DX 8 36 50 Ab 3821 EXERCICES DE DEVOTION A SAINT LOUIS DE GONZAGUE. LYON, IMPRIM. DE 3. F. PÉLAGAUD. EXERCICES DE DEVOTION A SAINT LOUIS DE GONZAGUE, DONNÉ PAR LE PAPE BENOIT XII, POUR PATRON ET POUR MODÈLE A LA JEUNESSE CHRÉTIENNE) AVEC LA VIE ABRÉGÉE DE CE SAINT. NOUVELLE ÉDITION, AUGMENTÉE DES RÈGLES DE LA CONGREGATION DE SAINT LOUIS DE GONZAGUE, DE PAIÈRES POUR LES ÉTUDES, DES CONGRÉGATIONS AUX SACRÉ COEURS DE JÉSUS ET DE MARIE, ET DE LA NEUVAINE A SAINT STANISLAS KOSTRA, AVEC UN ABRÉGÉ DE SA VIS. Inspice, et fac secundim exemplar. LYON, J. B. PÉLAGAUD ET C, IMPRIM.- LIBR. DE N. S. P. LE PAPE, GRANDE RUE MERCIÈRE, 26. 1851 48 5821 Univ.- Bibl. Giessen AVIS DE L'ÉDITEUR. 090 ann C'EST à la Jeunesse chrétienne que nous offrons cette nouvelle édition d'un ouvrage composé à l'honneur d'un Saint que le pape Benoît XIII lui a donné pour patron et pour modèle. C'est pour l'édification des jeunes étudiants que nous avons ajouté à cet opuscule l'abrégé de la vie de saint Louis de Gonzague, qui n'avait point encore été inséré dans ce Livre; et pour leur présenter à la fois deux modèles à imiter, nous avons réuni à ces pieux exercices la Neuvaine à saint Stanislas Kostka, avec l'abrégé de sa vie, ne voulant point séparer dans la mémoire des jeunes gens deux Saints vj AVIS DE L'ÉDITEUR, qui, dans un âge tendre, ont fourni de si grands modèles de vertu. Puissent ces Exercices exciter et augmenter dans le cœur de la Jeunesse une tendre dévotion pour deux patrons que l'Eglise lui présente comme les plus parfaits modèles à suivre, en retraçant sous ses yeux ces traits de vertus qui firent le bonheur de leur courte vie, et leur assurèrent la récompense éternelle! talog ajab A LA RÉVÉRENDE Jioe MÈRE THÉRÈSE DE SAINT AUGUSTIN, RELIGIEUSE CARMELITE A SAINT- DENIS. MA REVERENDE MÈRE, od ostov UNE production consacrée à l'honneur d'un Prince qui, dans l'humble état de Religieux, a mis le comble à sa sainteté, quelque peu considérable viij A la Révérende qu'elle soit par elle- même, a de quoi vous intéresser. Vous ne pouvez voir avec indifférence ces traits héroïques de vertu, dont, dès le temps de sa première enfance, sa vie a été comme toute parsemée. On en devine aisément les raisons; le détail en serait superflu; et votre modestie ne me permettrait pas de les développer. Mais pourrait- elle me blâmer si j'ose publier, à la gloire de saint Louis de Gonzague, que vous avez toujours eu pour cet aimable Saint la dévotion la plus tendre; et que c'est elle qui vous fait regarder favorablement cette production, et souffrir qu'elle vous soit dédiée? negauploup Mère Thérèse. ix Cette dévotion n'est point un secret pour ceux qui ont le bonheur de converser avec vous; vous vous plaisez à la manifester en tout; et quand vous vous efforceriez de la leur cacher, je ne sais si bien des traits de ressemblance, qui vous rapprochent de cet aimable modèle, ne suffiraient pas pour rendre ces efforts inutiles. Il est vrai, c'est encore un secret pour le monde; mais c'est un SON secret dont il est bon qu'il soit instruit; et pourrais- je ici lui dérober une connaissance qui ne peut que rehausser beaucoup le mérite de cet écrit, et qui servira, mieux encore que tout ce qu'on y a rassemblé, à A la Révérende la fin qu'on s'y propose, de ranimer de plus en plus la piété des Fidèles envers notre Saint! x Que dirai- je de plus, ma Révérende Mère, sinon que ce sera une bien douce consolation pour le respectable vieillard à qui nous sommes redevables de cette pieuse production, quand il apprendra, dans sa solitude, que vous n'avez pas dédaigné d'accueillir ce dernier fruit d'une plume presque octogénaire( 1)? ( 1) Le P. Galpin, mert depuis lors à Rome àgé de plus de quatre- vint ans. * Mère Thérèse. xj Comment aussi pourrais- je exprimer les sentiments de reconnaissance dont je suis pénétré, de ce qu'après m'avoir encouragé à déposer depuis peu aux pieds de votre auguste Soeur, Madame VICTOIRE DE FRANCE, la vie d'un de ces héros chrétiens qui, dans le commencement de ce siècle, ont travaillé avec plus de succès à sanctifier la France, vous ayez encore bien voulu me permettre de vous offrir à vous- même l'éloge d'un des plus vertueux princes que l'Eglise ait placés sur ses autels! C'est une faveur spéciale que je ne puis trop estimer, non plus que l'avantage de pouvoir vous témoiS xij A la Révérende Mère Thérèse. gagner le respect profond avec lequel je suis, gns estoy sb aboig zus neq MA REVERENDE MERE sup enig con mu'b P. D. PICOT DE CLORIVIÈRE, recteur de Paramé, Votre très humble et trèsobéissant serviteur, BOY HOROS Paramó, 12 mars 1785, up sisdia gon ain of sgernevel ABRÉGÉ DE LA VIE DR SAINT LOUIS DE GONZAGUE, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. LOUIS DE GONZAGUE, parent, au troisième degré, du duc de Mantoue, eut pour père Ferdinand de Gonzague, prince du Saint- Empire, et pour mère Marthe Tana Santana, d'une famille illustre, et dame d'honneur d'Isabelle de France, femme de Philippe II, roi d'Espagne. Depuis longtemps Marthe désirait un fils qu'elle pût entièrement consacrer au service de Dieu: ses vœux furent exaucés, et notre Saint naquit le 9 mars 1568, au château de Châtillon, en Lombardie, dont son père était marquis. Guillaume, duc de Mantoue, fut parrain du nouveau- né, et lui donna le nom de Louis. Dès que cet enfant fut capable d'intelligence, sa pieuse mère lui inspirala xiv Abrégé de la Vie crainte et l'amour de Dieu, au point que, même dans l'âge le plus tendre, il aimait à se retirer en des lieux écartés où il priait avec une ferveur extraordinaire. Ferdinand, qui voulait en faire un militaire, tâchait de lui donner du goût pour cet état en lui procurant des armes proportionnées à sa taille et à son âge. Il le mena à Casal, pour voir une revue de trois mille soldats Italiens. Louis, âgé d'environ sept ans, avait pris insensiblement l'habitude de proférer, sans en connaître la signification, ces mots grossiers, si ordinaires aux gens de guerre; mais son gouverneur l'en ayant repris, il se corrigea sur- lechamp. Quoique cette faute fût légère, à cause du défaut d'âge et de réflexion, notre Saint ne cessa de la déplorer toute sa vie. Hostaob sil De retour à Châtillon, il se fit un de voir de réciter tous les jours, à genoux, l'office de la Vierge et plusieurs autres prières. On l'envoya, avec son frère Rodolphe, à Florence, dans sa huitième de S. Louis de Gonzague. XV année. Là, il ne se contenta pas de s'appliquer à l'étude des lettres et aux exercices convenables à son rang, il se perfectionna surtout dans la science des Saints. Il conçut une haute estime de la chasteté, et il prenait tous les moyens propres à conserver en lui cette vertus, tels que la prière, la vigilance sur lui- même, et la fuite des occasions dangereuses. Son humilité se manifestait dans la conduite qu'il tenait à l'égard de ses domestiques; jamais il ne leur parlait avec un ton de maître; il ne leu demandait qu'en priant, les services qu'il avait droit d'exiger d'eux. Les deux jeunes princes furent envoyés de Florence à Mantoue, à la cour de Guillaume de Gonzague, qui venait de donner à leur père le Gouvernement du Montferrat. Louis, ayant à peine douze ans, prit la résolution de céder à son frère son droit au marquisat de Châtillon, don: l'empereur lui avait donné l'investiture. On A xvj Abrégé de la Vie Il désirait par- là s'affranchir des liens. l'attachaient au monde. Il trouva, dans la langueur occasionée par une longue maladie, un prétexte de vivre dans la retraite, et de se livrer entièrement aux exercices de la vie intérieure. Il faisait la fonction d'Apôtre parmi les autres enfants, surtout parmi les pauvres, et il se chargeait lui- même du soin de les instruire. Il parlait de Dieu d'une manière si intéressante, que des personnes avancées en âge, et d'ailleurs fort éclairées, en étaient singulièrement étonnées. Louis s'étant rendu à Brescia pour y recevoir la bénédiction de saint Charles Borromée, celui- ci fut extrêmement satisfait d'un entretien qu'il eut avec le jeune prince: il l'exhorta à se préparer à sa première communion, qu'il n'avait pas encore faite, et lui donna des avis salutaires sur la conduite à tenir en pareille circonstance, ainsi que sur plusieurs autres pratiques de piété. de S. Louis de Gonzague. xvij Le jeune Louis, de plus en plus dégoûté du monde, prit, de l'aveu de son confesseur, la résolution d'entrer dans la compagnie de Jésus, afin de s'occuper entièrement de la gloire de Dieu, en travaillant à la sanctification des âmes. Il fit part de ce dessein à son père, qui entra dans une grande colère, et lui fit même de grandes menaces pour l'en détourner; cependant Ferdinand céda aux représentations de ses amis, et acquiesca aux désirs de son fils: néanmoins il revint dans la suite contre son consentement, et chargea le jeune Louis de commissions fort dissipantes, espérant de lui inspirer d'autres pensées, et agissant comme les gens du monde qui, au lieu d'éprouver la vocation de leurs enfants, cherchent à les distraire. Mais la persévérance et la patience du jeune homme le désarmèrent pour toujours, et il le laissa en liberté.« Mon fils, dit- il, vous m'avez « fait au coeur une plaie qui saignera longtemps. Je vous aime, et vous le xviij Abrégé de la Vie a méritez: j'avais fondé sur vous toutes les espérances de ma famille; mais « enfin, puisque vous êtes assuré que Dieu vous appelle à autre chose je « ne vous retiens plus allez où le Seigneur vous veut; fasse le Ciel a vous y soyez heureux!» (( que Louis entra au noviciat chez les Jésuites de Rome, le 21 novembre 1585, n'ayant pas encore dix- huit ans accomplis. Le fervent novice se regardait comme le dernier de ses compagnons. Sa mortification était si absolue, qu'il paraissait ne faire aucune attention aux choses extérieures qui n'avaient point la gloire de Dieu pour objet. On ne pouvait lui faire plus de peine, que de le traiter avec la moindre distinction: il était enchanté lorsqu'il exerçait les fonctions les plus humiliantes. Son amour pour la pauvreté était extraordinaire; il éprouvait parfois des ravissements au milieu de ses prières, et des larmes abondantes coulaient souvent de ses yeux pendant la communion. Il de S. Louis de Gonzague. xix était pénétré d'une tendre dévotion pour la Mère de Dieu, ainsi que pour les Anges, surtout ceux que la Providence a préposés à notre garde. Les peines intérieures qu'il éprouva au commencement de son noviciat ne servirent qu'à purifier plus parfaitement son cœur, et il fit ses voeux le 20 novembre 1587. Peu de temps après, il reçut la tonsure et les ordres mineurs. 2 Une contestation pour des intérêts temporels s'étant élevée dans sa famille, il fut obligé de faire le voyage de Mantoue; il réunit les esprits divisés, et leva toutes les difficultés qui s'opposaient au rétablissement de la paix. De Mantoue Louis se rendit à Milan, où il eut la révélation que la fin de sa vie approchait. Durant une maladie épidémique qui fit de grands ravages à Rome, en 1591, les Jésuites élevèrent un nouvel hôpital à leurs frais. Ils y reçurent les pauvres malades, et les servirent avec beaucoup XX Abrégé de la Vie, etc. de charité. Le jeune Louis fut un de ceux qui se signalèrent le plus. Déjà la contagion avait enlevé plusieurs Jésuites; elle attaqua aussi notre Saint, qui en fut rempli de joie, par la pensée que Dieu allait l'appeler à lui. Il reçut le saint Viatique et l'Extrême- Onction, revint en santé, mais conserva un reste de fièvre lente qui en trois mois le réduisit à une faiblesse extrême. Il mourut la nuit du 20 au 21 juin de l'année 1591. Il avait alors un peu plus de vingt- trois ans. Grégoire KV béatifia en 1621, et Benoît XIII le canonisa en 1726. le solusilib m EXERCICE SPIRITUEL St Stitcan din lieve'l sm te bieDE TROIS JOURS, nina ench ziorno bamy EN L'HONNEUR opodog Baligd i sup artistes DE S. LOUIS DE GONZAGUE. 1001 Instruction générale pour bien s'en acquitter. BARONIUS avait une vénération bien particulière pour Louis de Gonzague, puisqu'il avait été son contemporain, l'ayant vu dans un âge fort au- dessous du sien. Ce grand et savant Cardinal, auteur des Annales Ecclésiastiques, visitait souvent et même journellement le tombeau du saint jeune homme mort depuis peu de temps; il n'était pas encore au nombre des Bienheureux. Ne sachant comment exprimer le sentiment d'admiration que lui causait le souvenir de ses vertus, il se contentait de s'écrier: O Saint! 6 Saint! ó Saint! comme si la sainteté de Louis de Gonzague, dans un âge encore si tendre, eût paru tenir du prodige à cet homme si savant et si versé dans la science des Saints. Sainte Marie- Magdeleine de Pazzy étant dans un de ces ravissements qui lui étaient assez ordinaires, le Seigneur lui fit voir Louis de Gonzague dans la gloire. Toute transportée à cette vue, elle s'écria:« Oh! qu'elle Exercice K est grande la gloire de Louis, fils d'Ignace! si mon Jésus ne je ne l'aurais jamais cru, me l'avait fait connaître. Je ne me serais point imaginé qu'il y eût dans le Ciel autant de gloire que j'en vois dans saint Louis. « Oui, je le dis, Louis est un grand Saint. « Nous avons des Saints que l'Eglise propose « à notre vénération, qui ne sont pas si éle« vés. Que ne puis- je parcourir le monde « et publier partout que Louis, fils d'Ignace, « est un grand Saint!» Telles furent les paroles de la Sainte, ainsi qu'elles sont rapportées par l'auteur de sa vie. Dans ces deux témoignages il semble que la science et la piété, que le Ciel et la terre se réunissent, en quelque sorte, pour déposer en faveur de la haute sainteté de Louis de Gonzague. N'est- il pas bien juste que nous nous efforcions d'entrer, à l'égard de cet aimable Saint, dans les sentiments d'admiration, d'estime et de dévotion dont étaient pénétrées pour lui ces deux grandes âmes, toutes deux si recommandables, l'une par la vaste étendue de ses connaissances et les services importants qu'elle a rendus à l'Eglise; l'autre, du par les faveurs singulières qu'elle a reçues Seigneur, et plus encore par l'éminence de ses vertus, qui l'ont placée sur nos autels? Le but de cet Exercice est de nous faire entrer dans ces sentiments et de nous mériter par- là la protection d'un Saint dont le crédit est bien puissant auprès de Dieu. Le premier jour on le considérera dans sa vie séculière; le second, 2 R spirituel. 3 dans sa vie religieuse; le troisième jour on méditera sa précieuse mort. Voici ce qu'il faudra faire pour se rendre cet Exercice véritablement utile. 31° La principale fin que vous devez vous y proposer doit toujours être le bien spirituel de votre âme; mais vous pourrez y joindre quelque grâce temporelle que vous désireriez obtenir de Dieu par l'intercession de son serviteur. N'oubliez pas de demander, en général, sa protection pour tous vos besoins spirituels et corporels. Le bien qu'il vous convient surtout de demander par Pintercession d'un Saint dans qui l'innocence fut toujours si parfaite, c'est la grâce de conserver votre innocence, si par une faveur spéciale vous aviez le bonheur de la conserver encore; ou de la recouvrer autant qu'il est posible de le faire, si vous avez eu le malheur de la perdre. Vous trouverez à la fin de la méditation préparatoire une oraison en l'honneur du Saint, que Benoît XIII prononça à la cérémonie de sa canonisation, et qui renferme cette demande. 2° Pour obtenir ce que vous demandez, ne commencez pas cet Exercice sans avoir auparavant rompu tous les liens qui vous attachent au péché. D'où vient, en effet, qu'on retire d'ordinaire si peu de fruit de tant de dévotions, de tant de neuvaines? C'est qu'on néglige l'essentiel de la dévotion, qui consiste à tenir son âme en état de grâce et dans l'éloignement du péché, qu'on s'applique Exercice uniquement à bien s'acquitter de quelques pratiques extérieures, qui n'en sont que l'accessoire. Persuadez- vous donc bien que toutes ces pratiques, comme les cheveux de Samson, n'ont plus aucune vertu, dès lors qu'elles ne sont plus unies au chef qui leur communiquait toute leur efficacité. Ce sont des cheveux inutiles qui ne sauraient blesser le cœur du divin Epoux. Que votre premier but soit donc de vous confesser, ou du moins de vous disposer pendant ces trois jours, par une contrition sincère et par la fuite constante du péché, à le bien faire le jour de la fête du Saint. Faites aussi, le soir qui précède les trois jours, une méditation pour vous disposer à les bien 4 passer. 3° Pendant les trois jours que cet Exercice doit durer, faites chaque jour quelque mortification en l'honneur du Saint; donnez quelque aumône; entendez la Messe avec plus de dévotion; visitez une fois le jour le saint Sacrement, dont saint Louis de Gonzague ne pouvait se séparer, et quelque autel de la très sainte Vierge, pour laquelle il eut toujours une si tendre dévotion. Ajoutez à cela la récitation de deux dizaines de chapelet et de trois Ave, Maria, en mémoire des vingt- trois années qu'il a vécu; faites comme un bouquet de toutes ces pratiques, et le soir présentezles au Saint, en visitant quelqu'une de ses chapelles ou au moins une de ses images; ce que vous ferez plus d'une fois le jour. Appliquez- vous surtout à bien faire la méditation spirituel. 5 marquée pour chaque jour, et vivez pour cela dans tout le recueillement que votre état peut vous permettre. Dans ces méditations, élevez d'abord les yeux vers le Saint; abaissez- les ensuite sur vous- même, et considérez attentivement l'immense distance qui se trouve entre vous et lui. Que chacun de vous se dise à soi- même: Louis, étant encore dans le siècle, y menait une vie si pure et si pénitente! et moi, comment ai- je vécu jusqu'à présent? Louis, dans la religion, à la fleur de l'âge, a fait voir la perfection la plus consommée; et moi, comment est- ce que je vis? Louis, jeune encore, est mort accablé de mérites, au milieu des consolations divines; et moi, puis- je espérer, en vivant comme je le fais, de mourir d'une mort semblable à la sienne? Ce parallèle, que vous aurez soin de faire avec un vrai désir de votre perfection, joint aux grâces puissantes que vous obtiendra la protection de ce grand Saint, ne peut qu'opérer en vous les effets les plus précieux: vous deviendrez un autre homme, un homme nouveau; vous gémirez sur vos égarements passés; et dans les sentiments d'un cœur contrit et humilié, vous direz au Seigneur, avec le Psalmiste: Delicia juventutis meæ, et ignorantias meas ne memineris, Domine. Observation. Il serait aisé de changer cet Exercice de trois jours en une neuvaine, en ne prenant chaque jour qu'un des points de la méditation. D 6 Exercice MÉDITATION PRÉPARATOIRE Pour le soir qui précède les trois jours de cet Exercice. ON y considère, en général, combien la dévotion qu'on porte à saint Louis de Gonzague est excellente en elle- même et avantageuse pour ceux qui la pratiquent. 1° Cette dévotion a pour objet un très grand Saint; 2° cette dévotion a été pratiquée par des Saints; 3° cette dévotion a fait et fait encore aujourd'hui des Saints. BES PREMIER POINT. Cette dévotion a pour objet un grand Saint Jugeons de la sainteté de Louis de Gonzague par ce qu'il a fait pour Dieu, et par ce que Dieu a fait pour lui. Avant même qu'il lui eût été permis de renoncer à sa principauté, quel dégagement n'avait- il pas des choses de la terre! Tout prince qu'il était, il ne faisait pas plus usage des choses même les plus nécessaires à la vie, que l'homme le plus pauvre: ses habits étaient toujours simples, quelquefois déchirés; sa nourriture, commune et si modique, que ce qu'il en prenait à ses repas pesait à peine une once. Quelle fuite des honneurs et des plaisirs! Au milieu de tout ce qui pouvait flatter la mollesse ou la vanité, il ne se permettait jamais ni amusement, ni dissipation, ni rien de ce qui pouvait sentir le faste; jamais spirituel. de carrosse ni de coussin, ni aucune de ces marques de distinction, dont les personnes de son rang sont d'ordinaire si jalouses. A ces sacrifices des biens extérieurs il joignait celui de lui- même et de tout lui- même de ses sens; il ne levait pas même les yeux pour voir sa mère, et pour admirer la décoration des autels de son corps; il le macérait par l'usage fréquent des instruments de pénitence: de ses passions; elles étaient tellement domptées, qu'il n'en sentait pas même les premiers mouvements, à moins que la raison ne le lui permit: de son entendement; il lui fallait faire des efforts pour le détourner tant soit peu de Dieu, lorsque l'obéissance l'exigea, et ses efforts furent inutiles: de sa mémoire; elle était tellement perdue en Dieu, qu'elle ne pouvait lui rappeler, au besoin, ni le nombre, ni le nom de ses plus proches parents: de sa volonte; il serait bien difficile d'exprimer l'ardeur et la pureté de ses affections pour Dieu; il ne pouvait souffrir qu'elles fussent partagées. Une de ses craintes était de s'attacher en aucune manière aux grâces les plus saintes, au préjudice de l'amour qu'il voulait avoir uniquement pour Dieu. Ce qui relève surtout le prix de ses sacrifices, c'est qu'il les offrit dès sa plus tendre jeunesse, que l'offrande qu'il en fit ne fut jamais interrompue, et que même chaque jour elle devenait plus fréquente. Peu de Saints ont égalé son innocence; peu de Saints ont porté la vertu à un si haut degré d'héroïsme et de perfection; sa modestic 8 Exercice surtout, ses austérités, son recueillement, étaient un prodige qu'on ne pouvait se lasser d'admirer. Une si belle vie a été couronnée par une mort non moins belle. La charité avait rempli tous ses jours, la charité les a terminés. Louis de Gonzague est mort pour avoir porté sur ses épaules, pour avoir pris entre ses bras un homme attaqué d'une maladie contagieuse; il est mort jeune, mais animé, comme il était, de l'esprit de Dieu, ne respirant que Dieu, ne pouvant parler que de Dieu. Tout jeune qu'il était, quels biens n'a- t- il pas faits! Combien de grands personnages édifiés par ses discours! combien de cours sanctifiées par ses exemples! combien de jeunes gens retirés du vice, attirés à la vertu par sa seule présence! combien d'autres, excités par la réputation de ses vertus, se sont consacrés au Seigneur, et se sont engagés après lui dans les sentiers épineux de la perfection! Il est mort jeune, mais il a fourni une longue carrière; et si le divin scrutateur des cœurs, comme on n'en peut douter, regarde et récompense non- seulement ce qu'on a fait pour lui, mais encore ce qu'on a eu la volonté sincère de faire, quels mérites n'a point amassés, pendant le court espace de sa vie, un Saint dont le coeur était si enflammé, dont les désirs étaient si vastes! Ne peut- on pas avec justice lui décerner un rang distingué parmi les martyrs, parmi les hommes apostofiques? Convenons- en donc: si nous jugeons de la sainteté de Louis par ce qu'il a fait pour spirituel. 9 Dieu, nous devons le regarder comme un grand Saint. C'est aux dons de Dieu qu'il faut surtout faire attention; mais tout ce que nous venons de voir ne suppose- t- il pas de la part de Dieu les dons les plus singuliers, les faveurs les plus abondantes? Oui, sans doute, le Seigneur l'a prévenu de ses plus douces bénédictions; il a même pris plaisir à le couronner de gloire et d'honneur pendant sa vie; il l'a préservé, par des prodiges, des périls les plus évidents. Il a obligé les démons à publier son éloge par la bouche des énergumènes; il l'a fait voir tout rayonnant de gloire à un saint religieux de l'ordre de saint Dominique. L'autorité dont il l'avait revêtu l'a fait choisir en plusieurs rencontres pour être l'arbitre des potentats et le protecteur des villes. On eût dit qu'il disposait à son gré du cœur des hommes. Si, malgré tant de faveurs célestes, il a mené parmi les hommes une vie obscure et cachée, on a sujet de croire que Dieu, qui se plaisait à exaucer tous les voeux que lui présentait son serviteur, s'est en cela laissé vaincre par son humilité. On en peut juger par le changement subit qui se fit à sa mort. A peine ce saint jeune homme eut- il expiré, qu'on comptait déjà trente- un prodiges du premier ordre, opérés par son intercession, sans parler d'un grand nombre d'autres qu'on n'eut pas besoin d'examiner et de produire juridiquement. Tout cela, sans doute, est bien propre à nous montrer combien ce Saint fut cher au 1.. CODYX Exercice Seigneur, combien son crédit est grand dans le ciel; mais ce qui nous fait voir, encore plus que tout cela, la bienveillance et la prédilection toute particulière de Dieu pour notre Saint, c'est ce double privilége dont on croit qu'il était favorisé, et qu'on ne trouve réuni dans presque aucun autre Saint; je parle du bonheur qu'il eut toute sa vie de n'avoir aucune tentation contraire à la pureté, et d'être exempt pendant un temps considérable de toute distraction dans la prière.berglesbiang Nous faut- il encore quelque chose de plus pour nous convaincre de la rare vertu, de l'éminente sainteté de Louis de Gonzague? Eh bien! sainte Magdeleine de Pazzy, à qui sa gloire fut manifestée, nous fait entendre qu'il fut un martyr inconnu. Ce que nous connaissons de ce grand Saint est peu de chose, en comparaison de ce qui dans lui nous est resté inconnu. Nous pouvons donner l'essor à nos pensées pour nous en former une image, et nous ne parviendrons pas encore à nous retracer l'éclat de la beauté de son âme. C'est un de ces Saints cachés aux hommes, dont Dieu ne découvrira la sublime sainteté qu'au grand jour de la révélation des consciences. O grand Saint! c'en est assez; j'entrevois maintenant quelque chose de votre éminente et sublime sainteté! Que le Seigneur, toujours admirable dans ses Saints, me découvre en vous des merveilles qui me ravissent d'étonnement et me font désirer avec ardeur de vous avoir pour protecteur et pour intercesseur 10 spirituel. auprès de lui! Aidez- moi de vos prières, ô grand Saint! Animez- moi par vos exemples. La première grâce que je vous demande et que j'espère obtenir de Dieu par votre intercession, c'est de passer saintement ces trois jours, que je consacre à votre honneur. SECOND POINT. La devotion envers saint Louis de Gonzague a été pratiquée par des Saints. Sainte Marie- Magdeleine de Pazzy, dont on a déjà parlé, mérite d'être nommée la première. Cette illustre Vierge, depuis qu'elle eut vu ce saint jeune homme dans la gloire, eut toujours pour lui les sentiments de la dévotion la plus tendre. Les termes dont elle se servit, soit dans son extase, soit dans sa déposition juridique, sont l'expression de ses sentiments, et méritent la haute idée qu'elle s'était formée de sa sainteté. Elle le peignit elle- même avec l'auréole en tête; elle le prit pour son protecteur particulier et pour celui de son monastère; elle institua mêine en son honneur une procession, qui se fait tous les ans, et dans laquelle on porte une des reliques du Saint, en mémoire d'une guérison miraculeuse opérée par son intercession, dans la personne de la soeur Angélique- Catherine Carlini, dont un cancer affreux dévorait le sein. Parmi les personnages illustres distingués par leur dévotion envers le Saint, qui tous sont morts eux- mêmes dans une grande ré CODY Exercice putation de sainteté, et dont plusieurs ont été déclarés vénérables, on peut compter le vénérable cardinal Bellarmin, qui avait été son confesseur, et qui, de son vivant, avait coutume de dire qu'il le regardait comme confirmé en grâce, qu'il lui paraissait un autre saint Thomas d'Aquin, et que le Collége romain n'avait rien à craindre, tant qu'il serait l'habitation de cet Ange. Après sa mort, parlant de lui devant les Cardinaux, il tira les larmes des yeux de toute cette auguste assemblée; enfin, par son testament, il ordonna qu'on l'inhumât près du tombeau de ce jeune Saint. Le vénérable cardinal Baronius qui, comme on a dit, n'aurait pas voulu passer un seul jour sans venir au tombeau du Saint lorsqu'il était en santé, s'y faisait souvent porter dans sa vieillesse. Le cardinal Bernerio, jacobin, qui faisait aussi de fréquentes visites au tombeau de Louis, et qui dans tous les besoins de l'Eglise avait recours à lui comme à un puissant intercesseur, à qui le Tout- Puissant ne pouvait rien refuser. Le cardinal Ptolomée qui, dans sa jeunesse, voulant imiter saint Louis de Gonzague, porta comme lui un lépreux sur ses épaules à l'hôpital. Le vénérable Charles Spinola, brûlé pour la foi de Jésus- Christ, au Japon, des prisons d'Omura écrivait à Rome de faire dire des Messes à l'autel du Saint, dont il avait été le condisciple, parce qu'il espérait, disait- il, obtenir par son intercession la palme du martyre, après laquelle il soupirait ardemment. A ces grands 12 spirituel. 13 hommes on pourrait joindre un Charles de Lorraine, un Louis de Saint- Victor, un Simon Buccer, et beaucoup d'autres également célèbres par leur sainteté et leur dévotion pour saint Louis de Gonzague. Que de personnes du sexe, mortes en odeur de sainteté, et dont la vie édifiante a été écrite, se sont aussi distinguées par leur dévoûment à saint Louis de Gonzague! Nous nous contenterons de nommer Eléonore de Médicis, duchesse de Mantoue; Marie Caraffe, duchesse d'Andria, et depuis religieuse; Anile Altissimi, veuve de Tivoli. Ce fut à sa persuasion que Scipion Lancelloti fit ériger dans l'église de Saint- Ignace une magnifique chapelle en l'honneur de saint Louis de Gonzague. Enfin, Diane Margiacco, demoiselle illustre de Bénévent, qui reçut, par l'entremise du Saint, les grâces les plus signalées. Pourquoi tant d'âmes saintes, disons mieux, pourquoi toutes les âmes d'une éminente vertu, qui ont vécu depuis le Saint, et qui ont pu connaître les grâces admirables dont le Seigneur l'avait comblé; pourquoi, dis- je, toutes ces âmes se sont- elles comme réunies par la conformité de leurs sentiments de dévotion pour lui? Pourquoi, parmi tant de Saints, ont- elles honoré Louis de Gonzague d'une manière spéciale? Pourrions- nous ne pas reconnaître en cela le souffle de l'Esprit saint, qui se fait sentir aux âmes saintes et qui les porte où il lui plaît? Par quel attrait puissant leur faisait- il embrasser unanime 40007 14 Exercice ment cette dévotion, si ce n'est par la vue des charmes qu'il leur découvrait dans la personne du Saint, et par les faveurs sans nombre dont il se plaisait à récompenser leur dévotion pour lui? O divin Esprit! quand votre souffle vivifiant se fera- t- il sentir à mon âme! quand aurai- je pour votre serviteur les sentiments qu'ont eus pour lui tant de Saints! quand aurai- je le bonheur de participer aux avantages inestimables qu'ils ont trouvés dans sa protection! Je désire cette grâce avec ardeur, je la demande avec humilité, et dès ce jour je veux m'efforcer de la mériter, autant qu'il est en moi, par mon exactitude à bien m'acquiter de cet exercice. TROISIÈME POINT. La dévotion à saint Louis de Gonzague a fait et fait encore des Saints. Appelé d'une manière miraculeuse à la Société de Jésus, il en possédait excellemment l'esprit. Son zèle embrassait tout l'univers: c'était un feu toujours agissant; on le voyait éclater, soit qu'il préchât dans les places publiques, soit que les dimanches et fêtes il enseignât aux enfants les éléments de la Religion, occupation qui, dès l'âge le plus tendre, avait fait ses plus chères délices. Le temps de ses récréations, de ses promenades, était celui de son apostolat. Tous ses discours étaient animés du feu céleste dont son coeur était embrasé. Avec tant de zèle, que n'aurait- il pas fait? Quels fruits abondants de salut n'aurait- il pas spirituel. 15 recueillis, si la dignité du sacerdoce l'eût mis à même de travailler plus efficacement encore à la sanctification du prochain! Le Seigneur, dont les desseins sont impénétrables, ne l'a pas permis. Ce fut sans doute pour le Saint un sacrifice bien plus grand que celui de sa propre vie; mais on peut dire que le Seigneur l'en a libéralement récompensé, et que ses désirs de procurer le salut des âmes sont maintenant remplis par les grands effets que sa dévotion opère continuellement. Quelles grâces de salut et de sainteté n'obtient- il pas chaque jour à ceux qui réclament sa protection! Aux uns, l'esprit de componetion; à d'autres, le don de prière et d'oraison; à plusieurs, la vocation à l'état religieux; à quelques- uns, le désir des missions, celui du martyre. De combien de dangers les préserve- t- il! Il leur apprend à se détacher du monde, il les anime à marcher à grands pas dans les sentiers de la perfection, à devenir des apôtres c'est ce que nous apprend un grand nombre d'exemples. Benoît Baldi, grand serviteur de Dieu, étant encore jeune, se vit un jour dans une occasion des plus périlleupour son âme; il eut alors recours à saint Louis de Gonzague, et dans l'instant, sans qu'il pût savoir comment cela s'était fait, il se trouva transporté loin du lieu et de la compagnie où il s'était engagé sans le savoir. César Gaëtan, prince de Cessero en Sicile, conçut dès l'enfance une te dre dévotion pour le Saint; il résolut même de l'imiter, en reses TODAY 16 Exercice nonçant généreusement à sa principauté. S'étant fait conduire un jour à la sacristie du collége de Palerme, il attache au buste d'argent de saint Louis son collier d'or enrichi de diamants, part pour Rome, entre dans la Société, et semblable en tout à celui qu'il avait pris pour modèle et pour protecteur, meurt à la fleur de son âge, plein de mérites et de vertus. Quels progrès n'a point faits dans la. perfection le vénérable Jean Berchmans, pour avoir pris le même modèle! On ne peut lire la vie de ce saint jeune homme sans être véritablement attendri. Il marchait si fidèlement sur les traces de Louis de Gonzague, qu'on ne pouvait le voir sans se rappeler le souvenir du Saint. C'est par le même moyen qu'on a vu le vénérable père Baldimuci, mort depuis peu d'années, retracer dans le siècle les vertus des Vincent Ferrier, des Antoine, des François et des Paul. Jeune encore, il habitait à Florence une maison où saint Louis de Gonzague avait demeuré. Ce fut alors qu'il jeta les premiers fondements de sa sainteté. En transcrivant ses actions les plus mémorables, il se sentit tout à coup atteint du feu dont le cœur de saint Louis était consumé. Dans le fort de ses travaux il quittait tous les ans ses missions, aux approches de la fête de S. Louis de Gonzague, pour venir à Rome la célébrer: il appelait cette fête la fête de sa dévotion. On pourrait en dire autant du vénérable père Louis Lanuzza, du vénérable François Gonzague, évêque de Mantoue, et de Centia Gon spirituel. 17 zague, digne nièce de notre Saint, qui renonçant, à son exemple, à toutes les pompes du monde, fit présent au sépulcre de son oncle de tout ce qu'elle avait de plus précieux. On pourrait aussi citer tous ces jeunes gens morts au séminaire Romain en odeur de sainteté: un Ulbade, un Spinola, un Berti, un Taverna, un Ferrastini et beaucoup d'autres qui, comme eux, doivent en grande partie leur sainteté à la protection du Saint, qu'ils s'étaient fait une loi d'imiter. Ces exemples se renouvelaient sans cesse tant que ce séminaire a subsisté. C'est sans doute ce qui avait engagé Benoît XIV, en 1742, à donner Louis de Gonzague pour principal patron à la jeunesse qui faisait ses études dans les colléges de la Société de Jésus. C'est aussi ce qui faisait dire à un homme très versé dans les choses spirituelles, qu'il savait par une longue expérience que le tombeau, que la chapelle, que les images du Saint, étaient comme une mission perpétuelle, et que l'ombre de Louis, en quelque manière, opérait de plus grands effets dans les âmes que le plus fervent missionnaire par ses prédications. Il faut donc en convenir, la dévotion à saint Louis de Gonzague a fait encore aujourd'hui une multitude de Saints. Oui, grand Saint, je ne puis en douter après un si grand nombre d'exemples, après des preuves si frappantes, du séjour de la gloire, du trône éclatant où vos vertus vous ont élevé, vous exercez un apostolat que le Seigneur ne vous a pas permis d'exercer tandis CODAY 18 Exercice que vous étiez sur la terre. Je le crois; mais ne me sera- t- il jamais donné de l'éprouver? quand aurai- je ce bonheur! Ces trois jours se passeront- ils sans que je commence à y participer? Je viens à vous avec un vrai désir de vous honorer, de vous imiter; avec une douce confiance que vous daignerez accepter mes désirs, et devenir auprès de Dieu mon intercesseur et mon patron. Votre crédit auprès de lui n'est point diminué; votre amour pour les hommes est toujours le même: faites- en, je vous en conjure, ressentir les puissants effets à ce misérab e pécheur qui réclame votre protection. Parlez à mon coeur, il est prêt à vous écouter Loquere, quia audit servus tuus. Instruisez- moi, reprenez- moi, priez pour moi, et par vos prières procurez le salut et la sanctification de cette âme qui a tant coûté à Jésus- Christ. Ainsi soit- il. PRATIQUES. Récitez trois Pater et trois Ave, et priez le Saint de vous obtenir la grâce de passer saintement ces trois jours. Dites ensuite: Venez, Esprit saint; Veni, sancte Spiri. remplissez les coeurs de tus; reple tuorum vos fidèles, et embrasez- corda fidelium, les du feu de votre tui amoris in eis ignem accende. . Emitte Spiritum tuum, et creabuntur. amour. . Envoyez votre Esprit, et il se fera une création nouvelle. B. Et vous renouvellerez la face de la terre. R. Et renovabis faciem terræ. spirituel. Oremus. Prions. DEUS, qui corda O DIEU, qui avez insfidelium sancti Spiritús illustratione docuisti, da nobis in eodem Spiritu recta sapere, et de ejus semper consolatione gaudere: Per Dominum nostrum, etc. truit et éclairé les cœurs des fidèles de la lumière du Saint- Esprit, donnez- nous cet Esprit saint qui nous fasse goûter et aimer le bien, et qui répande toujours en nous la joie et la consolation qui viennent de lui: Nous vous en supplions par J. C. N. S., etc. *. Ora pro nobis, sancte Aloysi. R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi. . Saint Louis de Gonzague, priez pour nous. R. Afin que nous méritions de recevoir l'effet des promesses de NotreSeigneur. Prions. 19 Oremus. DEUS, innocentia dator et restitutor, qui sanctum Confessorem Aloysium mirabili candore ab ipsá adolescentiá illustrasti, concede famulis tuis acceptam innocentiæ stolam culparum sordibus non polluere, et contractis jam macuO DIEU souverain auteur et réparateur de l'innocence, qui avez illustré dès sa première jeunesse saint Louis de Gonzague, par l'admirable candeur dont vous l'avez décoré, accordez à vos serviteurs la grâce de conserver la robe nuptiale d'innocence qu'ils ont reçue dans le lis, jugibus lacry- baptême; et s'ils onteu 9 KYODGY Exercice le malheur de la souil- mis emundare: Per ler, accordez- leur celle Christum, etc. d'en laver continuellement les taches dans les larmes de la pénitence: Par J. C. N. S., etc. Mon cœur est prêt, Paratum cor meum, Seigneur; mon coeur Deus; paratum cor est prêt. meum. MÉDITATION POUR LE Ier JOUR. La vie de saint Louis de Gonzague dans le siècle. ON y considère, 1° son innocence au milieu des plus grands dangers, 2° sa pénitence parmi les délices, 3° son humilité dans les grandeurs. PREMIER POINT. Son Innocence au milieu des plus grands dangers. Le monde est rempli de dangers de toute espèce. Ces dangers sont plus grands pour la jeunesse; mais ils le sont infiniment pour ceux en qui la jeunesse se trouve réunie avec tout ce qu'il y a de plus brillant aux yeux du monde. Haule naissance, esprit pénétrant, rang distingué, fortune opulente: tel était Louis. On le vit successivement, dès l'âge le plus tendre, à la tête des soldats, à la cour, dans les villes les plus florissantes, partout accueilli du monde, qui lui prodiguait ses caresses et son encens. Une nombreuse suite spirituel. 21 de valets était toujours prêts à obéir à ses volontés, à les prévenir. On lui fournissait abondamment tous les moyens de contenter ses goûts. Il était souvent obligé d'être au milieu des compagnies les plus séduisantes. Quoi de plus propre à donner de l'éloignement pour la dévotion, pour la piété! Cependant, considérez- le parmi tant d'occasions de péché: quelle innocence! quelle candeur virginale! on n'y peut apercevoir, je ne dis pas une tache, mais même la plus légère flétrissure: il ne se glisse en son coeur aucune complaisance que la pureté la plus sévère puisse désavouer. Il n'échappe à ses yeux aucun de ces regards, même indélibérés, qui pourraient donner atteinte à sa modestie. Jamais on ne put lui reprocher, jamais il ne put se reprocher à luimême ni sentiment de colère, ni négligence dans l'exercice des devoirs de la religion, ni parole in considérée, ni mensonge officieux, ni sensualité dans le manger, ni curiosité blâmable. Lorsqu'il était aux pieds d'un confesseur, pour s'humilier et trouver enlui- même quelque sujet d'accusation qui pût servir de matière au sacrement, il était obligé de recourir à deux fautes qu'il avait commises à l'âge de cinq ans: l'une d'avoir proféré quelques paroles grossières, dont il ne concevait pas le sens; l'autre, d'avoir soustrait, à l'insu de son père, quelque peu de poudre à tirer, pour s'en faire un amusement. Des fautes si légères en elles- mêmes et par leurs circonstances lui servirent toute la vie pour se confondre et s'humilier, comme YODAY XU 22 Exercice s'il eût été coupable des plus grands crimes; elles lui parurent surtout si grièves, lorsqu'à l'âge de six ans, qu'il disait être l'époque de sa conversion, il s'en accusa dans le tribunal de la pénitence, que l'excès de la douleur qu'il en ressentit le fit tomber en défaillance aux pieds du Prêtre. quon notlovsh 2 Faites maintenant un parallèle de la vie de ce saint jeune homme et de la vôtre, entre son innocence et la multitude de souillures dont vous êtes couvert, entre les dangers sans nombre au milieu desquels il était obligé de vivre, et ceux auxquels vous êtes exposé. Son exemple n'a- t- il pas de quoi vous confondre? Quelle excuse pouvez- vous apporter de cette immense différence qui se trouve entre vous et lui? car vous ne pouvez vous le dissimuler: dans son état de grandeur et d'opulence, il était environné de plus de dangers; les obstacles qui s'opposaient à sa perfection étaient plus difficiles à surmonter; il avait même moins de moyens extérieurs de salut. Mais, direz- vous, c'était un Saint! Vous vous trompez, il n'était pas saint; mais il l'est devenu. C'était un homme faible, fragile, inconstant aussi bien que vous; peut- être même au commencement n'a- t- il pas reçu plus de grâces, plus de lumières que vous; mais il a travaillé de bonne heure à surmonter la corruption de la nature; il a compris que, comme chrétien, il était appelé de Dieu à être saint. Il a répondu fidèlement à toutes les grâces qu'il a reçues; et par cette fidèle correspondance il spirituel. 23 a mérité, autant qu'un homme peut le faire, de recevoir chaque jour avec encore plus d'abondance de ces grâces extraordinaires et spéciales avec le secours desquelles il est parvenu sitôt à la plus éminente sainteté. Il peut se faire qu'il ait été d'abord prévenu de grâces plus particulières; mais ce n'est point de là que provient l'étrange différence qui se trouve entre vous et lui: cela pourrait bien sans doute vous excuser de n'être pas aussi saint que lui, mais non pas d'être aussi pécheur que vous l'êtes. Comprenez- le donc bien, et confondez- vous, ou plutôt prenez une ferme résolution de l'imiter et de marcher sur ses traces, selon la mesure de la grâce qui vous a été donnée. Ce qui cause entre vous et lui une si grande différence, c'est qu'il a voulu sincèrement devenir saint, et que vous ne l'avez pas voulu; c'est qu'il a pris les moyens les plus sûrs pour le devenir, et que vous ne prenez pas pour cela ceux même qui sont les plus indispensables. Louis était au milieu des occasions dangereuses; mais il était par devoir obligé d'y être; il les évitait autant qu'il pouvait le faire; il priait, par exemple, son père de le dispenser de certaines visites, de ces compagnies, de ces assemblées où il pouvait rencontrer des objets capables de faire une impression trop vive sur le cœur. Mais était- il dans l'indispensable nécessité de s'y trouver? c'est alors qu'il usait de la vigilance la plus grande sur lui- même, qu'il avait recours à la prière, à la présence ZUDUR 24 Exercice de Dieu, à la garde de ses sens. Il fut pendant trois ans page de l'Impératrice, une des plus belles princesses qui fut au monde, sans avoir une seule fois jeté ses regards sur elle; il ne fixait pas même la vue sur sa propre mère; il ne se permettait pas les caresses les plus innocentes, même à l'égard des enfants. Pressé par une dame de danser avec elle, il aima mieux commettre ce que le monde regarde comme une incivilité, que de se rendre à sa demande. Est- ce ainsi que vous en agissez? sont- ce là les précautions que vous prenez? tout faible que vous êtes, n'allez- vous pas même au- devant des occasions que vous devez éviter avec le plus de soin? ne vous voit- on pas même attiser le feu qui menace de vous consumer? Vous donnez chaque jour un nouvel aliment à vos passions, tandis que quelquefois vous vous plaignez de ne pouvoir y résister. Voilà la véritable cause de la perte de votre innocence et du peu de ressemblance que vous avez avec Louis de Gonzague, vivant encore dans le siècle. Craignez que sa conduite ne soit un jour produite en témoignage contre vous, et ne serve à vous condamner. Si votre innocence n'est pas encore tout à fait perdue, marchez sur ses traces, afin de la préserver d'un entier naufrage; si vous l'avez malheureusement perdue, rangez- vous encore sous ses auspices, et pour en sauver les tristes débris, prenez la résolution de faire une partie de ce qu'il a fait pour préserver la sienne des souillures les plus légères. spirituel. SECOND POINT. po! innor Sa Pénitence au sein des délices. 