez, descendez en moi, remplissez-moi dès le ma- in de votre consolation, de peur que mon âme épuisée, aride, ne vienne à défaillir de lassitude. J'implore votre grâce, Ô mon Dieu! je ne veux qu'elle: car votre grâce me suffit, quand je n’obtiendrais rien de ce que la na- ture désire. Si je suis éprouvé, tourmenté par beaucoup de tribulations, je ne craindrai aucuns maux, tandis que votre grâce sera avec moi. Elle est ma force, mon conseil, mon appui. Elle est plus puissante que tous les en- nemis, et plus sage que tous les sages. 6. Elle enseigne la vérité, et règle la con- duite; elle est la lumière du cœur et sa conso- lation dans l'angoisse; elle chasse la tristesse, dissipe la crainte, nourrit la piété, produit les larmes. Que suis-je sans elle, qu’un bois sec, Si agi 2\ ES sl 346 un rameau stérile qui n’est bon qu’à jeter? « Que votre grâce, Seigneur, me prévienne « donc et m'accompagne toujours; qu'’elle’me « rende sans cesse attentif à la pratique des « bonnes œuvres: je vous en conjure par « Jésus-Christ, votre Fils. Aïnsi soit-il.» RÉFLEXION. La religion fait deux choses: elle nous montre notre misère et nous en indique le remède; elle nous enseigne que, de nous- mêmes, nous ne pouvons rien pour le salut, mais que nous pouvons tout en Celui qui nous fortifie. Et de là ce mot de saint Paul, mot aussi profond de vérité qu’étonnant pour l’or- gueil humain: Je me glorifierai dans mes infir- milés, afin que la vertu de Jésus-Christ habite en moi. Oui, continue-t-il, je me complais dans mes infirmités; car, lorsque je me sens infirme, c'est alors que je suis fort. Entrons dans la pensée de l’Apôtre, et apprenons à nous hu- milier, à sentir notre faiblesse, à jouir, pour ainsi parler, de notre néant. Lorsque nous aurons rejeté toute vaine opinion de nous- mêmes, et creusé, en quelque sorte, un ht profond dans notre âme, des flots de grâces s’y précipiteront. La paix nous sera donnée sur la terre; car qui peut troubler la paix de rl ik 4} nent AT le: UT founait roi Lu Are kr LIVRE IN, CHAPITRE LVI. celui qui, s'oubliant et se méprisant lui-même, ne s'appuie que sur Dieu et ne tient plus qu'à Dieu? Paix aux hommes de bonne volonté, aux humbles de cœur; paix ici-bas, et dans le ciel le rassasiement de la gloire. PET REPLI Er ELEC EE CEE CREME EE CP ER EEE EREPEr CHAPITRE LVI. QUE NOUS DEVONS NOUS RENONCER NOUS-MÊMES, ET IMITER JÉSUS-CHRIST EN PORTANT LA CROIX. D Mon fils, vous n’entrerez en moi qu'autant que vous sortirez de vous- mème. Comme on possède en soi la paix lorsqu'on ne désire rien au dehors, aïnsi le renoncement intérieur unit à Dieu. Je veux que vous appreniez à vous renoncer assez parfaitement pour vous soumettre à ma vo- lonté sans répugnance et sans murmure. Sui- vez-moi: Je suis la voie, la vérilé et la vie. Sans la voie on n'avance pas; sans la vérité on ne connait pas; on ne vit point sans la vie. Je suis la voie que vous devez suivre, la véri- té que vous devez croire, la vie que vous devez espérer. Je suis la voie qui n’égare point, la vérité qui ne trompe point, la vie 348 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST.| qui ne finira jamais. Je suis la voie droite, Ja[Mi vérité souveraine, la véritable vie, la vie bien- pr heureuse, la vie incréée. Si vous demeurez lu dans ma voie, vous connaïîlrez la vérilé, et la ju vérité vous délivrera, et vous obtiendrez la vie mi éternelle. ir 2. Si vous voulez parvenir à la vie, gardez 1 mes commandements. Si vous voulez connaître ll la vérité, croyez-moi. Si vous voulez étre par- bn fait, vendez tout. Si vous voulez étre mon dis- lui ciple, renoncez-vous vous-méme. Si vous voulez hi posséder la vie bienheureuse, méprisez la vie bp présente. Si vous voulez être élevé dans le IN ciel, humiliez-vous sur la terre. Si vous voulez‘Lx régner avec moi, portez la Croix avec moi. jih Car les serviteurs de la Croix trouvent seuls la wi d voie de la béatitude et de la vraie lumière. pl 3. LE FinèLe. Seigneur Jésus, puisque votre bu vie était pauvre et que le monde la méprisait, mr donnez-moi de vous imiter et d'être aussi by} (| méprisé du monde. Car le serviteur n'est pas* hp M plus grand que celui qu'il sert, ni le disciple ke au-dessus de son maitre. Que votre serviteur|}, travaille à se former sur votre vie, parceque 4,4 là est mon salut et la vraie sainteté. Tout ce May que je lis, tout ce que j'entends, hors cette vie céleste, ne mé console ni ne me satisfait pleinement. vous savez toutes ces choses, vous serez heu- LIVRE III, CHAPITRE LVI. 4.J.-C. Mon fils, puisque vous avez lu et que reux si vous les pratiquez. Celui-là m'aime, qui connaît et qui observe mes commandements; el je l'aimerai aussi, el je me manifesterar à l'ui, el je le ferai asseoir avec moi dans le royaume de mon Père.: 5. Le FipÈëLe. Seigneur Jésus, qu’il soit faitse- lon votre parole et votre promesse: rendez- moi digne de ce bonheur immense. J'ai recu, j'ai recu de votre main la Croix; je la porte- rai, oui, je la porterai, comme vous l’avez voulu, jusqu’à la mort. Certes, la vie d’un bon religieux est une croix, mais une croix qui conduit à la gloire. J’ai commencé: il n’est plus permis de retourner en arrière; il n'y à plus à s’arrèter. 6. Allons, mes frères, marchons ensemble: Jésus sera avec nous. Pour Jésus, nous sommes chargés de la Croix, continuons, pour Jésus, de porter la Croix. Il sera notre soutien, Celui qui est notre chef et notre guide. Voilà que notre Roi marche devant nous; il combattra pour nous. Suivons avec courage; que rien ne nous effraye; soyons prêts à mourir géné- reusement dans cette guerre, et ne souillons Hs notre gloire de la honte d’avoir fui la r'oix. VISE DIR GE NT Fu: 350 L'IMITATION. DE JÉSUS-CHRIST, RÉFLEXION. Il est étrange qu'il faille sans cesse redire à l'homme: Pense à ton âme, le temps fuit, l'éternité s’avance; demain, aujourd’hui peut- être, elle aura commencé pour toi: et cepen- dant il est vrai que si on ne lui rappelait à chaque heure cette vérité formidable, à chaque heure il l’oublierait, tant est puissante la fas- cination du monde sur cette créature tombée. Réveillez-vous, sortez de votre sommeil, ne différez pas davantage le soin de l'unique chose nécessaire; hâtez-vous de mettre la main à l'œuvre, tandis que le jour luit encore: a nuit vient pendant laquelle nul ne peut tra- vailler: nuit terrible, nuit désolante, nuit qui n'aura jamais d’aurore! Quittez, quittez, sans perdre un instant, la voie large de la perdi- lion, pour entrer dans la voie étroite de la vie. Combattez avec courage les penchants de Ja nature inclinée au mal, renoncez à vous-même, et portez votre croix: dans la Croix est la force, l'espérance, le salut. Heureux donc ce- lui qui ne sait, comme l'Apôtre, que Jésus, el Jésus crucifié! il entendra, au dernier jour, cette parole d’éternelle joie: Venez, le béni de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. Mais | ï \ ap LAIT 20 0 ui br] (nr,| ] ' | TOR A k à Ware ie n imlbr| LIVRE.II, CHAPITRE LVIL les contempteurs de la Croix, mais ceux qui se seront recherchés eux-mêmes, un autre sort leur est réservé: Dieu a dans sa main une coupe pleine d’un vin mélangé: il la verse ici el là, et la lie ne s'épuise point, et tous les pécheurs de la terre boiront! ({l Ë TOC CCC LRO CRE pe CHAPITRE LVIEE ui, QUON NE DOIT POINT SE LAISSER TROP ABATTRE QUAND 21 ON TOMBE EN QUELQUE FAUTE, pu Ésus-CHrisr. Mon fils, la patience et l’humi- (A lité dans les traverses me plaisent plus que que beaucoup de joie et de ferveur dans la pros- DNS périté. Pourquoi vous attrister d’une faute légère qu'on vousattribue? Fût-elle plus grave, MMS vous ne devriez pas en être ému. Laissez donc MS tomber cela; ce n’est pas une chose nouvelle, Wh nila première fois que vous l’éprouvez, et ce UMR ne sera pas la dernière, si vous vivez long- WE temps. Vous avez assez de courage quand il mé ne vous arrive rien de fächeux. Vous savez HMS mème conseiller bien les autres, et Les forti- huh ler par vos discours; mais lorsqu'il vous mAh survient une affliction soudaine, vous man- à. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, quez de conseil et de force. Considérez votre extrème fragilité, dont vous avez si souvent l'expérience dans les plus petites choses: et tou- tefois Dieu le permet ainsi pour votre salut. 2. Bannissez de votre cœur, autant que vous le pourrez, tout ce qui le trouble. A-t:l été sur- pris? qu’il ne se laisse point abattre, mais qu'il se dégage sur-le-champ. Souffrez au moins avec patience, si vous ne pouvez souffrir avec joie. Lorsque vous êtes peiné d’entendre certaines choses, et que vous en ressentez de lindignation, modérez-vous, et veillez à ce qu’il ne vous échappe aucune parole trop vive qui scandalise les faibles. Votre émotion s'a- paisera bientôt, et le retour de la grâce adou- cira amertume intérieure. Je suis toujours vivant, dit le Seigneur, pour vous secourir et vous consoler plus que jamais, si vous mettez en moi votre confiance, et si vous m'invoquez avec ferveur.; 3. Armez-vous de constance, et préparez- vous à souffrir encore davantage. Tout n’estpas perdu, quoique souvent vous soyez dansle trou- bleettenté violemment. Vous êtes un homme, et non pas un Dieu; vous êtes de chair,et non pas unange. Comment pourriez-vous toujours vous maintenir dans un égal degré de vertu, lors-: que cette persévérance a manqué à l'ange LIVRE III, CHAPITRE LVII. dans le ciel, et au premier homme dans le paradis? C’est moi qui soutiens et qui délivre ceux qui gémissent,; et j'élève jusqu'à moi ceux qui reconnaissent leur infirmité. 4. Le FdèLE. Seigneur, que votre parole soit bénie: elle m'est plus douce que le miel à ma bouche. Que ferais-je au milieu de tant d'’af- fictions et d’angoisses, si vous ne me rani- miez par vos saintes paroles? Pourvu que je parvienne enfin au port du salut, que m'’in- porte que je souffre, et combien je souffre? Accordez-moi une bonne fin: donnez-moi de passer heureusement de ce monde à l’autre. Souvenez-vous de moi, mon Dieu, et condui- sez-moi dans la voie droite vers votre royaume. Ainsi soit-il. RÉFLEXION. Ce n’est pas assez d’être patient avec les autres, il faut l’être encore avec soi-même. Ce je ne sais quoi d’aigre et de violent que nous ressentons en nous après avoir commis quelque faute, vient plutôt de l’orgueil humilié que d’un repentir selon Dieu. L'homme hum- ble, qui connaît sa faiblesse, ne s'étonne point de tomber; il gémit de sa chute, en implore le pardon, et se relève tranquille, pour com- battre avec un courage nouveau. Faillir.est L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, un mal sans doute; mais se troubler n’est pi qu'un mal de plus. Le trouble a sa source ou le dans une sorte de dépit superbe de se trouver pa si infirme, ou dans le défaut de confiance en ul Celui qui guérit notre infirmité. Veillez et priez, il afin que vous n'entriez point en tentation; et| si, Ja tentation survenant, il arrive que vous je succombiez, veillez et priez davantage encore; pl mais ne perdez jamais la paix, car notre Dieu so est le Dieu de la paix, et c’est dans la paix[LL qu’il nous appelle. Que la grâce, la miséricorde jen et la paix de Dieu le Père et de notre Seigneur rue Jésus-Christ soient donc avec nous toujours, WI et qu’elles nous conduisent, à travers les épreuves du temps, aux joies de l'éternité. D qi EE og po po 8 op ot ro po A 9 pi 2 po ne CHAPITRE LVIIT. QU'IL NE FAUT PAS CHERCHER A PÉNÉTRER CE QUI EST AU-DESSUS DE NOUS, NI SONDER LES SECRETS JUGEMENTS DE DIEU. ésus-Curisr. Mon fils, gardez-vous de dis- ) puter sur des sujets trop hauts, et sur les jugements cachés de Dieu: pourquoi l’un est abandonné, tandis qu’un autre recoit des 1e LIVRE If, CHAPITRE LVIIL grâces si abondantes; pourquoi celui-ci n’a que des afflictions, et celui-là est comblé d'honneurs. Tout cela est au-dessus de lesprit de l'homme, et nulle raison ne peut, quels que soient ses efforts, pénétrer les jugements divins. Quand donc l'ennemi vous suggère de semblables pensées, ou que les hommes vous pressent de questions curieuses, répondez par ces paroles du Prophète: Vous êtes juste, Sei- gneur, el vos jugements sont droits. 2. Et encore: Les jugements du Seigneur sont vrais et se justifient par eux-mêmes. Il faut craindre mes jugements, et non les appro- fondir, parce qu'ils sont incompréhensibles à l'intelligence humaine. Ne disputez pas non plus des mérites des Saints, ne recherchez point si celui-ci est plus saint que cet autre, ni quel est Le plus grand dans le royaume des cieux. Ces recherches produisent souvent des différends et des contestations inutiles; elles nourrissent l’orgueil et la vaine gloire, d’où naissent des jalousies et des dissensions; celui- ci préférant tel Saint, celui-là tel autre, et voulant qu'il soit le plus élevé. L'examen de pareilles questions, loin d'apporter aucun fruit, déplaît aux Saints. Car je ne suis point un Dieu de dissensions, mais de paix, et cette paix con- siste plus à s’humilier sincèrement qu’à s’élever. Chifs 4: r# L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, 3. Quelques-uns ont un zèle plus ardent, une atfection plus vive pour quelques Saints que pour d'autres; mais cette affection vient plu- tôt de l'homme que de Dieu. C’est moi qui ai fait tous les Saints, moi qui leur ai donné la grace, moi qui leur ai distribué la gloire. Je sais les mérites de chacun: Je les ai prévenus de mes plus douces bénédictions. Je les ai connus et aimés avant tous les siècles: Je les ai choisis du milieu du monde, et ce ne sont pas eux qui m'ont choisi les premiers. Je les ai appelés par ma gràce, je les ai attirés par ma miséri- corde, et conduits à travers des tentations diverses. J’ai répandu en eux d’ineffables con- solations: je leur ai donné de persévérer, et j'ai couronné leur patience. 4. Je connais le premier et le dernier, et je les embrasse tous dans mon amour immense. C'est moi qu’on doit louer dans tous mes Saints; moi qu’on doit bénir au-dessus de tout et honorer en chacun de ceux que j'ai ainsi élevés dans la gloire et prédestinés, sans au- cuns mérites précédents de leur part. Celui donc qui méprise le plus petit des miens n’honore pas le plus grand, parce que j'ai fait le petit et le grand. Et quiconque rabaisse quelqu'un de mes Saints, me rabaisse moi- même, et tous ceux qui sont dans le royaume . WU rh Hu ion! lbs ce (line k D} x FD. NT: EN ge L «? 301 des cieux. Tous ne sont qu’un par le lien de la charité: ils n’ont tous qu’un même senti- ment, une même volonté, et sont tous unis par le même amour. 5. Et, ce qui est plus parfait encore, ils m'aiment plus qu'ils ne s'aiment, plus que tous leurs mérites. Ravis au-dessus d’eux- mêmes, au-dessus de leur propre amour, ils se plongent et se perdent dans le mien, et s'y reposent délicieusement. Rien ne saurait par- tager leur cœur, nile détourner vers un autre objet; parce que, remplis de la vérité éter- nelle, ils brülent d'une charité qui ne peut s'éteindre. Que les hommes ensevelis dans la chair et les convoitises, les hommes qui ne savent aimer que les joies exclusives, cessent donc de discourir sur l'état des Saints. Ils retranchent et ils ajoutent, suivant leur ineli- nation, et non pas selon que l’a réglé la Vérité éternelle. 6. En plusieurs c’est ignorance, et surtout en ceux qui, peu éclairés de la lumière divine, aiment rarement quelqu'un d’un amour parfait et purement spirituel. Une inclination natu- relle et une affection tout humaine les attire vers tel ou tel Saint, et ils transportent dans le ciel les sentiments de la terre. Mais il y a une distance infinie entre les pensées des LIVRE IN, CHAPITRE LVIIL ES LAS 328 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. hommes imparfaits et ce que la lumière d'en haut découvre à ceux qu'elle éclaire. 7. Gardez-vous donc, mon fils, de raisonner curieusement sur ces choses qui passent votre intelligence; travaillez plutôt avec ardeur à obtenir une place, fût-ce la dernière, dans le royaume de Dieu. Et quand quelqu'un saurait qui des Saints est le plus parfait et le plus grand dans le royaume céleste, que lui servi- rait cette connaissance, s'il n’en tirait un nou- veau motif de s’humilier devant moi et de me louer davantage? Celui qui pense à la gran- deur de ses péchés, à son peu de vertu, qui considère combien il est éloigné de la perfec- tion des Saints, se rend plus agréable à Dieu que celui qui dispute sur le degré plus ou moins élevé de leur gloire. Il vaut mieux prier les Saints avec larmes et avec ferveur, et implorer humblement leurs glorieux suf- frages, que de chercher vainement à pénétrer | le secret de leur état dans le ciel. 8. Ils sont heureux, contents: qu’avons-nous besoin d’en savoir plus, et n'est-ce pas assez pour réprimer tous nos vains discours? Ils ne se glorifient point de leurs mérites, parce qu'ils ne s’attribuent rien de bon, mais qu'ils attribuent tout à moi, qui leur ai tout donné par une charité infinie. Ils sont remplis d'un rad ke 0 == ip LIVRE II, CHAPITRE LVIII. si grand amour de la Divinité, d’une joie si surabondante, que, comme il ne manque rien à leur gloire, rien ne peut manquer à leur félicité. Plus ils sont élevés dans la gloire, plus ils sont humbles en eux-mêmes; et leur humilité me les rend plus chers, et les unit plus étroitement à moi. C’est pourquoi il est écrit: Qu'ils déposaient leurs couronnes au pied du trône de Dieu, qu’ils se prosternaient devant l'Agneau, et qu'ils adoraient Celui qui vit dans les siècles des siècles. 9. Plusieurs recherchent qui est le premier dans le royaume de Dieu, lesquels ignorent s'ils seront dignes d’être comptés parmi les derniers. C’est quelque chose de grand, d’être le plus petit dans le ciel, où tous sont grands: parce que tous seront appelés et. seront en effet les enfants de Dieu. Le moindre des élus sera comme le chef d'un peuple nombreux, tandis que le pécheur, après une longue vie, ne trouvera que la mort. Aïnsi, quand. mes disciples demandèrent qui serait le plus grand dans le royaume des cieux, ils enten- dirent cette réponse: Si vous ne vous Con- verlissez et ne devenez comme de petits en- fants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. Celui donc qui se fera petit comme cet enfant, sera le plus grand dans laroyaume MEAULLE L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. des cieux. Malheur à ceux qui dédaignent de s’abaisser avec les petits parce que la porte du ciel est basse, et qu’ils n’y pourront passer. Malheur aussi aux riches qui ont ici leur consolation! parce que, quand les pauvres entreront dans le royaume de Dieu, ils de- meureront dehors, poussant des hurlements. Humbles, réjouissez-vous; pauvres, tressaillez d’allégresse, parce que le royaume de Dieu est à vous, Si cependant vous marchez dans la vérité. RÉFLEXION. C'est une grande misère que le penchant qu'ont les hommes à s'inquiéter de mille vaines questions, tandis qu'à peine songent- ils aux vérités les plus importantes. Ils veulent tout savoir, excepté la seule chose indis- pensable. Leur orgueil se complaît dans des spéculations presque toujours dangereuses ou au moins stériles pour.le salut. En s’effor- cant de pénétrer des mystères impénétrables, ils s'égarent dans leursspensées, et ne saisis- sent que l'erreur au moment même où ils croient ravir à Dieu son secret. Voilà le fruit des travaux dont ils se consument sous le so- leil. Ah! qu’il y a dè profondeur et de véri- table science de l’homme dans ce conseil du a à: CL LAN , LIVRE IT, CHAPITRE LIX. : Ne recherchez point ce qui est au-des- sus de vous, et ne scrutez point ce qui est plus fort que vous; mais pensez sans cesse à ce que Dieu vous prescrit, et gardez-vous de sonder curieusement toutes ses œuvres: car il ne vous est pas nécessaire de voir de vos yeux ce qui est caché. Songeons à nous-mêmes, à nos devoirs, au compte rigoureux qu'il nous faudra rendre de nos œuvres et de nos paroles. Il y a bien là de quoi nous occuper etremplir tout notre temps: il ne nous est donné que pour cela. 6 0 8 8 8 8 8 os À oo oO UE EN ET CHAPITRE LIX. QUON DOIT METTRE TOUTE SON ESPÉRANCE ET TOUTE SA CONFIANCE EN DIEU SEUL. E FIDÈLE. Seigneur, quelle est ma confiance L en cette vie, et ma plus grande consolation au milieu de tout ce qui s'offre à mes re-- gards sous le ciel? N'est-ce pas vous, Seigneur mon Dieu, dont la miséricorde est infinie? Où ai-je été bien sans vous? et avec vous, où ai-je pu être mal? J'aime mieux être pauvre à cause de vous, que riche sans vous. J'aime EMSAULLE 10 0 D. i à 0 On. À: L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. mieux être avec vous voyageur sur la terre que de posséder le ciel sans vous. Où vous êtes, là est le ciel; et la mort et l'enfer sont où vous n'êtes pas. Vous êtes tout mon désir: et c'est pourquoi je ne puis, loin de vous, que soupirer, gémir et prier. Je ne puis me con- fier pleinement qu’en vous, ni espérer dans mes besoins de secours que de vous seul, à mon Dieu! Vous êtes mon espérance, ma confiance, mon consolateur toujours fidèle. 2. Tous cherchent leur intérét; vous seul vous ne cherchez que mon salut et mon avance- ment, et vous disposez tout pour mon bien. Même quand vous m'exposez à beaucoup de tentations et de peines, c’est encore pour mon avantage; Car vous avez coutume d'é- prouver ainsi ceux qui vous sont chers. Etjene dois pas moins vous aimer ni vous louer dans ces épreuves, que si vous me remplissiez des plus douces consolations. 3. C’est donc en vous, Seigneur mon Dieu, que je mets toute mon espérance et tout mon appui; c’est dans votre sein que je dé- pose toutes mes afflictions et toutes mes an- goisses; car je ne trouve que faiblesse et inconstance dans tout ce que je vois hors de vous. Il n’est point d'amis qui puissent me servir, point de protecteurs qui me soient LA TO la, P Lin kA ie | : faiter ont [ira Nr ou ny4 is Je LIVRE If, CHAPITRE LIX. de secours, ni de sages qui me donnent un conseil utile, ni de livre qui me console, ni de trésor assez grand pour me racheter, ni de lieu assez secret pour m'offrir un sûr asile, si vous ne daignez vous-même me secourir, m'aider, me fortifier, me consoler, m'ins- truire et me prendre sous votre garde. 4. Car tout ce qui semble devoir procurer la paix et le bonheur n’est rien sans vous, et réellement ne sert de rien pour rendre heureux. Vous êtes donc le principe et le terme de tous les biens, la plénitude de la vie, là source inépuisable de toute lumière et de toute parole; et la plus grande conso- lation de vos serviteurs est d'espérer uni- quement en vous. Mes yeux sont élevés vers vous: en vous je mets toute ma confiance, mon Dieu, Père des miséricordes. Sanctifiez mon âme, bénissez-la de votre céleste béné- diction, afin qu'elle devienne votre demeure sainte, le siège de votre éternelle gloire, et que, dans ce temple où vous ne dédaignez pas d'habiter, il n’y ait rien qui offense vos regards. Regardez-moi, Seigneur, dans votre ïmmense bonté, et, selon l'abondance de votre miséricorde, exaucez la prière de votre ser- viteur misérable, exilé loin de vous dans la région des ténèbres et de la mort. Protégez REA L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. et conservez l'âme de votre pauvre serviteur au milieu des dangersde cette vie corruptible; que votre grâce l'accompagne et le conduise, par le chemin de la paix, dans la patrie de l’éternelle lumière. Aïnsi soit-il. RÉFLEXION. Quand on a tout parcouru, tout entendu, tout vu, il faut en revenir à cette parole qui renferme toute sagesse et toute perfection: Dieu seu.