a Hi° )REVES D’AMOUR, DE GLOIRE AD DB KIBEROR FRAGMENTS. Un Dio feroce, ignoto un Dio, da tergo Me flagellava infin da quei primi anni, A cui maturo ed impavido mi altergo. Ne pace han mai, ne tregua, i caldi affanni Del mio libero spirto, ov’ io non vergo Aspte carıe in eccidio dei tiranni. TOME PREMIER. m PARIS._ IMPRIMERIE DE- BOURGOGNE ET MARTINET, RUE JACOB, 30.- on 1843.| i< (+) o de REVES D’AMOUR, DER GLONRE ET DE LIBERTE. JMPRI) DAN RETES D’AMOUR, DE GLOIRE ET DE LIBERTE. __ FRAGNENTS, # Un Dio feroce,, ignoto un Dio,, da tergo Me flagellava infin da quei primi anni, A cui'maturo ed impavido mi attergo. Ne pace han mai, n£ tregua, i caldi affanni Del mio libero spirto,, or io non vergo Aspre carte in eccidio dei tiranni. TOME PREMIER. | A\ ausgejhieden- ansgejhiedek} N yın® A x man” PARIS, IMPRIMERIE DE BOURGOGNE ET MARTINET, RUE JACOB, 30. i 1945. GDRREAR ande Et NOCH E Sem) EEE EN DW data 2° > 1 ii ® ER Bibliothek| der i! k Lndwigs-Universitäl Gießen| DE( —Nı demand ans, den narie, dl vessan ans, tal enliere mise n — I Mais, a vers le 1. REVES D’AMOUR, DE GLOIRE ET DE LIBERTE. Mise en Scene. ... Et que dit de ce coup Le roi? — Le cardinal n’est pas content du tout. — Quelles sont vos idees en maliere de religion? lemandait un grand homme de trente a quarante ans, aembonpoint raisonnable, amanieres d’homme ınarie, d’une rondeur et aisance un peu forcee; s’a- dressant ä un jeune homme de pas encore vingt ans, taille moyenne, mais n’ayant pas atleint son entiere eroissance, mince, ä proportions€levees, mise noire, simple. — Je n’en ai pas d’arretdes, repondil celui-ci. Mais, ä vous dire la verite, je pencherais le plus vers le pantheisme, cetle religion de geants. JIe 1 2 — Je lui parle religion, il me r&pond philoso- phie, pensa l’autre.— Ah! oui, le pantheisme, re- prit-il tout haut; c’est du bon; la doetrine de Spi- nosa, qui n’en est pourtant pas linventeur. — Vous dites vrai, conlinua le mince; le pan- theisme etait deja eonnu des philosophes anciens grecs; c’&lait un peu le systeme de Pythagore et de quelque autre sage ou sophiste, dont le nom m’6- chappe. I n’y a rien de nouveau dans ce monde; de sorte que Spinosa s’empara de quelques idees repandues dans les ouvrages des anciens... Et en fit un sysleme assez peu net, dit le gros. — J'en conviens, reprit le jeune homme; mais ce qui m’altache surtout au panlheisme, c'est son immensile qui embrasse tout, qui fait planer la di- vinite sur tout, qui fait de’homme une parcelle de cette divinile, de ce monde... — Ah! oui, un Dieu-monde, un homme-Dieu! s’&eria le trentenaire, c'est cela. Je prefererai pour- tant l’Ecleclisme: c'est au moins une doctrine rai- sonn6e, basde sur des faits certains, positils, s’em- barrassant peu d’abstraelions, rejetant de m&öme les idees trop maliere. — Comment! s’emporta le pelit, vous aimez Yeclectisme! Mais elle est deja passee de mode, cette philosophie juste-milieu; on ne parle plus Victor Cousin, ni Ancillon, ni Hegel m&me. Je me rappelle, ajouta-t-il en se calmant, je me rappelle d’avoir lu dernierement un article de la Revue en- eyelopedique sur les&electiques, et Jouffroy en parlieulier; comme on les arrange! ah! connaissez- vous...? iM question vovez-vol Eiles sophie,| sujel de oubliee; parler, 6 vent, fai la force Grudilio diseour: toire, 9 malieres la Jitter: devenan! livres€} livres, p Conversa sunit, I Aroite: puis il erand h sortit dı lien leun se firen! Aerniore Wall le pave bois, d tait aloı Meme q les deux | Philosg- Isme, re. e de Spi- IT. ; le pan- ; anciens dre et de om m’e- monde; Ies Idees t, dit Ie 1e; mais est son er la di- parcelle 1e-Dieu! al pour- rine ral- Is, sem- Je meme s almez e mode, rle plus e. Je me rappelle jevue eM- ‚firoy en ınalsseZ- 3 — La Revue encyclopedique? oui, Yarticle en question? non, repondit Y’homme marie; mais, voyez-Vous, lecleclisme... Et les deux interlocuteurs parlerent ainsi philo- sophie, la religion, qui semblait devoir devenir le sujet de leur conversation, Elant complelement oubliee; tous les deux s’echauffant a s’entendre parler, chacun voulant plutöt, comme il arrive sou- vent, faire part, laisser admirer ses propres idees, la force de son raisonnement, le brillant de son &rudilion, que de donner une atlention suivie aux discours de son opposant. Puis ils passerent a l’his- toire, glissant sur les sujets, entamant plusieurs matieres en m&me temps; ensuite vint le tour de la litterature. Ici la discussion faiblit, Tinteret devenant moindre. Le plus jeune feuilleta quelques livres epars sur une table; on en parla de ces livres, pour la plupart d’un genre mixte; puis, la eonversation&tant Epuisee, un instant de silence suivit. Le petit ganta d’un gant blanc sa main droite: il tenait encore son chapeau de la gauche; puis il se leva, salua assez eeremonieusement le srand homme, tout en lui touchant la main, ei sortit du mince appartement dans lequel avait cu lieu leur conversalion, reconduit par son höte. Ils se firent encore un signe de tete poli devant lu derniere porte, l’accompagnant des paroles d’usage Il allait& pied; une petite pluie serree fouettait le pave et les maisons, mi-partie pierre, mi-parlie bois, de la petite ville de province qu’Andre habi- tait alors temporairement. Presse par le lemps, de möme que par ses pensees, il longea rapidemeni les deux rues, assez bien bäties, qui scparaien! 8 E 4 2 - £ 4 hı ’habitation du mari de sa cousine de son propre)—Jy\i logement, vers lequel il se dirigeait maintenant.|jocha du Arrive devant une grande maison blanche, a baleon, jı miroit, debonne apparence, il entra, franchit lestement un„itaient p double escalier qui le conduisit jusqu’au deuxieme zinple da Etage. A son approche, un domestique ouvrit une Jeucoup porte et la referma sur le jeune homme, qui, ayant| Syns avoi depose son chapeau, defit son surtout, denoua sa j|&tait Di cravale et se mit en robe de chambre,. Tout en jpure, el le faisant, il se promenait a grands pas. Depuis, aspect ag qu’Ändre avait quiti& M. Paul, son visage, de se-| au Jorsq reinement doux,&lail devenu serieusement medi-\ ellre| tatif, changement quil subissait toujours lorsque| jörent sı Andre etail seul. Le cours de ses rellexions&tail Je jerituref suivaut:| — II ne raisonne pas mal: seulement il ne sait pas Ecouler. Et moi, le sais-je? Non; mais je me connais ce defaut, du moins. Lui aussi peut se \ilen par ft quelqu salishait( bras, il sı le connaitre. Il faut avouer pourtant qu'il ya bien_\y z v peu de differences reelles entre les valeurs intrin-| ‚yeur: ı \| y seques des hommes; ce sont, pour la plupart, les}; sone ceireonslances qui les placent haut ou bas dans la chaine sociale. Combien peu les capacites sont complees pour quelque chose dans les causes qui in,( elevent les hommes! qu’il est diflicile de bien ap-| Hourraitı precier les capacites respeclives de deux ou de| arme plusieurs individus! qulil est rare de trouver un|], ha homme entierement incapable! Et encore on peut Aue etre incapable, deplace ici ou Ja; mais c’est difficile u d’etre partout deplace, toujours incapable, a moins ne' d'un idiot,«d'un erelin. Nr — Madame fail prier monsieur de vouloir passer BL -- Ne mels chez elle, dit un domeslique en entrant. de sujl h& me disir dien assı J NR—!'y vais, repondit le jeune homme. Il s’ap- " nl procha d une table remplie de papiers, de livres; FE Ik Bu miroir, une hrosse el un lacon d’eau de Cologne dena yetaient p£le-mele. Andre, quoique ordinairement "EN simple dans sa mise et dans ses manieres, soignall UNE une peaucoup, beaucoup trop peut-Etre sa personne. U, Ayanl Sans avoir des traits prononces, caracleristiques, denona sa jl&tait bien fait de visage et de corps, gracieux de ' Tout en figure, et lensemble de sa physionomie formait un '0s. Depuis aspect agr&able, lorsque surtout Andre etail anime, ou lorsqu’il se permettait un leger sourire, sans y meltre de lamertume toulefois. Ses yeux s’arre- "s Jorsque jörent sur une feuille de papier barbouillde d’une ons elaille Seriture fine et completement illisible. S’asseyant, il en parcourut plusieurs phrases ä demi-voix, y til üesall fil quelques correclions; puis, d’un air capable, Y mals JE satisfait de lIui-meme, appuyant sa löle sur son ssı pulse pras, il se mit ä reflechir de la sorte:: ilya bien— Vraiment, j’aurais de Ja vocalion ä devenir irs MIND- auleur; mais celle maudite aisance, celle forlune lupart, les} soigner, ces relations ä enlrelenir, tout cela bas dans la me distrait du travail, et ayant mon pain quoti- eites sohl dien assurd, je n’ai plus besoin de travailler pour causes[I yivre, Ce qui m’obligerait a ecrire avec suile e bien ap- pourrait developper mon talent, faire mürir le bon ux ou de germe qui est en moi. Je me sentirais surloul de (rouver iM Ja vocalion pour&tre journaliste: j'ai assez de re on peul connaissances superficielles sur tout objet pour estdilfeile aborder avee courage toules sortes de malieres. je,amoins Jaime A€erire sur la politique; mes conviclions sont assez celles de la generation jeune; quand je Joir pass” me mets une fois Al’euvre, je puis beaucoup Eerire de suite, avec enlrain et facilite. Je n’aiıne pas_le REED ‚ El i \ age, de se- nent medi- 6 travail a longue haleine, et le sucees facile a du charıme pour moi. Avec cela, je sais reslreindre mon&lan, borner mes idees A un certain nombre de ‚pages, sans donner essor a l’abondance de mots et d’idees, qui souvent semble vouloir me deborder, lorsque surlout je traite une maliere feconde. En ce moment, ces id&es fecondes furent inter- rompues par une porle ouverle: une femme entra. Cinquante ans elait son äge; une slature droile et imposante, un visage agr&able, portant encore des traces de beaul&, un air digne et une mise soignee. Elle s’avanca doucement vers le pensif jeune homme, qui, au bruit de son entree, se relourna, lapercut, quitia promptement sa chaise, salua respectueusement la dame, lui baisant la main, et s’exeusant sur sa robe de chambre, en ce quil ne lattendait pas. — Je vous ai prie de passer chez moi, Andre; mais, ne vous voyant pas, je me suis resignee a franchir l’escalier, malgre mon äge, pour vous voir et vous parler. — J’ai honte de ma negligence, chere tante; mais, occupe de mes pensees, de mes lravaux, j’avais oublie que vous m’aviez demande. Al’instant je vais Elre pret. — Vous voila bien, mon fils, avec vos travaux, dit-elle en souriant avec indulgence. Sans doule, il serait temps de vous mellre serieusement au travail, et voila justement l'objet de la conversa- tion que je voulais avoir avec vous.— Andr£_prit un air de conlrainte.— Vous savez mes projets lä- dessus, conlinua madame Helene; mon cousin le mimstre\ {rouve Jü chancellei yous Y pl {rouver U du beau| connalss former, des hom dites-vo u Vı toulen nistre, madeter me prop servir$0 linstrun lemps e privee, ı —\W Nlamboy ne men ment,& volre ge Meme; teuse jı Design mier p siens, faut t& bien ne il?— —N le a du streindre nombre ance de lloir me Maliere nt inter- ne enlra. droite et ncore des ‚soignee. if jeune elourma, e, salua main, et ce quil ‚ Andre; signee da vous voir e tante; [ravauX, linstant {ravauX, 15 doule, ment au ‚onvelsa- ndre prit rojelS la- OU in le 7 ministre m’&crit(et elle montra la lettre) qu'il se {rouve juste@ propos une place pour vous dans la chancellerie du ministre des affaires&trangeres; vous y pourriez, avec vos moyens, volre capacıle, trouver un prompt avancement. Vivant au milieu du beau monde de la capitale, dans lequel j'ai des connaissances de choix, vous acheveriez de vous former, et vous y gagneriez cet usage du monde et des hommes qui vous manque encore tant. Qu’en dites-vous, mon fils? _—_ Vous savez, chere tante, dit le jeune homme toul en parcourant d’un air distrait la lettre du mi- nistre, vous savez mes principes, vous connaissez ma determination arr&tee quant au service que vous me proposez depuis quelque temps. Je ne veux pas servir sous ce gouvernement, je neveux pas servir d’instrument au vil despotisme. Car il y a des temps et des gouvernements sous lesquels la vie privee, c’est ce qu’il y a de plus honorable! — Voila de vos id6es, monsieur!— ei ses yeux flamboyaient;— toujours de ces raisonnements qui ne menentä rien. Vous&tes n& sous ce gouverne- ment, done il faut vous y soumettre. Vous devez votre service A votre pays, a votre famille, a vous- m&me: voulez-vous vous condamner a une hon- teuse inactivite A votre äge? Toute volre vie vous ne signifierez done rien et vous serez le jouet du pre- mier petit employ& venu. Il faut se rendre utile aux siens, justement sous un pareil gouvernement; il faut tächer d’y signifier quelque chose, d’y etre bien note.—Vous n’avez donc pas d’ambilion, mon fils?— Mais moi j’en aurai toujours pour vous! — Mon ambition est autre, ma tante; je m’ele- # 5 14 IE E 5 BI) verai d’une autre maniere. L'&tat des choses pre- sent ne peut durer longtemps iei, une revolulion souve sous cendres: nous aurons bienlöl une mo- narchie conslitulionnelle, et si Ja. nalion y est müre, peut-&tre une republique!... dit Andre en regardant le plafond d’un air inspire.— Alors chaque homme de talent trouvera son chemin: je saurai Lrouver le mien. — Ce sont de vos absurdes extravagances, Mon- sieur, dit Ja tanle d’un air severe; encore vous vous compromeltrez, vous nous compromeltrez lous. Jeune homme, je vous averlis, il vous arrivera mal- heur par votre caraclere insubordonn&; croyez-en l’experience de votre lanle, qui vous a donn& dans sa vie tant de preuves d’attachement, dit-elle en se radoueissant, etsa voix devenait presque tendre. Andre Jui baisa la main:— Chere tante, ayez done plus de eonfiance dans ma raison; je suis bien assez en äge pour me lrouver une carriere moi- me&me. Vous me trailez trop en enfant; vous me eroyez encore lel que je l’etais al’äge de dix ans. Depuis, abandonn& presque a moi seul, ma raison a eu tout le temps de mürir, et plus tard les eircon- stances diflieiles au milieu desquelles je me suis trouvd en prenant en mains la direction de mes al- faires si embrouillees, m’ont enlierement deve- loppe& et ont forlifi& ma volonle. — Votre volont&! repela madame Helene; a votre äge on n’en doit pas avoir. Suivez celle des autres, ecoutez ceux qui s'inleressenl a vous, ceux qui vous ont dirige jusqu’a present, et vous vous en trou- verez bien. Moi qui ne pense qu’a votre bonheur, cher Andre! Plus de soumission, je vous prie. Une sibrillante mon plan, plus desirt Jans le m choisie, de Ia capitale tenanl; 68 yoir pas$ —\os Yinfexibl eonirent exigez de tions, Tot ne rien b Ieehir, R nes allaiı Ih capitale un delai, 1 ale voyage,- — Pl Helene| qlte vous Jrises pa Ne faites eonsulle —\o Je suis| Serais-) connais venir,( firai pa Mois je SS pid- volulion Ine mo- NY est ndre en — Alors min: je $, MON- JUS VOUS 7 lous, era mal- oYez-en ne dans le en se endre, le, ayez uis bien re M0i- ous me Jix ans. raison a circon- me suis mes al- | deve- ‚avolie , qui vous n[rOU- ‚nheur, je, Une 9 si brillante carriere qui vous attend! Reflchissez A mon plan, voyez vous-me&me: que peut-il Etre de plus desirable pour vous? Une position lhonorable dans le monde, un sejour brillant, une societe choisie, de la haute volee. Croyez-moi, parlez pour la capitale, oceupez la place qu’on vous offre main- tenanl; car vous vous repenlirez un jour de n’a- voir pas suivi mes conseils. — Vos conseils sont sacres pour moi, repondit !inflexible jeune homme, surtout lorsqw'ils se ren- eontrent avec ma propre persuasion. Mais ici, vous exigez de moi une chose contraire a mes conVic- tions. Tout ce que je puis vous promettre, c'est de ne rien brusquer: donnez-moi du temps pour re- lechir. Repondez& votre cousin le ministre que mes alfaires ne me permeltent pas d’arriver dans la capitale avant un ou deux mois; demandez-lui un delai. Les circonstances peuvent changer d’iei la, et sans cela je me proposais de faire un voyage,— alors nous verrons. — Elı bien! oui, je demanderai un dclai, dit Helene en se deeidant; mais laissez-moi l’espoir que vous ne rendrez pas inutiles les peines que J'ai prises pour trouver ä vous placer convenablement. Ne faites done aucune demarche hätce sans me consulter; me le promeltez-vous, cher fils? — Volontiers, ma tante, reprit le jeune homme. Je suis france avee tout Je monde, pourquoi ne le serais-je pas avec vous, A quije dois lant de re- connaissance? Je ne ferai donc rien sans vousen pr£- venir, et il est convenu que maintenant je ne par- firai pas pour la capitale; que dans deux ou trois mois je ferai cette tournde, afın de voir si la place 1, 1 De ah 10 que vous me proposez peut me convenir. Sinon, je me röserve toujours la libert& de la refuser. — Ne le faites pas, Andre, si vous avez quelque peu d’affection pour moi, votre seconde mere, qui vous ai€leve depuis votre enfance, A qui vous devez tout ce que vous eles el loul ce que vous pou- vez devenir encore. Si vous me desobeissez, mon- sieur, en quiltant la carriere que je vous ai Lracde, non seulement vous vous perdrez A jamais, mais encore vous uleererez un cur de mere. — Je vous l’ai dit, je rellechirai, et les eircon- slances, ou mes dispositions poslörieures me d&- termineront dans la voie que je suiyrai, quant ä ce service, qui vous tient lanl ä cur, ma lante, jene sais{rop pourquoi A vrai dire. — Comment! mais ne voyez-vous pas que votre avenir en d£pend, que votre jeunesse s’en va? dit- elle avec feu. Ici vous vous rouillerez davantage encore, el, dans votre oisivele, des idees errondes et extravagantes prendront encore plus d’empire sur vous. — Je ne vois pas, murmura Andre, en quoi mes idees peuvent vous parailre errondes ou extrava- gantes; jen ai meilleure opinion, moi. — Dans la capitale au moins, continua madame Helene, enlour& d’une sociel&e de choix, occupe d’un travail fixe, vous gagnerez une posilion stable dans le monde, et vos idees auront le temps de prendre une meilleure direction. — Je suis content de leur direction prösente, ri- posta Andre; et tel ne sera pas sans doute le but de mon voyage, ajoula-t-il de son air capable. — Dites ce que vous voulez, mon cher, je n’en lemeure inoneke‘ caril fat pensez E nels ra Ban\\ referina serassl pensa- lesir d parlic forme n’ale ö servira je dom ma lan indepei Waborı lourde que je moire pelle encofi sinter goisın dansı tanlı veut dire heau jeun: toure an r. Sinon, user, : quelque Nere, qui Qu vous vous Dou- Se, MOn- ai lracte, als, mais es CITCON- s me de- tant a ce nle, jene que votre ı va? dit- lavantage erronees dempire quoi mes exlrava- madame ‚ oecupe on stable temps de senle, Il- je Je but able. je nen a demeurerai pas moins dans mon opinion ci-dessus &nonc6e sur volre compte. A present je vous quitte, car il faut que je sorte pour faire quelques visiles; pensez et reflöchissez bien a mes eonseils, mater- nels vraiment. — Au revoir donc, chere tante, dit Andre; et il referma sur elle la porte de sa chambre, puis il serassit d’un air faigue.—Toujours meme histoire! pensa-t-il; toujours celie(emme est animee du desir de dominer tout ce qui l’entoure,, et moi en parliculier! Gela me lasse enfin! Il faut que je me forme au plus vite une vie ind&pendante, dont je n’aie A rendre compte a personne; mon de&part y servira. Et puis, unerevolution est imminente; alors je donnerai essor a mon ambition. En attendant, ma lante s’habituera a me voir Join d’elle, agissant independant de son influence; cela la chagrinera Wabord, puis elle s’y fera a la longue. Car enfin la lourde chaine de son affection me pese trop pour que je ne täche pas de m’en debarrasser; la me&- moire de ses soi-disant bienfaits qu'elle me rap- pelle si souvent, m’est devenue insupportable. Et encore si celle affeetion, ces bienfaits etaient de- sinteresses! Maisilsne servent de soulane qua l’&- goisme. Elle ne m’a fait du bien, elle ne m’a aide dans mes affaires, qu’afin d’avoir en moi un d’au- tant plus puissant instrument de sa volonte; elle veut ä present diriger ma carriere, afın d’entendre dire Ases connaissances que son neveu lui doit beaucoup; que par ses soins M. Andre est devenu un jeune homme tres distingue. Elle veut m’en- tourer de distinetions telles qwelles les entend, afın que l’eclat'en rejaillisse sur elle; je suis de- 12 - venu une espece d’occupation de son temps, un but de ses aclions, un interet dans sa vie. Gependant, je Yaimais bien autrefois, je l’adorais m&me: bien plus, je l’aime encore aujourd’hui. Mais il est im- possible que ce sentiment ne faiblisse pas de plus en plus, ne tende ä s’indifferentiser. Allaque, comme je le suis ä chaque instant par des reproches d'in- gralilude, loule ma reconnaissance ne peut ylenir. Ma deeision une fois'prise,, n’y pensons plus. Et il recommenca son travail, l’entremölant de lectures el de medilalions. — Toujours plus diffieile a mener! pensa ma- dame Helene en sortant de appartement de son neveu. Pourtant,, jusqu’ä present, je suis parvenue a le conduire tant bien que mal; j'espere que cela me reussira encore. Mais combien d’adresse ne dois-je pas meltre en jeu pour le faire ployer ä ma volonte! C'est pourlant pour son propre bien que je me donne cette peine, et il ne veul pas le recon- naitre. Voilä ce que c’est que l’ingratitude des en- fants, continua Helene en soupirant; Lravaillez pour eux, vous n’en recevrez en compensalion que peine et desagrement. Ce jour-la, a dix heures du soir, un peu plus töt que de coutume, Andre dit bonsoir A sa tanle et montla chez lui. A peine arrivg, il renvoya son do- mestique, il s’enferma, et quillant son elegant ha- billement, il en rev&tit un autre tout-ä-fait simple, recouverl d’un long manteau couleur de muraille,, dont il releva le collet jusqu'aux yeux. Ge costume le rendait meconnaissable. Puis il eteignit ses bon- gies, el A lätons descendit avec de grandes precau- lions par un autre escalier qui le mena dans la sour, De li personn®, muni quil une neglig quil rencı seanl de ı | tours, 3 de Ja ville puis, sr. troduisil yessorl,] [rise app dirent le de tele, et olscur, a porle que devisage 7 Jongue cl hommes debout,< Iomme d lile table Jupiers, &le, la apereue; cher lam: de la tabl Plus gene Altes per: Piesiden! ‚un but endant, Bi: Dien est im- plusen comme es din- Ylenir. Is. Et il leelures Sa Ma- de son ITVenue ıe cela sse ne rama en que reCON- \es en- vaillez on que Jus töl nle et ın do- nt ha- imple, raille, slume N hou- eCall- ans Ja 13 eour. De la il gagna la rue sans avoir Eid apercu par personne, ouvranl el refermant toutes les porles, muni qu'il etait de plusieurs clefs. Il allait avec une negligence aflectee, observant pourtant chacun qwil rencontrait, se relournant souvenl, chan- seanl de marche a chaque instant. Apres bien des detours, il arriva vers une rue qui aboulissait hors de la ville, il la traversa dans loute sa longueur; puis, sr de n’&tre observ& par personne, Andre siin- troduisil par une pelite porte basse, et pressant un ressort, il entra dans la cour d'une maison d’assez triste apparence. Un humme se lenait a eöle; ils se dirent le mot d’ordre convenu, echangeant un signe de tete, et Andr& s’enlonca dans un corridor a demi ohseur, aboutissant a un escalier, plus loin une porte que lui ouvrit un vieux homme, apres l’avoir devisage premierement. Il entra alors dans une Jongue chambre oü se trouvait deja une douzaine !hommes d’äges differents, les uns assis, d’aulres debout, quelques uns causant a voix basse. Un homme de einquante ans se lenait devant une pe- lite table sur laquelle se trouvaient Epars quelques papiers, lous chiflres; un jeune homme&tait A cöle, Ja plume a la main. L’entree d’Andre fut apercue: on l'altendait; plusieurs vinrent lui tou- cher la main. On s’assit, les chaises s’approcherent dela table du president, la conversation s'engagea plus generale, sans Eclats de voix neanmoins. Quel- ques personnes encore allendues entrerent, et Je president ouvrit la seance. Bit freie FSiüeffethe lot era cn.. Au sit les’ domina) de sang convich Mais au Le Cousin ministre. pas, cel chie n’c [uturn Before we sketch the present, let us cast N A few short glances to the past. role äl Son pi ne rel ui, eı Il faut que je vous dise quelques mols sur le Dois cousin-ministre, ou le ministre-cousin de madame| finnce Helene, puisquil en sera question maintes fois en-| Jespott core dans cette histoire. Vieillard presque octoge-| ibert naire, au moment dans lequel nous le prenons,| Charles comme chacun, il avait&t& jeune,, il avait eu les| Ahnge passions nobles et chaleureuses du jeune äge. Elles| nes ne passent, helas! que trop vite pour faire place joug, au desolant egoisme, a la froide raison. Ne de pa- Kignes renis riches, d’une famille fiere de ses reminis-| es es cences aristoeraliques, qui s’en allaient deja ımeme| forget alors; ayant recu une education soignee sinon bril- diila lante, soit A cause de la profusion de son frere aine,| Anencı soit A cause du nombre de ses freres et seurs, il Spind n’avait herit& que de peu de fortune, et le peu quiil||. don avait heritö, le jeu et les plaisirs l’engloutirent|]1,j. bientöt. Devore d’ambition, sa jeunesse, Sa pau-| jIse, vrets, lui permirent bien diffieilement de se faire| yon) jour dans des temps si inquiets, parmi les nom- tansı breux partis qui dechiraient sa malheureuse patrie.|{yj,, Ilse jetavigoureusement dans l'’opposition.—Qui ne inoffe, 1 REEERE EEE de it* En ni AE}! tuscast ls sur le e madame s foisen- e octoge- prenons, ait eu les ige. Elles re place Ne de pa- ; reminis- leja meme inon bril- 'rere aine, seurs, il ) peu quil ‚gloutirent , 5a pau- de se faire Jes nonl- use patrie: „Qune 15 sait les malheurs de l’anarchie? L’interet politique dominant partout, les liens de convenance, d’amilie, de sang, d’interet prive meme, faisant place a la convietion politique ou en empruntant la couleur. Mais aussi quelle energie d’action ne donne-t-elle pas, cette forte convietion! quel champ vastel’anar- chie n’ouvre-t-elle pas a toutes les ambilions? Le futur ministre Charles N. parvint ä jouer un certain role A la i&te d’un corps de troupes revolutionnaires. Son parli fut vaincu: combien de nobles tentatives ne r&ussissent pas! Ses troupes furent dispersces; lui, enleve et condamn& a la deportalion. Dois-je vous raconter les tourments, les souf- frances qu'il endura? Sa sant& en fut ruinde. Un despote plus humain ou plus politique lui donna la libert& ainsi qu’a beaucoup d’autres malheureux. Charles revint dans son pays; il le trouva bien change: sa longue caplivite l’avait, lui aussi, bien change. Ses compatriotes s’etaient faconnes au Joug; lui il s’etait modere dans ses opinions poli- tiques, soil par ses souffrances, car le malheur abat les esprils faibles, comme il aigrit les caracteres fiers et independants; soit par la clömence inesperde qu’il avait eprouvee. Son education primitive, Yin- fluence de son nom et de sa famille l’avait trop in- spire du desir banal de se distinguer, pour qu'il eüt le pouvoir et la volonte de rentrer tout-a-fait dans la vie privee. Gräce ä une seur mariee richement, ilse refit une fortune independante; gräce A ses nombreuses relations de famille, il fut le bienvenu dans une coterie aristocratiquement moderce, qui etait alors A l’ordre du jour. Gräce a la douceur inoffensive et ä l’insinuante distinetion de ses ma- 16 nieres, de son caraclere, il fut toler& par ses collc- gues et m&me choisi par eux pour les remplacer et soutenir leur eredit aupres du sullan. On oublie diffieillement son premier amour. Peut- eire Elait-ce com&ldie, mais Charles montra beau- coup de r&pugnance a occuper le poste de conliance pres du souverain, auquel linfluence de son parti Yavait eleve. Il se rappelait encore d’avoir combattu la cause qu'il devait servir maintenant; et puis de- ‚ait-il deserter le parti pour lequel il avait tant souffert? La persuasion, les prieres de sa famille (— tu nous seras ulile, sinon a la palrie,, Jui disait sas@ur), la crainlive modcralion de ses nouvelles conviclions poliliques, enfin la necessite de fer qui vous pousse en avant dans le chemin sur lequel vous eles entre une fois, joints a beaucoup de fai- blesse et a un peu d’ambilion, tout cela le deter- mina A quilter son pays natal pour s’etablir dans Yimmense capitale situde ä l’un des bords de l’em- pire. Peu d’anndes acheverent une seconde Lransfor- maltion dans le caraclere de Charles: d’enthou- siaste il&tait devenu degoüle; de degoüte il devint courlisan. Le scjour d’une grande ville, une con- trainte conlinuelle, l’exemple d’une basse servilite dans ceux qui entouraient le mailre, tout cela avec mille influences locales, r&agit insensiblement sur les nerfs impressionnables de Charles. Cette vie de gene involontäire el de courbelles gracieuses se changea pour lui en habitude et eflaca bientöt toule elincelle de l’ancien feu. Au commencement il s'e- tail tenu au plan de conduite adoucissante et Lol&- rante dont on&tait convenu dans la colerie a qui (havles| ainsi que parvenll| une cons oangem (emeurs| Charles (öme de avoir li dispara Quoi ulile aı agreabl rien, Il exislanl de puiss \ Inlrinse peu de ı mals on la bouti Charles dindill lisanesı 8a car) Klail po chain d Dresan pail uı sa fanı Pou) inlöres lempla: Savait °s colle- lacer et ". Peut- a beau- Nfance on parti ımbaltu puis de- ‚alt lant famille u disait ouvelles : fer qui ' Jequel de fal- > deler- ir dans e lem- ranslor- enthou- I devint ne coN- servilile ela avec ıenl sur te vie de uses Se (öttoule il se« et Lol&- je a qui 17 (Charles devait son elevalion; et par sa souplesse ainsi que par des circonstances favorables, il&lait parvenu& une augmentalion d’influence, meme A une consistance personnelle. Plus tard, avec le changemen! de souverain el ä cause de troubles in- (erieurs encore une fois renouveles, le parti auquel Charles tenait se dispersa de lui-m&me; toul sys- teme de moderalion et de juste-milieu ne pouvant avoir lieu que dans les epoques de transition, el disparaissant devant la brutalite du fait. Quoique Charles dans l'intervalle s’etait su rendre ulile au nouvel aulocrate comme il s’etait rendu agreable ä l’ancien,, pourtant, ne sappuyant sur rien, il devint signe representatif d’une chose non existanle, et plus il gagnail en marques extlerieures de puissance et de faveur, plus il perdait en valeur intrinseque, en signification polilique. Sentant son peu de eredit, il demanda maintes fois son conge; mais on tenait ä garder l’annonce tout en fermant la boutique, et on le pria de rester. En attendant, Charles avait vieilli, et une cerlaine philosophie d’indilference avait remplac& l’empressementl cour- lisanesque qui avait signal& le commencement de sa carriere ministerielle. Sentant sa nullite,, il s’y &tail pos&: A peine s’il lächait d’entretenir son pro- chain dans l’erreur de son eredit imaginaire. S’elant presque completement relire des affaires,, il stoceu- pait uniquement de proleger ses parents, d’elever sa famille. Pourtant ce vieillard etait curieux a&tudier,&lait interessant ä connaitre. Le c@ur se serrait en con- templant cette ruine humaine, surtout si on en savait le passe. Dans la suite, la conversation de 18 madame Helene nous fera connaitre des details in- teressants de la vie deson cousin le ministre, comme elle avait l’habitude de l’appeler. Maintenant, re- tournons a nos moulons. Lac: sa phys pele-me Iymnes si, Iroi ponssan generale Is con de sont on YvoYe sourire jarures Son ı Une zourer de tou amens plus€ Mam, alte Puis pl lleureı etails in- °, comme 1ant, re- 19 Entree dans le Monde. C’est amour, c’est amour, c’est lui seul, je le sens, La capitale pr&sentait alors un aspect curieux par sa physionomie, sur laquelle on voyait repandus pele-mele, folle seeurite, effroi profond&ment senti, hymnes de victoire a cöt& des cris de malheureux. Ici, froide indifförence; la, vaine pitie, barbarie re- poussante, aupres de charite pieuse. Une contrainte generale regnait dans toutes les soci6tes, dans toutes les conversations, et pourtant jamais plus de bals, de soirdes, d’amusements. On chuchotait ca et la, on voyait foule de visages conslern&s, grimacant un sourire d’approbation; mais, en revanche, force parures, force gräces, force beautes. Et voici la raison de tous ces contrastes: Une eonspiration venait d’etre decouverte; le gouvernement avait rempli les prisons de detenus de tout äge, de lout sexe et de tout etat. On en amenait de nouveaux chaque jour des provinces les plus eloignees; personne n’etait sür de son lende- main. Tout ce quw'il y avait de mieux dans le pays avait et6 arret&; une commission deja install&e de- puis plusieurs semaines, tourmenlait tous ces mal- heureux, repandant partout la terreur;; el quoique 20 la torture se disait abolie, on ne se genait pas sur le choix des moyens pour arracher des aveux. Les bruits les plus etranges et les plus horribles cireu- Jaient dans le publie sur les peines eruelles qu'on faisait subir aux detenus afın de leur faire dsclarer leurs complices. Les hommes du gouvernement se plaisaient a repandre la nouvelle que tout&tait de- couverl; qu’une sociele s’etait formee dans le but d’armer les proletaires contre les propridtaires, dans le dessein de reformer les bases du systeme social, de detruire toule propriete etablie, de mas- sacrer enfin lous les proprietaires. Il pouvait yavoir quelque peu de ırai dedans, mais ces exageralions pueriles Elaient&couldes avec ineredulite,, et le pu- blie paraissait mieux instruit que le gouvernement sur le but de cette conspiralion, On savait gen£erale- ment que ce que les agents du pouvoir croyaient avoir decouvert n’etait qu’un mince filet du vaste reseau qui couvrait non senlement tout le pays, mais encore presque loufe l’Europe, et que ce filet möme pouvait encore leur&chapper par la constance et la diseretion heroique des dötenus. Aussi chacun elait-il prepare A tout evönement, chacun prenait- il ses mesures en cas de detehtion, afin de ne com- promeltre personne, afin de ne se compromettre que le moins possible. Si le decouragement cause par la non-reussite&tait profond, une sourde agi- talion regnait pourtant dans toutes les ämes, une plainte amere&tait dans toutes les bouches, une secrele esperance se cachait dans tous les ceurs. C'est dans de pareilles circonstances qu’Andre arriva dans la capitale; il savait deja ou a peu pres les details des malheurs survenus ä la cause quwil ayail el convieli jeune I deeisif: yielorie yiste,| Andre ı ceux q {enus, ques€ moyen de cro Yaienl merigqt nes,( Immine avec Je. Ireuses I parlı {ismed ne se energ ses co] loul ce allaitp toles; [rouNa Delon en.sc AVec ı Mai Dtenpe ine n | pas sur euX, Les >S CITCH- es quon declarer ment se elait de- is le but ielaires, systeme de mas- il yavoir eralions et le pu- rnement enerale- royalent lu vasle e pays, > ce filet Inslance j chacun prenail- e cOM- omellre ıl cause vde agl- es, Une es, une CUTS. Andre ‚eu pres 1se quil a1 avait embrassce avec loule la chaleur d'une forte convielion; mais il ne se decourageait pas, le brave jeune homme. Le moment present lui paraissait deeisif: c'est lorsque le gouvernement se croyait viclorieux quil aurait fallu Yaltaquer A limpro- viste, laltaquer partout en meme temps. Mais Andre ne trouvait dans personne sa determination: ceux qui avaient le pouvoir d’agir&laient ou de- tenus, ou faibles et tiedes, ou eflrayes; les energi- ques et forts n’avaient pas de consideration ni de moyens, ou n’avaient pas de tele, ou n’avaient pas de eroyance en la cause, en les hommes. Tous n’a- vaienl pas d’union, seulement des esperances chi- meriques en des secours elrangers: secours ou&loi- gnes, ou vains, landis que le peril&tait proche, imminent.— Andre fit promptement connaissance avec les sommites de la ville, gräce a ses nom- breuses parenles, gräce a ses liaisons en province. Il parla a tous ceux dont la probite et le patrio- lisme etaient connus meme dans sa contree: ce fut une serie de chaleureuses d&clamalions, de sorlies energiques, de vaines imprecalions. Andre trouva ses convielions a l’unisson avec les conviclions de tout ce qu’il y avait de meilleur dans la ville. Cela allait parfaitement lant qu'il ne s'agissait que de pa- roles; mais lorsque Andre arlail W’agir, il ne trouvail alors personne de son avis. Chaque jour il relournait plus decourage chez lui; chaque jour il en„sorlailt plus anime que la veille, et toujours avec un nouvel espoir. Mais est-il possible d’&tre longtemps et toujours ocenp& d’une meme pensce, d’agir longtemps dans une meme intention? Les influences exlerieures er ® R. & g k 22 N font partout impression sur notre maniere de penser, de parler et d’agir,, malgr&e que nous en ayons. Car est-il possible de parler toujours haine et vengeance, surlout lorsqu’on s’adresse a de belles femmes, au regard desquelles on n’a qu’a- mour dans la bouche? Du commencement Andre ne se metlait que d'une maniere foreee au ton usuel d’une conversation de salon, si nulle et insigni- fiante& l’ordinaire. Il recherchait avec soin les reunions inlimes, y revenant continuellement etä tout propos ä ses idees habituelles, a ses discours de predileetion. On aimait a l’entendre parler hu- manite, al’entendre tonner contre les rois loujours despotes el tyrans; ses sarcasmes contre les aristo- crales, contre le servilisme et mulisme de paroles, d’opinions, plaisaient par la chaleur qu'il y mettait et par son soin de loujours&viter des personnalites blessantes. La froideur polie, mais trop glaciale, dont ilse presentail a l’ordinaire au premier abord, contrastait d'une maniere piquanle avec sa verve, son@loquence animee, quand une fois il se meltait en train de parler. Sa mise toujours simple, son langage sans recherche, son peu de pretention A se meltre en avant, A faire briller son esprit ou ses connaissances, le faisaient tolerer par tout le monde et partout. Plus goüle dans une societe d’elite ou dans un tele-a-löte que dans un cerele nombreux, ceux qui lapprochaient de plus pres savaient l’ap- precier davantage. Bientöt Andre, bien vu et aime partout, commenca a se repandre de plus en plus dans ce qu’on appelle le beau monde, et peu a peu il modifia le genre de sa conversalion, en abandon- nant les sujets poliliques, ne voulant pas prostituer ses coNV Jalitlera timent, lieux CO oiseuses peu det enlieren t-il pow train do lissa p: voualt| tande; füre se Irompa elaitelo direz-vo tions du daclion MOUSSer Sances 7 sueceg ı ment\ Dragelı; compar: Vinfluen quelle; vie post —Jene navez Andı Maison Tenvir, Mais hir aniere(de nous en urs haine Sse a de wa quwa- Andre ne ton usuel { insigni- les ment etä 5 discours jarler hu- ; Loujours es aristo- > paroles, y meltait onnaliles glaciale, er abord, sa Verve, se mellait nple, son nlıon a se it ou ses Je monde l’elite ou ymbreux, jent lap- u el aime sen plus wäpeu il „bandon- rostiluer 23 ses convictions a tout venant. I] se jeta plutöt sur la litterature, le theätre, l’art, les voyages, le sen- timent, les personnes m&me, enfin sur tous ces lieux communs qui alimentent les conversations oiseuses des grandes comme des petites villes. En peu de temps, Andre, s’il ne perdit point de vue entierement le but de sa presence ici, s’en&loigna- t-il pour le moins ostensiblement de beaucoup. Le train dont il vivait alors servit a l’Etourdir et ne lui laissa pas beaucoup de moments de reflexion. Il s’a- vouait pourtant a part lui sa corruplion momen- tanece; mais, dans son orgueil, il croyait pouvoir faire servir sa vie presente a son but futur. Il ne se trompait peut-Etre pas entierement, mais l’espoir etait eloigne et le danger present.