25 Prince par le droit de sa naissance, Louis de Gonzague avait été nourri délicatement, comme le sont d'ordinaire les personnes de son rang. Un tempérament délicat, une complexion faible et l'innocence la plus rare semblaient l'exempter des rigueurs de la pénitence. Sa vie aurait été très sainte, très édifiante, quand, content de se tenir dans les bornes que la Religion chrétienne prescrit au commun des fidèles, il se serait permis d'ailleurs ce qu'elle ne défend absolument à personne dans le monde, et qu'elle approuve même dans les Princes. Mais cela ne suffisait pas à notre Saint; il fit à la cour ce que les plus fervents solitaires avaient fait autrefois dans les déserts de la Thébaïde. Il n'était pas moins éloigné qu'eux de toute espèce de commodité; il ne s'accordait de repos que pour condescendre à la volonté d'autrui. Était- il obligé de prendre quelque délassement, alors même tout occupé de Dieu, il refusait à ses yeux l'innocent plaisir que leur eût procuré la vue des beautés de la nature. Il n'approchait jamais du feu dans le fort de l'hiver; il n'usait jamais de gants, quoique ses mains fussent pleines de crevasses occasionées par le froid piquant de la Lombardie. Dans le temps le plus rude, il se levait au milieu de la nuit pour faire oraison, et restait un temps considérable, à demi vêtu, à genoux sur le pavé; de sorte qu'étant à la fin gebang ziovisog AUDIUR 26 Exercice presque tout gelé de froid, il n'avait plus de force pour se relever. Son lit même devenait un instrument de pénitence, par les cailloux et autres choses également pénibles qu'il avait soin d'y mettre, pour en écarter tout ce qui sentait la mollesse. Plusieurs fois le jour il prenait la discipline jusqu'au sang, et au défaut des instruments ordinaires, qu'il ne trouvait pas dans le palais de son père, il se servait de courroies, de chaînes et de poignées de clous; il portait en outre sur les reins une ceinture d'éperons, qui lui pénétrait bien avant dans la chair. Telles ont été pendant longtemps ses austérités; et il ne les interrompait pas, même lorsqu'il avait beaucoup de visites à rendre, ni même en voyage. Ce qu'il prenait, cependant, pour se soutenir au milieu de tant d'austérités, était bien peu de chose; sa nourriture consistait seulement dans un ceuf et quelques morceaux de pain qu'il y trempait. C'était là tout ce que sa faible complexion était en état de supporter.de Que penser à la vue d'une telle pénitence? Le chemin du ciel n'est- il donc rude et difficile que pour les Saints? faut- il que pour y arriver l'innocent marche au milieu des ronces et des épines, et que pour l'homme souillé de péchés, ce même chemin soit tout jonché de fleurs? Non, sans doute. Nous avons tous besoin de pénitence, celui qui refuserait de la faire mettrait par ce refus le sceau à sa perte. Quand j'aurais toujours vécu dans l'innocence, envain me flatterais- je de pouvoir garder ce Univ.- Bibl. Giessen spirituel. 27 trésor, sans la sauvegarde de la pénitence. Mais l'ayant malheureusement souillée par une infinité de péchés, quels motifs n'ai- je pas d'embrasser ses rigueurs! Je le dois pour rentrer en grâce avec mon Dieu, et pour mériter ses faveurs dont je me suis rendu tout à fait indigne; je le dois pour me préserver de tomber dans les mêmes fautes, ou dans d'autres fautes plus graves encore; je le dois pour punir ce corps, qui si souvent a été l'occasion, l'instrument et le complice des désordres de mon âme. Ce n'est qu'en le traitant de la manière qu'il le mérite, que je puis l'empêcher de se révolter contre l'esprit, le réduire en servitude et prévenir les châtiments bien plus terribles qu'il a tout sujet de craindre de la justice du Seigneur. Voilà, grand Saint, ce que m'apprend votre exemple: il me donne une leçon plus sublime encore; il me montre, et de la manière la plus touchante, que le véritable chrétien doit en tout porter sur lui l'image de Jésus crucifié; que c'est dans la croix qu'il doit mettre et sa gloire et ses délices; et que quand il serait en son pouvoir d'obtenir la beatitude sans passer par la voie des souffrances, il devrait encore choisir cette voie de préférence à toute autre, afin d'avoir une ressemblance plus parfaite avec son Sauveur. C'est ce que je connais maintenant, en considérant les saintes rigueurs que vous avez exercées sur vous- même: je fais plus, je goûte ces vérités; il me semble même que j'ai quelque désir d'y conformer ma con VYOOOY 28 arstiabq ol Exercice duite. Si mon corps n'est pas comme le vôtre, une victime sanglante; si, comme vous, je ne l'immole pas sans cesse de nouveau par la pratique des mortifications les plus rudes, du moins je n'en ferai plus mon idole; je le contredirai dans tous ses goûts désordonnés; je lui retrancherai même le plus souvent ses satisfactions trop naturelles, quoique innocentes; je m'efforcerai de mortifier par l'esprit les œuvres de la chair; enfin je me propose de marcher, au moins de loin, sur vos traces, comme vous- même avez marché sur celles de Jésus- Christ: c'est par- là que je veux commencer à mériter votre protection. Obtenezmoi les grâces dont j'ai besoin pour cela; daignez du ciel me tendre une main secourable, et soutenez mon extrême faiblesse. TROISIÈME POINT. Son Humilité dans les grandeurs.com S'il faut de la vertu pour être humble, même dans l'humiliation, il en faut encore davantage pour l'être au sein des grandeurs. Considérons donc combien Louis de Gonzague fut grand selon les hommes, et de là nous pourrons juger à quel degré d'excellence il porta la vertu d'humilité. Rejeton d'une des plus illustres maisons de l'Europe, aimé de sa famille, héritier présomptif d'une principauté considérable en Italie, avec des droits et des espérances sur d'autres Etats; uni de parenté non- seulement avec des Cardinaux, mais encore avec des rois spirituel. 29 et des empereurs, il joignait aux avantages de la naissance tout ce qui pouvait en relever l'éclat: des grâces nobles et touchantes, un air aimable et majestueux, des manières aisées, et je ne sais quoi de grand qui sied si bien aux princes son naturel heureux semblait fait pour régner et pour assurer le bonheur de ceux qu'il aurait eus pour sujets; et ce naturel avait été perfectionné dans lui par l'éduca tion et par les connaissances qu'elle procure. Jeune encore, il possédait la science de l'art militaire à un point qui faisait l'admiration des plus vieux guerriers: les sciences les plus abstraites, la théologie même, ne lui étaient pas moins familières. L'assemblage de tant de qualités naturelles et acquises ne suffisait- il pas pour l'élever au- dessus du commun des hommes et pour le faire paraître grand au jugement du monde? Que penser encore du respect profond que lui conciliait sa vertu? Sa vue seule rappelait des jeunes gens à leur devoir; les vieillards se tenaient debout en sa présence; les princes gardaient le silence, et tous recevaient comme des oracles les paroles qui sortaient de sa bouche: Videbant me juvenes, et abscondebantur; et senes assurgentes stabant, principes cessabant loqui, et digitum superponebant ori suo( Job, XXIX, 8, 9.) Au milieu de tant de grandeurs, quelle fut l'humilité de Louis! Jamais on ne vit en lui le moindre geste, le moindre signe qui dénotât de la fierté; jamais on n'entendit sortir de sa bouche aucune parole de hauteur, pas même 2. ENGDOY 30 Exercice à l'égard de ses domestiques. Il ne les commandait pas, il les priait, et ne leur parlait d'ordinaire que le chapeau à la main. Nonseulement il ne pouvait souffrir aucune marque de distinction dans les églises; mais quelque part qu'il fût, il n'en affectait aucune à l'égard de qui que ce fût. Il allait toujours à pied, et se contentait de l'habillement le plus simple. Un jour, obligé de se rendre à une assemblée où toute la noblesse de Milan se trouvait dans les plus pompeux équipages, où tous les jeunes gens étaient montés sur de superbes coursiers, il y parut revêtu d'une serge noire, et monté sur une mule décharnée et ridicule. On dut penser sans doute que c'était s'avilir, pour un prince de son sang; mais c'est par- là qu'il a mérité d'être mis à jamais parmi les princes de la cour céleste dont il est dit: Nimis honorificati sunt amici tui, Deus; nimis confortatus est principatus eorum. Ne nous arrêtons pas encore à ces choses extérieures, ce n'était que de faibles indices de l'humilité profonde dont il était pénétré. Les louanges et les applaudissements des hommes étaient pour lui quelque chose d'insupportable; il ne pouvait les entendre sans qu'on s aperçût du déplaisir qu'ils lui causaient. Au contraire, s'il arrivait que quelqu'un le blâmât, ou parût faire peu de cas de sa personne, un air de sérénité se répandait aussitôt sur son visage, et il ne manquait guère de donner des marques de sa satisfaction à ceux qui lui avaient procuré ce sujet de joie ce sentiment était spirituel. 31 fondé sur le mépris qu'il avait pour lui- même. Son humilité lui cachait tellement ce qu'il avait d'excellent dans sa personne, pour ne lui laisser voir que sa misère, que lorsqu'il fut admis dans la Compagnie de Jésus, il s'étonnait que cette grâce lui fût accordée, et il ne concevait pas ce qu'on y ferait d'un misérable comme lui. C'est à cette humilité profonde qu'on doit sans doute attribuer la conduite particulière du Seigneur à son égard. Le Seigneur permet assez ordinairement que les plus grands Saints ressentent en euxmêmes l'aiguillon de la chair, afin qu'il serve de contre- poids aux faveurs insignes qu'ils reçoivent de sa bonté. Il n'en agit point ainsi envers Louis de Gonzague. Pour être humble au milieu de tant de dons singuliers dont le Seigneur l'avait décoré, il n'eut pas besoin de cette humiliante épreuve; il fut toujours exempt des révoltes de la chair, même les plus légères, et jamais son esprit ne fut souillé d'aucune image, d'aucune pensée contraire à la pureté. Privilége admirable, mais privilége constaté par le procès de sa canonisation et le témoignage de la sacrée congrégation. Ces honneurs, ces hommages particuliers qu'il reçoit, par préférence à tant d'autres Saints, ne doit- on pas aussi les regarder comme une récompense de son humilité? Combien de Saints ont fleuri dans l'Eglise dans le même temps que saint Louis de Gonzague! combien de pénitents et de solitaires, combien d'apôtres, dont le zèle était infati YOUOY KUC 32 Exercice gable! la seule Compagnie de Jésus en comple environ quatre cents, qui tous ont versé leur sang pour Jésus- Christ, et qui vivaient à peu près dans le même temps que Louis de Gonzague. Ce Saint a souffert moins qu'eux; il est mort jeune, et par conséquent il n'a pas, au moins en apparence, rendu les mêmes services à l'Eglise. D'où vient donc que nous le voyons par préférence placé sur nos autels? C'est sans doute à la profondeur de son humilité qu'il en est redevable: Habebo propter hanc claritatem ad turbas, et honorem apud seniores juvenis.( Sap. vi, 10.) Quelles réflexions ne dois- je pas faire sur moi- même! quels reproches ma conscience ne me fait- elle pas, quand je considère l'extrême humilité de ce grand Saint! Il sut allier les plus bas sentiments de lui- même avec la sainteté la plus sublime; il préféra l'humiliation à tout ce que la grandeur peut offrir de plus éblouissant: et moi, par un accord monstrueux, je réunis en moi l'excès de la misère avec des pensées et des sentiments d'orgueil; je fuis avec soin les humiliations qui viennent me chercher, et je cherche les honneurs et l'élévation que Dieu dans sa miséricorde a placés loin de moi. O grand Saint! quel contraste entre vous et ce misérable pécheur! Lucifer lui- même n'eût pu s'enorgueillir, s'il eût eu les raisons que j'ai de m'humilier; et cependant j'aime ces louanges pour lesquelles Vous n'aviez que de l'horreur! Votre exemple me confond, que vos prières achèvent de me spirituel. 33 convertir; ne permettez pas que mon orgueil m'attire une confusion éternelle. Si jene suis pas comme vous, humble au sein de la grandeur, que je le sois du moins au centre de l'humiliation; et si je ne vous suis pas dans ce que l'humilité a de plus héroïque, du moins que je remplisse le précepte, que je ne prenne jamais de vaine complaisance en moi- même, que je ne me préfère à personne, et que je me soumette volontiers à tous ceux qui me tiennent la place de Dieu. C'est la grâce que j'espère obtenir par votre intercession, ô mon saint Protecteur! Vous fûtes un lis, par votre innocence; vous l'avez conservée, cette innocence, par la pénitence, et embellie par l'humilité; et comme le lis, vous répandez toujours une odeur ravissante, qui vous donne tout pouvoir sur le coeur de Dieu, pour en obtenir, en faveur de vos clients, toutes les grâces dont ils ont besoin pour marcher sur 313001 FOT vos traces. Le Juste planté dans la maison du Seigneur, poussera des rejetons comme le lis, et fleurira éternellement devant le Seigneur. Justus germinabit sicut lilium, et florebit in æternum ante Dominum. ba040 t. Ora pro nobis, sancte Aloysi. R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi. v. Saint Louis de Gonzague, priez pour nous. R. Afin que nous méritions de recevoir l'effet des promesses de NotreSeigneur. TUDIUA 34 Prions. Exercice Oremus. tuum DAIGNEZ, Seigneur, SUCCURRE, que suvenir au secours de no- mus, Domine, fratre faiblesse, afin que gilitati nostræ propinous tous qui révérons tius, ut qui sanctum dans votre saint confes- confessorem seur Louis de Gonzague Aloysium inter carune pureté sans tache nisillecebras purum, au milieu des amorces inter delicias austede la chair, l'austérité rum, inter honorem la plus grande parmi les humillimum veneradélices, et l'humilité la mur, tanti nos etiam plus profonde au milieu intercessoris auxides grandeurs, nous lio per mundi peripuissions, aidés de sa cula transeamus ilpuissante intercession, læsi. Per Dominum passer au travers des nostrum, etc. écueils de ce monde, sans en recevoir aucun mal: Par J. C. N. S., etc. MÉDITATION POUR LE II JOUR. 20 Sur la vie religieuse de S. Louis de Gonzague. ON considère plus particulièrement sa vocation, 1° dans son principe, 2° dans les combats qu'il eut à soutenir pour y persévérer, 30 dans la manière dont il y répondit. PREMIER POINT. Le monde était presque sans danger pour saint Louis de Gonzague. La licence du monde n'avait point altéré la pureté de ses mours; il y avait conservé spirituel. 35 l'innocence la plus parfaite: le cardinal Bellarmin ne fit aucune difficulté d'assurer avec serment que la vie que ce saint jeune homme avait menée à la cour, avait été celle du plus fervent religieux. Les occasions les plus dangereuses n'avaient servi qu'à donner un nouveau lustre, une nouvelle force à ses vertus; de sorte que, quand il n'eût fait autre chose que de continuer à mener dans le siècle le même genre de vie, il est à présumer qu'il eût mérité pour cela seul d'être placé sur nos autels, comme le saint Roi dont il portait le nom du moins jamais personne n'eut plus de sujet que lui de prétendre à cet avantage. Cependant il ne se flatta point d'être à l'abri des dangers du monde; il craignait sa propre faiblesse, et crut qu'il serait plus prudent pour lui d'assurer son salut par la fuite. Qu'une pareille conduite est bien capable de fermer la bouche à ces jeunes personnes qui demandent quelquefois avec un air de dédain: A quoi bon le cloître? Pourquoi se faire religieux ou religieuse? Ne peut- on pas faire son salut dans le monde? On le peut. Mais Louis, après une première jeunesse passée de la manière la plus irréprochable, ne s'en tint pas encore assez assuré. N'avez- vous pas autant de sujet de craindre que lui? Pensez donc sérieusement à ce que vous avez à faire de mieux. Si votre choix n'est pas fait encore, c'est une affaire qui demande toute votre attention. Si vous n'avez plus à choisir, pensez au moins à ce que vous avez à réformer dans votre état, pour y mener une vie plus chrétienne. ANAADIOY 36 Exercice Quand notre Saint se fut déterminé pour l'état religieux, il ne balança pas à se décider pour la Compagnie de Jésus, non- seulement à cause de la grande régularité qu'on y observait, ce qui était commun alors avec plusieurs ordres religieux, mais principalement parce que la porte y est fermée aux dignités ecclésiastiques, par le voeu qu'on y fait de n'en point accepter, et ouverte au martyre, par les missions auxquelles on peut s'y consacrer: tant ses intentions étaient pures et dégagées de toute vue d'intérêt et d'ambition! La Mère de miséricorde voulut bien elle- même, d'une manière miraculeuse, confirmer son serviteur dans la résolution qu'il avait prise. Un jour qu'il priait devant une image de cette auguste Vierge, qui se conserve dans le palais impérial de Madrid, sous le nom de Notre- Dame de Bon- Conseil, il entendit distinctement ces paroles Louis, entrez dans la Compagnie de mon Fils. Lorsque nous délibérons sur le choix d'un état, est- ce à Marie que nous nous adressons, ainsi que Louis? Tout nous y engage; elle est le trône de la sagesse: Sedes sapientiæ. Elle est la Mère de l'Ange du grand conseil. C'est par elle que la véritable lumière est venue au monde; elle est toujours prête à nous la communiquer, si nous avons recours à sa bonté maternelle. Mais au lieu de le faire, combien de fois n'avons- nous pas prêté l'oreille à la voix toujours trompeuse de nos passions! combien de fois n'avons- nous pas demandé conseil à des amis infidèles et per30 10000 spirituel. 37 fides qui, de concert avec nos inclinations perverses, nous tenaient un langage séducteur et tout propre à nous perdre! Guides aveugles, ils nous conduisaient au précipice, et nous y faisaient tomber avec eux. Ce ne sont point ces faux amis, ce ne sont point nos passions qu'il faut consulter; c'est à Marie qu'il faut avoir recours dans nos doutes; c'est elle qu'il faut invoquer: Respice Stellam, voca Mariam. Lors même que nous négligions de le faire, ne nous a- t- elle pas plus d'une fois prévenus par de saintes inspirations, et n'avons- nous pas rejeté ses avis salutaires? Sachons désormais mieux imiter saint Louis de Gonzague. Dès l'âge le plus tendre, éclairé d'en haut il avait appris à la considérer comme l'échelle mystérieuse par laquelle il devait s'élever jusqu'au ciel; et lorsqu'il montait l'escalier du palais de son père, à chaque marche il la saÎuait, en lui adressant les paroles de l'Ange: Ave, Maria. Dès lors il lui fit la donation la plus universelle et la plus constante de toutes ses affections, de ses sens, de son corps, de son cœur, de son esprit et de sa liberté. Il ne pouvait ni la nommer, ni l'entendre nommer sans fondre en larmes; et c'est sans doute à cette tendre piété qu'il eut toujours pour Marie, qu'il fut redevable de cette faveur signalée qu'il en reçut au sujet de sa vocation. O grand Saint! serait- il possible que je prétendisse à l'honneur de vous appartenir, si je ne me faisais un mérite d'honorer spécialement cette auguste Reine à qui vous vous fai3 38 Exercice siez gloire d'être entièrement consacré? J'en prends maintenant la résolution, et je la prends sous vos auspices. Je veux, à votre suite, me rauger au nombre des plus zélés serviteurs de Marie: c'est vous qui me conduirez à ses pieds; c'est vous qui daignerez me servir de caution auprès d'elle, et qui lui répondrez de ma fidélité à remplir la promesse que je lui fais en ce moment. J'aurai toujours recours à sa protection puissante; je me ferai un devoir de la consulter en tout et de me conduire toujours par ses conseils, sans m'écarter jamais de la plus parfaite docilité que je lui voue. En le faisant, je suis assuré de faire le choix le plus salutaire pour moi- même et le plus agréable au Seigneur. SECOND POINT. Constance du Saint dans sa vocation. Peut- être n'y eut- il jamais de vocation plus éprouvée, plus combattue que celle de saint Louis de Gonzague. La première proposition qu'il en fit à son père le révolta tellement, qu'il entra dans les plus vifs transports de colère. Tour à tour on lui vit employer tout ce que la fureur peut suggérer à un guerrier pour témoigner son indignation, et ce que la tendresse peut inspirer à un père, pour gagner l'esprit d'un fils bien- aimé: meaaces, promesses, mauvais traitements, voyages, délais, tout fut mis en usage. Ses sujets s'efforcèrent de l'ébranler par leurs larmes; ses égaux, par leurs prières; les vieillards, par l'au spirituel. 39 torité de leurs conseils. Des Prélats respectables, d'éloquents prédicateurs, d'habiles théologiens, des religieux édifiants, se réunirent pour le dissuader de la résolution qu'il avait prise de se faire religieux, persuadés qu'ils travaillaient à la gloire de Dieu. Ils lui représentaient le bien qu'il pourrait faire et les services importants qu'il rendrait à l'Eglise, lorsqu'il serait revêtu de quelque dignité ecclésiastique; ils lui citaient même l'exemple du grand et saint cardinal Charles Borromée, qui vivait encore, et des mains duquel il avait reçu pour la première fois la divine Eucharistie. Ainsi pressé, attaqué de toutes parts, Louis demeura toujours inflexible dans sa résolution. Dieu me veut, disait- il, la sainte Vierge m'appelle; le monde et l'enfer ne m'empêcheront pas de les suivre. Cependant que de duretés, que de reproches n'eut- il pas à essuyer pendant l'espace de trois ans! Quelque modeste, quelque respectable que pût être sa conduite envers son père, il n'en recevait d'ordinaire pour réponse que ces paroles prononcées du ton le plus dur: Eloignez- vous de moi; vous mériteriez les plus rigoureux chatiments.Plus d'une fois chassé honteusement de la maison, comme s'il en eût été le déshonneur, il fut obligé de se retirer chez les capucins, ou chez les observantins. Ne sachant ce qu'il devait faire, il crut devoir solliciter le Général de la Compagnie, pour qu'il consentît à sa fuite: enfin, il en vint même jusqu'à menacer son père de la colère 3. 40 Exercice céleste, et jusqu'à lui montrer l'enfer où il se précipitait, s'il s'opposait davantage aux desseins de Dieu sur lui. Rien de tout cela ne lui réussit: plus il faisait d'efforts, plus il semblait que son père se raidissait pour s'opposer à l'effet de ses désirs. Le fils redoubla ses prières au Seigneur, multiplia ses larmes, augmenta ses austérités. Ce qui le touchait surtout, c'était la résistance opiniâtre de son père à la volonté divine. Il vengeait sur son corps l'injure faite à Dieu; les saintes cruautés qu'il exerçait sur lui- même étaient inouïes. Un jour son père en fut témoin, et ce fut ce qui le porta surtout à accorder à son fils le consentement si fort désiré. Il l'aperçut qui, prosterné devant son Crucifix, adressait au Seigneur les plus vives prières, et exerçait sur son corps les plus grandes rigueurs; le sang coulait de toutes parts. A cette vue, son cœur ne put résister davantage. Il craignit de hâter la mort de son fils, s'il ne se rendait au plus tôt à ses demandes. O grand Dieu! fit- on jamais pour obtenir une principauté ce que Louis a fait pour renoncer à la sienne? Qu'est- ce souvent qui nous arrête dans le monde? qu'est- ce que nous craignons de quitter?.... Jetons un regard sur ce Saint, considérons sa générosité, sa constance. Que nous sommes éloignés de lui ressembler! Que faut- il en effet pour nous abattre, pour nous rendre inconstants dans nos bons propos, pour refroidir tout à coup notre ferveur dans l'exécution des desseins de Dieu sur nous? Un spirituel. 41 air de mépris, une parole, un coup d'œil suffit. Une crainte panique de ce que le monde pourra dire de nous, déconcerte tous nos projets, et nous fait abandonner nos meilleures résolutions. O grand Saint! je dois en convenir, vous êtes comme un de ces arbres qui se jouent des tempêtes; et nous autres, nous sommes de faibles roseaux qu'un souffle agite et terrasse mais souvenez- vous de cette parole que vous aviez souvent à la bouche, que les Saints ont un merveilleux pouvoir pour obtenir, en faveur de ceux qui les invoquent, les vertus dans lesquelles ils se sont le plus signalés. Je m'adresse donc à vous pour obtenir la constance Fixez par vos prières, ô mon puissant Protecteur! fixez l'inconstance de mon esprit; et que cet Exercice que je fais en votre honneur ne se termine pas avant que j'éprouve l'effet de cette demande: Da mihi in animo constantiam.( Judith, 1x, 14.) TROISIÈME POINT. De quelle manière le Saint remplit sa vocation. Quelques arrangements de famille, quelques raisons prises du traitement qu'il convenait de lui faire conformément à sa santé, pouvaient retarder l'effet de la permission que son père venait d'accorder à ses désirs. Illève cet obstacle, en renonçant généreusement à la pension considérable qui devait le suivre partout, et consent à être traité bien autrement que ne devait l'être un aîné de son illustre maison. Après ce nouveau sacrifice, qui NAD OY Exercice 43 couronnait l'holocauste et le rendait d'une odeur plus agréable au Seigneur, impatient de se voir revêtu des livrées de Jésus- Christ, le même jour que fut dressé son acte de renonciation au duché de Mantoue, devant, pour la dernière fois, dîner en famille, et partir aussitôt après pour Rome, il se dépouilla de tous ses habillements séculiers, et voulut paraître à table dans l'humble habit de Jésuite. Toute la famille fondait en larmes; mais le coeur de Louis nageait dans la joie, en se rappelant ces paroles du Prophète: Gandens gaudebo in Domino, et exultabil anima mea in Deo meo, quia induit me vestimentis salutis... quasi sponsum decoratum corona.( Is. LXI, 10.) Il ne se contenta pas de porter à l'extérieur l'habit de la Compagnie de Jésus, il fit voir qu'il en avait le véritable esprit et les sentiments. Il parla à tous les convives d'une manière si pénétrante, qu'il opéra en eux des changements considérables: le plus remarquable fut celui qui se fit dans la personne de son père, qui dès ce moment parut un autre homme, et mourut bientôt après en saint. C'est ainsi que Louis, astre brillant dès son aurore, étincelait déjà de tant de feux, qu'on l'eût pris pour un astre au sommet de sa carrière. Il était bien éloigné d'avoir de lui- même de pareils sentiments. Après avoir étonné Rome et le Souverain Pontife, après les avoir édifiés par sa venue, ou plutôt par le motif qui l'amenait dans cette ville, il se rendit au noviciat des Jésuites, comme pour commencer à tra spirituel. 43 vailler à sa perfection; mais en même temps plein de zèle pour celle du prochain, il ne dit à ses gens, en les renvoyant, autre chose que cette parole que chacun de nous peut bien appliquer à soi- même: Que chacun de vous pense à se sauver. Avec quelle ardeur le vit- on s'avancer à grands pas dans sa nouvelle carrière! A peine entré dans une religion, sur laquelle le Seigneur se plaisait à répandre ses dons les plus précieux, et qui jouissait encore de sa pre mière ferveur, on pouvait déjà le proposer pour modèle aux plus fervents. Quelle vigilance sur ses sens! quelle pureté de conscience! quelle exactitude aux plus petites choses, dans Pobservation d'une règle qui prescrit une chasteté angélique, une obéissance aveugle, la plus grande mortification en toutes choses, et dont les obligations sont tout à la fois si variées, si délicates, si parfaites, qu'elle semble plutôt faite pour former des anges que des hommes! Cette règle, Louis l'observa dans tous ses points et si constamment, qu'il pouvait assurer à sa mort que jamais il n'en avait transgressé aucun, même des moins considérables. Jamais il ne connut la tiédeur, pas même un seul instant. Ses vues et ses efforts se portaient toujours à quelque chose de plus parfait. Un acte héroïque qu'il venait de faire n'était pour lui qu'une raison, qu'un moyen d'en faire de plus héroïques encore. Aidé d'une grâce puissante et singulière, il en vint au point de dompter son imagination. Cette faculté qui, Univ.- Bibl. Giessen 44 Exercice dans les autres hommes, même les plus saints, maîtrise la raison et porte le trouble et le désordre dans l'âme, était en lui comme assujettie à la volonté. Il ne me vient, disait- il, aucune pensée que celle que je veux; il ne s'offre à mon esprit aucune image que celle que je cherche. Son esprit était tellement uni à Dieu, que rien n'était capable de l'en distraire; de sorte que son Supérieur l'ayant averti de modérer un peu l'attention continuelle qu'il avait à Dieu, et d'appliquer son esprit à d'autres choses, dans la pensée que cela pourrait soulager les violents maux de tête qu'il essuyait, l'humble Novice fit en vain tous ses efforts pour obéir. Dieu venait en quelque sorte audevant de son serviteur, à mesure que celui- ci faisait plus d'efforts pour l'éloigner au moins pour quelques moments de son souvenir. Me bornerai- je à une vaine et stérile admiration? l'exemple de Louis ne fera- t- il qu'une légère impression sur moi? Il me montre ce que je puis avec le secours de la grâce; n'auraije jamais le courage de marcher sur ses traces, et de faire généreusement tous les sacrifices que le Seigneur demande et que je lui refuse depuis longtemps. C'en est fait, ô grand et très aimable Saint! il ne sera point dit que, me faisant gloire de vous avoir pour protecteur, j'aurai toujours mené une conduite si lâche et si peu digne de vous. A quelque prix que ce soit, je veux me sauver; je veux travailler à ma perfection, et faire choix pour cela de l'état que je croirai, par rapport à moi, le plus parfait spirituel. 45 et le plus conforme à la volonté du Seigneur: rien ne pourra plus ébranler en moi cette ferme résolution; et tous mes soins seront désormais de répondre aux grâces de mon Dieu, par l'imitation constante de vos vertus. Que ne doisje point espérer, vous ayant pour avocat et pour guide. Justus germinabit Le Juste, planté dans sicut lilium, et flo- la maison du Seigneur, rebit in æternum an- poussera des rejetons te Dominum. comme le lis, et fleurira éternellement devant le Seigneur. . Saint Louis de Gonzague, priez pour nous. R. Afin que nous méritions de recevoir l'effet des promesses de Notre- Seigneur. . Ora pro nobis, sancte Aloysi. R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi. Oremus. SANCTISSIMA Genitricis tuæ, quæsumus, Domine, fac nos gaudere patrocinio, ut sicut angelicum juvenem Aloysiumad Societat em Filii sui vocavit in terris; ita nos ad ejusdem societatem Prions. Nous vous en supplions, Seigneur, faitesnous jouir de la protection de votre très sainte Mère, afin que comme elle a appelé l'angélique jeune homme Louis de Gonzague à la Société de son Fils sur la terre, elle daigne aussi nous ap3. Exercice 46 peler à la société éternelle de ce même Fils dans le ciel: Par le même N. S. J. C. æternam vocare dignetur in coelis: Per eumdem Dominum, nostrum, etc. MÉDITATION POUR LE III JOUR. Sur la mort de saint Louis de Gonzague. ELLE fut, 1º devant Dieu, une mort pleine de mérites; 2° par rapport aux hommes, une mort pleine d'exemples; 3° par rapport à lui- même, une mort pleine de consolation. PREMIER POINT. La mort de saint Louis de Gonzague fut devant Dieu une mort pleine de mérites. Il mourut jeune, il n'avait que 23 ans; mais dans le peu d'années qu'il a vécu, il n'a pas moins acquis de mérites que la plupart de ces Saints qui sont morts dans l'âge le plus avancé: Consummatus in brevi, explevit tempora multa. Tous ses jours furent pleins; et dès l'âge le plus tendre il possédait déjà la maturité de la vieillesse. Le bon exemple d'un jeune homme, et surtout d'un jeune prince, est de toutes les prédications la plus persuasive. Quels biens ne procura point l'exemple de notre Saint, à Rome, à Naples, à Milan, à Florence, à Sienne, à Turin, à Madrid, à Mantoue, et dans plusieurs autres villes de PEurope, qui ont été témoins de son admirable sainteté! je pourrais ajouter dans toutes spirituel. 47 les villes du monde, où depuis sa mort le bruit de ses vertus s'est répandu! Partout, dans les cours, dans la noblesse, et parmi les gens de tout état, on en a vu les effets les plus salutaires. Cette première considération commence à nous faire voir que les mérites du saint jeune homme furent grands devant le Seigneur. Mais qu'on parcoure le récit de ses vertus, on y trouvera des réconciliations faites par son moyen, des scandales abrogés, des abus corrigés, et beaucoup de pécheurs convertis. Une seule prédication qu'il fit à Châtillon devant une nombreuse assemblée, fit une si vive impression sur l'esprit et le coeur des auditeurs, que les confesseurs furent obligés de passer la nuit à leur tribunal, pour satisfaire à la dévotion des pénitents. Une exhortation familière qu'il fit à Sienne dans une assemblée de seigneurs, en porta plusieurs à quitter le monde pour embrasser, à son exemple, l'état religieux; de sorte qu'un fervent et zélé missionnaire ne regarderait pas ses travaux comme infructueux, quand même dans sa vie il n'aurait pas fait un plus grand nombre de conversions. Maintenant, si nous considérons la mort de saint Louis de Gonzague en elle- même, il serait difficile d'en trouver qui fût plus méritoire. Il mourut martyr de la charité. Ayant obtenu de ses Supérieurs, à force de prières, qu'il lui fat permis de servir dans un hôpital, il y trouva un malade frappé de la peste; et ce fut à lui qu'il s'attacha plus particulièrement, comme 48 Exercice à l'objet le plus digne de compassion. Une mère ne pouvait être plus attentive aux besoins pressants d'un fils unique. Il ne s'en éloignait presque jamais, lui donnait à manger de ses propres mains, le nettoyait souvent, et lui rendait des services qu'un domestique voudrait à peine rendre à son maître. Un jour même, pressé par l'ardeur de sa charité, il se jeta à son cou, l'embrassa; et ce fut en exerçant cet acte héroïque de charité, qu'il gagna le mal qui prit chaque jour de nouveaux accroissements, jusqu'à ce qu'il l'eût conduit au tombeau. Qu'une pareille mort, qu'une mort, fruit de tant d'actes de charité, dut être précieuse aux yeux du Seigneur! qu'elle fut pleine de mérites! En vivant comme je l'ai fait jusqu'à présent, puis- je avec raison me flatter d'avoir un jour une pareille mort? n'ai- je pas plutôt sujet de craindre une mort tout à fait différente de la sienne? Il meurt victime de la charité; et moi, si je ne me convertis point, ne mourrai- je point, comme la plupart des amateurs du monde, victime de l'intempérance de l'ambition, de la haine, ou de quelque autre passion? Il meurt chargé de mérites; et moi, jusqu'à présent, quels mérites ai- je amassés? quels mérites ai- je à présenter au souverain Juge, si dans ce moment il me citait à son tribunal? Pour être à la mort plein de mérites, comme Louis, il faut avoir vécu comme lui, humble, pénitent, mortifié, tout occupé des choses de Dieu, sans goût, sans spirituel. 49 intérêt pour les choses de la terre. Je dois l'avouer, ce n'est pas ainsi que j'ai vécu; je ne puis alléguer en ma faveur ni les œuvres de charité, ni celles de la pénitence; ma chair n'a point été mortifiée, mes sens n'ont point été cloués à la croix de Jésus- Christ, mes passions n'ont point été domptées; et quelles sont les âmes que j'ai converties, que j'ai sanctifiées par mon exemple, par mes discours? O grand Saint! la vue de ces mérites dont vous avez été enrichi me fait apercevoir ma honte et ma confusion; je ne vois en moi qu'un vide affreux de tout bien: mais en même temps votre exemple m'anime. Je ne veux pas, comme les vierges folles, attendre l'arrivée de l'Epoux pour me préparer à le recevoir dès ce moment je vais, par une vie sainte et mortifiée, me disposer à bien mourir: daignez jeter sur un misérable pécheur un regard de compassion; cette vertu est née et s'est accrue avec vous. Vous ne parliez point encore; et porté dans les bras maternels, vous témoigniez déjà par vos gestes le désir de secourir les misérables, et vous n'aviez point de repos que lorsqu'ils avaient été soulagés. Exercez envers moi cette vertu. Prosterné devant le trône du Très- Haut, implorez pour moi sa miséricorde, et ne cessez point de prier que vous n'ayez obtenu mon pardon et les grâces qui me sont nécessaires pour vivre et mourir comme vous. AUTOR 50 Exercice SECOND POINT. La mort de saint Louis de Gonzague, considérée par rapport à nous, fut une mort pleine d'exemples. Elle ne fut pas moins édifiante que sa vie; ce fut là ce qui mit le comble à ses mérites. Il eût pu dire avec l'Epouse des Cantiques, que son lit était orné de fleurs: Lectus meus floridus. L'odeur admirable des parfums célestes qui s'en exhalait, attirait autour de lui les âmes pieuses. Les persounes les plus respectables, les Cardinaux même, venaient s'édifier auprès de lui; ils ne le quittaient qu'à regret, le cœur rempli de contrition et de ferveur, et ne craignaient pas de dire que ce n'était pas un homme, mais un séraphin qu'ils venaient de voir et d'entendre. Il fut environ quatre mois malade d'une maladie très dangereuse, étant toujours couché sur le même côté, et conséquemment tout couvert de plaies; et pendant un si long temps, il n'ouvrit jamais la bouche pour se plaindre, sinon du trop de soin qu'on prenait de lui. Au plus fort de ses douleurs il se trouvait toujours assez bien, parce qu'il était dans l'état où Dieu le voulait. Son soin continuel était de n'omettre aucun point de perfection qu'il était alors en son pouvoir de pratiquer. Dès qu'il se vit obligé de garder le lit, il pria qu'on n'y laissât rien qui ne fût compatible avec la plus austère pauvreté. Il recommandait instamment qu'on ne lui donnât que les spirituel. 51 remèdes les plus communs et les moins coû- teux; et les médecines, qu'on prend d'ordinaire avec précipitation pour en moins sentir le dégoût, il les prenait avec lenteur, afin de se mortifier le goût. Il eût voulu n'entendre parler que de Dieu, et lui- même en parlait avec tant d'ardeur, qu'on regardait comme un prodige que cela n'eût pas nui considérablement à sa santé. Peu de Justes, alors même qu'ils se portent bien, sont capables d'une si grande application d'esprit à Dieu. Celle du saint jeune homme a été continuelle jusqu'au dernier jour de sa vie; il se faisait lire tous les jours quelque livre de piété, et réciter lentement les psaumes de la pénitence; et il les écoulait, il les méditait en versant une grande abondance de larmes: on le trouva quelquefois à genoux dans sa chambre, parce qu'il n'avait pas eu la force de se relever; d'autres fois près d'une table, où il s'était traîné avec peine pour baiser un crucifix qu'on y avait placé. Le Souverain Pontife lui ayant envoyé sa bénédiction, comme cela se pratique à l'égard des personnes distinguées qui sont à l'article de la mort, l'humilité du Saint en fut si blessée, il fut si confus de voir que le Saint- Père le distinguait des autres refigieux, qu'il en parut tout accablé, et il se couvrait le visage comme pour dérober aux autres sa confusion. Peu de temps avant d'expirer, s'étant plusieurs fois découvert la tête, et un des Pères qui étaient là lui ayant dit que cela pourrait l'incommoder: Je n'ai point 52 Exercice lu, répondit- il, que Jésus- Christ mourant en croix eût autre chose qu'une couronne d'épines sur la tête. Enfin, lorsqu'il lui restait encore à peine un souffle de vie, il témoigne le désir qu'il a de souffrir, et demande en grâce que quelqu'un lui fasse la charité de châtier son corps et de lui donner la discipline, office que sa faiblesse ne lui permettait pas de se rendre. Il avait toujours été l'ennemi déclaré de son corps; il voulait mourir en le mortifiant tant il est vrai qu'on est tel à la mort qu'on a été pendant la vie. Il est bien peu de personnes qui ne désirent mourir de la mort des Saints; c'est le vœu général Moriatur anima mea morte justorum; mais il faut pour cela vivre comme eux, et il en est bien peu qui aient assez de courage pour le faire. Si Louis est mort d'une manière si pleine d'édification; s'il s'est élevé du désert de ce monde, comme une fumée qui monte des parfums de myrrhe et d'encens: Sicut virgula fumi ex aromatibus myrrhæ et thuris, c'est que pendant la vie, comme une lampe ardente, il a toujours brûlé devant le Seigneur, en répandant l'éclat le plus pur et l'odeur la plus délicieuse des vertus. La fin de la plupart des hommes est bien différente. Pendant leur vie leur cœur est comme un cloaque infect, d'où s'exhale une vapeur empestée; à la mort ils ne peuvent s'éteindre sans répandre une odeur insupportable. Quel sera mon sort? à qui ressemblerai- je à la mort? Serace à vous, ô aimable Saint? ou bien sera- ce spirituel. 53 au commun des hommes? Je désire, il est vrai, que ce soit à vous; mais des désirs ne suffisent pas, il faut des oeuvres. Et faible, languissant comme je le suis, comment pourrai- je agir et marcher après vous, si vous ne faites pour moi ce que vous fites pour ce lépreux que vous chargeâtes sur vos épaules et que vous portátes dans une maison de refuge? Soyez touché de mon extrême faiblesse; et comme un aigle fort et puissant, ne vous contentez pas de m'exciter au vol par votre exemple; déployez vos ailes, et portez- moi jusqu'au sommet de la perfection à laquelle le Seigneur m'a destiné: Sicut aquila.... expandit alas suas, et assumpsit eum, atque portavit in humeris suis.( Deut. xXxxII, 11.) TROISIÈME POINT. La mort de saint Louis de Gonzague, considé rée par rapport à lui- même, fut une mort pleine de consolation. Il regardait la mort comme le terme de ses maux et le commencement de sa félicité. Voulant donner à sa mère des nouvelles de son état: Je m'approche peu à peu, lui écrivaitil, des tendres embrassements du Père celeste. Que vous aurez de joie lorsque vous saurez qu'il a daigné m'introduire dans le séjour du vrai bonheur! Au milieu des douleurs dont son corps était accablé, son âme était en paix; elle était comme un vainqueur qui et voit autour de lui ses ennemis terrassés, 54 Exercice qui contemple à loisir de riches dépouilles qui vont être le fruit de ses combats. Elle apercevait la lumière qui devait bientôt luire à ses yeux, et elle attendait avec une douce impatience le moment où le voile qui la lui cachait encore serait entièrement levé. La dissolution prochaine de son corps le remplissait de la joie la plus vive: Conscidisti saccum meum, et circumdedisti me latitid. Peu d'années avant sa mort il avait appris par révélation divine, qu'il n'avait pas longtemps à vivre; et dans les derniers mois ses désirs de voir Dieu étaient si vifs et si fréquents, qu'il ne pouvait se persuader que l'Epoux céleste fût loin. Quelle fut donc sa joie, lorsqu'une maladie mortelle lui fit connaître que ses désirs allaient bientôt être remplis! Elle fut si vive dès le moment où il lui fallut se mettre au lit, qu'il craignit qu'il n'y eût de l'excès dans les transports qu'il éprouvait, et qu'il fallut que son confesseur, le père Bellarmin, dissipât la frayeur qu'il avait d'offenser par- là le Seigneur. Ce fut là le seul scrupule qu'il eut aux approches de la mort: scrupule bien différent de ceux qui troublent la plupart des mourants. A mesure que le terme de sa vie approchait, sa joie devenait plus vive; elle fut à son comble quand il en connut le moment et l'heure. Il invitait ses amis à s'en réjouir: Lætatus sum in his quæ dicta sunt mihi: In domum Domini ibimus. Il les conjurait de réciter le Te Deum, pour en remercier le Seigneur. Il leur avait dit positive spirituel. 