A.254. le 18 Mins GRETA q 2544 LA SAINTE COMMUNION C'EST MA VIE! OU CHANTS D'AMOUR DE L'AME FERVENTE faisant ses délices de la sainte communion PAR HUBERT LEBON AUTEUR DE PLUSIEURS OUVRAGES DE PIÉTÉ Hic est panis de colo scendens. C'est ici le pain descendu du ciel. ( S. JEAN, C. VI. V. 30.) VINGT- SIXIÈME ÉDITION TOURS ALFRED MAME ET FILS, ÉDITEURS 1869 Gb 2574 PROPRIÉTÉ LES ÉDITEURS Untv,-Bibl. Giessen SAINTE PHILOMÈNE VIERGE ET MARTYRE O vous, si embrasée d'amour pour Jésus, si dévouée à Marie, et qui en fûtes tant aimée, glorieuse vierge, agréez ce faible hommage de ma reconnaissance, et veuillez me protéger toujours... STILE AVANT- PROPOS Je viens dire quelques mots encore sur le plus ineffable des sacrements... Est- ce témérité?... Oh! non, c'est bonheur, c'est trop de bonheur pour moi que de parler de ce qui fait ma vie!... et je sens que mille fois je verserais mon sang avec délices pour faire connaître à tous les hommes, à tous les indifférents du siècle, les félicités infinies qu'on goûte à la table du Dieu de paix, du Dieu d'amour, de Celui qui nous crie de ses tabernacles de la terre:« Venez à moi... je suis au milieu de vous, et vous ne me connaissez pas... Venez, je suis la voie, la vérité et la vie... Oh! si vous connaissiez le don de Dieu!... Venez, AVANT- PROPOS. vous qui portez le poids du jour, vous qui avez des chagrins et des peines; venez, et je vous soulagerai, et je vous rendrai la paix, et je vous redonnerai la vie.»> Que malheureux est donc l'homme du siècle, avec ses vaines ambitions, ses mille fatigues à poursuivre un fantôme de bonheur, à courir après le mensonge, pour fuir la vérité, la lumière, l'avant- goût des cieux, la félicité des Anges!... Tant d'autres, hélas! sur des plages moins heureuses, sont privés des secours sans nombre qui nous entourent! O Corozaïm, ô Bethzaïda, si les miracles qui se font journellement chez vous étaient faits dans Tyr et dans Sidon!... Mais comment leur crier à tous?... le moyen de s'en faire entendre? Les lieux où ils sont en lutte incessante avec la fortune, la gloire et tant de passions déchirantes, ces lieux sont des régions maudites où l'on n'écoute passer que le bruit des tempêtes et les rugisse 9 ments de l'orage... Ma voix est trop faible: je n'ai voulu parler qu'à des frères, à des amis, à ceux avec lesquels je bénis journellement Jésus, à ceux que je dois revoir au ciel pour louer et bénir encore éternellement Jésus. AVANT- PROPOS. sans Le titre de cet ouvrage en explique le contenu. Je parle à des fidèles qui croient et qui font de leur foi toutes leurs délices. C'est à un trop pauvre cœur, il est vrai, que j'ai demandé durant quelques jours ces courtes méditations, et cependant ce cœur, autres paroles souvent que des larmes, s'est brisé bien des fois en écrivant ces lignes. Oh! c'est que j'ai tant à bénir, tant à rendre grâces!... Je devrais tant aimer un Dieu qui m'a ramené du fond des solitudes de la mort jusque dans le bercail... jusqu'au pied de sa table... parmi ses amis et ses Anges! Mais ces soliloques de mon cœeur ne seront entendus que des âmes pieuses, 10 AVANT- PROPOS. des âmes tendres et toujours bienveillantes; je suis donc sûr de trouver auprès d'elles accueil et sympathie. J'ai cru faire plaisir à mes lecteurs en préludant à tous mes chapitres par un texte de l'Ecriture et un extrait des meilleurs écrivains qui ont parlé de l'Eucharistie. N'y aurait- il que cela de bon dans cet ouvrage, ce serait, ce me semble, bien assez pour le faire aimer des amis de la table eucharistique. Plus qu'un mot: je prie, je conjure instamment les personnes pieuses qui liront ce petit livre, de vouloir bien se souvenir quelquefois de moi dans leur fervente communion, afin qu'assis dans cette vie à la même table, nous nous retrouvions dans les cieux au même banquet... Oh! quel gage d'immortalité! Qu'elle est consolante cette promesse de notre Dieu: Celui qui mange de ce pain vivra éternellement! Qui manducat hunc panem, vivet in æternum.( S. JEAN, C. VI, V. 59.) LA SAINTE COMMUNION C'EST MA VIE! 0 Sic enim Deus dilexit mundum, ut tilium suum unigenitum daret: ut omnis qui credit in eum, non pereat, sed habeat vitam æternam. Car Dieu a aimé monde jusqu'à donner son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. ( S. Jean, c. III, v. 16.) O mon Sauveur, quelle netteté! quelle précision! quelle force! mais en même temps quelle autorité et quelle puissance dans vos paroles! Femme, tu es guérie; et elle est guérie à l'instant. Ceci est mon corps, c'est son corps. Ceci est mon sang, c'est son sang. Qui peut parler en cette 12 LA SAINTE COMMUNION. sorte, sinon Celui qui a tout en sa main? Qui peut se faire croire, sinon Celui à qui faire et parler c'est la même chose? Mon âme, arrête- toi ici, sans discourir; crois simplement, aussi fortement que ton Sauveur a parlé, avec autant de soumission qu'il fait paraître d'autorité et de puissance. Il veut dans ta foi la même simplicité qu'il a mise dans ses paroles. Ceci est mon corps, c'est donc son corps; Ceci est mon sang, c'est donc son sang. Dans l'ancienne façon de communier, le prêtre disait: Le corps de Jésus- Christ, et le fidèle répondait: Amen( il est ainsi); Le sang de Jésus- Christ, et le fidèle répondait: Amen( il est ainsi). Tout était fait, tout était dit, tout était expliqué par ces trois mots: je me tais, je crois, j'adore: tout est fait, tout est dit. ( BOSSUET, Méditations.) DIEU A TANT AIMÉ. Le propre de Dieu est d'aimer; l'amour est son essence, et toutes LA SAINTE COMMUNION. 13 les œuvres sorties de ses mains publient qu'il est amour: Deus charitas est. Mais c'est surtout sur l'autel eucharistique que ces mots se trouvent gravés en lettres ineffaçables. Quitter les splendeurs des cieux, se faire homme afin que lui- même qui est la vie pût mourir; souffrir de la part des hommes, pour les sauver, toutes les fureurs de leur barbarie et de leur haine, mourir déchiré, ensanglanté, abandonné de tous sur un infâme gibet, n'était- ce pas assez pour nous prouver son amour? C'était trop sans doute... Et cependant, voyez sur l'autel ce même Dieu fait homme se constituer encore en état de victime... et, pour compléter et perpétuer à jamais le don qu'il nous fit de lui- même, nous donner de nouveau la même chair 14 LA SAINTE COMMUNION. qu'il avait prise pour se rendre semblable à nous, se donner ainsi pour nous en sacrifice perpétuel, et vouloir rester jusqu'à la consommation des siècles notre nourriture, notre breuvage... Que dire, que faire devant de tels prodiges, si ce n'est de s'anéantir avec les Anges dans un silence d'admiration, d'actions de grâces et d'amour? Mais comment Dieu a- t- il fait cela? -Celui qui est la voie, la vérité, la vie, Jésus- Christ Fils de Dieu a parlé.« Il a pris du pain et il a dit: Ceci est mon corps, mon vrai corps, mais sous la figure du pain. Il a pris une coupe pleine de vin, et il a dit: Ceci est mon sang, mon vrai sang, sous la figure de ce vin, dont j'ai rempli la coupe que je vous présente.... Et l'Eglise le mange, LA SAINTE COMMUNION. 15 l'Église le reçoit; comme épouse, elle jouit de son corps; elle lui est unie corps à corps, pour lui être aussi unie cœur à cœur, esprit à esprit. Comment tout cela s'est- il pu faire? Dieu a tant aimé le monde! L'amour peut tout; l'amour fait, pour ainsi dire, l'impossible pour se contenter, et pour contenter son cher objet. Dieu aussi a fait pour nous l'impossible: je dis pour nous; car pour lui il n'y en a point; tout lui est possible. Mais ce qui était impossible à la nature, ce que le sens humain ne peut comprendre, il l'a fait... Sous la figure de ce pain, c'est mon propre corps; sous la figure de ce vin, c'est le même sang qui a été répandu pour vous: Mangez, buvez, tout est à vous; ne songez pas à ce que vos sens vous présentent; c'est à votre foi que je parle; c'est à elle 16 LA SAINTE COMMUNION. que je dis: Ceci est mon corps. Souvenez- vous donc que c'est moi qui vous le dis. Nul autre que moi, nul autre qu'un Dieu, nul autre que le Fils de Dieu, par qui tout a été fait, ne pourrait parler de cette sorte. Souvenez- vous que sous la figure de ce pain et de ce vin c'est mon corps, c'est mon sang que je vous donne: ce corps donné à la mort, ce sang répandu pour vos péchés. « Et comment tout cela s'est- il fait? Dieu a tant aimé le monde! Il ne nous reste qu'à croire et à dire avec le disciple bien- aimé: Nous avons cru à l'amour que Dieu a eu pour nous. La belle profession de foi! le beau symbole! Que croyezvous, chrétiens? Je crois à l'amour que Dieu a pour moi; je crois qu'il m'a donné son Fils; je crois qu'il s'est fait homme; je crois qu'il s'est LA SAINTE COMMUNION. 17 fait ma victime; je crois qu'il s'est fait ma nourriture, et qu'il m'a donné son corps à manger, son sang à boire, aussi substantiellement qu'il a pris et immolé l'un et l'autre. Mais comment le croyez- vous? C'est que je crois à son amour, qui peut pour moi l'impossible, qui le veut, qui le fait. Lui demander un autre comment, c'est ne pas croire à son amour et à sa puissance.»( BOSSUET.) Ah! lorsqu'on vous aime, ô mon Dieu, on croit bien sans effort. L'amour sait bien vite découvrir l'amour. Celui qui aime peu croit peu; celui qui aime beaucoup croit beaucoup. Un jour, chrétiens, lorsque le soleil éternel dissipera les nuages qui nous voilent la vérité, à nous pauvres enfants de la terre, mais alors devenus hommes, nous serons 18 LA SAINTE COMMUNION. peut- être tout étonnés de la simplicité du mystère. En attendant, reposons- nous, pour ce que nous ne pouvons comprendre, sur la parole de Dieu, sur sa toute- puissance, sur son amour... L'amour dans Dieu n'expose point à l'erreur, et ne promet pas plus qu'il ne donne. Dieu a tant aimé!... Voilà qui explique tout, quí éclaircit tout, qui satisfait à tout... Dieu a tant aimé le monde! 0 prodige inconcevable! Mais non, ce n'est pas le miracle de sa puissance qui m'étonne, c'est celui de son amour... Dieu a tant aimé.!... Delicia meae esse cum filiis hominum. Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes. ( Prov., c. VIII, v. 31.) O mon âme, bénissez le Seigneur, et n'oubliez jamais les grâces et les biens qu'il vous a faits. C'est lui qui comble vos désirs par une abondance de tous ses biens, et vous rétablit dans une nouvelle jeunesse aussi vigoureuse que celle de l'aigle.( Ps. 102, v. 1 et 5.) Tantôt il vous dit qu'il est le nourricier d'Éphraïm, c'est- à- dire des chrétiens, qu'il les porte entre ses bras; tantôt il se compare au pélican du désert( Osée, c. XI, v. 5), qui répand son sang pour donner la vie à ses petits; ou au passereau solitaire qui passe la nuit en veillant.( Osée, c. XI, v. 8.) Comparaisons qui toutes expriment et la bonté infinie de Jésus- Christ dans la nourriture qu'il nous prépare, et la patience avec 20 LA SAINTE COMMUNION. laquelle il nous attend. Oh! qu'elle est précieuse cette nourriture! Oh! qu'elle est solide, qu'elle est salutaire! C'est la graisse du froment: Adipe frumenti satiat te ( Ps. 147, v. 3); dat Spiritus pinguedinem. ( Off. du saint Sacr.) C'est un feu qui porte celui de la charité par toute la terre: Ignem veni mittere in terram.( S. Luc, c. XI, V. 49.) C'est une source d'eau vive pour nous désaltérer: Si quis sitit, veniat ad me.( S. Jean, C. VII, v. 37.) C'est un mets délicieux et royal pour donner la vie à nos âmes: Ego veni ut vitam habeant, et abundantius habeant. ( S. Jean, c. x, v. 10.) C'est un remède efficace; c'est un préservatif et une armure; c'est le lait des enfants de Dieu; c'est son alliance avec nous, son festin nuptial, la couche du vrai Salomon; enfin c'est le testament de l'amour de Jésus et le gage le plus assuré de notre bonheur éternel.com ( Mgr l'Evêque du Belley, Entretiens du Prêtre avec Jésus- Christ.) LA SAINTE COMMUNION. 21 QUELQUES PAS AU MOINS. Tout est à Dieu. C'est assez qu'il soit, tout le reste lui est inutile. Il trouve toutes choses en lui, et mille mondes sortis de ses mains ne sauraient accroître sa grandeur, sa gloire, sa puissance et ses félicités; lorsqu'il laissa tomber de ses mains cet univers et l'homme qui le parcourt, ce fut par bonté et non par besoin. Il eût pu faire des milliers de mondes encore, qui, après tout, n'eussent rien été devant lui. S'il n'eût rien fait, l'être manquerait aux choses; mais rien ne lui manquerait à lui, parce qu'il est indépendant de toutes choses. Il est Celui qui est, il est tout ce qu'il faut pour être heureux et parfait. Et cependant voyez quelles pro 22 LA SAINTE COMMUNION. fondeurs dans les mystères de l'amour de Dieu pour les hommes! Voyez combien Dieu a aimé cette créature avec laquelle il dit faire ses délices, et dont il semble avoir besoin, tant il la recherche, tant il se montre jaloux de posséder son coeur! Tout devant être mis en la puissance de l'homme, Dieu l'a créé après tout le reste.« Il l'introduit dans l'univers, dit Bossuet, comme on introduit dans la salle du festin celui pour qui il se fait, après que tout est prêt et que les viandes sont servies.»> Préposé à tous les ouvrages de ses mains, placé peu au- dessous de l'Ange, couronné de gloire et d'honneur, recevant de son créateur la justice, la droiture originelle, et revêtu par lui d'immortalité, que manquera- t- il à l'homme? Dieu veut encore contracter avec lui la plus LA SAINTE COMMUNION. 23 fortunée des alliances; et dans les. magnifiques solitudes de l'Éden, le Père et le fils, Dieu et l'homme s'entretiennent familièrement ensemble. Et cependant le fils se révolte et devient tristement prévaricateur.... Dès lors l'alliance est de droit rompue, car l'Être éternel ne peut communiquer avec la mort, la pureté avec le crime.... Eh! que va donc devenir l'homme?... Ah! nous qui n'avons pas eu à soupirer après le Messie, mais qui prions aujourd'hui à l'ombre même de l'arbre de son sacrifice, nous savons comment Dieu, dans ses miséricordes, a su tout réparer; nous connaissons par quelle chaine de miracles il a réhabilité sa créature et lui a magnifiquement rendu ses priviléges le plus beau était bien sans doute de communiquer avec le 24 LA SAINTE COMMUNION. Créateur;« mais cette communication ne pouvait plus avoir lieu immédiatement comme dans le paradis terrestre: premièrement, parce que notre origine est demeurée souillée; en second lieu, parce que notre corps, maintenant sujet au tombeau, est resté trop faible pour communiquer directement avec Dieu sans mourir. Il fallait done un moyen médiat, et c'est le Fils qui l'a fourni. Il s'est donné à l'homme dans l'Eucharistie, il est devenu la route sublime par qui nous nous réunissons de nouveau à Celui dont notre âme est émanée.»( CHATEAUBRIAND.) O admirable invention de l'amour de notre Dieu! Ah! bien mieux que nous il connaît nos besoins, et voilà pourquoi ce Dieu bon, cet ami, cet amant passionné, veut descendre LA SAINTE COMMUNION. 25 jusqu'à l'homme qui ne peut encore monter à lui, afin que rien ne manque à sa créature de ce qui peut assurer sa paix sur la terre et sa félicité dans le ciel. 0 mon Dieu, je ne suis qu'une ombre qui passe, qu'une poussière, le jouet du vent, qu'un insecte né de boue, qu'un grain de sable perdu dans l'immensité de vos oeuvres; et cependant, vous que des milliers d'Anges adorent, vous assis sur les Chérubins, vous descendez des hauteurs inaccessibles de votre trône éternel, vous franchissez un intervalle immense, des espaces infinis, pour arriver jusqu'à moi, jusqu'à mon cœur, si indigent, si misérable... Et comme si ce n'était pas assez, ô mon Dieu, de venir à l'homme, à cet être déchu qui vous désire, qui vous appelle, vous l'appelez vous 26 LA SAINTE COMMUNION même le premier, vous l'appelez avec instance: Venez à moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai; venez, j'ai désiré d'un grand désir de manger cette Pâque avec vous. Ah! tous les hommes, pour aller à vous, ne se sentiront- ils donc pas embrasés d'un peu de ce même amour qui vous porte à descendre ainsi jusqu'à nous? Ne feront- ils pas quelques pas au moins pour répondre à tant de prévenances et vous porter ces cœurs dont vous êtes si jaloux, et dont vous êtes, Seigneur, doublement le maître? aller O hommes, quelques pas, quelques pas au moins, pour répondre à un amour éternel, inépuisable et sans bornes.... Univ.- Bibl. Glessen Memoriam fecit mirabilium suorum... escam dedit timentibus se. Le Seigneur a perpétué la mémoire de ses merveilles: il a donné la nourriture à ceux qui le craignent. ( Ps. 110, v. 4.) Qui pourra expliquer les prodiges que votre toute- puissance opère dans ce Sacrement? Quis loquetur potentias Domini? ( Ps. 105, v. 2.) Ceux que vous avez opérés, ô mon Sauveur, pendant presque toute votre vie, ont eu leur temps et leur lieu déterminé; mais vous renouvelez les prodiges de la sainte Eucharistie tous les jours, à toute heure, dans une infinité de lieux. Là, vous changez toute la substance du pain et du vin en celle de votre corps et de votre sang, qui se réduisent sous un point et se reproduisent une infinité de fois. Là, vous êtes renfermé dans une petite hostie et dans chaque partie de l'hostie. Vous con 28 LA SAINTE COMMUNION. servez les accidents du pain et du vin sous leur substance, qui est changée par le miracle de la transsubstantiation. Vous êtes tout à la fois dans le ciel à la droite de votre Père, et sur la terre dans des millions de lieux, toujours le même et tout entier. Ce sont là les miracles journaliers de votre amour pour nous, sans parler de plusieurs autres que vous avez opérés de temps en temps pour relever la gloire de ce mystère ineffable. C'est ici, Seigneur, que je ne saurais m'empêcher de m'écrier avec saint Tho... mas: Dominus meus et Deus meus.( S. Jean, c. xx, v. 28.) Il n'y a qu'un Dieu qui puisse opérer tant de prodiges. Il n'y a qu'un amour comme le vôtre qui puisse tracer le plan de tant de merveilles, pour vous mettre en état de vous donner et de vous unir à nous. ( Mgr l'Évêque du Belley, Entretiens du Prêtre avec Jésus- Christ.) LA SAINTE COMMUNION. 29 QUE DE MERVEILLES DANS CE SACREMENT D'AMOUR!... La présence réelle de Jésus- Christ dans la sainte Eucharistie est le dogme chrétien par excellence. C'est là, dans ce perpétuel miracle de la charité divine, que le Seigneur a éternisé la mémoire de ses merveilles: Memoriam fecit mirabilium suorum, escam dedit timentibus se. En effet, ce prodige renouvelle, réunit en un seul et surpasse tous les prodiges qui ont éclaté dans les siècles; la création du monde est moins admirable... La parole qui fit le ciel et la terre et donna l'être à la créature, donne ici, par une opération mystique et divine, un nouvel être à l'être incréé, au Fils de Dieu lui- même; et ce miracle ici n'est. 30 LA SAINTE COMMUNION. point fait sur la créature par la puissance du Créateur, mais par la créature sur le Créateur lui- même. Lorsque Josué nous apparaît arrêtant le soleil dans sa course rapide, et se voyant obéi par le Dieu de la nature, se montre- t- il aussi grand à nos regards que le prêtre fixant sur l'autel par sa parole, non plus le soleil de notre ciel, mais celui du ciel des cieux, Dieu lui- même, le créateur de notre univers et des astres qui l'éclairent? Au milieu du mystérieux appareil des sacrifices d'Israël, la majesté de Dieu se manifestait visiblement; le feu descendait du ciel et consumait la victime; mais un plus grand prodige encore s'opère chaque jour sous nos yeux.« Le prêtre parle, et sa parole, plus prompte et plus efficace que la foudre, frappe le pain, frappe LA SAINTE COMMUNION. 31 le vin, pénètre leur substance, la dévore, la consume de manière qu'il n'en reste plus que l'apparence; il n'y a plus sur l'autel, après la consécration, ni pain ni vin; leur nom même a disparu; ils sont devenus ce que la parole les a nommés, le corps et le sang du Dieu sauveur.»( L'abbé RAFFRAY.) an nocular Nous retrouvons encore concentrées dans cette merveille de l'autel, dans ce mystère d'infinie charité, toutes les merveilles qui ont éclaté dans la vie de l'Homme- Dieu, tous les plus sublimes mystères opérés pour notre salut. C'est là le mémorial et la concentration de toutes les inventions de l'amour d'un Dieu; c'est l'abrégé, le complément et l'extension sans mesure du plus prodigieux effet de son amour pour nous. 32 LA SAINTE COMMUNION. Ainsi, par l'ineffable mystère de l'Incarnation, Dieu unit la nature divine à la nature humaine; et ici, agrandissant le prodige, il s'unit substantiellement avec chacun des hommes qui se rendent dignes de le recevoir, non plus une fois, mais tous les jours et dans la suite des âges; non plus en un lieu, mais dans tous les lieux du monde: dans l'Incarnation, c'est le Fils de Dieu quí emploie sa toute- puissance pour se faire homme; mais dans l'Eucharistie, c'est le Fils de Dieu qui emploie sa toute- puissance divine pour faire de nous des dieux: Dii estis. « Oui, dans l'Eucharistie, Jésus a opéré des prodiges pareils aux mystères les plus sublimes et aux oeuvres les plus magnifiques de son Père et de lui; vous y trouverez la majesté de la création, les glorieux anéantis LA SAINTE COMMUNION. 33 sements de l'incarnation, les saintes divisions de la circoncision, la transfiguration et ses splendeurs, la passion et son sacrifice, la résurrection et ses grandeurs. Ici, comme dans le baptême, les infusions de la foi; comme dans la confirmation, cette foi affermie; comme dans la pénitence, les péchés oubliés remis quelquefois; comme dans l'ordre, un prêtre et une victime; comme dans le mariage, une alliance étroite; comme dans l'extrême- onction, un baume salutaire pour guérir les blessures et pour fortifier dans les derniers combats. Que de merveilles dans ce sacrement!»( L'abbé MAITRIAS.) toe Ah! Seigneur, vous nous avez laissé par ce mystère adorable un immense souvenir de votre passage au milieu de nous! La sainte Eucha3 34 LA SAINTE COMMUNION. ristie nous laisse la mémoire de votre naissance, de votre yie, de vos souffrances, de votre mort, de votre gloire. Oh! combien nos cœurs devraient être enflammés! En participant à ce pain, nous communions au Sauveur né pour nous, mort pour notre salut, ressuscité pour notre justification, élevé au ciel pour notre espérance éternelle. Toutes les fois que nous mangerons ce pain et que nous boirons ce calice, le Seigneur se souviendra à jamais de son alliance contractée avec nous par l'Incarnation et la Rédemption; il fera connaitre à son peuple la puissance de ses oeuvres, lui disant par la voix de tout son sang: Reçois, à mon peuple, mange, incorpore, identifie à ton être si faible ton Créateur, ton Sauveur, ton Dieu, ton tout. Gustate et videte Goûtez la LA SAINTE COMMUNION. 35 différence qui se trouve entre les voluptés des sens et les délices surnaturelles du cœur que l'on goûte en Jésus- Christ. Videte, voyez le mystère de l'Incarnation renouvelé en vous par la communion, les fruits de la Rédemption appliqués par le saint sacrifice, le mystère de la Résurrection communiqué par la vie nouvelle que l'Eucharistie produit dans les âmes; enfin, le mystère du Saint- Esprit perfectionné par la réception de Celui même qui le donne. Voyez maintenant ce que Jésus- Christ demande de vous. Qui me mange vivra pour moi. « Venez done, s'écrie Bossuet; venez avec vos habits les plus riches; venez avec toutes les vertus; venez avec une joie digne du festin qu'on vous fait, et de la viande immortelle qu'on vous donne. Ce pain est le 36 LA SAINTE COMMUNION. pain du ciel; ce pain est un pain vivant qui donne la vie au monde. Venez, mes amis, mangez et buvez; enivrez- vous, mes bien- aimés, de ce vin qui transporte l'âme et lui fait goûter par avance les plaisirs des Anges.» Psallat fides, spes tripudiet, exsultet charitas, devotio plaudat, puritas jucundetur!( Bulle d'Urbain IV.) Qu'en présence de ce Sacrement d'amour, la foi fasse entendre ses cantiques de joie; que la charité pousse au ciel les exaltations de son bonheur; que la piété fasse entendre ses bénédictions; que la pureté de coeur laisse s'épancher ses chants de triomphe et d'amour! Vere tu es Deus absconditus, Deus Israel salvalor. Vous êtes vraiment un Dieu caché, Dieu d'Israël, ô Sanveur! no estiloni ta ( Isaie, c. XLV, v. 15.) L'oeil de la foi, lorsque, pareil à la lumière, il brille dans le coeur d'un chrétien, contemple à découvert l'Agneau de Dieu, qui a été immolé pour nous, et qui nous a donné son corps saint et sans tache pour nous en nourrir continuellement... Celui qui est doué de cet œil de la foi aperçoit Dieu dans une clarté intuitive, et d'une foi pleine et bien assurée il mange le corps sacré et boit le sang de l'Agneau sans tache sans se livrer, sur cette sainte et divine doctrine, à des recherches curieuses... Pourquoi sondez- vous ce qui n'a point de fond? Si vous sondez avec curiosité, vous 38 LA SAINTE COMMUNION. ne méritez plus le nom de fidèle, mais celui de curieux. Soyez donc innocent et fidèle... Pour moi, mes frères, ne pouvant saisir par la pensée les sacrements de JésusChrist, je n'ose aller plus loin, ni essayer encore d'atteindre à la hauteur de ces mystères sacrés; et si j'en voulais parler audacieusement, je ne les comprendrais pas davantage. Je ne serais qu'un téméraire, un insensé, battant l'air de mes vains et inutiles efforts; car l'air échappe à toute prise par sa rareté et sa ténuité; et ces saints, ces vénérables, ces redoutables mystères sont au- dessus de toutes les forces de mon génie. ( S. ÉPHREM.) LE DIEU CACHÉ. Vous êtes vraiment un Dieu cache, Dieu d'Israël,& Sauveur! s'écrie le prophète fils d'Amos. Il n'y a rien en effet de plus caché, et ce LA SAINTE COMMUNION. 39 pendant de plus connu que le Dieu que nous adorons. Son essence remplit le monde, et son immensité est si grande, qu'il ne peut rien produire qu'il ne renferme. Toutes les créatures sont des images de sa grandeur et des preuves de sa puissance, et cependant rien de plus secret que Dieu. Il se fait sentir et ne se laisse point voir; il se prouve et ne peut se comprendre. Nous portons son nom gravé dans le fond de notre être, et lorsque notre esprit veut fixer ce soleil créateur, le moindre de ses rayons nous éblouit et nous force à baisser le regard. « Mais, nous dit Pascal, il est utile pour l'homme que Dieu soit caché en partie et découvert en partie, puisqu'il est également dangereux à l'homme de connaître Dieu sans connaître sa misère, et de connaître 40 LA SAINTE COMMUNION. sa misère sans connaître Dieu.»> Ce n'est qu'au séjour de l'immortalité que Dieu se montrera à nous à découvert et sans voiles, et en attendant, s'il est assez caché pour exercer toute la soumission de notre foi, il est assez connu pour nous attacher à notre foi par les liens les plus étroits. Quoique caché, Dieu se fait assez connaître à ceux qui le cherchent de tout leur coeur. Loin de se plaindre de ce qu'il s'est caché, il faut lui rendre grâces de ce qu'il s'est tant découvert, et lui rendre grâces aussi, dit encore Pascal, de ce qu'il ne s'est pas découvert aux sages, ni aux superbes indignes de connaître un Dieu si saint. Ah! si Dieu devait être pour nous un Dieu caché, n'était- ce pas surtout dans ce Sacrement adorable, où le plus inexplicable amour le fait des LA SAINTE COMMUNION. 41 cendre jusque dans le cœur de sa frêle créature? Le Dieu incompréhensible dans sa grandeur et sa puissance, lui qui, d'un regard, fait fondre les montagnes, ébranle les mondes jusque dans leurs dernières profondeurs; lui que les Anges éblouis ne contemplent face à face que dans l'attitude de l'anéantissement et en se voilant de leurs ailes; ah! ce Dieu, qui eût atterré l'homme d'un seul rayon de ses splendeurs, si dès la création de notre monde il ne se fût caché aussitôt dans le sanctuaire de son invisible empire, il faut bien aujourd'hui, puisqu'il veut descendre jusqu'à l'homme, jusqu'au fond de son cœur, il faut bien qu'il se voile du plus épais nuage. S'il se montrait ce qu'il est, notre frèle humanité soutiendrait- elle un tel éclat? L'âme, sous le poids de sa félicité, 42 LA SAINTE COMMUNION. ne briserait- elle pas ses liens mortels? Nul homme ne peut me voir et vivre. zitsh Et puis, ce Dieu qui a pour nous tant d'amour, veut éprouver aussi jusqu'où va le nôtre, et savoir s'il est aimé pour lui- même. S'il se fait appeler le Dieu caché, ne se fait- il pas appeler aussi le Dieu jaloux du coeur de sa créature? Demain il sera l'Eternel se montrant à nous dans la majesté de sa gloire, et sa vue alors sera pour nous l'ineffable extase de notre béatitude. Aujourd'hui c'est le roi qui se cache dans l'extérieur le plus humble pour ne pas intimider l'indigent qu'il visite, et pour avoir plus de droits à son amitié et mieux recueillir ses plaintes et ses besoins. Oui, sans doute, le Dieu de l'Eucharistie est véritablement plus que partout ailleurs un Dieu caché: Vere LA SAINTE COMMUNION. 