« Considérez, disait un humble reli- [( EN € # € 2 2== 2 mn, 2m 2 sn== = 7=### 2 æ#=== æ LS gieux de Saint-Francois, des mille millions de créatures plus parfaites que celles qui sont à présent, tant dans les voies de la nature que dans les voies de la grâce. Réi- térez à l'infini votre multiplication, et com- parez ensuite ces créatures si parfaites au grand Dieu des éternités; dans cette vue, elles deviennent à rien. Je prenais, ajoutait- il, un grand plaisir dans cette multiplication; et de voir qu'en même temps que l'Étre de Dieu paraissait, ces créatures, qui se mon- traient si excellentes et si pleines de gloire, se retiraient d’une rapidité incroyable dans leur centre, qui est le néant. Et voyant que le grand Dieu était en moi, et plus en moi que je n'y étais moi-même, j'en ressentais une joie inexplicable et je ne pouvais com- Mo À tu Li lin 4 } ES ES Es AR 2 R AR 2 2 2 2 2 R AR 2 A AR PS R AR 2 2 AR (C LIVRE IN, CHAPITRE LIX. 309 prendre comment il était possible d’avoir Dieu en soi et partout au dehors de soi, et de s'occuper des créatures. J'étais ravi qu’il fût seul éternel, seul immuable, seul infini, etje vous dis en vérité qu’en disant: En mon Dieu tout est Dieu, ma volonté était touchée d’un si grand et si ardent amour, qu’il me semblait que tout l'être créé disparaissait devant moi, et qu’à jamais je ne serais plus occupé que de Dieu seul. Je ne puis expliquer linfinie jubilation de mon cœur à la vue de ses immenses perfections; mais voyant ses grandeurs incompréhensibles, et d'autre part mon néant avec toutes les misères qui l’ac- compagnent, j'allais de l'infini à l'infini, et je me trouvais incapable, de l'infini à l'infini, de l'aimer comme je l'aurais voulu, ce qui me faisait souffrir inénarrablement; car, plus je me trouvais impuissant à l'aimer d’un amour réciproque, plus un secret amour me dévorait intérieurement. Alors j'allais cherchant des secrets dans ma bas- sesse, Comme navré et enivré d'amour, ne connaissant pas ce que je faisais; et, chose étrange, dans ce travail de l’âme, ces saillies de l'infini en perfection à l'infini de ma bassesse m’étaient autant de feux d'amour qui me consumaient de leurs ardeurs.» LIVRE OUATRIÈME DU SACREMENT DE L'EUCHARISTIE. CCS 2-— EXHORTATION A LA SAINTE COMMUNION. VOIX DE JÉSUS-CHRIST. Venez à moi, vous tous qui êtes épuisés de travail et qui êtes chargés, et je vous soula- gerai. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde. Prenez et mangez: ceci est mon corps, qui sera livré pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Les paroles que je vous ai dites sont espril et vie. RÉFLEXION. Nous voyons ici l’accomplissement des pro- messes divines, des espérances du genre humain, des figures et des prophéties de l’an- cienne Loi. Le sacrifice réel, celui qui opère à jamais la réconciliation de l'homme avec Dieu, eut LA x(L! ja qi LIVRE IV, EXHORTATION. succède aux sacrifices symboliques et sans efficacité. La véritable Pâque est immolée; la manne céleste nourrit désormais, non plus seulement le peuple d'Israël, mais tous les peuples de l'alliance nouvelle, tous les vrais enfants du Père des croyants. A l'exemple du Roi de paix, le Pontife éternel selon l'ordre de Melchisédech offre au Très-Haut le pain et le vin, /e pain vivant descendu du ciel; et le pain qu'il donne est sa chair et le vin est son sang; ed en vérité, à moins qu'on ne mange la chair et qu'on ne boive le sang du Fils de l'homme, on n'aura point la vie en soi; car ma chair, il le dit lui-même, est vraiment une viande, et mon sang un breuvage: celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, el moi en lui: voilà le pain descendu du ciel: qui mange ce pain vivra éternellement. Il n'y a point à hésiter, ce langage est clair; il faut se soumettre, il faut dire: Je crois; Sei- gneur, augmentez ma foi. Et qu'avaient an- noncé les Prophètes? Les pauvres mangeront el seront rassasiés, et leur dme vivra éternel- lement. Tous les riches de la terre ont mangé et ont adoré: fous ceux qui habitent la terre se prosterneront en sa présence. Et nous aussi, dans l’inébranlable fermeté de notre foi, man- geons et adorons; rassasions-nous de cette L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, chair, abreuvons-nous de ce sang, qui now transforme en Jésus-Christ même. Victime d’un prix inestimable, il acquitte volontaire- ment notre dette envers la justice divine, et pour nous appliquer, sans réserve et sans mesure, la vertu de son sacrifice, il unit sa chair à notre chair, son âme à notre âme, de sorte que, par cette ineffable union, nous sommes remplis de la divinité dont la plénitude habite en lui corporellement. Prodigieux mys- tère d'amour! L’homme a mangé le pain des anges. Et comment? parce que« le Verbe de Dieu qui nourrit, dit saint Augustin, de sa substance incorruptible les anges incorrup- tibles, s’est fait chair, et a habité parmi nous. Comme donc la créature spirituelle se nourrit du Verbe, qui est son aliment par excellence; et comme l’âme humaine, spiri- tuelle aussi, mais, en punition du péché, chargée des liens de la mortalité, à été abaissée de telle sorte qu’il faut qu'elle s’efforce d'atteindre, par les conjectures des choses visibles, à l'intelligence des choses invisibles, l'aliment spirituel de la créature a été fait visible, non par un changement de sa nature, mais relativement à la nôtre, « afin que, en cherchant ce qui est visible, nous fussions rappelés au Verbe invisible.» € mn € LS € EN € as mn 2 mn 2 2 2 2 an CS PSN LS CS Cas LS SN LS 2 CS ae LS Hi Ql n DELE lé 6 lat M vi 4 LIVRE IV, CHAPITRE I. Chrétiens, allez au banquet sacré, approchez- vous de cette table où Jésus-Christ tout entier se livre à vous, où le Verbe divin se fait lui- même votre aliment incompréhensible: Pre- nez et mangez le véritable pain du ciel. Là est l'espérance, la vie, la dernière épreuve de la foi, la consommation de l'amour. 8 oo 8 8 op 8 oo 8 3 on 9 8 og 1 8 oo oo 8 8 8 po ES mn CHAPITRE PREMIER. AVEC QUEL RESPECT IL FAUT RECEVOIR JÉSUS. VOIX DU DISCIPLE. E FIdÈLE. Ce sont là vos paroles, Ô Jésus! Éiverité éternelle, quoiqu'elles n'aient pas été dites dans le même temps, et qu’elles ne soient pas écrites dans le même lieu. Et puis- qu'elles viennent de vous, et qu’elles sont véritables, je dois les recevoir toutes avec une foi pleine de reconnaissance. Elles sont de vous, car c'est vous qui les avez dites; mais elles sont aussi à moi, parce que vous les avez dites pour mon salut. Je les recois avec joie de votre bouche, afin qu’elles se gravent profondément dans mon cœur. Ces paroles pleines de tant de bonté, de tendresse et LA € + Ée ESS CPL L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. d'amour, m'animent; mais la pensée de mes crimes-m'’effraye, et ma conscience impure m'éloigne d’un mystère si saint. La douceur de vos paroles m'attire, mais le poids de mes péchés me retient. 2. Vous m'ordonnez d'aller à vous avec confiance, si je veux avoir.part avec vous: et de me nourrir du pain de limmortalité, si je veux obtenir la vie et la gloire éternelle, Venez, dites-vous, venez à moi, vous tous qui soufirez et qui êles oppressés, el je vous ra- nimerai. O douce et aimable parole à l'oreille d’un pécheur! vous invitez, Seigneur mon Dieu, le pauvre et l’indigent à la participation de votre Corps sacré. Mais qui suis-je, Sei- gneur, pour oser m’approcher de vous? Vorlà que les cieux des cieux ne peuvent vous con- Lenir, et vous dites: Venez tous à moi. . 8. D'où vient cette miséricordieuse con- descendance, une si tendre invitation? Com- ment oserai-je aller à vous, moi qui ne sens en moi-même aucun bien qui puisse me donner quelque confiance? Comment vous recevrai-je dans ma maison, moi qui ai 4 souvent outragé votre bonté? Les Anges et les Archanges vous adorent en tremblant; les Saints et les Justes sont saisis de frayeur; et vous dites: Venez tous à moi! Si ce n'était LIVRE IV, CHAPITRE I. 311 vous qui le dites, Seigneur, qui pourrait le croire? Et si vous n’ordonniez vous-même d'approcher de vous, qui en aurait l'audace? 4. Noë, cet homme juste, travailla cent ans à construire l'arche, pour se sanver avec peu de personnes: et moi, comment pourrai-je, en une heure, me préparer à recevoir dignement le Créateur du monde? Moïse, le plus grand de vos serviteurs, pour qui vous étiez comme un ami, fit une arche d’un bois incorruptible, qu'il revêtit d’un or très pur, afin d'y dé- poser les tables de la loi: et moi, vile créa- ture, j'oserai recevoir si facilement le fonda- teur de la loi et l’auteur de la vie? Salomon, le plus sage des rois d'Israël, employa sept ans à élever un temple magnifique à la gloire de votre nom: il célébra, pendant huit jours, la fête de sa dédicace; il offrit mille hosties pacifiques, et, au son des trompettes, au mi- lieu des cris de joie, il placa solennellement l'arche d'alliance dans le lieu qui lui était préparé. Et moi, misérable que je suis et le plus pauvre des hommes, comment vous in- troduirai-je dans ma maison, moi qui sais à peine employer pieusement une demi-heure? Et plût à Dieu que j'eusse une seule fois employé dignement un moindre temps en- core! ip 10e V TU© CID D EU V 241 372 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. 5. O mon Dieu, que n’ont point fait ces saints hommes pour vous plaire, et combien, hélas! ce que je fais est peu! combien est court le temps que je consacre à me prépa- rer à la communion! Rarement suis-je bien recueilli, plus rarement suis-je libre de toute distraction. Et certes, en votre divine et sa- lutaire présence, nulle pensée profane ne de- vrait s'offrir à mon esprit, nulle créature ne devrait l’occuper: car ce n’est pas un ange, mais le Seigneur des anges que je dois re- cevoir en moi.: 6. Quelle distance infinie, d’ailleurs, entre l'arche d'alliance avec ce qu'elle renfermait, et votre Corps très pur avec ses ineffables vertus; entre les sacrifices de la loi, figure du sacrifice à venir, et la véritable hostie de votre Corps, accomplissement de tous les anciens sacrifices! 1. Pourquoi donc ne suis-je pas plus en- flammé en votre adorable présence? Pour- quoi n’ai-je pas soin de me mieux préparer à la participation de vos saints mystères, lorsque ces antiques patriarches, ces saints prophètes, et ces rois et ces princes avec tout leur peuple, ont montré tant de zèle pour le culte divin? 8. David, ce roi si pieux, fit éclater ses pe ir ni linge pue d 2 LIVRE IV, CHAPITRE I. 3 Ii transports par des danses religieuses devant tu l'arche, se souvenant des bienfaits que Dieu li avait répandus sur ses pères; il fit faire di- En vers instruments de musique, il composa bi des psaumes que le peuple chantait avec WU allégresse, selon ce qu'il avait ordonné; et, nd animé de l'Esprit-Saint, souvent il les chanta ui lui-même sur sa harpe; il apprit aux enfants il d'Israël à louer Dieu de tout leur cœur, et à ul unir chaque jour leurs voix pour le célébrer 1 et le bénir. Si la vue de l'arche d'alliance inspirait tant de ferveur, tant de zèle pour les louanges de Dieu, quel respect, quel amour ne doit pas m'inspirer, et à tout le peuple chrétien, la présence de votre Sacre- ment, Ô Jésus! et la réception de votre Corps adorable! 9. Plusieurs courent en divers lieux pour visiter les reliques des Saïnts; ils écoutent jh avidement le récit de leurs actions; ils ad- 11 mirent les vastes temples bâtis en leur hon- vd neur, ef baisent leurs os sacrés, enveloppés 1 dans l’or et la soie. Et voilà que vous-même, x Ô mon Dieu! vous êtes ici présent devant moi . sur l'autel, vous le Saint des saints, le Créa- d teur des hommes, le Roi des anges! Souvent c'est la curiosité, le désir de voir des choses nouvelles, qui fait entreprendre ces pèleri- 314 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. nages; et de.là vient que, guidé par ce motif M! frivole, sans véritable contrition, on en tire sh peu de fruit pour la réforme des mœurs. pes Mais ici, dans le Sacrement de l'autel, vous pl êtes présent tout entier, à Christ Jésus! vrai D Dieu et vrai homme; et toutes les fois qu’on sp vous recoit dignement et avec ferveur, on M recueille en abondance les fruits du salut ME éternel. Ce n’est pas la légèreté, nila cu- V* riosité, ni l’attrait des sens qui conduit â ce lit banquet sacré; mais une foi ferme, une li vive espérance, une charité sincère. ent 10. O Dieu, créateur invisible du monde, i I] le 1 CN L à À NA +3 TA, LE 2 4 >> EL. ES > de à €, que vous êtes admirable dans ce que vous Gr faites pour nous! avec quelle bonté, quelle rod tendresse vous veillez sur vos élus, vous mg donnant vous-même à eux pour nourriture{uk dans votre Sacrement! C'est là ce qui sur- lu passe toute intelligence; ce qui, plus qu'au- my cune autre chose, attire à vous les cœurs Hi pieux et enflamme leur amour. Car vos vrais ln fidèles, occupés toute leur vie de se corriger, We puisent dans la fréquente réception de cet prit à auguste Sacrement une merveilleuse fer-{\y veur et un zèle ardent pour la vertu. un 11. Ô grâce admirable et cachée du Sacre- y ment, connue des seuls fidèles serviteurs de| Jésus-Christ! car les serviteurs infidèles, as- i "v 1 OV Ait V Ji D PI FN ru© L TA LIVRE IV, CHAPITRE I. servis au péché, ne peuvent en ressentir l’in- fluence. La grâce de l’Esprit-Saint est donnée dans ce Sacrement; il répare les forces de âme, et lui rend sa beauté première, que le péché avait effacée. Telle est quelquefois la puissance de cette grâce et la ferveur qu’elle inspire, que non seulement l’esprit, mais le corps languissant, en recoit une vigueur nouvelle.. 12. Et c’est pourquoi nous devons déplorer avec amertume la tiédeur et la négligence qui affaiblissent en nous le désir de recevoir Jésus- Christ, unique espérance des élus et leur seul mérite. Car c’est lui qui nous sanctifie et qui nous a rachetés; il est la consolation de ceux qui voyagent sur la terre, et l’éternelle félicité des Saints. Combien donc ne doit-on pas gé- mir de ce que plusieurs montrent tant d'in- différence pour ce sacré mystère, qui est la joie du ciel et le salut du monde! O aveugle- ment! Ô dureté du cœur humain, d’être si peu touché de ce don inetfable, qui semble perdre de son prix à mesure qu’on en use davantage! 13. Si cet adorable Sacrement ne s’accom- plissait qu’en un seullieu, et qu’un seul prètre, dans le monde entier, consacrät l’hostie sainte, avec quelle ardeur les hommes n’accourraient- ils pas en ce lieu, vers ce prêtre unique, pour 3716 voir célébrer les saints mystères! Mais il y a plusieurs prêtres, et le Christ est offert en plusieurs lieux, afin que la miséricorde et l'amour de Dieu pour l’homme éclatent d'au- tant plus que la sainte communion est plus répandue dans le monde. Je vous rends grâces, Ô Jésus, Pasteur éternel, qui, dans notre exil et notre indigence, daignez nous nourrir de votre Corps et de votre Sang précieux, et nous inviter, de votre propre bouche, à la participation de ces sacrés mystères, disant: Venez à mot, vous tous qui portez votre far- deau avec travail, et je vous soulagerai. RÉFLEXION. Tout ce qu'offrait de plus grand, de plus imposant, de plus saint, le culte de l’ancienne alliance, n’était qu'une légère ombre des mys- tères de l’'Homme-Dieu. David célèbre avec pompe le retour de l'arche à Jérusalem; mais cette arche était vide, elle ne renfermait pas le Sauveur du genre humain. Salomon bâtit un temple magnifique; il en fait, en présence du peuple saisi de respect, la dédicace solen- nelle; des victimes sans nombre sont immolées, mais ces victimes, qu'est-ce? de vils animaux dont le sang ne peut apaiser la souveraine justice. Le monde demeurait dans lattente HAEAUCLE ui} te at de a dés Welt Mure à kirne fuir a v TE nr. su LS LIVRE IV, CHAPITRE I. du salut annoncé, lorsque voilà qu'au moment prédit s’accomplissent les promesses aperçues et saluées de loin par les Patriarches, durant leur pèlerinage sur la terre. Le Désiré des na- tions, le Dominateur, l'Ange de l'alliance, Celui dont le nom est Jéhovah, vient dans son temple, et le vrai sacrifice de propitiation remplace à jamais les sacrifices figuratifs. Au fond du tabernacle, sous les voiles du sanctuaire, re- pose l’'Hostie toujours vivante, l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. Le mème qui est assis à la droite du Père, est là présent, et sa voix nous appelle: Prenez ef mangez, ceci estmon corps; buvez, ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, répandu pour la rémis- sion des péchés. Mangez, ô mes amis; buvez, enivrez-vous, mes bien-aimés! Vous tous qui avez soif, venez à la source dont les eaux re- jaillissent dans l'éternelle vie. Ceux qui, refu- sant de se désaltérer à cette source pure, s’en vont cherchant à l'écart des eaux furtives, Dieu leur prépire un breuvage assoupissant, et leurs yeux se ferment. Dans ce sommeil, il leur semble qu'ils ont faim et qu'ils mangent, et au réveil leur dme est vide. Altérés, ils révent qu’ils boi- vent, et ils se réveillent, pleins de lassitude, et ils ont encore soif, et leur dme est vide. Venez donc: je suis le pain de vie; celui qui vient à 4 Vi fee »1 SR=(E ENT Sn NX= a 0 a TC NO St ne A L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. moi n'aura jamais faim, el celui qui croit en moi n'aura jamais soif. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le res- suscilerai au dernier jour. Seigneur, je crois et j'adore; mon âme, haletante de désir, s’élance vers vous; et puis soudain une grande frayeur l’arrète: car, hélas! que suis-je pour oser m'approcher de mon Dieu? Quand je consi- dère mes souillures, ma bassesse, ma misère profonde, je n’ai plus qu’un sentiment, qu'une parole: Relirez-vous de moi, parce que je suis un homme pécheur. Cependant, à Jésus! ce sont les pécheurs que vous êtes venu appeler, et non pas les justes. Et c'est pourquoi, frappant ma poitrine et implorant votre miséricorde, je me lèverai et j'irai; j'irai avec une vive foi, avec un ardent amour, vers le Fils, le Verbe, splendeur de la gloire de Dieu, et fiqure de sa substance, vers le Sauveur divin qui nous pu- rifie de nos péchés, qui s’mcorpore à sa créa- ture pour l’élever jusqu’à lui; j'irai, et je dirai: Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi: mais dites seulement un mot, el mon âme sera guérie. pr nl ji LIVRE IV, CHAPITRE IL 319 nan CHAPITRE IL COMMENT DIEU MANIFESTE A L'HOMME SA BONTÉ ET SON AMOUR DANS LE SACREMENT DE L'EUCHARISTIE. VOIX DU DISCIPLE. LEN de confiance en votre bonté et votre 1-08 miséricorde, je m'approche de vous, Seigneur: malade, je viens à mon Sauveur; consumé de faim et de soif, je viens à la source de la vie; pauvre, je viens au Roi du ciel, esclave, je viens à mon Maître; créature, je viens à Celui qui m'a fait; désolé, je viens à mon tendre cousolateur. Mais qu'y a-t-il en ce misérable qui vous porte à venir à lui? que suis-je pour que vous vous donniez vous- même à moi? Comment un pécheur osera-t-1l paraître devant vous? et comment daignerez- vous venir vers ce pécheur? Vous connaissez votre serviteur, et vous savez qu’il n’y a en lui aucun bien qui mérite cette gràce. Je con- fesse donc ma bassesse, je reconnais votre bonté, je bénis votre miséricorde, et je vous rends grâces, à cause de votre immense cha- rité. Car c’est pour vous-même et non pour mes mérites que vous en usez de la sorte, afin td L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, que je connaisse mieux votre tendresse, et que, embrasé d’un plus graud amour, j’apprenne à m'humilier plus parfaitement, à votre exem- l'avez ainsi ordonné, je recois avec joie la grâce que vous daignez me faire; et puisse mon iniquité n’y pas mettre obstacle! 2. O tendre et bon Jésus! quel respect, quelles actions de grâces, quelles louanges perpétuelles ne vous devons-nous pas pour la réception de votre sacré Corps, si élevé au- dessus de tout ce que peut exprimer le lan- gage de l'homme! Mais que penserai-je en le recevant, en m'approchant de mon Seigneur, que je ne puis révérer autant que je le dois, et que cependant je désire ardemment rece- voir! Quelle pensée meilleure et plus salutaire que de m'abaisser profondément devant vous, et d’exalter votre bonté infinie pour moi? Je vous bénis, mon Dieu, et je veux vous louer éternellement. Je me méprise et me confonds devant vous dans l’abîime de mon abjection. 3. Vous êtes le Saint des saints, et moi le rebut des pécheurs. Vous vous inclinez vers moi, qui ne suis pas digne de lever les yeux sur vous. Vous venez à moi, vous voulez être avec moi, vous m'invitez à votre table. Vous voulez me donner à manger un aliment cé- LMEAULLE TR Ÿ fe D Pier FAT ple. Et puisqu'il vous plaît ainsi, et que vous RSR AN Dia ÉRGS ne QE RARES mes NN LIVRE IV, CHAPITRE II. 381 leste, le pain des Anges, qui n’est autre que vous-même, d pain vivant, qui êles descendu du ciel, et qui donnez la vie au monde. 4. Voilà la source de l'amour et le triomphe de votre miséricorde. Que ne vous doit-on pas d'actions de grâces et de louanges pour ce bienfait! O salutaire dessein que celui que vous concûtes d’instituer votre Sacrement! à doux et délicieux banquet, où vous vous donnâtes vous-même pour nourriture! Que vos œuvres sont admirables, Seigneur! que votre puis- sance est grande! que votre vérité est ineffa- ble! Vous avez dit, et tout a été fait, et rien n'a été fait que ce que vous avez ordonné. s. Chose merveilleuse, que nul homme ne saurait comprendre, mais que tous doivent croire: que vous, Seigneur mon Dieu, vrai Dieu et vrai homme, vous soyez contenu tout entier sous la moindre partie des espèces du pain et du vin, et que, sans être consumé, vous soyez mangé par celui qui vous recoit! Souverain Maître de l'univers, vous qui, n'ayant besoin de personne, avez cependant voulu habiter en nous par votre Sacrement, conservez sans tache mon âme et mon corps, afin que je puisse plus souvent célébrer vos saints mys- tères avec la joie d’une conscience pure, et#| recevoir pour mon salut éternel ce que vous{| APN Ÿ En ) ee É L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, avez institué principalement pour votre gloire, et pour perpétuer à jamais le sou- venir de votre amour. pi 6. Réjouis-toi, mon âme, et rends grâces à| Dieu d’un don si magnifique, d'une si ravis- Les sante consolation, qu'il t’a laissée dans cette ps vallée de larmes. Car toutes les fois qu'on D célèbre ce mystère et qu'on recoit le Corps pl de Jésus-Christ, l'on consomme soi-même te l'œuvre de sa rédemption, et on participe à UE tous les mérites du Christ. Car la charité de fi I Jésus-Christ ne s’affaiblit jamais, et jamais sa il propitiation infinie ne s’épuise. Vous devez he de donc toujours vous disposer à cette action ie sainte par un renouvellement d'esprit, et mé- ls diter attentivement ce grand mystère de salut. leur Lorsque vous célébrez le divin fsacrifice, ou que vous y assistez, il doit vous paraître aussi JM! grand, aussi nouveau, aussi digne d'amour(ie 6 que si, ce jour-là même, Jésus-Christ, descen- Po dant pour la première fois dans le sein de la Me lg EST Vierge, se faisait homme, ou que, suspendu à Alilor la Croix, il souffrîit et mourût pour le salut lun des hommes. ls ÿ Vunces RÉFLEXION.