—Quel danger?me direz-vous.— Le danger de perdre par les seduc- tions du monde sa vigueur primilive, son Energie daction, son feu de conviction; le danger d’e- mousser ses forces vilales par les vaines jouis- sances mondaines, de gonfler son äme du vide des succes du monde. Nous verrons par la suite com- ment Andre mena sa frele nacelle sur cette mer orageuse, remplie d’ecueils, pour me servir d’une comparaison juste quoique rebattue; nous verrons linfluence qu'eut cette espece d’ivresse, dans la- quelle il vecut pendant un certain temps, sur sa vie post£rieure, sur son caraclere et sur ses actions. —Je ne vois pas d’ivresse, dites-vous; c’est que vous n'avez pas vu l’enchanteresse encore. Andre frequentait bien souvent entre autres la maison de sa cousinemadame Sophie, une personne d’environ vingt-cing ans, pas precisement belle, mais bien jolie, bien gracieuse surtout. Il en avait 24 el& recu avec empressement, comme proche parent et ancienne connaissance. Sopbie plut beaucoup A Andre; son genre d'esprit, sa finesse, sa gräce, sa bienveillance pour tous et pour lui en partieulier, tout cela l’enchanta en elle. Andre n’avait jamais et& amonreux dans la significalion qu’on convient d’attacher A ce mot: il availt desire beaucoup de femmes, il en avait possede beaucoup; il avait jowi completement du plaisir des sens, mais Jamais il n’etait alle jusqu’au sentiment, regardant comme temps perdu ce temps qu'on passe a S'amouracher, a se desamouracher. Son adolescence avait et& res ocenpee; plus lard il n’avait eu de m&me que les nuits de Jibres: aussi les employait-il. Tout en aıl- meltant la possibilit@ de l’amour passionne, ideal, comme il admettait toute possibilit@, Andre meltait pourtant beaucoup de sceptlicisme dans les phrases qwil luiarrivait de faire sur!’amour.Il vit, il connut Sophie, et apres avoir amplement joui du charme de sa societe,, de sa conversalion, il se demanda s'ilen elait amoureux. Il erut que oui, ilerut que non; il voulut vainere sa passion, il voulut s’y livrer; il la nia, il sten moqua; il se moqua de Sophie, se moqua de lui-m&me. Andre&tait ha- bitue A la reflexion; il etait surtout habitue a se vendre comple de chaque mouvement de son caur. Pour la premiere fois il lui fut impossible de se de- eider sur l'opinion qu'il devait avoir de son senti- ment pour Sophie; peut-Eire encore par un reste d'orzueil, il ne voulait pas s’avouer vainen. Elle, prösente ou absente, il ne faisait que penser ä elle, e’ölait done de l’amour; mais il ne la desirait pas, c'&tait done de Y'amilie. Il voyait tous ses defauts, (ous SeS peu{rop done de fait done se dil-il prit lad S'elan Asa sim sine, ol de depil la bellı salue ı qui pol anpres menga Iui lane Sadress mpillon avides donces deyanı' telle a (une ı erever, lei vier Teerier des Ma pre! lon,e celaaı devant Junes liquanı 1 'he Parenı AUCONp ü gräce, sa rlieulier, il jamais convien! eoup de avalt Joui Jamais il Il comme ouracher, it etö(res je que les ut en al- ne, ideal, re meltail s phrases ‚ıl connul ı charme demanık | erut que yonlut sy moqua de elait ha- hitue a se son cur, dese de- son senli- un resle nen. Elle, ser ä elle, jrait PaSı s defauls, 2 (ous ses travers, tous ses ridicules; il la savait un peu trop maigre pour&tre belle par exemple. C’etait done de l’amitie? Mais il l’aimait tant et tant! Q’&- tait donc de l’amour? Qui, de l’amour, de l’amour, se dit-il;te voilä amoureux enfin, ou deja. Et il prit la determination de se declarer. S’etant habille avec soin, sans deroger pourtant asa simplieite habituelle, Andre alla chez sa cou- sine, ot il(rouva du monde. Il se mordit les levres de depit; l’occasion&tait facheuse pour un amoroso: la belle n’etait pas seule. Apres avoir froidement salue de loin Ja maıtresse de maison, a cause de qui pourtant il etait venu, par depit il alla s’asseoir aupres d’une naive jeune fille, avec laquelle il com- menca un dialogue presse, lui disant force fadaises, lui lancant d’ardents coups d’eil, qui auraient dü sadresser a madame Sophie. Aupres de celle-ei papillonnaient toujours deux ou Lrois jeunes gens, avides d’attraper quelques regards, quelques douces paroles, pour s’en faire valoir le lendemain devant leurs convives de dejeuner:— Madame une telle a&t& bien belle hier soir; elle m’a regarde d'une maniere!... que M. chose en a&t& jaloux& erever. Et moi je lui ai r&pondu dedaigneusenent... lei vient une platitude. Les autres alors de se reerier:— Vous lui avez dit cela? et puis des oh! et des mais.— Sophie, toujours bonne et indulgente, se pr&tait a leurs plaisanleries, se meltait ä leur ton, et sS'amusait d’eux tout en les amusant. Tout cela augmenta l’humeur d’Andre, et il commenca devant sa voisine a se moquer amerement des jeunes gens qui se lenaient aupres de Sophie, cri- tiquant leur mise exageree, leurs manieres even- 1. 2 26 3 tees, leurs voixX suflisantes. La coquetterie de la & dame du lieu ne fut pas non plus epargnee. Tout mpen © en riant, la naive jeune fille remarqua qu’elle ne empres‘ g l'aurait pas eru si m&chant.—Et moi, je ne vous ai pa, & pas eru si severe.— On n’est pas plus bete! s’ceria- ordiale $ t-il ä part lui. Puis, voyant que la maman de la eompln & demoiselle les observait de loin avec complaisance, hie, 1 & cela le fächa, et les nausdes du mariage lui mon- AN 8 tant a la tete, il se leva brusquement, et s’clant Anelle ra accost& d’un gros monsieur, il noua avec lui une seen! # longue discussion en matiere de finances. Allant et u reg venant de la sorte, comme il apercut une chaise= vide aupres de Sophie, a qui les adorateurs obliges je ero J’une femme& la mode avaient donne un instant|!enee de repit, Andre s’en empara, disant une de ces wi banalites d’usage employces pour entrer en conver- A sation, comme: Charme de vous voir...—Ilyalong-|"1 temps que je mai el...— Remereiant le sort du m bonheur...— Enfin, je puis vous approcher, ma-—) dame.—R _Ah! monsieur Andre, dit Sophie, qu'est-ce qui ande m’a privee pendant si longtemps du plaisir de vous 4 voir? yons, _—_ Jai&t& fort occup& dernierement, et voila ce Dreoee qui vous a privee, madame, du plaisir de me voir, ll si plaisir ya. Alemne — En: pouvez-vous douter? dit Ja douce Sophie,\e na souriant legerement. Mais ä propos, mon mari—] vient de retourner aujourd’hui de sa campagne; Vous permetlez que je vous le presente. se ma _. Je serai charm& de faire sa connaissance,—( — Jules! dit Sophie en@levant un peu la voix. ad. Un homme de haute stature, äge de trente-eing ans,—( el qui. \ erie de Ja nee, Tout qwelle ne ne vous ai e! S’eeria- ıan de Ja Naisance, lui mon- et s’etant 6 lui une ‚Allant et ne chaise rs obliges m instant ne de ces n conver- yalong- e sort du her, ma- >st-0e qui ir. de vous tvoila ce me vol, » Soplue, yon mari ımpagne; ante, 1 la volX, eind ans, 5) 21 un peu chauve, ä traits prononces, s’approcha avec empressement.— Monsieur Andr& Audonne, notre cousin,, dit Sophie. Ils se saluerent, se toucherent vordialement la main et&changerent quelques compliments; puis Andre se rassit aupres de So- phie, renouant la conversation interrompue. — Ne trouvez-vous, madame, que mademoiselle Anette est bien belle aujourd’hui? dit-il malicieu- sement, afın de dire quelque chose; et il montrait du regard la naive jeune fille. — Mais pas plus aujourd’hui quä l’ordinaire, je erois, repondit Sophie avec un sourire d’indul- gence. Puis-je vous demander, continua-t-elle, A propos de quoi vous me faites cetle question? — A propos de beaute, ce me semble; n’en par- lions-nous pas tout-a-l'heure? — Vous£tes distrait ce soir, dit-elle. — Distrait, non; preoccupe, oui. — Et de quoi pr&occupe? peut-on vous le de- mander? — Faut-il vous le dire, madame? Etre aupres de vous, m’est-ce pas une raison sulfisante pour&tre preoccupe? de vos charmes, ajouta-t-il en riant. — Ou de ceux de mademoiselle Annette, riposta gaiement Sophie.—Une courte pause.—Qu’y a-t-il de nouveau? demanda-t-elle vaguement. — Mais rien de nouveau, ä peu de chose pres. Vous savez, sans doute, que mademoiselle de... se marie? — Cette petite laide? dit Sophie. — Cette grande laide, ajouta Andre. — Cette grande et petite laide, continua Sopkie; et qui Epouse-t-elle? 28 — Mais le beau, le riche, le savant, l’aimable Eugene. — Alı! fit Sophie. — Ce n'est pas un premier exemple, poursuivil lautre, d'un mariage entre un homme beau et un« femme laide, un homme riche et une femme pauvre, un homme jeune, aimable, et une femme revöche et pas de premiere jeunesse. — Eneore la fille, passe, reprit Sophie; mais la mere, ah! une veritable megere; comme elle traite son panvre mari, qui, cerles, n’a pas invente la poudre! Elle a ei& belle jadis; mais ces temps sont passes depuis longtemps, et il est bien ridieule ä son äge de conserver encore des pretenlions. — C'est un travers fort habituel et{res excusable dans le beau sexe, remarqua Andr&, puisqu’il pro- vient du desir de plaire. — Lorsqne je demeurai ä..., conlinua Sophie sans prendre garde a l’epigramme, jeus souvent occasion de la voir, elle et son mari; e'&tait bien autre chose qu’a present. Figurez-vous une serie de brouilleries el de raccommodements: lui n’&lait pas encore faconne au joug; il voulait parfois le rompre, et alors c’etaient des scönes! Ils ne se voyaienlpas pendant quelques jours; mais le pauvre homme, au desespoir, s’en venait bienlöt ä genoux implorer le pardon de sa fenıme, et elle lui faisail subir des traitements indignes; enfin des horreurs! Et puis, figurez-vous, cet homme adore sa femme el se dit tres heureux. — Oh!femmes! femmes! soupira Andre, sur un ton comiquement tragique, que ne failes-vous pas de nous, pauyres Iumains! Mais, continua-L-il, que Jiles-V0) aletran In beau quelois elle sav jersoni mellre soeelä sa con Toujoı Jleureu fi ılus qu nt le —N tonvers jeuneh Bä| apres nois A “ürerez (e lem LV rais he Invilal —( Jrie, 1 Missa joula- Andı Vaimable Poursuvit au et une IE pauıvre, 1e Teräche e; mais hı elle traite invenle la emps sont ridieule A ons. exeusable ‚qwil pro- ua Sophie s souvent &tait bien une serie ni n’elail parlois le Ils nese ‚le pauvre a genuuX {ui faisait horreurs! sa femme je, sur un vous pa5 1-1], que 29 dites-vous de la seur du mari? une femme d’esprit, n’est-ce pas? — Vous trouvez? dit Sophie. — Je l’ai connue un peu lors de mon s&jour al’etranger; sa conversalion avait du piquant. Ayant lu beaucoup, elle retenait beaucoup et parlait quel- quefois comme un livre. Ayant assez vu le monde, elle savait raconter des details fort curieux sur les personnes et les choses, sans nommer ni compro- mettre nullement. Depuis, je l’ai trouvee fort chan- geeelason desavanlage; ellea[urieusement vieilli, sa conversalion est devenue pesante, elle s’endort. Toujours douloureuse, souffrante, et puis ce mal- heureux sentiment qu’elle mele partout! — Cela ne lui va guere, remarqua Sophie, pas plus qu’a son grand homme de mari qui fait pour- tant le joli ceur. — Nous voilä tombes sur un chapitre fertile de conversation: medisance du prochain, reprit le jeune homme avec un trisle sourire. — Joubliais de vous dire, mon cousin, dit Sophie apres une pause, que nous allons passer quelques mois a la campagne, mon mari et moi. Nous pro- curerez-vous l'’agrement de votre socicte pendant ce temps? — Vous pouvez croire, madame, combien je se- rais heureux de pouvoir me rendre a votre aimable invitalion, et je ferai tout mon possible... — Oh! pas d’excuse ni de demi-promesses, je vous prie, interrompit Sophie; je compte sur vous, Et puis sans cela, je m’ennuierai trop a la campagne, ajouta-t-elle naivement. Andre promena ses regards signilicatils sur le Mae has 4 30 £ 5 x E ER TU mari de Sophie, comme s’il voulait lui dire qu'elle avait quelqu’un pour lui tenir compagnie; puis il ajouta:— Charme d’etre capable, madame, de contribuer en quelque chose a votre amusement; et certes, s’il m’elait possible, je courrais au bout du monde quand m&me, pour pouvoir jouir de votre conversation,, de volre societe. Mais des allaires pnesenet alle. And ı promi empress desirer( Jui-men pressantes m’obligent de m’absenter... ı Ye — Ce sont des faux-[uyanls, monsieur; el si vous Pe ne venez pas, je croirai que vous ne nous aimez AN hais , dit Sophie. BR. — Des alfaires pressantes, continua Andr&, m’o- Hi bligentä m’absenter pour un mois; mais, amonre-| tour, je me ferai un plaisir, un devoir, madame, de je vous presenter mes respects. El quant ane pas vous Yen ainıer, vousayanlconnue, est-ce possible de ne point ee vous adorer? surtout lorsqu’on est impressionnable kn e comme moi, prenant feu a la moindre&lincelle, En quand elle part surtout de deux yeux si beaux! Et il ra| parlait d’une voix anim6e sur un ton moitie serieux,(be S moitie railleur. elle 7 — Vous tombez dans l'idylle, lui dit Sophie en ie, ir ä- A: SIT ses. — Aussi faut-il m’enfuir pour ne pas m’y em- Ar bourber completement,r&pliqua Andre.—Lä-dessus Dot al il se leva el salua sa cousine, sans me&me lui baiser isn la main. En sortant il vit la naive jeune fille et sa ik maman qui sorlaient aussi. 1] aida ces dames a mettre leurs manleaux; glissa quelques douces pa- roles a la demoiselle en lui donnant le bras pour son esp Peut-&1 i ton dil la mettre dans sa voilure, et recut de Ja maman un eirar 2 er x) k 5 lange reproche amical de ce qu'il ne frequentait pas sa Mantil anlıle maison, qui se trouverait toujours honoree par la Mel elle , re quelle ie; puis il dame,, de sement; et s au bont ir de votre es allaires ‚elsi vous oUs Aimez ndre, m’o- a mon re- 'adame, de je Pas vous le ne point ssionnable elincelle, aux! Btil \6.serieux, Sophie en my em- La-dessus Jui baiser fille et sa ; James& Jouces Pa- hras pour maman un ait.pas 5a ree pal' Ja 31 prösence d'un jeune homme si distingue, ajouta-t- elle. Andr& se confondit en excuses et protestalions; il promit formellement ä madame de se rendre avec empressement ä l’honneur quelle lui faisait de le desirer chez elle, et en m&me temps il se promit ä lui-m&me de n’y pas mettre le pied. — Est-il gentil le petit! dit Ja maman, lorsque la voiture roula. Ne trouvez-vous pas, Annette? — Mais oui, maman, repliqua la naive jeune fille en baissant ses beaux yeux bleus. — Il aura bien einquante mille francs de rente, et le double lorsque sa tante mourra, conlinua la maman, comme en se parlant a elle-m&me. Lorsque Andre fut dans la rue, il se frappa le front de la main, en se rappelant la determination avec laquelle il&tait all& chez Sophie; determina- tion dont il n’apercevait maintenant que le ridı- eule. On voit, pensa-t-il, que je ne Yaime guere d’a- mour; car ce n’estni par timidite ni faute d’occasion que je ne lui ai pas fait mon dröle d’aveu. Devant elle, jouissant de sa presence, je n’y pensais plus; car au lieu de medire d’autrui, au lieu de plaisanter sur ses beaux yeux, j'aurais pu lui parler serieuse- ment sur ce que je ressentais ou croyais ressenlir pour elle. A une femme d’esprit on fait souvent la cour presque sans le vouloir, on croit&ire amou- reux d’une femme aimable, et ä l’ordinaire d’est de son esprit, de son amabilite qu’on est amoureux. Peut-&tre cela seul fait-il le veritable amour? Ques- tion diffieile a resoudre,’homme 6tant un Eire si etrange, si multiforme.— Et il se perdait dans une quantit& de reflexions generales. Sophie est co- quette, toutes les femmes le sont; le desir de plaire Ä # 32 est comme involonlairement invelöre A toul le sexe, peul-Etre aux deux sexes egalement. Sophie plait ä tout le monde, tout le monde en parle avec admi- ration; elle me plait, comme elle plait aux autres. Elfectivement je ne trouve pas de grande diffe- rence entre ses proc&des pour moi et ceux qu’elle a pour lous, Remarquez qu’un amant voudrait presque tou- Jours que sa mailresse fül grossiere pour tout le monde, polie pour lui seul. Peut-Ötre, du reste, conlinuait notre heros, ma froideur, ma retenue l’engage a me faire plus d’a- vances;j aiencore pour ellel’appät de la nouveaule. Il en revenait a sa premiere idde, que les femmes sont coquelles. Puis vint une serie derellexions sur les femmes en general, sur Sophie en particulier, que j’Epargnerai iei au lecteur; car qui n’a pas fait plus d’une fois dans la vie ses rellexions sur les femmes, surtout&lant ou se eroyantl amoureux?La voiture s'arrela, et Andre, en monlant a son ap- parlement, resuma par cette phrase les idees que lui avail suggerces sa visite chez Sophie: Bah! si je ne la vois pas pendant quinze jours, je Voublierai. Et il prit la sage determination de quitter la ville, d’autant plus que les soins de sa fortune exigeaient sa presence en plusieurs lieux Jdiflereuts. Lorsque, le lendemain, le mari de Sophie arriva ehez Andre, il ne le trouva plus: le jeune homme etail parli le m&öme jour des le malin. IN öle tanle tineli Heleı par| espe ralıl fainı legı obei peut touj sun disa hon Ötr so lioı Anı don ot le sexe, Phie plait a avec admi- AUX aılres, ande dife- eux quelle 'esque(ou- pur lout Je ° h6ros, ma e plus d’a- nouveaule, les femmes [lexions sur Jarlieulier, na pas hait ns sur les yureux? La La son ap- 5 idees que inze jour, iinalion de soins de st jeurs heuy phie army une home Reprise. — Ah! c’est la plus digne femme... — Un peu capricieuse, n’est-ce pas? Pendant son sejour dans la capitale, Andre avait &l& plusieurs fois chez le ministre cousin de sa tante, qui l’avait toujours recu avec bont& et dis- tinclion, et qui, sur larecommandalion de madame Helene, lui avait oflert achoix plusieurs emplois, par le moyen desquels Andre aurait pu faire une espece de carriere sinon brillante, du moins hono- rable. C’est-a-dire honorable autant qu’on en peut faire une sous un gouvernement despotique, sous lequel, pour se pousser un brin, il faut protection, obeissance aveugle, fidelite A des principes qu’on ne peut partager:: bassesse et soumission. Andre avait toujours esquive les offres du ministre, s'’excusant sur ses affaires, qui demandaient tout son temps, disait-il. Ce dernier, voyant la r&pugnance du jeune homme, en devinant le motif,’approuvant peut- &tre, prononca quelques phrases sur la necessild de s’oceuper, de se rendre ulile, de se faire une posi- tion sociale, et puis il cessa d’en parler; etlorsque Andre vint le saluer avant de partir, le ministre lui donna une lettre pour sa cousine, dans laquelle il 2. 34 lui faisait part de ses offres infruetueuses aupres du neveu, l’engageant A temporiser avec le bouil- lant jeune homme, si elle voulait le ramener a ses intentlions. Il finissait sa lettre en lui disant que: « cela irait mieux une autre fois.» Depuis qu'il avait quite la maison de sa lante, Andre avait entretenu avec elle une correspondance suivie. Il ui avait deerit dans de longues leltres remplies d’une causerie animee et piquante, son de- but dans la capitale, Ja maniere dont il avait&te recu par ses parents; il lui avait raconte tout ce monde qu'il voyait, dessinant le croquisde chacune des figures bizarres, futiles ou remarquables, dont il avait eu l’occasion de s’approcher ä bout portant. Mais, dans ses lettres, il s’&tait bien garde de faire menlion de la marotte de sa tante ‚de son place- ment projel& dans la capitale. En revanche, celles de madame Helene n’etaient remplies que de cela. Nous connaissons dejä le caractere atrabilaire de la dame: habitude toute sa vie A dominer son entou- rage, car elle avait domine sa seur et son mari, et le mari de sa sur; habitude A exercer tout pouveir sur les enfants de celle-ei(Andre et Felix) pendant ieur enfance,, vous pouvez vous imaginer facilement combien il devait lui&tre penible de voir ce jeune homme quelle avait connu si petit, dont elle avait Jdirige l’educalion, ‚de le voir maintenant se sous- traire ason influence; toul en conservant les egards qwil trouvait devoir Asa tante, ne pas suivre ses ordres, enveloppes du nom de conseils, que tant quw'ils se renconlraient avec sa maniere de voir, et onfin detruire, selon elle, son avenir pour de folles visions qui ne le meneraient A rien d’eleve! Dun autre eÖ inuellen {öre Ira Helene,| bien sa etait int le grand sonnes, qui ava Lew parls R reprocl presqu Madamı pour mm: ven: d imprec: Taclere riolent pressio ment Toujo etlen sans cı UN, cı frere d ans;( A son ceder se sol empie Andre exerce Apres e bonil- ET A seg aut que. U lante, Ndance leltres son de- Yait efe tout ce hacune s, dont orlant. le faire place- ‚ celles [e cela. e.de la ENtOU- Jarı, et ouveir ndant emenk jeune SOUS- sgards re SeB ir, et olles Dun 35 autre cöte, celte lutte domestique qu’il avait con- tinuellement ä soutenir repugnait fort au carao- tere france d’Andre, Yaigrissait contre madame Helene, lui en faisait fuir la maison, quoiqu'il aimät bien sa conversation, qui dans ses bons moments &tait interessante: elle qui avait Loujours vecu dans legrand monde, qui avait connu une foule de per- sonnes, qui avait'traverse lant d’epoques curieuses, qui avait tant de« j’ai vu» Araconter. Le mecontentement mutuel augmentait des deux parts: Andre, impatiente par les jeremiades et les reproches de sa lanle, en etait venujusqwa la hair presque, lui qui l’avait tant aimee, tant respeclee. Madame Helene meltait tous les moyens en@uvre pour maintenir son ancienne influence sur son ne- veu: douceur, caresses, de m&me que plainte et impröcation; mais tout cela Echouait contre le ca- racıöre de fer du jeune homme. Des scenes bien violentes s’&taient repelees maintes fois, dont l’im- pression restait dans les c@urs, quoique le mouve- ment de colere qui les avait provoquees füt passe. Toujours plus de froideur se glissait entre la Lante et le neveu, car les causes d’altercation revenaient sans cesse. Une pierre d’achoppement de plus entre eux, c’etait la direction de l’&ducation du plus jeune frere d’Andre, Felix, petulantadolescent de quinze ans; direction qui appartenait de droit ä son alne, a son tuteur, mais que celui-ci se trouva oblige de cöder Asa tante, soit par&gard pour elle, soit pour se soustraire d’autre parl ä ses attaques et a ses empietements sur lui-meme ou sur sa fortune. Andre haissait loute domination, ne pretendait en exercer sur personne, et, selon lui, l’educalion ne- De Ni SIE ZZ x BR RR Fi FR!“ on Pregen 36 galive, que Rousseau exagere peut-£tre au-dela du possible et du raisonnable,&tait la seule conve- nable, surtout lorsqu'il s’agissait d’un grand garcon comme l'etait son frere. De bons conseils, de bons exemples, dire ce qu'il faut&viter, ce qu'il faut chercher; montrer l’utilite, Vagr&ment de l’&tude, ne pas lui laisser ni l’envie ni les moyens de mal faire; reveiller la reflexion et lesentiment, exercer une surveillance aclive, mais deloin; avec cela une bonne soeiele a fröquenler toujours, voila a quoi Jevaient se borner. selon lui, les soins qu’on pren- drait de Felix. Du reste laisser quelque latitude ä experience personnelle, qui toujours sera le meil- leur guide de l’enfant, comme de l’homme; per- meltre au Jeune homme de s’elever par lui-m&me, comme Jui Andre s’elait eleve par lui-m&me aussi. L’oppose de cela&lait l’&ducation que madame Helene pretendait donnerä son Benjamin, afin d’e- viter, disait-elle, qu'il ne devint un independant, comme l'etait deja son frere: il lui fallait une rigide surveillance, peu de libert&, beaueoup de severile, enfin tout ce qui relient le ressort de la jeunesse, tout ce qui Ja comprime el l’arrte par force dans l’renfance. Habituce aux maurs des temps passes, voulant libre champ a son amour de la domina- tion, elle ne pouvait se faire aux prineipes demo- eraliques de l’epoque; elle combattait a oulrance les germes de reforme que le siecle avait introduits dans l’&ducalion comme partout. Felix avec son ca- raclere ardent, mais faible et ind&eis, avec son es- prit ouvert a lous les venls, avec son äme prele a recevoir toule impression qu’on voulait bien lui donner, mais sur laquelle, comme sur la surface line gl Jotlanl sant lo pressio! Enlin ja deter meler d madam dit, jamais femme Jurele qwelle el com une all aimant rellem« ni Felix d welal lait sı senlai ment et Hel elle pt aural ennen nous au-delä du ıle conYe- nd garcon , de bans quwil faul le’&tude, ens de mal nt, exercer 6 cela une Aa quoi won pren- Jalitude ra le meil- me; per- Jui-meme, eme aussl, ie madame , alın d’e- ependant, une rigide le severile, | Jeunesse, force dans 35 Passts, a domina- jes demo- a oulrance ‚inlroduils ‚ec son Cd- ec son 65” ne prele A it bien Ju Ja surface 31 d'une glace, une image efacail l’aulre, Felix restait flottant entre ces deux puissantesinfluences, subis- sant tour A tour l’une oul’autre, selon la force de la pression, Enfin Andre, imporlune par sa lanle, avait pris la determination, non sans douleur, de ne plus se meler de l’&ducation deson frere, en laissant le soin a madame Helene, quoiqu’il füt bien persuad&,luiavait- il dit, quelle perdrait ce jeune homme et n’en ferail jamais rien. Cette duret& frappa au ceur la pauvre femme; mais deja elle en avait tant entendu, de Juretes. Elle aimait beaucoup Felix, c’etait lui seul qwelle aimait; il avail passe son enfance chez elle, et comme son caractere ployant se pretait plus a une alfeclion telle qu’Helene pouvait en ressenÜr, aimant uniquement pour dominer, elle avait nalu- rellement rassembl& Lous ses senliments sur Felix. Il Ini fallait un but, une oceupation dans la vie: Felix devint le but, l’oceupation de sa vie. Andre n’&lait,ävrai dire, qu’un instrument dont elle vou- lait se servir pour le bonheur du cadel, et Andre sentait cela. Mais aussi Helene n’elait qu’un instru- ment pour Andre, instrument bien use a la verile, et Helene le sentait aussi; elle lui avait Ele utile, elle pouvait le lui&tre encore. Et puis une ruplure aurait trop cause de scandale, aurait trop rejoui les ennemis d’Andre. — Andre avait-il des ennemis?—(est ce que nous verrons plus loin. L’Un pour l’Autre. Shut, shut the door, good John, fatigued I said, Tie up the kuocker, say I’m sick, I’m dead, Representez-vous madame Sophie assise, dans un neglige elegant aupres d’un ouvrage de tapisse- rie. Le bruit d’une voiture se fit entendre, elle se leva preeipitamment et courut ä la fenötre.— Ce n'est pas Jui! pensa-t-elle. Elle sonna partout, afin d’apprendre qui venail d’arriver. —(uelqu’un que je ne connais pas a demande monsieur, dit le domestique.—Une demi- heure apres, lemari de Sophie entra chez elle accompagn& d’un grand jeune homme a figure melancoliquement pretentieuse. — Je vous pr&sente mon meilleur ami, Leopold de..., dit Jules avec chaleur. Sophie le regarda tout elonnee de cette chaude recommandation, et elle sinclina en disant:: — Charmee de connaitre le meilleur ami de mon mari.— On s’assit. Leopold dirigea bientöt la con- versalion sur son sejour dans la capitale, et ilen parla longtemps. — Vous n’avez jamais&t& a... madame? — Jmai yail pourli —Ah!n (tel aspect Jine exorbi gciele cho ysont ador Ükgance; u.choix d lies! Made Madame F nonde.— — Nons tapitale, d —(ui, et ilreprit — On le jour haire ı — Sais- Üressant} — SW —Jey de.,; 10, \ menerio —Tı: Jasquiici, —Tul — Pi\ etrangeı — Dia rable pro Iules? - Mai: zued I said, n dead, €, dans tapisse- ‚ elle se re.— ee ut, alın \emande i-heure ompagne juemenl Leopold ırda tout ‚et elle i de mon (Ja con- ‚etilen 39 — Jamais, monsieur, repondit Sophie; elle y avait pourtant Eie. — Ah! mon Dieu, la belle ville! continua-t-il. Quel aspect imposant, quelle foule populeuse! Un luxe exorbitant, des palais magnifiques! Et puis une sociele choisie, Ja creme des societes: les femmes ysont adorables, quellebeaute! quelle gräce! quelle elegance; ah! quelle elegance. Et le theätre done, un choix de pieces admirables ‚des aclrices adora- bles!-Mademoiselle 8..., quel jeu, quelle expression! Madame F... dans Sacontala enthousiasme tout le monde.—Ici il fitune pause afin de respirer. — Monsieur a&l& pour la premiere fois dans la capitale, dit doucement Sophie. — Qui, pour la premiere fois, repondit Leopold; et il reprit'son air me&lancolique. — On le voit, pensa Sophie. Elle se leva et sortit pour faire quelques disposilions de menage. — Sais-lu ä quoi je pense? dit Leopold en s’a- dressant ä son ami, lorsqu’ils furent seuls. — Situmele dis, je le saurai, r&pliqua celui-ci. — Je pense que tu ferais bien de venir letablir d...; moi, je serai.de la partie. Quelle vie d’or nous y menerions! — Tu sais que mes affaires m’en ont empeche jusqu'ici, et d’ailleurs ma femme... — Tu la prendrais avec, s’entend. — Et puis, nous avons forme le projet d’aller a letranger cet’et£. — Dialler A l’eiranger! s’eeria Leopold; admi- rable projet. Vous m’en meltrez, j'espere, monsieur ‚ Jules? .— Mais avec plaisir. 40 — Si cela arrange volre femme, toulefois, dit l'autreen se ravisant. — Cela ne peut que l’arranger, reprit le mari: une soci£le si agr&able que la lienne, si... Comment ne pas s’y plaire! —Trop d’indulgence, fit L&opold en lui serrantle hras par un geste de familiarit& amicale.— Chacun qui connaissait ce Jules si bon et si simple s’eton- nail de lui voir lant d’amilie pour le fat, le preten- tieux, lemphatique Leopold. La raison en&tait toute simple pourtant. La societ& de celui-ci dis- pensait la paresse de Jules de la peine de parler, presque.de celle de penser: que celactait commode! Et puis, il&tait persuade depuis longlemps qu'il n’avait pas de« meilleur ami» que Leopold.— Pour Sophie par contre-coup, elle s’&tait senti de Yaversion pour le meilleur ami de Jules; aversion augmenlee encore par le mal-ä-propos de son arrivece, lorsqu'elle attendait impatiemment un autre, par la nullitö pompeuse de sa personne et de sa conversalion. Leopold, jeune homme sans forlune, n’avait recu qu’une&ducalion ina- chevee, son pere Ini ayant proeurd une place a dix-huit ans, qui devail l’aider ä vivre avec quelque distinclion. Ses dtudes ä peine&bauchees, sa bonne mine, son nom et son emploi a un äge si jeune, joint ä une fort bonne, a une Lrop bonne opinion de sa capaeil, de son genie m&me, joint ä des lec- tures fort mal dirigees, tout cela Jui tourna la tete: pauvre t&le qui se laisse tourner par si peu! Il de- vint tour a tour profond et raisonneur, me&lanco- lique et sentimental; puis quelquefois gai jusqu’ä la platitude, bon moliste jusqu’aux nausdes. Pre- jenlieu! N! gela) nis el souven! son gel homme zidieul puis IK eulen car au noble Jonn: il ava une( charg delaı yinta de m yalla eollt des aval proc sur) coup Lt toul per: aus Teu! per: fave prit ulelois, dj t le mari: . Conmen! I serrantle — Chaeun ple s’öton- le pröten. men elail lui-ci dis- de parler, commode! emps qui copold.— it senli dt ;; aversiol 03 de son ment u . personnt je homme alion ind- e place d »c quelque „sa bonne si jeune, je opinion des lec- na Ja lee: peu!]l de- melanco- ai jusqui ses. Prt- hi Ientieux dans sa mise, pretentieux dansson parler, il s’etait fait un jargen de grands mols sonores, inis en ordre de maniere ä n’y rien comprendre souvent. I envisageait tout le monde du haut de son genie, car il se croyail du genie, le pauvre homme; ä chaque instant il stemparait de quelque ridieule, le menait a un cerlain degre de perfeclion, puis Vabandonnait pour Dientöt se parer d’un ridi- eulenouveau. Tel&tait Leopold, dommage Leopold, car au fond c’etait un brave jeune homme, plein de noblesse, incapable d’une bassesse, meme assez honne(öte, si au lieu de s’occuper de srands riens, | avait conlinu& ses&tudes. Ce qui l’acheva fut une deconvenue par laquelle il fut prive de«sa charge;» ajoutez-y un voyage dans lequel, pour de largent emprunte,, il visita la capitale. Il en re- vintavecencore plusde pr&tenlions el encore moins de moyens pour les mellre a flot.@est alors quiil g’altacha A Jules, son ancienne connaissance de collöge, comme un naufrage s’atlache a un eäble de salut. Jules, selon son habitude de distraclion, avait oublie de parler ä Sophie de son ami et de sa prochaine arrivee chez eux, et voila d’oü venail la surprise de celle-ci en le voyanl arriver toul-a- coup-. Leopold, parmi ses aulres ridicules, croyait A toutes les femmes de lamour pour son adorable personne; ridicule propre a tanl d’hommes, comme aussi lant de femmes eroient tous les hommes amou- reux d’elles. Et comme il&tait sans fortune, il es- perait plaire et&pouser quelque riche heritiere ala faveur de son nom, de sa bonne mine, de son es- prit, de son&lögance, de son savoir-plaire, ainsi & ® = 5 .4 = # Br % 4 h2 que de ses mille belles et utiles qualites. Il ne de- daignait pas pourtant les femmes marices faute de mieux, et madame Sophie avait eu le bonheur de lui inspirer le desir de la posseder; car le seigneur allait droit a son fait en imagination. Lorsqu'il se fut retire le soir dans sa chambre, Leopold pensa beauconp ä Sophie; il poussa force soupirs, et en se desabillant, a chaque bruit qu'il eroyait entendre, il tournait la l&te pour voir si ce n’etait pas elle qui entrait. Dröle d’espoir en ve- rite! ainsi sont fails les hommes pourtant. Mais l’im- pression n’avait pas&t& assez forte pour le priver entierement du sommeil: aussi bientöt il ronfla prodigieusement de maniere A faire r&sonner toutes les vitres de sa chambre. Sophie ne dormit pas non plus fort avant dans la nuit. Est-ce Leopold qui la preoceupait au point de lui öter le sommeil? Non pas; mais qui donc?... Que faisait Jules alors? Quant ä lui, il dormait prolond&ment apres avoir embrasse sa femme aupa- ravant. — disait niere tillant gros-h hier; je jett jeud un oıve son Y noi, une fi parul Jalen de} TEDO tt aupaı liste: Noir( 5. ne de. es faule de onheur de e seigneur chambre. usa force bruit quil voir si ce OIT en ve ‚Mais'im- r le priver til ronfla ner toutes il pas non old qui la meil? Non | dormait Me aupa- Mn Original. Au demeurant le meilleur fils äu monde, — Imaginez-vous ce qui m’arrive dernierement, disait un grand jeune homme habille d’apres la der- niere mode. Vous connaissez tous Edouard N., pe- tillant de vitesse, sensuel au possible avec ses yeux eros-bleu A fleur de töte. Je vais chez lui avant- hier; ne ırouvant personne dans lantichambre, [o; je jette mon manteau et j’entre. En allant je fais peu de bruit, et dans le salon je trouve Edouard, qui me tourne le dos, assis aupres d’une fenetre ouverte. Je m’approche; il regardait attentivement son vis-A-vis oü, par une fenetre ouverte aussi, moi, avec ma vue basse, j’entrevis confuscment une femme qui touchait du piano. La musique me parut detestable; de profonds soupirs s’echap- paient de la poitrine d’Edouard.—e serait done de Yamour? dis-je a demi-voix.— Peut-etre, me repondit-il en se levant. Nous nous assimes bien- {öt tous deux; j’avais pris la place qu'il occupait auparavant.—Quellesnouvelles? demanda-t-il avec distraction.—La plus nouvelle nouvelle, c’est de te voir de l!’amour.— Oh! d’abord de l’amour, d’abord a 2 oz 2 hl un de ces grands mots!—Grands mols, pelites cho- ses se renconlrent souvent, conlinuai-je. Mais de gräce remets-loi ä la premiere place, tu y verras mieux la fen&tre de ta voisine, car je remarque que tes regards y tendent toujours. Moi qui(ai connu si sensuel, si...! puis te relrouver senlimental tout d'un coup.— Quelle imagination tu as, Joseph! me dit-il. Andre et les autres sourirent ä ces mots du nar- raleur, qui designait lui-m&me par la son defaut ou sa qualit&e, comme vous le voulez. — Pour m’avoir trouve ä la fenetre, regardant Jouer madame...— L’ecoutant, interrompis-je.— Tu sais que je ne me connais ni n’aime la musique; la regardant done, tu supposes d'abord... Mais c'est vrai, elle est jolie, tr&s jolie! — L’essence de tout cela est? inlterrompit un gros monsieur impatiente. — C'est qu’Edouard me mena chez sa belle, qui depuis trois jours est ma femme, conlinua Joseph en prenant son chapeau.— Tout le monde de rire. Ei Edouard N...? demanda un eurieux. — Il s’est brüle la cervelle ce malin, repligua l'autre en sortant. Andre le reconduisit. — Une passion dans notre siecle! s'cerie un mon- sieur jeune, — Quelqu’un eroirait, disait le gros monsieur, A lentendre debiter cette histoire d’un ton si nail, si naturel, que tout cela, aux dates pres, vient elfec- livement d’arriver. Et pourtant je le jurerais pres- que, qu’il n’y a pas un mot de vrai dedans. — Joseph est connu par ses imaginalions, comme il les ap en parl jetails} —\h iR iefaul, brave je N west pi 1 dont N | malin er ponr] une i jrocha puis| person bien,! eparg tour| alles, dessin jeune _\ — 10 ce mi doute gloig Tenco elites cho- e, Mais de 1 YVernas arque que al comnu enlal tout 'seph! me 's du nar- on defaut regardant pis-je,— musique; Mais dest ompit un elle, qui (a Joseph ıonde de IX, repligua un MON- nsienr, A si nail, sl nt elfec- ais PTES- Y« comme 15 il les appelle lui-meme, conlinua un autre; tout en parlant, il vous invente un conte avec tous les details possibles. — Mais au fond e’est un bon garcon. — Reellement, releva Andre, a part son petil defaut, qui est devenu habitude chez lui, c’est un brave jeune homme, aclil, zel&, courageux. — Ainsi done, inlerrompit le curieux, M. Joseph west pas marie depnis trois jours? — Depuis longtemps il a une espece de femme dont il ne sait que faire, repliqua un oflieieux. — Ainsi Edouard ne s’est pas brüle la cervelle ce malin? — YVoiei trois mois bientöt qu’Edouard est parli pour New-York.— Get Edouard est un original (une autre espece, dit un pelit monsieur en s’ap- prochant.— Et!’on parla d’Edouard, de Joseph, puis l’on passa successivement une douzaine de personnes en revue: de chacun on dit un peu de bien, beaucoup de mal; les femmes ne furent pas epargndes, sientend. Bientöt la conversation prit un tour plus general, et les moins inilies s’elant en alles, on parla plus intimement; les opinions se dessinerent; les individus s’echaufferent,— un jeune homme entra d’un air alarme. — Sais-tu, Andre, ce que je viens d’apprendre? — notre cher Edouard vient de se brüler la cervelle ce malin. — D’oüu sais-tu? demanda Andre d’un ton de doute. — Ü’est M. Joseph,— un eclat de rire general, quoique eloufle, Yinterrompit,— que je viens de rencontrer, et qui m’a raconle cetle terrible nou- 46 velle, termina le nouveau venu sans se laisser inti- mider nullement. — Ayez meilleure esperance, dit Andre avee un sourire force, car toutes les nouvelles qui viennent de Joseph ne sont pas toujours vraies. Et pourtant r&ellement Edouard&tait mort le matin: seulement, A vrai dire, il ne s’etait pas brüle la cervelle. Personne ne voulait croire ä la verite du fait, parce qu’il venait de Joseph. Tant est sür l’axiome qu’on trouve dans chaque livre de morale, qw'un menteur reconnu pour tel, quand m&me il dirait la verit&, ne sera jamais cru sur parole.