43 tu es absconditus. Sa grandeur, elle se cache sous la petitesse d'une hostie, sa puissance sous de faibles espèces, son immensité sous un atome, son éternité sous un moment, sa sagesse sous une apparente folie. Oui, c'est le Dieu caché, plus caché que dans le sein de Marie, plus caché que dans la crèche, plus caché que sous les opprobres du Calvaire, plus caché que dans le tombeau; car ici son humanité, sa divinité, ses humiliations et sa gloire, ses souffrances et sa béatitude, tout est caché. O admiranda altitudo! O superna dignatio! O sublimitas humilis!( S. AUGUSTIN.) Mais que vos voies sont admirables, ô mon Dieu! Ah! pour qui vous aime, vous n'êtes pas le Dieu caché, car vous vous faites trop fortement sentir au cœur. Les apparences qui vous voilent sont 44 LA SAINTE COMMUNION. assez transparentes aux yeux de l'âme fidèle pour la faire tressaillir de bonheur en votre présence et la plonger dans la contemplation de votre incommensurable amour, comme le Séraphin dans les rayons de vos splendeurs éternelles. Oui, mon Dieu, dans le mystérieux instant surtout de la sainte communion, l'âme, embrasée de votre charité, vous voit, vous sent et vous touche.« Elle vous touche, dit saint Bernard, du doigt de l'amour et des embrassements de l'âme.» Elle vous parle, elle vous entend, elle vous répond, et le passage que vous faites dans son cœur, ô mon Dieu, lui donne quelque chose de la félicité des élus. « Quand je n'aurais pas été convaincu de la présence réelle de JésusChrist dans la sainte Eucharistie 45 LA SAINTE COMMUNION. par des preuves sans réplique, comme je l'ai été, disait un protestant converti à la foi, ce que je sens, ce qui se passe en moi au pied des saints autels, et surtout dans la divine communion, dissiperait aujourd'hui tous mes doutes.» Hic est panis qui de cæelo descendit. Non sicut manducaverunt patres vestri manna, et mortui sunt. Qui manducat hunc panem, vivet in æternum. C'est ici le pain qui est descendu du ciel. Il n'en est pas comme de vos pères qui ont mangé la manne, et qui sont morts. Celui qni mange de ce pain vivra éternellement. ( S. Jean, c. VI, v. 59.) J'aime, et sur mon cœur a palpité le cœur de mon bien- aimé. C'était.... oh! ma langue tremblante ose à peine le dire.... c'était le Seigneur! le Seigneur qui, tout brillant de gloire, règne dans les cieux, et qui toutefois fait ses délices de l'homme, cette chétive créature errant en cette vallée! Et les pures intelligences le voient avec étonnement descendre voilé vers cet héritier de fautes et de douleurs, guérir de ses mains ce ver pauvre et déchiré, et, s'il 47 LA SAINTE COMMUNION. en est aimé, redire ses joies à tous les mondes. Je l'ai vu s'approcher de moi et me dire avec douceur:« Pourquoi te dérobes- tu ainsi à mes désirs?» Il s'approchait toujours, toujours; et toujours l'éclat de son front se faisant plus amoureux, mon cœur fut enflammé, et le sera toujours! J'aime, et sur mon cœur a palpité le cœur de mon bien- aimé: c'était.... oh! oui, je le proclame à la face de l'univers... c'était le Seigneur! Je l'ai vu, je l'ai connu; il m'aime, je l'aime! ( SILVIO PELLICO, Poésies catholiques.) 01 LA RENCONTRE. Comme tant d'autres, hélas! j'ai pleuré bien des fois sur les rudes sentiers de la vie, et personne qui 48 LA SAINTE COMMUNION. voulût sécher mes larmes; et lorsque le monde, se riant de ma détresse, m'invitait à ses fêtes, ce n'était que pour me plonger dans de plus grandes angoisses encore; et toujours mon pauvre cœur soupirait tristement, car il s'était éloigné de vos voies, ô mon Dieu. Ah! pauvre cœur de l'homme, ton soleil c'est Dieu, ton élément c'est Dieu. Chaque être dans la nature n'a- t- il pas sa place, hors de laquelle il est en souffrance? Eh bien! ta place à toi est dans Dieu, dans sa justice, dans son amour. Hors de là point de paix, point de vie, point de bonheur; hors de là tu ne peux trouver que des souffrances, des larmes, des larmes cruelles, et la mort. C'est bien tard, mon Dieu, que j'ai compris cette vérité. Elle était loin déjà dans les solitudes du désert, la LA SAINTE COMMUNION. 49 brebis égarée que poursuivait votre amour. Mais enfin, grâce à vous, après tant de fatigues, tant de mauvais sommeils, tant de rêves fàcheux, j'ai enfin trouvé le repos et la paix. Vous qui me cherchiez, moi qui vous fuyais, nous nous sommes rencontrés sur un des chemins de la vie. J'ai arrosé vos pieds de mes larmes. Vous m'avez pardonné; puis, dans un songe divin, j'ai senti votre ange déposer sur mes lèvres un pain délicieux, un pain préparé au ciel pour les voyageurs de la terre; et du fleuve de paix et d'amour qui réjouit éternellement la cité des élus, quelques gouttes alors sont tombées dans mon âme. Heureuse rencontre du Dieu trèssaint avec ce pauvre pécheur tout souillé de la boue du monde! heureuse rencontre du meilleur des 50 LA SAINTE COMMUNION. pères avec ce fils prodigue, du médecin avec ce malade, du souverainement riche avec ce dernier des indigents! oh! que de merveilles vous avez produites!... Maintenant, ô Dieu bon, vous lui dites: Mon fils, maintenant vous l'enrichissez de vos grâces, maintenant vous lui donnez tout bonheur. Je suis à Dieu, j'ai dans moi la paix des Anges, je les appelle mes frères; je fais ma vie sur la terre de ce qui est leur vie dans les cieux, et je ne m'endors chaque soir qu'en entrevoyant avec une douce confiance le béatifique réveil qui m'est promis dans leur éternel séjour. Ah! puisque ce dissipateur vous a rencontré sur la terre lui ouvrant vos bras et lui pardonnant, vous rencontrerait- il dans les cieux armé de vos foudres et le chassant de votre LA SAINTE COMMUNION. 51 présence? C'est depuis lors encore qu'il vous a rencontré si souvent dans l'adorable Sacrement de votre amour; et durant ces si délicieux instants d'intimes entretiens, vous ne lui dites pas alors qu'il n'y aura pour lui qu'une éternité sans amour; vous lui faites entrevoir, au contraire, cette éternité comme une durée sans fin, où toujours, toujours et sans crainte de vous perdre, il pourra vous aimer et chanter avec tous vos élus vos infinies miséricordes: Misericordias Domini in æternum cantabo. Oh! qu'elles seront belles et resplendissantes dans l'éternité, ces générations chastes qui ne sauront que toujours aimer et bénir!... 0 hommes, voulons- nous qu'après la vie Dieu nous reçoive dans sa paix éternelle, ne vivons pas en 52 LA SAINTE COMMUNION. guerre avec lui sur la terre. Voulons- nous le rencontrer au jour de l'éternité nous recevant dans ses miséricordes, allons souvent à sa rencontre sur la terre lorsqu'il nous invite si tendrement à son amour. Dicit ei Jesus: Ego sum via, et veritas, et vita. Jésus lui dit: Je suis la voie, la vérité et la vie. ( S. Jean, c. XIV, V. 5.) Venez tous, et voyez l'œuvre du Seigneur, il a rendu mon âme à la vie. Je vis maintenant; mais non, ce n'est pas moi qui vis; c'est Jésus- Christ qui vit en moi; mes ténèbres ont été visitées par sa lumière, ma misère par sa force, ma mortalité par la grâce. Venez donc, pécheur, goûtez d'abord cette vie admirable, et ensuite vous verrez, vous sentirez combien est consolant ce passage de l'état où vous êtes à l'état où Jésus- Christ veut vous amener; vous comprendrez que l'homme est mort s'il ne jouit que de la vie matérielle qu'il partage avec les animaux, et qu'il ne vit véritablement que lorsque son âme, unie à Dieu, s'élève 54 LA SAINTE COMMUNION. et se rattache à son principe et à sa fin. En deux mots, l'homme ne vit que par l'âme; s'il est dominé par les sens, il s'abrutit; mais l'âme, à son tour, ne vit que par Dieu; hors de là elle ne trouve dans la raison, dans la science, dans les affections terrestres, qu'une nourriture très- insuffisante: elle végète, elle périt. Or c'est dans la communion surtout que se consomme cette vie de Dieu communiquée à nos âmes: c'est là que Dieu devient l'âme de notre âme, le cœur de notre cœur, et que, vivant de son esprit, nous recueillons de cet esprit divin la paix, la joie et la vie éternelle. ( M. LECOURTIER, Explication des messes de l'Eucologe de Paris.) JÉSUS EST MA VIE. OUD Oui, mon Dieu, vous êtes ma vie, et je comprends bien aujourd'hui que vivre loin de vous ce n'est pas LA SAINTE COMMUNION.. 55 vivre, mais bien tristement végéter et mourir. Vous êtes ma vie, vous qui unissez si souvent votre chair à ma chair, votre sang à mon sang. O union admirable, union divine qui me fait demeurer en vous et vous en moi!... Et si vous êtes pour moi, si vous êtes en moi, que puis- je craindre, ô mon Dieu? Ne donnez- vous pas à ceux qui se nourrissent de vous une paix, une résignation, un entier abandon dans votre amour qui les met audessus des mille contrariétés, des mille afflictions de la vie, pour ne plus entrevoir que l'éternelle vie promise à ceux qui vivent de vous sur la terre? Celui qui mange ma chair et boit mon sang vivra éternellement. Vous êtes ma vie, ô pain mystérieux qui me fûtes donné par votre ange, lorsque, épuisé de ma course 56 LA SAINTE COMMUNION. dans les solitudes du monde, je vins me jeter en larmes à ses pieds, lui demandant de rendre la paix à mon cœur: Levez- vous, et mangez; et lorsque j'ai eu goûté de ce pain descendu du ciel, les forces me sont revenues; et bientôt votre ange, s'approchant encore de moi, me redit: Levez- vous, et mangez, car il vous reste un grand chemin à faire. Et revenu à cette nourriture céleste, nourri souvent de ce pain des Anges, voilà que je m'achemine vers votre sainte montagne, l'âme pleine de courage, débordant de consolations et d'espérances, oui, d'espérances, ô mon Dieu, car je sais qu'à cette vie divine commencée, conservée, perfectionnée de jour en jour sur la terre, succèdera une vie consommée à jamais, immuable et éternelle dans le ciel. LA SAINTE COMMUNION. 57 Cette vie persévérante dans votre grâce et votre amour, je la demande, ô mon Dieu, à vos miséricordes infinies, car je sens que je ne puis la tenir que de vous seul. Ah! gardezla- moi toujours, ô Jésus qui êtes ma vie, cette vie de grâce, cette vie si heureuse dont vous inondez l'âme chrétienne à votre table angélique. Sainte Thérèse disait sur les visites de notre Seigneur dans l'oraison:« Comment voulez- vous que je ne croie pas qu'un roi m'a visitée, quand je me trouve les mains remplies des plus précieux diamants de la couronne?» Que de pauvres prodigues mourant autrefois de faim et de soif n'ont plus su comment retenir les élans de leur âme, lorsque, admis à la table du Père de famille, ils ont pu dire à tous leurs pauvres frères égarés:« Comment voulez- vous que 58 LA SAINTE COMMUNION. je ne croie pas qu'un roi m'a visité, quand je me trouve les mains remplies des plus précieux diamants de la couronne? Comment voulez- vous que je vive encore de votre vie, que je me nourrisse de vos vanités, de vos mensonges et de vos fables, lorsque j'ai trouvé Celui qui est la voie, la vérité et la vie? Jésus est ma vie, et dans cette vie céleste j'ai trouvé toutes les félicités des Anges...» O Dieu, que vos miséricordes sont. done grandes!... que vos voies sont admirables!... Il n'y a que vous qui puissiez ainsi faire de l'homme, couvert des tristes haillons d'une vie charnelle et terrestre, un ange revêtu de toute la parure des cieux. « J'ai été souvent témoin, dit un pieux et savant missionnaire, des dispositions d'une foule de chrétiens qui se sont confessés dans des temps P LA SAINTE COMMUNION. 59 de solennité, de missions et de retraite. En leur donnant la sainte communion, en voyant leur recueillement profond, la piété, la joie céleste peinte sur leurs visages; instruit d'ailleurs des efforts généreux de ces âmes pour se réconcilier, pour se défaire de leurs passions, pour rendre à autrui ce que la charité et la justice exigeaient, pour entretenir la paix et remplir continuellement leurs devoirs; connaissant la délicatesse de leur conscience, et leur empressement à se préparer à ce divin mystère. Non, non, me disais- je à moi- même, les yeux baignés de larmes, il n'y a qu'un Dieu qui fasse de si profondes impressions dans les âmes; il n'y a qu'un Dieu qui puisse ainsi absorber nos esprits, faire disparaître et oublier toutes les créatures; il n'y a 60 LA SAINTE COMMUNION. qu'un Dieu qui puisse ainsi imposer silence à toutes les passions les plus furieuses; il n'y a qu'un Dieu qui puisse ainsi changer les coeurs, les attirer à lui et en faire tout le bonheur ici- bas. J'ai souhaité souvent que nos frères séparés et ennemis de l'Eucharistie fussent présents à ce spectacle de religion; bientôt ils seraient convertis.>> 1 Præbe, fili mi, cor tuum mihi. Mon fils, donne- moi ton cœur. ( Prov., c. XXIII, v. 26.) Hélas! Seigneur, que pensais- je quand je ne pensais pas à vous? De quoi me ressouvenais-je quand je vous avais oublié? qu'aimais- je quand je ne vous aimais pas? N'étais- je pas misérable de servir la vanité au lieu de la vérité? Hélas! le monde, qui n'est fait que pour me servir, dominait et maîtrisait mes affections. Je vous renonce, pensées vaines, souvenirs inutiles, amitiés infidèles, services perdus et misérables.... O amour éternel de mon Dieu, mon âme vous requiert et vous choisit seul sans partage. Eh! venez, Esprit saint, enflammez mon cœur de votre dilection. Ou aimer, ou mourir. Mourir et aimer soit ma vie: mourir à tout autre amour pour vivre à 62 LA SAINTE COMMUNION. celui de Jésus, afin que nous ne mourions point éternellement; mais que, vivant en votre amour éternel, ô divin Sauveur de nos âmes, nous chantions éternellement: Vive Jésus, j'aime Jésus; vive Jésus que j'aime; j'aime Jésus qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit- il. ( S. FRANÇOIS DE SALES, Vie dévote.) MON FILS, GARDE- MOI TON COEUR, ET JE TE GARDERAI TOUJOURS LE MIEN. Lorsqu'on possède en soi, par la sainte communion, Celui qui fait la félicité des bienheureux, lorsqu'on a dans son cœur tout le ciel des élus, comme l'âme pieuse ferme alors ce cœur! comme elle étreint son Dieu dans ses ineffables embrassements! comme elle se perd devant lui en profondes adorations, en re LA SAINTE COMMUNION. 63 grets amers sur le passé, en ferventes promesses sur l'avenir, en je ne sais quels ravissements d'un charme si inexprimable, que l'on ne peut en parler que comme saint Paul parle du ciel, disant ce qu'il n'est pas, ne pouvant dire ce qu'il est. L'oeil n'a point vu, ni l'oreille entendu, ni l'esprit humain compris rien de semblable. Ah! dans cet instant de sublime entrevue entre Dieu et l'homme, entre l'épouse et son bien- aimé, entre l'àme fidèle et son Jésus, le cœur, ivre d'amour, ne demande plus qu'à rester sur ce Thabor. - C'est Dieu, celui seul que j'appelais, celui seul que j'ambitionne, mon seul aimé, mon unique; c'est lui que je possède, et je crains de le perdre, et je le conjure de ne pas me quitter, de rester toujours dans 64 LA SAINTE COMMUNION. ce cœur qui ne veut de la vie d'icibas et de la vie éternelle qu'avec lui. Car il est mon ciel, il est tout ce que j'envie aux élus; l'éternité me semble trop courte pour le contempler, le bénir et l'aimer assez pour me rassasier jamais de son amour. Et cependant, par la sainte communion, Jésus ne reste avec nous qu'un seul instant. Bientôt il remonte dans les cieux, il fuit sous un des saints baisers de notre âme, in osculo sancto; il nous quitte, mais non sans nous laisser l'assurance qu'il nous aimera toujours, qu'il restera toujours en nous par son esprit, que rien ne le détachera de nous que nous ne voulions nous détacher de lui. Et l'âme fidèle, l'âme affamée de son Dieu, prête l'oreille avec bonheur à cette si douce assurance qu'il lui en donne. LA SAINTE COMMUNION. 63 O singulièrement aimée du plus fidèle des époux, âme chrétienne, âme mille fois heureuse, enfant si chère du meilleur des pères, entends comme il t'assure que rien ne le distraira de t'aimer: « Ne crains pas, mon fils, que je t'abandonne jamais. Garde- moi ton cœur, je te garderai toujours le mien. Que dis- je? le mien est à toi dès l'éternité. Je t'ai aimé une éternité avant ta naissance. Je t'ai aimé et je t'aime encore; je t'aime à toutes les heures du jour; rien ne me distrait, mon fils, de t'aimer. Je suis sans cesse attentif au mouvement des sphères célestes; je n'en laisse pas une seule s'égarer dans l'immensité, faute de lui montrer son chemin; et, malgré cette sur5 66. LA SAINTE COMMUNION. veillance vaste comme le firmament, ma pensée s'occupe encore de toi; rien ne me distrait, rien ne me distrait, mon fils, de t'aimer. Je suis perpétuellement attentif à la marche de la nature, au cours régulier des saisons, à la succession des nuits et des jours, au lever et au coucher du soleil pour chaque zone, pour chaque climat; et, malgré cette immense occupation, rien ne me distrait, rien ne me distrait, mon fils, de t'aimer. Je tiens en main le fil de toutes les affaires humaines, je suis de l'œil toutes les révolutions des royaumes et des empires; et, malgré cette sollicitude universelle, ma pensée s'occupe encore de toi; rien ne me distrait, rien ne me distrait, mon fils, de t'aimer. Je reçois dans l'éternité les ado LA SAINTE COMMUNION. 67 rations perpétuelles de millions d'Anges et de Saints absorbés dans moi et dans mon amour, mais je n'en pense pas moins à toi; rien ne me distrait, rien ne me distrait, mon fils, de t'aimer.no omolib al Quelle est la mère que les soins de la vie, les sollicitudes de la famille, ne détournent pas quelquefois du souvenir d'un fils bien- aimé, et n'arrachent pas comme malgré elle à la plus chère pensée de son cœeur? mais pour moi, rien ne me distrait, rien ne me distrait, mon fils, de t'aimer. Non, non, mon fils, ne crains pas que je t'abandonne jamais; rien ne pourra me distraire de t'aimer; garde- moi bien ton cœur, je te garderai toujours le mien.>> Il est à vous, mon Dieu, il vous appartiendra toujours sans - 68 LA SAINTE COMMUNION. partage, ce pauvre cœur dont vous êtes si jaloux. Rien jamais, ni les persécutions ni la mort ne le sépareront de votre amour. Veillez toujours sur lui pour l'abriter, pour le défendre, et toujours vous serez seul sa vie, son bonheur. Oui, toujours, ô mon Dieu, et dans cette vie, et dans l'autre, toujours... l'éternité tout entière... Nonne cor nostrum ardens erat in nobis? Ne sentions- nous pas notre cœur embrasé? ( S. Luc, c. XXIV, V. 32.) Que ceux admis à votre table se réjouissent, Seigneur, puisque c'est à eux principalement que s'adressent ces paroles: Beati qui ad cenam nuptiarum Agni vocati sunt.( Apoc., c. IX, x, v. 9.) Ils sont véritablement heureux par la possession du souverain bien, puisque c'est la vie éternelle de posséder Dieu et Jésus- Christ qu'il a envoyé; heureux par la possession de la personne de Jésus- Christ même: In me manet, et ego in eo( S. Jean, c. VI, v. 57); heureux enfin par la possession de sa vie: Ipse vivet propter me.( S. Jean, c. VI, v. 58.) Oui, je vais posséder le Fils de Dieu, le Messie, le Christ, que la loi de nature n'a eu qu'en espérance, et la judaïque, qu'en figure. Dans le sein du Père éternel il est 70 LA SAINTE COMMUNION. sa gloire; dans le paradis, il en est la lumière: Lucerna ejus est Agnus.( Apoc., c. XXI, v. 23.) Du temps des patriarches, il en était la consolation, et dans l'Eucharistie il nous est tout: In te uno omnia habentes ( Tob., c. x, v. 5); il nous donne tout, car le Christ n'est jamais sans l'onction de ses grâces, le Sauveur sans le salut et tous ses mérites. Levez- vous donc, mon âme, et allez au- devant de votre maître. Allez promptement comme Zachée, descendez, c'est la Jérusalem nouvelle et son époux qui viennent: Exsulta et lauda, habitatio Sion.( Is., c. XII, V. 6.) R15 ( Mgr l'Évêque de Belley, Entretiens du Prétre avec Jésus- Christ.) FÉLICITÉS DE LA TABLE SAINTE. Communier, c'est le plus courtchemin pour posséder toutes les richesses, des richesses immenses, impérissables, infinies. LA SAINTE COMMUNION. 71 Lorsque Dieu nous honore de sa visite par l'auguste Sacrement de. son amour, lorsqu'il descend des cieux pour entrer dans nos cœurs, il ne laisse pas dans les cieux ses trésors. Il vient dans nous les mains pleines. Le posséder en soi par la sainte communion, c'est avoir tout lui- même, c'est avoir ses grâces, ses faveurs, ses infinies richesses, tout ce qu'il a, tout ce qu'il possède, ce que l'œil n'a pas vu, et dont l'oreille n'a jamais entendu parler... Jésus apporte tout avec lui pour en enrichir l'âme chrétienne, la vivifier de son esprit, la renouveler dans son amour, la rendre plus héroïque dans ses abnégations, plus lui courageuse dans ses sacrifices, enseigner ce qu'elle doit haïr, ce qu'elle doit rechercher ou éviter. Et dire comment il fait cela dans 72 LA SAINTE COMMUNION. la divine Eucharistie, c'est un secret caché, dit saint Thomas, qui n'est connu qu'aux yeux de la foi: Secretum sacratissimum soli fidei manifestum. Mais la bonté de Jésus ne s'arrête pas là. Lui qui est l'inépuisable océan des béatitudes éternelles, en laisse toujours couler quelques gouttes dans les âmes auxquelles il s'unit si étroitement par la sainte communion. Ah! ne demandons pas seulement aux coeurs brûlants des Thérèse, des François d'Assise, des Xavier, des Catherine de Sienne, mais à toutes les âmes de bonne volonté, à toutes celles sincèrement pieuses, quels sont les entretiens ineffables, les cantiques de jubilation, les ravissants transports, les saintes tendresses, les célestes douccurs qui LA SAINTE COMMUNION. 73 les remplissent à la table sainte... Dans ce moment de la sainte com- · munion, heure que saint Bernard appelle felix hora, brevis hora, heure courte, mais infiniment heureuse, l'âme, charmée du goût délicieux de la grâce, embaumée de ce parfum céleste, s'enflamme des saintes ardeurs de l'amour divin, chante les louanges de son bienaimé, se dévoue à son service, éclate en tendres soupirs, se fond, se liquéfie en dévotion, et jouit, dans cet amoureux entretien, d'un bonheur inexplicable. Ah! c'est que dans ce cœur- à- cœur le plus intime avec le bien- aimé, on découvre en lui un tel abîme de bontés, de perfections, d'amour!..... Qu'elle est grande cette consolation donnée à l'homme voyageur! Ah! pauvre exilé, de quoi te plain 74 LA SAINTE COMMUNION. drais- tu? le Seigneur te présente dès cette vie le pain des Anges, et, par d'inexprimables délices, te fait goûter par avance les félicités de la patrie. ITUCS « O pain de vie, douce nourriture, s'écrie saint Laurent Justinien, délicieux repas, dont l'agneau sans tache et la manne n'étaient que d'imparfaites figures, qui pourra vous recevoir, vous louer dignement, vous comprendre parfaitement, et former des désirs qui égalent tous les biens que vous renfermez? Je tombe en défaillance quand je pense à vous... Eh! quel coeur ne fondrait en douceur de dévotion lorsqu'il sent son Dieu uni corporellement à lui, et lui réciproquement à Dieu? Le coeur n'est pas capable de concevoir le secret d'un si grand mystère, la langue ne le peut exprimer, le sens LA SAINTE COMMUNION. 75 humain n'y peut entrer. Oh! que l'âme y goûte de saintes délices! ò. quels parfums! ô quels entretiens! ò quels chastes embrassements! qui est celui qui peut le dire? On n'y entend que des chants de joie de l'homme intérieur, des cris de l'âme qui brûle de saints désirs, des actions de grâces, des soupirs que l'amour mêle parmi les louanges de son bien- aimé; car l'âme sainte que la présence d'un tel époux console, est ravie de joie et remplie d'allé gresse par cet adorable Sacrement. Elle est abimée dans le respect à la vue de son néant, elle est tout irradiée des lumières qui éclairent son intérieur, elle jouit d'un repos merveilleux qui apaise toutes ses inquiétudes, elle est fortifiée par la foi, et unie intérieurement à son Rédempteur par le lien indissoluble de la 76 LA SAINTE COMMUNION. charité. O quanta ibi delicia, quantus odor, qualia verba, quam vehemens amor, quam casti amplexus gustantur!» « O pain exquis, s'écrie saint Eusèbe, dans lequel on trouve toutes les délices, tous les remèdes, tous les encouragements, tout le repos, tous les biens désirables! En effet, comment s'unir souvent au souverain bonheur sans être heureux?»> C'est toujours dans les mêmes sentiments que le bienheureux Berkmans, de la Compagnie de Jésus, disait tendrement à Dieu:« 0 mon cher maître, quelles douceurs, quels contentements pourrais- je trouver après les délices ineffables de la sainte communion?...» « O âme! fait dire saint Bonaventure au Sauveur, ô âme! n'as- tu pas connu par expérience, en me rece LA SAINTE COMMUNION. 77 vant, que tu goûtais le miel avec le rayon qui le renferme, la douceur de ma divinité jointe à mon corps et à mon sang?>> « Oui, s'écrie un pieux auteur de nos jours, oui, sans doute, la sainte Eucharistie est mon amour, elle fait des jours sereins de mes jours les plus tristes, me charme toujours sans jamais me lasser, et a pour mon cœeur de doux et puissants attraits; elle est mon paradis sur la terre, ma félicité et ma vie, et je sens cela si profondément, que je regrette de n'avoir qu'une seule voix pour le dire, comme, hélas! je n'ai qu'un seul cœur pour l'aimer.» L'Écriture sainte ne nous fait- elle pas assez entendre par les paroles dont elle se sert lorsqu'elle parle de l'Eucharistie, combien cette divine nourriture est délicieuse? Tantôt 78 LA SAINTE COMMUNION. c'est un vin exquis, tantôt c'est une viande délicate, et tantôt un pain de pur froment. Quand elle nous invite à la communion, c'est à un grand régal, à un festin magnifique, et à des noces royales qu'elle nous invite. Hen Ah! les saints, qui portaient tous dans leur âme une foi brûlante, les saints, qui furent affamés de ce pain de vie, éprouvaient bien tout ce que cette union divine possède de délices ineffables. La séraphique ardeur qui dévorait les Chrysostome, les Éphrem, les François d'Assise, les Catherine de Sienne, les Catherine de Gênes, les Thérèse, les François Xavier, les Philippe de Néri, les Rose de Lima, les Madeleine de Pazzi, était telle et produisait sur eux un tel effet, qu'on les vit quelquefois tout rayonnants de lumière LA SAINTE COMMUNION. 79 durant l'action de grâces de leur. communion. Saint Ignace de Loyola, par un effet encore des consolations qu'il éprouvait dans le moment céleste de la possession de son Dieu, versait des torrents de larmes, ce qui fit dire un jour à un homme qui en fut témoin et qui connaissait peu assurément le don de Dieu:« Il faut que ce prêtre soit un grand pécheur, il ne fait que pleurer quand il communie.»> C'était surtout dans la sainte communion qu'Alphonse Rodriguez, béatifié en 1815, puisait le feu divin qui brûlait dans son âme. Jésus caché dans l'Eucharistie était l'objet de ses plus chères affections. Dès que ses emplois le laissaient un moment libre, il allait le passer devant le très- saint Sacrement de l'autel: là, 80 LA SAINTE COMMUNION. son âme se répandait dans les sentiments de la plus tendre dévotion; deux ruisseaux de larmes coulaient souvent de ses yeux, et il semblait se consumer d'amour comme une lampe ardente devant le sacré tabernacle qui renfermait tout son trésor. On ne pouvait s'empêcher d'éprouver quelque chose de la foi vive et de la charité céleste qui l'animaient, lorsqu'on le contemplait dans sa vieillesse, avec un corps débile et se soutenant à peine, prosterné cependant dans l'attitude la plus respectueuse et ne pouvant s'arracher du saint temple. Au moment de la communion son visage brillait d'un feu surnaturel, et les témoins qui ont déposé dans le procès de sa canonisation déclarèrent qu'il se faisait alors dans ses traits un changement si extraordinaire, qu'il n'était plus LA SAINTE COMMUNION. 