55 ment qu'il mourrait avant que l'octave de la Fête- Dieu fût finie: cependant elle s'avançait, et les médecins assuraient qu'il n'avait aucun symptôme d'une mort prochaine; ce ne fut même qu'avec peine qu'il obtint de communier en viatique. Il le reçut moins comme un voyageur qui l'adore, que comme un compréhenseur qui contemple à découvert la vérité. Il embrassa les uns après les autres tous ses frères; il fit tout ce qu'il put pour les empêcher de pleurer, et reçut paisiblement tout ce dont il plaisait à chacun de le charger pour le ciel. Il parlait de ceux qui étaient morts récemment et dont il n'avait pu connaître la mort que par une voie surnaturelle, comme s'il eût été présent à leur jugement. Bellarmin, sur une question qu'il lui proposa, lui ayant répondu qu'il y avait des âmes pures qui s'envolaient directement dans le ciel, sans passer par le purgatoire, et qu'il espérait qu'il aurait ce bonheur, le Saint entra dans ce moment en extase et y passa toute la nuit, qui ne lui parut qu'un instant. Enfin cette heureuse nuit qu'il avait désignée arriva; deux personnes seulement étaient restées auprès de lui, tant il y avait peu d'apparence que sa prédiction dût se vérifier. Néanmoins il avertit, comme il avait promis, du temps où il fallait lui donner l'Extrême- Onction et faire la recommandation de l'âme. Il reçut le sacrement avec une dévotion angélique, et répondit à toutes les prières avec tant de ferveur et d'affection, que les prêtres, ne pou VELDIGK 56 Exercice vant retenir leurs larmes, étaient hors d'état de lui rien suggérer. Les onctions saintes étant faites, il reçut avec joie le cierge bénit qu'on lui présenta, prit son crucifix, le serra contre son coeur, le baisa avec la dévotion la plus tendre, et bientôt après rendit le dernier soupir, en s'efforçant de prononcer les doux. noms de Jésus et de Marie. Que cette mort est belle! qu'elle est digne d'envie! que ne doit- on pas faire pour en mériter une semblable! La vie de Louis de Gonzague avait été un martyre continuel; il avait fait de grands sacrifices et s'était refusé toutes les satisfactions de la terre; il avait méprisé les honneurs et les dignités du monde, et fait de son corps une victime de la pénitence mais qu'il en a été bien récompensé par les consolations et les faveurs célestes qu'il a goûtées dans ses derniers moments! Que sont, en comparaison, tousles biens, toutes les grandeurs, toutes les délices de la vie? Serait- ce acheter trop cher un aussi grand bonheur que de renoncer, pour l'obtenir, à tout ce que le monde a de plus éblouissant et de plus délicieux? Non, sansdoute; et, convaincu de cette vérité, persuadé par l'exemple de Louis, je ne veux plus m'attacher qu'à Dieu seul; et désormais mon unique soin sera de suivre, d'aussi près que je le pourrai, JésusChrist mon Sauveur chargé de sa croix et montant au Calvaire pour y être immolé. C'est votre crédit, ô grand Saint! que j'implore auprès de Dieu pour obtenir cette grâce. spirituel. 57 Je vous choisis dès à présent, et d'une manière spéciale, pour un de mes Protecteurs à l'heure de ma mort. A l'exemple de cet homme vénérable qui peu de temps avant votre heureux trépas, étant moribond lui- même, se fit transporter auprès de votre lit, et ne voulut point le quitter qu'il n'eût auparavant reçu votre bénédiction, je me prosternerai devant vous, et je vous prierai de me bénir. Il mourut bientôt après d'une mort sainte, et vous le vîtes monter au ciel, sans avoir été que très peu de temps dans le purgatoire. J'espère, par votre intercession, obtenir la même faveur. Ah! que ne puis- je participer au bonheur d'un Jean- Baptiste Carminata, d'un Barthélemi Puzzanto, d'un François Sicravanti et de plusieurs autres! Que ne puisje comme eux jouir au dernier moment de votre présence et mourir entre vos bras! Votre crédit n'est pas diminué, votre amour est toujours le même; pourquoi donc, si ma conscience est telle qu'elle doit être, pourquoi n'obtiendrai- je pas de vous ce que je demande? Aimable et puissant Protecteur, secourez- moi, afin que je vive et que je meure comme vous; je vous en conjure humblement par ces mérites, ces vertus et ces faveurs qui rendirent votre mort si précieuse devant Dieu, si édifiante pour les hommes, et si consolante pour vous- même. Ainsi soit- il. Justus germinaLe Juste, planté dans bit sicut lilium, et la maison du Seigneur, 58 Exercice spirituel. poussera des rejetons florebit in æternum comme le lis, et fleurira ante Dominum. éternellement devant le Seigneur. *. Saint Louis de Gon-. Ora pro nobis, sancte Aloysi. Ji R. Ut digni efficiamurpromissionibus Christi. zague, priez pour nous. R. Afin que nous méritions de recevoir l'effet des promesses de Notre- Seigneur. Prions. en O DIEU! qui reçûtes odeur de suavité votre saint confesseur saint Louis de Gonzague, mourant à la fleur de son âge, victime de sa charité, accordez- nous de mépriser, à son exemple, pendant la vie, tout ce qui n'est point vous, et de mériter, comme lui, d'avoir une mort précieuse à vos yeux Par Jésus- Christ Notre- Seigneur. Oremus. DEUS, qui sanctum confessorem tuum Aloysium, in ævi suiflore morientem, holocaustum charitatis in odorem suavitatis accepisti, da nobis famulis tuis, ut omnia vilia propter te unum, ad ejus imitationem reputantes invità, mortem, ut ipse, mereamur habere pretiosam: Per Dominum nostrum, etc NEUVAINE EN L'HONNEUR DE SAINT LOUIS DE GONZAGUE, Où l'on propose pour chaque jour une vertu du Saint à imiter, en forme de meditation. IL a paru des pratiques de piété en l'honneur de saint Louis de Gonzague, sous le titre de Devotion de six dimanches. Comme le culte de ce jeune Saint, que le Ciel continue à glorifier par de nouveaux prodiges, s'accroît de jour en jour, on a cru qu'une Neuvaine qui aurait pour objet l'imitation de ses vertus, ne pourrait qu'être favorablement accueillie des personnes pieuses.... On y trouvera, pour chaque jour, un Exercice en forme de méditation. La vertu qui en fait la matière en deviendra en même temps le fruit. Saint Louis de Gonzagne est un modèle que la grâce s'est plue, pour ainsi dire, à façonner elle- même et à perfectionner. Initié de bonne heure dans la science des Saints, il y fit en peu de temps de si rapides progrès, qu'il parut en avoir atteint la perfection; dans un âge où se produisent tout au plus les premiers germes d'une sainteté naissante, et c'est à juste titre qu'on peut lui appliquer l'éloge que fait l'Esprit saint d'une vertu mûre et consommée avant qu'il eût pu parvenir à Go Neuvaine en l'honneur la maturité de l'âge: Consummatus in brevi explevit tempora multa.( Sap. IV, 13.) La jeunesse, à qui il est proposé spécialement pour modèle, peut apprendre de là que la sainteté est de tous les âges: tant de mérites, acquis en si peu de temps, lui font assez connaître combien il lui importe de se donner de bonne heure à Dieu. Puisse- t- elle bien comprendre quelle perte c'est faire que de donner à la bagatelle et à des amusements frivoles un âge où la vertu lui offre des couronnes à mériter, et la sainteté, des palmes à moissonner! I. JOUR. Saint Louis de Gonzague, modèle d'innocence. L'INNOCENCE est un de ces biens précieux dont on ne peut avoir trop à coeur la conservation. Craindre et abhorrer ce qui peut la souiller ou la ternir, user des préservatifs que fournit la Religion pour la mettre hors de toute atteinte, c'est ce qui prouve et le cas qu'on en fait, et le désir sincère qu'on a de la conserver. Aussi est- ce par- là que S. Louis de Gonzague mérite de nous être proposé pour modèle. Nous considérerons, dans cet Exercice, combien il eut d'éloignement des moin dres souillures du péché, et ce qu'il prit de précautions pour s'en préserver. I. POINT. Le Ciel avait fait naître Louis de Gonzague d'une mère vraiment chrétienne e de S. Louis de Gonzague. 61 vertueuse, qui lui inculqua de bonne heure cette importante leçon, qu'il n'est rien de plus précieux que la gráce de Dieu. Comme c'est le péché qui nous prive d'un bien si excellent, le premier soin de notre jeune Saint fut de fermer les avenues de son cœur à ce cruel ennemi de nos âmes. On peut dire que dès qu'il le connut, il commença à le haïr et à l'avoir en horreur. Il était bien éloigné de le regarder comme une faiblesse pardonnable, et qui trouve son excuse dans la fragilité humaine. Sa délicatesse de conscience s'alarmait des moindres fautes, de l'ombre même du péché. C'était avec les marques et les sentiments de la plus grande componction qu'il s'accusait, dans le tribunal de la pénitence, des plus petites imperfections. La première confession générale qu'il fit fut marquée à des signes d'une douleur si vive, que le ministre du sacrement crut qu'il expirerait à ses pieds. Il lui était échappé, à l'âge de quatre ou cinq ans, quelques paroles libres qu'il avait entendu dire, sans en comprendre le sens, à des hommes nourris dans la licence des armes; il en conçut tant de regret, après en avoir été repris, qu'il ne s'en rappelait le souvenir qu'avec amertume; il appelait le temps de ses désordres celui où il avait eu le malheur, ainsi qu'il s'exprimait, de tomber dans cette faute; et c'est ce qui lui inspira cet esprit de pénitence qu'il porta si loin. Oh! que n'ai- je la même horreur du péché! Je ne le commettrais pas avec tant de 4 6a Neuvaine en l'honneur facilité, je ne serais pas si tranquille après l'avoir commis, je ne m'en accuserais point avec tant de froideur et d'insensibilité, je craindrais bien davantage d'y retomber, mes résolutions auraient bien plus de solidité. Je n'ignore pas, cependant, que la moindre offense de Dieu est, aux yeux de la foi, un plus grand mal que ne le serait la ruine entière de l'univers, que ne le serait même l'éternel malheur de tous les hommes. Mais hélas! cette vérité n'a fait jusqu'ici sur moi que de faibles impressions. Je veux du moins aujourd'hui m'en bien pénétrer. Entrant désormais dans les sentiments du modèle qui m'est remis devant les yeux, je ne craindrai rien tant que ce qui pourrait ou me ravir la grâce de mon Dieu, ou m'exposer au danger de la perdre. C'est vous, Seigneur, qui m'inspirez cette résolution; donnez- moi le courage de l'effectuer. II. POINT. Qui craint Dieu ne néglige rien: Qui timet Deum, nihil negligit.( Eccle. vI. 19.) Telle fut la règle de conduite que suivit constamment saint Louis de Gonzague. Il ne crut pas pouvoir prendre trop de précautions pour se préserver des souillures du péché. De là cette garde fidèle de ses sens, cette vigilance continuelle sur les mouvements de son âme, cette sage circonspection dans toutes ses démarches; de là ces fréquents examens de conscience, ces confessions faites avec tant de soin, ces revues générales de temps à autre, ee recours à Dieu, si plein d'amour et de con de S. Louis de Gonzague. 63 fiance, cette fidélité inviolable jusque dans les plus petites choses. La crainte, au reste, qu'il avait de commettre les moindres manquements n'était point en lui l'effet du scrupule; elle ne provenait que du désir qu'il avait de plaire à Dieu et de se conserver pur à ses yeux. Ainsi parvint- il à cette innocente vie et à cette pureté de conscience dont on voit peu d'exemples; ainsi conserva- t- il jusqu'à la fin la grâce de son baptême, et porta- t- il sans souillure au tribunal de Dieu la robe d'innocence qu'il avait reçue sur les fonts sacrés, comme en fait foi le décret de sa canonisation. Précieuse innocence! Heureux celui en qui elle se trouve! Beatus( vir) qui inventus est sine macula.( Eccli. xxx1, 8.) O Faut- il, hélas! que je l'aie perdue par ma faute et mon peu de fidélité! Ah! il eût mieux valu pour moi être dépouillé de tous les biens de la fortune et de tous les avantages humains, que de perdre un si riche trésor! Non, je ne pourrai jamais assez en regretter la perte. Que ne dois- je pas faire pour la réparer! Il ne me reste que la ressource de la pénitence dans mon malheur. Je ne cesserai donc de pleurer, toute ma vie, le péché qui m'a ravi le plus désirable de tous les biens; et puisque la miséricorde de mon Dieu a daigné me pardonner; puisqu'elle l'a porté à me rétablir dans l'état de la grâce, je n'aurai rien désormais plus à coeur que de me conserver dans cet heureux état. Je me souviendrai de ce que dit 64 Neuvaine en l'honneur l'Apôtre, que nous portons les trésors de la grâce dans des vases fragiles; que je dois par conséquent être continuellement en garde contre ma faiblesse. na Vous la connaissez, Seigneur, cette faiblesse, vous y compatissez: voilà ce qui m'anime d'une sainte confiance. Pour vous, modèle des âmes pures, bienheureux Gonzague, daignez me prendre sous votre protection; je sais le crédit que vous avez au ciel. Tant de merveilles opérées tous les jours par votre intercession Pattestent hautement; faites- m'en sentir les salutaires effets. Je ne vous demande point ici des grâces temporelles; ce que je sollicite aujourd'hui par votre médiation l'emporte sur toutes les faveurs qui sont dans l'ordre naturel. Obtenez- moi seulement cette crainte amoureuse de Dieu, qui vous fit éviter avec tant de soin le péché; faites qu'elle m'accompagne partout; qu'elle soit mon conseil, mon rempart et ma sauvegarde. Ainsi soit- il. II. JOUR. Saint Louis de Gonzague, modèle de la vie intérieure et de l'esprit d'oraison. ETRE adonné à la vie intérieure, avoir l'esprit d'oraison, c'est être déjà bien avancé dans les voies de la perfection. Rien ne prouve davantage le progrès qu'y fit en peu de temps Saint Louis de Gonzague, que la fidélité avec laquelle il suivit l'attrait qu'il se sentait pour de S. Louis de Gonzague. 65 la prière et les exercices de la vie intérieure. Puisse son exemple en cela nous servir de règle! c'est dans cette vue que nous le proposons dans cette méditation et aux commençants et aux personnes plus avancées. I. POINT. En quoi saint Louis de Gonzague peut- il servir aux commençants, de modèle de la vie intérieure et de l'esprit d'oraison? En ce que, dès l'âge le plus tendre, il chercha le Seigneur pour s'entretenir avec lui, en ce qu'il sut dès lors pratiquer un saint recueillement. Les historiens de sa vie nous attestent qu'âgé tout au plus de trois ou quatre ans, on le trouva plus d'une fois retiré à l'écart, les genoux en terre, occupé de la prière. Il semblait que l'Esprit saint se plût dès lors à jeter dans cette âme encore si tendre les heureux germes de la vie parfaite à laquelle il devait parvenir. A mesure que sa raison se développait, le pieux attrait qu'il avait pour les exercices de la vie intérieure se manifestait. Il ne se contentait pas de payer chaque jour à Dieu un tribut réglé d'hommages, il passait quelquefois en prières cinq heures de suite. Combien de fois abrégea- t- il sou repos pour vaquer à la contemplation des choses saintes! Rien ne lui était plus ordinaire que de passer, étant encore dans le monde, une grande partie de la nuit, même au fort de l'hiver, dans ce saint exercice. Mon Dieu! quand une âme a une fois goûté la douceur de vos ineffables communications, qu'il doit lui être dur de se sé parer de vous! 4. 66 Neuvaine en l'honneur Mais S. Louis de Gonzague, en quittant la prière, ne cessait pas pour cela d'être uni à Dieu. Au milieu du tumulte et de la dissipation des cours où il eut à vivre, il savait s'en rappeler la présence, s'entretenir intérieurement avec lui, entendre sa voix, et lui répondre par celle de ses affections. Son penchant, toutefois, le portait vers la solitude, parce qu'il avait appris de l'Esprit saint que c'est là particulièrement que Dieu parle au cœur de ceux qu'il y conduit; ses plus délicieux moments étaient ceux où, se dérobant aux regards des hommes, il se trouvait seul avec Dieu, et répandait librement son cœur en sa présence. Il s'était fait une telle habitude du recueillement, qu'il paraissait avoir un empire absolu sur ses sens et sur son imagination; il avoua même un jour à quelqu'un avec qui il s'entretenait confidemment, que toutes les distractions qu'il pouvait avoir eues pendant toute une année dans la prière, réunies et rassemblées, eussent à peine égalé la durée d'un quart d'heure. Que je suis éloigné de cette perfection! Quand je rapproche de cet esprit de prière et de recueillement ma dissipation habituelle, l'oubli de Dieu dans lequel je vis, n'ai- je pas bien sujet de me confondre et de m'humilier? Regarderai- je donc la prière comme un exercice indifférent? Mais ce qui sert à entretenir et à perfectionner les vertus essentielles du Christianisme, ce qui nourrit la foi, ranime l'espérance, épure la charité et l'augmente; de S. Louis de Gonzague. 67 ce qui contribue le plus à la sanctification des âmes, peut- il être négligé sans crime? Je ne dois plus être surpris si je suis si languissant au service de Dieu, et si j'ai fait jusqu'ici si peu de progrès. Qui ne prie point, ou qui prie sans recueillement, ce que je n'ai que trop à me reprocher, peut- il avoir le goût de la piété? Daignez, Seigneur, accomplir dans moi l'oracle de votre Prophète: Effundam... spiritum gratiae et precum.( Zach. xn, 19.) Daignez répandre sur moi cet esprit de grâce et de prière, dont vous favorisâles, dès l'âge le plus tendre, votre serviteur Gonzague, II. POINT. Ce n'est pas seulement aux commençants que saint Louis de Gonzague peut servir de modèle pour la vie intérieure et l'esprit d'oraison; il peut encore en servir aux personnes plus avancées. Qu'elles le suivent, en effet, dans les différents âges de sa vie; quelque courte qu'elle ait été, elle n'en offre pas moins à leur imitation une vertu consommée dans les voies les plus sublimes de l'oraison et de la vie intérieure, Saint Charles Borromée, versé lui- même dans les voies de Dieu, assurait, après s'être entretenu avec Louis de Gonzague, âgé alors d'environ huit ans, que dès lors ce saint enfant était parvenu à un très haut degré de contemplation. Aussi ne pouvait- on se lasser d'admirer les trésors de la grâce dent était enrichie cette âme encore si tendre: son union avec Dieu était presque continuelle. Autant il en coûte aux âmes dissipées pour se recueillir et élever 68 Neuvaine en l'honneur leurs pensées vers le ciel, autant lui en coûtait- il pour être quelque temps sans penser à Dieu et sans s'entretenir avec lui. Ses supérieurs attribuant les violents maux de tête qu'il endurait à sa trop grande application au saint exercice de l'oraison, crurent devoir le lui interdire pour un temps c'était la plus rude épreuve à laquelle pût être mise son obéissance: il obéit néanmoins de son mieux. Mais il n'était point maître de son coeur; le Seigneur en avait pris une telle possession, que plus il faisait effort, par esprit d'obéissance, pour éloigner de lui la pensée de Dieu, plus elle se présentait à lui. Il fallut donc lui permettre de suivre le plus doux des attraits. Le reste de sa vie ne fut plus qu'une oraison continuelle. Toutes ses pensées et ses affections se portaient vers Dieu; il n'en entendait plus parler qu'il ne se fit sur son visage une altération sensible. Qui pourrait exprimer les saintes ardeurs dont son coeur était embrasé, les transports amoureux qu'il ressentait dans les intimes communications qu'il lui était permis d'avoir avec le Seigneur? Flammes sacrées qui le consumâtes et en fites un holocauste, venez embraser mon cœur, venez en purifier les souillures, en amollir la dureté, en détruire les affections terrestres, en épurer les sentiments. O Dieu d'amour! que ne suis- je épris de vos charmes, comme le fut Louis de Gonzague! Que ne m'est- il donné de ressentir les célestes impressions que faisait sur lui la pensée de vos adorables perfections, de S.Louis de Gonzague. 69 le souvenir de vos bienfaits, la méditation des grands mystères qu'il vous a plu nous révéler! Ah! si je ne puis prétendre aux faveurs singulières dont vous avez récompensé même ici- bas son innocence et sa fidélité, daignez du moins m'accorder la grâce de faire de l'oraison et de la vie intérieure l'aliment de ma piété, la douceur de mes jours, le lien de mon union avec vous, et conséquemment les délices de mon coeur. Je m'adresse à vous, grand Saint, qui m'êtes ici proposé pour modèle, dans la vue d'obtenir cette ineffable faveur; demandez- la au Ciel pour moi, et faites que, ressentant déjà le pouvoir de votre exemple, je ressente encore celui de votre intercession. Ainsi soit- il. III. JOUR. Saint Louis de Gonzague, modèle de pureté. LA pureté est une vertu qui nous rapproche des Anges en nous élevant au- dessus des faiblesses de la chair. Nous considérerons ici, en premier lieu, combien elle fut chère à saint Louis de Gonzague; en second lieu, de quels moyens il se servit particulièrement pour la conserver; en troisième lieu, combien elle le rendit agréable à Dieu. I. POINT. Ce que Salomon dit de ces charmes puissants qu'eut pour lui la sagesse, peut bien être appliqué à l'amour de saint Louis de Gonzague pour la pureté. Ce fut en effet dès la jeunesse 70 Neuvaine en l'honneur qu'il fut épris de la beauté de cette vertu, et qu'il en fit l'objet de ses recherches: Hanc amavi et exquisivi à juventute med.( Sap. vin, 2.) Ce fut dès lors qu'il souhaita l'avoir pour épouse: Et quæsivi sponsam mihi eam assumere. Il n'avait pas encore dix ans, qu'il voua dans la ville de Florence une éternelle virginité sous les auspices de la sainte Vierge. Aussi tout en lui, pensées, désirs, affections, regards s, entretiens, actions, porta- t- il l'empreinte de cette vertu. Comme la pureté ne marche jamais sans la modestie et la pudeur, on l'eût pris pour un Ange, tant il était modeste et retenu dans toute sa personne. Il suffisait de le voir pour se sentir excité à l'amour de cette excelpour lente vertu. On n'eût point osé se permettre en sa présence de ces conversations libres, si ordinaires dans les compagnies et les cercles du monde. Sa délicatesse sur ce point était si grande, qu'une seule parole dont la pureté aurait pu être blessée, ne l'eût pas seulement alarmé, mais eût été un véritable tourment pour son cœur. L'ai- je cette délicatesse qui s'alarme des moindres atteintes portées à la pureté? Ah! si je chéris cette vertu autant qu'elle mérite de l'être, quelle attention ne dois- je pas avoir à éloigner de moi tout ce qui peut y être contraire! Vertu angélique, qui devrais être le principal ornement de toute âme chrétienne on t'expose tous les jours aux traits de mille ennemis! Tu netrouves presque plus de coeurs sensibles à tes charmes, et qui veuillent vivre de S. Louis de Gonzague. 7% sos tes lois. Mon Dieu, ne permettez pas que esois jamais du nombre de ces coeurs charnels. Vous êtes le Dieu de pureté: je suis devenu, par le baptême et en vertu de l'alliance que vous avez bien voulu contracter avec les hommes, le temple vivant de l'Esprit saint: de quelle abomination ne me rendrais- je pas coupable à vos yeux, si je consentais à profaner ce temple par des souillures! asking II. POINT. Saint Louis de Gonzague n'ignorait pas que la vertu de pureté est une fleur tendre et délicate que le moindre souffle peut ternir; il ne crut pas pouvoir en conserver l'éclat sans user des préservatifs que suggère aux âmes timorées l'esprit de religion. C'est pour cela qu'il évita avec tant de soin la ren-> contre des objets qui ont coutume de séduire l'innocence, qu'il fit un pacte avec ses yeux, pour qu'ils ne s'arrêtassent jamais sur ce qui eût été capable de porter le trouble dans ses sens; qu'il ne prêta jamais l'oreille à un langage suborneur, que le monde qualifie d'enjouement. C'est pour cela surtout qu'il eut toujours une dévotion marquée aux saints Anges, mais bien plus encore à la Reine des Anges, qu'il approchait souvent de la sainte table, qu'il mor tifiait sa chair et tenait ses sens dans une continuelle sujétion. Tels furent les préservatifs qu'il fit servirà la conservation d'une vertu qui lui fut toujours si chère. Par- là il respira l'air contagieux du plus grand monde, sans en recevoir la moindre atteinte. Onue pouvait assez s'étonner de 72 Neuvaine en l'honneur voir tant de réserve et d'innocence dans un jeune Prince à qui le monde s'empressait de plaire. On disait de lui communément, qu'il semblait être privilégié et être exempt des faiblesses de la chair. C'est à moi de profiter d'un si bel exemple; il ne m'est remis devant les yeux que pour exciter mon émulation: mais ce ne sera qu'en me mettant en garde contre mon propre cœur, qu'en captivant mes sens, qu'en fuyant toute dissipation ennemie de l'innocence, qu'en me nourrissant souvent du pain des Anges, qu'en me dévouant au culte de la plus pure des Vierges, que je mettrai en assurance la précieuse vertu qui m'est proposée à imiter. Faites, ô mon Dien! que je ne m'en tienne point à de steriles désirs, et que je ne démente point dans la pratique les pieux sentiments qui me sont inspirés par votre grâce. III. POINT. Celui qui chérit la pureté, dit le Sage, aura le Roi pour ami: Qui diligit cordis munditiam,... habebit amicum Regem.( Prov. XXII, 11.) Or, comme cette vertu a été portée à un si haut point de perfection par saint Louis de Gonzague, quelle faveur n'a- t- elle pas dû lui mériter de la part du Dieu de pureté! Dieu plein de charmes, qui aimez à vous communiquer aux âmes chastes, oui, vous dûtes favoriser de bien des grâces cette âme selon votre cœur; vous dûtes faire couler dans elle l'abondance de vos consolations, lui faire sentir les douces effusions de votre esprit, lui faire goûter les délices ineffables de votre amour, de S. Louis de Gonzague. 73 la nourrir d'une manne savoureuse et toute céleste. Ce n'a été toutefois que la moindre partie de vos faveurs. Vous vous êtes hâté de la tirer de ce lieu d'exil et de l'appeler à vous pour l'associer aux Anges, et la faire entrer en participation de la gloire de vos Elus. Heureux Gonzague! vous voilà donc à la suite de l'Agneau sans tache! Quel bonheur est le vôtre! Il vous est donné d'entendre cet immortel cantique( Apoc. xiv, 3), que peuvent seules chanter les âmes chastes, qui, comme vous, ont conservé une inviolable pureté. Jouissez, grand Saint, jouissez de cette glorieuse prérogative; mais daignez vous intéresser en faveur d'une âme faible, qui a tout à craindre pour l'inestimable vertu que le Ciel a couronnée dans vous d'une éternelle gloire. 2.0993) Hélas! que d'ennemis cherchent à nous enlever ce précieux trésor! comment le mettre en assurance sans une grâce spéciale de préservation? Vous pouvez me l'obtenir, cette grâce insigne; j'ose l'espérer de votre puissante intercession. Ainsi soit- il. IV. JOUR. Saint Louis de Gonzague, modèle de détachement et d'abnégation. L'ESPRIT de détachement et d'abnégation se connaît par les sacrifices qu'il inspire, par la générosité avec laquelle on les fait, par la fi5mba 74 Neuvaine en l'honneur délité enfin avec laquelle on les consomme. C'est à ces trois caractères qu'a été marqué le détachement de saint Louis de Gonzague; et c'est ce que nous allons considérer dans les trois points de cet Exercice. I. POINT. Qu'il est rare, lorsqu'on est né au sein des grandeurs, et qu'on se voit environné de ce qu'une naissance distinguée peut offrir de flatteur à l'amour- propre, de ne point s'en laisser éblouir! mais qu'il l'est bien davantage d'en faire une matière de sacrifice, par un esprit de détachement et d'abnégation! Quel est le riche, demande le Sage, que l'éclat de l'or n'a point ébloui, qui n'a point placé ses affections dans les richesses? et nous lui donnerons des éloges: Quis est hic? et laudabimus eum?( Eccli. xxx1, 9.) Qu'est- ce donc que d'avoir porté le détachement de toutes les choses de la terre aussi loin que l'a fait saint Louis de Gonzague? A peine fut- il en âge de faire usage de sa raison, qu'il reconnut la vanité de tout ce que le monde a coutume d'estimer. Lorsqu'on lui vantait les titres d'honneur auxquels sa naissance lui donnait droit: Que sert tout cela pour l'éternité? répondait- il: Quid hoc ad æternitatem? Jugeant des choses par le rapport qu'elles peuvent avoir au salut et à fin dernière, il n'estima que ce qui nous rapproche de Dieu; il vit d'un oeil indifférent la magnificence des cours, les distinctions de la naissance, l'encens et les hommages adressés à la grandeur. Ce fut même parmi ce que le monde étale de plus de S. Louis de Gonzague. 75 brillant qu'il en conçut plus de dégoût et qu'il forma le projet de ce renoncement évangélique dont les grandes âmes sout seules capables. Il commença dès lors à s'y exercer par le retranchement de mille superfluités qu'imagine chaque jour la vanité du siècle; dès lors il chercha la plus grande simplicité dans ses habits; dès lors il eût souhaité, sans les égards dus à sa condition, fouler aux pieds le faste et les pompes du monde, en se produisant sous l'extérieur le plus négligé. Ainsi préludait- il à cette généreuse renonciation au monde et à tous ses avantages qu'il fit peu de temps après. Oh! qu'il y a de grandeur et d'élévation d'âme dans un tel détachement! car qui ne sait ce qu'a de séduisant pour un jeune cour l'appareil de la grandeur, la pompe des honneurs, le faste des richesses, l'étalage, en un mot, de toutes les vanités mondaines? Mais quand on consulte la foi, comme fit saint Louis de Gonzague, quand on en fait la règle de ses jugements, qu'on pense bien différemment des mondains sur les prétendus biens et avantages de la vie présente! Que paraît, en effet, à des yeux chrétiens toute la gloire du monde, qu'un pur néant? Qu'est- ce que toute la félicité humaine, pesée au poids du sanctuaire et mise dans la balance de l'éternité? Quid hoc ad aeternitatem? Règle divine, tu me serviras désormais à apprécier les choses d'ici- bas. Lorsque le monde cherchera à me faire illusion et à m'attirer à sa suite, je m'é5. 76 Neuvaine en l'honneur crierai avec mon digne modèle: Quid hoc ad æternitatem? Que sont toutes les offres du monde par rapport à l'éternité? II. POINT. Le Seigneur avait fait entendre sa voix à Louis de Gonzague. Ce fut pour y obéir que ce coeur généreux se déterminaà quitter tout, pour suivre le Dieu qui l'appelait à sa suite. Rien ne fut capable de l'arrêter. En vain le monde s'efforça- t- il de le retenir; en yain fit- il parler la nature et l'arma- t- il de ce qu'elle avait de plus puissant sur le coeur d'un fils: tout fut inutile; Louis de Gonzague demeura ferme dans sa résolution. Mais comme les sacrifices qu'on fait au Seigneur lui sont d'autant plus agréables, que le cœur y a plus de part et qu'il y entre plus de générosité, de quel mérite ne dut pas être à ses yeux le sacrifice de notre jeune Saint! Quelle joie et quel contentement ne fit- il pas paraitre lorsqu'on lui permit enfin de se démettre de sa principauté! Quelqu'un lui ayant dit alors que cette renonciation faisait bien plaisir au jeune Rodolphe son frère: Je vous assure, répondit- il, que je cède toutes mes prétentions avec mille fois plus de satisfaction qu'il n'en peut avoir de la cession que je lui en fais. zy Grand Dieu, qui aimez qu'on vous donne avecjoie, et qui pesez bien plus nos intentions que nos dons, avec quelle complaisance ne dûtes- vous pas voir du haut du ciel le généreux renoncement de cette âme courageuse! Tandis que chacun lui exprimait par ses larmes les regrets que causait son départ, lui seul montra de S. Louis de Gonzague. 77 ane fermeté que les plus tristes adieux ne purent déconcerter. Si les grands exemples sont capables de faire de grandes impressions, je dois certainement être frappé de celui qui m'est remis devant les yeux. Ce que je viens de considérer doit donc m'animer puissamment à faire au Seigneur les sacrifices qu'il peut demander de moi. Pour être moins considérables dans leur objet que ceux qu'il exigea de Louis de Gonzague, ils ne lui en seront pas moins agréables, dès que je les lui ferai avec générosité. Eh quoi! mon Dieu, voudrais- je done toujours vous servir, vous qui êtes le Dieu jaloux, avec les ménagements et les réserves d'un coeur étroit? refuserai- je toujours de vous sacrifier les attaches qui ont retardé jusqu'ici ma course, et ont empêché l'entier accomplissement de vos desseins sur moi? Non, Seigneur, il n'en sera pas ainsi. Parlez, qu'exigez- vous de moi? Il me semble que, par votre grâce, je suis disposé à tout. III. POINT. Ce n'était point assez pour Louis de Gonzague d'avoir renoncé, par un généreux détachement, aux grandes espérances que donne une naissance illustre; son sacrifice devait encore être sans retour, comme il avait été sans réserve. Ainsi, loin de chercher dans l'état religieux aucune sorte de dédommagement à ce qu'il avait quitté, il ne souffrit jamais autant qu'il fut en lui, qu'on y eût égard à sa naissance et à son nom. On ne pouvait lui faire une peine plus sensible que de lui rappeler 78 Neuvaine en l'honneur ce qu'il avait sacrifié. Il eût cru commettre une rapine dans l'holocauste, s'il se fût permis un seul regard de complaisance sur aucun des objets qui étaient entrés dans la matière de son sacrifice quel plaisir au contraire n'était- ce pas pour lui de paraître avec les livrées de la pauvreté, et d'en éprouver les effets! Faut- il s'étonner, après cela, qu'il eût tant de facilité à s'élever vers son Dieu? Quand une âme est entièrement dégagée, comme il était, de tout ce que le monde recherche et ambi tionne, la terre n'est plus pour elle que comme une demeure étrangère; tandis qu'elle y est encore retenue par les liens du corps, sa conversation est dans les cieux. Aussi le cœur de Louis de Gonzague fut- il tout entier au ciel. Combien de fois ne gémit- il pas, à l'exemple de l'Apôtre, de ce que le poids de son corps le retenait ici- bas! Combien de fois ne soupira- t- il pas après le moment où ses liens seraient prêts à se briser, et où il pourrait se réunir à son Créateur! Lorsqu'il vit cet heureux moment approcher, il ne put s'empêcher de faire éclater son contentement: Nous nous en allons, dit- il alors à un des pères de la maison, et nous nous en allons avec joie. Il n'était cependant qu'au printemps de son âge, âge où il est si naturel de souhaiter de vivre; mais quand on a vécu sans attache, on quitte la vie sans regret, à quelque âge que ce puisse être. La mort n'a rien de terrible pour qui s'y est préparé, comme avait fait saint Louis de Gonzague, en mourant chaque jour à l'amour des choses créées. de S. Louis de Gonzague. 79 Quelle source de tranquillité ne doit- ce pas être pour un chrétien, à l'égard de qui le monde va finir, d'avoir placé de bonne heure ses affections dans les biens de l'éternité! Il ne tient qu'à moi de me la procurer cette tranquillité désirable. Voudrais- je encore m'attacher à ce monde dont la figure passe? Les biens qu'il peut m'offrir sont- ils de nature à contenter une âme faite pour le ciel? Non, s'il est quelque chose ici- bas qui puisse l'amuser pour un temps, il n'est rien qui puisse la rassasier pleinement et lui tenir lieu de l'éternel objet auquel elle se doit: Animam Dei capacem, quidquid Deo minus est occupare potest, implere non potest.( Aug.) Elevons- nous enfin au- dessus de tous les objets périssables, ne nous attachons qu'à ce qui est éternel; souvenons- nous que le ciel est notre patrie; ne retenons des biens présents que l'usage; que notre cœur reste tout entier aux biens qui ne passeront jamais Temporalia sint in usu, æterna in desiderio.( Imit. de J. C.) Grand Saint! votre abnégation s'est étendue à tout: biens, honneurs, estime, réputation, volonté propre, douceur et durée de la vie; elle a tout embrassé. Ah! que n'ai- je le courage d'imiter un détachement si parfait! L'exemple que vous m'en donnez m'excitera du moins à m'affranchir de bien des affections terrestres, qui m'ont empêché jusqu'ici de porter mes regards vers le ciel: aidé de plus par votre puissante intercession, je m'y élèverai souvent en esprit, jusqu'à ce qu'il 80 Neuvaine en l'honneur 9775 plaise au Seigneur de m'y faire régner avoc lui. Ainsi soit- il. V. JOUR. Saint Louis de Gonzague, modèle de la dévotion envers le saint Sacrement de l'autel. DE toutes les dévotions qui peuvent être proposées à la piété chrétienne, il n'en est point certainement de plus excellente que celle qui a pour objet J. C. même, dans le sacrement adorable de nos autels. Saint Louis de Gonzague s'y sentit porté dès la première jeunesse; et il l'a pratiquée d'une manière si marquée, que son exemple peut bien servir de modèle. Mais quel fut en lui le principe de cette dévotion? quels en furent les salutaires effets? C'est ce que nous considérerons successivement dans les deux points qui partageront cet Exercice. I. POINT. Ce n'est pas sans raison qu'on représente S. Louis de Gonzague, dans un grand nombre de ses images, prosterné au pied des saints autels. La foi vive dont il était animé, son ardent amour pour Jésus- Christ en firent en effet un des plus assidus et des plus fervents adorateurs de ce Dieu caché sous les voiles eucharistiques. Pour bien connaître quelle fut à cet égard la vivacité de sa foi, il suffit de nous rappeler ce qu'en ont écrit les historiens de sa vie: ils nous le représentent, à l'âge où l'on est le plus porté à la dissipation, tellement recueilli dans le lieu saint, qu'il ne s'y permit ja de S. Louis de Gonzague. 81 mais la moindre légèreté; on l'y voyait immo. bile, les yeux fixés vers l'autel ou modestement abaissés vers la terre, le corps humblement incliné, tel à peu près qu'on nous peint les anges adorateurs. C'était surtout dans le temps du sacrifice que redoublait son attention: tout occupé des grandes merveilles qui s'y opèrent, rien n'était capable de le distraire de l'espèce de ra vissement où étaient alors les puissances de son âme. On eût dit que perçant les ombres mystérieuses qui dérobent à nos yeux le Dieu de majesté, il voyait J. C. descendre sur l'autel. EA une foi si vive répondait le plus fervent amour. Vrai Séraphin par les ardeurs saintes qui s'exhalaient de son coeur, c'était assez de le considérer pour se sentir échauffé du feu divin dont il semblait être tout embrasé: ce qu'il en produisait au dehors, faisait juger quelle devait être au dedans la ferveur de son amour. C'était de la que partait l'abondance de ces larmes que répandait ce coeur tendre et affectueux, au moment de la consécration; de là que venait cette tendresse de dévotion, ces saints transports qu'il ressentait dans la communion; de là, enfin, que naissaient ces doux épanchements de coeur, dans les longues et fréquentes visites qu'il rendait à Jésus- Christ dans son sacrement. Quels reproches n'ai- je pas à me faire ici sur mon peu de foi, et conséquemment sur mon indifférence et mes froideurs à l'égard d'un Dieu si près de moi, et qui lui- même est tout amour pour moi! Suis- je bien persuadé de la 5., 82 Neuvaine en l'honneur présence réelle de mon Sauveur dans l'Eucharistie? Si je le suis en effet comme je dois l'être, quels hommages reçoit- il de moi? me voit- il souvent au pied de ses autels lui rendre mes adorations, lui porter mes voeux, lui adresser mes prières? Dans quel esprit m'y présenté- je? comment y parais- je? y viens- je dans un esprit de foi révérer ses divins abaissements et reconnaître mon néant? y parais- je avec le respect dû à la Majesté suprême? Je rougis, Seigneur, en ce moment, de moi- même. Quoi! je fais profession de croire que vous résidez dans nos temples, que vous reposez dans nos tabernacles, que vous vous immolez chaque jour sur nos autels, que vous faites vos délices d'être avec les enfants des hommes, que vous les nourrissez de votre propre substance; et je vous laisse dans la solitude! et je ne trouve qu'ennui, dégoût auprès de votre adorable personne! et je m'éloigne de votre table sainte! ou si je parais quelquefois en votre divine présence, c'est avec un esprit distrait, un coeur dissipé, une indévotion marquée: si j'assiste à l'auguste sacrifice qui nous rappelle celui du Calvaire, c'est le plus souvent sans attention, sans respect et sans recueillement; si je me nourris de votre chair sacrée, c'est avec une tiédeur d'autant plus incompréhensible, que vous êtes un feu consumant capable de fondre les glaces des cœurs les plus froids! Pardon, mon Dieu, pardon pour mon indif férence et mon insensibilité passée! Pardon de S. Louis de Gonzague. 83 pour mes légèretés, pour ma dissipation et toutes mes irrévérences! Pardon pour tant de communions faites sans dévotion, sans fruit e sans amendement! Touché de l'exemple du bienheureux Gonzague, je m'engage à réparer une conduite si peu chrétienne par un véritable dévoûment au mystère de votre présence sur nos autels. Agréez l'humble protestation que je vous en fais, et daignez encore m'ouvrir votre coeur, afin que je m'y réfugie dès ce moment avec vos fidèles adorateurs. II. POINT. Le sacrement de nos autels a toujours été une source de grâces pour toutes les âmes fidèles qui ont su y puiser. Il le fut particulièrement pour S. Louis de Gonzague, qui en avait fait de si bonne heure l'objet de sa tendre dévotion. Sans parler des consolations et des douceurs toutes célestes que répandait dans son âme le Dieu d'amour, soit dans la communion, soit dans les visites que lui rendait ce fidèle adorateur, dé combien d'autres grâces encore plus précieuses ne le comblat- il pas! Louis de Gonzague n'était qu'un enfant pour l'âge, et il parlait déjà des choses de Dieu, au rapport de S. Charles Borromée et du célèbre Bellarmin, comme auraient pu faire les esprits les plus éclairés. D'où lui venaient ces lumières et ces connaissances, sinon des fréquentes communications qu'il avait avec Jésus- Christ auprès de son adorable sanctuaire? C'est là qu'il en apprenait mille fois plus qu'il n'en eût pu apprendre à l'école des plus habiles mattres. repov de olders 84 Neuvaine en l'honneur 1000 Mais il n'y recevait pas seulement des lumières qui éclairassent son entendement, il y puisait encore mille saintes affections dont il se remplissait le coeur; il y puisait surtout l'amour de ces excellentes vertus que nous y enseigne, par son exemple, notre divin Maitre. Car si l'on admira dans lui tant de douceur et d'humilité, tant de patience et de charité; s'il fit voir un si parfait détachement de toutes les choses d'ici- bas, un esprit de sacrifice qui le porta à renoncer à tout et à se renoncer lui- même en toutes choses, c'est qu'il se forma sur le Coeur même de l'Homme- Dieu, qui nous est spécialement ouvert dans la divine Eucharistie. Coeur adorable, sanctuaire de toutes les vertus, source de toute perfection, trésor inépuisable de grâces, vous qui reçûtes si souvent les hommages du juste Gonzague, daignerez- vous accepter ceux d'une âme infidèle qui vous a si peu honoré jusqu'ici? Hélas! que j'ai été ennemi de moi- même! que j'ai peu connu mes véritables intérêts! Il ne tenait qu'à moi de venir puiser à la même source que Louis de Gonzague les véritables richesses; il ne tenait qu'à moi de venir m'éclairer à la même lumière, me purifier au même creuset, m'échauffer des mêmes flammes, me sanctifier par les mêmes exemples et je ne suis que ténèbres, que souillure, que tiédeur, qu'imperfection. Mais ce qui me rassure en ce moment, c'est cette immense et cette inaltérable charité qui vous fait recevoir de S. Louis de Gonzague. 85 les pécheurs que la pénitence conduit auprès de vous. Bienheureux Gonzague, c'est sous vos auspices que je me consacre et me dévoue au culte de ce Coeur dont vous fûtes un si fervent adorateur; rendez- le- moi propice. Je renonce pour toujours à ce qui pourrait m'en fermer l'entrée, à ce qui pourrait même le refroidir à mon égard. Puisse- t- il, en devenant dès ce moment mon asile, être en même temps mon modèle? Ainsi soit- il. VI. JOUR. Saint Louis de Gonzague, modèle de pénitence et de mortification. Nous n'avons, pour arriver à Dieu, que deux voies: l'innocence et la pénitence. Quoique saint Louis de Gonzague ait eu le bonheur de conserver l'innocence jusqu'à la mort, il n'en a pas moins connu et pratiqué la pénitence. C'est ce que reconnaît l'Eglise dans l'oraison qu'elle adresse à Dieu en l'honneur de ce Saint. Nous considérerons dans cet Exercice les deux genres de mortifications auxquels le porta l'esprit de pénitence dont il fut toujours animé la mortification des sens et la mortification des passions. I. POINT. C'est dans les palais des grands qu'habite plus communément la mollesse: Ecce qui mollibus vestiuntur, in domibus regum sunt.