— Il s’agit donc de mentir adroitement lorsqu’on a be- soin d’un mensonge? Arriere-pensde de bien des gens du monde, que moi, homme de cabinet, j'ose placer ici, non pas comme bonne, ni comme mienne pourtant. Mouvs La be {ul s0I hreuse( chez elle la maiso plilesse Ihomm me, so dane Lı palme ı de Lrou Hait alı Inutes]ı Dions de Monde: peration al'plu dquisı Mecatii Mi ga Url des SSER inlie & avec um Viennent Mort Ie pas heile ‚la verite Lest str , meme il role.— I] on a be- bien des net, j'ose IE mienne 47 Wouvel Amour, anciennes Connatissances. Quoi! si pour ayoir la liberte, il ne faut que la desirer! La belle, l’elegante Louise Durentel brillait de tout son&clat au milieu d’une societe aussi nom- breuse que choisie, qui s’assemblait tous les soirs chez elle. L’amabilite, les gräces de la maitresse de la maison animaient tout le monde; sa pr&evoyante politesse mettait chacun ä son aise. Des groupes dhommes et de femmes, assis ou debout pele- mele, soutenaient une conversation brillante; ma- dame Louise allait ca et la, remportant partout la palme de V’eloquence. Comme dans tous les temps de troubles et d’emotions populaires,, la politique &tait alors le principal, presque Yunique objet de toutes les conversations. Comme on savait les opi- nions de la maitresse de la maison, comme tout ce monde se connaissait parfaitement, comme l’exas- pfration&tait arrivee ä son comble, on ne chucho- tait plus dans les coins; tout au contraire, c’etait qui se montrerait plus chaleureux dans ses im- pröcations contre la tyrannie du pouvoir, c’etait a qui s’apitoierait avec le plus de sensibilite sur le sort des malheureuses viclimes de leur devouement ae RE RR = ’ U) ä la bonne cause. Des murmures de haine et de vengeance se m£laient ä des paroles de pilie el dinleret. Un jeune homme, sombre et sileneieux,, restail seul auditeur muet de celte scene animee. Ses me- ditations furent interrompues par un des oraleurs les plus bruyants de la troupe, qui linterpella brusquement par ces mols:— Qu’en diles-vous, Andr&? Et tous les yeux se tournerent vers lui par un mouvement involonlaire. Foree a parler conıme malgre Jui, Andre repliqua lentement, en&levanl graduellement sa voix:— Oh!s'il nous£lait possible de meltre en aclion celle rage qui nous anime contre le despolime et ses suppöls! si, au Jieu d’evenler nolre energie en vaines paroles, en im- pröcations impuissantes; si, par un eflort com- mun, imminent, il nous&lait possible d’&eraser son ponvoir, de delivrer notre palrie, de retablir notre libert&!... Oh! qu'il faudrait alors erier, se dömener, pour nous penetrer tous d’une m&me pensde, d’un m&me bul. Mais a present que nous ne pouvons rien, conlinua-t-il d’une voix abattue, a present que tous nos elforts viennent se briser impuissants contre ce bonheur infernal de notre gracieux maitre, que nous reste-t-il, si ce n'est d’esperer en silence, d’attendre des temps meil- leurs, de les preparer par notre aclivit& prudente, de chercher un defaut dans l’armure d’acier dont il est euirass&,, lui, nolre ennemi A tous; de le com» baltre, en un mot, par tous ces moyens infernaux dont il nous a lerrass6s: Ja ruse d’abord, et puis la force. I! parla longtemps de la sorle; toujours plus dandile 3 mesul feu don peles f Andre heur, il suvait- disait-1 ENLOTE. lorsqu« dance, guise,, eraties aune tons le: corrup! 1e joui malerie morale lemps conee) lite d' Une g !tre| vouloii pouru Aindıl diater gain Youdı Incer! espoir forcas I aine el di e pilie e IX, Testajl 2. Ses me. s oraleur: 'interpell 'iles-vons ers lui paı ler conımı en elevan il possill oUS Anm 1, au Jet 5, en In ffort com > d’ecraseı de retabli s crier, sl ine ment t que noll ix abatlue it se brise I de noln si ce nes mps meil prudente eier dont! de le con! s infernall rd, et pul jours pl h9 # Wauditeurs se pressaient altentifs autour de lui, et ämesure qu'il parlait, leurs yeux s’animaient du feu dont il les pen6trait, leurs mains se crispaient, prötes ä porter les ravages de la mort parlout oü Andre les conduirait. Mais lorsque, ayant parle mal- heur, il parlait esperance, alors, apres le desespoir, suivait la consolation.—Il est impossible pourtant, disait-il, que notre elat present dure longtemps encore. Au milieu de l’Europe Eclairee,, heureuse, lorsque tant de nations ont recouvr& leur indepen- dance, lorsque tant d’autres se gouvernent ä leur guise, abolissent la royaut&,&tablissent des dmo- eraties, serons-nous les seuls infortunes condamnes Aun esclavage eternel? Ayant au plus haut degre tous les desavantages de notre civilisation moderne, corruption, doute, ennui, desenchantement, nous ne jouirons donc d’aucun de ses bienfaits, aisance materielle, libert& individuelle et politique, Egalite morale et civile? Serons-nous condamnes long- temps encore ä ce tourment de Tantale: par la conceplion,, possesseurs de tous les biens, en r&a- lite d’aucun? Oh! non, cet tat ne peut plus durer. Une erande nation qui se sent de l’energie ne peut ötre longtemps dans les fers. Chez U’homme fort, vouloir et posseder, c'est un; et ne serait-ce pas un pour un peuple fort? Dans notre siecle d’egoisme et dindifferenceätoutce quine nouslouche pas imme- diatement, iln’yarien a esp£rer des nations libres qui nous entourent; ceux qui les gouvernent ne voudront jamais s’exposer a une guerre coüleuse et incerlaine pour nous delivrer du joug. Notre seul espoir ne peut, ne doit reposer que dans nos propres forces. Quand m&me nous nous trouver,ons en mi- r. 3 er EIS 7, ner SEE 50 norit&, il serait facile a des hommes de tete et de c@ur de dominer le peuple, qui se laisse entrainer facilement ä tout, une fois que la chose r&ussit: d’autant plus, la reussite de nos efforts est certaine, la oü des milliers de malheureux gemissent sous la dominalion etrangere, ol tous sont animes d’une m&eme pensce de vengeance et de mort. Il s'arröta, craignant d’aller trop loin dans ses idees de revolution en presence d'un auditoire si nombreux. Un murmure d’approbation parcourul lassemblee; quelques voix applaudirent, d’autres lui adresserent des paroles d’eneouragement. Plu- sieurs jeunes gens se disaient: Ah! s’il pouvait nous mener A la victoire! I ne manquait pas non plus d’envieux qui envisageaient avec un secret depit cette r&putalion, cette influence naissante, qui deja Eclipsait la leur. Apercevant l’effet qu'il avait produit, Andre baissa les yeux, modeste dans la r&ussile, comme il&tait fier dans le malheur. Mais avant de baisser son regard, il reneontra celui de Louise, qui, lendre et pöndtrant, semblait lui sourire: r&compense et bonheur. Bientöt, chacun sSoccupant d’objet different, les conversations par- tieulieres commeneerent. Un domestique annonga M. et madame Laudun. —Ah! c’estenfin vous, chere Sophie! dit Louise en s'avancant avec empressement vers la nouvelle venue; et les embrassements suivirent. Le mari de Louise, un pelit noir Al’air finement spiriluel, avec apparence de bonhomie, salua tout aussi cordiale- ment notre Jules, si bon et si sage. L’entr&e de Sophie fil sensation. — Quelle est cette jeune femme qui vient d’en- (rer? dem gadressal — Lig eelui-ei a — cell gentel, I — Ah! onlaan —(ui on dit la remplie jeuse! —(ei air disir ENT. salon co quelgu'u rjoui e Pas Irop Andre par lajj obscurs son ine] nes app justeme Densees me gajı Di d'ex; souven tonnue folles Een, de folie tete ebd enlraine Teussit certaine It sous]; es d'un dans ser ditoire s jareouru) ‚ Qautre ent. Plu- | pouvail pas non n secret issane, let quil este dans nallıeur. tra celui 'blait Iui , chacun ons par- annong t Louise nouvelle mari de el, avet ordiale- pirde de nt d’en- a irer? demanda avec intöröt un gros monsieur, en sadressant a Andre. — Laquelle? je ne l’ai pas remarquee, repliqua celui-ei avec une feinte indifference. — Celle en robe bleue, pres de madame Du- rentel, air si distingue. — Ah! c’est madame Sophie Laudun, dit Andre; on l’a annoncee, je crois. — Quoi! c'est done celte madame Laudun dont on dit tant de bien, qu’on pretend aimable, bonne, remplie de talenis, d’esprit; avec cela ver- tueuse! — Celte meme, celle meme, repeta Andre d’un air dislrait. — Ses pelits yeux brülants qui parcourent le salon comme s’ils cherchaient quelque chose ou quelqu’un n’annoncent pas, disait loujours le gros rjjoui en branlant lentement sa tele, n’annoncent pas trop cetie derniere'qualil£. Andre ne l’ecoutait plus; il se laissa entrainer par la jeunesse, et plac& dans un des coins les'plus obscurs du salon, il entretenait tout le monde par son inepuisable bonne humeur, par ses plaisante- ries appropriees au ton de chacun et de tous. Car justement lorsqu'il&tait le plus pr&oceupe par ses pensees inlimes, il tächait alors de s’elourdir par une gaiet& qui, quoique faclice, n’avait rien de lorc& vi d’exagere. Les regards de Sophie se portaient souvent vers ce groupe, d’oü sorlait une voix bien connue, suivie a l’ordinaire d’eclats de rire etde folles reparlies. —(est ce cher Andre qui est dans son heure de folie, ce qui lui arrive si rarement! mais alors REF 52 il est unique. Le connaissez-vous? disait Louise& Sophie. — Si jele connais! repondit celle-ei, en se ba- lancant lögerement sur sa chaise; il est möme un peu de mes cousins. — Que c’est un brave jeune homme! nous lai- mons beaucoup iei, reprit Louise avec chaleur; mais comme, a ces paroles, les yeux de Sophie exprime- rent quelque&tonnement, vite elle parla d’autre chose.— Restez-vous encore longlemps ici, ma chere? Sopiie. Mais, comme nous ne sommes iei qu’en passant, done pas plus d'une quinzaine. Lovise. Pas plus? quel dommage! Oh! mais nous saurons bien vous y retenir. Car si votre maria des affaires, il n’a qu’ä parlir; mais vous, restez, abso- lument restez. Aller ainsi s'enterrer ala campagne! rien de plus triste. Une seule fois de ma vie il m’est arrive d’y passer six semaines cons6eulives, lors de mon premier mariage; c’&lait d’un ennui mortel. Y passer quelques jours de la belle saison, non loin de la ville, menant nombreuse compagnie avec; ä la bonne heure. — Pourtant, dit Sophie, avec de l'occupation, le menage, un mari, des enfants, qui en a!(elle n’en avait pas, la pauvre); quelques voisins, la belle na- ture, des talents, l’Etude, on peut avec cela passer bien son temps a la campagne, pour le moins aussi bien qu’en ville. — Ah! ne m’en parlez pas, interrompit Louise. Navoir pas a qui communiquer ses idees,&tre prive d'une societ&, d’une conversalion A laquelle on tient par habitude, par inclination. Separe du monde, pigprenü jur Et p tes prosald! irures de v antinua-t- zerlain äge, sous pour| Andre,$ npprocha Iimer la© —(om [heureux| tontrer Ich Ieletrangı SormE. —(Oh! —Btle — Aussi est\oin de fale salan conlinua AnDR&, Türe tour SOPHIE, Dt ma pas dis, ANDRE, del real) Cplions, — Apr a alles d | Meune ointen 53 ouise| papprendre que tard les nouvelles, les modes du jour! Et puis cette monotonie qui vous entoure, | se ba.ces prosaiques details de menage, ces insoutenables me ufigures de voisins!— Decidez entre nous, madame, continua-t-elle, en s’adressant a une femme d'un ıs ai certain äge, d’un embonpoint raisonnable; penchez- r;ma vous pour la campagne ou pour la ville? 'prime- Andre, s’&tant debarrasse de ses jeunes gens, se d’auterapprocha de Sophie; bientöt il eut loccasion d’en- ci, mılamer la conversalion. — Combien je suis reconnaissant, madame, a i quen /heureux hasard qui me met& portee de vous ren- contrer ici siinopinement! Vous revenez sans doute isnow de Vetranger? moi du fond de notre province. tiada Sorme. Monsieur Andr&! et longtemps ici? ‚abs.— Oh! une eternite deja. pagne!— Et le temps s’y passe-t-il gatement? I mes— Aussi gaiement qu’on peut le passer lorsqu’on lors& est loin de vous, madame, dit-il en affeetant une mortel fade galanterie. Sophie ne sourit pas me&me, et elle onloin continua la conversation sur ce ton d’interet amical. aves;i Anpre. Vous devez&tre enchantee, madame, de’ votre tour en Italie? palion Sorme. Mais si je dois dire la verite, ce pays Ilen’eı ne m’a pas fait toute l’impression que j’en atlen- le na dais. passe! Anor&. Souvent notre imagination allant au-delä saussi dela realit@, nous occasionne de bien tristes de- ceptions. jouise,— Apres avoir lu les superbes descriplions qu’on e priv afaites de /’Italie, continua Sophie, je m’en etais ‚ntient orme une idee enchantee; jugez quel fut mon des- nonde, Appointement, en entrant dans un payscomme ily REITEN 5/ en atant. Une belle nature tout comme chez nous; des prairies, des rivieres, ajoulez-y des monlagnes, qui obseureissent partout l’horizon et nous privent du plaisir d’une vue loinlaine, decouverle; un ciel toujours unilormement bleu fonce, qui me faisait regrelter souvent la variet& si pilloresque du nötre, tanlöt nuage, lantöt serein. Aupres de cela un peu- ple degener&, une sociel& sans couleur, des femmes oceupees uniquement de leur toilelte et de leurs intrigues... — Mais les chefs-d’euvre de lart, interrompil Anilre, les souvenirs grandioses de l’antique Rome, le Pantheon, Saint-Pierre, et les belles Romaines aux blanches&paules! SorHIE. Pour les tableaux, les statues, d’accord; il yenade bien belles dans le nombre. Car pour ces masses enormes d’architecture moderne, je vous avouerai franchement que je ne les ai jamais gol- tees.—Mais, de gräce, comment se porle-l-on chez nous? siinterrompit Sophie. Andre allait repondre:— Fort bien tous les vötres madame; lorsque— Madame parle de l’Italie? in- terrogea le maitre de la maison. — Preeisement, repliqua Sophie. — Que c'est un charmant pays! quel climat en- chanteur! les hautes monlagnes,, les villas cham- pötres, les palais de marbre, les fontaines de jaspe, tous les chefs-d’euvre enfin des Buonarotti, des Raphaelo, des Dominichini, des Veronese et des Canova! — Monsieur a el en Italie? demanda So- phie. — Moi? non madame; mais j’en ai tant entendu patler, N somme Sl Enalle qui depul regards{ Ja soiree, 2esse qu 1eur. znous: Nlagnes Priven un ci e faisal u nölre, un peu- [emme le leur Trompi e Rome Dmaine! accord, ‚ar poul ‚jevow is golk on chez swölres lie? in: mat en- ; chat > Jaspe, li, de et. dei da So: ntend! 55 parler, jen ai tant lu de descriptions, que c'est comme si J y avais Ele. En attendant Andre s’etait place aupres deLouise, qui depuis un quart d’heure le poursuivait de ses regards expressifs. Il y resta assidu pendant loute la soiree, abandonnant Sophie ä cette brillante jeu- nesse qui l’enlourait avec un empressement llat- teur. Esquisses et Portraits. Heigh-ho! sing heigh-ho! unto the green holly: Most freindship is feigning, most lovi Then heigh-ho the hully! This life is most jolly. Il est etonnant de voir deux caracteres d'un con- traste frappant, Louise et Andre, lies d’une liaison intime, m&me durable. Elle si gaie, si lögere, si inconstante, se laissant aller ä chaque premier mouvement. Lui si grave, si reflechi, si m&lanco- lique. Elle si capricieuse, lui si indöpendant, se laissant si peu dominer par les personnes et les choses. Il y avait pourlant beaucoup de points de reunion entre eux:— lui, toujours seul, toujours renlerm& en lui-m&me, avait besoin d’une liaison sans consequence, d'une tendresse qui ressemblät aussi peu que possible a une passion. Elle, juste ä cause de sa legeret& plutöt apparente que reelle, de son inconsequence, elle avait besoin d’un homme superieur qui la dominät, tout en lui faisant sentir son joug aussi peu que possible. Lui, justement ä cause de son independance d’esprit et de caractere, choisissait pour maitresse une femme qui, par ses qualites, Jui adoueissait, Jui embellissait la vie, et par ses defauts lui epargnait’humilialion d’en ötre domine,) pre. Car$ las le ces do quoi il 5 Sophie, 1 ses des — Et —onsii setait d’ gnait en! | etait h son gre; de Jeur ı tienx; il une, ses leson di age de] eilanı prev: I qiil a reussite Dordina Cordina mils eu ayalen conp li .| sa demi Pr. Kalgreu elite le Vor une ld S N | N CON- jaison are, St 'emier lanco- \{, se et Ies nts de jours jaison mblät uste A le, de omme sentit ent& elere, ar ses je, el n elre 57 doming, menageait par la son effren& amour-pro- pre. Car si j’ai nomme Andr& modeste plusieurs fois dans le cours de ce reeit, il ne l'etait que par un exces d’orgueil. Vous comprenez mainlenant pour- quoi il s’etait si bien defendu de son amour pour Sophie, m&me malgre quelque apparence favorable a ses desirs. — Et le mari, qwen disait-il? demandez-vous. — Monsieur Durentel, avec sapenetration habituelle, setait d’abord apercu du genre d’intimile qui re&- gnait entre sa femme et Andre; mais premierement, il&tait habitue a laisser aller Louise tout-a-fait A son gre&; c’&tait m&me une des conditions expresses de leur mariage. Et puis M. Durentel&tait ambi- tieux; il n’avait&pouse sa femme que pour sa for- tune, ses liaisons. Louise, de son cöle, apres l’eclat de son divorce, avait eu besoin d’un mari comme gage de l’oubli du passe. Durentel s’etait pr&sente, et il avait Et& agree tout d’abord. Quelques pelites prevarications qu’il s’etait permises dans le poste qwWil avait occupe, lui fermaient tout espoir de reussite pendant la dur&e du gouvernement etabli. Dordinaire on n’y&tait pas disgracie pour si peu; Wordinaire les sup£rieurs y toleraient tout, pourvu qu’ils eussent leur part du profil; mais Durentel avait eu lemalheur de trouver un ennemi de longue date, un ancien rival dans une personne de beau- coup d’influence; il en fut desservi, et on lui donna sa demission.— Comme leflervescence des esprits, laigreur et la haine qui r&gnaient depuis longtemps entre le gouvernement et la nation, lui faisaient pre- voir une revolulion eminente, Durentel etait charme de se voir lie de si pres, par l’entremise de sa femme, Q 0. a= lin a nn SE Fr REN: “ EIPeTETe Ei wre= TEN 58 avec Andre, qui, par ses verlus comme par ses vices, semblait devoir devenir un personnage des plus marquants dans les temps de erise. Ajoutez=y loccasion que trouvait l’'honorable homme, d’em- prunter de l’argent ä l’amant de sa femme. Andre ne pouvait ni estimer Durentel, ni avoir pleine confiance en lui; mais comme il se trouvait mis en rapport avec, d'une maniere un peu forcde, comme il le savait mal avec le pouvoir, comme il le savait adroit, ambitieux,, poltron avee cela, il l’employait quelquefois ä de petits services, tout en ne Jui accordant qu’une demi- confidence. Du- rentel faisait tout ce qu'on exigeait de lui avec em- pressement; il se rendait ä plaisir petit, incons6- quent, pour ne reveiller nulle Jalousie, nulle haine. Quant au monde qui s’assemblait dans la maison des Durentel, on y venait uniquement pour les gräces et lamabilitö de Louise, pour y rencontrer Andre: Durentel y&tait presque inaperen. Pendant ses frequents sejours dans cette ville, Andre y avail renou& Loules ses anciennes connais- sances; car vous savez, ou vousne le savez pas, qu'il y avail passe une parlie de son enfance et de sa premiere jeunesse. Par l’entremise de ses parents, —de Lonise, il fut bientöt recu parlout, et par- tout bien recu. Sa maniere d’etre&tait complete- ment changee: toute sa rudesse d’ecolier avait dis- paru; son air morose, serieux faisait place parfois a une gaiele piquanle, toujours ä une amabilite sans fadeur. Sil etait encore quelquefois pensif, melancolique, ce n'etait que seul, ou bien pres de Louise, qu’il se laissail entrainer encore par son nalurel. Sa maitresse lui servait de pretexte ä son gjour I yoyants{ Is thöät h jeune: fort bien dlivrail rul pu par ses profond pects. I lagitali qui lle I ci aimall al’emp! les mall unehanl suecinel des pers qui miı Cette Irouva Charle; H p' ine en nele auquel plus vil ilallen Mangqu de bon dantä Itmps surlau Melles IE par ge Mage des ‚ Ajontez-y me, d’em- IR, 1, ni ayoir se lrouvait pen lorcee, ‚comme: j| 2° cola, il es, louten lence, Du- | avec em- , Inconse- ulle haine. la maison L pour les rencontrer L. seite ville, 23 coNNals- 1 pas, quil e.et de sa S parents, ıt, el pal- complele« r avail dis- ace parfois amabilile is pensil, en pres de e par son aule a so 59 sejour prolonge en ville, de gaze aux yeux clair- voyants du pouvoir;avec elle il fr&quentait les bals, les iheätres,, il s’adonnait ä loutes les frivolites de la jeunesse. Sa dissipation momentlande couvrait fort bien ses vues el ses menees politiques; elle le delivrait du danger de la pers&culion, auquel il au- rait pu&lre expos& par sa vie autrefois si reliree, par ses goüts serieux, sa conversalion reflechie, profonde, ses relalions toutes avec des hommes sus- pects. Pour Louise, son penchant vers l'intrigue, Yagitation, le mystere,, ajoutait encore au charme quelle trouvait dans sa liaison avecAndre, et celui- ci aimait A se l’altacher par des demi-confidences), al’employer dans des quetes et des secours pour les malheureux proserits, par quoi Louise se eroyait une hauteinfluence politique.— Apres avoir esquisse suceinclement les caracteres et positions respeclives des personnages,, je reprends le fil de ma narvalion, qui m’interesse beaucoup, sinon vous, lecteur. Cette nuit m&me,— de retour chez lui, Andre trouva un billet&crit de la main de son ami le grand Charles Menaudet, qui lui disait avoir El& chez lui a peine arrive iei, el qui Jui peignait son chagrin en ne le trouvant pas. De plus, illuiindiquait l’hötel auquel il&tait descendu, en le priant d’y venir au plus vite. Andre fut enchante de celte arrivee si inattendue, et il regretta en m&me temps d’avoir manquel’occasion devoir Charles plus Löt.—Demain de bonne heure j'irai chez lui, pensa-t-il en regar- dant ä sa montre: il etail pass& minuit deja. Long- temps il ne put s’endormir, d’un cöle il se roulait süurl’autre, inquiet et agile. Je ne saurais vous dire quelles pensces l’oceupaient: Elait-ce conscience de BEREITEN RER: 60 conspirateur qui Jui ötait le sommeil? Ou bien plu- töt n’elail-ce pas l’agitalion de la soirde animee quwil venait de passer? N’&taient-ce pas les douces reminiscences de Louise, de Sophie, l’arrivee de Charles? Tout cela combine ensemble peut-£tre. Il etait plus de dix heures du matin lorsqu'il s’&veilla. — Le m&me monsieur d’hier a&i& de nouveau, mais je n’ai pas os& reveiller monsieur, lui dit son domestique. — Imbeeile! il fallait me röveiller, s’&eria Andre, fäch€ de ce delai redouble. Faites atteler mes che- vaux. Ce jour-lä il ne Jut pas une page, il n’&erivit pas une ligne, comme il en avait Vhabitude; mais s’'ha- billant ala häte, il prenait deja ses gants, son cha- peau, lorsque le bruit d’une voiture arr&tce devant sa maison le frappa; il mit la tete ala fen£tre, etil rencontra le visage fleuri, le regard bienveillant de M. Agioleau, s’elevant vers lui. — Peste de limportun! pensa Andre, et il se frappa la t&te du poing; mais voyant Vimpossibilite de l’eviter, il alla empresse a sa renconlre. — Une pelite affaire m’amene; mais vous sor- tiez?... je ne vous derange pas, s’interrompit le nouveau venu. AnprE£. Il est vrai, je sors pour affaires pres- sanles, et si vous daignez me pardonner mon im- politesse, j'oserai vous prier de me fixer l’heure ä laquelle je dois me trouver chez vous, pour y prendre vos ordres dans l’affaire en question. — Vous£tes bien bon, disait lautre, mais je ne vous derangerai pas inutilement: un instant d’at- tention et j'aurai bientöt fini, = Sc appelanl pable. — ne se prösen goiherne hrine pe neilleur Jiaisons, de lavon volr exe qu'un au —(Oh 10us aveı peut fair pauvres — Du Nantlefi Anont lein? Asıor des süre del’exae plusieur Agent ı de farın el votre elineren dresser rait pu son pr Alive, Ps dou bien plu- e anımee es douces trivee de Il-elre.]] Seveilla, Nouveau, wi dit son jaAndre, mes che- erivit pas Jas s'ha- son cha- oe devant stre, etil illant de ‚et ilse ossibilite DUS SOP- mpit le es pres- non IM- 'heure a pour Y N. is je ne nt dal- 61 — J’ecoute, dit Andre d’un air resigue, tout en appelant a lui toute la patience dont il£tait ca- pable. — Une speculation lucrative, quoique chanceuse, se pr&esente A moi, narrait pesamment Agioteau; le gowWvernement a besoin d’une grande fourniture de farine pour l’armee. Celui qui l’entreprendrait aux meilleures conditions aurait la preference. Par mes liaisons, je vous parle A ceur ouvert, je me flatte de l’avoir; par mon savoir-faire, je me flatte de pou- voir ex&cuter mes fournitures avec plus d’avanlages qu’un autre. — Oh! qui ne sait, interrompit Andre, que chez nous avec du savoir-faire(ici un geste expressif) on peut faire recevoir du sable pour de la farine? Ces pauvres soldats! — Du sable, pas precisement, reprit en sou- riant le financier. Anore. Eh bien! votre projet, que je vois venir de loin? AcıotEAu. Vous savez que le gouvernement exige des süretes en terre, ou en argent, qui repondent de lexactitude du fournisseur. Or moi, lance& dans plusieurs entreprises, je n’ai pour le moment en argent qu’autant qu’il m’en faut pour les achats de farine. CGonnaissant, monsieur, votre bonne foi et votre»probit&(ici les deux interlocuteurs s’in- elinerent Yun devant l’autre), j’ai prefere m’a- dresser a vous qu’a un homme d’argent, qui au- rait pu me desservir en accaparant laffaire a son profit. Connaissant le bon etat de vos alfaires, confiant en votre obligeante bont£, je n’ai pas doute un instant que vous n’accepliez les con- 62 ditions avantageuses que je suis a möme de vous oflrir. Anpre. Quelles sont-elles? Asıoteau. Il ne me faul, pour complöter mes sü- retes envers le gouvernement, que la valeur d’une terre de einquante mille franes de revenu, et je puis vous en payer annuellement vingt pour cent. — Et mes süret&s? demanda Andre. Asıoreav. L’avantage de l’entreprise, dont vous pouvez juger, dit-il en developpant ses pieces jus- tificalives. Anore. Oh!je connais l’affaire pour en avoir dejä entendu parler.(Il mentait.) — Dejä! pensa lrautre. Et puis ma probite, ajoula-t-il tout haut, en monlant sa voix sur le ton de Melpomene. lei Andre rida son front, geste äluihabituel een pa- reille occasion:— La meilleure garantie que vous puissiez donner, dit-il; mais unmalhenrimpreövu... — Qui ne risgque rien, n’a rien, dil Agioleau d’un air salisfait de l’a-propos de sa eilalion. — D’accord, allait eontinuer Andre, lorsque la porte s’ouvrit avec fracas, el Joseph entra. — Bonjour, dit-il en etreignant Andr& cordiale- ment; puis il se renversa sur un canape.(ui est cet homme? Renvoyez-le de gräce, j'ai a vous parler d’allaire pressante, dit-il en anglais. Agioleau sourit. — Vous daignerez m’accorder trois jours de r&- llexion, dit Andre en se levant; alors je vous an- noncerai definitivement si je puis m’engager dans cette allaire. — Je puis aller jusqu’ä vingl-eing pour cent, njouta j jusqu a za] {out pen qu’un d car je N de Jose — II gent,©) An Joseı —]i savez, 6 — A Apr! marrel Josen Axor Joseı Ihurnis Ann Josz Anon presse, Joskı ÄNDR Me ceı domes! —] Josz helle, —( h bou: 1e de vous er mes si- leur d’une „et jepuis enl. dont vous Dieces Jus- avoir deja , ‚sure ton {nel enpa- que vous| mprevn... oleau d’un Jorsque la - 6, Qui es oUus parler Agioleau ırs de re- vous al- 10er dans pur ceil; 65 5 ajouta Vautre en s’en allant, reconduit par Andre jusqu’a lescalier. — Ouf! fit celui-ci en rentrant. Joseph£lait assis tout pensif.— Est-ce quelgque nouvelle, est-ce quel- qu’un des nölres, qu’est-il arrive? Dites vite, vite, car je suis presse, disait Andre en secouant le bras de Joseph. Ce dernier sortlit enfin de sa r&verie. — Il s’agit senlement de ce qu'il me faut de l’ar- gent, eria-t-il lout-A-conp. Anpre. Combien vous en faut-il? Joseru. Cent ducats, pas plus. — Les voila, dit Andre en les lui donnant. Vous savez, conlinua-t-il, que Charles vient d’arriver? — Ah! fit Joseph. Anors. West chez lui que j’allais lorsque Agioteau m’arr&ta. Josern. Cest donc Agioteau, cela? Anpre. Qui. Josern. Cet entrepreneur, financier, banquier, fournisseur, juif? Anor£. Le m&me. Viendrez-vous chez Charles? Josern. Oui, mais plus tard. Anoe&. Excusez done si je vous quitte, car je suis presse. Josern. Attendez que je vous fasse mon billet. Anort. La parole d’un honnete homme vaut mieux que cent biliets.— Mes chevaux! demanda-t-il a son domestique. — Prets, repondit celui-ci. Joseru. Alors tu me descendras en route chez ma belle. —(est donc pour elle? dit Andr& en montrant la bourse. Ra er, TIER N A EEE Zum 64 Joseru. Et pour qui donc? — Gare ä vous! fit Andr& avec un geste de me- nace amicale.—Joseph haussa les€paules en disant son refrain habituel: Que faire? — Au galop, faubourg de..., eria Andre au co- cher. Depuis longtemps, lecteur,, vous voulez me faire questions, reproches. Tandis qu’Andre depose en chemin son compagnon chez sa belle, qu'il siem- presse de se rendre a l’hötel de Charles, je vous ecoute, lecleur, et d’avance je baisse la Lele en cou- pable, d’avance je dis: C’estma faute.— Car aussi, dites-vous, si Andr& e&tail tellement presse de voir Charles, pourquoi done&couter, r&epondre avec tant de palience aux longs projets financiers d'un Agioteau? Pourquoi m’embarquer dans une en- nuyante question d’argent a laquelle je n’entends rien? Pourquoi, puisque enfin il n’avait pas lin- tention d’acc&eder a la demande d’Agioleau, pour- quoi ne pas lui refuser net sans lui donner le temps d’exposer sa longue histoire qui n’aurait pas eu de fin silöt sans l’arrivee de ce fou de Joseph? Pour- quoi demander un delai de trois jours, pourquoi, en un mot, faire tant de cer&monies avec un Agio- teau? Un Agioteau! il vous plait a le dire, lecteur, et qu’en savez-vous? peul-Eire cet Agioleau est un homme d’esprit, de genie, un grand homme. ll ne döpend que de moi d’en faire ce qu’il me plaira: un Rothschild, un Laflitte! Et puis Andre, dans son röle de conspirateur, avait loutle monde a craindre; sous le gouvernement soupconneux d'un despote, chacun a le pouvoir de nuire, peu celui d’aider. Et puis, je Je Agioleau A pent-dire© Jappal des mauvalse q avec Jul,€ \handonn wurent.' quil ne l re. — Ohl sera pas a forlune pe dun Agiot — Ton] iinent lec sulter de meme ce ext bien n I meme — PRtı bien la dı — Mais mon Agio FOX; cro De vous p) le, oecnp laissez, la Propre$ —Ag —Enc —Jen te de me- sen disant te au co- Car aussi, 5s& de voir ndre avec ciers d’un ; une e- n’entends | pas Jin- i, pour- r le temps | pas eu de ph? Pour- pourqudi, c un Agio- \ecteur, el au est UN nme, J ne ne plaira: ; dans son ‚ craindıe» n despolß» daider. Bl 65 puis, je le r&pete, qu’en savez-vous, lecteur’? cet Agioleau a pu rendre des services ä notre heros; peut-etre celui-ci, par reconnaissance ou bien par Yappät des 25 p. 100, se laissera induire dans une mauvaise affaire? Agioteau fait banqueroute, Andre avec lui, et puis viennent le denüment, la misere! Abandonn& de tous, son ami, sa maitresse le se- courent. Voila tout autant de rouages nouveaux quil ne depend que de moi de mettre ici en@u- vre. — Oh! pour cela, dites-vous, votre Andre ne sera pas assez bete pour hasarder la moilie de sa fortune peut-etre, en se reposant sur la probite dun Agioteau. — Toujours avec vos termes de mepris, imper- tinent lecteur! Sachez que je ne laisserai pas in- sulter de la sorte une de mes creatures, quand meme ce ne füt quun tartufe financier. Mais il est bien mien, l!’euvre de mon imagination et de ma memoire. — Et qui vous dispute votre Agioteau? Vous avez bien la de quoi Etre fier! — Mais c’est vous, morbleu, qui disputez sur mon Agioteau, c’est vous... je modere mon cour- Toux; croyez-moi, faisons la paix. Si mon roman ne vous plait pas, lecteur malevole, eh bien, jetez- le, occupez-vous d’autre chose; mais, de gräce, laissez la vos criliques qui blessent mon amour- propre sans me corriger. — A quien est la faute? — Encore! — Je me tais. Berg gi aa Zaun a en nal ESS pe euren 66 Arrive a V’hötel de Charles, il court au numero indiqu&, la porte est fermöe. Il frappe, on ne lui repond pas. De porte en porle, il va demandant son ami; enfin une grosse servante l'instruit que le grand monsieur du n° 14 est sorti depuis le malin, el que son domestique a probablement suivi l'exemple du maitre. Desesper& par ce nouveau conlre-lemps, pestant contre tous les fächeux du monde, Andre alla chez Louise, s’&tant rappele qu'il n’y avait pas encore&L& de Ja journee. — Madame...? demanda-t-il en entrant. — Madame est sorlie, mais monsieur est chez lui, repondit un ben&t de domestique. — Dü est-elle sorlie? — En visites. — Reviendra-t-elle bientöt? — Je ne sais. — Patience, se dit Andr&, retournerai-je chez moi? Ah! jirai chez Sophie, je n’y ai pas encore 6t&, Et il alla chez elle. Il y trouva d&ja du monde, entre autres Louise et Charles y&taient. Apres avoir salu& la maitresse de maison, touche Ja main ä Jules et ä quelques connaissances, apres avoir dit a Louise qu'il venait de chez elle:— Enfin, je te trouve, dit-il a Charles, apres tani d’alldes et de venues, — J'ai el& deux fois chez toi, dit Charles. Anore. Moi, une fois chez toi. Que je suis aise de te voir! Mais qu'est-ce qui amene ici? Cnarzes. Je vais rejoindre ma femme A l’Etranger, eten passanl je m’arr&te ici quelques jours.— Tout en parlant ils s’elaient retires dans un coin du salon. AsonE. are ic.| (minıes pavez qU h. ANDRE. large. Vi ÜTARLE ANDRE jüns. Vo il stagit. ÜnaRıt id. ANDRE. Charle Louise:- regards( ps. Loui il fall —\1 mäce, lo im portu — Ma Sophie; se Lrouy: se faire ı — Ih Monsie, le moye — U AU NUmerg ‚on nelu andant son WL que]e s le matin, lent suivi e Nouveau ächeux du at rappele RE, ıt, ir est chez ai-je chez ncore ete, u monde, ‚pres avoir Ja main 4 s avoir dit nfin, je te Ies et de 67 Anont. Oh! quelques jours! tu nous es n&ces- saire iei. Et comment vont les affaires lä-bas? Cuirtes. Mais fort bien; tout yesten feu. Vous n’avez qw’ä commencer ici, nous vous imiterons la. Anoris. Nous en reparlerons autre part plus au large. Viendrez-vous chez...? Ciartes. Allons-y ensemble. Anort. Pas possible; mais d’abord je vous y re- joins. Vous souriez? peut-Etre devinez-vous ce dont il s’agit. Cuarıes. Des affaires de ceur vous reliennent ici. Anpre. Ou a peu pres. Charles sortit bientöt. Andre s’etant approche de Louise:— Je vous attends, lui souffla-t-elle. Les regards d’Andr& exprimerent qu’il ne manquerait pas. Louise s’en alla aussi. Andr& ne resta que ce qwil fallait par convenance. — Vous dinerez chez nous? lui disait Sophie avec gräce. — Je n’oserais abuser de votre bont& en devenant importun, repondit-il; et il sresquiva. — Mais restez, reslez, je vous prie, repetait Sophie; il ne lentendit point. Quelques indiflerents se trouvaient encore la, ceux-ci acceplerent sans se faire prier. Sophie soupira. — Madame a du chagrin? interrogea le gros monsieur de la soirde d’hier qui avait deja Lrouve& le moyen de se faire presenter. —(uel, monsieur? fit Sophie. — A en juger par les soupirs ‚ reprit l’autre, qui se derobent de votre poitrine, madame. Les soupirs 68 ont et toujours pris comme signe d’uneoppression, d’un chagrin: l'origine de celte supposilion m’est inconnue. — Les soupirs, interrompit Theodore,, sont or- dinairement lattribut des temperaments Iympha- tiques et des melancoliques; les sanguins y sont peu suiels. Etl’on parla soupirs, temperaments, medecine, que sais-je? Sophie resta indiflerente a toute cette conversalion de riens; sun amabilite ordinaire sem- blait l’avoir totalement abandonnee. Puis on servit le diner. Andre s’etait empress& d’aller chez Louise; il la trouva toute seule a l’attendre un livre a la main. —-Pardonnez, adorable Louise, dit-ilen meltant un genou A terre, pardonnez si je me trouve dans la triste necessil& de vous quitler, apres vous avoir present& les hommages d'un homme&perdument epris. — Comment! ä peine arrive, vous parlez de me quitter. Et d’un geste gracieux elle entoura son cou de sesbras.—Lavolont& n’apas de loi, disiez-vous;; qu’est-ce qui pourrait vous obliger ä quitter votre Louise? Anpr&. Ma Louise n’a qu’a ordonner, et je reste. Gependant mon grand ami, Charles Menaudet, vient d’arriver, et il nous apporte, dit-il, de graves nou- velles sur nos menees en province, il faut done que je me trouve au rendez-vous qu’il m’a donne. Si ma divine Louise ne doit pas ceder a l’amitie, ne ee- dera-t-elle pas ä la patrie, ä l’humanite? Quoique interieurement flattee, elle lui dit pour- lant avec une bouderie allectee: —_ Alle — Tou ange de b mains et encore Ve restee en quil dis] erja-t-ell Andre zune de — No tont en} Stentor.. Sophie U sujels. — ad Joseph. — El —Nl sdn Yerre Tr Tandi gülemen salion pr qwÄndre Insel e Lion, au vers stay son espr de ses n Juc ique lrails, ql Llarles: PPression, Lion west > sont 0l- $ Iympha- ins y sont medecine, ‚oule celte naire Sem- Ss on servit se; ia ı la main. en mellant ouve dans vous avoir erdument ‚\ez de me ra son COLL siez-VolS; ilter votre t je resle. ıdet, vient ‚aves NOU- (. done que ne. Si ma i6, ne e£- } ; dit pour“ 69 — Allez-y done, monsieur, — Toujours genereuse, toujours indulgente, ange de bont&! s’&criait Andre en lui baisant les mains et les pieds; puis il se leva et partit, jetant encore vers elle un tendre regard d’adieu. Louise, restee en extase, le reconduisit des yeux, et lors- quil disparut: Quil m’aime! que je l’aime! s’e- cria-t-elle. Andre les trouva deja attables; une demi-dou- zaine de bons vivants. A son eniree: — Nous Yattendons depuis un quart d’heure, tout en mangeant, lui dit Charles de sa voix de Stentor. Je commencais deja a douter que madame Sophie te laisse venir vers nous autres, mauvais sujets. — Madame Louise, voulez-vous dire, remarqua Joseph. — Et l’une et l’autre,, fit le petit Edouard. — Nil’une ni l’autre, repliqua Andre en avalant son verre d’eau. — Trop de modestie,, remarqua quelqu’un. Tandis qu'ils dinent, ou plutöt quils soupent gaiement, tandis que vers la fin du repas la conver- sation prend le pli habituel entre garcons, tandis qu’Andre jette la raillerie a pleines mains, que Joseph est inepuisable en contes pleins d’imagina- tion, qu’Edouard et les autres rient a tort et A lra- vers; tandis que Charles brille par l’originalite de son esprit, par la franchise fine, quoique ouverte de ses manieres, tandis a n’en pas finir, permettez, quoique je sache que vous n’aimez pas les por- traits, que je vous en fasse un, nommement celui de Charles: a la stature athletique, grand de corps RETTEN RER 70 presque autanl que de c@ur, une de ces crealures primitives que la main du temps et. des hommes respecle encore comme involonlairement. Ayant passe presque loule sa vie au service public, sa juslice, son impartialit, lui avaient donn& beau- coup de popularil& parmi ses coneiloyens, tandis que son peu de servilisme lui avait alien& le gou- vernement. Son abord imposant, cause prineipa- lement par sa haule stalure, l’avait fail passer pour haulain, orgueilleux, aristocrate parıni les super- ficiels. Son franc-parler, un peu rude quelquelois, avail bless&e maints faibles et maints sots, Landis que ceux qui le connaissaient de pr&s savaient qu'il&lait l’homme le plus alfable, le plus cordial,, le plus li- beral dans sa lacon de penser et d’agir; le meilleur ami une fois qu'il s'allachait a quelqu’un. Geux qui le connaissaient de pres aimaient en lui sa fran- chise, le sel de sa conversalion pleine d’originalite etde distinetion.