81 reconnaissable aussitôt qu'il avait reçu son Dieu. Se retirant à l'écart, il se livrait aux effusions de son amour et aux plus vifs transports de joie et de reconnaissance. Ordinairement il se figurait son cœeur comme une vaste salle dans laquelle étaient dressés deux trônes sur l'un il voyait Jésus, et sur l'autre il voyait Marie, car il ne pouvait séparer ces divins objets de toutes ses affections. Se tenant en esprit à leurs pieds, il récitait trois fois le Gloria Patri, puis le Te Deum; quand il était parvenu à ces paroles: Les cieux et la terre sont pleins de votre majesté, il invitait toutes les créatures à se joindre à lui pour chanter les louanges de son Seigneur et lui rendre mille actions de grâces; il était presque toujours dans ce mo- ment inondé d'un torrent de lu6 82 LA SAINTE COMMUNION. mière, et si comblé de délices, que, suivant ce qu'il en a écrit, il est impossible à l'homme de trouver des expressions et même des idées pour rendre ce contentement qu'éprouvait son âme, au milieu d'une foule d'esprits célestes qui adoraient leur Dieu présent dans son cœur. « J'avoue, dit l'abbé Vermot, que bien des gens communient sans ces consolations intérieures que produit le sentiment de la grâce; mais, hors certains temps durant lesquels Dieu en prive de bonnes âmes pour les éprouver, si nous ne les ressentons pas, c'est notre faute. Nul chrétien qui ne puisse ressentir le plaisir que produit la connaissance des grands biens que l'Eucharistie renferme; il ne faut pour cela qu'estimer les biens de la grâce, désirer son salut, soupirer après le ciel, et se souvenir LA SAINTE COMMUNION. 83 que ce Sacrement est la source de toutes les richesses spirituelles, qu'il est le moyen le plus propre pour contenter tous les saints désirs. La joie ne manquera jamais de se faire sentir à un cœeur qui approchera fréquemment de la sainte table. Faites- en l'essai, en usant souvent de la communion. Elle corrige nos défauts sans amertume, elle guérit nos plaies sans douleur, elle purifie notre coeur sans violence, elle sanctifie sans alarmes et presque sans combat. Elle nous détache et nous sépare de nous- même sans nous donner les convulsions de la mort. Elle nous arrache aux créatures, et nous unit à Dieu sans agonie. Éprouvez- la. Prenez la divine Eucharistie, prenezla souvent. C'est un remède que Jésus- Christ nous a préparé dans toute sa douceur; je dis même que, par sa 84 LA SAINTE COMMUNION. douceur, ce Sacrement est presque l'unique moyen de salut qui reste à la plupart, le seul qui soit propor tionné à leur faiblesse, à leur tempérament. Le pauvre et le riche, l'artisan et le marchand, les gens mariés et ceux qui ne le sont pas, les malades et ceux qui se portent bien, tout le monde peut aisément participer à ce Sacrement adorable, sans quitter le monde, sans ruiner sa santé, sans abandonner sa famille, son commerce, son emploi. On ne peut raisonnablement opposer aucune impossibilité, disons mieux, on a pour communier souvent toutes les facilités imaginables. « O Israël! ô âme sainte! que la maison de Dieu, que l'Eglise qui possède un si auguste Sacrement est quelque chose de grand! O mon aimable Sauveur, que votre cher * LA SAINTE COMMUNION. 85 disciple a raison de dire que c'est particulièrement sur la fin de votre vie, lorsque vous avez institué ce inestimable mystère, que vous nous avez donné le gage le plus précieux te la marque la plus signalée de votre amour! O bonté incompréhensible de Dieu, de nous mettre en état de posséder, quand nous le voulons, Celui qui ravit les Anges et qui rend tous les saints bienheureux dans le ciel! Que pouvonsnous désirer de plus? Eh! pourquoi chaque jour ne jouissons- nous pas d'un si grand bonheur que Dieu nous offre chaque jour?» Fone me ut signaculum super cor tuum.... quia fortis est ut mors dilectio. Mets- moi sur ton cœur comme un sceau.... car l'amour est fort comme la mort. ( Cant., c. III, v. 6.) Non, Seigneur, je ne craindrai pas tous les maux tandis que vous demeurerez sur non cœur, et serez collé sur ma poitrine. C'est vous, ô Jésus, qui êtes mon espérance; vous êtes la divine source de mon bonheur, vous êtes le cœur de mon âme, vous êtes l'âme de mon cœur; jamais rien ne me déprendra de votre amour Je vous tiens, ô le bien- aimé de mon âme, et ne vous lâcherai point que vous ne m'ayez mis en lieu d'assurance. Ah! que puis- je avoir sur la terre, ou que prétends- je dans le ciel, sinon vous, ô mon Jésus! Vous êtes le Dieu de mon cœur et l'héritage que je désire éternellement. ( S. FRANÇOIS DE SALES, L. IV, Ep. 54.) LA SAINTE COMMUNION. SON CŒEUR SUR MON CŒEUR. 87 Lorsque l'homme, se repliant sur lui- même, considère dans le silence de la méditation les innombrables faiblesses de son cœur, ah! si cet homme est pieux, s'il s'approche souvent de la table eucharistique, comme il se sent profondément pénétré de gratitude et d'amour envers le Dieu qui, par condescendance, par miséricorde et par pitié, veut bien reposer son cœur si pur, son cœur adorable, sur ce cœur si indigent, si oublieux, si rempli de misères! O Dieu infini, Dieu trois fois saint, vous devant qui les Anges ne sont pas assez purs, qu'est donc l'homme en votre présence? Oseraitil seulement pénétrer dans votre saint temple et vous adresser sa 88 LA SAINTE COMMUNION. prière? C'est vrai, mon Dieu, et cependant, quoique je sois mille fois indigne d'entrer dans votre saint temple, il vous plaira à vous d'entrer dans mon cœur, il vous plaira d'unir votre âme à mon âme, d'incorporer votre chair à ma chair, de mêler votre sang à mon sang, et de serrer dans un saint baiser de frère et d'ami votre cœur si saint contre mon cœur si misérable! Ah! puisque ce sont là des mystères que la raison de l'homme ne saurait sonder, je m'anéantis, ô mon Dieu, devant ces miracles de votre incommensurable amour, et, tout pénétré de votre miséricorde, l'âme débordant d'actions de gràces, mais n'ayant d'autres biens que ses bons désirs, je viens vous demander de placer au moins dans mon cœur la pureté des Anges et les ardeurs des LA SAINTE COMMUNION. 89 Séraphins. Ah! coeur sacré, cœur si brûlant de mon Jésus, reposez souvent sur le pauvre cœur de votre si fragile enfant; mais auparavant préparez- le vous- même, soufflez- y votre amour, répandez- y cette foi vive, cette ferme espérance, cette ardente charité, cette humilité profonde qui doivent préparer les voies à votre cœur adorable; puis venez, ô mon Dieu, ô mon père, ô le plus généreux des amis, ah! venez souvent, vous que je dois aimer pendant l'éternité tout entière; venez bien souvent, venez à chaque soleil de cette vie passagère, reposer votre cœur adorable sur mon cœeur.... Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in illo. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. ( S. Jean, c. VI, v. 57.) Quand Jésus, dans les ineffables communications de sa tendresse, se donne tout à nous, nous serait- il permis de lui refuser quelque chose? Il m'enrichit de tous ses trésors, moi qui ne suis rien, et je ne lui donnerais qu'une partie de mon néant! Pour moi il repose sur l'autel, et mes pensées vont errer loin de lui sur la terre! Son cœur, il me l'abandonne tout entier, et le mien sera partagé! quelle injustice! quel crime! Oh! il est si bien de se dégager des créatures et de soi- même! il est si glorieux de ne dépendre que du Ciel! Affranchissonsnous donc de tout ce qui n'est pas Dieu, LA SAINTE COMMUNION. 91 pour faire de notre être tout entier un perpétuel holocauste. Abîmons- nous dans les miséricordieuses volontés du Seigneur; perdons cette portion de nous- mêmes qui est imparfaite et terrestre, et nous deviendrons, sous les fructueuses opérations de la grâce eucharistique, des hommes dignes des bienfaits de Jésus, dignes de son amour, dignes du ciel qu'il nous a ouvert. ( MAITRIAS, Trad. de l'Imit.) HEUREUX ÉCHANGE. Oh! oui, c'est un bienheureux échange qui doit se passer entre Dieu et l'homme dans l'auguste Sacrement qui donne Dieu à l'homme, et qui doit à tant de titres donner l'homme à son Dieu! Ceci est mon corps, prenez- le, il 92 LA SAINTE COMMUNION. est à vous, c'est mon corps livré pour vous. Il n'est donc plus à lui, ce corps sacré, il est à nous. Oui, notre âme, l'épouse de son Dieu par le baptême et par tant de promesses intimes et mutuelles, a sur le corps de son époux un droit réel, et ce droit, elle l'exerce chaque fois qu'elle approche du banquet eucharistique. Mais que doit donner l'homme en échange? Notre corps est- il à nous, lorsque Dieu nous donne le sien? Notre cœur, notre âme, tout notre être peut- il nous rester encore, lorsque Dieu si généreux nous livre son âme, son cœur, sa divinité, tout lui- même? Vous nous donnez, ô Dieu puissant, ce qui fait le ravissement des Anges, la félicité des saints; vous nous donnez tout ce qui fait le ciel, car le ciel sans vous LA SAINTE COMMUNION. 93 serait un enfer: est- ce donc trop exiger en échange que de nous demander tout nous- même, tout notre cœur, tout notre amour? Mon fils, donne- moi ton cœur. Eh! comment vous le refuserais- je, à vous, mon Créateur et mon Père; à vous, l'infinie grandeur, et qui contractez avec moi, pauvre et frèle créature, une alliance si étroite, que nous ne sommes plus que deux dans la même chair, et que je vous suis uni corps à corps, âme à âme, esprit à esprit? Aussi nous dites- vous, ô mon Dieu, pour nous faire entrer dans tout le sens de cette union si admirable: Qui me mange demeure en moi, et moi en lui... O mystère de charité qui étonne les cieux et les pénètre de reconnaissance et d'amour! O ineffable union, union réelle qui fait du chrétien un 94 LA SAINTE COMMUNION. membre de Jésus- Christ, un autre Jésus- Christ! 0 Dieu, vous divinisez en quelque sorte tout mon être. Qu'il n'y ait donc en moi plus rien d'humain, et qu'après vos célestes et chastes embrassements, mes lèvres et ma langue, mon âme et mon cœur restent imprégnés de votre charité divine. Que je ne respire que le ciel, que je ne sois affamé que de vous, que ce soit vous seul qui viviez en moi, et que tout en moi vous soit donné en échange de ce tout vous- même que vous me donnez, ô mon Dieu, par votre Sacrement d'amour. $ Esurientes implevit bonis. Il a rempli de biens ceux qui étaient affamés. ( S. Luc, c. 1, v. 53.) Plus les communions sont rares, plus les mauvaises sont fréquentes. Cette vérité paraîtra d'abord un paradoxe; mais elle n'en est pas moins certaine, et vous pouvez nous en croire. C'est à Pâques surtout que se font les mauvaises communions; elles se font par ceux qui ne communient qu'à Pâques: ce n'est guère dans les autres temps de l'année et par ceux qui communient souvent; je puis dire de ceux- ci, nous leur distribuons sans crainte le corps et le sang de Jésus- Christ, ce que nous savons nous rassure; mais à Pâques, au temps où l'on voit approcher de la table sainte ceux qui en approchent rarement, c'est alors que les ministres dispensateurs du Sacrement le présentent d'une main 96 LA SAINTE COMMUNION. tremblante et mal assurée, parce qu'ils ne savent que trop bien que c'est dans la foule de ceux qui y participent rarement que se trouve la foule des indignes et des sacriléges.... Il ne faut que jeter un coup d'œil sur la face du christianisme pour apercevoir que la communion rare ou fréquente détermine presque seule le nombre des bons et des mauvais chrétiens. ( L'abbé VERMOT, Conférences sur la fréquente communion.) DESIR INSATIABLE. Dieu a versé dans ce Sacrement une si grande abondance de félicités! Eh! que dis- je? lui- même, Jésus la source de tous biens, de toutes grâces, de toutes consolations, de tout amour, lui qui fait la félicité des cieux, c'est lui- même qui descend des cieux pour se donner LA SAINTE COMMUNION. 97 tout entier, corps, âme et divinité, à sa pauvre créature de la terre; et dans cet infini d'amabilités et de perfections, dans cet abîme du Dieu dont la possession est le souverain bonheur, dans cet océan de béatitudes où sont renfermés tous les trésors de la nature, de la grâce, de la gloire, l'âme chrétienne peut se plonger, se perdre et s'abîmer!... Dans ce ciel des cieux, elle peut chaque jour, en un instant que les Anges lui envient, oublier son être humain, la vile poussière qui la couvre, pour adorer, pour aimer, pour contempler, pour s'anéantir comme le plus haut des Chérubins dans les torrents de lumière qui s'échappent de sa face... Ah! plus proche encore que le Chérubin... car elle entre dans une union si étonnante, qu'elle est invitée par le 7 98 LA SAINTE COMMUNION. Sauveur lui- même à ne faire plus qu'un avec Dieu, comme le Fils ne fait qu'un avec le Père dans l'adorable Trinité. Pouvait- il nous être donné quelque chose de plus grand, une félicité plus semblable à celle du ciel, à nous qui voyageons encore dans l'exil en attendant la patrie? « Non, Dieu, tout sage qu'il est, s'écrie saint Augustin, n'a pas su nous donner davantage; Dieu, tout riche qu'il est, n'a pas de plus grands trésors; Dieu, tout puissant qu'il est, a épuisé ici son pouvoir sans bornes.» Voilà bien ce qui rend les âmes pieuses insatiablement avides de ce Sacrement adorable. Voilà ce qui leur donne cette faim mystérieuse qui ne fait que s'accroître sur la terre, et qui ne sera parfaitement rassasiée que dans le séjour de 99 LA SAINTE COMMUNION. l'indissoluble et éternelle union. Mais, mon Dieu, le pauvre pécheur qui a de si tristes souvenirs à rappeler à vos pieds, osera- t- il, lui aussi, quoique baigné dans ses larmes, désirer ardemment ce pain des Anges?... Sa profonde indignité n'est que trop réelle, il est vrai; mais à lui qui si longtemps a souffert loin des sources de la vie, n'avez- vous pas donné une faim plus grande? à lui, qui vous offensa beaucoup, n'avez- vous pas donné beaucoup d'amour?.. Oui, sans égard au passé, je vous désire, ô mon Dieu, de toute l'ardeur, de tous les élans de mon âme; je vous désire d'une faim et d'une soif qui me consument et que je n'ai pu apaiser encore, car votre possession ne fait qu'enflammer davantage: plus on vous reçoit par la sainte 100 LA SAINTE COMMUNION. communion, plus on désire vous recevoir. Ah! vous m'avez témoigné trop d'amour en me recevant dans vos bras, trop d'amour en m'admettant déjà tant de fois à la table de vos enfants, pour qu'il me soit possible de ne pas souhaiter de répondre par mes avides désirs à cet immense amour. Ne vous entends- je pas vous- même m'appeler, m'inviter, me presser d'aller à vous? C'est du plus grand désir que vous dites désirer de manger cette pâque avec moi: Desiderio desideravi. « Je vous entends, Seigneur, disait à Dieu une âme sainte qui éprouvait un désir extrémne de recevoir le corps du Sauveur dans le temps même où elle se trouvait accablée de confusion à la vue de ses infidélités; je vous entends, je comprends ce que signifient ces ardents désirs: je ne LA SAINTE COMMUNION. 101 doute point qu'ils ne viennent de vous. Vous voulez faire voir jusqu'où peut aller votre bonté excessive en vous donnant à la plus indigne de vos créatures. Vous avez raison de souhaiter de venir à moi, rien ne peut vous faire tant d'honneur qu'un si prodigieux abaissement. Je n'ai garde de m'éloigner de votre table par la considération de mes misères. Plus je suis misérable, plus vous serez glorifié et des Anges et des saints, pour m'avoir fait une si grande miséricorde.»> Dieu se fait appeler notre père, il ne fait acception de personne, il était sur la terre l'ami des pécheurs. Le dissipateur, dès qu'il rentre sous le toit paternel, est aimé déjà par lui comme tous ses autres enfants. Le chrétien, quel qu'il soit, est done toujours bien aveugle, bien 102 LA SAINTE COMMUNION. dur, bien oublieux et bien ingrat, lorsqu'il se montre sans avidité en présence de cette immense charité de son Dieu. << Ah! que personne, s'écrie saint Chrysostome, ne vienne ici avec lâcheté, avec engourdissement, indifférence et tiédeur. Venez- y tous l'âme remplie d'un brûlant désir, d'un désir insatiable. Venez- y avec plus d'ardeur que le cerf altéré ne court à la fontaine; venez- y comme le famélique à la table, comme celui qui est transi de froid à un grand feu, comme l'enfant qui se jette sur le sein de sa mère.» Dites avec David:« Mon âme languit, se consume... Mon coeur et ma chair brûlent d'ardeur pour le Dieu vivant... O Seigneur, mon Roi et mon Dieu, faites que vos autels soient ma demeure.> LA SAINTE COMMUNION. 103 « O Seigneur Jésus, s'écriait saint Bonaventure, que mon àme languisse pour vous! qu'elle soit affa mée de vous, pain des Anges, nourriture des âmes saintes, pain vivant que nous devons manger tous les jours, et qui renfermez toutes les douceurs, toutes les délices! Que mon cœeur ait toujours faim de vous, pain désirable! nourrissez- le sans cesse; fontaine de vie, source de sagesse et de science, que je n'aie soif que de vous! Foyer de l'éternelle lumière, torrent de volupté qui fécondez la maison de Dieu, que je vous souhaite, que je vous cherche, que je vous trouve, que je vous aime, que je ne cesse de vous contempler, vous que les Anges désirent voir, et qu'ils voient toujours avec de nouvelles douceurs! Soyez mon espérance, ma richesse, ma 104 LA SAINTE COMMUNION. joie, mon bonheur, mon salut, mon refuge, ma paix, mon héritage, et l'éternel repos de mon âme invariablement affermie en vous!» Eh! les saints qui possèdent aujourd'hui dans les cieux ce qu'ils ont tant aimé sur la terre, ne furentils pas tous insatiables de ce pain d'amour? Pour ne citer que quelques exemples bien connus, mais qui ne sauraient trop l'être: Sainte Madeleine de Pazzi se sentit dès le plus bas âge toute brûlante du désir de s'unir à son Dieu par la sainte communion. Trop jeune encore pour être admise à cette faveur, elle s'approchait de sa mère lorsqu'elle communiait, ou de toute autre qui venait d'avoir ce bonheur, et goûtait d'ineffables délices à respirer à leurs côtés la sainte odeur LA SAINTE COMMUNION. 105 de la présence de Jésus- Christ. Cette rare dévotion pour l'Eucharistie détermina son confesseur à accélérer à son égard le temps où l'on permet aux enfants d'y participer. Cette sainte servante de Jésus n'entra dans le monastère des Carmélites que parce qu'elle savait que les religieuses y communiaient tous les jours. C'est elle qui s'écriait quelquefois dans les saints transports que lui donnait sa charité:« 0 amour, amour de mon Dieu! fautil que l'amour ne soit pas aimé, ni même connu de ses propres créatures! O mon Jésus, que n'ai- je une voix assez forte pour me faire entendre jusqu'aux extrémités du monde! je publierais partout que cet amour doit être connu, aimé, estimé comme le seul vrai bien, le bien unique.» 106 LA SAINTE COMMUNION. Sainte Thérèse éprouvait des désirs si vifs et si brûlants de posséder par la sainte communion ce qu'elle. appelait sa vie et le tout aimé de son cœur, qu'elle eût, dit- elle, bravé mille glaives, s'il l'eût fallu, pour arriver jusqu'à lui. Ses expressions sont toutes de feu quand il s'agit de cet auguste Sacrement. Les ardeurs séraphiques qui consumaient cette âme produisaient en elle des effets si surnaturels, qu'on la vit quelquefois, durant l'ineffable instant de la sainte communion, tout environnée de lumière et comme ceinte déjà de l'auréole qui devait la couronner dans les cieux. Sainte Catherine de Sienne brûlait d'un si grand désir de s'unir à son divin époux dans la sainte communion, qu'elle desséchait à vue d'oeil et paraissait n'avoir d'autre LA SAINTE COMMUNION. 107 vie que Jésus. Elle a passé plusieurs carêmes ne se nourrissant que de la sainte Eucharistie. Son confesseur lui ayant une fois refusé, sans doute injustement, de communier, en fut puni en disant la messe: quand il voulut communier, ne trouvant que la moitié de l'hostie, son embarras fut extrême.« Cessez de vous troubler, lui dit la sainte la messe étant finie, Dieu m'a accordé ce que vous m'avez refusé: l'Ange du Seigneur m'a communiée de la moitié de l'hostie qui a disparu.» Son confesseur apprit ainsi à n'être plus si difficile à lui permettre la communion tous les jours. Sainte Catherine de Gênes, à la vue de l'hostie dans les mains du prêtre, pouvait à peine contenir ses transports. Elle portait au ministre des autels une sainte envie, et, 108 LA SAINTE COMMUNION. brûlant de désirs:« Hâtez- vous, mon Dieu, disait- elle dans son cœur; vite, vite, faites passer sans retard ce pain céleste dans le fond de mon âme, car c'est là tout ce qu'elle ambitionne, c'est toute sa nourriture, c'est sa vie... Cito, cito, transmitte in intimum cordis mei, quia cibus ipsius est.» Sainte Gertrude, sainte Julienne, sainte Claire, sainte Rose de Lima et un grand nombre d'autres servantes de Jésus étaient, aux approches de la sainte communion, dans ces mêmes impatiences, dans ces langueurs que la parole humaine ne saurait exprimer. Le saint enfant Stanislas Kostka mérita, par ses transports d'amour pour la sainte Eucharistie, de communier de la main même d'un Ange. Beaucoup de saints eurent aussi ce LA SAINTE COMMUNION. 109 bonheur. Il semble que Dieu ait souvent pris plaisir à favoriser de grâces surnaturelles cet ardent désir de s'unir à lui, désir qu'il aime tant à trouver dans nos cœeurs, parce qu'il répond bien à l'immense désir qu'il a lui- même de s'unir à nous. Sitit sitiri Deus, Dieu désire d'être désiré, dit saint Grégoire de Nysse. A ce festin des Anges, dit saint Grégoire pape, il n'y a que les faméliques qui soient rassasiés, non saturantur nisi famelici. Ce sont ceux qui sont affamés, dit la Vierge Marie dans son cantique, que Dieu remplit de ses biens: Esurientes implevit bonis; mais ceux qui, se trouvant assez riches, ne sont pas avides de tels trésors, sont renvoyés les mains vides: Et divites dimisit inanes. Le révérend Père Marie- Joseph de 110 LA SAINTE COMMUNION. Géramb, dans ses brûlantes Lettres à Eugène sur l'Eucharistie, nous raconte la touchante histoire qui va suivre. Elle vient parfaitement à la suite de celles que nous venons de donner, et entre bien dans le sens de notre titre. « Une jeune personne d'une grande naissance, mais d'une piété plus grande encore, dont la très- sainte Eucharistie faisait les délices, intimidée par les dangers du siècle, les obstacles qu'il apporte à une fréquente communion, et persuadée que la douceur de cette manne cachée ne peut être bien goûtée que par ceux qui se dérobent au monde, résolut, après avoir perdu sa mère, de tout abandonner pour pouvoir se procurer le bonheur de communier souvent. Elle quitta la maison paternelle, dit adieu à la douce contrée LA SAINTE COMMUNION. 111 qui la vit naître, et se rendit dans un monastère éloigné pour ne plus s'occuper que de Celui qui était son amour, dans le secret de l'ombre et du silence. En arrivant dans le séjour d'innocence et de paix qu'elle avait choisi, elle ouvrit les replis les plus secrets de son cœeur au confesseur du monastère, lui avoua que le plus puissant motif qui l'avait engagée à quitter le monde était l'espoir de pouvoir approcher plus souvent et plus dignement de l'auguste Sacrement, de ce Père tendre qui aime ses enfants jusqu'à les nourrir de sa propre substance à la table de son amour. Après quelque temps d'épreuves, on lui permit une fréquente communion, et une année après qu'elle eut prononcé ses vœux, une communion journalière. Qui pourrait peindre le bonheur de la sœur Marie- Ange( c'é 112 LA SAINTE COMMUNION. tait son nom), de pouvoir se nourrir tous les jours de ce pain éternel descendu du ciel, et qui en renferme les délices; de cette viande céleste, de cette divine Eucharistie, en un mot de ce corps adorable de Jésus! Toute à son Dieu, ne vivant que pour lui seul, elle bénissait sans cesse sa main miséricordieuse de l'avoir retirée du monde et éloignée des tabernacles des pécheurs, où tout est perfidie, tromperie, séduction; où l'on ne rencontre que de faux biens, des ombres, des fantômes de bonheur qui se jouent des hommes et conduisent à des maux véritables. Elle passait tous les moments dont elle pouvait disposer devant le très- saint Sacrement, semblable à une colombe gémissante d'amour; et souvent, après y être restée une journée entière, lorsque tout sommeil LA SAINTE COMMUNION. 113 lait, elle se levait pour y retourner encore. Le silence de la nuit, les rayons pâles de son astre traversant les antiques fenêtres de l'église, la statue colossale de la sainte Vierge derrière l'autel, tenant dans ses bras tutélaires l'enfant divin, qui aime et qui veut être aimé, l'ombre des colonnes qui entouraient le sanctuaire semblaient lui murmurer tout bas le doux nom de Jésus; là, comme un lis penché, les deux mains sur son cœur embrasé de charité, elle disait avec une voix qui, par intervalles, expirait de tendresse:« Sacrement de mon Dieu, Jésus, ma vie et mon amour, que j'aime à être avec vous! que vous êtes nécessaire à mon cœur!... Qu'ils sont doux et tendres les sentiments que vous excitez dans mon âme!... Dieu d'amour, objet divin de mes félicités 8 114 LA SAINTE COMMUNION. sur la terre, quelle paix je goûte auprès de vous!... quelle joie sainte!... quels aimables transports dans les douleurs mêmes et les regrets de mes offenses!.... Devant vous, l'univers est dans un profond silence... Devant vous, tout ne m'est plus rien... vous seul, ô mon Jésus, m'êtes tout!... Ah! disparaissez de ma mémoire, chefs- d'oeuvre de l'art, palais que j'ai habités, vaine montre de la magnificence et de l'orgueil humain; je ne veux et ne désire que les chefs- d'oeuvre de l'amour de mon Dieu... O mon Jésus, en vous sont tous les biens, en vous est tout l'amour... Grand Dieu, exaucez mes prières... puissé- je mourir devant votre tabernacle, brûlante d'amour et noyée dans mes larmes!...> Et les heures fugitives, ramenant le réveil de l'aurore, la trouvaient LA SAINTE COMMUNION. 115 encore devant l'objet adorable et si cher à son cœur; ce qui ne surprenait point la communauté, qui connaissait et respectait sa haute vertu et l'ineffable tendresse qu'elle avait pour le saint Sacrement de l'autel. Elle avait journellement des preuves que la sœur Marie- Ange ne faisait pas seulement consister son amour de Dieu à répandre des larmes, ou à sentir ces douceurs et ces tendresses que la plupart des personnes désirent pour en faire leur consolation, mais qu'elle le faisait surtout consister à servir Dieu avec courage et constance, et à pratiquer fidèlement l'humilité. Cependant la supérieure, cette tendre amie de MarieAnge, après avoir fourni une carrière longue par son âge, mais plus encore par le bien qu'elle avait fait, s'endormit dans le baiser du Sei 116 LA SAINTE COMMUNION. gneur, et son âme escortée de ses œuvres et de ses vertus se présenta devant le trône du Tout- Puissant, pour recevoir des mains du Dieu rémunérateur la récompense due à ses fatigues et à ses travaux. MarieAnge recueillit sa bénédiction et son dernier soupir. Ce qui acheva de porter le deuil dans son âme, ce fut la perte de son confesseur, qui ne survécut que quelques jours à la supérieure. C'était un saint prêtre, un de ces directeurs qui ont toujours sous les yeux la vie de Jésus- Christ, et l'étudient sans cesse; il sentait profondément les biens infinis que procurait la communion fréquente, et il aimait à dire que pour communier souvent il fallait vivre saintement, mais que pour parvenir à vivre saintement il fallait communier souvent. Les religieuses du monastère 117 LA SAINTE COMMUNION. dont il était le confesseur, monastère renommé par sa sainteté, communiaient très- fréquemment, et la supérieure défunte, ainsi que MarieAnge, presque tous les jours. Cependant le Tout- Puissant, ce Père des miséricordes qui aime à guider vers le repos des cieux par l'âpre sentier des souffrances, qui ébauche les saints sur le Thabor, et qui les achève sur le Calvaire, permit que la nouvelle supérieure et le nouveau confesseur crussent devoir retrancher à soeur Marie- Ange toutes les permissions et priviléges qu'elle avait eus jusque alors, et ne lui permissent de communier que de quinze jours en quinze jours. Elle obéit sans se plaindre...