[unes L'apôtre saint Jean, ravi en esprit dans la Jé- Mr di nl rusalem céleste, vit, au milieu du trône de Dieu, ; Vive V Jo Pile N HI ML TER LIVRE IV, CHAPITRE II. un Agneau comme égorgé,et autour de lui les sept esprits que Dieu envoie par toute la terre. et vingt-quatre vieillards; et ces vieillards se prosternèrent devant l’Agneau, tenant dans leurs mains des harpes et des coupes pleines de parfums, qui sont les prières des Saints; et ils chantaient un cantique nouveau à la louange de Celui qui a été mis à mort et qui nous à rachetés pour Dieu, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute na- tion; et des myriades d’anges élevaient leurs voix, et disaient: L’Agneau qui a été égorgé est digne de recevoir puissance, dignité, sa- gesse, force, honneur, gloire et bénédiction! et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre et dans la mer, et tout ce qui est dans ces lieux, disaient: À Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, bénédiction, hon-: neur, gloire et puissance dans les siècles des siècles! Voici maintenant un autre spectacle. Ce même Agneau qui recoit sur son trône éternel l’adoration des anges et des saints, et qu'environne toute la gloire des cieux, vient à nous plein de douceur: et, voilé sous les apparences d’un peu de pain, il se donne à ses pauvres créatures, pour sanctifier notre âme, pour la nourrir, et notre corps même, par l'union substantielle de sa chair à notre rite 4:. D, 6€ T4 te.&,€* à 0h L CHOC om[GR +(5 RS | H VS V SJ v ra Pie 1 fall V Si VI 384 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. chair, de son sang à notre sang, s’incarnant, si on peut le dire, de nouveau en chacun de nous, et y accomplissant d’une manière incom- préhensible, en se communiquant à nous selon tout ce qu'il est, le grand sacrifice de la Groix. O Christ, Fils du Dieu vivant, que vos voies sont merveilleuses! et qui m'en développera le mystère impénétrable? Si je monte jusqu’au ciel, je vous y vois dans le sein du Père, tout éclatant de sa splendeur. Si je redescends sur la terre, je vous y vois aussi dans le sein de l'homme pécheur, indigent, misérable; attiré en quelque sorte et fixé par l’amour, aux deux termes extrêmes de ce qui peut être concu, dans l'infini de la grandeur et dans l'infini de la bas- sesse; et, comme sice n’était pas assez de venir à cet être déchu quand il vous désire, quand il vousappelle, vous l’appelez vous-même le pre- mier, vous l’appelez avec instance, vous lui dites: Venez, venez à moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai; venez, j'ai désiré d'un grand désir de manger celte Pâque avec vous. C'en est trop, Seigneur, c’en est trop; sou- venez-vous qui vous êtes, ou plutôt faites, mon Dieu, que je ne l’oublie jamais, et que je m'approche de vous comme les anges eux- mêmes s’en approchent, en tremblant de res- pect, avec un cœur rempli du sentiment de “LE ie don Vu dl pur RE D Vi pue el an UC M, Se TU re ÿ ROLTS sa) see LIVRE IV, CHAPITRE III son indignité, pénétré de. vos miséricordes et embrasé de ce même amour inépuisable, immense, éternel, qui vous porte à descendre jusqu'à lui! GHAPITRE IIL. QUIL EST UTILE DE COMMUNIER SOUVENT. VOIX DU DISCIPLE. ke viens à vous, Seigneur, pour jouir de votre don, et goûter la joie du banquet sacré que, dans votre tendresse, vous avez, mon Dieu, préparé pour le pauvre. En vous est tout ce que je puis, tout ce que je dois désirer; vous êtes mon salut et ma rédemption, mon espérance et ma force, mon honneur et ma gloire. Réjouissez donc aujourd’hui l'âme de votre serviteur, parce que j'ai élevé mon âme vers vous, Seigneur Jésus. Je désire maïnte- nant vous recevoir avec un respect plein d’a- mour; je désire que vous entriez dans ma Maison, pour mériter d’être béni de vous tome Zachée, et d’être compté parmi les enfants d'Abraham. Votre Corps, voilà l’objet L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. auquel mon àme aspire; mon cœur brüle d'être uni à vous.. 2. Donnez-vous à moi, et ce don me suffit; car sans vous rien ne me console. Je ne puis être sans vous, et je ne saurais vivre si vous ne venez à moi. Il faut donc que je m'approche de vous souvent et que je vous recoive comme le soutien de ma vie, de peur que, privé de cette céleste nourriture, je ne tombe de dé- faillance dans le chemin. C’est ainsi, miséri- cordieux Jésus, que, prêchant aux peuples, et les guérissant de diverses langueurs, vous dîtes un jour: Je ne veux pas les renvoyer à jeun dans leur maisons, de peur que les forces ne leurs manquent en route. Daignez donc en user de la même manière avec moi, vous qui avez voulu demeurer dans votre Sacrement pour la consolation des fidèles. Car vous êtes le doux aliment de l'âme; et celui qui vous mange dignement aura part à l’héritage de la gloire éternelle. Combien il m'est nécessaire, à moi qui tombe et pèche si souvent, qui me laisse aller si vite à la tiédeur, au décourage- ment, de me renouveler, de me purifier, de me ranimer par des prières et des confes- sions fréquentes, et par la réception de votre Corps sacré! de peur que, m'en abstenant trop longtemps, je n’abandonne mes résolutions. ire il be N, l pl EUR| rl pl] x 0 AL NL dl LIVRE IV, CHAPITRE IL. 381 3. Car les penchants de l’homme l'inclinent au mal dès l'enfance; et s’il n’est soutenu par ce remède divin, il s’y enfonce de plus en plus. La sainte Communion retire du mal, et fortifie dans le bien. Si donc je suis mainte- nant si souvent négligent et tiède quand je communie ou que je célèbre le saint Sacri- fice, que serait-ce si je renoncais à cet aliment salutaire, et si je me privais de ce secours puissant? Aïnsi, quoique je ne sois pas tous les jours assez bien disposé pour célébrer les divins Mystères, j'aurai soin cependant d’en approcher aux temps convenables, et de par- ticiper à une grâce si grande. Car c'est la principale consolation de l’âme fidèle, éandis qu'elle voyage loin de vous dans un corps mortel, de se souvenir souvent de son Dieu, et de recevoir son bien-aimé dans un cœur embrasé d'amour. Fo. 4. O prodige de votre tendresse pour nous! Vous, Seigneur mon Dieu, qui donnez l'être et la vie à tous les esprits, vous daignez venir à une pauvre âme misérable, et, avec votre divinité et votre humanité tout entières, ras- sasier sa faim! O heureuse, mille fois heureuse l'âme qui peut vous recevoir dignement, vous son Seigneur et son Dieu, et goûter avec plé- nitude la joie de votre présence! Oh! qu'il L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. est grand le Seigneur qu'elle recoit! qu'il est aimable l'hôte qu’elle possède! que le com- pagnon, l'ami qui se donne à elle, est doux et fidèle! que l'époux qu’elle embrasse est beau! qu'il est noble et digne d’être aïmé par-des- sus tout ce que l'on peut aimer et tout ce qu'il y à de désirable! Que le ciel et la terre, dans leur parure magnifique, se taisent de- vant vous, Ô mon bien-aimé! car tout ce qu'on admire de beau en eux, ils le tiennent de vous, dont la sagesse n'a point de bornes, et jamais ils n’approcheront de votre beauté souveraine.| RÉFLEXION. Autant on doit apporter de soin à s’'éprou- ver soi-même, avant de manger le pain et de boire le calice du Seigneur, autant il faut prendre garde à ne pas se tenir éloigné de la Table sainte par un faux respect et une crainte excessive. Nous serons toujours, quoi que nous fassions, infiniment indignes d'une faveur si haute: nul n’est pur, nul n’est saint devant Celui qui est la Sainteté même. Mais quand le Sauveur nous dit: Venez, il connait notre misère, et c'est pour la guérir qu'il nous presse de venir à lui. Allons-y donc, non éomme le Pharisien hypocrite, en rendanl le ur CL ji(0 ER nute LIVRE IV, CHAPITRE I. grâces à Dieu dans notre cœur de n’étre pas tel que les autres hommes: Dieu repousse avec horreur cet orgueil d’une conscience qui se déguise à elle-même sa plaie secrète; allons- y, mais comme l’humble publicain, les yeux baissés vers la terre, frappant notre poitrine, et disant: Seigneur, ayez pitié de moi: soyez propice à ce pauvre pécheur! 11 est nécessaire sans doute de se préparer par la pénitence, le recueillement, la prière, à la communion du Corps et du Sang de Jésus-Christ; mais apres s'y ètre disposé sincèrement et de toute son âme, c’est faire injure au Rédempteur que de refuser ses dons, c'est se priver volon- tairement des grâces les plus précieuses, les plus abondantes, les plus saintes; c’est renon- cer à la vie: car, si l’on ne mange la chair du Fils de l’homme, et si l’on ne boit son sang, on “aura point la vie en soi. Nous devons aspi- rer continuellement à ce pain descendu du ciel: sans cesse nous devons le demander, nous devons nous en nourrir sans cesse, pour qu'il détruise le principe de mort qui est en nous depuis le péché.« Seigneur, donnez-nous lou- «jours ce pain, ce pain dont vous avez dit « qu'il donne la vie éternelle. C'est ce que « disent les Juifs; et ils expriment par là le « désir de toute la nature humaine, ou plutôt L'IMITATION DE JÉSUS-CIIRIST. de la nature intelligente. Elle veut vivre éternellement, elle veut ne manquer de rien; en un mot, elle veut être heureuse. C’est encore ce qu'en pensait la Samaritaine, - lorsque Jésus lui ayant dit: O femme! celui qui boit de l’eau que je donne n'a jamais soif, elle répond aussitôt: Seigneur, donnez- moi de cette eau, afin que je n'aie jamais soif, el que je ne sois pas obligée à venir ici puiser de l'eau dans un puits si profond, avec tant de peine. Encore un coup, la na- ture humaine veut être heureuse; elle ne veut avoir aucun besoin; elle ne veut avoir « ni faim ni soif, aucun désir à remplir, au- « cun travail, aucune fatigue; et cela, qu'est- « ce autre chose, sinon être heureuse? Voilà « ce que veut la nature humaine, voilà son « fond. Elle se trompe dans les moyens; elle « a soif des plaisirs des sens; elle veut excel- «ler; elle a soif des honneurs du monde. « Pour parvenir aux uns et aux autres, elle « a soif des richesses; sa soif est insatiable; « elle demande toujours, et ne dit jamais: « C’est assez; toujours plus, et toujours plus. « Elle est curieuse: elle a soif de la vérité; mais elle ne sait où la prendre, ni quelle vérité la peut satisfaire; elle en ramasse ce qu’elle peut par-c1 par-là; par de bons, par 2 = V JU VU Pier AIR OT Ÿ Di HA ihpot NRA LIVRE IV, CHAPITRE IV. de mauvais moyens; et, comme toute âme curieuse et légère, elle se laisse tromper par tous ceux qui lui promettent cette vérité qu’elle cherche. Voulez-vous n'avoir jamais faim, jamais n'avoir soif, venez au pain qui ne périt point, et au Fils de l’homme, qui vous l’administre; à sa chair, à son sang, où est tout ensemble la vérité et la vie, parce que c'est la chair et le sang, non point du fils de Joseph, comme disaient les Juifs, mais du Fils de Dieu. O Seigneur, donnez-moi toujours ce pain! Qui n’en serait affamé? qui ne voudrait être assis à votre table? qui la pourrait jamais quitter?» à DE 5 9 D 6 9 1 9 9 oo 8 og Ex es CHAPITRE IV. QUE DIEU RÉPAND DES GRACES ABONDANTES EN CEUX QUI COMMUNIENT DIGNEMENT. VOIX DU DISCIPLE. EIGNEUR mon Dieu, prévenez votre serviteur de vos plus douces bénédictions, afin que je puisse approcher dignement et avec ferveur de votre auguste Sacrement. Rappelez mon cœur à vous: réveillez-moi du profond assou- ENV es Anal$s; VE PIS XX is. 2 ER RU aû* re: 392 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. pissement où je languis. Visitez-moi pour me sauver, pour que je goûte intérieurement la douceur qui est cachée en abondance dans ce Sacrement, comme dans sa source. Faites briller aussi votre lumière à mes yeux, afin qu'ils discernent un si grand mystère, et for- tifiez ma foi pour le croire inébranlablement. Car c’est l'œuvre de votre amour, et non de la puissance humaine: c’est votre institution sacrée, et non une invention de l'homme. Nul ne peut concevoir par lui-même des merveilles au-dessus de la pénétration des Anges mêmes. Que pourrai-je donc, moi p‘cheur indigne, moi cendre et poussière, découvrir et com- prendre d'un mystère si haut? 2. Seigneur, dans la simplicité de mon cœur, avec une foi ferme et sincère, et sur le com- mandement que vous m'en avez fait, je m'approche de vous plein de confiance et de respect; et je crois, sans hésiter, que vous êtes ici présent dans ce Sacrement, et comme Dieu et comme homme. Vous voulez donc que je vous recoive et que je m'unisse à vous dans la charité? C’est pourquoi j'implore votre clémence, et je vous demande en ce mo- ment une grâce particulière, afin qu'embrasé d'amour je me fonde et m’écoule tout entier en vous, et que je ne désire plus aucune sis I red anti è F ue fl ru in lg ini ou NU it rl i 4 md ir bf 1 fl li 1 LIVRE IV, CHAPITRE IV. autre consolation. Car cet adorable Sacrement est le salut de l’âme et du corps, le remède de toute langueur spirituelle. Il guérit les vices, réprime les passions, dissipe les tenta- tions ou les affaiblit, augmente la grâce, ac- croît la vertu, affermit la foi, fortifie l’espé- rance, enflamme et dilate l'amour. 3. Quels biens sans nombre n’avez-vous pas accordés et n’accordez-vous pas encore chaque jour, dans ce Sacrement, à ceux que vous aimez et qui le recoivent avec ferveur, Ô mon Dieu, unique appui de mon âme, réparateur de l'infirmité humaine, source de toute conso- lation intérieure! Car vous les consolez avec abondance en leurs tribulations diverses; vous les relevez de leur abattement par l'espérance de votre protection; vous les ranimez inté- rieurement et les éclairez par une grâce nou- velle; de sorte que ceux qui se sentaient pleins de trouble et de tiédeur avant la com- munion, se trouvent tout changés après s’être nourris de cette viande et de ce breuvage célestes. Vous en usez ainsi avec vos élus, afin qu'ils reconnaissent clairement, et par une manifeste expérience, toute la faiblesse qui leur est propre, et tout ce qu’ils recoivent de votre grâce et de votre bonté. Car d’eux- mêmes froids, durs, sans goût pour la piété, L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. par vous ils deviennent pieux, zélés, fervents. Qui, en effet, s’approchant humblementde la fontaine de suavité, n’en remporte pas un peu de douceur? ou qui, se tenant près d'un grand feu, n’en recoit pas quelque chaleur? Vous êtes, mon Dieu, cette fontaine toujours pleine et surabondante, ce feu toujours ardent et qui ne s'éteint jamais. 4. Si donc il ne m'est pas permis de puiser à la plénitude de la source, et de m'y désal- térer parfaitement, j'approcherai cependant ma bouche de l'ouverture par où s’écoulent les eaux célestes, afin d’en recueillir au moins une petite goutte pour apaiser ma soif, et ne pas tomber dans une entière sécheresse. Et si je ne puis encore être tout céleste et tout de feu, comme les Chérubins et les Séraphins, je m'efforcerai pourtant de m'’animer à la piété et de préparer mon cœur, afin qu'en participant avec humilité à ce Sacrement de vie, je recoive au moins quelque légère étin- celle de ce feu divin. Bon Jésus, Sauveur très Saint, suppléez vous-même, par votre bonté et votre grâce, à ce qui me manque, vous qui avez daigné appeler à vous tous les hommes en disant: Venez à moi, vous tous qui êles accablés de travail et de douleur, et je vous soulagerai. LS 14 (| 1 : LIVRE IV, CHAPITRE IV, 5.Je travaille à la sueur de mon front, mon cœur est brisé de douleur, le poids de mes péchés m’accable, les tentations m'agitent, une foule de passions mauvaises m'’enveloppent et me pressent; et il n'y à personne qui me secoure, qui me délivre, qui me sauve, si ce n’est vous, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, entre les mains de qui je me remets et tout ce qui est à moi, afin que vous me protégiez et me conduisiez à la vie éternelle. Recevez- moi pour l'honneur et la gloire de votre nom, vous qui m'avez préparé votre Corps et votre Sang pour nourriture et pour breuvage. « Faites, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, «que ma ferveur et mon amour croissent « d'autant plus que je participe plus souvent «à ce divin mystère.» RÉFLEXION. . Jésus-Christ, près de quitter la terre, promit à ses. disciples de leur envoyer l'Esprit conso- lateur: et c’est ce divin Esprit qui nous est donné dans les sacrements de la nouvelle alliance. Amour substantiel du Père et du Fils, 1 aide notre infirmilé, car nous ne sa- vons pas demander comme il faut, mais ÜEs- prit demande pour nous avec des gémissements ineffables: et Celui qui scrute les cœurs sait ce L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. que désire l'Esprit, parce qu'il demande selon Dieu pour les saints. Par une invisible opé- ration, aussi douce que puissante, il ineline librement notre volonté au bien, il la puri- fie, il l'élève vers Dieu: il est notre force, nous possédons en nous Jésus-Christ, nous possédons le Verbe même, et nous participons à tous les dons que le Verbe et l'Esprit, qui procède de lui, répandent incessamment sur l'humanité sainte du Sauveur, devenu un avec nous par la communion de son Corps et de son Sang, de son Ame et de sa Divinité, qui en est inséparable. En lui sont foules les ri- chesses de la plénitude de l'intelligence, tous les trésors de la sagesse et de la science souve- raine: et ces trésors, il les ouvre pour nous dans le sacrement de l'Eucharistie; il nous dispense, selon nos besoins, ces célestes richesses, tandis que l'Esprit sanctificateur nous embrase de ses flammes divines, qui consument les dernières traces du péché, nous donnent comme un avant-goût de la félicité céleste, et nous préparent à en jouir pleine- ment lorsque nous aurons atteint le terme heureux de nos épreuves sur la terre. Allez donc à la source des grâces, allez à l'autel, allez à Jésus: ET à qui, Seigneur, irions-nous? comme le Verbe est notre lumière. Or, quand (TR ri les ent, nee pour D S 0 cl LIVRE IV, CHAPITRE V. 397 Vous seul avez les paroles de la vie elernelle. Languissants, vous nous fortifiez; affligés, vous nous consolez; troublés par les tempêtes qui s'élèvent au dedans et au dehors de nous, vous commandez aux vents, el il se fail un grand calme. O Jésus! votre amour me presse, et mon àme à défailli dans l’ardeur de s'unir à vous. C’est là tout mon désir, je n’en ai point d'autre, je ne veux que vous, Ô mon Dieu! Oh! quand pourrai-je dire: Mon bien- uimé est à moi, el je suis à lui: ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en mot? 0-O-O-O-OH CHOCO COCO CO O-OI-CO OC CHAPITRE V. DE L'EXCELLENCE DU SACREMENT DE L'AUTEL, ET DE LA DIGNITÉ DU SACERDOCE. VOIX DU BIEN-AIMÉ. sainteté de Jean-Baptiste, vous ne seriez pas digne de recevoir ni même de toucher ce Sacrement. Car ce ne sont pas les mérites de l'homme qui lui donnent le droit de consa- crer et de toucher le corps de Jésus-Christ et res vous auriez la pureté des anges et la si #) x 2 SNS EMEAULLE L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. de se nourrir du pain des Anges. O mystère ineffable! Ô sublime dignité des prêtres, aux- quels est donné ce qui n’a point été accordé aux Anges! Car les prêtres, validement or- donnés dans l'Eglise, ont seuls le pouvoir de célébrer et de consacrer le corps de Jésus- Christ. Le prêtre est le ministre de Dieu; il use de la parole de Dieu selon le comman- dement. et l'institution de Dieu: mais Dieu, à la volonté de qui tout est soumis, à quitout ohcit lorsqu'il commande, est le principal auteur du miracle qui s'accomplit sur l'autel, et c’est lui qui l’opère invisiblement. 2. Vous devez donc, dans cet auguste Sa- crement, croire plus à la toute-puissance de Dieu qu'à vos propres sens et à ce qui paraît aux yeux: et vous ne sauriez dès lors appro- cher de l'autel avec assez de respect et de crainte. Pensez à ce que vous êtes, et con- sidérez quel est Celui dont vous avez été fait le ministre par l'imposition des mains de l'évêque. Vous avez été fait prêtre et con- sacré pour célébrer les saints mystères: maintenant soyez fidèle à offrir à Dieu le Sacrifice avec ferveur, au temps convenable, et que toute votre conduite soit irrépréhen- sible. Votre fardeau n’est pas plus léger; vous êtes lié, au contraire, par des obligations ; À(ES 6" AN A Le à de à ul alpp EAU ii eve 1] “de rite LIVRE IV, CHAPITRE V, 399 _ Pa Lys 9, plus étroites, et obligé à une plus grande A sainteté. Un prêtre doit être orné de toutes& e les vertus, et donner aux autres l'exemple(Han d'une vie pure. Ses mœurs ne doivent point N%k ee pou ressembler à celles du peuple: il ne doit pas el marcher dans les voies communes, mais il bi doit vivre comme les Anges dans le ciel, ou a comme les hommes parfaits sur la terre. il 3. Le prêtre, revêtu des habits sacrés, tient it] la place de Jésus-Christ, afin d'offrir à Dieu ali d'humbles supplications pour lui-même et LI. pour tout le peuple. IL porte devant et der- rière lui le signe de la Croix du Sauveur, afin (L que le souvenir de sa passion lui soit tou- UN jours présent. IL porte devant lui la croix qu sur la chasuble, afin de considérer attentive- li ment les traces de Jésus-Christ, et de s’ani- pe 4 mer à les suivre. Il porte la croix derrière kil lui, afin d'apprendre à souffrir avec douceur, ve pour Dieu, tout ce que les hommes peuvent af@ luifaire de mal. Il porte la croix devant lui, re 4] afin de pleurer ses propres péchés; derrière nt lui, afin que, par‘une tendre compassion, il à DM pleure aussi les péchés des autres; et se sou- one venant qu’il est établi médiateur entre Dieu ri et le pécheur, il ne se lasse point d'offrir des br prières ét des sacrifices, jusqu'à ce qu'il ait obtenu grâce e& miséricorde. Quand le prêtre *,) " Var. mn Le dE [ 4 ee SES 22 F4, 16) PE 2 5: LT Vi V Jo v Fer 7 Are 20 CE TER L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. célèbre, il honore Dieu, il réjouit les Anges, ilédifie l'Eglise, il procure des secours aux vivants, du repos aux morts, et se rend lui- même participant de tous les biens. RÉFLEXION. Pour comprendre la grandeur du sacerdoce chrétien, il faut considérer les caractères qui le distinguent immuablement, et forment comme le sceau divin dont il fut marqué à son origine. Et d’abord il est un: De méme qu'il n'y a qu'un Dieu, il n'y a qu’un Média- teur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ, Apôtre et Pontife de notre foi, toujours vi- vant pour intercéder en notre faveur. Tout prêtre, dans l'exercice de ses célestes fonc- tions, représente Jésus-Christ, ou plutôt est Jésus-Christ même, qui seul opère vérita- blement ce qu'annoncent les paroles et les actes de son ministre, seul lie et délie, seul dispense la grâce, seul immole et offre à son Père la Victime de propitiation, qui est une aussi: car Jésus, entrant par son sang une seule fois dans le Saint des Saints, a consommé la rédemption élernelle. Aïnsi un sacrifice, un prêtre, un sacerdoce, qui, dans son immense hiérarchie, west que le Pontife invisible des biens futurs; est multiplié visiblement sur FMEAULLE pu nl cri: ii: vis LIVRE IV, CHAPITRE Y. 401 tous les points de la terre, pour y continuer sa grande mission jusqu’à la fin des siècles. Et non seulement le sacerdoce est un, il est encore universel: car fous les peuples ont été donnés en héritage à Jésus-Christ, et, depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, en tous lieux le sacrifice doit étre accompli et l'ojfrande pure présentée au Seigneur. I est éternel; car, de toute éternité, Dieu a dit au Christ: Tu es mon Fils, je l'ai engendré aujourd’hui; et encore: Tu es prêtre éternel- lement selon l'ordre de Melchisédech. 