( Matth. x1, 8.) Mais ce vice, si 86 Neuvaine en l'honneur répandu parmi les personnes nées au sein de Populence et des grandeurs, n'étendit jamais sa contagion jusqu'à Louis de Gonzague; jamais l'usage de la mortification des sens ne lui fut étranger; dans le monde, comme dans la religion, on la lui vit pratiquer constamment. Il n'avait point encore atteint l'âge de l'adolescence, que déjà il affligeait sa chair par des austérités capables d'effrayer la délicatesse du siècle. Pour ne point parler de mille petites satisfactions qu'il eût pu se permettre et qu'il refusait à la nature, par amour pour la croix, il est incroyable combien de sortes de rigueurs il exerçait dès lors sur son corps innocent. Quelque précaution qu'il prît pour en dérober la connaissance, les marques de son sang imprimées sur le linge dont il faisait usage, les décelérent plus d'une fois. Connut- il jamais les ménagements que suggère aux personnes du monde le soin excessif de leur santé? Quoique d'une complexion délicate, il jeûnait trois fois la semaine, se contentant le plus souvent d'un peu de pain et d'eau: durant même un assez long espace de temps, sa vie fut comme un jeûne continu el, puisque ce qu'il prenait de nourriture, dans chacun de ses repas, pesait à peine une once. Combien de fois coucha- t- il sur la dure, et interrompit- il son sommeil, autant pour se mortifier que pour satisfaire sa piété! C'est par le même esprit de pénitence qu'il endurait les incommodités des saisons, sans s'accorder aucun des soulagements qui peuvent les rendre de S. Louis de Gonzague. 87 plus supportables: froids piquants, chaleurs excessives, tout lui était égal; il se faisait de tout une matière de mortification. Il fallut plus d'une fois mettre des bornes à sa ferveur en ce point. Lorsqu'il eut embrassé la vie religieuse, loin de chercher des adoucissements à ce que la discipline régulière peut avoir d'austère et d'assujettissant, il y ajoutait encore des mortifications volontaires; et si l'obéissance le lui eût permis, il y en eût ajouté d'excessives, tant il en paraissait insatiable; il allait même jusqu'à importuner ses Supérieurs, pour qu'ils lui permissent de suivre l'esprit de pénitence qui les lui faisait désirer; rien, en un mot, net put ralentir son amour pour la croix. Que dois- je admirer ici davantage, ou de la vie pénitente et austère de S. Louis de Gonzague, ou de mon immortification et de l'excessive indulgence que j'ai pour moi- même? S. Louis de Gonzague déclara une guerre continuelle à ses sens; il traita toujours son corps avec la plus grande rigueur, quoiqu'il ne se fut jamais écarté des voies de l'innocence: et moi, tout pécheur que je suis, je ne me mortifie en rien, je recherche en tout mes aises et mes commodités, j'ignore dans la pratique ce que c'est que mortification des sens et crucifiement de la chair! Prétends- je donc arriver au ciel par un chemin semé de roses, tandis que les Saints n'ont cru y parvenir qu'en marchant à travers les ronces et les épines? 83 Neuvaine en l'honneur Ah! cessons de nous abuser. Je ne puis appartenir à Jésus- Christ, selon le langage de l'Apôtre, qu'autant que je crucifierai ma chair avec ses vices et ses convoitises. Je dois conséquemment m'armer du glaive de la mortification, réprimer la sensualité, fuir la mollesse, me retrancher tout ce qui serait capable d'entretenir la révolte des sens, me condamner même à quelques- unes des privations qui ont été familières aux Saints et en particulier à S. Louis de Gonzague; prendre en esprit de pénitence les maux inséparables de la condition humaine, ainsi que les croix particulières que le Ciel pourra m'envoyer. J'y suis résolu, ô mon Dieu! par votre grâce: ne permettez pas que je me départe jamais de cette résolution. II. POINT. A la plus austère mortification des sens saint Louis de Gonzague joignit toujours la mortification des passions. Il savait que celle- ci est d'une nécessité bien plus indispensable que la première. C'est pourquoi il s'appliqua de si bonne heure à dompter son humeur et à régler tous les mouvements de son âme. Comme il était naturellement vif, il sut si bien réprimer les premières saillies de cette vivacité, qu'on le croyait né sans passions. Quelle douceur, quelle égalité d'âme ne montra- t- il pas dans sa dernière maladie, qui fut une maladie de langueur! Il ne lui échappait pas même de ces mouvements involontaires que l'on pardonne à la faiblesse humaine. Quelle perfection! Il y était parvenu par le soin qu'il eut toujours de mettre en pratique de S. Louis de Gonzague. 89 cette maxime des maîtres de la vie spirituelle: Qu'on n'avance dans les voies de Dieu, qu'autant que l'on se fait violence à soi- même: Tantum proficies, quantùm tibi ipsi vim intuleris.( Imit. Chr. 1. 1. c. 25.). Sainte et salutaire violence qui emporte le ciel, mais que bien peu d'âmes ont le courage de se faire constamment! Quand me déterminerai- je enfin à me la faire efficacement à moi- même? Je n'ai que trop flatté jusqu'ici mes penchants vicieux; je ne me suis que trop laissé dominer par l'amour de mes aises; je n'ai que trop écouté les dangereuses suggestions de mon amour- propre. Quand en viendrai- je à cette circoncision de cœur dont l'Evangile fait une obligation étroite à tout chrétien? Je puis bien être dispensé, pour de justes raisons, des oeuvres de la pénitence les plus pénibles; l'exemption de la loi du jeûne et de l'abstinence peut m'être accordée, si la faiblesse de mon tempérament ou le dérangement de ma santé ne me permet pas d'en supporter la rigueur; mais rien ne peut me dispenser de la mortification des passions; je serai toujours inexcusable de ne point mettre de frein à ma langue, d'être impétueux dans mes désirs, entier dans mes sentiments, ardent et prêt à prendre feu quand il s'agit de mes intérêts, impatient dans mes maux, colère et vindicatif. Il faut donc me résoudre à combattre dans moi toute inclination qui n'aurait point le bien pour objet. Je sens déjà ce qu'il m'en coûtera; Univ.- Bibl. Giessen 90 Neuvaine en l'honneur mais ignoré- je que la vertu et la sainteté ne s'acquièrent pas sans efforts? Ignoré- je que la vie du chrétien doit être un combat continuel ici- bas; que je ne parviendrai jamais à la paix solide du coeur qu'en contrariant mes désirs, qu'en mortifiant mes passions? Eh bien, quoi qu'il doive m'en coûter, j'en fais aujourd'hui la résolution, j'éloignerai désormais de mon esprit, autant qu'il me sera possible, toutes ces pensées d'immortification dans lesquelles je me suis si souvent entretenu; sitôt qu'il s'élèvera dans moi quelque sentiment, ou d'impatience et d'animosité, ou de vaine gloire et d'amour- propre, ou d'humeur et de vivacité, je le combattrai, en y opposant, tantôt un sentiment contraire, tantôt un acte extérieur de la vertu qui en doit être le remède. Ce doit être là, ô mon Dieu! le triomphe de votre grâce; revêtez- moi donc de cette force que vous communiquâtes à S. Louis de Gonzague. Je m'adresse à vous, ô mon puissant Protecteur! pour être aidé dans le combat que j'entreprends. Je m'y sens déjà animé par votre exemple; mais j'ai tout à craindre de ma faiblesse. Me confiant toutefois en vos mérites et en votre intercession, j'ose espérer que ce ne sera pas sans fruit que je me serai occupé, dans cet Exercice, de votre pénitence et de votre mortification. Ainsi soit- il. de S. Louis de Gonzague. 700 9¹ VII. JOUR. Saint Louis de Gonzague, modèle d'humilité. C'EST sur la vertu d'humilité que doit porter, comme sur son fondement, tout l'édifice de la perfection chrétienne. Saint Louis de Gonzague ne l'ignorait point; plus il se vit exposé, dans le rang où le Ciel l'avait fait naitre, à prendre des sentiments peu compatibles avec une vertu si nécessaire, plus il se mit en garde contre ce qui eût pu les lui inspirer. Nous considérerons, dans cet Exercice, tout ce qu'il fit toujours paraître d'éloignement pour ce qui a coutume de flatter l'orgueil humain, et avec quel soin au contraire il rechercha l'abjection de lui- même. I. POINT. Si c'est un avantage, selon le monde, d'avoir reçu une naissance distinguée, et de se voir, par la prééminence de son rang, placé au- dessus d'une partie des hommes, ce n'est, hélas! que trop souvent un danger de plus pour le salut. Saint Louis de Gonzague l'avait bien compris; de là l'éloignement qu'il montra toute sa vie pour ce qui tend à nourrir en nous le ver de l'orgueil. Jamais on ne remarqua en lui ces airs de hauteur et de fierté, si ordinaires aux grands: affable à l'égard de tout le monde, il ne se prévalut jamais des droits attachés à sa naissance; ennemi du faste et de l'éclat, il se dérobait le plus qu'il pouvait aux honneurs 92 Neuvaine en l'honneur qu'on a coutume de rendre aux personnes de son rang; il eût voulu pouvoir s'ensevelir dans l'obscurité, et vivre entièrement inconnu; il redouta surtout le poison des louanges et de la flatterie; quelque sincères que pussent être les éloges qu'on lui donnait, la rougeur de son visage et son sérieux témoignaient assez quelle peine c'était lui faire que de le louer. Les honneurs que lui réservait le monde ne le tentèrent jamais. Il y avait déjà longtemps qu'il y avait renoncé de cœur, avant de consommer la généreuse abdication qu'il en fit, pour suivre la vocation du Ciel. Celui des corps religieux auquel il s'attacha, ne fixa son choix que parce qu'on y fait voeu de renoncer aux dignités ecclésiastiques. S'il eût suivi l'esprit de pénitence qui l'animait, il se fût décidé pour quelque ordre plus austère; mais il appréhendait que les honneurs ne vinssent l'y chercher, et qu'il ne lui fallut sortir de l'état humble qu'il aurait embrassé. C'est vous, Seigneur, qui lui inspirâtes ce saint éloignement pour tout ce qui peut flatter l'orgueil et l'amour- propre. Tel est l'esprit de votre Evangile. Mais que je m'y suis peu conformé jusqu'à présent! Conduit par l'esprit du monde, j'ai livré mon coeur aux désirs de l'ambition; j'ai poursuivi un vain fantôme de gloire; j'ai voulu qu'on m'honorât: bien différent de saint Louis de Gonzague, je n'ai pris conseil que de ma vanité; mes regards de S. Louis de Gonzague. 93 se sont portés sur tout ce qui pouvait la flatter, l'envie de paraître et de me faire remarquer a été le mobile de presque toutes mes actions; je me suis glorifié de mille frivoles avantages que prise un monde aveugle; la louange et la flatterie ont fait couler leur poison dans mon âme; cent fois j'en ai savouré la funeste douceur. Mon Dieu, ne permettez pas que je me laisse davantage fasciner les yeux par l'enchantement de la bagatelle: Averte oculos meos, ne videant vanitatem.( Ps. CXVIII, 37.) Achevez de dissiper, par un rayon de votre lumière, le charme qui m'a séduit, et qu'entièrement détrompé de la fausse gloire du monde, je n'en cherche plus d'autre que celle qu'il y a à vous servir. II. POINT. Quelle fut la joie de saint Louis de Gonzague, lorsque après avoir dit un éternel adieu à toutes les grandeurs du siècle, il eut pris pour son partage l'humilité de la croix! Il prisait trop cet heureux partage, pour négliger de s'en assurer à jamais la possession il ne se vit pas plus tôt transplanté dans la terre qui lui avait paru la plus propre à produire des fruits d'humilité, qu'il se fit un point capital de cultiver cette vertu. Les observances auxquelles il se portait plus volontiers, étaient celles dont l'amour- propre a communément plus d'horreur et d'éloignement. Ce qu'il y avait de plus vil dans la maison était l'objet de son ambition toujours prêt d'ailleurs à céder aux autres, il ne le faisait qu'à huregret, lorsqu'il s'agissait d'une pratique 94 Neuvaine en l'honneur miliante; loin de fuir l'humiliation, il la désirait. Uu jour qu'il devait paraître en public et faire preuve de sa capacité, il lui vint une forte pensée de montrer de l'insuffisance, dans la vue de se faire mépriser; et il l'aurait en effet suivie, s'il n'eût eu autant de soumission et de déférence qu'il en avait pour les sentiments de ses maîtres et de ses directeurs. Il fut véritablement affligé qu'on lui eût enlevé une si belle occasion de pratiquer l'humilité: au reste, les applaudissements qu'il s'attira ne firent que mettre dans un plus grand jour sa modestie, et l'air dont il les reçut ne laissa aucun lieu de douter que sa vertu ne fût à l'épreuve des tentations de la vaine gloire. Mon Dieu! que les Saints ont des sentiments bien différents de ceux des âmes vulgaires! Celles- ci ne cherchent rien tant que les distinctions; il n'est rien qu'elles redoutent davantage que l'humiliation. Ceux- là, au contraire, se dérobant aux honneurs et aux applaudissements, aiment à vivre dans l'oubli et le mépris. C'est que les uns, se conduisant par les sens, font de la gloire du monde une idole qu'ils encensent en aveugles; et que les autres, consultant leur foi, découvrent une grandeur solide jusque dans les plus profonds abaissements. Je m'attache donc à la folie de la croix; elle fera désormais toute ma sagesse. Hé! que m'importe l'estime ou le mépris des hommes? Ce n'est point sur leurs fautives idées, sur leurs jugements erronés que je dois me régler. L'E de S. Louis de Gonzague. 95 vangile de Jésus- Christ, ses divins exemples, l'exemple des Saints qui s'y sont conformés, voilà ce qui doit faire ma règle. Je viens de considérer en particulier combien parfaitement l'a suivie, cette règle infaillible, le bienheureux Louis de Gonzague: plus je m'étudierai à imiter ce digne modèle, plus je ferai de progrès dans les voies de la sainteté, surtout si je le copie fidèlement dans la vertu d'humilité. Le royaume des cieux n'admet que des âmes humbles: Talium est enim regnum coelorum.( Matth. xix. 14.) Vérité effrayante pour les esprits superbes! Il vaudrait mille fois mieux pour mon'avoir aucun des talents, ni aucune des qualités qu'estiment les hommes, que d'être sans humilité. Je sais que c'est une vertu qui ne s'acquiert pas sans de grands efforts; mais la grâce peut forcer tous les obstacles. C'est par son secours que saint Louis de Gonzague est parvenu à cette parfaite humilité de cœur et d'esprit qui m'est proposée pour modèle. Aidé de cette même grâce, je m'efforcerai de la retracer dans moi, le plus fidèlement qu'il me sera possible; et comme ce n'est qu'en multipliant les actes d'une vertu qu'on en acquiert l'habitude, je tâcherai de ne passer aucun jour sans pratiquer quelque acte de l'excellente vertu à laquelle j'aspire. S'il arrive done que l'on me dise quelque chose de mortifiant; que, donnant aux autres la préférence sur moi, on me laisse dans l'oubli; qu'on me témoigne de l'indifférence et du mépris; qu'on me blâme et qu'on me reprenne; qu'il se présente, en 96 Neuvaine en l'honneur un mot, quelque autre humiliation à souffrir, je vous l'offrirai, Seigneur, je la mettrai aa pied de votre croix, je reconnaîtrai devant vous mon néant: Il m'a été avantageux, vous diraije avec le Roi- Prophète, d'être humilié: Bonum mihi, quia humilid sti me.( Ps. cxvil, 71.) Daignez me confirmer vous- même dans ces sentiments; je vous le demande par l'humilité que vous êtes venu nous enseigner sur la terre, ainsi que par celle qu'a pratiquée si parfaitement le bienheureux Gonzague, dont je réclame ici la protection. Ah! grand Saint, qui vous félicitez aujourd'hui d'avoir imité les abaissements de votre Sauveur, et qui jouissez de la gloire assurée aux humbles de coeur, vous ne rejetterez point la prière que je vous fais; je désire devenir l'imitateur de votre humilité; mais je ne le puis sans une grâce bien puissante, qui me soutienne dans la pratique d'une vertu si difficile, et à laquelle j'ai eu jusqu'ici tant d'opposition employez à cet effet votre intercession, et obtenez- moi ce qui fait l'objet de ma demande. Ainsi soit- il. VIII. JOUR. S. Louis de Gonzague, modèle de charité. LA vertu de charité embrasse également l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Ce sont deux amours qui ne doivent point être séparés. Le premier produit nécessairement de S. Louis de Gonzague. 97 le second, et celui- ci est une preuve des moins équivoques qu'on possède le premier. Le cœur de S. Louis de Gonzague fut toujours ouvert à l'autre amour. Celui qu'il eut pour Dieu, ayant été l'âme de toutes ses actions et le principe fécond de toutes ses autres vertus, est par- là même suffisamment connu, et il n'est pas nécessaire d'en faire un objet particulier de considération. Ainsi sa charité pour le prochain fera la matière de cet Exercice. Nous considérerons avec quelle perfection il remplit les devoirs les plus ordinaires de cette vertu, et avec quel zèle il embrassa ce qu'elle a de plus parfait. I. POINT. La charité exige des attentions; elle prescrit des égards et des ménagements; elle nous fait une loi d'éviter ce qui peut contrister le prochain; elle nous ordonne de couvrir ses défauts et de les supporter dans un esprit de douceur. Telles sont les obligations les plus ordinaires qu'impose cette vertu. La perfection avec laquelle les remplit saint Louis de Gonzague peut bien ici nous servir de modèle. Les attentions de sa charité allaient jusqu'à la prévenance; il n'avait point de plus grand plaisir que d'obliger, et il le faisait toujours avec un air gracieux dont on était charmé. Doux et honnête à l'égard de tout le monde, il eût été au désespoir d'offenser personne. Il évitait donc avec le plus grand soin ce qui aurait pu blesser la délicatesse et la sensibilité du prochain. S'étant aperçu, dans une revue générale de sa con6 98 Neuvaine en l'honneur science, qu'il lui échappait quelquefois dans la conversation de petits traits de raillerie qu'une scrupuleuse charité ne devait pas se permettre, il résolut dès lors de se les interdire, et il en fit la matière d'un examen particulier. C'est ce qui le porta pareillement à s'observer encore plus qu'il n'avait fait jusque- là, sur certains mouvements de vivacité qui, quoique involontaires, excitèrent toujours sa vigilance. Mais plus il fut sévère envers lui- même sur l'article de la charité, et moins il se pardonnait ce qui lui paraissait en altérer tant soit peu la perfection, plus il était indulgent à l'égard des autres, et porté à excuser leurs manquements. Sa charité ingénieuse ne manquait jamais ou de jeter un voile officieux sur les défauts du prochain, ou d'y opposer les bonnes qualités qu'il avait remarquées en lui. Me reconnais- je à ce portrait? ou ne formeje pas plutôt, par tout ce que j'ai à me reprocher contre la vertu de la charité, un contraste marqué avec ce digne modèle? comment en ai- je agi avec le prochain? ai- je saisi l'occasion de l'obliger, lorsqu'elle s'est présentée? l'ai- je traité avec douceur et mé nagement? ai- je excusé ses fautes, dissimulé ses torts, supporté sans humeur ses défauts? ai- je craint de le mortifier? car voilà ce que j'aurais dû faire, si j'avais eu l'esprit de charité. Qu'est- il arrivé, au contraire? C'est qu'occupé uniquement de moi- même, j'aurais voulu que toutes les attentions et toutes les de S. Louis de Gonzague. 99 prévenances eussent été pour moi; c'est que, me laissant aller à l'humeur, j'ai usé de paroles brusques et peu mesurées, j'ai éclaté en reproches amers, j'ai eu recours aux traits piquants de la raillerie et de la récrimination; c'est que, les yeux volontairement fermés sur mes propres défauts, malignement ouverts sur ceux d'autrui, je me suis pardonné tout à moi- même, et n'ai fait aucune grâce aux autres. Mon Dieu, si vous me traitez comme j'ai traité mes semblables, que n'ai- je pas à craindre de votre justice! Ah! c'est vous- même que j'ai refusé de servir dans la personne du prochain; c'est à votre égard que j'ai manqué de douceur et de modération, en le brusquant et lui parlant avec aigreur; c'est vous que j'ai irrité par mes traits mordants et satiriques; c'est à vous que j'ai témoigné de la froideur et de l'éloignement; tout ce que j'ai pu faire contre la charité, vous l'avez ressenti; ce sont autant d'outrages auxquels vous avez été sensible, comme s'ils vous avaient été faits à vous- même. Pardonnez- les- moi, Seigneur, je les réparerai par une conduite tout opposée; je m'empresserai dans la suite de rendre à mon prochain tous les bons offices qui dépendront de moi. Loin de mon cœur désormais tout sentiment que réprouve la charité! il ne sortira plus de ma bouche d'expressions qui ne soient conformes à l'esprit de douceur; ou s'il m'en échappait encore d'aigres et d'offensantes, le plus prompt désaveu 100 Neuvaine en l'honneur en sera la réparation. Je ne me vengerai des mauvais procédés qu'on pourrait avoir à mon égard, que par des témoignages d'une bienvieillance plus marquée; je me comporterai, en un mot, de telle sorte avec le prochain, par le secours de votre grâce, qu'on puisse, ô Dieu de charité! me reconnaître pour un de vos disciples. II. POINT. Soulager les malheureux, réconcilier les coeurs divisés, enseigner la voie du salut à ceux qui l'ignorent ou s'en écartent, offrir sa vie en sacrifice pour le prochain, c'est à quoi l'on reconnaît une charité également active et généreuse. Telle fut la charité qui anima toujours saint Louis de Gonzague. Se présentait- il à ses yeux quelque spectacle de misère, il en était aussitôt attendri, et s'empressait de secourir ceux qui le lui offraient. L'esprit de discorde semait- il la division parmi les domestiques de sa maison ou parmi ses vassaux, il ne se donnait point de repos qu'il ne les eût réconciliés. Il avait reçu du Ciel un talent tout particulier de purifier les esprits, et il eut occasion de le faire éclater en faveur de sa propre famille. On avait eu recours à sa médiation pour mettre fin à un différend qui s'était élevé entre le marquis de Châtillon, son frère, et le duc de Mantoue; le succès repondit parfaitement à l'attente publique; il sut, en effet, si bien manier les esprits, qu'on s'en remit de part et d'autre à sa décision, et qu'il termina le différend à la satisfaction des deux parties. Que n'est pas capable d'opérer une charité de S. Louis de Gonzague. 101 industrieuse, et qui ne recherche que le bien! Le zèle fut toujours inséparable de celle de Louis de Gonzague: un de ses exercices assez ordinaires, avant même qu'il eût embrassé la profession religieuse, fut d'enseigner les premiers principes de la foi au simple peuple et à de jeunes enfants qu'il rassemblait: devenu membre d'une société toute dévouée au service du prochain, combien de fois ne le vit- on pas dans les rues de Rome catéchiser les enfants et les pauvres, exhorter les pécheurs à la pénitence, les amener lui- même aux pieds d'un confesseur! Animé de l'esprit qui fait les apôtres, il parlait de Dieu et des choses saintes avec tant d'onction, qu'il gagna, dans la ville de Sienne, un grand nombre de jeunes gens, qui tous embrasserent la vie religieuse. Quel bien ne fit- il pas parmi ses frères, par ses discours édifiants! à combien d'eux ne communiqua- t- il pas sa ferveur! Mais où sa charité se déploya tout entière, ce fut au service des malades, dans un temps de misère et de calamité dont fut affligée l'Italie, et qui se fit sentir particulièrement à Rome. Cette grande ville étant devenue comme un vaste hôpital, par le nombre des malades qui augmentait chaque jour, le Collége romain crut devoir voler à leur secours, et s'employer à les servir. Louis de Gonzague, qui y faisait alors ses études de théologie, se distingua entre tous les autres par l'ardeur avec laquelle il se porta à cette oeuvre de charité: tantôt par la ville, à recueillir les aumônes; tantôt au lit des malades, 102 Neuvaine en l'honneur à leur rendre les services les plus dégoûtants: ou eût dit qu'il avait le talent de se multiplier. Il ne peut y avoir, selon le témoignage de celui qui est la vérité même, d'acte de charité plus grand et plus héroïque que de donner sa vie pour ceux qu'on aime: Majorem hác dilectionem nemo habet, ut animam suam ponat quis pro amicis suis.( Joan. xv, 13.) C'est ce qu'a fait saint Louis de Gonzague, puisqu'il contracta dans les hôpitaux la maladie dont il mourut. Mourir victime de la charité, s'il ne pouvait mourir martyr, était l'objet de toute son ambition. Le voeu qu'il fit alors de s'employer au service des pestiférés, en est une preuve éclatante. Voilà jusqu'où va la générosité des sentiments d'un cœur chrétien et charitable. Puisje dire que ce soit là le mien? Qu'ai- je fait jusqu'ici pour le prochain? La charité m'at- elle fait ressentir ses maux? Lui ai- je tendu une main secourable dans ses besoins, lorsque je l'ai pu? Loin de m'affectionner aux œuvres de miséricorde que recommande l'Evangile, ne les ai- je pas omises et négligées dans mille occasions? J'aurais pu, dans plus d'une occurrence, me rendre utile à mes frères, placer à propos un avis charitable, procurer une réconciliation, mêler à la conversation des traits édifiants, faire l'office d'Ange consolateur à l'égard de quelque âme affligée, adoucir la misère du pauvre, soulager l'infirmité, soit par moi- même en m'employant à servir les malades, soit par des secours étrangers en les sollicitant par unzèle de S. Louis de Gonzague. 103 charitable. Ainsi aurais- je amassé un trésor de mérites pour l'éternité; ainsi me serais- je fait de puissants patrons qui m'eussent ouvert l'entrée des divins tabernacles. Mais que sera- ce, si je parais devant le souverain Juge, les mains vides! Que sera- ce, s'il a à me reprocher de l'avoir méconnu, délaissé, peut- être même insulté, dans la personne des malheureux! Quoi! la foi m'apprend que c'est Jésus- Christ qui souffre dans le pauvre, et j'ai eu la dureté de l'abandonner! Elle m'apprend qu'il tient fait à lui- même tout le bien ou tout le mal qui est fait au prochain; et je n'ai eu ni plus de zèle pour les œuvres de charité, ni plus de ménagement pour ceux dont les intérêts lui sont si chers et dont il se fait le vengeur! Quelle conduite! et qu'elle est éloignée de celle qu'a tenue saint Louis de Gonzague! son exemple servira un jour à ma condamnation, si je continue à m'en écarter, comme j'ai fait. Mais non, je me réglerai désormais sur ce modèle de charité; je n'aurai plus la même indifférence pour mes frères; je n'attendrai plus, pour les secourir, qu'ils soient dans le dernier abandon; je regarderai comme autant d'occasions précieuses toutes celles où je pourrai leur rendre quelque service, et exercer à leur égard la vertu de charité. Vous donc qui m'en fournissez un si admirable modèle dans vous, ô bienheureux Gonzague! venez, venez à mon secours; secondez la résolution que je prends de marcher, autant que je le pourrai, sur vos traces; exercez en 104 Neuvaine en l'honneur core ici- bas une vertu qui vous fut autrefois si chère. Je sollicite en ce jour un nouveau témoignage de votre charité. Vous reposez dans le sein de celui dont elle émane: faitesen descendre, par votre intercession, quelque vive étincelle dans mon cœur, qui m'anime et me rende tout de feu pour les intérêts de Dieu et ceux du prochain. IX. JOUR. Saint Louis de Gonzague, modèle de ferveur. C'EST se faire une fausse idée de la ferveur, que de la regarder comme la vertu des novices et des commençants. L'âme vraiment fervente est celle dont la piété ne se dément point, qui marche sans s'arrêter dans les voies de la perfection, et qui s'élève par des progrès rapides, jusqu'aux plus sublimes vertus. Il n'est personne à qui la ferveur de saint Louis de Gonzague ne puisse être proposée pour objet d'imitation: nous la considérerons ici dans ses commencements, dans ses progrès et dans sa perfection.slis I. POINT. On sait que l'enfance est un âge dont la dissipation, la légèreté, l'inconstance et la frivolité semblent être l'apanage; mais il est des âmes en quelque sorte privilégiées, en qui la vertu commence à paraître presque dès l'aurore de leurs jours. Saint Louis de Gonzague fut de ce nombre: on ne lui eut pas plus tôt appris à connaître Dieu qu'il se tourna vers lui, et lui consacra les prémices de son coeur. La docilité avec laquelle il écou de S. Louis de Gonzague. 105 tait les pieuses leçons de sa vertueuse mère et des autres personnes qui furent chargées de sa première éducation, le goût qu'il faisait paraître pour les choses saintes et pour tout ce qui a rapport à la religion, l'air de dévotion et de recueillement que l'on remarquait en lui dans le temps de la prière, le saint empressement qu'on lui voyait pour tous les autres exercices de la piété chrétienne, les sentiments de compassion qu'il témoignait pour les indigents, l'allégresse avec laquelle il se portait à les soulager, furent comme les premières étincelles de sa ferveur et les pronostics de sa sainteté. A peine sorti de la première enfance, on le vit renoncer de lui- même à ces jeux et à ces amusements puérils que l'on retient quelquefois bien au- delà de l'âge où ils peuvent être de saison: il n'eut jamais à déplorer la perte de ces précieuses années que tant d'autres donnent à la bagatelle; il put se rendre le consolant témoignage qu'il vous aima toujours, ô mon Dieu! dès qu'il vous eut connu. On a su de lui, en effet, que dès l'âge de sept ans, âge auquel on fixe communément le premier usage de la raison, il avait commencé à se donner entièrement à Dieu; c'est ce qui lui faisait regarder ce temps comme l'époque de sa conversion, ainsi qu'il s'exprimait: il disait même, avec une admirable candeur, qu'il comptait parmi les principales faveurs dont le Seignenr l'avait comblé, celle de l'avoir fait passer tout de suite de l'enfance à son saint amour. Le cardinal Bellarmin, qui 106 Neuvaine en l'honneur avait dirigé sa conscience et qui connaissaft son intérieur, a de plus assuré que dès lors Louis de Gonzague était plus qu'initié dans la vie parfaite. Ah! que n'ai- je connu, aussitôt que ce jeune Saint, les droits sacrés et inaliénables que le Créateur a sur tous les coeurs! Que n'aije commencé à lui faire l'offrande du mien dès mes plus tendres années! Que ne l'en ai- je dès lors établi pour toujours le possesseur! Que n'ai- je suivi les premières impressions de la grâce, et que ne me suis- je rendu à cette voix interieure qui me criait: Mon fils, donnez- moi votre coeur!( Prov. xxIII, 26.) Præbe fili mi, cor tuum mihi. Se peut- il, ô mon Dieu! que je vous l'aie refusé si longtemps! que j'aie commencé si tard à vivre pour vous! Eh! quel charme m'a donc aveuglé? N'êtesvous pas le Dieu de tous les âges, ce Dieu jaloux de nos premiers hommages, le Dieu à qui sont dues nos premières affections? Que si l'on regarde comine un avantage d'être engagé de bonne heure au service des grands et des princes de la terre, que si l'on fonde sur cela l'espoir de sa fortune, quel avantage n'est- ce donc pas de s'attacher au vôtre dès le premier instant où l'on est capable de vous connaître et de vous servir! Temps malheureux où je n'ai point aimé celui qui mérite de P'être toujours! que ne puis- je l'effacer du nombre de mes jours! Væ tempori illi, in quo te non amavi.( Aug.) O vous, tendres Ames, vous qu'on commence à instruire de cette première et essentielle vérité, que nous de S. Louis de Gonzague. 107 sommes au monde pour connaître, aimer et servir Dieu, soyez plus dociles à suivre cette importante leçon que je ne l'ai été, n'imitez. pas mon infidélité, vengez le Seigneur des dé lais que j'ai apportés à l'établissement du règne de sa grâce dans mon coeur; ouvrez- lui le vôtre dès ce moment, et retracezs'il se peut la première ferveur de S. Louis de Gonzague. II. POINT. On ne voit que trop de cœur, inconstants se relâcher dans la pratique du bien; il n'en est, hélas! que trop qui, après avoir reçu une éducation vertueuse, et dons né d'eux les plus belles espérances, perdent insensiblement l'esprit de piété par le peude soin qu'ils ont de l'entretenir et de l'accroître. Il n'en fut pas ainsi de Louis de Gonzague: à mesure qu'il croissait en âge, on le voyait en même temps croître en ferveur; la vertu jetait de jour en jour de nouvelles racines dans son coeur. Envoyé à Florence pour y être appliqué aux sciences, il sut tellement allier la piété à l'étude, qu'en acquérant des connaissances humaines, il ne s'en perfectionnait pas moins dans la science des Saints. On s'aperçut bientôt des progrès que faisait en lui l'esprit de piété; c'est là que s'accrut sa dévotion envers la Mère de Dieu, et qu'il fit vœu de chasteté devant un de ses autels. Il s'était fait à lui- même un règlement de vie qu'il observa avec la plus grande fidélité, persuadé que des actions faites sans ordre et sans règle ne pouvaient être que des actions perdues pour le ciel. Le séjour, en un mot, de cette grande ville, où il était obligé de fréquenter la cour, 108 Neuvaine en l'honneur loin de nuire à sa ferveur, ne fit que l'augmenter: aussi avait- il coutume d'appeler Florence la mère et la nourrice de sa piété. Tel il s'y était montré, tel il parut à Mantoue et en Espagne, où il fut successivement envoyé; partout il laissait après lui une odeur de sainteté, qui faisait qu'on avait pour sa personne, quelque jeune qu'il fût, une sorte de vénération. Rien n'était plus édifiant que de le voir s'acquitter de quelque acte de religion; il le faisait avec tant de ferveur qu'il en inspirait à ceux qui en étaient témoins. Il paraissait bien que ses hommages partaient d'un esprit pénétré de la grandeur du Maître auquel il les adressait qu'ils devaient donc être agréables aux yeux du Seigneur! En est- il ainsi des miens? ont- ils été animés du même esprit? C'est le même Maître que je sers; je devrais conséquemment le servir avec ferveur, ainsi que m'y exhorte l'Apôtre Spiritu ferventes, Domino servientes. ( Rom. xII, 11.) Mais quelle tiédeur, quelle négligence, quelle indévotion n'ai- je pas à me reprocher à son service! Grand Dieu! qui ne reconnaissez pour vos adorateurs que ceux qui vous servent en esprit et en vérité, quel sujet n'ai- je pas d'appréhender que vous n'ayez rejeté jusqu'ici le culte que je vous ai sendu! Oui, je n'ai que trop mérité le reprothe que vous faisiez aux Pharisiens de ce qu'ils vous honoraient des lèvres, tandis que leur coeur était entièrement éloigné de vous: Populus hic labiis me honorat, cor autem eorum longè est à me( Matth. xv, 8.). Ou si j'ai de S. Louis de Gonzague. 109 montré quelque ferveur dans ces heureux moments où vous faisiez agir les touches secrètes de votre grâce sur mon cœur, ce n'a été, hélas! qu'une ferveur passagère et momentanée, qui m'a abandonné presque aussitôt: ainsi se sont évanouies les saintes résolutions qu'elle m'avait inspirées. Vous n'avez pas cessé cependant d'être aussi digne de tout mon amour et de toutes mes adorations, que vous me le paraissiez alors: devais- je cesser de vous servir avec la même ardeur et le même dévoûment? Faites, faites, Seigneur, renaître dans mon âme ces pieux sentiments que j'aurais dû conserver toujours montrez- vous encore à moi avec ces charmes puissants qui gagnent les cœurs; enchaînez, s'il le faut, ma volonté; ne permettez pas du moins qu'elle fasse encore un funeste usage de sa liberté, en vous échappant de nouveau, et en s'éloignant de vous. III. POINT. Une nouvelle carrière venait de s'ouvrir à la ferveur de Louis de Gonzague; il ne tarda pas de s'y distinguer. Sa première application fut de bien remplir les devoirs du nouvel état qu'il venait d'embrasser, et d'en observer ponctuellement les règles, non par une exactitude minutieuse, mais par un vrai désir de plaire à Dieu. En s'attachant ainsi aux plus petites observances de la vie religieuse, il était bien éloigné de négliger la pratique des vertus solides: il fit toujours sa principale étude de l'humilité, de la mortification, de l'obéissance et du plus parfait détachement; il en devint bientôt un modèle 7 110 Neuvaine en l'honneur si accompli que tous les yeux s'arrêtèrent sur lui. Sa ferveur lui faisait trouver tout facile; il ne se ménageait en rien, et il eut toujours bien plus besoin de frein que d'aiguillon. Cette ferveur, au reste, n'était point en lui l'effet du tempérament, ni d'une certaine impétuosité naturelle, assez ordinaire aux jeunes gens ce qui la lui inspirait était et le zèle de sa sanctification, et l'ardent amour qu'il avait pour Dieu. Les études auxquelles il fut appliqué après son noviciat ne la ralentirent point; jamais il ne perdit de vue le grand objet de la perfection évangélique qu'il était venu chercher en religion; il travailla constamment à en élever l'édifice: ainsi devintil en peu de temps un fruit mûr pour le ciel. Dieu lui ayant fait connaître, un jour qu'il était en oraison, que sa fin approchait, il crut devoir redoubler d'ardeur à l'approche du terme quelque fervent qu'il eût été jusqu'alors, il le parut encore plus qu'auparavant; on le voyait tout absorbé en Dieu; on eût dit qu'il ne vivait plus que de l'amour divin; ses entretiens en étaient animés, son air et son maintien le respiraient; il semblait être luimême tout amour et tout ardeur. Attaqué du mal contagieux qu'il avait contracté dans l'exercice de sa charité, et qui devait l'enlever de ce monde, il demanda aussitôt les sacrements; et avec quelle ferveur ne les reçutil pas! Cependant la maladie tira en longueur, Dieu le permettant sans doute ainsi pour l'édification de ses frères. Il fut trois mois dans de S. Louis de Gonzague. 111 un état de langueur; mais à mesure que son corps s'affaiblissait, son âme paraissait prendre de nouvelles forces. Ce n'était qu'affections tendres, soupirs embrasés, aspirations dictées par le plus vif amour, qui, comme autant de traits de flamme, s'échappaient à chaque instant de son coeur: ainsi achevait de se consumer dans le feu de la charité cette généreuse victime du plus pur amour. Une vie aussi fervente que l'avait été la s enne ne devait pas être suivie d'une mort moins sainte et moins édifiante; celle- ci ressembla à la mort des justes et des prédestinés, parce que cellelà avait toujours été conforme à la vie qui fait les Saints et les amis de Dieu. Rentre ici en toi- même, ô mon âme! et réfléchis un moment sur ce qui vient d'être l'objet de tes considérations. Voilà un Saint qui, dans un cercle de peu d'années, n'a pas laissé de fournir une longue carrière, parce que tous les jours dont a été composée sa vie ont été des jours pleins. Quel usage as- tu fait de ceux que tu as déjà passés sur la terre? Les as- tu fait servir à ta sanctification? Ils ne t'ont été donnés qu'à cette fin. Quels mérites as- tu amassés? qu'as- tu fait jusqu'à présent pour Dieu et pour ton salut? car c'est là ta grande affaire, ton affaire essentielle. Y astu travaillé avec l'ardeur qu'exige son importance? Avoue- le à ta honte, tu ne t'en es guère occupée jusqu'ici. Oh! si du moins tu redoublais aujourd'hui d'ardeur! si tu savais compenser par ta ferveur la coupable inaction 7. 113 Neuvaine en l'honneur, etc. où tu as langui! si tu t'empressais de racheter le temps, les pertes que tu as faites ne seraient point entièrement irréparables! Sors' donc dès ce moment de cet état de tiédeur et d'indifférence qui t'a empêchée d'agir; pense à ce que tu voudrais avoir fait à l'heure de la mort, en terappelant quelle douce consolation ressentit le benheureux Louis de Gonzague à ce dernier moment; excite- toi à servir Dieu avec cette ferveur dont il t'a donné l'exemple. Oui, Seigneur, j'en fais la résolution; je renonce dès à présent à cette vie lâche et imparfaite, si peu digne d'une âme chrétienne. Il y a déjà longtemps que votre grâce me la reproche intérieurement; mais je me sens pressé plus que jamais de la quitter.stas Serait- ce à vous, modèle des âmes ferventes, bienheureux Gonzague, que je serais redevable des sentiments que j'éprouve à cette heure même? Votre exemple, si puissant autrefois sur ceux qui l'avaient sous les yeux, peut encore sans doute agir puissamment, par la grâce divine, sur les esprits et sur les coeurs. Mais, que ne sera- t- il pas capable d'opérer, si vous daignez y joindre le pouvoir de votre intercession! Je la réclame en ce mo. ment; obtenez- moi donc la persévérance dans les bons sentiments qu'a fait naître en moi la considération de votre vie fervente; faites que je m'y affermisse de plus en plus, et que je les conserve jusqu'au dernier soupir. Ainsi soit- il. PRATIQUES DE PIÉTÉ POUR SIX DIMANCHES CONSÉCUTIFS, EN L'HONNEUR DE SAINT LOUIS DE GONZAGUE PROPOSÉ POUR MODÈLE. ЭМЛЕКОВИТЬ НАС атакое 115 AVERTISSEMENT. SAINT Louis de Gonzague fut canonisé par N. S. P. le Pape Benoît XIII, dans la vue de donner, principalement à la jeunesse, un modèle d'innocence et de sainteté; c'est ce que porte le décret de sa canonisation, daté du 22 novembre 1729. Mais si les exemples de ce jeune homme si recommandable par la pureté de sa vie n'ont pas fait les mêmes impressions sur tous les cœurs, plusieurs en ont été touchés: l'on a vu des écoles et des universités célèbres le choisir pour leur patron, et ce choix a été confirmé par le saint Siege apostolique, qui leur a permis de célébrer un Office et une Messe propre du Saint. Clément XII, par un décret du 21 novembre 1737, accorde une Indulgence plénière à celui qui visitera son autel le jour de sa fête, ou tel autre autel où cette même fête serait célébrée; et pour exciter de plus en plus les Fidèles à recourir à l'intercession de ce grand Saint, le même Pontife a cru devoir autoriser par des priviléges particuliers la pieuse coutume d'employer six Dimanches de suite à implorer le crédit de saint Louis de Gonzague auprès de Dieu, en mémoire des six années qu'il a passées dans l'état religieux, où, se voyant éloigné des dangers du siècle, il regardait sa solitude comme un paradis terrestre. d'heuC'est dans cette vue que ce Pontife, reuse mémoire, a accordé une Indulgence plé 116 Avertissement. nière, pendant les six Dimanches qui précèdent la fête de saint Louis de Gonzague, que l'on célèbre le 21 juin, ou pendant les six Dimanches qui précèdent tel autre jour que l'on voudra choisir dans l'année, chacun selon sa dévotion, à ceux qui, étant vraiment pénitents et après avoir communié, sanctifieront ces jours de salut par de pieuses méditations, par des prières ferventes, et par d'autres exercices de la piété chrétienne, en l'honneur de ce Saint et pour la gloire du Seigneur. Et comme le Saint- Père n'a point spécifié dans son décret les méditations, les prières et les oeuvres de piété que l'on peut mettre en usage pendant les six Dimanches qui doivent être consacrés sans interruption au culte et à la gloire de saint Louis de Gonzague, plusieurs personnes ont souhaité d'avoir là- dessus une instruction plus ample et plus détaillée, propre à les conduire dans la pratique. C'est ce que l'on a tâché de leur procurer par ce petit Ouvrage, où ils trouveront les moyens que l'on doit prendre, et les exercices de piété que l'on peut pratiquer, à son choix, pour sanctifier ces six Dimanches avec plus de fruit et de perfection. Parmi ces exercices, il y en a cinq auxquels on a cru qu'il serait plus avantageux de se fixer: 1° En recevant les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie avec toutes les dispositions qu'ils exigent, on se mettra spécialement sous la protection de saint Louis de Gonzague. 2° On assistera à quelques prédications ou Avertissement. 117 à quelques Messes de plus, en l'honneur de ce Saint.com 26snod sh 3° On récitera, dans l'église qui lui est dédiée, ou devant son image, six Pater, six Ave, six Gloria Patri, avec l'antienne, l'oraison propre, et la prière adressée au même Saint, qui se trouvent à la fin de ce livre. 4° On emploira un certain temps à méditer ou à lire posément et avec attention une des considérations suivantes que l'on terminera par une oraison particulière adressée à saint Louis de Gonzague. noris $ 5° On pratiquera dans la journée quelque oeuvre de charité, comme aumône, visite d'hôpitaux, ou autre, selon la dévotion de chacun. On a choisi pour sujet des six considérations, les six vertus que saint Bonaventure appelle les six ailes des Séraphins que le prophète Isaïe aperçut devant le trône de Dieu. S. Louis de Gonzague les a possédées dans un degré si éminent, que l'on peut justement le comparer à un Séraphin: il en était l'image par la pureté de son coeur et par l'ardeur et la vivacité de ses sentiments. Ces six vertus, que l'on doit regarder comme le précis et l'abrégé de toute la perfection chrétienne sont: 1° La componction du coeur, 2° La mortification des sens, 3° La pureté du corps, 4° La pureté de l'ame 5° L'amour du prochain, 6° L'amour de Dieu.( S. Bonaventure, t. 2 Opusc.) 7.. 118 Avertissement. Dans toutes ces considérations, saint Louis de Gonzague sera proposé pour modèle, puisque nous devons employer les mêmes moyens, et nous servir des mêmes ailes qui l'ont élevé. jusqu'à Dieu. On joindra à chaque considération quelques pratiques, qui seront d'autant plus agréables au Saint, qu'elles sont fondées sur les maximes qui faisaient la règle de ses sentiments et de sa conduite; mais comme nous sommes trop faibles pour arriver sans secours à une si haute perfection, on ajoutera une oraison pour implorer l'intercession du Saint, afin qu'il soit non- seulement notre modèle, mais encore notre protecteur et notre appui dans les efforts que nous sommes obligés de faire pour acquérir ses vertus. On tâchera ensuite d'animer sa confiance, en rapportant l'exemple de ceux qui ont ressenti, dans l'exercice de chaque vertu, les effets salutaires de son pouvoir, ob siood Heureux si vous pouvez obtenir la protection d'un Saint si charitable et si zélé pour le salut de ceux qui ont recours à lui! c'est le moyen d'engager le Seigneur à répandre sur vous une abondance de grâces, et principalement celle de la prière, qui fait la force et la nourriture de l'âme. Puissiez- vous éprouver, tous les jours de votre vie, qu'il est l'ap pui de votre faiblesse et le soutien de votre vertu!