—Ennuye des degoüts que lui ocea- sionnait le service public, par les humiliations de- vant le pouvoir, par linimitie de maints parlicu- liers, fäch& d’avoir eu juge et juslice contre eux, Charles se d&mil de sa charge, et habitant la cam- pagne, il s’adonna a l'agronomie, introduisant beaucoup d’am£liorations dans ses lerres. Malgr& la grande difference d’äge qui existail en- tre les deux amis, malgr& l'apparente difference de leur maniere d’etre, Andr& et Charles devinrent bientöt inlimes:leursopinions, leur caracl£re,, leur inter&t mı6ine les unit etroitement. Cetail madame Helene qui la premiere les avait mis en rapport, lorsqu’elle conduisail encore son neveu et les allai- res de celui-ci. Charles aida beaucoup Andre par ses consel monde. Pl reconnals Confiance intime ia S erealures Ss hommes ent, Ayant public, sa inne beau- ns, landis ne le gon- - Prineipa- Jasser pour ‚les super- uelquelois, ‚„tandis que Lquiil etait ‚le plus Ii- le meilleur 0. Ceux qui ui sa[ran- 'originalite ve lui ocea- jalions.de- ı(s parliou- onlre euX, nt la cam- ntroduisanl s. existail eu- ifference de ; deyinren! elere, leuı zit madanı N rappotlı et les allal- Andre pl 71 ses conseils: il raffermit ses premiers pas dans le monde. Plus tard celui-ei fut a m&me de se montrer reconnaissant par quelques services r&eiproques. Confiance et amitie s’ensuivirent, bienlöt apres intime liaison politique. BrTTzwern ERETEHERRE 2 2 Bere wi > RD WE n a ERTL Une Wort, un Dipart. Frailty,{hy name is woman. Lorsqu’Andre, accompagn& de Charles, rentra chez lui, son domestique lui remit une lettre. Il en regarda l’adresse: C'est mon homme d’aflaires qui m’&erit. II jeta les yeux sur le cachet; il&tait noir. Ah! fit-il d’un air soucieux. — Je gagerais, disait Charles, que c'est volpe tante qui est mortle. — Juste! dit Andr& apres avoir parcouru la lettre, quil rejela avec indifförence. Il resta un instant muet, le coude appuy6 sur la table. Charles limita dans sa posture, comme dans son silence. —L’envie de dominer tous ceux qui l’entouraient, dit enfin Andre, et moi tout le premier, Vinquiete acitalion de cette femme, son influence nuisible sur mon frere, tout l’argent qw'elle nous coütait, m’a souvent fait pester contre elle, et m&me par- fois dans des instants de colere je me suis dit: Ah! quand enfin mourra-t-elle! A prösent qu’elle est bien morte, je ne dirai pas que je la regrelle; mais je me sens de la tristesse, comme qui dirait du re- mords pour le passe, pour tout le chagrin que je lui ai occasionne dans sa vieillesse, pour toutes les Jares verile ne youlait( silance, ell aulnde dans nus connal des peines, Inıtes les fipingle€ Tandıs« avec des Ye quAndre( son paneg jresque In poitrine. — Mais€ un instant Telle fut Lomme cel Is lieux,| Yallregie s el pour m alien A(0 letrangı poste poun Calien As — West dontra Dı — 0 ı 01 mar. —Ma sus se di I, Yoman, es, rentra eitre. Il en laires qui etait noir. vest vol ulaleffre, un instan! rles Fimite e. ntouralenl, ‚ Jinqiet: »e nuisiblt 15 colitait, möme pal“ isdit: Ah quelle es relle, mak irait du rer pin que I rtoutes Je 75 dures verites que je lui ai dites. Car pourtant elle me voulait du bien: c'est elle qui a conduit mon enfance, elle qui m’a aide de ses conseils a mon entree dans le monde; c’est a elle que je dois de vous connaitre. Et cependant elle m’a cause bien des peines, cette femme! Mais la mort concilie toutes les haines; oui, les haines, car a coups d’epingle elle m’avait presque inspir& de la haine. Tandis qu’il parlait ainsi, Charles le regardait avec des yeux penetres de la verite des senliments qwWAndre developpait; et lorsque celui-ei eut fini son panegyrique, Charles, par un mouvement presque involontaire, le pressa contre sa large poitrine. — Mais est-elle bien morte! s’ecria Andre apres un instant de silence. Telle fut l’oraison funebre de madame Helene. Comme cette mort exigeait la presence d’Andre sur les lieux, pour prendre possession de la terre qu’a- vait rögie sa tante, pour presider a son enterrement et pour meltre en ordre ses alfaires, il dit done adieu a Charles, en convenant de se revoiraM..., a l’etranger. Apres avoir commande des chevaux de poste pour minuit, apres avoir envoy& des billets dadieu a ses intimes, il se rendit au plus vite chez Louise. Elle&tait seule avec son mari, chose rare. — Quwest-ce donc! vous&les päle, lui dit-elle. — Ü’est la chaleur, repondit-il. Mais de l'eil il montra Durentel. — Oü deviez-vwous sorüir, mon ami? dit-elle ä son mari. — Mais nulle part, repliqua l’autre, comme sans se douter de rien. le A TEE REIN INGE Tu — Comment! veus deviez passer la soirde chez... chose, conlinua-t-elle avec humeur. — Il se fait tard; je vais me coucher. Bonseir, dit Durentel en jetant un coup d’eil haineux sur Andre.— Lorsque l'autre se fut retir&, Andre pre&- senta ä Louise la lettre qu’il venait de recevoir. Lovise, avec empressement. C'est de nos allaires qu'il sagit? Anpr&. Il ne s’agit que de moi.— Lecture faite, Louise pälit ä son tour, se doutant du resullat. —(Vest pour prendre cong& de toi, cherie, que je suis venu, dit-il d’un ton sombre. — Ah! fit-elle, pr&te a s’evanouir; mais sa con- stilulion assez robuste se pr£lait peu a ces sima- srees. Dois-je vous raconter celte scene de larmes et de desespoir, ces lendres adieux de deux tendres amants, separes pour quelques semaines par la ! main de fer du destin! D’un cöt&, des pleurs, des eris, des imprecalions, des prieres; une sombre desesperance, des prolestalions, des promesses d’un prompt retour de lautre. — Je te suivrai, disait-elle. — Dans quinze jours je reviendrai, disait-il. — Eerivez-moi souvent, au moins. ii Tmyus les jours, repı ndait-il. Ils se separerent enfin. Andre partit: toute cette nuit il la passa en vovacre, et encore un jour, et encore une nuit. Le malin, il arriva a sa terre de.... Tout le monde y dormait encore; on ne laltendait pas de sitöl. Une demi-heure apres, tout y marchait comme &lectrise par une nouvelle vie, inconnue jusqu'alors. II alla d’abord dans la chambre funebre, oü&tait depos&e le corps mort. Une odeur empestee s’en ahnlait de) nissables. — Blle es On fit le able. Andre mite, tout Iprös avoir ires, a) pur obteni Jen penibl Jinoise al nie non seı lies et les| hleltre su Pas un i Nlınuc Ile Mu, tyı \ N Frrlees$ SLNCE, Ei Re, Rt pu wenir | | | ) A 73 INCe chez, sen an AL} exhalait deja; les traits d’Helene&taient mecon- r. Bonsoi naissables. an ineux sn Elle est done bien morte! se dit-il. Andre pre ‚on fit le convoi aussi pompeusement que pos- sible. Andre y assista, tächant de faire peu I’hvpo- Tecevoir, nos afhire enite, tout en conservant des dehors convenables. Apres avoir, par son aclivite, mis de l’ordre ä ses 7 tun Ri, Haires ‚ apres avoir fait les demarches necessaires Mn"pour obtenir un passeporl pour l’etranger, chose esu at bien penible la ou Yon voudrait elever une muraille chinoise alentour des bornes de l’empire pour „le non seulement les hommes, mais encore les N os et les livres ne circulassent pas, Andre ecrivit hlettre suivante. cherie, que | ces sima- e de larne: eux tendres nes par I pleurs, det ANDRE A LOUISE. ne sombrt Doubt thou, the stars are fire; nromessei Doubt that the sun doth move: ! ag Doubt truth to be a liar, But never doubt I love, disalt-l. Pas un instant de repos tous ces jours; tracass continuellement, a peine puis-je lrouver un mo- separerenlment de libre pour vous ecrire: je taime! Et la passt Olmaintenant que je l’ai trouve, cet instant si desire ine null. liene s sais comment vous depeindre tout le vide de Je monde Ymon äme, loin de e vous, ma belle Louise; tout mon s de silöl: einui, tout mon desespoir, lorsque les longues at commdy Jouurndes s’&coulent sans que je jouisse de voire jusqu'd presence, de votre conversalion si intime, si ani- re, ol tal mie. Et L puis vient la nuit, et loin de vous je ne pestee sö touve ni repos ni sommeil. Ces nuits, qui, a vos er 22 76 cötes, etaient delicieuses A ravir, je les passe main]„)amour si tenant inquiet, solilaige, desespere. Il y a des me]„ielles. ments dans lesquels je suis pr&t ä tout abandonner] is je m pour courir vers vous, et mourir de plaisir, de, je tentr bonheur a vos pieds. Mais loin de vous, mon ange, brüle et al je ne suis capable d’aucune deeision, et celle ne yuisable. D cessit& de fer me erie: Encore un jour, et puis U te r&uniras pour toujours aelle. Oh! si c’etait pou toujours! Je ne regrelterai pas ces momenls pass@ loin de toi, si senlement ma presence jei pouvall a l’avenir pour loujours me rapprocher de toi, ohl ma bien-aim&e.— lei, lorsqu’ils me voient pensil, melancolique: Comme il aimait sa tante! disent ils. Lorsqu’ils voient couler mes larmes:(est s tante qu'il pleure, le sensible jeune homme! Qu se trompent! Moi, c'est Louise que je pleure, c'e& il, sibrül: ls: yeux, lelte boue fele; cett mes peine: loquence& te timbre Parlerai-je Jlond, ond Parlerai-je troirall vol je le vols| dtpeindre| “+ la divine Louise que j'aimais, que j'aime, que ja merai lant qu’il yaura un soulfle de vie dans nıo pauvre corps. Lorsque j'enlerrai celte tante, il m paraissait que j’enterrais mon bonheur. Cruelle Eh ve pourquoi£ire morle sitöt ou si tard? Pourgque Bilnird ie, n'avoir pas attendu que le sort, les hommes ou' mort m'eussent separe& de Louise? Alors tu aurall Bl savon pu mourir, J’aurais&t€ bien malheureux sans cela glantäle Mais, non, ni le sort ni les hommes, pas m&me| numera era Ma main mort, ne sauraient me separer de Louise; car ell est ma vie, mon lout. Elle est l’air que je respire la nourriture de mon corps, comme de mon espril; sans elle je ne vis pas, je souflre. Cette tante que aletterie jai eru aimer jadis, sa mort ne m’inspire mainte nant nulle douleur; je reste insensible ä la vue& son corps inanime; toutes mes facultös, toutes m& sensalions ont&l& engloulies par une seule passion, Dnit,’ama la bonte, anime par lies, en ı Vondrais ı Un pour Hl faib Passe majı Yadesm abandonn ‚plaisir,| ‚ Mon angı ei celte ui r, et puis| | Cetait por Denis passı lei pouva r de lei, 0) oienl pens) ınte! disen es:(est! nme! Qui pleure, ce Ne, que]i je dans we tante, il ur. Cruell 1? Pourgı ommes ol ors tu aull ux sans ce pas memel use; cal& e je respit mon espl i ite tanle| pire mail je ala vu s, toutes) oule pass fin ın amour sans bornes pour un&tre au-dessus des mortelles. Mais je m’apercois que depuis un quart d’henre jene t’entretiens que de toi-m&me. Parler de toi! fertile et abondante matiere! je pourrais&lre ine- puisable. Dire ta beaut&! ces beaux yeux noirs si vils, si brülants, si tendres, recouverts de leurs longs eils: yeux, tour A tour cruels, aimants, volupiueux. Cette bouche, telle qu’une rose apres une pluie dete; cette bouche, source de mes plaisirs et de mes peines. C'est d’elle que s’&conle ce torrent d’e- loquence et de persuasion, c’est d’elle que provient te timbre argent&, ma consolation, mon oracle. Parlerai-je de ce long filet de soie du plus beau blond, ondoyant sur un front, sar des epaules?... Parlerai-je de ce teint d’une transparence rare? ol eroirait voir A travers. Si elle avale quelque chose, je le vois fillrer par son cou de eygne. Pourrai-je depeindre les couleurs Etherees de ses joues? Mais, ah! ce corps charmant, que de fois n’en ai-je pas almire les secreles beautes!... Tu rougis, Louise! ma main n’osera pas devoiler Lout ce que mes yeux ont savour6, je me tais.—Voila quant au corps, et quant A lesprit je pourrais remplir des volumes par ’enumeralion de vos vertus; la finesse de volre es- prit, Yamabilit@de votre conversation ne le cede qu’a la bonte, ä la sensibilit& de votre cur: tout cela anime par un nalurel enchanteur, sans fard et sans alfetterie. Par cette description de toutes vos qua- lites, en,me les representant vivement ä esprit, je vondrais en quelque sorte y trouver une compensa- lion pour la brillante r&alite que j’ai perdue. Mais velte faible esquisse de vos charmes ne me repre- FEN EEE ARE ne % 78 sente que plus vivement l’&normit& du mallfeur pour moi d’en&tre&loigne. Treve done A ces jer&miades prolongees qui ne peuvent que te fatiguer, cherie, sans le donner une id&e passable de tout ce qui se passe en moi loin de toi, mon ange. Jai longtemps reflöchi au moyen le plus conve- nable et le plus commode en m&me temps pour nous revoir a nolre aise, et voilä le projet que j'ai forme; s'entend que je le regarde comme nul, une fois quil encourt votre desapprobation. Il s’agit d'un voyage a l’etranger, que nous ferions chacun de son cöl£, pour nous rejoindre dans un point fixe, AL... par exemple, ou votre mari pourrait vous con- duire et s'en relourner seul. D’aujourd’hui en deux mois, ä point, je pourrais m’y trouver. Par ce noyen nous£vilerions le parler des mauvaises lan« gues; car me rendre uniquement pour vous voir dans le lieu de votre sejour, ol je suis connu plus quw'une piece de fausse monnaie, ce serail par trop hasarder. Et jugez, cherie, du plaisir que nous aurionsä voyager seulaseuldans un pays inconnu; ıous parcourrions!’Allemagne,la Suisse, l’Italie, Oh! le bonheur de jouir pres de Louise de tant de merveilles del’art etde la nature!—Si ce projet vous agrce, mandez-le-moi au plus vite, dites toutes les modilications que vous y voulez mettre: volre vo- lont& sera une loi pour moi, et Saisons au plus töt nos preparatils, chacun de son cöle. Dans deux mois je vous reverrai. Oh! le bonheur!... Tant de choses encore que j'aurais ä te communiquer, mais Je n’ose vraiment faliguer tes beaux yeux par la lec- ture d’un si long fatras,&erit si peu lisiblement; Je termine done mon epitre en baisant, ma belle Jauise, la Yolre escla — Ah! m'attenda sipassion — Une — Pou ment sen tet Andre loul-a-col — Vou sage pass peut-£tre jeunesse, buuche dı Geultö de sionner( bean ou] P ur se COnVvenu ı femme vo lemoins: allenlion des Julie Dlirases $ lait pe Pour sa ı Merisie Louise Yallfeur puu s Jeremiade er, cherie tout ce qı Plus conye JS Pour nou e Tai lormd ul, une fi Sagit di jacun de soj fixe, Al. VOUS con hui en deu ver. Par« uvaises Jan ° vous voll connu plus it par(ro) r que nous 's Inconnu; sse,, l’Italie, o de tant de projel vom s toules les ; volre Vor gu plus fl Dans deu 1... Tant di jiquer, mal x par Jaler- isiblemenl! (, ma hell 179 Louise, la pointe de vos charmants petits pieds. Votre esclave pour toujours. — Ah! ah! dites-vous, en hochant la tete, je ne m’attendais pas ä trouver votre raisonneur d’Andre sipassionne pour une Louise. — Une Louise! de nouveaux... — Pour madame Louise de Durentel, ou, com- ment se nomme-t-elle?—continua-t-il en ricanant. Cet Andr& que vous avez peint si froid, devenir tout-A-coup si exagere! — Voulez-vous le mot de cette enigme? le pas- sage passionne de sa lettre, Andre le transerivit peut-Ctre de quelque roman qu'il avait fait dans sa jeunesse, et ces paroles il les avait mises dans la bouche d’un jeune enthousiaste. Carimaginez la dif- fieulte de la position d’un homme qui doit se pas- sionner de sang-froid. Quoique Andre aimäl Louise, beaucoup m&me, son amour n’6tait pas assez eher pour se preter a toules ces phrases qu'on est convenu d’exiger d’un homme amoureux. Une jolie femme voudrait que l’heureux quelle fait füt pour le moins-un Saint-Preux dans ses lettres; sans faire attention que pour inspirer des Saint-Preux il faut des Julie. Et comme lorsqwAndre eerivait ces phrases il&tait penetre de leur verit6, comme il S&tait persuade lui-möme qu’il ressentail tout cela pour sa« divine Louise,» alors le reproche d’hy- poerisie ne peut le toucher. Louise, le soir m&me ou elle avait dit adieu a 80 son amant, rentrant dans sa chambre, ä travers ses larmes apercut son mari qui s’en esquivait. — Que faisiez-vous la? demanda-t-elle etonnee, —(est ce livre que j'y venais chercher, repli- qua-t-il, et il voulut prendre la main de sa femme pour la baiser en guise de bonsoir. — Treve de familiarite, monsieur, fit-elle aigre- ment en relirant sa main. — Je m’en vais donc, puisque vous£tes si eruelle aujourd’hui;— et il s’en alla. — Etait-il aux&coutes? se demanda-t-elle; ce n'est pas du moins par jalousie! Ici elle haussa les Epaules. Certes, ce n’&tait pas par jalousie que Durentel avait&coute a la porte, pendant tous ces tendres adieux des amants. Il avait eru qu'il pourrait en ap- prendre quelque chose des desseins conspirateurs d’Andre. Vous pensez bien comme il fut desappointe, le pauvre homme!en trouvant du sentiment lä oü il en esp£rait le moins. Louise, pendanttrois jours, fut bien malheureuse. Toujours seule, toujours Eplorde, elle ne pensait qu’a son amant; la nuit, si un instant de sommeil la surprenait, d’abord son image se pr6seutait ä ses veux. Pendant trois jours sa porte fut ferm6e ä tout le monde, sous pr&texte de maladie; elle ne voyait personne, pas m&me ses enlants. — Elle avait donc des enfants? demandez-vous, eurieux lecteur. — Oui, elle en avait. —Pourquoi ne me l’avoir pas dit plus töt? — Pour beauceoup de raisons, dont la premiere, c’est que jene le savais pas plus töt; la seconde, que uadame I seme, I pour vous — Bah celles 1a.| — Troi lecadet,] aqualorz quelle n a Irenle- tendent ı — Me fair d’un nanl pou) que ving quelle eı —(Jue quelle n aMOUTEU. I done! — Pı parle, j' qanlea Sa malu aulres, Mor. E Vous, Vie —Paı Je ne su) que j'aie liffören Tande, U nom ‚ a{raven quivait, le Etonnee her, röpli e sa femme »elle aigre- S si eruelle (tele; ce les 1e Durentel ces lendres ralt en ap- Ispirateurs sappoinlt, nent la ol heureuse. ne pensail le sommeil eutait A ses mee a toul one voyall ndez-vous, tot? premiere, conde, que s1 madame Louise n’aime pas qu’on en parle; la troi- sieme, que je vous voyais trop occupe de la mere pour vous parler des enfants; la quatrieme... — Bah! bah! avec vos raisons, jen ai assez de celles la. EL combien avait-elle d’enfants? — Trois: son fils aine Adolphe, äge de seize ans; le cadet, Louis, quinze, et la fille Clementine, treize a quatorze ans. Louise se maria fort jeune, de sorte qu’elle ne pouvait aveir alors plus de trente-deux a trenle-trois ans. Je vous dis cela, car je vois ou tendent vos questions indiscretes. — Me voila tomb& de bien haut, dites-vous de lair d’un homme qui a mordu dans un cilron le pre- nant pour une orange; moi qui ne donnais A Louise que vingt-eing ans au plus; et je vois a present quelle en a quarante au moins. — Quelle idee, quarante ans! quand je vous jure quelle n’a pas plus de trente-trois ans. Rendre amoureuxmon heros d’une femme de quarante ans! fi done! — Pas si fi qwil vous plait a dire. Moi qui vous parle, j'ai et& bien amoureux d’une femme de cin- quante ans, oua peu pres. Mais aussi quelle femme! Sa maturite valait mieux que la jeunesse de cent aulres. Mor. Eneore y a-t-il une grande difference entre vous, vieillard casse, ride, et mon juvenil Andre. — Pardonnez-moi, me dit-il pique au vif. Dabord je ne suis pas vieillard encore, gräce au ciel, quoi- que jaie mes cinquanle ans bien sonn&s; el puis la difference entre votre äge et le mien n'est pas assez grande, je pense, pour vous autoriser a m'insulter du nom de vieillard. J’etais bien jeune encore, h. NET er Teen war TE EAFFE 82 lorsque je tombais amoureux de la personne char- mante malgre, ou peut-tre ä cause de son äge. Mor. Allons! je vois que vous avez une furieuse en- vie de me conler votre amour heteroclite. Satisfai- tes-vous, je suis assez complaisant pour suspendre ma lecture. Lu. Y pensez-vous! que j’aille prostituer les senliments secrets de mon cwur, en les racontant a un faiseur de romans,ä un glaneur d’aventures, pour qu’illes etale dans un de ses contes bleus: je n'en ferai rien. Elle restera grav&e pour toujours dans ce sancluaire, ajouta-t-il en montran\ son caur. Oh! je vous connais, engeance maudite de romanciers. Je restais muet d’&tonnement devant cette colöre subite.— Conlinuez donc votre histoire, dit-il ra- douci. Je vous contais tout le chagrin de Louise, pen- dant les trois premiers jours de l’absence de son amant. Mais peut-on£tre longtemps dans le m&me elat de Lristesse ou de jvie? La nature humaine s’y oppose. Aussi s’ennuya-t-elle bientöt toute seule; le chagrin ne suffisant plus pour l’oceuper, il fallut chercher quelques distractions.— Sans cela, se di- sait-elle, on fera d’abord dans le monde Ja suppo- sition que c’est son deparl qui me retient chez moi, quoique le parler des malins m’imperte fort peu; maispourquoi donc m’yexposer inulilement, quand je puis l’eviter a si peu de frais? En aimerai-je moins Andr&, en serai-je moins allligce de son d6- part, pour frequenter ces socieles insipides! Toutes ces raisons et tant d’autres&laient trop bonnes pour qu'ony püt r&pondre quelque chose. Peu A peu par le pas aballemen Ataient pl L’heureux les joues nouge eh son amal tout leur daccepte voyanl sl delle-mei teurs, qui que a une mecerite avec depi apres un que jinsp pourlant Lavoil Un bean: consolee deux amı 2(les [teriture slasme, I de vous, —(ne laulre a Comn Lauise( dallı “ler Anc INne char- Son äge, Urieuseen. °. Salisfai. Suspendre slituer les Taconlant avenlures, Ss bleus; je 1 tonjours ılranl son naudite de elle colere ‚ dit-ira- lise, pen- »e de son 3 le meme umaines'y ule seule; r, il Salut ela, se di- Ja suppo- chez mol, fort peu; nt, quand imerai-Je le son de- ajent LO) ue chose. 83 Peu a peu, elle se repandit dans le monde comme par le passe. Du commencement, sa päleur, son abattement, firent croire A sa migraine. Ceux qui &taient plus inili6s ou plus malins s’&criaient:— L’heureux Andre! comme il est aim&! Mais bientöt les joues de Louise se colorerent de nouveau de ce rouge&ther&, comme l’appelait Andre; sa gaiele, son amabilit& habituelle, revinrent bientöt dans tout leur&clat. Du commencement, elle avait hösite d’accepter les invitalions qui se pressaient; mais se voyant si belle, si fraiche, si jolie, elle eut pitie d’elle-meme; elle eut pitie de la foule de ses adora- teurs, quiauraient&t& au d&sespoir si elle el man- que ä une de ces r&unions.— Aussi pourquoi ne pas m'scrire depuis huit jours qu'il est parti! disait-elle avec depit; c’est pour le punir que je vais.— Et apres un instant:—Il doit Etre fier de!’admiration que j’inspire, fit-elle aveeun geste theätral,—Voilä pourtant tout ce que je lui sacrifie! La voiläbien loin, elle parle d&ja de sacrifices.— Un beau jour que Sophie se trouvait chez notre belle consol&e, la conversalion&tait tres animee entre les deux amies. On apporta une leltre. —(est de lui! s’ecria Louise, en reconnaissant lecriture, quelle porta a ses levres avec enthou- siasme. Pardonnez, dit-elle a Sophie, si je lis pres de vous, mais c’est de lui! — Que je ne vous derange pas, mon amie, reprit lautre avec douceur. Comment vous depeindre Venchantement de Louise en lisant cette lettre que vous connaissez deja! C’etaient des exclamations a n’en pas finir: ce eher Andre! qu’il m’aime! le pauvre!Puis elle rou- SR; ht ETUI EN ER 84 git, comme Andre Yavait prevu. Que je l’aime! conlinua-t-elle; excellent projet! Je pars pour l’6- tranger! c'est deeide! s’6cria-t-elle en finissant sa lecture. Ses joues&taient fortement colorees, ses yeux brillaient d'un vif eclat, elle suffoquait d’e- motion. La lettre d’Andr&&tait venue A temps; quelques jours plus tard, je ne sais si elleaurait fait tant d’effet; un mois plus tard on l’aurait laissde avec indifference, sans mö&me la lire peut-ätre; ou bien on l’aurait Jue avec ennui. Voilä pourlant les effets de l’absence! Maintenant, vous le voyez, c’&lait toule aulre chose. — Que vous devez ötre heureuse! ma chere, dit Sophie, presque avec de l’envie.—Vous concevez ce qui devait se passer dans son äne, en voyant Louise si aimee par Andre; elle qui aussi s’etait senti de linelination pour lui, elle qui lui avait eru de l’a- mour pour soi: ce qui m&me avait&t& vrai; de- voir entendre maintenant de sang-froid les confi- dences d’une rivale preferee! C’en&tait trop möme pour une Sophie. Elle appela a son secours toute la philosophie dont elle&tait capable. — Oh! oui, je suis heureuse de tout Je bonheur humainement possible, r&pondit Lonise. Etre aimde de lui! Si vous le connaissiez comme je le connais, si vous eussiez jamais aime,vous comprendriez lout mon bonheur en recevant une telle lettre de lui, par laquelle il me transmet si bien l’expression brü- lante de ses sentiments; alors vous ne vous en elonneriez pas. — Jene m’en&tonne pas, dit Sophie, en s’eflorcant de sourire. Je regrette seulement, continna-t-elle apres une pause, que cette leitre de mon cousin yus oblige Elle avai qui alfecl: prailre 1 Jauise de ger, mal frmaitl’a fn a leur revint che done Jam jimais de une minu O!mo vanltal jassail e qui versa ide de abandonn non Andı uitlee; Dane ct Änique, j “ Voyagı IUreUX Duis-; sence?] je Paime! S pour]e- nissant sg loröes, sog quait d’e. a lemps; ‚aurail fait alt Jaissde t-tre; ou Jurlant les vez, c’etait chere, dil ONCEVEZ.CE ant Louise it senti de ru de la- vrai; de- les eonfi- Top meme ours toute [e bonheur Etre aimde e cONNAIS, driez tout {re de Iui, ‚ssjon Drü- vous EN s'eflorcant nma-telle ‚om coUSID 85 vous oblige a nous quitter; est-ce un projet fixe? Elle avait grande envie de pouvoirlire cette lettre qui affectait tant son amie; mais elle craignit de paraitre indiscrete en en demandant la lecture. Louise de son cöt& aurait bien voulu la communi- quer, mais les@loges et descriptions quelle ren- fermait l’arr&terent. Les deux amies mirent bientöt fin A leur position gende en se quittant. Sophie revint chez elle triste et melancolique.— Il ne m’a donc jamais aimee! se disait-elle. Ne cesserai-je jamais de penser a lui! se reprenait-elle avec d£pit; une minute apres elle y repensait de nouveau. LOUISE A ANDRE. Dahin! dahin Moecht ich mit dir, o mein Geliebter, ziehn, O!mon bien cher, quelle fut ma joie en rece- vant ta lettre. Comment te decrire tout ce qui se passait en moiä la lecture de ces caracteres cheris, qui versaient une nouvelle vie en mon äme desse- chöe de desespoir. Moi, qui me croyais oubliee, abandonnee par toi, eruel! ne recevant rien de toi, mon Andre, depuis plus de huit jours que tu m’avais quitide; cette lettre si tendre, si aimante fut une manne ceeleste pour moi. Oh! je te suivrai, homme unique, jusqu’aux enfers s’il le faut. Que ce projet de voyager ensemble me sourit; que nous serons heureux la-bas!... Dois-je te parler de mes tourments en ton ab- sence? Dans ce monde d’indifferents mes yeux er- £2 ai ae 86 ei raient sans cesse el partoutilste cherchaient, Andre£, Quelqu’un venait-il, entendais-je une voix, je pr&- RP u wi tais l’oreille avidement: est-ce son pas, esi-ce sa g voix que j'entends? me demandais-je. Je m’eton- & nais presque de ne pas te voir arriver a ton heure 2 habituelle, oubliant que de longtemps je ne devais € te revoir! Et puis, figure-toi mon accablement en 4 me sentant si seule, si abandonnee! pas une äme qui comprenne mon malheur, pas une qui y compa= 3 tisse! Sophie&tait encore la seule qui me monträt Fi de l'interöt, la seule qui tächät de me consoler, de 3 me faire entendre ce qu'elle appelait la voix de la raison. Oh! combien cette raison ne nous parail- elle pas froide lorsque la passion parle! Gette bonne Sophie, quia le malheur de n’avoir jJamais aime, que de peines ne se donnait-elle pas pour me com- prendre,que de peines pour me tranquilliser—Pour- A quoi ces lJarmes, disait-elle, pourquoi ce desespoir? Qu’est-il arrive pour faire de tels ravages en vous? Il vous aime loujours, il vous est rest& fidele! au- cun danger ne le menace; loujours le m&me ciel # serein Juit sur votre union. Votre separalion n'est que momentande; vous vous reverrez bientöt; un - avenir sans bornes est encore devant vous. Tant de jours delieieux que vous passerez ensemble seront une bien large compensation pour ces quelques jours d’ennui et de peine.—Oh!ma chere, lui r&- pondais-je, si vous saviez l’aur&ole debonheur qu'il röpandait sur moi par sa presence; la serenile d’äme, la jouissance d’esprit que je ressenlais pres de lui;&coutant son parler tour& tour si fier, si r impelueux, si tendre, si&loquent! tout Famonur dont il m’entourait:— oh! alors, Sophie, vous com- gondriez© z peine€8 un mol „absence u lie da ‚helas! alcette li WUr, elle rı n desesp Yals aime wupiranl i wupirals a] a douleun ine, Char iere si Tenis, Mi lorsque s faibles ıc plve Tl, avec cam re, daı le prem Issances Jirments, It Ile( alte!«Bı ‚eruel,, Aleyoip,| N Lrd, ne t Patien UL, Andıt, X, je pr. esi-ce q 'eton- ton heum ne devais ement en Une äme y compa« ® monträt sole, de voix de la is parall- tle bonne als aime, me com- !—Pour- ösespoir! en vous? dele! au neme cie ‚tion n'est enlöt; un! . Tant de) le seronl quelques ie, Jui re} heur quil | sörenildN nlais pIES? si fer, si th’amoul ‚gus coM“ 87 prendriez combien est juste mon chagrin, combien ma peine est inconsolable. Si du moins, conlinuai- je, un mot de lui venait m’adoucir le malheur de son absence. Et alors arriva cette lettre ch£rie, si remplie d’affection, de tendresse, que je me£rile si peu, helas! dont je me sens si peu digne, oh! homme bon et genereux, qui m’elevez a ta hauteur. Alors yint cette lettre, et elle me mit en exlase de bon- heur, elle remplaca pour trop peu de temps, helas! mon desespoir par une jouissance delicieuse. Je me sayais aimıde, cherie par mon Andre; je le savais soupirant apres ma presence, lout aulant que je soupirais apres lasienne, partageant mon chagrin, ma douleur, toutes mes sensations de plaisir et de peine. Chacune de tes phrases me peignant d’une maniere si persuasive des senliments que je par- tageais, me transportait de joie, d’enlhousiasme. Et lorsque j’arrivai ala descriplion que lu fais de " ces faibles charmes, dont je suis fiere pour lavoir su capliver, dois-je l’avouer? je l’ai lue avec plai- sir, avec orgueil; je me sentais de la reconnais- sance a moi-meme pour lavoir su plaire. Oh! mon Andr&, dans la joie comme dans la douleur, dest toi le premier, c’est toi qui me fis sentir loutes les jouissances de l’amour, et mainlenant tous ses lourmenls. Qu’elle dura peu, cette joie occasionnee par ta lelire!« Encore deux mois nous separent,» ecris- tu, cruel, avec tant de sang-froid; moi qui esperais terevoir, tu me l’avais promis, dans un mois au plus tard. Attendre encore deux mois, a present! mais que ta volonte se fasse. J’attendrai donc en- core patiemment pendant ces deux mois eternels; Did ER 88 ma recompense viendra a la fin. Qui ne serait tent& par une telle r&ecompense? la vue de mon Andre! oh! quelle divine jouissance, et pour toujours!... Je modere mon transport, je modere l’elan de mon imaginalion qui, ardente, rapproche les temps et les lieux a son gre. L’attente est encore longue; je vivrai de souvenirs et d’esp6rances dans lintervalle, Que tes lettres, mon aimable Andre, viennent me consoler dans ma solitude; souviens-toi que je ne suis qu’une faible femme qui a besoin d’appui, de consolalion, d’encouragement. Je fais deja des pr¶tifs de voyage; je ne prends avec moi que Clementine; won mari me reconduil seulement jusqu'a L..., et puis il s’en retourne, Cest done la que je lattendrai: tout, en un mol, se fera d’apres tes desirs. N’'oublie pas de parsemer ma route de longues£pitres consolantes: oh! j'en ai tant besoin! Ädieu, cheri. Que j’ai de peine& me detacher de cette lettre destinee pour toi! et pour- tant il faut finir. Si du moins, avec ces pages dont jenvie le bonheur, je pouvais traverser les airs, voir mon Andre, quoique pour relourner de nou- veau a ma chaine! Mais vain desir et insens&! Adieu, pour la seconde fois, oh! toi, passion de mon cur, objet cheri de mon amour. N’oublie jamais ta Louise, que son image preside ä les a@ tions le jour, aton sommeil la nuit. Adieu, pour la derniere fois. — Les] ans conlr le toutes anlant din kr, de ba aux mal manulaclı jrogres d ülles si ompten irmes, N ücte de emenl a Jaie hide ore dan: \ord, Ma En Fr; Ale aus Ine ı ls du bondo erait tenj) on Andi! ujours!,, an de ma s temps dl longue; j intervalle, ennent mi que je m Uappui, de > ne prenii , un mol,& rsemer nl h! jen a eine a 1 ‚Vet pour pages dot r les alıs er de not t insense passion d ed les ac eu, pol I 89 Digression. Et puis un peu de morale, apres un peu de poetique; cela va si bien, — Les Etats-Unis de’Amerique du Nord sont, sans contredit, A lat&te de la civilisation materielle de toutes les nations civilisees du temps. Nulle part autant d’industrie, de commerce, de chemins de fer, de bateaux, de voitures a vapeur; tant de vais- seaux marchands, de canaux, de fabriques et de manufaetures, tant de machines; nulle part un progres de population si marquant; nulle part des villes si promptement elevees, d’entreprises si promptement achevdes, d’Etats entiers si vile lormes. Nulle part, en un mot, une masse si com- pacte de bonheur materiel; nulle part de gouver- nement aussi libre,, si vous exceptez toutelois cetle plaie hideuse, lesclavage, qui s’est maintenu en- core dans les Etats du Midi de l’association du Nord. Mais pas de soleil sans taches. En France, c’est tout autre chose: on s’y 06- eupe aussi du bien-£tre materiel; mais ce qui Y domine surtout dans la cabane du pauvre, dans le palais du riche, dans la mansarde du savant, dans le boudoir d’une jolie femme, c’est une tendance 90 prononcee vers le bien-£tre politique. Ce n'est pas le bonheur prive que cherche, que desire le Francais, c'est Je bonheur public qu'il poursuit sans reläche.— L’Allemand, entour& de sa famille, remplissant presque machinalement les allaires de la vie materielle, ne vil que dans le monde d’idees, monde qu'il s’est er&& lui-m&me; pour lui il n’existe qu’une vie intellectuelle.—L’Anglais n'est ni si adonnd ala politique que leFrancais, ni si maleriel que l’Americain du Nord, ni si phlegmatiquement idealque l’Allemand: ila pourtant quelque chose de chacune de ces trois nalionalites diflerentes, et il sail approprier les id&es allemandes a la politique francaise, de m&me qu'aux intereis materiels qui pr&oceupent si exclusivement l’habitant de l’Ame&- merique du Nord.— Ce n'est pas que je veuille ac- corder a l’Anglais quelques avantages... — Toujours gencralisant! interrompit Theodore; et en parlant ainsi il soufllait entre ses levres une longue colonne de fum&e droit au visage d’Adolphe, elendu a l’autre bout du canape. — Toujours fumant! repondit avec quelque ai- greur celui-ci, et il se leva conlinuant en ces mots sa demonstralion interrompue:—Que disais-je Zahl Ge n’est pas que je veuille accorder a l’Anglais quelques avanlages sur le Francais, l’Allemand ou l’Americain, mais... lei il s’arr&ta de nouveau. Tu ne sais plus oü tu en es de ton raisonne ment, mon amwi, dit en souriant Theodore; et il recommenca a fumer de plus belle,&tendant ses pieds sur le reste du canap&&vacue par Adolphe: Gelui-ci, en marchant le long de la chambre, s’&- tail arr&te devant une fenetre ouverte, etlespectacle len al an iscou dans Ja m assi, el aril-il la menail so junes 56 comment monslrali —(hr Theolore gie je Un ment laus taraclere quelque t lire ou| Is prend: honalite ı partie, p Ihabii pi du livre su lequ raclere tnelle able. U ‘ode 1A- eroule, Aregarl S nalioı elces(| eles li ,.101 le net ie desire]E il poursuil sa famille, allaires de nde d’idbes, il n’exisle nest ni si si maleriel aliquement we chose de entes, et il Ja politique uleriels qui de l’Amt- veuille ac- Theodore; levres um d’Adolphe, quelque al n ces Moß sais-je? all a l’Anglaß lemand ol uVveal. n ralsonne: jore; el il 'endant stS r Adolple. mbre, st espeolade 1)! qu'il en apercut lui avait fait oublier la suite de son discours. Cette fenetre donnait sur la rue, et dans la maison vis-a-vis, une fenetre etait ouverte aussi, et dans cette fenätre...— Eh bien! qu'y avait-il la?— Une jeune fille jolie a ravir, qui pro- menait son regard curieux dans la chambre des jeunes gens. Adolphe l’apercut, et a cette vue, comment n’aurait-il pas oublie de terminer sa de- monstlralion? — Car enfin, puisqu’il faut te refuter, continua Theodore d’un air grave, je(avouerai[ranchement que je trouve toutes tes ildes gen£rales enliere- ment fausses. Tu lempares de quelques traits de caraclere de plusieurs individus d’une nalion,, de quelque tendance observee dans les aclions, l’'his- toire ou les ouvrages de celle m@me nalion, et tu les prends pour l’expression du caraclere, de la na- tionalit& de ce peuple, jugeant du tout par une partie, par une seule face de ce tout, jugeant de I'habit par le bouton, de l’homme par son exterieur, du livre par son couvercle jaune, orange ou bleu, sur lequel le titre se lrouve imprime en bizarres caracleres parfaitement illisibles, de m&me qu’une vignelte lout aussi bizarre, tout aussi indechif- irable. Un seul fait d’apercu, et ton imagination brode la-dessus une serie d’inductions qui loules s’ecroulent, comme un chäteau de carles, devant un regard empirique. Dans nolre temps, selon moi, les nationalites ne sont plus assez prononcees pour se preter ä une classification distinctive. Les dille- rences de races, de climats, de langues, comme celles d’usages et de maurs, s’ellacent de plus en plus, nommement parmi les peuples de notre vieille rngch ae; Ben en Ze a 92 Europe. Bientöt peut-@tre seront-ils unis ensemble par un plus intime assorliment d’institulions pu- bliques, basdes sur une pure democratie bien en- tendue, de m&me que sur une economie politique et sociale en rapport avec les besoins de notre so- eiete moderne. lei, Theodore remit entre ses levres le tuyau de sa pipe, que la chaleur du raisonnement lui avait fait quitter, et il detourna la t&te pour voir l’eflet qne devait produire sur son ami le brillant de ses phrases. Adolphe&tait toujours la, les bras pen- dants, l’eil ouvert, debout devant sa fenetre, re- gardant lintrepide voisine. — Eh bien! a quoi penses-tu? lui dit Theodore, et voyant qu’il ne parvenait pas ä distraire son al- tenlion, curieux de savoir ce qui la caplivait a ce point, il se leva et s’approcha negligemment de la fen&tre. Mais bientöt la vue de la gracieuse appari- tion du vis-a-vis fit sur lui un effet semblable& celui dont Adolphe subissait deja linfluence. La robe de chambre et la longue pipe de Theodore mirent en fuite Melanie, que l’el&gante tournure de l’elegant Alfred n’avait pas ellrayce. — Diable! fit celui fäche.