« Pourvu, disait- elle en elle- même, que je puisse soupirer aux pieds du Dieu que j'adore... Son amour sera le 118 LA SAINTE COMMUNION. baume qu'il faut à mes maux... lui seul les connaît. C'est pour lui que je souffre... il le sait, il le voit... C'est assez pour mon cœur...» Mais accoutumée à s'unir, dans le trèssaint Sacrement, tous les jours à Jésus son unique bonheur, ce pain de vie qui avait jusque alors soutenu son courage venant à lui manquer, contrainte dans sa tendresse, l'âme en deuil, sa santé s'altéra: pâle, abattue, on ne la reconnaissait plus. Telle une fleur qui s'épanouit le matin, répand son doux parfum dans la campagne et se flétrit le soir; ainsi sœur Marie- Ange languissait, et plus que jamais, dans le sein des nuits, après avoir arrosé sa couche de pleurs, elle allait se prosterner devant le tabernacle qui renfermait Jésus son bonheur et sa vie, l'objet de son amour et de ses regrets. LA SAINTE COMMUNION. 119 Ainsi le voyageur, dans les déserts brûlants, Couché près d'une source où sa soif peut s'éteindre, Dans d'impuissants efforts meurt sans pouvoir l'at[ teindre. Avec une voix entremêlée de sanglots semblables au gémissement de la colombe plaintive, elle se disait: « Où est ton Dieu, ô Marie- Ange? Que sont devenus les heureux moments où tu goûtais à sa table journalière les douceurs de cette chair divine qu'il te présentait, malgré ton indignité?» Puis d'une voix basse, semblable à la dernière prière du chrétien qui expire, elle soupirait vers lui ces accents de la douleur: « O Jésus! mon amour et mon Roi, mon tendre Maître et mon Dieu, et l'unique objet de ma tendresse..... oui, je vous aime, mon bien- aimé, et la cruelle privation à laquelle on m'a réduite ne fait qu'accroitre mon 120 LA SAINTE COMMUNION. amour à chaque instant... le torrent des eaux de l'adversité ne peut ni en suspendre l'activité, ni en éteindre les ardeurs...» Ce qu'elle souffrait depuis qu'elle n'avait plus la permission d'une fréquente communion ne peut se décrire. Se privant de ses larmes, elle cachait sa douleur à la supérieure, devant laquelle elle n'osait tout au plus que faire entendre un soupir pour se plaindre et bénir. Cependant ses jours s'éteignaient au souffle de sa pieuse tristesse, et, succombant enfin à son inconsolable amour, on la trouva un jour évanouie au pied du sanctuaire; elle fut portée à l'infirmerie, où la supérieure se hâta de se rendre; et la trouvant très- mal, elle ordonna qu'elle fût administrée... « Ma mère, lui dit Marie- Ange d'une voix mourante, votre fille LA SAINTE COMMUNION. 121 succombant à un. mal qui la dévore, ne vivra bientôt plus que dans votre cœur... le déclin du jour va peut- être s'éteindre avec elle... Ne me refusez pas une grâce que je vais vous demander... C'est la première fois que votre enfant ose implorer votre bonté, bonté qu'elle implore de sa bouche expirante... et avec une voix qui n'a plus que quelques sons à rendre...» La supérieure, vivement émue, lui répondit que, si c'était dans son pouvoir, elle ferait tout ce qu'elle désirerait. Ma mère, reprit Marie- Ange, depuis longtemps je languissais dans l'attente de ce beau jour qui doit me réunir à l'époux de mon âme, dans cet heureux séjour où sont allés tous mes soupirs depuis que j'ai le bonheur de vivre dans cette sainte 122 LA SAINTE COMMUNION. maison... Il va venir... ce Dieu de miséricorde va se donner à moi en viatique... I vient visiter, consoler, soutenir, ce Dieu souverainement adorable, ce Dieu d'amour, son enfant, son épouse couverte des ombres de la mort... Pour la dernière fois je vais le recevoir dans ce Sacrement d'amour; pour la dernière fois il va reposer sur ce cœur qui ne palpita que pour lui.» Et prenant les mains de la supérieure, qu'elle serrait dans ses mains défaillantes, elle ajouta: « Vous m'avez promis d'exaucer les prières que j'oserais vous adresser. Eh bien! ma mère, ordonnez que le chemin par où Jésus, ce Roi de gloire, ce Dieu des hommes et des Anges, ce Dieu du ciel et de la terre, ce Dieu des temps et de l'éternité... ce bienaimé, votre époux et le mien; ordonnez que le chemin par où il va LA SAINTE COMMUNION. 123 passer, ainsi que cette salle où son épouse expire, soit jonché de fleurs.» La supérieure, surprise, réfléchit un moment, et lui dit:« Vous allez, ma chère enfant, être satisfaite.» Et bientôt après, une foule de religieuses parsemèrent de roses, d'oeillets, de jasmins et de mille fleurs qu'elles arrosaient de leurs larmes, l'église, les cloitres et l'infirmerie. Cependant toutes les sœurs, en long cortége, s'avancent, accompagnant, un cierge à la main, le Dieu consolateur, et mêlant leurs cantiques aux tristes sons de l'airain frémissant. A l'approche du Dieu trois fois saint, Marie- Ange, malgré son extrême faiblesse, et malgré la sœur infirmière qui voulait la retenir, se précipite de sa couche, et attend, prosternée et soutenue de quelques sœurs, Celui pour qui elle respire 124 LA SAINTE COMMUNION. encore, et reçoit les derniers sacrements avec une tendresse, une piété, une ardeur angélique. Bientôt, sa faiblesse augmentant, elle fut remise sur sa couche, couverte des ombres du trépas; elle serrait sur son sein l'image de Celui qui fut le doux charme de sa vie, et pria d'une voix douce ses sœurs, qui fondaient en larmes, de ne point envier son bonheur. Il était sept heures du soir lorsqu'elle expira. Les saints flambeaux jetaient une dernière flamme; Le prêtre murmurait ces doux chants de la mort, Pareils aux chants plaintifs que murmure une femme A l'enfant qui s'endort. De son pieux espoir son front gardait la trace, Et sur ses traits frappés d'une auguste beauté La douleur fugitive avait empreint sa grâce, La mort sa majesté. Un de ses bras pendait de la funèbre couche; L'autre, languissamment replié sur son cœur, Semblait chercher encor et presser sur sa bouche L'image du Sauveur. LA SAINTE COMMUNION. 125 Ses lèvres s'entr'ouvraient pour l'embrasser encore; Mais son âme avait fui dans ce divin baiser, Comme un léger parfum que la flamme dévore Avant de l'embraser. Ainsi mourut d'amour pour son Dieu, à la fleur de son âge, cette nouvelle Thérèse, cette brûlante amante de Jésus- Christ, pour avoir été privée de Celui qu'elle aimait si tendrement. On trouva sur son cœur un médaillon où était peint un saint- sacrement avec cette devise: C'est pour lui que j'existe. Et plus bas était écrit d'une main tremblante, et probablement peu de temps avant sa mort: C'est pour lui que j'expire. Oh! si nous savions aimer comme Marie- Ange! Jesu sol justitiæ, miserere nobis. Jésus soleil de justice, ayez pitié de nous. ( Litanies du saint Nom de Jésus.) O Jésus, astre brillant, qui vous a détaché de la sphère du firmament pour vous plonger dans la boue de mon cœur? splendeur du Père, qui vous a couvert de ce nuage? ô Roi des astres, qui vous a dépouillé de votre gloire? C'est votre amour qui a fait cette merveille; il vous a mis un voile sur le visage, comme il fit autrefois sur celui de Moïse, pour vous rendre accessible à vos faibles créatures. O soleil de lumière, dissipez mes ténèbres. O soleil de gràce, effacez mes péchés. O soleil d'amour, embrasez- moi du feu de votre charité. O soleil de justice, faites- moi miséricorde, rendez- moi juste et innocent devant vos yeux. Hélas! me voilà en la LA SAINTE COMMUNION. 127 présence du soleil, et je suis plongé dans les ténèbres; me voici dans une fourraise d'amour, mon cœur est plus froid qué la glace. Beau soleil, éclairez- moi; beau soleil, échauffez- moi; beau soleil, réjouissez- moi, consolez- moi, vivifiez- moi. ollage ( Mgr l'Évêque de Belley, Entretiens du Prêtre avec Jésus- Christ.) si anos unod in 2 SOUS LES TORRENTS DE CHALEUR DE CE SOLEIL DE VIE. Lorsqu'un beau soleil a versé des flots de lumière sur nos vallons, nos lacs, nos coteaux et nos bois, comme tout s'est embelli sous sa vivifiante influence! De même le divin Soleil de justice, dont le soleil de la terre n'est qu'une ombre bien pâle, peutil passer dans nos âmes sans les 128 LA SAINTE COMMUNION. réchauffer aussi de ses brûlantes ardeurs, sans y verser une vie toute céleste, sans y relever vers le ciel ces affections qui toujours tendent à se pencher vers la terre? Il s'est élancé, cet astre de vie, du plus haut point du ciel; il a franchi des espaces infinis pour descendre jusque dans le point si borné de nos âmes. Ah! ce soleil éternel qui étincelle si beau sous le vaste ciel des élus, ce soleil qui illumine de ses splendeurs ravissantes les innombrables collines des cieux et tous les degrés des hiérarchies célestes qui les couronnent, ce soleil magnifique doit se trouver singulièrement à l'étroit dans le si pauvre horizon de nos cœeurs: eh! n'est- ce pas une raison de plus pour que ces cœurs soient pénétrés, embrasés, dévorés de ses flammes divines? Comment, après nous être vus LA SAINTE COMMUNION. 129 inondés par la sainte communion de ces torrents de vie céleste, conserverions- nous ensuite une vie matérielle et grossière! - Il n'est que trop vrai, mon Dieu, tout en nous devrait rester absorbé par votre amour lorsque vous avez passé dans nos âmes. Notre vie alors ne devrait plus être qu'une vie tout identifiée avec la vôtre. Ce n'est pas nous qui devrions vivre, mais vous seul en nous. Prenez donc en pitié, mon Dieu, cette fatale, cette inconcevable disposition du cœur de l'homme à s'attacher sans cesse à des bagatelles, à des riens qui paralysent en partie les sublimes effets que doit produire en nous l'auguste Sacrement de votre amour. Ne cessez encore, ó mon Dieu, d'éclairer, d'échauffer et de féconder nos âmes des feux brûlants 9 130 LA SAINTE COMMUNION. de votre charité, et lorsque, après être descendu du ciel dans nos cœurs par la sainte communion, vous remontez de nos cœurs vers les cieux, attirez- nous tous à vous. Faites que nos cœurs vous suivent dans votre course rapide, et que de la grâce de la communion nous nous élevions, par notre fidélité, jusqu'à une vie toute céleste, à la vie même des Anges. noin 6.9105its Tollundos's Angelorum esca nutrivisti populum tuum, et paratum panem de cælo præstitisti illis sine labore, omne delectamentum in se habentem, et omnis saporis suavitatem. Vous avez donné à votre peuple la nourriture des Anges, vous leur avez présenté le pain du ciel, qui renferme en soi toutes les délices et tout ce qui peut flatter les sens. ( Sag., c. XVI, v. 20.) Si la sainte Vierge nous rendait tous les jours une visite, et s'entretenait familièrement avec nous pendant une demi- heure, quelle grâce! quelle faveur! Ce ne serait pourtant qu'une union d'entretien et de familiarité avec une créature, la plus sainte, il est vrai, la plus parfaite de toutes les créatures; mais dans la communion, c'est avec l'Homme- Dieu que nous sommes unis, c'est une union tout intérieure; c'est un bien infiniment supérieur à tous ceux 132 LA SAINTE COMMUNION. que les Anges et les saints, et la Mère de Dieu même, peuvent jamais nous faire.... Heureuse donc, et mille fois heureuse l'âme chrétienne qui communie souvent! Oh! que les moments qu'elle passe avec Jésus- Christ sont rapides! qu'ils sont courts! mais qu'ils sont heureux! qu'ils sont salutaires! qu'ils sont sanctifiants! ( L'abbé VERMOT, Conférences sur la fréquente communion.) QUE LEUR ENVIERIONS- NOUS? Oh! la grande gloire que celle du chrétien! s'écrie saint Cyrille; oh! qu'il est ardemment aimé de son Dieu! Que pourrions- nous en effet désirer encore lorsque nous possédons Jésus par la sainte communion? qu'envierions- nous aux Patriarches 133 LA SAINTE COMMUNION. et aux Prophètes? Ils soupirèrent après le Messie, ils l'entrevirent de loin dans leurs songes mystérieux, mais ils ne le possédèrent pas. Qu'envierions- nous même à ceux qui eurent le bonheur de vivre au temps où Jésus vint sur la terre, de le voir, de l'entendre, de manger et de converser avec lui, lorsque nous le possédons dans le fond de nos coeurs, lorsque, par l'union la plus étroite, notre chair et notre sang se mêlent à sa chair et à son sang, lorsque nous pouvons le couvrir de nos embrassements et de nos caresses? N'est- ce pas là plus de bonheur que celui des bergers et des mages qui l'adorèrent dans son berceau, que celui de Joseph et de Siméon, qui le portèrent dans leurs bras, que celui des Apôtres, qui furent formés à son école, que celui des enfants qu'il 2134 LA SAINTE COMMUNION. daignait caresser et bénir, que celui de Madeleine, qui arrosa ses pieds de ses larmes, que celui de Marthe, ode Marie et de Lazare, qui le reçurent dans leur demeure? N'est- ce pas une félicité plus grande que celle du disciple bien- aimé qui reposa sa tête sur sa poitrine? thr ristnolob sid anos Ah! chrétiens, s'écrie saint Chrysostome, pourquoi ces souhaits inutiles? Dans l'Eucharistie n'avez- vous pas le même Jésus- Christ? ne le logezvous pas dans votre cœeur par la comomunion fréquente? ne renouvellet- il pas tous les jours les mêmes mystères d'amour et de tendresse?- Oh! si j'avais le bonheur de le voir ou de toucher seulement le bout de sa robe! - Vous le voyez, vous le touchez; n'enviez donc rien à Madeleine, à Marthe, aux Apôtres, à Joseph, à Marie. Qu'heureuse est donc la na 135 LA SAINTE COMMUNION. tion des chrétiens! un Dieu vient en eux tous les jours pour les combler de délices. Je ne suis pas surpris si tous les saints, si toutes les âmes chrétiennes approchent avec tant d'avidité de ce Sacrement ineffable!» On vit à différentes époques des milliers de chrétiens quitter leur patrie et leur demeure, et traverser les mers pour arriver, au péril de leur vie, jusqu'aux lieux consacrés par les vestiges du Dieu sauveur, et nous savons avec quelle foi, quel amour ils couvraient ces traces adorées de leurs baisers et de leurs larmes. Mais leur bonheur, bien grand en effet, ne l'avons- nous pas nous- mêmes avec moins de fatigues? « Ah! pourquoi traverser les mers? s'écrie un des plus illustres défenseurs de la vérité. Il est au milieu de nous, Celui dont nos pères allaient 136 LA SAINTE COMMUNION. chercher si loin les restes précieux et interroger les vestiges; il est sur nos autels, il veut venir habiter, non pas dans vos maisons, mais dans vos cœurs; il veut se donner à vous. Ce ne sont pas seulement les lieux sanctifiés par sa présence qu'il vous est donné de contempler et d'admirer, c'est lui- même. Sous nos yeux, Jésus- Christ, comme au temps de sa vie mortelle, rassasie d'un pain miraculeux une multitude affamée, fait asseoir à sa table de nouveaux enfants prodigues, rappelle du tombeau des pécheurs qui exhalaient déjà l'odeur contagieuse de la mort, calme la souffrance, console l'infortune, encourage la faiblesse. Est- ce assez de puissance et de bonté? et comment qualifier notre négligence, lorsque nous refusons de le visiter ou de le recevoir? Atotuise Vos estis templum Dei vivi. Vous êtes le temple du Dieu vivant. ( 2e Epit. aux Cor., c. VI, V. 16.) Une âme purifiée par la pénitence est comme un vase d'or qui a passé par le creuset: la manne céleste peut y être reçue, le vin de la sagesse peut y être versé. Heureuse l'âme en qui Jésus- Christ voit ce qui peut l'inviter à entrer en elle! Il vient avec tous les trésors de sa grâce; elle devient son temple et son palais; il y fait sa demeure, et lui fait part de toutes ses richesses; il y apporte le salut. Qui attaquera cette maison du fort armé? Qui pourra vaincre celui qui porte dans son cœur le Tout- Puissant, le Dieu des armées? Oh! quelle nourriture pour l'âme! oh! quel gage d'amour! quelle consolation! 0 délices! o chaste et douce inondation d'un plaisir 138 LA SAINTE COMMUNION. céleste! Préparez- vous de loin, et faites tous vos efforts pour acquérir une pureté et une sainteté qui vous rendent digne d'être le temple et le sanctuaire du Dieu très- haut et très- saint, dont la gloire infinie doit habiter en vous par la communication de ce pain des Anges... Ne vous contentez point de purifier votre âme de tout ce qui pourrait lui déplaire, ornez encore ce nouveau ciel de toutes les vertus des Anges et des saints. ( Délices des âmes pieuses.) LE CIEL DE MON CŒUR. L'union avec Jésus par la sainte communion n'est pas seulement une union morale, c'est une union substantielle et réelle, c'est une incorporation, et saint Augustin va jusqu'à dire que notre chair est faite $ 139 LA SAINTE COMMUNION. une même chair avec la chair de Jésus.... aaitnespal ob es O l'étonnante consécration de nos corps, qui, quelque vils qu'ils soient par eux- mêmes, se trouvent, non plus seulement, comme par le baptême, les temples de l'Esprit saint, cela dit beaucoup; mais, en vertu de la communion, les membres mèmes de Jésus Christ, appartenant à Jésus- Christ, et comme divinisés en un autre lui- même. O merveilleuse, ô ineffable dignité de nos âmes, qui deviennent, par cette union divine avec Dieu même, une image du sein de Dieu le Père, l'autel de l'Agneau, un paradis, un ciel! Et, en effet, dans le ciel de nos âmes, comme dans le ciel des cieux, le Père ou pontife est assis sur son trône, l'Agneau s'immole sur l'autel, 140 LA SAINTE COMMUNION. et l'encens de la prière, de l'action de grâces, de l'anéantissement et de l'amour, parfume le sanctuaire. Au ciel les esprits bienheureux, nourris de la substance divine, s'enivrent au torrent de l'éternelle volupté; ici, même privilége, même bonheur le cœur et l'âme du fidèle, aussi bien que son corps, ne font plus qu'un avec le corps, avec l'âme et le cœur de Jésus. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, dit le Seigneur, demeure en moi, et je demeure en lui.« S'il demeure en moi, lui fait dire saint Bonaventure, n'y trouve- t- il pas le paradis? Si je demeure en lui, ne possède- t- il pas le Dieu du paradis? Et possédant la Divinité, ne devientil pas lui- même Dieu? Il n'est pas Dieu comme moi, car je le suis par moi- même; et l'homme n'est Dieu LA SAINTE COMMUNION. 141 que parce qu'il me possède. Il ne vit pas comme moi par la génération éternelle; mais il me mange, moi que le Père éternel engendre, afin de vivre par moi, comme je vis par mon Père. Il y a donc de la ressemblance et de la différence entre le Fils unique et les enfants adoptifs du Très- Haut. Celui- là vit par la génération éternelle, et ceux- ci vivent parce qu'ils mangent la chair du Fils, qui est seul engendré du Père. Mais cette différence ne leur porte point de préjudice; car, s'ils ne sont pas Dieu par droit de naissance, ils le sont en mangeant Celui qui est né et prédestiné Fils de Dieu de toute éternité, avec lequel ils ne sont qu'un. O bonheur inestimable de celui qui fait un saint usage de ce Sacrement! Il possède le Dieu du ciel, 142 LA SAINTE COMMUNION.. et son cœeur est devenu le ciel même de Dieu, sa demeure, son sanctuaire, son tabernacle. Il est un avec Dieu même... Allons done, chrétiens, allons souvent préluder à ce que nous ferons dans les cieux; allons, comme l'Ange, adorer, bénir, nous perdre, nous abîmer dans la Divinité... Ah! si le ciel pouvait manquer à Dieu, ou si Dieu s'absentait du ciel, où iraient le chercher les Anges, si ce n'est dans le coeur de l'homme qui communie, dans cet autre ciel où le Dieu des Anges veut faire ses délices et se renfermer paramour!..... esanese Hæc recordatus sum. sig Je repassais ces paroles dans mon cœur. ( Ps. XLI, v. 5.) Il n'appartient qu'à vous, Dieu toutpuissant, de rendre justes des impies, de ressusciter les morts, et de changer de telle sorte le cœur des pécheurs, qu'il ne semble pas seulement qu'ils aient jamais péché. Que la main de votre miséricorde ôte de mon cœur tout ce qui peut le rendre indigne de paraître à vos yeux, dont la pureté est infinie. Guérissez- moi, Seigneur, et je serai vraiment guéri; sauvez- moi, ô mon Dieu, et je serai vraiment sauvé. Arrachez du champ de mon cœur tout ce que mes vices y ont fait naître de ronces et d'épines, et répandez- y le bon grain. O l'unique objet de mon amour, celui seul que. je désire, ô Jésus mon Sauveur, que je ne pense qu'à vous aimer et à vous louer sans cesse de toute l'étendue de mon cœur. Gravez dans lui, de votre propre doigt, le souvenir si doux des bienfaits sans nombre 144 LA SAINTE COMMUNION. dont vous m'avez comblé; que je n'en perde jamais le souvenir! Que je ne désire jamais autre chose que de vous aimer et vous bénir, et que votre chaste et saint amour me remplisse et me possède entiè( S. AUGUSTIN, Méditations.) rement. SOUVENIR. Il n'y avait que peu de temps encore que j'avais fait la paix avec vous, ô mon divin Maître: depuis deux, trois ou quatre ans... Eh! qu'importe?... C'est toujours peu de temps lorsqu'une éternité sur la terre se trouverait trop courte encore pour vous aimer. Gonzague datait sa conversion de l'âge de sept ans, et moi, je pourrais dater la mienne de trente. Il me souvient que vous veniez de me placer dans une position d'af LA SAINTE COMMUNION. 145 faires qui absorbaient toutes mes heures; mais cependant, laissezmoi le dire à votre gloire, ces heures, ce me semble, étaient à vous. Si l'agitation se montrait sur la surface de l'onde, le fond restait calme. Je vivais pour vous, je ne soupirais qu'après vous, et chaque jour, altéré de plus en plus de la source de vie où vous me désaltériez tous les matins, je me sentais plus altéré encore, et je me disais: Demain, demain viendra- t- il bientôt, pour aller m'enivrer encore à ce délicieux festin qui met plus que le ciel dans mon âme, qui y place Jésus lui- même, mon Jésus tout entier?... O mon Dieu! que d'actions de grâces je dois donc à vos infinies miséricordes! que de souvenirs, souvenirs d'une indicible félicité, viennent ici se retracer à ma mé10 146 LA SAINTE COMMUNION. moire! Oh! que votre divine présence m'a quelquefois rendu heureux! 0 mon Dieu! soyez- en mille fois béni, vous qui, dans votre immense amour pour le pauvre pécheur qui revient à vous, prenez plaisir à faire surabonder la grâce où abonda l'offense.unice Je veux ici, mon bon maître, pour l'édification de mes frères, pour leur utilité, rappeler des pages dont la lecture me fit un jour verser bien des larmes; car vous parliez à mon âme; il vous plaisait, dans votre infinie charité, de lui demander une union sans relâche; et mon âme, à son tour, ne savait vous répondre que par l'action de grâces, par l'admiration, par le désir.... Que sais- je tout ce qui se passait en moi! Peut- on se rendre compte de ces moments où l'on n'a que des larmes pour toute parole? LA SAINTE COMMUNION. 147 Voici ces pages que je méditais dans le coin bien caché d'une chapelle à Marie: puissent- elles produire sur ceux qui les liront dans le silence de la méditation l'effet qu'elles firent et qu'elles ne cessent de faire encore sur mon cœur! Elles sont dues à l'éminente charité d'un saint prêtre qui veut bien m'appeler son ami... Oh! c'est qu'il y a toujours dans le cœur des prêtres un si grand amour pour les pauvres brebis ramenées tard au bercail! et en cela ne se montrent- ils pas les imitateurs du divin Maitre? Ces lignes, renfermées sous le seul titre de Communion perpétuelle dans les Fleurs de Marie par l'abbé Engelvin, nous les renfermerons, pour l'agrément du lecteur, sous quatre titres différents dans les quatre chapitres qui vont suivre. el sa egestama Manete in me, et ego in vobis. Sicut palmes non potest ferre fructum a semetipso, nisi manserit in vile; sic nec vos, nisi in me manseritis. Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme la branche ne peut d'elle- même porter de fruit qu'elle ne demeure unie à la vigne, ainsi vous n'en pouvez point porter que vous ne demeuriez unis à moi. d ( S. Jean, c. xv, V. 4.) Aujourd'hui j'ai été plus saisi qu'à l'ordinaire de l'excellence du don eucharistique: la vue de cette petite hostie qui renferme l'immensité divine, cette vue m'a poursuivi toute la journée.... Il était là ce pain incompréhensible, sous mes yeux, sur ma langue, dans mon cœeur... Je le sentais... je ne sais quel feu échauffait encore la place où il avait reposé ce matin! il ne m'eût pas été possible d'avoir une pensée que n'aurait point eue Jésus- Christ, d'éprouver un sentiment qu'il eût désavoué, de former un acte de la volonté contraire LA SAINTE COMMUNION. 149 à son bon plaisir.... Enfin il me semble que ma communion a duré tout le jour. ( L'abbé ENGELVIN, Fleurs à Marie.) COMMUNION PERPÉTUELLE. amotnos Adorable dessein de Dieu dans l'institution de l'Eucharistie, qui peut vous pénétrer parfaitement? quel Séraphin se croirait digne de parler de vous, ô mystère d'amour? Disons cependant quelque chose de cette merveille; sinon quelque chose de grand et de sublime, du moins quelque chose d'utile et de pratique. Pour peu qu'on refléchisse sur la fin que Dieu s'est proposée en offrant à l'homme ce Sacrement, on voit dans le Créateur une volonté immense de s'unir sa créature par 150 LA SAINTE COMMUNION. les liens les plus étroits qui se puissent imaginer en la vie présente. Nous entrerons donc dans les vues d'en haut, en puisant dans la participation à ce pain céleste un esprit d'union qui fasse de notre vie une sorte de Communion perpétuelle. Écoutons le divin Sauveur donnant intérieurement à une âme l'instruction suivante sur l'Eucharistie: « Entre nous, lui dit ce Dieu de bonté, il n'y a plus de toi et de moi; tout est devenu commun; car c'est le propre de l'amour d'opérer l'unité entre deux personnes qui s'aiment. Ainsi, chère âme, ne suppose plus à l'avenir que j'exige de toi tel ou tel sacrifice; je n'exige rien, je ne veux rien que ce que tu veux, parce que mon esprit te fait vouloir tout ce qui est conforme à l'ordre et à la justice, renfermés 151 LA SAINTE COMMUNION. éternellement dans la volonté de mon Père et dans la mienne. Parmi les contrariétés de la vie, embrasse donc ma croix, et tiens ce langage: Notre Père qui est au ciel veut que Jésus- Christ son Fils et moi nous lui fassions l'offrande de ce renoncement en commun; il veut de nous cette preuve d'amour et de dévouement, ce sacrifice à deux.... Voilà, chère créature, les paroles qui doivent sortir de ton coeur; tu blesserais ma tendresse en voyant dans moi un être absolument distinct de toi... Comme Dieu, je suis, ainsi que mon Père, l'être de ton être, le fond de ton âme; en ma qualité de Verbe, je suis ta raison, ta sagesse, ton intelligence; par la communication de mon Esprit, je suis ta volonté; et enfin, par cette nature humaine que j'ai prise, par ce Sa 152 LA SAINTE COMMUNION. crement dont je t'ai nourrie, je suis devenu l'os de tes os, la chair de ta chair.» C'est à ce point que peut aller la charité du Sauveur Jésus envers une âme qu'il aime, et dont il est aimé. Cela se conçoit: cette aimable délicatesse ne se rencontre- t- elle pas même dans les affections humaines? Quel est le père qui parle sur le ton sévère du commandement à un fils soumis, attentif à prévenir jusqu'à ses moindres désirs? Quel est l'époux qui fait sentir à une tendre épouse ce que Dieu lui donne sur elle d'autorité? Quel est l'ami, fûtil roi, qui ne se plaît à traiter d'égal à égal celui qui possède son cœur? Jésus, le modèle des amis, des époux, des pères, serait- il moins généreux, moins délicat, et dans son amour, et dans l'expression de LA SAINTE COMMUNION. 153 ses volontés? Oui, ses ordres, ses volontés prennent la forme de simples vœux ou souhaits avec une âme qu'il sait disposée à ne lui jamais dire non. Que celui qui n'a pas déjà goûté cet aimable Sauveur, l'écoute encore parlant à l'une de ces âmes en qui la grâce de l'union eucharistique n'est pas vaine et inefficace. Comme un père et son fils qui se concertent sur une affaire domestique, entendez Jésus dire au coeur de ce prédestiné:« Si nous entreprenions ensemble cette oeuvre où il y aura pour nous des croix, mais pour Dieu de la gloire... Si, pour sauver cette âme, nous nous offrions en victime à la divine justice... S'il me fallait remonter au Calvaire, m'y laisserais- tu monter seul?» On ne saurait croire de quelle 154 LA SAINTE COMMUNION. manière affectueuse et bonne l'ami du ciel traite son ami de la terre. Un jour, au banquet céleste, il lui exprimera en ces mots les effets de son Sacrement:« Mon âme passe dans ton âme, et la tienne passe dans la mienne...» Un autre jour: Bois, lui dira- t- il, le sang de mon cœur. Il me plaît de t'en faire un breuvage...