( Eccli. xxXIV, 19.) gl SAINT LOUIS DE GONZAGUE PROPOSÉ POUR MODÈLE. Ire CONSIDERATION. POUR LE PREMIER DIMANCHE, Saint Louis de Gonzague, modèle de la componction du cœur. Cette vertu fut admirable dans ce Saint. I. par l'objet de sa douleur, II. par la vivacité de sa douleur, III. par la continuité st la persévérance de sa douleur. I. Considérez quel fut l'objet de sa douleur. C'étaient des fautes légères que les mondains regardent à peine comme des fautes. A l'âge de quatre ou cinq ans, lorsqu'il était dans la maison de son père, il prit à des soldats un peu de poudre à canon, et en leur parlant il prononça des paroles grossières qu'il leur avait entendu dire, et qu'il ne comprenait pas. Cependant il pleura ces deux fautes pendant le reste de sa vie. Il se croyait le plus grand des pécheurs, il appelait ces années les années de ses désordres et de sa méchanceté. Que n'a donc pas à craindre de la colère de Dieu celui qui ne sait pas se re 120 S. Louis de Gonzague pentir de tant de fautes grièves! Nos péchés nous paraissent légers, et nous ne nous en repentons que faiblement, parce que nous ne faisons aucune attention à la grandeur du Dieu que nous avons offensé, des récompenses du ciel que nous avons perdues, des peines de l'enfer que nous avons méritées. Regardons le péché comme ces poisons mortels, comme ces mets amers et dégoûtants que nous rejetons avec horreur. Il n'y a que la bouche des impies qui dévore l'iniquité.( Prov. xix, 28.) Rentrez dans vous- même; pesez avec une attention sérieuse la grièveté de vos péchés, et il ne vous sera pas difficile de ressentir toute l'amertume de la componction. II. La vivacité de sa douleur. get Quoique saint Louis de Gonzague n'eût commis que des fautes légères, il en eut un extrême repentir. Sa douleur fut si vive que, la première fois qu'il s'en accusa dans une confession générale qu'il fit à Florence, la tristesse et les larmes, précédées d'une sueur froide, le firent tomber aux pieds de son confesseur dans une espèce d'évanouissement qui ne lui permit pas de continuer sa confession ce jour- là; et dans la suite de sa vie il ne pouvait se rappeler le souvenir de ses péchés sans verser des torrents de larmes. Et vous, Chrétien, chargé de tant de cri proposé pour modèle. mes, vous êtes si peu touché des sentiments de la componction, qu'à peine pouvez- vous former un acte de contrition quand vous vous présentez au tribunal de la pénitence. Ah! malgré toute la dureté de votre cœur, la seule vue de vos péchés ne devrait- elle pas suffire pour vous arracher des larmes? Comptezvous pour rien le malheur d'avoir offensé Dieu? regardez- vous le péché comme une bagatelle? Celui qui ne pleure pas amèrement sur un si grand mal, en a bien peu de connaissance; il ignore que c'est proprement le souverain mal et le seul qui soit véritablement à craindre. Tâchez donc de vous exciter à la componction, et d'en être pénétré le plus vivement qu'il vous sera possible. Humiliez votre esprit profondément( Eccli. VII, 19.); c'est le seul moyen d'éviter la peine que méritent vos péchés, 121 III. amerhavor- s9mmt La continuité et la persévérance de sa douleur. Saint Louis de Gonzague ne cessa jamais de pleurer ses péchés. Souvent il s'écriait, les larmes aux yeux et le coeur pénétré de la plus vive douleur: Mon Dieu! vos jugements sont un abîme impénétrable. Qui sait si le Seigneur m'aura pardonné les fautes que j'ai commises dans le siècle? Il craignait sans cesse d'être du nombre de ceux que Dieu abandonne en punition de leurs péchés. Réfléchissez sur les avantages de cette crainte, qui est d'autant mieux fondée, que nul ne 122 S. Louis de Gonzague sait s'il est digne d'amour ou de haine.( Eccle. IX, 1.) Moins on pleure ses péchés, moins on est assuré de sa réconciliation avec Dieu. Il n'y a qu'une componction amère et continuelle qui puisse vous en donner quelque assurance; le Seigneur ne manque jamais de guérir ceux qui ont le cœur contrit.( Ps. CXLVI, 3.) Cette componction est également avantageuse pour le présent et pour l'avenir. Dans le présent, elle donne des forces et de la vigueur à notre âme, elle l'anime, elle la soutient, elle lui sert en quelque sorte de nourriture, selon cette parole: Nous serons nourris du pain de nos larmes, et nous boirons l'eau de nos pleurs. ( Ps. LXXIX, 6.) Dans l'avenir elle nous attire l'assistance la plus favorable de la grâce divine: Sur qui jetterai- je des regards propices, dit le Seigneur, si ce n'est sur le pauvre qui a le cœur contrit?( Is. LXVI, 2.) Accoutumez- vous donc à remplir votre cœur de cette douleur salutaire. Si la douceur du péché corrompt le goût et détruit les forcesde l'âme, elle ne peut être guérie que par l'amertume des larmes, qui lui rend la vie et la santé. PRIÈRE : zon A saint Louis de Gonzague. GRAND Saint, mon puissant protecteur auprès de Dieu, qui avez pleuré si longtemps et si amèrement des fa: tes très légères, vous voyez devant vous une âme criminelle qui a mille us on ospot zavim proposé pour modèle. 123 péchés griefs à se reprocher, et qui a de la peine à en ressentir la moindre douleur; obtenez- moi, je vous en conjure, quelques degrés de cette contrition vive et profonde dont vous fûtes pénétré, et qui peut seule amollir mon cœur insensible: si je ne mérite pas cette grâce, un Dieu Sauveur l'améritée pour moi, puisqu'il exige de moi cette componction pour la satisfaction de mes péchés: faites que l'énormité de mes crimes soit toujours présente à mon esprit, et que j'en conserve au fond de mon cœur un repentir sincère et véritable, afin que je puisse vivre dans une douce espérance de ce pardon favorable qui ne s'accorde qu'à la pénitence et à la componction. Vous ne mépriserez pas, Seigneur, disait le Prophète, un coeur contrit et humilié.( Ps. L, 19.) Ainsi soit- il. ng prob se MAXIMES im.sopiterg as rodimol De saint Louis de Gonzague, et pratiques de vertus. 1. PLUS la vie est longue, et plus on a lieu de craindre pour son salut. C'est pourquoi ne vous persuadez jamais que vous êtes assuré de votre salut, mais travaillez- y avec crainte et tremblement. N'imitez pas ceux à qui le Saint- Esprit fait un reproche de ce qu'ils vivent dans une fausse sécurité, comme s'ils avaient acquis les mérites et pratiqué les vertus des justes.( Eccle. vIII, 14.) 2. Il est à craindre que les Anges, qui 124 S. Louis de Gonzague sont présentement nos guides, ne deviennent nos accusateurs au jour du jugement. Vivez donc dans la crainte; faites tous les soirs, à l'exemple du Saint, un examen sérieux de votre conscience; et pour rendre cet examen plus exact, adressez- vous à votre Ange gardien, qui a été témoin de toutes les fautes que vous avez commises, en oeuvres, en paroles ou en pensées, et concevez une nouvelle douleur de vos péchés; demandez- en pardon à Dieu, en lui disant, comme le RoiProphète Purifiez- moi de plus en plus, Seigneur, de mon iniquité.( Ps. L, 4.) 3. Celui qui tombe dans une faute, quoique légère, doit aussitôt se relever, s'adresser à Dieu, lui en demander pardon, et la gráce de ne plus la commettre. Commencez donc par mettre cette maxime en pratique. Imitez celui qui, ayant eu le malheur de tomber dans la boue, se relève promptement pour se nettoyer, et marche ensuite avec plus de précaution. Car si le juste tombe sept fois, il se relève; mais les impies se précipitent dans l'abîme du mal( Prov. XXIV, 16.), et ils ne font aucun effort pour en sortir. EXEMPLE. IL y avait dans le siècle passé une personne nommée Arsilia, qui eut toujours une dévotion particulière à saint Louis de Gonzague ( Vita Aloys. edita Mantuæ, an. 1724.), et qui obtint du Ciel plusieurs grâces singulières 125 proposé pour modèle. par son intercession.( Bolland. t. 4. Jun. pag. 1059.) Ce Saint opéra tant de merveilles en sa faveur, qu'il faudrait un volume pour les rapporter toutes. Un jour, étant à Tivoli, où elle demeurait, elle crut l'apercevoir, dans le ciel, tout éclatant de lumière, qui offrait au Dieu tout- puissant les prières de ceux qui avaient eu recours à lui, et il lui sembla que le Seigneur agréa plus d'une fois ses prières en prononçant ces paroles: Vos demandes sont accordées. Une des principales faveurs qu'elle obtint pour elle- même, fut la vraie componction du cœur. Etant un jour au pied de l'autel du Saint, prête à recevoir la communion, elle se ressouvint des larmes qu'il versait en abondance toutes les fois qu'il participait à ce divin mystère, et elle fit sa prière pour obtenir la même contrition qu'il avait eue lorsqu'il communia pour la première fois. A peine eut- elle commencé cette prière, qu'elle se sentit saisie d'une telle horreur de ses péchés que, succombant sous le poids de sa douleur qui lui faisait répandre un torrent de larmes, elle s'écria: C'est assez, grand Saint, c'est assez. Mais elle entendit aussitôt une voix intérieure qui lui répondit que cette douleur n'était pas cncore suffisante pour expier ses péchés. Un autre jour Arsilia, étant attaquée d'une fièvre violente, implora le secours de saint Louis de Gonzague, qui lui fit voir une image sensible des souffrances auxquelles les âmes du purgatoire sont condamnées, et des horribles 126 S. Louis de Gonzague châtiments que souffrent les damnés dans l'enfer. Vois, lui dit- il, combien ces dmes souffrent pour l'expiation de leurs péchés; et toi, que souffres- tu? Quelles sont tes peines en comparaison de celles- ci? Arsilia, fortifiée par ces paroles, cessa de désirer la fin de ses maux; elle pria même le Seigneur de les augmenter, afin qu'ils servissent, en quelque sorte, de contre- poids aux péchés qu'elle avait commis. II CONSIDÉRATION. tais? ub lotust al bar de Jelly POUR LE DEUXIEME DIMANCHE. Saint Louis de Gonzague, modèle de mortification et d'austérité. Considérez quelle fut sa mortification, I. dans le monde II. dans l'état religieux, III. au lit de la mort. I. Mortification de saint Louis de Gonzag e lorsqu'il vivait dans le monde. TOUT Chrétien doit marcher dans la voie étroite qui conduit à la vie éternelle.( Matth. VII, 14.) Et par conséquent l'esprit du christianisme est un esprit de mortification et d'austérité. Saint Louis de Gonzague comprit cette vérité dès sa plus tendre enfance. Le Saint- Esprit la lui fit connaître au milieu de la cour. Quoique enfant, quoique séculier, Inging proposé pour modèle. 127 quoique prince, il se mortifiait par des jeunes assidus, il retranchait tous les jours de sa nourriture jusqu'à la réduire au poids d'une once, il déchirait sa chair par de dures disciplines, il inventait tous les jours de nouvelles mortifications pour la tourmenter, il mettait sous ses habits des pointes de fer pour suppléer au cilice. Que dites- vous, Chrétien, d'une pénitence si rigide? Comment pourrez- vous excuser votre délicatesse? Etes- vous plus jeune, plus faible et plus délicat que lui? Oserez- vous dire qu'il vous est impossible de l'imiter? Mais que ne souffrez- vous pas tous les jours pour votre intérêt, pour satisfaire votre caprice, ou pour vous procurer du plaisir! Ne renouvelez- vous pas pour ainsi dire les prodiges de la manne, qui résistait au feu le plus violent, et qui se fondait au premier rayon du soleil? Cependant il sera toujours vrai de dire que la mortification des sens est la marque d'une âme choisie et agréable à Dieu. Ceux qui sont à Jésus- Christ, dit l'Apôtre, ont crucifié leur chair avec tous ses vices et tous ses désirs. ( Gal. v, 24.) 1919 Isd ammes szib sor II. Sa mortification dans l'état religieux. Il pratiqua les mêmes austérités dans l'état religieux, autant que ses Supérieurs voulurent le lui permettre. Aucune action ne lui plaisait, si elle n'était accompagnée de quel 120 3. Louis de Gonzague que mortification: outre les jeûnes, les chatnes de fer et les disciplines, soit qu'il marchât, soit qu'il fut assis ou qu'il se tint debout, il était toujours dans un état de souffrance. Il disait à ceux qui s'étonnaient de ses austérités, que l'affaire du salut ne réussit que par la pénitence; que le vrai moyen de la rendre douce et facile est de la mettre continuellement en pratique, et qu'elle ne paraît difficile que par le peu d'usage qu'on en fait. 9 Le corps est destiné, par sa nature, à être l'esclave de l'âme si on lui laisse trop de liberté, il en abuse. Or, la vraie manière de l'assujettir est d'imiter les Saints qui le traitaient durement, et travaillaient sans cesse à le dompter. Je chátie mon corps, disait saint Paul, et je le réduis en servitude.( I. Cor. 1x, 27.) Il ne suffit donc pas de l'avoir châtié quelquefois, comme quelques- uns le disent castigavi; il ne suffit pas non plus d'avoir la pensée de le châtier à l'avenir, comme d'autres s'en flattent, en disant, castigabo, je le châtierai: il faut le châtier continuellement comme un esclave toujours rebelle, et ne pas être un moment sans pouvoir dire comme saint Paul: Je chátie mon corps, et le réduis en servitude. III. Sa mortification au lit de la mort. A la vue des étonnantes austérités de saint Louis de Gonzague, plusieurs disaient qu'il proposé pour modèle. 129 aurait du scrupule à l'heure de la mort d'avoir abrégé ses jours par les excès de sa pénitence mais qu'arriva- t- il? Ce Saint, après avoir reçu les derniers sacrements de l'Eglise, protesta que non- seulement il n'avait aucun scrupule des pénitences qu'il avait faites, mais plutôt d'avoir omis beaucoup d'autres mortifications qu'il aurait eu peut- être la force de supporter. Il pria ensuite son Supérieur de lui permettre de se faire déchirer de coups depuis les pieds jusqu'à la tête; et n'ayant pu l'obtenir, il demanda au moins d'être jeté sur la terre nue, afin d'expirer en vrai pénitent. Vous vous récriez peut- être contre cette rigueur, et vous demandez si c'est là le véritable esprit du christianisme? mais réfléchissez sur tous les remords que votre excessive délicatesse vous causera infailliblement à l'heure de la mort. Songez combien vous vous croiriez heureux, à ce dernier moment, d'avoir mortifié par la pénitence une chair qui sera sur le point d'être abandonnée aux vers et à la pourriture. Malheur à vous qui riez présentement, dit le Seigneur; malheur à vous qui avez votre consolation en ce monde.( Luc. VI, 24.) PRIÈRE in' n o stus sas A saint Louis de Gonzague. O vous! qui avez eu le courage de joindre pendant votre vie une si grande austérité à une si parfaite innocence, combien ne dois- je 130 S. Louis de Gonzague pas être confus et humilié, quand je considère les extrêmes rigueurs que vous avez exercées sur vous- même! Qu'il s'en faut, grand Saint! que j'imite votre pénitence, moi qui ai bien plus de raison que vous de la pratiquer! Quoi! vous étiez continuellement occupé à mortifier votre chair: et moi, coupable de tant de péchés, je ne cherche qu'à flatter la mienne et à satisfaire ses goûts par une molle et indigne complaisance! Ah! inspirezmoi plutôt une sainte haine de moi- même, afin que je marche dans cette voie étroite qui conduit au ciel. Ne permettez pas qu'en me livrant aux délicatesses de la chair, je m'engage malheureusement dans ce chemin plus large, qui est la voie de perdition. Faites- moi comprendre que je n'ai point d'ennemi plus dangereux que moi- même, et que je dois me regarder et me traiter comme tel, en domptant continuellement mes inclinations naturelles et ma volonté propre, aidé de votre pro tection, animé par vos exemples. Ainsi soit- il. og sl 65 MAXIMES ros De saint Louis de Gonzague, et pratiques de vertus. 1. ON n'a jamais vu personne s'élever à une haute perfection, sans avoir traité son corps comme un animal indocile que l'on dompte à force de coups. Ayez donc soin de pratiquer toujours quelque pénitence corporelle, comme de porter le cilice, la haire, la chaîne de fer ou autre proposé pour modèle. 131 semblable, et persuadez- vous, à l'exemple des Saints, que la grâce de Dieu ne se conserve pas longtemps au milieu des satisfactions de la mollesse, elle ne se trouve point dans le séjour de ceux qui goûtent les délices de la vie.( Job, xxvIII, 13.) 2. La pénitence volontaire du corps ne doit point se différer jusqu'à la vieillesse, temps où il ne reste plus de force pour la soutenir. Il est surtout nécessaire de la pratiquer dans l'âge où la chair ne peut être menagée que l'esprit n'en souffre. Ne cherchez donc jamais de prétexte pour omettre ou pour adoucir cette pénitence; songez plutôt à la rendre plus pénible et plus rigoureuse dans le temps de la tentation. Resistez au démon avec force, disait l'apôtre saint Jacques, et il s'éloignera de vous.( Jac. IV, 7.) 3. Quand quelqu'un vous exhorte à traiter plus doucement votre corps, il faut répondre que Dieu vous l'a donné en garde, comme un esclave rebelle qui ne cesse de se révolter contre son maître. Animez- vous de plus en plus à la pénitence par le désir de plaire à Dieu: Un esprit abattu et humilié est pour lui un sacrifice agréable.( Ps. L, 19.) EXEMPLE. LE seul récit des pénitences et des mortifications de saint Louis de Gonzague a souvent fait sur les âmes les plus vives impressions, et leur a inspiré le courage de les imiter.( Bolland., t. 4. Jun. p. 1071.) 133 S. Louis de Gonzague Un jeune homme, entre autres, ayant lu la vie du Saint le jour qu'on célèbre sa fête, en fut tellement frappé qu'il conçut d'abord unextrême désir de quitter le monde et de s'ensevelir pour toujours dans un cloître; mais de justes motifs l'ayant empêché d'exécuter ce dessein, il prit une ferme résolution de mener dans le monde une vie austère et pénitente dès lors il ne mit plus de bornes à ses mortifications. Retiré dans sa maison, il priait sans cesse avec une extrême ferveur, et il traitait son corps avec tant de rigueur que son Confesseur fut souvent obligé d'arrêter les transports de son zèle, et de modérer par une sage discrétion le désir qu'il avait d'égaler et peut- être de surpasser son modèle. III CONSIDÉRATION. POUR LE TROISIÈME DIMANCHE. Saint Louis de Gonzague, modèle de la pureté du corps. I eut, I. une pureté sans tache, II. une pureté privilégiée, III. une pureté conservée par une extrême vigilance. I. sitrom zob Pureté sans tache. 026 On peut dire que saint Louis de Gonzague posséda cette vertu dans le degré le plus éminent. Dès sa jeunesse, ses domestiques et les proposé pour modèle. 133 étrangers ne pouvaient s'empêcher d'admirer l'innocence de ses moeurs. Ils ne l'appelaient point autrement que le petit Prince exempt des faiblesses de la chair. D'autres le nommaient un Ange, et ce titre lui a été confirmé par le Saint- Siége. On n'eût osé prononcer une parole un peu libre en sa présence; on savait que rien n'était plus capable de lui déplaire, et même de l'offenser. Enfin, le sage et savant cardinal Bellarmin, son confesseur, a déclaré que ce jeune homme n'avait jamais commis aucune faute qui donnât l'atteinte la plus légère à cette sublime vertu. suplepp Tournez présentement les yeux sur vousmême quelle précaution prenez- vous pour conserver ou pour acquérir une vertu si précieuse et si nécessaire? N'êtes- vous point de ceux qui ne se reprochent à cet égard que les fautes les plus graves et les plus grossières? Ah! vous ignorez donc que la pureté est comme un miroir que le moindre souffle ternit, et que la tache la plus légère suffit pour la détruire? Examinez ici avec une attention scrupuleuse vos pensées, vos sentiments, vos paroles et vos actions, et qu'il n'y en ait pas une seule qui ne devienne pour vous un sujet d'alarmes et d'inquiétudes. Je craignais pour toutes mes oeuvres( Job. 1x, 28.), dit le saint homme Job. Et pourquoi pour toutes? Parce qu'il est dangereux de se flatter soi- même, surtout dans une matière si délicate; et qu'il ne nous sert de rien d'ignorer nos fautes, si le Seigneur les connaît, s'il les 8 134 S. Louis de Gonzague déteste et s'il les punit. Je craignais, ajoute le saint homme Job, parce que je sais que les moindres fautes que je commets ne sauraient échapper à votre justice. II. 393010593 Pureté privilégiée. Considérez que S. Louis de Gonzague, étant encore jeune, fit voeu de chasteté perpétuelle dans la ville de Florence, sous la protection de la Mère de Dieu; et que dès lors il fut en quelque sorte confirmé dans cette vertu, par une grâce singulière que le Ciel n'accorde qu'à des âmes choisies et privilégiées. C'est ce que la sacrée Congrégation a déclaré par un témoignage authentique, en disant qu'il ne ressentit aucune atteinte des aiguillons de la chair, et que son esprit ne fut jamais troublé par aucune pensée contraire à la pureté; ce qu'on lit point dans l'histoire des autres Saints, Grâce extraordinaire et vraiment angélique, puisqu'elle semble élever un homme jusqu'à l'état des Anges. ne Mettez- vous comme lui sous la protection de la Mère de Dieu; priez- la chaque jour de vous défendre contre les suggestions impures de l'esprit de ténèbres: Vitam præsta puram. Elle aime, elle écoute toujours favorablement des âmes chastes. Concevez donc aujourd'hui la plus haute estime de cette vertu, chérissez- la particulièrement; elle est d'un si proposé pour modèle. 135 grand prix que nous n'en connaîtrons parfaitement le mérite que dans le ciel, parce qu'il n'y a aucun bien sur la terre auquel nous puissions la comparer. Rien n'est comparable, dit le Sage, à une dme pure.( Eccli. xxv1, 20.) Elle est si belle qu'elle va presque de pair avec les Anges. Heureux celui qui possède le précieux trésor de la pureté! et malheureux, au contraire, celui qui le perd! C'est la pureté qui fait les Anges, dit saint Jérôme Celui qui la conserve est un Ange, et celui qui la perd devient un démon. pa III. Pureté conservée par une extrême vigilance, sb calduro Considérez encore avec quel soin saint Louis de Gonzague conserva celte perle précieuse qui lui était si chère; il voulait que toutes les portes de ses sens fussent toujours fermées et impénétrables à l'ennemi de son salut. Attaché pendant plusieurs années au service de l'impératrice Marie d'Autriche, en qualité de page d'honneur, il la voyait tous les jours sans jamais la regarder au visage. Il usait de la même retenue à l'égard de sa propre mère, tenant toujours les yeux baissés quand il était auprès d'elle; il les ouvrait si rarement, que la plupart de ceux qui vivaient avec lui n'auraient pas pu dire de quelle couleur ils étaient. Un jour, étant invité à un bal, il prit la fuite, et se déroba secrètement, pour aller se 136 S. Louis de Gonzague " mettre en prières. Il était toujours en garde et en défiance, comme celui qui marcherait dans un chemin glissant et difficile, tenant à sa main un vase fragile où l'on aurait mis une liqueur précieuse. Est- ce ainsi, Chrétiens, que vous veillez sur vous- mêmes? Sont- ce là les précautions que vous prenez pour vous maintenir dans la pureté que Dieu exige de vous? Hélas! votre vertu faible, chancelante et mal assurée, a encore plus besoin de précautions et de vigilance, puisqu'elle est plus attaquée. N'êtes- vous pas les premiers à l'exposer tous les jours aux plus grands périls? Quelle liberté dans vos pensées, dans vos regards et dans vos discours! Ah! songez que tous les objets capables de vous tenter ne sont que des appâts trompeurs, des piéges et des filets tendus par le démon pour vous séduire, semblables à ceux que le chasseur prépare pour surprendre sa proie: n'en approchez pas; le seul moyen de les éviter, c'est de les fuir. Mes ennemis, disait le prophète Jérémie, m'ont attaqué sans aucun sujet; ils m'ont pris, ils m'ont enlevé comme un oiseau surpris par les chasseurs.( Thren. III, 52.) Quelle douleur, grand Dieu! sans aucun sujet! à pure perte! pour un plaisir frivole, pour une satisfaction vile et passagère, devenir la proie des démons dans l'éternité! ob prib ug ang Ind na proposé pour modèle. PRIÈRE A saint Louis de Gonzague. GRAND Saint, dont la pureté angélique ne fut jamais altérée par aucune tache, et qui, par une grâce particulière, avez été exempt, pendant tout le cours de votre vie, des plus légères atteintes de l'esprit impur, j'admire avec respect cette innocence parfaite dont l'é clat, inaccessible au souffle empoisonné du démon, surpasse la blancheur des lis. Mais combien ne dois- je pas m'humilier et me confondre devant une âme si pure et si sainte, moi qui ne puis offrir à vos chastes regards qu'une âme souillée par tant de péchés! Vous pouvez les guérir, j'en ai de la douleur. Soyez mon protecteur auprès du souverain Juge; présentez vous- même à Jésus- Christ et à sa sainte Mère mon repentir et mes larmes; obtenezmoi de Dieu une pureté véritable, qui ne laisse pas l'ombre même du crime dans mes pensées, dans mes sentiments et dans mes désirs; imprimez dans mon cœur une haine ardente et capitale pour toute espèce de désordre, en sorte que non- seulement je l'abhorre, mais que je ferme toutes les voies par lesquelles il pourrait se glisser dans mon coeur. C'est ce que je suis résolu de faire, à l'aide de votre protection et de celle de la Vierge Marie. Ainsi soit- il.uo) Just in sup zembrist 137 8. 138 S. Louis de Gonzague MAXIMES De saint Louis de Gonzague, et pratiques de vertus. 1. TOUTE la force d'un chrétien consiste dans la crainte du Seigneur, parce que celui qui craint Dieu n'est susceptible d'aucune autre crainte. Soyez toujours attentif à la présence de Dieu, dans quelque situation que vous soyez, seul ou en compagnie: c'est le moyen de triompher de toutes les tentations. Comment pourrais- je commettre ce crime et pécher contre mon Dieu?( Gen. xxxix, 9.) 2. Rien n'est plus dangereux que de se laisser conduire par quelque affection particulière pour les créatures et pour les biens créés. Ne vous exposez pas à un si grand péril: vous l'éviterez en mettant un frein à toutes vos affections purement naturelles, et en faisant tous les jours un examen exact et scrupuleux de vos sentiments, pour découvrir s'il n'y a pas dans votre coeur quelque attachement tant soit peu déréglé, qui se fait sentir et qui renaît de lui- même lorsque vous croyez en être délivré: faites- en le sacrifice à Dieu qui veut être aimé sans partage, selon cette parole: Vous craindrez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul.( Deut. VI, 13.) 3. Le malheur de ceux qui vivent sans piété, et qui se livrent sans frein à toutes 139 proposé pour modèle. leurs passions, vient uniquement de leur éloignement de l'oraison mentale. Prenez donc un temps chaque jour pour mé diter quelques- unes des grandes vérités de la religion; vous accoutumerez par- là votre cœur à mépriser tous les biens de ce monde. Qui jamais, ayant l'éternité devant les yeux, pourra se résoudre à lui préférer de sang- froid les plaisirs passagers de la vie présente? Quelle condition plus misérable, s'écrie S. Augustin, que celle où le plaisir passe en un moment pour faire place à un supplice éternel? EXEMPLE. ON ne finirait pas si l'on entreprenait de raconter toutes les merveilles( Bolland. t. 4. Jun. page 1050.) par lesquelles saint Louis de Gonzague s'est déclaré le protecteur spécial de la chasteté; et ce ne fut pas sans raison qu'un cavalier, délivré par son intercession d'une tentation violente, suspendit à son autel un tableau où le Saint était représenté faisant pleuvoir des lis du ciel, comme autant de symboles de cette excellente vertu, sur tous ceux qui imploraient le secours de son intercession; on lisait cette inscription au bas du tableau: Il a ceint mes reins de vertu, et il a donné de la force et de la vigueur à mon bras.( Prov. xxxI, 19.) On peut encore en juger par cet autre exemple. Il y avait en Pologne un saint religieux, dont le Seigneur voulut éprouver la vertu en 140 S. Louis de Gonzague permettant qu'il fut livré, pendant un an et demi, aux plus violentes attaques de la tentation. Il n'omit rien pour en triompher. Il affligea son corps par le cilice et par le jeûne. Il se prosterna mille fois devant le Seigneur, en arrosant la terre de ses larmes, sans pouvoir obtenir d'être délivré d'une si rude épreuve, jusqu'à ce qu'enfin son confesseur jugea que le plus sûr moyen de terminer un combat si pénible et si périlleux, était de le mettre sous la protection de S. Louis de Gonzague: il lui pendit au cou une relique de ce Saint, et lui conseilla de l'appliquer sur son cœur aussitôt qu'il sentirait les premières attaques de l'ennemi. Il usa de ce remède avec une foi vive et une humble confiance dans la bonté divine, et il ne tarda pas d'en éprouver les heureux effets. Le Seigneur, qui voulait manifester la gloire du Saint, imposa silence au démon, et fit succéder aux troubles et aux orages une douce tranquillité. BA sinellsozs silap Jains proposé pour modèle. ullisis IV CONSIDÉRATION. POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE. Saint Louis de Gonzague, modèle de la pureté de l'áme. 141 1. Par son détachement du monde, II. par son renoncement au monde, III. par son union intime avec Dieu. I. Par son détachement du monde. IL en connut la vanité dès sa plus tendre jeunesse; il en méprisa les pompes et les honneurs; il eut compassion de l'aveuglement des riches et des grands de la terre, qui se perdent pour acquérir des biens caducs et périssables, lorsqu'ils peuvent mériter et obtenir des biens éternels. Il saisissait toutes les occasions de témoigner le plus parfait mépris pour tous les objets que les hommes charnels ne regardent qu'avec des yeux d'envie. Il paraissait, dans les plus éclatantes cérémonies, avec des habits simples et négligés, pour faire voir qu'il foulait aux pieds les pompes du siècle. Il ne daignait pas seulement les regarder; et qu'aurait- il pu regarder sur la terre, lui dont toutes les pensées et tous les désirs étaient tournés vers le ciel? Dites- vous ici à vous- même, à l'exemple du Prophète: Jusques à quand mon cœur sera- t- il appesanti vers la terre? Jusques à quand demeurera- t- il attaché à la vanité et HARL 142 S. Louis de Gonzague au mensonge?( Ps. IV, 3.) Suis- je donc résolu de persévérer jusques à la mort dans cette illusion? Des biens qui ne sont que vanité et mensonge, sont- ils dignes de mon attachement? Toutes leurs qualités se trouvent renfermées dans ces deux paroles: Vanité et mensonge. 1° Ils ne sont que vanité, puisque ce sont de faux biens, des biens chimériques et frivoles, sans réalité et sans consistance. 2° Ils ne sont que mensonge, puisque, n'étant rien en eux- mêmes, ils nous éblouissent par un éclat trompeur qui nous persuade qu'ils sont quelque chose: vanitas et mendacium. II. Super suon Par son renoncement au monde. Son détachement du monde lui fit bientôt prendre la résolution d'y renoncer pour toujours. Il s'adressa d'abord à la sainte Vierge, le jour que l'on célèbre la fête de son Assomption, et la pria de l'éclairer sur le choix d'un état de vie. Il entendit alors une voix sensible, par laquelle la Mère de Dieu l'invitait à se rendre religieux dans la Compagnie de son Fils. Pour lui obéir, il fut obligé de soutenir, pendant trois ans, un rude combat contre les oppositions de son père, et il ne vint à bout de les vaincre que par ses prières, ses larmes, et par le sang que ses austérités lui faisaient répandre. On vit enfin ce jeune prince, quoique l'ainé de sa maison, renon proposé pour modèle. 143 cer publiquement en faveur de son cadet, au milieu des pleurs de tous les assistants, à la principauté dont il avait déjà reçu l'investiture de l'empereur, et passer ensuite de la cour en religion, où il ne fut pas plus tôt entré qu'on l'entendit s'écrier avec une sainte allégresse: Voici le séjour de mon repos; ' y demeurerai, puisque je l'ai choisi.( Ps. CXXXI, 14.) Est- ce ainsi que vous obéissez à la voix du Seigneur, qui vous appelle à une vie plus fervente? est- ce ainsi que vous surmontez les difficultés que la chair et le monde opposent à votre sanctification? N'êtes- vous pas de ceux qui veulent accommoder les desseins de Dieu à leurs commodités et à leurs intérêts? Ce n'est pas là le moyen de réussir dans l'affaire du salut: à la fin, Dieu est le maître. C'est à lui à nous faire connaître ses volontés. C'est à nous à les exécuter avec fidélité, pour ne pas rompre le fil de notre prédestination: Que chacun de vous, disait l'apôtre saint Paul, marche dans la voie où Dieu l'appelle. ( I. Cor. VII, 17.). III. Par son union intime avec Dieu. Cette pureté de l'âme, qui fut si parfaite dans saint Louis de Gonzague, avait sa source dans son union intime avec Dieu. Ce Dieu, selon l'expression de l'Ecriture, est un feu qui purifie comme l'or dans la fournaise; il efface, il détruit en un moment 144 S. Louis de Gonzague toutes les souillures des âmes qui s'en approchent. Saint Louis de Gonzague lui fut tou jours étroitement uni. Etant encore enfant, il passait quelquefois des heures entières dans la contemplation de ses divines perfections, en versant des larmes de tendresse. Il pensait continuellement à Dieu. Son coeur brûlait d'un feu divin, dont l'éclat paraissait sur son visage enflammé; son esprit était tellement fixé sur l'objet de son amour, qu'aucune distraction n'était capable de l'en séparer. C'est de quoi le sacré tribunal de la Rote a rendu un témoignage authentique, en disant qu'il fut exempt des distractions et des égarements de l'imagination dans la prière. Il avoua un jour au directeur de sa conscience, que toutes les distractions qu'il avait eues pendant six mois, réunies ensemble, ne rempliraient pas l'espace d'une minute. Il n'était parvenu à ce parfait recueillement que par un grand effort, puisque, étant à la cour de Madrid, il prenait la résolution de méditer une heure de suite sans aucune distraction; et lorsqu'il lui arrivait de se distraire, ne fût- ce qu'un instant, il recommençait sa méditation, qui durait quelquefois cinq ou six heures, jusqu'à ce qu'il eût réussi à en passer une tout entière à méditer, sans être distrait. Apprenez de là de quelle importance il est pour vous de méditer tous les jours quelqu'une des grandes maximes de la religion. La science du salut doit être la règle de votre conduite: proposé pour modèle. 145 vous ne pouvez acquérir une science si nécessaire qu'en la méditant au moins tous les matins avec une attention suivie et constante. Seigneur, disait le Prophète, je me présenterai à vous tous les matins, et je connaîtrai que vous êtes un Dieu qui ne pouvez souffrir l'iniquité.( Ps. v, 5.) N'imitez pas ces impies dont il est parlé au livre de Job, qui disaient à Dieu: Nous ne voulons point apprendre la science de vos voies.( Job, xxI, 14.) 16mmal szi PRIÈRE A saint Louis de Gonzague.orbito FIDELE serviteur de Dieu, qui avez bien voulu me prendre sous votre protection, combien ne devez- vous pas être frappé de l'énorme différence que vous apercevez entre vous et moi, vous dont l'âme fut toujours si pure et si détachée de la terre, et moi qui n'ai que des sentiments terrestres et qui ne désire que les faux biens de ce monde; vous qui futes toujours si étroitement unià Dieu et moi qui ne cherche qu'à m'en éloigner! Hélas! combien ne dois- je pas rougir de ma misère et de ma faiblesse, à la vue des frivoles objets dont je suis sans cesse occupé! Vous me direz, sans doute, que ce qui me rend si faible et si misérable, c'est que je ne pense jamais à Dieu. Vous me direz, comme le prophète Isaïe à l'infidèle Jérusalem: Vous avez oublié votre Sauveur, et vous ne vous êtes pas souvenu du Dieu qui est votre force et votre appui.( Isaïe, XVII, 10) gin 146 S. Louis de Gonzague Obtenez- moi donc, grand Saint, quelques touches de cette grâce divine qui vous unit si intimement avec Dieu; faites que les vérités éternelles s'attachent en quelque sorte à mon esprit, et que mon esprit demeure toujours fixe et constant dans la contemplation de ces grandes vérités. Faites, enfin, qu'au lieu de suivre, comme j'ai fait jusqu'ici, fausses lueurs de l'esprit du monde, je ne me conduise que par la vive lumière de l'esprit de Dieu, selon cette parole: Les justes marcheront à la lumière de votre visage.( Ps. LXXXVIII, 16.) Ainsi soit- il. MAXIMES De saint Louis de Gonzague, et pratiques de vertus. 1. LA perfection évangélique ne s'acquiert que par l'étude de l'oraison, et l'on ne peut devenir un parfait chrétien que l'on homme d'oraison. ne soit Tel a été le sentiment unanime de tous les Saints. Ayez donc chaque jour un temps marqué pour l'oraison, qui est la nourriture de l'âme, comme vous en avez un pour la nourriture du corps. C'est une chose horrible, disait Cassiodore, de de passer un seul jour sans faire oraison. 2. De même que l'eau trouble ou agitée par le vent ne peut représenter l'image des objets présents: ainsi l'áme souillée par le vice, ou agitée par les passions, ne reçoit point dans l'oraison l'image des choses célestes. propose pour modèle. 147 : Commencez donc par vous recueillir avant l'oraison, et appliquez- vous tout entier à ce que vous devez faire en user autrement, c'est tenter Dieu. Ayez soin, dit le Sage, de préparer votre áme à l'oraison, et ne soyez point semblable à un homme qui tente Dieu. Eccli. xvIII, 23.) 3. Méprisez les couronnes de ce monde, dont l'éclat vous détourne de penser au royaume du ciel, et songez que les sceptres et les ornements des rois ne sont que des habits de théâtre que les uns quittent plus tôt, les autres plus tard. Quand vous voyez quelque bien de ce monde, qui vous paraît digne de votre attachement, accoutumez- vous à le comparer aux biens éternels, et demandez- vous ensuite à vous- même lequel des deux mérite la préférence: Tout ce qui n'est pas éternel n'est rien. EXEMPLE. L'ADMIRABLE pureté de saint Louis de Gonzague a souvent produit des effets merveilleux dans ceux qui en entendaient parler ou qui lisaient sa vie. On a vu plusieurs jeunes gens, touchés de son exemple, quitter tout à fait le monde et renoncer à ses vains plaisirs, pour vivre dans une grande pureté de coeur. Mais parmi toutes les conversions opérées par l'intercession de ce grand Saint, aucune ne paraît plus singulière et plus étonnante que celle d'une dame de Parme qui s'était malheureusement engagée dans un commerce 9. 148 S. Louis de Gonzague criminel. Elle entendit un jour une prédication dont elle fut si touchée, qu'elle voulut se confesser au prédicateur. Mais lorsqu'il lui déclara qu'elle ne pouvait rentrer en grâce avec Dieu sans rompre ses engagements et sans renoncer à ses anciennes habitudes, elle répondit qu'elle ne se sentait pas assez de force pour faire un si grand sacrifice, et qu'elle ne pouvait s'y résoudre. Il employa les plus puissants inotifs de la religion pour l'y déterminer; et la voyant toujours insensible, il lui dit d'aller prier Dieu à l'autel de saint Louis de Gonzague, et de supplier ce grand Saint, qui avait toujours eu le cœur si pur et si exempt de faiblesse, de lui aider à purifier le sien. Elle se fit une extrême violence pour suivre ce conseil, et à peine eut- elle achevé sa prière, qu'elle sentit un changement to tal et miraculeux dans toutes les affections de son âme: tout ce qu'elle avait le plus aimé lui devint odieux et insipide. Elle renonça tout à coup au jeu, aux plaisirs et à la vanité des parures. Elle se livra sans ménagement aux saintes austérités de la pénitence, vivant dans la retraite, dans le jeûne et dans la prière, et tâchant d'expier ses fautes passées par de rudes mortifications. Elle passa six mois en tiers dans l'exercice de la piété la plus sévère, pendant lesquels, à l'occasion d'un jubilé, elle fit une confession générale de tous les péchés de sa vie, avec tant de douleur et de sincérité, qu'elle dit à son confesseur qu'elle souhaitait de mourir dans la disposition où proposé pour modèle. 149 elle était. Le confesseur l'exhorta à demander cette grâce à Dieu par l'intercession du Saint dont elle avait déjà éprouvé la puissante protection.( Bolland. t. 4. Jun. pag. 1052.) Elle le fit, et peu de jours après, étant tombée malade, elle ne songea plus qu'à se préparer à la mort; elle dit adieu à sa mère et à toute sa famille, leur demanda pardon du scandale qu'elle leur avait donné dans le temps de ses désordres; et après avoir reçu avec beaucoup de ferveur les derniers sacrements de l'Eglise, en présence de ses parents qui fondaient en larmes, pleine d'une sainte joie et d'une douce espérance, elle expira heureusement dans la paix du Seigneur. Ve CONSIDÉRATION. POUR LE CINQUIÈME DIMANCHE. Saint Louis de Gonzague, modèle de l'amour du prochain. Il eut pour son prochain, I. une charité patiente, II. une charité industrieuse, III. une charité généreuse. I. Charité patiente. ON n'aime pas son prochain, quand on ne sait pas souffrir patiemment ses défauts et ses imperfections; et c'est par cette raison, que la première qualité de la charité, selon la doctrine de l'apôtre saint Paul, est d'être patiente: la charité, dit- il, est patiente.( I. Cor. xII, 4.) 150 S. Louis de Gonzague On peut dire que saint Louis de Gonzague porta cette charité jusqu'à l'héroïsme. Il souffrait non- seulement avec patience, mais avec joie, les mépris, les insultes et les outrages. Un des plus sûrs moyens de s'attirer des marques de sa bienveillance, était de lui témoigner peu d'estime et peu d'affection. Ce n'est pas qu'il fut insensible: au contraire, il était naturellement vif et impatient. On s'en était aperçu dans sa première enfance; mais il s'était tellement appliqué à dompter son humeur que lorsqu'il fut parvenu à l'âge de raison, on n'aperçut jamais en lui aucun mouvement de colère ni d'impatience. Voulez- vous savoir si vous aimez votre prochain? voyez si vous supportez patiemment ses défauts, si vous ne lui témoignez aucun mécontentement, et si vous ne cessez pas de l'aimer, quoiqu'il vous offense. La vraie charité n'envisage pas, dans son prochain, les qualités naturelles qui peuvent le rendre aimable; elle l'aime parce que Dieu le veut, parce qu'il le commande; elle ne voit que Dieu en lui, et elle couvre d'un voile toutes ses imperfections, parce qu'elle craint de les apercevoir. La charité, dit l'apôtre saint Pierre, couvre la multitude des péchés. Mesurez la vôtre par cette règle, et vous n'y serez jamais trompé. .II. Une charité industrieuse. La charité est ardente et habile à trouver les moyens de se rendre utile au prochain. proposé pour modèle. 151 Le feu, qui est le plus actif de tous les éléments, est le symbole de cette vertu. Saint Louis de Gonzague ne cessa jamais de travailler au salut, au bonheur et à la consolation de ses frères. Il eut toujours une tendre compassion pour les malheureux, et rien ne le ouchait plus sensiblement que le malheur de ceux qui s'égarent et qui se perdent dans les voies de l'iniquité. Etant encore dans le monde, ce jeune prince ne dédaignait pas d'enseigner la doctrine chrétienne au peuple le plus vil et le plus grossier; il l'exhortait à quitter ses mauvaises habitudes. Il employait une partie de son temps à terminer les procès et les querelles. Devenu religieux, il allait dans les rues de Rome instruire les pauvres, et les conduisait lui- même à leur confesseur. Ne pouvant encore prêcher dans les chaires, il tâchait du moins d'inspirer l'amour de la piété, par des conversations familières; et il expliquait les vérités éternelles d'une manière si touchante, qu'il convertit dans la ville de Sienne un grand nombre de jeunes gens qui embrassèrent l'état religieux. Songez à tout le bien que vous pouvez faire dans l'état où la Providence vous a placé, en instruisant le prochain au moins par de bons exemples, et par des sentiments de piété que vous tâcherez de leur inspirer à propos, selon les occasions; par- là, vous pouvez vous approprier en quelque sorte les vertus et les mérites des autres, puisque vous en recueillerez les fruits et la récompense. Vous ferez 152 S. Louis de Gonzague valoir le Sang de Jésus- Christ, puisque ce sera par vos soins qu'on le verra fructifier. Est- il une vertu plus belle et plus propre à orner une âme que la charité? Est- il un travail plus noble et plus utile que celui qui a pour objet des biens éternels? Quel malheur si vous veniez à y renoncer par négligence ou par respect humain! Sachez que chacun de vous est chargé par le Seigneur de veiller et de travailler au salut de son prochain.