—Les jeunes gens alten- daient encore, esperant toujours une reapparilion, lorsqu’une grosse et rouge servanle referma la fen&+ tre de vis-a-vis, en leur envoyant un niais sourire. — Pourquoi&tre aussi venu! conlinua Adolphe avec un peu d’'humeur. Et sais-tu au moins qui est celle charmante personne dont tu es le vis-a-vis! — Je m’en doute, repliqua Theodore, quoiqu ce soit la premiere fois que je l’apercoive, ayanl peu U’'habitude de regarder par la fenötre; c'est, ä aaquee| yaisque nient JCl. I faute Molphe; Jong de 1 —(ü Theodor: dncanapı devint laı sujel A! phe elail el pensil zen nous NO — Bo le je nouv: An atce] allen! BR plie en Lot Is te serol montra Lain | sen Gelui-e —T Jolies fi Mmanle Lou “Ss, m Sensemll: ulions pu. ie Dien en. e poliligu e notre so- le tuyan di nt lui avall voir Veflel lant de se: bras pen- nelre, Te- ‚ Theodore, re son al plivait a ct ment de I: ıse apparl- »mblable& Iuence. Li » Theodort ournure de gens alten- apparilion, ‚malalene- is sounilt. ua Adolple ins qui& ‚ yis-a-ris: e, quoigl ive, ayanl 2; cest i 95 ce que je crois, mademoiselle Nathalie Audebonne, puisque j'ai entendu parler que ses parents demeu- raient ici. Il faut que je cherche ä leur Etre present&, pensa Adolphe; et il avait recommence sa promenade le long de la chambre, les mains dans ses poches. — Oü en etions-nous de notre discussion? dit Theodore,, reprenant sa position commode le long ducanape.—La conversation, d’animee quelle&tait, devint languissante, se mouvant pesammenht d'un sujet A Yautre; puis elle s’arreta tout-a-fait. Adol- phe&tait silencieux et röveur, Th£odore sileneieux et pensif. Un liers entra. — Tu viens A propos, Louis, lui dit Theodore; nous nous ennuyons du diable. — Bonjour, frere, Ini dit Adolphe. — Je viens te chercher de la part de maman, dit le nouveau venu en s’adressant a son frere, tout en aceeptant la pipe que lui offrait Theodore. Elle Vatlend, continua Louis, en lächant une bouflte. — Que me veut-elle, ma mere? demanda Adol- phe en froncant legerement les soureils. Louss. Elle part demain matin, comme tu le sais; ce seront done probablement des conseils, des re- montrances! L’aine fit encore quelques tours de chambre, puis il sen alla en disant:— Sans adieu, Theodore. Celui-ci s’adressa ä Louis: — Toi qui connais presque toutes les jeunes et jolies filles de la ville, dis-moi si tu connais la char- mante Nathalie Audebonne de vis-a-vis? Louis. Moi qui connais non seulement les lai- des, mais encore les jolies jeunes filles de presque Een REN 94 toute la ville, je vous avouerai que Je connais non seulement l'affreusement laide et disgraeieuse Na- thalie Audebonne, mais encore sa cousine, la gen- tille, la charmante Melanie!— Disant cela, Louis portait les doigts a ses levres en signe d’admiralion. Tutovore. C'est donc la cousine que j'ai apercue par la fenötre, et que Jai prise pour la fille de la maison. Y est-tu bien connu? — Je ne sais comment j'y suis connu, mais je ne les connais que pour les avoir vues passer dans la rue, repliqua Louis d’un air malin. Tn&onore. Pas plus! c’est dommage, mon petit; Je croyals que tu pourrais m’y prösenter. Lovis. Si tu m’en prie bien tendrement, peut- etre pourrais-je Ü'y presenter; mais ce sera A une seule condition. — Laquelle? dit Theodore avec empressement. — Celle de faire votre cour a mademoiselle Na- thalie, tandis que je la ferai ä Melanie, repliqua l,ouis en&clatant de rire, Tn&ovore en souriant. Allons done! ne vas pas devenir jaloux; menes-y-moi. Sans cela tu n’aura »ncore que trop de temps de reste pour faire des tiennes. Mönes-y-moi, je t'en prie. Lovis. Je le veux bien, mais ce sera pour une autr fois; car je m’apercois que je jase ieci trop long- temps, et maman s'impalienle en ne me voyant pas venir. Adieu, cher, au revoir. — Rappelle-toi ta promessse, lui eria Theodore. Tiens, quelle promesse? demanda Louis en S’arrlant a la porle; je Vai deja oubliee. Et il sortit en pıroueltant. Lorsqu’Adolphe entra chez sa mere, il trouva Jise Ma) Louise. on avez VO — Chez Ihmain de —Toujc —[nn kt Iphe l Louise| gel ton| —- Dur lore, repl — Andı mus laiss Ense. — Je p‘ Louise. peiele pe |- 1e 00 EN laaı En eflı I Louis Buent pri R 15 som wurs?|. De ONnais non (teuse Nn- 1e, la gen- cela, Louis dmiralion, a aperene {llle deh mais je ne ser dans h mon petit; Y nt, peut- sera A une ssement, iselle Na ‚ repliqua 1e vas pas tu n’aura r faire des une autre [Top long- voyantpas "heodore. ı Louis el Euil sort j] trouva 95 Louise marchant ä grands pas a travers la chambre. Lovise. Je vous attends depuis une demie heure; ol avez vous Ele, monsieur? — Chez Theodore, maman, dit le fils en baisant la main de sa mere. — Toujours chez ce Theodore, un mauvais sujet! — Un mauvais sujet! il est mon ami, repliqua Adolphe leeil en feu. Louise repondit d’une voix courroucde:— De quel ton parlez-vous la& votre mere, monsieur? — Du reste M. Andre yallait souvent, chez Theo- dore, repligua Adolphe radouci. — Andre y allait-il? soupira Louise. Et oü avez- vous laisse votre frere? demanda-t-elle apres une pause. — Je pense qu'il est reste encore chez Theodore. Lovise. Toujours chez Theodore! Si c’est une soeiel& peu convenable pour vous, d’aulant plus elle ne convient pas ä votre&tourdi de frere. Mais le voila qui vient En effet des&clats de voix annonc£erent larrivee de Louis, et bientöt il entra en pirouettant. Apres quelques remontrances nouvelles, la jeune mere se tesuma:—Je vous ai fait appeler, messieurs, pour vous prescrire votre regle de conduite pendant mon absence, pour vous donner ma benediction maler- nelle. Ici elle sourit; ces mots si graves lui parais- saient presque tranges dans sa bouche: les Jeunes gens sourirent aussi.— De quoi riez-vous, mes- sieurs? demanda-t-elle en se ravisant. — De ce qui fait rire maman, repondit le plus jeune. Lovise. Allez! je suistrop bonne pour vous.—Puis 96 elle continua:—Je vous recommande de vous bien conduire en mon absence; que je n’apprenne rien de vos anciennes fredaines. Attention, Louis! Je laisse mon mari, et elle Je montra de la main, assis dans un coin, spectateur muet jusqu'alors de 4 celte scöne de famille; je le laisse pour vous sur- veiller.(Adolphe fronca les soureils, Louis cacha un sourire du revers de sa main.) Obeissez-lui comme a moi-me&me; vivez en paix lun ave : l’autre, eltudiez avec application(Louis bäilla des 7 plus belles).— Qu’est-ce a dire, monsieur? reprit 1 sa mere. En un mot, termina Louise, que je sois ; contente de vous, el vous en serez reecompense6s par 4 ma eonfiance, ma tendresse. Elle les embrassa.— E On Iui promit tout, dans la ferme intention de ne i rien tenir.— Clemenline entra. 4—[ih bien! ma fille, dit la jeune mere en s’a- dressant ä elle,@les-vous bien contente du beau voyage que nous allons faire des demain? 3— Je suis loujours contente lorsque je reste pres de vous, ma mere, dit Jacharmante petite fille, Je regrette seulement de me söparer de mes freres! ajouta-t-elle en leur jetant un tendre regard. — Vous en serez compensee, ma chere, parle beau pays que vous allez voir.— Louise sortit pour un instant, son mari avait deja quitt& Ja chambre. — Jete regrelle bien aussi, chere seur, dil Adolphe en l'’embrassant tendrement. — Et moi done! ajouta Louis. Une scene de ten- (resse fraternelle s’ensuivit, dont Clementine fal le centre. Felix, le petit frere d’Andr&, place en ville pour y faire ses eludes, grand garcon de dix-sep! ans, entra alors en faisant beaucoup de bruit ay& us pieds. On — bonjoU ine. —Volre s yndil le ne site Alle, b eravite.1 ers elle. Ah! c Uimme il re flleenl’en ala loul ci ne lemp anour-prof mellet, de ulnls sar ss visiles d hrlassidu Mall. Lesf krence qu passa comı Je m'arı el pelil Si jemb 1er la da Juvelles] its qu Kulton{i I! he, hı - Vous bien TENNE Yet Lonis!]ı la main. jwalors di "VOUS SUR: ouis cacht beissez-Iu Tun av ; bäilla de, eur? repril que je sol; Ipenses pi ıbrassa.— nlion de ıt ere en Str e du beul I e je rest petite fill nes[reres esarll. parle.bes it pour U ‚mbre. sur, d öne de let! nenline Il aeg en vl de dix-&] ae 97 ses pieds. Onle recut avec un: Ah! bonjour Felix. — Bonjour, monsieur Felix, avait dit Cl&men- ine. — Votre serviteur, mademoiselle Cl&mentine, re- pondit le nouveau venu, en baisant la main de la petite fille, que celle-ei lui pr&senta avec beaucoup de gravite. Louise rentra. Felix s’avanca timidement vers elle. — Ah! comment va, mon petit? dit Louise. (omme il ressemble, le cher, a son frere! conlinua- t-elleen l’embrassant cordialement.—Lejvuvenceau resta lout confus de cette faveur, flati& et pique en meme temps, ladenomination de petit blessant son amour-propre; car il se sentail grand, et il l’etait en effet, de taille, sinon d’esprit. Louise laissa les enfants samuser tout seuls; elle sorlit pour faire ses visites d’adieu. Clementine fut charmante, Felix lort assidu aupres d’elle;&evidemment elle le favo- risait. Les freres naturellement jaloux de celte pr&- [erence qwils eroyaient injuste, Ja journde leur passa comme un£eclair. Je m’arretais ici pour reprendre haleine; l’indis- erer pelit vieillard en profita pour mÜinlerrompre: — Si jjembrasse votre plan, dil-il, vous vous embar- quez la dans une histoire interminable. Tant de nouvelles personnes que vous introduisez, tant d’in- tigues que vous liez ensemble! Ajoutez-y une re- volution qui se prepare; il faudra developper sa marche, häter son explosion; puis viennent les suitesde cette revolution:—de loin deja j’apercois le noir&chafaud qui atlend votre heros. Pour de- trire tout cela dans une latitude convenable, il vous hudra peut-etre les dix in-lolio de la Scudery, I. 5 98 ou pour le moins les six in-oclavo obliges de Walter Scott. Y pensez-vous! donner quelque chose de si lourd, de si prolixe a des lecteurs blases, qui ne vous demandent qu’un conte de quelques pages, qui n’ait pas m&me le temps de les ennuyer. La plus longue latitude de nos romans modernes, c’est tout au plus deux volumes transparents, de ceux-lä auxquels nous ont habitues nos libraires, avec force pages en blane(1). El maintenant vous allez paraitre avec vos longues aventures imbroglio! Je l’&coutai patiemment jusqu’au bout: vous l'avouerai-je? la justesse de ses reflexions me frappa. Voiei cependant ce que je trouvais ä lui repondre:— Vous pouvez avoir raison a cerlain egard, et certes si j’eerivais pour de l’argent, je choisirais une tout autre forme. Ce n'est pas non plus la gloire, la gloire de romancier surlout! qui me tente; oh! non. Je n’&eris que pour mon plaisir uniquement. Gelui done que mon livre ennniera, le jettera au loin sans le conlinuer, et je ne lui en voudrai pas. Du reste il ne depend que de moi, donn& que je suive le plan que vous indi- quez comme mien, de neprösenterau public que les parlies les plus interessantes du tableau; omettant le bavardage(et certes ce dialogue sera le premier que j’omettrais alors), donnant le tout pour des fragments trouv&s dans les papiers d'un ami, par exemple. Du reste il ne dependrait que de moi de mettre a faux toutes vos propheties de mauvais au- eure, et dans le beau milieu de lintrigue, lorsque 1) C’&tait ainsi peul-ätre lorsque l’auteur serivait ces pages: maintenant le goüit est chang6; car ä chaque annde, sa mode. ( Note de!' Editeur.) jous les I June re\ ntion, fi ce ne sel iyenemel encore di tombe, v purrais, Andre, a maginali ninistre combaltı elle n'est misere d Btpuis ı jai döja Helene, ist, con morale( — u nile, m Iue je Ssayan Iisleme lans un N vous Ieltez-, Oudrez, Ousapı les n üiles-|e mme: JIE you ohliges dı " quelgu urs blasds ® quelque: s ennuyer, modernes, Jarents, di ; libraives, nanl vous imbroglio! out: von exions” mit ivais& lu ı a cerlail argent, ji st pas n0l r surtoul. pour mon mon live nuer, etjt jepend que vous indie blic queles ; omellanl Je premiet t pour des n ami, Pil . de moi lt yauvals Alt ze, JorsQ) alt ces pi 2,52 mode. ji ,[’Editeun) 99 tous les ressorts en seront le plus tendus, la veille dune revolution enfin, faire deeouvrir la conspi- ration, faire main-basse sur les conspirateurs(ct ve ne serait pas le premier exemple d’un pareil evenement, non seulement dans un roman, mais encore dans la vie reelle); et une fois mon heros tombe&, voila le neud coup&, et tout est fini.— Je pourrais, du reste, faire faire une bonne fin ä mon Andre, ajoutai-je en moderant mon transport d'i- maginalion; le marier a une riche veuve, le faire ministre du gouvernement qu'il commenca par combattre. Que dites-vous de cette derniere idee? elle n'est pas des plus mal; elle montrerait toutela misere de la nature... Mais le bel avanlage que cela! Et puis ce ne serait que la repetition du röle que jai deja fait jouer au ministre cousin de madame Helene.— Aureste peut-Etre mon roman, tel qu'il est, conlinuai-je, trouvera-t-il des lecteurs pour la morale qu'il renferme. — La morale! belle chose que la morale, en ve- rite, m'interrompit le petit vieillard, qui, pendant que je parlais, s’etait remue inquiet sur sa chaise, essayant cent fois de me couper la parole.(est justement de la morale qu’on cherche maintenant dans un roman! Int&ressez, amusez, plaisez, et on vous lira, on vous achetera, on vous prönera. Meltez-vous en veine de gaiet&ä quels frais que vous voudrez: faites rire les sanguins, et les sanguins. vous applaudiront, faites pleurer les melancoliques, et les melancoliques vous applaudiront. D’un cöte fäites-leur de petits contes bien scandaleux„— comme vous en savez faire, C'est dommage seulement que vous les noyiez dans cet amas d’inepties! Repre- EHRE RER - a re Ber T" 100 sentez-leur des amours bien lubriques, des seenes bien voluptueuses: oh! alors la moitie de votre au- ditoire vous&levera aux nues. Bientöt apres, par une transition brusque, passez ä des scenes d’horreur ä faire dresser les cheveux; amassez meurtre, viol, in- ceste, parrieide, tout cela p&le-mele, sans ordre, mais avec du style, et alors vous serez lidole de l’autre moitie de votre auditoire. Reunissant dela sorle tous les sulfrages, vous monlerez en triomphe jusqu'au sommet du Parnasse moderne, accompagne par les applaudissements ou les huses de la foule. Mais pas un mol de morale, ou vous tes perdu; pas un mot de morale! repetait-il avec convielion.— Encore si c’&lait de celte bonne morale, comme on en trouve dans les contes moraux du siecle passe, oh! alors vous auriez au moins pour vous les meres de fa- mille, qui, sans vous lire elles-m&mes, vous donne- raient älire A leurs filles, comme modele de vertu et de sagesse. Vous auriez la salisfaclion d’entendre dire partout dans linterieur des familles bour- geoises: Monsieur un tel, quel charmant auteur! c'est leMarmontel du siecle, c’est le digne&mule, le diene successeur des Bouilli et des Genlis. Get&loge vautbien quelque chose; mais cet&loge ne vous sera pas prodigue, car chez vous ilyadela morale, maisä travers des saletes; passez-moi le mot, el avouez s’il u'yapasdans votre livre tout bonnement des saletes? — Des saleles! terme est un peu dur. Mais comment oser&erire repelai-je tout consterne, le un roman dans nolre temps, sans v me@ler un peu de ce que vous appelez des salet&s? A moins, comme vous le dites vous-m&me, qu'on ne veuille avoir pour lecteurs rien que des jeunes filles, il est im- yossible dı alion.— orle; Mi Anient sl jeure de jne mon gu jusqu nöme, de tenIe de] ment 01 nous elio Ja chemin rnge: Do — Poı Isais so) baltu dan ._ Alte vengeräl des sone volre au- s, par une Chorreur; ®, Viol, in- rdre, mais de lautre sorle tous e Jusqu'au ne parles e, Maispas as un mol -Eneore si en trouve ‚ohl alors res de fa- us donne- e de vertu l'entendre \les bour- nt auteur! e emule, le s. Qeteloge vous Ser „le, maisä avouezsil es saletes! sterne,|t oser&eritt Jer un pel ns, comme uille avol| il est In| 101 possible de ne pas mettreun peu de sel dans la nar- ration.— Nous diseutämes encore longtemps de la sorte; mais les raisonnements du petit vieillard etaient si convaincanls, qu’au bout d’une demi- heure de discussion, il m’avait presque persuade que mon roman ne valait rien. De sorte que mol, qui jusqu’alors avais eu si bonne opinion de moi- m&me, de mon talent de romancier, jelais presque tenle de jeter mon manuseril au feu. Mais heureu- sement ou malheureusement, comme il vous plaira, nous&lions alors en&te, il n’y a pas de feu dans la cheminee, donc je ne fis rien, et reprenanl cou- rage: Dois-je poursuivre? demandai-je. — Poursuivez, repondit-il, et dans ses yeux je lisais son triomphe de m’avoir si completement battu dans la discussion pr&cedente. — Attendez, pensai-je, maudit vieillard, je me vengerai encore! Double Intidelite. Ainsi va le monde! ce n'est pas ma faule, Mais je quitte Clömentine, ses fröres, Felix, Theodore et sa robe de chambre, pour en revenir au grand Charles Menaudet, que depuis trop long- temps nous avons perdu de vue.— Apres le döpart d’Andre, il etait rest en ville dans l'intention de n'y passer que quelques jours, et des le lendemain il alla chez les Laudun,, son ancienne eonnaissance de province. Il trouva Sophie toule seule. — Je ne derange pas madame? Et il s’assit. Sormie. Pas lemoins du monde; toujours char- mee de vous voir. Lvi. Monsieur n’est pas chez lui? Erre. Non; mais il revient d’abord. — Plus tard il reviendra, mieux fera-t-il, pensa Charles. On parla d’objets diflerents. — Vous me paraissez soucieux, remarqua Sophie. Gnsnzes. C'est peul-Etreä cause du depart d’Andre Audonne. Sorie. Comment! M. Andre est parti, sans möme nous dire adieu! Cuarees. Son depart a&te& tres preeipite a cause de la mort de sa lante, Sopni.| (tel dom (mAnLeS gaoi Andr Sopnle. biten elı Ju ciaient LHARLES psser, lui SOPHIE. ÜHARıES aaup daul firte, sor On par nadame| sens ein amaleur d tut. Ce c var ac elail oceı si redou! es d’ur use pa Wall devi Üimpress Der fütfi tale, me nlune Des qu temelent euer| x Iite Pas ma faule, es, Felix, ell revenir [rop long- ; Je deparl tenlion de lendemain Inalssanct y n Jassit, yurs char- t-il, pensa wa Sophie. rt Andre sans mem 6 a cause 105 Sornie. Comment! madame Helene est morle? Quel dommage! Cuartes. Oui, elle vient de mourir, et voila pour- quoi Andrea quitte la ville cette nuit m&me. Sorme. Quelle perte pour M. Andre! comme il doit en&tre afllige! une personne dont les conseils Jui etaient si indispensables! Cuanzes. Oh! pour les conseils, il saura bien sen passer, lui! Sorsıe. Pourtant— a son äge... Cuarıes. A vingt ans, il vaut mieux que beau- coup d’autres ä Irente. Son esprit est mür, sa tete forte, son caractere ferme: c'est un homme carre. On parla d’autre chose. Charles fit fort la cour A madame Sophie, car malgr& ses quaranle ans(les siens et non pas ceux de Sophie), il&lait grand amateur du beau sexe, et celle-ci lui plaisait sur- tout. Ce qui l’enhardissait, c’&tait la certitude qu'il ayail acquise par les rumeurs de la ville, qu’Andre &tait oceupe de Louise; car il craignait trop un rival si redoutable, etil ne voulait pas aller sur les bri- sees d’un amıi. La pen&tration que Charles avait ac- quise par une longue experience d’observalion lui avait devoil& tout d’abord combien Sophie avait fait dimpression sur le cur d’Andr&, quoique ce der- nier füt fort mysterieux et discret en maliere si de- licate, m&me devant son meilleur ami.—Les femmes ont une merveilleuse facult& de deviner les senti- ments qu’elles inspirent; meme les moins coquettes dömölent tout d’abord l’action qu’elles exercent sur le c@ur impressionnable de celui-ei ou de celui-la. Sophie s’&lait donc bien vile apercue de ce que Charles ressentait pour elle, deja presque de l’a- DE Zee EEE NerTere Sa 104 mour. Son amour-propre en fut intörieurement llatte, vous le pensez bien. M&me pour une Sophie il ne pouvait ötre indiflerent d’avoir tourne la töte; un homme tel que Charles. Elle goütait trop sa con versalion piquante, il lui parlait trop souvent d’Au- donne, elle etait, disons-le, peut-&tre trop coquette, — quelle fomme ne l’est pas? pour pouvoirse deeider a eloigner Charles par une froideur marquante, Elle choisit done une conduite mixte, alin dene pas enflammer trop son poursuivant d’amonr: de la reserve, mais de la bienveillance; une maniöre d'e- tre amicale avec lui, mais nulle familiarite, aucun encouragement.— Menaudet, en homme d’esprit quil etait, comprit parfaitement que c’&lait pire qu’un conge formel qu'il recevait ainsi. Il entra fort bien dans son röle d’adorateur malheureux, muet, sans espoir; ilreconnut dans la dame de ses pen- sces la faiblesse quelle conservait encore pour Au- donne, de soriequ'il se faisait une espece de merite aupres d’elle delui en parler ä tout instant. Espe£- rant loujours quelque chose de l’aetion du temps, il prolongea ä plaisir son sejour en ville. Ce ne ful que lorsque les Laudun s’en allörent dans leur terre qu'il se prepara enfin ä rejoindre sa femme, qui prenail les eaux non loin de Louise avait recu une seconde lettre d’Andre, renfermant un billet pour Charles. Louise se le fit presenter, Audonne n'ayant pas eu le temps de le faire, et elle lui remit ce billet, qui ne semblait eunlenir rien que des phrases amicales. Mais en le portanl A gnes ehi chez ui, jets.—L° favorable un abord que par rer cell relirant, — gmeusem Le de) relarde nen:al sorlant ı | remarı earrosse Diablel s chevaux um visa: surpris Durent: Salut pa Yaise Iu Fe pipe de Louis lu Ir, dey. jerema) foule,( Juelque l Tec Onvers erieuren "une Soplı Urne la täle; {op sa con ouvent d’Aı. "Op eoquetle irse decidır Marquanlı ‚alın dem amonr: deli maniere d)! arite, aueut me despri eelait pin I! entra for reux, muel de ses pen Te pour Au ce.de meril stanl. Bsp ı du temps le, Ce neli t dans lei e sa Jemme re d’Andıt, yuise selelt temps de k ne sembll Maisen| 2 105 portant a une bougie, Charles fit sauter quelques li- gnes chiffrees, invisibles jusqualors. De retour chez lui, il en apprit la reussite d’un de leurs pro- jets.—Louise et Menaudet se firent peu d’impression favorable Yun sur l’autre. Charles en general avait un abord peu prevenant Aa son avanlage, el ce n'est que par l'intimite quiil attirait les caurs.— Pre- ferer celte femme a une Sophie! s’&criait-il en se retirant. —(Ce rustre, ami de mon Andre! disait dedai- gneusement Louise. Le depart de Charles pour l’&tranger fut encore retarde pendant quelques jours, sans qu'il y püt rien:ala fin il partit. Des la premiere station, en sorlant de sa voilure pour demander des chevaux, ilremarqua devant la maison de poste un grand carrosse arr&t& dans la m&me direction de route.— Diable! se dit-il, cela me fera encore mangquer de chevaux.—Lorsqu’il passait a cöl& de cette voiture, un visage de femme mit la L&te ala fenetre: quelle surprise pour Charles en reconnaisant madame Durentel, qui le reconnut aussi, et r&epondit a son salut par un gracieux signe de tete! Malgre sa ımau- vaise humeur, malgr& son habit de voyage, sa lon- guepipeäla main, Charles fut oblige de s'approcher de Louise et d’echanger avec elle le colloque suivant. — Quel bonheur pour moi, dit-il d’un air pene- tre, devous rencontrer, madame! d’autant plus que je remarque avec plaisir que nous faisons la m&me roule. Cela me donne lespoir de jouir pendant quelque tempsde votre aimable societe. Il recut une r&ponse tout aussi bienveillante; la conversalion s’enlama vivement. Menaudet regretta Sr 106 presque de se separer de Lonise, lorsque les che- vaux de celle-ei furent pröts. — Je me console au moins, lui dit-il en la sa- Iuant, par l’espoir de vousrevoir, madame, au pro- chain relais. En effet, a chaque relais, ils se voyaient, se par- laient; leur intimite eroissait ä vue d’eil. La pre- miere impression,assez peu agr&able,qu'ils s’etaient faite!’un sur l’autreäleur premiere rencontre, dis- parut bientöt; elle fi place a une estime, Aun goüt mutuel. — Elle vaut presque Sophie, se disait Menaudet. — Que mon Andre sait choisir ses amis! pensait Louise. Voila un homme digne de lui en tout point; sense, aimable, spirituel. Il yavait, du reste, beaucoup de rapprochement entre eux: leur alfection commune pour Audonne, leur voyage commun seul ä seul. Il n’y a rien de plus ennuyeux qu’un voyage qu'on fait sans avoir ä qui adresser la parole. Vous vous imaginez donc le plaisir qu'ils eurent tous les deux de trouver si ino- pinement une soci6l& toute faite. Arrives a L., ils descendirent au m&me hötel; Louise au premier, Charles au rez-de-chaussde. Quelques aflaires de la communaute(car, je ne vous le cache pas, nos conspirateurs avaient des liaisons partout) deman- daient la prolongation du söjour de Charles a L... Il passait, au commencement, la moilie de ses jour- nees chez Louise; bientöt il les y passa tout en- tieres, devenant de plus en plus aimable,, pressant, assidu. L’instant qu’Andr& avait fix& pour son arrivee sS’approchait deja. Louise, vous le pensez bien, l’at- endail avı f 18 la’ Sharles, emperam Jeux mol: onlamne es habitu Vous v alun hon jeint Char luisanl gement lı (on: sup] ılexion,( jeuse, a i ceder A famour ı resislant hommes zu foisl fest pe) LONISE e son loulı ler d’ay —(uoi{ Vous la Raconle] Vous plai guise, L, Tırfait) rail eı Midena INES a üe les che. l en la$As ne, au pro- nt, se par- il. La pre- ls s’elaient onlre, dis- ime, Aun ‚Menaudet, is! pensait lout point; rochemen! " Audonne, a rien de ans avoir nez done le uver siino- tsäh., ik u premier, ffaires de e pas, 108 ıt) deman- les ä...1 Je ses Jour- sa tout ei , pressanl, son arıive® bien, lal- 107 tendail avec impalience; elle voulait tenir bon jus- que la, et malgr& tout son entrainement vers Charles, elle voulait lui r&sister. Mais, helas! son temp6erament fut plus fort qu’elle. Depuis plus de deux mois qu’Andre& l’avait quittde elle s’etait vue condamnde A une abstinence qui n’etait pas dans ses habitudes. Elle succomba done. Vous vous etonnez, je n’en doute pas, de ce qu’un homme d’un caractere tel dont je vous ai de- peint Charles, eüt pu trahir son ami delasorle,enen seduisant la maitresse. Mais avant de porter un ju- gement trop rigoureux, mettez-vous dans sa posi- lion: supposez-vous a son äge encore, avec sa CoM- plexion, en face d’une femme telle que Louise, gra- ecieuse, ardente, voluplueuse; une femme habituee äceder a de moins bons que Charles, avant que lamour m&me sensuel d’un Andre l’eüt purilice; resistant maintenant, mais faiblement. Et puis les hommes, m&me les plus scrupuleux, le sont quel- quefois bien peu en fait degalanterie; selon eux, tout yest permis. Du reste, Charles se doutait qu’entre Louise et Andr&,, il ne pouvait y avoir quune liai- son toute de sens, et alors il ne pouvait se repro- cher d’avoir detruit un bonheur semi-domestique. —Quoi qu’ilen soit, je ne pense pas excuser devant vous la conduite de Charles, ni celle de Louise, je raconte les faits; si mon Charles, si ma Louise ne vous plaisent pas, imaginez-vous-en d’autresävotre guise. Le fait est qu’ils vecurent ensemble dans un parfait bonheur pendant le peu de temps qui les s&- parail encore de l’arrivee d’Andre. La veille du jour qui devait terminer les deux mois que celui-ci avait fixes a Louise pour leur reunion, les deux nouveaux 108 amanis se s&parerent sans remords aucuns, et Charles s’empressa de parlir pour M,.., oü depuis longtemps sa femme l’attendait, ou peut-Ötre ne l’attendait pas. Avant son depart pour ce long voyage,, Andrö entreprit de faire ses visites d’adieu ä lous ses pa- rents, disseminds a quelques lieues a la ronde. Il ne dependrait que de moi, lecteur, de vous con- duire, sous ce pr&texte, chez toutes ces ennuveuses figures de province; mais je vous epargnerai ce marlyre, nous ne visilerons que les plus eurieux. Nous ne imanquerons done pas, du moins, d’accom- pagner Andr& chez M. Chaumeresse,, le pere de So- phie: un petit homme de einquante-eing ans, vil encore, quoique casse deja, d’une physionomie ave- nante, d'une politesse empressce, qu’il r&partissail a doses egales pour chacun. Il oceupait depuis des annees une des premieres charges de sa provincez mais charge marquante plutöt de nom que de fait, Habitueparlaa une vie toute de representation, s'il y perdit une immense fortune, il y gagna cette po- litesse exquise dont je vous parlais tout-ä-l'heure. Tont etait vanit& chez cet homme; il s’etait plu ä bätir un palais enorme, ä l’embellir de toutes les manieres imaginables; la plus coüteuse lui parais- sait la meilleure. Parlout vous ne rencontriez que dorure, que marbre, qu’ebene. Vous n'osiez mar- cher, vous asseoir, vous appuyer quelque part, de peur de briser quelque meuble precieux, de faire quelque dommage irreparable. Mais comme cela kail sans$ gmme le nehesses» pontrant: ben peu d pbleaux@ dissez bei ylse cOMF Pables& d fuues de ı Juis fastue I dissipa Is frais p Mais qu le sa mai se1, encore tonnaisse quelle ei encore er port adn teint de moins ap esse, se iresurs Mpire,[ Deresse -lail son ine chos Al assez dere arı Sie, ell Irene po eıre pas AUCUnS, 4 ‚OU denn, ul-Elre jp ge, And DUS ses In: a ronde,]| . VOUS Col. enNUYeusE ITgnerai Ü us eurieun. 5, d’aecom- pere de So: ans, Wi nomie ave- ‘eparlissall depuis des | provinee) rue de fait, lalion, sil a celle p0- -a-heure. tait plu a toules les Jui parals ntriez qll psiez Mal” ie part, ‚ de hir mme ceh 109 etail sans goüt, orne avec une ostentation ridicule, comme le maitre de la maison vous montrait ses richesses, encherissant sur tout, comme un juif montrant ses marchandises; tout cela faisait done bien peu d’effet. Il y avait la aussi des statues, des tableaux A foison: dans le nombre on en voyait Wassez bens tout&tonnes de se trouver en si mau- vaise compagnie. Ajoutez-y d’enorines&euries sem- plables a des salons, et dans ces&curies si magni- fiques de miserables haquenees; aupres de ce pa- lais fastueux la misere chez le paysan, epuise par les dissipations du maitre, dont il devait payer tous les frais par sa sueur et son sang! Mais quoique je vousaie parl& de M. Chameuresse, le sa maison et de ses&curies, vous ne connais- sez encore aucune des localites, puisque vous ne connaissez pas madame Emilie, son&pouse. Bien ywelle eüt au moins einquante ans d’äge, on voyait encore en elle les traces d’une grande beaute: un port admirable, une taille fine et gracieuse, un teint de lis et de roses( ces dernieres&taient au moins apocryphes), peude rides m&me. Dans sa jeu- nesse, ses gräces lui avaient acquis beaucoup d’em- pire sur son petit mari. Plus tard, le pli etant pris, cet empire, elle le conserva si bien, quele bonM. Chau- meresse, malgr& ses r&ves de grandeur, Etail toul- ä-fait sous la pantoufle demadame son Epouse En une chose seulement linfluence de celle-ci n’avait eu assez de force: elle ne put en aucune ma- niere arröter la prodigalit& de son mari. De son cöt&, elle contribuait aux d&penses par un goüt ef- fröng pour la parure, goüt qui ne lui elait pas en- core passe jusqua present meme. Et bientöt leurs TE il RER BEER 110 oe cola ON dlese se sıloraleu soins r&unis reduisirent a peu de chose une fortun Ires considerable a son origine. S’en apercevan un peu tard, quoique mieux vaut lard que jamais eraignant de manquer de pain sur leurs vieux jourg ils furent obliges de mettre quelque frein ä leu depenses, el de quitter la petite ville dans laquelleeie, vien! pendant tant d’annees ils avaient jou& un röle despel! Bau plus brillants. Depuis peu ilshabitaient presque tou-Prusque' jours cette campagne dont je vous ai parl&, et qu'ilsffi avaient eu le bon esprit de meubler auparavant avee ins aigrei tant de splendeur. pur qui lä ’ Andre y fut regu on ne peut plus gracieusement free d monsieur£tait tout courbettes comme d’habitude;Jpre un am madame deploya toutes ses seduetions, qui pou-fn, tous| vaient encore tenter un affame. Quoique notre h&-Jescharme ros ne le füt pas,'et vous en savez le pourquoi, ilfaill- elle] trouva pourlant piquant de posseder une femme qui Jmisprie, s aurait pu Ölresa grand’'mere presque, d’&tre heu- fir peu sc reux aupr£s de celle qui, ä ce que disait la chroni- fenwes bi que scandaleuse de la province, n’avait pas&teladraitä eruelle pour son pere. Voila done notre jeunelhire sa homme visitant complaisamment les jardins et les pe, qu' ecuries de monsieur, louant tout ätort elä travers:\lrson an — vous savez qu'il n’elait pas res louangeux de sa Iprlilem nalure, admirez done le pouvoir de l’amour, puis-| Lu, m que amour y a. Le voilä tout sucre et miel aupres|ros ne de madame, assidu, poli, doucereux, passionn&| es. meme. Et ne eroyez pas que cette conquete ui allät] Moı. E facilement; vousne connaissez pas ladame.—Quand} ne ou} je penseä vous en decrire le caraclere, je me rap-| Wns me pelled’abord la reine fantasque/de Rousseau, et pour| asne? celle-lä au moins avait-elle mille raisons d’&tre fan-| Bin tasque et capricieuse. Une femme qui a&t& belle, et| alu., a ine fortuyavec cela on est admirde, adoree, aimee,— lors- aperceragqi'elle se sent vieillir, lorsqwelle voit les rangs de que jamalıses alorateurs rarefies d’abord, disparaitre bientöt, vieux jounlorsqw’elle ne trouve nulle ressource dans son es- rein& leur prit, dans son instruction; lorsque, apres avoir et& ans Jaquelltiche,, vient encore la penurie avec la vieillesse, un völe deeette femme n’a-t-elle pas mille raisons pour Etre resquetowlantasque? Telle&tait au juste la position de notre re, et quilprincesse; ajoutez-y un penchant decide et naturel ravanlayiters l’aigreur. Vous me.direz qu’une femme pareille, pour qui l’äge critique&tait arrive deja, devait etre jeusement charınde de trouver comme par enchantement en- d'habitude'vore un amant; de voir qu’un jeune homme dislin- s, qui pourgu&, tous les heros de roman le sont, soit epris de e nolre hd sescharmes deja passablement fanes. Aussi Emilie jourquoi, i&lait- elle pressee de se rendre. Mais considerez, je femme gu vousprie, son scepticisme de vieille femme, le carac- d’öire heu- lere peu sentimental d’Andre, son m£&pris pour les \ lachroni emmes bien connu ,— mepris affecte, puisqu'il les at pas el adorait A part lui; sa maniere un peu ironique de jolre jeun faire sa cour, et alors vous concevrez, je Sup- rdins et la pose, qu'il eut assez de peine pour persuader Emilie älravers‘ de son amour si subit.— Mais enfin il ful heureux, ıgeux dest parfaitement heureux, plus quil ne croyait etre! Lvi, m’interrompant.— Ah ea, mon cher, votre heros n’est guere diffieile en fait de bonnes for- lunes. nour, Puls: niel aupres ssionnE Bi Moı. Et c'est vous qui me dites cela? Vous avez Quant donc oublie votre belle de einquante ans, dont jeme np vous me parliez toul-a-l'heure avec lant d’enthou- eau, etpoll siasme? s d’elre kr Bientöt Varrivee de madame Laure Saulian, fille belle,| cadette d’Emilie, mit diversion au bonheur des 2777 El nl Rt 112 amants.—La pelite Laure&tait une femme to jeune encore, dont le visage deja fan& resse aun bouquet de roses chilfonnees,&or main puissanle. La main puissante ylait qui gu Andre un terribl goarir apri gnlıl une aeröpond mbl asees par u ‚ec’elail son m giganlesque, el cing enfants n’est-ce pas a vieillir une femme? Laure, plus jolie ssez po si elle n’etait presq acieuse et coquelle; ce vaut bien quelque chose, Voilä done Andre entre mere et Ja fille, comme la chaste Susanne ent yavail pas les deux vieillards; amoureux de toutes les demxähjen de v la fois, aime de toutes les deux. De lä Jalousieg amour par scenes d’eclat, du tragique, du burlesqueä foison maliere a eerire, sinon les dix volumes du Cyrus du moins deux ou trois tomes vousen fais gräce ‚ tail encore gr le, sila quelques lasque En IM quilte episodiques. Mais A lnds peı ‚ lecteur: la situation ne me pa rail pas assez neuve, el me croyant que trop rich@ile de pi de mon propre fonds, je me dispense pour cette foltarant en de puiser dans celui des aulres. fül zuere I fallutenfin partir, quitter Chaumeresse: la des; femn. cence ne lui pernetlait guöre d'y rester plus long pourtant temps. L’exquis maitre de la maison commencall aucunes deja m&me A faire un peu la mine: le sejour pro] Deux| long& d’Andre commencait älui inspirer des soup- gons, le pauvre homme!Le ton tendre avail pris avec lui(je parie du mari temps, contribuait a auzmenter il etait si habitue A I Irop cons de ses pa qu’Emilie emplöte ‚depuis quelqueh de li-has ces SoUpcons; car aigreur dominante de sa chere moili&, le pauvre homme! Andre Inaginez Nus des s'appröta doncä tes; st parlir.— Vous ne sauriez eroire le desespoir d’E- ilanco! milie. Je vous ledisen verite, il n'y a qu’une femmd ilsouri de einquante ans pour aimer avec passion! Avoie Bil en. relrouv& lamour pour en jJouir si peu d’instants, et dus le; pour le perdre pour loujours, sans doute! Ell urlan femme(4 \ Tessen]) "askes Parı elait son n; AS Asscz p elait Epr eg oquelle; ndrö entre asanne en] es Jes deu la jalonsie Squea foise 4 es du Cyn ques, Mais on ne mep ne Lrop ri ur cellelı resse: la di er plus Ion commenc e. sejour pi er des souf re qu'Buil puis quelgu upeons; > de sa cheit preta dont sespoir Al une Jemn| ssion! At linstanls,‘ doute! BI] 113 X youlait quitter tout pour voler sur les traces de son Andre: la crainte du ridieule la retint.@est une Lerrible chose que le ridicule. Une vieille femme courir apres un jeune homme!— Andre lui-mEme se senlit une espece de regret en quitlant Emilie. Je ne reponds pas qu'il n’eüt ressenti du degoüt pour elle, s’il avait Ele plus longtemps heureux. Mais ces quelques jours&laient passes comme un Eclair! il navait pas eu letemps de s’en ennuyer. Et puisil y apeu de vanit& d’homme qui eüt pu resister a un amour pareil::&tre adore par la dedaigneuse, la fan- tasque Emilie!— Quant a son petit mari, Andre en fut quitte la veille de son depart, en lui pretant(a fonds perdu, s’entend) mille ducals; somme par trop considörable, que le bon homme avait I’'habi- tnde de prelever sur les droits r&unis de sa femme; taxant encore d’apres l’ancien tarif, quoiqu'il ne füt guere plus de mise, et qu’il appartint plutöt A sa femme de payer maintenant. Andr& contribua pourtant pour sa part, sans objeclions ni grimaces aucunes; il paya et partil enfin. Deux jours apres il se trouva dans la maison d’un de ses parents, M. Origineau, ayant deja presque completement oublie ses aventures senlimentales le la-bas.Ce M. Origineau me£ritait certes son nom. Imaginez-vous une vieille figure en parchemin, de plus de soixante ans, sec et volle, le visage touleen rides; stature moyenne, nerveux encore. Souvent melancolique, toujours eoncentr& sur lui-m&me; sil souriait, e’&tait d’un sourire de salyre... Maisme wilä encore embarque dans un portrait; je prefere vous le mettre en scene.