>> Ou bien encore: >> « Quand ce sang coula dans les supplices, il me fut doux de le verser pour toi... Et mille autres paroles semblables, qui prouvent l'excès de la charité divine envers la pauvre créature humaine... ( O vous qui n'avez rien entendu de pareil de la bouche du Dieu de l'Eucharistie, vous n'avez pas à vous plaindre, tout cela n'est que l'accessoire du don, et le don tout seul, dignement reçu, combien ne vaut LA SAINTE COMMUNION. 155 il pas mieux que ces paroles ou ces grâces sensibles, par lesquelles le Dieu caché se manifeste quelquefois à l'âme? le don tout seul, profondément médité, dit- il moins que quelques mots échappés parfois à la parole vivante, au Verbe renfermé dans lui? Enfin, donnez- vous lieu à ces communications intérieures par votre fidélité et par votre dévouement? Qui sait si quelques résistances secrètes, quelque coin de l'âme réservé à la créature ou à vous, quelque refus à Celui qui ne vous refuse rien de tout ce qu'il a et de tout ce qu'il est, ne vous mérite pas la privation dont vous vous plaignez? Jésus n'a coutume de prodiguer de telles faveurs qu'à des âmes d'une volonté toute fondue en la sienne. Quant à ceux qui déclinent dans des voies obliques, 156 LA SAINTE COMMUNION. qui ne vont pas droit au but, qui veulent bien ce que Dieu veut, mais à condition qu'il ne voudra rien de trop; qui se donnent bien d'une manière générale, mais qui se reprennent en particulier, de façon à détruire tout l'effet de leur première offrande; quant à ceux- ci, Dieu, tout libéral et tout magnifique qu'il est, ne saurait agir envers eux avec la même cordialité qu'il témoigne aux autres. N'oublions pas cette parole de l'Écriture: Vous serez saint, Seigneur, avec le saint: Cum sancto sanctus eris. Ajoutons au texte sacré: Vous êtes, Seigneur, tout dévoué à celui qui vous est tout dévoué, prodigue de miséricorde envers l'âme prodigue de sacrifices; mais avare de vos grâces envers celui qui montre envers vous une sorte de parcimonie... silos bu Nec est alia natio tam grandis, que habeat deos appropinquantes sibi, sicut Deus noster. Nul autre peuple, quelque grand qu'il soit, n'a des dieux qui s'approchent de lui comme notre Dieu. ( Deut., c. IV, v. 7.) Quel est le peuple comparable au peuple chrétien? Quelle est sous le ciel la créature aussi chérie que l'âme fervente en qui Dieu daigne entrer pour la nourrir de sa chair glorieuse? O faveur ineffable! ô condescendance merveilleuse! amour infini, qui n'a été montré qu'à l'homme! Mais que rendrai- je au Seigneur pour cette grâce, pour cette immense charité? Je ne puis rien offrir à mon Dieu qui lui soit plus agréable que de lui donner mon cœur sans réserve, et de m'unir intimement à lui. Alors mes entrailles tressailliront de joie 158 LA SAINTE COMMUNION. lorsque mon âme sera parfaitement unie à Dieu! Alors il me dira: Si vous voulez être avec moi, je veux être avec vous. Et je lui répondrai: Daignez demeurer avec moi, Seigneur; je désire ardemment d'être avec vous. Tout mon désir est que mon cœur vous soit uni. ( Imit., liv. Iv, ch. XIII.) JE SUIS BIEN ICI, C'EST CHEZ MOI. Il nous revient encore à l'esprit une de ces paroles intérieures qui fera comprendre merveilleusement ce que Dieu demande de sa créature pour lui tout donner. A la suite de la communion, une âme en qui sans doute le divin Sauveur ne trouvait aucune volonté contraire à la sienne, 159 LA SAINTE COMMUNION. en reçut cette aimable félicitation: « Je suis bien ici, c'est chez moi.» En même temps il semblait à cette âme heureuse que son Dieu, comme un homme qui revient de voyage et qui s'assied avec plaisir au foyer domestique, prenait place au milieu de son cœur, se plaisant à lui répéter:« Je suis bien ici, c'est chez moi.»> Et pourquoi le bon maître n'en dirait- il pas autant quand il daigne visiter notre âme? pourquoi ne serait- il pas aussi chez lui quand il est chez nous? Il n'est pas ici question de rares faveurs, de grâces singulières; il s'agit d'une disposition qui doit être celle de tous les chrétiens. Ah! n'allons pas nous mettre sous l'anathème que porte depuis tant de siècles le peuple ingrat qui a repoussé Jésus- Christ. Il est venu 160 LA SAINTE COMMUNION. chez lui, dit saint Jean, et es siens ne l'ont pas reçu. Ainsi fait une âme que le Sauveur ne peut pas s'approprier entière, lorsqu'il se rend lui- même sa propriété par le don de l'Eucharistie. Il vient chez lui, le Créateur de toutes les âmes et leur Rédempteur; il y entre bien corporellement sous les divines espèces, mais on lui refuse l'entrée du cœur tout en ouvrant la bouche pour le recevoir; mais il n'y a que son corps qui s'unit au corps; son esprit ne peut pénétrer l'esprit, et l'union des âmes n'a pas lieu.... 0 Jésus, mon Sauveur, mon Dieu! ce caractère de la réprobation judaïque me fait horreur! Vous viendrez chez moi comme chez vous; vous y trouverez en entrant tout à vos ordres, maître et domestiques; je vous y mettrai la clef à la main; vous y serez plus LA SAINTE COMMUNION. 161 maître que le maître même, ou plutôt il n'y aura pas deux maîtres; il n'en faut qu'un dans une maison pour son parfait gouvernement. Il n'entrera que ceux qu'il vous conviendra de voir, et la porte sera refusée à tout ce qui pourrait vous déplaire; seulement, comme les disciples d'Emmaüs, je vous dirai: Demeurez ici, car il se fait tard. Le jour de ma vie est presque écoulé sans que j'aie encore commencé à vous mettre à ma place dans ma maison: installez- vous- y jusqu'à ma mort; faites- y tous les arrangements à l'aide desquels l'habitation peut vous en être plus agréable. Agrandissez les appartements, les cours, les jardins; détruisez les murs de clôture, et transportez- les loin, plus loin, très loin... Je serais désolé si, vous trouvant à l'étroit chez 11 162 LA SAINTE COMMUNION. moi, vous ne vous considériez plus comme chez vous et preniez le parti d'en sortir. On peut comprendre maintenant ce que nous entendons par Communion perpétuelle: c'est proprement l'état d'une âme qui a cessé de s'appartenir, qui est parvenue au dernier degré de pauvreté spirituelle, en qui, selon l'expression de saint Paul, Jésus- Christ vit, et dans sa vie divine absorbe la vie de la créature. Vivo, jam non ego; vivit vero in me Christus. Je vis, disait -l'Apôtre; mais non, ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus- Christ qui vit en moi. m Operamini non cibum qui perit, sed qui permanet in vitam æternam. Travaillez, non point pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui ne périt pas. ( S. Jean, C. VI, V. 27.) O Jésus mon Sauveur, source inépuisable de douceur et de bonté, que je ne pense plus qu'à vous. Dès que l'on aime avec vous quoi que ce puisse être, on n'a point, ô mon Dieu, un véritable amour pour vous. O amour plein de douceur, douceur pleine d'amour, amour exempt de peines et suivi d'une infinité de plaisirs, amour si pur et si sincère qui subsistez dans tous les siècles, amour dont rien ne peut éteindre ni même ralentir l'ardeur, Jésus mon adorable Sauveur, dont les bontés, dont les douceurs sont incompréhensibles, charité si parfaite qui n'êtes pas moins que mon Dieu, que ne suis- je embrasé de vos divines flammes 164 LA SAINTE COMMUNION. jusqu'à n'être plus sensible qu'à ces torrents inépuisables de douceurs, de plaisirs, de délices et de joie, mais d'une joie toute juste, toute chaste, toute pure, toute sainte, et suivie de cette parfaite paix que l'on ne trouve qu'en vous! Que, tout embrasé des flammes de cet amour, je vous aime, ô mon Dieu, de toute l'étendue de mon cœur et de tout ce qu'il y a de plus intime en moi. Je ne veux, ô mon seul bien, jamais aucun autre amour que le vôtre. ( S. AUGUSTIN, Méditations.) TRAVAILLE SI TU VEUX, MAIS AIME! Allons, mon âme, il est temps de laisser notre misérable existence purement humaine se transformer en la grande vie de l'Homme- Dieu. Ce ne sont plus quelques actes fugitifs de remerciement après la LA SAINTE COMMUNION. 165 communion que le coeur brûlant de Jésus veut de nous; c'est un feu perpétuellement entretenu sur l'autel de notre cœur; c'est un cantique d'action de grâces semblable à celui du ciel, c'est- à- dire prolongé sans interruption durant les années du temps, comme l'autre durant les siècles de l'éternité... Entonne, ô mon âme, ce beau cantique, cette hymne d'amour à la bonté divine abîmée dans les splendeurs invisibies de l'Eucharistie... Que ton chant de louanges commence aujourd'hui pour ne plus finir... Ne va pas prétexter les occupations matérielles, les travaux, les devoirs d'état, les soins de la vie, pour interrompre un seul instant ton action de grâces. L'amour n'admet aucun de ces vains prétextes, il ne reçoit aucune de ces injurieuses 166 LA SAINTE COMMUNION. excuses. Cet amour, jaloux d'une jalousie inconcevable, poursuit le cœur dont il veut être aimé jusque dans le travail le plus absorbant, et, comme un vainqueur acharné sur sa proie, la perce à chaque instant de nouveaux traits, ne lui laisse point de repos, et lui crie sans cesse: « Travaille si tu veux, mais aime!>>> L'âme fidèle entend ce commandement, et l'exécute; elle aime, elle aime toujours, elle aime de plus en plus, et, semblable à ces corps lancés sur une pente rapide, dont la vitesse s'accroît en roulant, l'amour de cette âme s'accroît en aimant. Prenez- la à quelque moment que ce soit de la journée, gardez- vous de croire que vous puissiez la surprendre en la moindre trêve d'amour... Telle elle était ce matin à la sainte table, telle et LA SAINTE COMMUNION. 167 aussi unie à Jésus vous la trouverez plusieurs heures après, à midi, le soir. En vain mille affaires se sont succédé depuis l'heureuse visite du céleste époux, rien n'a pu le faire oublier: les affaires occupaient l'esprit, mais Jésus occupait le cœur... ou plutôt, en vertu de l'union eucharistique, le divin apprenti de Joseph continuait dans cette âme sa vie de travail, sa vie agissante. En vain des importunités de tous genres sont venues éprouver la patience du serviteur ou de la servante de Dieu, l'esprit de paix n'a paru en souffrir aucune atteinte, et Jésus a renouvelé dans cette personne la constante égalité d'humeur dont il fit preuve au milieu des embarras de sa vie publique. En vain des propos piquants, de déraisonnables contestations, des prétentions d'une 168 LA SAINTE COMMUNION. criante injustice, ont essayé de faire perdre la grâce de la Communion perpétuelle à cet ange de douceur: Jésus s'est constamment montré à travers cette âme, où il semblait aussi réellement présent que dans le pain merveilleux qu'elle avait reçu le matin. Il lui a communiqué cette parfaite présence d'esprit, cette imperturbable charité que la grossièreté de ses Apôtres, les injures de ses ennemis, les insidieuses paroles de ses envieux n'ont pu venir à bout d'altérer. En vain de cruelles souffrances du corps ont étendu sur la croix cette épouse du Dieu du Calvaire, à peine sortie de la salle du festin nuptial: l'union entre elle et Jésus n'en est devenue que plus étroite, cimentée de la sorte par la douleur, comme il arrive entre deux époux dont l'un LA SAINTE COMMUNION. 169 est fidèle au malheur de l'autre, et qui boivent ensemble à la coupe de l'adversité. En vain les peines de l'âme, ennuis, sécheresses, dégoûts amers, tentations de toute espèce se sont joints aux maux du corps pour pousser au dernier terme du courage, aux dernières limites de la soumission, l'héroïque amant de l'Eucharistie, ou la femme forte qui fait ses délices de ce pain divin; l'union a persévéré, plus admirable que jamais, sur la double croix des peines intérieures et extérieures. Qu'il est donc beau de communier indistinctement à tous les états de Jésus, à ses états de souffrance à comme à ses états de bonheur, ses états pauvres et abjects comme à ses états riches et glorieux, à son état de mort dans la nuit glacée du tombeau comme à son état de vie 170 LA SAINTE COMMUNION. bienheureuse dans la Résurrection triomphante, à ses anéantissements dans l'Incarnation comme à son Ascension dans les cieux!.... Qu'il est beau, dis- je, de communier à tous ces états, sans exprimer aucune préférence volontaire de l'un sur l'autre, et se montrant à l'œil de Dieu également satisfait, tranquille, quelque choix que fasse pour nous sa sagesse entre les diverses conditions de son Fils, pour y associer notre âme, toujours trop heureuse et trop honorée d'un rapport quelconque avec l'Homme- Dieu! S In pace in idipsum dormiam, et requiescam. Je m'endormirai, et je me reposerai dans la paix de mon Dieu. ( Ps. IV, V. 9.) On ne saurait trop répéter à l'homme que sa grandeur, sa sécurité, sa paix consistent à se renoncer, à se mépriser luimême, à s'anéantir devant Dieu, à ne vouloir en toute chose et à ne désirer que l'accomplissement de sa volonté sainte, sans aucun retour d'intérêt propre, dans un abandon sans réserve à ce qu'il lui plaît d'ordonner de nous. Il faut se détacher même de ses dons, pour s'unir à lui d'une manière plus intime et plus pure. La ferveur sensible, les consolations, les ravissantes douceurs de l'amour nous sont données et nous sont retirées selon des desseins que nous ignorons; elles passent, et tout ce qui passe produit le trouble si l'on s'y attache. 172 LA SAINTE COMMUNION. Dieu seul donc: n'aimons que Dieu seul, ne souhaitons que Dieu seul; aimons- le pour lui- même, dans la tristesse comme dans la joie, dans l'amertume comme dans la douceur. Oui, je vous aimerai, Seigneur, je vous bénirai en tout temps; vous êtes vous- même notre paix, et dans cette paix je dormirai et je reposerai. PAIX PROFONDE, PAIX D'AMOUR! ( Suite et fin des trois chapitres précédents.) Paix profonde, paix d'amour, qui réside au centre d'une âme intimement unie à Jésus par la vertu de l'Eucharistie, hâte- toi de venir remplir notre cœur!... Et pourquoi te troublerais- tu, âme chrétienne qui possèdes un Dieu, et qu'un Dieu possède? Que craindras- tu? Le Tout LA SAINTE COMMUNION. 173 Puissant, le tout bon, Celui qui s'appelle et est en effet la Sagesse vivante du Père, le Verbe de Dieu, en un mot le tout aimable Jésus est avec toi, est en toi, tous les jours de ta vie, si tu le veux, jusqu'à la consommation du siècle présent. Ah! ne lui fais pas l'injure d'être triste en sa compagnie, et d'avoir peur, à côté de lui, de tes ennemis et des siens! N'est- il pas assez fort pour les vaincre, pour les mettre tous sous tes pieds? Tout empire au ciel, sur la terre et dans les enfers, ne lui a- t- il pas été donné par son divin Père? Créature engraissée de la chair d'un Dieu dont le sang coule dans tes veines, dont l'âme enveloppe ton âme, dont la divinité s'épanche tout entière dans ton être humain; créature divinisée, en quelque façon, par l'usage de l'Eucharistie, que la 174 LA SAINTE COMMUNION. paix, une paix immense soit donc ton partage! il le faut; cela est bon, juste, convenable. Ne perds point de vue, durant le jour, le don qui t'est venu du ciel ce matin, et je te garantis la paix. Oui, une paix perpétuelle ne saurait manquer d'accompagner une communion perpétuelle. Que si la communion sacramentelle ne produit point de tels fruits dans toutes les âmes, ce n'est pas la faute de l'arbre, mais du terrain où il est planté. Hâtons- nous donc d'engraisser le sol des débris infects de l'amour- propre; creusons, remuons cette terre par un travail assidu; ne laissons pas les herbes voraces de nos passions s'emparer des sucs de la vie; arrachons une plante malfaisante ou inutile aussitôt qu'elle parait; ne lui donnons pas le temps LA SAINTE COMMUNION. 175 prendre racine, encore moins de se multiplier. Que l'oraison, l'examen, la lecture entretiennent le jardin de l'âme dans une heureuse fécondité... Oh! qu'il aime, ce Dieu d'amour, à planter l'arbre de vie dans un coeur où tout concourt à lui faire porter des fruits de salut! Parasti in conspectu meo mensam adversus eos qui tribulant me. Vous avez dressé une table devant mes yenx contre ceux qui m'affligent. ( Ps. XXII, v. 6.) Quand vous verrez le corps de JésusChrist sur nos autels, dites- vous à vousmême: Par le moyen de ce corps je ne suis plus cendre et poussière; je ne suis plus esclave, je suis libre. Le soleil n'a pu voir ce corps attaché à la croix sans détourner ses rayons: le voile du temple, aussi bien que les rochers, se fendit de douleur, et toute la terre trembla. Voulez- vous connaître par d'autres faits jusqu'où va sa puissance et sa vertu? Interrogez l'hémorroïsse qui fut guérie en touchant non ce corps, mais son vêtement; non pas tout entier, mais seulement le bord. Interrogez la mer qui l'a porté sur ses flots. Demandez au démon qui lui a fait une plaie mortelle, qui l'a dépouillé de sa force, qui l'a fait 177 LA SAINTE COMMUNION. esclave, qui arrête ses efforts et qui le met en fuite; il vous répondra que c'est ce corps qui lui a brisé la tête et qui a triomphé de sa puissance. Demandez à la mort qui lui a arraché son aiguillon, enlevé sa victoire, qui l'a rendue méprisable aux enfants, elle qui est si terrible aux rois et même aux justes; elle vous dira que c'est ce corps qui a opéré toutes ces merveilles. Aussi sortons- nous de la table sainte comme des lions pleins de force et terribles à tout l'enfer. ( S. JEAN CHRYSOSTOME.) ANTIDOTE ET COURAGE. asi enot Je voudrais faire entendre à tous les hommes ce qu'ils dédaignent, ce qu'ils délaissent lorsqu'ils s'éloignent de la table des Anges. Laterre n'a- t- elle pas assez de misères, assez de tristesses, assez d'amertumes? 12 178 LA SAINTE COMMUNION. Pourquoi donc fermer encore son âme aux douces félicités du ciel? Mon Dieu! on se console si bien de tous ces maux de la vie par le bonheur de vous posséder à la table des Anges! Vous donnez là tant de force et de courage! vous enivrez là vos enfants d'un vin si généreux! vous faites circuler dans tout notre être un baume si doux, et qui répare si bien les forces qu'ont affaiblies les aspérités de la route!... Oui, vous posséder dans cette vie, ô mon Dieu, c'est un remède à toutes les peines, un antidote à toutes les amertumes, un contre- poison à tous les maux de ce malheureux exil. « Hélas! qu'est- ce que la terre? s'écrie un auteur écrivant dans le sens de ces lignes; qu'est- ce que la terre? Un lieu d'exil, une vallée de larmes, comme l'appelle l'Église; LA SAINTE COMMUNION. 179 l'homme y cherche dans les ténèbres la vérité, qui est la vie de son intelligence; il y cherche au milieu des maux sans nombre un bien; il ne sait quel bien, immense, inépuisable, éternel, qui est la vie de son cœur; et tout ce qu'il cherche lui échappe. Le doute, l'opinion, l'erreur fatiguent sa raison épuisée. Ce qu'il a cru des biens se change en amertume. Il trouve au fond de tout le vide et l'ennui. Est- il seul? son âme retombe avec douleur sur elle- même: il a besoin de support, et malheur à lui s'il met sa confiance dans les autres hommes! Ils se masquent pour le surprendre; ils profanent, pour le tromper, le nom d'ami; tandis que leur bouche lui sourit, ils lui tendent des piéges dans l'ombre; et quand, à force de ruses, de mensonges et de basses noirceurs, ils 180 LA SAINTE COMMUNION. l'ont enveloppé dans leurs rets, tout coup, se dévoilant, ils se ruent sur lui et le dévorent, comme l'hyène dévore sa proie. Lamentable condition! Mais Dieu n'a pas abandonné sa pauvre créature dans ces extrémités de la misère. Il l'éclaire par sa parole, il la soutient par sa grâce; il l'anime, il la console par la foi d'une vie meilleure, par l'espérance de posséder, après ces jours d'épreuve, le bien auquel elle aspire, le bien infini, qui est lui- même. Et ces dons merveilleux d'un amour inénarrable, rassemblés, concentrés, en quelque sorte, dans la divine Eucharistie, y sont offerts à nos désirs, sans autre mesure que ces désirs mêmes.>> Oui, la divine Eucharistie, en nous donnant l'auteur même de la grâce, nous donne tous les trésors 181 LA SAINTE COMMUNION. du ciel. C'est là qu'on puise cette charité que Paul préfère aux plus, beaux dons du ciel, cet amour fort comme la mort, et qui ne se repose que lorsque, la vie terminée, les combats et les travaux le sont avec elle. N'est- ce pas l'Eucharistie qui soutenait les premiers chrétiens contre toutes les fureurs du paganisme, et les enflammait d'un zèle si ardent, qu'ils se riaient de toutes les tortures qu'inventait contre eux la rage barbare de leurs persécuteurs? « O saints martyrs! ô frères généreux! s'écrie un prédicateur contemporain, vous qui nous avez précédés dans les combats, et qui nous attendez dans la gloire, dites- nous donc aujourd'hui où vous alliez puiser cette charité qui vous faisait vivre pour votre Dieu et mourir pour 182 LA SAINTE COMMUNION. lui. Ah! dans les jours de la persécution, chaque matin, où donc alliezvous pour vous préparer au sacrifice? On vous voyait avant que le soleil vint éclairer Rome et l'amphithéâtre, les bourreaux et les victimes; on vous voyait quitter avec empressement vos demeures: on aurait dit que vous alliez à la mort, et cependant les satellites n'étaient pas encore là. A l'extrémité de la ville, dans une région retirée, vous alliez chercher un temple ignoré pour y prier le Seigneur, et de saintes leçons pour apprendre à mourir. Jésus- Christ, caché dans les catacombes, et contraint alors, comme dit Bossuet, de chercher d'autres voiles et d'autres ténèbres que les voiles et les ténèbres mystiques dont il se couvre volontairement dans l'Eucharistie, vous appelait à LA SAINTE COMMUNION. 183 sa table, et pas un de vous ne manquait au rendez- vous. Là, dans les ténèbres, s'élevait l'autel de Celui qui a fait le soleil; un prêtre mutilé déjà par d'anciennes tortures offrait en sacrifice la victime du monde; et vous veniez à votre tour, victimes désignées au fer des tyrans, vous * veniez vous offrir avec elle, et vous instruire, en la recevant, à donner votre vie comme elle. Partez maintenant, le sacrifice est accompli; remontez au jour, retournez à vos demeures, les bourreaux peut- être vous y attendent. Qu'importe, vous avez reçu votre Dieu, ne craignez rien; il vous soutiendra lui- même dans les cachots et sur les bûchers; il combattra pour vous la fureur des bêtes et la rage des hommes; et si vous tombez dans la lice, il vous couronnera.» 184 LA SAINTE COMMUNION. Et encore de nos jours, dans ces temps de persécutions non moins cruelles, où le monde a, comme les tyrans d'alors, ses satellites, ses amphithéâtres et ses bêtes féroces, si vous pouviez, hommes du siècle, interroger tous ces chrétiens dont la vie vous étonne parce qu'elle vous parait si courageuse et si difficile au milieu des scandales du siècle, de l'agitation des affaires et de toutes les séductions du monde; si encore, pénétrant dans ces demeures où l'héroïque dévouement d'un sexe faible et délicat semble un miracle de tous les jours, vous demandiez à ces saintes filles ce qui vivifie ainsi leur inépuisable amour, ce qui leur donne cette pitié qui les fait compatir à tous les maux, et ce courage que nuls rebuts ne peuvent abattre: eh bien! partout, dans la bouche des vrais fidèles, des LA SAINTE COMMUNION. 185 chrétiens fervents, de tous les saints de l'Église, vous trouveriez cette réponse:« Tout courage, toute force, toute charité, toute consolation, toute vie, tout bonheur nous est donné par la sainte communion.... L'heure que nous passons le matin au pied des autels, cette heure si céleste où le pain des Anges nous est donné, met en nous des forces pour tout le jour; et lorsque nous ne pouvons communier qu'en désir, les jours où nous sommes privés de cette. nourriture angélique nous semblent, il est vrai, bien durs; mais le simple désir nous soutient encore, nous fortifie, nous encourage. Oui, voilà ce qui seul nous aiderait à supporter mille fois plus encore; car c'est là que se trouve le feu sacré qui dévorait les martyrs, et qui, d'hommes faibles, en faisait des lions.» 186 LA SAINTE COMMUNION. - « Les philosophes qui admirent le dévouement catholique, dit un profond penseur de notre siècle, ressemblent aux Égyptiens qui bénissent les inondations du Nil, dont ils ignorent la source.- Peutêtre, dit Voltaire, n'est- il rien de plus grand sur la terre que le sacrifice que fait un sexe délicat de la beauté, de la jeunesse, et souvent de la haute naissance, pour soulager dans les hôpitaux ce ramas de toutes les misères humaines, dont la vue est si humiliante pour l'orgueil et si révoltante pour notre délicatesse. Eh! sans doute; mais ne vous arrêtez pas au fait, cherchez- en l'explication. Croyez- vous que ces retraites soient inaccessibles aux ennuis, aux dégoûts, aux orages du coeur? que ce cœur humain, qui se fatigue de plaisirs, ne se fatigue - LA SAINTE COMMUNION. 187 jamais de sacrifices? Lorsque, en parcourant ces salles lugubres, ces anges songent qu'au lieu de cette vie douce et brillante qu'un seul mot leur rendrait, au lieu de cette famille qui les rappelle, il faudra panser ces plaies étrangères, entendre ce râle des agonisants, ensevelir ces cadavres inconnus, non pas une semaine, un mois, mais trente ans, mais toujours; croyez- vous que leur courage ne soit jamais près de succomber sous cet avenir? Or, savez- vous ce qui le soutient dans ses défaillances, ou l'en préserve? Vous l'ignorez, dites- vous. Faites comme ceux qui ont voulu le savoir; demandez- le à ellesmêmes. La communion fréquente: telle est leur réponse unanime... Philanthropes, trêve de phrases! Que leur donnerez- vous à la place 188 LA SAINTE COMMUNION. A de ce mystère d'amour? Si leur dévouement est ce qu'il y a de plus grand sur la terre, que n'entreprenez- vous une si belle oeuvre? Faites- nous, avec vos pompeuses maximes de bienfaisance, une sœur de charité, par exemple, une seule! on ne vous demande que cela.»> ( M. l'abbé GERBET.) Oui, mon Dieu, vous êtes seul notre force, notre consolation, notre courage, à nous chrétiens que ne saurait consoler un monde impuissant et vain, qui, au reste, ne nous comprend pas et ne nous. aime pas... C'est à vous, Dieu puissant et bon, que nous irons à chaque aurore demander la manne céleste que votre bonté nous prépare, afin que tous les jours, toutes les heures de notre voyage, soient vivifiés et soutenus par votre amour... In die illa erit fons patens habitantibus Jerusalem in ablutionem peccatoris. Viendra un jour où il y aura une source ouverte aux habitants de Jérusalem pour laver les taches du pécheur. ( Zach., c. XIII, V. 1.) Mon Dieu, je sens que je suis uni à vous. On embaume les corps pour les préserver de la corruption; mais vous êtes le parfum spirituel qui embaume mon âme pour lui donner la vie éternelle. Je suis dans le bonheur, parce que vous êtes en moi: vous y demeurez jusqu'à ce que le péché y prenne votre place... Ah! Jésus, demeurez- y toujours... Je porte mon Dieu; partout où je vais aller, il m'accompagnera... Quel trésor caché dans mon âme! quelle société mystérieuse! je ne suis pas seul... Mon Dieu est avec moi... Je suis devenu l'égal des Anges... Seigneur, donnez- moi la force de ne pas retomber du ciel. sul ( Délices des âmes pieuses.) 190 LA SAINTE COMMUNION. SAINTE CROISADE. Le saint Sépulcre au pouvoir des infidèles!... Cette pensée, dans des âges de foi, faisait battre les cœurs d'un saint zèle. Les rois quittaient leurs trônes, les hauts barons leurs vieux châteaux; le simple pâtre abandonnait chaumière; les peuples chrétiens se liguaient sous un même drapeau; l'Occident tout entier se levait pour courir dans l'arène et se précipiter sur l'Orient, profanateur barbare de la terre sanctifiée par les vestiges du Sauveur. Ah! dans ces temps de religieux enthousiasme, dans ces siècles où la croix rayonnait si brillante sur les palais des grands, sur les étendards des armées et sur la poitrine LA SAINTE COMMUNION. 