( Eccli. XVII, 12.) III. Une charité généreuse. L'acte le plus généreux et le plus héroïque de la charité chrétienne, est de sacrifier sa propre vie pour le salut de ses frères. La charité de saint Louis de Gonzague s'éleva jusqu'à ce degré sublime de la plus haute perfection. Il en douna des preuves dans le temps que la ville de Rome fut affligée de la peste. Îl demanda et il obtint la permission de se dévouer au service des pestiférés. Il y courut avec une telle ardeur que les autres rougissaient de prendre tant de précautions pour conserver leur vie, tandis que le jeune Louis exposait la sienne avec tant de courage; il s'attachait par préférence à rendre aux malades infectés de la contagion les services les plus bas et les plus degoûtants, et ce fut dans ce saint exercice qu'il contracta une maladie de langueur qui le consuma lentement, et qui le conduisit enfin au tombeau. Peut- on se fi proposé pour modèle. 153 gurer une mort plus heureuse? Dès qu'il se vit près de sa fin, il chanta un cantique d'action de grâces, et répéta plusieurs fois ces paroles du Prophète: Nous irons avec joie dans la maison du Seigneur. Il sut l'heure de sa mort par une révélation divine, et pendant une nuit, qui ne lui parut qu'un moment, il fut ravi en extase, et goûta d'avance les délices du paradis. Il rendit ensuite son âme à Dieu, en baisant le crucifix. Fut- il jamais une mort plus belle et plus désirable? Puisséje, ó mon Dieu! mourir ainsi de la mort des justes! Avez- vous songé jusqu'à présent à vous procurer une mort sainte et précieuse devant Dieu? Pensez- vous que la vie que vous menez et les actions que vous faites soient propres à rendre votre fin heureuse? Nous ne faisons que semer pendant le cours de cette vie mortelle, dont la dernière heure est le temps de la moisson qui se fait par la faux tranchante de la mort. Préparez- vous donc une heureuse récolte par des semences de vertus, puisque vous êtes sûr, selon la parole de l'Apôtre, que l'homme ne recueillera que ce qu'il aura semé.( Gal. vi, 8.) PRIÈRE A saint Louis de Gonzague. GRAND Saint, qui avez aimé le prochain comme vous- même et plus que vous- même; s'il est vrai que la charité qui naît sur la terre s'augmente et se perfectionne dans le ciel, ne 9.. 154 S. Louis de Gonzague puis- je pas espérer qu'étant aujourd'hui élevé dans ce séjour de la gloire, vous me ferez éprouver les effets de cette charité généreuse et compatissante que vous avez toujours exercée pendant votre vie, et que vous ne me refuserez pas une place dans votre cœur? J'ai recours à vous avec une humble confiance; daignez répandre sur moi quelques étincelles de ce feu divin dont vous fûtes embrasé. Je suis chrétien, et je n'aime pas mon prochain comme je le dois; je ne l'aime pas comme Dieu veut que je l'aime; je ne l'aime pas autant qu'il m'ordonne de l'aimer; je ne l'aime pas uniquement pour plaire à Dieu; je me conduis en aveugle, et je ne prends d'autre guide que mes passions. Aidez- moi à réformer le désordre habituél qui règne dans mes affections; et afin que je meure comme vous de la mort des justes, apprenez- moi à sanctifier toutes les actions de ma vie, et obtenez- moi des grâces qui me procureront une heureuse tranquillité à ce moment terrible qui doit décider de mon sort pour une éternité heureuse ou malheureuse. Ainsi soit- il. MAXIMES De saint Louis de Gonzague, et pratiques de verius. 1. PRENEZ en bonne part tout ce que vous voyez faire aux autres, et gardez- vous de trouver en eux plus de défauts que dans vous. proposé pour modèle. 155 Rejetez les pensées de vanité et d'orgueil qui vous portent à vous croire meilleur et plus estimable que les autres. Appliquez- vous sans cesse à connaître vos défauts et à ignorer ceux de vos frères. La charité, dit saint Paul, ne pense mal de personne.( I. Cor. xIII, 5.) 2. Celui qui néglige d'aider l'áme de son prochain ne sait pas aimer Dieu, puisqu'il ne cherche pas à augmenter sa gloire. Ne manquez jamais, dans la conversation de saisir quelque occasion naturelle de blâmer le vice et de louer la vertu: si votre état ne vous met pas à portée de contribuer autrement au salut et à l'instruction du prochain, vous êtes obligé de l'instruire selon votre pouvoir( Eccli. XXIX, 27.); et si chacun doit parler avantageusement de sa profession, à plus forte raison un chrétien doit- il prendre hautement le parti de la vertu contre le vice. 3. Les entretiens qui ne roulent que sur des choses indifférentes, n'ayant rien de contraire à la loi de Dieu, peuvent être permis, mais dans la dernière maladie, une dme préte paraitre devant son Juge doit oublier toutes les choses de la terre. Ne perdez jamais de vue cette maxime, quand une maladie dangereuse vous conduira aux portes de l'éternité; et lorsque vous visiterez les malades, tenez- leur des discours convenables à leur état. Que votre conversation soit édifiante dans le temps de l'infirmité, dit le Sage; tdchez de vous sanctifier de plus en plus jusques au dernier soupir.( Eccli. XVIII, 21, 22.) anol ingevet i sobr S. Louis de Gonzague EXEMPLES. ON raconte divers miracles opérés par l'intercession de saint Louis de Gonzague( Bolland. t. 4. Jun. p. 1045.), que l'on peut regarder comme des preuves sensibles de sa charité bienfaisante et de sa tendre compassion pour les malheureux. 156 1. Les religieuses d'un couvent de la ville de Fano, qui se trouvaient réduites à une extrême pauvreté, ayant eu recours à lui par de ferventes prières, une très petite quantité de farine qui leur restait, multipliée sans aucun secours humain, les fit subsister pendant plusieurs mois, et beaucoup de malades furent guéris par cette nourriture miraculeuse. 2. Un pauvre artisan de la ville de Naples éprouva pareillement la charité du Saint dans une pressante nécessité. Il devait une somme de quarante ducats qu'il n'était pas en état de payer, et le terme du paiement étant expiré, il sortit de sa maison, accablé de tristesse et réduit au désespoir. En passant devant l'église des Jésuites, il aperçut le portrait du bienheureux Louis de Gonzague, qu'il ne connaissait pas, et dont il n'avait jamais entendu parler. C'était le jour où l'on célébrait sa fête; il considéra ce portrait avec beaucoup d'attention, et dans le trouble où il était: 0 saint jeune homme! s'écria- t- il, que vous en couterait- il de payer mes dettes? Le lendemain, en allant à la banque des pauvres, il rencontra tous ses créanciers, l'un après l'au proposé pour modèle. 157 tre, qui lui apprirent qu'ils avaient reçu tout l'argent qu'il leur devait; qu'une personne inconnue le leur avait apporté de sa part et qu'il était entièrement quitte envers eux. Il comprit alors que le Saint auquel il s'était adressé avait exaucé sa prière; et après lui avoir rendu grâces d'un si grand bienfait, il résolut de l'invoquer avec confiance et de se mettre sous sa protection. VI. CONSIDÉRATION. POUR LE SIXIEME DIMANCHE. Saint Louis de Gonzague, modèle de l'amour que nous devons à Dieu. Il aima la bonté divine, I. en elle- même, II. en Jésus crucifié III. en Jésus caché dans le très saint Sacrement de l'autel. 100 ano I. unts froz col En elle- même. SI saint Louis de Gonzague fut un grand Saint par les autres vertus, il fut un Ange et un Séraphin par l'amour de Dieu. Son cour était embrasé d'un feu céleste, dont les ardeurs produisaient sur son corps des effets prodigieux. Il ne pouvait penser à la bonté divine ni en entendre parler, sans tomber dans un état de langueur et de défaillance. Son coeur était tellement ému qu'il en perdait la parole et la respiration. Son Supérieur se crut obligé plus d'une fois de modérer les 158 S. Louis de Gonzague transports de son zèle, et il consentit par obéissance à se priver de la douceur ineffable de ses extases, en disant à Dieu: Retirezvous de moi, Seigneur. si of Que dois- je penser de moi- même, à la vue d'un si grand prodige de ferveur et d'amour? Quoi! Seigneur, je ne puis me résoudre à vous aimer! vous ne trouvez en moi que froideur et qu'indifférence; cet amour que je vous dois est, de tous les sentiments, celui que mon coeur a le plus de peine à former! Vous ne lui offrez cependant que des objets capables de l'enflammer: une bonté immense et inaltérable, une intelligence sublime, une puissance sans bornes, une beauté parfaite, des perfections infinies; que faut- il donc de plus pour attirer mon amour? N'est- ce pas de vous que nous recevons tous les dons de la nature et de la grâce que vous nous accordez pour nous conduire à la gloire? Hélas! toutes ces vérités sont dans mon coeur: il les croit; mais il ne les sent pas; il n'en est pas enflammé. O insensibilité prodigieuse et incompréhensible! Un homme, disait le Sage, peut- il donc tenir du feu dans son sein, sans qu'il prenne à ses vêtements? Jusques à quand des vérités si capables d'allumer toutes les flammes de l'amour divin demeureront- elles ensevelies au fond de mon âme comme un feu caché sous la cendre? N'est- il pas temps qu'il éclate, et que, sans cesse excité par une méditation profonde et continuelle de ces grandes vérités, il produise dans mon cœur un embrasement qui ne finisse jamais? do 19 proposé pour modèle. II. 15) En Jésus crucifié. La bonté divine ne parut jamais avec plus d'éclat que dans un Dieu crucifié, et c'était par la vue de ce Dieu mourant que saint Louis de Gonzague nourrissait son amour. Rien ne pouvait le détacher d'un objet si touchant: il considérait sans cesse les plaies et les souffrances de son Sauveur, qui lui inspiraient un désir ardent de souffrir les opprobres et les douleurs, pour ressembler davantage à un Dieu souffrant et méprisé. Tourmenté cruellement par un violent mal de tête que lui causaient ses longues et fréquentes méditations, loin de vouloir en être soulagé il cherchait plutôt à l'augmenter, parce qu'il le regardait comme une participation des douleurs de Jésus- Christ couronné d'épines. Il trouvait le secret d'adoucir chaque espèce de souffrance, par la considération de celles de Jésus- Christ, qui lui faisaient verser des torrents de pleurs. Vous n'êtes pas encore parvenu à ce degré d'amour qui nous rapproche si parfaitement d'un Dieu crucifié; vous n'êtes ni touché, ni attendri à la vue de ses souffrances, et vous ne sentez pas toute la reconnaissance que vous lui devez. Quoi donc! n'est- il pas juste que vous souffriez pour lui autant qu'il a souffert pour vous, et ne seriez- vous pas un monstre d'ingratitude, si vous ne l'aimiez pas autant qu'il vous a aimé? Prenez donc la résolu 160 S. Louis de Gonzague tion de méditer sans cesse les douleurs de sa passion. Si vous fixez sur lui toutes vos pensées, vous ne pourrez vous défendre de lui donner toutes vos affections, et de dire avec l'Apôtre: Si quelqu'un n'aime pas le Seigneur Jésus, qu'il soit anathème.( I. Cor. XVI, 22.) III. ESHOD 55 200 of Jinyoon on foll En Jésus caché dans le très saint Sacrement de l'autel.boilturo zah C'est dans le sacrement de l'Eucharistie que nous découvrons toute l'étendue de la bonté divine; c'est dans ce sacrement que l'amour de Jésus- Christ pour les hommes se manifeste par des effets prodigieux. Ayant aimé les siens qui étaient sur la terre, dit l'apôtre saint Jean, il les aima jusqu'à la fin.( Joan. XIII, 1.) Dès la première fois que saint Louis de Gonzague reçut la communion des mains de saint Charles Borromée, il fit de cet auguste mystère l'objet éternel de son amour et de sa reconnaissance. A la vue de Jésus- Christ caché sous les voiles eucharistiques, il paraît animé d'une dévotion tendre, qui fit une vive impression sur tous les assistants. Il employait les trois jours qui précédaient sa communion à s'y préparer; et les trois suivants, à remercier le Seigneur d'un si grand bienfait. Toutes les fois qu'il participait à ce divin mystère, il fondait en larmes; en recevant le Corps adorable de son Sauveur, il s'abîmait, il s'anéantissait en sa présence. Si vous aviez seulement une étincelle d'a e proposé pour modèle. 161 mour pour Dieu, avec quelle ferveur ne le recevriez- vous pas dans la communion! Ne vous flattez pas de l'aimer, si vous négligez de vous unir à lui par la participation de son Corps et de son Sang. Quand on l'aime véritablement, loin de le fuir et de s'éloigner de lui, on le recherche avec empressement. Venez, vous dit- il, mes fidèles serviteurs, mangez ma Chair et buvez mon Sang. Vous ne l'aimez pas, si vous ne le recevez dans un cœur brûlant de charité et d'amour, si vous ne lui rendez pas le plus parfait hommage par des actes de foi, d'espérance et de componction. Peut- être diriez- vous que vous ignorez la manière de former ces actes? cependant vous avez un grand maître qui s'offre à vous en instruire; adressez- vous à Jésus- Christ même, et il vous l'enseignera, selon cette parole: Approchez- vous de lui, et vous serez éclairés. ( Ps. xxxIII, 6.) XXXIII, PRIÈRE A saint Louis de Gonzague. QUE n'ai- je, grand Saint, un cœur aussi pur, aussi touché, aussi enflammé que le vôtre de l'amour de son Dieu! et à qui pourrai- je mieux m'adresser pour changer mon coeur, qu'à vous qui avez imité sur la terre cette charité vive et ardente qui anime les esprits bienheureux dans le ciel? J'ose donc vous le présenter ce coeur froid et insensible; daignez lui communiquer quelques étincelles de ce feu divin, dont vous avez reçu toutes 162 3. Louis de Gonzague les ardeurs; apprenez- lui à aimer son souverain bien. Oui, je le dis à ma honte, je manque à la plus essentielle de mes obligations, en refusant à mon Dieu l'amour que je lui dois. Je m'attache à de viles créatures, et je n'aime pas mon Créateur, mon Rédempteur et mon Père. Je vous conjure donc, grand Saint, par tout l'amour que vous portâtes à ce divin Maître, et que vous auriez voulu pouvoir allumer dans tous les coeurs, de m'inspirer d'autres sentiments. Obtenez- moi la grâce de vivre et de mourir dans l'amour de mon Dieu: c'est la plus grande faveur que je puisse ja. mais attendre de votre puissante protection. Ainsi soit- il. MAXIMES ogliera De saint Louis de Gonzague, et pratiques de vertus. 1. CELUI qui a commencé à goûter combien il est doux d'être uni avec Dieu, de le servir et de l'aimer, se rend coupable d'un grand crime, s'il vient à renoncer à un si grand bonheur. Il est temps de vous unir à lui par les liens de l'amour. Accoutumez- vous donc à faire dans la journée des actes d'amour de Dieu, soit à la Messe, soit en visitant le très saint Sacrement. Hélas! un seul de ces actes suffit pour vous mettre en état de grâce, selon cette parole Celui qui m'aime sera aimé de mon Père.( Joan. XIV, 21.) 2. On commence à ressentir les sentiments proposé pour modèle, 163 de l'amour divin, quand on désire sincèrement de l'aimer, et quand on est affligé de ne l'aimer pas. de la Ainsi, lorsque vous ne sentirez que froideur et du dégoût pour l'amour de Dieu, désirez du moins de l'aimer, et soyez affligé de votre indifférence. Ce désir et cette douleur vous obtiendront la grâce d'un véritable amour, selon cette parole: Vous avez satisfait le désir de son coeur.( Ps. xx, 3.) 3. Celui qui veut aimer Dieu ne l'aime pas véritablement, s'il n'a un désir ardent et continuel de souffrir pour l'amour de lui. Quelque affliction que Dieu vous envoie, quelque peine, quelque dégoût que vous trouviez dans son service, soyez sûr que c'est par là qu'il veut éprouver votre amour. Le Seigneur vous éprouve, afin que l'on connaisse si vous l'aimez.( Deut. xul, 3.) EXEMPLE. L'AN 1634, un jeune religieux de la Compagnie de Jésus, nommé Joseph Spinelli, étudiant en philosophie au collége de Palerme, fut attaqué d'une paralysie universelle, qui lui ôta jusques à l'usage de la parole.( Bolland. tom. 4. Jun. pag. 1075.) Il eut recours à saint Louis de Gonzague, pour lequel il avait depuis longtemps une dévotion particulière, et il fit voeu, si Dieu lui rendait la santé, de jeûner tous les ans, la veille de sa fête. Aussitôt il sentit un désir ardent de servir Dieu parfaitement, et il connut que cette grâce lui 164 S. Louis de Gonzague était accordée à la prière du Saint qui voulait guérir en même temps son corps et son âme. Quelques jours après, dans le temps qu'il redoublait ses prières avec une nouvelle ferveur, le Saint lui apparut, et lui dit ces paroles: Joseph, le Seigneur vous rendra l'usage de la parole, quoique par un juste jugement vous eussiez du en être privé pour le reste de votre vie; mais il veut que vous ne vous en serviez que pour travailler à sa gloire. N'en abusez donc jamais pour l'offenser; il faut que cette grâce soit le principe de votre salut, et qu'elle vous conduise au plus haut degré de la perfection religieuse: vous serez obligé de renouveler chaque jour la résolution que vous avez déjà prise de vivre avec plus de ferveur; ne vous laissez pas effrayer par les difficultés, je serai toujours votre guide et votre protecteur. Le même Saint lui prédit, dans une autre apparition, qu'il serait bientôt en état d'entreprendre un long voyage. Il le guérit ensuite miraculeusement de toutes ses infirmités, et le mit en état de se consacrer aux missions des îles Philippines, où il travailla longtemps et avec fruit à la conversion des idolâtres. reg noiloyab att se ob ellist lane of enol soulig alles op file. propose pour modèle. 165 VII CONSIDÉRATION. Pour le jour de la fête de saint Louis de Gonzague. Si vous voulez comprendre à quel degré de gloire il a été élevé dans le ciel, considérez, I. son innocence, II. sa pénitence, III. sa charité. I. sibh Son Innocence. ab fol ei Le premier et le plus noble titre pour parvenir au bonheur du ciel, c'est l'innocence. Cette vertu peut se vanter d'être la plus fidèle au Dieu sanctificateur, la plus docile au Dieu rédempteur, et la plus chère au Dieu rémunérateur, puisqu'elle s'attache constamment et sans interruption à son service, avec une exactitude qui ne se dément jamais. Qui sera digne de monter sur la montagne du Seigneur, et d'entrer dans son sanctuaire?( Ps. XIV, 1.) demande le Prophète; et il répond que ce sera celui qui aura vécu dans l'innocence, ayant les mains nettes et le coeur pur. uni Or, qui a jamais possédé cette belle et inestimable vertu dans un plus haut degré que saint Louis de Gonzague? Pénétrez jusque dans son cœur, examinez avec attention toutes les actions de sa vie; à peine y apercevezvous la plus petite tache et la plus légère imperfection: jugez de là quelle récompense il doit avoir reçue de ce Dieu libéral et magnifique, qui chérit si particulièrement les âmes pures. G6 S. Louis de Gonzague Saint Louis de Gonzague, admis à la participation de sa gloire, n'est- il pas en droit de lui dire: C'est à cause de mon innocence que vous m'avez reçu dans votre saint tabernacle, pour y goûter à jamais la douceur ineffable de votre présence?( Ps. XL, 13.) Heureux celui qui conserve son innocence, qui jouit d'une conscience pure et sans tache, et qui n'a point à se reprocher d'avoir violé la loi de Dieu par aucune infidélité. Si vous possédez encore ce rare trésor, remerciezen le Seigneur, et craignez de le perdre; et si vous avez eu le malheur de souiller votre âme par la tache du péché, songez du moins à la purifier par les larmes de la componction. II. Sa Penitence. Il joignit au mérite de son innocence celui d'une pénitence rigoureuse; et s'il est vrai que le Seigneur nous tiendra compte dans l'autre vie d'un seul cheveu de notre tête que nous aurons sacrifié pour lui, selon cette parole: Il ne se perdra pas un seul cheveu de votre tête( Luc. xxI, 18.), que sera- ce de tant de sang que ce Saint a versé en déchirant impitoyablement sa chair pour se mortifier? que sera- ce de tant de veilles, de jeunes, de macérations et d'austérités qu'il a pratiqués dès sa plus tendre enfance? Ne vous semble- t- il pas qu'il a mérité d'avoir place dans le ciel parmi les plus rigides anacho proposé pour modèle. 167 rètes, dont la pénitence n'a peut- être pas égalé la sienne? arush Animez- vous donc sans cesse à la pratique de la mortification par la vue de la récompense qui vous est promise. Quoi de plus avantageux que d'acheter une éternelle félicité au prix de quelques souffrances passagères! Nos afflictions présentes, dit l'apôtre saint Paul, qui ne durent qu'un instant et qui sont si légères, produisent en nous le poids éternel d'une souveraine et incomparable gloire.( II. Cor. IV, 17.) III. Sa Charité. Cette vertu sera proprement la mesure de notre récompense dans l'autre vie, puisqu'elle est comme l'âme et le fondement de notre mérite. C'est elle principalement qui lui donne ce prix, cette valeur, cette dignité qui nous attire la bienveillance du souverain Maître. Il nous apprend lui- même dans ses Ecritures qu'il réserve ses trésors pour ceux qui l'aiment. Mon dessein, nous dit- il, est d'enrichir ceux qui m'aiment.( Prov. vin, 21.) Quel Saint l'a jamais plus aimé que saint Louis de Gonzague? Si vous me demandez quelle fut la durée de son amour, je vous répondrai qu'il l'aima depuis le premier instant qu'il eut l'usage de la raison, jusques au moment de sa mort. Si vous me demandez quelle en fut la mesure, je vous répondrai qu'il l'aima sans mesure, qu'il l'aima plus que tous les 168 S. Louis de Gonzague plaisirs, toutes les richesses, toutes les grandeurs de la terre, et plus que soi- même. Si vous me demandez quelle en fut la force et la véhémence, je vous répondrai qu'il fut si fort et si véhément qu'enfin il le consuma et le conduisit au tombeau, puisqu'il mourut victime de sa charité. Fut- il jamais un plus beau sacrifice, un holocauste plus agréable à Dieu et plus digne de lui? Faut- il s'étonner si sainte Magdeleine de Pazzi, à qui le Seigneur découvrit un jour tout le bonheur dont saint Louis de Gonzague jouissait dans le ciel, s'écria que, si elle ne l'avait pas vu, elle n'aurait jamais pu croire que la félicité des bienheureux fut si grande, si parfaite et si digne d'envie; ajoutant avec un transport d'admiration: Oh! qui pourrait dire combien il a aimé son Dieu sur la terre? N'est- il pas juste que sa récompense soit proportionnée à la plénitude et à la perfection de son amour? Contemplez avec attention une gloire si sublime, si éclatante et si désirable, et prenez une ferme résolution d'aimer votre Dieu, non d'un amour passager, mais d'un amour constant et durable, d'un amour supérieur à tout autre sentiment, d'un amour, enfin, qui ne demeure pas renfermé dans votre coeur, mais qui se manifeste dans vos œuvres. Aimez de toutes vos forces, dit le Sage, le Dieu qui vous a créé.( Eccli, iv, 32.) 9 2007 12 otagol eulg 0091 2007 01. sh 102928 2015 proposé pour modèle.. PRIÈRE 169 tsA saint Louis de Gonzague. PERMETTEZ- MOI, grand Saint, de me prosterner aux pieds de ce trône de gloire, où le Seigneur vous a élevé dans le ciel. Permettezmoi de me réjouir avec vous de ce bonheur ineffable dont vous jouissez pour toujours. Je bénis mille fois la très sainte Trinité de la magnifique récompense dont elle a couronné vos vertus: vous êtes devenu l'objet de ses complaisances éternelles par votre innocence, par votre pénitence et par votre charité; daignez jeter les yeux sur votre serviteur qui attend de votre protection tous les biens qui lui manquent. Etendez votre main sur le pauvre qui implore votre secours, afin d'exercer votre miséricorde et de répandre sur lui votre bénédiction( Eccli. v1, 36.); et que le premier fruit de votre protection soit de m'obtenir la grâce de mener une vie véritablement chrétienne, sans être arrêté par les difficultés qui s'y rencontrent. Oh! si je pouvais me résoudre à marcher sur vos traces, à ne rien désirer, à votre exemple, que Dieu et sa grâce! de tels sentiments me procureraient infailliblement le bonheur de régner un jour avec vous dans le ciel. Et alors quelle tendre reconnaissance n'aurais- je pas pour mon saint protecteur qui m'aurait aidé à mériter cette suprême félicité! C'est la grâce que j'espère de votre intercession. Ainsi soit- il. 10 S. Louis de Gonzague MAXIMES De saint Louis de Gonzague, et pratiques de vertus. 1. LES Saints se plaisent à nous voir imiter leurs vertus. Ainsi quand nous voudrons obtenir de Dieu quelque vertu, il est à propos d'implorer la protection d'un Saint qui aura singulièrement excellé pendant sa vie dans la pratique de cette vertu. Les Saints ont présentement un plus grand désir de la voir pratiquée, que tous les dévots qui sont sur la terre. C'est pourquoi, lorsque vous voulez imiter telle ou telle vertu de saint Louis de Gonzague, qui a excellé dans toutes, ayez recours à lui, et priez- le de vous obtenir de Dieu les forces nécessaires pour la bien pratiquer. Soyez sûr qu'il n'a point de plus grand désir que de vous exaucer toutes les fois que vous lui ferez une semblable prière. Les Saints sont comme le soleil, à qui l'on ne rend jamais un plus grand hommage que lorsqu'on s'empresse de se réchauffer à ses rayons. Salomon compare la vertu des Saints à la lumière du soleil. ( Prov. xv, 24.) 2. Quand vous faites de bonnes oeuvres, ne cherchez point à plaire aux hommes. Songez uniquement à plaire à Dieu: les yeux des hommes sont autant de voleurs qui ne cherchent qu'à vous dérober le trésor de vos mérites. N'ayez donc que Dieu en vue dans toutes vos actions, sans aucun égard aux discours proposé pour modèle. 171 des hommes et à leurs vains jugements. L'approbation du Seigneur doit vous suffire; celle des hommes ne serait qu'une récompense frivole, incertaine et passagère, qui ne mérite aucune attention. Je mets mon bonheur, dit le Prophète, à m'attacher à Dieu, et à n'espérer qu'en lui seul.( Ps. LXXII, 28.) 3. Les titres, les honneurs, les dignités, les biens de ce monde, donnent plus de satisfaction à celui qui les quitte pour Dieu qu'à celui qui vient à bout de les acquérir. Le Sage cherche plutôt à se décharger de ceux qu'il a qu'à se charger de ceux qu'il n'a pas. Heureux si vous parvenez à cette science sublime, qui fait regarder les plus grands biens de ce monde comme de pesants fardeaux qui nous abaissent vers la terre, et nous empêchent de nous élever vers le ciel! Pour arriver à ce haut degré de sagesse, n'appréciez jamais les objets que sur ce qu'ils sont en eux- mêmes. Gardez- vous d'en juger sur les apparences. Ceux qui disaient: Heureux le peuple qui possède tant de richesses, étaient dans l'erreur Heureux, au contraire, disait le Prophète, le peuple qui aime son Seigneur et son Dieu! EXEMPLE. LA vie d'un gentilhomme allemand, nommé Volfang de Asch, fut remplie de merveilles opérées en sa faveur par l'intercession de saint Louis de Gonzague.( Bolland. t. 4. Jun. Univ.- Bibl. Giessen 172 S. Louis de Gonzague pag. 1078.) Ayant eu le malheur de perdre la vue dans le temps qu'il étudiait à Munich, il eut recours au Saint, qui lui procura une guérison miraculeuse. Une si grande faveur lui inspira une dévotion tendre pour un protecteur si puissant auprès de Dieu. Il résolut dès lors de l'honorer particulièrement et de l'invoquer avec une foi vive et une ferme confiance, et il continua d'éprouver dans toute la suite de sa vie les effets les plus salutaires de son pouvoir. Il fit trois voyages à Rome pour aller visiter son tombeau, et le Saint lui apparut en plusieurs occasions pour l'avertir des dangers dont il était menacé, ou pour le délivrer de ceux auxquels il se trouvait exposé. culasl shes of PRIÈRE, sbroms ano A saint Louis de Gonzague, Que l'on peut réciter après avoir dit six fois le Pater, l'Ave et le Gloria Patri, suivant ce qui est marqué dans l'Avertissement. JE reconnais, grand Saint, votre crédit auprès de Dieu; et, plein de confiance en votre bonté, je me prosterne humblement devant le trône de votre gloire; je vous honore, je vous admire, et je rends grâces à la bonté divine qui vous a comblé de ses dons, et qui vous a donné dans le ciel une de ces places sublimes que le Seigneur destine à ses plus chers favoris; vous l'avez méritée par ces vertus héroïques qui reçoivent un nouveau lustre des différents prodiges que le Dieu toutpuissant accorde à vos prières, pour rendre proposé pour modèle. 173 de jour en jour votre nom plus illustre et plus révéré sur la terre. Je bénis mille fois l'auguste et adorable Trinité, qui a orné votre âme d'une innocence si parfaite, et qui l'a enrichie de l'assemblage de toutes les vertus. Je rends grâces au Père céleste, qui vous a mis au rang de ses enfants bien- aimés. Je remercie le Fils de Dieu, qui a reconnu en vous les fruits les plus exquis de son sang précieux. Je rends grâces au SaintEsprit, qui a embrasé votre cœur des flammes de l'amour divin; je vous conjure par tous les dons de la grâce que le Seigneur a répandus sur vous avec profusion: par cette innocence, cette pénitence, cette charité ardente, qui vous a rendu si agréable à ses yeux; par cette joie céleste et ineffable que vous goûtez présentement dans le temple de sa gloire, de m'obtenir la grâce d'une contrition vive et profonde de mes péchés passés, et une pureté de coeur qui redoute les moindres fautes, et qui m'éloigne de tout ce qui peut déplaire à mon Dieu. Daignez me conduire et me diriger vous- même dans toutes mes actions, pendant ma vie et à l'heure de ma mort, qui est le temps où je compterai le plus sur votre secours. Je vous demande en particulier telle et telle grâce, que j'espère obtenir par votre intercession et par vos mérites.( On exposera ici la gráce que l'on veut demander.) Et vous, Reine du ciel, glorieuse Mère de Jésus- Christ, qui avez tant aimé et favorisé 044 0 ITSPO 19 1998 10. ists an'b ziodo el enab lisans for 174 S. Louis de Gonzague saint Louis de Gonzague lorsqu'il vivait sur la terre, interposez aussi le pouvoir spécial que vous avez auprès du Seigneur, pour donner du poids et de l'efficacité à mon humble prière, non en vue de mes mérites, mais par égard pour ceux de ce Saint qui vous fut si cher, et pour lequel vous eûtes toujours une tendresse de Mère. Faites connaître à tout l'univers que vous voulez le glorifier, et que vous protégez singulièrement ceux qui ont recours à lui, afin qu'ils croissent de plus en plus en grâce et en sagesse, en chantant ses louanges et les vôtres, pour le temps présent sur la terre, et dans le ciel pour une éternité. Ainsi soit- il. ACTE DE CONSECRATION oly ca A saint Louis de Gonzague, que tous les Ecoliers doivent faire souvent et surtout au jour de sa fête. GRAND saint Louis de Gonzague, vous qu'une pureté angélique a rendu si agréable aux yeux de Dieu et si cher à la Reine des vierges, je me mets spécialement sous votre protection, et je vous choisis aujourd'hui, à la face du ciel, en présence de la bienheureuse Vierge Marie et de toute la cour céleste, pour mon patron et mon intercesseur auprès de Dieu; soyez, je vous en conjure, le défenseur et le gardien de mon innocence, mon guide et mon conseil dans le choix d'un état proposé pour modèle. 175 de vie. O vous qui êtes un modèle accompli de toutes les vertus, obtenez- moi la grâce d'imiter votre ferveur, votre pureté, votre modestie et toutes les vertus que je dois pratiquer dans mon état. Daignez, grand Saint, être l'ange tutélaire de mes jours et mon guide dans les voies du salut. Faites, ô mon aimable Protecteur! que, vous étant particulièrement dévoué par cette consécration que je vous fais de moi- même, j'éprouve les effets de votre protection spéciale pendant tout le cours de ma vie, et surtout à ce terrible moment qui décidera de mon éternité. Ainsi soit- il. La même Consécration en latin. O Sanctissime Aloysi Gonzaga, eximia puritatis amator, Deo dilectissime, et beatissimæ Virginis Deiparæ semper charissime, ego N. te hodie coram omnipotente Deo, sanctissima Virgine Maria, et totâ bene juvante colesti curiâ, in meum specialem patronum et singularem apud Deum advocatum eligo; in fidissimum castimoniæ, pietatis, modestia et cæterarum à me excolendarum virtutum custodem, in indefessum studiorum mirum et vocationis meæ ducem et promotorem, denique in perpetuum meæ totius agendi rationis et salutis æternæ tutorem suscipio, adopto, et toto mentis affectu assero; tuam humiliter benignitatem deprecans, ut patrocinio tuo et clientela in posterum consecratus, per universum vitæ meæ curriculum, et in tremen 176 S. Louis de Gonzague do præsertim obitûs mei die, efficacia protectionis tuæ dona expertus sentiam. Amen. AUTRE ACTE DE CONSECRATION. TRES saint Louis de Gonzague, mon aimable patron, je me confie et me remets entièrement sous votre protection, comptant particulièrement sur votre bienveillance. Daignez me mettre au nombre de vos plus chers clients; et que le premier effet de votre singulière protection soit de m'obtenir du Seigneur la grâce d'être toute ma vie le parfait imitateur de vos vertus, et surtout de votre persévérance. Répandez dans mon cœur quelques gouttes de cette tendre dévotion dont le vôtre était inondé, afin que je ne cesse jamais d'aimer mon Dieu et de chanter ses louanges. Obtenez- moi surtout de mon Sauveur et de la très sainte Vierge sa mère, Ange de moeurs sur la terre, cette pureté angélique qui a fait votre caractère, et qu'elle fasse le mien. Assistez- moi surtout à l'heure de la mort, par une protection particulière, en me préservant de tout danger de mon salut, afin que sous la protection spéciale de la très sainte Vierge, de mon bon Ange et de tous les Saints, je puisse me présenter pur et sans tache au souverain Juge, avec confiance en sa divine miséricorde, et avoir le bonheur de louer Dieu mon Créateur et mon Sauveur avec vous durant toute l'éternité, pletingiced Ainsi soit- il. alelnsils 177 proposé pour modèle. La même Consécration en latin. SANCTISSIME Aloysi, in tuam ego me commendo tutelam; ne despicias tui amantissimum clientem, sed auxiliare, ut virtutum tuarum sedulus et constans imitator sim. Infunde in cor meum aliquas devotionis guttulas, ut, remotis impedimentis, dignè divinis laudibus vacem. Impetra mihi, o angelice juvenis! à Domino et Virgine Mariâ, ut purâ mente vitâque tibi similis Deo vivam, nec me deseras in horâ mortis, sed tuâ mihi adsis dulcissimâ præsentiâ, defendens et conservans me ab omni periculo animæ, ut Beatâ Virgine Mariâ, Angelo custode, omnibusque Sanctis comitatus, tuâ illorumque intercessione purus ab omni maculâ effectus, lætus divino me sistam Judici, tecumque totâque curiâ coelesti Creatorem meum laudem in æternum. Amen. 21003 DÉCRET De l'Indulgence accordée à ceux qui célèbreront six Dimanches en l'honneur de saint Louis de Gonzague. AYANT égard à l'humble requête du père François Retz, général de la Compagnie de Jésus, par laquelle il nous a exposé que plusieurs personnes pieuses sont dans l'usage de célébrer avec dévotion les six Dimanches qui précèdent la fête de saint Louis de Gonzague, ou six autres Dimanches de suite dans le 178 S. Louis de Gonzague cours de l'année, pour obtenir les grâces de Dieu par son intercession, ou pour remercier le Seigneur de celles qu'ils ont reçues; la sacrée Congrégation des Indulgences et des sacrées reliques a jugé que, pour l'accroissement du culte divin, ou pour le profit spirituel des âmes fidèles, on pouvait accorder, si notre saint Père le Pape le juge à propos, une Indulgence plénière de leurs péchés à tous les Fidèles de l'un et de l'autre sexe, qui étant vraiment pénitents, et après avoir communié, auraient sanctifié les six Dimanches susdits par de pieuses méditations ou oraisons, ou autres œuvres de la piété chrétienne, en l'honneur du dit Saint, et pour la gloire de Dieu. Le 3 octobre 1739. Duquel jugement le rapport ayant été fail par moi, cardinal et préfet de la dite Congré gation, Sa Sainteté à accordé la- dite Indulgence, le 11 décembre de la même année. of Signé LOUIS, évêque d'Albane, cardinal. Pico, préfet. Place du sceau. sh einel Saise JEAN, archevêque de Tyr, secrétaire. proposé pour modèle. 179 DÉCRET, Ou déclaration sur l'Indulgence accordée à ceux qui célèbrent les Dimanches en l'honneur de saint Louis de Gonzague. NOTRE saint Père le Pape ayant accordé, de l'avis de la sacrée Congrégation des Indulgences et des sacrées reliques, une Indulgence plénière de leurs péchés aux Fidèles de l'un et de l'autre sexe, qui étant vraiment pénitents, et après avoir communié, auraient sanctifié les six Dimanches qui précèdent la fête de saint Louis de Gonzague, ou six autres Dimanches de suite dans le cours de l'année, par de pieuses méditations ou oraisons, ou autres exercices de la piété chrétienne, en l'honneur dudit Saint et pour la gloire de Dieu; quelques personnes ont demandé si cette Indulgence était accordée pour chacun des Dimanches en particulier, ou pour tous les six ensemble; laquelle question ayant été raportée à Sa Sainteté par moi soussigné cardinal de la Congrégation; Sa Sainteté, pour exciter de plus en plus la dévotion des peuples envers le même Saint, pour tant de grâces spirituelles et temporelles obtenues par son intercession, a eu la bonté de déclarer que l'Indulgence était accordée pour chacun des six Dimanches en particulier, et nous hoge sprog Stogoms 180 S. Louis de Gonzague, etc. a enjoint d'en donner une déclaration authentique. Le 7 décembre 1740. 20 Signé LOUIS, évêque d'Albane, cardinal. Pico, Préfet. Place du sceau. -inog inst JEAN, archevêque de Tyr, secrétaire.f anal ob arugo slash, anol 1000 wo, 19oiing virginaros tom seg bishnind o padomstid sing 69 al sb leniteno tounsido asllorogeno) da allondiziqa tobb oh binod al es potez9030 t do zoq obisous tinib adnaglaball su PETIT OFFICE EN L'HONNEUR DE SAINT LOUIS DE GONZAGUE. A MATINES. DOMINE, labia mea SEIGNEUR, ouvrez mes aperies; et os meum lèvres; et ma bouche annuntiabit laudem annoncera vos louanges. tuam. Deus, in adjuto- O Dieu! venez à mon rium meum intende: aide: Seigneur, hâtezDomine, ad adjuvan- vous de me secourir. dum me festina. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui sancto; sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in secula seculorum. Amen. Joil rodertesti Hymnus. INFENSUS hostis gloriæ, Omnisque culpa nescius, Et mollis osor curiæ ,. Laudetur Aloysius. Almá juvante Virgine, Gloiresoit au Père, au Fils, et au SaintEsprit, à présent et tous jours, comme dès le commencement, et dans tous les siècles. Ainsi soit- il. 20 Hymne. CHANTONS les louanges de S.Louis de Gonzague, ennemi déclaré de la gloire du monde, de la mollesse de la cour, et qui eut toujours une horreur extrême pour toute espèce de péché. Hot Dans le moment qu'il vint au monde, on le in obnom II 182 Petit office en l'honneur. mit sous la protection Ex matris alvo dude la Mère de Dieu; en même temps il fut régénéré dans les eaux salutaires du Baptême. 290 291 citur; citur; Simulque sacro flumine Dès le berceau, pour le former de bonne heure à la piété, on lui apprit à prononcer les doux noms de Jésus et de Marie. Nascens puer renassom citur. awet Primis ab incunabulis, Piæ loquela semina Castis fluuntlabellulis Jesu et Mariæ nomina. Summo sacer jam Numini, Curas profanas abdicat, Et se decennis Virgini Per castitatem dedicat. Deo trahente colitùs, Sic mente pergit vivere, Ut carnis expers spiritus, Il se consacra pour toujours au service de Dieu, aussitôt qu'il fut en état de le connaître: et à l'âge de dix ans, il fit voeu de chasteté sous la protection de la sainte Vierge. Le Seigneur l'attirant à lui par la vertu d'en haut, il continua de vivre dans une telle innocence, qu'on eût dit qu'il était exempt des faiblesses de l'humanité, et Vel Angelus cun corpore. qu'on le prenait pour un ange revêtu d'une chair mortelle.bg ab Il ne fut ébloui, ni par Péclat des titres et des honneurs du monde, ni par le nombre des courNon hunc honores seculi Non magna tangunt nomina, de S. Louis de Gonzague. Non aulici, non serque vuli, eins ou Non cara gentis agmina. Sed hæc habens despectui, Sacrisque captus gaudiis, Adjunctus almo cotui, Christi meret stipendiis. Illo nihil perfectius, Nihil fuit constantius: Omni carens tabeajo culâ, poa dit Fit sanctitatis reHaspogula. 183 tisans et des serviteurs: l'amour même de ses parents ne fut pas capable de le séduire. consacré. Là il s'élève au plus haut degré de la perfection religieuse: toumet jours égal et toujours. constant dans la pratique de ses devoirs, il évite avec soin jusqu'aux moindres fautes, et il devient un modèle accompli de la plus éminente sainteté. ustasin Uni ter almo Numini, Sanctoque Jesu no mini, Sit laus, decus, dilectio, Sit laus et Aloysio. Amen. Epris de l'amour des biens célestes, il méprisa les vanités du siècle pour suivre Jésus- Christ, et il s'engagea pour toujours à son service dans un ordre qui lui était - Gloire, honneur et amour à la très sainte Trinité, au saint nom de Jésus; et louange perpétuelle à saint Louis de Gonzague, son fidèle serviteur. Ainsi soit- il. Ant. Le juste, planté Ant. Justus germinabit sicut lilium, dans la maison du SeiIIs 184 Petit office en l'honneur gneur, poussera des re- et florebit in æterjetons comme le lis, num ante Dominum. et fleurira éternellement allegato op devant le Seigneur. 2. S. Louis de Gonzague, priez pour nous. #. Ora pro nobis, sancte Aloysi. R. Afin que nous mé-. Ut digni efficia ritions de recevoir l'effet mur promissionibus des promesses de Notre- Christi. Seigneur. Prions. O Dieu! qui nous distribuez les dons célestes, et qui avez réuni dans S. Louis de Gonzague la pureté d'un ange et une innocence admirable, jointe à une pénitence austère et continuelle, accordez- nous, par ses merites et par ses prières, de l'imiter dans sa pénitence, si nous ne l'avons pas imité dans son innocence: Par J. C. N. S. Ainsi soit- il. O DIEU! venez à mon aide, etc. Oremus. Coelestium donorum distributor Deus, qui in angelico juvene Aloysio miram vitæ innocen tiam pari cum pœnitentiâ sociâsti; ejus meritis et precibus concede, ut innocen tem non secuti, ponitentem imitemur: Per Christum Dominum nostrum. A LAUDES. Hymne. CHANTEZ, enfants, Amen. DEUS, in adjutorium meum, etc. Hymnus. GONZAGAM, pueri, de S. Louis de Gonzague. 185 dicite principem, chantez un prince qui, Certantem superis jeune encore, égala presdicite mentibus: que les célestes intélliMundi, quem gradi- gences; chantez Louis Stur, dum me- de Gonzague, dont la vertu toujours pure, au sein même du monde corrompu, à peine y contracta jamais la plus légère tache. dium uto, Vix pulviculus inficit. Plus pur que cet oiseau que le Patriarche fit sortir de l'arche, je le vois qui, d'une aile légère, évite avec force et avec sagesse ces piéges dont le monde est rempli; piéges flatteurs, mais bien funestes à la plupart des hommes qui s'y laissent prendre imprudemment. En vain les délices l'environnent de toutes parts, en vain les roses viennent d'elles- mêmes se présenter à ses mains; il se plaît à couronner son front des épines du Sauveur, et pour préserver son innocence, il devient son propre bourreau. Hic ergò fragilis plurima seculi, Quæ fallunt homines, blanda pericula, Longè Noeticâ purior alite, Victâ fraude, supervolat. smeith Quin et delicias inter amabiles, Invitant faciles dum puerum rosa, Has Christi vepribus posthabuit, sui Tortor sævus et innocens. 186 Petit office en l'honneur Mais vainqueur du vice At victor Veneris, impur, serait- il vaincu decessit honoribus? par celui de l'ambition? An castus dubites, an Non, non, son cœur humilis magis? n'est pas moins humble Illum dum sequitur qu'il est chaste; et tandis gloria pertinax, jacet. que la gloire le suit par- Vix feta in medio tout avec opiniâtreté, il fuit loin d'elle avec non moins d'ardeur, et se hâte d'embrasser l'humilité de la croix. nuse C'est ainsi qu'il a mérité que l'univers entier lui rende hommage, O dignum pedibus cernere supplicem que des lampes éter- Orbem jam geminelles brûlent en son honneur, et que l'on suspende autour de ses images le prix des vœux qu'on lui fait chaque jour. fu num; cernere tot faces Æternùm vigiles, et sibi pendula Tot votiva numismata! Que le plus beau mar- O dignum Pario bre de Paros, faible symbole de sa candeur, ranime ses traits, tandis que le tombeau qui contient ses cendres, par la multitude des flambeaux qui l'environnent, retrace à nos yeux l'éclat des cieux étoilés!: O vous! qui fréquenvivere marmore, Plus illo nimiùm marmore candidum, Tanti dum tumulus depositi capax, Coelorum æmulus micat! Qui doctas cele de S. Louis de Gonzague. 