—Quant asa maison, il faut pourtant que je vous la dcerive, car c'est d’apres 7; BS AET wäi Bere er BERE & 7 EN As: 114 Uhabitation qu’on en juge les maitres. Assez spa posii 4 sieuse, elle&tait de forme carr&e; le rez-de-chaussähr jur, I ne se composait que d'un seul et enorme vestibulegs vie 2% vempli de chiens et d’oiseaux, eriant chacun d’apragp\ Tune N sa nalure. Ce vestibule n’etait&claire que d’en hauffinlle. 501 par un vitrage pratiqu& dans le toit. Vous montegpind, ne! par un escalier en spirale:la premiere piece olpmnle, q vous enlrez est une vaste chanıbre de billard, armagaigence,( d’une seule fenetre en demi-cerele; puis vient undkmuser, e chambre chinoise, une japonaise, une hindoue, ung-Radote lapone, je crois, el ainsi de suite. Chacune d’elle$!ıh! ah! d’une forme dilferente, meublee, tapissee,&clairdef Yıis dans selon les diff&rentes d&nominalions, avec une exacasions int titude d’antiquaire. C’'etait pourtant le chinois quäpninuelle predominait parlout.—Vous me demandez oü est laßr ne voit chambre ä eoucher? C'est justement dans la salleßngnent j a manger. Certes Ja maison&tail etrange, mais Jen löger v mailre en&lait encore plus etrange. Il avait unefinal que pauvre pelite femme, la bonte, la douceur et lasse ron nullite m&me; elle&tait son premier serviteur, Jebent, dei premier ex&culeur des ordres supr&mes de ce peliliules ses despote, ce tyran domestique. Grand amateur de/nis, pa chasse, il tenait plusieurs meutes de chiens, ellhstil: he toutes ses belles chambres en&taient pleines. Andre} Ne voilä le trouva fort oceup6 a d&couper le pantalon de sop|hne son eocher; notez que M. Origineau avait cent millelweri-je francs de rente. Aaroduit ı Il n’avait qu’un fils unique: c'est assez vous dir& Ds que y combien cet enfant&tail cheri, de sa mere surtout. IRbarrass Get enfant avait dejä pres de quaranle ans. Ci-de- iyine Aı vant jeune et ci-devant bel homme, la stalure inopind moyenne, Ja voix haute, le rire eclatant; en toul|Wıdine$ frisant le commun. Je ne connais pas d’homme|iui us; 415 S. Assez silns positif qu’Eugene; ayant tout ce quwil fallait le-chausgeur jouir, pour plaire, il bornait toute la ‚poesie Me veslibußlesa vie a amasser de l’argent. Pour tout le resteil acan dapıglit d’une indifference rare, d’une philosophie ad- ie den hairable. Son grognard de pere, quoiqu’il l’adorät Vous monlau fond, ne faisait que se plaindre de son fils a tout re piece emonde, que s’affliger de son insouciance, de sa illard, ammegligence, de sa paresse; et la mere alors d’adoucir, is vient udlexeuser, et le fils de dire en haussant les Epaules: hindoue, ur— Radoter, c’est le defaut del’äge, et puis un acune dellahl ah! ah! bien Eclatant. ste,&elain Mais dans quelle famille n’y a-t-il pas de ces dis- vecuneexzitissions intestines, de ces luttes sourdes, mais - chinois gentinuelles? Souvent, Jam&me oü leeil de letran- 1dez obestier ne voit que paix, que concorde, que bonheur, dans la sallh regnent jalousie, discorde et haine, recouvertes nge, mais/@un l&ger vernis de convenance.—Üest un&trange | avait uanimal que’homme! Sa vie est deja si courte; sans puceur elleesse remplie de peines, de soucis, vide d’agre- erviteur,(went, de joie, et encore V’homme semble employer s.de ce pellloutes ses facultes pour en aggraver les peines, les qmaleurdSpueis, pour en diminuer les plaisirs, Yagrement ‚ chiens, eligitif: heureux s’il ne les detruit totalement. sines.Andd Me voila a cent lieues de M. Origineau, de ma- (alon des] ame son&pouse et de monsieur leur fils. Vous l’a- cent mil Wuerai-je? je me repens presque de vous avoir itroduit dans cette ennuyante famille, et jene sais jn us que vous en raconter.(est la oü l’auteur fut re surloll| mbarrasse'! serais-je tente de dire. Heureusement ans. Get ipeine Andre yresta-t-il une couple de jours, voila ‚Ja stalur winopinement arrive— qui donc? Devinez!— nt; en[u hadame Sophie Laudun, qui, comme vous le savez, 1; dhonet[ALL aussı quitte la capitale, et en revenant chez ez VOUS E PET TBEREU ih. en= > ER A = ! 5 ” Ss % 1 1 a P 2 116 yes, el out pn que les p ves, olles fü nl accomp: inde Sophie elle,&tait entr&e chez ses parents les Origineau, Encore des parents, rien que des parents! Su posez qu'ils ne le fussent qu’un peu ä la mode Bretagne. Donc voilä des:eh! ahl oh! des: ahl!a all ; alien si al ah! des baisers donneset recus, des embrassemen®’ W - E N 6%> voval des serrements de mains; une seöne de joie, de\\ . e R es lors les connaissance ou plutöt de reconnaissement; enı j ra A minules, mot tout comme au vaudeville. Qui fut surpris!ä Naitd’ mern- reallaildi fut Sophie, d’y trouver Andre; avouons quelle". : gr LER ‚Min ancien an attendait un peu. Qui fut surpris? ce fut Andre N.- P 5 kume Drest rencontrer Sophie; il nes’y attendait pas du to IN ka i n g! son ancı Qui fut enchante vraiment? ce furent eux tous er: leux de se rene or aa a.: Kuun, sap: deux de se rencontrer, et ce furent eux qui se let a lloutcen moignerent le moins. BR Lorsqu’on se calma un pe et que le torrent des communications feminines Ahbitnel l füt&coule, la conversation prit un tour plus ras B Elloı et Andr& trouva le moyen de sapprocher de Sophik it elle, ol — Madame, lui dit-il, je ne puis assez remercg Te l’heureux hasard qui me procure pour| Fri a seconl fois le bonheur de vous rencontrer., 2 lol FR — Je pourrais vous reprocher d'avoir quite gg 1° N inopinement N..., et sans m&me nous voir, replig Au-elre m Sophie; mais la perte douloureuse que vous ven en de faire... Et ils dirent iei quelques mots lugubnag du sur la mort d’Helene. Pit L..., te —Je reviens de Chaumeresse, dit Andr&: on vondf*®®" plus, y atlend avec impalience, quoique pourtant on ser des]i eroyail pas a votre arrivee de sitöt, F,[mir vo — Comment se portent mon pere, ma belle"us. möre? sen la for — Mais fort bien tous les deux,— et de nouvem,)"li quelques mots sur la famille. Ils en venaient enhel"mit| anne conversalion plus intime, lorsqu’on se jetai 1] favers, el tout fut dit pour le reste de la soiree.— Irigine, Bien que les paroles de Sophie fussent si insigni- wenis! qjlantes, elles furent dites d’un ton si penetre, elles ilamojlirent accompagnees d’un regard si bienveillant, la des: ah], fix de Sophie etait si tendrement insinuanle, son Trasse inlien si attrayant, elle avait montre tant de joie joie,(jKlle voyant, qu’Andre se senlil Epris, transporle. nent; el des lors les heures s’ecoulerent pour lui comme | surpris.des minutes, les journees comme des heures; s qu'ell, dndre allait d’enchantement en enchantement, tant ul And m ancien amour lui&tait revenu loul-a-coup(Je pas du„prisume presque qu'il ne luı elait Jamais passe), x{opt son ancien goüt pour elle s’etait change en qui se„jnssion; sa passion meme frisait la demence. De- lin un lan tout ce monde, il savail encore conserver son föminini habituel d’indifference; mais en dedans, en de- "plus e* dl Et lorsqu'il etait seul, et lorsqul etail seul zb Sopigpe© elle, oh! que de violence ne devail-il pas se . hire pour ne pas tomber a ses pieds, pour ne pas En seco presser entre ses bras, pour ne pas lui faire part le tout son amour en langage de feu!... Et croyez- joıs que Sophie ne devina pas lous ces combats? ir, epli Peut-Elre möme les partageait-elle!... en Lenchantement d’Andre ne fut trouble que par rn hpensde du rendez-vous quil avait donne a Louise gas pur L..., tel et tel jour, et ce jour approchait de "ılus en plus. Bien des fois il avait eu lidee de s'ar- "eher des liens de l’enchanteresse qui le retenait act ii, pour voler lä otı l’appelaient des engagements mterieurs. Il en avait eu lidee,, mais il n’en avait Bu ps eu la force.—Un jour, voilä qu'un homme tout sssouffle Jui apporte une lettre; il!ouvre... On Ini Veel s’. RR Be Innoncait que son passeport latlendait dejäa chez nalenl el g on se je! ir quitll Ire; on vl 118 lui depuis quelque temps. Ce fut un coup de fu dre, mais cela le rappela ä lui. Des le lendemai de bonne heure, il&tait deja en route, sans ay pris conge de personne, pas m&me de Sophie, Co lonise se lie; le ce Bude par Ki arrivee us si(ide) kant, apre: mlquemall Kelle une il Sat-elle.— hrilement juvil son a Wlerent.( as qu'ils iKence, Vu Küire! Is; Be klaient Dil enliere Binde; An De Sophie, ML le car | ‚Puls 0 se dalle 119 In coup de! le Jenden; ule, sans an ‚de Sophie, Correspondance, Vovages. Le style, c'est l’homme, Louise se promenait ä grands pas, inquiete et igitee; le c ur lui battait bien fort. La journee marqu&e par Andr& pour celle de leur r&union etait ‚lejä arrivee, et lui n’arrivait pas encore. Lui, tou- jurs si fidele A sa parole, y manquerait-il main- ienant, apr&s une si longue absence;—ou peul-Etre "melque malheur?...Maisnon, Louiserepoussait loin ‚delle une idee si desolante. Il viendra encore! pen- sait-elle.— En effet, il vint. Vous vous imaginerez heilement la scene de joyeuse reconnaissance qui suivit son arrivee, les scenes de bonheur qui y suc- tderent. Oh! ils etaient A envier, ces quelques jours qu’ils passerent ensemble apres une si longue ihsence. Quelle joie de se revoir, que de choses a se dire! Ils ne pouvaient assez se voir, se regarder, tt cetaient des caresses a n’en pas finir. Louise wait entierement oublie qu'il existät un Charles au monde; Andr& avait presque oublie quil existät ine Sophie.— Peu ä peu ce beau feu se rassit, et pit le caractere plus calme d’une douce affec- fon. Puis on s’ennuya un peu tout seuls; on fit le projet d’aller plus loin, et on alla plus loin; on se te en 120 reunit a Charles Menaudet et a sa femme pour con- tinuer ensemble quelques petites exeursions; plu- sieurs aulres se joignirent ä eux, de sorte quik formerent une societ€ nombreuse et animöe. LOUISE A SOPHIE. Can man its shatter’d splendour renorate, Recall its virtues back, and vanquish time and fate! Ah!ma chere, que c'est une belle chose que de voyager! Jamais je ne me suis mieux amusee. Gelle variete d’objets, de personnes, ce mouvement con- linuel me plait infiniment et s’approprie fort a ma nature avide d’emolions, aimant le changement, la nouveaute.(Que c'est un beau pays que l’Alle- magne, surlout celte partie sur le Rhin! Rien n'est comparable au coup d’wil que presenle ce flewe majeslueux; el des deux cötes un pays si lertile, si peupl&, si pilloresque; de si beaux siles, de si helles villes, avec leur air antique, leurs souvenirs du moven-äge siimposants!— Qui, me dit Andre, le pays est beau, mais les hommes l'ont gäle par leurs inslitulions oppressives; une nalion sı noM- breuse, qui pourrait eire si puissanlte unie en W seul corps, est maintenant divisce en lant.de grandes et de pelites souveraineles, amalgamees si elrange- ment ensemble. Un peuple&claire et sense, obligt de souflrir tant de distinetions absurdes que le b#+ sard a faites, qu’entreliennent la faveur et des luis contre nature; oblige de nourrir tant de gracieus aootes, de: „]iors de so! deides sont Iniretenir€ wiles du de ysera Pas| njoug. Pa ki ynstituli libert& de nmunicalic 1. par mill le dans Vi aux divers. ylle grande \ussi long Auence, la Fa me per! Jage lousc ers leınmes werellant an huiseries;] «leur sort je celle gr Aue ces he forme de a deyer Uruoi no altte des de la div K Ponrgı 105 effoy leparn, Ne pon 7121 Me pour cu Nsions| ,. despotes, de subvenir aux dissipations de tant de h: nilliers de souverains, tandis que des classes pri- nimde, sont exemptes de loules charges; oblige -lentretenir de nombreuses armees, instruments serviles du despotisme, moyen doül on se serl(ce ne sera pas loujours ainsi!) pour maintenir lan- ‚den Joug. Par-ci, par--lä, des simulacres derisoires - de constitulions qui sont a tout moment violtes; "Ihliberte de la presse etoulfee en dedans, toule Eotimunication coupee au dehors; le commerce sene par mille liens, la procedure eivile el crimi- chose quelinelle dans Y’etat le plus barbare! tant et lant de nusce. Cellmaux divers qui sont tombes sur ce beau pays, sur vemenl co gette grande nalion. 'ie fort auf Aussi longtemps que j’ecoule Andre, le feu, l’e- ;hangemenl loquence, Ja conviction contagieuse dont il dit lout que lAll&eela me persuade, m’entraine. Mais lorsque jen- ! Rien n's@lisage tous ces bons Allemands, si gros, si rejouis, le ce feutleurs femmes si eriardes, riant aux Eclals, on se ‚silertile,"querellant avec acharnement, et tout cela pour des siles, de niaiseries; lorsque je les envisage tous si contents I souvenlig ie leur sort present, alors je commence ä douter je dit Ande” que cette grande nation merite mieux qwelle n'a, 'ont gäle pl et. que ces bonnes gens ne changent avanl cent ans tion si non le forme de gouvernement, a moins qu’on ne les e unie en uf lorce A devenir libres. Mais que quelqu’un me dise nldegı rule Jourquoi nous aulres, qui autrefois avons marche # Alatöte des nations, nous qui de tout temps avons joui de la divine libert£, pourquoi nous l’avons per- ine? Pourquoi nous ne pouvons la regagner, mal- we nos efforts tant de fois reiteres?— Nousl’avons jerdue par notre propre fante, par notre propre laute nous ne pouvons la regagner!— me crieraun oiseau I. 6 s si elvanf ense, obligE os que le E ur eldesils de grad EERREN GARTEN de mauvais augure..... Mais me voila jusqu'au cou dans la lent toı sociele avons mand, femme Yimaginer. Puis vient une famille polonaise; eus aussi, notre r&union de toutes les nations, il ne nons man quait qu’un Francais, el juste nous en avons un, qui ne manque pas de tomber amoureux de la file du con 122 „dionale; P' qcomte pt id, quoig! zusique, ar politique: ce sont ces messieurs qui en par !jours!—Vraiment nous voyageons dans une charmante;sans parler des Menaudet, nous ın gros original d’Anglais, un Prusso-Alle- qui a plus d’esprit qu'il n'est grand; jolie, bonne, mais d’une nullite ä ne pas s nriage auX aus le dire onesl pa: noiqwil pi alement] Iscoure di ar la polil Jors dest ils ont perdu leur patrie! Pour completer ıte polonais: bon Dieu, il v a encore de ı quelques ! Je ne sais pas pourqueoi de la fille, car af wus parler comles niece est beaucoup mieux. Mais enfin, le voilä amou-f Wus sont) reux de la fille, et c'est a mourir de rire. ünez-vous Vous vous imaginez combien c'est agreable de® trouve( descen Quelle re le Rhin, le soir en compagniesi bigarr&ed I voila no causerie animde, que nous sommes heureux; ETVir pres contents! Chacun groupe pres de sa chacune, mal Union avec pres de nant q regarl: ınon Andr&, chuchotant ensemble, ne pres]!on, Irts ue peu de part a la conversation generale is du p ınt pourtant, remarquant les allures des deusf gune hon amants, qui poussent des soupirs a fendre un c@urf imoureux, de roche. La möre les laisse faire el hausse les} Ilustratio: epaules; le pere parle speculation avec l’epais AB-F woir aus: glais, cond ji colonl TCUuX, -les Menaudet sont ensemble comme au seF tyond I ‚ur de leur mariage: elle tendre comme ußeR imive A ı ‚e, sentimentale comme un vieillard amoß-T N ve nes lui, se pretant a tout cela avec beaucoup def mrache bonhomie. Le maestro italien dont jene vous ai pas le se de, eNCcOore de lan parle, couran! de l’Anglais aux Menaudel, F mx cary iece A nous, animant tout par sa fougue mö- tmeltai Jusqu'aucı 'squien pa ons dans u naudet, nor Prusso-All t grand; y Bane past lonaise; en ir compleker Ne MOUS many EN ATOnS IN ux de la nik a encore de a fille, carll e volla malt Te. agreable 1 esi bigarrt nes heureut hacune; mE able, ne pi ion generall j ij n | ures des der ndre un c@l) ‚t hausse IR sc Fepais A ‚omme a st ‚comme ul jllard amot ‚heaueoup€ ıe vous ajd IX Menauc zfougue Di 123 ridionale; parlant amour aux amants, sp&eulation au comte polonais et a l’Anglais(qui n’est pas un lord, quoique tous les AngJais le soient); parlant musique, art A Ja niece, sentiment apres dix ans de mariage aux Menaudet, et de toutes chosesä nous. A vous le dire en passant, jesuppose que notre maes- iro n’est pas ce qu’il parait ötre, ou veut paraitre. Quoiqu'il parle un toscan tres pur, mais il stenonce ögalement bien en dix langues au moins; quoiqu’il discoure divinement musique, art, dest pourlant sur Ja polilique qu'il tombe le plus volontiers, et alors c’est un entrainement! J’ai m&me remarque ä quelques chuchotements... Mais je suis folle de vous parler avec tant de details des personnes qui yous sont inconnues; revenons A nos amants. Ima- ginez-vous que Menaudet, quiconnaittout lemonde, se trouve&tre l’ami intime de ce comte polonais, et voiläa notre Leandre qui s’est mis en t£te de s’en servir pres des parents, comme mediateur de son union avec son Hero bien-aimee, Menaudet, qui est bon, tres bon, se prete a tout cela; il intercede prös du pere, pres de la mere; repr&sente que le jeune homme est bien, qu'il est riche, quwil est amoureux, qw'il porte un beau nom, quoique d’une illustration naissante; que la jeune personne parait avoir aussi un peu d’inclination...—Oh! pour cela, röpond la möre, ce n’est pas la premiere fois quil arrive A notre fille de se sentir de linclinalion, et ce ne sera pas la derniere. Elle est facile a s’a- mouracher, mais apres quelques instantsd’absence, elle'se d&samourache tout aussi facilement.—Heu- reux caraetere! car que serait-ce si tout Je monde se meltail&&tre constant? 124 Le pere dit que rien n'est presse, qu'il ne refuse pas, mais qu'il reflchira. Tous ces delais mettent en feu notre Francais, il renouvelle son assaut aupres de Menaudet, celui-ci renouvelle ses instan- ces aupres des parents. Mais c'est une longue histoire, je vous la lerminerai peut-etre une autre fois. Je vous Ecris de l’ Allemagne; je vous dis que c'est un beau pays, ınais pourtant je ne vous le deeris pas. Ouvrez le troisieme chant du Child-Harold, lisez les Pilgrims of the Rhine de Bulwer, voilä pour le poelique; la Notice sur l’Allemagne, par Saint- Marc-Giradin, l’Au-delä du Rhin, par Lerminier, voila pour le poetique et litteraire. Quant au ma- teriel du pays, chaque Guide de voyageur vous en instruira mieux que je ne saurais le faire. Tonte mon ambition se borne ä vous communiqner les impressions qui m’assaillent ä la vue de ce pays, de ces hommes. Excusez donc toutes les balivernes qui m’echappent; si elles vous ennuient, passez- les vite, vite. Ge qui me deplait en Allemagne, ce sont les Al- mandes. Et d’abord elles ont toutes les dents gä- tees. Elles vous paraitront m&me jolies, elles n’ont qua ouvrir la bouche, qu’ä sourire pour vous pa- raitre laides. Merci d’une femme qui ne peut sourire sans s'enlaidir! Puis ce sont des pieds, mais d'une longueur! et puis une voix eriarde, deplaisante, sans nulle melodie; le tout gauche, depourvu d’ai- sance, de gräce. Elles ne vous parleront que me&- nage ou commerage, et si l’une d’elles se me@le de bel esprit, elle sera d’une pedanterie insoutenable. Si chez nous les femmes sont mieux que les hom- 088, je© sourlant je Izliens. E June piecı nis alors ls se me amprendr wobes, m: ost äles pl —Ahlı nire prest ne ne qui 7-Vous I la convers ors ce so nnallre; sis quel n Je erois.— vous baige en baleau euse de engage. foyals au smilord Nappren: Iyqui vı el ce que Wanls on Uront des ul, rich Arnnet[ \ mand emais ilne refuse, ais meiten) Son assayl) ses inslan. ine Tongu € une aut lis que dest 1S Je ders‘ ild-Harold,! ', voila pour! ‚ par Saint-" Lerminier, anl auı ma- ur vous en! ure. Tonte? ıniquer les le. ce pays, | balivernes nl, passez- sont les Al- s dents gä- ‚ elles n'ont ur vous D3- jeul sourire mais d'une [öplaisanle, your dar nt que Dt se möle dt soutenable je, Jes hot 125 mes, ici ceux-ci sont de beaucoup preferables. Pourtant je mets au-dessus d’eux les Francais, les Italiens. Les Allemands sont trop entiers,{rop l’une piece; ou bien ils sont sociables, joyeux, mais alors nuls et ennuyeux au possible; ou lors- qwils se melent d’Etre savants, ils le sont a ne pas comprendre ce qu'ils vous disent; on bien ils sont probes, mais d’une probite! ou s’ils sont filous, Vest a les pendre au premier arbre. — Ah! ma chere Sophie, il neme manque que votre presence pour eire parfaitement heureuse. (Que ne quillez-vous votre vilain pays, que ne ve- nez-vous ici? nous vous y desirons tous ardemment. La conversation tourne(res souvent sur vous, et alors ce sont des eloges! Le maestro pretend vous econnaitre; il s’appelle maintenant Piazoni; je ne sais quel nom il avait lorsqu’il vous a vue a Venise, je erois.— Ma Cl&mentine a grandi, embelli, elle vous baise les mains. Ges jours-ci nous montons en bateau pour aller en Angleterre. Je suis res cu- rieuse de voir ce pays; c’est notre Anglais qui nous y engage. A propos, savez-vous qui il est? je le eroyais au moins un baronnet, sachant qu’il n’etait pas milord. Imaginez-vous donc ma consternation en apprenant que c’est un riche marchand de la City qui voyage pour chasser son spleen(voyez un peu ce que c’est que la civilisation: m&me les spe eulants ont deja le spleen! bientöt nos paysannes auront des vapeurs et des maux de nerls). Apres tout, riche marchand vaut quelquefois mieux que baronnet pauvre,, el surtout en Angleterre.— Notre Allemand nous suit aussi, mais il laisse ici sa belle niaise. Nous nous arretons en Hollande; pour- 126 tant adressez-moi votre lettre droit a Londres. N’oubliez pas... Andre vient me chercher pour al- ler voir ce döme 6ternellement inacheve, malgm Napoleon. Je me vois done obligee de finir mon vo- lume, qui, sans cela, est plus de la moitie trop gros. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’Andr& se met a vos pieds. Des embrassements‘A tous les vö- res; une poignee de main a Jules; mille respects ä votre mere. Toute devoube, Lovise. DURENTEL A SA FEMME. — Mais on dit... Et qu’est-ce qu’on dit? Tres chöre Louise, je suis fort inquiet de ne pas recevoir de vos nouvelles depuis si longtemps. La derniere fois que vous m’avez&erit, e’&tait de la Suisse; vous me disiez devoir vous arreter ä..., el c'est la que je vous adresse celte lettre. Je vous conseillerais, ma chere amie, d’ace£elerer votre r® tour vers nous; car l’'horizon se rembrunit de plus plus iei, et nous pouvons eraindre une qguerrt tres prochaine. Prive de votre societe si atlrayanley je m’ennuie iei a mourir. Vos fils me donnent bien du fil A retordre: c'est ce Theodore qui les gäte ef les excite ä linsubordination. L’aine ne se laisse rien dire, va toujours son train, et pour comble de malheur il est devenu amoureux de la niece d'. Melanie telle et telle, I y passe toutes ses Journdes;! je ne puis rien en faire. Le cadet ne fait que rin des remontrances que je lui donne; il-court tou- N is Jes TI pa, mais P ka necessi iunes gens ula, comm [ei, rien( pise ont] Inger; je kL audın p.. s’est 1a In eoisD. gest comp norte en Cı anne salt| nademoise ls; je des pri. Cela run. La be nsvonloi h.„een douze ans, ( vıvre frelle, su tent mille (re de lo Nule, ac: Ss DIIX 0 4. Audonn treler| L Lurguol, \| a Londre ‚her pour al heve, malgr finir mon vo moilie fr: qu’Andr&s ı tous les; le respeets; JISE, 'on dit? iet de ne pa) ngtemps. Li e’&tait de ter A© tre. Je vou rer volre 1% runit de pl une quer ;i attrayanleı lonnent biet 1 les gälet ne Se Jaiss ur combleit ‚niöee di. ‚es joummdi zit que MIN | gourt Io 127 jours les rues avec Felix, et ne travaille pas du tout, mais pas du tout. Votre presence serait aussi bien necessaire pour placer convenablement ces jeunes gens, et il n’y a pas de temps ä perdre en cela, comme en beaucoup d’autres choses. Ici, rien de nouveau, si ce n’est que les Chaume- resse ont passe par la ville pour se rendre a l’E- tranger; je ne sais ce qu’ils vont y faire. On dit que les Laudun les suivront bientöt. La belle madame P... s’est laisse enlever il y a quelques jours par Francois D..., un enfant de dix-sept ans. M. M... sest completement ruine au jeu; sa femme est morte en couches. Le ministre L... est disgracie; on ne sait pas encore qui le remplacera. La laide mademoiselle de... vient d’epouser ce rouge Man- lius; je d&sesperais deja que celle-la püt trouver un mari. Cela prouve qu’il ne faut jamais desesperer de rien. La belle demoiselle... a refus6 le prince de... sans vouloir motiver son refus. La vieille mar&chale de... est morte avant-hier, äg&e de quatre-vingt- douze ans. A propos de mort ‚!’eveque de....acesse de vivre; vous pensez bien comme il doit etre re- grett&, surlout par ses neveuX, auxquels il laisse cent mille francs de rente. Agioteau le grand, au dire de tout le monde, fera infailliblement banque- route, A cause de sa fourniture, maintenant que les prix ont extremement hausse. Je crains que M, Audonne n’y soit pour quelque chose. On vient larreter hier au soir notre cousin Florian; sa fa- mille est au desespoir: on ne sail pas encore le pourquoi. Apparemment quelque nouvelle impru- dence!... Mille choses de ma partäM. Audonne, st vous le reneontrez quelque part dans vos voyages. 128 Embrassez bien tendrement Clömentine. Je u quenls voy tout faligue d'une si longue lettre, et n’ayant rien]|r röle d’e interessant A vous dire, je vous quitte bien äred}s person gret. Mille amilies; tout A vous, Durenter. Andre elal [eouler sräces de( lus avanl Je me reproche de ne vous avoir presque rien dil nısles dei encore de Glaire Menaudet; c'est pourtant une perf went bient sonne si remarquable. D’une stature presque aussl le narratı giganlesque que celle de son mari, elle avait dA ittentif, Bı plus une rotondit& tres respectable: ajoutez-Y quaranle ans bien sonnes, et vous conviendrez que le tout ne devait pas&tre trop friand. Elle avail pourtant&t& belle, bien belle autrefois; mömel present elle conservait encore des attraits au dire des connaisseurs. Voilä quant ä l’extsrieur. Quant au spirituel, elle etait ce qu'on appelle une femme d’esprit, dans toute la force et l’etendue du terme; du naturel, de l’acquis, usage du monde, savoit faire, savoir-vivre, tout cela elle le possedait emi- alives pou it de soı Inglais, naestro, (adorateu Dajeure, Andre aup daisste di ellorts po erle, nemmenl. Seulement, comme toutes les personnes Bl Be qui se sentent de l’esprit, elle voulait trop briller l le voir et le charmant naturel y perdait. Avec cela un taet, le, Les| un esprit de conduite admirable. Une personne sig sin; avı accomplie ne pouvait etre qu’exigeante: aussi l’6tait- ille, De]; elle, et cela ne plaisait pas ä tout le monde, J'on- Inpertine, blie presque de vons dire son eloquence: elle par- Monyeme, Jait comme un livre, et comme un bon livre; est-e2 Bals, et, done&tonnant qu'elle aimait ä s’&couter, qu'elke ln cel: aimät qu’on l’&coutät? Ce torrent d’eloquence d&-||, div plaisait parfois a Charles; l'insensibilitö de ce der- i lau.\| nier deplaisait quelquefois ä sa femme: de la fr& Ei \ !Onney Nine, Je ai tie tilte bien Any Donexmer, 'esque riend Flant une pet Presque aus ‚ elle avait d le: ajouter-) nviendrez qıl nd. Elle anal [ois; meme traits au die” örieur. Quanl le une femn! ue du terme} nonde, savıll ossödait end les personne it trop brille o.cela un tal e personnes aussi letall monde, Jolf yce; elle par 1 livre; est-t! outer, qucll sloquenee de! itö.de ee e; de Ja[| 129 quents voyages a l’etranger. Quelques uns aimeni le röle d’ecouteur, ils sont aises d’avoir affaire A des personnes qui leur allegent la peine de parler. Andre etait quelquefois de ce nombre. Son talent Wecouter lui avait acquis le premier les bonnes gräces de Claire; ses autres talents l’avaient pousse plus avant dans ce chemin. A present ils furent tous les deux enchantes de se revoir, et ils se remi- rent bientöt a leurs röles d’autrefois, elle A celui de narratrice&loquente, lui A celui d’&couteur attentif. Enattendant, Charles faisait quelques ten- talives pour renouer avec Louise; celle-ci se defen- dait de son mieux, en s’egidant tantöl de l’epais‘ Anglais, tantöt du mince Allemand, tantöt du maestro, qui tous les trois se mirent sur le rang Cadorateurs. Charles, repousse par une force si majeure, voyant d’autre part sa place prise par ‚ Andre aupres de Claire, donna par desespoir löte baissee dans la famille polonaise; mais tous ses efforts pour y introduire de lunion furent en pure perte. Il faut que vous sachiez que la niece avait jet son devolu sur le pelit Francais, piquee au vif de le voir faisant la cour a sa cousine et non pasä elle. Les parents memes favorisaient ces pröten- tions, ayant d’autres projets plus&leves pour leur fille. De la jalousie, aigreur entre les jeunes filles, impertinences de la part du jeune homme, grands mouvements de dignite blessee de la part des pa- rents, el notre pauvre Charles qui se trouvait mele a tout cela. Ces diverses scenes se passaient ä bord du ba- teau qui descendait rapidement le long des bancs sablonneux du Rhin. On arriva enfin a Rotterdam, 6. 130 belle ville, bien propre, tres commercante, loul- ä-fait dans le goüt hollandais: canaux, canards, canaille, comme disait Voltaire. LOUISE A SOPHIE. Here’s to the girl with a pair ofblue eyes, And here’s to Ihe uymph with but one, sir, ... Vous me demandez, ma chere, loorigine de ma liaison avec Andre, ou plutöl, quoique vous ne me le demandiez pas, je erois que vous voudriez en savoir quelque chose. Le tout se passa si naturelle- ment, comme cela se passe a l’ordinaire en pareille matiere. Nous nous renconträmes pour la premiere fois chez la vieille marechale de... L’amour ne vint pas tout d'un coup; maig plus je le voyais, plus il me plaisait. Bientöt je me sentis pour lui un altrait irresislible; je lisais en m&me temps dans ses re- sards tout ce que je lui inspirais: bientöt sa bou- che m’exprima ce que ses yeux m’avaient dit depuis longtemps. Il ne lui fut pas diflicile d’obtenir en retour l’aveu de mon amour; oh! quels furent alors les&clats de sa gralitude... Mon Dieu, ma chere, je ne tächerai pas de vous depeindre tout ce qw s’ensuivit, car ce serait en vain. Depuis lors il s’est deja passe un an el plus et son allection ne s’est pas aflaiblie. Pour moi, je laime plus encore s’il est possible... Pardon, chere Sophie, je ne vous entretiens que de mon bonheur, sans egard a vos chagrins, A votre peine... Nous quittons enfin cette chere Hollande, le pendant de cette belle Alle- magne; nous nous embarquons pour Londres. Lä sera loU ge leuve D Innt dans In Angleli a y pens ea qu’ul auvernen idualite! dv seront ginible; h nlin en# wie, a qu wuoi un© asse pou ax homn de prejugı nellre en Sophie, m ver,\a po nlin chac le voyag purs tel; niere lett jue mad: vus Y de nrle. Oh our, Est. dire illus 'canle, Loul- IX, canarıls, ir ofblue eyes, Ih butone, sir, Torigine de Ique vous ne) 5 vondriez en si nalurelle-' 'e en pareille rla premiere) mour ne vint! yais, plus il) ui un attrait! dans ses nel ntöt sa bou-) nt dit depuis dobtenir en} ; furent alor ı.ma chere,f tout ce qul islorsil self ‚ion ne s’cl s encore SH ‚je ne vous) | egard a vos 15 enfin celle belle Alle- Londres- Ju 131 ce sera tout autre chose, j’espere. J’ai vu le Rhin, ce fleuve majestueux et puissant, je l’ai vu se per- dant dans les sables: fidele image de l’Allemagne! En Angleterre, plus de vie, plus de mouvement; on y pense, on y parle, on y agit libre. Que est beau qu’un peuple legislateur! que c'est beau qu’un gouvernement liberal, qui laisse a chacun son indi- vidualit! Nos actions, nos opinions, nos discours n’y seront pas soumis A un espionnage etouffant et penible; bientöt je pourrai m’eerier: Ouf! me voila enfin en Angleterre!—Mais dites-moi, je vous en prie, ä quoi bon ce roi dans un pays libre? Pour- quoi un chambre haute, qui quelquefois est bien basse pourtant! Combien ne faut-il pas de temps aux hommes pour acquerir des idees nettes, libres de prejuges; combien n’en faut-il pas surlout pour mettre en pratique ces idees acquises! Pardonnez, Sophie, mes longues digressions; mais, vous le sa- vez, la politique c’est une marotte& moi, puisque enfin chacun doit avoirla sienne.— Nos compagnons de voyage sont toujours les m&mes, presque tou- jours tels que je vous les ai depeints dans ma der- niere lettre. A propos, dites-moi donc, est-ce vrai que madame votre mere vient a l’etranger, que vous y devez venir aussi? Je ne sais qui m’en a parle. Oh! quel bonheur de vous revoir a nolre re- tour. Est-ce done vrai? Je crains presque de me faire illusion par une trompeuse esperance. 1 de ces WI ühservalı ANDRE A LA BELLE ALLEMANDE. sjes vos IN in que di fun! a nol at que lot rs[res as; Derival di ires. Car Und setzet ihr nicht das Leben ein, Nie wird euch das Leben gewonnen sein. Ma lettre vous trouvera sans doute&..., et avec lactivite, le devouement que je vous connais, il ö n'ya pas de doute que vous ne remplissiez vos in- hlirer les( adis que v hun superie is avez pl structiens. Je ne vous recommanderai pas non plus prudence et defiance, car sur ce point comme sur E1 tous les autres, vous&les la perfection m&me. Vous * trouverez ei-joint un supplöment ä vos instruc- J tions; on vous recommande surtout le soi-disant prince de..., mais.encore plus, sil est possible, le general d'...; endoctrinez-les au point qu'ils soient des nötres pieds et poings lies. Si je dis des nötres, je parle du general; car, pour le premier, je l’envi- sage pour un homme perdu; il faut tächer seu- weneusem inntenlant snbre de pmcher de his je m’a aut dont Vi letaillent{ em arrel ’ sez-vous directement a madame O...; sous une en- Jalaquelle B lement de le neutraliser completement. Si vous trouvez avoir besoin de compagne et d’aide, adres- veloppe frivole vous trouverez en elle un ca@ur} Pour m Fr devoud et une Äme ardente.— En voiläa assez de lhire,(et { politique. pt; je la Que je regrette d'avoir&t& dans l’impossibilit® Janit moin. de faire ce voyage avec vous, Charlotte; jai eu tou* Cespril s jours du faible pour ce pays, et si je vis d’iei a troiß| ire Polo ans, il faut que j'y fasse une tournede. Elle vous NIS, quoi plaira sans doute cette contr6e agreste, a demä) Weleterre sauvage, avec ses villes gothiques, ses habitants|# les po sombres et sileneieux comme lenrs monlaenes. LA civilisalion moderne n'a presque pas penetre au- lerp ses Al fenım 133 ‚dela de ces monts, d’autant plus curieux pour l’eil R. de lobservateur. Rendez-moi un compte exact de ‚nules vos impressions inlimes; jen suis plus cu- stehen, DHeux que du resultat de nos mendes politiques. on eronoen euQirarı A nous, nous en sommes encore au meme point que lors de votre depart. Votre Hauz, tou- 2... etayejjours tres assidu pres de Louise; mais il a un ter- 5 connais, ilible rival dans Ludovico surtout, sans parler des issiez vosin-autres. Car Louise possede eminemment le don Das non plus attirer les ceurs, et elle en fait un frequent usage; L comme sur landis que vous, Charlotte, avec un merite egal si- ınöme. Vowwnon superieur au sien, car avec moins de surface vos insirue. vous avez plus de profondeur, vous fuyez pourtant le soi-disanligneusement l'occasion d’en faire montre, vous { possible, kleententant de l’estime et de V’affection du petit : quils soien/inombre de ceux qui ont le bonheur de vous ap- is des nölres!procher de pres, de vous connaitre intimement. ier, je’envi- Mais je m’apergois que les verites que je vous dis tächer seu- ont tout l’air d’etre des flatteries, quoiqu’elles ne ent. Si yon detaillent qu’une mince partie de tout votre merite. Yaide, adres Je m’arr&te pourtant, sachant la furieuse modestie sous une en Alaquelle j'ai affaire. ‚le un cou Pour moi, je suis tout oreille aupres de madame oilä assez 4° laire. Cette femme m’assomme avec tout son es- -prit; je la trouverais bien plus aimable si elle en impossihilill avait moins ou seulement si elle en montrait moins 2; jai eu lol(desprit s entend ‚car je ne parle pas de chair). is diei& tra Notre Polonais avec sa famille sen revient en son ige, Elle vo Pays, quoiqu’il ail eu une velleite A nous suivre en Br den Angleterre; mais il nous quitte afın de se debarras- ses habitanis SET des poursuiles du jeune Francais. A propos, la 5 ‚ miece s’est laisse enlever par un epais Hollandais. onlagnes. hi; f; 3 pindr au Oh! femmes, femmes, vous&les des erealures in- en 134 compr£hensibles. On ne s'apercoit presque pas 4 son absence. La tante pretend qu'il faut bien& passer par la avant d’arriver au mariage; c’esten core Charles qui semble la regretter le plus. Von voyez que nolre sociel& se Lrouve diminude de pla dela moilie; en revanche nous avons fait l’aequisi tion de deux Suedois tres aimables avec des nom terribles, et demain nous ferons voile pour Londreg En voilä assez sur le compte de nos compagnons{ voyage; il ne me reste plus qu’ä vous recomman der... Brülez cette lettre, et faites-en de m&me d toutes celles que vous recevrez. Repondez-moi pa lentremise de...;il a une poste a nous. Je ne vo disrien de la part de Charles, car il vous a&crit c@ Jours-ci. Adieu,, aimable Charlotte, salut et amitid CHARLOTTE A ANDRE. Queste parole di colore oscuro Vid’ io scritte al sommo d’ una porta: Perch’ io: Maestro, ilseuso lor m’& dam. Votre lettire m’a encore trouvde a""*, oü Jai ei obligöe de prolonger mon söjour au-delä du terme marque, el ce n'est que dans huit jours qu’il me sera possible de parlir pour la belle C...sie; en te vanche je ne ferai qu’y passer. Madame 0... preal sur elle le P...; c'est une personne charmante, elle surpasse lout ce que vous m’en dites de bien. Qxe Waclivite, que de feu, quel zele pourla bonne cause! sans elle mes eflorts auraient&i& de peu d'eflet.