1 est saint, car il convenait que nous eussions un tel Pontife, saint, pur, sans lache, séparé des pécheurs, et élevé au-dessus des cieux: et les démons mêmes, vaincus par Celui qui pos- sède le sacerdoce éternel, lui ont rendu ce témoignage: Je sais qui vous étes, le Saint de Dieu. Oh! qu’elle est élevée, qu’elle est su- blime la dignité du prêtre! mais aussi qu'elle est redoutable! Associé à la puissance de Jésus-Christ Pontife, dans l’unité de son sa- cerdoce; ministre avec lui et en lui du sa crifice de la Croix renouvelé chaque jour, sur l'autel, d’une manière non sanglante; distri- buteur du pain de vie, du Corps et du Sang du Rédempteur, sur lesquels il lui a été dou- ue pouvoir; revêtu de la mission du Fils de - 26 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Dieu pour le salut du monde, ses devoirs sont proportionnés à une si haute vocation, et c'est à lui surtout qu'il est dit: Soyez saint, parce que moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Pauvre pécheur, si faible, si languis- sant, si infirme, comme pourrai-je m'élever, Ô Jésus! à la sainteté que vous exigez de moi? Je tremble à cette pensée, et je per- drais toute espérance si votre bonté ne dai- gnait me rassurer, disant: Cela est impos- sible aux hommes, mais tout est possible à Dieu. CHAPITRE VI. PRIÈRE DU CHRÉTIEN AVANT LA. COMMUNION. VOIX DU DISCIPLE. CI EIGNEUR, lorsque je considère votre gran- ) deur et ma bassesse, je suis saisi de frayeur, et je me confonds en moi-même. Car, si°je ne m’'approche de vous, je fuis la viei et si je m'en approche indignement, j'irrité votre colère. Que ferai-je donc, mon Dieu, mon protecteur, mon conseil dans tous mes besoins? LIVRE IV, CHAPITRE VI. tin 2. Montrez-moi la voie droite, enseignez- li moi quelque court exercice pour me dis- So: poser à la sainte Communion. Car il m'est ie, j important de savoir avec quelle ferveur et NU quel respect je dois préparer mon cœur, eu pour recevoir avec fruit votre Sacrement, et ou pour vous offrir ce grand et divin Sa- Li crifice. OÙ 1 RÉFLEXION. “all pui S'il est nécessaire de préparer son âme avant la prière, combien plus avant d'appro- cher de la divine Eucharistie! Et c’est pour- dE quoi l'Apôtre dit: Que l’homme s’éprouve soi-même, el qu'il mange ainsi de ce pain el boive de ce calice: car celui qui mange el boit indignement, mange et boit son juge- ment, ne discernant point le corps du Sei- gneur. Mais, hélas! mon Dieu, plus je m'é- prouve, plus je me reconnais indigne. de [UAON, ol munir à vous dans le Sacrement adorable fs dl de votre Corps et de votre Sang: et cepen- il dant, si je ne mange votre chair et ne bois 1 votre Sang, je n'aurai point la vie en moi: ue ind sorte que je suis partagé entre le désir de du) in asseoir au banquet sacré où vous invitez vos fidèles, et la crainte d'entendre ces pa- roles terribles: Pourquoi étes-vous entré ici % Pr Pie: Le à,€ # AE eqiée sans être revélu de la robe nuptiale? Jetez-le, pieds et mains liés, dans les ténèbres exté- rieures: là sont les pleurs et les grincements de dents. Que ferai-je donc? Ah! voici ce que je ferai. Je me présenterai tel que je suis, dépouillé, nu, misérable, devant mon Seigneur et mon Dieu, et je lui dirai: Ayez pitié de moi, Seigneur, et daignez me re- vêtir vous-même du vêtement pur qui me rendra digne d’être admis dans la salle du festin. Si vous ne venez à mon secours, si vous ne suppléez à mon indigence, je serai, Ô mon divin Maître, à jamais exclu de votre Table sainte; mais vous laisserez tomber sur ce pauvre un regard de compassion; vous viendrez à lui dans votre bonté, dans votre miséricorde immense, et votre main s’éten- dra pour couvrir sa nudité: oui, Seigneur, j'ai espéré en vous, el je ne serai point con- fondu éternellement. LIVRE 1V, CHAPITRE VII, EE GAL oo 8 oo 2 po 0 pp 8 6 Ep og CHAPITRE VIT. DE L'EXAMEN DE CONSCIENCE ET DE LA RÉSOLUTION DE SE CORRIGER. VOIX DU BIEN-AIMÉ. ur toutes choses, il faut que le prêtre qui vs dispose à célébrer les saints Mystères, à toucher et à recevoir le Corps de Jésus- Christ, s'approche de ce sacrement avec une profonde humilité de cœur, un respect sup- pliant, une pleine foi et une pieuse intention d'honorer Dieu. Examinez avec soin votre conscience, et, autant que vous le pourrez, purifiez-la par une contrition véritable et par une humble confession; de sorte que, délivré du poids de vos fautes, exempt de trouble et de remords, vous puissiez librement venir à moi. Ayez une vive douleur de tous vos pé- chés en général; déplorez en particulier ceux que vous commettez chaque jour; et, si le temps vous le permet, confessez à Dieu, dans le secret du cœur, toutes les misères qui sont le fruit de vos passions. 2. Affligez-vous et gémissez d'étéé encore AC(@)[A PAL à,«Ÿ: D > L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. sous l'empire de la chair et du monde; si peu occupé de mourir à vos inclinations, si agité par les mouvements de la concupiscence; si peu exact à veiller sur vos sens, si souvent séduit par de vains fantômes; si enclin à vous répandre au dehors, si négligent à rentrer en | vous-même; si porté au rire et à la dissipation: 1 si dur, quand vous devriez verser des larmes de componction; si prompt à vous livrer au relâchement et à la mollesse, si lent à em- brasser une vie austère et fervente; si curieux de nouvelles, et de ce qui attire les regards par sa beauté; si plein de répugnance pour ce qui abaisse et humilie; si avide de beaucoup avoir, si avare pour donner, si ardent à rete- unir; si inconsidéré dans vos discours, si im- puissant à vous taire; si déréglé dans vos mœurs, si indiscret dans vos actions; si intem- pérant dans le manger et le boire; si sourd à la parole de Dieu; si convoiteux de repos, si ennemi du travail; si éveillé pour des récits frivoles, si appesanti par le sommeil durant les veilles saintes, si pressé d’en voir la fin, si peu attentif en y assistant; si dissipé en réci- tant l'office divin, si tiède en célébrant, si aride dans la Communion; si aisément distrait, si rarement bien recueilli; sitôt ému de colère, si prompt à blesser les autres; si enclin à juger LIVRE IV, CHAPITRE VII. mal, si sévère à reprendre; si enivré de joie dans la prospérité, si abattu dans l'adversité;. si fécond en bonnes résolutions, et si stérile en bonnes œuvres. 3. Après avoir confessé et déploré;, avec une grande douleur et un vif sentiment de votre faiblesse, ces défauts et tous les. autres qui peuvent être en vous, formez un ferme propos de vous corriger eb d'avancer dans la vertu. Offrez-vous ensuite, avec une pleine résigna: tion et sans aucune réserve, sur l'autel de votre cœur, comme un holocauste perpétuel, en l'honneur de mon nom, m’'abandonnant entièrement le soin de votre corps et de votre âme, afin d'obtenir ainsi la grâce de célébrer dignement le saint Sacrifice et de recevoir avec fruit le Sacrement de mon Corps, 4. Car il n’est point d’oblation plus méri- toire ni de satisfaction plus grande pour les péchés que de s'offrir soi-même sincèrement à Dieu, en lui offrant, à la Messe, et dans la Communion, le Corps de Jésus-Christ. Si l'homme fait ce qui est en lui, et s’il a un vrai repentir toutes les fois qu'il s'approche de moi pour demander gràce et miséricorde, j'en jure par moi-même, dit le Seigneur, je ñne me souviendrai plus de ses péchés, et ils lui seront tous pardonnés; car je ne veux point L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse Win ct qu'il vive. vi RÉFLEXION. hi UN n'est rien de plus utile en soi ni de plus si indispensable pour approcher dignement de dé l'autel, que de descendre en sa conscience, et jt d'en scruter, avec une sévérité salutaire, les je tristes profondeurs. Nous avons en nous- EL mèmes comme une image du royaume des| ténèbres: là vit, et croit, et se propage l'in- spé nombrable famille des vices, nés de la triple ql concupiscence qui à infecté la vie humaine#0 dans sa source. Quiconque examine sérieuse- qil ment son cœur, y trouve le germe de tout ce de qui est mauvais: un orgueil tantôt hardi et 4) violent, tantôt plein de déguisements et de a ruses; une curiosité effrénée; des convoitises qe ardentes; la haine qu'accompagnent l'injure, Ie l'outrage et la calomnie; l'envie, mère du in meurtre; l’avarice qui dit sans cesse: Apporte, x! apporte; la dureté d'âme; les joies coupables mu de. l’esprit: et, bien que ces semences de nd mort nc se développent pas dans chaque lin homme au même degré, tous les ont en eux-| mêmes, et la grâce seule les étouffe plus ou 1 moins. Tel est, depuis la chute originelle, le partage des enfants d'Adam. Qui, dans son 7 RMEAULLE LIVRE IV, CHAPITRE VIL effroi, ne crierait vers Dieu du fond de cette immense misère, pour implorer de lui secours et miséricorde? 1! délaisse ceux qui cachent leurs crimes, el pardonne à ceux qui s’accusent. Touché de pitié pour les pécheurs, Jésus-Christ a institué le sacrement de pénitence, qui les régénère dans le sang de l’Agneau, et les re- vèt de l'innocence primitive. Voilà la robe nuptiale nécessaire pour assister au festin de l'Époux. Vous qui portez avec douleur le poids de vos péchés, hâtez-vous donc; allez, pleins de repentir, de foi, d'espérance et d'amour, déposer cet accablant fardeau aux pieds de celui qui tient, dans le tribunal sacré, la place du Fils de Dieu même; allez et humiliez-vous, allez et pleurez: une main divine essuiera vos larmes, et, rétablis en grâce avec Dieu, en paix avec vous-mêmes, vous chanterez dans l'allégresse l'hymne du pardon: Heureux ceux dont les iniquités ont été remises, el les péchés couverts! Heureux celui à qui le Seigneur n’a point imputé son péché, et dont le cœur a été sans fraude! Parce que j'ai tu mon crime, il a weilli dans mes os, et crié dans mon sein pen- dant tout le jour. Car votre main s’est appe- sante sur moi le jour et la nuit: je me suis lourné et retourné dans mon angoisse, tandis que Pépine perçait mon cœur. Alors je vous ai MEAULLE déclaré mon péche: je n'ai point caché mon Li injustice. J'ai dit: Je confesserai contre moi Le mon iniquite au Seigneur; et vous, Seigneur," vous m'avez remis l’impiété de mon péché. C’est ds pour cela que vos servileurs vous invoqueront sk dans le temps propice; et le déluge des grandes 1 eaux n'approchera point d'eux. sh :{ll 2-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-0:0-0-0 il ni mn:. CHAPITRE VII./ DE L'OBLATION DE JÉSUS-CHRIST SUR LA CROIX, m1 ET DE LA RÉSIGNATION DE SOI-MËME. fn VOIX DU BIEN-AIMÉ. IT she je me suis offert volontairement pour* vos péchés à mon Père, les bras étendus sur la croix, et le corps nu, né réservant rien, FH, et m'immolant tout entier pour apaiser Dieu:| ainsi vous devez tous les jours, dans le sacri- fice de la Messe, vous offrir à moi, commeune ll hostie pure et sainte, du plus profond de votre cœur et de toutes les puissances de votreàme. M Que demandé-je de vous, sinon que vous vous abandonniez à moi sans réserve? Tout ce que vous me donnez, hors vous,nem'’estrien,parce ll que c’est vous que je veux, et non pas vos dons. Hi TV it Ÿ 1 A ï LE— LPS ME 7 LE LIVRE IV, CHAPITRE VII, 2. Comme tout le reste ne vous suflirait pas sans moi, ainsi aucun de vos dons ne peut me plaire si vous ne vous donnez vous-même. Offrez-vous à moi, donnez-vous pour Dieu, tout-entier, et votre oblation me sera agré- able. Je me suis offert tout entier pour vous à mon Père; je vous ai donné tout mon Corps et tout mon Sang pour nourriture, afin d’être 14 tout à vous et que vous fussiez à jamais tout à moi. Mais si vous demeurez en vous-même, si vous ne vous abandonnez pas sans réserve à ma volonté, votre oblation n’est pas entière, ul et nous ne serons pas unis parfaitement. TR L'oblation volontaire de vous-même, entre les mains de Dieu, doit donc précéder toutes vos œuvres, si vous voulez acquérir la grâce et mel: ha liberté. S'il en est si peu qui soient éclairés sl: de ma lumière et qui jouissent de la liberté sul intérieure, c’est qu'ils ne savent pas se renon- rl: cer entièrement eux-mêmes. Je l'ai dit, et ma VE parole est immuable: Si quelqu'un ne renonce pas à tout, il ne peul étre mon disciple. Si donc vous voulez être mon disciple, offrez- vous à moi avec toutes vos affections. RÉFLEXION. On n'aurait qu’une idée bien faible et bien incomplète du sacrifice de la croix, si l’on n’y L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. #4 voyait que ce qui parait, pour ainsi dire, aux ad sens. Jésus-Christ a offert non seulement:son Corps sacré, en proie à toutes les souffrances et à toutes les angoisses que peut endurer la nature humaine, mais encore son âme sainte Ne étroitement unie au Verbe divin, toutes ses douleurs, toutes ses affections, toutes ses volontés, et l’agonie et le délaissement qui fl tira de son cœur ce dernier cri: Mon Père, pl pourquoi m'avez-vous abandonné? En cet état, il il représentait l'humanité entière condamnée nl à mourir; et l’homme en effet fut frappé de[S mort jusque dans les plus secrètes profondeurs de son être. Alors fout fut consommé, et le 1 supplice et la rédemption. Or, chaque fois que UM le prêtre, montant à l'autel, y renouvelle, selon a l'institution divine, cet ineffable Sacrifice, cha- M que fois que le fidèle participe à la Victime* immolée, et le fidèle et le prêtre doivent UM s'offrir ainsi que Jésus-Christ s’est offert lui- même: leur sacrifice uni au sien doit être, comme le sien, sans réserve; Car, nous aussi, nous sommes attachés à la Croix, et, avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ, nous souffrons pour nous, pour nos frères, pour les vivants, pour les morts, pour toute la grande famille humaine; ce qui fait dire à l’apôtre saint Paul ces étonnantes paroles: Je me réjouis de mes i Îl | | | | L'IL F Sie Ÿ+ CH A OR EL CE LE A { “4 | Fi 4 l LIVRE IV, CHAPITRE VIII, souffrances à cause de vous; el ce qui manque à la Passion de Jésus-Christ, je l'accomplis en ma chair, pour son corps, qui est l'Église; non sans doute que la Passion du Sauveur ne fût plus que surabondante pour éfer le péché du monde, et satisfaire à la justice de Dieu, mais parce que chacun de nous doit la reproduire en soi, et parce que, étant les membres d’un seul corps, qui est le corps du Christ, tout ce que nous souffrons, il le souffre avec nous, de sorte que nos souffrances deviennent comme une partie de sa Passion propre. O Jésus! je m'offre avec vous, je m'oîffre tout entier, me voilà sur l'autel: frappez, Seigneur, achevez le sacri- fice; détruisez tout ce qui en moi est de l'homme condamné, ces désirs de la terre, ces affections, ces volontés, ces sens qui me troublent, ce corps de péché; et, les yeux fixés sur votre Croix, je dirai: Tout est consommé! =4||(fl(MA 414 L'INITATION DE JÉSUS-CHRIST, LICE RE RCE CO GHAPITRE IX. QUE NOUS DEVONS NOUS OFFRIR A DIEU AVEC TOUT CE QUI EST A NOUS, ET PRIER POUR TOUS. _ VOIX DU DISCIPLE. { EIGNEUR, à qui tout appartient dans le ciel Jet sur la terre, je veux aussi me donner à vous par une oblation volontaire; je veux être à vous pour toujours. Dans la simplicité de mon cœur, je m'offre à vous aujourd'hui, mon Dieu, pour vous servir à jamais, pour vous obéir, pour m'immoler sans cesse à votre gloire. Recevez-moi avec l’oblation sainte de votre précieux Corps, que je vous offre äu- jourd’huien présence des Anges qui assistent invisiblement à ce sacrifice; et faites qu'il porte des fruits de salut pour moi et pour tout votre peuple. 2. Toutes les fautes et tous les crimes que j'ai commis devant vous et devant vos saints Anges, depuis le jour où j'ai pu commencer à pécher jusqu’à ce moment, je vous les offre, Seigneur, sur votre autel de propitiation, afin que vous les consumiez par le feu de votre LIVRE IV, CHAPITRE IX. amour, que vous effaciez toutesles taches dont ils ont souillé ma conscience, et que, après l'avoir purifiée, vous me rendiez votre grâce que mes péchés m’avaient fait perdre, me les pardonnant tous pleinement, et me recevant, dans votre miséricorde, au baïser de paix. 3. Que puis-je faire pour expier mes péchés, que de les confesser humblement avec une amère douleur, et d’implorer sans cesse votre clémence? Je vous en conjure, exaucez-moi, soyez-moi propice, quand je me présente de- vant vous, mon Dieu. J'ai une vive horreur de tous mes péchés, et je suis résolu à ne plus les commettre. Ils m'affligent profondé- ment, et toute ma vie je ne cesserai de m'en affliger, prêt à faire pénitence, et à satisfaire pour eux selon mon pouvoir. Pardonnez-les- moi, Seigneur, pardonnez-les-moi, pour la gloire de votre saint nom. Sauvez mon âme, que vous avez rachetée au prix de votre sang. Voilà que je m'abandonne à votre miséricorde: je me remets entre vos mains: traitez-moi selon votre bonté, et non selon ma malice et mon iniquité.| seupiais 4 Je vous offre aussi tout ce qu’il y a-.de bien en moi, quelque faible, quelque impar- fait qu'il soit, afin que, l’épurant, le sanctifiant. le perfectionnant sans cesse, vous le rendiez L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. 2 plus digne de vous, plus agréable à vos yeux, et que vous me conduisiez à une heureuse fin, moi, le plus inutile, le plus languissant et le dernier des hommes. 5. Je vous offre encore tousles pieux désirs des âmes fidèles, les besoins de mes parents, de mes amis, de mes frères, de mes sœurs, de tous ceux qui me sont chers; de ceux qui m'ont fait, ou à d’autres, quelque bien pour l'amour de vous; de ceux qui ont demandé ou désiré que j'offrisse des prières et le saint Sacrifice pour eux et pour les leurs, soit qu'ils vivent encore en la chair, soit que le temps ait fini pour eux. Que tous sentent le secours de votre grâce, la puissance de vos consola- tions; protégez-les dans les périls, délivrez-les de leurs peines, et que, affranchis de tous les maux, ils vous rendent, pleins de joie, d’écla- tantes actions de grâces. 6. Je vous offre enfin des supplications et l'Hostie de paix, principalement pour ceux qui m'ont offensé en quelque chose, qui m'ont contristé, qui m'ont blâmé, qui m'ont fait quelques torts ou quelques peines; et pour tous ceux aussi que j'ai moi-même affligés, blessés, troublés, scandalisés, le sachant où sans le savoir; afin que vous nous pardon- niez, à tous, nos péchés et nos offenses mu- LE sel| LIVRE IV, CHAPITRE IX. tuelles. Otez de nos cœurs, à mon Dieu! le soupcon, l’aigreur, la colère, tout ce qui divise, tout ce qui peut altérer la charité et diminuer l’amour fraternel. Ayez pitié, Sei- oneur, ayez pitié de ces pauvres qui implorent votre gràce, votre miséricorde; et faites que nous soyons dignes de jouir ici-bas de vos dons, et d'arriver à l’éternelle vie. Aïnsi soit-il.: RÉFLEXION. Après s'être purifié par le sacrement de pénitence, et s'être uni, selon tout ce qu'il est, à Jésus-Christ, hostie de propitiation pour le salut des hommes, le prêtre s’offre encore pour eux et pour lui-même, afin que la vertu du Sacrifice qui va s’accomplir lui soit appliquée, et à ses frères, et à tous ceux pour qui Jésus- Christ, sacrificateur et victime, l’a consommé sur là croix. Comme le Sauveur s’est immolé pour lui, il veut s’immoler pour le Sauveur, ne vivre que pour sa gloire, et mourir pour elle. Il le supplie de consumer dans le feu de son amour tout ce qui reste en lui d’impur et de terrestre. Il dépose, en quelque manière, sur l'autel, ses pensées et ses affections, ses vo- lontés, ses désirs, tout son être, afin d’être revêtu en Jésus-Christ d'une vie nouvelle, de 418 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. A ne cette vie selon Dieu, qui fait que l’homme ne(1 es vèl plus pour soi, mais pour Celui qui est mort ju Sa| et ressuscité pour lui. Ainsi anéanti dans la en Va présence du souverain Maître, et comme bai- e” NES gné déjà du Sang qui demande grâce, il inter- MBA cède pour ses proches, ses amis, ses bienfai- “| teurs, pour ses ennemis mêmes, pour ceux qui le haïissent et le persécutent, embrassant dans sa charité, immense comme celle du ps Christ, toutes les créatures qu'il a rachetées, tous les enfants du Père céleste qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants. Élevé,| par l’onction sacerdotale, entre la terre et le ciel, il couvre, pour ainsi dire, le genre hu- main tout entier de sa prière et de son amour. Il le voit, par le péché, dans un état de mort, et ses désirs l’enfantent à la vie: semblable au Médiateur suprême, qui, dans les jours de sa chair, offrant avec un grand cri et avec larmes des prières et des supplications à Celui qui peut sauver de la mort, fut exaucé à cause de son respect. Oui, le salut vient du Seigneur; il a fait éclater les merveilles de son Saint. Prêtre du Dieu vivant, offrez-lui le sacrifice de justice. Je vous prierai, Seigneur; vous entendrez ma voix le matin; le matin je me présenterai de- vant vous; j'entrerai dans votre maison, cf, rempli de votre crainte, j'adorerai dans votre LIVRE IV, CHAPITRE X,. saint temple; el tous ceux qui espèrent en vous se réjouiront, el ils tressailliront d’allégresse éternellement, parce que vous habiterez en eux. 8 8 1 8 2 2 8 0 8 8 oi 8 0 8 0 3 8 8 on ED 4 2 CHAPITRE X. QU'ON NE DOIT PAS FACILEMENT S'ÉLOIGNER DE LA SAINTE COMMUNION. VOIX DU BIEN-AIMÉ. Æ faut recourir souvent à la source de la gràce et de la divine miséricorde, à la source de toute bonté et de toute pureté, afin que vous puissiez être guéri de-vos passions et de vos vices, et que, plus fort et plus vigilant, vous ne soyez ni vaincu par les attaques du démon, ni surpris par ses artifices. L’ennemi des hommes, sachant quel est le fruit de la sainte Communion, et combien est grand le remède qu'y trouvent les âmes pieuses et fidèles, s'efforce, en toute occasion et par tous les moyens, de les en éloigner autant qu'il peut. 2. Aussi, est-ce au moment où ils s’y dis- posent, que quelques-uns éprouvent:les plus vives attaques de Satan. Cet esprit de malice, 420 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. A comme il est écrit au livre de Job, vient NS parmi les enfants de Dieu pour les troubler FOASl par les ruses ordinaires de sa haïine, cher- chant à leur inspirer des craintes excessives et de pénibles perplexités, pour affaiblir leur amour, ébranler leur foi, afin qu'ils renoncent à communier, ou qu’ils ne communient qu'avec tiédeur. Mais il ne faut pas s'inquiéter de ses artifices et de ses suggestions, quelque hon- teuses, quelque horribles qu'elles soient, mais les rejeter toutes sur lui. Il faut 6e rire avec mépris de cet esprit misérable, et n’abandonner jamais la sainte Communion à cause de ses attaques et des mouvements qu'il excite en nous. 3. Souvent aussi l'on s’en éloigne par un désir trop vif de la ferveur sensible, et parce qu'on à concu de linquiétude sur sa confession. Agissez selon le conseil de per- sonnes prudentes, et bannissez de votre cœur l'anxiété et les scrupules, parce qu’ils dé- truisent la piété, et sont un obstacle à la gräce de Dieu. Ne vous privez point de la sainte Communion dès que vous éprouvez quelque trouble ou une légère peine de con- science; mais confessez-vous au plus tôt, et pardonnez sincèrement aux autres les of- fenses que vous avez reçues d'eux. Que si eq LIVRE IV, CHAPITRE X. vous avez vous-même offensé quelqu'un, demandez-lui humblement pardon, et Dieu aussi vous pardonnera. 