187 brant Loiolidum tez les doctes écoles des ho domos, ineson enfants de Loyola, jeuPatronum juvenem et nes gens, honorez- le da juvenes colant, comme votre protecQuamvis Pontifici sic teur; et vous aussi, cizoplacitum, tui toyens de Todi, n'ouTudertes etiam su- bliez pas que vous appartenez à cet aimable Saint! Telle a été la volonté du Père commun des Fidèles. mob Maintenant tous ensemble, rendons gloire à la Trinité; mais que ce soit à l'exemple de Louis, qui, dès l'âge le plus tendre, immola constamment à l'honneur des trois Personnes divines les trois ennemis de leur gloire et de notre salut. Ainsi soit- il. mus. Par est jam Triadi dicere gloriam; Sed ritum doceat nos Aloysius; Sic magnæ Triadis qui decus, hostium Est victor juvenis trium. Amen. olsos mul L'Antienne et le Verset, pag. 183. Oremus. Prions. Deus, qui secala- O Dieu! qui pour réribus pariter et reli- veiller la ferveur dans giosis juvenibus salutariter excitandis, beatum Aloysium confessorem tuum, ætatis et principatûs la jeunesse séculière et religieuse, leur avez proposé pour modèle d'innocence et d'austérité, votre bienheureux illecebris generosè confesseur Louis de 188 Petit officeen l'honneur Gonzague, et le généreux mépris qu'il eut pour tous les plaisirs du bel âge et pour les grandeurs du siècle, accordez- nous avec bonté qu'après avoir eu recours à son intercession, guamur nous ne trouvions pas Per Dominum, etc. un jour notre juste condamnation dans ses exemples. Par N. S. J. C. A PRIME. O DIEU! venez à mon DEUS, in adjutoaide, etc. rium meum, etc. gad Hymnus. Hymne. JEUNES filles, et vous aussi jeunes garçons, pour qui la pureté virginale a des charmes, célébrez dans tout l'univers le nom de Gonzague les cieux étonnés ont vu dans ce jour un ange s'élever du sein de la terre, fière d'un si beau don. contemptis, vitæ in nocentiâ et austeritate proposuisti; concede propitius, ut cujus tali confidimus patrocinio, ejus inexcusabiles non redarexemplo. Ce noble enfant, ayant été purifié dans l'onde sacrée avant même d'être entièrement sorti du sein maternel, ne parut FESTA Gonzaga in celebrent per orbem Virgines sanctæ juvenesque puri: Angelum cœlo peperit stupenti Emula tellus. Matris hic nondum resolutus alvo Fonte baptismi puer expiatur; estano 60079aggeindscolli de S. Louis de Gonzague. 189 Inde non vidit macu- jamais à la lumière souillé de crime.. aulatus ulloids Crimine solem. En adhuc infans rationis expers Angulis tecti latitat repostis, Que Deo velox didicit magistro Mente revolvens. Fulsit ut primo nova mens Eoo Pulveris rapti memor, et loquela Non satis caste, reus ad tribunal Deficit insons. da Frugis in parvâ nebulâ latentis Numinis dono cupidum beavit Carolus primùm, nova Borromeæ Gloria stirpis. Debitæ Patri GeDans cet âge où la raison n'est pas encore développée, il cherche les lieux de la maison les plus retirés, et là repasse dans son esprit les vérités dont Dieu seul a pu l'instruire. A peine son entendement est- il éclairé des premiers rayons de son aurore, qu'au souvenir d'un peu de poudre qu'il a dérobée, et de quelques paroles peu chastes qu'il a dites, il s'accuse comme criminel et tombe en défaillance aux pieds duMinistre de Jésus- Christ. Il brûle déjà du désir de s'unir au Dieu que la foi montre caché sous l'apparence du pain; et Charles, la gloire de la race des Borromées, le met pour la première fois en possession de ce bonheur. Toute gloire vous est I I.. 190 Petit office en l'honneur due, ô Père infiniment grand! 6 Fils unique du Père! et à vous, Esprit saint, l'amour de l'un et de l'autre. Soyez béni, Dieu créateur de l'univers, en qui nous adorons également et l'unité d'essence et la trinité des personnes. L'antienne, le verset et l'oraison, p. 183. O DIEU! Venez à mon aide, etc. A TIERCE. Hymne. A l'âge de neuf ans, dans la ville célèbre de Florence, on le voit qui, prosterné devant l'autel de la Reine des cieux, se consacre pour toujours au Seigneur par le voeu de virginité. nitoque laudes Debitæ laudes utriusDès lors, comment le regarde- t- on? Ce n'est point un homme sujet aux faiblesses de la chair; c'est un enfant venu du ciel; c'est le prodige de la jeunesse; c'est le saint ennemi que Amori, Conditor, salve, Deus, orbis A unus, Trinus et idem. DEUS, in adjutorium meum etc. 9 Hymnus. PRONUS ad magnæ Genitricis aram, Urbe, quam Florum veneratur hospes, Virginem voto fore vse novennis Jurat in ævum. Dictus hinc passim, modò carnis expers, Lapsus è cœlo puer, aut juventæ Grande portentum, modò feminarum 191 de S. Louis de Gonzague. Nobilis osor. d'un sexe trop séduisant! Scilicet sancto metuens pudori, Ille vel matri negat innocentem Castus obtutum; negat osculari Virginis umbram. Carne quos nescit, stimulos tenello Corpori sævus laterique figit; Nulla jejunum, satis una lautum Uncia pascit. soleig Quels soins excessifs pour préserver sa pureté de la tache la plus légère! il n'ose fixer un regard innocent sur sa propre mère, il refuse d'approcher sa bouche de l'ombre même d'une vierge. Il déchire impitoyablement son corps, qui ne connaît cependant point d'autre aiguillon que ceux des instruments de pénitence; il le laisse les jours de jeûne sans aucune nourriture, et croit le traiter assez bien les autres jours, quand il lui accorde pour sa réfection la pesanteur d'une once. Résolu de se ranger parmi les enfants d'Ignace, pour obéir aux ordres qu'il en a reçus de la Mère du Très- Haut, il ne triomphe enfin des résistances de son père, qu'en exerçant sur luimême de saintes cruau-. tés. ob eillaje malog Certus ad magnæ monitum Parentis Coetui nomen dare Loioleo, Patris expugnat veniam negantis Sanguine pectus. 192 Petit office en l'honneur Debitæ Patri, etc., comme à Prime. L'antienne, le verset et l'oraison, p. 183. A SEXTE. DEUS, in adjutorium meum, etc. Hymnus. ACCUBAT mensæ Hymne.org IL s'assied pour la dernière fois à la table des princes ses parents, et s'y procerum supremæ, Aula ridentem lacrymontre revêtu de l'hum- Veste Loiolam profible habit religieux; la de tente lætus; joie éclate sur son visage, tandis que les assistants fondent en larmes et l'écoutent avec avidité. 200 O DIEU! venez à mon aide, etc. Il entre dans la Compagnie de Jésus, et la décore par les vertus dont il donne l'exemple à la jeunesse: c'est ainsi que la voie lactée embellit le firmament par un nombre infini d'étoiles. Lui seul a de lui- même des sentiments bien différents; la basse opinion qu'il a de son mérite lui fait presque perdre courage, et il se dit à luimis obortis Spectat et audit. Inde virtutum juvenis magister Inclytam Jesu decorat phalangem, Ut polum stellis decorat serenum Semita lactis. Talis at nunquam sibi visus uni, Penè despondens aniemo, rogabat: Ecquid! heu de me faciet misello 193 de S. Louis de Gonzague. même Eh! que fera de moi la Société de Jésus? 21000 ses Plus d'une fois on lui commande de se distraire l'esprit des chodivines: il veut obéir, il s'efforce de se soustraire à son bien- aimé; mais Dieu le poursuit, Dieu l'atteint, et c'est en vain que, comme un autre Jacob, il lutte contre son Dieu. Agmen Jesu? Sæpè divinis cohibere mentem Jussus, arcebat soalle litos amores; Urget obstantem Deus: hic repellit Alter Jacob. Tres adhuc annos agit et viginti, Cùm parum tuto famulatus ægro, Hujus amplexu pia charitatis Victima languet. Il était encore dans sa vingt- troisième année, et rendait à un malade attaqué d'un mal contagieux des services trop pleins de dangers, lorsqu'en le prenant dans ses bras, il se sentit frappé d'une langueur mortelle, victime de sa tendre charité. Debitæ Patri, etc., comme à Prime. L'antienne, le verset et l'oraison, p. 183. 194 Petit office en l'honneur 3Jbigo? A NONE. O DIEU! venez à mon aide, etc. eneb au Hymne.s05AH! s'écrie- t- il, peu de temps avant de rendre le dernier soupir;ah! si quelqu'un daignait châtier ce misérable corps! c'est l'unique chose que je désire, et je mourrais content. Louis fut un martyr caché; c'est le nom que lui donna l'illustre Magdeleine de Pazzi, quand, ravie en extase, elle Paperçut tout resplendissant de gloire au milieu d'une troupe de bienheureux. Faut- il raconter des prodiges? son enfance fit trembler les enfers; la flamme ne lui fit aucun mal; et l'onde respectueuse le rend au rivage, à l'instant qu'elle semblait devoir l'engloutir. C'est donc avec raison qu'il est placé sur DEUS, in adjutorium meum, etc. Hymnus. PROXIMUS letho, precor, ô flagellis, Inquit, hos artus aliquis cruentet: Restat hoc unum, satis ut beatâ Morte resolvar. Martyris nomen meritus latentis, Sensibus qualem celebravit exsul, Tusca quæ divis rutilare mixtum Magdala vidit. Mira quis narret? tremefecit orcum Parvus; arsuro sapiens pepercit Flamma; mergendum venerata ripa Reddidit unda. Jure te divům Benedictus albo de S. Louis de Gonzague. Scripsit immensæ les autels : dedit et Patronum, Que piis Jesu colitur ins- lycæis, suall in Esse juventæ. 195 la et que nombreuse jeunesse qui fréquente les pieuses écoles de la Compagnie de Jésus le révère comme son patron. 9 Debitæ Patri, etc., comme à Prime. L'antienne, le verset et l'oraison, p. 183. DEUS, in adjutoetc. rium meum, A VEPRES. " Festis tollite laudibus. O DIEU! venez à mon aide, etc. Hymnus. Hymne. Vos, ô præcipuè, CEST à vous, qui peuvos Aloysium, plez les saintes demeuQui sanctos colitis res que la religion concoenobii lares, sacra au Seigneur, c'est Mutantem famulo à vous surtout qu'il apram vellere purpu- partient de louer la piété de saint Louis, qui l'engage à échanger sa pourpre contre un vêtement grossier.reus esp C'est un modèle que Dieu même propose à la jeunesse, c'est un objet les d'admiration pour vieillards; mais tout entière sur vous rejaillit la gloire de celui que le Tam chari siquidem splendida pignoris Non nobis temerè gloria contigit: Quam discant juvenes, 196 Petit office en l'honneur ciel vous donna comme Quam stupeant sele gage le plus précieux. nes, delomp Normam proposuit Deus. ne sot) Hunc magni Genitrix Numinis Celle que le Fils du reconnaît pour mère, lui dit de aurea se ranger sous les éten- Ad sacras acies Loiodards sacrés des enfants lidæ vocat: Très- Haut næ fortiter exde Loyola; mais qu'il Sed mentem Domien coûte au saint jeune homme pour accomplir les ordres de sa Souveraine! sequi Quàm charo juveni stetit Heu! testis genitor gr cedere nescius: Atqui non potuit cernere plurimum Quem natus potuit fundere sanguinem, Je prends à témoin son propre père, qui se montrait toujours contraire à ses désirs, et qui ne se rendit enfin que lorsqu'il vit ce fils tout couvert de sang, qu'à coups redoublés de discipline il faisait couler de son corps.con 512 Stricto verbere sæviens. ihard grillet J'en prends à témoin Testis tam rigidus ces austérités continuelles, cette vie toujours Par coeptis resonans perpetuò tenor, fervente, et qui, ne dé- vitaque grandimentant jamais ses hauts bus, progrès, lui mérita du Quæ nunquam teCiel même le nom de puit, vita remartyr caché. conditi, Coelo judice, martyris. de S. Louis de Gonzague. 197 Obtenez, ô bienheureux Louis, obtenez à vos clients une force comme la vôtre, pour obéir en tout aux inspirations divines, et ne fecerat impi- jamais se relâcher en rien de leur première Sic, ô sidereis nutibus obsequi Da, Gonzaga, tuis, alme, clientibus, Ut quos principiis gros, Nunquam destituat ferveur. calor. Par est jam Triadi dicere gloriam, Sed ritum doceat nos Aloysius; Sic magna Triadis qui decus, hostium Rendons tous ensemble gloire à la Trinité, et suivons en cela l'exemple de Louis, qui, dès l'âge le plus tendre, immole constamment à l'honneur des trois divine personnes les trois Est victor juvenis ennemis de leur gloire et de notre salut. trium. L'antienne et le verset, p. 183. Prions, Oremus. Sanctissimæ Gede la Nous vous en supnitricis tuæ, quæsu- plions, Seigneur, faimus, Domine, fac tes- nous jouir nos gaudere pa- protection de votre très trocinio, ut sicut an- sainte Mère, afin que gelicum juvenem comme elle a appelé Aloysium ad Societa- l'angélique jeune homtem Filii sui vocavit me Louis de Gonzague in terris, ita nos ad à la Société de son Fils ejusdem societatem sur la terre, elle dai 198 Petit office en l'honneur gne aussi nous appeler æternam vocare digà la société éternelle de netur in cælis. Per ce même Fils dans le eumdem Dominum ciel. Par le même N. S. nostrum, etc. J. C. A COMPLIES. . CONVERTISSEZ- NOUS,*. CONVERTE nos, ô Dieu notre Seigneur! Deus salutaris noster. R. Et détournez votre colère de dessus nous. *. 0 Dieu! venez à mon aide. R. Hâtez- vous, Seigneur, de me secourir. R. Et averte iram tuam à nobis. *. Deus, in adjutorium meum intende. R. Domine, ad adjuvandum me festina. Gloria Patri, etc. Hymnus. Exemplis, meritis, lætitiis freGloire au Père, etc. Hymne. quens QU'ELLE fut sainte, édifiante et douce la mort de saint Louis de Gonzague! une telle mort ne serait pas indigne des Anges, si les Anges étaient, comme ris Angelos, nous, sujets à la mort. Quâ non dedeceret scilicet emori Expertes etiam funeHæc est mors Aloysii: Porrectum media inopem Il rencontre par hasard au milieu d'un e fortè chemin un pauvre atviâ, de S. Louis de Gonzague. 199 Heu! fœdâ miserans teint d'un mal contailluvie gravem, gieux: son cœur en est Hunc dorso relevans ému; il le prend et le porte sur ses épaules, peu faites pour de pareils fardeaux, à un de principe bajulus Sedes portat ad hospitas. à ces lieux qui servent d'asile aux misérables. C'était encore peu pour sa ferveur. Cette année- là un mal infect répandait partout la mort: il prie, il sollicite qu'il lui soit permis d'assister dans les hôpitaux les malheureux attaqués de ce mal. Longtemps on lui refuse cette grâce; mais enfin elle lui est accordée. Mox, annus quoniam lethifer ingruit, Rejectus toties instat et impetrat Servitum miseris ire jacentibus Intra publica limina. Hic vitæ miniùm prodigus auerex, Egroto famulans lætus et impiger, Afflatam toties ut biberet luem, Amplexu accipiens dato. -hotogrid Hélas! trop prodigue d'une vie si précieuse, la joie peinte sur le front, il se porte avec empressement au service des malades; il respire au milieu d'eux un air empesté; il se jette à leur cou, et c'est dans un de ces embrassements qu'un venin mortel se glisse dans ses veines. 200 Petit office en l'honneur Au plus fort de ses Decumbit: nimiùm peines, il ne se plaint que du trop de sollicitude de ceux qui l'environnent. Les potions les plus dégoûtantes sont pour lui comme le nectar délicieux, qu'il avale à loisir pour ne rien perdre de leur saveur. sollicitos dolet Ergà se socios: tristia pocula Sorbillat, veluti nectar amabile, Poenas lentus ut hau. riat. Quand il se voit seul, tout languissant qu'il est, il plie encore le genou contre terre, et l'unique grâce qu'il de- te languidus: mande dans ses derniers moments, c'est qu'on fasse sentir à son corps exténué les rigueurs de la discipline. Hoc unum precibus postulat intimis, Multo verbere percuti. Horam post obitus præmonitam sui, Sumptum siderea Amplexus madidis post epulumviæ, Il a déjà désigné l'heure de son trépas; il a reçu l'aliment divin qui seul peut le soutenir à cette dernière heure; il embrasse ensuite ses compagnons qui fondenten larmes, et meurt à la fleur de ses ans. i Ogrand Saint! faitesnous sentir votre puissant secours en ce mocolla sodalibus, Par ævo juvenis migrat. Qui tempus vacuum nactus ab arbitris, Orat prociduo popliTunobis precibus, Dive, potentibus, 201 de S. Louis de Gonzague. Ne desis dubiâ mor- ent qui doit décider tis in aleâ: de notre sort; obtenezFac non dissimiles nous la grâce de vivre nos tibi vivere; comme vous, et que Fac non dissimiles notre mort soit semblamori. ble à la vôtre! Rendons gloire, etc. in 9. Par est jam Triadi, etc. Ora pro nobis, etc. Oremus. Deus, qui sanc- O Dieu qui avez retum confessorem çu en odeur de suavité tuum Aloysium votre saint confesseur ævi sui flore morien- Louis de Gonzague tem holocaustum mourant à la fleur de charitatis in odorem son âge victime de sa suavitatis accepisti; charité, accordez- nous da nobis famulis tuis, de mépriser à son exemet omnia vilia, præ- ple, pendant la vie ter te unum, ad ejus tout ce qui n'est point et de mériter imitationem reputan- vous 9 tes in vitâ, mortem, comme lai d'avoir une ut ipse, mereamur mort précieuse à vos habere pretiosam. yeux. Pa Jésus- Christ Per Dominum nos- Notre- Seigneur, etc. trum, etc. Priez pour nous, etc. Prions. 202 Litanies 310 LITANIES De S. Louis de Gonzague. SEIGNEUR, ayez pitié de nous. Christ, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous. Christ, écoutez- nous. Christ, exaucez- nous. Dieu le Père, qui êtes aux cieux, ayez pitié de nous. Dieu le Fils, rédempteur du monde, ayez pitié de nous. Dieu Saint- Esprit, ayez pitié de nous. Sainte Trinité, un seul Dieu, ayez. Sainte Marie, patronne de saint Louis, priez pour nous. S. Louis de Gonzague, priez. S. Louis, comble des bénédictions de Dieu, priez pour nous. S.Louis, rempli du SaintEsprit, priez. KYRIE, eleison. Christe, eleison. Kyrie, eleison. Christe, audi nos. Christe, exaudi nos. Pater, de coelis, Deus miserere nobis. Fili, 9 redemptor mundi, Deus, miserere nobis. Spiritus sancte, Deus, miserere nobis. Sancta Trinitas, unus Deus, mis. Sancta Maria, Aloysii patrona, ora pro nobis. Sancte Aloysi Gonzaga, ora. Sancte Aloysi, Dei benedictionibus dotate, Sancte Aloysi, Spiritu sancto reple ora. te, ora. de S. Louis de Gonzague. 203 Sancte Aloysi, Chris- S. Louis, très digne conti confessor dignis- fesseur de J. C., sime, orapro nobis. Sancte Aloysi, Eu- S. charistiæ adorator priez pour nous.co Louis, très dévot adorateur de la sainte priez. devotissime, ora. Eucharistie, Sancte Aloysi, bea- S. Louis, serviteur fitæ Virginis cliens dèle de la bienheureuse addictissime, ora. Vierge Marie, priez. Sancte Aloysi, deli- S. Louis, méprisant ciarum mundi gegénéreusement les dénerose contemplices du monde, priez. tor, Sancte Aloysi, exemplar humilitatis, ora. S. Louis, exemple d'humilité, priez. ora. Sancte Aloysi, pau- S. Louis, amateur de pertatis amator, la pauvreté, priez. Sancte Aloysi, in S. Louis, consommé dans obedientia con- l'obéissance, priez. summate ora. Sancte Aloysi, pa- S. Louis, admirable dans tientiâ admirabi- la patience, priez, lis, ora. Sancte Aloysi, in S. Louis, très puissant colis potentissidans le ciel, priez. me, song ora. Sancte Aloysi, fugator dæmonum, ora pro nobis. Sancte Aloysi, honor et gloria juventutis, in ora. S. Louis, qui avez mis les démons en fuite, priez pour nous. S. Louis, l'honneur et la gloire de la jeunesse, priez. 204 Litanies S. Louis, patron des Sancte Aloysi, paécoliers, priez pour trone scholasticonous. S. Louis, imitateur de rum, ora pro nobis. Sancte Aloysi, o la vie angélique, priez. te angelicæ imita9 ..tor, ita Ora. Sancte Aloysi, speculum Virginum, S. Louis miroir des Vierges, priez. S. Louis, très doux consolateur des affligés, hepriez. S. Louis, le salut très assuré des infirmes, priez. S. Louis, l'honneur et l'ornement de la Société de Jésus, priez. S. Louis, lumière brillante de l'Eglise, priez. S. Louis, insigne par plusieurs miracles, priez pour nous. Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, épargneznous, Seigneur. Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez- nous, Seigneur. jisi ora. Sancte Aloysi, consolator afflictorum dulcissime, ora. Sancte Aloysi, infirmorum salus certissima, Sancte Aloysi, Societatis Jesu decus et ornamentum, ora. Sancte Aloysi, præclarum Ecclesiæ lumen, ora. ora. ora. Sancte Aloysi, plurimis insignte miraculis Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, parce nobis, Domine. Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, exaudi nos, Domine. Agneau de Dieu, qui Agnus Dei, qui tol 205 de S. Louis de Gonzague. lis peccata mundi, effacez les péchés du miserere nobis. monde, ayez pitié de nous. Christe, audi nos. Christ, écoutez- nous. Christe, exaudi nos. Christ, exaucez- nous. *. Ora pro nobis, . Priez pour nous, sancte Aloysi Gon- saint Louis de Gonzazagat R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi. Prions. Oremus. Coelestium donorum distributor, O Dieu! le distributeur des dons célestes, Deus, qui in ange- qui avez accordé au lico juvene Aloysio bienheureux Louis de miram vitæ innocen- Gonzague la grâce de tiam pari cum poe- joindre l'innocence adnitentiâ mirable de la vie à toutes les rigueurs de la pénitence, faites, par ses mérites et ses prières, que nous, qui avons eu le malheur de ne pas imiter son innocence, nous imitions sa pénitence. Nous vous en prions par J. C. N. S. Ainsi soit- il. sociâsti; ejus meritis et precibus concede, ut innocentem non secuti, poenitentem imitemur. Per Christum Dominum nostrum. gue. R. Afin que nous soyons faits dignes des promesses de JésusChrist. Amen. The spatories is 12 Cantique en l'honneur CANTIQUE EN L'HONNEUR DE SAINT LOUIS DE GONZAGUE. AIR: Sortez de vos retraites. HEUREUSE l'âme pure, Qui conserve son cœur Sans tache et sans souillure, Aux yeux du Créateur! Le Juste que je chante Fut un de ces Elus Dont la vie innocente N'offre que des vertus. 206 atest Né sous d'heureux auspices, Gonzague, encore enfant, austi Donne à Dieu les prémices De son cœur innocent. N'attends pas qu'il s'engage, Monde, dans tes liens: Le ciel est son partage; Offre à d'autres tes biens. Aimable Providence, Tu veilles sur ses jours; Une sainte innocence Le suit au sein des cours. C'est un lis qui conserve Son éclat précieux, Un fruit qui se préserve Du ver contagieux. Ton sein, tendre Marie, Nous fut toujours ouvert: de S. Louis de Gonzague. Sous ton aile chérie Gonzague est à couvert. Les plus précieux gages a D'un secourable appuiesult Sont le prix des hommages Que tu reçois de lui.romes. Pure et tendre victime Il vient à ton autel, dans Dans l'ardeur qui l'anime, S'offrir à l'Immortel: 100 Là, de ton sacrifice Fidèle imitateur, e Sous ton regard propice Il s'immole au Seigneur. Où la grâce l'appelle Il vole avec amour, o Tout brûlant d'un saint zèle D'être à Dieu sans retour. agad Le monde lui destine A La fortune des rois; Mais il choisit l'épine, Sa Et s'attache à la croix. De ce jeune courage Rien n'arrête l'ardeur; Dans la route où l'engaged Sa constante ferveur; Par des progrès rapides S'annoncent ses essais; Dans les vertus solides Il atteint les parfaits. D'une austère abstinance 202 207 208 Cantique en Phonat ur Pratiquant la rigueur. Il vit dans l'innocence, suc Et se traite en pécheure Heureux d'unir aux charmes D'un cœur pur, innocent, Les mérites des larmes D'un humble pénitent! Viens échauffer mon âme, Amour pur et sacré, De cette même flamme Dont il fut pénétré! Un coeur froid ne peut rendre Le saint embrasement. Que ressent un cœur tendre Dans un feu consumant. Gonzague ne respire Que vive ardeur pour Dieus Son cœur pour lui soupire A toute heure, en tout lieu. Jusque dans le silence De la plus sombre nuit Ce coeur fervent s'élance Vers l'objet qu'il chérit. Tempère tes atteintes, Divine charité! Ah! de tes ardeur saintes Suspends l'activité! Mais non; quand un cœur aim Il chérit son tourment# L'amour est à lui- même Un doux soulagement. de S. Louis de Gonzague. Hoher Fais éclater ta joie, ete Athlète généreux, 407000 Le ciel t'ouvre une voie Qui répond à tes vœux. Un peuple misérable Sollicite tes soins; Va, d'un bras secourable, Soulager ses besoins. 109 Il vole( et son courage Affrontant le danger), Héros dès le jeune âge, 1962 Il court le partager. Vivre et mourir victime, Pour lui quel doux espoir! 161 Coeur plus que magnanime, Il s'en fait un devoir. ale Le mérite des ans. Hélas! il touche à peine Au printemps de ses jours, Que la mort inhumaine En arrête le cours; Mais la vie innocente, Le saint emploi du temps, Donne à l'âme fervente iboto Sur la sainte montagne, offenos Lieu d'éternel repos, 209 L'innocence accompagne es Notre jeune héros.2000 ob nomszo Enfin, ce coeur fidèle Possède son trésor; Amour, c'est sur tor dilabasan Qu'il a pris son essor 210 Règles 25 Une éternelle gloire in Couronne ses vertus; aldi Partout à sa mémoire d Mille honneurs sont rendus. Il voit à sa puissance Les éléments soumis sillo Ainsi Dieu récompense by Ses Saints et ses amis. RÈGLES DE LA CONGRÉGATION DE S. LOUIS DE GONZAGUE. 10 APRÈS avoir fait le signe de croix et offert son coeur à Dieu, chacun fera aussi l'offrande des actions de la journée, et prendra la résolution de plutôt mourir que de consentir au péché mortel, ou, si ce malheur lui arrivait, de s'en confesser le jour même. 20 Les Congréganistes réciteront chaque jour en l'honneur de la Ste. Vierge, de l'Ange gardien et de S. Louis de Gonzague la prière Memorare....., l'Angele Dei...., le Pater et l'Ave, avec l'oraison de S. Louis, Cælestium donorum, pour attirer les bénédictions de Dieusur leurs études. Ils renouvelleront ordinairement pendant la sainte messe l'acte de leur consécration. Le soir, ils feront un court examen de conscience, et ajouteront à leurs prières trois Ave, Maria en l'honneur de l'immaculée Conception, et l'Angele Dei pour se recommander à leur Ange gardien. 3,0 Chacun se fera un petit règlement par de la Congrégation.com 211 ticulier qu'il soumettra à l'approbation du Directeur de la Congrégation, ou de son Confesseur, ou de son Professeur. 4° Tous auront sur leur table, pendant leurs prières et pendant l'étude, une image de la sainte Vierge ou de S. Louis, afin qu'en y jetant les yeux ils se rappellent leurs engagements et raniment leur dévotion. C'est surtout dans les tentations, dans les peines et dans les actions les plus importantes qu'ils doivent implorer avec ferveur le secours de leur saint Protecteur. 5° Les Congréganistes ne se contenteront pas d'accomplir leurs devoirs comme les autres écoliers; mais ils se proposeront, en les remplissant, de se rendre agréables à la Ste. Vierge et à S. Louis de Gonzague, et de les faire glorifier par ceux qui seront témoins de leur conduite. Qu'ils se montrent donc religieux observateurs du silence et de tous les règlements du collége qui regardent le bon ordre et la discipline des classes. 6° Que tous, à l'exemple de S. Louis, nourrissent dans leur cœur une tendre dévotion envers le saint Sacrement de l'Autel; qu'ils fassent avec piété les visites prescrites, et qu'ils tâchent de mériter par leur bonne conduite qu'on leur permette de communier tous les mois, et même plus souvent. Ils se feront un devoir de s'acquitter chaque année de la pratique de dévotion des six dimanches, en l'honneur de leur saint Patron. 7° Que tous s'excitent à une grande con 212 Régles de la Congrégation fiance envers la Reine des Anges, qu'ils l'aiment et la respectent comme leur mère. Qu'ils honorent aussi d'une manière spéciale saint Louis de Gonzague. Que, selon le but de la Congrégation, ils s'efforcent de propager son culte et celui de la sainte Vierge; mais qu'ils se souviennent que leurs discours, pour être efficaces, doivent être soutenus d'une conduite exemplaire.stesteneb root 8° Que les Congréganistes s'interdisent les compagnies suspectes, les discours trop libres, les plaisanteries peu décentes, la lecture des mauvais livres. Qu'ils cherchent, dans l'occasion, à détourner les autres du péché et de tout ce qui peut y conduire. On leur conseille de ne lire sans autorisation aucun livre étranger à la bibliothèque du collège. Comme rien ne contribue davantage à entretenir la ferveur de la Congrégation que l'esprit d'union et d'obéissance, les Congréganistes auront tous une charité sincère les uns pour les autres. Ils auront entre eux de fréquents rapports, et ils aimeront à se trouver ensemble. Ils doivent également se distinguer par leur docilité envers leurs Parents et envers leurs Maîtres, et par une soumission parfaite non- seulement au Directeur de la Congrégation, mais encore au Préfet dans tout ce qui regarde la Congrégation. Ils feront aussi avec plaisir tout ce qui leur sera ordonné de la part du Directeur. 10° Les Congréganistes se rendront exactement aux instructions et aux exercices de Consécration au Cour de Jésus. 213 la Congrégation, et ils y assisteront avec re.. cueillement et modestie. 11 Tous, soit associés, soit congréganistes marqueront chaque mois sur un billet la bonne œuvre qu'ils auront pratiquée plus fréquemment pendant le mois, ou le défaut particulier qu'ils se seront efforcés de corriger. 12° On recommande à tous l'exacte observance de ces règles. Pour se les rendre plus agréables et s'en faciliter la pratique, qu'ils se persuadent qu'elles leur sont don nées par la sainte Vierge et par saint Louis de Gonzague. Ils les reliront de temps en temps et s'examineront sur la manière dont ils les ob. servent, afin de se rendre par- là plus dignes des grâces qui y sont attachées. CONSECRATION AU SACRÉ COEUR DE JÉSUS. 10 COUR adorable de Jésus, le plus tendre, le plus aimable, le plus généreux de tous les coeurs! pénétré de reconnaissance à la vue de vos bienfaits, je viens me consacrer à vous sans réserve et sans retour. Je veux m'employer de toutes mes forces à propager votre culte, et à vous gagner, s'il se peut, tous les cœurs. Recevez aujourd'hui le mien, ô Jésus! ou plutôt prenez- le vous- même; changez- le, purifiez- le pour le rendre plus digne de vous, rendez- le humble, doux, patient, fidèle et généreux comme le vôtre, en l'em 214 Consécration au Caur de Marie. brasant de tous les feux de votre amour. Cachez- le dans votre divin Coeur, avec tous les cœur qui vous aiment et qui vous sont consacrés, et ne permettez pas que je le reprenne jamais. Ah! plutôt mourir, que de jamais offenser ou contrister votre Cœur adorable. Oui, Coeur de Jésus, toujours vous aimer, vous honorer, vous servir; toujours être tout à vous: c'est le vœu de mon cœur, à la vie, à la mort et dans l'éternité. Ainsi soit- il. CONSECRATION AU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE. O CŒUR immaculé de Marie! après le Cœur de Jésus, le plus parfait de tous les cœurs, le plus digne de l'amour et de la vénération des Anges et des hommes: c'est vous qui dans le mystère de l'Incarnation avez fourni le sang dont le corps adorable de l'Homme- Dieu a été formé; vous êtes le lit sacré sur lequel cet aimable Sauveur a pris souvent un doux sommeil pendant son enfance; vous êtes l'image la plus ressemblante de ce divin modèle de toutes les vertus, la voie par laquelle nous allons à Jésus, et le canal mystérieux par lequel ses grâces parviennent jusqu'à nous. O Cœur plein de bonté! embrasez nos cours des bienheureuses flammes dont vous êtes consumé; soyez notre soutien dans nos tentations, notre secours dans nos périls, notre consolation dans nos peines, mais sur. Prières pour ses études. 215 tout notre force et notre confiance dans nos derniers combats, à l'heure de notre mort, dans ce moment décisif où les puissances de l'enfer feront tous leurs efforts pour ravir nos âmes. Alors, o très pieuse et très charitable Marie! vous dont le nom n'a jamais été invo qué en vain, faites- nous sentir toute la tendresse de votre Coeur maternel, tout votre pouvoir auprès du Coeur de Jésus, jusqu'à ce que vous nous voyiez à vos pieds dans l'heureux séjour du paradis. Ainsi soit- il. PRIÈRE any 2016 Pour attirer les bénédictions de Dieu sur ses études. sob adatodo O bone Jesu, qui verus fons luminis et sapientiæ diceris, et linguas infantium facis esse disertas, linguam meam erudias, atque in labiis meis gratiam tuæ benedictionis infundas. Da mihi intelligendi acumen, retinendi capacitatem, interpretandi subtilitatem, loquendi gratiam copiosam. Ingressum instruas, progressum dirigas, egressum com pleas. Amen. Mitte, Domine, sedium tuarum assistricem sapientiam; mitte illam de coelis sanctis tuis, et à sede magnitudinis tuæ, ut mecum sit et mecum laboret, ut sciam quid acceptum sit apud te. 216 Prières pour ses études. PRIÈRE Après avoir obtenu quelque succès dans les études. A vous seul, ô mon Dieu! appartient la gloire de tout, puisque tout don vient de vous seul. Loin de m'enorgueillir des succès que vous venez de m'accorder à cette heure, je tremble en pensant au compte terrible que j'aurai un jour à vous rendre de mes talents. Au tribunal de votre justice, vous ne me demanderez pas si j'ai surpassé mes condisciples en science et en esprit, mais bien en piété, en humilité et en amour pour vous. Que je ne cherche donc jamais autre chose que votre plus grande gloire. Ainsi soit- il. Arizzsigul quoos bisp ibruesorgorg maed VIE ABRÉGÉE DE S. STANISLAS KOSTKA, ET NEUVAINE EN L'HONNEUR DE CE SAINT. 13 3.00 NEUVAINE A SAINT STANISLAS KOSTRA, 5895 20 NOVICE DE LA COMPAGNIE DE JESUS. Abrégé de sa vie, tiré de son Office. 1° STANISLAS descendait de l'illustre famille des Kostka, qui tenait un rang distingué dans le sénat de Pologne. Le nom de Jésus, qui se trouva miraculeusement gravé sur le sein de sa mère, lorsqu'elle était enceinte, annonça sous quels drapeaux cet enfant devait un jour s'engager. Dès l'âge le plus tendre, il avait un tel amour pour la virginité, que s'il entendait à la table de son père quelques mots contraires à la pudeur, l'horreur qu'il en concevait le faisait aussitôt s'évanouir. Envoyé au séminaire de Vienne en Autriche pour y faire ses études, il y fut le modèle de ses compagnons et l'objet de leur vénération. Obligé de sortir du séminaire pour aller dans la maison d'un luthérien, en butte aux mauvais traitements de son frère Paul, qui voulait l'entraîner vers un genre de vie plus libre, il soutint pendant deux ans cette guerre domestique avec une merveilleuse constance, assurant qu'il était né pour un bonheur éternel, et non pour des amusements passagers. Tous ses désirs étaient tournés vers 13. Neuvaine 220 le ciel. Il entretenait avec Dieu un commerce continuel; et sa dévotion pour la sainte Vierge était si tendre, qu'il ne lui donnait que le doux nom de Mère. 2º Aux persécutions de son frère il joignait des jeûnes fréquents, la discipline et d'autres austérités, dont, malgré son innocence, il accablait son corps délicat. Cet excès de ferveur lui causa une maladie mortelle, qui fit tout à coup les plus effrayants progrès. Trois fois le démon, sous la forme d'un chien horrible, s'élança sur lui; trois fois le malade le mit en fuite avec le signe de la croix. Les Anges lui apportèrent le saint Viatique, qu'il demandait vainement aux hommes dans la maison d'un hérétique. Bientôt après, la sainte Vierge l'ayant admis avec bonté aux divins embrassements de l'enfant Jésus, et lui ayant ordonné d'entrer dans la société qui porte son nom, il recouvra tout à coup la santé. Mais en Allemagne, la crainte de son père opposant à sa vocation un obstacle invincible, il prend la fuite, seul, à pied, sous l'habit d'un mendiant, résolu de ne point s'arrêter que ses pieux désirs ne fussent accomplis. Plusieurs bienfaits de Dieu signalèrent son voyage; et entre autres les chevaux de son frère Paul, qui le poursuivait, saisis tout à coup d'un engourdissement extraordinaire, s'arrêtèrent miraculeusement. Stanislas reçut une seconde fois le pain céleste par le ministère des Anges; enfin, après avoir fait six cents lieues à pied, le saint voyageur mérita d'être admis dans la à S. Stanislas- Kostka. 221 Compagnie de Jésus par saint François de Borgia, qui en était alors général. 3 La vie religieuse offrit une carrière plus éclatante aux vertus de ce novice déjà consommé dans la perfection: on y vit briller surtout son amour pour Dieu, vers lequel son àme, s'élevant sans cesse, semblait avoir rompu tout commerce avec les sens. De là ce visage toujours enflammé, quelquefois rayonnant; de là ces larmes continuelles, cette ardeur qui embrasait sa poitrine, et qu'on était obligé de tempérer avec de l'eau froide, même au plus fort de l'hiver. Consumé par l'amour plutôt que par la fièvre, il fut appelé de la maison du noviciat au ciel par la Mère de Dieu elle- même escortée d'un chœur de Vierges, le jour où l'Eglise célèbre son Assomption, afin qu'il pût être témoin de son triomphe, comme il l'avait désiré. Il ne comptait encore que dix- huit ans, et il était plus plein de bonnes œuvres que de jours. Après sa mort il devint célèbre par plusieurs miracles, surtout en Pologne, sa patrie. On le vit plusieurs fois du haut des cieux mettre en fuite les armées formidables des Turcs, et donner la victoire aux Polonais. Plusieurs, par son secours, furent délivrés de la peste; quelques autres, arrachés aux ravages de la flamme. C'est ce qui engagea Clément X à le mettre au nombre des principaux Patrons de la Pologne; et Benoît XIII, exécutant ce que Clément XI avait déjà résolu, l'inscrivit sur le catalogue des Saints, 222 Neuvaine PREMIER JOUR. MÉDITATION Sur saint Stanislas dans la maison paternelle. LA vie du jeune Stanislas nous le montre en trois états différents: d'abord comme enfant dans la maison paternelle, ensuite comme étudiant à Vienne en Autriche, enfin comme novice de la Compagnie de Jésus dans la maison de Saint- André à Rome. Considérons aujourd'hui combien fut prompte et parfaite la consécration qu'il fit de lui- même au Seigneur. Qu'elle nous fasse rougir de nos délais; et si nous n'avons pas commencé aussitôt que lui, du moins ne reculons pas d'un seul instant notre dévoûment à Dieu et au service de Dieu. La Providence elle- même sembla prévenir la consécration de Stanislas. Aussitôt qu'il eut été régénéré dans les eaux sacrées du Baptême, son parrain le plaça sur les degrés de l'autel où reposait le saint Sacrement, comme pour le consacrer entièrement au Seigneur. Ce fut un présage de ce que cet enfant de bénédiction devait faire lui- même bientôt après. En effet, à peine commençat- il à connaître son Dieu, que son esprit et son cœur se portèrent vers cet objet infiniment aimable, et qu'il lui fit une donation parfaite de l'être qu'il avait reçu de lui. Dans un âge plus avancé, il se rappelait encore l'heureux moment où il avait fait à Dieu cette do à S. Stanislas Kostka. 223 nation de lui- même; et le souvenir des grâces dont il avait alors été prévenu, pénétrait son âme de la plus vive reconnaissance. Bénissons- en, comme lui, le Seigneur, qui se plaît à manifester sa gloire dans l'âge le plus tendre: Ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem, Félicitons ce Saint de sa prompte et fidèle coopération à la grâce divine; et faisant ensuite un triste retour sur nousmêmes, comparons sa première ferveur avec la négligence et la làcheté de nos premières années, de ces années, dis- je, dont peut- être nous n'avons jamais songé sérieusement à déplorer la perte. Réflexion. Qui de nous, en se rappelant ce temps précieux de l'enfance, n'aurait pas sujet de s'écrier avec Augustin: O beauté ancienne et toujours nouvelle que j'ai passé de temps sans vous aimer! Non, mon Dieu, vous n'avez point été le premier objet de mes affections; trop longtemps j'ai prostitué mon cœur au monde, à la chair, au démon, à qui j'avais solennellement renoncé dans mon Baptême! Et vous, ô mon principe et ma fin! je ne vous ai connu que pour vous outrager, que pour me séparer indignement de vous. Le premier usage que j'ai fait de ma raison a été de me dépouiller de cette robe d'innocence dont vous m'aviez revêtu, et de donner la mort à mon âme par le péché. Mes fautes se sont multipliées avec le nombre de mes années; et pendant tout le temps de mon enfance, je ne me suis occupé sans cesse qu'à rendre plus 224 Neuvaine pesante encore cette chaîne humiliante que mes premiers péchés avaient formée, et dont j'étais accablé. Pratique. La componction, la douleur et les larmes, voilà le seul moyen qui me reste pour réparer, s'il se peut, tant de pertes. Pénétré d'une confusion salutaire, à la vue d'un Saint qui dès la plus tendre enfance se consacra si parfaitement au Seigneur, je m'humilierai profondément devant Dieu, je livrerai mon coeur aux plus vifs sentiments de tristesse, je détesterai les égarements de la première partie de ma vie, et je solliciterai auprès de Dieu la protection de cet aimable Saint, afin qu'il m'obtienne de la divine miséricorde un repentir qui puisse effacer à ses yeux toutes mes ingratitudes. PRIÈRE. O saint Stanislas! quand je vous considère dès le temps même de votre enfance, quelle étrange différence j'aperçois entre vous et moi; entre votre cœur orné de tout ce que l'innocence a de plus admirable, et mon cœur souillé de péchés! Je tombe à vos pieds dans les sentiments d'une salutaire confusion. Je ne perds cependant point confiance; votre innocence même sera le supplément de tout ce qui me manque; je l'offrirai au Seigneur pour obtenir cette fidélité qui me rendra semblable à vous, dans l'éloignement de toute faute volontaire. Ainsi soit- il. à S. Stanislas- Kostka. SECOND JOUR. 225 MÉDITATION Sur l'horreur que saint Stanislas eut pour le péché. L'HORREUR du jeune Stanislas pour le péché tenait du prodige. On raconte de lui que lorsqu'il était encore enfant, si quelqu'un en sa présence proférait des paroles peu mesurées et propres à blesser la pureté, son visage s'enflammait, qu'il levait affectueusement les yeux vers le ciel, et les tenait ensuite modestement baissés vers la terre; que si le discours continuait, l'horreur qu'il en concevait était si grande qu'il en perdait insensiblement les forces, et serait tombé tout à fait si quelqu'un ne l'eût soutenu. Puisse cet exemple faire une vive impression sur ces jeunes gens inconsidérés, qui prêtent trop facilement l'oreille à toutes sortes de mauvais discours! S'ils n'y prennent garde, bientôt ils perdront leur innocence par le peu de soin qu'ils ont de la conserver. Il leur semble sans doute que ce n'est point assez pour eux de porter ce précieux trésor dans des vases fragiles; il faut qu'ils l'exposent témérairement aux plus grands périls. Les chutes, quoique épouvantables, de tant d'autres ne suffisent pas pour les instruire de leur faiblesse; ils veulent en faire eux- mêmes une triste expérience.o anos 13.. 226 Neuvinae Réflexion. Que cette horreur de Stanislas pour les paroles mauvaises serve au moins de frein à la licence de ces hommes pervers qui, non contents d'avoir un coeur corrompu, se font une gloire de découvrir leur honte, et de montrer au grand jour la corruption de leur coeur. Leurs paroles, pour me servir de l'expression d'un Apôtre, sont comme cette écume impure que la mer rejette continuellement de son sein: Despumantes confusio. nem suam. Mais, malheureusement pour eux, comme l'écume, cette vile production de leur cœur ne se résout pas aussitôt qu'elle est formée, les effets en sont souvent bien funestes; mal contagieux qui se répand avec vitesse, et qui porte au loin l'infection: Sermo eorum tanquam cancer serpit. Chaque jour, combien de jeunes gens en sont la victime Ces hommes pervers s'en applaudissent, ils triomphent lorsque quelque âme innocente est tombée dans le piége qu'ils lui tendaient; mais que leur triomphe sera court! qu'il sera suivi de lamentables regrets, lorsque l'âme de leur frère qu'ils auront perdu leur sera redemandée! Qu'ils écoutent l'anathème que le Sauveur du monde a lancé contre ceux qui scandalisent les âmes faibles qui croient en lui: Ce serait un moindre mal pour eux d'être précipités tout à coup dans l'abîme, que d'avoir remporté cette fatale victoire dont ils se glorifient: Qui scandalizaverit, etc. Pratique. Si nous sommes exempts nousmêmes de ces fautes, si nous sommes touchés à S. Stanislas Kostka, 227 de l'état malheureux de ceux qui s'en rendent coupables, recommandons ces deux sortes de pécheurs aux prières d'un Saint, dont l'intercession doit être bien puissante pour obtenir aux uns et aux autres des grâces de conversion aux premiers, celle de fermer l'oreille à tout discours dangereux et séduisant; aux seconds, celle de mettre un frein à leur langue pour n'en jamais prononcer. Demandons aussi pour nous- mêmes une telle horreur du péché que, selon l'avis du Sage, sa vue seule fasse sur nous la même impression que celle d'un animal venimeux: Quasi à facie colubri fuge peccata. PRIÈRE. Dès l'âge le plus tendre vous étiez, grand Saint, si occupé de Dieu, que tout ce qui l'outrageait vous était en horreur. Ah! obtenezmoi le même éloignement de tout ce qui déplaît à Dieu! que jamais ma langue ne soit souillée d'aucune parole peu décente, la langue sur laquelle un Dieu repose si souvent! que mes oreilles se ferment à tous discours scandaleux et profanes! que ma bouche enfin ne s'ouvre que pour chanter vos louanges et celles du Seigneur, qui vit et règne dans les siècles des siècles! Ainsi soit- il. 228 Neuvaine 21 TROISIÈME JOUR. MÉDITATION Sur l'amour de saint Stanislas pour l'oraison. L'AMOUR et la pratique de l'oraison entretenaient, dans l'âme du jeune Stanislas, cet amour fervent qu'il avait pour son Dieu, et cette vive horreur dont il était pénétré pour les moindres fautes. Il n'avait encore que six ans qu'il était déjà singulièrement adonné à ce saint exercice. Dans un âge si tendre, souvent retiré dans un coin de la maison paternelle il y passait à genoux cinq et six heures entières, les bras en croix, les yeux baignés de larmes, l'esprit et le cœur absorbés dans une douce contemplation, jusqu'à ce que, cédant à la grande délicatesse de son corps, il tombât en défaillance. Quel spectacle ravissant pour les Anges! Mais aussi quel sujet d'instruction et de confusion pour la plupart des hommes qui négligent l'oraison, comme si ce n'était pas le canal ordinaire par où le Seigneur fait couler sur eux ses grâces les plus abondantes! Reflexion. Un enfant d'une complexion faible persévère plusieurs heures dans l'exercice de l'oraison; et souvent il ne faut qu'un quart d'heure pour nous y fairé éprouver du dégoût et de l'ennui! Cependant ne nous flattons point de pouvoir nous soutenir longtemps dans les sentiers épineux de la vertu, hors des atteintes mortelles du péché, si nous ne à S. Stanislas Kostka. 