191 des braves; dans ces âges d'une foi si ardente, d'une piété si noble, si franche et si digne de ces époques de vaillance, de loyauté et d'honneur, oh! alors la vie elle- même était comptée pour peu de chose lorsqu'elle pouvait servir à la glorification du Sauveur; alors l'homme s'attachait moins à la terre et portait plus souvent son regard vers les cieux; alors la charité régnait pure dans les âmes, et avec elle toutes ces passions grandes, élevées et généreuses, qui furent la source de tant de hauts faits d'armes, de tant de travaux chrétiennement entrepris, de tant d'épreuves noblement supportées. « C'est à l'occasion de ces expéditions mémorables que l'Église applique à saint Louis la gloire des conquêtes de Judas Machabée: l'un et l'autre ont recherché par leur 192 LA SAINTE COMMUNION. valeur la gloire de leur peuple et le salut de leurs frères; l'un et l'autre ont poursuivi les impies et repoussé les nations infidèles qui voulaient asservir le peuple de Dieu; l'un et l'autre ont réjoui Jacob et parcouru les villes de Juda; et quoique, par un secret adorable de la Providence, l'un et l'autre aient été ensevelis dans leur triomphe, il n'en est pas moins vrai que leur nom est devenu également célèbre jusqu'aux extrémités de la terre, et que leur mémoire sera éternellement en bénédiction. Nous ne sommes pas appelés à ces hauts faits de guerre, nous ne sommes pas destinés à des épreuves si incroyables; mais il est une sainte expédition que chacun de nous doit entreprendre et mener à un succès certain, au nom et par la croix de Jésus- Christ; il est une terre sainte, LA SAINTE COMMUNION. 193 un sépulcre du Sauveur que nous devons arracher à l'infidèle et à l'impie: c'est notre cœur, où le Dieu fait chair est enseveli si souvent par la sainte communion; c'est de ce sanctuaire vivant qu'il faut chasser l'abomination et la désolation; c'est là qu'il faut nous montrer libres et affranchis du péché, malgré tous les liens dont le monde voudrait nous accabler; c'est là qu'il faut déployer un amour plus fort que la mort et une fidélité supérieure à tout ce qui voudrait nous séparer de la charité de Jésus- Christ.> ( LE COURTIER.) 43 Domine, da mihi hanc aquam. Seigneur, donnez- moi de cette eau. ( S. Jean, c. IV, v. 15.) Le divin Sauveur a voulu ne se rendre visible qu'à la foi seule; et la foi suffit pour embraser de telles ardeurs les vrais fidèles, qu'il n'est rien sur la terre de comparable à leur amour. Aucune langue ne peut exprimer ce qui se passe alors dans le secret du coeur. Ah! si vous saviez le don de Dieu, et quel est celui qui vous dit: Donnez- moi à boire, vous lui demanderiez vous- même, et il vous donnerait de l'eau vive. Tous les saints le lui ont demandé, et il a entendu leur voix, et il les a désaltérés à la source éternelle. Demandez aussi, priez, suppliez. L'Esprit et l'épouse disent: Venez; et que celui qui écoute dise: Venez, que celui qui a soif vienne, et que celui LA SAINTE COMMUNION. 195 qui veut reçoive gratuitement l'eau qui donne la vie. Et l'Époux dit: Je Ainsi soit- il! Venez, Seigneur Jésus. ns. SEIGNEUR, DONNEZ- MOI DE CETTE EAU. La séraphique Thérèse est admirable dans ses écrits, surtout lorsqu'elle parle de la charité: il y avait en elle un si grand amour de Dieu! Je n'ai jamais lu sans en être touché ces belles paroles où, tout en voulant nous dépeindre les effets du divin amour dans une âme qui en est vivement embrasée, elle nous laisse deviner, sans le vouloir, tout ce qu'il y avait dans son cœur de ce même amour dont elle parle si bien. « L'amour qui possède cette âme, 196 LA SAINTE COMMUNION. nous dit- elle, ne lui laisse pour l'ordinaire aucun repos; elle est sans cesse agitée, et, tout environnée qu'elle est de cet amour, elle voudrait que, pour l'aider à louer Dieu, tout le monde bût à la même source, ne craignant point qu'elle tarisse... Oh! combien de fois, continuet- elle, me suis- je souvenue de cette eau vive dont notre Seigneur parlait à la Samaritaine! J'ai toujours eu une dévotion particulière à cet évangile; et, quoique dès ma plus tendre jeunesse je ne comprisse pas encore l'excellence de ce don, je suppliais souvent notre Seigneur de m'accorder cette eau admirable. Partout où j'étais, j'avais toujours un tableau où je le voyais assis sur le bord du puits, avec ces paroles: Seigneur, donnez- moi de cette eau.» Ah! mon Dieu! à moi, si glacé LA SAINTE COMMUNION. 197 quelquefois dans la sainte communion, alors même que je porte en moi l'éternel brasier des Anges; à moi, si troublé par les choses de la terre, lorsque j'ai dans mon cœur eelui qui est le repos éternel des cieux; à moi, si peu digne de votre amour, donnez cependant, Seigneur, donnez aussi de cette eau. Ah! dans mes jours d'égarement, j'avais soif, ô mon Dieu, de tout ce qui n'était pas vous. Sans cesse altéré de je ne sais quel bonheur imaginaire, je courais à toutes les sources empoisonnées du monde, et toujours mes lèvres restaient brûlantes et dessé. chées, parce que mon âme était vide de votre amour. Mais puisque aujourd'hui vous m'avez fait connaître, dans vos infinies miséricordes, la source des eaux vives qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle, donnez, mon 198 LA SAINTE COMMUNION. Dieu, afin que je n'aie plus soif; je ne veux aujourd'hui que vous seul, je ne suis avide que de vous. Fleuve d'amour, source inépuisable où se désaltèrent les élus et les Anges, ne passez jamais dans mon cœur sans y laisser quelques gouttes au moins de vos saintes voluptés. Sans doute, lorsque je considère ma bassesse et mes profondes misères, je me frappe la poitrine et je ne m'étonne point de trouver quelques rebuts apparents au milieu des prodigalités sans nombre de votre amour. Cependant, ô mon Dieu, prenez en pitié une âme qui s'élance vers vous toute haletante de désirs, et vous demande de placer en elle, sinon une ferveur sensible, au moins, mon Dieu, un amour qui se montre effectif, une ardeur généreuse à vous suivre en vrai disciple, LA SAINTE COMMUNION. 199 en enfant comblé de vos biens, et qui ne doit reculer pour vous devant aucun sacrifice, aucun renoncement, aucune abnégation. Donnez- moi, Seigneur, cet amour, ce brûlant amour. Seigneur, donnezmoi de cette eau! Millia millium ministrabant ei, et decies millies centena millia assistebant ei. Mille millions le servaient, et dix mille millions étaient devant lui. ( Dan., c. VIII, v. 10.) Tandis que nous sommes en ce monde, le mystère de l'Eucharistie nous change la terre en un paradis. Montez donc jusqu'aux portes du ciel, ou plutôt jusqu'au plus élevé de tous les cieux; regardez attentivement, et je vous montrerai ensuite sur nos autels ce que vous aurez le plus admiré dans le paradis. Car, comme dans les palais ce ne sont point les tapisseries et les dorures, mais le roi assis sur son trône qu'on regarde, je ne m'arrête pas non plus à vous montrer dans le ciel les Anges et les Archanges, mais le Seigneur qui est le roi des Anges et des Archanges; et vous l'avez sur la terre.... ( S. JEAN CHRYSOSTOME.) LA SAINTE COMMUNION. SI NOS YEUX S'OUVRAIENT... 201 Le Dieu puissant dont la présence invisible ébranlait le Sinaï, Celui dont un rayon de gloire échappé de ses splendeurs laissa sur le front du législateur d'Israël des traces ineffaçables, Jéhova, Celui qui a été, qui est, qui sera, Celui que les livres saints nous représentent comme porté sur les nues et assis sur les Chérubins, ce Dieu que ne peuvent contenir les cieux, et dont le nom est l'infini, est le même qui réside dans nos tabernacles; mais ici le Dieu puissant, le créateur des mondes, le Dieu terrible ne veut être qu'Emmanuel, ou Dieu avec nous. « Où sommes- nous? s'écrie saint Jean Chrysostome; le ciel n'a rien, 202 LA SAINTE COMMUNION. absolument rien au- dessus de la terre, la terre est devenue un nouveau ciel.» C'est en effet le même Dieu que les cieux adorent; mais il a laissé son tonnerre dans les tabernacles éternels, pour n'être dans nos fragiles tabernacles de la terre qu'un Dieu caché, un Dieu anéanti par amour, un agneau plein de douceur, une victime de propitiation pour nos péchés. Ah! si nos yeux s'ouvraient, et que nous pussions voir le royal cortége qui doit environner le Souverain de l'univers résidant sur nos autels!... Si nos yeux s'ouvraient, et que le Dieu trois fois saint nous apparût avec ses milliers d'esprits célestes prosternés autour du sanctuaire, et dédommageant par leurs hommages le Dieu tout amour, le Dieu victime LA SAINTE COMMUNION. 203 qui fait ses délices d'habiter avec les hommes, et que les hommes viennent quelquefois outrager jusqu'au pied des autels!... loup Si nos yeux s'ouvraient, et qu'au lieu de cette petite hostie qui nous est donnée, et que l'on dépose sur notre langue... jusqu'au fond de nos cœurs... nous pussions voir toute l'immensité du Dieu qui y est renfermé, et autour de nous brûler dans les feux de leur charité des milliers de Séraphins offrant leur amour pour nous qui ne savons pas aimer, leurs prières pour nous qui ne savons pas prier, leurs brûlantes contemplations pour nous qui souvent, dans cet instant de la sainte communion, dans ce moment du ciel, qui ne devrait être pour nous que jubilation, actions de grâces, extase, amour, laissons cependant nos pauvres 204 LA SAINTE COMMUNION. coeurs distraits se traîner vers la terre... Ah! si nos yeux s'ouvraient!... 0 mon Dieu, quelle insondable charité de votre part! et en nous, que de profondes misères! que nous avons à gémir de notre trop peu de foi! En quelle maison de boue et de quelle manière nous vous recevons, ò Dieu de majesté, Roi des rois, ó Jésus- Christ Fils de l'Éternel, qui participez à l'éternité de votre Père, à toute sa puissance, à toute son infinie grandeur! La plus parfaite, la plus sublime des créatures, la divine Marie, elle qui, par ses priviléges et ses perfections, se trouvait si au- dessus même des créatures angéliques; l'auguste et incomparable Vierge reçoit dans son sein très- pur et immaculé ce Dieu se faisant chair pour LA SAINTE COMMUNION. 205 habiter parmi nous; et l'Église s'étonne que le Dieu de sainteté n'ait pas eu horreur d'entrer dans ce sein virginal: Tu ad liberandum suscepturus hominem, non horruisti Virginis uterum.( Hymne Te Deum.) Où trouverons- nous donc des paroles qui puissent rendre notre admiration, notre surprise, en voyant Dieu descendre si souvent jusque dans nos pauvres cœurs à nous? Ah! si nos yeux s'ouvraient!... Si la foi pénétrait au moins bien avant dans nos cœurs, ne resterions- nous pas abîmés dans une perpétuelle contemplation de cet inexplicable anéantissement, de cet ineffable amour de notre Dieu? ne resterions- nous pas dans une éternelle action de grâces d'un tel bienfait?... O mon Dieu, qu'est devenue cette grande foi des premiers chrétiens 206 LA SAINTE COMMUNION. persécutés, qui ne pénétraient dans leur église souterraine qu'avec une religieuse frayeur, avec le même respect et le même amour que s'ils eussent vu des yeux du corps Dieu lui- même escorté de ses Anges et trônant sur l'autel? Où est la foi des saint Louis, des Catherine de Sienne, des François d'Assise, des Thérèse, des Stanislas et des Gonzague? cette foi qui anima tous les saints et qui les rendait si brûlants d'amour au pied des tabernacles?... On a vu plusieurs fois Jésus- Christ sous la forme d'un enfant dans la sainte hostie. C'est à l'occasion d'un de ces miracles que saint Louis fit cette réponse si pleine de foi: on engageait ce saint roi à aller voir Jésus- Christ qui apparaissait dans l'Eucharistie sous la forme d'un enfant: Que ceux, dit- il, qui doutent LA SAINTE COMMUNION. 207 de la présence de Jésus- Christ dans l'Eucharistie aillent voir ce miracle. Pour moi, je l'y crois aussi fermement que si je l'y voyais de mes propres yeux.» syox Et calix meus inebrians quam præclarus est! Que mon calice est enivrant et délicieux! ( Ps. XXII, v. 7.) Les statues des souverains ont souvent servi d'asile aux hommes qui s'étaient réfugiés près d'elles, non parce qu'elles étaient faites d'airain, mais parce qu'elles représentaient la figure des princes. Ainsi le sang de l'agneau sauva les Israélites non parce qu'il était sang, mais parce qu'il figurait le sang du Sauveur et annonçait sa venue. Maintenant donc, si l'ennemi apercevait non le sang de l'agneau figuratif empreint sur nos portes, mais le sang de la vérité reluisant sur la bouche des fidèles, il s'en éloignerait bien davantage. Car si l'Ange a passé à la vue de la figure, combien plus l'ennemi serait effrayé à l'aspect de la vérité!... 209 LA SAINTE COMMUNION. Considérez de quel alimentil nous nourrit et nous rassasie. Lui- même est pour nous la substance de cet aliment, lui- même est notre nourriture. Car, comme une tendre mère, poussée par une affection naturelle, s'empresse de sustenter son enfant de toute l'abondance de son lait, ainsi Jésus- Christ alimente de son propre sang ceux qu'il régénère. ( S. JEAN CHRYSOSTOME.) LE SANG DE JÉSUS DANS LA SAINTE COMMUNION. 10 Le Fils de Dieu nous a donné son précieux sang sous les espèces du vin, parce que le vin, dit saint Thomas, exprime mieux l'effet de ce sacrement d'amour. Le fruit de la vigne réjouit le cœur de l'homme, 14 210 LA SAINTE COMMUNION. le sang de Jésus dans la sainte communion inonde aussi l'âme chrétienne d'une joie toute spirituelle, toute céleste. « Venez, venez à cette coupe divine, disait souvent saint Ambroise aux fidèles de son temps; venez apprendre par votre propre expérience les délices que renferme ce vin eucharistique; venez à cette coupe qui enivre l'âme d'une sainte allégresse. Oh! qu'elle est excellente cette coupe sacrée! O ineffable douceur de ce breuvage dont la céleste vertu endort tous les maux, efface de la mémoire toutes les choses de la terre, pour ne plus nous faire penser qu'à Dieu seul!> C'est là cette délectable ivresse qui faisait dire à sainte Monique après avoir communié:« Mon cœur et ma chair ont tressailli de joie au LA SAINTE COMMUNION. 211 Dieu vivant: Cor meum et caro mea exsultaverunt in Deum vivum;» et David, entrevoyant en esprit tout ce qu'aurait de délicieux ce festin des Anges, ne s'écriait- il pas dans ses saints transports:« Que les justes à ce banquet fassent éclater leur joie; qu'ils soient rassasiés et comblés d'allégresse! Justi epulentur, et exsultent in conspectu Dei.» Ah! chrétiens, que ne perdonsnous done, après avoir bu tant de fois à ce calice de bénédiction, que ne perdons- nous entièrement le goût des fausses joies sur la terre!... Le Fils de Dieu nous présente encore son sang sous les espèces du vin, afin de nous montrer le saint courage qu'il communique à nos âmes pour combattre et vaincre tant d'ennemis acharnés à notre 212 LA SAINTE COMMUNION. perte, pour supporter ces mille chagrins, ces mille misères qui pullulent de toutes parts dans notre vallée de larmes. ab aies op Ah! le sang de Jésus( quelle est l'âme pieuse qui ne le sache par sa propre expérience?), le sang de Jésus fait en effet circuler dans nos veines un indomptable courage. Par lui le chrétien devient la terreur de l'enfer, et à la vue de nos lèvres teintes de cette liqueur divine, comme autrefois les portes des Hébreux du sang de l'agneau, toutes les puissances du noir chaos rugissent à notre approche; les bons Anges restent seuls à nos côtés, nous appelant leurs frères et nous invitant sans cesse à bénir le Dieu tout amour. Que ne dirions- nous pas ici!... « Le sang que l'on reçoit en com • 213 LA SAINTE COMMUNION. muniant, dit saint Chrysostome, fait briller en nous l'image de Jésus- Christ; il donne de la beauté et de la noblesse à l'âme, et l'empêche, en la nourrissant, de tomber en langueur. Ce sang est son salut; il la purifie, l'embellit, l'embrase et la rend plus éclatante que l'or et le feu. Car, de même que celui qui trempe ou sa main ou sa langue dans de l'or fondu la retire toute dorée, ainsi l'âme plongée dans ce sang devient aussi pure et aussi belle que l'or.» « Le sang de Jésus, dit saint Cyrille, tombe sur nos âmes par la sainte communion comme une douce rosée qui relève et fait refleurir tout ce qui penchait vers la terre. L'âme ne voit plus que le ciel. Sa vertu s'enracine profondément, et s'élève comme un cèdre que ne 214 LA SAINTE COMMUNION. peuvent abattre ni les vents, ni l'orage. Elle ressemble à l'olivier par la fécondité de ses bonnes œuvres, et l'odeur de sa sainte vie se répand comme celle des fleurs que le printemps fait naître.» « Faut- il s'étonner, s'écrie saint François de Sales, que nos âmes, quelque faibles qu'elles soient, se préservent de la corruption du péché, quand elles ont été pénétrées de la force, de la suavité du sang incorruptible de Jésus- Christ!»> Ne vous plaignez donc plus, chrétiens, des attaques incessantes de l'ennemi, de l'inexplicable fragilité de vos cœurs, de ses défaillances, de ses aecablements, de ses rechutes sans nombre: approchez souvent vos lèvres du sang adorable de Jésus; vous trouverez là toute force, tout courage; vous trouverez là le bon LA SAINTE COMMUNION. 215 heur des Anges. C'est à cette source divine qu'allèrent se consoler et se fortifier tant de généreux athlètes de la foi, dont la persévérance et l'héroïsme ont fait la gloire de l'Église et l'étonnement des siècles. « Mes frères, disait saint Cyprien aux fidèles de son temps, la persécution est allumée. Vous serez contraints de quitter vos maisons pour aller devant les tribunaux, ou de vous cacher dans les déserts. Vous aurez besoin de courage et de force pour vous soutenir; et qui vous en donnera, si vous n'êtes pas unis à Jésus- Christ par la communion? Le cœur manque si le sang de JésusChrist ne le soutient.» En effet, où tant de milliers de martyrs puisaient- ils tant de force contre les plus cruels tyrans? Quelle était leur fermeté, leur constance, 216 LA SAINTE COMMUNION. dit un pieux auteur, quand ils étaient une fois munis de cette divine nourriture! Ils ne craignaient ni les privations cruelles, ni les séparations douloureuses, ni la cruauté des bourreaux, ni la violence des flammes. Ils perdaient la vie sans regret, parce qu'ils étaient unis au Dieu qui la donne et qui ressuscite. Ils méprisaient la mort, parce qu'ils étaient nourris de la chair immortelle du Dieu qui en a brisé tous les traits. La mort dans des supplices inouïs, la mort sous des formes si affreuses, ne paraissait plus terrible à ces chrétiens lorsqu'ils avaient reçu dans l'Eucharistie le gage précieux de leur immortalité.« Traînés dans les prisons, dit Massillon, chargés de fers comme des scélérats, eux dont le monde n'était pas digne, des vierges chastes, 217 LA SAINTE COMMUNION. des fidèles fervents, des ministres saints participaient tous ensemble, dans les cachots, au pain dé bénédiction. Aussi, quelle joie dans leurs chaînes, quelle sérénité dans ces lieux sombres et affreux, quels cantiques d'actions de grâces dans ces demeures lugubres, où les yeux ne retrouvaient partout que de tristes images de la mort et les préparatifs des plus cruels supplices! Combien de fois disaient- ils à Jésus- Christ présent au milieu d'eux dans le Sacrement adorable: Ah! nous ne craignons pas les maux, Seigneur, parce que vous êtes avec nous! Heureuses chaînes que vous daignez soutenir! Saintes prisons que vous consacrez par votre présence! Ténèbres aimables où vous remplissez nos âmes de tant de lumières! Mort précieuse qui va nous 218 LA SAINTE COMMUNION. unir à vous et déchirer les voiles qui vous dérobent à nos yeux!» « Grâce au Ciel, s'écrie ici l'abbé Vermot, nous n'avons plus de tyrans infidèles à craindre; mais le monde sera toujours le persécuteur irréconciliable des gens de bien; il est leur tyran et leur bourreau; tous les jours il leur suscite de nouvelles affaires. D'ailleurs, de combien de misères cette malheureuse vie n'est- elle pas remplie! Voulezvous supporter tous ces maux avec courage? Mangez le corps de JésusChrist, buvez son sang, fortifiezvous de ce pain céleste; j'ose le dire, enivrez- vous de ce divin breuvage, et vous souffrirez les afflictions de ce monde avec autant de patience que les premiers fidèles méprisaient les gibets et les bûchers ardents.»> Junior fui, etenim senui; et non vidi justum derelictum, nec semen ejus quærens panem. J'ai été jeune, et j'ai vieilli; et je n'ai pas vu un juste abandonné du Seigneur, et ses enfants réduits à mendier leur pain. ( Ps. 36, v. 25.) Regardez le ciel, et songez au Père céleste; regardez la terre, et le nid des petits oiseaux, et la laine des brebis vous parleront de la Providence. Le roi David disait autrefois: J'ai été jeune, et j'ai vieilli; et je n'ai pas vu, parmi tous les événements qui ont passé sous mes yeux, un juste abandonné du Seigneur, et ses enfants réduits à mendier leur pain. Croyez à l'expérience de David, que d'autres expériences n'ont pas démentie. Beaucoup de travail n'est pas toujours la source de beaucoup d'abondance, parce que Dieu ne bénit pas toujours le travail; mais la vertu, la piété, la confiance en 220 LA SAINTE COMMUNION. Dieu, unie à une vie laborieuse, n'ont jamais produit la disette, la faim, les maladies et la mort. ( L'abbé ENJELVIN, l'Ami des peuples.) RIEN DOIT- IL ÉTONNER DE LA PART DE DIEU QUAND IL AIME? Qu'est- ce que Dieu pourrait nous refuser après le don de tout luimême? Avec la sagesse, disait Salomon, j'ai trouvé tous les biens.. Avec Jésus- Christ s'unissant à nos cœurs, que pourrait- il nous manquer? Lorsque Dieu nous nourrit à sa table, craindrions- nous la disette? O souveraine bonté du meilleur des pères! Ne voyez- vous pas, chrétiens, qu'avec les biens de la grâce, qui leur valent le ciel, Dieu presque LA SAINTE COMMUNION. 221 toujours donne encore à ses amis les biens mêmes qui doivent leur suffire à un tranquille passage sur la terre Rien, au reste, doit- il étonner de la part de Dieu quand il aime? Et certes, celui qui nourrit une mousse sur un rocher saura bien nourrir un fils qui cherche à lui plaire.« O homme, nous crie le Dieu bon, donne- moi ton cœur, et je te donnerai tout le reste. « Se peut- il qu'après vous avoir admis le matin à ma table, je vous refuse le même jour un morceau de pain ordinaire? Se peut- il qu'après vous avoir donné mon sang, je vous refuse une obole nécessaire à la vie du corps? « Se peut- il que je vous laisse dans la nudité, après vous avoir revêtu de ma grâce? 222 LA SAINTE COMMUNION. * Se peut- il que je vous laisse chasser de votre maison, après vous avoir admis familièrement dans la mienne? « Se peut- il que je vous livre à vos ennemis, après vous avoir pressé sur mon cœeur et m'être donné tout à vous? « Et quel est l'ami qui se conduirait de la sorte envers son ami? Quel est le père qui traiterait ainsi son enfant? « Non, en vérité, quand j'ai reçu un homme à ma table, je ne lui dis point, en le congédiant: Va maintenant t'asseoir à la table de la tristesse, du malheur et du désespoir. Quand j'ai reçu un homme à ma table, je le suis des yeux dans tout le cours de sa vie, je m'informe comme un ami de tout ce qui manque à mon ami, et, comme un père, ( LA SAINTE COMMUNION. 223 je viens au- devant de tous les besoins de mon enfant. « Quels sont ceux que vous voyez dans le monde périr de misère, traîner des jours tristes et languissants, porter sur leur front les soucis rongeurs et la préoccupation de la faim? « En trouverez- vous un seul parmi ces infortunés qui soit l'ami de ma table, et que j'abandonne ainsi au sortir de mon festin à son malheureux sort? « Si je ne donne point autre chose à celui qui s'est approché de moi avec foi, pureté, amour, au moins lui donné- je la paix, la confiance, la joie de l'àme, les biens et la noblesse de la pauvreté, au lieu de son ignominie et de ses maux. « Celui qui s'approche dignement de ma table apprend de moi que le travail est un devoir de l'homme sur 224 LA SAINTE COMMUNION. la terre, et avec de l'ordre, de l'économie, de la tempérance, et ma bénédiction paternelle, il se trouve, même dans la pauvreté, plus riche que beaucoup de riches. « Car ce qui préserve du vice préserve le plus souvent de l'indigence, et ce qui éloigne l'homme du péché l'éloigne de la misère. « Oui, mon fils, le pain de ma table est digne de tous vos désirs, de tous vos voeux, de tous vos travaux. Le pauvre à qui je donne ce pain devient riche, et le riche qui s'en nourrit devient plus riche encore. « Le pauvre qui mange ce pain trouve dans moi son père, et dans ma providence sa mère.» Ah! Seigneur, donnez- nous toujours ce pain: il est le gage de tout bonheur dès cette vie, et d'une éternelle félicité dans l'autre. Qui manducat meam carnem, et bibit meum sanguinem, habet vitam æternam: et ego resuscitabeum in novissimo die. Celui qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. ( S. Jean, c. VI, V. 55.) O chrétiens, que peut vous refuser à l'avenir Celui qui s'est donné à vous dès à présent pour votre nourriture? quels biens ne vous prépare- t- il pas dans ses demeures éternelles, lui qui vous a préparé un tel viatique durant votre voyage! Venez, venez boire de ce torrent de délices. Hæc sunt semina vita, ce sont les semences de la vie de la grâce et de la gloire. Manducent ergo qui manducant, et bibant, qui bibunt. Vitam manducent, vitam bibant. Illud manducare refici est, sed sic reficeris ut non deficiat unde reficeris. Illud bibere quid est nisi vitam bibere? Manduca vi15 226 LA SAINTE COMMUNION. tam, bibe vitam: habebis vitam, et integra est vita. Que ceux qui mangent et qui boivent à cette table ne craignent point de le faire souvent. Qu'ils mangent la vie, qu'ils boivent la vie. Ce que vous mangez vous nourrit, et ne se consume point. Ce que vous buvez n'est autre chose que la vie. Mangez la vie, buvez la vie. La vie ne peut mourir, elle demeure tout entière. ( S. CHRYSOLOGUE, Serm. 95.) LA VEILLE D'UN BEAU JOUR. Notre vie sur la terre ne doit être qu'un apprentissage de la vie du ciel. La mort ne changera rien à nos habitudes terrestres: nous ne serons dans l'éternité que ce que nous aurons été dans le temps. Voulonsnous être propres à l'harmonie cé 227 LA SAINTE COMMUNION. leste des bienheureux, façonnons- y nos cœeurs sur la terre. Voulons- nous goûter les biens éternels, ne nous affectionnons pas trop aux biens temporels. Voulons- nous être admis un jour à ce grand festin de l'éternité, où les élus et les Anges seront à jamais rassasies de l'abondance de la maison du Seigneur et enivrés au torrent de ses délices, asseyonsnous dès ici- bas à la table des Anges, fréquentons ce repas sacré de l'Eucharistie, mangeons ce pain qui soutient l'homme, buvons ce vin qui réjouit le cœeur et le fait goûter d'avance au calice enivrant des élus; puis, nourris de l'espérance de la joie céleste, attendons- nous à ce repas éternel où le pain des Anges nous sera donné à découvert et où nous nous plongerons pour toujours dans les félicités mêmes de Dieu et 228. LA SAINTE COMMUNION. dans les ravissantes délices de son amour. Nos pères ont mangé la manne, et sont morts; mais qui mangera de ce pain vivra éternellement. Oui, mon Dieu, lorsqu'on vous aime, quelque chose dit intérieurement que l'on doit vivre toujours, et que la fête continuelle que l'on célèbre avec vous sur la terre n'est que la vigile de la grande fête éternelle que l'on doit célébrer avec vous dans les cieux. Que j'aime ces paroles qui tombent des lèvres de votre ministre lorsqu'il me remet le pain eucharistique: Que le corps de notre Seigneur Jésus- Christ garde votre âme pour la vie éternelle: Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam tuam in vitam æternam! Anneh O mon Dieu, pendant le délicieux moment de la sainte communion, 229 LA SAINTE COMMUNION. avant et après la sainte communion, à mon lever, à mon coucher, toujours, à toutes les pulsations de ma vie, je veux vous dire: Je vous aime, et vous prouver que je vous aime; je veux vous bénir, vous louer, vous glorifier, et préluder dans mon cœur aux hosanna, aux alleluia sans fin, aux éternels cantiques que je dois vous chanter toujours... Demain( car la vie n'est qu'un jour rapide), demain la grande solennité des élus; aujourd'hui, c'est la veille... O vie en Dieu! que tu deviens douce pour le chrétien qui ne voit en toi que la veille d'un beau jour, qu'un prélude à la vie des élus! « C'est là le fruit de l'Eucharistie, dit Bossuet, elle est faite pour contenter le désir que nous avons de vivre, et pour cela nous donner la 230 LA SAINTE COMMUNION. vie éternelle, dans l'âme, par la manifestation de la vérité, et dans le corps, par la glorieuse résurrection. Seigneur, qu'ai- je à désirer? De vivre; de vivre en vous, de vivre pour vous, de vivre de vous et de votre éternelle vérité, de vivre tout entier, de vivre dans l'âme, de vivre même dans le corps, de ne perdre jamais la vie, de vivre toujours! J'ai tout cela dans l'Eucharistie; j'y ai donc tout, et il ne me reste qu'à jouir.