4. Que sert de tarder à se confesser, et de différer la sainte Communion? Purifiez-vous promptement, hâtez-vous de rejeter le venin et de recourir au remède; vous vous en trouverez mieux que de différer longtemps. Si vous différez aujourd'hui pour une raison, peut-être s’en présentera-t-il demain une plus forte; et vous pourriez ainsi être sans cesse détourné de la Communion, et sans cesse vous y sentir moins disposé. Ne perdez pas un moment, secouez votre langueur, déchargez-vous de ce qui vous pèse: car à quoi revient-il de vivre toujours dans l'anxiété, toujours dans le trouble, et d'être éloigné chaque jour par de nouveaux obstacles de la Table sainte? Rien au contraire ne nuit da- vantage que de s'abstenir longtemps de com- munier, car d'ordinaire l’âme tombe par là dans un profond assoupissement. O douleur! ilse rencontre des chrétiens si tièdes et si lâches, qu'ils saisissent avec joie tous les prétextes pour différer de se confesser, et dès lors aussi de communier. afin de n'être pas obligés de veiller avec plus de soin sur eux-mêmes. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. 5. Hélas! qu'ils ont peu de piété, peu d'amour, ceux qui se privent si aisément de la sainte Communion! Qu'il est heureux, au contraire, et agréable à Dieu, celui qui vit de telle sorte, et qui conserve sa conscience si pure, qu'il serait préparé à communier tous les jours, et communierait en effet s’il lui était permis, et qu'il pût le faire sans singularité! Si quelqu'un s’en abstient quel- quefois par humilité, ou pour une cause lé- ferveur s’est refroidie, il doit se ranimer, et faire tout ce qu'il peut; et Dieu secondera ses désirs, à cause de la droiture de sa vo- lonté, qu'il considère principalement. 6. Que si des motifs légitimes l'empêchent d'approcher de la sainte Table, il conservera toujours l'intention et le saint désir de com- munier; et ainsi il ne sera pas entièrement privé du fruit du Sacrement. Quoique tout fidèle doive, à certains jours et au temps fixé, recevoir avec un tendre respect le Corps du Sauveur dans son Sacrement, et recher- cher en cela plutôt la gloire de Dieu que sa propre consolation, cependant il peut aussi communier en esprit tous les jours, à toute heure, avec beaucoup de fruit. Car il com- munie de cette manière, et se nourrit invi- im Tr#1 V SIN Vi v VOD VAE Tr gitime, on doit louer son respect. Mais si sa. LIVRE IV, CHAPITRE X. 493 siblement de Jésus-Christ, toutes Les fois qu'il médite avec piété les mystères de son Incar- nation et de sa Passion, et qu'il s’enflamme de son amour.| 1. Celui qui ne se prépare à la Communion qu'aux approches des fêtes, ou quand la cou- tume l’y oblige, sera souvent mal préparé. Heureux celui qui s'offre au Seigneur en ho- locauste, toutes les fois qu'il célèbre le sa- crifice, ou qu'il communie. Ne soyez, en cé- lébrant les saints Mystères, ni trop lent ni trop prompt; mais conformez-vous à l'usage ordinaire et régulier de ceux avec qui vous vivez. Il ne faut point fatiguer les autres ni leur causer d’ennui, mais suivre l’ordre com- mun établi par vos pères, et consulter plutôt l'utilité de tous que votre attrait et votre piété particulière. RÉFLEXION. Qu'il faille exciter des chrétiens à s’asseoir à la Table sainte, à se nourrir du pain de vie, à recevoir en eux l’auteur et le consomma- leur de la foi, le Sauveur des hommes, le Verbe de Dieu; qu'ils cherchent de tous côtés des prétextes pour se tenir éloignés de lui; qu'il regardent comme une dure obli- gation le devoir qu'impose l'Eglise de par- V2) ticiper, en certain temps, au Corps et au Sang de Jésus-Christ, c'est quelque chose de si prodigieux et tout ensemble de si ef- frayant, que l’âme fuit cette pensée, comme elle fuirait une vision de l'enfer. Maïs, parmi les fidèles que l'amour attire au banquet tristes et fausses doctrines, ou retenus par les scrupules d’une conscience timide à l’ex- cès, ne se croient jamais assez préparés et se privent volontairement de la divine Eu- charistie, à cause du respect même que leur inspire cet auguste Sacrement. Sans doute on doit s’éprouver soi-même; sans doute il serait à désirer que ceux qui mangent le pain des Anges eussent toute la pureté de ces célestes esprits; mais Celui qui connaît notre misère, et qui est venu la guérir, n'exige pas que l’homme soit parfait pour approcher de la source des grâces; il de- mande seulement qu'il se soit purifié par la pénitence, et qu'il apporte au pied de l'autel un cœur contrit et humilié, un repentir sin- cère de ses fautes, une volonté droite, un amour ardent. Tandis que Jésus repousse et maudit les pharisiens, superbes observateurs de la loi, il accueille la femme pécheresse, il compatit à son humble douleur, il bénit ses sacré de l’Epoux, il en est qui, abusés par de LIVRE IV, CHAPITRE X. larmes, et beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé. Trop souvent les apparentes délicatesses de conscience, qui séparent longtemps de la Communion, cachent un grand et coupable orgueil. Au lieu de s'abandonner aux conseils du guide qui tient la place de Dieu, on veut se conduire et se juger soi-même: erreur funeste dont le dernier terme, le terme inévitable, est ou le désespoir, ou une effroyable présomption. Ne quittez, ne quittez jamais la voie de l’obéis- sance; toutes les autres aboutissent à la per- dition. Si l’on vous interdit l'accès de la Table sainte, abstenez-vous et pleurez; car quel sujet plus légitime de pleurs? Si lon vous dit: Allez à Jésus dans le Sacrement de son amour, approchez avec allégresse. Nulle dis- position n’égale le sacrifice entier du raison- nement humain et de la volonté propre; ayez en tout et toujours la simplicité d’un petit enfant: la simplicité du cœur est chère à Dieu; il la bénit pour le temps, il la bénit pour l'éternité. L'IMITATION DE JÉSUS-CIIRIST. HO-OO-TEEEEE ll ju el CHAPITRE XT. ail :. pl QUE LE CORPS PE NA. D bia SAINTE st SONT TRÈS NÉCESSAIRES A L AME FIDÈLE. ro VOIX DU DISCIPLE. Li EIGNEUR Jésus, quelles délices inondent l'âme pute fidèle admise à votre Table, où on ne lui il présente d’autre aliment que vous-même, son il unique bien-aimé, le plus cher objet de ses dé- jf sirs! Oh! qu’il me serait doux de répandre ln en votre présence des pleurs d'amour, et ji d’arroser vos pieds de mes larmes comme ir Madeleine! Mais où est cette tendre piété, et aire cette abondante effusion de larmes saintes?(fran Certes, en votre présence et celle des saints Wu Anges, tout mon cœur devrait s’embraser et rl se fondre de joie. Car vous m'êtes véritable- ib&e ment présent dans votre Sacrement, quoi- xl que caché sous des apparences étrangères.(T 9, Mes yeux ne pourraient supporter l'éclat id de votre divine lumière, et le monde entier ik s'évanouirait devant la splendeur de votre aq gloire. C’est donc pour ménager ma faiblesse 1 que vous vous cachez sous les voiles du Sacre- V V Si Ÿ tt A. De Uri Mi+ LS RE| ui LIVRE IV, CHAPITRE XI. ment. Je possède réellement et j'adore Celui que les Anges adorent dans le ciel; mais je ne le vois encore que par la foi, tandis qu'ils le voient tel qu'il est et sans voile! Il faut que je me contente de ce flambeau de la vraie foi, et que je marche à sa lumière, jusqu’à ce que luise l'aurore du jour éternel, et que les ombres des fiqures déclinent. Mais quand ce qui est parfait sera venu, l'usage des sacrements ces- sera, parce que les bienheureux, dans la gloire céleste, n’ont plus besoin de secours. Ils se réjouissent sans fin dans la présence de Dieu, et contemplent sa gloire face à face; pénétrés de sallumière et comme plongés dans l'abîme de sa divinité, ils goûtent le Verbe de Dieu fait chair, tel qu'il était au commencement et tel qu'il sera durant toute l'éternité.| 3. Qu'’au souvenir de ces merveilles, tout me soit un pesant ennui, même les consola- tions spirituelles! car, tandis que je ne verrai point le Seigneur mon Dieu dans l'éclat de sa gloire, tout ce que je vois, tout ce que j'en- tends en ce monde ne m'est rien. Vous m'êtes témoin, Seigneur, que je ne trouve nulle part de consolation, de repos en nulle créature; je ne puis en trouver qu’en vous seul, mon Dieu, que jé désire contempler éternellement. Mais cela ne peut être tant que je vivrai dans ce L’IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. corps mortel. Il faut donc que je me prépare à une grande patience, et que je soumette à votre volonté tous mes désirs. Car vos Saints, Seigneur, qui, ravis d’allégresse, règnent main- tenant avec vous dans le ciel, ont aussi, pen- dant qu'ils vivaient, attendu avec une grande foi et une grande patience l'avènement de votre gloire. Je crois ce qu'ils ont cru; ce qu'ils ont espéré, je l'espère; j'ai la confiance de parvenir, aidé de votre grâce, là où ils sont parvenus. Jusque-là, je marcherai dans la foi, fortifié par leurs exemples. J'aurai aussi les Livres saints pour me consoler et m'instruire, et par-dessus tout, votre sacré Corps, pour remède et pour refuge. 4. Car je sens que deux choses me sont ici- bas souverainement nécessaires, et que sans elles je ne pourrais porter le poids de cette misérable vie. Enfermé dans la prison du corps, j'ai besoin d'aliments et de lumière. C’est pourquoi vous avez donné à ce pauvre infirme votre chair sacrée, pour être la nour- riture de son âme et de son corps, et votre parole, pour luire comme une lampe devant ses pas. Je ne pourrais vivre sans ces deux choses: car la parole de Dieu est la lumière de l'âme, et votre Sacrement le pain de vie. On peut encore les regarder comme deux tables placées NU T VIN V Ie V MIN v GI S DIR V GEBUN CARTE MIS TN IE TE ss AS [Eee 0 Ÿ us CT ee LIVRE IV, CHAPITRE XI. dans les trésors de l’Église, L'une est la table de l'autel sacré, sur lequel repose un pain sanctifié, c’est-à-dire le Corps précieux de Jésus-Christ. L'autre est la table de la loi divine, qui contient la doctrine sainte, qui enseigne la vraie foi, qui soulève le voile du sanctuaire, et nous conduit avec sûreté jusque dans le Saint des saints. Je vous rends grâces, Seigneur Jésus, lumière de l’éternelle lumière, de nous avoir donné, par le ministère des prophètes, des apôtres et des autres docteurs, cette table de la doctrine sainte. 5. Je vous rends grâces, Ô Créateur et Ré- dempteur des hommes, de ce que, afin de manifester votre amour au monde, vous avez préparé un grand festin, où vous nous offrez pour nourriture, non l'agneau figuratif, mais votre très saint Corps et votre Sang. Dans ce sacré banquet, que partagent avec nous Îles Anges, mais dont ils goûtent plus vivement la douceur, vous comblez de joie tousles fidèles, et vous les enivrez du calice du salut, qui contient toutes les délices du ciel. 6. Oh! qu'elles sont grandes, qu’elles sont glorieuses les fonctions des prêtres, à qui il à été donné de consacrer le Dieu de majesté par des paroles saintes, de le bénir de leurs lèvres, de le tenir entre leurs mains, de le L'IMITATION DE JESUS-CHRIST. recevoir dans leur bouche, et de le distribuer aux autres hommes! Oh! qu’elles doivent être innocentes les mains du prêtre, que sa bouche doit être pure, son corps saint et son àme exempte des plus légères taches, pour rece- voir si souvent l’Auteur de la pureté! Il ne doit sortir rien que de saint, rien que d'hon- nête, rien que d’utile de la bouche du prêtre de Jésus-Christ. 1. Qu'ils soient simples et chastes les yeux qui contemplent habituellement le Corps de Jésus-Christ. Qu’elles soient pures et élevées au ciel les mains qui touchent sans cesse le Créateur, du ciel et de la terre. C'est aux prêtres surtout qu'il est dit dans la Loi: Soyez saints, parce que je suis saint, mot, le Seigneur votre Dieu.| 8. Que votre grâce nous aide, Ô Dieu tout- puissant! nous qui avons été revêtus du sacer- doce, afin que nous puissions vous servir dignement, avec une vraie piété et une con- science pure. Et si nous ne pouvons vivre dans une innocence aussi parfaite que nous le devrions, accordez-nous du moins de pleurer sincèrement nos fautes, et de former, en esprit d'humilité, la ferme résolution de vous servir désormais avec plus de ferveur. qui participe si fréquemment au Sacrement LIVRE IV, CHAPITRE XI. RÉFLEXION. Qu'est-ce que la terre? Un lieu d’exil, une vallée de larmes, comme l'appelle l'Église. L'homme y cherche dans les ténèbres la vérité, qui est la vie de son intelligence; il y cherche, au milieu de maux sans nombre, un bien, il ne sait quel bien, immense, inépuisable, éter- nel, qui est la vie de son cœur: et tout ce qu'il cherche lui échappe. Le doute, l'opinion, l'erreur, fatiguent sa raison épuisée. Ce qu’il a cru des biens se change en amertume. Il trouve au fond de tout le vide et l’ennui. Est-il seul, son âme retombe avec douleur sur elle- même: il a besoin de support, et malheur à lui sil met sa confiance dans les autres hommes! Ils se masquent pour le surprendre; ils profa- nent, pour le tromper, le nom d’ami; tandis que leur bouche lui sourit, ils lui tendent des pièges dans l’ombre, et quand, à force de ruses, de mensonges et de basses noirceurs, ils l'ont enveloppé de leurs rêts, tout à coup, se dévoilant, ils se ruent sur lui et le dévorent, comme l'hyène dévore sa proie. Lamentable condition! Mais Dieu n’a pas abandonné sa pauvre créature dans ces extrémités de la misère. Il l’éclaire par sa parole, il la soutient par sa grâce, il l'anime, il la console par la foi L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. d’une vie meilleure, par l'espérance de possé- der, après ces jours d’épreuve, le bien auquel elle aspire, le bien infini, qui est Lui-même. Et ces dons merveilleux d’un amour inénarra- ble, rassemblés, concentrés, en quelque sorte, dans la divine Eucharistie, y sont offerts à nos désirs sansautre mesure que ces désirs mêmes. Toutes les fois que nous approchons de cet auguste Sacrement, nous recevons en nous la Sagesse, la Lumière incréée, le Verbe de Dieu, la Parole vivante; nous recevons l’Auteur de la grâce, le Consommateur de la foi, le gage immortel de notre espérance; la chair crucifiée pour nous s'incorpore à notre chair, le sang qui a sauvé le monde se mêle à notre sang; un saint baiser unit notre âme à l’âäme du Rédempteur; sa Divinité nous pénètre, et con- sume en nous tout ce que le péché avait cor- rompu; l’ami fidèle repose dans notre sein, il nous parle, il nous dit: Pose-mot commeun sceau sur ton cœur; car l'amour est plus fori que la mort: et alors, embrasés de cet amour ardent comme le feu, nous ne voyons plus que le Bien-aimé, nous n'avons plus de vie que la sienne, et la tristesse de notre pèlerinage s’évanouit dans les joies du ciel. — O<70-—— an Ne or at PL) j in Wrne LIVRE IV, CHAPITRE XII. CHAPITRE XIT. QU ON DOIT SE PRÉPARER AVEC UN GRAND SOIN A LA SAINTE COMMUNION. VOIX DU BIEN-AIMÉ. ik suis l’ami de la pureté, et c'est de moi que vient toute sainteté. Je cherche un cœur pur, et là est Le lieu de mon repas. Préparez- moi un Cénicle bien orné, et je célébrerai chez vous la Päque avec mes disciples. Si vous vou- lez que je vienne à vous et que je demeure ‘en vous, purifiez-vous du vieux levain et nettoyez la maison de votre cœur. Bannissez- en les pensées du siècle et le tumulte des vices. Comme le passereau qui gémit sur un toit solitaire, rappelez-vous vos péchés dans l’amertume de votre âme. Car un ami prépare toujours à son ami le lieu le meilleur et le plus beau; et c’est ainsi qu'il lui fait connaître. avec quelle affection il le recoit. 2. Sachez cependant que vous ne pouvez, quels que soient vos propres efforts, vous préparer dignement, quand vous y emploie- riez une année entière, sans vous occuper Se AD On RES 2 AD Copa À| L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. d'autre chose. Maïs c’est par ma grâce et ma seule bonté qu’il vous est permis d'approcher de ma Table, comme un mendiant invité au festin du riche, et qui n’a, pour reconnaître ce bienfait, que d'humbles actions de grâces. M Faites ce qui est en vous, et faites-le avec un grand soin. Recevez, non pour suivre la M coutume ou pour remplir un devoir rigoureux, Mi e. HO mais avec crainte, avec respect, avec amour, M le corps du Seigneur bien-aimé, de votre M Dieu, qui daigne venir à vous. C'est moi qui vous appelle, qui vous commande de venir: je aln suppléerai à ce qui vous manque; venez et recevez-mol. sl 8. Lorsqué je vous accorde le don de la ferveur, remerciez-en votre Dieu;.car ce n’est[M pas que vous en soyez digne, mais parce que| j'ai eu pitié de vous. Si vous vous sentez, au lil contraire, aride, priez avec instance, gémis- sez et ne cessez point de frapper à la porte,‘li jusqu’à ce que vous obteniez quelque miette hi de ma table, ou une goutte des eaux salutaires hi de la grâce. Vous avez besoin de moi, et je n'ai pas besoin de vous. Vous ne venez pas à moi pour me sanctifier, mais c’est moi qui viens à vous pour vous rendre meilleur et plus saint. Vous venez pour que je vous sanctifie, et pour vous unir à moi, pour rece- Ur d'u udiv Tue QI VI v GI SIVIT MATE IV TEE LIVRE IV, CHAPITRE Xi, voir une grâce nouvelle, et vous enflammer d'une nouvelle ardeur d'avancer dans la vertu. Ne négligez point cette grâce; mais préparez votre cœur avec un soin extrême, et recevez-y votre bien-aimé.; 4, Mais il ne faut pas seulement vous exciter à la ferveur avant la Communion, il faut encore travailler à vous y conserver après; et là vigilance qui doit la suivre n’est pas moins nécessaire que la préparation qui la précède; car cette vigilance est elle-même la meilleure préparation pour obtenir une grâce plus grande. Rien, au contraire, n’éloigne davan- tage des dispositions où l’on doit être pour communier, que de se trop répandre au dehors en sortant de la Table sainte. Parlez peu, retirez-vous dans un lieu secret, et jouis- sez de votre Dieu. Car vous possédez Celui que le monde entier ne peut vous ravir. Je suis Celui à qui vous devez vous donner sans réserve, de sorte que, dégagé de toute in- quiétude, vous ne viviez plus en vous, mais en moi. RÉFLEXION. La préparation à la Pàaque nouvelle com- prend deux choses: il faut purifier le Cénacle, et il faut l’orner; c’est-à-dire que, pour rece- FT Dir c9 7 etc os pee) L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. voir dignement le Corps et le Sang de Jésus- Christ, l'âme doit être avant tout exempte de lj souillures, elle doit avoir été lavée dans les eaux de la pénitence, et ensuite s'être exer- cée à la pratique des vertus, qui la rendent agréable à Dieu. Ce qui plaît au Seigneur, ce qui attire ses grâces, c’est une profonde hu- milité, un souverain mépris de soi-même, une foi vive, un abandon parfait à ses volontés, le détachement de la terre et le désir des biens célestes, /a charité qui est douce, patiente, qui n'est point jalouse, qui n'agit point témé- rairement, qui ne S'enfle point d'orgueil, qui n'est point ambitieuse, qui ne cherche point ses intérêts, qui ne s'aigrit de rien, ne soup- conne point le mal, ne se réjouit point de l'injustice, mais se réjouit de la vérité; qui soufre tout, croit tout, espère tout, supporte EUR tout: charité vraiment divine, et, selon la in doctrine du grand Apôtre, préférable à tout ce qu'il y à de plus élevé. Quand je parlerais toutes les langues des hommes et le langage des Anges, si je n'ai point la charité, je suis| comme un airainsonnant, ou une cymbale reten- tissante. Et quand j'aurais le don de prophétie, quand je pénétrerais tous les mystères, etque|}, Je posséderais toute science, quand j'aurais la|, foi parfaite jusqu’à transporter les montagnes, 14e V Gi ST CID FT WIN CN FUI VIS LIVRE IV, CHAPITRE XII, si je n'ai point la charité, je ne suis rien. Et quand j'aurais distribué tous mes biens pour nourrir les pauvres, el livré mon corps aux flammes, si je n'ai point la charité, tout cela. ne me sert de rien. Ame chrétienne, qui as- pirez au banquet nuptial, imitez donc les Vierges sages: prenez de l'huile, allumez votre lampe, pour aller au-devant de l'Époux; car celles dont les lampes seront éteintes enten- dront cette parole terrible: En vérité, je ne vous connais point. A A 2 20 og 0 a a 8 6 gp 8 A 8 po oo 0 oo 2 pv EN CHAPITRE XIIL QUE LE FIDÈLE DOIT DÉSIRER DE TOUT SON COUR DE S'UNIR A JÉSUS-CHRIST DANS LA COMMUNION. VOIX DU DISCIPLE. u: me donnera, Seigneur, de vous trouver in et de vous ouvrir tout mon cœur, et de jouir de vous comme mon âme le désire; de sorte que je ne sois plus pour personne un objet de mépris, et que, étranger à toute créature, vous me parliez seul, et moi à vous, comme un ami parle à son ami, et s’assied avec à) eV erce RER RTE Te-C Ur L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. lui à la même table? Ce que je demande, ce vous, que mon cœur se détache de toutes les choses créées, et que, par la sainte Communion et la fréquente célébration des divins Mys- tères, j'apprenne à goûter les choses du ciel et de l'éternité. Ah! Seigneur mon Dieu, quand, m'oubliant tout à fait moi-même, serai-je par- faitement uni à vous, et absorbé en vous? Que je sois en vous, et vous en moi, et que cette union soit inaltérable! 