& vous envoie une relalion sommaire de ce qui s’et ae ji, EM el de N mir, grä e vigilane ji de payS- nis sont I yes et les Ea-vous, Ve s done fo I June sang ie, M. Anı 5 ötes le] össez donc ; sedez? E iv, a lim le, si plei \ imide, n h beante du tion de! ie mon peı Mivens; e) Is cwurs p Iauire; n Bneuse en als que p DnnEe ve our, mo denen are in ine vie( INeUr "aanlag 135 nssö jei; en gendral la r&ussite est allde presque ag u-delä de Desperanee: aussi ai-je trouve le tout h le ii N is mür, gräce a vos soins. admire toujours plus minude nn ire vigilance qui S etend partout, qui embrasse shit] N int de pays. Les renseignements que vous m’avez ü e acyukklpnnds sont un chef-d’oeuvre de precision; les per- avec des nolkpnnes et les choses y cadrent parfaitement. Ah! Ku Londtgirez-vous, voila louanges pour louanges. Mais etiez- ompagnonsißpus donc fou pour me comparer, moi pauvre, ä us recommtkptre. divine Louise? un veritable sacrilege, ou plu- on dememelt une sanglante moquerie. Par quoi lai-je me- ondez-moi diese, M. Andre? si c’&tait votre serieux, oh! alors ous. Jene villypus Etes le plus detestable des maris. Vous ne con- ous a deritöfpgissez done pas tout le prix du tresor que vous alut et amiliippssedez? Encore une fois, me comparerT, moi che- ive, a Vimposante Louise! Elle si noble, si bril- ante, si pleine de gräces el d’attraits! moisisimple, itimide, n’ayant ni naturel ni acquis; elle, dont Ih beaute du corps n’est surpassee que par la per- ection de l’esprit; moi, dont lesprit est au niveau de mon peu d’education, de mon encore moins de moyens; elle, douede de tous les talents, gagnant ,, yenurs par un attrait irresistible, presque invo- ‚ojailpntaire; moi, aussi nulle dans le cerele qu’en- deli du tert nuyeuse en tete-a-tete, ne rachetant tous mes de- jous Wil ayts que par un peu de modestie et par beaucoup (...5ie; UF de bonne volonte; elle enfin ayant droit a tout volre me 0... PIE amour, moi n’osant pretendre qwä un peu d’ami- yarmanle, el! lie. Je ne poursuivrai pas plus loin ce parallele de- s.de bien. 01 place qui ne pourrait guere figurer comme epilogue ‚bonne c® A une vie de Plutarque. Pour moi c'est d&ja assez zu del. Thonneur d’avoir&i& comparee a Cesar, quelque je ceqguis#" desavantage que jaie relire dela comparaison., Presque pay | faut bien — yre OScurO mo d’ una porla: | seuso Jor m’ uf 136 J'ai trouve le prince ou soi-disant tel, puisgq dans notre republique, on foule aux pieds ces til je Vai trouve plus aimable que je ne m'y attendai Malgr& sa nullite ou peul-Elre a cause d'elle, il fort bien en societ&, raisonnant sur toutes cho d'une maniere trös juste. Avec cela un ton exqui un abord distingue. Je ne m’ötonne pas que avanlages Jui aient acquis des partisans el desa mirateurs parmi certaines gens, sans rien divrei de la haute faveur d’un tres haut personnage. Vo voyez que moi aussi jjapprends deja ä m'exp mer en style offieiel; c'est contagieux, cela. Prince est endoctrine autant qu’un homme des caractere peut l’tre. Vous pouvez compler sur tolerance, sinon sur une partlieipalion aclive; revanche, vousme promettez qu'on l’epargnera da la erise. Permettez-moi done de ne pas le regard comme Lout-A-fait perdu; il est faible, mais au for il est bon, et puis il vous sera utile. Cette vietoj a et& achetee par un p£nible sacrifice, penible pou moi seule parce qu'il m’etait personnel. Votre letı si alfectionnee, si encourageante est venueä temj pour me ralfermir dans la voie douloureuse oiı je suis engagee, pour me donner assez de forces alt de remplir conscieneieusement la mission qui m'est echue en parlage, heureuse encore si mes ellorts contribuent quelque peu A accelörer le triomphe d& la bonne cause. Andre, vous le savez combien il me repugnait de me sacrifier au vilmetier«ue j'exerce; car pourquoi ne pas nommer chaque chose par son nom? Vous le savez si j’ai longtemps lutte avant de me soumeltre aux lerribles exigences de ma posi- tion... Pour toute recompense, je ne vous demande F} volre est! enl. Jr gräce, ariont ne le: j! jen prei ae. Vous ı j moins M un! Voila yavez dema Ja-\ous-en ys avoir lol aut cette fo ame en vers ime dont n gelqwun a Mi vous ser N le trouve) Inila commı figwant an ı van par n Yorts, je: venlalism« De sensib] ans nolre ans, Je rei Os instruel 1le minuti #s personn Ml-a-faitı Onalion,] Bılıme 0), Ja ren Al-avoeat 137 Ben, ‚ie votre estime et celle de ceux qui vous ressem- IE m'y alle! Be:}} ed 1 De gräce, pardonnez-moi toutes ces plaintes, : A|Fsurtout ne les envisagez pas comme des reproches; schw@oh! jjen prends toute la responsabilite sur moi- in ton exqi möme. Vous m’avez deja trouvee au bord de l’abime; Ne pas que du moins m’avez- vous donne une noble direc- "sans el dessFtion!—Voila done les impressions inlimes que vous ans rien div öm’avez demandees; si vous les trouvez tristes, pre- en aux objets qui m’entourent. Ne dois-je Ieja a men pas avoir tout le jour le sonrire sur les lvres de- gieux, cela, Eyant cette foule d’indifferents? Je me dedommage homme dee done en versant au sein de l’amitie toute’amer- eompler surftume dont mon caur deborde. Encore faut-il avoir ion aclive;@quelqu’un& qui faire part de ses peines, quelqu’un 'epargnera dit qui vous serve de consolation et d’encouragement. pas le regaıl& Out le trouverais-je, si vous me le refusez, Andre?— e, maisan fit Voila comme nous sommes toujours injustes, Pro- &diguant au monde joie, gaiete, amabilite, reser- e, penible pi vant pour nos amis plainte et douleur! Malgr& mes el. Votre lei efforts, je retombe encore une fois dans le senti- ;venueä ten? mentalisme; vous l’excuserez chez une Allemande, ‚loureuse ol” une sensiblerie exageree etant le defaut dominant de foreesal dans notre nation, a juger du moins par nos deri- ssion quing Yains. Je reviens donc au positif de mon exislence: simesefn vos instruelions seront remplies avec une exacti- Je triomphe 0 Inde minutieuse; j’ai deja vu et parl& a la plupart - des personnes que vous m’indiquez. Le general est lout-a-fait des nötres, par prineipe comme par in- elination. L’'honneur en revient completement A madame©.... Entre les personnes remarquables que j'ai rencontrees iei, je mettraiau premier rang lex-avocat D..., homme de genie, s’il en fut ja- combien ill que jexeitt pars® Jutte avant os de ma px} vous Jemanl i 5 & ® . bi 7 ri 138 mais; possedant tous les desirs et tous les moyengritäla} de parvenir. D’iei a deux ans, il sera ä la tete d’ pjesuis for empire, ou bien ä l’echafaud.— Je vois aussi und ı nature; (oule d’etrangers de loutes les nations, möme bea Rue insel coup de compatrioles. Dans le nombre, ilyena finds pas dislingues. Je vous envoie le signalement des Plog;sions son remarquables. La plupart d’eux sont preis a lVactiog,'hui, no au premier signul, et dans toute direction ou lo ileneste voudra les employer; anime&s qu'ils sont du desird fermissez| combattre ce devorant minotaure qu’on appelld;,, longut despolisme, hydre ä cent tätes qui, a peine coud,.)jo qui pe pees, renaissent tout d’abord. Je ne vous cacher pas quwiil yen a beaucoup de tiedes et de timid dans le nombre; mais il faudra bien qu’ils mar chent quand viendra le moment deeisif. L... vou mandera quelques dötails militaires et administra tils qui ne sont pas de mon ressort. J’ai eu fort me louer de son aide, ainsi que de son zele actife vigilant,, anime par une intelligence pleine de fi uesse, par un devouement au-dessus de tout eloged Eh bien, En voilä assez de panegyriques; il ne tiendrait qwäßis ici, Je ı moi d’y meier un peu de salire; mais je suis JE elrouve di solle pour cela, et vous savez combien il faut Veshh sants Ju prit pour faire valoir le m&chant, a mes yeux di moins; car il ya des personnes qui aiment tout& qui lest, m&me lorsque ce n'est que platemepl mechant. Ans pourl In altendaı Meore; Ela na comm Amver vers Dnen est, D instant Je ne vous parlerai pas du pays, que je n’ai en trevu qu’ä travers les vitres de ma berline de voyag® je we reserve pour la(...ie et les belles C...nnes Mais ne vous promeltez aucun plaisir deseriptif de nes leltres: me bornant A sentir vivement, je nal zuere le talent de decrire mes sensalions. C'est ud —- mplais b mbre Madepuis 159 it ala pensee dont je suis incapable. Ajoutez Os ans u ue je suis fort peu impressionnable atoutle charme ah"m; la nature; les beautes de ce genre me laissent 1e,il| insensible, jai honte de l’avouer. Je ne Jement des ta pas a Charles ‚ mais dites-lui que ses com- TOTE sont remplies. Dans deux mois 2 des au- En N hui, nous nous ee donc aV..., ainsi u Ind en est convenu. Pendant ce temps, de gräce, on ‚hliernissez mon courage par vos lettres; qu elles 'on appelpient Iongues et affeetueuses. Pensez quelquefois i,ape i j i P ne cf gelle qui pense toujJours a vous. e vous cachen s et de timils ien qwils ma soisil. L.. von et ol tous Jes no raala SOPHIE A LOUISE. Seutirsi oh Dei! morir, E non poter mai dir: Morir mi sento. t. Jai eu fort son zele actil4 ‚e pleine de IF ısdeoutelo® Eh bien, oui, ma chere, me voila encore une e liendrait qlbis ici. Je viens de rejoindre ma mere ä&..., ou elle is je suis me trouve depuis pr&s d’un mois, sans que son peu sen il aut dede sante lui ait permis de quitter eelte ville. Nous ä ınes yeux&layons pourtant le projet de partir bientöt pour... aiment tout® En attendant, je m’ennuie ici plus que chez moi que platemei encore; Etait-ce la peine d’arriver de si loin? Mais wilä comme on se fait toujours illusion: on croit que je p'ai el arriver vers le mieux, et apres une longue course, Jinedevoyg®"in n’en est que pour sa peine, helas! Jıavais espere ‚lles 6... in instant de vous trouver iei, ma bonne Louise; ir deseniptl jecomptais sur votre preeieuse societ& pour dissiper ‚ement, je"! melancolie:qui s’est emparee de moi tions, West! ltja depuis quelque temps. Jugez donc demon cruel EEE TTS HETETERHTEN TREE TEE E23 a is 140 desappointement en apprenant votre depart po l"Angleterre! Qu’allez-vous faire dans cette ile i hospitalıere, parmi ce peuple de marchands et caleulateurs? gens froids et ögoistes, qui ne saun vous comprendre, qui ne sauront vous appreci parmi lesquels votre äme ne trouvera d’öcho quil reponde. Mais j'oubliais que vous avez avec wo tout ce qu'il vous faut en fait de sympathie, bi heureuse Louise! Mais alors, pourquoi voyager? Ma mere n'est pas mieux disposde que moi; wo vous imaginez done queJle amusante sociele«@ fait. Nous sommes quelquefois des heures entiör sans desserrer les dents, livrde chacune ä de pr fondes meditations. Pour les miennes elles so d'une nature si vague, que je serais fort emba rassce de devoir en rendre raisop. Vraiment je er avoir decouvert le secret de ne penser a rien, aya toutefois l'air d’etre pr&eoceup£e. G’estun etat d’im beeillit& qui me fait peur. Mon pere parle longtem tout seul, etä la fin il s’endort, falizu6 de n’em tendre que le bruit de sa propre voix. Voila l’imagd filele de notre vie d’interieur: charmant inlerieun n’est-ce pas? Encore si Jules&ait avec nous, il nous animerait peut-Elre; mais c’'&tait consciene en verile, de l’arracher, ce cher Jules, ä ses plal- sirs de Ja campagne; il aime tant la chasse par exemple.—Puis nous allons voir les euriositös del ville, les ossements des onze mille vierges et mar tyrs, differentes eglises, tombeaux; tout des sol- venirs tristes, qui ne font qu'ajonter du sombre4 notre m@&lancolie.— Jene sais vraiment ce qu’a ım mere; tandis que je vous 6eris, la voilä assise dam” un coin, plus triste que jamais, poussant des sol)' „vous fen sullrir sol- Ja ale, Sal spouvoir D Kardon, el ge jobseure sconnals, ine de me\ nis de faiblı ent le bes ser nos ch: tsinon rem hr pas de ipellerez ı N Jouloureu Iprendre tses amis de. Ainsiai- Men al pas] l reste de esse et.de Pas jeremi Pie. Eh! Dage melaı Ne deja. ilre]e Te Fleresse Se; jugez ah1 IR Apart is a vous Sendre le cur. On est bien malheureuse ADS celle Ihilpsouffrir soi-m&me et de voir ainsi souffrir ceux Marchands aflon aiıne, sans pouvoir en rien alleger leur peine, 5; QUINE saurnıns pouvoir m&me deviner leur mal. Pardon, mille vous appräuis pardon, chere Louise, de ce que par ma tris- Ta decho quilsse j’obseureis votre bonheur; car telle que je > Avez avec ls connais, bonne et compatissante, vous serez Sympathie, Iikinde de me voir souffrir. Mais il ya de ces no- quoi voyagerients de faiblesse et d’affaissement, dans lesquels ® quemoi; vilisent le besoin de faire part de notre peine, de nle soejele«nfier nos chagrins au sein de l’amitie, d’y cher- ‚heures entirller sinon remede, du moins consolalion. Oh! mais, acune a de jMavoir pas de chagrins, et souffrir pourtant! vous nnes elles sMappellerez une folle, et tel est cependant mon als fort emb&s douloureux, presque desespere.—Il faut pour- 'raimentjecnt prendre son mal en palience,, et ne pas fati- er ä rien, ayglier ses amis par des plaintes sans but et sans re- stun 6lat diiede. Ainsi ai-je la volonte de le faire, mais, helas' yalelongengnen aipasla force..». 2 222. alisud de ni x. Voila Find ‚mant inlerier [ avec nous," (ait conseient® Le reste de cette lettre&tait dans le m&me lon de les, ä ses„uäistesse et de douleur. Je vous Epargne la lecture 1 Ja chasse md ces jeremiades, afın de ue pas lasser volre pa- curjositis dLEnee- Eh! voulez-vous savoir le secret de ceite ps„peltange melancolie de la mere et de la fille? Vous tube„ulsavez deja en partie ‚e est le lieu de vous en ap- & Mi sonbr rudre le reste. Ce n'est quad... que madame | ı aumeresse avait appris la liaison d’Andre avec ee nise; jugez de son desespoir, se voyant une ri- zila assine d®; 5 on an ns ‚Me si redoutable! Elle, qui jusqu’a ce mioinent ıssant dess! 2 os iz ah ee nn RE RE ne 142 s’&tait flattee d’avoir Et& aimde A elle seule, se voi maintenant tomber de si haut. Jusqu’a present el n'avait su se rösigner a son röle de vieille femme elle esperait m&me toujours au fond de son c@ de ramener Andre, que peu de temps auparava elle avait vu encore si&pris de ses charmes fand Elle se promettait d’user douceur, adresse, rigue me&me, pour parvenir a sa fin. Mais apres ces m ments de confiance, arrivaient des inslants doute et de desespoir. Si par hasard elle jetail coup d’eil dans une glace, elle ne pouvait alors dissimuler les terribles ravages que la main temps avail exerces sur ses charmes, jadis si bri lants. Oh! alors elle perdait toute croyance en ell möme. Allers’enfermer dans un eloitre, c’&tait lid qui s’emparait d’elle dans ces moments-lä: cloitre, refuge ordinaire des beaules repentante lorsque läge de pecher s’est envol& sans retour, Toutes ces idedes et bien d’autres analogues suffisaient-elles pas ä justifier le morne silence, triste pr&occupation d’Emilie? Gertes Sophie a bien loin de se douter de ce qui se passait dans län de sa belle-mere, occup&e qu'elle&tail de ses p pres chagrins. Elle avait aussi aime Andr£, presq des l'instant qu’elle l’avait connu: elle s’etait bi vite doulde de limpression qu’elle avait faite# lui. Mais, femme modeste et vertueuse, elle repod sait loin d’elle tout soupcon d’amour, ne rövantq parfaite amitie, ainsi que cela arrive ordinairem en pareil cas. Tout en Jui montrant bienveillan et interet, elle s’etait bien gardde de lui faire 4 avances noloires. Quant aux reticences d’Andıf elle les avait mises sur le compte de sa limidite% ale, au lie ienait&ga e dangeı le qulune N al grand| pille yit Aı Inise; force ine speclatn pour. Du c hnzue duree jonnt prend s contrari Kmiere pha en dontait jet passio onhidences( Jon dont An m elle les: mour ya Ibiluel de ll me re: iuende hon Anancier, fe presque Er debout, it Charlot (iessiven ui suc Lelois mei 143 , a,®Wrnile, au lieu de les attribuer ä son orgueil, qui a Mes Fpaignait egalement le ridicule d’une non-reussite, | ae ie ‚me le danger d’&tre trop domine par une passion, de son m elle qu’une Sophie&tait capable de F’inspirer. Aussi UPS auparay ft-il grand le desappointement de celle-ci lors- Charmes Felle vit Andr& possede d’un amour si vif pour adresse, Nufpuise; force lui fut cependant de se rösigner A ApTes ces Hfdipe spectatrice tranquille, confidente möme de cet Is nstaus Four. Du commencement elle avait espere, sans dolle jelailßg Favouer pourtant ä elle-m&me, qu’une liaison ponrait alon"gntre personnes si höterogenes ne pouvait avoir de je la main Apngue durse. Son depit fut done extröme, en ui 5, jadissi yant prendre de nouvelles forces par l’absence et :royanoeen&iges contrarietes. Quoique nous assistions deja a la itre, eelaitli@ferniere phase d’une tendresse expirante,Sophie ne moments-la:Syen doutait nullement, les eroyant loujours egale- ös repenlanlfment passionnes, toujours egalement heureux. Les sans reloun&ponfidences de Louise, en lui devoilant toute l’affec- s analogues@tion dont Andre&tait capable, ne firent que fortifier one silence,” en elle les sentiments quil lui avait inspires. Son tes Sophie dmour y gagna en intensite: Andre devint Vobjet ıssait danslä@ habituel de ses pr&occupations, malgre& toutes les stait de ses pl peines quelle s’&tait donnees pour en Eloigner li- ; Andre, presf mage,, chere et importune en m&me temps. ‚ollesetaitl® I me reste encore A vous faire ici une courle & ayait hiles"mende honorable en vous avouant mes torls de use, elle rel romanceier. Je m’apercois depuis quelque temps ir, ne zövaıld que presque toutes les femmes de ce conte& dor- = rdinairn hir debout, en commencant par Sophie, en finissant ‚nt bienelli#" par Charlotte, que je les ai rendues presque loutes Je Jui hin®suecessivement Eprises de mon heros, de m&me sences din que lui successivement amoureux de toutes; quel- joa Knie" wuefois m&me plusieurs l’occupentäla fois. Certes, 14 4 c'est un lort irreparable, et je n’ai rien ä dire qui puisse m’en excuser. Si de l’avouer diminue m faute en quelque sorte, je le fais iei avec toute Ih bonne foi possible. Vous rap Irusqueme) rencontre? loıs, par u Yılalon! ve rement,| 1s vous n! save wis ce qu IEZ-VOUS Fl gun jest ie Ks avec lent bou Kt volre ner|’e; Is porta sorbail } 145 'ien A dire r diminne avec Loule Kettres a Sophie. Quel prodige du ciel es-tu done, inconcevable Julie? A SOPHIE. Ed io anch£& son pittore! Vous rappelez-vous, Sophie, lorsque je quitlai si - brusquement la capitale, lors de notre premiere "rencontre? vous rappelez-vous lorsque jeludai "alors, par une fausse promesse, votre gracieuse in- " vitation? vous rappelez-vous quand, encore dernie- tement, je m’enfuis lanuit de chez les Origineau, sans vous voir, sans prendre conge de vous? Eh bien! savez-vous, calme et sage Sophie, savez- vous ce qui me faisait agir ainsi comme un fou? savez-vous pourquoi je vous fuyais ainsi? A prö- sent qu’une sainte amilie nous lie pour jamais, ä prösent je puis bien vous l'avouer ‚je vous luyais avec tant dacharnement parce qu un amour ardent bouillonnait en moi; je vous fuyais parce gue volre presence pouyait a chaque instant oeca- sionner l’explosion passionnee de cel amour que je vous portais, qui me brülait interieurement ‚ qui absorbait tout mon Etre! Mais pourquoi donc fuir 1. 7 a a 0 + une passion douce comme l’amour, surtout lors- que l’objet qui linspire en est sidigne en tout point) Pourquoi faire violence ä cette alleclion qui se pre. senlait a moi sous une forme si allrayante?—(est qu'il ne s'agissait pas d’une de ces liaisons comme il yen.amille, qui se forment,, se rompent et lient de nouveau avee Ja m&me facilit& dont on essaie une robe nouvelle, dont on l’öte pour la re meltre encore. Oh! non, il ne s’agissait pas d’une pareille alfeetion. Je sentais qu’une Sophie ne pouvait inspirer qu’une passion durable, une pas- sion pour la vie, une de ces passions qui absorbenl le ceur, l’äme et l’esprit, qui lient a jamais deux etres l’un a l’autre par des liens indissolubles, une le ces passions, enfin, qui rendent bien heureug ou bien malheureux ceux qui les ressentent. Je me savais capable de me livrer a un tel sentiment avet toute l’önergie de mon äge et de mon caraclere Alors je reculai epouvante devant cet amour; je sentis qu'il deviendrait enlierement maitre de moi; ou plutöt je ne raisonnai que conlusement tont cela; mais, possede par une erainle inslinctive, jeus peur, jeus peur de Sophie! et rassemblanl tout ce qui me restait de courage, je m’enfuis. Oui, e'&tait du courage que de vous fuir, Sophie.Ohl si vous saviezcombien je vous aimais alors! Me voild bien audacieux de dire:—alors!— Qui sait..? Mais non, c’estde l’amitie que je ressens pour vous, croye# le, Sophie; alors c’&tait bien autre chose! Je Wok blierai jamais cette nuit d’ivresse, de bonheur et de desespoir que je passai en voyage, lorsque je vous quittai pour la premiere fois. J’etais ivre d’amouf, Jen&tais fou!... Mon enchantement, mon extlase Jr longtei us parler wparoles, sorit, em appelais 10 {ins ma pe pur parail aelles elal aktaitsı de jire regarı nbe en pas: hmain, lo aneore je( le votre m uressces e | s Je les fl kisers! ch Lorsque dantavecin Yingt lois} avos pied: Ission pul Iter eloiri leetait & sang-[r ment j' Mlalion,, * Uaime!, Mest«ce gueil d’e ma; je NIT aux able di 147 Surlout on dura longtemps... Toujours je croyais vous voir, ven of vous parler; chacun de vos gestes, la moindre de ion qui se ın vos paroles, s’&taient fortement imprimes dans mon ante?—(HE esprit, etma m&moire les evoquait toujours. Je me aisons com rappelais tout ce que vous m’aviez dit; j'arrangeais ‘ompent et" dans ma pensee tout ce que jaurais dü repondre lite dont, pour paraitre tendre et spirituel a vos yeux. Et Öle pour anf quelles etaient done les faveurs dont le souvenir Sagissait j m’etait si doux maintenant?... Le son de votre voix, une Sophie, votre regard si bien le frölement de votre ble, une pa robe en passant; je n’avais pas m&me os6 vous baiser qui absorbet la main, lorsque je vous quittai. Jusqu’a present ä jamais den encore je conserve religieusement adlitids lignes ssolub bs. de votre main cherie, qui meme ne m’6laient pas | bien heuraiß adressdes et que je vous avais derobees alors. Gent sentent. Jeuf fois je les ai relues,, cent fois je les ai couvertes de enlimentan& baisers! chaste Sophie, pardonnez-le-moi! on caracleaı® Lorsque j’etais laen votre presence, vous repon- et amour;/f dantavecindifference, vous regardant sans emotion, nailre demo" vingt fois pourtant jai&t& sur le point de me jeter 'usöment tot a vos pieds, pres de tout ce monde, de faire pro- e inslinelive” fession publique de mon adoration pour vous, d’en ‚trassembli firer gloire et fierte. Et quand on nous laissait seuls! menlus.© Ohle’etait un vrai martyre!.. A present que me voilä ir,Sophie.01" de sang-froid pourtant, je ne puis comprendre alors! Nevil comment j’ai eu lecourage de resister ä cette douce ui sait..’ Mit tentalion, de vous dire a genoux le mot delicieux: ‚ryous, eropde Je Waime!... Et qu’est-ce qui m’a relenu alors? hose! Je nit Qu’est-ce qui m’a emp£öche de le faire? Un miserable honheurel#" orgueil d’enfant! une miserable ambition m’en d&- orsque 18 lourna; j’eus peur de me voir deposer tout mon ui Avenir aux pieds d’une femme; car je me sentais tapable de sacrifier fortune, ambition, qui sait? jvre d ) mon exist? 148 peut-£tre patrie!... de sacrifier tout pour un de so regards... Vous l’avouerai-je? j'avais presque honts de me sentir si completement domine, quoique p une femme telle que vous, Sophie! J'ai voulu m sister ä toute force; helas! je n’ai eu que trop d pouvoir sur moi, je n’en ai eu que trop pour m’ar racher au bonheur, i Mais je m’egare, Sophie!... pardonnez-moi er la ve langage. Quand on aime bien, on se croit tout& hrcel am. poir permis, möme l’espoir d’Etre aime par un angeine avanl par Sophie! Enfant que j’etais alors, je ne savai his! pas combien l’amour vrai a de force, de noblesse,} Us! alor: de chaleur!combien est douce cette tendre intimildfel alors 4 de deux ämes qui se connaissent et s’appr&eient,Jrsous un qui agissent une sur l’autre par une influenw hrs, Sophi bienlaisante. Je ne connaissais pas la jouissand qwil va a se voir domine par un&tre cheri. On Wk a deux alors, et Je monde entier disparait dam limmensite d’un tel amour. Mais s’il peut vous@lever jusqu'au eiel, ne peut-i pas vous ramener sur la terre aussi, cet amourl Voila ce que je ne savais pas.— Dans mes prejug@ populaires, il me paraissait que pour&tre forte d heroique, il fallait&tre la fille de Sparte, au teinl häle, a la main robuste, ä la robe&courtee. Je nt savais pas que sous la soie comme sous la bure, un c@ur fier et courageux peut battre avec unltk egale energie, avec un meme heroisme.—RetourmedNis ans,] ou avec ou surton bouclier, dit la mere spartia@Wil sans ö son fils valeureux.-—Sauvez la patrie, ou mour& Tibord je pour elle! s’eerie une jeune femme de nos jours.— NW ivresse Oni, je lai entendu ce eri parti du c@ur pour aller Nsyrit et| au ceur. Que vous&tiez belle alors, Sophie!— Hl Mais, je gu done N zımi on| ais prele hai? Non. dire Yami Mi, ce eri d eur; alors) kt lendresse ot dasile lest possi re a Vin; moi osal-j [8 loules kublez si Ihrs que s rer pourt, erchais] Dur un des 149 resquehn aqui donc s’adressait-elle cette parole sublime? ä » Moiquepoan ami ou bien a un amant?... Mais pourrais-je ai voulun mais pretendre a un titre plus doux que celuj 1 que top lami? Non, loin de moi cette pensce. Je suis fier p pour na detre Yami d’une Sophie! Jen suis si heureux! Qui, ce cri de l’äme s’adressaitäun ami!a un amı nnez-moi pour la vie et jusqu’a la mort! et il a ele compris croit Lout& par cet ami. Oui, la patrie, l’humanite avant lout, ‚par unanı meme avant l’amour; d’autant plus avanl l’amitie,, ‚je ne say Ielas! de nobleg est alors que tout votre&tre se devoila a moi, ndre intin/ dest alors que je devinai cette äme ardente, ca- Sapprecien Ih6e sous une enveloppe si frele, si tranquille. Oh! ine infuen dors, Sophie, je vous appreciai de toute volre va- la jonissan eur; alors je reconnus tous les Lr&sors de force et cheri. On” letendresse que cachait votre corps si beau, ser- sparail I yant d’asile A un cur, A une äme plus belle encore ‚silest possible. Pourquoi done ne me suis-je pas jel,ne peık jiyvr& A Vinstinet qui me poussait vers vous? pour- joi osai-je vous mesurer sur la möme echelle jue toutes les autres femmes? vous qui leur res- semblez si peu. Car, quoique je ne vous connusse lors que superficiellement, vous aviez su m’ins- jirer pourtantun amıour siinlense,& moi leger et ‚ cet amall mes pr£jıgt eire fort rte, au il yurlee, JA sous ah? Meonstant jusqu'alors; vous aviez su vous emparer (re aves ul ellement de tout mon£tre, que pendant pres de Rein Irois ans, limpression causee par vous me pour- re sparlil put sans cesse, avec plus ou, meins diintensite. ,, on mi Dabord je vous Vai deja dit, detail un transport, nos jouß- ine ivresse ä me rendre fou, a me faire perdre et ur pour al| Iesprit et la an La nuit, comme le jew je ne Sophie! jensais, je ne r&vais qu’ä vous. La nuit, des que je therchais le repos, d’abord votre image, toujours E 4 1 3 A 5 } . ? u FIR I kun 150 chaste et toujourspure, se presenlait ä mes yeux ra- vis; il me semblait entendre votre voix, entrevoir vo. treregard.Le jour, vous presidiez alousınes travaux, a loules mes actions etä mes pensees. Cette ques- tion:— qu’en dirait Sophie? cette question prece- dait toutes mes resolutions. Üestä vous que je renvoie le merite des bonnes actions que j’ai pu faire alors, car c'est vous qui me les avez inspirees, — Plus tard, pourgquoi ne vous lavouerais-je pas} —plus tard cet amour faiblit; jeme sentis ridieule de vous aimer tant, d’une afleetion qui ne pouvait etre parlagee. Je fis des ellorts pour eloigner cette idee lixe qui me possedait complötement ‚eine vous voyant pas pendantsi longtemps, je r&ussis en quel- que sorte. De l’oceupalion, des distractions, des voyages,—nouveaux lieux, nouvellesconnaissances, tout cela aida a allaiblir votre image en mon cur; mais rien ne l’en put ellacer tout-ä-fait. A chaque fois queje vous revoyais, mon amour se röveillail avec une energie nouvelle, comme un incendie mal €leint se rallume ä la premiere&tincelle. Aussi lor- que je vous rencontrai chez les Origineau, je fus de nouveau totalement subjugue par votre seule presence, je retombai de nouveau sous le charme. Douce puissance que celle de l’amour! Vous comprendrez faeilement, divine Sophie, combien il m’a fallu de pouvoir sur moi-me&me pour vous fuir alors. Faisant violence ä la plus sainle de mes alleetions, j'ai dü m&me&viter de vous dire adieu avant de vous quitter, de peur de voir faiblir ma r&solution au moment deeisif. Vous comprendrez cela, ou plutöt vous ne le compren- drez pas! La modeste pudeur de Sophie peut-elle | Jac compren an Fenlou k| nl dich) yssail vers’ ger; je PEN kudı pendai v3 jo m'abal &. | peine all WI marquel iterue. Je st ns veines: Innsports brı } s entore,— Dreier, pou Rs ouverls, his si lier de wereleyaitäı ps bon, qua ealme, volre 1rdssaitsun Daıl mes Di kmme un: yixa la ter Non caur $ passions enavez rei iercier? Par quoi A Ia part de ölre une Ne bien senoux 1aors j a5 Mes En lone comprendre l’empire quelle exerce sur tout eier ce qui lentoure?— Et dernierement encore, voUS Westran, sachant ä...,je n’ai pu resister a la destinde qui me Cette que poussait vers vous. Je prevoyais ce qui allait en ar- slion prg. Aver; je pr&voyais que mon destin,, mon avenir,— vous que, ut dependait de vous. Je cessai alors de combat- que jai po INe, je m’abandonnai au sort. ezinspirden A peine arrive, je courus chez vous. Vous avez erais-je pa“ pu remarquer avec quelle&motion de joie je vous ulisridie) Arevue. Je suffoquais, mon sang bouillonnait dans I ne pouygl Mes veines: comment ai-je pu etoufler en moi les loigner ce) Wansports brülants qui m’agitaient? je nele concois t,etne vond pas encore.— Mais vous, Sophie, comment vous Te- ıssis en que mercier, pour la maniere dont vous m’avezrecu, A xelions, dir hras ouverts, comme on recoit un frere, un ami?J’Ee- his si fier de l’estime que vous me temoigniez! cela merelevaitä mes propres yeux; carcomment n’etre pas bon, quand on est Yami d’une Sophie?— Votre calme, votre serenile si douce, si bienveillante, agissait sur moi presque involontairement; elle cal- mait mes passions, elle purifiait mes senliments. (omme un ange descendu du ciel, pour rendre la paix a la terre, vous rendiez la paix ei le bonheur I mon c@ur souffrant, ä mon äme agitee par lorage les passions. En m’accordant votre amilie, vous m’enavez rendu digne. Oh! Sophie, comment vous temercier? Par quoi ai-je merite, grand Dieu! tant de bonte de la part de Sophie? Mon adoration pourrait-elle . de pa lu etre une compensalion ie el sorte ‚ pour eisif, Val(ont le bien qu’elle mı’a fait? Oh! alors, je ladore- Je compiel! je paul ınaissancel mon carur it. A chaqu) se reyeillat incendieme , Aussi loıs yeau, je fi votre seilı 3 Je charne ine Soph) moi-meue} ea Japln® ne evilerl tal a genoux, chacune de ses paroles sera pour moi ineloi alors.— Mais que peut une sterile adoration? ” a - 5 152 —ason äme si chaste, si pure, si aimante, par quoi repondrai-je, helas! moi pauvre et necessiteux?— Va, Sophie, je’aimerai bien en revanche. Pardonnez ce langage et ces expressions; avec votre bonte habituelle excusez en moi cette fougue etcette violence qui m’emportent toujours, presque amon insu. Pardonnez aussi ledesordre de cette let- tre; elle est bien faible, je le sais. Mais pour&erire diguement ä Sophie, il faudrait la plume d'un Rousseau, et vous le savez, je ne sais que senlir fortement, sans connaitre l’art d’exprimer ce que je sens. Cette confession, je vous Ja devais enliere, So- phie,, afin de vous faire lire ä Jour dans tous les re- plis de mon ceur, afin de vous en faire connailre tous les ressorts caches ‚toutes les pensees les plus inlimes. Entre vous et moi ilne peut£tre rien de mysterieux maintenant. Aussi ne vous al-je rien ca- che: je vous ai franchement avou& tout ce que vous n’aviez inspire. Je vous ai raconte comment je vous avais fui, comment Jai combattu, comment Jai suecombe, comment vous m'avez releve. Je ne vous ai pascach& non plus combien votre amilie a pour moide dangers. Maisj'ai trop de confiance dans le pouvoir qu’une seule de vos paroles, qu'un seul de vos regards exerce sur moi, pour pouvoir douter un instant de sorlir vietorieux d’une lutte bien pe- nible pour moi, Sophie, vous le savez! Mais je con- nais mes devoirs, je saurai m'y conformer. Votre amili& ne me presente-t-elle pas assez de douce sompensation et d’inlimes jouissances? Elle vous seraun gage,äa moi elle sera une röcompense, pour le respect sacırd avec lequel je tiendrai ma messe.— at seul da u baume| omme UN sirent de be Jdevez vol Jai passe in qui bla qitte de pe aneore plus ade gräce, I dire?— Iätre Jorsy Eh bier Jelui cach A innocer nusmes se me trahi ne lui d eviner(oı roirail? Npeluosii Moureux ülre fem ent instiı ent, elle Ie, par Aug essiten?_ che, SIons; aveı celte fougw US, presqu ‚de cette], Pour eerin plume du S que senlir ler ce que I enliere, So- tous les re- 'e connailıe” sees les plun Eire rien de) j-je rien ca) ce que vous omment je (, comment eleve. Je nz re amilie ı nfiance dans ‚ quun sel avoir doule {te bien pt Mais je cot- rmer, Volt »z de doue ? Blle von scompenstı jendrai DM 153 promesse.—De gräce, Sophie, ne m’abandonnez pas tout seul dans cette lutte; que vos lettres versent ın baume bienfaisant sur mon ämeagitee encore, comme un vaisseau apres l’orage; quelles m’in- spirent de bons sentiments et de bonnes r&solutions. Achevez votre@uvre, angelique Sophie. Jai passe la nuit a vous dcerire; voila laube du jour qui blanchit dejä l’horizon. Il faut que je vous quitte de peur de reveiller tout le monde si je veille encore plus longtemps. Repondez-moi au plus vite, et de gräce, Sophie, failes en sorte—oseral-je vous le dire?— failes ainsi qu’on n’apercoive pas volre lettre Jorsqu’on me la rendra. Adieu. A SOPHIE. Tout change dans la nature, tout est dans un flux continuel, et vous vonlez inspirer des feux constants? Eh bien! oui, Sophie, je me cache devant elle, jelui cache ce commerce delettresavec vous, telpur et innocent qu’il soit; je voudrais lui eacher m&me tous mes senlimenls pour vous.Maisächaque instant jeme trahis involontairement devant elle, et ce que je ne lui dis pas, son inslinet de jalousie le lui fait deviner tout d’abord;; car elle est jalouse, elle! Qui lecroirait?elle jalouse!—elle l’est pourtant et avec impetuosit& encore. Elle qui me verrait sans peine amoureux— disons le mot,— amoureux de toule autre femme, elle est jalouse de Sophie, car elle sent instinctivement votre merite si superieur. Elle sent, elle s’avoue interieurement a elle-me&me de - Br: j 1 FE "ini Di 154 combien vous la depassez en tout: jeunesse, beaute, gräce, esprit, qualitös de l’äme et du corps, lout, tout chez vous lui est superieur. Elle le sait; com- ment done ne serait-elle pas jalouse? Vous, douce et tendre Sophie, vous n'avez Ja- mais connu, vous ne connailrez jamais l'intensite des passions; surlout celle de la jalousie vous sera a Jamais inconnue. Moi, j'en sais quelque chose; n’ai-je done pas&t& jaloux de vous, Sophie? Oui, Jalouxde toutce qui vous approchait, de votre mari, (de vos fait qua 9 jeat en aller la violence; vous avez d’autant plus de uerpourgW] mörite,’admettre, d’excuser chez les autres ce que ije Jui disa/) vous ne pouvez ni ressenlir, nicomprendre. Carles caracldıes!) anges peuvent>ils aimer du m&me amour qu’aiment r votre alle] les hommes? peuvent-ils concevoir les sensations ses,dall!\ vonfuses et tumultueuses des mortels? Ainsi une i disais XI) Sophie ne peut jamais comprendre ni s’abaisser Jövoueme/) jusqu’a une Louise. itöenput!| Vous ayant quittee, je courus chez elle. Ma deter- Jenemir)| mination etait deja invariablement prise, aucun (re, Btpuß I] pouvoir humain n’aurait pu la changer: seulement avait faiteey Il auraittlly | ; j wars 164 peut-Etre le pouveir angelique de Sophie. Aussi vous l’aurais-je cache. Les premiers mots que je Iui adressai en entrant furent:« Il faut nous sd- parer, madame.» Je vis quelle s’etait preparee a une scene, a une explosion. Elle se flattait peut-Etre que allais Jui demander pardon de torts imaginaires, que jallais encore£tre faible et soumis. Ces paroles la desabuserent. Elle me regarda d'un air contrit, de grosses larmes gonflaient ses paupieres, inon- Jdaient ses joues. Elle joignit les mains comme pour prier, elle entr'ouvrit la bouche comme pour parler, Je restai droit et immobile devant elle: son Injus- lice envers Sophie ın'avait rendu implacable, de sorte qu'elle ne ut dans mes regards qu’une sombre r£solulion, un parli pris d’avance, mais inshranla- ble. Ce n’est pas en vain qu’elle m’avait approche pendant si longtemps; elle me connaissait assez pour savoir que dejä je ne reviendrais plus sur ma determination. Elle chancela, pälit, puis se raffer- missant elle me r&pondit:« Separons-nous done, monsieur.» A ces mots tout fut fini entre nous; mon front se rasserena lout-A-coup en voyanl arri- ver la fin d’une lutte si longue et si penible pour moi. Elle aussi avait repris un mainlien plus ferme et plus digne. Je la saluai alors sans ajouter un mot de plus. En la quittant, je fis emporter mes ellets el les amener ici, d’oü je vous&eris mainle- nant. Je me plais de l’avouer, Louise a montr& plus de caraclere que je ne lui en croyais; je suis charme de la trouver mieux que je ne l'avais jugee. Mais cessons de parler d’elle, en voilä assez. Permeltez-moi, Sophie, d’aborder une matiere qui nous touche de plus pres tous les deux, et pardon- Hl Javancı „Jene pui ms abuser uns que V* ninement$ dinger la| Jis A mol-1 pesens poU! ps de Yam al pure, el Inilie est sund de de: suis faible€ bien le suis sallabilite minlenan! [ que je dl On, Sophie In, unan de Yanour al dacı de Io tre-t-el live ä vol Agie je me ii de yaiı ie consun le ander Votre in Aslant que "pour vo t Yals qu Mansports - royal Sopie. An In j laut nos s, TEDAree Auny peut-etre qu Imaginaires, 8. Ces paroleı n air conkrl, pieres, inon- > COMME pol e pour parler, 2 SON InjIß- placable, de wWunesombre is inehranla-) alt approclt) aissait assezl plus sur m wis se raller) nous dont, enlre nous; | voyanl anf penible pou n plus Term ‚ajouler Il mporler DE seris malnle montre po suis chart ugee. voila asst! , maliere I! „er panlor | | 165 nez d’avance tout ce quej’ai a vous dire a pr£sent. — Je ne puis plus longtemps m’abuser; je ne puis vous abuser plus longtemps sur la nature des aflec- lions que vous m’inspirez, Sophie. Pourquoi jouer vainement sur des mols, quand on ne peut par la changer la chose? Je vous dois cet aveu, je me le dois a moi-möme. Ce n’est pas de l’amilie que je ressens pour vous, divine Sophie, oh! non, ce n'est pas de l’amitie; car, lamitie, elle est calme, elle est pure, et moi je suis troubl&, agite A volre vue; lamitie est forte el sereine, et moi je suis con- sume de desirs, brüle d’une agitalion fievreuse; je suis faible et malheureux aupres de vous, et com- bien le suis-je plus lorsque je m’en eloigne! Oh!in- saliabilite des desirs humains! qui le eroirait, que maintenant Yamili& de Sophie ne me suffise plus? Ce que je cherche, ce que desire, c’est son amour. Qui, Sophie, c’est de l’amour que je ressens pour toi; un amour profond, ardent, infini; oui, c'est de Pamour que je voudrais vous inspirer.