229 9 nous rendons pas familier ce saint exercice c'est un aliment céleste qui nous est donné pour nous fortifier dans le chemin du ciel, comme ce pain cuit sous la cendre, que l'Auge donna au Prophète accablé de fatigue, lorsqu'il se dérobait par la fuite aux fureurs de l'impie Jézabel qui le cherchait pour le faire mourir. Combien d'âmes qui pourraient dire, avec trop de vérité, qu'elles sont comme l'herbe des champs, que le tranchant de la faux a coupée; et qu'il ne leur reste plus de vigueur, parce qu'elles ont oublié d'avoir recours à cette divine nourriture: Percussus sum ut fenum, et aruit cor meum, quia oblitus sum comedere panem meum! Pratique. Demeurez aujourd'hui le plus longtemps qu'il vous sera possible en oraison: soit à l'église, soit au logis, étant intimement persuadé que les plus grands avantages et pour l'âme et pour le corps découlent de ce saint exercice comme de leur source; de sorte qu'on peut appliquer à l'oraison ce que l'auteur sacré a dit de la sagesse, qu'il suffit de la posséder pour entrer en même temps en possession de tous les autres biens: Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa. PRIÈRE. C'est à votre intercession que j'ai recours, aimable Saint: pénétrez vous- même mon coeur du plus vif sentiment de l'amour de la prière. Que votre exemple m'apprenne l'estime que je dois faire de la grâce, et me rende 230 Neuvaine plus attentif à conserver ce précieux trésor, au milieu de tant d'ennemis qui font tous leurs efforts pour me l'enlever. Le Seigneur m'a créé pour lui; aidé de vos prières, ô grand Saint je ne veux plus vivre que pour lui. Dieu seul sera désormais la fin de toutes mes pensées, de toutes mes affections, de toutes mes œuvres, afin qu'après vous avoir imité pendant la vie, je puisse à la mort entrer en participation de votre béatitude, et bénir avec vous le Seigneur pendant tous les siècles des siècles. Ainsi soit- il. QUATRIÈME JOUR. MÉDITATION Sur l'édification que donna saint Stanislas au collège de Vienne. LES vertus de Stanislas, après s'être fortifiées par une habitude de plusieurs années, reçurent un nouvel éclat tandis qu'il fut au collége de Vienne, et sont bien dignes de toute notre attention. Il ne serait pas surprenant qu'elles eussent conservé leur lustre dans un lieu où tout était propre à les faire aimer. Mais, au milieu d'une jeunesse nombreuse et fervente, on ne tarda pas à distinguer la piété du saint jeune homme. Ses condisciples conçurent pour lui, non- seulement de l'amitié, mais du respect. Ses maîtres eux- mêmes étaient dans l'étonnement de voir un jeune homme de son âge, de sa pénétration, de sa naissance, n'avoir que de l'éloignement pour les divertis à S. Stanislas Kostka. 231 sements les plus innocents, leur dérober tout le temps qu'il pouvait pour le partager entre l'étude et la prière, ne parler dans ses entretiens familiers que des choses divines, et le faire avec la ferveur d'un Séraphin. Tout cela, joint au recueillement profond dans lequel il était plongé toutes les fois qu'il assistait dans l'église à la célébration des saints Mystères( recueillement qui pénétrait de dévotion ceux qui le voyaient); tout cela, dis- je, leur faisait croire avec raison que c'était une âme des plus privilégiées. Réflexion. Ne nous contentons pas de rendre au Saint le tribut de louanges que mérite une conduite si belle; que cette conduite de Stanislas soit pour chacun de nous comme un miroir qui nous montre et les fautes que nous avons commises par le passé, et les réI avesolutions que nous devons prendre pour nir. Jetons un coup d'oeil sur le passé; rappelons- nous les lieux que nous avons fréquentés, les personnes avec qui nous avons vécu; avons- nous été la bonne odeur de Jésus- Christ? avons- nous été pour le prochain un sujet d'édification ou de scandale? Quelles actions de grâces n'avons- nous pas à rendre au Dieu des miséricordes, qui, par sa grâce, a conduit heureusement nos pas dans les sentiers glissants du monde! Mais aussi, quel malheur, quel juste sujet de crainte, si portant dans les replis de notre cœur cette lumière pénétrante avec laquelle le souverain Juge doit un jour visiter les consciences, nous reconnaissons que 232 Neuvaine nos exemples ont entraîné plusieurs âmes dans le vice, ou du moins les ont retenues dans une vie tiède et languissante! Quel serait maintenant notre effroi, si le Seigneur, nous montrant les âmes que nous avons égarées, nous disait d'une voix foudroyante: Rendezmoi compte de leur sang? Demandons au Seigneur pardon des scandales que nous avons pu donner, et prenons la résolution de les réparer, en marchant d'aussi près qu'il nous sera possible sur les traces de notre Saint. Pratique. Rappelons- nous souvent en ce jour l'étroite obligation où nous sommes de donner de bons exemples, ou du moins réglons si bien nos discours, nos regards, nos oeuvres, que personne n'ait aucun juste sujet de s'en scandaliser: Videte ne contemnatis unum ex his pusillis. PRIÈRE. Pardon, ô mon Dieu! de tous les scandales et mauvais exemples que je puis avoir donné dans toute ma vie. Je conçois, par l'exemple de saint Stanislas, cette parole de votre Evangile Sic luceat lux vestra, Je veux désormais que les hommes voient mes bonnes œuvres, mais surtout afin que mon Père céleste soit glorifié. C'est par cette édification constante que saint Stanislas mérite nos hommages et a mérité votre gloire. Ah! grand Saint, aidez- moi dans la carrière que j'entreprends sur vos pas! Ainsi soit- il. 233 à S. Stanislas Kostka. CINQUIEME JOUR. MÉDITATION 04 Sur ce que saint Stanislas eut à souffrir dans la maison d'un luthérien. LE Seigneur a coutume de faire passer par de plus rudes épreuves ceux dont il veut épurer davantage la vertu. Ce fut la conduite qu'il tint à l'égard du jeune Stanislas. L'ordre qu'il reçut de quitter le collége et d'aller demeurer avec Paul, son frère aîné, et quelques autres de ses compagnons, dans la maison d'un luthérien, fut pour lui comme le signal du combat: une vie aussi retirée que la sienne, son éloignement de tout plaisir, son extérieur négligé, son recueillement, des heures entières employées à l'oraison, tout en lui déplaisait à son frère, et choquait des compagnons dont la vie ne s'accordait guère avec la sienne. Ils voyaient dans ses manières d'agir une censure continuelle de leurs mœurs: c'en fut assez pour le leur rendre odieux. Les paroles injurieuses, les railleries les plus piquantes furent les premiers effets de cette haine: on en vint bientôt aux traitements les plus rigoureux; et pendant deux ans Stanislas eut à soutenir, et soutint en effet avec une patience inaltérable, la guerre la plus cruelle et la plus opiniâtre. Réflexion. Quels sont nos sentiments, en nous rappelant cette conduite rigoureuse du Seigneur à l'égard de son fidèle serviteur? 234 Neuvaine Est- ce ainsi que nous désirons être traités? ou plutôt, ne formons- nous pas en secret des voeux pour n'avoir rien à souffrir, ni de la part du monde, que nous voudrions avoir pour admirateur de nos vertus; ni de la part du démon, dont nous voudrions triompher sans combat; ni de la part de la chair, dont nous voudrions accorder les intérêts avec ceux de l'esprit? Ne nous y trompons pas, ce n'est point là le chemin qui nous est tracé dans l'Evangile: chemin étroit et raboteux, chemin tout hérissé de ronces et d'épines; ce n'est point non plus ce que promet l'Apôtre des gentils à ceux qui veulent mener une vie pieuse et conforme aux leçons de leur divin Maître. Ils doivent, leur dit- il, s'attendre tous à être persécutés: Omnes qui piè vivere volunt in Christo Jesu, persecutionem patientur. Il faut passer par beaucoup de tribulations pour arriver au royaume des cieux; les Saints, à la suite de Jésus- Christ, n'y sont point entrés par une autre voie; le salut no us est offert au même prix. Mais consolons- nous; dans ce lieu de combat, Dieu sera notre défense et notre soutien, et nous éprouverons la vérité de ce que dit l'Apôtre:« Que les souffrances de cette vie sont légères et momentanées, en comparaison. de ce poids immense d'une gloire éternelle qu'elles nous procurent dans le ciel:» Momentaneum et leve tribulationis nostræ, etc. Pratique. Toujours fidèles à marcher dans la route épineuse que le Seigneur nous a tracée, méprisons avec courage les mépris et les rail à S. Stanislas Kostka. 235 leries du monde qui, selon les oracles de la vérité, doit toujours traiter les disciples comme il a traité le Maître lui- même: Si me persecuti sunt, et vos persequentur. PRIÈRE. Que je suis éloigné, grand Saint, de cette patience évangélique que j'admire en vous! J'ai souvent dit à mon Dieu que je voulais enfin le servir dans toute la sincérité de mon coeur. J'ai souvent pris la résolution de me sauver à quelque prix que ce fût; mais autant de fois rebuté par les premières difficultés, j'ai repris la route que j'avais quittée. Il n'a fallu qu'un mot, qu'une raillerie, qu'un mépris assez léger, pour m'y faire rentrer. Ah! que, votre exemple me confond! j'ai recours à votre intercession, pour obtenir votre courage et votre fidélité du Dieu qui vit et règne, etc. SIXIÈME JOUR. MÉDITATION Sur les exemples de douceur et de patience que donna saint Stanislas. STANISLAS ne regardait pas ces épreuves du même œil dont on les considère dans le monde. S'il se fût conduit selon les maximes du monde, il les aurait regardées comme un joug insupportable, il s'en serait plaint amèrement; et s'il ne s'en était point vengé, du moins aurait- il fait son possible pour s'en délivrer. C'est là 236 Neuvaine ce qu'enseigne le monde à ses partisans; mais l'esprit de Jésus- Christ conduisait le Saint. Plein de cet esprit qu'il puisait chaque jour dans de ferventes et continuelles méditations, il avait appris à rendre des bénédictions au lieu des malédictions, et à regarder comme des biens ce que le monde appelle des maux: les injures dont on l'accablait n'étaient pas capables d'altérer sa douceur. Les traitements les plus humiliants et les plus rudes étaient à ses yeux un précieux trésor; jaloux de le conserver, il eut bien soin de ne donner aucune connaissance de ce qu'il souffrait à un père dont la tendresse aurait bientôt mis fin à ses peines. Son frère ne lui témoignait que de la haine: il ne témoignait à son frère que de l'amour. Il allait au- devant de tout ce qu'il pouvait désirer, lorsque cela ne compromettait point ce qu'il devait à son Dieu; il lui rendait les offices les plus bas, et il les lui rendait avec joie. Reflexion. Une pareille conduite n'est- elle pas la condamnation de la nôtre! Une simple parole nous blesse, un manque d'égards nous paraît presque une excuse légitime pour manquer aux devoirs les plus indispensables de la charité. Ne sommes- nous donc pas disciples du même maître? ou n'est- ce qu'aux Saints que le Seigneur a donné des leçons de douceur et de charité? N'est- ce pas à tous les hommes en général qu'il a proposé l'amour qu'il a pour nous, comme la règle et la mesure de la charité que nous devons avoir les uns pour les à S. Stanislas Kostka. 237 autres? N'est- ce pas à tous qu'il fait un devoir d'aimer leurs ennemis, de prier pour ceux qui les persécutent, de faire du bien à ceux qui leur font du mal, et de se croire heureux lorsqu'ils ont à souffrir quelque chose pour l'amour de lui? Ce sont là les maximes qui servaient à Stanislas de flambeau, et qui réglaient tous ses pas. Si nous suivons une autre lumière, si nous nous laissons aller à l'instinct de la nature, à cet instinct qui, jusqu'à présent, nous a trop souvent portés aux plaintes, au ressentiment, à la vengeance, n'avons- nous pas tout sujet de craindre que le Seigneur ne veuille pas nous reconnaître pour ses disciples et pour ses membres, lui qui, mourant sur une croix pour le salut de tous les hommes, suppliait à grands cris son Père de pardonner à ses bourreaux: Pater, ignosce illis. Pratique. Faisons aujourd'hui, en l'honneur de saint Stanislas, quelques actes de douceur et d'humilité chrétienne envers ceux qui nous auraient donné quelque sujet de mécontentement, persuadés que nous ne pouvons rien faire et de plus conforme à l'esprit de JésusChrist et de plus agréable à ses yeux: Discite à me quia mitis sum et humilis corde. PRIÈRE. Votre courage et votre patience inaltérable me décident à vous prendre, ô Stanislas! pour mon guide et mon modèle. Mais puis- je encore espérer votre protection? Je n'oserais me la promettre, si je ne me rappelais que ce 238 Neuvaine même frère, qui vous persécuta si longtemps, devint dans la suite, par un effet de vos prières, le fidèle imitateur de votre sainteté. Animé par vos exemples, soutenu de votre protection, je me remplirai de vos sentiments généreux, d'une douceur inaltérable, formée sur la vôtre et sur celle de Jésus- Christ qui vit et règne, etc. SEPTIÈME JOUR. MÉDITATION Sur les vertus de saint Stanislas, novice. SA première vertu fut un parfait détachement du monde. La Reine du ciel, tenant son divin Fils enire ses bras, dans une vision dont elle favorisa son serviteur lorsqu'il était encore à Vienne, lui commanda d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Que cet ordre fut puissant pour détacher tout à coup Stanislas de toutes les choses de la terre! Tous les liens qui le retenaient encore sont au même instant rompus. Il ne considère ni ce qu'il quitte, ni les fatigues qui l'attendent; sous un habit pauvre, il entreprend à pied un voyage de quatre cents lieues; et il se croit abondamment récompensé de toutes ses peines, lorsqu'au terme d'un si long voyage il est admis dans un état où il espère vivre entièrement oublié du monde. Il regarde l'état religieux comme une école où le Seigneur l'a conduit pour y apprendre les devoirs de la perfection; et. à S. Stanislas Kostka. 239 comme s'il n'eût encore su rien de la science des Saints, il se propose d'en étudier les premiers éléments. Cette étude l'occupe tout entier. Le monde n'est plus rien pour lui, il aurait voulu ne plus en entendre parler; et recevant un jour une lettre de son père, qui lui reprochait la bassesse de ses sentiments, et qui le menaçait de tout le poids de sa colère: « Que mon père, dit- il, me tiendrait un langage bien différent, s'il connaissait toutes les grâces que le Seigneur m'a faites depuis que je me suis détaché du monde!» Rien ne lui faisait plus de peine que d'entendre parler de la noblesse et des avantages de sa famille; et s'il ne pouvait pas éviter ces sortes de discours, il les interrompait bientôt en disant qu'il ne reconnaissait de véritable noblesse que celle que donne la qualité d'enfant de Dieu, et que d'ailleurs il ne peut rien y avoir de grand sur la terre, où tout est si petit et si méprisable en comparaison du ciel, notre véritable patrie. Réflexion. Sont- ce là nos sentiments à l'égard du monde? En sommes- nous entièrement détachés? ou serions- nous encore assez aveugles pour grossir la foule de ses esclaves? On sert le monde avec zèle, on le sert aux dépens de ce qu'on doit à Dieu, de ce qu'on se doit à soi- même. Mais, qu'est- ce que le monde? s'écrie saint Cyprien. Se laissera- t- on toujours éblouir par une fausse apparence? Caïn témoignait autrefois de l'amitié à son frère, il l'invitait à prendre avec lui quelque délassement Egrediamur foras; mais c'était pour : 240 Neuvaine lui donner la mort. Voilà, dit ce Père, voilà l'image du monde: il caresse pour nuire, il plaît pour tromper, il flatte pour donner la mort. C'est cependant ce monde qu'on aime, c'est à ce monde qu'on sacrifie ses plus belles années, qu'on immole son coeur, ce cœur qui ne devrait soupirer qu'après Dieu, et dont Dieu même est jaloux! Ah! quand, à l'exemple de Stanislas, pourrai- je dire avec l'Apôtre: Le monde est crucifié pour moi, et je suis crucifié pour le monde: Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo! Pratique. Réfléchissons sur la vanité des biens de la terre; regardons comme de la fumée, une vapeur légère, tous ces biens dont la plupart des hommes sont malheureusement épris. N'attendons pas que nous en ayons fait une triste expérience, pour nous écrier avec Salomon: Vanité des vanités, tout n'est que vanité: Vanitas vanitatum, et omnia vanitas. PRIÈRE. Quel accord admirable je vois en vous, ô mon aimable Saint! du mépris le plus parfait de tout ce que le monde estime, et de l'amour le plus ardent pour les choses de l'éternité! Avec des affections si pures, comme sur les ailes de la colombe, vous vous élevez audessus de la condition commune des mortels, et vous vivez parmi les hommes comme un Séraphin. Heureux celui qui peut vous contempler de près; plus heureux mon cœur s'il pouvait participer à vos saintes ardeurs! Je vous demande cette grâce par Notre- Seigneur Jésus- Christ. à S. Stanislas Kostka. HUITIÈME JOUR. 241 MÉDITATION Sur l'amour de saint Stanislas pour Dieu. SON amour pour Dieu croissait à mesure qu'il se détachait chaque jour de plus en plus des créatures. Cet amour, disent les Actes de sa canonisation, était d'une merveilleuse étendue; il remplissait son âme tout entière; c'était comme la vie de son coeur; son corps même en ressentait les vives impressions: Cor meum et caro mea exultaverunt in Deum. Comme la flamme, de sa nature, s'élève audessus des autres corps dont la pesanteur surpasse la sienne; de même Stanislas, par un effet de cet amour qui lui communiquait ses qualités toutes célestes, s'élevait sans peine audessus de tous les êtres visibles, et concentrait en Dieu toutes ses affections. Dans la prière, son esprit était exempt de distractions; et son imagination, de ces écarts involontaires dont, ni le silence des forêts, ni la solitude des déserts, ni les efforts les plus grands ne peuvent empêcher l'importunité. Dès que Stanislas se présentait à l'oraison, son esprit et son coeur, unis à Dieu, se trouvaient dans cet état de paix où bien des âmes, quoique saintes, n'arrivent que rarement et avec beaucoup de travail. Son seul aspect, son extérieur recueilli, le feu qui paraissait sur son visage, tout en lui faisait connaître que son âme était 14 242 Neuvaine alors comme inondée de délices célestes. Dans les actions, même les plus ordinaires, il était aisé de s'apercevoir qu'il était occupé de toute autre chose que de celles qui tombent sous les sens. Ne pouvant supporter l'impression sensible que l'amour divin faisait sur lui, il était quelquefois obligé d'en tempérer l'ardeur, soit en respirant un air plus frais, soit en s'appliquant sur la poitrine des linges trempés dans l'eau. Ces soins calmaient un peu ce feu qui le consumait, même extérieurement; mais ils n'éteignaient point le foyer qui le produisait. L'amour enfin l'emporta sur la faiblesse de la nature; le frêle tissu d'un corps mortel ne put soutenir longtemps l'ardeur céleste dont le coeur de Stanislas était dévoré. Réflexion. Quel amour! quelle union avec son Dieu dans un âge encore tendre que les effets en étaient tout à la fois admirables et délicieux! Je n'en suis cependant pas surpris; le Seigneur est plein de douceur pour ceux qui lui sont fidèles; il se plaît à récompenser en Dieu ses serviteurs, et n'attend pas à l'autre vie à leur faire goûter le bonheur qu'il leur a promis. Il est essentiellement notre félicité. La mesure de notre union avec luimême, dès cette vie, est toujours celle de notre bonheur. Ce qui me surprend, c'est que l'expérience des Saints, c'est que notre propre expérience ne nous ouvre pas les yeux pour voir cette vérité lumineuse, et pour nous engager à en faire la règle de notre conduite. Je dis l'expérience des Saints, parce à S. Stanislas Kostka. qu'il n'en est point qui n'ait été véritablement heureux au service du souverain Maître, et qui n'ait préféré son sort à celui des heureux du siècle, lors même que son sort paraissait le plus déplorable: Superabundo gaudio in tribulationibus meis. Je dis notre propre expérience; car nous ne l'avons que trop éprouvé: le bonheur s'est éloigné de nous à proportion que nous nous sommes nous- mêmes éloignés davantage de Dieu. D'abord, que de dégoûts, que d'ennuis dans l'oraison! Quel oubli de Dieu dans le cours de la journée! Avons- nous quitté tout exercice de religion pour chercher notre contentement hors de Dieu: quel vide affreux n'avons- nous pas trouvé dans les créatures, dans les hommes, dans les biens! 243 Pratique. Ne souffrir rien en nous qui puisse altérer l'amour divin. Cet amour est un feu qui dévore, qui consume dans un cœur tout ce qui n'est pas entièrement à Dieu. Si nous éprouvons en nous des affections terrestres, c'est une marque certaine que nos cœurs ne sont pas encore tout à fait embrasés de ce feu divin: Fortis ut mors dilectio. PRIÈRE. Nous l'avons senti, Seigneur, les choses créées ne peuvent point remplir un cœur que vous avez fait pour vous. Je reviens donc à vous, sous les auspices de votre fidèle serviteur Stanislas. Si je n'ai pas, comme lui, le bonheur de vous avoir consacré mes premiè 244 Neuvaine res affections, j'ai du moins celui de reconnaître mes égarements. Vous êtes le Dieu de mon cœur, et vous serez dès à présent mon partage pendant toute l'éternité: Deus cordis mei, et pars mea Deus in æternum. Ainsi soit- il. NEUVIÈME JOUR. MÉDITATION Sur la tendre dévotion de saint Stanislas pour la sainte Vierge. LE Seigneur a coutume d'inspirer un tendre amour pour Marie aux âmes qu'il veut enrichir de ses grâces les plus spéciales. Cette faveur, il l'accorda dans sa plénitude à Stanislas. Ce fervent jeune homme s'attacha singulièrement à la Reine des cieux dès son plus bas âge; il l'aima constamment dans le siècle, mais ce fut dans la religion que son amour pour elle éclata d'une manière plus particufière. L'apparition dont la Mère de Dieu l'avait favorisé lorsqu'elle le guérit tout à coup d'une maladie mortelle, la grâce qu'elle lui avait faite en déposant l'enfant Jésus entre ses bras, l'assistance miraculeuse qu'il en avait éprouvée pendant son pénible voyage; les faveurs particulières qu'il en recevait tons les jours, avaient tellement augmenté son amour pour Marie, qu'il ne se lassait point d'en donner sans cesse des marques nouvelles. On ne se lassait point non plus de l'entendre l'appe à S. Stanislas Kostka. 245 ler tantôt sa Dame, tantôt sa Reine, tantôt sa Mère. Une fois, entre autres, interrogé par un de ses compagnons s'il aimait Marie: « Comment, dit- il, ne l'aimerais- je pas? elle est ma mère.» En même temps, le ton de sa voix, un regard lancé vers le ciel, un soupir sorti de son coeur, des larmes qui coulèrent de ses yeux, firent sentir ce que cette parole signifiait dans sa bouche. Reflexion. Arrêtons- nous un moment pour en goûter la douceur, et que chacun de nous répète avec une ardeur semblable à la sienne: Marie est ma mère! la mère de mon Roi, de mon Sauveur, de mon Dieu; Marie est ma mère, et je suis son enfant, tout pécheur, tout misérable que je suis. Celui qui dan naître de ses chastes flancs, celui dont la parole toute- puissante opère tout ce qu'elle veut, Jésus- Christ mourant en croix pour le salut des hommes, nous a laissé sa sainte Mère pour être à jamais la nôtre: Femme, lui dit- il, voilà votre Fils; et à Jean, Voilà votre Mère. Dès lors Marie a regardé tous les hommes comme ses enfants; dès lors tous les hommes, et particulièrement les chrétiens, ont dû regarder Marie comme leur mère, et partager avec Jésus les sentiments qu'il avait pour elle. Marie est donc ma mère, parce que son divin Fils nous a communiqué l'auguste qualité de fils de Marie. Elle est ma mère, parce qu'elle nous a donné celui qui est notre véritable vie. Combien de fois n'aije pas éprouvé les tendres effets de son af 14. 246 Neuvaine fection! A chaque instant, que de bienfaits, que de grâces le Seignenr ne me fait- il pas par ses mains! Que ne puis- je pas encore, que ne dois- je pas espérer par elle? Le cœur de Marie est le véritable propitiatoire; c'est un trône de grâce et de miséricorde où les vœux des misérables sont toujours favorablement écoutés. C'est ainsi que Marie a toujours été ma mère: et moi me suis- je toujours montré son enfant? De quel retour ai- je payé sa tendresse? quelle reconnaissance ai- je eue pour ses bienfaits? Un enfant est avec raison regardé comme dénaturé, lorsqu'il n'a point d'amour pour celle dont il a reçu un corps sujet à mille maux, et qui dans peu sera la pâture des vers: quels sentiments ne dois- je pas avoir pour une mère à qui je suis redevable, après Dieu, de tous les biens que je possède dans le temps, et de tous ceux que j'espère un jour posséder dans l'éternité! Que mon peu d'amour pour elle approche bien de l'indifférence et de la froideur! Quand aurai- je enfin pour Marie le cœur de Stanislas! Quand serai- je, comme lui, tout brûlant d'amour pour une si bonne Mère, afin d'avoir, comme lui, le bonheur de mourir entre ses bras! Pratique. Regardons Marie comme notre mère, et témoignons- lui, en cette qualité, l'amour, le respect et l'obéissance qu'une telle Mère a droit d'attendre de nous: l'amour, en ne faisant rien qui puisse déplaire à son Fils; le respect, en contribuant, autant que nous pouvons, à son honneur; l'obéissance, en à S. Stanislas Kostka. 247 gardant à son Fils la fidélité qu'elle nous a recommandée: Quæcumque dixerit vobis, facite. PRIÈRE. Saint Stanislas, je me prosterne à vos pieds; je vous en supplie au nom de Marie, vous ne me refuserez pas au nom d'une Mère qui vous fut si chère; faites que mon cœur n'ait plus d'affection que pour Jésus et Marie. Vous pouvez, ô grand Saint! m'obtenir des sentiments conformes aux vôtres que ma vie, formée sur le modèle de la vôtre, soit désormais une vie sainte, qui me prépare à une mort bienheureuse. Alors je me présenterai avec confiance devant le tribunal du souverain Juge, pour bénir avec vous le Dieu des miséricordes dans les siècles des siècles. Ainsi soit- il. : MÉDITATION Pour le jour de la Fête de saint Stanislas, le 13 Novembre. Sur la mort de saint Stanislas en religion. 1. RIEN de plus terrible que la mort, disait un ancien Sage du paganisme; et ce qu'il disait était véritable, plus véritable même qu'il ne pensait, dit saint Chrysostôme, s'il s'agit de ces hommes du siècle qui mènent leur vie dans les plaisirs et meurent dans l'état du péché: Mors peccatorum pessima. La mort les dépouille de tout, elle leur ôte tout ce qu'ils 248 Neuvaine regardaient comme des biens, et les plonge dans une infinité de maux qui seront éternels. Mais il n'en est point ainsi par rapport aux justes; c'est ce qui met le comble à leur bonheur: Beati qui in Domino moriuntur. C'est la fin de leurs peines et le commencement de leur félicité. Le tombeau est pour eux, dit saint Ambroise, le berceau de l'immortalité glorieuse. Sous ce dernier point de vue, la mort n'avait rien d'effrayant pour Stanislas.Quoique jeune encore, il trouvait déjà son exil bien long, et il soupirait après le moment où, les liens de son corps étant rompus, il pourrait se réunir à Jésus- Christ. Ce sentiment s'accrut en lui d'une manière extraordinaire aux approches de l'Assomption de la Reine des vierges. Il conçut alors le désir le plus ardent de célébrer dans le ciel, avec les Saints et les Esprits bienheureux, le triomphe de leur auguste Reine; et pour obtenir ce qu'il désirait avec tant d'ardeur, il prit pour son protecteur spécial le glorieux S. Laurent, dont la fête précède de quelques jours celle de l'Assomption. On dit même qu'ayant écrit comme une requête à la Mère de Dieu, dans laquelle il exposait la vivacité de ses désirs, il posa cet écrit sur sa poitrine, et que le tenant ainsi collé contre son cœur, il communia le jour de la fête de ce Saint. Réflexion. Pour être capable d'une pareille démarche, il fallait sans doute qu'il fût dans cet heureux état où la perfection de la charité élève l'âme au- dessus de toute crainte; à S. Stanislas Kostka. 249 Perfecta charitas foras mittit timorem. Tandis qu'on n'est pas entièrement à Dieu et que le coeur est encore partagé, la pensée de la mort a toujours quelque chose de triste et d'affligeant; on n'y trouvera de douceur que lorsque le cœur, parfaitement détaché de tout lien terrestre, pourra librement prendre son essor vers le ciel. Hâtons cet heureux moment; et pour adoucir au moins l'amertume de la pensée de la mort, agissons en tout comme si chaque action devait être la dernière de notre vie. En vivant de la sorte, nous aurons la douce confiance que, lorsqu'il nous faudra paraître au tribunal du souverain Juge, ce sera pour recevoir la bénédiction d'un Père tendre, et non la malédiction d'un Dieu vengeur; confiance qui, croissant toujours en nous, fera disparaître à nos yeux tout ce que la mort a de plus hideux, et lui donnera même des charmes qui nous la feront désirer. 2. La bonté divine ne tarda pas à satisfaire les désirs qu'elle- même avait inspirés à son serviteur. Stanislas fut attaqué d'une fièvre légère, qui lui dura jusqu'à la veille de l'Assomption, qu'il tomba dans une langueur mortelle. On connut alors, aux symptômes qui parurent, la vérité de ce qu'il avait dit peu de jours avant avec une entière assurance, que sa mort était prochaine. Pour pratiquer tout ensemble la pénitence et l'humilité, il ne voulut point avoir d'autre lit qu'une simple paillasse qu'on étendit sur le pavé de sa chambre ce fut là que, dans la pos 250 Neuvaine ture la plus respectueuse, il reçut le saint Sacrement avec des démonstrations de contrition, de tendresse et de joie, qui remplirent de la dévotion la plus vive tous ceux qui furent présents à cette pieuse cérémonie. Depuis ce moment jusqu'à celui de son bienheureux trépas, pendant plusieurs heures, il ne sortit de sa bouche d'autres paroles que celles que lui suggérait le feu du divin amour qui le consumait; et ses regards restèrent constamment fixés sur l'image de Jésus crucifié et sur celle de sa sainte Mère, qu'il tenait à la main. Réflexion. Que ce spectacle était édifiant! Qu'il est doux de mourir ainsi! Comment méditer sur cette mort, et ne pas en désirer pour soi- même une qui lui ressemble: Moriatur anima mea morte justorum! Mais en formant ces désirs, il faut prendre les moyens d'en obtenir l'accomplissement. La mort est telle que la vie; pour mourir comme les Saints, il faut vivre comme eux. Les mêmes pensées qui nous auront occupés pendant la vie, nous occuperont encore à la mort. Stanislas, en mourant, ne pensait qu'à Jésus et à Marie; c'est que Jésus et Marie avaient été, pendant sa vie, le principal objet de ses pensées, le centre de ses affections. Vivons- nous pour Dieu? sommes- nous uniquement attentifs à devenir saints? nous n'avons rien à craindre: notre esprit, à la mort, sera rempli des mêmes pensées; notre cœur, des mêmes affections. Mais si nous sacrifions nos jours au monde, à l'amour- propre à la vanité, pre à S. Stanislas Kostka, 251 nons- y garde, tout est à craindre pour le serviteur infidèle et dissipateur; son maître viendra tout à coup lorsqu'il sera le moins attendu: Veniet dominus servi illius in die quá non sperat, el horá quá nescit. 3. L'heure était venue où le Seigneur voulait couronner son serviteur et le récompenser de ses travaux. Que la mort de Stanislas fut précieuse aux yeux de sa divine Majesté! qu'elle fut pour lui- même pleine de douceur! Une troupe de saintes vierges, ayant Marie à leur tête, environnaient le lit du saint jeune homme, et l'invitaient à les suivre dans la gloire. Qui pourrait dire quelle fut alors la joie et les transports de son amour? Pendant quelque temps il a le bonheur de s'entretenir avec cette troupe de bienheureux. Enfin, l'âme inondée des plus pures délices, les yeux fixés sur l'image de la Mère de Dieu, parmi les pleurs des assistants, entre les bras des Anges et de la Reine du ciel, Stanislas expire à la pointe du jour où l'Eglise célèbre l'Assomption triomphante de Marie, à l'âge de dixhuit ans, après dix mois de noviciat dans la Compagnie de Jésus. Reflexion. Suivons dans le ciel cette âme angélique; contemplons- y la gloire éclatante dont elle est couronnée. Voilà la récompense de ses travaux, de ses souffrances et de son amour: pour des travaux passagers, une récompense éternelle; pour des souffrances légères et momentanées, un poids immense de gloire qui surpasse toute mesure; pour prix 252 Litanies en l'honneur de son amour, un bonheur incompréhensible, une jouissance entière et parfaite de tous les biens, de tous les véritables plaisirs; les complaisances ineffables, éternelles des trois personnes de l'auguste Trinité; à jamais le Père lui fera part de sa grandeur; à jamais le Fils le revêtira de ses splendeurs; à jamais l'Esprit saint l'inondera de ses délices. Heureux sont ceux qui servent un Maître si libéral. Heureux ceux qui l'aiment! Heureux ceux qui souffrent à son service, puisqu'il doit y avoir de la proportion entre les peines de la vie présente, et les joies de la vie future: Secundùm multitudinem dolorum meorum in corde meo, consolationes tuæ lætificaverunt animam meam. Pratique. Dans la communion de ce jour, demandons à saint Stanislas qu'il nous aide et nous anime à pratiquer souvent, pendant la vie, les actes qu'il sera bon de pratiquer à la mort. LITANIES EN L'HONNEUR DE SAINT STANISLAS KOSTKA. KYRIE, eleison. Christe, eleison. Kyrie, eleison. Christe, audi nos. Christe, exaudi nos. Pater, de coelis, Deus, Fili, Redemptor mundi, Deus, Spiritus sancte, Deus, Sancta Trinitas, unus Deus, miserere nobis. miserere nobis. miserere nobis. miserere nobis. de S. Stanislas Sancta Maria, Sancta Dei Genitrix, Sancta Virgo sine labe Kostka. 253 ora pro nobis. endront to ora. originali concepta, Sancte Stanislas Kostka, Monobisab Servus Dei à conceptu mirabiliter designate, Vere imitator Christi, Fili dilecte Virginis Mariæ, Ad Societatem Jesu ab illâ vocate, Fidelis Dei vocationi et gratiæ, Sancti Ignatii fili dignissime, Societatis Jesu decus eximium, Exemplar et patrone novitiorum, Mundi et divitiarum contemptor, Humanæ gloriæ triumphator, Innocentis corpusculi severissime castigator, osteoog aillos fup Insigni puritate admirabilis, Cupiditatum omnium domitor, Religiosa disciplinæ cultor assidue, Latenti in arâ Victimæ devotissime, Gratiæ coelestis thesaure, Obedientiæ, humilitatis et patientiae speculum, insih ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. 20 ora. Candoris, modestiae et pietatis exemplar, Evangelicæ paupertatis zelator, Supra ætatem prudens, Fraternæ dilectionis amator, Sincere tuî ipsius contemptor, Amoris divini victima, Christianæ juventutis exemplum, 45 ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. ora. 254 Litanies en l'honneur Sensibili infantis Jesu præsentiâ dignate, ora. Vitâ et moribus Angele, inst ora. Pane angelico ab Angelis refecte, ora. Zelo et meritis Apostole, ora. Fide et desiderio Martyr, ora. ora. Pietate et constantiâ Confessor, ba Intra choros Virginum coelos penetrans ora. Virtutibus omnibus in brevi consummate ora. ora. ora. Avitæ gloriæ decus et splendor, Columna et tutela regnorum, Ad te clamantium refugium et salus, Præsidium et medela infirmorum, ora. ora. In vità et post mortem miraculis inclyte, ora. Coelestis Jerusalem civis beatissime, ora. Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, parce nobis, Domine.e Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, exaudi nos, Domine. Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis. 2011 s #. Ora pro nobis, sancte Stanislae, B. Ut digni efficiamur promissionibus Christi. OREMUS. Deus, qui, inter cætera sapientiæ tuæ miracula, etiam in tenerâ ætate maturæ sanctitatis gratiam contulisti; da, quæsumus, ut beati Stanislai exemplo tempus instanter operando redimentes, in æternam ingredi requiem festinemus. Per Dominum nostrum Jesum Christum, etc. de S. Stanislas Kostka. LES MÊMES EN FRANÇAIS. SEIGNEUR, ayez pitié de nous. Jésus- Christ, ayez pitié de nous. Seigneur ayez pitié de nous. Jésus- Christ, écoutez- nous. Jésus- Christ, exaucez- nous. Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous. Fils, rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous. Esprit saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous. Trinité sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous. Sainte Marie, Sainte Mère de Dieu, Sainte Marie, conçue sans péché, Saint Stanislas Kostka, 255 priez pour nous. priez. priez. priez. Désigné miraculeusement pour serviteur de Dieu dès votre conception, Sincère imitateur de Jésus- Christ, Enfant bien- aimé de Marie, Appelé par elle à la Compagnie de Jésus, priez. priez. priez. priez. se priez. priez. Fidèle à la vocation et à la grâce de Dieu, Très digne fils de saint Ignace, L'un des plus beaux ornements de la priez. priez. Compagnie de Jésus, Modèle et patron des novices, Ennemi du monde et de ses richesses, priez. Triomphateur de la gloire humaine, priez, 15. 256 Litanies en l'honneur Châtiant très sévèrement votre chair innocente, priez. Admirable par votre insigne pureté, priez. Vainqueur de tout penchant dépravé, priez. Observateur exact de la discipline religieuse, priez. Très dévot au saint Sacrement de l'autel, Trésor de grâces célestes, Miroir d'obéissance, d'humilité et de patience, Modèle de candeur, de modestie et de priez. priez. priez. piété, patsiennes priez. Zélateur de la pauvreté évangélique, Prudent au- dessus de votre âge, Amateur de la charité fraternelle, Pénétré de mépris pour vous- même, Victime de l'amour divin, ob priez. priez. priez. priez. priez. priez. Exemple de la jeunesse chrétienne, Honoré de la présence sensible de Jésus enfant, priez. priez. Ange par votre vie et par vos mœurs, Nourri du pain céleste par les Anges, Apôtre par votre zèle et vos mérites, Martyr par votre foi et vos désirs, Confesseur par votre piété constante, priez. Entrant au ciel au milieu du chœur des priez. priez. malgré votre courte vie, priez. L'ornement et la gloire de vos aïeux, priez. L'appui et le soutien des trônes, priez. Le refuge et le salut de ceux qui vous invoquent, priez. priez. priez. Vierges, Consommé dans toutes les vertus, de S. Stanislas Kostka. La ressource des malades, qui obtiennent. par vous leur guérison, Illustre par les miracles que vous avez opérés avant et après votre mort, Très heureux citoyen de la Jérusalem céleste, 257 priez. priez. priez. Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez- nous, Seigneur. Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez- nous, Seigneur. Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous. 7. Saint Stanislas, priez pour nous. R. Afin que nous soyous dignes des promesses de Jésus- Christ. ORAISON. O Dieu! qui, entre les miracles de votre sagesse, avez accordé à l'âge le plus tendre la grâce d'une sainteté accomplie, faites, nous vous en supplions, qu'à l'exemple de saint Stanislas nous nous empressions, en rachetant le temps par de continuelles bonnes œuvres, d'arriver au repos éternel: Par NotreSeigneur Jésus- Christ, etc. 40 6 si busger lennsli Cantique en l'honneur CANTIQUE En l'honneur de saint Stanislas Kostka, 258 Sur l'air Sortez de vos retraites, 1 1. VENEZ, troupe angélique, Venez du haut des cieux, Mêlez à ce cantique Vos sons harmonieux. Nous honorons la gloire D'un Ange d'ici- bas; Dans vos chants de victoire Célébrez ses combats. 2. Dès l'âge le plus tendre, ( Dieu, quels sont tes desseins!} Stanislas peut prétendre Au rang des plus grands Saints; L'amour verse en son âme Ses plus riches trésors: Comment un cœur de flamme Dans un si faible corps! 3. Son âme est comme un temple D'une rare beauté, Où du Dieu qu'il contemple Reluit la Majesté; De ses fleurs l'innocence Y répand la candeur; A ces fleurs la souffrance Ajoute sa splendeur. 4. Que vois- je? dans sa rage L'enfer l'attaque en vain; de S. Stanislas Kostka. L'enfer de son courage Sent le pouvoir divin; Contre lui de son frère L'erreur arme le bras. Impuissante colère! Tout cède à Stanislas. 5. Dans un danger funeste, Pour prix de ses exploits, L'Ange du pain céleste Le nourrit par deux fois. Et toi, Vierge puissante, Dont il se montre enfant, Ta douce vue enchante Ce héros triomphant. 6. Tu fais plus; ta tendresse Lui met entre les mains, Et permet qu'il caresse Le Sauveur des humains. O douceur infinie! Il se croit dans les cieux; Jésus, ta Compagnie Est offerte à ses vœux. 7. Monde vain, tes menaces Ne l'empêcheront pas De suivre en tout les traces Que Dieu marque à ses pas: Si ta bonté perfide En dons veut s'épuiser, Il en connaît le vide Et sait les mépriser. 8. Il part, l'amour l'emporte, Son espoir le conduit: 259 260 Cantique en l'honneur, etc. Son abandon l'escorte, Et le danger le fuit. Ses nobles espérances 14 Soulagent ses travaux; Il attend des souffrances Et des combats nouveaux. 9. Mais non, le Ciel propice, Prévenant ses désirs, Change son sacrifice En torrents de plaisirs. Il trouve de la gloire Tous les sentiers battus; La main de la victoire. Couronne ses vertus. 10. D'une vaste carrière Il a fourni le cours; Quoi! loin de la lumière Gémira- t- il toujours? C'en est fait, Dieu l'attire Au céleste séjour; Il vivait, il expire Dans les bras de l'amour. 11. Dans nos chants d'allégresse, Chantons cet heureux sort; Mais de nous la sagesse Veut un plus noble effort: D'un si parfait modèle Gravons en nous les traits; Et Dieu, toujours fidèle, Comblera nos souhaits. TABLE. ABRÉGÉ de la vie de saint Louis de Gonzague, Exercice spirituel de trois jours en l'honneur de saint Louis de Gonzague. Instruction générale. Méditation préparatoire pour le soir qui précède les trois jours de cet Exercice, pag. xII Méditation pour le premier jour, Méditation pour le second jour, Méditation pour le troisième jour, Neuvaine en l'honneur de saint Louis de Gonzague, Premier jour, Second jour, Troisième jour, Quatrième jour, Cinquième jour, Sixième jour, Septième jour, Huitième jour, Neuvième jour, 6 20 34 46 59 60 64 69 73 So 86 91 96 104 263 TABLE. Pratiques de piété pour six Dimanches consécutifs. Premier Dimanche. 1. Saint Louis de Gonzague proposé pour modèle de la componction du cœur, 2. La vivacité de sa douleur, 3. La continuité et la persévérance de sa douleur, Prière à saint Louis de Gonzague, Maximes de saint Louis de Gonzague et pratiques de vertus, Exemple, Second Dimanche. 1. Sa mortification lorsqu'il vivait dans le monde, 2. Sa mortification dans l'état religieux, 3. Sa mortification au lit de la mort, Prière, Maximes, Exemple, Troisième Dimanche, 1. Pureté sans tache, 2. Pureté privilégiée, 3. Pureté conservée par une extrême vigilance, Prière, Maximes, Exemple, 119 120 121 122 123 124 126 127 128 129 130 131 13a 134 135 137 138 139 Quatrième Dimanche. 1. Son détachement du monde, 2. Son renoncement au monde. 3. Son union intime avec Dieu, Prière, Maximes, Exemple, TABLE. Cinquième Dimanche. 1. Charité patiente, 2. Charité industrieuse, 3. Charité généreuse, Prière, Maximes, Exemple, Sixième Dimanche. 1. Il aima la bonté divine en elle- même, Il l'aima en Jésus crucifié, Prière, Maximes, Exemple, 3. En Jésus caché dans le très saint Sacrement de l'autel, 1. Son innocence, 2. Sa pénitence, 3. Sa charité, Prière, Maximes, 263 141. 142 143 146 146 147 149 150 152 153 154 156 157 15g 160 161 162 163 Considération pour la fête de saint Louis de Gonzague. 165 166 167 145 146 264 Règles de la Congrégation de saint Louis de Gonzague, Consécration au sacré Coeur de Jésus, Consécration au Cœur immaculé de Marie, Prière pour attirer les bénédictions de Dieu sur ses études, Prière après avoir obtenu quelque succès dans ses études, Neuvaine à saint Stanislas Kostka précédée de l'abrégé de sa vie, Litanies en l'honneur de saint Stanislas Kostka TABLE. > Cantique en l'honneur de saint Stanislas. Kostka, 2006$ 1500 210 213 FIN DE LA TABLE. 214 215 sinom- alls as suivih ètnod al emis la Attudo 216 217 252 258 sensizem sig 500 CO ന Inches 1217 1 Centimetres Blue 3 4 Cyan 2 ¹5 3 1+ 1, ³ 6 17 Farbkarte# 13 Green 8 Yellow 9 4 10 Red 11 12 5 13 Magenta 14 6 115 116 White 17 7 3/ Color 18 19 B.I.G. Black 8