2. Vous êtes vraiment mon bien-aimé, choisi entre mille, en qui mon àme se complaît et veut demeurer à jamais. Vous êtes le Roi pacifique; en vous est la paix souveraine et le vrai repos; hors de vous il n’y a que tra- vail, douleur, misère infinie. Vous éles vrai- ment un Dieu caché; vous vous éloignez des impies, mais vous aimez à converser avec les humbles et les simples.« Oh!'que votre tendresse « est touchante, Seigneur, vous qui, pour « montrer. à vos enfants tout votre amour, _« daignez les rassasier d’un pain délicieux qui « descend du ciel!» Certes, nul autre peuple, quelque grand qu'il soit, n’a des dieux qui s’approchent de lui, comme vous, mon Dieu; vous vous rendez présent à tous vos fidèles, vous donnant vous-même à eux chaque jour que je: désire, c’est d’être uni tout entier à. ll . LIVRE IV, CHAPITRE XII. pour être leur nourriture, et pour quils jouissent de vous, afin de les consoler et d’éle- ver leur cœur vers le ciel. 3. Quel est le peuple, en effet, comparable au peuple chrétien? Quelle est, sous le ciel, la créature aussi chérie que l’âme fervente, en qui Dieu daigne entrer pour la nourrir de sa chair glorieuse? O faveur ineffable! Ô con- descendance merveilleuse! Ô amour infini, qui n’a été montré qu’à l’homme! Mais que rendrai-je au Seigneur pour cette grâce, pour cette immense charité? Je ne puis rien offrir à mon Dieu qui lui soit plus agréable que de lui donner mon cœur sans réserve, et de m'unir intimement à lui. Alors mes entrailles tressailliront de joie, lorsque mon âme sera parfaitement unie à Dieu. Alors il me dira: Si vous voulez être avec moi, je veux être avec vous. Et je lui répondrai: Daignez demeu- rer avec moi, Seigneur; je désire ardemment d'être avec vous. Tout mon désir est que mon cœur vous soit uni. RÉFLEXION. « Je m'abandonne à vous, Ô mon Dieu! à « votre unité, pour être fait un avec vous; à « votre infinité et à votre immensité incom- « préhensible, pour m'y perdre et my af. ‘ 4 & A P 440 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST.. « °C « « {€ «C 2 æ SJ= m as ES LS 2= 2 an 2 LS An en m LS EN CS à= æ EN EN CS CN= NN CS EN LS 2 3 oublier moi-même; à votre sagesse infinie, pour y être gouverné selon vos desseins, et non pas selon mes pensées; à vos décrets éternels, connus et inconnus, pour m'y con- former, parce qu’ils sont tous également justes; à votre éternité, pour en faire mon bonheur; à votre toute-puissance, pour être toujours sous votre main; à votre bonté paternelle, afin que, dans le temps que vous m'avez marqué, vous receviez mon esprit entre vos bras; à votre justice, au- tant qu'elle justifie l’impie et le pécheur, afin que, d’impie et de pécheur, vous me fassiez juste et saint. Il n’y a qu'à cette justice qui punit les crimes que je ne veux pas m'abandonner: car ce serait m'aban- donner à la damnation que je mérite; et néanmoins, Seigneur, elle est sainte, cette justice, comme tous vos autres attributs; elle est sainte, et ne doit pas être privée de son sacrifice. Il faut donc aussi m'y aban- donner, et voici que Jésus-Christ se pré- sente, afin que je m'y abandonne en lui et par lui.» LIVRE IV, CHAPITRE XIV. D 0 8 0 0 oo 9 8 6 0 0 8 0 8 os 0 D D en Ge CHAPITRE XIV. DU DÉSIR ARDENT QUE QUELQUES AMES SAINTES ONT DE RECEVOIR LE CORPS DE JÉSUS-CHRIST. VOIX DU DISCIPLE. + OMBIEN est grande, 6 mon Dieu, l'abondance de douceur que vous avez réservée à ceux qui vous craignent! Quand je viens à consi- dérer avec quel désir et quel amour quelques âmes fidèles s’approchent, Seigneur, de votre Sacrement, alors je me confonds souvent en moi-même, et je rougis de me présenter à votre autel et à la table sacrée de la Commu- nion avec tant de froideur et de sécheresse; d'y porter un cœur si aride, si tiède, et de ne pointressentir cet attrait puissant, cette ardeur qu'éprouvent quelques-uns de vos serviteurs, qui, en se disposant à vous recevoir, ne sau- raient retenir leurs larmes, tant le désir qui les presse est grand, et leur émotion profonde. Ils ont soif de vous, à mon Dieu, qui êtes la source d’eau vive; et leur cœur et leur bouche souvrent également pour s’y désaltérer. Rien ne peut rassasier ni tempérer leur faim que ST J& NT 2 VOS EN Le eat(QD ê D Le 4 Ÿ[ n€\ 27(à 9 767 L X " N'a 4 UE RUES L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. votre sacré Corps, qu’ils recoivent avec une sainte avidité et les transports d’une joie inef- fable. 2. Oh! que cette ardente foi est une preuve sensible de votre présence dans le Sacrement! Car ils reconnaissent véritablement le Seigneur dans la fraction du pain, ceux dont le cœur est tout brülant lorsque Jésus est avec eux. Qu'une affection si tendre, un amour si vif, est souvent loin de moi! Soyez-moi propice, Ô bon Jésus, plein de douceur et de miséricorde! Ayez pitié d’un pauvre mendiant, et faites que j'éprouve, au moins quelquefois, dans la sainte ._ Communion, quelques mouvements de cet amour qui embrase tout le cœur, afin que ma foi s'affermisse, que mon espérance en votre bonté s’accroisse, et que, enflammée par cette manne céleste, jamais la charité ne s’éteigne en moi. 3. Dieu de bonté, vous êtes tout-puissant pour m’accorder la grâce que j'implore, pour me remplir de l'esprit de ferveur, et me visiter dans votre clémence, quand le jour choisi par vous sera venu. Car, encore que je ne brûle pas de la même ardeur que ces âmes pieuses, cependant, par votre grâce, j'aspire à leur ressembler, désirant et demandant d'être compté parmi ceux qui ont pour vous un si » à, 6 LIN il rue | IV, CHAPITRE XIV. vif amour, et d’entrer dans leur société sainte. RÉFLEXION. Avant le jour de la Päque, Jésus sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin. Ce fut alors qu'il institua la divine Eucha- ristie, comme pour perpétuer sa demeure au milieu des disciples qu'il avait aimés et de de tous ceux qu’il aimerait jusqu’à la consom- mation des siècles, accomplissant ainsi cette promesse: Je ne vous laisserai pas orphelins; je viendrai à vous; et il est venu, ÿ 4 habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité. Il est vrai que sa présence se dérobe à nos sens, mais elle n'en est ni moins réelle, ni moins efficace: ainsi je crois, Seigneur; ainsi j'adore. Si Jésus-Christ, en se donnant à nous dans le Sacrement de l'autel, ne se cou- vrait pas d'un voile, s’il ne retenait pas en soi une partie de sa lumière, s’il se montrait selon tout ce qu'il est, plus beau qu'aucun des en- fants des hommes, et avec une tendresse inef- fable aspirant à s'unir à nous,« corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit,» notre frêle Site Ÿ 10 9 9} L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. humanité ne pourrait supporter le poids d’une félicité semblable, et l'âme briserait ses liens mortels. C’est pourquoi le divin Sauveur a voulu ne se rendre visible qu’à la foi seule; et la foi suffit pour embraser de telles ardeurs les vrais fidèles, qu’il n’est rien sur la terre de comparable à leur amour. Aucune langue ne peut exprimer ce qui se passe, dans le secret du cœur, entre l’Époux et l'Épouse: ces trans- ports, ce calme, ces élans du désir, cette joie de la possession, ces chastes embrassements de deux âmes perdues l’une dans l’autre, cette douce langueur, ces paroles brülantes, ce silence plus ravissant. Ah! si vous saviez le don de Dieu, et quel est Celui qui vous dit: Donnez-moi à boire; vous lui demanderiez vous-même, et il vous donnerait de l’eau vive. Tous les saints lui ont demandé, et il a entendu leur voix, et il les a désaltérés à la source éter- nelle. Demandez aussi, priez, suppliez.'L’es- prit et l'épouse disent: Venez. Et que celui qui écoute, dise: Venez. Que celui qui a soif vienne, et que celui qui veut reçoive graluile- ment l'eau qui donne la vie. Et l'Epoux dit: Je viens. Ainsi soit-ul! Venez, Seigneur Jésus. gli LIVRE IV, CHAPITRE XV. ECO CCC 0-00 UHAPITRE XV. QUE LA GRACE DE LA DÉVOTION S'ACQUIERT PAR L'HUMILITÉ ET L'ABNÉGATION DE SOI-MÊME. VOIX DU BIEN-AIMÉ. L faut désirer ardemment la grâce de la fer- | veur, ne vous lasser jamais de la demander, lattendre patiemment et avec confiance, la recevoir avec gratitude, la conserver avec humilité, concourir avec zèle à son opération, et, jusqu’à ce que Dieu vienne à vous, ne vous point inquiéter en quel temps et de quelle manière il lui plaira de vous visiter. Vous devez surtout vous humilier lorsque vous ne sentez en vous que peu ou point de ferveur; mais ne vous laissez point trop abattre, et ne vous affligez point avec excès. Souvent Dieu donne en un moment ce qu'il a longtemps re- fusé; il accorde quelquefois à la fin de la prière ce qu’il a différé de donner au commence- ment. 2. Si la gràce était toujours donnée aussitôt qu'on la désire, ce serait une tentation pour la faiblesse de l’homme. C’est pourquoi l’on NAS| Ce) 446 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST.| | pe 2 AS G doit attendre la grâce de la ferveur avec une 1 #4 confiance ferme et une humble patience. Lors- né qu’elle vous est cependant ou refusée ou ôtée pr secrètement, ne l’imputez qu'à vous-même et à vos péchés. C’est souvent peu de chose qui cb arrête ou qui affaiblit la grâce, si pourtant si l'on peut appeler peu de chose et si l’on ne Al doit pas plutôt compter pour beaucoup ce qui Ft nous prive d’un si grand bien. Mais, quel que AL D? soit cet obstacle, si vous le surmontez parfai- Le tement, vous obtiendrez ce que vous demandez. pull SL. 3. Car, dès que vous vous serez donné à LE Dieu de tout votre cœur, et que, cessant ax d’errer d'objets en objets au gré de vos désirs, 1 vous vous serez remis entierement entre ses mains, vous trouverez la paix dans cette %é > ? LS à EL D Reel union, parce que rien ne vous sera doux que mqu Se ce qui peut lui plaire. Quiconque élèvera donc iqer Pi son intention vers Dieu avec un cœur simple, lo fa ct se dégagera de tout amour et de toute 1x AU aversion déréglée des créatures, sera propre M x 1 à recevoir la grâce et digne du don de la fer- our SA veur. Car Dieu répand sa bénédiction où il Lt ee trouve des vases vides; et plus un homme re- up U SLA nonce parfaitement aux choses d'ici bas, plus ml PS 2 il se méprise et meurt à lui-même, plus la h À FRA grâce vient à lui promptement, plus elle rem- pi vue Ÿ plit son cœur, et l’affranchit et l'élève. 4 FIL A JIU FT VIV 7 Vie 7 GI v VW VID PUISE MIS VUE EP TETE avet(le te, Lin. € ul née el) pour up cg quel 2 pal alt LIVRE IV, CHAPITRE XV. 44 4. Alors, ravi d’étonnement, il verra ce qu'il n'avait point vu, et il sera dans l'abon- dance, et son cœur se dilatera, parce que le Seigneur est avec lui, et qu’il s’est lui-même remis, sans réserve et pour toujours, entre ses mains. C’est ainsi que sera béni l’homme qui cherche Dieu de tout son cœur, et qui n'a pas reçu Son âme en vain. Ce disciple fidèle, en rece- vant la sainte Eucharistie, mérite d'obtenir la grâce d’une union plus grande avec le Seigneur, parce qu'il ne considère point ce qui lui est doux, ce qui le console, mais, au- dessus de toute douceur et de toute conso- lation, l'honneur et la gloire de Dieu. RÉFLEXION. Bien qu’on doive aimer Dieu pour lui seul, il est permis de désirer ses dons, pourvu qu'on demeure pleinement soumis à sa vo- lonté sainte. Les grâces les plus précieuses ne sont pas toujours les grâces senties, celles qui, pour ainsi dire, inondent l’âme de lu- mière et de joie. Elles peuvent, si l'on n'y prend garde, exciter la vaine complaisance. Souvent il est plus sûr de marcher en cette vie dans les ténèbres de la pure foi, d’être éprouvé par la tristesse, la souffrance, l’amer- tume, et de porter la croix intérieure comme 1 NE*| (M e) 448 LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST. LES Jésus, lorsqu'il s’écriait: Mon Père, pourquoi $< m'avez-vous délaissé? Alors tout orgueil est JeX 2) abattu; on ne trouve en soi qu'infirmité on s’humilie sous la main qui frappe, mais qui frappe pour guérir, et ce saint exercice d'abnégation, plus méritoire pour l’âme fidèle et plus agréable à Dieu qu'aucune ferveur sensible, attendrit le céleste Époux et le ra- mène près de l'Épouse qui, privée de son bien-aimé, veillait dans sa douleur, semblable au passereau solilaire qui gémit sur le toit. Il se découvre à elle dans la divine Eucha- ristie; il la console, il essuie ses larmes, il lui prodigue ses chastes caresses, il l’'embrase de son amour, comme les disciples d'Em- maüs, alors qu'ils disaient: Notre cœur n’étail- il pas tout brülant au dedans de nous, lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et nous ouvrail les Écritures? Seigneur, je m'avoue indigne de goûter ces ravissantes douceurs. Je con- nais mon iniquilé, et mon péché est sans cesse devant moi. Que me devez-vous, sinon la rigueur et le châtiment? Et toutefois j'oserai implorer votre miséricorde immense: je m'approcherai, le front contre terre, de la source d’eau vive, espérant que votre pitié en laissera tomber quelques gouttes sur mon âme aride: Accordez-moi, Seigneur, ce ra- LIVRE IV, CHAPITRE XVI. 449 fraichissement avant que. je m'en aille, et bientôt je ne serai plus. 8 8 D 1 2 CHAPITRE XVI. QU'IL FAUT, DANS LA COMMUNION, EXPOSER SES BESOINS A JÉSUS-CHRIST ET LUI DEMANDER SA GRACE. VOIX DU DISCIPLE. se plein de tendresse et de bonté, que je désire recevoir en ce moment avec un pieux respect, vous connaissez mon in- firmité et mes pressants besoins; vous savez en combien de maux ct de vices je suis plongé, quels sont mes peines, mes tenta- tions, mes troubles et mes souillures. Je viens à vous chercher le remède, pour obte- nir un peu de soulagement et de consolation. Je parle à Celui qui sait tout, qui voit tout ce qu'il y a de plus secret en moi, et qui seul peut me secourir et me consoler parfaitement. Vous savez quels biens me sont principale- ment nécessaires, et combien je suis pauvre en vertus. 2. Voilà que je suis devant vous, pauvre et nu, demandant votre grâce, implorant EN A _ 52224 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. votre miséricorde. Rassasiez ce mendiant affamé, réchauffez ma froideur du feu de votre amour, éclairez mes ténèbres par la lumière de votre présence. Changez pour moi toutes les choses de la terre en amer- tume; faites que tout ce qui m'est dur et pénible fortifie ma patience; que je méprise et que j'oublie tout ce qui est créé, tout ce qui passe. Élevez mon cœur à vous dans le ciel, et ne me laissez pas errer sur la terre. Que, de ce moment et à jamais, rien ne me soit doux que vous seul, parce que vous seul êtes ma nourriture, mon breuvage, mon amour, ma joie, ma douceur et tout mon bien. 8. Oh! que ne puis-je, enflammé, embrasé par votre présence, être transformé en vous, de sorte que je devienne un même esprit avec vous, par là grâce d’une union intime et par l’effusion d’un ardent amour! Ne souf- frez pas que je m'éloigne de vous sans m'être rassasié et désaltéré; maïs usez envers moi de la même miséricorde dont vous avez sou- vent usé avec vos Saints d'une manière si merveilleuse. Qui pourrait s'étonner qu'en m'approchant de vous je fusse entièrement consumé de votre ardeur, puisque vous êtes un feu qui brûle toujours et ne s'éteint ja- ts LS LIVRE IV, CHAPITRE XVI. mais, Un amour qui purifie les cœurs et qui éclaire l'intelligence?| RÉFLEXION. Ce n'est point en nous efforcant d'élever notre esprit à de sublimes pensées que nous recueillerons le fruit de la-sainte Commu- nion; mais en adorant, pleins d'amour, Jésus-Christ en nous, en lui ouvrant notre cœur avec une grande confiance et une grande simplicité, comme un ami parle à son am. Nous avons des besoins, il faut les lui exposer. Nous sommes couverts de plaies, il faut les lui montrer, afin qu'il les lave dans son divin Sang. Nous sommes faibles, il faut lui demander de ranimer nos forces. Nous sommes nus, affamés, altérés, il faut lui dire: Ayez pitié de ce pauvre mendiant. De lui dé- coulent toutes les grâces. Écoutez ses pa- roles: Je suis la résurrection et la vie: celui qui croit en moi, encore qu’il soit mort, vivra; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra point à jamais. Croyez-vous ainsi? «CO chrétien! je ne te dis plus rien: c’est « Jésus-Christ; qui te parle en la personne de «Marthe; réponds avec elle: Oui, Seigneur, «je crois que vous éles le Christ, fils du Dieu «vivant, qui éles venu en ce monde.» Ajoutez 2 AR AUR ARE L'. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST.: avec saint Paul:« Afin de sauver les pécheurs, « desquels je suis le premier. Crois donc, âme « chrétienne, adore, espère, aime. O Jésus! « Ôtez les voiles, et que je vous voie. O Jésus! « parlez dans mon cœur, et faites que je vous « écoute. Parlez, parlez, parlez; il n’y a plus «qu’un moment: parlez. Donnez-moi des « larmes pour vous répondre: frappez la « pierre; et que les eaux d’un amour plein « d'espérance, pénétré de reconnaissance « coulent jusqu’à terre.» À 8 po pe Po pa 2 1 ou a A 8 a oo og go ag Bo RE ox A 2 pr CHAPITRE XVIL DU DÉSIR ARDENT DE RECEVOIR JÉSUS-CHRIST, VOIX. DU BIEN-AIMÉ. «free je désire vous recevoir avec un pieux et ardent amour, avec toute la ten- dresse et l’affection de mon cœur, comme vous ont désiré dans la Communion tant de Saints et de fidèles qui vous étaient si chers à cause de leur vie pure et de leur fervente piété. O mon Dieu! Amour éternel, mon unique bien, ma félicité toujours durable, je fu A LIVRE IV, CHAPITRE XVII. désire vous recevoir avec toute la ferveur, tout le respect qu'ait jamais pu ressentir aucun de vos Saints. 2. Et quoique je sois indigne d'éprouver ces admirables sentiments d'amour, je vous offre cependant toute l'affection de mon cœur, comme si j'étais animé seul de ces désirs en- flammés qui vous sont si agréables. Tout ce que peut concevoir et désirer une âme pieuse, je vous le présente, je vous l'offre, avec un respect profond et une vive ardeur. Je ne veux rien me réserver; mais je veux vous offrir sans réserve le sacrifice de moi-même et de tout ce qui est à moi. Seigneur mon Dieu, mon Créateur et mon Rédempteur, je désire vous recevoir aujourd’hui avec autant de fer- veur et de respect, avec autant de zèle pour votre gloire, avec autant de reconnaissance, de sainteté, d'amour, de foi, d'espérance et de pureté, que vous désira et vous recut votre sainte Mère, la glorieuse Vierge Marie, lors- que, l’Ange lui: annonçant le mystère de l’In- carnation, elle répondit avec une pieuse humi- lité: Voici la servante du Seigneur; qu’il me soil fait selon votre parole. 3. Et de même que votre bienheureux pré- curseur, le plus grand des Saints, Jean-Baptiste, lorsqu'il était encore dans le sein de sa Mère, A ë ‘ AE à,€ PERTE CONTES s il ANNE Jeng } LP EE. B. v « "1 L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. TE CRT CN: tressaillit de joie en votre présence, par un mouvement du Saint-Esprit, et que, vous voyant ensuite converser avec les hommes, il disait avec un tendre amour et en s’humiliant profondément: L’ami de l'Époux, qui est près de lui et qui l'écoute, est ravi d’'allégresse, parce qu’il entend la voix de l'Époux; ainsi je vou- drais être embrasé des plus saints, des plus ardents désirs, et m'offrir à vous de toute l'affection de mon cœur. C’est pourquoi je vous offre tous les transports d'amour et de joie, les extases, les ravissements, les révéla- tions, les visions célestes de toutes les âmes saintes, avec les hommages que vous rendent et vous rendront à jamais toutes les créatures dans le ciel et sur la terre; je vous les offre ainsi que leurs vertus, pour moi et pour tous ceux quise sont recommandés à mes prières, afin qu'ils célèbrent dignement vos louanges et vous glorifient éternellement. 4, Seigneur mon Dieu, recevez mes vœux et le désir qui m'anime de vous louer, de vous bénir, avec l'amour immense, infini, dû à votre ineffable grandeur. Voilà ce que je vous offre, et ce que je voudrais vous offrir chaque jour et à chaque moment; et je prie et je conjure, de tout mon cœur, tous les esprits célestes et tous vos fidèles serviteurs de s'unir à moi [21 à À SAR NN ONE ONE AS NA Te| l EE LIVRE IV, CHAPITRE XVII. pour vous louer et vous rendre de dignes actions de grâces. 5. Que tous les peuples, toutes les tribus, toutes les langues vous bénissent, et célèbrent, dans des transports de joie et d'amour, la dou- ceur et la sainteté de votre nom. Que tous ceux qui offrent avec révérence et avec piété les divins Mystères, et qui les recoivent avec une pleine foi, trouvent devant vous grâce et miséricorde, et qu'ils prient avec instance pour moi, pauvre pécheur. Et lorsque, après s'être unis à vous selon leurs pieux désirs, ils se retireront de la Table sainte rassasiés et consolés merveilleusement, qu'ils daignent se souvenir de moi, qui languis dans l'indigence. D RÉFLEXION. « Que cet adorable Sacrement opère en moi, Ô mon Sauveur! la rémission de mes péchés; que ce Sang divin me purilie; qu'il lave toutes les taches qui ont souillé cette robe nuptiale dont vous m'aviez revêtu dans le baptème, afin que je puisse m’asseoir avec assurance au banquet des noces de votre Fils. Je suis, je l'avoue, une âme pécheresse, une épouse infidèle, qui ai manqué une infi- « nité de fois à la foi donnée: Mais revenez, « me dites-vous, à Seigneur|! revenez, je vous mn 2 PSS S mm PR 0 7 M. À 2» ES L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. recevrai, pourvu que vous ayez repris votre première robe, et que vous portiez, dans l'anneau que l'on vous met au doigt, la marque de l’union où le Verbe divin entre avec vous. Rendez-moi cet anneau mysti- que; revêtez-moi de nouveau, Ô mon Père, comme un enfant prodigue qui retourne à vous, de cette robe de l'innocence et de la sainteté que je dois apporter à votre Table. C'est l'immortelle parure que vous nous de- mandez, vous qui êtes en même temps . l'époux, le convive et la victime immolée qu’on nous donne à manger. Cest à cette Table mystérieuse que l'on trouve l’accom- plissement de cette parole: Qui me mange vivra par moi. Qu'elle s’accomplisse en moi, Ô mon Sauveur! que j'en sente l'effet: trans- formez-moi en vous, et que ce soit vous- même qui viviez en moi. Mais, pour cela, que je m'approche de ce céleste repas avec les habits les plus magnifiques; que jy vienne avec toutes les vertus; que j’y coure avec une joie digne d’un tel festin et de la viande immortelle que vous m'y donnez.» Le Al à droit Ps {nd le à (Na une LIVRE IV, CHAPITRE XVII. CHAPITRE XVIIL. QU ON NE DOIT POINT CHERCHER A PÉNÉTRER LE MYSTÈRE DE L'EUCHARISTIE, MAIS QU'IL FAUT SOUMETTRE SES SENS A LA FOI.| VOIX DU BIEN-AIMÉ. | ARS du désir curieux et inutile de sonder ce profond mystère, si vous ne voulez pas vous plonger dans un abîme de doutes. Celui qui scrute la majesté sera acca- blé par la gloire. Dieu peut faire plus que l'homme ne peut comprendre. On ne défend pas une humble et pieuse recherche de la vé- rité, pourvu qu'on soit toujours prêt à se laisser instruire, et qu'on s'attache fidèlement à la sainté doctrine des Pères. 