— Celle audace de ma part ne vous offense-t-elle, ne vous vutre-t-elle pas? Pourtant il faut bien que je me livre ä votre colere; oh! ma Sophie, il faut bien que je me condamne d’avance, car il n’est pas en moi de vaincere cette passion qui me poursuit et me consume depuis si longtems, iln’est pas en moi de garder ce p£nible secret. Votre influence angelique m’avait persuade un instant que je serais capable de ressentir de l’ami- lie pour vous, qui eliez si capable d’en inspirer. Je eroyais qu’avec le temps je pourrais moderer mes (ransports, moderer la fougue de ma jeunesse. Je ne croyais capable de changer un brülant amour NUR EN = j IE EI SDR. 2. Do esse a EB REKEN ai= wurd 166 en une froide amitie. Insense que J’elais! Si,e jüsdune Io fuyant votre presence, je n’avais pu pourtant doJzels auraleı miner mon senliment pour vous, senliment qu ginale, VO reprenait de nouvelles forces a chaque essai que jahage des] faisais pour l’etouffer; si alors, loin de vous, Jagen le genre tais pourlant impuissant a vainere mon amonpdni, je rag comment oserais-je esperer d’y parvenir mainted-Combien ı nant que volre presence cherie aggrave le dangerdws exposer a present que le charme de votre intimite m’offndwminaien! toujours l’aspeet d’un bonheur dont il ne m’&talpiis de cel pas permis de jouir dans toute sa plenitude, mallns disais: que rien ne pouvait me defendre de r&över, d’esdeportaitä perer? pas a moi. Je r&vais done, jesperais,— ou plutöt je mdisupportab m’avouais pas d’abord cet espoir insense, mais jAunant, res me laissais aller tout doucement au charme de edpotanation sensalions infinies d’amour, de bonheur! Je ms veux fer livrais sans arriere-pensde au charme enivrantdos Yahin: vous approcher, de vous parler. Oh! quel bonheuli\\tilı n’ai-je donc pas goüle a vos eötes, angelique Sopluelpis ı mps ı Et j'ose encore desirer quelque chose, malheuremdpssion qui que je suis!—Ila fallu, en verite, tout lascem-Fdspensahl: dant que tu exercais sur moi, Sophie; il a fallnfe preveniı toute la foi aveugle que m’inspirait la moindre de fs vous(| paroles, pour que j’eusse pu me eroire un instahlÄnintenant. capable de ressentir de l’amitie ä la place de l’amourämi: ‚ Je ne si vif que je Vavais porte,que je te porlais encor&# a Mais bientöt jene pus plus me faire illusion sur eellbanı etaba amour qui me brülait pour Sophie; a chaque il Bdsstinie stant je voulais te l’avouer, et toujours une faibles@ Bkiler J. i indicible m’arretait. J’avais fant besoin de ton ak Urlavie:. feclion,, je eraignais tant de perdre le peu que j'e llends ave possedais, que de jour en jour je differais cet ave® Fir\; one 167 Plus d’une fois mes letires, mes discours, mes re- ‚gards auraient dü me trahir; mais votre purete \irginale, votre ignorance de la physionomie et du langage des passions, vous ont toujours failillusion sur le genre d’affection que je vous porlais,— et mon anıF moi, je craignais loujours lant de vous desabuser! venir mail!—Combien de pages ne vous al-je pas ecriles pour ave le dugf yous exposer toutes les bonnes raisons qui me de- iimitt mof@ferminaient A rompre avec Louise; et encore la ilne nifmoitie de celle-ci n’en est-elle pas remplie? Je ne Iinitude, mEyous disais pas pourlant la raison prineipale qui exöver, Ü& meportaitä celte rupture;peut-&tre ne me l’avouai- -jepas a moi-möme? car si Louise m’6tait devenue plutöt je@insupportable, c’est que j’adorais Sophie; et vous sense, mais amant, rester pres d’elle, cela me semblait une charme de profanation!N’en&tait-ce pas une, eneffet?— Ainsi, ıheur! Je Mes yeux fermes, je me laissais couler mollement ıe enivrant@dans l’abime, etje ne m’arr&tais que sur le bord, quel bonle# veill& a la voix de Yhonneur et du devoir. S’il n’est &lique Soplı plus temps d’arracher cette passion de mon ceur, »,malheurt passion qui en est devenue l’aliment naturel et in- tout Ja! dispensable, il est au moins temps encore de vous hie; il a hl en prevenir, Sophie; et ce que je n’aurais jamais moindredet® osE vous dire, je me condamne A vous l’ecrire ire un ins" maintenant. Et en vous l’eerivant, tendre et douce acedelanıd" amie, je ne suis emporte ni par la violence ni par orlais enuel R fougue de mes sentimenls; me voilä triste, chan- Iusion sur Ftelant et abattu, comme un homme en presence de . 1 chaque-EB8a destinee, en presence du mot magique qui doit une hl lecider de sa vie tout entiere. Malheur ou bonheur er dein Mpour la vie: c’est sa chance, cest la mienne aussi. ? pen guejf)) Valtends avec anxiete volre reponse; elle doit deei- y |&taisı$j,, | ponrtant Senliment ı IE essaj gu de von, j a | ler de mon existence.Mon avenir est dansvos mains, als vb 1} 168 — je Y’ai depose& vos pieds;— ne le repoussgamiquez la pas, Sophie; car il se briserait devant votre colördinte de vol jsme cacl sus pas de) dkups? Mes: ls pas livi = DE SOPNHIE. Moderna, amico, our? Ne N Modera i tuoi transport, der-vous pl klait qui } Dipargner, Je n’ai pas voulu vous repondre, mon ami; n’ai pas voulu vous parler jusqu’ä present de vol ws lisiez( derniere lettre; toutes mes forces, je les ai rösentjugnait ä vees pour cet instant, et il m’en faut beauconpflıs un po beaucoup de forces; car moi aussi j'ai des aveuglnlre, en j'ai des confessions a vous faire.— Je relis Loujouglonment ı avec lendresse et reconnaissance vos lettres S-il de plus Aspire aux ks parlage Amine que: chaleureuses, qui me peignent si bien cet And que jaime, qui me le representent si bien! En de naivel&, je ne serai pas en reste, elsi je mid prime avec moins de force el d’eloquence, je Lächt] me leussie: rai de ne pas le faire avec moins de verile.— Ou pe tendre ce long pr&ambule? vous demandez- vw sans doute. C'est, je le röpele, un aveu que ji vous faire, mon aimable Andre ‚et bien decidee cela, je ne sais cependant par ol commencer. Ma Parences dı 1 insline! Ilaime! fimes(an sur cet amı comme il faut pourlant commencer une fois, je pP@stanı de m; före vous dire tout d’un coup de quoi il siagit,&heilait d’employer de longs d&tours pour vous lapprendr&lisiı lonj. C'est que moi aussi je vous aime, Andre; Ch brilln e 4 de ce fur! aussi d’amour:: oui, d'un amour vrai el profond. Ei; paroles presence de vos aveux si sinceres, en presence dei; IS que la conliance si intime avec laquelle vous me Col inenı(Je que je vous aime, non seulement d’amitie, midi R Ne Je vepous ul votre colt odera, amico, Tal{uoi(ransporti, >, mon an; present de vo je les ai nis faut beaucaı Jai des avaı Je relis toujor vos Jelires bien cet Anı si bien! En! e,elsi je ul uence,, je täd verile.—Qüp lemandez-\ | aveu que JA bien ageidet ommencer. I une fois, Jet or il s’agil;( yus Japprenll je, Andıt; damitie, 18 ıel profonll; en prösend 6 vous De ol 169 nuniquez la moindre de vos sensalions,, jaurais honte de vous cacher plus longtemps ce que je ne puis me cacher a moi-meme.— Mais ne le savez- jous pas dejä, Andr&? ne le savez-vous depuis long- temps? Mes aclions, mes paroles, nevous auraient- alles pas livr& depuis longtemps le mystere de cet amour? Ne me suis-je pas vingt fois trahie, et pou- jiez-vous prendre pour de la froide amitie ce qui n’&tait qu’un chaleureux amour? Veus avez voulu m’epargner, Andre, en ne me montrant pas que vous lisiez deja dans mon ceur. Votre delicatesse pugnait a me laisser voir que ce secre\ n’en&tait plus un pour vous. Vous avez agi noblement, mon Andre, en m’epargnant, moi, pauvre femme! Comment vous en recompenser? Car enlin qu’y a- (-il de plus ais& que de deviner les sentiments qu’on inspire aux autres, surlout lorsque soi-meme on les partage? Et moi donc! pourquoi ai je d’abord devine que vous m’aimiez, Andre, quoique vous ne me l’eussiez pas dit encore, quoique toules les ap- parences dussent me persuader du contraire? Mais un instinet secret me disait:-— Il laime,— oui, illaime!tu ne peux lui Etre indifferente, toi qui laimes tant aussi! Lorsqu'il me venait des doules sur cet amour, oh! alors c’etait le plus penible in- stant de mavie; mais loujoursune esp£erance secrete "syeillait dans mon ce@ur, une voix cachte me lisait Loujours:— Il Vaimera!— Et quand une rea- lite brillante vint confirmer un si douxespoir, lors- wue ce ful Andre lui-meme qui me dit, qui m’eerivit en paroles de feu:— Sophie, je Vaime!— oh, ılors que de bonheur pour moi! quel indieible sen- liment de joie m’inonda alors, lersque je vis tous I. 8 ae EN zu 170 mes r&ves, toutes mes pensöes realisdes d'une ma-{omment niere si inallendue, Alors j'oubliai tout, devoip, par vous, T position, sociel&; J’oubliai lout pour me jeter dang/e(ancem les bras de mon Andre, et pour lui dire,& lui aussi, Jew vers Vo ce mot si doux: Me croyez-vous done, moi, incapable de passionlJin mes pei Je laime! sence ol Jugeant par mon exlerieur calme et pose, men joie aupı croyez-vous incapable de ressentir le tumulte ef quiltiez Venivrement des passions! Oh! non, Andr&.—Iarie de ro Vous savez que chez moi, comme chez vous aussi,Jases qui v les sentiments et les sensations, pour&tre moinslkrnnais de] expressives, n’en sont que plus profondes; vous/kaur du savez que vous et moi, en le montrant moins, nous, cette| n’en aimons que plus.— Qui, Andre, vous l’avar'nnte enco devine sans doute, que ce n’est pas d’hier ni d’auien n'les jourd’hui que je vous aime! Depuis longtemps dejiamonr, pou vous les l’unique occupation de mes pensdes, WWhls-vons, seule alfeetion de mon cur. Toutes les sensatio yeu me conı que vous avez eprouvees en me quittant, en me r&Ins\6 joye voyant, en combattant lamour et en vous y livranly non amanı je les ai ressenties aussi, loutes ces sensationsy mus!— peut-eire seulement avec moins de feu et d’ardeum Mais c'est que je ne suis qu’une faible femme, qui Ne prene ne sais qu’aimer en silence, souffrir en silence,@&nlrö:oh! dus le den qui ignore lotalement, je ne dis pas le bouillonneSni, Josais le, de ce ment des passions, mais au moins l’arl de les d& erire. Oh! que n’ai-je, pour aimer Andre, sa for et son energie! que n’ai-je sa puissance de parol& die West le, son et d’action! Mais ne me suffit-il pas d’avoir un co@&keıjon N devoue, qui sait laimer avec chaleur, qui sait ap* Ne: precier le feu divin de son genie? Nest-ce pasp m eolöre‘ Andre, tu es content de ta Sophie telle qu’elle estz Mann toi? tu laimes bien telle, n’est-ce pas? lüme! De 171 Sees(| WEGE- a sdın Nee Comment vous decrire tout ce que je ressentais tout, den) jour vous, mon doux ami? Comment vous peindre Me je Ir ces 6lancements d’un caur souffrant et malheu- re, alui AUS Jeux vers vous, qui le remplissiez toujours de votre prösence ou de votre souvenir? Ai-je besoin de vous be de Passion dire mes peines, mes tourments en votre absence, ed post, I na joie aupres de vous, mes douleurs lorsque vous le tumul me quittiez si vite? Combien ai-je&t& doucement on, Andrd,< mvie de trouver maintenant dans vos lettres les €2 VOUS aus gauses qui vous porlaient a me fuir alors,, et que je ur Eve mit devinais dejä, le croirez-vous?— Oh! il n’y a que olondes; von Jecoeur d’une femme, dites-vous, pour avoir ce it moins, nt fact, cette finesse! ajoutez:— et d’une femme ai- re, vous au mante encore.— Mais vous, hommes forts, com- dhier vida bien n’ötes-vous pas orgueilleux! Devinant mon onglemps di amour, pourtant vous me fuyez, dans la crainte, s penstes, Nlites-vous, d’Etre domine par cetamour! Gombien les sensalio' peu me connaissiez-vous, Andre! Et moi, qui au- nt, en meif rais&l& joyeuse et fiere de me voir dominee p par toi, vous ylivraıl mon amant cheri, mon protecleur Eenergique et og sensalionn lEvou&!— Yui de nous deux aime donc mieux, je ou et d’ardeut vons le demande? Je femme, U Ne prenez pas tout cela pour des reproches, mon en silenee, Andre:oh! je sais combien tu m’aimes, mon neble le bowilJonn mi. Jesais que ton grand ceeur est plein de ta So- art de Jes hie, de cette Sophie qui Uadore,’aime, et dont ndre, sa Int lme n’est remplie que de toi; quiliresa elbire, sa ee Je pardklerte, son bonheur de cet amour seul et de cette 'yoiran al Neelion. Que me parlez-vous quelque part de co- r, qui sata ire?— Me connaissez-vous donesi peu, pour croire N’est-ce ji imacolere? Et pourquoi, grand Dieu, en aurais-je tontre toi? Est-ce parce que vous me dites:— Je "iime! De la colere pour cela? oh! non, je vous l’ai le qu"elle ei 172 dit, j'en suis glorieuse et fiere! Aimer mon Andre, en &tre cherie,—que de bonheur, que de joie!— Avant que je vousconnusse, je me sentais tantde videdans le cur;apr&s que je vous aimai, je me senlis lanl de tristesse dans l’äme! Mais a present quelle ex tase de bonheur! je ne me reconnais pas moi-m&me; je suis folle de joie maintenant, comme auparavan j'stais folle de douleur. Oh! que je te remereie, mo Andr&, de m’aimer tant, que je en remereie! car moi aussi je aime bien, oh! bien. Dans une de vos lettres, avec combien de veril et de charme ne deeriviez-vous pas tous les Lour- ments de la jalousie! Oh! que c'est une passion que je concois! Savez-vons', mon ami, que moi qu vous parle, j'ai&t& aussi bien profondement jalouse; et möıne jalouse de vous, Andr&! alors que je n’aval aucun droit de l’ötre ‚car a presentc’est bien aut chose vraiment: a present je me crois le dreier. Aimons d’Etre jalouse de vous. Ainsi lenez-vous pour aveni Ku amour Andr&; car je sais l’&tre plus peut-£tre que qui que Das de gr: ce soit.— Vous vous doulez que c'est elle qui m’insgarl passio pirait de la jalousie. Une esp@ce d’amitie nous liaigpndiionsin alors, et elle m’avait fait la confidente de sa liaieM au moins son avec vous. Vous concevez facilement quel tour" la realii ment e’&tait pour moi que de l’entendre parler der eesjours, son amour, de votre intimite. Mon c@ur se gonla@®male puh de larmes et mes yeux&taient secs pourtant. Il me groupe n fallait encore essayer de la consoler, lorsque peahne rianı dant quelques jours vous en&liez absent. Elle a@ılle nous me parlait que de votre adoration pour elle, que 0% 10 sourire son amour pour vous; et moi, pauvre, que pouvais]ndant qı jelui repondre? Je souflrais en silence, et je d&-Fenot est h vorais mes pleurs.-Esitons, Yais pour nl me vol joheur que asi de celu ine dans| ‚nm charme in sy Jivre jrla penste: ade a volre huscelte ein jnait verital aus suppliet aaordonne on bien chı an que von Jisa mon Al mon Andıt a 4 7 3 jiel—Ayr Mais pourquoi revenir sur ce temps si lriste, antdevidehn and me voilä heureuse a present? heureuse du Messenlisiu bonheur que vous me donnez, Andre,— heureuse sent quelleer aussi de celui que je vous procure. Et pourtant, Jas moi-min, meme dans le souvenir d’une douleur passte, il y Meauparan a un charme melancolique et attachant qui fait remercie,ng Jon s’y Jivre avec plaisir, qu’on y revient souvent remereie!« parla pensde; surtout lorsque cette douleur se ral- Iache a votre image, si douce pour Sophie!... Gest bien de vir) dans cette eirconstance quej'ai reconnu quelle vous tous Jes top aimait veritablement, et c'est ce qui m’a porle a ne passion ge VOUS supplier de la menager, Andre; mais le sort que moi 1 maordonne autrement.—Je vous parle detoul cela, &ment jalous Mon bien cher, afın de vous rendreen toutlapareille, 's que je n'avd lin que vous lisiez A livre ouvert dans tous les re- "ost bien aul pls a mon äme, afin que rien ne vous y füt eiran- erois Je Anger. Aimons-nous bien, mon ami; aimons-nous us pour avel lun amour chaste et pur, d’une. sainte affection; re que quif mais de gräce n’allons pas au-dela. Si, vaincus elle qui min Jar la passion, nous ne pouvons remplir toutes les nitie nous li tonditionsinterieures d’une vertu rigide, gardons- nte de sa Int au moins les devoirs exterieurs: V’apparence, si- nent quel tnrOlDR la realite.— Vous vous rappelez quand, un ndre parler leces jours, vous me donniez lebras dans une pro- ogur se gonlä nenade publique, et lorsque nous renconträmes jourlanl In® groupe nombreux d’hommes, entourant une , Jorsque pi mme riante el belle. Vous rappelez-vous les mots absent. Bllex welle nous jeta en passant, en les accompagnant 7 elle ,quelt{un sourire moqueur:— Ils sont done amis, en se pouvalt itendant qu'ils soient amants?— dest lusage.— on h jelk(emot est horrible,, mais combien n’est-il pas vrai! 106:— Eyitons, mon Andre, d’en verifier le vrai sur us; ou du moins ne soyons pas amants selon la Tu significalion vulgaire du mot. Mon noble Andre, donnez-moi encore cette preuve de votre allection el de votre amour; car, je le sens el je vous l’avoue, je ne pourrais rien vous reluser, a vous qui&les tout pour moi. O Andre, n’abusez pas de ma fai- blesse!..... Mais il est temps de fermer cette leltre, Ne me r&epondez pas, el venez de bonne heure chez moi: volre Sophie vous altend. LOUISE A sopmie(billet). L’arc est tendu, la fläche vole, Mon bon roi, vous me le paieren, Madame,— le paquet ci-joint contient toutes la lettres que m’&erivit M. Audonne pendant une ir timit& de deux ans. Je n’en garde qu’'une seul comme souvenir, et encore je vous en envoie la 6% pie, dont vous pourrez verifier la fidelite chaque fois que vous me ferez l’honneur de venir chez mol. — A qui plus convenablement aurais-je pu ren voyer ces lettres, sinon ä celle qui est maintenanl l’amie de M. Audonne, comme moi, indigne, jela ete autrefois?— Vous ylirez, madame, l’expressiöf vraie d'un senliment dejäa&teint; vous y admirert le talent etl’eloquence de leur auteur. En les com parant a celles qui vous sont mainlenanl adressees, vous Irouverez les völres, je n’en doute pas, fon superieures ä celles-ci. Cela ne m’etonnera pas, cat je sais vous juger, madame, et je sais m’appreci@t aussi. Je pouvais vous adresser ce paquet, sans vous fr jaer de ma or comme I usi; tandis bne ‚je suis Al juol en amour est Jangeme s emmes I destin Iaisjabu {le votre| ssion, eti Oh! comı mu se Pass # pie, de \ pl ie, cor f implete Jouissan diviı leren( ) Ilıt Ur p 175 Noble Anl, iguer de ma correspondance; mais alors il aurait votre allein par comme si la colere ou le d&pit me faisait agir ß vouslayoy ainsi; tandis que maintenant, vous le voyez, ma- A vous quicil dame, je suis calme, je n’ai ni colere ni depit. Car as de ma ia pourquoi en aurais-je, grand Dieu! Ce changement er celteleilp en amour est-il done si etonnant? Chez un homme, ine heure die ee changement ne doit pas nous&tonner, nous au- ires femmes, car c’est notre lot a nous foutes, c'est notre destinde de le subir. Mais jjabuse deja trop longtemps de votre temps etde votre patience; agreez done, madame, l’ex- pression, etc. du, Ja flöche vole, ous me le paiert tient toutes| A SOPHIE. endant une l qu Un? sel Wie zwo Flammen sich ergreifen, wie n envole lat Harffentoene in einander spielen hdelitd chag venir chez 10 ais-]e pu Tel Seele rann in Seele, Erd und Himmel schwammen Seine Küsse paradiesich fuehlen! Zu der himmelvollen Harmonie. Stuerzten, flohen, schmolzen, Geist und Geist zusammen Lippen, Wangen brannten, zitierten, Wie zerronnen um die Kiebenden! est mainlena indigne, je IE, express Oh! comment peindre, comment decrire tout ce us yalnireff qui se passe en moi? comment decrire ce tumulte ır. En les eodf de joie, de bonheur, d’enivrement,, d’extase? Oh! nautadress®®®E Sophie, comment vous remercier de m’avoir vendu Joute Pa» IF si compl&tement heureux, de m’avoir dote de tant nnera pas; de jouissances? comment vous remercier, ange de is m’appreu® bonte, divinite eeleste? Je me prosterneä tes pieds el je lerends gräce pour le bonheur denne, pour le i"" bonheur promis! Combien me voilä fier de n’avoir sans VOUS 176 pas et dedaigne par l’angelique Sophie! combien je suis fier de lamour que je lui porte! El comment al-je pu meriter les bontes dont elle me comble avec tanlde profusion? Commentai-je pu me rendre digne de toutes les gräces dont elle m’accable? elle si grande, si noble, si belle! et moi, grand Dien! comment m’elever jusqu’a elle? Il a fallu done qu'elle s’abaissät jusqu’a mei! Oh! merci, Sophie, merei pour tout ce que lu as fait pour moi, pour tout ce que lu feras encore; je saurai bien, en revanche, le L&moigner loule la re- connaissance, Loute l’adoration que lu m'inspires, Oh! tu verras combien je te serai devoue, combien je te serai fidele! Jamais je n’oublierai le sacrilice que tu viens de faire pour moi, le sacrifice de celle vertu, de cette puret& angelique que rien n’avall encore ternie; et um’as toul donn&,, et tu m’as toul sacrifie! et moi qui parle encore de reconnais- sance! Qui, je l’avoue, il n’y a que vous aulres jemmes qui sachiez aimer. Mais comment croire que votre vertu, que volre purel, aient pu souflrir de ce que vous m’avez sacrifi6? comment le croire! Non, jamais, c'est un mensonge, c'est une calom- nie! vous n’en&tes que plus grande, que plus chasle et que plus verlueuse. Qui, verlueuse, car donner le bonheur n’est-ce pas meriter ce nom? Et qui donc le meriterait plus que ma Sophie, si belle, sı bonne et si douce? C’en est fait, nos destinses sont done r&unies pour toujours, pour la vie et jusqu’ä la mort. Oh! quel bonheur de traverser les maux et les de sotits de cette vie, appuy& sur le bras d’une com- pıgne angelique, soutenu, console, rallermi par iphie! Voll: wröalise, 5 | non espe des voluple jheaule el Jıst pas fait Sophie. 0] ht delle, d zuis grossie ysstder, ent apoelique q lin de cell on voudı desus du cc lige d’yre wameltre ä hissi quel b & wnlir que eliul ce el, Sagran hi-möme n porlie de killeur, et oche de$. de le röni “cun pouv US separeı It. Elle, I kavoulu: “aquoi de Janous u Nas! Car Dieu! hie! come :! El comme, Ile me coml) e Pu me rel) accable? el) ‚grand Die, a fallu do; nt ce que in: Tas encore;| er loute lan lu minspire voue, Combi ral le sacnill erifice de cel ie rien N’aW ettum’asto de reconnal je vous ault ımment croll jent pu sollt pent le croitt est une calonı jue plus chasl se, car donn! nom? Bt gl hie, si belle; t done zeunit 4 Ja morl. oh ux et les dt 35 d’une con! ,, ralfermi 1@ 171 Sophie! Voilä done mon r&ve unique depnis trois ans r&alise, si comple&tement realise, au-deläa meme le mon esperance! Qui pourrait peindre les c6- kstes voluptes que j’ai goütdes aupres de cel ange le beaute et de gräce? Mais non, ce mot volupte est pas fait pour deerire ce qu’on ressent aupres ie Sophie. Oh! pourquoi dois-je me servir, en par- Int d’elle, de ce langage grossier qui peint par des mots grossiers comme lui? pourquoi ne puis-je posseder, crder une langue a part, unelangue divine etpodlique qui peigne par images, une langne digne enfin de celle qu’elle chanterait?Mais c'est en vain won voudrait sortir de’humanile, s’elever au- dessus du commun des hommes: notre nalure Nous oblige d’y rentrer par force; elle nous oblige de nous pumettre A toutes ses miseres, ä tous ses degoüls. Aussi quel besoin ai-je d’en sortir? ne me sulfit-il le sentir que tout ce qui approche de ma Sophie, que tout ce qui la touche s’ennoblit par son con- act, Sagrandit, s’epure par son influence divine? Noi-m&me n’ai-je done pas&prouv& sur moi loute laportee de cette influence? ne me vois-je pas et neilleur, et plus fort, et plus sage depuis que Jap- jroche de Sophie, je dirai presque et plus saint? Je le repete, nous voilä reunis pour loujours! awcun pouvoir ni divin ni humain ne peut plus nous separer, la mort elle-meme nous unira, je l’es- jere. Elle, par exemple, vous savez de qui je parle, ılle a voulu nous separer, nous brouiller peul-£tre. Btäquoi donc a servi sa mechancet&? ce ne ful qW’a nous unir plus intimement, a nous lier pour jamais! Car enfin lisez ces lettres; qu’y voyez-vous, swand Dieu! un enthousiasme a froid, des oh! etdes 8. % 178 mais! et pas de choses, pas desentiment; un amour charnel, une nudit& degoütante! Aupres de cela re- lisez les pages que vous m’inspirez, Sophie: vous n'y verrez ni eloquence ni style, mais vous y trou- verez un amour profond et pur, une admiration sainte; vous ylrouverez de la force et de la vörile, de l’äme. Il sera facile de reconnaitre que les pre- mieres sont adressces a une Louise, que les autres c'est Sophie qui les inspire. Mais comment ose&-je rapprocher ces deux noms? comment ose-je les eerire l’un pres de l’autre, ces deux noms qui pei- gnent deux£tres si divers, si peu semblables? lei plus qu’un ange ‚la presque un d&mon. Je voudrais l’effacer vile, vile; mais non, n’effacons rien, Sophie. Je ne sais si c'est un r&ve, mais je ne puis m’ha- bituer a tant de bonheur! Apres de longues anndes de lutte et de souflrances, me voir toult-ä-coup Sl heureux! serail-ce done une compensation pour mes peines anterieures? Quelle brillante compensation! Etre aime de Sophie, ladorer et en&tre aime, que de jouissances! J’ai peur vraiment de devenir fou de bonheur. A present je crains presque l’avenir, je le redoute, car a present j'ai lant ä perdre et si peu ä gagner. Et que puis-je en esperer encore? du moins, quant amon sort personnel, que puis-je en esperer? N’ai-je donc pas toutes les jouissances, ne suis-je donc pas aim& de Sophie? Oui, je crains l’avenir, car ne me faudra-t-il pas expier par mille tourments ces quelques jours de ravissement et de bonheur?— Mais laissons ces faiblesses. Il est done dit que!’homme ne sera jamais content; que, m&me au sein des prosp£rites, il r&vera le malheur; qu'au milieu de la joie il rövera la Lristesse. Possedant \ophie, qU wel malhe {imour es wnt-elles pesque N wi erie a: —Serai-]e ie? Non, niseriez, ı arriere A remplir,€ Sophie. U ns mon$ [energie; Sophie, j Ayons seu [avenir ne Si pour plissent ı telle mis: lant d’eff‘ jerle! si. but si nob doute ren tehres el Dol lang los Das ı To, Sopl deur du| lövouem, Nenne pi DS son; orieuse NL; un amon res de celann Sophie: vn IS vous Yını ne admiraliı 2t de la voril © que les pn. que les aut mment ost-; ent ose-je| Doms qui pi emblables? 1 In. Je voudrn ıs rien, Sopli ne puis mi ongues annkt tout-a-coup: Lion pour Il sompensaliol ötre aime, ql de devenir Iı esque l’avenit ä perdre els rer encore? que puis-Je s jouissanct Qui, je oral vpier par ill issement el dl os, Jlest don nt; que, mei! yalheur; gut ‚se, Possedal 1419 Sophie, que me reste-t-il a esperer ou A craindre? quel malheur peut-il donc m’atteindre?... Combien lamour est pourtant egoiste! combien les passions sont-elles exclusives! Aupres de Sophie j’oubliais presque ma patrie souffrante, cette patrie en deuil qui crie a ses enfants:— Sauvez-moi, sauvez-vous! — Serai-je donc sourd ä cette sainte voix de la pa- irie? Non, je ne le serai pas, car alors vous me me- priseriez, Sophie. J’ai encore une longue et penible carriere A parcourir, j'ai encore un saint. devoir& remplir, et je le remplirai avec laide de Dieu et de Sophie. C'est en toi qu’est mon seul espoir; lu se- ras mon soutien, tu me donneras des forces et de lenergie; je saurai meriter ton amour, oh! ma belle Sophie, je saurai le r&compenser par de la gloire. Ayons seulement du courage, et lesucces est a nous, lavenir nous appartient! Si pourlant les tristes pressenliments qui rem- plissent mon äme, s’ils devaient se rapporler ä celte mission qui me reste encore a accomplir! si tant d’efforts, tant de travaux devaienl&lre en pure perte! si enfin nous n’allions pas r&ussir dans notre but sinoble, si nousallions ysuccomber tous...? Le doute remplit mon äme, jene vois parlout que t&- nebres el que malheur! Toi ma Sophie, sois pour moi l’ange de lumiere,,&claire ma roule, raflermis mes pas chancelants. Que je serai fort a tes cötes! Toi, Sophie, sois le modele et l’exemple de la gran- deur du pouvoir d'une femme, de la sainlete deson devouement. Que ton influence bienfaisante inter- vienne puissamment sur le bonheur de notre patrie, sois son ange gardien a elle et a moi. Quelle plus slorieuse destinde puis-je donc rever pour ma So- 180 phie? Le danger ne vous eflraie pas, n'est-ce pas! Vous 6tes forte, vous&tes sans crainle, et pour moi, et pour vous. Vous sacrilierez volonliers volre paix et notre seeurite, vous la sacrifierez noblement pour remplir un devoir. Je ne le doute pas, vous accepterez cette noble mission, vous saurez la rem- plir jusqu’au bout.—Ma tete est pleine de projels, mon äme bouillonne de r&solulions; je n’ose con» lier tout au papier, et il faut pourlant que je me communique avec toi, il faut que je te consulle, toi, ma courageuse Sophie. C'est ä toi de m’inspirer de forles conceptions, d’energiques actions. Adieu done jusqu'au soir; nous en parlerons alors avet plus de details.Tu vois, ma Sophie, que je te traite en homme, tel quetule merites, et en m&me temps tu vois que je’aime en femme, belle, gracieuse el charmante, telle que tu l’es, et telle que tu le seras lvujours pour moi. A ce soir done. A SOPHIE. Hätons-nous! l’honneur est lü-bas, Lorsque je ne vous vois pas, ma seule consola+ tion c'est de vous&cerire. Habitu& a vous confief toute chose, m&me quand je suis seul, je vous adresse pourlant chacune de mes pensdes, ou biea je me mels ä vous 6erire, et alors je trace sur l& papier tout ce qui seulement peut me venir a l’äme, tout ce qui me passe par la pensee. Et voilä la raison de mes leltres si longues et si diffuses, voilä ce qui jas espliqu jnus eenirt ns que je alez encore jire aime d hit et qu Js choses q| Iue le ten ‚ds sbconli ns devous greable!D'; moi jem jur jequilt anıemoire enirs inell oilde a mı on angeligı Pmniöre foi ein que| s-l-il pa si heure as rappel eiltevue,, 1a je je lui a l ine le bı Kullaltac J(rouvez- e celle p Mevous s; \". niet, *ours? n una oı MN Etsi » MESt-ce yay! ainle, et pon olontiers voln rez.noblenn) dule pas, You saurez la ren ine de projels ; Je n’ose con ‚ant que je m > consulle, Io > minspirer d) actions. Adieı ons alors ave que je te(all n meme temp: », gracleuse€ Ile que tu I nt. onnen est lä-bas, seule consohr a vous sonder seul, je vols nsees, OU Jiea je trace sur l& o yenif A län yoila Ja rast! 5, yoila ce Il 181 wus expliquera leur desordre confus. J’aime aussi ivous&erire, parce que j’ose plus en pensanl A jous que je n’ose en vous voyant. Vous m’inti- nidez encore, Sophie;je suis encore si peu habitue iötre aime de vous. Et puis il y a des choses qu’on ‚eerit et qu’on ne pourrait se dire, comme il ya les choses qui se disent, mais qui ne s’ecrivent pas. Que le temps passe vite a vos cötes, que les jour- ıtes s’ccoulent riantes, occup6es et joyeuses au- ırös de vous! Que le sejour de V...me parait beau el ıgreable! D’autres s’ennuient danscette grande ville, ıt moi jem’y plais, car j'y suis si heureux! Lors- jue je quitterai V..., combien de souvenirs aimables samemoire ne me laissera-t-elle pas! oui, de sou- venirs ineffacables. Car c’est la que Sophie s’est de- wilde A moi dans toute sa ravissanle purele, dans son angelique splendeur! car c’est la que pour la premiere fois j’ai connule veritable amour; d’est lä enfn que j’ai poseede Sophie!! Gombien ne me sera-t-il pas diffieile de quilter cette ville, ou jai öte si heureux; de me separer de tous ces lieux qui vous rappellent tant a mon souvenir!— Ici je Vai entrevue,läa elle m’a parl&; c’est dans celte maison jue je lui avouai mon amour,— c'est la qu’elle ma lonne le bonheur! Oh! comment nous s£parer de lant d’attachants souvenirs?—Ille faut pourtant; ne Ik trouvez-vons pas, Sophie? Ne trouvez-vous pas jne cette patrie dont vous parlez si bien, Sophie, jue vous savez cherir si bien, qu’elle nous appelle lin d’iei? ne trouvez vous pas quelle invoque notre secours? ne trouvez-vous pas quil est temps de turir Ja oü est le danger, la oü l’action nous at- Ind? Et si je dis nous,ne len elonne pas, Sophie. 182 Tu es devenue la moiti& de mon&tre,, la plus noble moilie, et jete mets nöcessairement de moilie dans tous mes plans, dans tous mes projets, dans toutes mes r&solutions. Sans toi je ne suis que faible et in- decis,—pres de toi me voilä fort et energique; aven ton appui je saurai renverser tous les obstacles, briser toutes les entraves, je saurai sauver la patrie. Je sens en moi assez de forces pour cela; car que’ ne ferait-on pas avec l’aide d'une Sophie, que m ferait-on pour m£riter son approbation! Mais il faut premierement quitter cette vie molle et heureuse, il faut rentrer dans le tumulte des agi- tations politiques, il faut oublier pour quelque temps et l’amour et Sophie; ou plutöt ilne faut que m’en souvenir avec plus d’intensit& encore. Car dans ma t£le, car dans mon ceur, lidee de Sophie, son image et celle de la patrie sont tellement lices, tel- lement unies ensemble, qu'il m’est impossible de les söparer l’une de l'autre; qu’en aimant l’une, il me semble en aimer plus lautre; qu’en me de- vouant pour l’une, il me parait que j’en mörile mieux l'autre. Et n’ai-je pas raison de le eroire, Sophie? Ne m’approuves-tu donc pas de vouloir re- tourner dans le pays oü tout nous rappelle, et de= voir, et amis, et affection et nöcessitö?En un mot, la patrie nous desire, etl’action nous appelle.—N'est+ ce pas, Sophie, que tu me suivras, n’est-ce pas? ER’ puis ici nous sommes d£ja Lrop connus, notre bon+° heur nous y fait trop d’envieux. Vous rappelez-vous ce mot atroce de mademoiselle...., que vous m’avez eite dans une de vos lettres? Jai feint alors de ne pas l’entendre et de ne pas l’avoir compris, eroyank que peut-Ötre il vous avail&chapp&! Mais je vis hi nlol avol Iiez Frappet jlite si delic alle impudi sus connail di paraissal als pouvol irevue. Ju Jimation en Jont on ma Won m'ava Im'avait] kinmme, don kunant, ce lamner mc sans conlr: ila moindı Sphie, la| ulorer quwa Mais lais Tant d’infa Mmelonne| ir une vi Eites au p des erealur ans les ru enlourdes ı l consideı | lees, r }) Allusior re F ragn “ns le cours sa plus nohle de moitie dans 5, dans tonles uefaible etin. jergigque; aven les obstacles, tuver la palrie ‚cela; car u ophie, que m ion! cette viemoll multe des agi pour quelgu tilne faut qu core. Car dan le Sophie, sol ent liees, tel. impossible dt mant lune, il quen me di- ue jen mörile 1 de le eroite, : de vouloirte- ppelle, et de- ? En un mol, pelle. N eil- est-ce pas? us, notre bob- | rappelez- VS je vous moltd nt alors de 16 mpris, royal pe! Mais je\' 185 bientöt ä votre päleur, ä votre agitalion, que vous itiez frappee au coeur. Gonnaissant votre suscepti- hilite si delicate, la colere me monta au front contre vette impudique, qui osait vous insulter, sans meme \ous connaitre. Ce qui me frappa alors, ce fut quil me paraissait avoir connu quelque part cetie femme, sans pouvoir me rappeler pourlanl ol je l’avais entrevue. Jugez quelle ful ma surprise et mon in- dignation en apprenant que c’etait mademoiselle..., dont on m’avait autrefois racont& Thistoire(1), et qwon m’avait si bien depeinte, que, sans Vavoir vue, il m’avait paru la connaitre.@etait done celle femme, dont je connaissais le pass& honteux et in- famant, c’&tait done elle qui semblait vouloir con- damner mon angelique Sophie! Elle, qui se livrait sans contrainte au moindre de ses desirs impurs, ila moindre de ses fantaisies, elle condamner ma Sophie, la plus pure des femmes, qui ne se laissait adorer qu’apres trois ans de lutte et de souffrances! Mais laissons ce sujet, car le degoüt m’elouffe. Tant d’infamie dans un£tre sous forme humaine et m’etonne et m’hebete presque. Comment ne pas fuir une ville dans laquelle les meurs sont relä- chöes au point de pouveir rencontrer chaque jour des cr&atures pareilles, de pouvoir les rencontrer dans les rues, comme dans les meilleures societes, entourdes d’hommages, environndes d’un semblant le consideration m&me!Oh! fuyons ces maurs em- vestees, relournons dans notre pays, ou il regne (1) Allusion sans doute ä quelque passage perdu ou supprim& de ces Fragmenıs. Il y a beaucoup d’autres allusions semblables dans le cours de cet ouyrage, que je ne comprends pas. (Note de l’Editeur.) 184 plus de simplieite, oü l’on voit moins d’&elat, mais aussi moins de scandale et moins de erimes.— Me voila devenu moraliste presque, tant le contact de Sophie epure et ennoblit. Ainsi done, il est convenu que nous quittons V...,‚que nous revenons dans notre chere palrie, tou- jours plus chere, plus elle est malheureuse! que nous nous arracherons au bonheur simple et pai- sible, pour courir vers l'aclion et le danger. Car tel est le destin de I’homme: il ne peut jamais rester longtemps tranquille; une inquietude vague le pousse toujours en avant, ä la recherche du mieux, du meilleur. Et qu’est-ce qu’il rencontre or- dinairement: la paix? oui, la paix du tombeau!.. Je sais, Sophie, qu’en vous proposant de parlir, je ne fais que prevenir vos desirs, qu’aller au-devant de vos ordres.Car bien souvent ce desir de retourner, je lai lu dans vos regards. Si vous ne m’en avez parle jusqu’äa present, c'est, je le suppose, que vous vouliez me l’entendre exprimer le premier, sans doute. Si moi je ne vous ai rien dit jusqu'alors, c'est que moi aussi j"allendais que vous m’en parlas- siez la premiere, pour m'’empresser a remplir votre desir des qu'il aurait el& exprime. Mais le temps presse, les eirconstances s’acheminent vers leur but, vers leur destinee; on m’eerit deja de toutes parts... Quand partons-nous, Sophie? FIN DU PREMIER TOME, \ise en scöne. L* Cousin mit Eutrde dans le Iprise Vin pour l’Aut IDriginal. \usel Amour Iquisses et Pr [ie ort, un] Andre AL Louise&/ gression, üble Infideli tespondane Louise ä S Durentel; Louise as Andre A l Charlotte Sophie Al j " P S Aeelat, mei erimes,—][ nt le con) NOUS quillon) Te palrie, to heureuse! qu simple et pai > danger.(a 1e peut janal jwielude vagıı recherche di renconlre 01: Lombeau!,.J! e parlir, je u au-devant di de reloumnenl ne m'en are) yose, gie voll premier, sank) ‚ jusqualors, sm’en parlas- remnplir votre) Hais le tenps) ent vers leut jeja de touls ) TABLE DU PREMIER VOLUME. BIBGIEN SCENE:"000 eye 0 ce 0 ae ite acousinministtes as era as Entree dansleMonde.-.». 2 oc... ak no ad Din pourl’Aure.». oo 2... Dnisinalen 000. ra eine Nouvel Amour, Anciennes Connaissances.. Esquisses et Portraits©© 2 2 0 0 0. Im Mort, un Depar-».» oo... Aandre-abouise.: eo a: 2a are. KouseaAndte 2. 0.0.2 co.“ BIEReSSIOD.= 0 oo 0. a 00 nor Bleiinhdeliie.. 0... or olps Correspondance, Voyages.»» 0. Honiseassophie 2. oo... Dorenteläasakemmer. 2. 2...2 Bousseäsophie». on... Andre A la belle Allemande.. 2.» Ghanlottea Andee: mn.... Sophie alolise.... nu 0... Bla ren) A a RE BEEREDIE en, rate tee. ABUDRIBE SE ee oe, DEBOBMIETTA win tn ie ee te, a Louise a Sophie(billet)..-»«©«“ 0... 19 A Sophie, 47... MH EUR et ASophle.:. 0: Ren En —— Rpigraphe Page 22, ( I} ERRATA DU PREMIER VOLUME. lu titre, lig. 5, or io lisez: ov’ io. ig. 1, font partout lisez: font pourlant 18, tous deux; lisez: tous les deux: 8, dit-il. lisez: dit-il... 36, s’eerie lisez: s’ecria 26, chez moi, lisez: chez moi; 27, fort peu; lisez: fort peu, 24, celui fäche. lisez: celui-ci fäche. 11, il n’y a pas lsez: il n’y avait pas 14, Chameuresse, lisez: Chaumeresse, 24, ne croyait&tre! Zisez: ne le croyait eire! 12, qui ne manque pas lisez qui ne manqua 14, voilä pour le po@lique et littEraire, lisez tique. 15 A 16, Manlius lises: Maulins 6, c'est pourtant Zisez: c’Etait pourtant 19, une marotle lisez: ma marolte 6, Hauz lisez: Hanz 28, ces signes lisez: ses signes 17, ce que desire lisez: ce que je desire 17, sufüt-il Zisez: sufit-il pas 18, m’en avez lisez: m’en avez pas 21, ne vous lisez: ne vous en pas : poli- Tew es 0 Ares Je hi et de borte, Pa pri IEAB.. De PR: RT Aare, Dorheil 2335 du Aerbe‘ a, PR Jar Hacke. fer ee. Target Ben R 44 Ocm 1 2 3 4 3 6 f; 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18