> * Venite, comedite panem meum, et bibite vinum quod miscui vobis. Venez, nourrissez- vous du pain, et buvez le vin que je vous ai préparé. ( Prov., c. IX, v. 5.) Voici la communion. La communion!... quel mot!... La communion! quelle action sublime! quel ineffable sacrement! Eucharistie! mystère incompréhensible, comme le Dieu qui y est caché. La communion!... je n'en sais rien dire: elle m'ôte toute expression; elle remplit mon cœur; elle absorbe mon esprit; elle saisit tout mon être. La communion... Dites- moi vous- même, ô Marie!... obtenez- moi un rayon de votre lumière, pour en comprendre quelque chose.... Eh! pauvre enfant! demande plutôt une parcelle de mon cœeur pour aimer et vouloir. Que sert de comprendre, que servirait même de voir si l'on n'agit 232 LA SAINTE COMMUNION. pas? C'est au ciel qu'on doit et voir et comprendre; sur la terre il suffit de s'immoler et de souffrir. La communion, c'est s'unir avec JésusChrist, c'est le recevoir comme victime, c'est être victime avec lui... Victime en renonçant à soi, en vivant pour lui, en mourant à tout, en embrassant la croix, en la portant, en s'identifiant avec elle... Voilà la communion. Elle est une extension de l'Incarnation; et l'humanité sacrée de Jésus a- t- elle été unie à sa divinité pour une autre fin que pour pouvoir souffrir, s'immoler et mourir?... -de ( Mois de Marie au pied de la croix.) air PRENEZ, C'EST MON FILS. ph Un des fruits bien précieux de la sainte communion est de nous donner avec l'amour de Jésus un grand LA SAINTE COMMUNION. 233 amour pour sa divine mère. Nous lui devons tant, à Marie! Nous lui devons ce corps adorable que nous recevons à la table sainte. Si elle nous a enfantés sur le Calvaire, elle nous nourrit dans la sainte communion. Ne comprenez- vous pas que ce pain n'a pas été pétri de la main des Anges, mais formé dans le sein de Marie? Prenez ce pain de mes mains, nous dit- elle, c'est mon fils que je vous donne; je l'ai porté dans mon sein; je l'ai nourri;... cette chair est celle qu'il prit de moi, ce sang est celui que je lui donnai; prenez, c'est mon fils. Mangez mon pain, buvez le vin que je vous ai préparé. « Ah! s'écrie saint Pierre Damien, il n'y a pas de langue qui puisse dignement louer celle qui nourrit nos âmes de la plus pure substance. CANADA 234 LA SAINTE COMMUNION. de ses entrailles, ni de cœur qui la puisse dignement aimer. (( « Oui, ne pas vous aimer après un tel bien serait, ô divine Mère, de la dernière ingratitude; et vous seriez bien en droit de nous dire alors ce que dit le Prophète aux méchants qui mettent en oubli les bienfaits du Seigneur: Obliti estis Deum qui nutrivit vos, et contristastis nutricem vestram Jerusalem: Vous avez oublié Dieu qui vous a donné la nourriture, et vous avez attristé votre chère nourrice Jérusalem.> Mais non, toujours vous aimer du plus ardent amour, ò divine mère... Ah! puisque vous avez donné à votre fils un cœur si plein de tendresse pour les pauvres pécheurs, donnezm'en un plein de respect et d'amour pour le servir; ou plutôt donnez- moi souvent le sien par la sainte com 235 LA SAINTE COMMUNION. munion, afin que je vous aime dé-. sormais du cœeur même de votre fils. N'est- ce pas vrai, chrétiens, qu'il fait bien bon épancher son âme aux pieds de la mère du Dieu de l'Eucharistie?... Oh! combien elle aime, cette Vierge divine, à nous voir communier avec ferveur! Prenez, c'est mon fils: elle a tant de joie à nous dire ces paroles, qu'elle n'aime rien tant que de nous trouver avides de ce qu'elle nous donne! Qu'elle est heureuse encore cette pensée! comme elle réchauffe le cœur!.... Je m'en vais donner à Marie la plus grande joie qu'elle puisse recevoir, en m'unissant à son cher fils, en le faisant l'hôte, le roi, le Dieu de mon cœeur. Je m'en vais contracter avec elle la plus étroite affinité. Oui, âmes fidèles, quand 236 LA SAINTE COMMUNION. vous prenez le précieux corps de Jésus- Christ, vous entrez avec Marie dans une alliance plus étroite que celle des enfants avec leur mère; car, n'étant plus qu'une âme avec son fils, vous n'êtes plus qu'un avec elle. O mystère d'amour! ô secret d'amour! ô lien d'amour! ô divine Eucharistie, que de biens tu renfermes!... Quid retribuam Domino, pre omnibus quæ retribuit mihi? Que rendrai- je au Seigneur pour tous les biens dont il m'a comblé? ( Ps. 115, v. 3.) O le Saint des saints, qui sanctifiez toutes choses, je vous bénis, je vous glorifie, je vous adore. Que toutes vos créatures vous bénissent. Que vos Anges et vos saints vous bénissent. Que je vous bénisse comme eux durant toute ma vie. Que tout mon intérieur et mon extérieur vous adorent, ô mon salut, ma lumière et ma clarté. Que mes yeux vous bénissent, vous qui les avez créés et formés pour contempler la beauté de votre visage. O ma douceur et mes délices, que mes oreilles vous bénissent, vous qui les avez créées et disposées pour entendre l'harmonie de votre voix. O l'unique 238 LA SAINTE COMMUNION. objet de mes louanges et de mes cantiques nouveaux, que ma langue vous bénisse et vous glorifie, vous qui l'avez créée et des- tinée pour publier vos merveilles. O ma vie et ma béatitude, que mon âme pécheresse vous bénisse, vous qui l'avez créée et destinée pour jouir de vos biens dans la durée de tous les siècles. ( S. ANSELME.) JÉSUS, JE VOUS RENDS GRACES. Jésus, je vous rends grâces... quelles autres paroles vous dirais- je? mon cœur se sent écrasé d'un poids de reconnaissance, et les paroles lui manquent pour exprimer ses actions de grâces: je vous dois des biens infinis. Tous les cantiques qui se répèteront dans l'éternité ne LA SAINTE COMMUNION. 239 diront pas encore tout ce que je voudrais vous dire. J'inviterai toutes vos créatures à vous bénir, et je sens que les cieux et la terre ne peuvent avoir assez de voix pour exprimer les élans de mon âme et vous donner une action de grâces en rapport avec ce que je vous dois. Ne m'avezvous pas donné par la sainte communion plus que toutes les créatures, plus que les cieux, plus que l'éternité, plus que les Anges, plus que Marie elle- même?... Le ToutPuissant, dont le nom est saint, a fait en moi de grandes choses... Eh! pouviez- vous faire davantage! vous vous êtes donné tout vous- même à moi... à moi, si longtemps votre ennemi et qui vous aimai si tard... Ah! Seigneur, vous avez franchi d'immenses espaces, vous vous êtes anéanti pour approcher de mon 240 LA SAINTE COMMUNION. pauvre cœur, parce que vous l'avez vu noyé dans ses larmes et affamé de votre amour... Et ce coeur, vous en avez fait votre tabernacle et votre ciel... O Dieu, donnez au moins à cette faible créature le profond silence de l'admiration, donnez- moi les anéantissements du Séraphin; faites de mon âme une fournaise d'amour. Que tous les battements de mon cœeur, que tout ce qu'il y a de vie en moi, que tout mon être ne cesse de vous crier: Amour!... « Soyez béni, Seigneur, dans le saint temple de votre gloire, sur le trône de votre royaume, portant le sceptre de votre dignité. Soyez béni, vous qui êtes assis au- dessus des Chérubins, d'où vous regardez jusqu'aux abîmes, vous qui marchez sur les ailes des vents et sur les ondes de la mer. Que la terre, les LA SAINTE COMMUNION. 241 cieux, la mer et tout ce qu'ils contiennent vous bénissent; que tous vos Anges et tous vos saints vous louent et qu'ils vous glorifient dans tous les siècles.»( DAN., C. III, v. 35). Cieux et terre, bénissez, louez, aimez le Seigneur. Louez- le, glorifiez- le par d'éternels hosanna. Faites retentir son nom du couchant à l'aurore, du plus haut des cieux au plus profond des abîmes. Ah! Seigneur, s'il fut un temps où j'eus le malheur de ne pas vous aimer, je vous aimerai maintenant toujours, je vous aimerai beaucoup, je vous aimerai de toutes les forces de mon âme. O amour, amour de mon Jésus, de Jésus le plus généreux, le meilleur des amis, ô amour, je vous choisis pour mon partage: ou aimer sans cesse dans cette vie ou n'y pas rester, ô mon 16 242 LA SAINTE COMMUNION. Dieu...: aimer sur cette terre, ou mourir pour aller vous aimer dans les cieux... Oui, que je vive ou que je meure, la vie comme la mort ne me plairont plus que pour vous faire de mon cœur une perpétuelle victime d'amour... « Qui me séparera de la charité de Jésus- Christ? la tribulation, les angoisses, la faim, la nudité, la persécution, le glaive? non, rien, ni la vie, ni la mort, ni la hauteur des consolations, ni la profondeur des afflictions, ni le présent, ni l'avenir, ni aucune créature, ne pourront jamais me séparer de JésusChrist.» Au reste, ce n'est plus moi qui vis, c'est vous, Seigneur, qui vivez en moi. Que puis- je craindre, que puis- je ne pas affirmer? je suis puissant de votre force, je suis riche de tout votre amour... Je veux LA SAINTE COMMUNION. 243 mourir dans cet amour: je veux achever ma course en vous disant: Je vous aime... je vous aime... je vous aimerai éternellement. O Dieu, vous êtes ma vie, à la vie et à la mort, dans le temps et durant la durée des siècles. Tenui eum, nec dimittam. Vierge Marie, offrez à jamais et éternellement à Jésus votre sublime action de grâces pour tenir lieu de ce que je ne puis dire; offrez votre immense amour pour mon imparfait amour; glorifiez pour moi Celui que je ne puis assez louer et bénir.... Vierge toute bonne, ô vous que j'ai tant de bonheur à appeler ma mère, ô ma douce et trop bonne protectrice, je vous prie de me faire aimer Dieu comme je voudrais l'aimer. Je vous remets ma vie, je vous consacre, je vous dévoue mon cœur, 244 LA SAINTE COMMUNION. et je vous prie ici de bénir ces pages qui ne disent point tout ce que je voudrais dire en faveur du plus ineffable des sacrements. Ah! c'est que mon cœur est pauvre... c'est que je n'ai qu'impuissance et faiblesse... c'est que je n'ai que des larmes pour parler d'un sacrement dont ne sauraient parler dignement ni les cieux, ni la terre, ni les Anges, ni les hommes!.... enned 210002 colo siet 105 PASSAGES DE L'ÉCRITURE SAINTE Pouvant servir d'actes à méditer avant et après la sainte communion. AVANT LA COMMUNION FOI. Dominus meus et Deus meus!... ( S. Jean, c. xx, v. 28.) Vere tu es Deus absconditus, Deus salvator!...( Isaïe, XL, v. 15.) Mon Seigneur et mon Dieu!... Vous êtes vraiment un Dieu caché, un Dieu Sauveur!... HUMILITÉ. Quid est homo, quod memor es 246 LA SAINTE COMMUNION. ejus, aut filius hominis, quia visitas eum?( Ps. 8, v. 5.) Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum!...( S. Matth., C. VIII, v. 8.) Qu'est- ce que l'homme, ô mon Dieu, pour que vous vous souveniez de lui et pour que vous daigniez le visiter?... Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi!... CONTRITION. Iniquitatem meam annuntiabo, et cogitabo pro peccato meo!... ( Ps. 37.) om la 192 noll Cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies!...( Ps. 50.) Je déclarerai mon iniquité, et je serai sans cesse occupé du désir d'expier mon péché. LA SAINTE COMMUNION. 247 ble Vous ne méprisez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié... CRAINTE FILIALE. Recede a me, quia homo peccator sum!...( S. Luc, c. v, v. 8.) Confide, fili, remittuntur tibi peccata tua.( S. Matth., c. ix, v. 2.) Retirez- vous de moi, parce que je suis un pécheur!... Ayez confiance, mon fils, vos péchés vous sont remis!... ESPÉRANCE. Protector noster, aspice, Deus, et respice in faciem Christi tui!... ( Ps. 83, v. 10.) Ecce Deus, salvator meus, fiducialiter agam et non timebo!... ( Isaïe, c. XII, v. 2.) O Dieu, notre protecteur, jetez 248 LA SAINTE COMMUNION. les yeux sur votre Christ immolé pour nous, et ayez pitié de nous... Voici mon Seigneur, mon Dieu, je mettrai en lui toute ma confiance et je ne craindrai plus!... DÉSIR. Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum antequam patiar.( S. Luc, c. xxII, v. 15.) Quid mihi est in cælo, et a te quid volui super terram?...( Ps. 72, v. 25.) J'ai désiré ardemment manger cette pâque avec vous avant de souffrir... Qu'y a- t- il au ciel, qu'y a- t- il sur la terre autre que vous, mon Dieu, que je veuille posséder? LA SAINTE COMMUNION. APRÈS LA COMMUNION ADORATION. 249 Vacate et videte quia ego sum Deus.( Ps. 45, v. 11.) Venite, adoremus, et procidamus ante Deum; ploremus coram Domino qui fecit nos.( Ps. 94, v. 6.) Demeurez dans le repos, et voyez que je suis votre Dieu!... Venez, adorons Dieu, et prosternons- nous devant lui: pleurons devant le Seigneur qui nous a créés. CONFIANCE. Erat recumbens unus ex discipulis ejus in sinu Jesu, quem diligebat Jesus...( S. Jean, c. XIII, v. 23.) Venite, audite, et narrabo, omnes qui timetis Deum, quanta fecit anima mea!... 250 LA SAINTE COMMUNION. Un de ses disciples que Jésus aimait, reposait sur son sein. Venez, vous tous qui craignez le Seigneur, et je vous raconterai tout ce qu'il a fait pour mon âme!... AMOUR. Domine, tu omnia nosti: tu scis quia amo te!...( S. Jean, c. xxi, v. 17.) Domine, quo vadis? quare non possum te sequi modo? Animam meam pro te ponam.( S. Jean, C. XVIII, v. 57.) Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez que je vous aime!... Où allez- vous, Seigneur? Pourquoi ne puis- je vous suivre? Je donnerai ma vie pour vous... RECONNAISSANCE. Quid retribuam Domino pro LA SAINTE COMMUNION. 251 omnibus que retribuit mihi? Vota mea Domino reddam coram omni populo ejus...( Ps. 115, v. 6.) Si oblitus fuero tui, oblivioni detur dextera mea! Adhæreat lingua mea faucibus meis, si non meminero tui!( Ps. 156, v. 6.) Que rendrai- je au Seigneur pour tous les biens dont il m'a comblé? J'accomplirai mes voeux en présence de tout son peuple. Si je vous oublie, ô mon Dieu, que ma droite tombe aussi dans l'oubli! Que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens pas de vous! DEMANDE. Usque modo non petistis quidpetite, et accipietis.( S. quam Jean, c. xvI, v. 24.) eigusa Non dimittam te donec benedixe 252 LA SAINTE COMMUNION. ris mihi.( Genèse, c. xxxII, V. 26.) Jusqu'à présent vous ne m'avez rien demandé: demandez, et vous recevrez... Je ne vous quitterai point, Seigneur, que vous ne m'ayez béni. CONSECRATION. Afferts Domino gloriam nomini ejus. Dominus virtutem populo suo dabit; Dominus benedicet populo suo in pace.( Ps. 28, v. 2 et 10.) Mortuus sum, ut Deo vivam! Christo confixus sum cruci... Vivo autem, jam non ego, vivit vero in me Christus!...( Épître aux Galat., C. II, V. 19-20.) Rendez gloire au nom du Seigneur. Le Seigneur donnera la force à son peuple, le Seigneur bénira son peuple dans la paix... LA SAINTE COMMUNION. 253 Je suis mort, afin que je ne vive plus que pour Dieu. Je suis crucifié avec Jésus- Christ, et je vis, ou plutôt ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus- Christ qui vit en moi! BON PROPOS. Ut cognoscat mundus quia diligo Patrem, et sicut mandatum dedit mihi Pater, sic facio: Surgite, eamus!...( S. Jean, c. xiv, v. 31.) Juravi, et statui custodire judicia justitiæ tuæ.( Ps. cxvIII, v.106.) Afin que le monde sache que j'aime mon Père, et que j'ai accompli fidèlement tous ses ordres:: Levons- nous, allons les exécuter! Je suis fermement résolu, et je vous ai solennellement promis, ô mon Dieu, de garder les jugements de votre justice.pl moin INVITATIONS AMOUREUSES DE JÉSUS- CHRIST A LA SAINTE COMMUNION entr Extrait des Entretiens du Prêtre avec Jésus- Christ par Mgr l'Évêque de Belley. Filles de Jérusalem, dites à ma bien- aimée( l'âme fidèle) que je l'attends jour et nuit au festin que je lui ai préparé... mak Dites- lui que je suis descendu du ciel, que je suis venu sur la terre, que je demeure sur l'autel pour faire voir que mes délices sont d'être avec les enfants des hommes. Je me suis caché sous les accidents du pain pour la nourrir; je me prive à dessein de l'éclat qui m'environne, de peur de l'éblouir. Tout mon plaisir est de converser avec LA SAINTE COMMUNION. 255 elle, et je veux contracter en sa faveur une alliance nouvelle, mais si étroite, que je sois tout à elle, et elle toute à moi. Après cela, pourquoi me fuirait- elle? Doit- elle compter pour rien des grâces si singulières? Je suis la vie, et celui qui me reçoit ne mourra point éternellement. Je suis venu pour être aimé, et non pas pour être craint; pour être reçu des âmes saintes, et non pas pour être simplement honoré. fesHab C'est pour purifier son corps que je lui donne ma chair; c'est pour animer et pour sanctifier son âme que je lui donne la mienne; c'est pour l'unir à ma divinité que je lui donne mon humanité qui lui est unie. Tout sage que je suis, je ne puis rien concevoir qui soit plus avantageux pour elle; tout riche que je suis, je n'ai rien à lui donner de 256 LA SAINTE COMMUNION. plus précieux; tout puissant que je suis, je ne puis rien lui donner de plus grand. D'où vient donc qu'elle me fuit? d'où vient qu'elle me craint au lieu de m'aimer?-istisl sm J'ai fait des frais infinis, des miracles sans nombre pour préparer ce festin; je n'ai rien épargné pour lui donner des marques de mon affection; je lui fais servir sur la sainte table tout ce qu'il y a de plus délicieux sur la terre et dans le ciel. Le pain qu'elle y mange est le pain des Anges, et une manne céleste qui contient toutes sortes de saveurs spirituelles. Autant de fois qu'elle communie, je la remplis de mes grâces, je lui fais un transport de mes mérites, je l'enrichis de mes vertus. J'invite tout le monde à ce festin: les malades, pour les guérir; les faibles, pour les fortifier; les aveu LA SAINTE COMMUNION. 257 gles, pour les éclairer; les tristes, pour les consoler; les pécheurs, pour les sanctifier; les justes, pour les perfectionner. Quel sujet a- t- elle de craindre? Il faut être en grâce, cela est vrai; mais je ne demande pas pour disposition nécessaire à recevoir ce Sacrement, ce qui est la fin et le fruit de ce Sacrement. Cette pureté de corps et d'esprit qu'elle veut avoir est la fin de la communion, et l'effet qu'elle produit dans les âmes. Pourquoi donc se retiret- elle de ma table? qui l'empêche d'en approcher? Je ne demande que sa docilité. antish poilus Dites- lui que si elle ne mange de ce pain céleste, elle mourra de faim, qu'elle n'aura point la vie, qu'elle n'aura point de force, qu'elle n'aura point de santé, qu'elle n'aura point de consolation, qu'elle n'aura point 17 258 LA SAINTE COMMUNION. de paix, qu'elle sera fortement tentée, et qu'elle succombera à la tentation. Dites- lui que si elle continue de s'excuser, et si elle diffère de manger à ma table, elle n'y mangera jamais, ni au ciel, ni en la terre, ni en la vie, ni en la mort. Dites- lui que je vais donner sa place aux aveugles et aux boiteux. Dites- lui enfin que la crainte est bonne, mais que l'amour vaut micux; qu'en s'éloignant elle me méprise au lieu de m'honorer, qu'elle m'afflige au lieu de me consoler, qu'elle m'offense au lieu de me plaire et de me contenter. udice alls up RÉPONSE DE L'AME FIDELE. 0 Pain des Anges, qui êtes descendu du ciel, oserai- je vous faire LA SAINTE COMMUNION. 259 descendre dans mon cœur, qui a été si longtemps la retraite des démons? Puis- je vous recevoir, sachant qui je suis? Puis- je vous refuser, sachant qui vous êtes? Puis- je m'approcher, connaissant votre sainteté? Puis- je m'éloigner, connaissant ma nécessité? upaing olda) 6067 O divin amant, qui nous invitez à vos noces, et qui nous invitez si amoureusement, donnez la robe nuptiale à cet enfant prodigue qui retourne à vous dans toute la sincérité dont il est capable. Je confesse devant le ciel et la terre que je ne suis pas digne d'être du nombre de vos serviteurs, beaucoup moins de manger à votre table; je devrais le reste de mes jours me nourrir de mes larmes, et être privé pour jamais de la communion des saints. Mais, Seigneur, puisque vous me 260 LA SAINTE COMMUNION. commandez de m'approcher de votre sainte table, et que vous me menacez de votre colère si je ne mange votre chair et si je ne bois votre sang, je n'aurai point tant d'égard à mon indignité qu'à votre volonté, et je m'approcherai avec confiance de votre table, puisque vous m'invitez avec tant de bonté. Vos saints me disent que le parti de l'amour est meilleur que celui de la crainte; que l'obéissance est plus sûre que la défiance: vous l'avez déclaré vous- même à vos meilleurs amis. C'est le parti que je veux prendre. Je suppléerai par mon obéissance et par mon humilité à ce qui manque à mon innocence et à ma pureté. Hélas! que devient un malade qui fuit son médecin? Comment pourrai- je combattre et travailler si je n'ai point de force? 261 LA SAINTE COMMUNION. et d'où la tirerai- je, si ce n'est de. ce Sacrement, qui est la nourriture des âmes? Serai- je plus net quand j'aurai été six mois sans me laver? et quand j'aurai été un an à me préparer, serai- je digne de communier? Quand sera- ce que je vous recevrai, si j'attends que j'en sois digne? Quel orgueil que de se croire digne de recevoir un Dieu! Comment pourrai- je obtenir cette pureté si je retombe dans mes crimes? et comment pourrai- je n'y pas retomber, étant privé de cette divine nourriture qui nous donne la force de résister au vice et de pratiquer la vertu? 0 mon Sauveur, je ne vois point dans votre Évangile que vous ayez jamais maltraité un pécheur. Quelle réponse plus consolante que celle que vous fites à ces superbes phari 262 LA SAINTE COMMUNION. siens qui se scandalisaient de ce que vous receviez les pécheurs dans votre compagnie, et de ce que vous mangiez même avec eux? Pourquoi donc craindrais- je et me retirerais- je de votre sainte table? Il est vrai que je suis un pécheur; mais je n'ai plus envie de pécher: c'est pour cela que j'approche de ce divin Sacrement, sachant que c'est de là que nous viennent toutes les grâces qui nous aident à surmonter nos tentations. remme 29mina Je n'ai point de dévotion sensible, mais je sais bien que je ne la mérite pas, et qu'elle ne m'est pas nécessaire pour bien communier; que le sentiment de mon indignité, accompagné d'humilité et d'obéissance, vaut mieux que toutes les tendresses de dévotion. Le démon me veut intimider, mais votre parole me LA SAINTE COMMUNION. 263 rassure Venez à moi, vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai.( S. Matth., c. x1, v. 28.) Puisque vous invitez tout le monde sans exception, et que je suis plus que personne travaillé de tentations, chargé d'iniquités, accablé de misères, j'approcherai de vous avec confiance, je vous recevrai avec respect, je vous embrasserai avec amour, je vous remercierai avec humilité, j'irai aux noces avec joie, je mangerai à votre table avec plaisir, je vous ouvrirai mon coeur avec liberté, je vous servirai désormais avec plus de fidélité, et je vous bénirai dans le ciel avec vos Anges pendant toute l'éternité. Ainsi soit- il. 88 ACTES DE CONFIANCE, D'HUMILITÉ ET DE RÉSIGNATION EN L'ABSENCE DES SENTIMENTS ACTUELS DE FOI, D'ESPÉRANCE, DE CONTRITION ET D'AMOUR; PAR LE R. P. QUADRUPANI. C'est l'obéissance, ô mon Dieu, qui me conduit à votre table sainte: les paroles si tendres par lesquelles vous nous y invitez n'auraient point suffi pour m'y résoudre, car, dans le trouble de mon âme, je ne saurais juger si elles s'adressent à moi. La misère et les infirmités sont des titres pour être admis à votre festin, mais rien n'y dispense de la robe nuptiale; et quand je reporte mes regards sur moi- même, après les avoir élevés jusqu'à vous, je doute, j'hésite et je tremble: car, si je m'é LA SAINTE COMMUNION. 265 loigne, je fuis la vie, et si je m'approche indignement, de pécheur je deviens sacrilége. Mais votre sagesse miséricordieuse, ô mon Dieu, en prévoyant tous nos besoins, a prévu toutes nos faiblesses; elle nous a préparé des secours et contre la présomption et contre la défiance: car, si vous n'avez pas voulu que, certains de votre grâce, nous pussions jamais nous avancer avec l'assurance du pharisien, et dire comme lui: Je m'approche de l'autel du Seigneur, parce que je sais que je suis juste à ses yeux; vous n'avez pas permis non plus qu'un Sacrement d'amour devint pour nous une torture et comme un piége inévitable. J'obéis donc, ô mon Dieu; et au milieu des ténèbres qui m'environnent, je veux suivre aveuglément le guide que vous m'avez donné pour 266 LA SAINTE COMMUNION. me conduire à vous; je m'approcherai de votre autel, sans vouloir d'autre garantie de mon innocence que ces paroles sorties de sa bouche, ou plutôt de la vôtre: Vous pouvez communier. Je reçois, ô mon Dieu, soit comme châtiment mérité, soit comme épreuve salutaire, cette privation de lumière et de sentiment, cette froideur et cette distraction qui m'accompagnent jusqu'en votre présence, quand toutes les facultés de mon âme devraient être abîmées et confondues dans un sentiment d'adoration et d'amour. La foi, l'espérance et la charité semblent éteintes dans mon cœur, mais je sais que vous ne retirez jamais ces vertus, quand on n'y renonce pas volontairement. Het ACTE DE FOI. Aussi, malgré les doutes qui tra LA SAINTE COMMUNION. 267 versent mon imagination, je veux croire, ô mon Dieu, et je crois tout ce que m'a enseigné votre sainte Église. Je n'ai pas oublié ces vives lumières de foi que vous avez fait jaillir dans mon âme en des jours de miséricorde, pour que leur souvenir précieux me servit de refuge aux jours de la tentation. ACTE D'ESPÉRANCE. Aussi, malgré ces craintes vagues, qui paraissent dominer l'espérance dans mon âme, je sais que Si vous êtes le Dieu fort et terrible, devant qui les Chérubins se voilent de leurs ailes, le Dieu juste et clairvoyant qui découvre des taches dans les esprits les plus purs, vous ne voulez être ici que la victime don le sang efface les péchés du monde, 268 LA SAINTE COMMUNION. le bon Pasteur qui court après la brebis égarée et la rapporte au bercail sur ses épaules, sans même lui reprocher d'avoir quitté le troupeau, le divin médiateur qui vient à nous pour nous sauver, et non pour nous juger.( S. Jean, c. xii, v. 47.) Je sais cela, ô mon Dieu, et j'espère. moliming ACTE DE CHARITÉ. Et malgré la froideur et l'insensibilité qui me glacent, je sais que je vous aime, ô mon Dieu, puisque ma volonté préfère votre service à toutes les joies de la terre, puisque votre grâce est le seul bien où j'aspire, puisque je souffre tant de ne pas sentir mon amour pour vous. ACTE DE DÉSIR. Non, je ne le dédaigne point, vous savez, ô mon Dieu, je ne le LA SAINTE COMMUNION. 269 dédaigne point, ce Sacrement que je reçois avec une si stupide indifférence; puisque, sans y trouver ni goût ni consolation, je quitterais tout encore pour le recevoir. ACTE DE CONTRITION. Je ne sens ni haine, ni horreur pour les péchés auxquels le monde n'attache point la honte et le mépris; je n'éprouve point de douleur sensible de ceux que j'ai commis, mais je sais qu'avec l'aide de votre grâce, ma volonté s'en est détournée, car j'ai résolu de ne les plus commettre, je l'ai résolu parce qu'ils vous déplaisent, parce que tout ce qui s'écarte de l'ordre éternel répugne infiniment à votre sainteté infinie. Je crois donc à ma contrition, ô mon Dieu, parce que je crois à vos pro 270 LA SAINTE COMMUNION. messes, parce que, si vous n'accordez pas toujours la consolation de la ressentir, vous ne refusez jamais sa vertu justifiante à ceux qui la demandent humblement; et je l'ai demandée humblement. Non, mon Dieu, je ne vous prierai point pour obtenir des jouissances sensibles, pas même celles de vos dons spirituels: ce que j'implore de votre grâce, c'est de soutenir toujours ma volonté élevée vers vous, et de ne point la laisser retomber et errer de nouveau sur la terre. Seigneur, je remets mon âme entre vos mains.( Lire de l'Imit. les chap. 4, 14 et 15 du livre iv, et les chap. 25, 48 et 52 du livre m.) Si vous avez un vif désir de l'amour sensible de Dieu, désir qui LA SAINTE COMMUNION. 271 ne peut que lui être agréable, pourvu qu'il soit accompagné de la résignation à en demeurer privé, souvenez- vous que, suivant saint Chrysostome, on ne peut l'obtenir -que par la fidélité à la prière:« Dieu veut, dit- il, nous faire sentir par cette expérience qu'on ne peut tenir son amour que de lui- même, et que cet amour, qui est le véritable bonheur de nos âmes, ne peut s'acquérir, ni par les réflexions de notre esprit, ni par les efforts naturels de notre cœur, mais par l'effusion gratuite du Saint- Esprit. Oui, cet amour est un si grand bien, que Dieu seul, par une espèce de jalousie, en veut être le dispensateur; il ne l'accorde qu'à mesure qu'on le lui demande, et encore le fait- il d'ordinaire attendre assez longtemps.