2. Heureuse la simplicité qui laisse le sentier des questions difficiles, pour marcher dans la voie droite et sûre des commandements de Dieu. Plusieurs ont perdu la piété en voulant approfondir ce qui est impénétrable. Ce qu’on demande de vous, c’est la foi et une vie pure, et non une intelligence. qui pénètre la profon- deur des mystères de Dieu. Si vous ne com- a) 458 L’IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. A0) Pope prenez pas ce qui est au-dessous de vous, W/Æns comment comprendrez-vous ce qui est au- dessus? Soumettez-vous humblement à Dieu, captivez votre raison sous le joug de la foi; et vous recevrez la lumière de la science, selon qu'il vous sera utile ou nécessaire. 3. Plusieurs sont violemment tentés sur la foi à ce Sacrement; mais il faut l’imputer moins à eux qu'à l'ennemi. Ne vous troublez point, ne disputez point avec vos pensées, ne répondez point aux doutes que le démon vous suggère, mais croyez à la parole de Dieu, croyez à ses Saints et à ses Prophètes, et l’es- prit de malice s’enfuira loin de vous. Il est souvent très utile à un serviteur de Dieu d’être éprouvé ainsi. Car le démon ne tente point les infidèles et les pécheurs qui sont à lui déjà; mais il attaque et tourmente de diverses manières les âmes pieuses et fidèles. 4. Allez donc avec une foi simple et inébran- lable, et recevez le Sacrement avec un humble respect, vous reposant sur la toute-puissance de Dieu de ce que vous ne pourrez com- prendre. Dieu ne trompe point; mais celui qui se croit trop lui-même est souvent trom- pé. Dieu s'approche des simples; il se révèle aux humbles, il donne l'intelligence aux petits, et il cache sa grâce aux curieux et aux su- V Site Ÿ d'% CIO VO PT 7 Ti__. , il ge q tou ar tre irloU “et bal vapré xJEITÉ kquel yo fin =] } 1 pie nde| ligue, inde de men jen nd x fnte LAN LIVRE IV, CHAPITRE XVII. perbes. La raison de l’homme est faible et se trompe aisément; mais la vraie foi ne peut ètre trompée.| 5. La raison ettouteslesrecherches naturelles doivent suivre la foi, et non la précéder ni la combattre. Car la foi et l'amour s'élèvent par- dessus tout, et opèrent d’une manière inconnue dans le très saint et très auguste Sacrement. Dieu,éternel,immense, infiniment puissant,fait dans le ciel et sur la terre des choses grandes, incompréhensibles, et nul ne saurait pénétrer ses merveilles. Si les œuvres de Dieu étaient telles que la raison de l’homme pûtaisément les comprendre, elles cesseraient d’être merveil- leuses,et ne pourraient être appelées ineffables. RÉFLEXION. L'impie veut savoir, et c’est là sa perte. Il demande le salut à la science, il le demande à l'orgueil, il se le demande à lui-même: et du fond de son intelligence ténébreuse, de sa nature impuissante et dégradée, sort une ré- ponse de mort. Chrétiens, ne l’oubliez jamais, le juste vit de la foi. Vivez donc de la foi, en vivant de l’adorable Eucharistie, qui en est la plus forte comme la plus douce épreuve. Celui qui est la voie, la vérité, la vie, Jésus- Christ, fils de Dieu, a parlé; il a dit: Ceci est , DA Q£ Ce 460. L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. #4 Mon corps; ceci est mon sang. Le croyez-vous 4 ainsi? Oui, je le crois ainsi, Seigneur. Le ciel et la lerre passeront, mais vos paroles ne pas- seront point. Je crois et je confesse que ce qui était du pain est vraiment votre corps, que ce qui était du vin est vraiment votre sang. Mon esprit se soumet et impose si- lence aux sens révoltés. Dieu a tant aimé l'homme qu’il a donné pour lui son Fils unique; et, pour compléter, pour perpétuer à ja- mais ce grand don, le Fils aussi se donne à homme, tous les jours, à la Table sainte, réellement et substantiellement. Encore un coup, je crois, Seigneur, 7e crois à l’amour que Dieu a eu pour nous, à l'amour du Père, à l'amour du Fils; et cet amour infini ex- plique tout, éclaircit tout, satisfait à tout. Qu'importe que nous comprenions? Ne sa- vons-nous pas que vos voies sont impéneé- trables, et que celui qui scrute la majesté sera opprimé par la gloire? Notre bonheur est de croire sans comprendre; notre bonheur est de nous plonger, les yeux fermés, et de nous perdre dans l'abîme incompréhensible de votre amour. Que la raison superbe et con- tentieuse se taise donc; qu’elle cesse d’op- poser insolemment sa faiblesse à votre toute- puissance. À ses doutes, à ses demandes cu- CRC"LL" X BOUM NTI 1% M fr jet MU, ka made dir à VASE RE es AA NP LIVRE IV, CHAPITRE XVII. 461 rieuses, nous n'avons qu'une réponse: Dieu a tant aimé! et cette réponse suffit, et nulle autre ne suffit sans elle. Elle pénètre comme une vive lumière au fond du cœur en état de l'entendre, du cœur qui croit à l'amour, qui sait et qui sent ce que c’est que d'aimer. Vous vous étonnez qu’un Dieu se cache sous les faibles apparences d’un pain terrestre et cor- ruptible, que le Sauveur des hommes se soit fait leur aliment; vous hésitez, votre foi chan- celle: c’est que vous n'aimez pas! Et vous, àmes croyantes, âmes fidèles, allez à l’autelavec joie, fermeté, confiance; allez à Jésus, allez au banquet mystérieux de l’amour.« Et où irions- nous, Seigneur? Quoi! à la chair et au sang, à la raison, à la philosophie? aux sages du monde? aux murmurateurs, aux incrédules, à ceux qui sont encore tous les jours à nous demander: Comment nous peut-il donner sa chair à manger? comment est-il dans le ciel, si, en mème temps, on le mange sur la terre? Non, Seigneur, nous ne voulons point aller à eux, ni suivre ceux qui vous quittent. Nous suivrons saint Pierre, et nous dirons: Maître, où irions-nous? Vous avez les pa- roles de la vie éternelle.» mn = 2 EN en = = = un EN Zn Ps ES a = 2m EN Du ES æ = cn EN PRIÈRES PENDANT LA MESSE X Avant la Messe. Je me présente, Ô mon adorable Sauveur, devant les saints autels, pour assister à votre divin sacrifice. Daignez, Ô mon Dieu, m'en appliquer tout le fruit que vous souhaitez que j'en retire, et suppléez aux dispositions qui me manquent. Disposez mon cœur aux doux effets de votre bonté, fixez mes sens, réglez mou esprit, puri- fiez mon àme, effacez par votre sang tous les péchés dont vous voyez que je suis coupable. Oubliez-les tous, Ô Dieu de miséricorde; je les déteste pour l'amour de vous, je vous en demande trèshumblement pardon, pardonnant moi-même de bon cœur à tous ceux qui au- raient pu m'offenser. Faites, Ô mon doux Jésus, qu’unissant mes intentions aux vôtres, je me sacrifie tout à vous, comme vous vous sacri- fiez entièrement pour moi. L (OR PRIÈRES PENDANT LA MESSE. Commencement de la Messe. C’est en votre nom, adorable Trinité, c’est pour vous rendre l'honneur et les hommages qui vous sont dus, que j'assiste au très saint ct très auguste Sacrifice. Permettez-moi, divin Sauveur, de m’unir d'intention au ministre de vos autels, pour offrir la précieuse Victime de mon salut, et donnez-moi les sentiments que j'aurais dû avoir sur le Calvaire si j'avais assisté au Sacri- fice sanglant de votre Passion. Confiteor. A Je m'accuse devant vous, Ô mon Dieu, de tous les péchés dont je suis coupable. Je m'en accuse en présence de Marie, la plus pure de toutes les Vierges, de tous les Saints et de tous les fidèles, parce que j'ai péché en pensées, en paroles, en actions, en omissions, par ma faute, oui, par ma faute, et par ma très grande faute. C’est pourquoi je conjure la très sainte Vierge et tous les Saints de vouloir intercéder pour moi. Seigneur, écoutez favorablement ma prière, et accordez-moi l’indulgence, l’absolution et la rémission de tous mes péchés. : PRIÈRES Kyrie eleison. Divin Créateur de nos âmes, ayez pitié de l'ouvrage de vos mains. Père miséricordieux, faites miséricorde à vos enfants. Auteur de notre salut, immolé pour nous, appliquez-nous les mérites de votre mort et de.votre précieux sang. Aimable Sauveur, doux Jésus, ayez com- passion de nos misères, pardonnez-nous nos péchés. Gloria in excelsis. Gloire à Dieu dans le ciel, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Nous vous louons, Seigneur, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions, nous vous rendons de très humbles actions de grâces, dans la vue de votre grande gloire, vous qui êtes le Seignenr, le souverain Monarque, le Très-Haut, le seul vrai Dieu, le Père tout- puissant.| Adorable Jésus, Fils unique du Père, Dieu et Seigneur de toutes choses, Agneau envoyé de Dieu pour effacer les péchés du monde, ayez pitié de nous, et, du haut du ciel où vous régnez avec votre Père, jetez un regard de compassion sur nous. Sauvez-nous, vous êtes QT Le, =.€ Ke SA\ VAE La PENDANT LA MESSE. le seuliñfiniment adorable, avecle Saint-Esprit, dans la gloire du Père. Ainsi soit-il. Oraison. Accordez-nous, Seigneur, par l’intercession de la Sainte Vierge et des Saints que nous honorons, toutes les grâces que votre Ministre vous demande pour lui et pour nous. M'unis- sant à lui, je vous fais la même prière en faveur de ceux et de celles pour qui je suis obligé de prier, et je vous demande, Seigneur, pour eux et pour moi, tous les secours que vous savez nous être nécessaires, afin d’obte- nir la vie éternelle, au nom de J.-C. N.-S. Épiître. Mon Dieu, vous m'avez appelé à la connais- sance de votre sainte loi, préférablement a tant de personnes qui vivent dans l'ignorance de vos mystères; je l'accepte de tout mon cœur cette divine loi, et j'écoute avec respect les sacrés oracles que vous avez prononcés par la bouche de vos Prophètes; je les révère avec toute la soumission qui est due à la parole d'un Dieu, et j’en vois l’accomplissement avec toute la joie de mon âme. Que n’ai-je pour vous, Ô mon Dieu, un cœur semblable à celui des Saints de votre ancien PRIÈRES Testament! Que ne puis-je vous désirer avec l’ardeur de vos Patriarches, vous connaître et vous révérer comme les Prophètes, vous aimer et m'attacher uniquement à vous comme les Apôtres| Évangile. Ce ne sont plus, Ô mon Dieu, les Prophètes ni les Apôtres qui vont m'instruire de mes devoirs; c’est votre Fils unique, c’est sa parole que je vais entendre. Mais, hélas! que me servira d'avoir cru que c’est votre parole, Seigneur Jésus, si je n’agis pas conformément à ma croyance? Que me servira, lorsque je paraîtrai devant vous, d’avoir eu la foi, sans le mérite de la charité et des bonnes œuvres? Je crois, et je vis comme si je ne croyais pas, ou comme si je croyais un Evangile contraire au vôtre. Ne me jugez pas, Ô mon Dieu, sur cette opposition perpétuelle que je mets entre vos maximes et ma conduite. Je crois, mais inspirez-moi le courage et la force de pratiquer ce que je crois. À vous, Seigneur, en reviendra toute la gloire. Credo. Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puis- sant, créateur de l'univers; en notre Seigneur PENDANT LA MESSE. Jésus-Christ, son Fils unique, parfaitement semblable à lui, saint, puissant, éternel, Dieu comme lui. Je crois que ce Fils adorable s’est fait homme pour l'amour de nous, qu'il a souffert, qu’il est mort, qu'il est ressuscité, qu'il est monté au ciel, qu’il en descendra pour juger tous les hommes, et qu’ensuite il continuera un règne éternellement heureux. Je crois au Saint-Esprit, Dieu comme le Père et le Fils, procédant de l’un et de l’autre, et partageant la même gloire avec eux; source de vie, auteur de la sanctification des hommes, et la lumière des Prophètes. Je crois en une Eglise sainte, catholique, apostolique; un baptème institué pour la rémission des péchés; et, plein de confiance en la miséricorde de mon Dieu, j'attends la résurrection des morts et la vie éternelle. Ainsi soit-il. Offertoire. Père infiniment saint, Dieu tout-puissant et éternel, quelque indigne que je sois de pa- raître devant vous, j'ose vous présenter cette hostie par les mains du Prêtre, avec l'intention qu'avait Jésus-Christ mon Sauveur lorsqu'il institua ce Sacrifice, et qu’il a encore au mo- ment où il s'immole ici pour moi. Je vous l'offre pour reconnaître votre sou- AC Li | L | pr F 7 ï F f r = SET) S PAU ANSEN ST At) r SG AND ER ET TRE F1 468 PRIÈRES là (E (ER verain domaine sur moi et sur toutes les créatures; je vous l’offre pour lexpiation de| mes péchés, et en actions de grâces de tous Ai les bienfaits dont vous m’avez comblé. Lie Je vous l'offre enfin, mon Dieu, cet auguste Sacrifice, afin d'obtenir de votre infinie bonté, pour moi, pour mes parents, pour mes bien- faiteurs, mes amis et mes ennemis, ces grâces A EN] Pa ] [A A0 x Warci EJ D: précieuses du salut qui ne peuvent nous être > accordées qu’en vue des mérites de Celui qui jo 5 est le Juste par excellence, et qui s’est fait li En 2 À victime de propitiation pour tous. Mais, en vous offrant cette adorable Victime, je vous recommande, à mon Dieu, toute l'Eglise catholique, N. S.P. le Pape, notre Archevèque, tous les Pasteurs des âmes, les Princes chré- tiens, et tous les peuples qui croient en vous. Souvenez-vous aussi, Seigneur, des fidèles trépassés, et, en considération des mérites de votre Fils, donnez-leur un lieu de rafraichis- sement, de lumière et de paix. N'oubliez pas, mon Dieu, vos ennemis et les miens; ayez pitié de tous les infidèles, des hérétiques et de tous les pécheurs: comblez de bénédictions ceux qui me persécutent, et pardonñez-moi mes péchés comme je leur pardonne tout le mal qu’ils me font, ou qu'ils voudraient me faire. Ainsi soit-il. PR ACR AS À w % LRU MAN e ri Y E re Ÿ D PENDANT LA MESSE. Préface. Voici l’heureux moment où le Roi des anges et des hommes va paraître. Seigneur, rem- plissez-moi de votre esprit; que mon cœur, dégagé de la terre, ne pense qu’à vous. Quelle obligation n’ai-je pas de vous bénir et de vous louer en tout temps et en tout lieu, Dieu du ciel et de la terre, Maître infiniment grand, Père tout-puissant et éternel! Rien n’est plus juste, rien n’est plus avan- tageux que de nous unir à J.-C. pour vous adorer continuellement. C’est par lui que tous les Esprits bienheureux rendent leurs hom- mages à votre Majesté; c’est par lui que toutes les Vertus du ciel, saisies d’une frayeur res- pectueuse, s'unissent pour vous glorifier. Souffrez, Seigneur, que nous joignions nos faibles louanges à celles de ces saintes Intel- ligences, et que, de concert avec elles, nous disions dans un transport de joie et d’admi- ration: Sanctus. Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées. Tout l'univers est rempli de sa gloire. Que les Bienheureuxle bénissent dans le ciel! Béni soit Celui qui nous vient surla terre, Dieu et Seigneur comme celui qui l'envoie! 470 PRIÈRES Le Ganon. Nous vous conjurons, au nom de Jésus-Christ votre Fils et notre Seigneur, à Père infiniment miséricordieux, d’avoir pour agréable et de bénir l’offrande que nous vous présentons, afin qu'il vous plaise de conserver, de défendre et de gouverner votre sainte Eglise catholique, avec tous les membres qui la composent, le Pape, notre Archevêque, et généralement tous ceux qui font profession de notre sainte Foi. Nous vous recommandons en particulier, Seigneur, ceux pour qui la justice, la recon- naissance et la charité nous obligent de prier, tous ceux qui sont présents à cet adorable Sacrifice, et particulièrement N. et N. Et afin, grand Dieu, que nos hommages vous soient plus agréables, nous nous unissons à la glo- rieuse Marie toujours Vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, à tous vos Apôtres, à tous les bienheureux Martyrs, et à tous les Saints et Saintes du paradis. Que n’ai-je en ce moment, à mon Dieu, les désirs enflammés avec lesquels les saints Pa- triarches souhaitaient la venue du Messie! Que n’ai-jeleur foi et leur amour!Venez, Seigneur Jésus, venez, aimable Réparateur du monde, venez accomplir un mystère qui est l’abrégé de PENDANT LA MESSE. toutes vos merveilles. Il vient, cet Agneau de Dieu; voici l’adorable Victime par qui tous les péchés du monde sont remis. Élévation. Verbe incarné, divin Jésus, vrai Dieu et vrai homme, je crois que vous êtes ici présent, je vous y adore avec humilité, je vous aime de tout mon cœur, et, comme vous y venez pour l'amour de moi, je me consacre entièrement à vous. J'adore ce Sang précieux que vous avez répandu pour tous les hommes, et j'espère, Ô mon Dieu, que vous ne l’aurez pas versé inu- tilement pour moi. Faites-moi la grâce de m'en appliquer les mérites. Je vous offre le mien, aimable Jésus, en reconnaissance de cette charité infinie que vous avez eue de donner le vôtre pour l'amour de moi. Suite du Canon. Quelles seraient donc désormais ma malice et mon ingratitude, si, après avoir vu ce que je vois, je consentais à vous offenser! Non, mon Dieu, je n’oublierai jamais ce que vous me représentez par cette auguste cérémonie: les souffrances de votre Passion, la gloire de votre résurrection, votre Corps tout déchiré, votre " lis à de,€ A '; Ps F1 its© LA cr si à 2 = TE sh ».& » , », 64 PRIÈRES Sang répandu pour nous, réellement presenis à mes yeux sur cel autel. C'est maintenant, éternelle Majesté, que nous vous offrons de votre grâce, véritable- ment et proprement, la Victime pure, sainte et sans tache, qu'il vous a plu de nous donner vous-même, et dont toutes les autres n'étaient que la figure. Oui, grand Dieu, et nous le croyons fermement, il y à ici plus que tous les sacrifices d’Abel, d'Abraham et de Melchi- sédech, la seule victime digne de votre autel, notre Seigneur Jésus-Christ votre fils, l'unique objet de vos éternelles complaisances. Que tous ceux qui participentici de la bouche ou du cœur à cette sacrée Victime, soient remplis de sa bénédiction. Que cette bénédiction se répande, Ô mon Dieu, sur les âmes des fidèles qui sont morts dans la paix de l'Eglise, et particulièrement sur l’âme de N. et N. Accordez-leur, Seigneur, en vue de ce sacrifice, la délivrance entière de leurs peines. Daignez nous accorder aussi un jour cette grâce à nous-mêmes, Père infiniment bon, et faites-nous entrer en société avec les Apôtres, les saints Martyrs et tous les Saints, afin que nous puissions vous aimer et vous glorifier éternellement avec eux. Ainsi soit-il. el rod in it ‘1 Hé Pater noster. ql Que je suis heureux, Ô mon Dieu, de vous thé| avoir pour Père! que j'ai de joie de songer ci que le ciel, où vous êtes, doit être un jour ma ul! demeure! Que votre saint nom soit glorifié par toute la terre. Régnez absolument sur tous les cœurs et sur toutes les volontés. Accordez à vos enfants la nourriture spirituelle et cor- pl porelle. Nous pardonnons de bon cœur; par- donnez-nous, soutenez-nous dans les tentations inf et dans les maux de cette misérable vie; enfin, |:| préservez-nous à jamais du péché, le plus nl grand de tous les maux. Ainsi soit-il. vie Agnus Dei. | Agneau de Dieu, immolé pour moi,ayezpitié nn! de moi. Victime adorable de monsalut, sauvez- ts moi. Divin Médiateur, obtenez-moi ma grâce 1 auprès de votre Père; donnez-moi votre paix. net Hd| Communion. | Qu'il me serait doux, Ô mon aimable Sau- «ll veur, d’être du nombre de ces heureux chré- I tiens à qui la pureté de conscience et une re tendre piété permettent d'approcher tous les | jours de votre sainte Table! Quel avantage pour moi si je pouvais en ce moment vous posséder dans mon cœur, PRIÈRES vous y rendre mes hommages, vous y expo- ser mes besoins, et participer aux grâces que yous faites à ceux qui vous recoivent réelle- ment! Mais puisque j'en suis très indigne, suppléez, à mon Dieu, à lindisposition de mon âme. Pardonnez-moi tous mes péchés: je les déteste de tout mon cœur, parce qu'ils vous déplaisent. Recevez le désir sincère que j'ai de m'unir à vous. Purifiez-moi d’un seul de vos regards, et mettez-moi en état de vous bien recevoir au plus tôt. En attendant cet heureux jour, je vous con- jure, Seigneur, de me faire participant des fruits que la communion du Prêtre doit pro- duire sur tout le peuple fidèle qui est présent. Augmentez ma foi par la vertu de ce divin Sacrement, fortifiez mon espérance, épurez en moi la charité; remplissez mon cœur de votre amour, afin qu'il ne respire plus que vous, et qu’il ne vive plus que pour vous. EE TRES dd. RAR AR AS * à Dernières oraisons. Vous venez,ô mon Dieu, de vousimmoler pour mon salut:je veux mesacrifier pour votregloire. Je suis votre victime, ne m'épargnez point. J’ac- cepte de bon cœur toutes les croix qu’il vous plaira de m'envoyer, et je les bénis;jeles recois de votre main, et je les unis à votre croix. Ver lin holet nn kom het Lhves dt in pi | Ve pe 110 ë$ quel éeles où dé e qu voué $C da pr Een did pure ur 0h qi PENDANT LA MESSE, J'ai assisté, Ô mon Sauveur, à votre divin Sacrifice; vous m'y avez comblé de vos fa- veurs: je fuirai avec horreur les moindres taches du péché, surtout de celui où mon pen- chant m'entraine avec plus de violence: je serai fidèle à votre loi, et je suis résolu de tout perdre et de tout souffrir plutôt que de la violer. A la Bénédiction. Bénissez, Ô mon Dieu, ces saintes résolutions; bénissez-nous tous par la main de votre Minis- tre, et que les effets de votre bénédiction de- meurent éternellement sur nous. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. Dernier Evangile. Verbe divin, Fils unique du Père, lumière du monde, venue du ciel pour nous en montrer le chemin, ne permettez pas que je ressemble à ce peuple infidèle qui a refusé de vous re- connaître pour le Messie; ne souffrez pas que je tombe dans le même aveuglement que ces malheureux qui ont mieux aimé devenir es- claves de Satan, que d'avoir part à la glorieuse adoption d’enfants de Dieu que vous veniez leur procurer. Verbe fait chair, je vous adore avec le respect le plus profond, je mets toute ma con- e RAS Ê Lx ML ù fa té.4,.€ 1 # se. l'A. fiance en vous seul, espérant fermement que puisque vous êtes mon Dieu, et un Dieu qui s’est fait homme afin de sauver les hommes, vous m’accorderez les grâces nécessaires pour me sanctifier, et vous posséder éternellement dans le ciel. Prière après la Messe. Seigneur, je vous remercie de la grâce que vous m'avez faite en me permettant aujour- d'hui d’assister au sacrifice de la sainte Messe, préférablement à tant d’autres qui n’ont pas eu le même bonheur, et je vous demande pardon de toutes les fautes que j'ai commises par la dissipation et la langueur où je me suis laissé aller en votre présence. Que ce Sacri- fice, Ô mon Dieu, me purifie pour le passé, et me fortifie pour l'avenir. Je vais présentement avec confiance aux occupations auxquelles vous m’appelez. Je me souviendrai toute cette journée de la grâce que vous venez de me faire, et je tà- cherai de ne laisser échapper aucune parole, aucune action, de ne former aucun désir ni aucune pensée qui me fassent perdre le fruit de la Messe que je viens d’entendre: c'est ce que je me propose avec le secours de votre sainte grâce. Ainsi soit-il. ù.4 * # xs(| D Det ddre seltr Emarol À lien hs 0 a SA SA, APRÈS LA MESSE. PRIÈRES RÉCITÉES PAR LE PRÊTRE AU PIED DE L’AUTEL APRÈS CHAQUE MESSE BASSE Décret du Souverain Pontife Léon XTIT en date du 6 jan- vier 1884.(Trois cents jours d'indulgence.) Ave Maria,{rois fois. Ensuite on dit une fois: Salut, à Reine mère de miséricorde; notre vie, notre douceur et notre espérance, salut. Nous élevons nos cris vers vous, pauvres exilés et malheureux enfants d’Eve. Nous soupirons vers vous, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. De grâce, à notre avocate, tournez donc vers nous vos regards de miséricorde, et, après cet exil, montrez-nous Jésus, le fruit béni de vos en- trailles, Ô clémente, à charitable, à douce Vierge Marie! ÿ. Sainte Mère de Dieu, priez pour nous. 8. Afin que nous devenions dignes des promesses de Jesus-Christ. PRIONS. O Dieu, qui êtes notre refuge et notre force, daignez entendre[es ardentes supplications de votre Eglise, et permettre que, par l'intercession de la glorieuse et immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, de saint Joseph, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et de tous les Saints, nous obtenions les grâces que nous sollicitons humblement au milieu des besoins de l’heure présente, Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, À. Ainsi soit-il. »E tr€:: UMA L HAL II VÉPRES DU DIMANCHE. x Pater noster.— Ave Maria. Deus, in adjutorium meum intende: #. Domine, ad adjuvandum me festina. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui sancto: sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen. Alleluia. Depuis la Septuagésime jusqu'au Samedi saint, au lieu de l’Alleluia, on dit: Laus tibi, Domine, Rex æternæ gloriæ. Psaume 109. Dixit Dominus Domino meo:* Sede a dex- tris meis. Donec ponam inimicos tuos,* scabellum pedum tuorum. Virgam virtutis tuæ emittet Dominus ex Sion:* dominare in medio inimicorum tuo- rum. Tecum principium in die virtutis tuæ, in splendoribus Sanctorum:* ex utero ante luciferum genui te. Juravit Dominus, et non pœnitebit eum:” [fu es je | Da je À ll tot De alibl (lo An ' del VÊPRES DU DIMANCHE. Tu es Sacerdos in æternum, secundum ordi- nem Melchisedech. Dominus à dextris tuis:* confregit in die iræ suæ reges. Judicabit in nationibus, implebit ruinas,* conquassabit capita in terra multorum. | De torrente in via bibet,* propterea ex- : altabit caput. Gloria Patri. Sicut erat… Ant. Dixit Dominus Domino meo: Sede a ms dextris meis. al Psaume 110. Confitebor tibi, Domine, in toto corde me0,* n in concilio justorum et congregatione. Magna opera Domini,* exquisita in omnes voluntates ejus. doté Gonfessio et magnificentia opus éjus;“et | justitia ejus manet in sæculum sæculi. elul Memoriam fecit mirabilium suorum mise- ricors et miserator Dominus;* escam dedit us él timentibus se. ii Memor erit in sæculum testamenti sui;* virtutem operum suorum annuntiabit populo 8, ll 0 ui| Ut det illis hæreditatem gentium;* opera Del l manuum ejus, veritas et judicium{ 1} Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in(KE | Re Ha RES REAULLGE L| 4 ide. A OP N e.# ù LA | # 0.1 Le.6, SL" { D ».… » [2 [rs », er 4 A©| ù V Vi FUIT US v 1 480 VÊPRES DU DIMANCHE. sæculum sæculi,* facta in veritate et æquitate. Redemptionem misit populo suo:* man da- vit in æternum testamentum suum. Sanctum et terribile nomen ejus:* initium sapientiæ timor Domini. Intellectus bonus omnibus eum:* laudatio ejus manet in sæculum sæculi. Ant. Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi. Psaume 111. Beatus vir qui timet Dominum:* in man- datis ejus volet nimis. Potens in terra erit semen ejus:* et gene- ratio rectorum benedicetur. Gloria et divitiæ in domo ejus;* et justitia ejus manet in sæculum sæculi. Exortum est in tenebris lumen rectis:* misericors, et miserator, et justus. Jucundus homo qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio:* quia in æternum non commovebitur. In memoria æterna erit justus:* ab audi- tione mala non timebit.: Paratum cor ejus sperare in Domino, con- firmatum est cor ejus:* non commovebitur dônec despiciat inimicos suos. De QU {ru dnl pl au foir NUE Û cc Pinip | Quih ln fl ht. LER ut Vin das Es VÊPRES DU DIMANCHE. Dispersit, dedit pauperibus:* justitia ejus manet in sæculum sæculi, cornu ejus exalta- bitur in gloria. Peccator videbit, et irascetur; dentibus suis fremet et tabescet:* desiderium pecca- torum peribit. Ant. Qui timet Dominum, in mandatis ejus cupit nimis. Psaume 1 12. Laudate, pueri, Dominum:* laudate nomen Domini. Sit nomen Domini benedictum,* ex hoc nunc, et usque in sæculum. À solis ortu usque ad occasum,* lauda- bile nomen Domini. Excelsus super omnes gentes Dominus,* et super cœælos gloria ejus. Quis sicut Dominus Deus noster, qui in altis habitat,*et humilia respicitin cœlo et in terra? Suscitans a terra inopem,* et de stercore erigens pauperem;« Ut collocet eum cum principibus,* cum principibus populi sui; Qui habitare facit sterilem in domo,* ma- trem filiorum lætantem.| Ant. Sit nomen Domini benedictum in sæcula. VÊPRES DU DIMANCHE, Psaume 11453. In exitu Israel de Ægypto,* domus Jacob de populo barbaro; Facta est Judæa sanctificatio ejus,* Israel potestas ejus. Mare vidit, ét fugit;* Jordanis conversus est retrorsum. Montes exsultaverunt ut arietes,* et colles sicut agni ovium. Quid est tibi, mare, quod fugisti?* ct tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum? Montes, exsultastis sicut arietes,* et col- les, sicut agni ovium? A facie Domini mota est terra,” a facie Dei Jacob. Qui convertit petram in stagna aquarum,* et rupem in fontes aquarum. Non nobis, Domine, non nobis,* sed no- mini tuo da gloriam, Super misericordia tua et veritate tua; *nequando dicant gentes: Ubi est Deus eo- rum? Deus autem noster in cœlo;* omnia quæ- cumque voluit fecit. Simulacra gentium argentum et aurum,* opera manuum hominum.| ECS ANR 0e VÊPRES DU DIMANCIIE. Os habent et non loquentur:* oculos habent, et non videbunt. Aures habent, et non audient:* nares ha- bent, et non odorabunt. Manus habent, et non palpabunt; pedes habent, et non ambulabunt:* non clamabunt in gutture suo. Similes 1llis fiant qui faciunt ea,* et omnes qui confidunt in eis. Domus Israel speravit in Domino:* adjutor eorum et protector eorum est. Domus Aaron speravit in Domino:* adju- tor eorum et protector eorum est. Qui timent Dominum, speraverunt in Do- mino:* adjutor eorum et protector eorum est. Dominus memor fuit nostri,* et benedixit ui, nobis. Benedixit domui Israel,* benedixit domui À 1x Aaron. Benedixit omnibus qui timent Dominum,* li, pusillis cum majoribus. ÿ 8 Adjiciat Dominus super vos,* super vos, et super filios vestros. ques Benedicti vos a Domino,* qui fecit cœlum et terram. Un À Cœlum cœli Domino,* terram autem dedit filiüis hominum. VÊPRES DU DIMANCHE. Non mortui laudabunt te, Domine,”* neque omnes qui descendunt in infernum. Sed nos qui vivimus, benedicimus Do- mino,* ex hoc nunc, et usque in sæculum. Ant. Nos qui vivimus, benedicimus Domino. Si les Vèpres ne sont pas du Dimanche,on chante, à la place de l’Zn exitu, le psaume suivant: Laudate Dominum, omnes gentes;* lau- date eum, omnes populi; Quoniam confirmata est super nos miseri- cordia ejus,*et veritas Domini manet in æternum. Capitule. Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, Pater misericordiarum et Deus totius consolationis, qui consolatur nos in omni tribulatione. R. Deo gratias. Hymne. Lucis Creator optime, Lucem dierum proferens, Primordiis lucis novæ, Mundi parans originem: Qui mane junctum vesperi Diem vocari præcipis, HE. que Ilabitur tetrum chaos: Audi preces cum fletibus. D) Ne mens gravata crimine mA! Vitæ sit exsul munere, a, Dum nil perenne cogitat, Seseque culpis illigat. Cœleste pulset ostium: Vitale tollat præmium: lu Vitemus omne noxium: Purgemus omne pessimum. + Præsta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito Regnans per omne sæculum. Amen. ÿ. Dirigatur, Domine, oratio mea. #. Sicut incensum in conspectu tuo. Cantique de la Sainte Vierge. Magnificat* anima mea Dominum, Et exsultavit spiritus meus* in Deo salu- tari meo. ne Quia respexit humilitatem ancillæ suæ; * ecce euim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. Quia fecit mihi magna qui potens est, et sanctum nomen ejus. té.€ (aus VÊPRES DU DIMANCHE. LÀ FA/ Et misericordia ejus a progenie in proge- nies* timentibus eum. Fecit potentiam in brachio suo;* dispersit superbos mente cordis sul. Deposuit potentes de sede,* et exaltavit L humiles. Esurientes implevit bonis,* et divites di- misit inanes. Suscepit Israel puerum suum,* recordatus misericordiæ suæ.(a Sicut locutus est ad patres nostros,* Abraham et semini ejus in sæcula. à +] Lee 7 + ’, ris > “3 12 LS 7| Ds LS L] X L (2 EMEAULLS PRÉFACE... A,. 1e LIVRE PREMIER. Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure. ll CHAPITRE I. Qu'il faut imiter Jésus-Curisr et 4 mépriser toutes les vanités du monde..... en D — Il. Avoir d’humbles sentiments de soi- in COR 0 à — III. De la doctrine. de vérité......., 7 — IV. De la prévoyance dans les actions. 12 — V. Dé la lecture de l’Ecriture sainte. 13 — VI. Des affections déréglées......... 15 —— VII. Qu'il faut fuir l’orgueil et les vaines espérances............. 17 — VIII. Eviter la trop grande familiarite. 20 — JX. De l’obéissance et du renoncement L À SOA propre Sens... 1.1,.0.; 21 <— X. Qu'il faut éviter les entretiens inu- 4 tes. is RE 24 — XI. Des moyens d’acquérir la paix in- | térieure et du soin d'avancer dans la vertu....... he...» — XII, De l'avantage de l’adversité..... 30 — XIII. De la résistance aux tentations.. 32 mn XIV. Eviter les jugements téméraires, et ne se point rechercher soi- méme.....,.: dérive -— XV. Des œuvres de charité...... \ . à « TABLE DES CHAPITRES. # æ > Cuarirre XVI. Qu'il faut PRRries les défauts QT ty d'autre... sn| D en XVII. De la vie religieuse. ide us ne à— XVIII De lPexemple des Saints. ss 40 a. XIX. Des exercices d’un bon religieux. 49 7,4— XX. De l'amour de la solitude et du 73< silence....... is.“ri 54 =— XXI. De la componction du cœur. 59 — XXIL De la considération de la misère Dumainé.;...,..,,..12a. us 00 _ XXL De la méditation de la mort... 68 —. Du jugement et des és des pé- HORS ini others. 74 — XXV. Qu’ il faut travailler avec ferveur à l'amendement de sa vie...... 179 TE ‘ #» LIVRE DEUXIÈME. D 9 >. Instruction pour avancer dans la vie D intérieure.- LL, CHAPITRE I. De la conversion intérieure.....,. 88 Fe _ IT. Qu'il faut s'abandonner à Dieu en. esprit HOUR.:.,,,.:..,... 0 — IT. De l’homme pacifique. si IV. De la pureté d'esprit et de la droi- ture d'HHMeDHON......:...,,.0. 98 — V. De la considération de soi-même. 101 — VI. De la joie d’une bonne conscierice. 104 — VIL. Qu'il faut aimer Jésus-Curisrpar dessus toutes choses......... 107 pr VIT. De la familiarite que l'amour éta- blit entre Jésus et l'âme fidèle. 109 — IX. Dela privation de toute consolation 113 . X. De la reconnaissance pour la grâce. dé Dion st Dar ie 7 | w 8,6 _# MEAULLE CHAPITRES. Cuartrre XL. Du petit nombre de ceux qui ai- ment la Croix de JEsus-Cnrisr. 124 _— XII." De la sainte voie de la Croix.... 127 LIVRE TROISIÈME. De la vie intérieure. CHAPITRE I. Des entretiens intérieurs de Jésus- Curisr avec l'âme fidèle....... 137 — II. La vérité parle au dedans de nous sans aucun bruit de paroles... 139 _— II. Qu'il faut écouter la parole de Dieu avec humilité, et que plu- sieurs ne la reçoivent pas comme . ils lé devraient... 44 — IV. Qu'il faut marcher en présence de Dieu dans la vérité et l'humilité. 148 —. V. Des merveilleux effets de amour. — VI. De l'épreuve du véritable amour. 158 — VIT. Qu'il faut cacher humblement les grâces que Dieu nous fait..... 163 VIII. Quil faut s'anéantir soi-même de- quant DIU, 1.06. sus AU — IX. Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à notre dernière fin.... 171 _- X. Qu'il est doux de servir Dieu et de mépriser le monde........ us. X1. Qu'il faut examiner et modérer les désirs du cœur....... or — XII. Quil faut s'exercer à la patience, et lutter contre ses passions... — XIII. Qu'il faut obéir humblement à l'exemple de Jésus-Cuarisr..... | “ A Sat va >>- re Rss) TABLE DES CHAPITRES. 5 de“ 5 Cuarirre XIV. Qu'il faut considérer les secrets Can se jugements de Dieu pour ne pas Z SX s'enorgueillir du bien qu’on fait. 190 DS C/1 ne XV. De ce que nous devons dire et faire tie Er il s'élève Lei désir en A A 193 tas= XVI Qu a ne doit chercher| qu'en Dieu AE la vraie consolation........... 197 XVII Qu: ss remettre à Dieu le soin e qui nous regarde....... 200 XVII. Qu il re. souffrir avec constance les misères de cette vie à l’exem-: ple de Jésus-Curisr..:...: 203 XIX. De la souffrance des injures et de sx la véritable patience... 206 A XX. De l’aveu de son infirmité, et des; misères de cette vie........ 210 XXE Qu'il faut établir son repos en Dieu; plutôt que dans tous les autres De si orne. 214: XXIL. Du souvenir des bienfaits de Dieu. 220 XXII, De quatre choses Fier poux tonsorver la puit..i.,.1....... 20; + ah en {Il = XXIV. Qu'il ne faut point s*enquérit u- è rieusement de la conduite des : ADR iii ut ie 229 ï XXV. En quoi consistent la vraie paix et le véritable progrès de l'âme... 9231* .XXVI. De la liberté du cœur qui s’ac- as plutôt par la prière que ar da lecture... 234" XXVIL ns l'amour de soi est le plus grand obstacle qui empêche- ee vert de_— au souve- n bien.: 238" XX VII. Qu'il“Faut mépriser les jugements- Domi el... TABLE DES CHAPITRES. Cuapirre XXIX. Comment il faut invoquer et bénir me Dieu dans l’affliction.......,.. 245 ee{ — XXX. Qu'il faut implorer le secours de ES Dieu, et attendre avec confiance(ai le retour de sa gräcel,...., 247 ISA — XXXI. Qu'il faut oublier toutes les créa- Des Sa tures pour trouver le Créateur. 253 Con) fo _s 1 SEC De l’abnégation de soi-même. 258 Rte —. De l'inconstance du cœur, et que nous devons tout rapporter à Dieu comme à notre dernière fin. —. Qu'on ne saurait goüter que Dieu seul, et qu'on le goûte en toutes choses quand on l'aime véritable- Re —. Qu'on est toujours,‘durant cette vie, exposé à la tentation..... _ XXXVI. Contre les vains jugements des HORnes. ia iiruse — XXXVII. Qu'il faut renoncer“entièrement à à soi-même pour obtenir la liberté MUR HU Ne GRR — XXXVIIL. Comment il faut se conduire dans les choses extérieures, et re- courir à Dieu dans les périls. —. Qu'il faut éviter l'empressement dans les affaires. a — XL. Que l’homme n’a rien de bon de lui-même, et ne peut se glorifier ais RTE M or — XLI. Du mépris de tous les honneurs du'téps. 35.4 ce. — XLII, Qu'il ne faut pas que notre paix dépende des hommes..,..... + XLIIL. Contre la vaine science da siubte. — XLIV,. Qu'il ne faut point s’embarrasser dans les choses extérieures. MEAULLE| monde, et qu'il est difficile de garder une sage mesure dans ses paroles..;...... dé XLVI. Qu'il faut mettre sa confiance en Dieu, lorsqu'on est assailli de paroles’ injurieuses..........: XLVII. Qu'il faut être prêt à souffrir pour la vie éternelle tout ce qu'il y a . de: pins pénales.:..,..:..... XLVIIL. De l'éternité bienheureuse, et des misères de cette vie.......... XLIX. Du désir de la vie éternelle, et des grands biens promis à ceux quicombattent courageusement. L. Comment un homme dans l'afflic- tion doit s'abandonner entre les mains de Dieu..…..:i..,.:.5.... LI. Qu'il faut s'occuper d'œuvres exté- rieures quand l’âme est fatiguée des exercices spirituels....... LIT. Que l’homme ne doit pas se juger digne des consolations de Dieu, mais plutôt de châtiment...... LIIL. Que la grâce ne fructifie point en ceux qui ont le goût des choses de ls lerre...,... A LIV. Des divers mouvements de la na- ture et de la grace........... LV. De la corruption de la nature, et de l’efficace de la grâce divine. LVI. Que nous devons nous renoncer nous-mêmes, et imiter Jésus- Curisr en portant la Croix.... LVIL Qu'on ne doit point se laisser trop abattre quand on tombe en quel- US MU. indiens cu st Cuarirre XLV. Qu'il ne faut pas croire tout le 297 301 306 310 319 321 327 329 Ex (ra Cuarirre LVIII, Qu'il ne faut pas chercher à péné- trer ce qui est au-dessus de TABLE DES CHAPITRES. nous, ni sonder les secrets juge- ments de Dieu...... ........ LIX. Qu'on doit mettre toute son espe- rance et toute sa confiance en ENeù seul... LIVRE QUATRIÈME. ...... Du sacrement de l'Eucharistie Exhortation à la sainte Communion............. I. Avec quel respect il faut recevoir CHAPITRE ms VIT, VE Il. Comment Dieu manifeste à l'hom- me sa bonté et son amour dans le sacrement de l’Eucharistie.. IT. Qu'il est utile de comm LG ere V. Que Dieu répand des gr dantes en ceux qui communient dignement.....,,,.. V. De l'excellence du Sac unier sou- âces abon- eee» rement de l'autel, et de la dignité du Sa- CRUE... VI. Prière du chrétien avant la Com- AIO. ns sun De l'examen de conscience, et de 0e la résolution de se corriger... De l’oblation de JEsus-Curisr sur la Croix, et de la résignation de SOi-MÊME.....s...e. IX. Que nous devons nous offrir à Dieu avec tout ce qui est à nous, et prier pour tous.......00e 354 361 397 402 405 410 ge 1» Nr AA [2 # de É\ ai# se À) 3 494 TABLE DES CHAPITRES. 4 CHAPITRE X. Qu'on ne doit pas facilement s'éloi- 27e #2 gner de la sainte Communion.. 419 >— XI. Que le Corps de Jésus-Carisr et l'Ecriture sainte sont très né- cessaires à l’âme fidèle........ 4926 — XII. Qu’on doit se préparer avec un san soin à la sainte Commu- ae 433 “son cœur de s'unir à Jésus-Curisr dans la Communion......... 437 — XIV, Du désir ardent que quelques âmes saintes ont de recevoir le Sa de Jésus-Carisr....,. 44 XV. Que la grâce de la dévotion s'ac- ss par l'humilité et l’abné- IT gation de soi-même......... 445: XVI. Qu'il faut dans la Communion ex- poser ses besoins à Jésus-Cunisr, et lui demander sa grâce.. 449 XVI. Du“is ardent de recevoir Jésus-| Hi RS 452 vo) XVII. Qu'on ne e doit point chercher à| pé-* nétrer le mystère de l'Eucha-| ristie, mais qu‘il faut soumettre" ses sens à Ja Foi.............. 457 Prières pendant la Messe.,.....,. 462 Vêpres du Dimanche.........,.. 478 LI\ FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES. Por il ST: 20108© QUI+ vie+ se=+ RE RE ns k:“y LECTURES i DU LIVRE DE L'IMITATION DIVISÉES Selon les besoins des Fidèles. ——+ fl Pour les prêtres. LIVRE I.— Cuar. 18, 19, 20, 95. 4 ms. À- Cat Halte 54h: Onap.:3-10,:81,.56. 2 WW: Cas DU te Pour la préparation à la Messe et l'action de grâces, voyez pages 426 et suivantes: Avant et après la Com- munion, et, de plus, tous les chapitres indiqués pour les personnes pieuses. : Pour les Séminaristes. | LIVRE I.— Cuar. 17, 18, 19, 20, 21, 95. — II,— Cuar. 2, 3, 10, 31, 56. es à NC Pour ceux qui s’adonnent à l'étude, particuliere- ment à celle de la Philosophie et de la Théologie. LIVRE I.— Cnap. 1,2, 3, 5. — III.— Car. 2, 43, 44, 48, 58. —— IV.— Car. 18. #1||| Ca Es il LECTURES DE L'IMITATION. Le|| Pour les personnes affligées de leur peu de progrès Res| NL dans l'étude. L 4|| LIVRE IL— Cnar. 29, 39, 41, 47.|: me Pour les Religieux et Religieuses. ,: Les chapitres indiqués ci-avant pour les Séminaristes; Pot 2 ceux indiqués ci-après pour les personnes pieuses. Sû a Pour les personnes pieuses. LIV > LIVRE I.— Cnar. 15, 18, 19, 20, 21, 29, 95. pou 3 ne IL— Cboi7,8 Git, 12 >+ ll Cnar, 5,87 14, 07, 30, 42, 99,50, 04 3 55, 56. LIV à A| Pour les personnes affligées et humiliées. Pou > LIVRE L— Cnar. 12.| cé— IE.— Cnar. 11, 12.| LIV > D OM de Cane, 19 15, 16, 47, 18, 19, 20, 21, 90,’ pe) BAR 30, 35, 41, 47, 48, 49, 50, 52, 55, 56. » Pou Et Pour les personnes trop sensibles à leurs > souffrances. LA So| LIVRE I.— Cnar. 12. à — JL— Car. 12. > Pour les personnes tentées. T LIVRE I.— Cuar. 13. e..— Car. 9. LI c— Char 6,16, 17,18, 19, 20 21, 2, 20 D, 37, 47, 48, 49, 50, 59, 55. 1»&, ct: || SR AUTO" Ù CUT À OUI 7 PIE lle: [y ) 0 DR UE 4 Qu AO ao A LECTURES DE L'IMITATION. Pour les peines intérieures. LIVRE IT.— Cnar. 3, 9, 41, 12.: — HE— Cuar. 7, 19, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 30, 35, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 56. Pour les personnes inquiètes de l'avenir, de leur santé, de leur fortune, du succès d'une démarche. LIVRE Il.— Cuar. 39. Pour les personnes qui vivent dans le monde, ou qui sont distraites par leurs occupations. LIVRE IIL.— Cnar. 38, 53. Pour les personnes attaquées par la calomnie ou la médisance. LIVRE H.— Cnar. 2. — WH-Cuee LE Pour les personnes qui commencent à se convertir. LIVRE I.— Car. 18, 95. — IE,— Cuar. 1. 2 HE de Cars à 7: 09 295 00 27 95, 37 54 6 Pour les personnes pusillanimes, faibles ou négligentes. LIVRE:::%:- Cnar. 18, 91; 99, 95, — TT,— Car. 10, 11, 12. -—[IT,— Cuar. 3, 6, 27, 30, 35, 37, 54 55, 57. ] - an #52 A A RAF 4 LECTURES DE L'IMITATION. AR’ se.« La Pour une retraite. LIVRE I.— Cuar. 20, 21 — IH,— Cour: 63. Cuar. 22% Misères de la vie. on.= - Pour s’y disposer. » Cuap. 23. La mort. Car. 24.| Car. 14.| — JT. à E à À Le Jugement et l'Enfer. Car. 48. Le Ciel. (Cuar. 59 Pour clore la Retraite, Pour obtenir la paix intérieure. LIVRE I.— Cnar. 6, 11. — 1,— Car. 3, 6. .—— Hi,+ Char, 7, 29, 25,.98, Pour les personnes dissipées. DIVHE LE— Luur.. 18,91, 02, 23, 24. _— 10— Luap, 10, 19, ee LL— Cnap. 14,97, 93,0, 55. Pour les pécheurs insensibles. LIVRE I.— Cuar. 23, 24. — III.— Cnar. 14, 55. LR AR ALU AURA ALU AR ALUR AUS Pour les personnes oisives. LIVRE HE:— Cuandé, 27. Pour ceux qui écoutent les médisances. LIVRE 1.— Crar. 4. ES res Fe AN 4 STE C6 NN ES LI L fiel LECTURES DE L'IMITATION. pour les personnes portées à l'orgueil. LIVRE I.— Cuar. 7, 14. + IL.— Cnapr. 11. —— Car. 7, 8,9, 11, 13, 44, 40, 52. Pour les esprits querelleurs et opiniâtres. LIVRE 170 7. —[Il.— Cnar. 13, 32, 44. Pour les personnes impatientes. LIVRE IIT,— Cnar. 15, 16, 17, 18, 19. (S 5 du chapitre XIX, Prière pour demander la pa- tience). Pour les désobéissants. LIVRE I. ÆCnar, 9. — CIN, COM, D 01. Pour les personnes causeuses. LIVRE I.— Cnar. 10. — JTE.—- Cuar. 24, 44, 45. Pour ceux qui s'occupent des défauts des autres et négligent les leurs. LIVRE LE.— Char il, 16 16, — HF Ca À Pour les personnes qui ont une dévotion fausse ou mal entendue. LIVRE HI.— Car. 4,6, 7. AR AR AU AR {sb| (==) =) LECTURES DE L'IMITATION. # Li Pour inspirer la droiture d'intention. LIVRE IIL— Cuar. 9. . Pour les personnes trop susceptibles. LIVRE IIT— Cuap, 44. % Pour celles qui s’attachent trop aux douceurs de l'amitié humaine. LIVRE I.— Cuar. 8, 10. ta 11:52 Cip:7, — III— Cuar. 32,.49,.45. Pour celles qui se scandalisent de la simplicité ou de l'obscurité des Livres saints. LIVRE[.— Cuar. 5. Pour les personnes portées à la jalousie. LIVRE II,— Car. 1:41}, À AR AR AR AURA | 1 [A “ »&,Cù | 2) VA e® Sr”: (14 RL pe LA F4 Dan \#© # CA ATR'AUR ARS - m ke À NT w) 4,4\? SE paul) wi pars{ IR a‘1 ha Me PRE OR “ Go Ne Ta Ÿ 6)‘ al o je jus nn Û Pas rs D. as ae, dl L a ” sé à Fe ER à ke:+; AS 4 Te# À EN Fons 4 Nw. DAS TR 223 € RP € € { 2 Cr at »> S C1 Se nées sm e a& A9EI4 40[09/E