> Il n'existe guère de prière qui soit 272 LA SAINTE COMMUNION. plus convenable pour disposer l'âme à recevoir une telle grâce, que les chap. 16 et 17 du livre Iv de l'Imitation et les chap. 21 et 34 du livre III. On peut y ajouter les litanies qui suivent.abl& atilabil.cl orint DIE no'up ro'b li- tiul sl eroono ja obaumab * eqmatanol sosas obuotta oionib LA SAINTE COMMUNION. 273 LITANIES DE L'AMOUR DE DIEU SICE Composées par le Pape Pie VI. Seigneur, ayez pitié de nous. Jésus- Christ, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous. Jas Jésus- Christ, écoutez- nous. 2007 Jésus- Christ, exaucez- nous. Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous. Fils rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous. Esprit saint notre sanctificateur qui êtes Dieu, ayez pitié de nous. Dieu qui êtes l'amour infini, ayez pitié de nous. Dieu qui nous avez aimés de toute éternité, ayez pitié de nous. D 18 274 LA SAINTE COMMUNION. Dieu qui nous avez ordonné de vous aimer, ayez pitié de nous. Dieu qui nous avez aimés jusqu'à nous donner votre Fils, ayez pitié de nous. C'est de tout notre cœur que nous vous aimons, ô mon Dieu. C'est de toute notre âme que nous vous aimons, ô mon Dieu.- apeot C'est de tout notre esprit que nous vous aimons, ô mon Dieu. 201241 C'est de toutes nos forces et de toutes nos facultés que nous vous aimons, ô mon Dieu. ob aliq C'est plus que tous les biens et que tous les honneurs que nous vous aimons, ô mon Dieu. Iaine tinge C'est plus que tous les plaisirs et toutes les joies de ce monde que nous vous aimons, ô mon Dieu. SOVE 2008( up C'est plus que nos connaissances et LA SAINTE COMMUNION. 275 que nos amis que nous vous aimons, ô mon Dieu. C'est plus que nos proches et que nous- mêmes que nous vous aimons, ô mon Dieu. C'est plus que tous les hommes et que tous les Anges que nous vous aimons, ô mon Dieu. C'est plus que tout ce qui existe sur la terre et dans le ciel que nous vous aimons, ô mon Dieu.:0 C'est uniquement pour vous seul que nous vous aimons, ô mon Dieu. C'est parce que vous êtes le souverain bien que nous vous aimons, ô mon Dieu. si nomo C'est parce que vous êtes infiniment parfait que nous vous aimons, ô mon Dicu. C'est parce que vous êtes digne d'un amour infini que nous vous aimons, ó mon Dieu. 276 LA SAINTE COMMUNION. Ne nous eussiez- vous pas promis le ciel, nous vous aimerions toujours, ô mon Dieu. D Ne nous eussiez- vous pas menacés de l'enfer, nous vous aimerions toujours, ô mon Dieu. Nous enverriez- vous des croix, des épreuves, des tribulations, nous vous aimerions toujours, ô mon Dieu. talanah to swiat Dans la pauvreté comme dans l'abondance, nous vous aimerons toujours, ô mon Dieu. Dans le bonheur comme dans l'infortune, nous vous aimerons toujours, 6 mon Dieu.inomó Dans les honneurs comme dans le mépris, nous vous aimerons toujours, ô mon Dieu.com Dans la joie comme dans la tristesse, nous vous aimerons toujours, Ô mon Dieu. LA SAINTE COMMUNION. 277 Dans la santé comme dans la maladie, nous vous aimerons toujours, ô mon Dicu. Dans la vie comme à la mort, nous vous aimerons toujours, ô mon Dieu. A Dans le temps comme dans l'éternité, nous vous aimerons toujours, ô mon Dieu. 090 Puisse notre amour ressembler à celui des Chérubins et des Séraphins! C'est notre désir, ô mon Dieu. Puisse notre amour être fortifié par celui de tous vos élus qui sont dans le ciel! C'est notre désir, ó mon Dieu. Puissions nous vous aimer d'un amour aussi pur que celui dont la sainte Vierge, votre mère, vous a aimé! C'est notre désir, • mon Dieu. 278 LA SAINTE COMMUNION. Puisse notre amour être enflammé de l'amour infini par lequel vous nous aimez et vous nous aimerez pendant l'éternité! C'est notre désir, ô mon Dieu. Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, par votre saint amour, pardonnez- nous, Seigneur. Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, par votre saint amour, exaucez- nous, Seigneur. Agneau de Dieu, qui effacez les péschés du monde, par votre saint amour, ayez pitié de nous. PRIÈRE. 0 Dieu, qui possédez dans un degré infini tout ce qu'il peut y avoir d'aimable et de parfait, et qui êtes la perfection même, détruisez 279 LA SAINTE COMMUNION. et arrachez de nos coeurs tout sentiment et toute affection qui seraient contraires à l'amour que nous vous devons; enflammez- nous d'un amour si pur et si ardent, que nous n'aimions rien qu'en vous et pour vous. Par Jésus- Christ notre Seigneur. Ainsi soit- il. byl zs asid us ACTE D'OFFRANDE ( TIRÉ DE S. BONAVENTURE). Seigneur Jésus, par votre corps. et votre sang que j'ai reçus, soyezmoi propice. Vous avez dit: Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui: je m'offre à vous pour éprouver les heureux effets de votre promesse; daignez recevoir cette chétive offrande, cette misérable victime. Je 280 LA SAINTE COMMUNION. suis las d'opposer mes mépris à vos dons, mes offenses à vos bienfaits; chassez de mon cœur tout amour étranger, et régnez- y en maitre. Que je sois avec vous crucifié au monde; que ma vie, comme celle d'un serviteur fidèle, soit cachée en Dieu avec la vôtre! C'est le seul trésor que j'ambitionne, le seul besoin que je ressente. Je n'ai plus qu'un ami, qu'un amour: JésusChrist, mon Dieu, mon époux! Plus d'occupation, plus de plaisir, plus d'attrait, si ce n'est Jésus- Christ! Qu'il soit tout à moi, que je sois tout à lui; que mon cœur ne devienne qu'un avec lui; de telle sorte que je ne sache, que je n'aime, et ne désire plus que mon Seigneur Jésus. O Jésus, je remets mon âme entre Vos mains. LA SAINTE COMMUNION. us soeneb PRIÈRE 281 POUR CONSERVER LES FRUITS DE LA COMMUNION Sandb ( Tirée de l'Ange du Fidèle). Jésus- Christ vit, Jésus- Christ règne dans mon âme et sur mes sens. Mes yeux, qui vous ont vu, Seigneur, vous demandent de ne se plaire à aucun objet profane ou criminel; ma bouche, sanctifiée par votre attouchement, repousse toute parole scandaleuse à la religion, injurieuse à mon prochain; mon cœur, qui a possédé votre cœur, vous demande des pensées et des goûts conformes aux vôtres; mes pieds qui m'ont conduit à la sainte table, mes mains qui la soutenaient, ne seront employés à aucune démarche, à aucune action indigne 282 d'un si grand honneur. Que pourrais- je donner au monde qui ne vous fût ravi? Il vient trop tard me demander mon coeur: je vous l'ai donné sans réserve dans la sainte communion, et ma joie c'est de penser que vous l'avez accepté avec plaisir, et que vous le soutiendrez dans ses généreuses résolutions. O Jésus et Marie, donnez- moi maintenant et à la mort votre bénédiction. LA SAINTE COMMUNION. PRIÈRE AVEC INDULGENCE PLÉNIÈRE O bon et très- doux Jésus, je me prosterne à genoux en votre présence, et je vous prie et vous conjure, avec toute la ferveur de mon âme, de daigner graver dans mon cœur, de vifs sentiments de foi, LA SAINTE COMMUNION. 283 d'espérance et de charité, un vrai repentir de mes égarements et une volonté très- ferme de m'en corriger, pendant que je considère en moimême et que je contemple en esprit vos cinq plaies, avec une grande affection et une grande douleur, ayant devant les yeux ces paroles prophétiques que prononçait déjà le saint roi David:« Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os.» NOTA. Par décret du 10 avril 1821, Pie VII, renouvelant une concession déjà faite par Clément VIII et Benoît XIV, accorda une indulgence plénière à perpétuité et la délivrance d'une âme du purgatoire à ceux qui, vraiment contrits, s'étant confessés et ayant communié, diront avec piété, devant l'image de Jésus crucifié, l'oraison qui précède. ( Traité des Indulgences, par Mgr Bouvier.) -lo us osóbiegos i Jobs boi comb PRIÈRES DURANT LA SAINTE MESSE 18x801 PRIÈRE AVANT LA SAINTE MESSE POUR SE DISPOSER A LA BIEN ENTENDRE. Je me présente, ô mon adorable Sauveur, devant les saints autels, pour assister à votre divin sacrifice. Daignez, ô mon Dieu, m'en appliquer tout le fruit que vous souhaitez que j'en retire, et suppléez aux dispositions qui me manquent. Disposez mon cœur aux doux effets de votre bonté; fixez mes sens, réglez mon esprit, purifiez mon âme, effacez par votre sang tous les péchés dont je suis coupable. Oubliez- les tous, ô Dieu de miséricorde, je les déteste pour l'amour de vous, je vous en demande très- humblement pardon, pardonnant moi- même de bon cœur à tous ceux qui auraient pu m'offenser. Faites, ô mon doux Jésus,] qu'unissant mes intentions aux vôtres, je me sacrifie tout à vous, comme vous vous] sacrifiez entièrement pour moi. Ainsi soit- il. 286 PRIÈRES COMMENCEMENT DE LA MESSE. Au nom du Père, et dn Fils, et du Saint- Esprit. Ainsi soit- il. C'est en votre nom, adorable Trinité, Ic'est pour vous rendre l'honneur et les hommages qui vous sont dus, que j'assiste au très- saint et très- auguste sacrifice. Permettez- moi, divin Sauveur, de m'unir d'intention au ministre de vos autels, pour offrir la précieuse Victime de mon salut, et donnez- moi les sentiments que j'aurais dû avoir sur le Calvaire, si j'avais assisté au sacrifice sanglant de votre Passion. Pollac CONFITEOR. Je m'accuse devant vous, ô mon Dieu, de tous les péchés dont je suis coupable. Je m'en accuse en présence de Marie, la plus pure de toutes les vierges, de tous les Saints et de tous les fidèles, parce que j'ai péché en pensées, en paroles, en actions, en omissions, par ma faute, oui, par ma faute, et par ma très- grande faute. C'est pourquoi je conjure la très- sainte Vierge et tous les Saints de vouloir bien intercéder pour moi. armoo, noy& tunt sith Seigneur, écoutez favorablement ma DURANT LA SAINTE MESSE. 287 prière, et accordez- moi l'indulgence, l'absolution et la rémission de tous mes péchés. KYRIE, ELEISON. Divin Créateur de nos âmes, ayez pitié de l'ouvrage de vos mains; Père miséricordieux, faites miséricorde à vos enfants. Auteur de notre salut, immolé pour nous, appliquez- nous les mérites de votre mort et de votre précieux sang. Aimable Sauveur, doux Jésus, ayez compassion de nos misères; pardonnez- nous nos péchés. GLORIA IN EXCELSIS. Gloire à Dieu dans le ciel, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Nous vous louons, Seigneur, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions, nous vous rendons de très- humbles actions de grâces, dans la vue de votre grande gloire, vous qui êtes le Seigneur, le souverain Monarque, le Très- Haut, le seul vrai Dieu, le Père tout- puissant. Adorable Jésus, Fils unique du Père, Dieu et Seigneur de toutes choses, Agneau envoyé de Dieu pour effacer les péchés du monde, ayez pitié de nous; et, du haut du ciel où vous régnez avec votre Père, jetez 288 PRIÈRES un regard de compassion sur nous. Sauvez- nous, vous êtes le seul qui le puissiez, Seigneur Jésus, parce que vous êtes le seul infiniment saint, infiniment puissant, infiniment adorable, avec le Saint- Esprit, dans la gloire du Père. Ainsi soit- il. ORAISON. Accordez- nous, Seigneur, par l'intercession de la sainte Vierge et des Saints que nous honorons, toutes les grâces que votre ministre vous demande pour lui et pour nous. M'un Ssant à lui, je vous fais la même prière pour ceux et pour celles pour lesquels je suis obligé de prier, et je vous demande, Seigneur, pour eux et pour moi, tous les secours que vous savez nous être nécessaires afin d'obtenir la vie éternelle au nom de J.-C. N. S. Ainsi soit- il. ÉPÎTRE. Mon Dieu, vous m'avez appelé à la connaissance de votre sainte loi, préférablement à tant de peuples qui vivent dans l'ignorance de vos mystères. Je l'accepte de tout mon cœur, cette divine loi, et l'écoute avec respect les oracles sacrés que vous avez prononcés par la bouche de vos Prophètes. Je les révère avec toute la DURANT LA SAINTE MESSE. 289 soumission qui est due à la parole d'un Dieu, et j'en vois l'accomplissement avec toute la joie de mon âme. Que n'ai- je pour vous, ô mon Dieu, un cœur semblable à celui des saints de votre Ancien Testament! Que ne puis- je vous désirer avec l'ardeur des Patriarches! vous connaître et vous révérer comme les Prophètes! vous aimer et m'attacher uniquement à vous comme les Apôtres! ÉVANGILE. Ce ne sont plus, ô mon Dieu, les Prophètes ni les Apôtres qui vont m'instruire de mes devoirs; c'est votre Fils unique, c'est sa parole que je vais entendre. Mais, hélas! que me servira d'avoir cru que c'est votre parole, Seigneur Jésus, si je n'agis pas conformément à ma croyance? Que me servira, lorsque je paraîtrai devant vous, d'avoir eu la foi sans le mérite de la charité et des bonnes œuvres? Je crois, et je vis comme si je ne croyais pas, ou comme si je croyais un évangile contraire au vôtre. Ne me jugez pas, ô mon Dieu, sur cette opposition perpétuelle que je mets entre vos maximes et ma conduite. Je crois, mais inspirez- moi le 19 290 PRIÈRES courage et la force de pratiquer ce que je crois. A vous, Seigneur, en reviendra toute la gloire. CREDO. Je crois en un seul Dieu, Père toutpuissant, qui a fait le ciel et la terre, les choses visibles et invisibles; et en un Seigneur Jésus- Christ, Fils unique de Dieu, né de Dieu son Père avant tous les siècles: Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu; engendré et non créé, consubstantiel à son Père, et par qui tout a été fait. Qui est descendu du ciel pour l'amour de nous et pour notre salut; qui s'est incarné, par l'opération du Saint- Esprit, dans le sein de la Vierge Marie, et qui s'est fait homme. Je crois que Jésus- Christ a été crucifié pour l'amour de nous sous PoncePilate; qu'il a souffert la mort, et qu'il a été enseveli; qu'il est ressuscité le troisième jour, suivant les Ecritures; qu'il est monté au ciel, et qu'il y est assis à la droite de son Père; qu'il viendra encore une fois sur la terre avec gloire pour juger les vivants et les morts, et que son règne n'aura point de tin. ins Je crois au Saint- Esprit, Seigneur et DURANT LA SAINTE MESSE. 291 vivifiant, qui procède du Père et du Fils, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils, et qui a parlé par les Prophètes. Je crois que l'Église est une, sainte, catholique et apostolique; je confesse qu'il y a un baptême pour la rémission des péchés, et j'attends la résurrection des morts, et la vie du siècle à venir. Ainsi soit- il. OFFERTOIRE. Père infiniment saint, Dieu tout- puissant et éternel, qfelque indigne que je sois de paraitre devant vous, j'ose vous présenter cette hostie par les mains du Prêtre, avec l'intention qu'a eue JésusChrist mon Sauveur lorsqu'il institua ce sacrifice, et qu'il a encore au moment où il s'immole ici pour moi. Je vous l'offre pour reconnaître votre souverain domaine sur moi et sur toutes les créatures. Je vous l'offre pour l'expiation de mes péchés, et en action de grâces, de tous les bienfaits dont vous m'avez comblé. 304314 Je vous l'offre enfin, mon Dieu, cet auguste sacrifice, afin d'obtenir de votre infinie bonté, pour moi, pour mes parents, pour mes bienfaiteurs, pour mes amis et 292 PRIÈRES mes ennemis, ces grâces précieuses de salut qui ne peuvent être accordées à un pécheur qu'en vue des mérites de celui qui est le Juste par excellence, et qui s'est fait victime de propitiation pour tous. Is oupil Mais, en vous offrant cette adorable Victime, je vous recommande, ô mon Dieu, toute l'Église catholique, notre saint- père le Pape, notre Evêque, tous les Pasteurs des âmes, les princes chrétiens, et tous les peuples qui croient en vous. Souvenez- vous ausgi, Seigneur, des fidèles trépassés, et e considération des mérites de votre Fils, donnez- leur un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix. N'oubliez pas, ô mon Dieu, vos ennemis et les miens. Ayez pitié de tous les infidèles, des hérétiques et de tous les pécheurs. Comblez de bénédictions ceux qui me persécutent, et pardonnez- moi mes péchés, comme je leur pardonne tout le mal qu'ils me font ou qu'ils voudraient me faire. Ainsi soit- il. PRÉFACE. Voici l'heureux moment où le Roi des Anges et des hommes va paraître. Seigneur, remplissez- moi de votre esprit; que mon cœur, dégagé de la terre, ne pense DURANT LA SAINTE MESSE. 293 qu'à vous. Quelle obligation n'ai- je pas de vous bénir et de vous louer en tout temps et en tout lieu, Dieu du ciel et de la terre, Maître infiniment grand, Père tout- puissant et éternel! Rien n'est plus juste, rien n'est plus avantageux que de nous unir à JésusChrist pour vous adorer continuellement. C'est par lui que tous les esprits bienheureux rendent leurs hommages à votre majesté; c'est par lui que toutes les Vertus du ciel, saisies d'une frayeur respectueuse, s'unissent pour vous glorifier. Souffrez, Seigneur, que nous joignions nos faibles louanges à celles de ces saintes intelligences, et que, de concert avec elles, nous disions dans un transport de joie et d'admiration: SANCTUS. Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées. Tout l'univers est rempli de sa gloire. Que les bienheureux le bénissent dans le ciel. Béni soit celui qui vient sur la terre, Dieu et Seigneur comme celui qui l'envoie. CANON. Nous vous conjurons, au nom de Jésus 294 PRIÈRES Christ votre Fils et notre Seigneur, ô Père infiniment miséricordieux, d'avoir pour agréable et de bénir l'offrande que nous vous présentons, afin qu'il vous plaise de conserver, de défendre et de gouverner votre sainte Eglise cathol que, avec tous les membres qui la composent, le Pape, nos supérieurs spirituels et temporels, et généralement tous ceux qui font profession de votre sainte foi. Nous vous recommandons en particulier, Seigneur, ceux pour qui la justice, la reconnaissance et la charité nous obligent de prier; tous ceux qui sont présents à cet adorable sacrifice, et singulièrement N*** et N***. Et afin, grand Dieu, que nos hommages vous soient plus agréables, nous nous unissons à la glorieuse Marie, toujours vierge, mère de notre Dieu et Seigneur Jésus- Christ, à tous vos Apôtres, à tous les bienheureux Martyrs, et à tous les saints qui composent avec nous une même Église. Que n'ai- je en ce moment, ô mon Dieu! les désirs enflammés avec lesquels les saints Patriarches souhaitaient la venue du Messie! que n'ai- je leur foi et leur amour! Venez, Seigneur Jésus, venez, DURANT LA SAINTE MESSE. 295 aimable réparateur du monde, venez accomplir un mystère qui est l'abrégé de toutes vos merveilles. Il vient, cet Agneau de Dieu; voici l'adorable victime par qui tous les péchés du monde sont effacés. ÉLÉVATION. Verbe incarné, divin Jésus, vrai Dieu et vrai homme, je crois que vous êtes ici présent; je vous y adore avec hum lité; je vous aime de tout mon cœur; et comme vous y venez pour l'amour de moi, je me consacre entièrement à vous. J'adore ce sang précieux que vous avez répandu pour tous les hommes, et j'espère, ô mon Dieu, que vous ne l'aurez pas versé inutilement pour moi Fai: es- moi la grâce de m'en appliquer les mérites. Je vous offre le mien, aimable Jésus, en reconnaissance de cette infinie charité que vous avez eue de donner le vôtre pour l'amour de moi. SUITE DU CANON. Quelles seraient donc désormais ma malice et mon ingratitude, si, après avoir vu ce que je vois, je consentais à vous offenser! Non, mon Dieu, je n'oubliera jamais ce que vous me représentez par 296 PRIÈRES cette auguste cérémonie: les souffrances de votre Passion, la gloire de votre Résurrection, votre corps tout déchiré, votre sang répandu pour nous, réellement présent à mes yeux sur cet autel. C'est maintenant, éternelle Majesté, que nous vous offrons de votre grâce, véritablement et proprement, la Victime pure, sain'e et sans tache, qu'il vous a plu de nous donner vous- même, et dont toutes les autres n'étaient que la figure. Oui, grand Dieu, nous osons vous le dire, il y a ici plus que tous les sacrifices d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech: la seule victime digne de votre autel, notre Seigneur Jésus- Christ, votre Fils, l'unique objet de vos éternelles complaisances. In Que tous ceux qui participent ici de la bouche ou du cœur à cette Victime sacrée soient remplis de sa bénédiction. Que cette bénédiction se répande, ô mon Dieu, sur les âmes des fidèles qui sont morts dans la paix de l'Église, et particulièrement sur l'âme de N*** et de N***. Accordez- leur, Seigneur, en vue de ce sacrifice, la délivrance entière de leurs peines. Daignez nous accorder aussi un jour DURANT LA SAINTE MESSE. 297 cette grâce à nous- mêmes, Père infiniment bon; et faites- nous entrer en société avec les saints Apôtres, les saints Martyrs et tous les Saints, afin que nous puissions vous aimer et vous glorifier éternellement avec eux. Ainsi soit- il. PATER NOSTER. Que je suis heureux, ô mon Dieu, de vous avoir pour Père! Que j'ai de joie de songer que le ciel où vous êtes doit être un jour ma demeure! Que votre saint nom soit glorifié par toute la terre! Régnez absolument sur tous les cœurs et sur toutes les volontés. Ne refusez pas à vos enfants la nourriture spirituelle et corporelle. Nous pardonnons de bon cœur, pardonnez- nous. Soutenez- nous dans les tentations et dans les maux de cette misérable vie; mais préservez- nous du péché, le plus grand de tous les maux. Ainsi soit- il. AGNUS DEI. Agneau de Dieu, immolé pour moi, ayez pitié de moi. Victime adorable de mon salut, sauvez- moi. Divin médiateur, obtenez ma grâce auprès de votre Père; donnez- moi votre paix. 298 PRIÈRES COMMUNION. Qu'il me serait doux, ô mon aimable Sauveur, d'être du nombre de ces heureux chrétiens à qui la pureté de conscience et une tendre piété permettent d'approcher tous les jours de votre sainte table! Quel avantage pour moi, si je pouvais en ce moment vous posséder dans mon cœur, vous y rendre mes hommages, vous y exposer mes besoins, et participer aux grâces que vous faites à ceux qui vous reçoivent réellement! Mais puisque j'en suis très- indigne, suppléez, ô mon Dieu, à l'indisposition de mon âme. Pardonnezmoi tous mes péchés; je les déteste de tout mon cœur, parce qu'ils vous déplaisent Recevez le désir sincère que j'ai de m'unir à vous. Purifiez- moi d'un seul de vos regards, et mettez- moi en état de vous bien recevoir au plus tôt. En attendant cet heureux jour, je vous conjure, Seigneur, de me faire participer aux fruits que la communion du prêtre doit produire en tout le peuple fidèle qui est présent à ce sacrifice. Augmentez ma foi par la vertu de ce divin sacrement; fortifiez mon espérance; épurez en moi la charité; remplissez mon cœur de votre DURANT LA SAINTE MESSE. 299 amour, afin qu'il ne respire plus que vous, et qu'il ne vive plus que pour vous. Ainsi soit- il. DERNIÈRE ORAISON. Vous venez, ô mon Dieu, de vous immoler pour mon salut; je veux me sacrifier pour votre gloire. Je suis votre victime, ne m'épargnez point. J'accepte de bon cœur toutes les croix qu'il vous plaira de m'envoyer: je les bénis, je les reçois de votre main, et je les unis à la vôtre. Me voici purifié par vos saints mystères; je fuirai avec horreur les moindres taches du péché, surtout de celui où mon penchant m'entraine avec le plus de violence. Je serai fidèle à votre loi, et je suis résolu de tout perdre et de tout souffrir plutôt que de la violer. BÉNÉDICTION. Bénissez, ô mon Dieu, ces saintes résolutions: bénissez- nous tous par la main de votre ministre, et que les effets de votre bénédiction demeurent éternellement sur nous. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit. Ainsi soit- il. DERNIER ÉVANGILE. Verbe divin, Fils unique du Père, lu 300 PRIÈRE APRÈS LA SAINTE MESSE. mière du monde venue du ciel pour nous en montrer le chemin, ne permettez pas que je ressemble à ce peuple infidèle qui a refusé de vous reconnaître pour le Messie. Ne souffrez pas que je tombe dans le même aveuglement que ces malheureux qui ont mieux aimé devenir esclaves de Satan que d'avoir part à la glorieuse adoption d'enfants de Dieu que vous veniez leur procurer. Verbe fait chair, je vous adore avec le respect le plus profond; je mets toute ma confiance en vous seul, espérant fermement que, puisque vous êtes mon Dieu, et un Dieu qui s'est fait homme afin de sauver les hommes, vous m'accorderez les grâces nécessaires pour me sanctifier et vous posséder éternellement dans le ciel. Ainsi soit- il. PRIÈRE APRÈS LA SAINTE MESSE. Seigneur, je vous remercie de la grâce que vous m'avez faite, en me permettant d'assister aujourd'hui au sacrifice de la sainte Messe préférablement à tant d'autres qui n'ont pas eu le même bonheur. Je vous demande pardon de toutes les fautes que j'y ai commises par la dissipa VÊPRES DU DIMANCHE. 301 tion et la langueur où je me suis laissé aller en votre présence. Que ce sacrifice, ô mon Dieu, me purifie pour le passé et me fortifie pour l'avenir! Je vais présentement avec confiance aux occupations où votre volonté m'appelle. Je me souviendrai toute cette journée de la grâce que vous venez de me faire, et je tâcherai de ne laisser échapper aucune parole, aucune action, de ne former aucun désir, ni aucune pensée qui me fasse perdre le fruit de la Messe que je viens d'entendre. C'est ce que je me propose avec le secours de votre sainte grâce. Ainsi soit- il. VEPRES DU DIMANCHE azaz k PSAUME 109. Dixit Dominus Domino meo: dextris meis, Donec ponam inimicos tuos,* scabellum pedum tuorum. * Sede a Virgam virtutis tuæ emittet Dominus ex Sion:* dominare in medio inimicorum tuorum. 302 VEPRES Tecum principium, in die virtutis tuæ, in splendoribus Sanctorum:* ex utero ante luciferum genui te. Juravit Dominus, et non poenitebit eum:* Tu es Sacerdos in æternum secundum ordinem Melchisedech. Dominus a dextris tuis,* confregit in die iræ suæ reges. Judicabit in nationibus, implebit ruinas,* conquassabit capita in terra multorum. De torrente in via bibet:* propterea exaltabit caput. Gloria Patri, etc. Ant. Dixit Dominus Domino meo: Sede a dextris meis. PSAUME 110. Confitebor tibi, Domine, in toto corde meo,* in concilio justorum et congregatione. Magna opera Domini, exquisita in omnes voluntates ejus. unpl Confessio et magnificentia opus ejus, et justitia ejus manet in sæculum sæculi. Memoriam fecit mirabilium suorum misericors et miserator Dominus: escam dedit timentibus se. * Memor erit in sæculum testamenti sui.* * DU DIMANCHE. 303 virtutem operum suorum annuntiabit populo suo. Ut det illis hæreditatem gentium:* opera manuum ejus veritas et judicium. Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi:* facta in veritate et æquitate. Redemptionem misit populo suo:* mandavit in æternum testamentum suum. Sanctum et terribile nomen ejus:* initium sapientiæ timor Domini. Intellectus bonus onmibus facientibus eum;* laudatio ejus manet in sæculum sæculi. Ant. Fidel a omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi. PSAUME 111. Beatus vir qui timet Dominum, in mandatis ejus volet nimis. Potens in terra erit semen ejus:* generatio rectorum benedicetur. Gloria et divitiæ in domo ejus;* et justitia ejus manet in sæculum sæculi. Exortum est in tenebris lumen rectis;* misericors', et miserator, et justus. Jucundus homo qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judi 304 cio, quia in æternum non commovebitur. In memoria æterna erit justus;* ab auditione mala non timebit. VEPRES Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus:* non commovebitur donec despiciat inimicos suos. Dispersit, dedit pauperibus; justitia ejus manet in sæculum sæculi: cornu ejus exaltabitur in gloria. Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet:* desiderium peccatorum peribit. Ant. In mandatis ejus cupit nimis. PSAUME 112. Laudate, pueri, Dominum;* laudate nomen Domini. Sit nomen Domini benedictum, ex hoc nunc et usque in sæculum. A solis ortu usque ad occasum,* laudabile nomen Domini. * Excelsus super omnes gentes Dominus,* et super cælos gloria ejus. Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat,* et humilia respicit in colo et in terra? Suscitans a terra inopem,* et de stercore erigens pauperem, RO Inches 1 Centimetres Blue 12 3 2 Cyan 5 6 17 Farbkarte# 13 Green 3 8 Yellow 9 ST 10 Red 11 12 5 13 Magenta 14 ( O 6 15 White 16 17 7 3/ Color 18 19 B.I.G. Black 8